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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 07:00

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José de Almada Negreiros
La Tortue
illustré par Irène Bonacina
traduit par
Dominique Nédellec
 éditions Chandeigne, 2011


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aaaaahhh Bordeaux, que bien des collaborateurs de ce site littéraire habitent désormais, exigences iutesquiennes obligent !

On y découvre des librairies prestigieuses telles que Mollat, la Machine à Lire, la librairie Georges… nouvelles ou historiques, elles sont de vraies mines d’or pour les amateurs de lectures en tous genres. Leur architecture est aussi des plus intéressantes : de la boutique de plain-pied chez Mollat, typique des marchands bourgeois du XVIIIème, aux voûtes de pierre blonde de la Machine à Lire. Mais ne soyons pas chauvins, car chez nos homologues européens se cachent aussi de belles surprises. Jose-de-almada-negreiros-la-tortue-02-librairie.jpg

À Porto, par exemple, qui rassemble de très nombreuses librairies et notamment le très célèbre établissement Lello, fondé en 1906 et considéré comme la troisième plus belle librairie du monde par le Guardian. Un escalier monumental occupe la pièce centrale remplie de bibliothèques en bois ouvragé ; ses adeptes sont tant des intellectuels portugais que des touristes avides d’architectures sublimes.

Cette année j’ai eu la chance de passer les fêtes dans cette ville : émerveillée, j’ai fait mes premiers pas dans l’enceinte. Au-delà de la beauté de l’édifice, j’ai déniché deux livres qui m’ont paru pertinents étant donné mon fragile (inexistant) niveau en langue portugaise.

Le premier est un recueil de poèmes portugais… en version anglaise, certes, le décryptage de la VO étant inenvisageable.

Pour le second, j’ai choisi un petit livre : La Tortue, de José de Almada Negreiros (1893-1970), encore illustré, et cette fois-ci carrément en français.

Ce conte philosophique paru aux  éditions Chandeigne que je ne connaissais pas jusque là m’a attiré par son format et la texture de sa couverture.

Carré, d’une quinzaine de centimètres de côté, le papier est à la fois rêche et poudré…

Ajoutons à cela une couverture espiègle, où un petit bonhomme au chapeau rouge en accordéon sur la binette, crapahute tant bien que mal dans une galerie de glaise. À sa droite, une coquine tortue dorée, le regarde d’un air moqueur et nous invite à la suivre.

Mais les copains baroudeurs piétinent dehors en attendant gentiment que la curieuse que je suis ait assouvi son quart d’heure de flânerie littéraire : je le feuillette rapidement. Ses couleurs chaudes me rappellent l’acajou de la fameuse librairie dans laquelle je me trouve alors, les textes sont lisibles et les dessins colorés, parfois en pleine page, me donnent l’impression fabuleuse d’être une fillette face à un livre d’artiste.

Ni une ni deux, il est à moi !

Enfin, à moi à moi, pas tout à fait. Car une fois douillettement installés à une table du Majestic Café (avis aux gourmands, le trio de soupes est un régal à prix réduit !), mes compagnons de route accaparent le joyeux butin. Tant pis, je n’aurai pas le monopole de la première lecture, bien au chaud sous un sac de couchage sur le chemin du retour.

Mais je vous sens patienter, alors passons sur les éblouissants détails de voyage, afin de nous intéresser au contenu de la fameuse trouvaille.

Les premières lignes installent les personnages principaux. Le fameux petit bonhomme de la couverture, déambule la poitrine haute et fière, le profil aristocratique et hautain. L’intrigue tourne autour de sa rencontre avec l’espiègle animal à la carapace d’or que l’olibrius à chapeau croise sur sa route.


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« Il était une fois un homme absolument maître de sa volonté. Il lui arrivait parfois de se promener, seul, le long des chemins. Un jour, il vit au milieu de la route un animal dont la présence en ces lieux lui sembla saugrenue : une tortue. L’homme qui était absolument maître de sa volonté n’avait jamais vu de tortue.

Cependant, à présent, le doute n’était plus permis. Il s’approcha encore un peu. Il avait bien vu, de ses yeux vu : c’était réellement la fameuse tortue de la zoologie.

L’homme qui était absolument maître de sa volonté jubila : il tenait là une grande nouvelle à annoncer au déjeuner. Il s’empressa de rentrer chez lui.

Mais à mi-chemin, il se dit que sa famille n’allait peut-être pas y croire, à sa nouvelle, vu qu’il ne ramenait pas la tortue avec lui, et il stoppa net. Comme il était absolument maître de sa volonté, il n’aurait pas supporté que sa famille pût s’imaginer que cette histoire de tortue n’était qu’invention, aussi fit-il demi-tour.

Lorsqu’elle le vit s’approcher, la tortue, qui s’était déjà méfiée la première fois, fila dans un trou, l’air de rien. »


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Ainsi le vaillant homme s’échine à retrouver ladite bestiole. Avec son bras tout d’abord, qu’il plonge à l’aveugle dans le refuge de la bête. Puis avec un long bâton. Rien n’y fait, même pas la galerie qu’il creuse sans cesse, traversant la Terre de part en part.


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Mais derrière une petite intrigue qui pourrait sembler naïve à certains, se cachent des réflexions sur ce qui anime les hommes au jour le jour.

Sommes-nous réellement guidés par notre volonté ? Jusqu’où pouvons-nous être habités par notre orgueil ? Comment le distinguer de la curiosité propre à la découverte ?  Notre pouvoir sur ce qui nous entoure est-il une illusion ? À quel point sommes-nous aveugles face à ce qui nous entoure, mus par nos seuls désirs de réussite ?
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Le voyage loin de notre identité sociale est-il un chemin vers notre entité véritable?

L’histoire est suivie du texte en langue originale, illustré par les ébauches de dessins d’Irène Bonacina.

Dans les dernières pages, avant une courte biographie de l’auteur, cette dernière raconte son rapport à l’histoire en tant que dessinatrice :

 

« La Tortue ne s’est pas laissé illustrer si facilement.

Dès la première lecture, l’histoire m’a parlé de façon très singulière. Et pourtant lorsque je dessinais elle me résistait et semblait me glisser entre les doigts. Ma situation ressemblait à celle de ce petit homme têtu : alors que lui creusait la terre de part en part, mû par une volonté bornée, de mon côté je devais persévérer pour faire apparaître les images. Nous étions tous les deux pris dans nos aventures respectives – nous creusions. Puis j’ai dégagé le fil et trouvé le ton juste. C’était un vrai plaisir d’imaginer les paysages souterrains et les attitudes de ce personnage. Tandis que je le dessinais, je le comprenais de mieux en mieux. Comment distinguer la vraie persévérance d’une volonté trop dure et orgueilleuse ? Almada Negreiros nous questionne et nous met en garde. À travers sons sens de l’humour et de l’absurde, je suivais la trace de sa réflexion. À chacun de la percevoir et de l’entendre à sa manière. »

 

Ce livre a été pour moi une très belle découverte. Bien sûr il me rappelle un agréable voyage au Portugal entre amis, mais au-delà, la vision amusante et intemporelle qu’il propose de l’Homme me plaît.

Un poil persifleur, mais l’autodérision gonflée à bloc, ce conte est malicieusement clairvoyant. Accompagné d’une pincée de dessins taquins, le tout enrobé d’une douce écume de bienveillance, il compte parmi mes préférés. Car ce carnet héberge un petit bonhomme au chapeau melon, un petit homme un peu grotesque et ridicule… un petit bout d’humanité obstiné et attachant que nous sommes...  tous!

Et pour preuve, même Guy Delisle, dans Chroniques de Jérusalem court lui aussi après notre fameuse tortue !
Jose-de-almada-negreiros-la-tortue-08.JPGLaura Izarié, 2ème année Bibliothèques 2012-2013

 

 

 

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Published by Laura - dans jeunesse
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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 07:00

William-Joyce-Les-Fantastiques-livres-volants-de-Morris-Les.gif




William Joyce
Les Fantastiques Livres volants

de Morris Lessmore
traduit de l'anglais par Alice Boucher
Bayard Jeunesse, 2013






L’auteur 

Né en 1957, William Joyce a marqué de son talent tous les supports destinés aux enfants. Parmi ses livres, George rétrécit, À ce soir Père Noël, Bob le dinosaure, Une journée avec Martin Robinson, Rolie Polie Olie… Il a reçu trois Emmy awards pour sa série animée Rolie Polie Olie, créé des personnages pour Toy Story et 1001 pattes, écrit et produit Robots, Bienvenue chez les Robinson, et bien d’autres films d’animation. En 2012, il a reçu le prestigieux Oscar du meilleur film d’animation pour son remarquable court-métrage The Fantastic Flying Books of Mr Morris Lessmore, dont cet album a inspiré l’histoire. Il vit en Louisiane où il a fondé son studio,  Moonbot.



L’histoire

Morris Lessmore écrit le récit de sa vie en consignant tout son savoir, toutes ses découvertes, ses espoirs et ses peines. Un jour, une tornade vient tout détruire et transforme le monde en noir et blanc. Tout est en ruines. Alors Morris erre et erre au hasard des rues. Puis il aperçoit une femme tout en couleurs, tirée par des livres... qui volent. Avant de disparaître complètement dans le ciel, la femme lui donne son livre préféré. Un livre qui va conduire Morris dans une bibliothèque où les livres vivent…

Une nouvelle vie commence pour Morris : celle de la lecture, d'une passion tout en couleurs pleine d'aventures et de joie. Pendant de longues années, Morris va prendre soin des livres. Il va les réparer, restaurer les reliures, défroisser les pages cornées, les chouchouter. Il va leur redonner une seconde vie. Il va se plonger dedans et en sortir généreux, transformé, confiant. Il va prêter ses livres aux gens qui lorsqu'ils les liront vont retrouver leurs couleurs. Les livres deviennent ses amis, des compagnons de tous les instants. Puis Morris vieillit. C'est au tour des livres de prendre soin de lui...



Une signification pure et implicite des mots et des illustrations

Tout au long de l'album, le texte est accompagné d'illustrations significatives. Dès le début on peut remarquer le changement de couleurs. Lorsque le vent se met à souffler et emporte avec lui la maison et les mots du livre qu'écrivait Morris Lessmore, la scène s'assombrit jusqu'à devenir noire et blanche. Il y a un détail important qu'il ne faudrait sûrement pas laisser de côté : ce sont les mots de son livre qui s'envolent et non le livre lui-même.

Quelques pages plus loin, Morris rencontre une jeune femme qui vole, tirée par des livres volants. Cette scène, qui ne comprend pas Morris, est en couleur. Nous pouvons commencer à comprendre quelque chose, dont je parlerai un peu plus loin. À la page suivante, le livre que lui a donné cette dame mystérieuse est vivant, en quelque sorte. Il peut bouger et se faire comprendre grâce à un personnage dessiné sur les pages. Il est qualifié de « bonne histoire » et c'est ce qui manquait donc à Morris Lessmore qui demeure en noir et blanc. En suivant ce livre, il parvient à une maison qui ne contient que des livres.

 

« Des milliers de pages y palpitaient, et le doux murmure d'innombrables histoires différentes lui parvenait comme autant d'invitations à l'aventure. »

 

Les murmures suggèrent que chaque ouvrage a une histoire à raconter. Morris Lessmore est alors toujours dénué de couleurs. Mais lorsque se pose sur son bras le livre de la dame, les couleurs lui reviennent. Le livre s'y pose ouvert, « dans l'espoir d'être lu », c'est d'ailleurs la seule chose qu'il demande et attende. « La pièce bruissait de vie. »

La signification de l'album entier est transparente à ce moment précis, pour peu qu'on lise entre les lignes. Une pièce remplie de livres est une pièce pleine de vie.

La double page suivante est très intéressante également. La page de gauche est réparée, comme si elle avait été déchirée puis raccommodée avec du ruban  adhésif. En lisant le texte qui s'y trouve, on découvre que Morris Lessmore avait ce rôle au sein de la maison des livres, il les réparait et en prenait soin. Sur la page de droite, l'illustration montre certains éléments importants : les livres ont de vrais rôles, des rôles d'objets. L'un est une pompe à oxygène, l'autre fait office d'électrocardiogramme. Il est dit que les livres se rendent visite entre eux.

 

« Éprouvant le besoin de se réjouir, les tragédies rendaient visite aux comédies. Lassées par les faits, les encyclopédies aimaient à se détendre auprès des bandes dessinées ou des romans. »

 

Les livres forment donc une sorte de société, la maison étant leur lieu de vie. Chaque livre a une importance considérable et Morris Lessmore a sa place au milieu d'eux.
   
Morris lit les livres qui vivent autour de lui, tous, dans leur intégralité. Il est passionné, il lit parfois pendant des jours s'en pouvoir en émerger. Les pages expliquant cela montrent le personnage  marchant, courant, jouant dans un livre, au milieu des lettres et des mots. On sent bien ainsi le plaisir que cela lui procure et la véritable passion qui l'habite.



Une page d'illustration me semble intéressante à analyser.

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« Morris aimait partager : ce pouvait être un livre que tout le monde adorait, ou bien un petit ouvrage solitaire qui était rarement lu. "Toute histoire compte", disait Morris. Et les livres acquiesçaient. »

 

L’hétérogénéité des personnages représentés constitue l’un des messages de cet ouvrage : le livre est fait pour tous, de l’enfance à l’âge avancé. L’élément flagrant de cette scène n’est cependant pas ce point mais un autre : l’alternance entre la couleur et le noir et blanc. Le paysage est en couleur de même que quatre personnages sur six. Nous pouvons remarquer qu’il s’agit de Morris Lessmore et d’un enfant. Les deux ont un livre dans les mains. Plus tôt dans le livre, Morris Lessmore était lui aussi, rappelons-le, en noir et blanc. Lorsqu’il a eu un contact avec un livre, les couleurs lui sont revenues. On suppose donc que le petit garçon a repris ses couleurs lorsque Morris Lessmore lui a donné le livre. La signification est assez simple : les livres sont sources de vie, là où la couleur représenterait la vie, pleine, tandis que le noir et blanc représenterait un certain vide. Les gens sont en vie, mais une vie pleine de vide, sans vraiment de sens, contrairement à ceux qui sont en couleurs. On peut bien comprendre la suite de la scène sans même la voir. Tous les personnages qui font la queue deviendront à leur tour en couleurs dès que Morris Lessmore leur aura donné un livre. Concernant le texte, il confirme l’illustration qui lui correspond : « Toute histoire compte », donc chaque livre donné, quelle que soit son histoire, donne un sens à la vie de l’être car l’être lui-même permet au livre de vivre. Un livre n’existe que parce qu’il est lu ; s’il est oublié, il n’est plus.

À la suite de cela, on apprend que la nuit les livres dorment. Morris, lui, en profite pour reprendre l'écriture de son livre, le livre de sa vie. Il y inscrit ce qu'il vit et ce qu'il sait. Les jours, les mois, les années passent ainsi, cependant que le personnage continue de lire et d'écrire. Bien sûr, Morris vieillit au contraire des livres qui restent à l'identique. Alors qu'il devient trop vieux, ce sont les livres qui prennent à leur tour soin de lui. Il ne les lit plus mais ils se lisent eux-mêmes, ils lui font la lecture. Sur cette double page, l'illustration montre à côté de Morris un livre dont la couverture représente un sablier. Une canne est posée contre le livre. On voit bien ainsi le temps qui passe.

Enfin, Morris finit l'écriture de son livre. Il comprend alors qu'il a fait son temps en ce lieu et dans cette vie : « Il est temps pour moi de partir, je crois. » Il décide donc de s'en aller et quitte la maison alors que les livres tristes, dont celui de la femme au début du récit, lui disent au revoir. Lorsqu'il arrive à l'extérieur, il s'envole à l'instar de la femme, tiré par des livres. Peu à peu, il retrouve son apparence d'antan, celle qu’il avait lorsqu'il a découvert le livre. On comprend qu'il meurt, en réalité.

Puis le récit revient sur les livres restés seuls. Ils découvrent quelque temps après que Morris a laissé le livre de sa vie. C'est alors qu'une petite fille en noir et blanc entre dans la maison et découvre ce monde particulier. Le livre de Morris se met alors à voler et se pose sur elle, lui rendant ses couleurs. Elle l'ouvre et commence à le lire.

« Ainsi, notre histoire s'achève comme elle a commencé... Par un livre qui s'ouvre. »

La dernière double page de l'album est primordiale. Si elle ne comprend aucun textee, elle se suffit à elle-même. Les deux mains représentées sont visiblement les nôtres. Le message passe donc aisément : la pérennité des livres ne peut se faire que si nous, lecteurs, les faisons durer et perdurer.

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Un livre pour aimer lire.

 

Julie, 1ère année Édition-Librairie 2012-2013

 

 


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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 07:00

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Tove JANSSON
Moomin et la comète
Traduction
Emmanuelle Lavoix
Le Petit Lézard, 2008
 






 

 

 

 

 

 

 

 

Petite biographie de l’auteur

Tove Jansson est née à Helsinki en 1914 et décédée le 27 juin 2001. Elle a étudié à la faculté d’art de Stockholm et est devenue peintre. Elle a aussi été illustratrice ; en effet, pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a décidé de créer le pays des Moomins, souvent orthographiés « Moumines » en français, pour faire rêver les enfants avec un pays imaginaire. Cette illustratrice est connue pour ses livres sur les Moomins, mais aussi pour des illustrations d’autres œuvres comme par exemple Le Hobbit, de J.R.R. Tolkien, ainsi que Les Aventures d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. De nombreux produits dérivés ont découlé de ses comic strips qui avaient d’abord été publiés dans la presse. Et, sur l'île de Kailo (une île qui se situe vers le sud-ouest de la Finlande), se situe un parc d’attraction, Muumimaailma, un nom qui semble quasi imprononçable et qui signifie « Le Monde des Moomins ».

 

La bande dessinée Moomin et la comète regroupe six histoires différentes :

·         Les Moomins citoyens modèles

·         Moomin et la comète

·         Moomin et la queue en or

·         L’hiver des Moomins

·         Moomin fait de la voile

·         Cafouille est amoureux

 

Elle met en scène le personnage principal nommé Moomin, ainsi que son père, sa mère et Snorke, une demoiselle de son âge. Ce sont des trolls, mais ils ressemblent davantage à des hippopotames sans bouche et aux traits assez simples. Il y a aussi d’autres personnages tels que Stinky (une boule de poils assez mauvaise), Snufkin (une sorte de petit lutin) ou Petite May (une petite dame aux allures de sorcière), etc.

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Une planche est la plupart du temps composée de quatre bandes, elles-mêmes composées de trois vignettes. Le cadre qui sépare verticalement ces vignettes n’est presque jamais un simple trait mais plutôt un élément du décor, comme des cannes, des balais, des fleurs, etc. Les Moomins sont tous dessinés sur le modèle de Moomin, mais son père est reconnaissable grâce au chapeau qu’il porte toujours sur la tête et à sa canne, sa mère porte toujours un tablier assez long et Snorke est la seule à posséder des cheveux, disposés comme une sorte de frange. Les autres personnages sont tous assez différents. Il existe toutes sortes d’animaux, mais ces derniers ne sont pas toujours reconnaissables et ils portent des vêtements.

 

Cette bande dessinée est bien sûr destinée à la jeunesse, mais pas seulement. Comme le dit Paul Gravett dans la courte préface de l’ouvrage : « Bien écrire la fiction pour les enfants et pour l’enfant qui sommeille en chaque adulte nécessite une variété de dons parmi lesquels une franchise et une lucidité avec les mots et les émotions, et le courage de les maintenir sans prétention. »

Cette bande dessinée, à travers son monde peuplé d’êtres à la fois étranges et merveilleux, nous laisse entrevoir une véritable satire de la société dite « civilisée ».

 

Lorsqu’on lit Moomin pour la première fois, les dialogues sont quelque peu étonnants comparés aux dialogues que l’on peut trouver dans la plupart des bandes dessinées. En effet, le discours des personnages peut paraître parfois assez soutenu et « raffiné ». Par exemple, dans Moomin fait de la voile, le père de Moomin veut changer de chapeau pour adopter un couvre-chef plus approprié à la situation : une casquette de capitaine, car ils sont sur un bateau. La mère de Moomin déclare : « Chéri, personne ne va te reconnaître sans ton haut de forme !! », celui-ci rétorque « La seule chose qui me distingue est mon chapeau, hein ? » et elle répond :  « Oh non, chéri, mais je pense que ton individualité doit s’affirmer… ».

 

Une histoire de cet ouvrage qui représente bien le côté satirique ici décrit de la société est Moomin et la queue en or. Moomin se retrouve tout à coup avec une queue en or. Tous les autres animaux sont époustouflés et il devient une véritable célébrité. Stinky et un autre personnage veulent chacun devenir son agent et se servent de son amitié pour s’enrichir sur son dos. Il est reconnu de tous, passe dans la presse, et est invité à des événements mondains auxquels il n’aurait jamais été invité auparavant. Même s’il le prend comme une bonne chose au départ et aime son statut de célébrité, il se rend vite compte des nombreux désavantages que sa queue aux poils en or lui cause. En effet, pour plaire à la « haute société » à laquelle il appartient désormais, il doit se plier à toutes sortes de règles, et sa famille aussi. Par exemple, lorsqu’il est invité à un dîner mondain, Snorke passe chez la coiffeuse, se faire la dernière coupe à la mode, elle passe ensuite chez la maquilleuse, s’ensuit un dialogue assez comique :

 

Snorke : « Mais ma bouche n’est pas à cet endroit ! »

La maquilleuse : « Paris a décrété hier qu’elle devait être là, madame ».

 

Elle croise ensuite sa rivale, qui a été chez le même coiffeur et la même maquilleuse qu’elle, et elles se lancent des compliments sur un ton plein d’ironie mais toujours raffiné, ce qui fait douter Snorke qui décide d’enlever tout ce maquillage pour aller acheter un chapeau à la mode à la place. Lorsqu’elle arrive à l’événement, au bras de Moomin, elle recroise sa rivale qui porte le même chapeau et a eu la même idée. La mère de Moomin s’ennuie à ce cocktail et ne se sent pas à sa place, elle s’assoit à l’abri des regards et tache son tablier. Comme elle se dit qu’une « dame du monde » doit savoir se tenir, elle décide de partir en se cachant sous un rideau. Son mari a beaucoup trop bu et danse sur une table ; comme elle n’aime pas qu’il se donne en spectacle elle lui demande de partir avec elle. Cette soirée s’est donc révélée être un échec, et ils rentrent tous chez eux, déçus.

Le besoin d’être reconnu, de faire partie de l’élite mondaine est ici tourné en dérision. Cela fait penser aux bourgeois qui voulaient à tout prix devenir des nobles, se rendant ridicules, et rappelle Le bourgeois gentilhomme de Molière.

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C’est une bande dessinée à la fois originale et agréable à lire, que l’on soit enfant ou plus grand. Les histoires des Moomins n’ont pas forcément un « happy ending » ou une morale bien définie mais elles peuvent être prises comme des leçons de vie car elles abordent souvent des thèmes de la vie en société, même si ce sont des personnages imaginaires qui vivent dans un monde qui semble un peu fou.


Chloé, 2ème année Bibliothèques 2012-2013

Moomin et la Comète sur lze site du Petit Lézard : http://shop.lezardnoir.com/fr/moomins/308-moomin-et-la-com%C3%A8te-9782353480067.html

Le Petit Lézard : http://shop.lezardnoir.com/fr

 

 


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30 mai 2013 4 30 /05 /mai /2013 07:00

samedi 20 avril 2013,
14h30-16h30,
au « 91 ».

 

 

Avec ce beau soleil de printemps tant attendu, les adolescents de Bordeaux ont pourtant l’intention de s’enfermer cet après-midi. Jeux-vidéos, écrans au rendez-vous ? Et bien non, renversons les clichés, il s’agit du rendez-vous du club ados chez Mollat !

Aujourd’hui, dix ados sont venus pour présenter les uns aux autres leur dernier coup de cœur. Réunis environ une fois tous les deux mois, ces lecteurs se retrouvent ici pour discuter livres et digresser joyeusement sur d’autres sujets.

L’assemblée est cette fois constituée de six filles et quatre garçons de 11 à 17 ans et demi (le demi semble être important !). De jeunes ados d’horizons différents donc, mais tous réunis pour parler d’un sujet peu abordé avec les amis de leur âge : les livres.

Une libraire est également présente pour accompagner nos ados, Véronique Durand, rayon ados chez Mollat.

 

L’ambiance est au début plutôt timide, elle prend donc la parole et présente le premier livre de l’après-midi.

Il s’agit de Frangine, de Marion Brunet. Véronique précise qu’il s’agit d’un sujet d’actualité.
 
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Prise au dépourvu à son retour de vacances par les libraires du rayon qui voulaient connaître son choix pour la présentation d’aujourd’hui, elle a décidé de présenter cet ouvrage car c’est son dernier coup de cœur. Or ce livre tombe en plein dans l’actualité qui secoue la France aujourd’hui, au point d’en arriver à voir des députés en venir aux mains en pleine assemblée nationale, puisqu’il traite en effet de l’homoparentalité.

Véronique précise alors de sa voix douce et posée que ce n’est pas un livre polémique mais surtout l’histoire d’un frère et d’une sœur. Frangine raconte en effet l’arrivée au lycée d’une jeune fille habituée au cocon protecteur de sa famille formée de deux mamans et un grand frère. Son arrivée au lycée bouleverse sa vision du monde et elle interroge son grand frère : «  à quel moment as-tu quitté le monde des bisounours ? »

Habituellement très protégée par des parents qui ont conscience de leur différence, la jeune fille se retrouve malmenée à son entrée au lycée et sombre peu à peu dans la dépression.

Elle reproche alors à ses parents de lui avoir imposé sa différence. Bien que positionné, le livre traite en réalité d’un sujet plus universel qui est celui de l’héritage des parents et de la difficulté de se positionner par rapport à un bagage constitué malgré soi dès la naissance.

Véronique nous lit les premières pages. L’écriture est pleine d’humour.

Les ados écoutent attentivement et ne se prêtent pas aux jeux des plus grands, ils ne débattent pas de la question et notent simplement le titre sur leur calepin à conseil de lecture.

 

Il est alors temps de passer au livre suivant et c’est Éléanore qui nous présente son coup de cœur. Je suis d’abord très surprise par son langage très réfléchi, posé, l’expression est particulièrement claire ; on a l’impression d’entendre un critique chevronné. Elle nous présente cet après-midi L’éducation d’une fée de Didier Van Cauwelaert.
 

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Nicolas, jeune adulte, est un batifoleur qui passe d’une femme à l’autre jusqu’au jour où il rencontre Ingrid et son fils pour lesquels il aura immédiatement le coup de foudre. Ils vivront ensemble cinq ans, jusqu’au jour où Ingrid le quitte soudainement, lui expliquant qu’elle l’aime encore mais qu’ils ne peuvent pas rester ensemble. À partir de là, pour échapper à sa douleur et aux reproches qu’il ne cesse de se faire, Nicolas décide de s’inventer une vie extraordinaire. Il va donc régulièrement au supermarché remplir des caddies d’objets improbables (la canne à pêche sera au cœur des interrogations de nos adolescents !), passant toujours à la même caisse, espérant que la caissière sera persuadée qu’il vit une vie hors du commun. Ces deux personnages finiront par se parler pour créer une histoire d’amitié qui aidera Nicolas à se remettre en question.

Eléanore choisit de nous lire le passage de la lettre écrite par le héros pour le jeune garçon au moment où il apprend qu’Ingrid le quitte et qu’il doit partir. C’est un beau texte ; les ados semblent convaincus mais pose une question :

« Pourquoi ce titre ? » Eléanore nous explique alors que le petit garçon au milieu de cette histoire de couple a toujours été éduqué dans un monde merveilleux et quand il rencontre un jour la caissière, amie de son beau-père, il est persuadé qu’elle est une fée et qu’elle va l’aider à réunir ses parents.

Les ados connaissent l’auteur et rebondissent sur ses autres titres, Eléanore finira par prêter son livre à sa voisine.

 

C’est ensuite Léa qui prendra la parole pour nous présenter Bride Stories, manga (seinen) de Kaoru Mori.

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 Plus timide, moins prolixe qu’Éléanore, elle nous résume l’histoire en quelques mots. Il s’agit d’une jeune femme d’environ vingt ans qui se retrouve mariée avec un garçon d’un autre clan âgé de seulement douze ans (l’histoire se passe en Asie centrale au XIXème siècle). Léa a aimé ce manga d’abord pour son dessin « magnifique » mais également pour apprendre les coutumes de l’époque (la chasse, les broderies) bien dépeintes dans ce manga. Elle nous explique que l’auteure est en effet « fan de l’Asie centrale » qu’elle a étudiée dans son parcours scolaire. La présentation est plus brève mais le livre circule parmi nos ados qui sont tous impressionnés par le dessin.

 

C’est ensuite au tour de Solène, pleine d’énergie, qui nous présente Comment bien rater ses vacances d’Anne Percin.
 

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Elle parle vite, fort, et ne peut s’empêcher de rire en résumant cette folle histoire. Il s’agit en effet de Maxime qui décide de partir en vacances chez sa grand-mère dans la banlieue parisienne pour échapper à ses parents et avoir la belle vie (ordinateur toute la journée, pas de surveillance…) Or, tout ne se passe pas comme prévu. Sa grand-mère fait par exemple un malaise un après-midi où elle préparait sa confiture de fruits rouges. Maxime la retrouve dans une énorme marre rouge, glisse, s’en met plein les mains et les vêtements et se retrouve dehors, face à la police avec le sac de mamie dans les mains, et ce qui semble être du sang plein les vêtements. Solène nous lit alors l’extrait de son arrestation provoquant éclats de rire et commentaires des autres ados qui connaissent bien cet auteur.

Véronique intervient alors pour ajouter que l’auteur a sorti récemment un nouveau livre, Western Girl, qui se passe dans l’univers des chevaux mais garde l’humour de la série précédente.

 

Un garçon se lance ensuite, Anatole, qui nous présente aujourd’hui le tome 2 de Cherub de Robert Muchamore.


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Pourquoi le tome 2 ? Parce que le premier a déjà été présenté mais qu’il aime vraiment cette série et tient à en parler. Il est le plus jeune du groupe et est plutôt mal à l’aise pour s’exprimer. Il bafouille et est sans cesse coupé par les autres ados qui connaissent bien la série. Véronique remet un peu d’ordre et l’aide à nous raconter l’histoire. Cherub est une agence secrète d’enfants espions qui sont envoyés en mission lorsque les techniques traditionnelles pour arrêter les criminels ne fonctionnent pas. Ici, le héros a treize ans et s’infiltre dans un gang de dealers de drogue par l’intermédiaire des enfants des trafiquants avec qui il va lier une amitié pour se rapprocher du grand patron et le faire tomber. Anatole apprécie les romans d’espionnage mais précise qu’il trouve toutefois un peu dur de devoir trahir les amis que le héros se fait pour parvenir à ses fins.

 

Anselme enchaîne alors car il voulait également présenter Cherub mais cette fois le tome 15. Ici, le héros a changé mais le principe est le même. Il s’agit de s’infiltrer dans une famille dont le père fabrique une bombe nucléaire et qui doit être arrêté.

Le changement de héros survenu au volume 14 est alors débattu avec ceux qui pensent que ça ne devrait pas avoir lieu et ceux qui continuent d’aimer la série.

 

On passe ensuite à une toute autre présentation puisque Léonie prend la parole pour parler de Quatre sœurs de Malika Ferdjoukh.
 

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Elle a à la fois la version roman et la bande dessinée. Il s’agit ici de l’histoire de cinq sœurs, racontée en quatre tomes avec à chaque fois le point de vue de l’une d’entre-elles. Seulement quatre sœurs prennent la parole car la cinquième est plus âgée et remplace un peu leur maman dans la famille. Léonie apprécie ce récit qu’elle trouve touchant et « plein de charme ». De même elle trouve la bd bien adaptée du roman. Elle nous lit le début des deux puis fait passer la bande dessinée.

 

C’est au tour d’Esther qui nous présente aujourd’hui L’île au trésor de Stevenson. Seuls deux lecteurs de l’assemblée connaissent ce grand classique. Esther nous présente la version anglaise qu’elle lit actuellement et relève le défi d’en lire un extrait. S’ensuit un débat sur l’anglais qui exprime plus d’idées que le français en beaucoup moins de mots face au français plus poétique. Véronique recentre l’attention de nos lecteurs et passe à la présentation suivante.

 

Zoé sort alors son kindle et provoque la stupeur de nos ados peu habitués à ce format de lecture. Certains lui demandent même de ranger cet objet à grands cris de « mon dieu, quelle horreur ! ». Cet instant me rappelle alors l’iut et nos débats entre midi et deux. L’attachement au livre papier relève parfois du sacré !

C’est en réalité plutôt amusant car Zoé nous présente aujourd’hui, avec son livre de l’ère ultra-moderne, les Hauts de Hurlevent, d’Emily Brontë ! Elle l’a lu car « c’était gratuit » sur sa liseuse et « [elle] n’avait plus rien à lire ». Finalement cette lecture par dépit lui a vraiment plu même si l’histoire des personnages est « tordue ». Elle a trouvé le livre fort et d’un grand romantisme et le conseille vivement à ses camarades, notamment Solène, sceptique d’apprendre que l’on connaît la fin dès le début du récit. Les autres ados lui expliquent alors que tout l’intérêt réside dans le déroulement et que même si la situation des personnages à la fin de leur histoire est connue dès le début du récit, il faut en comprendre le cheminement. Solène semble peu convaincue et préfère écouter la dernière présentation.

 

Il s’agit de l’ouvrage de Jean Teulé, Le magasin des suicides.
 

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Son lecteur nous explique que malgré le thème qui semble particulièrement noir, le livre est en réalité très cynique donc très drôle et plutôt positif avec en arrière-plan un message critiquant la société actuelle toujours tournée vers la morosité. Il nous en lit un extrait qui fera beaucoup rire les autres ados qui semble convaincus.



Les présentations s’achèvent alors et les adolescents débattent de choses et d’autres avant de sortir reprendre le cours de leurs vies, avec deux trois lignes de plus sur leurs calepins à conseils.

 

Ce club m’est apparu chaleureux et amusant avec des personnalités très diverses mais toutes réunies par la passion de la lecture. Parfois dérivant joyeusement sur des débats totalement étrangers aux livres (la question de la filière S moins bien que la filière L revenait régulièrement), ils tiennent néanmoins à pouvoir parler de leurs coups de cœur puisqu’ils trouvent peu d’écoute dans leur milieu habituel : leurs camarades de classe sont peu lecteurs et il est hors de question de lire les livres proposés par les parents ! Certains sont très à l’aise et font des présentations travaillées (Éleanore écrit par exemple de la poésie et a une aisance orale et un langage réfléchi) quand d’autres sont toujours très timides avec des présentations courtes et confuses. L’ambiance reste malgré tout toujours positive avec avant tout la passion de la lecture qui les motive à se retrouver régulièrement tous ensemble.


Karine, AS édition-librairie

 

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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 07:00

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Selon un élève de CM1 qui lui a fait cette remarque très pertinente, Albert Lemant est « un vieil enfant qui continue à jouer avec ses rêves et ses cauchemars ». Ses œuvres comme L’ABC de la trouille (Atelier du poisson soluble, 2011), 123 l’effroi (Atelier du poisson soluble, 2012), Les ogres sont des cons (Atelier du poisson soluble, 2009), Histoires pas très naturelles (Seuil jeunesse, 2001 et 2005) qu’Albert Lemant a écrites et illustrées, affichent un monde enfantin, terrifiant, amusant et qui, lorsque l’on y regarde de plus près, peut très aisément convenir aux adultes. Seulement, lorsqu’on lui demande à qui, finalement, il destine ses œuvres, l’artiste, pas très politiquement correct, nous répond :

 

« Mes livres sont avant tout destinés…à moi ! Je suis extrêmement égoïste ! J’adore me faire peur et j’adore me faire rire, c’est un plaisir solitaire comme un autre, non ? »

 

Il avoue tout de même qu’il aime faire profiter de son imaginaire ceux « qui veulent bien jouer avec lui, petits ou grands ».

 Albert-Lemant-Lettrres-des-Isles-Girafines.gifEn effet, les « grands » peuvent alors comprendre et déceler des morales dans les œuvres d’Albert Lemant. Par exemple, on peut voir dans Les ogres sont des cons une critique du pouvoir qui fait tourner la tête des hommes et les rend toujours plus gourmands. Dans Les lettres des Isles Girafines (Seuil jeunesse, 2003), à travers des paysages exotiques et des aventures dignes du XIXe siècle, l’auteur traite avec légèreté et humour du colonialisme. De plus, ce monde de monstres et d’aventure dans lequel vit l’auteur est tellement ancré en lui que, lorsqu’on lui demande s’il y a des messages cachés, s’il faut lire entre les lignes de ses textes, il affirme :

 

« Les messages, je me souviens bien d’un truc comme ça que j’avais écrit dans une bouteille, mais c’était il y a bien longtemps, alors que mon équipage de forbans m’avait abandonné sur l’Ile des quatre pirates, au large de la Barbade, en l’an de grâce 1746. Comme je n’ai jamais eu de nouvelles depuis, j’ai arrêté d’envoyer des messages inutiles… »

 

Ainsi, Albert Lemant veut simplement ouvrir son univers à qui souhaite y entrer.

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Les illustrations et gravures d’Albert Lemant  peuvent nous rappeler celles de Maurice Senbak (Max et les maximonstres) par exemple. Et pour cause, il s’en inspire. Il en est de même pour Edward Gorey, Mervyn Peak, Tomi Ungerer (Les trois brigands) ou bien Robert Crumb. Par ailleurs, on retrouve également dans ses textes des calembours qui font directement écho à ceux de Boby Lapointe. Boby Lapointe, à qui il rend hommage dans Le Boby Lapointe (Album Dada, textes Boby Lapointe, Mango jeunesse, 1998), album qui illustre les textes du chanteur.

Albert-Lemant-1-2-3-L-Effroi.gif

 

 

 

Pour L’ABC de la trouille ou 123 l’effroi, l’artiste a utilisé la technique de la gravure, et le noir et blanc rendent ces comptines magnifiquement effrayantes. De plus, Albert Lemant ne triche pas ; il a dessiné chacun des « Vingt-deux keufs à la rescousse », tous les visages des « quarante voleurs babas », s’est penché sur les « cent une taches de sang du damné dalmachien », a créé, sans que deux soient identiques, les « six cent soixante-six lucifer » et ouvert chacune des « mille et une fenêtres pour digérer ce mille-feuilles inouï » (123 l’effroi).

 

Artiste authentique et original, Albert Lemant et son univers nous transportent vers un pays où les monstres et les pirates existent toujours et nous font rêver, loin de notre quotidien parfois trop gris et trop réel.


Clémence, AS édition-librairie

 

 

 


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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 07:00

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Patrick NESS
(d'après une idée originale
de Siobhan DOWD)
Quelques minutes après minuit
A Monster Calls, Walker, 2011
Traduit de l'anglais
par Bruno Krebs
Gallimard jeunesse, 2012
Illustrations de Jim Kay

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Patrick Ness, né aux États-Unis en 1971 et résidant actuellement à Londres, est l'un des auteurs les plus remarqués dans le domaine de la littérature pour enfants et pour jeunes adultes1 de ces dernières années. Sa trilogie Le Chaos en marche, publiée entre 2008 et 2010, reçoit un accueil positif, de la part du public et de la critique, et lui vaut de nombreuses récompenses, le Costa Book Award, le Prix Guardian 2008, le Booktrust Tennage Prize 2008 et le prix Carnegie 2011. L'écriture de Patrick Ness se caractérise par un style incisif mais poétique. Il explore des thèmes difficiles et n'hésite pas à dépeindre des scènes violentes afin de servir des réflexions ayant rapport à des enjeux moraux ou politiques ou bien à des thèmes comme la mort et la guerre. Cela a parfois été reproché à l'écrivain, ses œuvres étant destinées à un public jeune, mais Patrick Ness considère que les adolescents eux-mêmes explorent des thèmes sombres lorsqu'ils écrivent et qu'ils sont donc aptes à en lire2. De plus, dépeindre la violence telle qu’elle est peut-être beaucoup plus intéressant et productif et infiniment moins dangereux que de se réfugier derrière des non-dits et des clichés manichéens qui peuvent parfois appauvrir la littérature jeunesse. Patrick Ness aime explorer la complexité que recouvrent tous les sujets et il le fait au travers de héros partagés par des conflits internes, aussi bien dans Le Chaos en marche que dans Quelques minutes après minuit. C'est en cela que son œuvre, belle et puissante, a réussi à se faire une place dans la production actuelle. Patrick Ness dit qu'il écrit ce qu'il aurait voulu lire adolescent et il n'y a donc rien de surprenant à ce que son œuvre ait su trouver son public.

Il réalise également des chroniques sur le site du Journal The Guardian et est très proche de son public sur internet, notamment par le biais de son compte twitter.

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« Un singulier chef-d'œuvre »3

http://youtu.be/iEX5g6c7ueE (bande-annonce animée du roman)

Quelques minutes après minuit est une œuvre de commande. Elle s'inspire d'une idée de roman de l'écrivain Siobhan Dowd, morte d'un cancer en 2007. Patrick Ness explique dans la préface du roman qu'il admire le travail de Siohban Dowd et a donc hésité à accepter cette demande. Néanmoins, il a finalement accepté ce travail mais, plutôt que d'essayer de le rédiger à la manière du défunt écrivain, il l'a écrit à sa façon, ajoutant ses idées à celles du projet d'origine. Il s'agit donc presque d'un travail de collaboration, bien que l'un des deux auteurs n'ait pas été là durant la réalisation du projet.

Conor O'Malley est un garçon anglais de treize ans à l'esprit vif. Il vit seul avec sa mère et, depuis que celle-ci est malade, il fait régulièrement le même rêve, un cauchemar horrible auquel il refuse de penser. S'ajoute à cela un autre cauchemar : quelques minutes après minuit, un monstre, qui se révèle être le grand if du jardin, vient lui rendre visite. Conor pense d'abord qu'il s'agit d'un rêve, mais peut-être n'est-ce pas le cas. Après le départ du monstre, l'adolescent trouve des épines d'arbre et d'autres traces de la présence de la créature. Conor dit qu'il n'a pas peur de l'arbre, son cauchemar récurrent l'effraie bien plus. Lorsqu'il lui demande pourquoi il vient, celui-ci lui explique que Conor l'a appelé pour qu'il lui montre la vérité. Le vieil arbre a pour mission de raconter trois histoires à Conor et, à la fin, le garçon doit lui confier la sienne, celle enfouie dans le cauchemar dont il refuse de parler à quiconque.
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Le récit est accompagné de nombreuses illustrations en noir et blanc, réalisées par Jim Kay. Elles parviennent parfaitement à capturer l'ambiance à la fois sombre, envoûtante et pourtant paisible de l'histoire. Beaucoup d'illustrations accompagnent le texte, notamment en marge, mais, parfois, le texte se trouve pris dans l'image, comme si les deux étaient indissociables. Les illustrations en page pleine marquent des moments forts et leur confèrent encore plus de puissance. Les dessins ont donc ici une visée esthétique tout en renforçant la puissance narrative. Il ne s'agit pas seulement d'un ornement mais bien d'une part de l'expérience qui est offerte au lecteur.

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Un récit qui se construit autour d'oppositions et de contradictions

Une grande partie du récit se constitue des rencontres entre Conor et l'arbre, passages qui possèdent une tonalité fantastique marquée. Conor pense d'abord qu'il s'agit d'un rêve puis, très vite, il semble réaliser que cela ne peut pas être qu'un rêve et que peut-être une force puissante et ancienne, celle du vieil arbre, vient bien lui rendre visite. Néanmoins, rien ne semble empêcher la possibilité qu'une grande partie de ce qui constitue ces rencontres prenne tout de même racine dans l'esprit du garçon. Aucune réponse tranchée n'est apportée quant à la nature des rencontres entre le garçon et l'arbre à la fin du roman, et cela n'est en rien un problème. Le grand if nous enseigne que la vérité n'a pas besoin d'avoir une seule réponse et cela vaut pour le récit lui-même.

Les histoires que l'arbre raconte à Conor sont des récits qui peuvent d'abord avoir l'air de contes très conventionnels mais, systématiquement, tout manichéisme est chassé et l'arbre révèle que la réalité n'est pas toujours ce qu'elle paraît, que les gens ne sont jamais entièrement ce qu'ils semblent être et qu'il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse.

En parallèle à cela, les journées de Conor sont dépeintes d'une manière très réaliste. Il doit faire face à la maladie de sa mère ou, plutôt, à tout ce que cela entraîne autour de lui. Chez lui, Conor voit la santé de sa mère se dégrader, puis il doit cohabiter avec sa grand-mère, et même aller vivre chez elle, alors qu'il n'apprécie guère la veille femme et qu'elle rend sa vie très contraignante. À l'école, le comportement de tout le monde envers lui, qu'il s'agisse des élèves qui l'ennuient ou des professeurs qui se montrent excessivement compréhensifs, lui rappelle que sa mère est malade. Ainsi, que ce soit dans la réalité de Conor ou bien dans celle relative à l'if, le garçon est toujours renvoyé aux mêmes pensées négatives et soumis aux mêmes sensations d'impuissance et de colère.

Au début, les deux réalités sont clairement dissociées mais elles se confondent de plus en plus, au fur et à mesure que le récit progresse. La mère de Conor lui parle de l'importance du grand if du jardin et le garçon parle de ses rencontres avec l'arbre à son père, bien que celui-ci n'en fasse pas cas. Au milieu du roman, Conor, pris d'un accès de colère, brise l'horloge de sa grand-mère. Peu après, le monstre vient lui rendre visite, lui raconte une histoire et l'aide à ravager le salon. Un phénomène similaire se produit à l'école, après que le monstre lui a raconté le troisième récit et, à chaque fois, Conor a les poings qui lui font mal. Il semble donc que le monstre l'ait poussé à commettre des actes terribles sans que cela l'empêche d'en être l'auteur. Dans les deux cas, alors que Conor finit par accepter la responsabilité de ses actes et attend même une punition, celle-ci ne vient pas. « À quoi bon ? », lui disent son père, les enseignants, sa grand-mère. Conor est pris entre la peur de la punition et l'envie que celle-ci tombe. Ce sentiment devient de plus en plus explicite au cours du récit, de même que de nombreuses autres contradictions qui constituent Conor, mais également le monde dans lequel il évolue. Ce sont précisément ces contradictions qui effraient tant Conor et donnent forme à son véritable cauchemar. Le parcours qu'effectue Conor avec l'arbre l'aide à les accepter afin de pouvoir enfin faire la paix avec lui-même.

Vers la fin du récit, l'arbre prononce ces paroles, qui résument bien les problèmes que soulèvent les récits qu'il a faits à Conor et, par là-même, le roman :

 

« Parce que les humains sont des animaux compliqués. Comment une reine peut-elle être à la fois une bonne et une mauvaise sorcière ? Comment un prince peut-il être un assassin et un sauveur ? Comment un apothicaire peut-il avoir mauvais cœur mais penser juste ? Comment un pasteur peut-il mal penser mais avoir bon cœur ? Comment des hommes invisibles peuvent-ils devenir encore plus seuls en devenant visibles ? […]

La réponse, la voici : peu importe ce que tu penses, parce que ton esprit se contredira une centaine de fois par jour. […] Ton esprit préférera croire à des mensonges rassurants, tout en connaissant les douloureuses vérités qui rendent ces mensonges nécessaires. Et ton esprit te punira de croire aux deux. » (p.201)

 

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« Les histoires sont importantes. Elles peuvent êtres plus importantes que tout. »4

L'autre point central du récit est lié à l'intérêt des histoires. L'arbre répète sans cesse à Conor l'importance des histoires, leur puissance, leur violence, et également les messages qu'elles peuvent faire passer. Cela peut être vu comme un message méta-littéraire de la part de l'écrivain, d'autant plus qu'il use lui-même de beaucoup de scènes poignantes et violentes. Les histoires relatent des faits vécus, qu'ils soient authentiques ou non, et en cela ils peuvent nous faire grandir autant qu'une expérience vécue directement. L'arbre enseigne cela à Conor. Il lui montre à quel point les histoires peuvent être saisissantes, comment elles peuvent amener à faire réfléchir, grandir et aider à saisir une vérité qu'il est difficile de voir sans cela. Il met ainsi l'accent sur la portée à la fois didactique et philosophique des histoires.

L'arbre est une entité puissante et ancienne. Il n'est ni bon ni mauvais et semble être un passeur de mémoire, celui qui montre la vérité. La dénomination de « monstre », fréquemment utilisée par Conor pour le désigner, n'est donc pas innocente, étant donné que le terme monstre a longtemps été rattaché au verbe « mostrare » en latin populaire, qui signifie montrer, bien que cette étymologie ait été remise en question depuis. Ici, le monstre, est bien celui qui montre, celui qui fait apparaître la vérité.

Bien que l'arbre soit un être respectable aux paroles sages, Conor n'a de cesse de remettre en question ce qu'il dit. Il interroge la véracité de ses récits, critique la conclusion et la morale de ses histoires et discute parfois les actes de l'arbre, ce qui lui vaut parfois quelques réprimandes pour son insolence. Le comportement de Conor rappelle celui de beaucoup d'adolescents, au moment où ils cherchent des réponses, et cela semble être salué par l'écrivain. Les histoires n'ont d'intérêt que si elles donnent à réfléchir.

Conor a peut-être parfois les idées arrêtées, mais il fait également preuve d'un esprit critique qui l'aide à grandir. L'évolution de Conor ne vient pas que du monstre, mais bien de l’interaction entre le garçon et l'arbre. Ce dialogue permanent rend également la lecture très agréable et dynamique. Grâce aux interventions de Conor, les récits du monstre gagnent un second intérêt et le lecteur ne manquera pas de sourire lorsque le garçon formulera à voix haute des reproches qui ont peut-être pu lui traverser l'esprit.

À la fin des quatre histoires, le monstre dit à Conor que ce qui importe le plus n'est pas ce qu'il pense mais ce qu'il fait, ses actes. Ainsi, les discours n'ont de sens que si on en fait quelque chose. Patrick Ness enseigne l'intérêt des histoires mais ne prêche pas leur suprématie. Comme toujours, le discours tenu dans le livre est plus subtil qu'on ne pourrait le croire au premier abord.

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Des personnages humains

L'histoire est racontée à la troisième personne, avec une focalisation interne, celle de Conor, un narrateur dont on se rend vite compte que les opinions sont très prononcées et dont la vision des choses est donc en permanence partiale. Cela permet un jeu sur les non-dits, notamment autour du cauchemar de Conor et de certaines pensées qu'il a du mal à comprendre, à admettre, ou bien qu'il enfouit volontairement. Bien que le lecteur soit plus clairvoyant que Conor, pour remettre toutes les pièces du puzzle ensemble, il devra attendre que le garçon y parvienne.

Le regard que Conor porte sur les autres personnages évolue au fil du récit. Au début, il en veut à beaucoup de monde, à sa grand-mère qui est insupportable, à ses professeurs qui se montrent si compatissants que cela lui apparaît comme de l'hypocrisie, ou encore à Lily, son amie d'enfance qui essaye de le défendre face aux garçons qui le brutalisent mais qui est celle qui a révélé la maladie de sa mère à toute l'école. Mais il finit par comprendre que sa grand-mère tient à sa mère autant que lui et que, contrairement au père de Conor, il peut compter sur elle, ou encore, il arrivera à accepter les excuses de Lily et à voir qu'il aurait tort de refuser son amitié alors qu'elle est l'une des seules à véritablement essayer de le comprendre et à faire attention à lui. Les personnages qui parsèment le roman ont, comme ceux qui animent les récits du monstre, plusieurs couches et une épaisseur qui les fait s'écarter de la première impression qu'ils peuvent laisser transparaître. Conor lui-même n'est ni un héros parfait, ni un anti-héros marqué, il se trouve dans un entre-deux qui permet de le rendre attachant et réel.

La relation que partage Conor avec sa mère est également très intéressante. Le récit ne s'y attarde pas mais cela n'est pas nécessaire pour comprendre la force du lien qui les unit. La mère de Conor ne fait jamais de reproches à son fils et semble le comprendre sans qu'il ait besoin de lui confier ses pensées. Leur relation dépasse les mots et le roman parvient parfaitement à capturer cela. Les personnages ne se construisent pas uniquement à travers des traits de caractères mais aussi, et peut-être même avant tout, à travers leur rapport aux autres et en particulier à Conor dans ce cas précis, puisqu'il s'agit de son histoire.

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Quelques lignes avant la fin

Quelques minutes après minuit est un roman à la fois puissant et sensible qui évoque le thème grave de la mort et de la maladie sans user à aucun moment de ressorts pathétiques. Le protagoniste tout comme l'auteur semblent refuser cela. Le récit qui est ici conduit est celui du déchirement d'un personnage, de l'amour qu'il porte à sa mère, de la violence de ses sentiments et de pensées qu'il a du mal à accepter. Il s'agit donc d'une très belle œuvre, en cela même qu'elle est profondément humaine. Tout y est dépeint avec justesse, sans excès, ce qui a eu pour effet de me toucher bien plus que ne l'ont fait beaucoup d'autres histoires larmoyantes ou excessivement amères sur la perte d'un être cher. Quelques minutes après minuit est un très beau livre qui saura être apprécié des lecteurs de tout âge pour l'universalité des problèmes et des réflexions qu'il soulève. Néanmoins, son appartenance à la littérature de jeunesse est justifiée. Le style d'écriture, bien que soigné, est adapté aux jeunes lecteurs et beaucoup d'adolescents se retrouveront sûrement dans le personnage de Conor ou, du moins, se sentiront proche de lui. Il s'agit d'un livre comme on aimerait en croiser plus lorsqu'on est adolescent.


J.S., AS éd/lib


1 Peu utilisée en français, la catégorie Young-Adult literature (YA) est fréquemment utilisée dans le domaine anglophone. http://en.wikipedia.org/wiki/Young-adult_fiction

2 Source : http://www.independent.co.uk/arts-entertainment/books/features/whole-truth-for-teenagers-patrick-nesss-novels-have-attracted-acclaim-awards--and-censure-2301674.html

3 Citation du Publishers Weekly.

4 p. 151.

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 07:00

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Shaïne CASSIM
Je ne suis pas Eugénie Grandet
L’École des loisirs, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je ne suis pas Eugénie Grandet est un roman de Shaïne Cassim, publié en 2011 à l'École des loisirs. L'auteur est née en 1966 à Tananarive, à Madagascar.

Alice Pratt a dix-sept ans, l'âge difficile où l'innocence et les rêves font place à la vie « réelle » ou « active ». Des mots qui promettent une pression proche et qui font peur à ces jeunes lycéens. C'est l'âge de cet entre-deux qui remet tout en question : l'enfance, l'adolescence et l'existence de son futur.

Alice nous raconte ses peurs. Tout commence lors de l'exposition de Louise Bourgeois : Moi, Eugénie Grandet qu'elle est allée voir à Paris avec sa sœur. Anne-Louise Pratt a vingt ans et la vie devant elle. Elle est costumière de théâtre, passionnée, pleine de sentiments généreux et très proche de sa petite sœur. Cette exposition est une révélation pour Alice qui ne veut pas rater sa vie et être seule comme Eugénie.  Elle refuse d'être dans l'ombre de sa grande sœur. La jeune fille s'éloigne alors et s'enferme dans ses interrogations, décidant d'affronter ses démons et de prendre sa vie en main.

Le roman est composé de trois parties. Premièrement, on assiste au questionnement d'Alice qui présente parallèlement les personnages : sa sœur, son père, Max le charmant petit ami et metteur en scène d'Anne-Louise, ainsi qu' Alphonse, une rencontre fortuite au cours de cette exposition bouleversante. Ensuite, le personnage d'Anabelle est mis en avant. Cette grand-mère peu connue commence à intriguer  Alice. Ces deux têtes de mules s'apprivoiseront. La troisième partie est dédiée à la pièce que Max et Anne-Louise interprètent : La Cerisaie de Tchekhov.

Ces trois parties peuvent sembler décousues mais je n'ai pas trouvé cela dérangeant dans le sens où l'on reste avec la narratrice Alice, et que les situations font écho à la sienne, elles collaborent à la recherche d'elle-même. On évolue dans l'entourage d'Alice, participe à sa vision des choses, à son dur chemin pour grandir. Et peu à peu, on retrouve une certaine stabilité. Lorsque l'on ferme ce livre, on est serein, on sourit car on est heureux qu'Alice ait trouvé sa voie, qu'elle soit parvenue à mûrir. Finalement, Shaïne Cassim nous remplit d'espoir, nous voilà avec cette envie de croquer la vie à pleines dents !

J'ai particulièrement apprécié l'écriture à la fois familière et poétique. L'auteur est parvenue à concilier les deux styles de manière pertinente et compréhensible. Cependant, l'écriture, le sujet et les références me laissent croire que Je ne suis pas Eugénie Grandet est davantage un roman à conseiller aux adolescents à partir de quinze ans. Même s'il est possible de le lire dès treize ans, je pense que cela aura plus d'effet, car ce sera mieux compris par les lycéens. Et les plus grands  seront ravis de retrouver cette quête de l'indépendance, de la maturité difficile à trouver et semée d'embûches. A tout âge nous pouvons nous identifier dans cette situation émouvante et dans ce petit chef-d'œuvre empreint de poésie.


Camille, 1ère année édition-librairie

 

 

 


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11 octobre 2012 4 11 /10 /octobre /2012 07:00

« le dur et passionnant métier d'auteur-illustrateur ».

Samedi 06 octobre, 15h, île aux poches au salon de Lire en poche, Mireille D'Allancé fait son entrée : « Bonjour tout le monde, asseyez-vous, asseyez-vous ! Rapprochez les chaises pour que ce soit plus familial ». Nous et les soixante autres personnes sommes alors plongés dans son univers.

Mireille D'Allancé, ancienne professeur de dessin, nous explique son métier qu'elle considère comme génial. Elle ne se définit pas comme un artiste inspiré mais comme « un artisan qui passe son temps à se casser la figure mais qui sans cesse recommence ».



 Comment faire un livre ?
 
Un jour, une amie lui raconte une histoire, « une histoire vraiment pas mal ». Mireille lui conseille alors de coucher son histoire sur papier et de la présenter à un éditeur.

Elle présente brièvement le métier d'éditeur aux enfants avec des mots simples et accessibles : « un cow-boy sur son cheval toujours à la recherche d'un texte intéressant », métier difficile avec « une tonne de textes à lire ». Une fois le texte accepté, Mireille peut donc commencer « Léon Zozio ».

Les premières illustrations ne sont que des essais, dessinées sur papier brouillon. Elle nous montre alors les croquis de Léon Zozio, personnage qu'elle avait déjà en tête.
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Elle nous a raconté l'histoire de façon animée, avec beaucoup d'émotion, de sentiments et de gestes. Les enfants sont captivés, Mireille se montre très proche d'eux sans mettre à l'écart les parents, qu'elle invite à participer.

Les premiers dessins sont envoyés à l'éditeur, « attention sans couleur » ; en effet, si l'éditeur souhaite modifier le dessin il ne faut surtout pas le mettre en couleur. Toutefois, ces croquis sont accompagnés des textes correspondants qui rappellent à l'éditeur – ce dernier, entre temps, aura lu d'autres textes –, l'histoire en question. Ainsi s'effectue le découpage du texte par l'illustrateur. Mireille prend l'exemple du Petit Chaperon rouge : « Maintenant, c'est à vous de jouer ». Les enfants doivent alors taper dans les mains lorsqu'ils pensent qu'il faudrait une image pour illustrer.
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« Il est important de tomber amoureux de son personnage » car elle va devoir le reproduire en long, en large et en travers, page après page.

Elle est alors confrontée à une première difficulté : le paysage, qu'elle décide d'illustrer en peinture : « vous imaginez ma difficulté, je ne savais pas dessiner de paysages mais seulement des personnages ». Après de nombreux essais non fructueux (cinquante pages par jour à la poubelle), elle comprend qu'il y a plusieurs étapes pour faire un paysage. Elle change souvent d'outils, passe du petit pinceau au grand ; de l'éponge à la pomme de terre et de la pomme de terre à la brosse à dents. Elle comprend alors que ses difficultés proviennent de son outil principal : la peinture, que pour que ces dessins soient réussis, elle doit tout faire à la craie.

Les dessins sont remis à l'éditeur, c'est ainsi que Léon Zozio prend vie. Mireille conclut alors : « Je tiens à remercier le maquettiste qui a fait un grand travail d'assemblage. En effet, j'ai été agréablement surprise lorsque j'ai vu le travail final et la page de garde remplie des différents portraits de Léon. »



Cette rencontre, qui n'aura duré que 45 minutes à notre grand regret, nous aura montré à quel point c'est un métier de recommencements, d'humilité, de doutes et d'erreurs… Fin de la rencontre, place à la séance de dédicace et mise en place de l'atelier pastel pour les petits et les grands.

Mireille-D-Allance-02.JPG


Lydie, Caroline et Céline, 2e année bibliothèques 2012-2013


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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 07:00

Mourlevat-Terrienne-01.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Claude MOURLEVAT
Terrienne
Gallimard jeunesse, 2011
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Vous ne respirerez plus de la même manière »

Il y a plus d’un an que la sœur d’Anne, Gabrielle, a disparu.

Les recherches d’Anne vont la mener dans un étrange univers parallèle où sa sœur est détenue captive par des êtres ne respirant pas. D’apparence semblables à des humains, ils évoluent dans un espace clos généré spécifiquement pour qu’ils n’aient aucun effort à fournir, ni à réfléchir.

Accompagnée d’un vieil écrivain, Virgile, qui meurt dans l’aventure, elle met au jour un effroyable trafic humain. Des jeunes femmes comme Gabrielle sont enlevées pour le plaisir des dirigeants. Anne parvient avec l’aide de Bran, un habitant atypique de ce monde, à sauver sa sœur.

De retour sur Terre, elle tentera d’oublier les épreuves affrontées dans ces lieux hostiles à sa présence.

Gabrielle, quant à elle, ne parviendra pas à retrouver une existence normale, choquée à jamais par cette épouvantable expérience.

 

 

Mme Stormiwell a frappé à ma porte. Quand je lui ai ouvert, elle s'est coulée à l'intérieur comme quelqu'un qui ne veut pas être vu. Nous sommes restées debout dans le couloir, à l'entrée de la salle de bains. C'était une personne plus petite que moi, portant les cheveux courts, massive dans son uniforme sombre, les yeux légèrement exorbités, mais il y avait de la bienveillance dans son regard.


– Vous venez de « là-bas », mademoiselle, de « l'autre côté »  ?

Tiré de : http://www.jcmourlevat.com/extrait_terrienne.html

 

 

 

 

Les personnages

Mourlevat est un auteur jeunesse hors-normes. Il crée des personnages non conventionnels, bien loin des canons attendus. Anne est une fille insignifiante, sans réel relief. Ce n’est qu’au fur et à mesure de l’histoire qu’elle commence à s’affirmer et à prendre de l’épaisseur comme si chacune des épreuves traversées lui conférait un peu plus de force et de présence.

Face à elle, Virgile vit dans le souvenir de sa femme. Cet écrivain raté déprécie son œuvre pourtant louée par le public. Son unique joie réside dans sa relation complice avec sa petite fille.

Pour ces personnages évoluant dans deux univers antagonistes, la solitude et la perte d’un être cher créent finalement un espace d’entente entre eux qui ne pensaient jamais se rencontrer.

Dernier personnage important, Bran, être hybride né d’une mère terrienne kidnappée et d’un père de l’autre monde. Il sert dans les commandos coupables d’enlèvements. Son métier lui enseigne tout ce qu’il y a à savoir sur la Terre, ses us et coutumes. Lui seul, contrairement à ses compagnons d’armes, ne ressent aucun dégoût face à la nourriture terrienne. Chaque aliment évoque en lui la nostalgie d’un monde qu’il ne connaît pas.

La force de Mourlevat réside dans l’art de construire des récits vivants, qui se renouvellent sans cesse. Ses personnages sont très humains, emplis de défauts et d’hésitations. Il crée des situations dramatiques proches de la vie réelle, où les personnages ne sont pas immortels et meurent sans que l’on s’y attende. Ainsi le décès de Virgile provoque une rupture dans le récit et lui confère une nouvelle perspective.



L’autre monde

L’auteur pense l’homme de demain, un être automatique, un robot dénué de sentiments, embourbé dans une vie réglée à la minute près pour lui. Un monde aseptisé, où la marge d’erreur est quasiment inexistante. Les « humains » sont issus d’un mélange de gènes performants destiné à créer l’être le plus fonctionnel possible. L’acte sexuel n’a plus lieu d’être, trop aléatoire et sale, tout échange de fluides étant l’horreur absolue. Ces êtres ne respirent plus, n’accouchent pas, ne défèquent pas. Ils mangent des produits cellulaires sans goût, nullement conçus par voie animale ou végétale. Il s’agit d’une autre conception du monde qui peut se rapprocher du film B ienvenue à Gattaca d’Andrew Niccol.
 
Les enfants sont adoptés par un couple défini selon des calculs savants. La notion d’argent a disparu, les gens prennent ce qu’ils veulent dans les magasins, chacun se voit attribuer un métier. Tout est pensé pour que les gens n’aient qu’à vivre et non réfléchir. C’est ainsi que, la cinquantaine arrivée, ils finissent par mourir d’ennui, las d’une vie sans saveur.
   
Les hommes de la Terre fascinent tout en le révulsant le peuple de ce monde parallèle, notamment les femmes terriennes qui deviennent des marchandises pour les plus nantis qui s’offrent le luxe d’un exotisme et d’une sensualité bien absents des femmes de ce monde. Ces hommes haut placés ont parfois des aventures avec leurs prisonnières et le fruit mâle de leur union devient un soldat servant la cause des dirigeants en raison de leur génétique spécifique. Selon le mélange des gènes, ces êtres hybrides parviennent plus ou moins bien à imiter les humains, et arrivent à respirer. Ils apprennent à se fondre dans la masse grouillante humaine afin d’en ramener des femmes terriennes, continuant ainsi le trafic. Quant aux filles nées de ces unions interdites, elles sont exterminées en même temps que leur mère, à Estrellas, ville crématoire où finissent tous les gêneurs, et les gens en fin de vie.

Il est intéressant de constater que Jean-Claude Mourlevat ne considère pas ses lecteurs comme des enfants. Cette histoire atypique proche du futur d’anticipation pourrait très bien s’adresser aux adultes que ce soit par la maturité des propos ou bien par les thèmes abordés : drogue, disparition, mort, angoisse, confrontation de deux cultures antagonistes, recherche des origines…

On entre aisément dans le récit, d’un réalisme saisissant, imaginant sans le moindre mal l’univers décrit.

Prêts à prendre votre souffle ?

L’avis de Jean-Claude Mourlevat sur son livre http://www.jcmourlevat.com/romans.html


Aloïs Duneau-Délis 2e année édition-librairie

 

 

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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 07:00

Le-Clezio-l-enfant-de-sous-le-pont.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J.M.G. Le CLÉZIO
L’enfant de sous le pont
Illustrations : Axel.
 Éditions Lire c’est partir, 2000
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les livres de Le Clézio pour la jeunesse

Voyage au pays des arbres, Gallimard : 1978.
Lullaby, Gallimard, 1980
Celui qui n'avait jamais vu la mer, suivi de La Montagne ou le dieu vivant, Paris, Gallimard, 1982
Villa Aurore, suivi de Orlamonde, Paris, Gallimard, 1985
Balaabilou, Paris, Gallimard, 1985
La Grande Vie, suivi de Peuple du ciel, Paris, Gallimard, 1990



Une maison d’édition pas comme les autres…

Vous l’aurez deviné, L’enfant de sous le pont n’est pas le texte le plus célèbre de Le Clézio. En voici la raison…

«  Lire c’est partir est une association loi 1901 à but non lucratif, créée en 1992 par Vincent Safrat. Elle a pour objectif de favoriser l’accès à la lecture pour tous, en commençant par les plus jeunes.

C’est en découvrant que les livres invendus étaient généralement envoyés au pilon que Vincent Safrat décide de créer l’association. À l’origine, il s’agissait de convaincre les éditeurs de donner leurs invendus pour les distribuer ensuite gratuitement dans les quartiers défavorisés. Cependant, malgré l’enthousiasme et le succès rencontrés sur le terrain, la résistance de certaines maisons d’édition devenait un trop lourd handicap pour obtenir des livres.

Vincent Safrat décide donc de commencer à éditer lui-même les livres, à prix coûtant en évitant de passer par des intermédiaires, en toute indépendance, dans une perspective d’économie et de culture solidaires. Ainsi, l’idée, en 1998, est de faire de Lire c’est partir une maison d’édition associative, publiant des livres jeunesse vendus au prix unique de 0,75€ l’exemplaire, sans subvention et sans réaliser de bénéfice mais en couvrant toutes les charges. Les livres édités étaient, au départ, des classiques du XIXe siècle tombés dans le domaine public, auxquels s’ajoutaient quelques jeunes auteurs. Puis, au fil du temps et des rencontres,  des écrivains reconnus comme Agnès Rosenstiehl, Françoise Sagan, J.M.G. Le Clézio, Thérèse Roche, Alexandre Jardin, Philippe Barbeau ou Gudule, enthousiasmés par le projet, ont proposé des textes inédits ou ont confié leurs ouvrages épuisés. »
(document de présentation de Lire c’est partir. Lire l’intégralité du texte ici :  http://www.lirecestpartir.fr/dossier.php?id_dossier=11 ).
 



L’enfant de sous le pont

Résumé

Ali est SDF. Il fait de son mieux pour gagner sa vie en récupérant dans les poubelles tout ce qui peut être revendu. Un jour quelque chose vient bouleverser sa vie : alors qu’il rentre se coucher sous le pont où il habite avec son chat Cendrillon, il trouve, dans un carton déposé sur son lit de fortune, un bébé. « C’est elle, c’est l’enfant de sous le pont », se dit-il. Charmé par la délicatesse et la fragilité de la petite fille, il décide d’en prendre soin. Il lui donne le joli prénom d’Amina.

Mais comment s’occuper d’un bébé si fragile lorsque l’on n’a même pas de toit. Ali commence par habiller l’enfant avec les habits d’une poupée et lui fabrique un biberon à l’aide d’une bouteille en plastique et d’un bout de chiffon en guise de tétine. Amina tête patiemment et s’endort.

Pour pouvoir nourrir l’enfant, Ali passe un marché avec le boucher du coin qui lui fournit chaque jour un litre de lait de chèvre en échange de paires de chaussures en bon état récupérées dans les poubelles. Pour s’occuper d’Amina, Ali fait beaucoup de sacrifices : il a arrêté de boire du vin, il mange peu et il a moins de temps pour travailler. Mais la fillette grandit de jour en jour et lui apporte un bonheur qu’il avait perdu depuis si longtemps.

Mais au retour de l’hiver, protéger l’enfant des rôdeurs et la nourrir devient de plus en plus compliqué, surtout que le boucher ne veut plus traiter avec Ali. Le vieil homme doit trouver une solution. Il se souvient alors qu’un soir de veille de Noël, une famille, habitant dans une maison avec un petit jardin, lui avait offert de quoi manger. Il se dit alors qu’il est temps de se séparer d’Amina et du lui trouver un vrai foyer où elle sera en sécurité et où elle pourra manger à sa fin tous les jours. Un matin, il prend le landau et part en direction de la petite maison. Il sonne longuement. Une lumière s’allume. Une femme ouvre la porte. Alors, Ali s’en va à grands pas pour cacher les larmes qui coulent sur ses joues ridées.



Quels sont les thèmes développés dans ce roman ?

Dans ce court récit, Le Clézio aborde des sujets qui interpellent les jeunes enfants.

La cause des SDF.

Le récit décrit le quotidien du vieil homme qui vit de débrouillardise. Ali est chiffonnier : il récupère du matériel encore réutilisable qu’il stocke dans des poubelles. Ainsi, il fabriquera le premier biberon d’Amina et construira un parc de jeu pour que sa protégée ne s’ennuie pas sous le pont. L’auteur réfléchit aussi sur l’attitude des gens à l’égard des SDF : les indifférents qui passent en voiture au dessus du pont, les policiers qui le prennent pour un fou parlant tout seul à son landau, ou encore ceux qui s’éloignent dégoûtés par l’apparence négligée du vieillard. Mais qui s’intéresse à l’histoire d’Ali ? Seule l’enfant, innocente et étrangère à tout préjugé, semble porter un amour inconditionnel à son protecteur.


Le problème de l’intégration sociale des harkis.

J.M.G Le Clézio évoque le problème de l’accueil des harkis immigrés en France et de leur reconnaissance par l’État français. En arrière-plan se pose la question de la responsabilité de la France dans le massacre des harkis en Algérie. On retrouve dans ce thème un Le Clézio écrivain de l’Afrique, comme il est parfois appelé.


La solidarité et la tendresse

Ce sont deux thèmes abordés dans les albums et la littérature de jeunesse car il s’agit du ciment des relations sociales. Mais cette solidarité est ici tempérée. Le boucher accepte d’aider Ali mais à la condition que celui-ci lui ramène des paires de chaussures. D’ailleurs, dès qu’Ali ne peut plus assurer sa partie du contrat, le boucher le renvoie à sa misère et ne veut plus entendre parler de lui.

À la fin du récit, Ali dépose l’enfant dans la famille qui l’avait nourri lors d’un Noël où il errait dans les rues de Paris. Le Clézio évoque le réconfort d’un sourire ou d’un geste amical envers les personnes qui vivent dans la rue, attentions qui ne coûtent rien et qui ont plus d’une fois réchauffé le cœur d’Ali.



L’illustration

La couverture est en couleur, en carton souple. Les illustrations intérieures sont en noir et blanc et réalisées au crayon noir gras. L’illustrateur, Axel, a utilisé un style réaliste. Pour donner du volume aux images, il joue avec les valeurs de gris. Les hachures donnent du dynamisme à l’ensemble de l’ouvrage.



Extraits
 
Incipit

« Ceci est une histoire vraie. Peut-être qu’elle n’a pas de fin, comme toutes les histoires vraies, ou bien peut-être que tu veux toi-même lui donner une fin, dans le genre des rêves qui s’achèvent. Comme toutes les histoires vraies, elle s’est passée il n’y a pas très longtemps dans une ville où il n’y a pas de château ni de forêt merveilleuse, ni aucune princesse, et pas la moindre fée – encore que… »


Quatrième de couverture

Ali vit sous les ponts au milieu des cartons. Sa vie sera bouleversée quand il découvrira un bébé abandonné en plein hiver au bord d’un fleuve. Il fera tout son possible pour élever Amina, l’enfant de sous le pont.


Mado DLQ, AS éd-lib 2012

 

 

J.-M. G. Le CLÉZIO sur LITTEXPRESS

 

 

 

Le Clézio, La Guerre

 

 

 

Article de Marion sur La Guerre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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 Article de Marion sur Onitsha.

 

 

 

 

 

 

 

 

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 Article de Gwenaëlle sur L'Africain.

 

 

 

 

 

 

 

Le Clézio Ritournelle de la faim

 

 

 

 

Article de Laetitia sur Ritournelle de la faim.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

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