Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 août 2010 4 19 /08 /août /2010 07:00

Erard-Memoires-d-une-sale-gosse.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cédrid ÉRARD
Mémoires d’une sale gosse
L’École des loisirs
Collection Médium, 2004


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cedric-Erard.jpgCédric Érard, est l’auteur de quatre romans pour la jeunesse dont les personnages principaux entrent dans l’adolescence, entre autres J’ai pas sommeil (2003) et Mémoires d’une sale gosse (2004) tous deux édités par l’École des Loisirs dans la collection Médium.

Mémoires d’une sale gosse, est le journal de Jeanne, une adolescente tourmentée, anticonformiste, révoltée et décidée à ne pas devenir ce que sont ses parents. En rédigeant ses mémoires, elle cherche à faire le point et à se comprendre elle-même. Quelles sont les origines de sa colère ? Dans ce roman en deux parties, nous suivons l’évolution de Jeanne qui n’a pas la langue dans sa poche. Dans « les jours d’avant », la plus longue des deux parties, notre héroïne a quatorze ans et nous raconte, dans un style très affirmé, sa plus petite enfance, sa découverte du monde, l’hystérie sans bornes de sa mère, la volonté de son père d’apparaître comme le mâle dominant de la famille, l’arrivée de son petit frère Tristan et ses conséquences, sa recherche de la Vérité et notamment celle concernant la reproduction. On y découvre aussi comment elle échappe à un monde qui l’étouffe par sa correspondance avec Marie-Moulhoud, son amie imaginaire, et enfin son arrivée au collège, vécue comme un enfermement, avec ses amis Malika, Pierre et Matteo, ses premiers flirts avec Farid et sa première histoire d’amour avec Laurence, une fille « droite et franche ».

La deuxième partie, « couleurs de la colère », beaucoup plus courte, est narrée par une Jeanne de dix-sept ans. Laurence est partie. Son corps s’est transformé. Ses relations avec ses parents aussi. Elle tombe à nouveau amoureuse d’un joli garçon, Valentin, avec qui elle vivra sa première relation sexuelle.

On s’attache malgré tout à cette adolescente difficile qui reconnaît elle-même être « une petite insolente », « une catastrophe ambulante, un fléau social et national, bref, une emmerdeuse de premier choix ». C’est d’abord sur ses parents qu’elle crache son venin et à eux qu’elle attribue la cause de sa colère. Leur reprochant de se prendre pour « un moule à gaufres » et de rester dans le rang quoi qu’il arrive, « Eins ! Zwei ! Drei ! », elle ne supporte pas leur volonté d’être « des gens parfaitement bien ordonnés et bien rangés. Rien qui dépasse, même pas le sourire. » Le mot « normal » est récurrent lorsque la narratrice parle de ses parents et elle met tout en œuvre pour ne pas devenir leur semblable. Les armes dont elle use prêtent à rire, surtout quand il s’agit d’imiter les animaux les plus inattendus pour agacer ses parents comme « la bécasse affolée, le teckel complexé, la guenon hystérique, mais aussi l’oie, l’hippopotame, la dinde, le scarabée » et bien d’autres, ou d’organiser une manifestation en couches-culottes avec son frère pour convaincre leurs pauvres géniteurs de les laisser regarder les documentaires animaliers. Elle réussit ensuite à exaspérer par une mauvaise foi terrible la remplaçante de sa maîtresse, rebaptisée « Mlle Coincéeducul », et à effrayer le jeune Farid en répondant à une maladroite déclaration par une image du X soigneusement glissée dans une enveloppe puant le parfum bon marché. Des passages qui amusent bien qu’on les ait lus à plusieurs reprises. Jeanne lutte contre tous et tout. La réalité et le fait de grandir l’effraient et elle se laisse volontiers emporter par son imagination débordante. D’abord en rencontrant Marie-Moulhoud son amie imaginaire dans un livre d’images, à qui elle raconte l’exaspération que ses parents lui inspirent. Puis en entraînant son cousin Balthazar dans un monde fantastique, la Grande Forêt, derrière le Vieux Manoir, maison secondaire achetée par ses parents, monde auquel ils accèdent par le Passage, puis par le Bois Profond. Ils y rencontrent Gelfin, un être de la forêt qui leur apprend l’Ancien Langage et qui leur murmure qu’ils ont le cœur pur.

A la jeune Jeanne cynique, amère et enragée, s’oppose une Jeanne plus âgée, plus calme et tempérée. Elle est devenue une jeune femme. Sa vision du monde a quelque peu changé au fur et à mesure qu’elle a grandi. On comprend que depuis le départ, elle recherche la douceur plutôt que la confrontation. L’auteur nous préparait au changement de rythme en introduisant des caresses sans nom échangées avec Laurence et la douce rencontre avec Gelfin. Sa carapace de petite peste méprisante cache une fillette angoissée et pleine de questions sans réponses finalement libérée de sa hargne par l’amour de Valentin.

Elle se positionne comme une fine observatrice dont la lucidité génère une critique à la fois amusante et cruelle d’un monde adulte médiocre et hypocrite et d’un système scolaire uniformisé. Jeanne nous décrit son entourage avec une ironie massacrante et un mépris aberrant, suivant un rythme énergique. Elle met les adultes face à leurs tabous et leurs propres contradictions et esquisse avec justesse leurs maladresses et maniaqueries.

Bien que caricaturé, le parcours chaotique de Jeanne sonne juste. On notera aussi l’agilité dont l’auteur fait preuve pour jongler entre trivialité et poésie. Ainsi, on passe aisément d’un vocabulaire grossier et brutal à un phrasé doux et métaphorique. Jeanne peut imaginer un personnage qui « zigouillait tous les caniches avec son canon à neutrons et inventait l’arme secrète qui fait roter les cons juste au moment où ils allaient vous insulter ou vous traiter comme de la merde » et pourtant remarquer dans le paragraphe suivant que « l’année a glissé, comme une petite rivière qui serpente à travers les rochers et suit les caprices des saisons. » Cédric Érard aborde tous les sujets liés à l’adolescence en alliant pudeur et franc-parler. Le plus surprenant est que l’auteur nous fait oublier qu’il est un homme par son écriture au plus près de la réalité d’une jeune fille.

Un livre dont on savoure chaque mot, chaque réponse cinglante, et chaque instant de douceur.

De plus, Jeanne nous livre son secret pour échapper à la folie d’un monde cacophonique : « déchirer un livre page à page, consciencieusement et froidement, avec [un] petit réglet en fer ».

Sara, 1ère année Éd.-Lib.

Repost 0
Published by Sara - dans jeunesse
commenter cet article
4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 08:00


« Les techniques [d'illustrations] sont variées et disent la complexité du monde en face duquel on ne fait que des tentatives de traductions, multiples, personnelles, pour toujours la (re) présenter »
Caty Kroupie in La littérature dès l'alphabet, dirigé par Henriette Zoughebi.

Dire le monde, dire le texte, dire les émotions, dire les croyances, faire rêver. Depuis les avancées techniques en matière d'impression, le livre pour enfant offre quantité de « bonheurs visuels », comme les nomme Phillip Pullman, qui, bien qu'on puisse le penser, ne sont pas là que pour servir ou suivre un texte mais aussi pour nous raconter ce que le texte ne peut ou ne veut dire.


Lire un album pour enfants c'est autant ouvrir ses oreilles que ses yeux !

Dans la sélection d'albums d'auteurs asiatiques proposée je me suis attachée à voir comment le réalisme magique venait s'exprimer par le biais de l'illustration et comment il pouvait donner une autre dimension aux albums en question.

Jimmy-Liao-La-foret-des-songes.jpg

Chez Jimmy Liao, auteur taiwanais très populaire, le réalisme magique s'exprime par un onirisme graphique qui lui est propre et qu'il développe au fur et à mesure de son œuvre, créant une unité et une « interimagité » dans son travail. En effet, depuis son album La forêt de songes, Jimmy Liao exprime l'imaginaire par l'apparition d'animaux géants qui viennent peupler presque mine de rien la vie de personnages. Ses albums en sont rythmés ainsi que de tableaux presque surréalistes qui représentent la pensée ou l'état d'esprit de ses personnages. La lecture est riche et l'image l'est tout autant. Jimmy Liao nous offre toujours un univers hors du commun et familier à la fois qui nous embarque nous aussi dans son onirisme.


Mitsumasa-Anno-loup-y-es-tu.jpg

Mitsumasa Anno, auteur japonais imprégné de culture européenne, nous offre une œuvre très importante et originale, le plus souvent sans texte, fourmillant de détails et d'illusions d'optique. On lui doit des albums comme Loup y es-tu ?, Ce jour-là, ou encore Sur les traces de Don Quichotte. Dans Loup y es-tu ?, l'auteur joue autant qu'il veut faire jouer le lecteur : un paysage de forêt, grouillante et dense, qui au détour d'un regard fait apparaître par anamorphose un sanglier dans un arbre, un renne dont les bois se mêlent aux branches, un héron dans des fourrés... D'une réalité en surgit une autre, même si elle est parfois vraiment bien cachée.


gyong-sook-goh-les-flacons-magiques-1.jpg

Gyong-Sook Goh, jeune illustratrice coréenne, a reçu en 2006 le prix graphique de la foire de Bologne pour son ouvrage Les Flacons magiques. Dans cet album riche en  couleurs et en humour, Gyong-Sook Goh nous transporte dans une épicerie de quartier où un sorcier a transformé tous les contenus de flacons en animaux loufoques. À la place du parfum apparaît un koala, à la place du gel douche un hippopotame, et comme si ces apparitions ne suffisaient pas, à chaque fois les animaux en question intègrent parfaitement la vie des habitants du quartier tantôt chez la coiffeuse tantôt lors d'un goûter d'anniversaire. Mais ce qui fait la magie de cet album au-delà de sa narration c'est aussi sa mise en page : les flacons s'ouvrent sous forme de rabats ; ainsi c'est le lecteur lui-même qui fait entrer la magie dans le livre par son geste d'ouverture.


Baiju-Shyam-Mon-voyage-inoubliable.jpg

Bajju Shyam, artiste aborigène indien reconnu dans son pays par le prix gouvernemental du meilleur artiste aborigène, compte parmi ses dernières productions parues en français La Petite Sirène, Comment je vois les choses et Mon voyage inoubliable. Dans ce dernier album, Bajju Shyam raconte son premier voyage à Londres, et peut-être même son premier voyage tout court dans le monde occidental si loin de sa propre culture. L'auteur y va pour réaliser une fresque dans un restaurant, fresque dans laquelle il va illustrer sa découverte de Londres en la reliant à ses propres croyances, nous livrant ainsi le monde occidental à travers les yeux d'un Indien. L'avion se transforme en éléphant, le pub en arbre sacré qui apporte tout ce dont l'homme a besoin... On passe ainsi du figuratif du vécu au symbolique de la croyance, du réel au surnaturel, des divinités aux petites choses par la mise en image symbolique du quotidien.


Ces lectures pleines de magie mais aussi de réalisme, chacune à sa manière, montrent combien les possibilités offertes par l'image sont aussi riches que celles offertes par l'écriture et sont porteuses d'une narration visuelle et poétique, comme le dit Daniel Maja dans  Illustrateur jeunesse ; comment créer des images sur les mots  : « L'illustration est une image narrative, elle raconte, elle dit, elle témoigne, elle se réfère au texte, le sous-entend, elle est elle-même discours, et ne doit pas céder au vertige si tentant de la gratuité émotionnelle ».

Laurie, A.S. Bib.-Méd.-Pat.

Repost 0
Published by Laurie - dans jeunesse
commenter cet article
15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 07:00

le-vieil-homme-et-la-fee.gif

 

 

 

 

 


Jérôme LE DORZE (auteur)
Maria-J. MOLA (illustratrice)
Le Vieil Homme et La Fée

Éditions Anna Chanel
Collection « De Toi à Moi »
Juin 2009


 


 

 

 

 

L’album

« Il y a des instants magiques où l’on peut l’espace d’un souffle arrêter le temps qui passe.
Les questions d’un vieil homme, murmurées à une fée, nous transportent au fil des âges, des saisons, des sentiments.
Deviennent autant de réponses qui se dévoilent en toute liberté et nous laissent savourer le bonheur d’une vie. »


Cet album raconte l’histoire d’un vieil homme adossé contre un arbre, un jour d’automne, et de sa rencontre avec une fée. L’homme est inquiet, il arrive au bout du chemin, et il aimerait comprendre, obtenir des réponses à ses nombreuses questions. C’est ainsi qu’il interrogera la fée et que celle-ci lui répondra en toute franchise avec un brin de poésie et de rêve. Une fois que la fée a répondu à toutes ses questions, quelque chose de lumineux et de tendre emplit le cœur du vieil homme et doucement il la remercie.

 
Le-Vieil-Homme-et-La-Fee-2.JPG « Que deviennent les livres quand ils se referment ? Des oiseaux qui migrant vers des terres inconnues. »

 

 


Le Vieil Homme et La Fée 3

« Que deviennent les clowns quand ils ne font plus rire ? Des épouvantails qui divertissent les oiseaux. »

 

Le-Vieil-Homme-et-La-Fee-4.JPG« Le vieil homme se tait. Le bonheur illumine son visage… La Fée lui a offert le plus fabuleux des trésors. Il la regarde tendrement et lui souffle au creux de son cou : " Merci ! ". »

Sur chaque image, la fée, présente dans l’illustration, répond aux questions du vieil homme et ses réponses apportent aux petits comme aux grands des clins d’œil pour se risquer dans la vie.

A travers cet ouvrage, l’auteur comme l’illustratrice proposent aux lecteurs une sensation de tendresse, de chaleur et d’humanité sur les éléments, les gens, les sentiments et les objets qui nous entourent


 

Du même auteur chez Anna Chanel

 

Graine d’espoir, dès 5ans
Le Bel Uniforme gris, février 2009, dès 5 ans
Différent, dès 7 ans.


 

Les Éditions Anna Chanel

Créées par Nathalie Allemand et Philippe Collon, les Editions Anna Chanel sont nées en 2006 d’un désir de transmettre une réflexion sur le monde qui nous entoure, ses valeurs, ses différences. Une petite pointe de philosophie, de la magie, de l’émotion, de la poésie.

De beaux livres à partager, illustrés par de jeunes artistes.

Eux-mêmes se caractérisent ainsi :
« Juste un mot sur les éditions Anna Chanel, une maison toute jeune encore mais décidée à rester authentique et sincère; Dans un monde où notre rapport à l'image a tendance à s'uniformiser, où les relations entre générations s'individualisent, il existe des moments où l'on peut encore être ensemble pour partager, s'émouvoir et transmettre l'amour des mots autour d'un album, d'une histoire.

C'est dans cette diversité tant graphique que littéraire, peuplée de rencontres avec les auteurs, les illustrateurs, le public ou les professionels du livre que nous avons choisi d'exister en toute liberté.»

 

Nathalie Allemand

 

 

Elisabeth, 2e année Ed.-Lib.

 

 

 

 


Repost 0
Published by Elisabeth - dans jeunesse
commenter cet article
28 mars 2010 7 28 /03 /mars /2010 07:00
Nour.gif

Le département jeunesse de Max Milo a été créé il y a seulement trois ans et sa direction est assurée par par Jeannine de Cardaillac, une éditrice comme on en trouve peu. Reconnaissant la densité du travail auctorial, elle n'hésite pas en effet à rémunérer ses auteurs-illustrateurs en droits et non au forfait (pratique pourtant courante dans la production pour la jeunesse). Elle préfère aussi reconditionner les retours et leur donner une seconde vie plutôt que de les envoyer directement au pilon.

De plus, la qualité de son catalogue, qui compte 24 titres, est reconnue non seulement par la librairie indépendante mais aussi par le public puisqu'en trois ans d'existence chaque publication a rencontré le succès escompté. Ce qui s'explique peut-être par le refus de cloisonner son catalogue et la multiplication des collections. Bien au contraire Jeannine de Cardaillac fonctionne souvent au coup de coeur ; peu lui importe qu'un livre ait tel ou tel format ou qu'il entre dans telle ou telle thématique pourvu qu'il lui plaise.

Marcel.gifAinsi son catalogue offre une grande diversité de formes et de contenus. Les illustrations des albums se veulent tantôt épurées et discrètes comme dans Nour a perdu son sourire, tantôt colorées et  foisonnantes comme dans Marcel, le cochon qui avait peur de se salir. La catalogue propose aussi un roman ado particulièrement touchant, Rebecca – histoire d'une jeune fille qui, malgré sa maladie, décide de se battre pour s'en sortir – ,ou des albums à colorier comme Je colorie les robes d'époque ou Je colorie le royaume des fées. Une tendance BD se dessine aussi : les Lolita (2 tomes parus) Lolita-T.1.gifmettent en scène une jeune fille pas toujours sûre d'elle mais généreuse et attachante. Ses petites histoires servent parfois de prétexte pour aborder des thèmes sérieux comme par exemple l'importance de s'accepter tel que l'on est et d'avoir conscience que chacun a une personnalité qui lui est propre, d'où le sous-titre du deuxième tome On est comme on est. Mais la BD Max Milo jeunesse c'est aussi l'hilarante série Des bêtes (3 tomes parus) dont les gags ménagent toujours des fins surprenantes...



Chacun trouvera dans ce catalogue le livre qui lui convient.
Des-betes-T.1.gif

Un grand merci à Jeannine de Cardaillac d'être venue nous parler avec enthousiasme de son métier et de nous avoir consacré autant de temps.



Bibliographie des ouvrages évoqués


Rebecca.gif
Agnès Frédérique, Marcel, le cochon qui avait peur de se salir.
Cornet Astrid, Lolita « Victime de la rumeur » (tome 1), Lolita « On est comme on est » (tome 2).
Frier Raphaële, Nour a perdu son sourire.
Le Gal Claire, Je colorie les robes d'époque.
Roussel François, Des Bêtes « Chacun son tour » (tome 1), Des Bêtes « Bzzz... » (tome 2), Des Bêtes « La loi du plus fort » (tome 3).
Setil Mang, Rebecca.
Yllya et Chalon Aurélie, Je colorie le royaume des fées.


Liens

Max Milo

Max Milo jeunesse



A.M., AS édition-librairie
Repost 0
Published by Angélique - dans jeunesse
commenter cet article
27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 08:00


Agnès de Lestrade est née en 1964. Elle s’est révélée au grand public avec la parution de son premier roman jeunesse en 2003 : La petite fille qui ne voulait plus cracher,  publié à l’Ecole des loisirs. Depuis on ne l’arrête plus : elle a écrit une cinquantaine d’albums et de romans et une soixantaine de textes en presse. Elle est traduite dans de nombreux pays.

Nous l’avons rencontrée dans le cadre de « P’tit bout lit tout », le mardi 17 novembre 2009 à 20h30, à la médiathèque de Camblanes-et-Meynac, côté rive droite de Bordeaux.


Agnes-de-Lestrade.JPG
Soirée rencontre P’tit Bout Lit Tout
avec Agnès de Lestrade et Martine Perrin



1. On a remarqué que vous travailliez pour de nombreux éditeurs jeunesse différents (Tourbillon, Motus, Milan jeunesse, Ecole des loisirs, Nathan poche, Gautier-Languereau…). Ces changements d’éditeurs sont-ils dus à une volonté de diversifier votre travail, de vous faire connaître, ce sont les maisons d’édition qui vous contactent, est-ce le fruit du hasard et de rencontres ?

Agnès de Lestrade Quelquefois, j’ai des commandes. Une seule maison d’édition ne pourrait pas prendre tout ce que je fais, et elles ont des personnalités différentes ! Je suis assez éclectique dans mes goûts, et mon écriture peut être très variée, donc je m’adresse à différentes maisons d’édition, selon leurs personnalités. D’ailleurs, j’ai beaucoup de refus.


Lestrade-le-parapluie-de-madame-ho.gif2. Est-ce vous qui choisissez vos illustrateurs ? N’avez vous jamais voulu illustrer vous même vos livres ?

Agnès de Lestrade - Sur les 55 livres parus, j’ai choisi seulement deux fois les illustrations, Les légumes de Monsieur Marcel et Le parapluie de Madame Hô. En temps normal, le texte est d’abord choisi par les éditeurs qui se débrouillent pour trouver des illustrateurs. J'aimerais également illustrer moi-même mes livres un jour.



3. Pouvez-vous nous parler de votre travail avec l’illustratrice Martine Perrin sur le Parapluie de Madame Hô ?

 
Agnès de Lestrade - J’ai rencontré Martine à un salon, elle m’a demandé un texte. J’ai tout de suite pensé à un de mes derniers que j’avais écrits : le parapluie de madame Hô. On a travaillé ensemble. Elle m’a viré des phrases déjà ! Nous avons fait un travail d’épuration sur le texte à deux. Martine a réussi à entrer dans mon imaginaire. Elle réalise rapidement la maquette de l’album. La recette de ce livre ? Un bistrot, trois bouteilles de rosé et une amitié très forte.


4. Savez-vous à l’avance si vous écrivez un texte cours ou un texte long, un album ou un roman ?

Agnès de Lestrade – Je sais à l’avance si ce sera un texte court ou long. Dans mes histoires c’est toujours le titre qui vient d’abord, tout mon inconscient joue pour faire le titre, c’est une pelote de laine : Je tire le fil et j’écris l’histoire.. Parfois, à partir de ce titre, j’ai envie d’écrire quelque chose de court, qui coule comme ça, et dès fois des choses plus longues : j’alterne ! D’ailleurs je n’écris pas que des albums ou des romans, je travaille également en collaboration avec des maisons de presse jeunesse comme Bayard (J'aime lire, Dlire, Je bouquine,…). Je leur propose notamment les titres que les maisons d’édition ne veulent pas publier mais pas uniquement ! 


5. Beaucoup de vos albums ont été traduits à l’étranger. Est-ce une proposition de la part des éditeurs français ou une demande de la part des maisons d’édition étrangères (Italie, Corée…) Avez-vous votre mot à dire quant à la traduction ?

Agnès de Lestrade – Je n'ai pas mon mot à dire quant à la traduction ; parfois le nom de mes personnages change. Il existe des salons d'éditeurs : les éditeurs étrangers font la démarche auprès des éditeurs français qui proposent une série de titres. Il y a notamment un grand salon en Allemagne, dont le but est de faire connaître à l’étranger les textes des autres pays. Les éditeurs étrangers les adaptent ensuite comme bon leur semble.


6. Vous avez publié votre première histoire en 2003 à L’école des loisirs (La petite fille qui ne voulait Lestrade-la-petite-fille-qui-ne-voulait-plus-cracher.gifplus cracher). Depuis, vous avez écrit plus de 50 albums et 60 articles. C’est un rythme de travail assez rapide, quasiment un livre par mois. D’où vous vient cette inspiration ?

Agnès de Lestrade – Allongée dans mon lit, je regarde le plafond, je laisse mon esprit divaguer, je regarde un reportage à la télé, j’entends un mot dans la rue.  Je fais du glanage : j’ai l’impression d’être une glaneuse de plein de choses, que je note dans mon cahier. Pour écrire, il faut réunir telle idée qu’on aime beaucoup, et l’associer à une autre idée incongrue.  Quand je suis en panne, je laisse de côté, et je glane … tout peut me permettre de glaner et régler mon problème ! Par exemple c’est l’image du cirque qui m’a inspirée. C’est peut-être ça être amoureux. Et c’est mon chien qui m’a inspiré La grande fabrique de mots.  Nous, nous pouvons parler, et les chiens non. Nous, nous pouvons nous faire comprendre sans avoir beaucoup de mots. Et puis quand j’était petite mes parents me répétaient sans cesse : il faut avoir une idée par jour !


7. Ne craignez-vous pas que certains de vos livres ne soient pas complètement compris par les enfants en raison de la multiplicité des interprétations possibles ?

Agnès de Lestrade – On  joue avec la sonorité des mots, même sans connaître leur sens. Les enfants entendent tous les mots, du moment qu’on les leur porte, et ils les comprennent.


8. Comment parvenez-vous à comprendre aussi bien les jeunes et leurs problèmes ? 


Agnès de Lestrade – Tout le monde a une certaine capacité à entrer dans la jeunesse,  je pense qu’on les rejoint, je pense que je suis encore une enfant, mais je suis aussi une adulte … être adulte, c’est guider les autres, savoir à leur place … et moi-même, je pense que je suis restée collée dans mon enfance !.


9. Vous vous sentez donc proche de vos lecteurs ?

Agnès de Lestrade - J’aime entendre ce que les autres disent, surtout mes lecteurs ; c’est génial de collaborer pour que le texte et moi, nous puissions avancer.

Sendack-Max-et-les-maximonstres.gif
10. Dans certains de vos livres, nous avons pu remarquer de nombreuses références littéraires. (Max et les maximonstres au début de Mon bateau, Peau d’Âne et Les mille et une nuits dans Ceinture de feu, plusieurs références littéraires dans L’abécédaire à croquer et L’arbre sans fin dans Le jour où j’ai perdu mon temps) ? Est-ce volontaire ?  

Agnès de Lestrade. – C’est complètement un hasard !. De temps en temps, on retombe sur quelque chose qui a déjà été écrit !  Il faudrait peut-être que je lise un jour Max et les maximonstres


11. Pourquoi avoir recours aux animaux dans la plupart de vos ouvrages ? (Mon chien Anatole, Les choses cassées d’Octavio, Jour papillon ou jour hérisson ? : monde rempli d’animaux humanisés…)

Agnès de Lestrade. – Ce qui est génial en littérature jeunesse, c’est qu’on peut humaniser les animaux : ça identifie des sentiments très vite, les animaux !


Anne et Nora, L.P.


Bibliographie d'Agnès de Lestrade
La Grande Fabrique de mots, illustrations de Valeria Docampo, Alice éditions, 2009
Jour papillon ou jour hérisson ?, illustrations de Vincent Mathy, Albin Michel, 2009
Abécédaire à croquer, illustrations de Dankerleroux, Milan, 2008
C’est peut être ça être amoureux, illustrations de Laurent Aubouin, Milan, 2007
Ceintures de feu, illustrations de Dominique Jacquot, Gauthier-Languereau, 2007
Les Choses cassées d’Octavio, illustrations de Pascaline Mitaranga, 2008
Les Légumes de Monsieur Marcel, illustrations de Ingrid Monchy, Les éditions du Rochet, 2007
Le parapluie de Madame Hô, illustrations de Martine Perrin, Milan, 2007
Mon bateau, illustrations de Boiry, Milan jeunesse, 2007
Mon chien Anatole, illustrations de Benoit Perroud, Nathan, 2007
Le Jour où j’ai perdu mon temps, illustration de Julie Ricossé, Atelier du Poisson Soluble, 2006
La Petite Fille qui ne voulait plus cracher, illustrations de Magali Bonniol, L’école des loisirs, 2003

Autres ouvrages cités

Les mille et une nuits, Anonyme, disponible entre autres chez Gallimard, Bibliothèque de le Pléiade, 2005
L’arbre sans fin, Claude Ponti, L’école des loisirs, 1992
Max et les maximonstres, Maurice Sendak, L’école des loisirs, 2001



Repost 0
Published by Anne et Nora - dans jeunesse
commenter cet article
11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 19:00
Stian-Hole-La-rue-de-Garmann.gif











Stian HOLE
La Rue de Garmann

Albin Michel Jeunesse, 2008


















Rencontre avec Stian HOLE
à la librairie jeunesse Comptines de Bordeaux
 le 17 octobre 2009.
Stian Hole L ete de Garmann

   
La première fois que j'ai côtoyé Gramann, c'était en office de bibliothèque ; L'Été de Garmann, un livre parmi d'autres, et pourtant quel livre ! C'est typiquement le type d'album qui peut diviser : la technique du photo-montage, ces illustrations hyperréalistes et oniriques à la fois, ces couleurs chatoyantes mais désuètes. Mais, Garmann c'est aussi un « gamin », un petit blond qui va rentrer au CP et qui a peur parce qu'il ne se sent pas prêt. Il est touchant, attachant, peut-être autant que son créateur Stian Hole.
  
Deuxième rencontre avec Garmann : La rue de Garmann. Garmann a un ans de plus, il est en CM1, et dans sa classe il y a Roy. Roy, c'est le caïd, le grand de la classe qui le terrorise ; Roy, quand il dit quelque chose, tout le monde le croit ; Roy c'est celui qui fait rougir les filles, qui pédale sans les mains, et qui a lancé les baskets de Garmann en haut du fil téléphonique. Et puis il y a l'homme aux timbres, ce vieillard mystérieux et terrifiant pour les enfants... Un jour où il veut compléter son herbier avec des fleurs repérées dans le jardin à l'abandon du vieil homme, Garmann tombe sur Roy qui se moque et l'oblige à craquer une allumette au milieu des broussailles. Le feu prend, Garmann se bat, les pompiers arrivent... La scène est terrible, mais Garmann fait preuve de sang-froid en ne fuyant pas et l'homme aux timbres lui en est reconnaissant. De cette péripétie va naître une amitié forte et touchante entre les deux personnages, au point de ne faire dans l'œil de Stian Hole qu'un seul et même personnage. Les deux protagonistes échangent des pages de savoirs sans lien qui vont de la botanique au nombre de pensées qu'un homme a en tête par jour... L'homme aux timbres égrène son savoir, son expérience, sa vie et Garmann s'en nourrit.
  
L'intimidation, la rencontre avec l'autre, l'amitié entre un enfant et une personne âgée, les rapports conflictuels avec les autres, le partage du savoir, de la vie. Stian Hole nous offre encore une fois avec cet album un univers et une fable touchante qui parle à tous. Il n'y a pas d'âge pour lire Stian Hole, et il est bien bête, comme souvent, de vouloir classer un album par âge de lecture : chacun le lit avec son bagage ; certes, un enfant de huit ans ne verra peut-être pas les clins d'œil à Matisse ou à Hopper, ni le rapport texte-image original instauré par l'auteur,  mais il verra ce que l'adulte ne voit pas. D'ailleurs Stian Hole n'y pense pas, il crée un univers à partir de sa vie, de son expérience et il le passe aux lecteurs selon cet adage : « J'écris sur moi, tu lis sur toi ».
  
En fin de rencontre nous découvrons en avant-première les ébauches de son prochain album : Le secret de Garmann ; notre blondinet grandit encore et semble découvrir l'amour... mais soyons patients et laissons la magie de
Stian Hole opérer...

Laurie, A.S. Bib.-Méd.
Repost 0
Published by Laurie - dans jeunesse
commenter cet article
26 juillet 2009 7 26 /07 /juillet /2009 19:30











Virginie LOU,
Un papillon dans la peau
,
Gallimard Jeunesse, 2002,
 collection « Scripto »















Un papillon dans la peau a obtenu le prix Jeunesse de la Foire du Livre de Brive, lorsqu’il est paru pour la première fois en 2000 dans la collection Page Blanche.


A propos de l’intrigue

Une rencontre. Une de celles qui changent notre vie, peut-être à jamais. Omar, surnommé le Crabe, est un lycéen de terminale menant une vie des plus calmes. Il ignorait tout du désir et de la grâce avant de rencontrer Alexandre. Alexandre, cet être polyglotte, avec un semblant d’aménité, vêtu de la même chemise blanche, été comme hiver, qui lit de la poésie à Omar tous les matins au café, et qui connaît la littérature mieux que personne. Dès lors, plus rien n’a d’importance. Seul compte le bonheur d’être ensemble, de se confier, d’être son seul ami. Mais Alexandre est fait d’une autre matière, aérienne, inaccessible. Il a d’autres rêves et d’autres folies en tête que le bac et porte sur le monde un regard grave. Omar s’imagine bien vite percer ce mystère et se lancer à corps (et surtout âme) perdus, voler au secours de son ami retenu par son père mercenaire, broyeur de chair humaine. Cette aventure va entraîner les deux jeunes garçons aux confins de leur réalité ; Omar se heurtera pour la première fois à la violence du monde, tandis qu’Alexandre accédera à une sorte de dépassement de lui-même…

Intérêt du roman

Il y a double intérêt à ce récit. D’une part, il prend  la forme d’un journal adressé à la belle-mère d’Alexandre, rédigé quelques jours après les faits que le lecteur découvrira.  Cette confession de son histoire avec Alexandre, Omar  la raconte par la voix de l’auteure qui, sans alourdir sa syntaxe d’effets tragiques ou de fioritures, parvient à retranscrire les pensées pleines d’aspérités d’un adolescent face à ses premières confusions, en route vers l’âge adulte.

D’autre part, ce roman regorge de références rimbaldiennes. Alexandre étant un fervent lecteur du poète ; ce n’est pas par hasard si Virginie Lou a choisi Rimbaud, l’une des incarnations de la passion, qui se fait attrayante et dangereuse, plus encore à l’âge d’Omar et d’Alexandre, pourvu qu’il y ait un idéal en jeu. Le père d’Alexandre, Omar et Alexandre lui-même, nous renvoient des figures humaines incapables de catalyser leur désir, autrement que par la violence. Ils paraissent en être eux-mêmes inconscients.  C’est pourquoi le lecteur doit ruser pour décrypter un récit sous-jacent, plus subtil encore que les rapports ambigus des protagonistes entre eux,  perçu en écho dans les non-dits d’Omar.

Ce livre, dont la couverture a attiré mon regard, l’auteur a réussi à me le faire « éprouver », je me suis immergée au-delà du corps du texte comme on s’immerge dans la mer, les yeux tournés vers les profondeurs, ne sachant pas ce qu’on y observera. On y découvre un hommage sensible à Rimbaud et à ses odes, « ce passant considérable… » comme l’appelait Stéphane Mallarmé.


Anaïs, 2ème année Bib

Repost 0
Published by Anaïs - dans jeunesse
commenter cet article
25 juillet 2009 6 25 /07 /juillet /2009 19:30
Compte rendu de la journée professionnelle
Etonnants voyageurs

Festival international du livre et du film de Saint-Malo 2009



Qui a peur de la littérature ado ?

C’est le thème de la table ronde qui a réuni toute la matinée auteurs, éditeurs et professionnels du livre : Hervé Jubert, Viviane Moore, Ella Balaert, Michel Laporte, Jérôme Noirez, Rageot et T. Magnier autour des enjeux de la lecture et du pouvoir des livres. Qu’est-ce que l’adolescence ? Pourquoi cet âge transitoire dérange-t-il les adultes ?


C’est aussi le titre de l’essai d’Annie Rolland édité chez Thierry Magnier en 2008. Psychologue, maître de conférence à Angers, elle a publié divers ouvrages dont un recueil de proverbes touaregs… Cet essai s’annonce important car selon Soazic Le Bail (éditrice chez Thierry Magnier) il apporte enfin un étayage « clinique » à ce débat récurrent et très controversé de la littérature ado. À la question « qu’est-ce que la littérature ado ? » Soazic Le Bail répond : « c’est une question d’étagère chez les libraires comme dans les bibliothèques ».



Différentes formes de censure

Parfois les « passeurs de livre » que sont les bibliothécaires, documentalistes, professeurs de français, libraires se demandent s’ils peuvent conseiller ce livre, à quelle tranche d’âge, etc. Ils expriment une crainte de choquer les lecteurs et aussi la peur d’avoir des remarques de parents et d’association de parents en tout genre. Mais ces professionnels restent généralement ouverts à la discussion et sont même souvent créateurs de débat.

Il existe plusieurs formes de censure et, dans certain cas, il n’y a pas de possibilité de dialogue avec les censeurs… Ainsi, lorsque le scandale éclate autour de L’Amour en chaussette de Gudule sélectionné pour le Prix ado d’Ille et Vilaine (donc une sélection de livres établie par les jeunes eux-mêmes) des voix s'élèvent réclamant la censure de cet ouvrage. Une rencontre est alors mise en place entre bibliothécaires, documentalistes, éditeurs et écrivains afin d’en débattre ensemble, les seuls absents étaient les représentants des voix qui appelaient à la censure…

C’est à partir de cet événement qu’Annie Rolland a commencé à axer son travail sur la littérature adolescente et les peurs qu’elle suscite chez les adultes.
Elle se pose également la question suivante : si ce ne sont pas les professionnels du livre qui sont les plus légitimes pour conseiller, qui l’est mieux ?



Les « dangers» du livre…

L’ensemble des intervenants est d’accord pour dire que le livre rend le lecteur « actif », contrairement au visuel qui met dans une position de passivité et relève d’une certaine fascination , il peut se fermer s’il dérange. L’idée d’un véritable choc en lisant un livre pour ado ne relève visiblement pas d’une réalité, en tout cas pas pour le lectorat jeune.

Pour A. Rolland, la littérature ado sert simplement de bouc émissaire, c’est une espèce de faux débat sur une littérature prétendument dangereuse alors que la représentation du corps notamment de la femme dans la publicité est bien plus problématique pour l’adolescent en pleine transformation et recherche de soi.

C’est une littérature qui émeut, qui bouleverse ou donne à penser et que, pour ces raisons, on hésite peut-être à donner à des ados en période mouvementée, de création de leur identité…

On parle souvent d’une littérature trop déprimante mais lire Pascal n’est-il pas déprimant ? demande E. Balaert. Alors il faudrait peut être songer à interdire toute la littérature aux adolescents ( !) poursuit-elle.


Est-ce que ce débat n’est pas plutôt à l’image d’un pays qui a peur de sa jeunesse et n’arrive pas à répondre face à la violence exprimée par ces jeunes… ? Violence qui est par ailleurs normale à cette période de l’adolescence et même nécessaire : « Il faut que le conflit ait lieu » dit Annie Rolland. Ces réflexions sont depuis longtemps étayées par des textes psychanalytiques.



Des peurs d’adultes et des confusions…

Le débat du danger potentiel dans la littérature ado s’avère donc illégitime. Tout d’abord, parce que le mot et la chose sont bien distincts et ne peuvent être confondus à part lors de maladies graves, dit A. Rolland.

Les mots que la littérature adolescente met sur cette période ne sont pas les choses… C’est un re-création virtuelle qui est de l’apanage de l’art. Le problème ne réside pas dans l’art (la production de la littérature ado) mais dans la réalité des adolescents, la solitude, la violence…


Cette confusion entre le réel et la fiction s’illustre par la censure qui touche essentiellement la littérature réaliste. Même s’il y a des scènes violentes en SF ou fantasy, on considère que ce n’est pas grave car c’est inclus dans un monde imaginaire. S’il y a ces mêmes scènes dans un roman réaliste, cela fait l’objet d’un scandale. Cela résulte donc bien d’une confusion entre le réel et le réalisme littéraire de la part des adultes.


Pour étayer cette distinction psychologique on peut citer Lacan qui donne trois axes de l’organisation psychique qui permettent d’appréhender le monde normalement : le réel, l’imaginaire et le symbolique. Le réalisme littéraire n’est donc rien d’autre qu’une configuration imaginaire du réel, confirme A. Rolland. L’adolescent est en mesure de faire la différence entre la vie réelle et le monde imaginaire créé par des livres.


Lorsqu’un ado se suicide, certains invoquent ses lectures comme la cause de son acte (comme cela s’est passé avec Suicide, mode d’emploi…). Mais jamais un livre n’a tué quelqu’un, s’indignent en chœur les intervenants.

Ces personnes cherchent juste à l’extérieur des jeunes les causes qui les poussent à faire ce genre d’acte alors que ces causes sont en eux, et résultent d’un mal-être profond… Les médias préfèrent tellement avoir un scandale qu’ils en oublient de dire que dans tous les cas de ce genre ces jeunes avaient des antécédents psychologiques…


Conclusion

« Il faut laisser tout lire à des ados » dit Annie Rolland, « et il faudrait peut être apprendre à faire confiance aux ados, car ce sont des personnes responsables qui font des choix et que la peur que les adultes ont constamment enferme, étouffe… De plus, la peur n’a jamais été bonne conseillère donc il faut apprendre à la combattre ».
Puis Annie Rolland cite à l’attention de tous ceux qui dévalorisent la littérature ado une phrase extraite de son livre :
« Quand on n'est pas capable de prendre le point de vue de l’intelligence, on prend celui de la morale »…


Camille, A.S. Bib.-Méd.
Repost 0
Published by Camille - dans jeunesse
commenter cet article
19 juillet 2009 7 19 /07 /juillet /2009 19:20








Frank ANDRIAT
Mon pire ami

Roman adolescent dès 12 ans.
Editions Grasset Jeunesse
, janvier 2006


















Parcours et portrait de l'auteur
 

http://www.frankandriat.com/dossier_frank_andriat/pages_html/2_portrait.html#portrait




A propos du roman


Un garçon de seize ans est interné dans une institution psychiatrique. Le message réel ou fantasmé qu'il adresse à son médecin nous permet de suivre son cheminement intérieur.


Même si ce roman décrit les plus simples moments de la vie quotidienne comme les repas et la prise de « médocs »,  les sentiments ressentis pour sa jolie co-pensionnaire, ce n’est ni une énumération de menus, ni d’ordonnances, ni un récit du type les exploits d’un jeune Don Juan (Apollinaire) … ce récit est nerveux, anti conventionnel, hurlant de vérité mais aussi respectueux. Ça emporte et laisse vidé mais on conserve toujours une lueur d’espoir et l'on est content à la fin.

Ce livre évoque bien sûr les conflits majeurs et les grandes rencontres de la vie (camarades de lycée, un prof de français au patronyme délicieux : M. Bonheur). Mais surtout est présent le conflit émergeant tout au long de l’œuvre entre Dan, le jeune adolescent interné, et le double qu’il s’est construit dès son enfance pour survivre dans le monde qui l’entoure, Stany. Les pages les plus touchantes et bouleversantes sont celles où le JE combat contre l’autre. Le tout est tendrement sombre et modérément optimiste, tendre  et grossier : à l’image de la vie…


Camille, 1ère année Bib



Repost 0
Published by Camille - dans jeunesse
commenter cet article
23 juin 2009 2 23 /06 /juin /2009 20:28














Geraldine McCAUGHREAN
L’Habit rouge de Peter Pan
Traduction : Marie Leymarie
Editeur : Pocket Jeunesse (décembre 2006) 
Prix : 16.50 euros

















Il s’agit d’une suite au classique littéraire écrit par James Mathew Barrie. L’Habit rouge de Peter Pan a été écrit à l’occasion du 100ème anniversaire de la parution du roman Peter and Wendy en 1911. Cette suite officielle a vu le jour par l’intermédiaire d’un concours organisé par l'hôpital de Great Ormond Street de Londres. Cet hôpital pour enfants malades se voit reverser les droits de la pièce Peter Pan car J.M. Barrie l’avait choisi comme légataire.

Dans cette histoire Wendy et les garçons perdus ont grandi. Mes des rêves du pays imaginaires les troublent. Quelque chose a dû s’y produire. Ils décident d’y retourner tous ensemble et se font aider pour cela de Feu follet une fée-garçon, très facilement irritable.

Le groupe redevenu enfant retrouve Peter pan dont le caractère évolue étrangement au fil des jours. Ils partent à la recherche du trésor perdu du capitaine Crochet, accompagnés d’un inquiétant directeur de cirque répondant au nom d’Effilo, l’effiloché.1

Ce roman respecte l’original car il reprend les noms des lieux et des personnages et leurs traits caractéristiques, en somme on retrouve la même atmosphère. Dans les choses nouvelles inventées par l’auteur, il y a le même esprit poétique et/ou troublant.

Dans l’histoire de Géraldine Mc Caughrean comme dans celle de Sir Barrie, l’ambiguïté est le maître mot : ce n'est pas uniquement un conte pour enfants.2

Bien que le thème principal soit évident : accepter ou refuser de grandir, le personnage principal, Peter Pan, qui incarne l’île tout entière, est aussi un personnage très sombre.

A redécouvrir, donc !

1. http://www.cielj.net/critiques/livre/35411-l-habit-rouge-de-peter-pan
2http://fr.wikipedia.org/wiki/Peter_Pan



Chloé L., 2ème année Bib.-Méd.




Repost 0
Published by Chloé - dans jeunesse
commenter cet article

Recherche

Archives