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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 07:00

Vassili-Golovanov-Eloge-des-voyages-insenses.gif

 

 

 

 

 

 

 

Vassili GOLOVANOV
Éloge des voyages insensés
traduit du russe
par Hélène Châtelain,

 Denis Dabbadie

et Caroline Bérenger

Verdier,  collection « Slovo »


Le roman a reçu deux prix pour la traduction :
le prix Laure Bataillon 2008
et le prix Russophonie 2009.









Biographie

Vassili Golovanov est un jeune auteur né en 1960. Il est aussi journaliste et vit à Moscou. Éloge des voyages insensés est son seul roman, paru en 2008 chez Verdier.


 

Éloge des voyages insensés


C'est un roman dont un libraire, Pierre Landry de la librairie Préférences à Tulle en Corrèze, dit que c'est « le plus beau livre du monde » depuis trois ans déjà que l'ouvrage est paru chez Verdier – c'est comme ça qu'il est arrivé entre mes mains – et on serait tenté de le croire.

Éloge des voyages insensés est façonné à partir de l'expérience personnelle de l'auteur et aussi d'une belle part d'imagination merveilleuse. Le lieu d'expédition, l'île de Kolgouev (ou Kolgouïev) est une île de l'extrême nord de la Russie, en pleine Russia_-_Kolgujew.PNGmer de Barents, dans une région du monde que l'on appelle le cercle polaire. Une carte, à « l'entrée » du roman, nous montre sa morpho-géographie presque ronde, d'un diamètre de 80 kilomètres environ. Une seule ville y a subsisté, avec quelque 500 habitants, des Nénètses. Golovanov parsème son œuvre de passages de son journal de voyage, mais aussi d'extraits du récit d'exploration du naturaliste anglais Aubyn Trevor-Battye qui parcourut l'île en 1894.

« La berge aux petites fleurs lilas, c'est l'endroit où mes yeux se sont peut-être ouverts pour la première fois. […] Et pendant que nous étions là, hésitants, j'ai enlevé mon sac à dos et j'ai vu...

Un endroit magique. Un vallon vert et ce ruisseau en crue, une eau incroyablement claire et froide dans laquelle se reflète le ciel, le vrai ciel, un ciel profond, perçant sous la toison hirsute des nuages, et ces toutes petites fleurs dans le velours vert de la mousse... Il y en avait une quantité incroyable et cela rendait cette berge... Cela la rendait magique, oui, du moins c'est ainsi que je l'ai vue parce que mes yeux s'étaient ouverts. »



Le livre de Golovanov se compose de cinq parties dont quatre livres : « Livre du rêve », « Livre de la fuite », « Livre de l'expédition » et « Livre des destins »; ainsi que d'annexes comportant des données ethnographiques mais aussi des retranscriptions d'entretiens avec des personnes ayant un lien particulier avec l'île. Le roman est tissé de multiples registres : du conte philosophique au récit initiatique, de l'essai au carnet de voyage, du monologue intérieur à l'autofiction.

Nul besoin d'être soi-même grand voyageur pour être emporté dans ce tourbillon de découvertes. On accompagne le narrateur au fil des pages, on partage ses observations et on ressent les mêmes éblouissements face à la nature, les contraintes physiques, l'intérêt profond de ce petit bout de terre a priori insignifiant aux yeux de beaucoup, mais dont ce livre prouve qu'on peut en faire un véritable trésor.


Léanne Noilhac, AS Édition-Librairie

 

 

Liens

 

Présentation et revue de presse sur le site de Verdier

 

 http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-elogedesvoyagesinsenses.html

 

 

 


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15 mars 2011 2 15 /03 /mars /2011 07:00

Pauline Bernard • Sandrine Guibouin
Mars 2011
 
 

Revue-303-Carnets-de-voyage.JPG

 

 

 

Sommaire

 

 

Présentation de la  revue 303
303 : une revue culturelle
Le carnet de voyage : traitement du sujet par la revue 303.


Présentation du carnet de voyage(s)
Le carnet de voyage : phénomène de mode ?
  

Rencontre avec Pascale Argod
 

 

 

 

 

Présentation de la revue 303  

 

303 : une revue culturelle

C’est dans la ville de Nantes que la revue 303 est implantée depuis plus de 25 ans. Défense et illustration des richesses culturelles en Pays de la Loire, tel est le projet  éditorial que poursuit la revue 303.
 
A l’origine, la revue 303 est née d’un projet ambitieux, d’une forme d’ambition politique, qui était d’essayer  de créer dans le nouveau  « territoire » administratif de la Région des Pays de la Loire, une certaine forme d’identité culturelle ligérienne, malgré la diversité des richesses patrimoniales  et à la confluence de trois influences culturelles : vendéenne, bretonne et angevine.


Son nom est d’ailleurs né du hasard de l’addition des numéros départementaux de la région : 44 (Loire-Atlantique)  + 49 (Maine-et-Loire)  +  53 (Mayenne) + 72 (Sarthe) + 85 (Vendée).
 CartePays-de-la-Loire.gif
 
Ouverte aux beaux-arts, à la création  contemporaine et à la recherche, richement illustrée, la revue 303 édite quatre trimestriels par an et un hors série thématique. La qualité de sa ligne éditoriale lui a valu le prix Vasari de la revue d’art (1991) et  le prix Camera – CNRS – UNESCO de la meilleure publication culturelle (1999).

Subventionnée  par la région des Pays de la Loire, la revue est diffusée par abonnement, en librairie, maisons de la presse et sur le site  www.revue303.com
 

 

Depuis 2007, la maison d’édition a enrichi son catalogue et élargi son savoir en devenant dépositaire du fonds complet des publications issues des recherches du service de l’inventaire des Pays de Loire.

 

 
Le carnet de voyage : traitement du sujet par la revue 303.

Sommaire-303.jpgSommaire du numéro 112

 

 

Qu’est-ce qu’un carnet de voyage ?

Tantôt récit de quête ou d’exil, de découverte ou de commémoration, tantôt voyage au long cours, narration  s’improvisant  sur  la  route ou  recomposition du  souvenir,  le  récit de voyage, Informe ou multiforme, s’avère difficile à cerner.


Il semble fait de bribes, d’impressions, de descriptions et de digressions. C’est dire si les approches de ce « genre littéraire » se révèlent disparates, ne mettant en avant que  l’ambiguïté et la suspicion qu’il a longtemps suscitées. Cependant, le récit de voyage n’est pas pour autant un genre mineur subordonné à des réalités éphémères. Qu’ils soient explorateurs, artistes et écrivains ou touristes, tous crayonnent durant leur voyage A l’autrebout du monde ou dans une  salle de cour d’assises. Planches naturalistes, carnets d’ethnologues, relevés scientifiques ou tout simplement impressions de voyages, tous ces journaux de bord jalonnent un parcours historique et artistique d’un genre particulier.


Qu’il  s’agisse d’un agenda, d’un  carnet de  voyage, d’un bloc-notes ’écrivain, d’un carnet de peintre, d’une pellicule, d’un film… Le point commun reste le cheminement au cours duquel s’instaure un dialogue avec le monde.


Cet ouvrage thématique de 303 propose en filigrane une définition par petites touches du Carnet de voyage…

 

 


Présentation du carnet de voyage(s)



 « Qu’est-ce qu’un carnet de voyage ?
Tantôt récit de quête ou d’exil, de découverte ou de commémoration, 

(...) le récit de voyage, informe ou multiforme, s’avère difficile à cerner. »

 

 

 

 Le carnet de voyage : phénomène de mode ?
 
Selon  Pascale Argod,  enseignante  à  l’Université  de  Bordeaux  III (Cf.  infra),  le renouveau du carnet de voyage(s) s’est fait dans les années 1990.

Peter-Beard.jpgLe  précurseur  de  l’engouement qui suivra  fut Peter  Beard, photographe artiste et documentariste américain. En effet, en 1996-1997, il a exposé au Centre national de la photographie ses Carnets africains.
 
Selon  Pascale  Argod,  « il  est  un  des  premiers  à  coller  des photos,  à les retravailler, les modifier à partir de traces et d’empreintes », caractéristiques du carnet d’aujourd’hui.
 

 

Peter Beard

De nombreux artistes ont suivi ce modèle. Parmi eux nous pouvons citer Yvon Le Corre, peintre et voyageur français, auteur de plusieurs ouvrages, carnets devoyage(s) et récits. Mais également Titouan Lamazou qui depuis 2002 s’est concentré sur son projet  « Femmes du Monde »,  un ouvrage consacré au monde en général à travers des portraits de femmes de tous horizons.

Aux artistes se sont ajoutés les éditeurs. La première maison d’édition à publier des carnets de voyage(s) fut Gallimard en 2000, dont la collection comporte aujourd’hui 29 ouvrages. Elle fut très vite suivie par  d’autres maisons ; l’édition de carnets de voyage(s)  est vite devenue une production importante. Beaucoup d’éditeurs en ont rapidement fait une collection riche de dizaines de carnets.

Selon l’avis général des carnettistes et autres professionnels des carnets de voyage(s), l’apogée de l’engouement pour les carnets s’est située dans les années 2002 et 2003. Selon Damien Roudeau, jeune auteur de 26 ans, à la fois dessinateur-reporter et carnettiste, il y a eu un essoufflement depuis ces dernières années car nous sommes arrivés à « saturation ». Pour lui, « les dessinateurs qui continuent dans cette voie ne le font pas pour l’effet de mode […] ».


Source :  Dossier Carnet de Voyage, Point G Magazine.
  http://www.pointgmagazine.fr/Carnet-de-voyage.html



Malgré l’essoufflement ressenti par certain et décrit plus tôt, les carnets de voyage(s) ont encore de beaux jours devant eux. En effet, de nombreux  salons  se sont créés et perdurent. La Biennale du carnet de voyage de Clermont-Ferrand est un bon exemple de pérennité. Prévue pour une édition tous les deux ans, elle se tient désormais chaque année et attire toujours plus de monde. En 2011, se déroulera la 12e édition. Le thème abordé sera les pays nordiques (Danemark, Norvège,  Suède, Finlande, Islande) ainsi que les îles.


biennale_carnet_voyage_2010.jpg

 

Petit retour sur les éditions passées…

 


En 2009,  les  thèmes abordés étaient les carnets du bassin méditerranéen, étendus ensuite aux cinq continents et les carnets naturalistes.


En 2010, le continent asiatique a été mis à  l’honneur. Une découverte des  carnets de montagne, ou d’expéditions au cœur des sommets du monde a également été proposée.


Biennale de Clermont-Ferrand
  http://www.biennale-carnetdevoyage.com/

 

 

 Affiche de l’édition de 2010

festival-carnets-voyage-ici-ailleurs.jpg

 

 

 

Le festival du carnet de voyage(s) de Brest Ici & Ailleurs est lui aussi devenu un rendez-vous phare pour les carnettistes. Il est organisé depuis 2002 par l’association Enki.

 

Tous les deux ans, pendant trois jours, le festival met à disposition du public des albums, recueils de croquis, carnets manuscrits ou imprimés issus des collections de la Bibliothèque Municipale de Brest, du Service historique de la Marine et des Archives départementales du Finistère. Les réalisations de particuliers y sont également exposées.

 

 

Ici & Ailleurs

http://www.ici-ailleurs.net/

 
 Affiche de la dernière édition


En s’inscrivant dans la durée, l’engouement pour les carnets de voyage(s) se forge une place de choix dans nos productions littéraires. Plus qu’un simple phénomène de mode, ils rassemblent de nombreux adeptes chaque année lors de salons et festivals qui leur sont dédiés.

 

 

 
Rencontre avec Pascale Argod

 

 

Enseignante à l’université de Bordeaux IV, Pascale Argod est docteure en sciences de l’information-communication. Elle s’intéresse au carnet de voyage comme outil pédagogique en classe pour transmettre sa passion de la géographie, sa discipline d’origine, qu’elle préfère vécue grâce au voyage.

Pascale Argod a récemment apporté sa contribution à la revue 303, lors de la sortie du numéro 112 consacré aux Carnets de voyage. C’est après avoir lu ses deux articles, intitulés «Le carnet de voyage au fil du temps et du trait » et «Le carnet de voyage de l’ethnologue-anthropologue », qu’il nous a semblé évident de réaliser notre entretien avec Pascale Argod.

Nous la remercions vivement de nous avoir accordé du temps.



Entretien.


Pascale Argod, pouvez-vous nous parler des débuts de votre passion pour le Carnet de voyage ?

En 1998, enseignante-documentaliste sur l'Académie de Reims, j'avais fait l'acquisition pour le CDI des « Carnets de voyage de Titouan Lamazou » : découverte du croisement de la géographie (ma formation universitaire) avec les arts visuels (pratiques personnelles de la peinture, de l'aquarelle et surtout de la sculpture et de la  céramique).

En 1998-2000, j'ai participé comme auteur au projet de réalisation multimédia du pilote de cédérom «La route de la soie au XIIIe siècle » impulsé par le Centre culturel Saint-Exupéry de Reims avec l'association Art 3000 et l'éditeur 3001 Multimédia (application d'une innovation TIC du jeu vidéo transférée au cédérom culturel : interactivité sans souris) : une sorte de carnet de voyage multimédia qui a concouru au prix international du multimédia à Pékin en 2001.


En1999, j'ai monté un projet pédagogique du  carnet de voyage – jeu de rôle sur les  pas de Marco Polo pour une classe de CAP puis avec une classe de cinquième (prolongé par deux autres productions au CDI : une exposition et un cédérom d'évaluation ludique).

 

En 1999, j'ai découvert la Biennale du carnet de voyage de Clermont-Ferrand et j'y ai rencontré les organisateurs (association IFAV « Il faut aller voir ») qui m'ont demandé d'intervenir sur les thèmes : « Créer un carnet de voyage avec des élèves » l'année suivante à la biennale. Ensuite dix années de participation qui ont abouti à ma  thèse en SIC à Bordeaux III (dirigée par M. Lancien) !


En 2000, nous avons lancé avec la biennale et le CRDP d'Auvergne le prix Elève du carnet de voyage.


En 2003, suite à la participation à la réalisation multimédia du cédérom « La quête de l'eau » de Strass Productions en 2000, Renaudel Multimédia de l'IUT de Bordeaux III m'a proposé de participer à l'exploitation pédagogique de la collection « Terres d'histoire» : notamment pour « Cyclades » qui était un projet innovant de carnet de voyage vécu dans les îles grecques (publié par Pierre Pommier).



Ayant abordé en cours les carnets de Delacroix, nous aimerions en savoir un peu plus. Pouvez-vous nous éclairer ?
 
Carnet de voyage DelacroixDelacroix  réalise  Album  d'Afrique  du  Nord  et d'Espagne  en  1832  :  ce  peintre de l'orientalisme découvre le Maroc avec un crayon à la main et quelques aquarelles. C'est un carnet multifonctions : un carnet de recherches artistiques, de notes visuelles, de mémoire, un carnet d'esquisses dans le but de créer une œuvre picturale à postériori en atelier, donc de recherche du chef-d'œuvre à réaliser ! Il propose une déambulation  dans  les  paysages  et  dans  la médina  à travers les  esquisses visuelles de croquis sur le vif (c'est la technique du rough) : on voyage visuellement du plan général au plan particulier et au détail. Cette mémoire ethnographique  est rendue à travers le reportage graphique ou dessiné (après 1860 : illustrations d'après photographie dans l'édition). L'insertion du texte dans l'image est primordiale : dans une rapidité du geste – Delacroix saisit l'instant – et du mouvement (par exemple : cavaliers capturés par un « appareil photo » pas encore inventé !).

 

 

En  tant que professeure, pouvez-vous nous parler de l’intérêt pédagogique du carnet de voyage ?
 
C'est un outil pluridisciplinaire qui s'inscrit dans une pédagogie active centrée sur l'apprenant. Il suscite la réflexivité, la créativité, l'imagination mais aussi l'observation, la pratique du dessin : en somme il active l'hémisphère droit du cerveau. Il repose sur l'expression personnelle pour l'écriture et l'image en arts visuels. Voir l'article en ligne publié dans Inter CDI sur des projets menés sur Bordeauxde 2008 à 2010 (voir les vertus pédagogiques du CdV) :


 http://www.intercdi-cedis.org/spip/intercdiarticle.php3?id_article=1616


C'est un outil pour l'éducation à l'interculturel qui peut évaluer les échanges européens et former à la mobilité internationale (voir l'article en ligne ci-dessous) :


http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article=2870


Il rend compte en effet de la rencontre de l’Autre et du dialogue interculturel durant le voyage  linguistique,  européen, humanitaire, ethnographique, artistique, touristique... Il peut participer de l'évaluation des TICE au B2I dans  le cadre du carnet de voyage numérique pour les élèves : nous avons lancé ce prix avec le CRDP d'Auvergne en 2009 lors de l'anniversaire des 10 ans de la biennale.


http://www.biennale-carnetdevoyage.com/Concours-2009-du-CRDP.html




En quoi le carnet de voyage est-il un croisement de plusieurs disciplines ?

À son origine, il est au croisement des arts et des sciences de l'homme (des grandes découvertes géographiques avec le journal   bord des explorateurs et des navigateurs ou les planches des naturalistes). Le carnet de voyage est également une création de l'image mosaïque de techniques plastiques ou d'arts graphiques ou visuels : collage, photographie, aquarelle, pastel... Enfin, le carnet de voyage est la rencontre de l'écriture et de l'image (arts visuels), de l'anthropologie-ethnographie, de la géographie et de la sociologie.



Quelle vision sur l’ailleurs apporte le carnet de voyage ?
 
Une vision à la fois informative avec l'insertion de documents authentiques, de traces   ou  d'indices d'éléments informatifs mais aussi artistique à travers la création plastique. La problématique centrale est celle-ci : est-ce une production documentaire ou une œuvre d'art ? Un genre ouvert et hybride qui oscille entre guide d'information et oeuvre artistique selon l'auteur carnettiste. Ce dernier propose une œuvre originale qui lui ressemble en fonction de ses goûts et de sa formation artistique ou de journaliste...Quoi qu'il en soit une vision humaniste sur l'Ailleurs ouverte à l'Autre et sur le dialogue entre les cultures. Le regard ingénu de la découverte et une «géopoétique» (Kenneth White) du voyage.



Pensez-vous que le carnet de tournage remplacera, dans les années à venir, le carnet de voyage ?
 
Le carnet de tournage mutisupports combine le carnet et le DVD : éveil de tous les sens pour rendre compte du voyage (1er carnet avec CD sur l'Irlande de Yvon Le Corre). Il propose une vision intermédiale du genre : de l'ouvrage à l'audio-visuel comme « Carnet de voyage à Madagascar » de Bastien Dubois mais aussi du déplacement des arts graphiques vers les médias numériques !


http://www.editions-refletsdailleurs.com/-Liens-.html

 

De plus, le lien du carnet de voyage avec le story-board est évident mais le premier se nourrit du réel et du vécu alors que  le deuxième se nourrit de la fiction et de  l'imagination.  Il ouvre à la réflexion sur la définition du genre :peut-on parler de carnet de voyage imaginaire ?


La Biennale de Clermont-Ferrand propose deux prix : multimédia de blog et site Web (remis par De Bussac) et numérique de vidéo blog (remis par Vidéoformes).


http://www.biennale-carnetdevoyage.com/Prix-du-carnet-multimedia-Debussac.html


http://www.biennale-carnetdevoyage.com/Prix-du-carnet-numerique-Digital.html


Jusqu'à présent, nous limitions le carnet de voyage au carnet de reportage... C'est un genre qui bouge, évolue, voyage d'un média à l'autre... Il est ouvert à la créativité et à  l'innovation médiatique : ce qui en fait la valeur ! Il résiste aux diverses crises et s'hybride pour  les déplacer et proposer alors de nouveaux horizons voyageurs. Quelle chance pour le lecteur découvreur !


« IL FAUT ALLER VOIR » selon Ella Maillart !

PlancheCarnetDeVoyage.jpg


En un mot, l’ensemble du carnet de voyage offre un regard ou un témoignage subjectif et personnel sur un déplacement vécu au contact des autres et de la différence culturelle. Il constitue donc un véritable apprentissage du  regard comme prolongement de l’éducation à l’image ou par l’image.



Actualités.

Voici de nouvelles publications de carnets de voyage :


Le carnet ouvrage-DVD : Madagascar. Bastien Dubois. Reflets d'Ailleurs, 2011
 http://www.editions-refletsdailleurs.com/-Tourner-Court-.html

Carnet de voyage sans frontières. Pascale Argod. Reflets d'Ailleurs, 2011
 http://www.editions-refletsdailleurs.com/Voyage-en-carnets.html

Création de carnets de voyage : une diversité d'approches éducatives,  Pascale Argod,  InterCDI, n°228, nov-déc 2010.  Carnets réalisés par des élèves dans le cadre duprojet d'établissement scolaire ou  du CDI avec les collègues enseignantes sur Bordeaux :
 http://www.intercdi-cedis.org/spip/intercdiarticle.php3?id_article=1616
 

De nouvelles expositions sur les carnets de voyage :


– La manifestation  culturelle  « (re)lire le carnet de voyage » de la médiathèque José Cabanis de Toulouse propose une exposition sur les carnets de voyage, une exposition sur les grands photographes du voyage, des projections cinématographiques et des conférences sur la littérature du voyage :

 http://www.bibliotheque.toulouse.fr/manifesta-Fev-Mars-2011.html
 


À noter


– L'exposition « Globe-croqueurs : carnets de  voyage » de quatre carnettistes :
 http://www.bibliotheque.toulouse.fr/viewPageEvent.html?page=expo_globecroqueurs

Une conférence sur « Le carnet de voyage, une palette de regards sur l'Ailleurs »  que nous avons co-animée avec deux carnettistes Stéphanie Ledoux et Philippe Bichon :
 http://www.bibliotheque.toulouse.fr/viewPageEvent.html?page=conf_carnetvoyage

– Stéphanie Ledoux crée de grandes toiles de portraits des quatre coins du monde qu'elle propose dans ses carnets de voyage :
http://stephanieledoux.canalblog.com/ 

Philippe Bichon réalise des carnets de route sur l'Orient et sur l'Inde : 
 http://www.globecroqueur.com/Sommaire.htm

– Carnet de voyage sur le Yémen au café littéraire de l'institut du monde arabe à Paris : ce carnet de patrimoine sur la ville de Sanaa au Yémen aux multiples regards d'artistes carnettistes ouvre sur l'Orient, aux sources croisées de l'Orientalisme et du carnet de voyage
http://globecroqueur.over-blog.com/article-exposition-collective-yemen-au-cafe-litteraire-de-l-institut-du-monde-arabe-paris-du-1er-au-27-fevrier-2011-65857905.html

 

 

Pauline Bernard • Sandrine Guibouin 

Mars 2011

 

 

 


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Published by Pauline et Sandrine - dans littérature de voyage
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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 07:00

Robert-Walser-Retour-dans-la-neige-Zoe.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Robert WALSER
Retour dans la neige
Titre original
Sämtliche Werke in Eizelausgaben
traduit de l'allemand
par Golnaz Houchidar
préface de Bernhard Echte

 Éditions Zoé, 1999

Points Seuil, 2006




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques mots sur l'auteur

Robert Walser, écrivain suisse d'expression allemande naît à Bienne, en Suisse le 15 avril 1878. Il vivra essentiellement de petits métiers, à Berlin, puis en Suisse où il publie son premier roman, Les Enfants Tanner (1907), puis Le Commis (1908) et L'Institut Benjamenta (1909). Il se lance ensuite dans l'écriture de proses brèves publiés dans la presse. Suivront un court récit, La Promenade (1917), et un petit recueil, La Rose (1925). Il écrit également de nombreux poèmes ainsi que les célèbres Microgrammes, déchiffrés depuis peu. Ce sont « des chroniques, nouvelles ou scènes dialoguées que, de 1920 à 1933, il a griffonnées dans le plus grand secret, sur des bouts de papier, en caractères de tout juste un millimètre de hauteur » (Le Magazine Littéraire, n°419, 04/2003). En 1929, il entre dans une clinique qu'il ne quittera plus jusqu'au jour de Noël 1956, où il meurt lors d'une promenade dans la neige.

Nous pouvons citer parmi les admirateurs de Walser, des auteurs tels que Kafka, Herman Hesse ou encore Stefan Zweig.

 

 



Robert-Walser-Retour-dans-la-neige.gif

 

 

Quelques mots sur Retour dans la neige

Le recueil sur lequel porte mon étude est composé de vingt-cinq courts récits, dont le titre original est « Sämtliche Werke in Eizelausgaben » (qui signifie littéralement « Œuvres complètes en édition unique ») Trois récits : « En tramway », « Quelques lignes sur le chemin de fer » et « L'Incendie » sont quant à eux extraits des Nachgelassene Schriften (littéralement : « Écritures posthumes »). Ce recueil est traduit de l'allemand par Golnaz Hauchidar. Nous avons ici une sélection de textes, extraits de feuilletons parus dans la presse de 1899 à 1920. Notons que Walser était un grand feuilletoniste ; son œuvre principale est constituée de plus de 1500 petites proses parues dans des publications diverses.



Bref résumé

Il est assez difficile de résumer tous ces récits. Néanmoins, Robert Walser « flâneur d'exception »1 nous emmène avec lui dans ses promenades, que ce soit une escapade à la campagne, un voyage en tramway, un hall de gare ou une rêverie dans les rues d'une grande ville. Chacun de ces textes raconte et décrit une balade mais également des anecdotes sur lui-même.



Analyse

À la lecture des vingt-cinq récits de Retour dans la neige, nous avons l'impression qu'ils résonnent tous comme un hymne à la beauté des villes que Robert Walser traverse.

Qu'est-ce qui rassemble ces courtes proses ? Quelle est leur trame commune ? Pour tenter de répondre à ces questions, nous nous attarderons sur trois thèmes récurrents. En nous appuyant sur quelques récits : « En Tramway », « Quelques lignes sur le chemin de fer », « Retour dans la neige » et « Le Greifensee », nous étudierons dans un premier temps la promenade, puis dans un deuxième temps la beauté et l'harmonie, pour finir sur le besoin de liberté.

 

 

 

La promenade


Dans « En Tramway », l'auteur nous dépeint un de ses voyages en tramway et laisse libre cours à ses pensées. Le choix de cette histoire n'est pas anodin, nous pouvons trouver un écho à nos propres déplacements en tramway :

« Et voilà encore de nouveaux arrêts, de nouvelles rues et on passe des places, des ponts, devant le Ministère de la Guerre et le grand magasin, et il pleut toujours et on fait encore comme si on s'ennuyait un brin et on continue à penser que c'est ce qu'il faut faire. Mais en voyageant ainsi, on a peut être entendu ou vu quelque chose de beau, de gai ou de triste qu'on n'oublie pas. » (p.60)

Ce passage est représentatif de ce qui se trouve dans tout le recueil, ses impressions en regardant défiler les rues, les ponts, etc. nous sont données à l'instant T, et nous ne pouvons nous empêcher de nous projeter nous-même au cours d'un trajet en tramway ; cela en devient communicatif. La dernière phrase sur ce qui nous reste d'un voyage reflète l'importance que l'auteur attache à l'après, ce « qu'on n'oublie pas » qui laisse son empreinte dans nos mémoires et fait qu'on y repense encore. Un autre récit « Quelques lignes sur le chemin de fer », illustre la promenade, il commence ainsi :

« Qu'il est joli de flâner dans une gare et de pouvoir observer à son aise les voyageurs qui arrivent et ceux qui partent. […] Le flâneur a beaucoup de temps, c'est pourquoi il observe presque tout, déambule lentement, d'un pas mesuré, élégant et distingué sur le quai bien propre, en portant son regard de tous côtés. » (p.61)

L'auteur se décrit comme un « flâneur », attitude qui le définit si bien au cours de ces récits. Selon Marie-Louise Audiberti dans Le vagabond immobile : « Ce grand promeneur invite à la promenade »  première de couverture) ; nous nous laissons prendre à son jeu et lisons ces récits avec plaisir. Walser nous donne sa propre définition du flâneur. Au fil de la lecture, nous remarquons de plus en plus de retenue dans ses écrits, comme l'intériorisation par la contemplation de la beauté et de sa simplicité. Ce qui nous amène à parler de la beauté et de l'harmonie.



La beauté et l'harmonie

Dans Retour dans la neige, le récit commence par un retour de l'auteur sur lui-même, sur ses insuccès, ses limites et il s'imagine le retour dans son pays natal (la Suisse). En attendant ce moment il se promène et remarque :

« Sur le chemin du retour, qui me parut splendide, il neigeait à gros flocons, denses et chauds. Il me sembla presque entendre résonner quelque part un air de mon pays. »

Et quelques lignes plus tard : « Il me sembla presque que la terre entonnait un chant de Noël et presque aussitôt déjà un chant de printemps» (p.82). La beauté de la neige apporte un regain de confiance et de joie à l'auteur. Ce « chant de printemps » renvoie à un double bonheur : le chant est souvent associé à la bonne humeur, et le printemps représente la fin de l'hiver, le moment où tout commence à refleurir, donc à aller mieux peut-être aussi dans l'esprit de l'auteur ? Dans « le Greifensee », Robert Walser s'extasie sur la beauté d'un lac :

« De quelle manière il m'attire et pourquoi je suis attiré, le bienveillant lecteur le saura s'il continue à s'intéresser à ma description qui se permet de sauter par-dessus les sentiers, les prés, la forêt, le ruisseau et les champs jusqu'au petit lac lui-même où elle s'arrête avec moi et ne peut s'étonner assez de sa beauté inattendue, pressentie en secret.» (p.77)

L'auteur dialogue avec le lecteur et l'invite dans sa contemplation, la beauté du lac était « pressentie » mais malgré cela il ne peut s'empêcher d'être « étonné » par celle-ci. Il écrit même plus loin dans le texte au sujet de sa description : « Je ne trouve pas de mots et pourtant il me semble que j'emploie déjà trop de mots. » Toujours dans ce texte, le ciel et l'eau ne font qu'un : « […] c'est de l'eau, de l'eau si semblable au ciel qu'elle ne peut être que le ciel, et le ciel de l'eau bleue.» La nature est en véritable harmonie, peut être pouvons-nous supposer qu'il en est de même dans les pensées de Walser qui voit dans ce paysage un « monde matinal enchanté, enchanteur. » (p.77) Notons ici la résonance de ses mots, qui fait penser à une allitération, et surtout le choix de ces mots qui nous emmènent dans « un univers poétique et nostalgique, à la lisière du merveilleux. »2

La beauté et l'harmonie sont chères à l'auteur ; cependant nous entrevoyons un désir de liberté, un besoin même, entre les lignes, sous une apparente naïveté. Philippe Delerm dit d'ailleurs de Walser que c'est un « faux naïf et un grand écrivain » (préface de Vie de Poète de Robert Walser).



La liberté

« J'étais là, seul dans la beauté de la nuit, seul dans la belle obscurité. » (« La Nuit », p.91). En dépit de la solitude, la nuit et l'obscurité sont belles. Cette phrase clôt ce très court récit d'une page, il y en a plusieurs autres semblables comme « L'aube » ou « Nuit d'été ». L'écriture se fait de plus en plus épurée, simple et généreuse en même temps parce qu'il partage ces impressions avec le lecteur.


Nous savons que Robert Walser a beaucoup voyagé entre l'Allemagne et la Suisse, qu'il a vécu dans différents endroits et exercé plusieurs métiers. Entre temps, il a écrit, essentiellement de la prose. Pourquoi ce besoin d'écrire sous cette forme ? Cette forme qui n'impose pas d'écrire à l'aide de vers et permet ainsi une plus grande liberté dans la composition des textes. Charles Baudelaire y a aussi réfléchi ; il s'adresse à Arsène Houssaye en ces termes :

« Quel est celui d'entre nous qui n'a pas, dans ses jours d'ambition, rêvé le miracle d'une prose poétique, musicale, sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ? » 3

Nous pouvons réfléchir sur la liberté que s'octroie Walser pour trouver son inspiration, sur sa vie qui peut être perçue comme oisive, puisqu'elle consiste à se promener, observer et écrire. Dans Le vagabond immobile, Marie-
Louise Audiberti décrit l'oisiveté de Walser, qui lui a d'ailleurs été reprochée :


« Walser n'a t-il pas honte de se promener pendant que les autres travaillent ! Tel « Le chanteur des rues », il se fait invectiver. Pour Walser, la promenade est pourtant un travail. « Sans promenade, affirme t-il, il aurait depuis longtemps abandonné l'écriture. […] Tout au long de son écriture, Walser accepte, revendique cette oisiveté qui permet aux sensations d'arriver. » (p. 118-119)

C'est ainsi que l'auteur puise son inspiration dans la promenade. Ce qu'il écrira dépendra de ce qu'il aura vu et senti. C'est une manière qu'on peut trouver originale, et c'est en cela que Walser est un auteur à part, qui n'écrit pas comme on l'attend, mais comme lui le ressent.

Pour conclure, nous dirons que la promenade, la beauté, l'harmonie et le besoin de liberté ponctuent les récits de Robert Walser et leur donnent ainsi toute leur originalité.

Entrer dans Retour dans la neige, c'est commencer une promenade et la terminer à la dernière page...On est touché ou on ne l'est pas, je l'ai été et je ne peux que vous recommander cette lecture vibrante où la beauté affleure à chaque page.


Magali Lauret, A.S. Bib.-Méd.


Notes

1 Retour dans la neige : quatrième de couverture
2 Retour dans la neige : quatrième de couverture
3  http://elisabeth.kennel.perso.neuf.fr/une_ecriture_poetique_originale.htm

 

 

 

Sources

Audiberti, Marie-Louise. Le Vagabond immobile, Robert Walser. Paris : Gallimard, 1996 (Collection L'un et L'autre).
Walser, Robert. Retour dans la neige. Éditions Zoé, 1999.

Sources Internet
 http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article693
 http://www.francopolis.net/francosemailles/RobertWalser2.htm#2
 http://www.magazine-litteraire.com/content/recherche/article?id=9465
 http://www.bielersee.ch/fr/region-excursions/excursions.152/bienne-vue-par-robert walser-
promenades-litteraires.531.html (pour l'image de Robert Walser)

 

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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 07:00

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Alexandra DAVID-NÉEL
L'Inde où j'ai vécu
Pocket, 2003
 Première édition sous le titre
L’Inde, Hier, Aujourd’hui, Demain
Plon, 1951 ;
réédition augmentée sous le titre
L'Inde où j'ai vécu,
Paris, Plon, 1969.

 

 

 

 

 

 

 

alexandra-david-neel.gifL’auteur (en 2 mots empruntés à Olivia ; elle-même très inspirée par le site wikipedia.


Louise Eugénie Alexandrine Marie David, plus connue sous son nom de plume Alexandra David-Néel, née en 1868 et morte en 1969, de nationalités française et belge, est une orientaliste, tibétologue, chanteuse d’opéra, journaliste, écrivaine et exploratrice.


Outre sa longévité (presque 101 ans), son trait de gloire le plus marquant reste d'avoir été, en 1924, la première femme d'origine européenne à séjourner à Lhassa, au Tibet, exploit qui contribua fortement à sa renommée, en plus de ses qualités personnelles et de son érudition.


Pour tout savoir sur Alexandra David-Néel, il faut aller sur le  site officiel qui lui est consacré : http://www.alexandra-david-neel.org/francais/accf.htm et encore mieux aller voir sa maison-musée à Digne !

 


Son projet

Alexandra David-Néel  fait son premier voyage en Inde entre 1890 et 1891 grâce à un héritage de sa marraine. A ce moment-là, elle a 22 ans et elle a déjà fait un séjours à Londres, quitté ses parents, étudié le sanskrit aux Langues’O et passé beaucoup de temps au musée Guimet. Elle n’a pas de plan, elle veut seulement aller en Inde.

Ce livre est  publié en 1951 dans une première version puis en 1969 dans une version augmentée et annotée. Ce texte est donc écrit très longtemps après ce premier voyage en Inde qu’elle décrit dans cet ouvrage. Elle y ajoute toute sa connaissance future de l’Inde. Ce ne sont donc pas du tout de simples notes de voyage.

Il y a un gros travail d’écriture comme l’a fait aussi Nicolas Bouvier et ce que voulait faire Victor Segalen mais c’est très différent. En effet, elle ne veut pas décrire un voyage mais, comme elle l’écrit p. 31, au début du chapitre 2 :

« Je ne me propose pas de rédiger un journal de voyage… Ce que je désire offrir ici, c’est plutôt une série de tableaux présentant la vie mentale, encore plus que matérielle de l’Inde.»

Le livre est découpé en onze chapitres encadrés d’une préface, d’une introduction (la naissance d’une vocation) et d’un appendice.


Les onze chapitres :


– premiers pas vers l’inde,
– les dieux tels que les indiens les conçoivent et les voient,
– les sanctuaires prestigieux et leurs hôtes – chorégraphie sacrée et lubricité profane,
– l’antique système religieux des castes – audacieuse initiative du gouvernement indien – abolition de l’intouchabilité des parias,
– extravagances religieuses. J’assiste aux noces du divin rama,
– famine – épidémies – superstitions,
– Shakti, mère universelle – la déesse énergie, créatrice des mondes – ses dévots – différents aspects de son culte secret,
– les gourous instructeurs, guides spirituels et protées aux mille formes,
– les saints professionnels. Sadhous charlatans, sadhous illuminés, sadhous tragiques – portraits de sannyasins – le plus altier des idéaux,
– l’inde nouvelle, ses problèmes, ses conflits – massacres dus au fanatisme- l’effroyable exode des populations déplacées- Gandhi vu par Nehru,.
– lendemains d’épopée.
  

Donc ce texte n’est pas vraiment de la littérature. C’est plutôt un texte très explicatif sur les dieux, le culte, les castes, l’histoire de l’Inde. Elle se décrit comme une « orientaliste reporter » (p. 196).

Le premier chapitre décrit son départ et son voyage pour Ceylan puis le passage de Ceylan à l’Inde mais les chapitres suivants commencent un peu avec ce voyage puis ne font plus de référence du tout à ce premier voyage.

J’essaie quand même d’en tirer des notions sur sa façon de voyager, de voir l’étranger et d’écrire…


Sa façon de voyager

Elle voyage seule pour ne pas être troublée dans son recueillement. Elle a horreur de la promiscuité.

Elle n’a pas de plan.

Elle voit son premier voyage  comme un « pèlerinage mystique ». Elle lit beaucoup de livres sur le bouddhisme. Elle veut visiter des monastères bouddhiques.


Elle rencontre beaucoup de gens. Elle est amie avec de nombreux Indiens auprès de qui elle apprend beaucoup en théorie et en pratique : certains l’invitent à assister en cachette à des cérémonies. Ce qui lui permet d’assister et de nous décrire des rites auxquels aucun profane n’a accès comme par exemple le rite à cinq éléments à Shankti (viande, poisson, grain, vin, union sexuelle).

Elle s’habille à l’indienne ou en tout cas avec code couleur adapté : aurore pour renonçant, orange pour sannoisiens (sorte de moine, chercheur spirituel) afin de ne pas choquer et d’être discrète. Elle se déguise.

Néanmoins, elle n’a pas peur d’affirmer ses choix pour la nourriture, l’hygiène, la protection contre les maladies : « Cela ne froissait personne et, bien au contraire, m’attirait du respect », p. 63.


Elle n’a pas peur de décrire les choses horribles

«  L’horreur vint quand la population animale des cales, chassée de ses abris.. envahit le salon et les cabines. Ce furent des courses de rats affolés et le glissement lent de véritables couches de cancrelats, de cloportes et autres insectes… Tout en fut bientôt couvert : le tapis, la couchette ;… Cette scène d’enfer dantesque était éclairée par une grosse bougie… Jamais au long de la ma longue vie de voyageuse je n’ai vécu un plus dégoûtant cauchemar », p. 25.

 

 

Elle est très solide physiquement

« Dès que j’avais posé les pieds sur un terrain solide, je m’étais sentie de nouveau gaillarde et pleine d’enthousiasme. », p. 27.

 

 

Regrets du passé

qui reflètent son goût du confort malgré tout :

« Je noterai ici que, parmi les commodités que le développement du « progrès » a fait disparaître de l’Inde, étaient les salles d’attente pour dames seules avec salle de bain attenante et service d’une femme de chambre », p. 30.

mais surtout et toujours une vision politique et humaniste :
« Depuis, est venu le régime de la cohue, du troupeau que l’on entasse pêle-mêle et qui s’y prête docilement », p. 12.

« Un de mes étonnements est que les hommes, après avoir goûté d’une large mesure de liberté, aient pu y renoncer… Au temps béni où j’abordai à Ceylan pour la première fois, les passeports étaient inconnus … », p. 15.

« Aujourd’hui les peuples sont parqués en des cages distinctes en attendant le moment où ils franchiront de nouveau les clôtures qui les séparent pour se ruer les uns contre les autres et s’entre-détruire », p.16.


Humour 

« [...] puis si la statue demeurait parfaitement immobile, ses yeux remuaient  pourtant légèrement. Il ne s’agissait pas d’une statue mais d’un moine bouddhiste comme on en voyait représenté sur les fresques ornant l’escalier du musée Guimet », p. 19.

Elle décrit avec humour les adorateurs de Krishna qui vont lui laisser leur statue de Krisna à « nourrir » pendant leur absence ou les cérémonies d’adoration de Shanki :

 

« oserais-je confesser que je ne rêvais plus, j’étais complètement éveillée : ma conscience professionnelle d’orientaliste reporter me dictait l’impérieux devoir de tout noter », p. 196.


Comparaison avec l’Occident

Elle essaie de trouver des points de comparaison entre ce qu’elle observe en Inde et ce que l’on connaît en Occident pour nous faire comprendre, nous raccrocher à quelque chose mais aussi pour montrer qu’elle a un regard critique sur l’Europe comme sur l’Inde, indépendamment de son attachement à l’une ou à l’autre.

« J’aime trop l’Inde, grande en dépit de ses égarements, pour ne pas dresser en face de ceux-ci l’image des nôtres, bien propres à nous inspirer la réserve qui convient à nos jugements », p. 87.

« Je connaissais le bric-à-brac des églises de l’Occident … mais je ne m’attendais guère à en trouver l’équivalent dans un pays qui se disait bouddhiste », p. 19.

«  En ce qui concerne le tapage, certaines processions espagnoles peuvent en remontrer à n’importe quelle manifestation indienne », p. 48.

Dans l’hindouisme, il y a un culte de l’image différent de celui de la religion occidentale. L’idole doit être devenue vivante (rite prana pratishtâ). L’auteure recherche des explications comme des hallucinations collectives mais est très respectueuse des croyances des autres.

Elle dit qu’il y a un fort rôle de la croyance collective comme chez nous (p. 39-40).

Par rapport aux castes qui ne se mélangent pas, elle observe : « En nombre d’endroits fréquentés par les Blancs, les Indiens même de haut rang social n’étaient pas admis », p. 63.


Critique des missionnaires 

 « J’ai nettement perçu qu’une grande partie des missionnaires, à quelque nationalité qu’ils appartiennent, croient véritablement à l’existence des déités des divers paganismes qu’ils se sont donné la tâche de combattre et qu’ils les considèrent comme des démons. Diableries à part et en nous plaçant au point de vue hindou, la croyance en l’existence de Shiva, de Vishnou et des autres déité peut être fondée. Il s’agit seulement de définir le genre d’existence dont ces dieux jouissent et l’origine de celle-ci », p. 30.

« Ces nagas avaient entendu des missionnaires parler symboliquement des "péchés qui étaient lavés dans les eaux du baptême" et ils en avaient conclu, naturellement que les baptisés salissaient l’eau en se débarrassant d’une sorte de crasse qu’ils avaient sur le corps », p. 405.

« Ce fait n’est d’ailleurs pas particulier au pays des Nagas de l’Assam. On en trouve des équivalents dans tous les milieux où s’exerce l’activité des missionnaires étrangers. », p. 406.


Rappels religieux et historiques, critique de Gandhi

Elle décrit les castes et leurs origines (p. 60-61 ; p. 76).


 Elle montre toute leur complexité. Elle montre aussi bien la conception indienne de la relativité du bonheur : il y a toujours plus malheureux (p78) et elle explique que les gens ne veulent pas changer dans cette vie car ils en attendent une autre ; bien qu’un certain nombre d’intouchables soient devenus bouddhistes pour s’en sortir (p. 79).

À propos de l’abolition de l’intouchabilité en 1950 : « tous les esprits éclairés, tous les cœurs généreux souhaiteront bonne chance à leur initiative »  p. 85.

Elle décrit aussi en détail les dieux hindous et leurs histoires (p. 158 et suivantes) en particulier le Ramayana qui est l’histoire de Ram, un avatar de Vishnou et le Mahabharata qui relate entre autre l’histoire de Krishna (aussi avatar de Vishnou) et des gardiennes de vaches (dont Rhada).
 
Elle critique beaucoup Gandhi et son ascèse « relative de gourou » (p. 340), elle se moque de lui et de ses voyages en 3ème classe (p. 342). Elle rappelle qu’il était contre l’abolition des castes. « Bref, l’idéal de Gandhi paraît avoir été l’idéal périmé du bon riche et du bon pauvre coexistant » (p. 346-347).

 

 

Féminisme

Elle parle des danseuses dans les temples avec beaucoup d’émotion :

« La terreur qui se lisait sur le visage de ces filles – pourtant des prostituées –  serrées en troupeau, se bousculant pour gagner plus vite le sanctuaire protecteur, était aussi bouleversante que l’avidité immonde de leurs poursuivants », p. 56. Le titre du chapitre 3 est très explicite : « les sanctuaires prestigieux et leurs hôtes – chorégraphie sacrée et lubricité profane ».

Elle critique encore Gandhi à ce propos en rappelant ses paroles :

«  Dans l’Inde de mes rêves, disait-il, il ne peut pas y avoir de place pour l’intouchabilité, pour les boissons alcooliques et les drogues stupéfiantes, pour les femmes jouissant des mêmes droits que les hommes. », p. 380.

Elle reconnaît tout de même des progrès de la condition féminine : l’éducation des femmes, le fait qu’elles soient embauchées dans la police, l’armée …


Conclusion

Ce livre est une extraordinaire introduction à l’Inde. Alexandra David Néel en a une connaissance approfondie qu’elle nous transmet avec beaucoup de pédagogie et d’humour. Malgré son amour et son respect de l’Inde, elle n’oublie pas son sens critique, ce qui rend le texte très intéressant et ouvre la porte à la réflexion.

 

 

Agnès, A.S. Éd.-Lib.

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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 07:00

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Andrzej STASIUK
Fado

Christian Bourgois, 2009.




   

   

 

 

 

 

 

Assez peu connu et médiatisé en France, Andrzej Stasiuk, né en 1960 à Varsovie, est écrivain, poète, essayiste, critique littéraire et éditeur. En 1996, il fonde avec sa femme la maison d’édition Czarne , dont les publications, essentiellement de la littérature d'Europe centrale (parmi laquelle ses propres ouvrages) remportent de nombreux prix littéraires. Le parcours de ce « personnage » dont l’expérience de vie nourrit l’œuvre ponctue ses écrits. Militant pacifiste, il se lance dans l’écriture avec Mury Hebronu (« Les murs d'Hébron », non traduit en France), témoignage de deux années passées en prison pour désertion du service militaire. Puis il travaille  pour des journaux clandestins avant de s’installer dans un petit village des Carpates, dans les montagnes de Beskides à cheval sur la Pologne, la République Tchèque et la Slovaquie. Loin du monde, d’où il continue d’écrire et d’éditer.
Beskides-de-Silesie-1.jpg

Beskides de Silésie à Brenna (Pologne)

 

 

Fado s’ouvre sur l’autoroute : Stasiuk voyage en voiture ou autre véhicule motorisé, son terrain de prédilection étant l’Europe de l’Est depuis des années. A l’instar de ce premier chapitre, les autres ont pour titre un nom commun, un nom d’auteur ou de lieu. Car Fado n’est pas un récit de voyage à proprement parler. Il s’agit plutôt d’un recueil de notes et de réflexions, issues des voyages, lectures, souvenirs et aventures quotidiennes de l’auteur. D’un voyage à travers une Europe de l’Est en perdition et en devenir, à travers le temps qui passe et nous interroge sur nos passés et nos futurs propres et communs.


Mais pourquoi un tel titre ?
   

Le fado, forme musicale typiquement portugaise connue pour sa tristesse profonde, est le chant du passé perdu et de l’avenir incertain. On comprend alors mieux le choix de ce titre par Stasiuk, chantre de l’Europe de l’Est dans sa folie et sa douceur de vivre évanescentes comme dans son futur flou. Il le dit lui-même, d’ailleurs :

« Une voix de femme sortait de la radio. Alors que nous arrivions en ville, j’ai soudain compris que ce chant était un fado portugais. Il y a des coïncidences qui ressemblent à des plans compliqués.
   
    La mélancolie de la musique s’est mêlée à celle de la ville, et une image restera à jamais gravée dans ma mémoire : des maisons grises peu élevées, le chaos des rues, le ciel sans nuages, la nuée bleue au-dessus des eaux du lac et la voix grave de la chanteuse, pleine de tristesse inquiète. Je me suis dit alors que le Portugal ressemblait en un certain sens à l’Albanie, située également à la marge des terres, à la marge du continent, au bout du monde. Les deux pays mènent une existence quelque peu irréelle en dehors du cours de l’histoire et des événements. Le Portugal peut tout au plus rêver de sa gloire passée, l’Albanie ne peut qu’aspirer à l’accomplissement que lui apportera un avenir indéterminé. »



Ecouter un fado ici.

 

Fado nous offre un véritable panorama d’une Europe de l’Est belle et distinguée comme moderne et délabrée. Les vieux Albanais sur la Promenade le dimanche semblent tout droit sortis d’un film des années 30, quand les jeunes se perdant dans l’ivresse des alcools et mirages occidentaux font penser à un mauvais film de série B. La beauté des paysages trouve son pendant dans la saleté brouillonne des villes. Cette « zone de population mixte » voit aussi l’expression de fiertés nationales et de mépris de l’autre, que l’auteur condamne et questionne. À la frontière, tandis que les « chiens internationalistes » vont uriner sans gêne d’un immeuble à l’autre, des marchandes ukrainiennes dont le bus est arrêté et désinfecté par les douaniers roumains attendent en mangeant que le temps passe, c’est-à-dire que le montant du bakchich descende pour passer. Les relations des pays et des peuples est-européens entre eux sont abordées avec humour – le cas du Monténégro qui, « malgré tout son amour [pour la Russie], a adopté l’euro au lieu du rouble » – mais aussi gravité – les cimetières de guerre abandonnés et ces morts stupides, à travers deux chapitres.

« Un homme endormi est-il hongrois ? Ou tzigane ? Est-il polonais ? Je sirote une Kelt dans une bouteille d’origine, et vraiment je me pose la question. »

« Les Carpates appartiennent à quatre voire cinq pays, mais en même temps, elles n’appartiennent à personne. »

Ces questions d’identité et d’appartenance sont au cœur des problématiques actuelles. Face au manque de confiance de l’Europe de l’Est en elle-même (« nous ne croyons pas en nous-mêmes ni à l’avenir »), l’ombre de l’Europe de l’Ouest qui manque de considération pour sa voisine et sœur gagne du terrain. Cette grande Europe fédératrice est aussi porteuse de société de consommation et de capitalisme oppressant : on se met à courir après le temps, on s’habille à la mode occidentale, on écoute de la musique américaine, on est confronté paradoxalement à l’absence de perspectives d’avenir. Les vides spécifiques laissés par des décennies de communisme sont au final comblés par l’arrivée fracassante de l’Europe de l’Ouest. Et la disparition de cette diversité nous ramène à la réalité, à notre réalité, ainsi que le dit très bien François Bon :

 

« Et les conflits du monde : non pas le leur, après tout c’est leur problème. Non, c’est bien les signes du nôtre, musique, consommation, travail qui débarquent. Sauf que soudain c’est toute notre identité qui est mise sur le vide : c’est sur nous-mêmes qu’on réfléchit. » (Tiers Livre)

À partir de cette évocation du passé et du présent, la question se pose de l’avenir de ce continent, de la possibilité et des modalités d’une union Europe Est/Ouest, eu égard aux évolutions historiques divergentes. Si Stasiuk craint l’uniformisation et la disparition de l’Est face à l’Ouest, il se prend aussi à imaginer le contraire dans un passage très drôle : la « parodie comme moyen de survie » parfois s’impose. Enfin, il émet une autre hypothèse :

 

« Voici peut-être quel sera l’avenir : nos patries, nos pays disparaîtront en tant que points de référence spirituels et culturels. […] Il est très possible que ce soit justement de cette façon que l’Ouest s’unifiera enfin avec l’Est. Le déracinement des migrants de l’esprit donnera naissance aux racines communes ».

Dans cette phase de transition et de tâtonnements, le temps tient toute son importance. L’Europe de l’Est vit sur deux temps : l’ancien, celui des magouilles, de l’à-peu-près, de la lenteur, et le moderne, pressé, chargé de nouveaux comportements et usages. Le recueil lui-même est marqué par le temps, le souvenir. L’évocation de sa fille qu’il voit grandir ramène l’auteur à ses souvenirs d’enfance, le mène à des réflexions sur le rapport aux objets et au temps, sur cette intemporalité et ce calme vécus autrefois, sur cette permanence des choses et leur immuabilité.


En contrepoids, tout au long du récit et hors du temps, les Tsiganes. Les Tsiganes qui surgissent dans l’ouvrage comme ils sont apparus à l’auteur : dans une lumière aveuglante, sur la route. Les Tsiganes, qui viennent « des profondeurs du passé par un raccourci et se sent[ent] très bien dans le présent », le laissant « s’écouler à côté d’eux ». Les Tsiganes, dont les statistiques indiquent qu’ils seront en Slovaquie plus nombreux que les Slovaques d’ici quelques années. Et si Stasiuk les évoque affectueusement, c’est peut-être justement parce qu’ils portent ce détachement du temps, cet intérêt de vie purement pratique et pas économique, cette liberté qui caractérisaient l’Europe de l’Est et dont il craint et voit la disparition.


Tsiganes-Roumanie.jpgTsiganes en Roumanie

 

Tout cela, Andrzej Stasiuk l’aborde de sa belle écriture, avant tout visuelle, photographique, mais qui sollicite aussi nos autres sens. Ses mots donnent à voir,  mais aussi à sentir, les odeurs, la chaleur, le froid, les atmosphères : un parking boueux sous un ciel gris, l’entrée dans Belgrade, les montagnes embrumées au lever du jour, le couloir d’un hôtel, une station-service sous le soleil matinal, l’étable de ses grands-parents.

« J’entrais dans l’étable et refermais soigneusement la porte de bois brut. L’intérieur était plongé dans la pénombre. L’étable avait un toit de chaume et il y faisait frais même les jours de canicule. Des rais de lumière oblique passaient entre les planches du bâti. Une poussière dorée y virevoltait. En m’avançant dans l’espace obscur, je brisais l’une après l’autre des surfaces tremblantes de lumière qui se reformaient immédiatement après mon passage. Cela sentait le blé et le foin. Les poules grattaient le sol jonché de tiges à la recherche de graines. Un chat guettait une souris. Des moineaux s’étaient posés sur les poutres, sous le toit, et attendaient que le chat disparaisse pour se joindre aux poules. » 

Son écriture est aussi poétique et rythmée : aux descriptions poussées de lieux et de gens – la gare de Stroze – répondent des énumérations ou des phrases courtes, fortes, dont l’économie de mots sert l’idée qui veut être passée.

« Roues de vélo, chambres à air, pneus, cartons de friandises, baluchons, grosses boîtes de conserve, barils de lessive et sacs d’on ne sait quoi s’entassaient jusqu’au plafond. »

« C’est la Roumanie. Un pays qui semble étonné par sa propre existence. »


Enfin, l’intertextualité est omniprésente et nourrit sa réflexion : on recense plus d’une dizaine d’auteurs cités, d’aires linguistiques et culturelles différentes, parfois juste nommés, d’autres fois cités, à hauteur d’une courte phrase ou d’un extrait long de plusieurs pages. La passion de Stasiuk pour la littérature est-européenne occasionne des voyages : il se rend à Belgrade pour un colloque sur l’écrivain serbe Danilo Kis ou en Transylvanie roumaine dans le village natal d’Emil Cioran, « philosophe roumain éminemment ironique et caustique ».
   

Car pour Stasiuk, si « voyager signifie vivre », « rouler, ce n’est rien » face au travail d’écriture, qui permet de se remémorer toujours, de tout recommencer. Pour ce chantre de cet « on the road slave », attaché à ce bout de terre qu’il nous donne envie de connaître mieux, c’est l’importance de la mémoire qui motive l’écriture : « Je décris tout ça parce que personne d’autre ne le fera ».

Europe-de-l-EST.jpg 


Élodie, A.S. Bib.-Méd.-Pat.

 


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11 juillet 2010 7 11 /07 /juillet /2010 07:00

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Thierry VERNET
Noces à Ceylan

Éditions L'Âge d'homme, mai 2010
236 p.

32 illustrations de Thierry Vernet

et Floristella Stephani

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mi-mars, je suis tranquillement installée derrière mon Macintosh quant tout à coup il y a effervescence aux éditions L’Âge d’homme  (Lausanne, Suisse) : c’est l’arrivage des nouveautés, fraîchement imprimées. Quoi, vous allez me dire, la Suisse ? Mais qu’est-ce qui peut bien être publié d’intéressant en Suisse ? Allez, ne faites pas vos parisianistes… Donc, disais-je, livraison des nouveautés. Le collègue, très fier, me tend un livre et me dit : « Tiens, c’est le dernier livre de Thierry Vernet  ― là mon cerveau fait légèrement tilt ―, c’est génial ! Bouvier se regarde écrire mais Vernet croque au contraire tout sur le vif et c’est juste savoureux. » Sans me départir de mon éternel scepticisme, je fourre le livre dans mon sac en me disant que je le lirai quand j’aurai le temps.

 

Quelques semaines plus tard, j’ouvre Noces à Ceylan. Et là… surprise ! Je suis tout simplement éblouie par le style de Thierry Vernet. C’est frais, c’est vif… C’est plein de finesse et d’humour. Les phrases sont lapidaires et truffées de mots d’argot, voire de familiarités ; le tout suinte la tendresse. Ah, j’ai oublié de vous dire ? Noces à Ceylan est en fait le recueil des lettres que l’artiste a envoyées à sa famille entre le 23 octobre 1954 et le 30 mai 1955.

 
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Rappelez-vous : Nicolas Bouvier et son ami peintre Thierry Vernet s’engagent dans un grand voyage puis se séparent en Afghanistan, poursuivant ensuite l’aventure chacun de son côté. Si les livres de Nicolas Bouvier sont aujourd’hui très célèbres, on connaît en revanche beaucoup moins le point de vue de son acolyte. Noces à Ceylan vient combler cette lacune et raconte le voyage de Thierry Vernet à partir de l’instant où il quitte Nicolas Bouvier pour Ceylan (l’actuel Sri Lanka). Là-bas, il s’installe tout en se rétablissant péniblement d’une jaunisse, et attend sa fiancée Floristella Stephani pour l’épouser. Au bout d’un mois, sa promise arrive et ils peuvent enfin savourer le bonheur de leurs retrouvailles… mais il n’est pas immédiatement question de mariage car les deux tourtereaux s’accordent le temps de la réflexion. Durant cette période, ils profitent de leur vie ceylanaise pour peindre, et connaissent aussi les premières difficultés matérielles ainsi que les inévitables maladies que cause le climat tropical. Thierry Vernet et sa compagne s’unissent finalement le 17 mars 1955, quand Nicolas Bouvier les rejoint :

 

« On s’est avancés les trois dans la mer, Nick nous a passé les anneaux au doigt. Tout le monde s’est embrassé et on s’est laissés retourner, traîner, basculer, en se marrant dans cette mer amie. Le souvenir de mon mariage restera toujours ces grosses vagues chaudes et lumineuses, et le soleil, et le sable et l’amitié. »

 

Personnellement, l’écriture de Thierry Vernet m’a fait fondre parce qu’il enrichit le récit quasi exhaustif de son quotidien (son état de santé, ce qu’il mange, l’avancement de son travail…) par de petites pointes d’humour tendre, notamment l’utilisation de surnoms. Il appelle Floristella « la môme », ses beaux-parents sont le Floripère et la Florimère, et il nomme affectueusement les proches à qui il écrit ses « tendres vélos », ou « réverbères », « pistons », « zébus », « pignons », « zigouigouis », « vilebrequins », « cocos », « racines », « sifflets » et autres « croques-croques ». J’ai tout particulièrement apprécié la spontanéité et la franchise de l’auteur ― il ne s’interdit aucun sujet. Un seul petit regret, une seule petite frustration, cependant, est l’absence des lettres que lui ont envoyées ses proches.
vernet peindre
 

La correspondance de Thierry Vernet pendant la première partie du voyage, Peindre, écrire chemin faisant, soit l’autre point de vue de L’Usage du monde, a aussi été publiée aux éditions L’Âge d’homme.


 

« Colombo, le 13 novembre 1954

Plus que demain et après-demain. Quelle veine. Pas de mauvaise journée aujourd’hui. Au petit matin à l’YMCA j’ai reçu une lettre du Floripère avec un tas d’ordonnances et de bonnes prescriptions. Je ne sais pourquoi, ça m’a tout à fait énervé. Au début. J’étais arrivé à ne plus psychoser sur la jaunisse et voilà que j’en reçois deux pages. […] Je ferai donc comme ceci : lundi matin, chez un certain docteur Martinus, je vais me faire faire une complète analyse de sang et d’urine, le rendez-vous est pris. Je l’enverrai au Floripère et depuis ça il me dira que faire. Je prends le régime qu’il m’indique, bien que ce soit fort emmerdant. Je le fais pour me guérir et pour ne pas avoir une belle-famille gentiment casse-pied toute ma vie. […] Autrement j’ai lu le merveilleux Bleak House de Dickens et une lettre de Nick mieux en forme. Bonnard copain bien présent. Et voilà mes croques-croques. Ce n’est pas grand-chose à raconter. J’ai passé ma journée en autobus ou en dortoir. J’ai bouffé du riz à l’eau, ce soir tout à l’heure du poisson grillé, mais vivement qu’on fasse la popote nous-mêmes sans ça le fric durera une semaine. […] (Pour vous seuls, les chères Racines) déchirez selon le pointillé : Maintenant que Floristella va être là il va m’arriver parfois de livrer une intimité encore plus grande et j’aime pouvoir écrire sans « précautions ». […] Déchirez ce journal ici pour pouvoir passer ce journal aux mânis1. […]

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _  _ _ _ _ _ _ _  _ _  _ _ _ _ _ _

Mes coucouilles, voilà un peu tout ce que j’ai à dire pour ce soir, je suis heureux, tout va bien. Je vous embrasse mille fois tous. Bonne soirée. »

 

1 Mânis : membres de la famille Vernet.

 

Anaïs B., 2e année Éd.-Lib.

 

 

Liens

 

Site Thierry Vernet


Éditions L'Âge d'homme

 

Nicolas BOUVIER sur LITTEXPRESS

 


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9 juillet 2010 5 09 /07 /juillet /2010 07:00

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Erik L'HOMME
Des pas dans la neige,

aventures au Pakistan
Gallimard,
Collection Scripto, 2009


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

 

Né en 1967, Erik L'Homme est un des noms caractéristiques de la fantasy française pour la jeunesse. Passionné d'histoires et d'Histoire, il fait une maîtrise d'histoire avant de partir à la recherche de l'homme sauvage dans les montagnes du Pakistan ou en Amérique du Sud sur les traces des colons du XVe siècle. Revenu en France, il reprend ses études et publie un premier ouvrage sur le royaume de Chitral (Pakistan) aux éditions l'Harmattan. Après une rencontre avec Jean-Philippe Arrou-Vignod, directeur de collection chez Gallimard, il publie en 2001 son premier roman pour la jeunesse, Qadehar le sorcier,  premier tome d'une trilogie qui remportera un certain succès.
 

 

 

Le livre

 

En février 2010, Erik L'Homme se décide à publier un récit de son voyage au Pakistan à la recherche de l'homme sauvage. Contrairement à ce qu'il aurait pu faire, il choisit de raconter ses souvenirs et non de ressortir les notes qu'il avait prises à l'époque, ajoutant une pointe de nostalgie et de rêve dans son texte.
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Partant à la conquête de l'Hindou Kouch (ou Hindou Kush), Erik, son frère et un ami débarquent il y a une vingtaine d'années dans un pays dont ils ignorent tout ou presque. Sac au dos et bâton de marche en main, il prennent le chemin de la montagne, à la recherche d'une preuve de l'existence du Yéti. Se sentant l'âme de nouveaux explorateurs, ils découvrent le royaume de Chitral et sa culture, rencontrent des gens ouverts et humains, qui les initient à leurs coutumes et respectent les leurs, les aident dans leurs recherches et les soutiennent dans les difficultés qu'ils rencontrent.
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Entre le Pakistan et l'Afganistan, Erik L'Homme et ses compagnons découvrent un petit « pays » touché par les évolutions et révolutions du monde, et pendant près de deux ans, leur quête devient un moyen de se confronter à la vie en montagne, pure et simple, dure et âpre, qui leur fera perdre des automatismes occidentaux et des kilos, mais qui leur fera gagner une façon de voir le monde.

 

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Mon avis


Étonnamment classé en jeunesse, ce texte est adapté à tous les âges (il est même recommandé par le Routard), accompagnant ses anecdotes de faits historiques ou de clins d'oeil à de grands auteurs de récits de voyage (notamment Chateaubriand et Bouvier). Grâce à ce récit personnel, on découvre ou redécouvre l'Histoire et ses impacts à petite et moyenne échelle. On se sent plus « concerné », parce que ce n'est plus simplement une histoire de chiffres, cela devient une histoire de vies, de gens, de cultures.

Il y a aussi ce petit côté ludique, amusant, des jeunes adultes qui partent sérieusement à la recherche d'un mythe, qui décident de tout plaquer pour leur utopie. Finalement, ce petit côté surréaliste leur permet de faire des rencontres humaines, de découvrir une culture et de se tester, d'éprouver, de vivre... Erik L'Homme partage avec nous son expérience, et on a envie d'y aller, qu'importe si ça fait vingt ans, qu'importe si ce n'était pas aussi facile, les pieds nous démangent et on a envie de prendre du recul aussi, de grandir et de mûrir comme lui l'a fait, en arrêtant de se regarder le nombril et en prenant nos rêves à bras le corps...

Il est également très amusant de noter comme cette expérience a marqué l'auteur dans ses récits fictifs : on retrouve dans Le Livre des étoiles des noms de villes qu'on aurait pu croire inventés mais qui sont en fait nés sur les versants de l'Hindou Kouch (Bromotul ou Kandrâkar par exemple...). Pour Phaenomen, c'est le voyage aux Philippines qui sera  déterminant.

 

Flore, 2ème année Éd.-Lib.


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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 07:00

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Jean-Yves CENDREY

Le Japon comme ma poche
L'Arbre Vengeur, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie de l'auteur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Yves_Cendrey



Départ d'un homme pour le Japon. Un voyage qui ne l'enchante guère, qu'il envisage déjà comme un échec. Mais la curiosité sera la plus forte et notre personnage s'embarque sur un vol Berlin-Tokyo pour mettre un visage sur le nom de Noriko. Elle s'est présentée à lui, dans une lettre, comme étant sa demi-soeur.

Loin d'un récit de voyage et d'aventure, l'auteur du Japon comme ma poche s'est attaché à nous livrer un anti-voyage. Futile. C'est ainsi que le personnage considère le tourisme. Selon lui nous ne faisons qu'essayer d'échapper à la monotonie de notre quotidien. Il se moque du touriste, s'interroge sur ce besoin de fouler la terre du plus grand nombre de lieux possibles. Il pointe malicieusement nos comportements à l'étranger. Demandeurs d'aventure, nous finissons par nous raccrocher à ce que nous connaissons.

Plus précisément, son propre voyage à Tokyo est tout en refus et en négations. Notre protagoniste ne veut pas partir. Il aborde ce séjour comme une obligation et avec beaucoup d'appréhension. Les désillusions attendues seront au rendez-vous. La rencontre avec la demi-soeur, argument phare de ce voyage, se révèlera décevante voire sans grand intérêt.

L'image du voyageur téméraire ou du baroudeur est balayée. Elle laisse la place à un misanthrope. Il fréquente peu ses voisins mais aime beaucoup les observer. Finalement il prétend être allergique à toute forme de compagnie. Mais il s'agit peut être juste de mauvaise foi; son passe-temps favori. Entre autres, il est persuadé qu'il a eu une attaque cérébrale. Et même si son médecin n'a rien trouvé, il garde « la conviction que [son] diagnostic était pertinent et celui du médecin une preuve de son incompétence ». Mais la liste des défauts de ce personnage ne s'arrête pas là. En effet on découvre un homme frileux, préférant garder ses distances avec le vide. La vie de sédentaire lui convient parfaitement. Seul un léger vertige l'empêche de nettoyer les vitres de son appartement situé au septième étage. Un soupçon maniaque, notre anti-héros vérifie tout plusieurs fois chez lui, avant de partir pour le Japon « sac de voyage à l'épaule droite et sac poubelle à la main gauche ». Malgré ce portrait peu flatteur, il faut avouer que ce piètre aventurier s'accorde la sympathie des lecteurs.

S'il n'y avait qu'une chose à retenir de ce livre ce serait incontestablement l'humour et le ton incisif qui en imprègnent les pages. Effectivement Jean-Yves Cendrey préfère l'ironie à tout sentimentalisme, si bien que son personnage, lorsqu'il s'émerveille devant la lune rousse nous décrit aussi
« les chiures de mouches dont [ses] carreaux sont constellés ».


Cependant derrière un humour décapant l'auteur se risque très justement à dépeindre les relations humaines ou encore la solitude que l'on ressent parfois dans un pays étranger. Le ton incisif n'enlève rien au rapprochement que l'on peut faire avec le film Lost In Translation de Sofia Coppola. Certes, de manière plus pudique, Jean-Yves Cendrey relate un certain désespoir dans le quotidien. Il donne la parole à un personnage décelant le pathétique chez les êtres qu'il croise.

Lire cette histoire dans l'espoir de découvrir le Japon serait une grave erreur. Notre voyageur ne s'attarde pas sur ce genre de détails. Rien ne l'étonne. A peine arrivé, il pense déjà à repartir. Dans ce livre qualifié de « guide pour revenir de tout » (cf. quatrième de couverture), nous n'apprenons que ceci du pays du soleil levant :
« les profonds mystères du Japon éternel, c'est du flan ».

Samantha, 2° année Bib-Med

 


Jean-Yves CENDREY sur LiITTEXPRESS

 

  

 

Jacques Spitz, L'œil du purgatoire, article de Jean-Baptiste

 

 

 

 

 

 

Article de Laurent sur Trous noirs de Lázaro Covaldo

Quatre articles sur Qinzinzinzili, ceux d'Isabel et de Marine, ceux de Maylis et de Marie

Eric Chevillard, L'autofictif, article de Marine

Léon Bloy, Histoires désobligeantes, article d'Adrien
Léo Lipski, Piotrus, article de Marie-Amélie
Marie-Louise AUDIBERTI, Stations obligées : article de Julie.

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19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 07:00

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Nicolas BOUVIER
Le Vide et le Plein
 

Carnets du Japon, 1964 - 1970

Hoëbeke, 2004

Folio, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Japon, un pays extrême et sans références extérieures pour appréhender son espace mental. C’est ainsi que Nicolas Bouvier aborde le pays dans lequel il a vécu durant six ans. Il a bien compris que l’on ne peut résumer l’âme d’un pays par un exposé didactique. Dans ce supplément, ponctué de quelques anecdotes et aspects pratiques de la vie japonaise, il s’attache à expliquer l’état d’esprit des Japonais . Il évoque aussi son rapport au voyage et à l’écriture et insère quelques éléments de sa vie personnelle.

Dans Le vide et le Plein, publié en 2004 aux éditions Hoëbeke dans la collection « Étonnants voyageurs », et édité une seconde fois par Folio en 2009, nous découvrons le supplément de la Chronique japonaise de Nicolas Bouvier. En 1956, il rentre de son voyage en Europe de l’Est et en Orient, fait en compagnie de son ami Thierry Vernet, et qui donnera naissance à son premier ouvrage, L’Usage du monde. Après cinq ans passés à Genève, Nicolas Bouvier décide de partir s’installer au Japon avec sa femme Éliane, alors enceinte d’un deuxième enfant, et de leur fils Thomas. Ils y vivront de 1964 à 1970, quand le mal des origines les ramènera à Genève.
 

 

 

La mentalité des Japonais


Nicolas Bouvier accorde peu de place à la beauté des paysages et à l’histoire du pays. Il va à l’essentiel car au fond, ce Bouvier-vide-et-plein.gifqui importe, ce n’est pas tant le cadre de vie mais les hommes qui l’habitent. Ainsi, nous découvrons des aspects très intéressants de la mentalité japonaise. Il définit le Japon comme une véritable machine sociale : le système de références sociales, le dévouement à la famille, au clan, au pays, en bref, le collectivisme omniprésent dans la société japonaise, diffère radicalement de notre société largement individualiste. Considérez le Japonais, « ôtez-lui sa situation, son grade, ses dan, ses patrons qui le font trimer et ceux qu’il peut faire trimer à son tour, on a le sentiment qu’il ne reste rien ! » En conséquence, la prise de décision se fait toujours à plusieurs. La lenteur caractérise la vie des Japonais, et il ne sert à rien de vouloir aller vite, car « qu’est-ce que la vitesse d’un seul dans ce pays où un vaut moins que l’unité ? » Au demeurant, notre voyageur souligne que la prolétarisation est en marche ; les grèves, les manifestations et l’appartenance aux syndicats se multiplient, telle une déchirure du collectivisme.


Nicolas Bouvier souligne également le poids de l’étiquette et du formalisme, qui se constate d’emblée dans les révérences et l’usage intempestif de proverbes. Les discours entre Japonais sont très convenus et rendus impersonnels par l’utilisation de formules adéquates à toutes circonstances. Et justement, un proverbe japonais dit que
« la mort est plus légère qu’une plume, mais l’étiquette plus lourde qu’une montagne ». Même la cérémonie du thé, à l’origine un rite simple de gens pauvres, est aujourd’hui alpaguée par des académies rivales qui prétendent pouvoir enseigner le protocole du thé à leurs élèves. Voilà comment ce rite du plaisir, si simple et rustique, est devenu une activité rigide et pédante.


L’étiquette et les protocoles expliquent donc pourquoi les Japonais sont déroutés lorsqu’ils sont confrontés à des situations improvisées, et notamment lorsqu’ils sont sollicités par un étranger qui demande de l’aide. Plus on s’adresse à un Japonais au statut social élevé, plus son langage sera embarrassé et hésitant. Nicolas Bouvier précise que les paysans sont plus dégourdis que les citadins, et qu’enfin les femmes, malgré leur effacement dans la société japonaise, sont plus ingénieuses et débrouillardes que les hommes ! De plus, les rapports entre les individus sont davantage compliqués par l’absence de tendresse et d’échange de regards. Ce manque d’étanchement des émotions provoque des frustrations, manifestées par la forte présence du thème du viol dans les films et les livres :
« comme si la timidité les acculait à la violence du désespoir ».


La résultante à ce carcan social, d’après Nicolas Bouvier, est que le Japonais éprouve une difficulté d’être ; chaque individu a
« sa nappe de mélancolie, de mal du siècle et d’ennui » selon ses termes. Cette pression constante n’entraîne qu’une seule issue à la vie : le suicide.


Nicolas Bouvier aborde également le rapport particulier à l’étranger. En effet, il explique que ce pays a évolué en vase clos durant plusieurs siècles, avec pour seules relations extérieures le commerce avec les Hollandais sur l’île de Kagoshima. À l’époque Meiji, « haine à l’étranger » était le cri de ralliement des troupes, comme un moyen commode de canaliser la frustration d’un peuple contrôlé par une discipline rigoureuse. On comprend mieux pourquoi aujourd’hui les Japonais ressentent une certaine méfiance à l’égard de l’étranger.


Notre voyageur consacre enfin une partie au statut de la culture japonaise. On y découvre que la gaieté (yukai) est rarement visible sur les visages, à la télévision et sur la scène publique, parce que ce sentiment fait un peu « peuple » pour les Japonais, selon les propos de Nicolas Bouvier. Partant de là, toute la culture est paralysée par la perfection et le sérieux. L’art sculptural, prisonnier de l’espace en tant que luxe, est concerté, lisse, mort. En matière de littérature, les écrivains sont maîtres du froid, particulièrement Osamu Dazai et La Déchéance de l’homme qui semble avoir marqué Nicolas Bouvier. L’écriture japonaise reprend les thèmes dramatiques de l’impuissance, de la haine et de la destruction de soi. Même le Nô, qui appelle à l’éveil et au songe, est un chant lent et triste.
 

 


La conception du voyage


Nicolas Bouvier s’attache aussi à évoquer sa conception du voyage. Pour lui, celui-ci est forcément ethnographique. « Votre propre ville, même si vous l’étudiez avec la patience, la curiosité et la méthode que les meilleurs esprits mettent à l’étude d’une tribu sauvage, attendez-vous à des surprises. Le quotidien n’existe pas. L’ordinaire n’existe pas. » Alors, tout est voyage, tout est aventure même si ce n’est qu’à quelques pas de chez nous.


Il compare également les réactions des Français et des Anglais par rapport à l’approche d’une société inconnue. Les Anglais, résignés et amusés de prendre les choses comme elles sont, ne sont pas surpris de ce qui se passe sous leurs yeux ; tandis que les Français sont trop impatients de comprendre ce à quoi ils assistent et d’en faire de la littérature. Dans tous les cas, Nicolas Bouvier résume le voyage de cette façon :
« Le voyage ne vous apprendra rien si vous ne lui laissez pas aussi le droit de vous détruire. »

 

 

Le style de Nicolas Bouvier


Concernant sa vie personnelle, Nicolas Bouvier ne l’évoque pas beaucoup, tant dans cet ouvrage que dans l’ensemble de son œuvre. Dans Le Vide et le Plein, on apprend seulement que sa femme accouche d’un deuxième fils. Lors de cette naissance, il a ressenti un profond manque de Genève et le besoin de partager, même avec des inconnus, la liesse de cet événement. On apprend aussi, par de rapides évocations, que son père disparu lui manque.


Au final, même s’il est l’acteur de toutes les situations et anecdotes racontées dans ce livre, Nicolas Bouvier est assez absent sur le plan personnel. En effet, le « je » n’apparaît que rarement, tandis que le « on » est omniprésent. Il s’adresse beaucoup au lecteur avec la deuxième personne du pluriel, ce qui devrait avoir pour effet de l’impliquer. Or, ce n’est pas vraiment le cas, car l’ensemble de l’œuvre de Nicolas Bouvier est, à mon sens, difficile à appréhender.


Souvent, dans Le Vide et le Plein, le texte donne l’impression d’être un morceau de journal intime dont il manque les éléments essentiels pour comprendre le sens. Le livre est riche mais trop parcellaire. En vérité, cette œuvre est un conglomérat de réflexions mises bout à bout, et cette fragmentation excessive rend la lecture continue difficile. Ce sentiment naît probablement du fait que je n’ai pas lu la Chronique japonaise.


Cependant, on peut s’interroger sur l’obsolescence des informations transmises à travers ce texte. En un demi-siècle, effectivement les mœurs ont peut-être évolué. Au demeurant, on prend plaisir à découvrir cette culture inconnue pour nous, et si éloignée de celle véhiculée par les mangas depuis quelques années en France.


En définitive, même si le texte est difficilement abordable, c’est à nous de considérer les multiples aspects de la vie japonaise pour se faire une première idée du pays. Nicolas Bouvier dépeint beaucoup d’aspects négatifs de la mentalité japonaise, mais on n’oublie pas les choses positives qu’il ne manque pas de préciser. Son propos est très juste et nuancé, distillant à chaque page des commentaires positifs et négatifs. Ici, j’ai pris soin d’évoquer les traits frappants de son analyse. En tout les cas, ce récit donne envie de poser ses livres, de voyager et rencontrer des personnes d’une autre culture.


Lysiane, A.S. Ed.-Lib.

 

 

Nicolas BOUVIER sur LITTEXPRESS

 

Nicolas Bouvier Journal d Aran

 

 

 

Article de Fanny sur Journal d'Aran

 

 

 

 

 


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Article de Marion sur L'Usage du monde






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Article de Joséphine sur Le Poisson scorpion






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Articles de Nicolas et Mathieu sur L'Usage du monde et Chronique japonaise


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Article de Charline retraçant l'Itinéraire de Nicolas Bouvier.

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 07:00

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Éric CHEVILLARD

Oreille rouge

Minuit, 2005

collection Double, 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Perle de pluie et Flocon de Neige, étaient assises dans un bar aux odeurs de feu de bois, seules, face à leurs petits carnets de moleskine noire (ça fait écrivain). Maudissant la loi interdisant de fumer dans les lieux publics, elles n’osaient cependant pas s’installer en terrasse et braver l’averse bordelaise qui sévissait.


Après avoir refait le monde, elles se ressaisirent. Il y avait un ordre du jour, bien plus sérieux que les réformes du ministère de la santé. Pour bien faire les choses, elles auraient pu subtiliser la craie d'écolier du tenancier et inscrire, avec pleins et déliés : Consommé d'Oreille rouge sauce chevillardaise. Mais la population ayant généralement peu d'humour en matière d'alimentation, et manquant gravement de culture littéraire, elles avaient préféré garder ce sujet confidentiel, de peur de nuire au chiffre d'affaires de leur troquet favori.


Le sujet n’était pas tabou mais délicat. S’attaquer à Chevillard, quelle audace Mesdames et Messieurs ! Mais non. Perle de neige et Flocon de pluie n’y toucheraient pas. Elles le respectent trop. L'idée d'être le sujet d'un des aphorismes quotidiens ne leur déplaisait pas, pourtant, mais loin d'elles était l'envie d'être assimilées à des pipelettes intempestives.


Elles se lancèrent donc dans une discussion objective, tentant de déceler les petites faiblesses du roman, qu'elles savaient de toute façon beaucoup moins nombreuses que ses qualités.

Si vous voulez bien continuer à suivre (voyeuriste !) Perle de nuie et Flocon de pleige, il est primordial que — au cas où vous ne l'auriez pas lu (voyeuriste inculte !), et à la seconde condition que vous acceptiez de vous faire insulter sans pouvoir répondre — l'on vous instruise un peu sur l'ouvrage en question.


Oreille rouge est ce que l'on peut qualifier de récit de voyage (si, si, au bout, de quelques dizaines de pages, vous allez voir ; mais faut-il vraiment partir pour voyager ?...). Un écrivain (narrateur qui n'est pas Éric Chevillard, mais qui est en réalité Éric Chevillard, vous voyez l'genre ?), plus à l'aise dans la solitude du mythique bureau d'homme de lettres, est invité en résidence au Mali. Dire qu'Amadou et Mariam l'ont effrayé (http://www.youtube.com/watch?v=99WVI86gQeo&feature=related) serait un anachronisme ; il n'en est pas moins tendu, voire effrayé, à l'idée de ce départ. Reste qu'après quelques aventures sur ses terres d'origine, il va finalement s'envoler et atterrir en Afrique, puis tenter d'écrire, sous le titre d'Oreille rouge, son « grand poème africain ».

Nerle de peige et Plocon de fluie, assoiffées de boissons corsées et d'exotisme (ce à des moments différents), commandèrent deux petits noirs (des cafés) et s'étaient plongées dans la lecture du treizième roman (ne vous inquiétez pas, il en a écrit d'autres par la suite, pour conjurer le sort) de l'écrivain vendéen, (comme Lerne de peige - ou sa comparse, peu importe – et surtout comme Oreille rouge). Et comme le Mali a été plus inspirateur que la Mongolie, nos deux protagonistes, plus bavardes que critiques, se trouvaient ce jour-ci avec un vaste sujet à traiter.

N'ayant que vaguement entendu parler de Tombouctou, des Bambaras et du célèbre duo de chanteurs bamakois, nos deux lectrices aux noms météorologiques pensaient en savoir plus sur cette ancienne colonie française qu'est le Mali. Elles pensaient enfin apprendre à quoi ressemblent la vie près des lions, la cueillette des bananes, les bains dans les eaux du Niger. Et c'est bien ce que s'attendait à leur raconter Oreille rouge, ce genre de tableau avec des griots, des hippopotames, des excursions en pirogue. C'est même ce qu'il va raconter, à son retour. Parce que c'est ce qui intéresse les autres, ceux qui sont restés, ceux qui n'ont pas vécu l'aventure. Après tout, pourquoi devrait-il les décevoir, et pourquoi n'aurait-il pas le droit de ne dire que ce qu'il veut à propos de l'Afrique ? Il est maintenant le représentant de ce grand ailleurs à leurs yeux, il est l'Africain (il se la joue carrément à la Nobel de littérature !).


- Non mais, Perleuh deu pluie, il se moqueurait pas um'peu de nous, le Chevillareuh ?!


Mais bien sûr, qu'il se joue du lecteur, l'écrivain ! C'est sa patte, même. Quand Chevillard s'autobiographie, il s'étend plutôt sur le hérisson qui le perturbe. Quand il s'essaie au conte, il en parodie un des frères Grimm. Alors quand il voyage, peut-être ne voyage-t-il pas réellement. D'ailleurs (mais d'où ?), pourquoi voyager si l'on peut raconter son voyage sans l'avoir fait ? Le doute plane donc sur la véracité des faits (et le nuage  n'ombre pas seulement le roman de Chevillard...).


Quoi qu'il en soit, l'apanage du roman n'est pas de dire toute la vérité rien qu'la vérité (dites je l'jure). Et Oreille rouge n'est pas forcé d'être un récit de voyage, étant donné qu'Oreille rouge n'est pas un écrivain aventurier. Ce n'est même qu'un personnage, pas même un narrateur.


La discussion s'anime entre Neige de merle et Puits de flacons. Elles se sentent flouées. Elles n'arrivent même plus à mener leur dialogue, à se faire appeler par leur prénom. Que voulez-vous, c'est le narrateur qui commande. Et ici, il n'est pas doué pour les dialogues, et a du mal avec les prénoms « exotiques » (et parle de lui à la troisième personne). Il se prend pour un Chevillard. Pour un romancier.

Un roman fractionné, une écriture fragmentaire et un écrivain fragmentionné, telle serait la conclusion que Pluie de neige et Flocon de perle pourraient tirer de cette aventure livresque.  Oreille rouge est à mettre entre toutes les mains des aventuriers de canapé, et à déguster lorsqu’une envie d’exotisme vous pique, telle la mouche tsé-tsé.

 

Charlotte et Karen, L.P. librairie


Eric CHEVILLARD sur LITTEXPRESS

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Article de Pauline sur L'Autofictif

 

 

 

 

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Articles de Patrice et de Karen sur Le Vaillant Petit Tailleur

 

 

 

 

 

Article de Laura sur Les Absences du capitaine Cook

 

 

 

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Published by Charlotte et Karen - dans littérature de voyage
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