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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 07:00

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Benoît SÉVERAC
Silence
 Syros
Rat noir, 2011




 

 

 

 

 

 

 

 

 

Benoit-Severac.JPGBiographie

Benoît Séverac est un auteur toulousain, professeur d'anglais à l'école vétérinaire de Toulouse. Lauréat du concours de nouvelles de l'association  Le Lecteur du val qui l'a fait connaître en 2002, il écrit des romans noirs. Son premier, Les Chevelues, est traduit en anglais, aux États-Unis, et Silence est son troisième ouvrage, le premier destiné à la jeunesse. En 2010, il est passé de l'autre côté du voile pour devenir président du jury du concours qui l'a fait connaître.

Davantage d'informations sur son blog :  http://benoit.severac.over-blog.com/


 

Silence

 

L’histoire commence avec Jules, ado de quinze ans, qui se réveille à l’hôpital après quelques jours de coma. Le silence autour de lui, il ne le comprend pas tout de suite mais le subit : Jules est devenu sourd, définitivement. Les infirmiers ont beau chercher à lui montrer que tout n’est pas noir, sa vie va se transformer, aussi bien pour ses loisirs que dans ses relations avec ses parents et ses amis.

Car Jules n’a pas perdu l’audition de façon naturelle. Alors qu’il faisait le mur, il a fait ce que tout jeune aurait fait à sa place : il a cherché à impressionner sa copine. Mais l’ecstasy qu’il a prise l’a emmené aux portes de la mort, et l’a laissé dans le coma.

Qui lui a vendu l’ecstasy ? Pourquoi en a-t-il avalé deux cachets coup sur coup ? Et depuis quand en prend-il ? Avec qui était-il ? Ce sont les questions auxquelles il va désormais devoir répondre. Car ses parents ne sont pas les seuls concernés par les réponses qu’il peut donner : la police le suit, et fera tout pour savoir ce qui s’est passé. Jules n’est pas le seul à avoir eu des ennuis avec le vendeur et certains s’en sont moins « bien » sortis que lui. Dès lors, que doit faire Jules, soutenir le frère d’un ami, ou sauver la vie d’inconnus ?

« – Tu as voulu impressionner une fille ?

(Jules fait oui de la tête sans cesser de pleurer.)

– Tu n'es pas le premier. C'est typiquement masculin.

– Typiquement con.

– L'homme reste un animal, même évolué. Tu as agi comme un animal.

– Comme un con. »

Ce roman met en scène un adolescent comme les autres, qui a commis une bêtise, une fois, et qui n’aurait jamais pu se douter des conséquences. Les relations avec les parents sont ici décrites de façon impeccable, si bien que l’on croirait entendre ses propres géniteurs durant l’adolescence. C’est vrai, comment croire un enfant s’il dit que c’est la première fois ? Pourquoi l’aurait-il fait maintenant et pas avant ? Les parents se retrouvent ici face à une situation qui les dépasse, et avec laquelle ils vont devoir apprendre à vivre.

Mais, si leur réaction était attendue, l’auteur ne cherche pas à culpabiliser Jules – à qui le lecteur s’identifie très facilement –, mais plutôt à montrer qu’il se sent assez mal dans sa peau pour ne pas avoir besoin que quelqu’un vienne en rajouter.


 
Benoît Séverac a réussi à mêler une intrigue policière réussie et les thèmes délicats de la drogue et du handicap.  La touche de maître est principalement d’y être parvenu sans écrire un discours moralisateur ou culpabilisateur mais au contraire en présentant au lecteur le monde tel qu’il est réellement, avec tous ses défauts en pleine lumière.

Au beau milieu de ces sujets si sensibles intervient une enquête fort délicate, où Jules fait à la fois office de victime, de témoin, de suspect, et d’indic. Les rapports entre policiers et témoins sont bien mis en valeur, et la pression permanente que subissent les forces de l’ordre se ressent à travers les dialogues et les entrevues.

Ce texte présente une histoire bien ficelée, particulièrement poignante. Le lecteur adolescent s’identifie avec facilité à Jules, le personnage principal, et les lecteurs plus âgés analysent avec nostalgie des moments qu’ils ont pu vivre dans leur enfance. Si le style d’écriture est plus familier que soutenu, cela permet une meilleure compréhension du texte et donc une identification plus efficace.

C’est un livre que j’ai trouvé vraiment très intéressant, pour ses thématiques et sa façon de les aborder, pour le style d’écriture, mais aussi pour l’intrigue dont je ne suis pas parvenue à trouver la solution seule. À lire dès 14 ans, par adultes et adolescents, car tous seront touchés par Jules et sa prise de conscience.


Laure Salesse, AS Bib.-Méd.

 

 

 

 

Lire également

 

 

 

banniere toulouse polars du sud

 

  Compte-rendu du même auteur sur la conférence « Qu'est-ce qu'écrire du polar pour la jeunesse ? ».

 

 

 

 

 

 

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 07:00

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Dominique de Saint Mars est née au Maroc. D'abord sociologue, puis journaliste spécialisée dans les questions liées à la famille et à l'enfance, c'est une femme et un auteur engagé pour la cause des enfants et contre la souffrance. Elle est l'auteur  des aventures de Max et Lili, chez Calligram, avec Serge Bloch. En 1988, les histoires de Max et Lili sont récompensées par le Prix de la Fondation pour l'Enfance.

 

 

Cécile Fauconnet : qu'est qui a fait qu'un jour la sociologue ait eu envie de s'adresser aux enfants ?

Dominique de Saint Mars : J'ai trouvé un travail de journaliste à Astrapi il y a très longtemps, il y a trente-cinq ans à peu près, et après j'ai pris l'habitude d'écrire pour les enfants.
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J'ai eu l'idée de créer cette collection Max et Lili, parce que je travaillais avec Serge Bloch à Astrapi, j'adorais son dessin et donc j'avais envie que ce soit lui qui dessine, et j'avais envie de faire cette collection pour les enfants qui souffrent, les enfants qui sont tristes. Au départ c'était ça, Max et Lili. Maintenant ça intéresse tout le monde, même les enfants qui sont bien dans leur peau mais mon idée c'est quand même d'atteindre les enfants qui ont des problèmes, qui sont tristes, qui n'arrivent pas à bien s'entendre.

Je suis très contente qu'elle ait beaucoup de succès maintenant, et le dernier c'est Lili est harcelée.



S'adresser aux enfants nécessite-t-il un « parler-enfant » ? Est-ce qu'il faut écrire d'une certaine manière ? Comment définiriez-vous votre ton, votre style ?

J'ai appris à faire court, à ne pas dire trop de mots pour la même chose. Je crois qu'il faut être vrai, il faut être juste, il faut être simple en fait, et aussi intelligent que les enfants ; c'est ça qui est difficile parce que quand on devient grand on devient moins immédiat que les enfants. On va moins à l'essentiel, je pense, donc il faut redevenir un peu enfant, dans l’intelligence des enfants. Et il faut être drôle aussi, parce que les enfants aiment jouer, aiment rire, donc il faut retrouver aussi le sens de l'humour des enfants. Et au moins leur faire passer des informations, qui les rendent plus intelligents, qui leur apprennent à se défendre, tout en étant drôle et en étant émouvant, parce que les enfants aiment bien les émotions. Ils aiment bien avoir peur, ils aiment bien rire. Donc il faut que ces informations intelligentes, qui leur servent à vivre passent dans des mots un peu drôles, des situations un peu drôles.


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Quand les Max et Lili sont arrivés en librairie, il y a vingt ans, aviez-vous fait le constat à l'époque qu'il n'existait rien de ce genre-là, qu'il n'y avait pas de « petite encyclopédie de la famille au quotidien » à partager entre enfants, parents (parce que Max et Lili ça s'adresse aussi aux parents) ?

C'est vrai qu'il y a vingt ans il n'y avait pas de livres qui parlaient de sujets graves comme la sexualité, la mort, et c'est vrai que le livre Le grand père de Max et Lili est mort, au début, les gens me disaient : « Il ne faut pas dire des choses aussi tristes sur la couverture des livres » ; et moi, je disais : « Mais au contraire, il faut que le titre soit très grave, très dur, très difficile et fasse peur, pour qu'à la fin de l'histoire, on ne soit pas comme le titre ».

Le livre Lili a peur de la mort, par exemple, on n'aurait pas pu l'écrire il y a 20 ans, je pense. Lili a été suivie pour des abus sexuels, je l'ai écrit il y a 20 ans, et c'est vrai que c'était au début de la collection et il était passé totalement inaperçu parce que la collection n'avait pas beaucoup de succès. Et au moment de l'affaire d’Outreau, les pédophiles, les parents ont cherché un livre qui parle de ça pour ne pas inquiéter leurs enfants, et ils ont trouvé ce livre qui existait déjà depuis trois ans. Mais ça aussi c'était un combat de parler de ça, on l'a évoqué quand même.

Maintenant on ne parle plus des choses aux enfants d'une façon qui ne soit pas anxiogène,c'est-à-dire qui ne les angoisse pas, qui ne leur donne pas de cauchemars. Les livres de la série en général ne donnent pas de cauchemars aux enfants alors qu'on parle de sujets graves.


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Justement est-ce qu'il y a des sujets dont on aurait pas pu traiter il y a vingt ans ou est-ce qu'il y a des sujets qui sont devenus dépassés aujourd'hui ?

Le premier livre que j'ai écrit, c'est Lili ne veut pas se coucher dans la collection, et c'est vrai que maintenant je vois beaucoup d'enfants qui n'arrivent pas à s'endormir, pour différentes raisons. Peut-être parce que les parents sont plus « cool » et que les enfants ont envie de rester avec eux, mais c'est vrai que peut-être je l'écrirais différemment maintenant, ce livre-là.

Sinon il y a le livre Lili se fait piéger sur Internet ; on n'aurait pas pu l'écrire il y a vingt ans.

Il a des sujets sur lesquels je n'ai pas encore écrit dans la série mais que je ferai un jour, bientôt.



Est-ce qu'il y a des Max et Lili qui ont choqué ?
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Oui, justement, Lili se fait piéger sur Internet, pour les premiers tirages. Dans Lili se fait piéger sur Internet, j'avais imaginé que Max et Lili tombaient sur une image porno, une image de sexualité un peu choquante. Et j'avais dit à Serge : « Tu dessines une femme toute nue sur un lit ». Quand le dessin est arrivé en noir et blanc (puisqu'avant la couleur il y a le noir), c'était très joli, c'était très beau cette femme nue. Et puis quand j'ai vu après le livre avec la couleur, je me suis dit que c'était un peu choquant. Et donc j'ai demandé à des enfants ce qu'ils en pensaient, et il y a un petit garçon au salon du livre de Genève qui m'a dit : « Moi ce livre ça me gêne de voir une photo, nue, d'une femme, pour le lire avec ma maman ». Je me suis dit, c'est la limite. Donc j'ai demandé à l'éditeur d'enlever cette image où on voyait cette femme nue, trop sexy, parce que ça gênait ce petit garçon de lire ce livre avec sa maman. Et finalement dans le dessin, vous verrez, il y a un gribouillis que Serge Bloch a fait.



J'ai lu quelque part que vous étiez la maman de papier de Max et Lili, et Serge Bloch lui est le papa de crayon ; comment en êtes-vous arrivés tous les deux à mettre au monde Max et Lili ?

C'est-à-dire que Serge, je l'ai connu à Astrapi, il était directeur artistique. C'est un grand dessinateur, et moi j'avais très envie de faire cette collection. Je l'ai supplié à genoux d'être mon dessinateur. Lui, ça ne l'intéressait pas beaucoup la bande dessinée, il trouvait que c'était trop lourd, trop long, et lui, ce qui l'intéresse c'est les dessins d'humour, quand ça va vite. Il a accepté parce qu'il m'aimait bien, et qu'il voyait que j'avais envie de cette collection et il a accepté de me suivre. Et ça fait quand même vingt ans que je le supplie à chaque fois de continuer.

C'est vrai que je n'arrivais pas à trouver le nom de la collection. Je cherchais deux prénoms, un garçon une fille, et je cherchais avec Tom et Lola, j'avais trouvé Léo et Marcelline, Paul et Sophie... Je n'arrivais pas à trouver les noms. Un jour j'ai dit à Serge que je n'arrivais pas à trouver de noms, de cette collection que je voulais faire. Et il m'a dit : « Tu sais dans la vie, quand on ne doute pas, ça devient plus simple ». Il y a un prénom dans la littérature enfantine qui est très utilisé, il y a plein de bouquins pour enfants qui s'appellent Max. Et il me dit « Si on ne trouve pas on n'a qu'à prendre un prénom très basique, classique, que tout le monde a déjà utilisé, on n'a qu'à l'appeler Max ». Et je lui ai dit : « Moi ma meilleure amie s'appelait Élisabeth, et on l'appelait Lili ». Et on a gardé Max et Lili.



Comment se passe votre collaboration ? Vous dites que c'est un moment magique quand vous recevez le « crayonné » d'un scénario que vous avez envoyé à Serge, pourquoi c'est magique ?

Je fais le scénario, c'est-à-dire que j'écris l'histoire, je décris l'image, je dis la taille de l'image. J'écris par exemple « Max est sous le lit en train de chercher son maillot de bain et Lili est à la porte ». J'invente des images, je les décris sur le papier, et je dis si c'est une petite image, une moyenne image ou une grande image. Je décris tout ce qu'il y a dans l'image et je l'envoie à Serge. Serge se met à sa table et il dessine, un brouillon, au crayon à papier. Et il m'envoie le brouillon, par Internet. Mais je ne travaille pas avec Serge. Je lui donne toutes les indications et il fait ce que je lui demande. Comme il est formidable et qu'il dessine très vite, il aime bien que je lui donne des choses très très précises, comme ça cela lui permet de dessiner très vite. Et il adore dessiner très vite. C'est vrai qu'il est très bon pour trouver l'émotion : la peur, la tristesse, la joie... Sans lui Max et Lili n'existerait pas.



Est-ce qu'il y a des numéros qui ont été plus difficiles à illuster ?

Il faut qu'ils soient drôles. Parce que quand ce n'est pas drôle il s'ennuie, et donc il n'aime pas dessiner quand ce n'est pas drôle.



Le format de la collection, le traitement du sujet par différents biais, la petite bande dessinée, les questions à la fin, la quatrième de couverture : le traitement des sujets est un peu particulier, comment cela s'est-il fait ?

L'éditeur avait l'idée d'un tout petit format, et puis on l'a agrandi après parce qu'il était perdu dans la librarie. Et le fait que ce soit en bande dessinée : j'avais très envie que ce soit en bande dessinée parce que c'est drôle et qu'on fait passer des choses très facilement par l'image. Une bande dessinée c'est très vite lu, et donc c'est intéressant qu'il y ait des questions à la fin pour ne pas être obligé de se dire : « Moi je suis comme Max » ou « Je suis comme Lili ». La quatrième de couverture avec le résumé à la fin, cela permet de dire les choses d'une autre manière.



Dans la petite présentation qui est faite dans chacun des Max et Lili, il est écrit que vous avez interviewé plus d'un million d'enfants, est-ce comme cela que vous trouvez les sujets ?

Au début, j'ai commencé comme cela. Maintenant, j’interviewe moins d'enfants, mais au début j'avais peur de mettre des mots de mes histoires à moi, ma propre histoire familiale qui était quand même assez difficile, et je voulais que Max et Lili soient le reflet de tous les enfants. C'est pour cela que j'avais envie de parler avec beaucoup d'enfants. Et je le fais toujours, j'aime beaucoup écouter les enfants, et je pense que les parents aussi doivent écouter leurs enfants. Quand on écoute un enfant, on lui dit : « Tu es capable de t'exprimer, je t'écoute, j'entends ce que tu dis, tu es digne de confiance » et après l'enfant aura appris à s'exprimer lui-même. C'est pour cela que je voulais faire des bandes dessinées, avec des dialogues.



Est-ce que les journaux, la presse, la télé, Internet vous inspirent ?
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Oui, tout m'inspire. Les adultes, les enfants, les chiens, les chats... Là, par exemple, je suis en train d'écrire le numéro 104, Max et Lili veulent devenir populaires. Je me suis dit que c'était peut-être un petit peu en avance, mais pour la rentrée scolaire je me suis dit que c'était possible comme sujet et de traiter le fait d'avoir envie d'avoir des amis, d'être reconnu, d'être admiré. Quelquefois ce sont des enfants dans les écoles qui sont tristes, qui ne vont pas bien, qui viennent me voir après les rencontres pour me dire qu'ils ont un problème.



Parmi les bientôt cent titres,est-ce que vous avez des préférés ?

Il y en a un que j'aurais aimé avoir quand j'étais petite, c'est Les parents de Zoé divorcent. Mes parents ont divorcé quand j'étais enfant et j'étais la seule de l'école ; c'est vrai que c'était dur et j'aurais bien aimé avoir un livre où on parlait de cela, où on donnait des explications, qui aurait pu faire rire ma mère peut-être sur ce sujet là. Ce livre-là, j'aurais bien aimé l'avoir.

 

 

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L.F., 2e année Bibliothèques


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17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 07:00

 

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Auteur et illustrateur
Rambharos JHA
Titre : Le bestiaire du Gange
Titre original : Waterlife
Parution originale: 2011

Tara books Inde
Traduction de l'anglais :

Jade Argueyrolles
Éditeur :  Actes Sud junior
Parution France : 2011









Rambharos Jha nous propose un itinéraire dans l’État du  Bihar, à l'Est de l'Inde, à travers ses sérigraphies à la main et un voyage au cœur des poèmes classiques tamouls. Ceux-ci sont choisis, adaptés et traduits par Inquilob et V. Geetha puis traduits de l'anglais au français par Jade Argueyrolles. Sous chaque poème se trouve une légende qui précise le nom du poète et le titre du recueil dont il est extrait. Les sérigraphies sélectionnées par l'artiste sont réalisées sur un papier à grain de qualité, au toucher voluptueux. Le livre est entièrement réalisé à la main à Chennai, en Inde.



Rambharos Jha et les Peintures Mithila du Bihar
art-mithila2-02.jpg
Dans l’État du Bihar, la tradition veut que les murs et les cours des maisons soient peints, à l'occasion des festivités. Le béton devient alors une toile immense, un terrain de création. Sous les doigts des femmes (principalement), les lignes deviennent des formes, puis des animaux, des arbres, des hommes, un zoo tout entierart-mithila-01.jpg coloré, des scènes de la vie quotidienne prennent vie sur la pierre .Les couleurs utilisées sont issue s du milieu naturel : le jasmin donne l'orange, les feuilles de coton le vert, le curcuma le jaune, les feuilles de thé le marron et la suie le noir. S'ensuit un mélange avec d'autres pigments achetés au marché. On imagine alors les petites montagnes bleues, roses, blanches, violettes débordant de leurs pots, sur les étalages des marchands.

À la fin des années 1970, à la suite de la terrible famine du Bihar, cet art voyage des murs au papier pour pouvoir être vendu, faisant ainsi la renommée de celles qui décoraient les maisons, Ganga Devi, Jagadamba Devi, Sita Devi, pour les plus éminentes. Avec le temps, l'art du Mithila s'est développé en une grande variété de styles et de caractères, différenciés selon les régions et les castes. Actuellement, les plus grands artistes vivants sont  Pushpa Kumari et  Pradyumna Kumar.

Influencé par ces décors, Rambharos Jha devient illustrateur et fera à son tour revivre la tradition de Darbanga, sa ville de naissance et la capitale culturelle du Mithila. Il explique avec émotion : « Je passais des heures à les regarder travailler […] en mêlant les couleurs et les idées, les femmes créaient des dessins qui m’envoûtaient » . Il commence sa carrière en reprenant des scènes de la mythologie hindoue — par exemple le dieu Soleil, Krishna, divinité à la fois masculine et féminine —, il poursuit en reproduisant des dessins traditionnels comme l'étang aux lotus et Lekhobar (motif que l'on peint dans les chambres nuptiales). Son travail se fait vite remarquer ; son dessin Le Poisson jaune fut choisi pour paraître dans un ouvrage consacré à l'art du Mithila. Puis le travail de l'illustrateur évolue :

« [...] j'avais commencé à m'éloigner des mythes et des sujets conventionnels. Je voulais suivre mon propre instinct de création et témoigner, comme tout artiste, de mon environnement, de mon époque et du lieu dans lesquels je vivais. Cela ne signifiait pas me couper de la tradition, mais seulement laisser libre cours à mon imagination. L'utilisation de l'acrylique me permit de travailler de nouvelles couleurs, et c'est pendant cette phase expérimentale que je me suis mis à dessiner le milieu aquatique. Je dessinais des motif traditionnels comme le poisson, le lotus et la tortue, mais avec mes propres couleurs et selon mes propres inspirations. » (extrait du Bestiaire du Gange).

Une seconde influence lui vient de son père qui est alors impliqué dans un projet artiste et culturel visant à insuffler un nouvel élan aux traditions régionales et à aider des artiste à vivre de leur art.



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La poésie classique tamoul

La poésie tamoul est d'un style extrêmement bref qui rappelle les haïkus, elle se compose de une ou deux phrases à lire d'un seul souffle. Elle incite à la méditation, elle inspire une état de réflexion sur la nature et la vie. C'est avant tout une poésie de l'image, de l'instant voire de l'éphémérité qui demande le détachement de l'auteur du lecteur. Cet art très ancien, peu connu des Occidentaux, date du deuxième siècle avant notre ère ; les analyses pertinentes faites sur le sujet ne sont traduites qu'en anglais. Cependant nous pouvons évoquer le rôle important du poète Subramania Bharati,considéré comme le père du tamoul moderne, ayant insufflé une vie nouvelle à cette langue rigide et formelle. Il est l'auteur de poèmes lyriques tels que « Kuyil Pattu », sorte de chanson mystique qui célèbre le coucou indien.

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Conclusion


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 Le Bestiaire du Gange est à la fois un bestiaire, un imagier, un recueil de poèmes et un livre d'art. Pour toutes ces facettes, ce livre peut être apprécié par les enfants et par un public bien plus âgé. Pour ma part, je pense que cet ouvrage a une réelle qualité d'objet d'art, ayant sa place dans les rayons pour adultes et non exclusivement dans la littérature jeunesse comme Actes Sud nous le propose.


 

 

Valérie, AS Éd.-Lib.

 


 

Liens

 

Une vidéo pour découvrir les techniques de fabrication des ouvrages de l'éditeur indien TARA BOOKS et des extraits du livre sur  le site d'Actes Sud Junior.

 

Présentation et interview de Rambharos Jha (en Anglais) sur le  blog des éditions TARA BOOKS

 

 Les peintures Mithila du Bihar.

 


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28 février 2012 2 28 /02 /février /2012 07:00

Luis-Sepulveda-Histoire-d-une-mouette-01.gif








Luis SEPÚLVEDA
Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler
Titre original
Historia de una gaviola y del gato que le enseño a volar
Traduction :
Anne-Marie Métailié
Illustrateur :
 Miles Hyman
Métailié, 2004













Résumé

Zorbas est un chat qui mène une vie tranquille jusqu’à ce qu’un jour une mouette mazoutée s’échoue sur son balcon, mourante, et lui fasse jurer de couver l’œuf qu’elle va pondre avec ses dernières forces, de protéger le poussin et de lui apprendre à voler. Zorbas, pour apaiser la mouette, lui promet de le faire et se retrouve alors malgré lui à devoir assumer le rôle de mère. Avec l’aide des autres chats du port, il va élever la petite Afortunada – qu’ils ont baptisée ainsi parce qu’elle a eu de la chance d’être tombée sous leur protection – et non seulement il réussira à tenir ses promesses mais il découvrira aussi la tendresse et l’amour.



Roman d’apprentissage

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler est un roman sur l’apprentissage de la vie en communauté ; il véhicule des notions comme le respect de l’autre et de ses différences ou la  protection des plus faibles. Les chats du roman élèvent une mouette, la respectent et l’aiment, non pas malgré sa différence mais justement pour cette différence. Zorbas dit à Afortunada qu’« il est très facile d’accepter et d’aimer ce qui nous ressemble, mais quelqu’un de différent c’est très difficile et tu nous as aidés à y arriver. » Zorbas élève Afortunada sans chercher à effacer ses différences et à en faire une semblable, il attend qu’elle trouve sa voie avant de lui apprendre à voler et ne l’empêche pas de partir à la fin du roman pour rejoindre ses pairs, ce qui est une très belle preuve d’amour de sa part.

D’ailleurs, le personnage de Zorbas évoluera beaucoup au cours de l’histoire. Au départ, c’est un chat attaché à son indépendance et à sa liberté qui ne se laisse pas marcher sur les pattes et n’hésite pas à recourir à la violence. Mais après sa promesse, il se trouve contraint d’endosser le rôle de mère, il doit couver, protéger l’œuf et nourrir le poussin. Malgré les railleries des autres chats, il met de côté sa fierté pour accomplir ces tâches et n’hésite pas à braver les dangers pour sa protégée, en faisant par exemple un pacte avec les rats pour qu’ils la laissent tranquille. En côtoyant quelqu’un de différent, il apprendra beaucoup et découvrira ce que sont la tendresse et l’amour ; il considère Afortunada comme sa propre fille. L’auteur dit ainsi qu’il la prend « délicatement entre ses dents » pour la transporter, comme le ferait une chatte avec son chaton.

C’est aussi un roman sur la quête d’identité ; Afortunada va devoir apprendre à s’accepter elle-même tout au long du récit. Elle fait partie de la communauté des chats et cherche donc à leur ressembler mais elle ne peut y parvenir, elle se sent différente et sera toujours considérée comme telle. Elle admire en secret la grâce des autres mouettes et décide finalement de « quitter le nid », de suivre sa propre voie et d’apprendre à voler malgré sa peur. Avec l’aide des chats, elle fera plusieurs tentatives infructueuses, puis y arrivera finalement en se jetant dans le vide du haut de la tour d’une église. Zorbas dira : « Au bord du vide, elle a compris le plus important […] que seul vole celui qui ose le faire ».



Roman sur la société

Le roman, qui est raconté du point de vue des chats, porte un regard très critique sur la société humaine, notamment sur l’absence de considération des hommes envers la nature et les animaux. Les chats voient en l’homme un danger. Ainsi, comme des milliers d’oiseaux chaque année, la mère d’Afortunada va succomber par la faute des hommes. Elle est prise dans une nappe de pétrole et l’on ressent la panique qui la saisit quand elle s’englue dans ce que les mouettes du roman appellent la « peste noire » ou « la malédiction des mers ». Elle se résigne alors à mourir lentement asphyxiée par le pétrole, en se disant que c’est « la plus terrible des morts » qui l’attend. Plus tard, Vent debout, un des chats, qui a l’habitude de naviguer, dira qu’« en mer il arrive des choses terribles » et que « parfois [il se] demande si quelques humains ne sont pas devenus fous, ils essayent de faire de l’océan une énorme poubelle. » Les animaux se moquent des contradictions de la société humaine et ne comprennent pas, par exemple, que les humains parlent tous des langues différentes mais parviennent quand même à se comprendre ou que des bateaux déversent des milliers de litres de pétrole en mer quand d’autres bateaux, pilotés aussi par des humains, essayent de les en empêcher.

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler décrit aussi la société animale, plus particulièrement la « communauté » féline. Il s’agit en effet d’une vraie communauté, régie par des valeurs de solidarité et d’entraide, par des lois comme l’interdiction de parler aux humains, par des rites – les chats enterrent la mère d’Afortunada et baptisent la jeune mouette – et par un code d’honneur – tout au long du roman, le chat Colonello ne cessera en effet de répéter qu’« une promesse sur l’honneur faite par un chat du port engage tous les chats du port ». Les chats vivent en accord avec les autres animaux et parlent la même langue qu’eux. Au final, la société féline semble bien plus sage et harmonieuse que celle des humains qui, du point de vue des chats, semble contradictoire, divisée et intolérante.



L’écriture

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler est un conte d'abord destiné à la jeunesse. Sepúlveda l’a écrit pour ses enfants, du temps où sa famille vivait à Hambourg, lieu où se déroule l’intrigue. Le roman se lit très facilement et l’écriture est simple mais puissante et de qualité. L’auteur aborde des thèmes profonds comme l’amour, la poésie, le respect de l’autre ou la préservation de la nature. Certains de ces thèmes, qui lui sont chers, sont également présents dans son roman le plus célèbre,  Le vieux qui lisait des romans d’amour.
 
Bien qu’écrit pour des enfants, ce roman, qui fourmille de références, offre plusieurs niveaux de lecture. La mère d’Afortunada, lorsqu’elle a les ailes goudronnées, se rappelle le mythe d’Icare et cherche à se rapprocher du soleil pour faire fondre le pétrole de ses ailes, les chats utilisent les plans de la machine à voler de Léonard de Vinci pour apprendre à voler à la jeune mouette ; et dans l’écriture même, Sepúlveda introduit des clins d’œil à d’autres auteurs, comme quand il décrit le bazar qui sert de quartier général aux chats en faisant un inventaire à la Prévert.

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler est un roman empreint de poésie. Tout d’abord dans le thème de l’histoire : les chats sont normalement prédateurs des oiseaux, or, ici, ils décident d’élever une mouette et la considèrent comme leur propre fille. On retrouve aussi cette dimension poétique dans l’écriture et les images utilisées, par exemple lorsque Afortunada,confiante, va prendre son envol pour la première fois du haut de la tour Saint Michel, l’auteur dit que « les projecteurs la baignaient de lumière et [que] la pluie saupoudrait ses plumes de perles. »

La poésie occupe aussi une place importante dans l’intrigue : pour apprendre à voler à Afortunada, Zorbas va faire appel à un humain mais pas à n’importe quel humain ; il demandera de l’aide à un poète en donnant l’explication suivante : « il ne sait peut-être pas voler avec des ailes d’oiseau, mais en l’entendant j’ai toujours pensé qu’il volait avec ses mots ». Le poète est celui qui est le plus à même de les aider car il est cultivé, ouvert d’esprit et a une sensibilité particulière, quand les chats viennent le voir et lui parlent ; il croit rêver  mais aime à penser que cela est possiblec ar il trouve que « c’est un très beau rêve ». Il cite à Zorbas le poème « les mouettes » de Bernardo Atxaga et c’est ce poème qui leur fera comprendre comment aider la mouette à voler : après l’avoir entendu, Zorbas se rend compte qu’il doit laisser Afortunada s’en aller, il l’encourage à « voler de ses propres ailes » car personne ne peut le faire à sa place, il la laisse se forger sa propre expérience.



Le récit est également plein d’humour ; les chats qui accompagnent Zorbas dans sa mission présentent des caractères humains et s’expriment parfois comme eux. Par exemple, l’un d’eux félicite Zorbas après la naissance du poussin et lui demande combien il pesait à la naissance. Ils sont décrits de manière caricaturale et sont souvent ridicules : Colonello miaule en italien et représente une autorité chez les chats du port alors que ses conseils ne résolvent jamais rien ; il s’approprie les idées de son secrétaire et lui reproche de toujours lui ôter les miaulements de la bouche. Secretario accepte qu’on lui confie toutes les tâches ingrates en échange de nourriture. Jesaitout cite toujours l’encyclopédie avec un ton pédant et fait des dissertations interminables mais aucune des solutions qu’il propose n’est adaptée à la situation, un des chats le lui fera d’ailleurs remarquer. Vent-debout est un chat marin avec un ciré jaune à sa taille qui se déplace en « chaloupant » de gauche à droite ; il parle le dialecte de Hambourg et raconte ses voyages en jurant. Deux chats « voyous » font plusieurs apparitions cocasses dans le roman. Lorsque Afortunada n’est qu’un poussin, ils la voient sans surveillance et veulent la manger, mais Zorbas arrive et les menace ; alors ils prennent peur et affirment être végétariens, puis ils s’attendrissent devant le poussin « qui sera un très beau chat ».



Avis personnel

Mes parents m’ont emmenée au cinéma voir le dessin animé tiré du roman lorsque j’étais à l’école primaire, au moment de la catastrophe de l’Erika. On trouvait alors sur les plages de nombreux oiseaux ayant subi le même sort que la mère d’Afortunada et le sujet m’avait beaucoup touchée à l’époque. J’ai donc décidé de lire le roman lorsque j’ai vu qu’il était dans ma bibliothèque.

Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler est un livre optimiste et émouvant, il dénonce les travers de notre société avec acuité et humour et aborde des thèmes importants sans tomber dans le pathétique ou la leçon de morale. L’écriture est humble, sensible et poétique et les personnages sont drôles et attachants. On finit le livre avec un sourire sur les lèvres et l’envie de le faire lire à nos futurs enfants.


Anaig Trebern, 1ère année bib.

 

LUIS SEPÚLVEDA sur LITTEXPRESS

 

Sepulveda Le Monde du bout du monde Métailie

 

 

Article de Delphine sur Le Monde du bout du monde 

 

 

 

 

 

 


Luis Sepulveda Le Vieux qui lisait des romans d amour


Article d'Héloïse sur Le Vieux qui lisait des romans d'amour.





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Articles de Julie et d'Hortense sur Journal d'un tueur sentimental

 

 

 

 

 

 

LUIS SEPULVEDA la lampe d'aladino

 

 

 Article d'Agathe sur La Lampe d'Aladino.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 13:00

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Marie-Aude MURAIL
Oh, boy !
L'école des loisirs

collection Médium, 2000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une couverture peu orthodoxe

Couverture très intrigante et amusante, elle attire l’attention par sa simplicité, sa pureté et sa naïveté. On ne sait pas trop sur quoi on va tomber ; instinctivement, on sait que ce seront des problématiques sérieuses mais abordées sur un ton et de façon simple, explicite, avec une certaine fantaisie.



Une rencontre, une histoire

Les Morlevent, ce nom un peu bohème, est porté uniquement par cinq personnes sur terre. Il représentera parfaitement les bourrasques qui viendront frapper la famille. Des difficultés les percutent de tous les côtés, au fur et à mesure, perturbant leur vie en général ou, dans le cas de Siméon, sa santé. Mais ils s’accrochent à la vie, ils continuent et se fixent des objectifs.
 
On observe deux associations : d’une part, Barthélémy et Venise, les deux belles personnes blondes aux yeux bleus avec un QI normal et d’autre part Siméon et Morgane, les deux surdoués un peu disgracieux. Josiane reste toujours à l’écart, peut être parce qu’elle n’a pas de lien de sang avec les quatre autres protagonistes.



« Les Morlevent ou la mort »

Siméon, jeune adolescent de quatorze ans, surdoué et très mature, prend en main la fratrie Morlevent et les affaires de la famille. Il est le plus responsable de la famille et la porte jusqu’au jour où le médecin lui découvre une leucémie. Dès ce jour, l’enfant commence à transparaître à travers ce protagoniste qui se révèle fragile et peu sûr de lui. Un combat contre la maladie débute, ainsi qu’un objectif à atteindre, obtenir son baccalauréat.

Morgane, petite fille de huit ans et déjà un an d’avance à l’école suit pas à pas son idole Siméon. Elle est la petite fille que tout le monde oublie et délaisse, disgracieuse, intelligente et discrète.

Venise, la poupée, cinq ans, fillette blonde aux yeux bleus, de petites fossettes, adore les câlins, les dessins et les Barbies. Elle est l’objet de convoitise de Josiane qui, pour l’avoir est prête à accueillir toute la fratrie. Elle provoque la séparation des Morlevent par sa naïveté et sa gentillesse.

 

 

« Où les Morlevent attendent un roi mage »

Barthélémy, le grand frère et roi mage qui doit sauver les Morlevent, est un jeune homme sensible, volage, très égoïste qui ne pense qu’à sa vie et à son petit ami du moment, Léo. Très vite, les jeunes Morlevent sont sous le charme de ce grand frère tombé du ciel et qui s’écrie « Oh, boy ! » à la moindre occasion. Malgré tout, Siméon reste durant très longtemps sceptique devant les idées et plans loufoques que Bart échafaude pour échapper à ses responsabilités. Bart met beaucoup de temps avant de se prendre en charge, lui, puis les enfants. C’est la maladie de son frère qui va le responsabiliser petit à petit et qui va lui permettre de s’ouvrir aux autres.

Josiane, l’orthodontiste et demi-sœur de Barthélémy par adoption nourrit depuis l’abandon de son père adoptif jalousie et rancune envers tous les Morlevent. Elle jalouse plus particulièrement Barthélemy qui a toujours été plus apprécié par son physique, sa sociabilité et sa bonne humeur. Elle ne veut pas des enfants dans un premier temps, puis tombe sous le charme de la petite Venise et sera prête à tout pour l’avoir.



De grands thèmes

Le combat contre la maladie

On suit toute la maladie du jeune Siméon, de la découverte à la miraculeuse guérison. On voit, pour une fois, la maladie du point de vue de la famille et plus particulièrement de l’avis de Barthélémy. Ce livre permet une première approche de la leucémie. Tous les stades de la maladie sont abordés, les moments d’espoir, de chute pour la famille, mais aussi pour les médecins qui s’attachent aux patients malgré eux.


L’homosexualité

Ce qui est mis en avant dans ce sujet, ce sont les a priori de certaines personnes envers les homosexuels. En effet, Bart accepte totalement son orientation sexuelle mais l’histoire montre que des personnes, de différent corps de métier peuvent porter des jugements hâtifs et qu’il peut y avoir de grandes discriminations sexuelles.


Les surdoués

Siméon et Morgane sont les deux enfants surdoués de la famille. Tous deux supportent des brimades de leurs camarades et, dans le cas de Morgane, de sa maîtresse qui ne l’apprécie gère, à cause de ses compétences trop élevées. Ce livre nous permet de voir les difficultés de l’enfant surdoué dans son quotidien, car si on le voit toujours comme l’élève favori des professeurs, il est aussi brimé par les autres jeunes et parfois même par des adultes, jaloux de ses capacités, ou mal à l’aise.


Les enfants orphelins, la tutelle

Cette œuvre de Marie-Aude Murail montre enfin la complexité du système judiciaire concernant les orphelins. Elle dévoile la mission de chacun, les éléments à réunir, la longueur de la procédure, la pénibilité pour les enfants et les conditions de placement de ces derniers dans des foyers.



Écriture

Ce sont des situations sont courantes et qui ne sont pas toujours faciles à gérer individuellement. Pourtant, dans cette œuvre, tous ces thèmes sont abordés de façon simple, explicite, sans excès dans le propos. Le lecteur reste serein lorsqu’il lit cet ouvrage et peut comprendre et apprendre beaucoup de choses grâce au style et à la technique d’écriture.  En effet, les termes restent simples et les deux petites Morlevent sont les vecteurs de la compréhension. L’auteur se sert de Morgane pour expliquer à sa petite sœur ce dont parle Siméon, le lecteur bénéficie ainsi de ses éclaircissements.

De plus, l’auteur n’hésite pas à mélanger les registres de langue et à inventer de nouveaux mots selon les personnages. Ainsi, l’orthodontiste parlera avec un langage soutenu ; Siméon, l’assistante sociale, la juge et le médecin de façon courante et le reste de la fratrie dans un langage familier. Cela permet de leur donner de la profondeur, du relief et de rendre la lecture fraîche et amusante.

Enfin, il n’y a pas beaucoup de passages descriptifs et ceux-ci sont brefs et très peu imagés ce qui permet une lecture plus fluide.



Organisation du livre

Le livre est découpé en seize chapitres. Chacun d’entre eux est précédé d’une petite phrase qui prépare le lecteur à ce qui va suivre :

« Où les Morlevent découvrent qu’ils sont des enfants sans parents. »
« Quand le vent se lève, il faut tenter de vivre. »
« Aimez-vous la tapenade ? »
« Ce que donner veut dire. »
« Qui n’existe pas pour ne pas porter la poisse aux Morlevent. »

Tous ces chapitres nous emmènent vers une fin, que je ne raconterai pas mais qui sera inattendue…

« Où la maison Morlevent trouve un toit et où le lecteur doit admettre que la vie, c’est comme ça ».


Laurette, 1ère année Bib.

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 07:00

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La troisième édition du Festival International des littératures policières a eu lieu à Toulouse les 6, 7, 8 et 9 octobre 2011, sous l’égide de l’association Toulouse Polars du Sud. Le lieu principal de la manifestation était la librairie de la Renaissance, partenaire privilégié depuis les débuts du Festival, mais des rencontres étaient également prévues hors les murs, notamment avec les établissements scolaires de Midi-Pyrénées et les étudiants de l’Université du Mirail, ou encore une projection cinématographique à l’Utopia de Tournefeuille.

Fort de ses deux précédentes éditions, le Festival des littératures policières a permis à un public toujours plus nombreux (près de 4 000 visiteurs) de sortir des traditionnelles dédicaces figées, pour rencontrer des auteurs dynamiques, assister à des conférences dont les sujets étaient très variés, et à des tables rondes qui ont permis aux auteurs de proposer un nouveau regard sur leurs œuvres. Loin d’un Festival à visée commerciale où les auteurs signeraient à la chaîne des livres sans même regarder leurs interlocuteurs, on se retrouve plongé dans un univers où les invités côtoient leurs lecteurs en toute convivialité. La diversité des auteurs, —  Paco Ignacio Taibo II, mexicain, et Brigitte Aubert, française étaient invités d’honneur —, a permis de séduire un large public qui a été conquis par de chaleureux écrivains du monde entier.
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image-2.JPGLe dimanche matin, une conférence particulière a retenu mon attention. En effet, la différence entre écrire pour les adultes et pour la jeunesse concerne aussi genre du polar, et c’est lors d’une conférence ayant pour thème « Qu’est-ce qu’écrire du polar pour la jeunesse ? » que cette question a été abordée.

Nathalie Beunat, directrice de la collection Souris Noire, chez Syros, a animé cette table ronde à laquelle une trentaine de personnes sont venues assister. Trois auteurs de polar jeunesse étaient invités, Stéphanie Benson (Une épine dans le pied, Shooting Star), Julien Guérif (Le petit sommeil, Quand la banlieue dort), et Benoît Séverac (Silence). Des auteurs aux pratiques très différentes, avec notamment l’écriture à quatre mains de Julien Guérif (avec son frère Benjamin Guérif), ou le tout premier roman jeunesse de Benoît Séverac, qui s’était auparavant illustré dans le roman noir adulte.



Cette conférence d’une heure a permis de mettre en valeur différents éléments : tous les auteurs n’ont pas le même rapport au public et leurs points de vue peuvent être différents voire radicalement opposés.

Les auteurs ont toutefois tous été d’accord sur le fait qu’aujourd’hui, les enfants (adolescents compris) sont bombardés d’informations en permanence, informations qu’ils ne comprennent pas forcément, et surtout peut-être pas intégralement. Pour eux, le devoir d’un livre jeunesse est vraiment de rendre toutes ces informations brutes intelligibles, abordables, et, dans le cadre du polar, de pouvoir aborder la violence sous un aspect constructif.
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Julien Guérif va plus loin, en montrant au travers de ses livres que les gens autour de nous possèdent une façade et que les enfants et les adolescents sont bien loin d’imaginer tout ce qui peut se cacher derrière, bien que, et tous les auteurs sont d’accord là-dessus, un enfant sente quand il y a un secret, même s’il ne parvient pas à deviner de quoi il s’agit. Pour Julien Guérif, il s’agit vraiment de présenter les failles de la société aux enfants, de leur montrer que ce qu’ils voient n’est pas la réalité, mais une façade construite grâce à ce qui est prêché et qui est censée cacher ce qui se passe effectivement.

Benoît Séverac pense lui que les polars jeunesse ne doivent pas chercher à culpabiliser l’enfant ou l’adolescent, mais à le responsabiliser. Il aborde dans son livre Silence un sujet maintes fois traité, la drogue, et pourtant sans devenir ennuyeux, car à aucun moment un discours moralisateur n'apparaît. Pour cet auteur, le roman noir cherche à montrer aux jeunes leur monde, de façon claire, intelligible, honnête.

Les auteurs partagent l’idée qu’ il s’agit donc de faire tomber les murs entre le prêché et le réel.


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Par rapport au lien avec le public, Nathalie Beunat pose une question essentielle, et qui fait débat encore aujourd’hui dans tous les milieux : pour qui écrit-on un livre ?

Sur ce point, les trois auteurs ont des avis divergents, avec Julien Guérif qui pense qu’ « on écrit avant tout pour soi-même », et Stéphanie Benson qui, elle, estime qu’elle écrit « d’abord pour le lecteur », car l'on doit savoir pour qui l'on écrit, et quelle est la maturité affective et intellectuelle que l'on peut attendre du lecteur. Ces deux points de vue différents permettent de mettre en lumière la complexité de l’écriture, et le fait que les auteurs ressentent les choses très différemment selon leur mode de travail. Benoît Séverac se pose en médiateur, et pour lui on s'adresse à un public, mais également à soi, et les romans jeunesse sont une occasion de se réconcilier avec sa propre enfance.

 

Nathalie Beunat poursuit cette table ronde avec une interrogation sur les limites que les auteurs posent dans leurs publications adolescentes. Les auteurs sont tous d'accord sur le fait qu'ils n'ont pas conscience de ces limites lorsqu'ils écrivent, mais plutôt qu'ils sont limités par la crédibilité et la vraisemblance de leur histoire. C'est donc la logique qui va dicter inconsciemment ou volontairement leurs limites. C'est donc tout à fait intuitivement que les injures ne se posent pas sur le papier, mais également que les meurtres sont le plus souvent commis hors champ. Comme les auteurs le disent eux-mêmes, il n'y a aucun intérêt à décrire à un enfant le découpage à la tronçonneuse d'un corps humain.

Les limites posées par la loi – à savoir un contrôle des publications au préalable, pour interdire les ouvrages prônant le banditisme, la paresse, le mensonge, etc. – ne sont donc pas prioritaires pour les auteurs (certains ignoraient même leur existence), qui privilégient la vraisemblance et la logique, dans le but d'offrir aux lecteurs des romans cohérents.

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    À la fin de la table ronde, des questions ont été posées par le public, et l’une d’elles a particulièrement retenu l'attention des auteurs : pourquoi le « happy end » dans les polars jeunesse ? Les auteurs, unanimes, l'ont fortement contredite, en affirmant que dans les polars jeunesse, ou du moins les leurs, il n'y avait pas de « happy end ». Si les fins peuvent être adoucies par rapport à une fin adulte, Benoît Séverac précise que c'est probablement parce que, inconsciemment, on refuse de donner une fin totalement noire à l'histoire, mais qu'à aucun moment un réel « happy end » n'est envisagé.



Cette conférence, qui s'est déroulée dans une grande convivialité, a donné des clefs essentielles à la compréhension des romans polars jeunesse. Bien que certaines idées restent très personnelles, on voit clairement que les auteurs s'accordent sur des choses importantes, comme la fin d'une histoire, l'importance de la cohérence globale, mais aussi le devoir d'aider les enfants et adolescents à traduire les informations qu'ils reçoivent, et à comprendre dans quel monde ils se trouvent.

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Laure Salesse, AS Bib.

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 07:00

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Roald DAHL
James et la grosse pêche
Titre original
James and the Giant Peach, 1961

Traduction

Maxime Orange

Gallimard, Blanche, 1966
Nouvelle édition
Folio junior, 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Roald-Dahl.jpgNé en 1916 au Pays de Galles, il est cependant d'origine norvégienne. Il vit son enfance dans une famille aisée. Jeune homme, il a soif d'aventure et devient pilote de chasse dans la Royal Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale. Il commence sa carrière d'écrivain en écrivant des nouvelles pour adultes. Il se lance ensuite dans l'écriture pour la jeunesse avec son tout premier roman en 1961, celui que nous allons découvrir. Dans ses ouvrages destinés aux enfants, Roald Dahl explique qu'il essaie « d'écrire des histoires qui les saisissent à la gorge, des histoires qu'on ne peut pas lâcher. Car si un enfant apprend très jeune à aimer les livres, il a un avantage dans la vie ». Il décède en 1990, après le grand succès de son roman Charlie et la chocolaterie.



Résumé

James Henry Trotter a quatre ans au début de l'histoire, il fête son anniversaire avec ses parents. Son père lui promet de lui offrir un voyage à New York, ville magique qu'il veut lui faire découvrir. Fils unique, James vit avec sa famille en Angleterre. Après la mort mystérieuse de ses parents, il est confié à ses ignobles tantes Piquette et Éponge qui vont lui faire vivre les pires moments de son existence. Un beau jour, alors que James exécute les tâches données par ses tantes dans le jardin, il rencontre un vieillard qui va lui offrir un sac de graines. Graines qui vont bouleverser le cours de son existence. Ce sont elles qui vont faire naître auprès du pêcher de ses tantes, qui ne fleurissait jamais, une immense pêche, plus grande que la maison du jeune garçon.



Un monde magique

Le monde de James H. Trotter qui est peint par Roald Dahl baigne très rapidement dans un univers fantastique, monde qui dépasse le réel. Dès la première page, nous apprenons la mort des parents de James ; cette mort n'est pas une mort ordinaire, car tous deux « furent dévorés [...] par un énorme et méchant rhinocéros échappé du jardin zoologique ». La magie entre véritablement dans le récit lorsqu'un vieillard rencontre James dans le jardin de ses tantes. La scène est très sombre, il fait nuit la seule lumière qui guide James est celle de la lune. Il a froid et est apeuré. Soudain, ce vieillard, venu de nulle part, s'adresse à lui pour lui donner un sac de petites graines constitué de mille langues de crocodiles, d'un bec de perroquet et autres ingrédients étranges. Le vieillard lui indique que « sur la première chose qu'elles rencontreront, elles pratiqueront leur magie noire ». Le vieillard disparaît et James laisse s'échapper toutes les petites graines. Ainsi va mûrir une pêche sur le pêcher, jusque là sans vie, de ses cruelles tantes. La vie reprend et cette pêche devient très rapidement plus grande que la maison habitée par James.

Cette histoire appartient au fantastique car le fond de l'histoire semble souvent très réaliste, bien que romancé, et il est interrompu par des scènes totalement irréelles. Le monde magique est incarné par la pêche qui va devenir un royaume de l'imaginaire. James va entrer dans la pêche pour y vivre avec ses compagnons de route une histoire fantastique coupée de toute réalité. Réalité qu'il retrouve dès qu'il sort physiquement de cette pêche. La pêche, c'est le monde de l'imaginaire qui surprend les personnages extérieurs, ceux qui n'y sont pas entrés et qui la voient. Des marins restent bouche bée lorsqu'ils voient cette pêche géante survoler les eaux de l'Atlantique depuis leur bateau, le Queen Mary, parti d'Angleterre pour les États-Unis, ils s'étonnent de voir « un petit garçon en culotte courte » à bord d'un « espèce de coccinelle géante ».



Un univers poétique

Cette pêche arrive de façon symbolique comme un immense soleil jaune orangé au milieu d'un paysage grisâtre. En la découvrant, on l'imagine resplendissante tel le soleil couchant dans la baie du Havre de Monet. L'image de la pêche, d'une douceur sucrée est très poétique.

À six reprises, l'auteur insère des monologues dans cette histoire, semblables à des poèmes, en vers à rimes croisées, prononcés par certains des personnages, les tantes et le mille-pattes qui chante par exemple :

« J'ai mangé des tas de croquettes de crottin,
D'innombrables boulettes de hanneton,
Des œufs de serpent brouillés au gratin,
Des frelons cuits dans le goudron ».

Ces poèmes résonnent dans l'histoire comme des chansons que l'enfant peut fredonner. Une adaptation cinématographique de James et la grosse pêche a été réalisée en 1996 par Henry Selick, intitulée James et la pêche géante. Dans ce film, les personnages chantent tous les passages du roman écrits en vers.


De l’humour

Les romans de Roald Dahl regorgent d'humour et de poésie comme en témoignent les prénoms des tantes Piquette et Éponge ; ces noms parlent d'eux-mêmes et sont très faciles à mémoriser pour un enfant. Roald Dahl crée pour mieux toucher. L'humour de Roald Dahl passe donc par le langage. Ainsi, lorsque la grosse pêche qui vole dans les nuages, arrive à New-York, les sapeurs-pompiers s'exclament : « c'est une gorgone ! C'est un serpent de mer ! C'est un lunosaure ! C'est un manticore ! C'est une joubarbosse !c'est une opotruche !». Roald Dahl invente des termes qui pourraient être sortis de la bouche d’enfants (pourtant prononcés par des adultes !) il les énumère et surenchérit comme aiment à le faire les enfants.

La description de certaines situations par l'auteur est elle aussi amusante. Lorsque les habitants de New York voient la pêche géante au dessus de la ville, il nous raconte que « le maire de New York appela le président des États-Unis à Washington[...] Le président, en train de prendre son petit déjeuner en pyjama » annonça « la plus grosse bombe de tous les temps ». Le Président nous est décrit comme un personnage ordinaire, l'imaginer en pyjama prête à sourire.



Les personnages

Les parents de James : dès le début du roman, à la première page, nous prenons connaissance de leur mort. Ils ne seront donc pas physiquement présents dans le roman mais ils existeront au fil de l'histoire à travers la pensée de leur fils James. En quête de cette ville qu'ils lui avaient promis de lui faire découvrir : New York. Et c'est dans ce but précis que James va accomplir une traversée de l'océan a bord de sa pêche géante. Le souvenir de la disparition de ses parents hante la pensée du jeune homme, et même si sa pensée est ailleurs, les tantes de James n'oublient pas de lui répéter sans cesse comment ses parents sont partis.

Les tantes de James : Tante Piquette et Tante Éponge. Deux personnages qui sont comme très souvent dans les romans de Roald Dahl, très caricaturaux. L'une, Piquette, est comme son nom l'indique « mince comme un fil et sèche comme un os rongé , aussi longue, aussi décharnée qu'un vieux tisonnier rouillé » tandis que l'autre « était une montagne de graisse, ronde comme une soupière », c'était « une horrible ogresse ». Des descriptions très imagées qui offrent à l'enfant lecteur la possibilité de se faire assez rapidement une image précise des ces bonnes femmes. Sur le plan physique tout les oppose mais toutes deux se complaisent à faire vivre à James un véritable enfer, elles sont vulgaires, méchantes, grossières, sadiques et avares. Tout ce que les parents de James n'étaient pas. Ces deux femmes terrorisent le jeune enfant.

Les animaux : lorsque James entre dans le monde magique de la grosse pêche, il y découvre des animaux : une araignée, un vieux grillon, une coccinelle, un mille-pattes, un ver. Très rapidement une très grande complicité naît entre James et les animaux qui sont d'un extrême gentillesse. Comme souvent dans les livres pour enfants, les animaux sont personnifiés, ils parlent et agissent avec une grande amitié. Bien plus de sentiments émanent des animaux dans cette histoire que des tantes de James, si sauvages. Ici les rôles sont inversés, les tantes sont plus « animales » que les insectes compagnons de route de James.



Échos d’autres récits

À la façon de Jacques et son haricot magique, James va semer des graines, celles qui vont faire naître chez lui le rire et la magie.

Le personnage de James est également celui d'un enfant-héros auquel le lecteur peut s'identifier, il en est de même par exemple dans Mathilda, autre roman de Roald Dahl écrit en 1988. Ici aussi le récit de l'enfant commence lorsque celui-ci est âgé de quatre ans.

D’autre part, tout comme Charlie avant qu'il ne découvre la magie de la chocolaterie, James vivait dans l'insalubrité, la solitude et la pauvreté. Le rêve existait dans son imaginaire avant qu'il n’entre dans sa vie. Dans cet ouvrage écrit en 1961, Roald Dahl semblerait nous offrir les prémices de ce que sera son livre Charlie et la chocolaterie écrit en 1964. En effet, lorsque James entre dans les entrailles de la grosse pêche, il y découvre un mille-pattes qui décide de rompre avec ses dents la branche qui retenait la pêche à l'arbre du jardin de ses tantes. Ainsi la pêche se décroche et roule dans la ville :

« Au bout de la rue, la pêche traversa impitoyablement un énorme bâtiment en laissant deux trous béants dans les murs. C'était une fameuse fabrique de confiserie. Aussitôt, un torrent de chocolat fondu, tout chaud encore, jaillit par les brèches. Au bout d'une minute la masse onctueuse et brune avait envahi toutes les rues du village, les maisons, les boutiques et les jardins. Les enfants se promenaient dans les flots de chocolat fondu [...] ».

Ce bâtiment serait-il déjà celui que Charlie découvrira trois années plus tard aux côtés de Willy Wonka ?



Le livre se termine sur des mots de l'auteur qui s'adressent directement à son lecteur pour lui confier que cette histoire lui a été racontée par James en personne.

Les livres de Roald Dahl ont toujours une saveur exquise, ici celle d'une pêche sucrée, parfois celle d'un onctueux chocolat, tel est l'univers sensoriel dans lequel on plonge avec délice.

 

 

Marine, 2e année Bib.-Méd.

 

 

Roald DAHL sur LITTEXPRESS

 

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 Article d'Hortense sur L'Invité.

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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 07:00

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Sigrid BAFFERT

Jean-Michel PAYET

Maryvonne RIPPERT

Cécile ROUMIGUIÈRE

Blue Cerises

Milan, collection Macadam,

depuis 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Blue Cerises, c’est Zik, Satya, Violette et Amos. Quatre amis, au début assez ordinaires, mais dont on apprend ensuite qu'ils sont liés par un secret. Voici leur pacte :

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Ce pacte, suivi de leurs signatures, tout méphistophélique qu’il soit, est vite oublié pendant la lecture de la première saison.

Tous quatre sont fans de vieux films. Il était donc logique que leur QG soit une vieille cinémathèque. Lieu de rendez-vous, de confession, de détente, de coup de gueule et de coup au cœur, ce lieu est l’un des grands incontournables de ce livre.

Mais revenons à des descriptions plus formelles, puisque ce n’est pas un livre ordinaire. Blue Cerises, c’est quatre petits livrets, d’environ cinquante pages chacun. Il y a un livret par personnage pour chaque mois (octobre, novembre et décembre pour l’instant), et chaque mois forme une saison. Il y a donc, pour le moment… douze livrets parus.

Autre originalité, et c’est toute la saveur de cette collection, chaque personnage s’esquisse sous la plume d’un auteur différent. Ainsi, non content de voir chaque mois sous le regard de chacun des quatre amis, le lecteur a aussi sous les yeux quatre écritures différentes !

Ce qui me plaît tant avec les Blue Cerises, c’est qu’on n’a pas toutes les informations d’un coup. L’omniscience du lecteur ne peut se faire que s’il lit les quatre livrets de la saison. Ce n’est qu’en ayant leurs points de vue à chacun qu’on peut reconstituer une histoire, leur histoire.

Quatre voix, quatre plumes, du mystère, un pacte, que demander de plus ? Une présentation peut-être. Soit. Donc présentons.
Blue Cerises Amos
Amos, c’est le Saint-Sébastien des temps modernes. Archer, martyr (dans ses relations amoureuses) et homosexuel, il est le malchanceux. Sa sœur jumelle, Chani, et lui, n’ont en commun « que le date et l’heure de naissance », à ses dires tout du moins. Tous deux sont élevés par leur père (leur mère ayant disparu quand ils avaient deux ans) qui est tout à la fois protecteur, peu bavard, et souvent absent. Sa grande confidente, c’est sa tante Elena, chauffeur de taxi. Mais ce qui le tracasse vraiment (outre le maniaque du téléphone et ses peines de cœur à cause du beau Lucas), c’est de devoir partir au Québec. Oui, son père a reçu une promotion qui ne se refuse pas, oui, ça ne dérange aucunement sa sœur de changer de vie. Mais lui a ses Cerises. Et le Québec, c’est le bout du monde ! Alors c’est décidé, il restera à Paris ! Par tous les moyens !

Un humour décapant, des jeux de mots insolites, voilà ce que prête, entre autres, Sigrid Baffert à Amos. Elle est auteur de littérature jeunesse au parcours assez chaotique. Le mieux, pour la (re-)découvrir, c’est  son site. Nul ne parle mieux d’elle qu’elle-même.

 

Blue-cerises-Violette-1.jpg

Violette, la romantique, fleur bleue, se promenant le cœur en bandoulière (même si elle s’en défend) ; ce qui va lui causer quelques torts. Elle, elle doit passer dix jours aux Corbières, loin, très loin dans le sud, là où il n’y a même pas d’ordinateur, et où le téléphone ne capte pas. Le bagne, quoi ! Elle est petite-nièce d’un Républicain espagnol pas toujours très sérieux (sauf dans les souvenirs de guerre, et quand il s’inquiète pour elle au point de la faire suivre par un « ange gardien » noir, Henrique). Elle appelle les auteurs par leurs prénoms, surtout Marguerite (Duras), qu’elle préfère à Amélie (Nothomb). On comprend alors que ces paroles soient mâtinées d’espagnol, d’anglais (comme chez tout jeune Parisien), et d’expressions dignes d’une dissertation. Sa plaie au cœur à elle, c’est Constant. Un type beau comme Louis Garrel, mais un peu trop pressé en amour.


Ce personnage haut en couleurs a la voix et l’humour de Cécile Roumiguière, qui retrace elle-même sa vie  sur la page suivante. Je vous laisse la découvrir par vous-même.

 

 

Blue Cerises L'Ange des toits

L’autre fille de la bande, c’est Zik. Soizic pour l’état-civil, mais elle se fâche si on le lui rappelle. Elle est métisse : fille d’un père réunionnais et d’une mère ardéchoise, elle porte un nom breton. Cherchez l’erreur ! Et, pour reprendre ces mots, ça lui va « comme une coiffe bigoudène à une Touareg ». Comme on le remarque d’emblée, elle n’a pas sa langue dans sa poche. Quand son esprit, toujours révolté et parfois torturé, la travaille trop, c’est sur les toits de Paris qu’elle va s’apaiser, de préférence avec un stock de fraises Tagada. C’est là-haut qu’elle rencontre Jim Morrison, l’ange des toits qui lui fait visiter les catacombes le temps d’un concert, et accessoirement l’homonyme du chanteur des Doors (ou peut-être est-ce le vrai ?).

Cet humour parfois noir, un peu décalé, mais toujours plaisant à lire est l’œuvre de Maryvonne Rippert, auteur également de Métal Mélodie (excellente lecture pour toutes les filles qui trouvent que leur mère est passée de mode et bien trop sérieuse pour comprendre la vie). Son blog,  le voici. A découvrir sans modération, même s’il n’y a pas de biographie ! Sachez seulement qu’elle est originaire de l’Ardèche (qui parle de coïncidences ?).

 

 

Blue-Cerises-Satya.jpg

Et pour finir, parce qu’il faut bien un dernier : Satya. Ce charmant jeune homme est orphelin, élevé par mamie-yin et mamie-yang (à savoir respectivement Solange et Madeleine), les propriétaires de la librairie jeunesse La Malle de l’ange. L’esprit (et le cœur aussi, mais chut…) en vrac à cause de la belle Indiana, il décrypte tant bien que mal les codes que lui envoie sa belle, toujours à coups de littérature. Après des citations d’ED (Emily Dickinson), elle lui offre un livre de Cormier s’intitulant La balle est dans ton camp, et l’invite, par des moyens détournés bien sûr, à assister à un attentat… poétique. Qui est-elle ? Pourquoi tant de mystères, tant d’énigmes autour de leurs rencontres ? Je ne vous en dirai pas plus. « L’eau s’apprend par la soif. » ED bien sûr, qui d’autre.

Satya est, à mon sens, le ciment des Cerises, au moins dans cette première saison. Il est le seul à ne pas rester bloqué dans sa bulle sous ce déluge de soucis. Il est aussi le seul des quatre à sortir de la plume d’un homme. Jean-Michel Payet, le grand, l’unique. Si vous voulez approfondir votre lecture de ce côté, la trilogie d’ Aerkaos devrait vous ravir. Et sa chère Mademoiselle Scaramouche ne manque pas de piquant. Lui aussi à la page, il signe  ce blog, où l’on peut voir ses romans et ses BD-romans. À savourer au coin du feu.

 

 

 

Voici pour la première saison. Par la suite, on en apprend un peu plus sur la mystérieuse Olivia, qui est juste évoquée, et aussi vite oubliée, dans cette saison. On comprend également de mieux en mieux les termes de leur pacte, à mesure que se dévoile le secret qui a scellé leur amitié de manière si incongrue. Amitié qui semble d’ailleurs s’effilocher alors que le secret n’en est plus un. Je me refuse à vous raconter la suite. Quel plaisir y aurait-il, sinon, à aller les lire ? Et je ne sais moi-même pas encore tout.

En effet, l’histoire n’est pas finie. La saison quatre (janvier, logiquement) est attendue pour février 2012. Et pour nous faire patienter, les Éditions Milan ont réédité la saison 1 en un tome ; ils s’apprêtent à faire de même avec les autres.

Si vous  voulez poursuivre l’aventure,  Amos,  Zik, Satya et Violette vous accueilleront volontiers sur leurs blogs.


Alicia,  AS Bib.-Méd. 2011-2012

 

 

 


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23 juillet 2011 6 23 /07 /juillet /2011 07:00

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Philip PULLMAN
À la croisée des mondes
Les Royaumes du Nord
La Tour des anges
Le Miroir d’ambre
Traduit de l’anglais par Jean Esch
éditions Gallimard
collection Folio Junior, 1995, 1997 et 2000


 

Philip-Pullman.jpgL’auteur

Philip Pullman est né en 1946 dans la ville de Norwich, à l’est de l’Angleterre ; il a été scolarisé en Australie et au Zimbabwe où il a passé l’essentiel de son enfance. Devenu instituteur à Oxford, il se met à écrire pour ses élèves des pièces de théâtre qui seront la première ébauche de ses romans pour enfants. Il écrit ses premières histoires policières fantastiques, puis les romans s'enchaînent. Dès 1985, il commence une série policière dont l'héroïne, Sally Lockhart, doit beaucoup au célèbre Sherlock Holmes de Conan Doyle. Mais c'est avec la trilogie À la croisée des mondes que Philip Pullman connaît son plus grand succés.

Il est plus pertinent d’étudier les trois tomes en même temps, car le véritable intérêt de l’histoire réside dans son intégralité.

 

La trilogie

Élevée au Jordan College d’Oxford, dans un monde quasi similaire au nôtre, Lyra Belacqua a grandi au milieu des érudits. Elle n’a pour seule famille qu’un oncle, Lord Asriel, qui a délégué son éducation aux moines du Jordan College. L’enfance de Lyra se partage entre les leçons des érudits et les jeux avec les enfants d’Oxford. Toujours accompagnée par Pantalaimon, son dæmon, Lyra évolue dans un monde dirigé par le Magisterium, une organisation religieuse qui régit les moindres faits et gestes des habitants.

L’histoire commence quand Lyra assiste par hasard à la tentative d’empoisonnement de son oncle. Explorateur aguerri, il profite de sa venue au Jordan College pour demander une subvention aux érudits. Il déclare avoir avancé dans ses recherches sur une particule élémentaire appelée la poussière et demande des fonds pour mener une expédition dans le Grand Nord. Le Magisterium pense que la poussière est la conséquence du péché originel. L'Église a en effet observé que cette Poussière est moins attirée par l'innocence des enfants que par l'expérience des adultes. Intriguée par cette poussière, Lyra supplie son oncle de l’emmener dans le Nord mais il refuse catégoriquement.

Dans un même temps, des enfants et leurs dæmons disparaissent à tous les coins de rue ; les gens crient à l’enlèvement. À l’abri dans leur collège, Lyra et Pantalaimon ne se soucient pas le moins du monde de ces disparitions jusqu’au jour où leur meilleur ami Roger et son dæmon Ratter sont à leur tour enlevés par ceux qu’on appelle les enfourneurs. Peu après, Billy Costa, fils des gitans et ami de Lyra, disparaît à son tour. Lyra décide de partir à leur recherche mais cette tentative avorte à cause de l’arrivée d’une jeune femme très brillante, Mme Coulter, qui propose à Lyra un rôle d’assistante dans son voyage dans le Nord.

Lyra se prépare donc à quitter son collège pour partir à l’aventure mais, avant son départ, le maître de Jordan College lui remet un instrument en or qui ressemble à une boussole et qu’on appelle aléthiomètre. Lyra ne doit en aucun cas montrer cet objet. L’aléthiomètre permet à ceux qui savent en lire les symboles de mesurer la vérité, c’est-à-dire de la découvrir.

Mme Coulter entreprend d’éduquer la fillette, mais peu à peu son comportement devient suspect pour Lyra et Pan qui finissent par découvrir que la jeune femme est un membre éminent du Magisterium qui est lui-même à l’origine des disparitions d’enfants.

Lyra et Pan s’enfuient et sont recueillis par des gitans qui recherchent également les enfants disparus et surtout leur fils, Billy. Grâce à l’aléthiomètre, Lyra découvre que les enfants sont détenus dans le Nord et que les savants du Magisterium pratiquent des expériences sur eux afin de trouver un moyen d’anéantir la poussière. Les gitans et la fillette décident de partir dans le Nord afin de sauver les enfants. Dans cette contrée mystérieuse, Lyra découvre un passage vers un autre monde, le nôtre, et part en quête d’informations sur cette étrange poussière qui semble être à l’origine de tous les mystères de l’univers.

Dans son périple initiatique, Lyra rencontrera l’amitié, l’amour, mais aussi la mort, la solitude et la séparation. Elle devra faire face à de terribles révélations comme la vérité sur ses origines ou encore la mission dont elle est investie pour rétablir l’ordre des mondes et abolir le règne du Magisterium.

 

La place de la religion

La religion fait partie intégrante de la trilogie de Pullman. On y trouve de grands questionnements sur la notion d’âme ou encore le péché originel.

La notion d’âme est mise en évidence par l’existence des dæmons ; en effet, bien qu’humain et dæmon forment deux entités distinctes, ils sont en fait un seul et même Être. Un lien intime les relie s’ils sont physiquement séparés par une trop grande distance, l’un et l’autre arrivent à ressentir un profond mal-être. De plus, les deux entités partagent les sentiments et sensations de l’autre. Avant la maturité, il peut se métamorphoser à volonté. Ensuite il prend sa forme définitive, forme qui correspond à sa personnalité et à celle de son humain. Dans l’œuvre de Pullman, si un humain meurt, son daemon meurt également, ce qui remet en question la croyance en la survie de l’âme.

Il existe un grand tabou, universel, implicite et acquis par tous, qui stipule qu’aucun humain ne doit toucher de quelque manière que ce soit un dæmon qui n'est pas le sien. Pourtant, comme Lyra le découvrira, cet acte anodin amène son daemon à choisir sa forme définitive. On remarque ici une métaphore de l’acte sexuel et de la perte de l’innocence. L'œuvre évoque largement la Chute décrite dans la Genèse. Philip Pullman dans son œuvre dénonce l’Église qui empêche la connaissance. Dans le livre, l’Église est représentée par le Magisterium qui souhaite empêcher ce qu’il appelle un deuxième péché originel.

Malgré ses propos incisifs, l’auteur  a trouvé le soutien des chrétiens les plus libéraux. Rowan Williams, archevêque de Cantorbéry, répond aux attaques des chrétiens fondamentalistes que les critiques de Pullman sont concentrées sur les dangers du dogmatisme et l'usage de la religion en tant que moyen d'oppression, pas sur le christianisme lui-même. L’écrivain a déclaré durant des interviews que ses arguments peuvent s'appliquer à toutes les religions et à toute forme de totalitarisme en général.



Adaptations

La trilogie a été adaptée en feuilleton-radio sur la radio britannique BBC Radio 4. Cette version radio a été diffusée en 2003, et est maintenant publiée (en anglais) en CD et cassettes.

Nicolas Hytner a adapté les livres en une pièce de six heures en deux parties, pour le London's Royal National Theatre, jouée de décembre 2003 à mars 2004. Les dæmons-marionnettes avaient été conçus par Micheal Curry. La pièce fut un énorme succès et a été rejouée (avec un casting différent) de novembre 2004 jusqu'à avril 2005. Constituée d'adolescents, la troupe théâtrale de Spalding, s'est produite les 6 et 7 juin 2008 au South Holland Center pour la première partie et au cours du mois d'août pour la seconde. Le Birmingham Repertory Theater a proposé une nouvelle adaptation de la trilogie au théâtre avec le West Yorkshire Playhouse. Les pièces ont été jouées entre le 13 mars et le 11 avril 2009, mises en scène par Rachel Kavanaugh.

Une adaptation cinématographique du 1er tome est sortie en France le 5 décembre 2007.  Produit par New Line Cinema, la société ayant produit Le Seigneur des anneaux, ce premier film dirigé par Chris Weitz s'intitule À la croisée des mondes : la boussole d'or (en version originale : The Golden Compass). La réalisation a d’abord été confiée à Chris Weitz mais il s'est retiré du projet car il ne pensait pas être à la hauteur. Il avait aussi expliqué dans une interview, peu avant son départ, que son projet ne prenait pas en compte les allusions de Philip Pullman à la religion pour ne pas choquer certains spectateurs. Il a été remplacé par Arnand Tucker mais celui-ci a finalement abandonné à son tour le projet au profit de Chris Weitz qui a repris sa place initiale. Le casting semblait plutôt prometteur, avec Nicole Kidman dans le rôle de Mme Coulter, Daniel Craig dans le rôle de Lord Asriel et Eva Green dans le rôle de Serafina Pekkala. Une inconnue, Dakota Blue Richards, devait incarner Lyra à l'écran. La jeune fille avait été repérée à Cambridge lors d’un casting mené au Royaume-Uni. Philip Pullman, sans toutefois s’impliquer dans le film, a tenu à participer à l’élaboration de certaines scènes. Ses dernières déclarations avant la sortie restaient positives, évoquant un script « véritablement excellent » et une distribution de très haute qualité. Pourtant le film n’a absolument pas fonctionné, à tel point que la réalisation des tomes 2 et 3 a été abandonnée.a-la-croisee-des-mondes-film.jpg

Après avoir vu le film, j’ai compris les raisons d’une telle absence de succès. Même si ce n’est pas un chef-d'œuvre du cinéma, je trouve que l’ambiance du livre est assez bien retranscrite ; de plus il est vrai que le casting est excellent bien que la version française soit très mal réalisée. Néanmoins le scénario est tellement condensé et confus qu’il est impossible de comprendre les tenants et les aboutissants du film sans avoir lu le livre.

 

La trilogie de Phillip Pullman est une référence en littérature jeunesse. Contrairement aux conseils de Gallimard, je conseille ce livre aux enfants de plus de 12 ans. Un enfant plus jeune ne peut saisir tout l’intérêt du livre. Cet ouvrage est absolument enrichissant pour le jeune adolescent puisqu’il aborde des thèmes essentiels comme l’amour, la mort, l’âme ou encore la sexualité avec beaucoup de philosophie et de délicatesse.

 

Un chef-d'œuvre de la littérature jeunesse à mon sens.



Amélie, A.S. Éd.-Lib.

 

 

 


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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 07:00

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Carlo FRABETTI
Calvino-Calvina
Titre original : Calvina
traduit de l'espagnol
par Faustina Fiore
éditions Les Grandes Personnes, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Résumé

Le livre s'ouvre sur Lucrecio, un petit délinquant qui projette de cambrioler une vieille maison. Au premier abord, l'opération ne semble pas risquée puisque la maison est censée être inoccupée comme son complice le lui a assuré. Bien que ce dernier soit en retard, Lucrecio se risque seul dans le jardin et trouve une fenêtre entrouverte. Le cambriolage parfait, pense-t-il, en se félicitant tout bas. Oui mais voilà, la lumière s'allume brusquement et devant lui se tient un petit garçon à l'allure étrange. Il a une dizaine d'années, se présente sous le nom de Calvino et, détail incongru, il a le crâne rasé... mais a priori pas de quoi inquiéter le cambrioleur. Cependant la situation va très vite basculer : Calvino semble tout connaître de sa vie… et voilà Lucrecio forcé de négocier avec un enfant ! Celui-ci lui propose un marché : Lucrecio devra jouer le rôle du père de Calvino, à qui il ressemble étrangement et en échange le garçon n'appellera pas la police.

C'est le début d'une histoire rocambolesque avec des rebondissements plus improbables les uns que les autres. Tout au long du livre, les apparences se révéleront trompeuses et les questions vont s'accumuler : Calvina ou Calvino, qui est cet enfant ?  Garçon ou fille ? Est-il fou/folle ou menacé(e) par un grave danger ? Pourquoi le cadavre congelé dans le garde-manger disparaît-il puis revient-il à la vie ? Et quel est cet étrange endroit appelé asile-bibliothèque ?

Lucrecio va subir les événements, allant de surprise en surprise pour finalement se trouver au cœur d'un mystère familial auquel il n'est pas si étranger que cela.

De toute façon, une chose peut en être une autre, ou même les deux à fois. Mais alors la vérité est-elle si importante ?

 

Si Calvino-Calvina est un livre  jeunesse très divertissant, aux multiples rebondissements, avec un style d'écriture vif qui s'adapte impeccablement à la folie des événements, ce livre cache aussi une réelle réflexion. Le lecteur peut choisir de passer à travers comme il peut s'y arrêter. C'est pourquoi cette œuvre peut aussi bien être lue par des enfants que par des adolescents ou des adultes. Les premiers liront Calvino-Calvina comme un agréable divertissement alors que les seconds pourront y trouver une analyse sur le rôle du livre et de l'imagination. En effet, l'auteur lance des pistes de lecture et de réflexion qui parsèment l'intrigue sans jamais imposer un point de vue unique.



Une histoire rocambolesque et des personnages décalés.

L'étrangeté de l'histoire est liée à l'improbabilité des personnages. Ceux-ci possèdent des caractéristiques assez communes mais qui ne sont pas exploitées « normalement » par l'auteur. En effet, l'horizon d'attente du lecteur est sans cesse mis à mal. Les événements que le lecteur attend – parce qu'il a l'habitude de les trouver dans d'autres livres – sont remplacés par d'autres plus surprenants. On est entraîné de rebondissement en rebondissement avec une question dont la réponse devient de moins en moins évidente au fur et à mesure de la lecture : comment tout-cela peut-il finir ?

Le traitement des personnages relève presque de la parodie. Pour commencer, Lucrecio pourrait être le personnage type du petit délinquant qui vole pour subvenir aux besoins de son unique fille. Cependant, celle-ci n'est mentionnée qu'une fois et n'est jamais invoquée pour justifier ses actes et redorer son image, comme on aurait pu s'y attendre. Lucrecio n'a aucune profondeur psychologique ou intellectuelle : il pose des questions mais ne fait jamais de déductions logiques et ne fait preuve de lucidité à aucun moment de l'intrigue. La résolution de l'énigme se fait par une succession d'événements sur lesquels il n'a aucune prise. Par exemple, après avoir touché un visage dans l'armoire de la chambre, il se jettera sous le lit où il restera tremblant de peur jusqu'au lendemain. Le « rat », comme on le surnomme, n'est absolument pas un personnage crédible ou attachant : c'est clairement un « être de papier » créé de toutes pièces par l'auteur pour nous faire voyager dans ce livre. En effet, cette absence de crédibilité n'est absolument pas gênante pour le lecteur puisque Lucrecio est simplement le reflet des questions que se pose le lecteur et qui nous permet de découvrir l'univers de Calvino-Calvina.

Calvino-Calvina quant à elle/lui est le mystère du livre. A la fois fille et garçon, selon les circonstances, cet enfant a la maturité et le comportement d'un adulte. Il semble gérer la situation, ou du moins essayer, avec une détermination et une autorité qui devraient revenir à la figure du père, totalement absente de ce livre. Tout comme Lucrecio, ce personnage n'a pas de profondeur psychologique ou sentimentale. Calvino pourrait être une figure pathétique : il semble n'avoir ni père ni mère, ne va pas à l'école et a besoin de monter une machination pour que Lucrecio joue le rôle de son père. Mais l'auteur rend simplement ce personnage un peu antipathique : le lecteur, tout comme Lucrecio, ne peut pas avoir d'avis tranché sur lui du fait de son étrangeté et de sa « non-crédibilité ».

La mère de Calvino n'échappe pas à cette absence de crédibilité : elle apparaît plusieurs fois comme dangereuse mais aussi, à plusieurs reprises, comme une femme charmante.  Lucrecio la croit morte puis la voit devant lui. Finalement, elle est, tout autant que les autres, source d'éternelles questions.

Les autres personnages sont exagérément étranges, allant du géant déguisé en nain à l'infirmière-bibliothécaire, mais cette invraisemblance n'est pas gratuite : elle permet l'introduction des thèmes de l'illusion, de le dualité et de la perte d'identité.



Comment les thèmes de l'illusion, de la dualité et de l'identité viennent-ils renforcer l'improbabilité des personnages et perdre le lecteur ?

« – Deux choses distinctes sont nécessairement une chose ou une autre – ou une troisième ! décréta Lucrecio.

– Vous oubliez une possibilité mon cher, objecta Emelina [la bibliothécaire]. Ce pourrait être à la fois une chose et une autre.

–Ou la première chose et la troisième, ou la deuxième et la troisième, ou les trois à la fois, renchérit Calvino. »

Rien n'est ce que l'on croit, et même dans la construction du livre les choses se confondent : le dernier chapitre s'appelle l'épilogue-prologue par exemple. Tous les chapitres sont duels, on trouve le jardin-jungle, le loup-chien, la morte-vivante, le clou-clef, etc.

Lucrecio, avec un esprit très cartésien, est gêné par cette dualité de l'identité, c'est pourquoi il demandera : « Et ce n'est pas désagréable d'être plusieurs personnes à la fois ?  ». Il obtient alors la réponse suivante : « […] ce qui serait désagréable, ce serait d'être éternellement enfermé dans une identité unique. » Le lecteur est donc prévenu : il lui sera difficile de démêler la vérité de l'illusion, si tant est qu'il existe une unique vérité.

Il faut noter quand même que malgré toutes ces étrangetés et le fait que l'auteur ne cache pas que c'est une histoire « prétexte », le lecteur n'est pas perdu dans un monde fantastique ou un univers parallèle. Les mécanismes du récit ressemblent à ceux d'un roman policier anglais (un peu à la Hercule Poirot) même si ce n'est pas par des déductions mais par de simples questions que Lucrecio arrive à trouver le fin mot de l'énigme. À la fin, tout, ou presque, est expliqué et résolu avec des raisonnements logiques et rationnels. La folie, elle-même, est justifiée. Mais le lecteur sent bien que ce n'est pas là l'enjeu de l'ouvrage.



Des pistes de lecture et de réflexion viennent donner une réelle profondeur au livre.

Les références aux classiques de l'enfance sont nombreuses dans ce livre. Les titres évoqués sont toujours liés à un événement ou à un personnage. Quand Lucrecio touche un visage dans l'armoire, l'auteur écrit : « Lucrecio frissonna en repensant aux histoires du Monde de Narnia, qui l'avaient beaucoup marqué, petit ». Le loup-chien de Calvino, appelé Loki, rappelle Croc-Blanc dans le roman de Jack London. Calvino expliquera d'ailleurs à Lucrecio qu'il faut déguiser Loki en chien pour sa promenade.

L'essentiel des références à d'autres œuvres est fait dans un lieu appelé l'asile-bibliothèque qui est le prétexte à une réflexion sur le rôle du livre et de l'imagination. On peut y trouver Ulysse, le Vaillant Petit Tailleur, le Chapelier fou, Italo Calvino (un auteur italien), le Baron perché discutant avec Tarzan, le Vicomte pourfendu, Cyrano, la fée Clochette... et bien d'autres encore.

 

L' asile-bibliothèque

Lucrecio trouve tout d'abord ce lieu très étrange :

« – Mais alors, c'est un asile de fous ou une bibliothèque demanda Lucrecio, perplexe.

– Quelle est cette manie de toujours vouloir trancher ? Ce n'est pas forcément soit une chose, soit une autre. »

Emelina, la bibliothécaire décrit ce lieu comme un asile spécialisé dans les livres ambulants, c'est-à-dire d'adorables aliénés qui se prennent pour des personnages littéraires ou même des œuvres entières. Emelina est un personnage « initiatique » qui va être à l'origine de discussions portant par exemple sur la différence entre une œuvre, un auteur et ses personnages :

« – Mais un auteur n'est pas ses personnages ! objecta Lucrecio. Andersen, le vrai, s'identifiait peut-être au Vilain Petit Canard, mais je doute qu'il ait eu quelque chose à voir avec la Petite Sirène !

– C'est discutable. Dans une certaine mesure, d'une certaine manière, un auteur est tous ses personnages et, quand il écrit un livre, il est ce livre, car ce livre lui emplit l'esprit à longueur de temps. Et même si ce n'était pas le cas, nous ne connaissons les auteurs que par leurs œuvres, donc nous ne pouvons pas nous identifier à leurs rages de dents ou à leurs problèmes de voisinage : nous nous identifions à leurs personnages... »

L'aliéné qui se prend pour Napoléon dira qu' « un livre est un plan à partir duquel notre imagination peut construire bien plus qu'une maison [...] mais que le monde que chaque lecteur se bâtit mentalement à partir de ce livre-plan est infini ; il contient tout ce qui se trouve dans le livre, et bien d'autres choses encore […] »

La pharmacie-librairie est aussi le prétexte à une réflexion sur le rôle que joue la lecture dans une vie. Elle explique par exemple que « les enfants aiment réentendre indéfiniment les mêmes contes pour vérifier qu'ils ont retenu et mis les événements dans le bon ordre ; en plus d'apprécier l'histoire, cela les rassure de voir qu'ils s'en souviennent et la comprennent [...] ».

Je pourrais encore citer de nombreux passages où le monde de la fiction est questionné comme le passage sur le cinéma-dortoir (qui propose des onirothérapies) qui est l'occasion d'une analyse de la différence entre film et livre.

Si les personnages et l'intrigue peuvent sembler loufoques voire trop plats ou encore inintéressants à certaines personnes, celles-ci sauront sûrement apprécier la façon dont l'auteur questionne le monde de l'imagination et du livre, allant jusqu'à intégrer ses récentes évolutions comme le montre la présence du livre numérique (sur laquelle je ne m'étendrai pas pour ne pas dévoiler le dénouement).



À ceux qui n'ont pas peur d'être confrontés à l'absurde, à l'incompréhension ou à des personnages auxquels ils ne peuvent s'identifier, je conseille ce livre, ne serait-ce que pour découvrir ces incroyables lieux que sont l'asile-bibliothèque et la librairie-pharmacie.


Émilie Pesou,1ère année Éd.-Lib.

 

 

 


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