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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 08:29
 Haruki Murakamipassage-de-la-nuit-copie-1.jpg
Le passage de la nuit,
Titre original : After Dark, 2004,
traduction française : Hélène Morita,
avec la collaboration de Théodore Morita,
Belfond, 2007.


Biographie de l’auteur :

        Haruki Murakami est né à Kyoto en 1949 et fut élevé à Kobe. Son père était professeur de littérature japonaise. Au départ Haruki Murakami veut s’orienter vers le cinéma pour devenir scénariste. Mais après ses études universitaires où il étudie notamment la tragédie grecque, il devient pendant huit ans responsable d’un club de jazz à Tokyo qui s’appelle le Peter Cat. Le nom de ce club est une référence car Haruki Murakami est un passionné de chats, ses seuls véritables amis pendant une enfance solitaire. Sa littérature est marquée par ces animaux notamment dans Kafka sur le rivage.
        Il écrit un premier roman, Ecoute le chant du vent ,qui sera publié en 1979 au Japon et qui recevra le Prix Gunzo.
        Il devient célèbre grâce à ses nombreux romans à succès et décide de partir à l’étranger : tout d’abord en Europe puis aux Etats-Unis où il enseignera la littérature japonaise à l’université de Princeton pendant quatre ans (la patrie de Scott Fitzgerald).
Il revient au Japon en 1995 très marqué par le tremblement de terre de Kobe, ce qui lui inspirera le recueil de nouvelles Après le tremblement de terre. Haruki Murakami est aussi le traducteur en japonais de nombreux écrivains américains tels que Scott Fitzgerald, John Irving et Raymond Carver.
        Ses écrits sont ancrés dans le réalisme magique avec pour point de départ le quotidien mais qui doucement va pencher vers le surnaturel. On peut citer comme ouvrages les plus connus Apres le tremblement de terre, Les amants du Spoutnik, Au Sud de la frontière à l’Ouest du soleil, La ballade de l’impossible, La course au mouton sauvage, Kafka sur le rivage. On retrouve dans ses romans des personnages récurrents tels que l’Homme Mouton ou le Colonel Sanders. Murakami à travers ses analyses sociales, décrit des personnages en quête d’identité.
        L’influence occidentale est très marquée dans son œuvre ; on dit d’ailleurs que c’est l’écrivain japonais le plus américain de sa génération. Ses livres sont remplis de nombreuses références occidentales tout en donnant un vécu japonais contemporain à ses personnages. Enfin Murakami considère l’écriture comme un rêve éveillé ; pour lui rien n’est plus naturel que le surnaturel. Il est le représentant du « Mono no aware » ce que les Japonais appellent la poignante mélancolie des choses.


Le livre :

        L’histoire se déroule à Tokyo en une seule nuit, de minuit à sept heures du matin, durant laquelle bien des gens vont se croiser et des choses se passer. Chaque chapitre commence par une horloge qui indique l’heure et chaque chapitre correspond à l’histoire de Mari ou d’Eri, deux sœurs que tout oppose. C’est un ouvrage très cinématographique ; chaque début de chapitre nous plonge en immersion dans le livre comme une camera dans une scène, « Ce paysage urbain, nous l’observons à travers les yeux d’un oiseau de nuit qui volerait très haut dans le ciel. Depuis ce point de vue panoramique, la ville apparaît comme une gigantesque créature. »
        C’est assez déstabilisant, car l’auteur emploie « nous » au lieu de « je » ou « elle ». C’est comme si nous étions un groupe ou la camera elle-même, le réalisateur de notre propre film.
        Le premier personnage, Mari, est assise dans un bar, le Denny’s, elle est plongée dans sa lecture. A côté d’elle, est posée une tasse de café froid et une cigarette se consume dans le cendrier. On ne connaît pas l’âge de Mari mais on peut supposer qu’elle a juste dix-huit ans et l’on se demande pourquoi une jeune fille de cet âge-là passe la nuit dans un tel endroit. On apprendra par la suite que c’est parce qu’elle ne veut pas dormir.
        Un musicien arrive et la reconnaît ; il s’appelle Takahashi et était au lycée avec la sœur ainée de Mari qui s’appelle Eri. Au fil de l’histoire on va remarquer que ce jeune homme est en proie aux doutes sur la vie, l’amour, la mort… Le second personnage est donc Eri la sœur de Mari. Eri a toujours été la plus admirée des deux sœurs, elle est mannequin et plus âgée que Mari. Mari elle-même voue une admiration sans limite à sa sœur.
        Au départ on ne comprend pas où elle se trouve ni ce qu’elle fait. On sait juste que quelqu’un l’observe pendant qu’elle dort. Au fil du livre on apprend que Eri est plongée dans un profond sommeil depuis deux mois, pas dans le coma, mais dans un sommeil très profond qui durera un certain temps. Cela fait plusieurs mois que personne ne l’a vue debout, parler ou manger.
        Les actions des deux sœurs se passent simultanément. Tandis qu’Eri dort profondément la télévision se met en route et l’on voit apparaître un homme avec le visage caché par un masque. Tandis que Mari va passer sa nuit à se balader d’un endroit à l’autre rencontrant diverses personnes qui vont l’aider, Eri, elle, ne bouge pas de son lit mais a un sommeil très agité ; elle semble être otage de ses propres rêves entre réel et irréel.
        Au cours de cette nuit, pendant qu’Eri reste dans sa chambre, Mari ne va cesser de se promener, notamment dans un love hôtel qui s’appelle Alphaville. Un love hôtel est un hôtel où se rendent beaucoup de couples et de prostituées, on loue la chambre à l’heure.
Mari va croiser dans cet hôtel des personnages insolites comme une prostituée battue par un informaticien désabusé, mais aussi la gérante du love hôtel qui cherchera à se venger, une femme de chambre en fuite qui change de nom à chaque fois qu’elle change de travail. Tous ces personnages, d’une façon ou d’une autre, vont permettre à Mari de surmonter ce qui arrive à sa sœur et d’affronter la réalité des choses.
    On notera la référence de Murakami au film
Alphaville de Jean-Luc Godard sorti enalphaville1.jpg 1965.  Dans ce livre comme dans ce film, les auteurs réalisent une œuvre de « science fiction »  avec rien, ils trouvent leur matériau dans la réalité, une réalité urbaine de tous les jours mais qui sous un certain angle se transforme. Le béton, les néons, le verre ont remplacé les sentiments humains.
        Ce livre est un très beau tableau de Tokyo la nuit et l’on ressent vraiment la démesure de cette ville devenue trop grande pour l’humain. « Une zone particulièrement lumineuse attire notre regard. Lequel opère la mise au point. Effectue une descente vers l’amas lumineux. C’est une mer de néons multicolores. Un centre-ville. »
        Avec les effets très visuels de Murakami le lecteur est pris à partie dans cette histoire, nous devenons voyeur. Nous sommes le témoin de chaque scène, de chaque discussion sans pouvoir intervenir. Nous avons vraiment l’impression d’être le réalisateur grâce à la construction de ce livre mais aussi parce que chaque chapitre a sa propre bande originale ; en effet, l’auteur cite beaucoup de références musicales.

        Je reste cependant sur un avis assez mitigé concernant le livre ; j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire, je n’y ai pas trouvé un réel intérêt. L’histoire des deux sœurs m’a paru assez décousue mais cependant j’ai trouvé que l’idée d’une histoire qui se déroule en une nuit, avec les horloges à chaque début de chapitre est très bonne. Mais j’avais l’impression en lisant le livre que c’était une sorte d’exercice littéraire et que Murakami se forçait à faire dans le poétique. Pour quelqu’un qui n’a jamais lu de Murakami je ne le conseille pas car ce n’est pas ce livre qui montre toute l’ampleur de son talent d’écrivain.  

Lien vers page consacrée à Alphaville de Godard :
www.panorama-cinema.com/html/critiques/alphaville.htm           

E.M  2ème année Ed-lib
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