Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 07:00

emmanuel dongala johnny chien mechant

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emmanuel DONGALA
Johnny chien méchant
Serpent à plumes, 2002


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Johnny chien méchant d’Emmanuel Dongala est un roman poignant sur la guerre civile et les enfants soldats au Congo, histoire vécue à travers le regard de deux adolescents, Johnny et Laokolé, un enfant soldat et une adolescente qui fuit la guerre. Il s’agit d’un roman très réaliste qui dénonce les conflits en Afrique. Il est important, avant de lire ce roman, de savoir que celui-ci est très dur et qu’Emmanuel Dongala n’hésite pas à nous « envoyer en plein visage » toute l’horrible réalité de ces guerres et de cette détresse à travers un langage simple, parfois cru, et des descriptions parfaitement maîtrisées.

L’histoire commence avec l’annonce du général Giap à la radio qui décrète qu’un pillage de 48 heures est autorisé impliquant massacres, viols et tueries. Dans son roman, Emmanuel Dongala cherche à bien mettre en avant tous les points de vue sur la guerre civile, ceux de Johnny, de Laokolé et du monde occidental.

Les deux personnages principaux du roman sont très attachants et bien opposés. Johnny, l’enfant soldat, est naïf et obéissant, il cherche à montrer sa supériorité, persuadé qu’il est le plus intelligent de tous. Il s’agit de la première impression que l’on a. Puis, au fur et à mesure, on se rend vite compte qu’il est cruel et méchant et que tous les actes ignobles qu’il entreprend le rendent fier. Et malgré cette cruauté, on ne peut s’empêcher de penser que ce jeune garçon n’est qu’une victime, au final.

Laokolé, elle, est montrée comme une jeune fille très pauvre qui fuit l’arrivée de la milice. Mais Dongala met surtout en avant son courage et son intelligence. À travers elle, il montre l’importance de la famille et la solidarité malgré la pauvreté et les massacres. Alors qu’au fil du roman toute l’horreur de ces guerres nous apparaît, il fait naître un certain espoir grâce à cette jeune fille.

Il s’agit d’un roman choquant, poignant et dur. Dongala nous oblige à voir la vérité en face et l’on se sent mal à l’aise, s’identifiant aux personnages qui ne sont même pas encore de jeunes adultes. Un sentiment de culpabilité s’installe et on ne peut s’empêcher de comparer sa vie à la leur. La note d’espoir est bien présente à la fin. Un très bon roman qui fait réfléchir.

N-B : Johnny chien méchant a été adapté au cinéma en 2008 par Jean-Stéphane Sauvaire sous le titre de Johnny Mad Dog.


Lucille Magonty, 1ère année bib.-méd.

 

 

 

Emmanuel DONGALA sur LITTEXPRESS

 

 

Emmanuel Dongala Jazz et vin de palme

 

 

 

 

 

 Articles de Camille et de Romain sur Jazz et vin de palme.

 

 

 

 

emmanuel dongala johnny chien mechant

 

 

 Articles d'Eva et d'Alexis sur Johnny chien méchant

 

 

 

 

 

 

 

 

Emmanuel Dongala Le feu des origines

 

 

 

 

 

Article de Clotilde sur Le Feu des origines 

 

 

 

 

 

 

 

 

dej litt1

 

 

 

 

 

 

 

Déjeuner littéraire africain

aux Capucins (mars 2010)

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 07:00

Kourouma-Quand-on-refuse-on-dit-non.gif











Ahmadou KOUROUMA
Quand on refuse on dit non
Seuil, 2004.
Points, 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Ahmadou Kourouma né en 1927, dans la petite ville de Boundiali, préfecture de la Côte d’Ivoire, est l’un des écrivains les plus importants du continent africain. Auteur engagée, il fut couronné par La France avec plusieurs prix littéraires, dont le prix Renaudot et Goncourt des lycéens en 2000 pour  Allah n'est pas obligé et le prix du livre inter 1999 pour  En attendant le vote des bêtes sauvages. Il était profondément marqué par le regain de violence en Côte-d'Ivoire et disait à propos de son dernier roman Quand on refuse on dit non lors d'une ses dernières interviews :

 

« Je voudrais que le pouvoir le lise. Cela pourrait permettre de réfléchir, de prendre du recul sur la situation, de voir les responsabilités de chacun et ce qui a conduit à tout cela. Je n’écris pas rapidement. J’espère que la situation se sera améliorée avant que le livre ne soit terminé. »

 

Hélas, il meurt en 2003 en France sans avoir pu constater de réels changements dans son pays natal.



Au cours de sa vie, il s’est illustré dans plusieurs genres tels que le théâtre avec  Tougnantigui ou le Diseur de vérité, pièce censurée au bout de quelques représentations à Abijan en 1972, reprise en 1996 puis éditée en 1998 chez Acoria. Il a également écrit des romans :  Les Soleils des indépendances (1968),  Monnè, outrages et défis en 1990, En attendant le vote des bêtes sauvages en 1994, et enfin Allah n’est pas obligé en 2000, et Quand on refuse on dit non en 2004.

Polyvalent, il s’est aussi illustré dans les livres jeunesse avec par exemple Le griot, homme de parole aux éditions Grandir, comme beaucoup de ses livres.

Son dernier roman, Quand on refuse on dit non, est un manuscrit inachevé. Ahmadou Kourouma aurait commencé à écrire un roman sur l’histoire de la Côte d’Ivoire et sur le conflit qui endeuille le pays depuis 2002 sans avoir eu le temps de finir son œuvre. Il est la suite de son dernier roman Allah n’est pas obligé, dans lequel il dresse le portrait d’un enfant-soldat, mais aussi des conflits africains.



Résumé

Ce roman a pour toile de fond les événements dramatiques du pays en guerre. On y retrouve donc Birahima, l’enfant-soldat qui, arrivé chez son cousin après avoir fui la guerre, travaille dans une compagnie de taxis-brousse et tente de parfaire son éducation. Cette vie tranquille va l’amener à  rencontrer Fanta, la jeune fille d’un imam, « belle comme un masque de gouro ». Fasciné par sa beauté et son intelligence, il acceptera de la conduire en zone rebelle pour fuir la ville de Daloa où a eu lieu un massacre, en espérant trouver protection et soutien chez les siens à Bouaké. Tout au long de leur voyage, Fanta se propose de lui raconter leur histoire, celle de la Côte d’Ivoire. Tous les thèmes sont abordés, de la production de cacao aux élections corrompues. Birahima interprète de façon naïve et malicieuse l’histoire de son pays. C’est toute une page d’histoire qui se dévoile dans le temps de la fuite et du voyage.



Analyse

Ce livre est véritablement une leçon de vie. Nous apprenons au fil des pages l’histoire d’un pays, ses coutumes, en apprenant à connaître ses habitants. Birahima est le reflet de toute une génération, qui a grandi dans le conflit, les massacres et la violence. Face à toute l’horreur que représentent les guerres, il présente une certaine naïveté et une prise de conscience inexistante.

 

« Pour la première fois j’avais l’occasion de me faire valoir devant Fanta… Je répondis tout de suite que j’avais tué beaucoup de personnes  avec le kalachnikov. Avec un kalach, je pouvais tuer tous les Bété, tous les loyalistes, tous les affreux. J’avais pillé des maisons, des villages. J’avais violé… »

 

Comme Birahima, nous apprenons, nous découvrons un pays et une histoire qui est en train de se faire et dont nous ne connaissons pour ainsi dire rien. C’est  avec une plume plus que réaliste qu’Ahmadou Kourouma livre un message accessible à tous, pour tous. Par-delà l’histoire d’un pays, il y a la langue parlée, et le livre est un véritable dictionnaire, qui rend le récit plus réaliste encore. On retrouve donc cette volonté de tout montrer, tout partager et tout dévoiler. La plupart des mots employés dans la langue natale sont des insultes ou des reproches que fait Birahima. On trouve par exemple « Faforo ! » qui est traduit par « cul de mon papa ! », « Walahé ! » qui signifie « Au nom d’Allah ! ». On remarque par ailleurs que Kourouma n’a pas peur d’abuser des parenthèses pour nous traduire tous les mots ou les expressions ivoiriens. C’est d’ailleurs grâce à Birahima que nous apprenons ce vocabulaire. En effet tout au long du récit il garde avec lui son dictionnaire et va justifier l’emploi d’un mot que l’on risquerait de ne pas comprendre, mais aussi l’emploi des mots qu’il a appris récemment ou qu’il ne maitrise pas totalement : « Elle en a apporté deux autres qui ont été vite ingurgités (gloutonnement absorbés). » ; « Quand c’est une communauté de toubabs (de blancs), on dit une civilisation, mais quand c’est des noirs, des indigènes, on dit tribu ou ethnie (d’après mon dictionnaire). » Il y a donc une véritable transmission de culture : Kourouma souhaite montrer pour dénoncer,  Birahima souhaite montrer pour faire comprendre, et Fanta désire montrer pour instruire.

L’histoire se développe autour d’une rencontre, celle de Birahima et Fanta, deux personnages très différents. Ellle est instruite, réfléchie, d’un caractère calme. Lui est un guerrier, un assassin, et tente de s’instruire. C’est tout son parcours que nous suivrons, son apprentissage, grâce à Fanta, mais c’est également le nôtre : nous apprenons avec lui. Il y a dans ces personnages tout ce que souhaite révéler Kourouma : Birahima est l’œuvre de la guerre, de la violence et de l’ignorance. Fanta elle, porte avec elle l’espoir et la connaissance de toute une génération.

 

Une dernière volonté

Quand on refuse on dit non est comme un testament laissé par Ahmadou Kourouma à ses compatriotes, c’est un message de paix, de tolérance et d’espoir dans le but d’arrêter ces massacres qui déchirent le pays et des populations entières. Le titre sonne comme un appel à la liberté, à l’émancipation. Ce roman inachevé a été écrit dans l’urgence (huit mois de travail ininterrompu) et représente un véritable défi, son dernier défi d’homme.  C’est celui d’arriver à montrer un pays, une histoire qui est en train de se faire et de dénoncer au plus vite.

La dernière phrase du livre : « Et il y avait des gbagas pour Bouaké » est sans doute la dernière que Kouoruma ait saisie sur son ordinateur. Le roman s’interrompt alors sur une double promesse, celle d’un passage de frontière pour la sécurité, mais celle aussi peut-être d’un passage, d’une nouvelle aventure pour Fanta et Birahima, qui devrait demander la main de la jeune fille. L’auteur laisse ici la porte ouverte à n’importe quelle suite pour le malicieux enfant-soldat, une porte ouverte aussi, sans doute, sur un avenir meilleur.


Laure, 1ère année édition-librairie.

 

 

Ahmadou KOUROUMA sur LITTEXPRESS

Ahmadou Kourouma Les soleils des independances



Articles de Maylis et d'Hortense sur Les Soleils des indépendances.



Kourouma en attendant le vote des betes sauvages

Article d'Emilie sur En attendant le vote des bêtes sauvages





Ahmadou-Kourouma-Allah-n-est-pas-oblig-.gif


Articles d'Aude et de Marine sur Allah n'est pas obligé.



Russell-banks-American-Darling.gif


Parallèle de Patricia entre American Darling de Russell Banks et Allah n'est pas obligé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Repost 0
25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 07:00

Ahmadou-Kourouma-Allah-n-est-pas-oblig-.gif





 

 

 

 

 

 

 

 

Ahmadou KOUROUMA
Allah n’est pas obligé
Seuil, Cadre Rouge, 2000
Points, 2002

 

 

 

 

 

 

 

 

Allah n’est pas obligé d’être juste dans toutes ses choses ici-bas. Tel devrait être le titre en entier de ce récit selon le narrateur, Birahima, « petit nègre », comme il se qualifie lui-même.



Le livre se découpe en plusieurs chapitres, qui suivent chronologiquement le parcours initiatique de Birahima, évoluant entre les guerres tribales de l’Afrique de l’ouest.



Birahima est un jeune garçon d’une dizaine d’années, appartenant au peuple Malinké[1]. Il vit au départ en Côte d’Ivoire avec sa mère, malade d’un ulcère à la jambe ; elle finit par en mourir. Les circonstances de sa mort et les événements qui l’y conduisent introduisent dès le départ la magie dans l’histoire. Celle-ci sera présente tout au long du récit, entre croyance et doute des personnages.

Ainsi, sa mère n’aurait pas voulu se marier avec le fils d’une sorcière du village, celle-ci lui a alors lancé un sort, créant un ulcère dans sa jambe. Le narrateur démontre alors comment les personnages oscillent entre croire à cette magie et l’utiliser pour guérir la mère ou se tourner vers la science. Finalement, la tradition et les anciennes croyances l’emportent : la médecine ne saurait guérir ce qui a été créé surnaturellement. Le narrateur se trouve confronté à la réalité quand sa mère en meurt, faute de soins.

Il quitte alors son village, partant à la recherche de sa plus proche famille : sa tante, qui vit au Liberia. Commence alors son voyage initiatique. Il est accompagné d’un sorcier du village, Yacouba. Celui-ci crée des « gri-gri », ou « fétiches », sortes d’amulettes protectrices qu’il vend à des soldats ou des personnes cherchant une protection, ces amulettes peuvent ainsi protéger des tirs de balles par exemple. Le narrateur continue à être bercé par cette magie, y croyant car c’est une forme de tradition dans sa culture et son éducation. Il se trouve confronté à plusieurs situations qui le confortent dans ses croyances. Ainsi, lorsque des soldats sont tués alors qu’ils portaient des amulettes, il en déduit que les soldats ont entaché la pureté du fétiche et donc son fonctionnement (ne se lavant pas après un rapport sexuel, etc.). Lorsqu’il quitte son village avec Yacouba, celui-ci étudie les signes des animaux alentour pour savoir s’ils peuvent partir en voyage : l’âme de la mère de Birahima le guide et le protège donc pendant son voyage. Ce passage évoque les oracles et les prédictions des récits de l’Antiquité.



Le narrateur raconte une histoire et une forte oralité se dégage du récit. Il ponctue ses phrases d’expression malinkés comme « Faforo » ou « Walahé ». En règle générale, chaque paragraphe se termine par une de ces expressions. Peu à peu, elles deviennent presque une marque de ponctuation, qui remplacerait un point d’exclamation. Il explique à chaque fois, entre parenthèses, la signification de ces expressions.

Birahima précise dès le départ qu’il ne parle pas bien le français, il utilise donc le dictionnaire Larousse, le Petit Robert, l’Inventaire des particularités lexicales du français d’Afrique noire et le dictionnaire Harrap’s. Ceux-ci lui ont été donnés par son cousin, qu’il retrouve à la fin du récit. Lorsqu’il utilise un des ces mots, il le définit aussi ensuite, encore entre parenthèses.

Cette alternance ponctue le récit, crée une forme de double ton et renforce l’oralité. Le premier s’adresse au lecteur, en décrivant les faits, les expliquant… Le second (entre parenthèses) arrête le récit, comme si le narrateur s’adressait à un enfant ou une personne non initiée.

Birahima se reprend aussi, directement au fil du texte, lorsqu’il veut préciser sa pensée. Il s’adresse même au lecteur, lorsqu’il définit plusieurs fois la même expression :

« Les autres ont suivi, pied la route. Oui pied la route. (Je vous l’ai déjà dit : pied la route signifie marcher.) »

Il prend presque un ton réprobateur et paternaliste lors de ces interventions, montrant la lassitude que lui inspire la définition de ces expressions, qui sont pour lui évidentes.

Birahima est déjà impertinent dans son rapport aux autres personnages, il démontre ici qu’il peut aussi l’être envers le lecteur, peu importe son avis. Il ne cherche pas à provoquer la sympathie, de qui que ce soit, et le prouve dans sa façon de fonctionner.



Très tôt dans son voyage, Birahima se rend compte que le seul moyen de se libérer et de ne pas subir la force des autres est d’être un enfant-soldat.  En effet, ceux-ci travaillent pour les bandits qui dirigent les régions qu’ils ont acquises. Ainsi, Birahima est confronté à divers groupes, tous violents et cherchant à acquérir le pouvoir : le NPFL (National Patriotic Front of Liberia), l’ULIMO (le Mouvement uni de libération pour le Liberia), l’ECOMOG (le ECOWAS Monitoring Group)… Il fera partie des deux premiers et combattra les derniers.

Plusieurs fois, il reprend l’histoire du Liberia, pays qu’il parcourt en hésitant entre la recherche de sa tante et son activité d’enfant-soldat. Ainsi, au début de la guerre tribale du Liberia, seulement deux « bandes » étaient opposées : celle du NPFL (dirigée par Taylor) et l’ULIMO (dirigé par Samuel Doe). Le Prince Johnson, qui appartenait au départ au NPFL a créé son propre groupe et entend séparer le Liberia non plus en deux mais en trois.

La présence occidentale, notamment américaine, et l’argent qu’elle apporte oriente le fonctionnement de chaque groupe. Ainsi, chacun veut avoir le plus de pouvoir possible, pour pouvoir commercer avec les pays occidentaux, vendre les pierres précieuses.



Birahima ne s’attarde pas sur les personnes qu’il tue, il ne décrit aucun meurtre qu’il commet. Il justifie le port de l’arme de chacun par le fait que cela soit obligatoire : « c’est la guerre qui veut ça ». De même qu’il a voulu être enfant-soldat pour survivre, porter une arme permet à tous de survivre. Cette lucidité teinte le roman, sans pour autant être défaitiste, Birahima donne une image finalement assez pessimiste de ce qu’il a vécu.
 

Ce roman a reçu le prix Renaudot et le Goncourt des lycéens en 2000.

[1] Les Malinkés ou Mandingues sont un peuple d’Afrique de l’Ouest. Ils sont environ quatre millions aujourd’hui et se trouvent principalement au Mali, en Guinée et au Sénégal.


Marine Gheeraert, 2e année éd.-lib.


Ahmadou KOUROUMA sur LITTEXPRESS

Ahmadou Kourouma Les soleils des independances



Articles de Maylis et d'Hortense sur Les Soleils des indépendances.



Kourouma en attendant le vote des betes sauvages

Article d'Emilie sur En attendant le vote des bêtes sauvages





Ahmadou-Kourouma-Allah-n-est-pas-oblig-.gif


Article d'Aude sur Allah n'est pas obligé.



Russell-banks-American-Darling.gif


Parallèle de Patricia entre American Darling de Russell Banks et Allah n'est pas obligé.

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 07:00

Emmanuel Dongala Le feu des origines


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emmanuel DONGALA
Le Feu des origines
Albin Michel, 1987
éditions du Rocher
Collection Motifs, 1983


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie de l'auteur

 

Voir plus bas les fiches déjà publiées.

 


1. Fiche de Catherine


Résumé

Ce roman suit l'histoire de Mandala Mankuku, Congolais, depuis sa naissance jusqu'à sa vieillesse, avant la colonisation et pendant.

Dès les premiers instants de sa vie, il est considéré par les siens comme un être étrange car aucun villageois ne peut témoigner de sa naissance à part sa mère. Malgré les palmes qu'a plantées la femme sur le lieu de naissance, d'où le personnage tiendra son nom, « l'homme aux palmes », beaucoup de sa tribu refuseront de croire à sa venue au monde. L'idée d'exister sans être né, qui pour nous, Européens, semble irrationnelle, n'est pas absurde dans la culture ancestrale du personnage. La suite du récit nous prouvera à de nombreuses reprises que le fantastique fait partie du quotidien de cette tribu, ce qui donnera à ce roman des allures de conte. De même, les yeux pers du bébé le feront passer pour un monstre chez les siens qui le rejetteront en partie.

Mandala Mankuku passe son enfance et sa jeunesse sous l'influence du vieux sage Nimi A Lukeni, pour lequel il éprouve beaucoup d'affection et qui est le seul à qui il ose se confier, et sous l'influence de son oncle Bizenga, qui lui enseignera divers métiers – contrairement aux traditions ancestrales qui veulent qu'un homme ne se consacre qu'à une seule activité – dont ceux de chasseur, forgeron, sculpteur et guérisseur, dans lesquels il excelle et dépasse son maître. Sa curiosité et sa tendance à tout remettre en question font de lui un élément perturbateur du village, bien qu'aimé et respecté par les membres de sa tribu, surtout depuis qu'il a été proclamé nganga, c'est-à-dire puissant, par le vieux Nimi A Lukeni.

Lorsque les colons arrivent dans le village, Mandala est jeune homme. Le récit montre alors la rencontre entre les deux groupes et les légendes qui circulaient sur les Blancs :

 

« Il ne faudra pas les toucher car leur peau fragile laissera sur vos mains des paillettes diaprées comme la pierre de schiste ; leur visage est comme la lune car ce sont des cadavres vivants, des zombies... ».

 

Mais l’auteur dresse également un historique de la façon dont se sont passés la colonisation et l'esclavage, notamment avec l'enrôlement de Noirs de certaines tribus pour oppresser les autres Noirs, les mbulu-mbulu et le profond racisme des Blancs qui tenaient aux Noirs des propos dégradants.

Il doit alors se soumettre aux travaux forcés dans l'extraction du caoutchouc, l'impôt et à la construction du chemin de fer qui relie l'océan au fleuve, vrai drame dans l'histoire du Congo car de nombreux hommes y sont morts. À ce propos l'auteur s'adresse au lecteurs dans ce paragraphe :

 

« voyageur, si un jour tu prends le chemin de fer qui mène du grand fleuve à l'Océan, écoute attentivement le claquement des roues sur les rails car chacun d'eux, chaque tac-tac, dénombre un mort ; alors pense un peu à tous ces hommes ensevelis dans ces montagnes où tu passes et rappelle-toi qu'ici il y a un mort pour chaque traverse. Cela aidera peut-être leur âme à dormir en paix. »

 

Pour avoir tué son oncle Bizenga, entre-temps devenu chef du village, parce qu'il pactisait avec les étrangers alors que ceux-ci venaient de tuer ses parents, Mandala Mankuku quitte le village pour la ville, où il trouve une place de chauffeur de locomotive. Il est fier de son métier au début mais perdra vite ses illusions notamment lorsqu'il conduira les hommes noirs recrutés pour aller sur le front de la Seconde Guerre mondiale et dont si peu rentreront vivants. C'est à cette occasion qu'il rencontrera sa future femme Milete, qui ne sera pas acceptée par sa tribu car ayant d'autres origines. Après avoir mis au monde un enfant albinos, elle s'enfuira et Mandala ne la reverra plus.

Avec le temps Mandala Mankuku devient une figure importante de la lutte pour l'indépendance de son peuple, surtout après avoir hébergé « la Sainte du Nord », une femme militant pour la révolution des peuples africains contre les colons.

Devenu âgé, Mandala décide de retourner à ses origines, il met feu alors à sa maison et rentre à son village. Le dernier paragraphe donne la réponse au titre :

 

« il découvrit enfin ce qu'il avait cherché pendant toute sa vie : retrouver, comme au premier matin du monde, l'éclat primitif du feu des origines. »

 

 

Thématiques et structure du récit

C'est un roman foisonnant de détails sur la culture africaine et sur la manière dont s'est passée la colonisation au Congo. On apprend beaucoup sur les traditions des Congolais, leur manière de percevoir la vie et le monde, qui est totalement différente de la nôtre avec la place fondamentale qu'occupent les légendes, les contes et le fantastique au quotidien, leur rapport aux ancêtres,vivant ou morts, auxquels ils vouent un culte, et à qui ils ont recours pour chaque décision.

C'est également une quête de l'identité et du savoir pour le protagoniste, en somme une sorte de quête philosophique. Un conte initiatique aussi, racontant la vie de cet homme, de sa naissance à sa vieillesse.

La structure du récit est assez linéaire, même s’il y a des retours dans le passé de temps à autre, avec des chapitres et des sous-chapitres. Chaque chapitre est introduit par une courte citation d'auteurs du monde entier, asiatiques, africains, européens, américains...

L'écriture est simple, belle, souvent poétique grâce aux métaphores et aux comparaisons propres à la culture africaine, ainsi qu’à la lenteur dont est empreint le récit, que l'on peut assimiler à un conte.



Avis personnel

C'est un roman que j'ai beaucoup aimé, l'histoire est belle et instructive. C'est à la fois poétique et engagé. On pourrait s'attendre à de l'amertume voire de la haine de la part de l'auteur envers les Blancs qui ont oppressé son peuple, mais ce n'est pas du tout le cas, on est face à une sorte d'hommage à la vérité historique sans ressentiment aucun.


Catherine, 2e année bib.-méd.





 

2. Fiche de Victor.

 

 

L’intrigue

Le feu des origines, c’est l’histoire d’un homme (Mandala Mankunku), d’un pays (le Congo), d’un continent (l’Afrique) et d’événements historiques et mondiaux (la colonisation, la guerre…).

Le personnage principal est aussi curieux que mystérieux. En effet, Mandala Mankunku qui est déjà bon guerrier et bon forgeron, voudra atteindre la perfection dans tous les domaines de la connaissance. Il enchaînera donc des métiers et des expériences très  variées comme esclave révolté, médecin, politicien et conducteur de train. Il voudra toujours en savoir plus, de sa naissance jusqu'à son dernier souffle. Mandala Mankunku ou « celui qui détruit » va aller jusqu'à défier les éléments et le temps. Il va partir en quête de son passé, pour tenter de comprendre le mystère de sa naissance et de ses yeux. Il n’hésitera pas à combattre sa propre famille et les colons qui viennent d’arriver dans son village et sur ses terres pour trouver le feu des origines. Plus fasciné qu’apeuré par les étrangers, il tentera de comprendre la civilisation des colons et même de l’améliorer. De la campagne à la ville, les lieux, le progrès technique, l’histoire et la vie défilent à toute vitesse dans cet ouvrage qui semble être à la fois un documentaire, un témoignage et une sorte de conte africain. Dongala nous donne une leçon de vie et d’histoire de manière rapide, synthétique et efficace. Les 325 pages du roman se lisent étonnamment vite pour ensuite  ralentir et aboutir à une fin poétique.



Dix bonnes raisons de lire l’ouvrage

1- Amusant, émouvant, passionnant et didactique, ce livre ne se lit pas comme un cours d’histoire mais en a les effets. Si vous voulez apprendre et enrichir votre culture générale sur un continent dont on parle peu tout en vous détendant…, ce livre est fait pour vous.

2- Si le contenu et la symbolique de l’ouvrage est richissime, le roman se lit rapidement et n’est pas excessivement cher. En une matinée de lecture et pour seulement 10 euros vous visiterez l’Afrique… Ça vaut le coup, non ?

3- Ce roman dégage une sorte de magie africaine indescriptible qui vous plongera au cœur d’un continent et de ses traditions. En l’espace d’une lecture, vous aller vous identifier à Mandala Mankunku et devenir africain. De colon, vous deviendrez colonisé, tout comme vous troquerez le statut de lecteur pour celui de héros.

4- Le feu des origines évoque des valeurs humaines fortes et importantes sur lesquelles nous devrions constamment penser. En effet, le pays, la mémoire et la famille ont par exemple une place très importante dans le roman tout comme dans notre quotidien. Dongala nous rappelle qu’il faut surtout  penser à l’essentiel.

5- On trouvera dans ce roman des chansons et du vocabulaire africain que l’on ne trouverait pas dans un  roman ordinaire ou dans un cours d’histoire magistral. Cet ouvrage est unique, tout comme votre lecture sera une expérience unique.

6- C’est le genre de roman qu’on peut relire plusieurs fois sous différents angles de vue sans se lasser. (du point de vue de l’historien, d’un point de vue littéraire…).

7- L’auteur étant congolais d’origine, professeur de chimie, de littérature et écrivain, il a utilisé son vécu et sa culture pour rendre le roman le plus réaliste possible. On ne sait plus quand l’auteur invente et quand il décrit la réalité. Le roman devient alors un jeu de devinettes dans lequel le lecteur prend plaisir à se perdre.

8- Structuré en 42 petits chapitres et de nombreuses subdivisions, le livre est un outil à la fois  pédagogique et didactique. C’est en partie un cours organisé.

9- Les personnages comme l’oncle Bizenga et le vieux Lukeni, dont le caractère et le comportement sont forts, captivent facilement notre attention.

10- Si vous êtes un  petit lecteur vous dévorerez tout de même ce livre entraîné par la curiosité naturelle qui est en vous. Tout le monde devrait découvrir la littérature africaine. Tout comme le mangeur doit goûter chaque aliment, le lecteur doit lire de tout.



Quelques liens internet, pour en savoir plus

Sur l’ouvrage

 http://www.afrik.com/article3609.html
 http://www.deslivres.com/livre/9782842612917/Le-feu-des-origines.html
 http://aproposdelivres.canalblog.com/archives/2009/02/28/12707751.html
 

 

 

 

Sur Emmanuel Dongala

 http://www.evene.fr/livres/actualite/interview-emmanuel-dongala-afrique-photo-groupe-bord-fleuve-2768.php
 http://www.france24.com/fr/20100421-emmanuel-dongala-roman-femme-afrique-pouvoir
(Interview du 21 avril 2010)
  http://www.dongala.com/

Son Email : edongala@simons-rock.edu


Pour en savoir plus sur la littérature africaine

 

http://www.bobodioulasso.net/auteurs/


 

 



Pour en savoir plus sur la littérature africaine francophone 


http://www.litaf.cean.org/



Pour en savoir plus sur la colonisation du Congo

 http://astrosurf.com/luxorion/esclavage3.htm
 http://www.interfrancophonies.org/regards.pdf

 

 

 

Victor Didier, 1ère année bib.

 

 

 

Emmanuel DONGALA sur LITTEXPRESS

 

 

Emmanuel Dongala Jazz et vin de palme

 

 

 

 

 

 Articles de Camille et de Romain sur Jazz et vin de palme.

 

 

 

 

emmanuel dongala johnny chien mechant

 

 

 Articles d'Eva et d'Alexis sur Johnny chien méchant

 

 

 

 

 

 

 

 

Emmanuel Dongala Le feu des origines

 

 

 

 

 

Article de Clotilde sur Le Feu des origines 

 

 

 

 

 

 

 

 

dej litt1

 

 

 

 

 

 

 

Déjeuner littéraire africain

aux Capucins (mars 2010)

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Catherine et Alexis - dans Littératures africaines
commenter cet article
1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 07:00

deux auteurs de BD du Congo-Kinshasa
dans le cadre de la Biennale des Littératures d’Afrique noire
le vendredi 4 mai
au CRM de l’IUT Michel de Montaigne

 

convivialitte-3-auteurs.jpgDe gauche à droite : Al'Mata, Séraphin Kadjiwami, Raymond Monné

 

Dans un premier temps Raymond Monné, représentant de l’Association Agence de médiation culturelle des pays du Sahel, à l’origine de cette biennale, retrace l’histoire de la manifestation et expose ses objectifs.

Cette association existe depuis une dizaine d’années. Elle a pour but de créer une médiation culturelle entre l’Afrique et l’Europe, notamment à travers le théâtre ou encore des compagnies de danse basées en Afrique. C’est un moment d’échange inscrit dans la réciprocité et l’interculturalité. Il s’agit de faire avancer la culture grâce à l’échange. Aujourd’hui, en France, il est difficile de trouver de la littérature africaine. L’association veut apporter cette littérature afin d'ouvrir les yeux à la population française notamment grâce à la littérature jeunesse. Ils espèrent ainsi atteindre les parents à travers leurs enfants.

 

 

Puis les deux auteurs se présentent.

 

Seraphin-Kajibwami-Les-diamants-couv.jpeg

 

Séraphin Kajibwami vit au Congo sous le régime de la République Démocratique. Les Diamants de Kamituga est sa première BD publiée en France, malgré ses nombreuses publications au Congo. Il est venu à cette Biennale afin de montrer au public français ce qu’il fait. En ce sens, il travaille avec des écoles et des lycées afin de faire découvrir la BD africaine aux enfants.

Al-Mata-le-retour-couv-01.gif

 

 

 

 

 

Al’Mata est un illustrateur. Il commence par faire des dessins de presse à 18 ans dans un journal puis devient directeur de ce journal. Il quitte le Congo pour la France en 2002 dans l’espoir d’être publié. Aujourd’hui, il est édité par plusieurs maisons : AAD éditions, Albin Michel et un projet avec Casterman est en préparation.


 

 

 

convivialitte-3-public.jpg

Viennent enfin les questions du public.


Monsieur Kajibwami qu’est ce qui vous a poussé à intégrer une dimension politique et sociale dans vos BD ?

Je mets mon talent au service de la société, je veux qu’il soit utile. Depuis 1998, j’utilise le dessin pour faire passer des messages à propos des conditions de vie en Afrique. Mon héros, Mopila, a été créé et utilisé avec l’appui d’une ONG américaine pour atteindre différentes cibles difficiles à sensibiliser. Chaque année, 150 000 copies sont distribuées aux populations concernées. Par exemple, si nous avons des rinformations à faire passer aux militaires, l’essentiel de la production leur sera distribuée. Je travaille également avec des écoles pour contrer les violences scolaires. Pour nous, la BD est une arme de communication. Grâce à elle, nous pouvons faire passer des messages.



Al’Mata vous avez commencé par faire des caricatures. Cela a-t-il eu une influence sur vos projets de carrière ?

En Afrique, tous les dessinateurs de BD utilisent la caricature, or je suis un auteur de BD. De la caricature à la BD, il n’y a qu’un pas.

Al-Mata-Le-retour-pl.jpg 

Al’Mata, Le retour au pays d’Alphonse Madiba dit Daudet

 

 

Quelles sont vos influences ?
 
Al’Mata : L’Afrique a longtemps été colonisée par les Belges, par conséquent nous sommes imprégnés de cet héritage. On peut donc citer Tintin d’Hergé ou Uderzo (Astérix et Obélix) et Franquin (Gaston Lagaffe) comme auteurs.

Séraphin Kajibwami : Pour moi, je peux dire que Blake et Mortimer, du dessinateur belge Edgar P. Jacobs est une référence ; cependant celui qui m’a donné envie de dessiner est un illustrateur congolais ; Tembo Kash. Je l’ai rencontré sur un festival jeunesse, j’étais épaté par la manière dont il pouvait représenter les personnages africains. Au début je ne voulais pas croire que c’étaenit des dessins, pour moi ça ne pouvait être que des photographies. Il a un style magnifique qui continue toujours à m’inspirer.

Séraphin Kajibwami Les diamants pl 01 

Séraphin Kajibwami, Les Diamants de Kamituga

 

Au début, comment avez-vous ressenti la représentation des Africains par les dessinateurs belges ?

Séraphin Kajibwami : J’étais un peu choqué. Je sentais que c’était pareil pour le reste de la population. Quand on parlait de Tintin les injures n’étaient pas rares. La caricature était très mal perçue par les gens. Plus tard, avec l’accès à la presse qui s’est développé, les gens ont mieux compris la caricature. Elle est une manière de représenter les choses.

Al’Mata : Je me suis posé des questions… Est-ce qu’il sait ce qu’il fait ? A-t-il déjà vu un Africain ? Peut être qu’il utilise une peau très noire car à cette époque la BD était en noir et blanc. Malgré tout, en tant que professionnel, il aurait dû chercher une autre représentation.



J’ai une question pour Monsieur Monné ; comment choisissez-vous les auteurs qui seront invités à la Biennale ?

C’est une organisation très longue. D’abord nous choisissons une thématique, cette année la BD, puis nous nous adressons ensuite à des interlocuteurs extérieurs. Pour cette Biennale sur la BD nous avons pris contact avec Laurent Turpin, spécialiste de la BD africaine et directeur de la collection de BD africaine à l’Harmattan (cette collection a été lancée parallèlement au 1er salon de la Bande Dessinée Africaine, qui a eu lieu du 3 eu 5 décembre 2010 à Paris, en partenariat avec l’Harmattan.) Ce partenariat nous permet de ne pas passer à côté d’auteurs car nous nous appuyons sur des spécialistes. Après, nous ne pouvons pas toujours faire venir les auteurs que nous avons sélectionnés à cause de problèmes techniques et politiques. Cette année, nous n’avons pas pu faire venir deux auteurs car ils n’ont pas obtenu de visa.



Cette année il y a énormément de bédéistes à la Biennale. Est-ce représentatif de la production africaine ?

Raymond Monné : Nous avons voulu faire venir en masse des bédéistes car c’est quelque chose qui plaît en Afrique Centrale. Effectivement il y en a beaucoup.

Séraphin Kajibwami : Au Congo la BD a une longue histoire. C’est un moyen de communication important.



Al’Mata dans votre dernière BD, Le retour au pays d’Alphonse Madiba dit Daudet, vous abordez le thème de l’expulsion ; cela vous touche personnellement ?

L’histoire a été écrite par le scénariste. En Afrique beaucoup de gens on une image de l’Europe qui est fausse. Ils pensent que c’est plein d’argent facile. Cette BD permet de montrer à la jeunesse africaine que l’Europe ce n’est pas que ça.



Est-ce que certains thèmes sont censurés en République Démocratique ?

Al’Mata : Eh bien, certains thèmes, comme la politique ou le sexe, ne sont pas tolérés.

Séraphin Kajibwami : La République Démocratique n’est pas le meilleur endroit en ce qui concerne la liberté d’expression. C’est une zone de tension. On reçoit des menaces de morts si nos dessins abordent des sujets un peu trop sensibles. Des journalistes ont été tués pour avoir traité de sujets prohibés. En BD, le risque existe aussi même si on le fait sous forme de caricature. Nous sommes sous tension en permanence ; la liberté d’expression n’est pas garantie.

Al’Mata : Si je me suis retrouvé en France c’est à cause de ce genre de problème politique. Mes caricatures ne plaisaient pas au Président en place à l’époque. On me recherchait, la rédaction a été saccagée. Je me suis caché mais ils ont fini par me retrouver. J’ai été torturé, j’en porte encore des cicatrices sur les épaules. Après cet événement, ma famille a décidé de m’envoyer en France pour me protéger. Je suis ici depuis 2002.

Raymond Monné : En Afrique la résistance est au cœur de la création. Je salue le courage de ceux qui restent malgré les menaces et les tortures et continuent leur travail.



Al’Mata dans votre album le personnage principal s’appelle Daudet. Pourquoi avoir fait cette référence à Alphonse Daudet ?

C’est une idée du scénariste ; le personnage de Daudet a toujours le livre d’Alphonse Daudet et répète « ce n’est que ça ». (Référence au livre La Doulou, d’Alphonse Daudet publié au Mercure de France en 2007, journal intime qui parle de sa vie de malade de la syphilis dans lequel il notera « ce n’est que ça »).



Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Séraphin Kajibwami : Je vais rencontrer Apollo Daurus pour travailler sur un projet de BD. Nous allons rassembler nos idées, nos efforts pour poursuivre notre travail. Nous avons énormément de choses à partager avec la population par le biais de la BD mais nous manquons de structures.

La rencontre s'est terminée autour d'un buffet préparé par les étudiants de 2e année Bib.
 convivialitte-3-buffet.jpg

 

Nos impressions

Nous avons été impressionnées par les élèves de deuxième année bibliothèque qui ont réussi à nous faire profiter de cette manifestation. La rencontre était très bien organisée, malgré les questions posées qui pouvaient sembler plus ou moins pertinentes. L’abondance d’interrogations démontrait un réel intérêt du public envers les auteurs et leurs histoires. Nous avons nous-mêmes été captivées par le récit des deux auteurs sur la vie de caricaturiste au Congo. Cette rencontre nous a apporté un réel éclairage sur la signification de la BD et l’utilisation qui peut en être faite dans certains pays sous tension politique.


Élodie et Margaux, 2ème année Édition-Librairie.


Repost 0
Published by Elodie et Margaux - dans Littératures africaines
commenter cet article
7 mai 2012 1 07 /05 /mai /2012 07:00

Wilfried-N-Sonde-Le-coeur-des-enfants-leopards.gif 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Wilfried N’SONDÉ
Le cœur des enfants léopards
Actes Sud,
Babel, 2010

 

 

 

 

 

 

 

« Le malheur est une maladie contagieuse, son odeur est tenace ; il pourrait s’incruster dans son âme. »

 

 

 

 

 

 

Après Le cœur des enfants léopards, Wilfried N’Sondé a publié Le Silence des Esprits en 2010, roman qui relate la rencontre d’un clandestin africain avec une femme seule – on voit là des instants de bonheur dans un pays où il devient de plus en plus difficile d’échapper à la police – et Fleur de béton en avril 2012.  Wilfried N’Sondé dédie Le cœur des enfants léopards à ses parents. Il remporte grâce à ce roman le prix des cinq continents de la francophonie 2007 et le prix Senghor de la création littéraire dans la même année.

Originaire du Congo Brazzaville, il est compositeur et chanteur de la scène berlinoise. C’est un nouvel arrivant dans la littérature urbaine et, plus généralement, francophone. Il a grandi dans un quartier populaire de la banlieue parisienne mais est installé en Allemagne depuis une quinzaine d’années environ. Il jette un regard sombre sur les quartiers de banlieue en difficulté, avec des populations pauvres, immigrée, où le destin des jeunes est voué à l’échec. Le cœur des enfants léopards est son premier roman et c’est un coup de génie ! La plus grande qualité du roman est le monologue intérieur qui coule avec une véritable violence. Le rythme est implacable, travaillé avec un mélange constant de voix narratives, de discours et de dialogues.

Ce roman a un titre poétique et énigmatique. Le jeune narrateur, habitant de la banlieue parisienne, vient de se séparer de sa petite amie, Mireille, qui estime que, vu l’écart entre leurs ambitions respectives et leurs différences, leur relation n’a plus d’avenir ni de sens. Mais il noie son chagrin dans l’alcool et c’est le drame. Lors d’une altercation avec deux policiers, il s’en prend violemment à l’un d’eux qui décède suite aux coups reçus. Il commet donc un acte tristement irréversible… Il est jeté en prison. Le récit est constitué, pour l’essentiel, de l’interminable monologue qui meuble son esprit pendant sa captivité. C’est imparable même si, parfois, les joies de l’enfance remontent à la surface mais sans vraie perspective de rémission. Sa mémoire s’enroule, se déroule comme un chant intérieur. Parfois, la voix des ancêtres résonne, dit l’héritage, le partage et l’honneur. Elle réinvente l’Afrique, celle qui croit encore. Il doit répondre aux questions du capitaine, qui attend des aveux, quitte à user de violence envers lui. On ne comprend pas au début qui est cet homme ni ce qu’il a fait. « Des questions, toujours des questions. Il ne s’arrêtera donc jamais ! J’ai énormément du mal à comprendre où je suis ». Ce sont les premières lignes du roman.

Ce récit de 132 pages déroule surtout une histoire d’amour, sujet assez banal : un jeune couple dans une banlieue parisienne avec les problèmes de délinquance, l’excès et la violence. Lui (son nom n’est pas mentionné) est d’origine congolaise ; il est né à Brazzaville mais son père a décidé de lui offrir d’autres perspectives d’avenir, loin de cette Afrique misérable et violente. Mireille est d’origine juive, avec un père qui passe la majeure partie de son temps sur les routes au volant de son poids lourd et une mère seule, nymphomane, qui fait l’objet de moqueries.
 
Les deux enfants ont sympathisé à la maternelle. Au fil des années, on voit leur amitié se transformer en amour. Mais après le bac, des barrières sociales apparaissent. La fille se passionne pour Israël, son pays d’origine en danger. Elle trouve le jeune homme trop borné et attaché au système de valeurs de cette banlieue qu’elle ne supporte plus. Elle a besoin d’air et finit par l’avouer à son compagnon lors d’un dernier rendez-vous au métro Châtelet : elle préfère ne plus le voir car leur relation est pour elle sans avenir. Elle a d’autres projets.

Cette rupture provoque une explosion dans la tête de l’homme. Il passe donc sa soirée à se saouler et tenter d’oublier par la violence. Le récit commence dans la cellule de dégrisement d’un commissariat parisien. Pendant sa détention, il s’interroge sur son histoire, ses souvenirs, ses origines congolaises.

Entre deux séances d’interrogatoire, l’accusé évoque son passé, son ami d’enfance Drissa et Mireille. On apprend à les connaître. Il évoque son enfance au Congo, il écoute la voix des ancêtres qui croient encore à la conscience de l’Afrique mais cette culture n’existe pas vraiment pour lui qui a toujours vécu à Paris. Il ne se sent pas différent des Blancs, il ne pense pas être un étranger. Il est en fait entre deux cultures qui s’ignorent. Dans son pays d’origine, il est exclu parce qu’il vit en France et qu’il a acquis sa culture et en France, à cause de ses origines.

Je trouve que c’est un roman de réflexion sur les origines et l’identité, plein d’interrogations. L’auteur montre sa méfiance face à cette double culture à travers la conduite des policiers. La France a encore du mal à accepter les étrangers et du coup, ils sont souvent regroupés dans les cités. Le personnage ne sait donc pas vraiment quelle est son identité. L’auteur montre une génération perdue, sans repères et le désespoir que peut causer ce rejet qui conduit le jeune homme au meurtre.

On ne sait pas pourquoi il est dans cette situation, on ne le saura qu’à la fin. L’histoire entière est un retour en arrière. Le récit débute là où il est censé se terminer. À travers les lambeaux du discours, il faut qu’on devine l’intrigue. On apprend à connaître le personnage au gré de sa mémoire qui restitue des bouts de sa vie. Né en Afrique, il n’y est resté que quelques années. Sa scolarité, sa vie s’est construite en France, dans une cité. Mais comment vit-on là-bas ? Les jeunes de cité se rendent vite compte qu’ils sont perçus comme une menace.

Pourtant, malgré leur différence de couleur de peau, en eux, ils ne se sentent pas différents de leurs camarades blancs. Ils ne pensent pas être des étrangers loin de chez eux puisque c’est la cité, le RER, leur « chez eux ». Mais pour les autres, ils ne sont pas les bienvenus. « T’es quoi en fait, français ou africain ? ». Les uns disent qu’il se prend pour un Blanc et les autres pensent qu’il devrait retourner en Afrique. Le jeune de banlieue se cherche, cherche son identité qui peut aller jusqu’à la crise comme pour son ami Drissa, noir comme lui.

En fait, j’ai trouvé que la prison où il se trouve symbolise l’enfermement des Noirs et des autres immigrés, réduits à ceci : « problèmes à l’éducation nationale, violence et échec scolaire ».
 
De même, on peut considérer toutes les questions posées dans le roman comme un virus qui menace l’équilibre mental des jeunes de cité. Il faut obligatoirement mettre une distance entre elles et eux sinon elles anéantissent leur bonheur. Mais comment pourraient-ils leur échapper ?

Le héros avait jusqu’à maintenant l’amour de Mireille. Il a aussi les ancêtres en lui dont le totem est le léopard (c’est pour ça que l’auteur donne ce nom au titre). Communiquer avec eux est une sorte d’échappatoire car le peuple français le rejette complètement.

Mireille, qui se sent à l’étroit dans cette cité, parle des livres :

« Elle me parle rarement d’elle et de sa famille, seulement de cette cascade de vers, de strophes, des kilos de prose qu’elle veut absolument partager avec moi, assis sur un banc ou parfois à même le sol, main dans la main. Quand les mots étaient trop beaux, le sens infiniment profond, nous nous embrassions, du magma dans la bouche. »

L’énigme du début de l’histoire est peu à peu dévoilée : le héros a commis un meurtre. Il y a même un narrateur extérieur pour nous éclairer. Autrement, c’est toujours avec la voix intérieure du personnage qu’on découvre tout, ses actes, ses pensées et paroles. La voix du narrateur rend hommage à la femme, à l’amour qui épanouit mais qui fait aussi très mal.

Ce roman se lit d’une traite, on dirait même qu’il a été écrit d’un trait. L’auteur libère une succession de paroles puissantes où se mêlent réalité, souvenirs et rêves. L’Afrique est un fantasme auquel le personnage se rattache pour ne pas admettre qu’il est seul. La douce enfance a laissé place à une véritable brutalité, les espoirs ont été remplacés par de la peur. L’écriture apparaît, à l’image de ce récit, incontrôlable. Les dialogues se glissent dans le récit sans véritable mise en forme, le texte suit la construction hésitante de l’esprit du narrateur, les phrases s’accélèrent et ralentissent au fil de ses souvenirs. L’auteur donne donc naissance à une langue pleine de vie mais elle n’enlève quand même pas le côté tragique du roman. Ce livre est novateur, par le style et l’histoire. Le thème est original mais réaliste, donnant un sentiment de mal-être. Le chapitrage est inexistant et c’est à nous de tout deviner. Il n’y a pas non plus d’indicateurs de parole, ce qui nous fait un peu entrer dans les pensées de ce héros malheureux.

C’est dans le tournis de ces paroles qu’il faut tout deviner ainsi que le drame qui s’est passé. Ce retour sur le drame est d’ailleurs pour le narrateur un travail pénible sur sa mémoire, rendue fragile à cause de l’alcool et de la souffrance. Il évoque quand même avec humour les problèmes des banlieues parisiennes, avec leur argot, la violence que montre le récit de véritables petites guerres urbaines. Mais le texte reste attachant par la langue, la sincérité du ton et le mélange des thèmes.

Le récit est donc constitué du monologue intérieur pendant sa captivité, il est à peu près chronologique même si parfois on est perdu, comme dans le cerveau du narrateur encore alcoolisé. L’écriture m’est apparue comme incontrôlable, la description du narrateur n’est pas continue vu qu’il y a des dialogues. Le texte suit la construction hésitante de l’esprit du narrateur, les phrases s’accélèrent et ralentissent au fil de ses souvenirs. Le rythme du texte me fait penser à du slam, il est dur, violent mais poétique et lyrique en même temps ; l’auteur montre qu’il a toujours écrit comme ça, que c’est naturel. Cela donne un style assez urbain au roman.

J’ai lu ce livre très rapidement, j’ai beaucoup aimé. Je pense qu’il faut retenir les interrogations du narrateur partagé entre deux cultures. Mais ce n’est pas un livre africain, c’est un livre francophone, écrit en français et qui parle de la France. Il parle de l’actualité sociale en France. J’ai vraiment vu le rapport aux origines et à quel point le narrateur y est attaché.

Voici un extrait qui montre le style d’écriture de l’auteur :

« Tu viens d’Afrique ? Tu as pensé à ton avenir ? Tu n’as plus aucune raison d’avoir peur, je suis maintenant menotté entre quatre uniformes, à me battre tout seul avec ma défonce, j’avance tel un zombie, rancard chez la charogne à toute heure du jour ou de la nuit. La police, pourquoi je te dérange autant que ça ? »

Dans une interview, l’auteur nous donne quelques indices sur son roman. D’abord, il explique pourquoi il a écrit ce livre :

« C’est comme un slogan : un cri de rage et d’amour. J’ai essayé au travers d’une fiction de mettre un peu d’humanité sur l’actualité, de donner un visage, un cœur, des sentiments à une population, à savoir la population immigrée pauvre. J’ai donc essayé de parler des sentiments de ces gens à travers ce personnage qui est né au Congo et a grandi en banlieue parisienne et qui étudie à Paris, avec pour objectif de sortir de tout ce qui s’entend, ce qui se dit : « immigration », « intégration », des choses dont on ne sait plus ce que cela veut dire. […] C’est le propre même de la jeunesse d’être en errance, de se chercher, savoir qui on est, d’où l’on vient, etc. Finalement, le narrateur, tout ce qui lui arrive, le chagrin causé par la fin de son premier grand amour et la catastrophe de la fin, tout cela fait qu’au final, il sent qu’il peut enfin vivre, il se débarrasse des questions qui le torturaient car il a compris beaucoup de choses. Il retrouve la parole des Ancêtres et la sagesse des défunts, il arrive enfin à surmonter le départ de ce premier amour. Avec toutes ces armes, il part enfin libre dans la vie. Ce livre peut être ainsi vu comme un parcours initiatique. Il n’y a pas de jeunesse perdue, elle se cherche, va de gauche à droite, doute, s’enthousiasme. Et cela concerne la jeunesse du monde entier, pas que celle des « banlieues […] C’est aussi pour cette raison que j’ai voulu écrire ce roman pour montrer que certes il y a de la violence et de la peur, mais au quotidien, il y a aussi de l’amour, des rêves, des gens qui vivent. »

Ce roman est donc très novateur. Mais l’auteur montre que derrière les difficultés, derrière un drame, il faut toujours se relever et cela a un effet positif dans l’ensemble. Il faut seulement avoir le courage de se battre.


Émilie, 1ère année Bib.-Méd.

 

 

 

Wilfried N'SONDE sur LITTEXPRESS

 

Wilfried-N-Sonde-Le-coeur-des-enfants-leopards-copie-1.gif

 

 

 

 

Articles d'Elise et de Marine sur Le Cœur des enfants léopards.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Repost 0
5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 07:00

Scholastique Mukasonga, L'Iguifou

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Scholastique MUKASONGA
L’Iguifou, Nouvelles rwandaises
Gallimard
Continents noirs, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Scholastique Mukasonga est née en 1956 au Rwanda. Tutsi, son enfance va être marquée par les conflits ethniques qui surgissent au Rwanda. En 1960, sa famille est déplacée dans une région insalubre du Rwanda, Nyamata. En 1973, chassée de l’école d’assistante sociale de Butare, elle se réfugie au Burundi. Elle s’installe en France en 1992.

En 1994, lors du génocide des Tutsi au Rwanda qui fit un million de morts en cent jours, 27 membres de sa famille sont massacrés dont sa mère.

En 2006, elle publie Inyenzi ou les Cafards, un récit autobiographique.

En 2008, paraît La Femme aux pieds nus, hommage à sa mère. Le livre a reçu le prix Seligman contre le racisme.

C’est en 2010 que L’Iguifou, Nouvelles rwandaises est publié. Il a été récompensé par le Prix Paul Bourdarie 2011 de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer.

À travers ces trois œuvres, on note l’importance de la mémoire personnelle et collective d’un peuple meurtri.



L’Iguifou, Nouvelles rwandaises

L’Iguifou, Nouvelles rwandaises est un recueil de cinq nouvelles : « L’Iguifou », « La gloire de la vache », « La peur », « Le malheur d’être belle » et « Le deuil ».

J’ai sélectionné trois nouvelles dont je vais faire l'analyse.

 

 

« L’Iguifou »

 « Puisque, comme moi, parce que tu étais tutsi, tu as été déplacée à Nyamata, tu as connu toi aussi cet ennemi implacable qui gîtait au plus profond de nous-mêmes, ce maître impitoyable auquel nous devions payer un tribut que, dans notre pauvreté, nous étions incapables d'acquitter, ce bourreau inlassable qui tenaillait sans répit nos ventres et brouillait notre vue, tu l'as reconnu, c'est l'Iguifou, la Faim, que nous avions reçu à notre naissance comme un mauvais ange gardien... »

Voilà comment débute la nouvelle. Scholastique Mukasonga s’adresse à nous, elle nous prend à part, nous implique dans son histoire.

À travers cette nouvelle, Scholastique Mukasonga décrit la faim, sensation qui, après un certain temps sans manger, pousse un être vivant à rechercher de la nourriture. Pour un tutsi, c’est comme un habit qui reste collé à la peau. L’Iguifou est vu comme un monstre. Il « ricanait au creux de ton ventre ».

L’auteur décrit ce que l’homme est capable de faire pour combler cette faim, pour survivre. « Balayer la maison, balayer la cour, c’est le premier travail que doivent faire toutes les petites filles au Rwanda » et essayer de dénicher quelques grains de sorgho ou de riz dans les tas de balayures sont les préoccupations de cette petite fille et de sa petite sœur.

Elle raconte comment des parents, et implicitement les siens, passaient leurs journées à essayer de trouver à manger. Lorsqu’ils revenaient à la tombée de la nuit, les petites filles accouraient. S’ils rapportaient quelques patates douces ou une poignée de riz ou de haricots pour leur unique repas du soir, elles avaient de la chance.
 

 

Ce soir-là, aucune nourriture n’avait pu être trouvée. La petite fille est tombée. « Et c’est alors que les lumières se sont allumées (…) elles étaient fraîches, apaisantes » comme si traverser les portes de la mort était une délivrance.



« La gloire de la vache »

Cette nouvelle traite de l’importance de la vache dans la culture tutsi. Les tutsis ont une réelle vénération pour cet animal.


« Une vache, il faut l’appeler par son nom, la flatter, lui parler à l’oreille, chanter ses louanges. Et quand on la conduit chez le chef, on l’orne de guirlandes de fleurs et de parures de perles. »

La première partie de cette nouvelle nous décrit l’enfance de Kalisa dans un récit à la première personne dont Kalisa est le narrateur. C’était avant les conflits ethniques qui ont agité le Rwanda. Kalisa s’occupait des vaches avec son père et ses frères. Elles étaient traitées comme des reines. Ils recueillaient pour elles l’eau fraîche qui préservait de la maladie « et surtout des mauvais sorts ». Tous les bergers du village interprétaient des poèmes en l’honneur des vaches. Des cérémonies leur étaient dédiées tous les soirs. « Les enfants applaudissaient au passage et les femmes poussaient leurs cris de joie. »

« C’était un beau spectacle que cette forêt de cornes que tous les hommes de la colline ne se lassaient d’admirer. »

Tout ce qui est en rapport avec la vache est vénérable. Son lait est considéré comme la boisson suprême. « Il faut toujours tenir un pot à lait avec ses deux mains, par respect, par révérence pour la vache, pour qu’elle ait longue vie ».


Elles apportaient la prospérité.

Mais des vaches, il n’y en avait pas à Nyamata. On entre ainsi dans la deuxième partie de cette nouvelle. Kalisa n’est plus un enfant mais un père. Son fils nous raconte le désarroi que son père et tout son peuple ont eu en se réfugiant dans cette région et en laissant leurs vaches se faire massacrer.

Ils ne boivent plus que l’eau de la source.

Un des villageois avait fait le deuil des vaches en achetant des chèvres. Il était mal vu par tous les habitants. « La honte du village ! » Comment pouvait-on avoir l’audace de remplacer un tel être de vénération ?

L’arrivée de Rukorera va émouvoir tout le village. C’est un tutsi, sa famille et ses vaches qui s’immiscent un moment dans leurs vies. « C’était comme si un peu de Rwanda était venu nous consoler dans notre exil ». Mais ce rêve ne peut durer et il repart avec ses vaches.



« Le deuil »

C’est l’histoire d’une jeune fille qui reçoit une enveloppe au liseré rouge et bleu. « Elle savait déjà ce qu’elle contenait », le génocide avait emporté plusieurs membres de sa famille. Elle va assister aux obsèques du père d’un ami. Pourquoi a-t-elle affirmé qu’elle s’y rendrait ? La mort a emporté toute sa famille, pourquoi se rendre au chevet d’un inconnu ?

C’est dans l’église qu’elle comprend. Dans ce cercueil, elle ne voit pas le père de son amie mais son propre père et ne peut s’empêcher de retenir ses larmes. Tout le monde s’étonne.

Elle va ensuite commencer à se rendre à l’église comme on va chercher son pain à la boulangerie. Quotidiennement, elle assiste à des obsèques. À chaque fois, elle imagine que c’est une personne de sa famille. Elle croit pouvoir calmer sa tristesse envers les siens. Mais c’est faux.

Ne pouvant continuer ainsi, elle va entreprendre un voyage vers son pays natal : un retour aux sources. Il faut qu’un cheminement intérieur se fasse. Elle veut pouvoir faire son deuil elle aussi. Ce qui est difficile lorsqu’on ne peut se recueillir sur la sépulture de ceux qui nous sont cher.

Scholastique Mukasonga n’était pas présente au Rwanda au moment du génocide et a dû comme cette jeune fille faire son deuil. Le recueil s’achève d’ailleurs par une nouvelle intitulée « le deuil » qui semble constituer l’aboutissement d’un long cheminement.





Un message

Toutes les nouvelles de ce recueil sont écrites à la première personne du singulier excepté la dernière, écrite à la troisième personne du singulier. On ne sait si c’est d’elle qu’elle parle ou d’autres personnes qui auraient vécu la même souffrance. C’est en fait un recueil qui a valeur de témoignage, celui de son propre vécu comme celui de tous les tutsis. Le cadre temporel s'étend des conflits ethniques qu'elle a connus enfant jusqu'à la période qui suit le génocide. C'est le quotidien des tutsi qui est décrit ici, elle veut montrer la réalité de ces conflits du point de vue des tutsi.

Scholastique Mukasonga aborde des symboles de son peuple, notamment la vache, importante dans la communauté tutsie. Le  respect pour cet animal est tel qu’au Rwanda, on donne souvent des noms aux enfants en rapport avec des vaches. Le père donne le nom de sa vache favorite.

À travers l'ensemble de son œuvre, Scholastique Mukasonga a voulu rendre hommage à tout un peuple meurtri. Tout au long du recueil, elle emploie des mots de kinyarwanda, langue parlée au Rwanda, dont Iguifou. Écrire est un moyen de perpétuer la mémoire cellede sa famille et celles de toutes les familles tutsies. Elle dénonce de plus l’inconscience des autres pays qui ne croyaient pas au génocide rwandais ; elle dit avec ironie dans la dernière nouvelle : « Oui, il y avait des massacres, comme il y en avait toujours en Afrique »

Enfin, ce recueil est parsemé de touches de poésie. La cruauté des massacres n’est pas décrite. Elle est juste suggérée. On la devine.

J’ai beaucoup apprécié cet aspect. J’envisage de parcourir ses autres œuvres.



Ci-dessous, quelques extraits qui témoignent de l’aspect poétique de cette œuvre et qui, j’espère, vous donneront envie de la lire.

 « Le soleil ne se pressaient pas de descendre vers l’horizon et l’ombre du grand ficus s’allongeaient trop lentement. Parfois pourtant le ciel s’obscurcissait et il était parcouru d’étincelles plus brillantes que les étoiles. Ce n’était pas la nuit, c’était ma vue qui se brouillait » (« L’Iguifou »)

 « C’était un beau spectacle que cette forêt de cornes que tous les hommes de la colline ne se lassaient d’admirer. » (« La gloire de la vache »)

 « Il lui sembla que la petite flamme tremblante et sa crête bleuâtre veillaient sur elle, repoussant les puissances obscures qui la menaçaient » (« Le deuil »)

 

 

Émilie, 2e année Bib.

 

 

Lien vers son site

 http://www.scholastiquemukasonga.net/home/

 

Scholastique MUKASONGA sur LITTEXPRESS

 

scholastique Mukasonga La femme aux pieds nus

 

 

 

 

Article de Johana sur La Femme aux pieds nus.

 

 

 

 

 

 

Scholastique Mukasonga, L'Iguifou

 

 

 

 Article de Sophie sur L'Iguifou.

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 07:00

L'Histoire

Rwanda-carte.gif

http://www.merriam-webster.com/cgi-bin/nytmaps.pl?rwanda

 

Selon la définition de  Larousse.fr, un génocide est un « crime contre l'humanité tendant à la destruction totale ou partielle d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux ; sont qualifiés de génocide les atteintes volontaires à la vie, à l'intégrité physique ou psychique, la soumission à des conditions d'existence mettant en péril la vie du groupe, les entraves aux naissances et les transferts forcés d'enfants qui visent à un tel but. »

Le génocide rwandais est né d’une distinction faite par les colons allemands qui considéraient les Hutu comme inférieurs aux Tutsi. Quand les Belges récupèrent la colonie allemande après la Première Guerre mondiale, ils mettent les Tutsi à la tête du pays, même dans la partie du pays où les Hutu étaient majoritaires.

En 1931, le gouvernement belge impose une carte d’identité comprenant l’appartenance ethnique de l’individu : tutsi, hutu ou twa. Cette carte joue un rôle déterminant dans la discrimination du peuple tutsi qui est contraint à l’exil en 1959. La même année, les Hutu fondent leur propre parti politique, le Parmehutu. Les Tutsi commencent alors à être recherchés et poursuivis ; des massacres isolés ont alors lieu.

On considère que le premier massacre des Tutsi a lieu en 1963 : 8 000 à 12 000 Tutsi auraient été assassinés. En 1972, au Burundi, un massacre perpétré par les Tutsi au sein de l’armée burundaise aurait fait, selon les Hutu, 200 000 victimes hutu. Après ce massacre, le premier président du Rwanda, Grégoire Kayibanda, souhaite réunifier le Rwanda contre la menace tutsi. C’est ainsi que les enseignants tutsi sont peu à peu renvoyés des écoles et les institutions scolaires deviennent des lieux de massacre de Tutsi.

En 1973, Juvénal Habyarimana prend le pouvoir après un coup d’état. Pour apaiser les consciences européennes devenues curieuses, la France comprise, le président rwandais passe des accords avec les pays européens pour la coopération militaire. Dans les années 1980, le Rwanda dispose d’un quota de Tutsi à avoir dans le secteur administratif et les massacres de Tutsi restent légaux.
 
Les auteurs qui se sont intéressés au génocide rwandais considèrent que si le génocide a pu se dérouler aussi rapidement c’est notamment à cause d’un conditionnement des esprits réalisé par le gouvernement. De plus, les médias hutu ont joué un rôle déterminant dans la préparation de ce génocide en diffusant des messages de haine envers les Tutsi.
 
Le génocide trouve son origine dans l’attentat commis le 6 avril 1994 contre l’avion du président rwandais transportant également le président burundais (à ce jour, on ignore encore qui sont les responsables de cet attentat). Les spécialistes considèrent également qu’un premier massacre a déjà eu lieu en 1959, la « Toussaint rwandaise », qui a fait des dizaines de milliers de morts. Les colons belges se sont rendu compte que les Tutsi, à qui ils avaient confié le pouvoir, réclamaient leur indépendance et ont laissé les Hutu gérer la situation. Une campagne médiatique, relayée par la Radio des Mille Collines dans les années 1960, stigmatisait déjà les Tutsi.
 
Le lendemain de l’attentat, la première ministre rwandaise, Agathe Uwilingiyimana, est assassinée, ainsi que le commando chargée de la protéger. Dès ce jour et pendant trois mois, les massacres sont organisés dans tout le pays. Toutefois, les historiens considèrent que les rebelles ont pris une semaine pour s’organiser, mettant en échec les forces armées rwandaises qui tentaient d’arrêter le massacre.

« Abattez les grands arbres »

Suite à l'annonce de l'attentat, la radio des Mille Collines, radio hutu, diffuse sur ses ondes le signal du début du génocide. Pendant près de trois mois, la radio et la télévision des Mille Collines encouragent le génocide, n'hésitant pas à révéler où les Tutsi se cachent. Le nombre de victimes dénombrées par le Rwanda est d’un million de personnes et huit cent mille pour l'ONU. La cruauté fut extrême.

Il y eut quelques tentatives pour mettre fin au génocide mais elles ont toutes échoué. Le 30 avril 1994, Le FPR (Front Patriotique Rwandais) publie un communiqué demandant aux forces internationales de ne pas intervenir puisque le génocide serait presque terminé. Pourtant, les massacres ne s'achèvent réellement qu'en juillet et les historiens estiment que 80% des massacres ont été accomplis courant mai. Malgré les nombreuses tentatives pour mettre fin au génocide, les assassinats ne s’arrêteront qu’en juillet 1994. On estime que le nombre de victimes tutsi et hutu modérés (ceux qui étaient contre ce génocide ou aidaient les Tutsi) dépasse le million de morts. Ce manque de précision résulte du fait que bon nombre des victimes ont été enterrées ou jetées dans les rivières, rendant difficile le macabre décompte.



Journalisme et littérature

Une abondante littérature de témoignages et d'essais historiques s’est développée après le génocide. Ces rescapés du génocide, parfois des acteurs, veulent accomplir par l'écriture leur devoir de mémoire et faire partager au monde les souffrances qu'ils ont vues et vécues ou faire éclater des vérités parfois contestées, tant les clivages de ce génocide sont encore présents.

Il est difficile d’obtenir un témoignage extérieur, totalement objectif, sur le génocide rwandais. Prendre de la distance par rapport au conflit serait être passif et prendre part au crime. De plus, les différents témoins, journalistes, survivants peuvent difficilement rester objectifs devant les faits, la nature de ce qu’ils ont observé et vécu sur le terrain.

Une première forme serait le reportage écrit. Il s’agit ici de faire connaître l’événement par l’aspect catastrophique et scandaleux. On emploie une forme narrative longue pour recomposer les faits, avec des conversations restituées, des citations, des documents d’archives et des témoignages. L’auteur y ajoute des réflexions personnelles. Cela devient une forme de récit bouleversant, mais ne constitue pas vraiment une forme littéraire. Un exemple : Stories from Rwanda, Philip Gourevitch.

Patrick-Saint-Exupery-L-inavouable.gif

Certains journalistes présents sur le terrain ont aussi écrit une forme de témoignage. Patrick Saint-Exupery, journaliste connu qui a aussi couvert de nombreux événements – au Cambodge, au Togo, au Liberia, etc. – a écrit L’Inavouable, sur le massacre rwandais. L’ouvrage, adressé au ministre des Affaires étrangères, s’intéresse surtout à la responsabilité de la France pendant le conflit, notamment lors de l’opération Turquoise (opération de l’ONU menée par des forces françaises et visant à mettre un terme au conflit). C’est donc un ouvrage politique. L’auteur s’appuie sur des témoignages de militaires pour énoncer les faits. Il ne s’agit pas ici de faits d’actualité, mais de la reconstitution de la vie des témoins et de leurs points de vue sur le conflit. L’ouvrage et donc subjectif et engagé.


Emmanuel-Goujon-Un-dimanche-a-la-piscine-de-Kigali.gif

 

D’autres auteurs comme Emmanuel Goujon, dans Nouvelles du génocide français, fictions, préfèrent utiliser la fiction pour rendre compte du génocide. L’auteur s’inspire de récits de survivants, à partir desquels il imagine les ressentis, la souffrance. Les faits se mêlent à la sensibilité de l’auteur qui ne prétend pas ici à l’authenticité, il cherche ici à témoigner différemment.

Gil Courtemanche est un journaliste et écrivain québécois. Il s'est intéressé à la politique étrangère, particulièrement en Afrique : Un dimanche à la piscine à Kigali. La forme de la fiction permet à l'auteur de renforcer l'humanité des victimes, de leur donner un visage, alors que l'utilisation de témoignages lui permet de s'appuyer sur des faits précis, et de donner plus de crédibilité, plus de réalisme à l'histoire. C'est le livre engagé d'un observateur occidental qui pourtant place le « Blanc » comme acteur indirect du génocide par sa passivité.

 

Boubacar-Boris-Diop-Murambi-Le-livre-des-ossements.jpg

 

 

 

 

Boubacar Boris Biop, Murambi, le livre des ossements.

Si l’auteur adopte la forme de la fiction, c’est pour mieux être dans la tête du tueur, pour à l’imagination de donner une image à celui-ci, à partir de témoignages recueillis par les victimes, pour rester au plus près de la réalité

Tierno Monenembo L Aine des orphelins

 

 

 

 

 

 

 

 

Tierno Monenembo, L’Aîné des orphelins.
L’auteur s’inspire dans cet ouvrage d’un fait réel, mais utilise la forme de la fiction pour restituer son interprétation du génocide.

 
Lire  la fiche de lecture d'Anaïs.

 

 

 

 

 

 

 

Yolande Mukagasana

Yolande MukagasYolande-Mukasanaga-Rwanda-n-aie-pas-peur-de-savoir.gifana est un auteur rwandais qui a participé activement à la mémoire du génocide à travers la littérature. Infirmière anesthésiste au centre hospitalier de Kigali, en 1994, elle est victime du génocide rwandais. Elle y perd ses trois enfants, son mari, son frère et ses sœurs. C’est en Belgique, qu’elle se retrouve après quatre mois d’errance. Un travail d’écriture lui permet alors d’honorer la mémoire du génocide. Elle reçoit en 2002 le prix Colombe pour la paix, à Rome. Elle aujourd’hui la nationalité belge.

Elle est l’auteur et coauteur de quatre ouvrages, écrits en français. La mort ne veut pas de moi (avec Patrick May en 1997) et N’aie pas peur de savoir- Rwanda : une rescapé tutsi raconte (1999) sont deux ouvrages autobiographiques, inspirés de son expérience du génocide Rwandais. Elle participe également à un ouvrage témoignage, proche du documentaire : Les Blessures du silence. Témoignages du génocide au Rwanda (2001) en collaboration avec Médecins sans frontières. En 2003 elle publie un recueil de contes : De bouche à oreille. Le théâtre est aussi un moyen de témoigner de son expérience. Elle coécrit avec Jacques Delcuvellerie et le Groupov, la pièce de théâtre Rwanda 94.
 
« N'aie pas peur de savoir »
« Je leur raconte mon histoire. C'est la première fois que j'écris mon histoire. C'est la première fois que je découvre vraiment que le temps est irréversible et que les morts ne reviendront plus. Mais je ne suis pas Écrivain. Le stéréotype, il n'y a que ça qui sort de ma tête. »
Veronique-Tadjo-L-ombre-d-Imana.gif


Véronique Tadjo
Véronique Tadjo est poète, romancière et peintre française, de père ivoirien. Elle est publiée en France aux éditions Actes Sud. Elle a vécu une grande partie de sa vie sur le continent Africain. Son œuvre littéraire est grande et diversifiée. Elle ne s’attache pas uniquement au devoir de mémoire du génocide rwandais. Elle n’a d’ailleurs pas vécu cette tragédie.

Son parcours universitaire explique en partie son intérêt pour l’Afrique et son histoire. C’est à Abidjan puis à Paris, à la Sorbonne qu’elle étudie le domaine anglo-américain. Elle est par la suite, auteur d’une thèse portant sur le processus d’acculturation des Noirs à travers l’esclavage. Après avoir enseigné l´anglais au lycée moderne de Korhogo dans le Nord de la Côte d´Ivoire, elle a occupé le poste d´assistante au département d´anglais de l´université nationale de Côte d´Ivoire.

Ses ouvrages abordent son histoire familiale, l’histoire africaine avec notamment le génocide rwandais. Suite à une conférence réalisée au Rwanda en 1998, Véronique Tadjo prend conscience des ravages du génocide rwandais. Dans son ouvrage L´ombre d´Imana - voyages jusqu´au bout du Rwanda, elle publie son témoignage et ceux de nombreuses victimes.

« Je partais avec une hypothèse : ce qui s'était passé nous concernait tous. Ce n'était pas uniquement l'affaire d'un peuple perdu dans le cœur noir de l'Afrique. Oublier le Rwanda après le bruit et la fureur signifiait devenir borgne, aphone, handicapée. C'était marcher dans l'obscurité, en tendant les bras pour ne pas entrer en collision avec le futur. »

On peut également citer d’autres ouvrages centrés sur l’Afrique et/ou sur son histoire personnelle : Latérite (1984) ; Champs de Bataille et d´Amour, Présence Africaine (1999) ; Reine Pokou - concerto pour un sacrifice (2004) ; Loin de mon père (2010). Des ouvrages pour la jeunesse composent aussi son œuvre.

Elle a reçu de nombreux prix récompensant son œuvre. Notamment le prix littéraire de l´Agence de Coopération Culturelle et technique en 1983, ainsi que celui du Grand Prix d´Afrique Noire en 2005.

Reverien-Rurangwa-Genocide.gif

Réverien Rurangwa
 Réverien Rurangwa est un auteur rwandais, qui écrit essentiellement des témoignages sur le génocide. Un événement qu’il a vécu. Seul rescapé d’une famille de 44 personnes, il est recueilli par l’association « Sentinelles » , après avoir subi de nombreuses mutilations. Il est rapatrié en Suisse pour une convalescence de trois mois. Il revient dans son pays en 1996 pour essayer de retrouver des membres de sa famille même si son retour est risqué. Ses agresseurs ont été libérés par la justice et désirent se venger. Menaces et agressions deviennent alors quotidiennes.

Son ouvrage-témoignage, Génocidé, exprime avec violence et vérité une tragédie qui a marqué sa vie et l’histoire de tout un pays. Il fut publié en 2006.

Révérien Rurangwa, 27 ans, est aujourd'hui réfugié en Suisse, où il se bat pour rendre hommage aux victimes, obtenir réparation pour les rescapés, et justice alors que des milliers de criminels demeurent impunis. Cependant, la nationalité suisse ne lui a toujours pas été accordée. Son statut de réfugié l’empêche de travailler et de d’obtenir un diplôme. Un comité de soutien a été mis en place pour permettre sa naturalisation.

« Depuis que, le 20 avril 1994, vers 16 heures, je fus découpé à la machette avec 43 personnes de ma famille sur la colline de Mugina, au cœur du Rwanda, je n'ai plus connu la paix. J'avais 15 ans, j'étais heureux. Le ciel était gris mais mon cœur était bleu. Mon existence a soudainement basculé dans une horreur inexprimable dont je ne comprendrai probablement jamais les raisons ici-bas. Mon corps, mon visage et le plus vif de ma mémoire en portent les stigmates, jusqu'à la fin de ma vie. Pour toujours. »
Annick-Kayitesi-Nous-existons-encore.jpg


Annick Kayitesi

Annick Kayitesi est née au Rwanda en 1979. Le génocide lui enlève sa mère. Elle et sa sœur survivent et se retrouve expatriées en France. Le rapport qu’elle entretient avec l’histoire de son pays est pendant longtemps très conflictuel. A l’âge adulte, elle retourne au Rwanda par deux fois. Ce n’est que lors de sa seconde visite qu’elle prend conscience de son rôle à jouer pour la mémoire de sa famille et du pays.

En 2004, elle publie aux éditions Michel Lafon Nous existons encore, un ouvrage autobiographique. Deux autres auteurs collaborent à l’ouvrage : Albertine Gentou (romancière) et André Glucksmann (philosophe et essayiste). Annick Kayitesi vit aujourd’hui en France.

 

 

 

 

 

scholastique Mukasonga La femme aux pieds nus

 

Scholastique Mukasonga

Scholastique Mukasonga est un auteur rwandais francophone. La mémoire du génocide conditionne l’ensemble de son œuvre littéraire. Sa vie est fortement marquée par cette période. Après la déportation de sa famille, elle reste la seule survivante. Elle poursuit des études et réussit le concours d’entrée à l’école d’assistante sociale de Notre-Dame de Citeaux à Kigali. Elle finit par quitter le Rwanda en 1973. Elle rencontre un ethnologue français avec qui elle se marie. Elle est aujourd’hui assistante sociale en Normandie.

Elle retourne au Rwanda deux fois, en 1986 et en 2004. C’est douze ans après qu’elle publie chez Gallimard, un récit autobiographique : Invenzi ou les cafards, au sein de la collection consacrée à la littérature africaine francophone, « Continents Noirs ». Par la suite elle publiera trois ouvrages chez le même éditeur : en 2008,  La femme aux pieds nus (qui remporte le prix Seligmann), L’Iguifou en 2010 et Notre-Dame du Nil en 2012.
Venuste-Kayimahe-les-coulisses-du-genocide.gif


Vénuste Kayimahe
 
Il s'est exilé en France lors du génocide, où il a été rejeté. Il a alors émigré vers le Kenya. À la fin du génocide, il a réintégré son poste au Centre culturel français. Il a été licencié quelques mois plus tard pour son absence trop longue. Il parle de la corruption des hutus. L'auteur travaillait dans le centre culturel français de Kigali. Son témoignage est avant tout politique. Il montre dans son témoignage, la montée de la haine raciale, les collusions entre les deux régimes (Rwanda/France), la trahison française lors du génocide et l'abandon du personnel rwandais. Il écrit des essais historiques sur le génocide comme témoin privilégié de l’opération militaire française « Amaryllis », décrivant ce qu'il a vu et perçu des coulisses (françaises) du génocide.

 

 

 

 

 Élodie, Justine, Marlène, Bastien, 2e année Ed.-Lib.


Sitographie
 
 http://www.bibliomonde.com/auteur/jean-hatzfeld-160.html (Jean Hatzsfeld)
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Hatzfeld_%28journaliste%29 (Jean Hatzsfeld)
 
 http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=17361
 http://www.africultures.com/php/index.php?nav=personne&no=3322
 http://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9nocide_au_Rwanda (historique)
 http://etonnants-voyageurs.com (Scholastique Mukasonga)
 http://marc.oberle.pagesperso-orange.fr/genocide-rwanda.html
 http://www.veroniquetadjo.com
 http://www.babelio.com/auteur/Reverien-Rurangwa/6292
 http://vegane.blogspot.com

Bibliographie
 
Une saison de machettes, Jean Hatzfeld
Dans le nu de la vie. Récits des marais rwandais, Jean Hatzsfeld
L’Ombre d’Imana. Voyage jusqu’au bout du Rwanda, VéroniqueTadjo
France-Rwanda : les coulisses du génocide. Témoignage d’un rescapé, Venuste Kayimahe,
Rwanda : le génocide, de Gérard Prunier
Rwanda, le réel et les récitsKatherine Coquio
L’inavouable, Patrick Saint-Exupéry

 


Repost 0
Published by Elodie, Justine, Marlène, Bastien - dans Littératures africaines
commenter cet article
3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 07:00

Courte présentation du pays des mille collines
Rwanda-drapeau.png
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nom officiel : République du Rwanda

Nature du régime : présidentiel

Chef de l’Etat : Paul KAGAME

Capitale : Kigali

Langue(s) officielle(s) : anglais, français, kinyarwanda

Langue(s) courante(s) : kinyarwanda, Swahili

Population : 10 473 000 millions d’habitants

Taux d’alphabétisation : 65 % (BAD, 2008)

Religion(s) : Catholiques (56,5% en 2001) ; Protestants (26%) ; Adventistes (11,1%) ; Musulmans (4,6%) ; croyances indigènes (0,1%) ; autres (1,7%)

Part des principaux secteurs d’activités dans le PIB :
agriculture : 39,2%
industrie : 14,8 %
services : 46 %



Le Rwanda à partir des génocides de 1994

6 Avril 1994, massacre des leaders hutu et génocide des tutsi après l’attentat contre le président hutu Habyarimana. Les expatriés occidentaux quittent le Rwanda ; la France et la Belgique déclenchent deux opérations militaires pour les évacuer.

8 avril 1994, gouvernement provisoire dirigé par Théodore Sindikubwabo, Jean Kambanda et des extrémistes hutu.

15 avril 1994, départ des casques bleus qui étaient au Rwanda depuis quelques mois. En 3 mois, un million de personnes meurent, victimes des milices hutu.

Juin 1994, une « zone humanitaire sûre » est créée par les militaires français (opération Turquoise) à l’ouest du Rwanda. Le Front patriotique rwandais reprend petit à petit la zone contrôlée par le gouvernement génocidaire, jusqu’à la chute de Kigali. Le FPR reprend le pouvoir, et environ 1,5 millions de Hutu fuient vers le Zaïre et la Tanzanie.

Août 1994, l’armée française quitte le pays et laisse la place aux casques bleus africains. Un gouvernement de transition est créé et durera jusqu’en 1999. Durant cette période, après les massacres, d’autre maux touchent la population rwandaise : insécurité des frontières, pillages, destructions des biens et pauvreté.

Avril 2000, le président et les ministres du gouvernement provisoire quittent leurs fonctions. Paul Kagame (d’origine Tutsi) est choisi pour devenir le président de la République du Rwanda.

Septembre 2003, Paul Kagame est élu président de la République.

Janvier 2012, une expertise française démontre que les missiles ayant touché l’avion du président du Rwanda en 1994 n’a pas été tiré par des hommes tutsis, mais qu’ils ont été tiré depuis un camp militaire de hutus. Des proches de Paul Kagame, qui dirigeaient la rébellion des tutsis, sont donc mis hors de cause.


Les textes traditionnels du Rwanda

L’importance de la tradition orale.

L’abbé Alexis Kagame est l’un des premiers à travailler sur les textes à tradition orale dans les années 1930, après avoir découvert pendant ses études au Grand Séminaire de Kabgayi (transféré à Nyakibanda en 1936) la poésie guerrière et dynastique du Rwanda. Il a distingué dans cette littérature orale très riche et originale deux catégories : les textes de tradition royale, et ceux de tradition populaire.

La tradition des textes oraux a une place importante dans l’histoire de la littérature rwandaise, et sa transmission a été aisée durant l’époque de l’ancien royaume du Rwanda. Les textes ont pu être sauvegardés grâce au travail d’Alexis Kagame et grâce à la création de centres de recherches. En effet, l’expansion de l’écrit et le développement de l’éducation européenne tendaient à faire disparaître petit à petit cette littérature liée à la civilisation ancienne. Cette tradition orale a été très importante pour le Rwanda car, avant l’arrivée de l’écriture, le pays comptait sur ses spécialistes en histoire et ses conteurs pour transmettre l’histoire et la culture du Rwanda, grâce entre autres aux ibisigo. Les ibisigo sont des poèmes historiographiques qui aujourd’hui sont les sources les plus importantes pour connaître l’histoire du Rwanda au temps des dynasties.


Les textes de tradition royale.

Alexis Kagame distingua donc la littérature de tradition royale du Rwanda précolonial, qu’il appelle iby'ibwami, des textes populaires appelés ibyo muri Rubanda. Cependant, cette distinction n’est quelquefois pas si aisée à faire. On peut quand même citer dix textes « officiels » qui concernent la vie à la cour et l’histoire du pays :

  • Le code cérémonial de la dynastie, Ubwiru
  • Le poème généalogique de la dynastie, Ubucura-bwenge
  • La poésie dynastique, ibisigo
  • La poésie guerrière épique, ibitekerezo
  • Des chants guerriers, indilimbo z’Ingabo
  • La poésie guerrière lyrique, ibyivugo
  • Un texte : « les armées sociales », ingabo
  • Un texte : « les armées bovines », imitwe y’Inka
  • La poésie pastorale, amazina y’Inka
  • L’histoire des familles, ibitekerezo by’Imiryango


Les trois premiers textes cités sont les plus importants. Tous ont construit la tradition du Rwanda, ils relatent la vie et les faits de tous les rois dans l’ordre chronologique, ainsi que les rites à respecter à la cour du roi du Rwanda. Ils ont la caractéristique d’être figés, car ils étaient appris par cœur et transmis à la génération future tels quels, sans changement, sauf bien sûr quand il fallait les enrichir de nouveaux faits. Ces tâches d’apprendre, d’enrichir et de transmettre les textes étaient confiées à certaines familles. Elles  n’avaient aucun droit pour modifier les textes, et elles étaient toujours sous le contrôle des rois.


Les textes de tradition populaire.

À côté des textes royaux officiels existent une myriade de textes dits « de tradition populaire ». Il ne s’agit pas d’une distinction qualitative, ceux de tradition populaire ne sont pas de moindre qualité que ceux de la cour. Simplement, les textes de cour sont contrôlés par le roi et sont très structurés, alors que les textes de tradition populaire font place à l’imagination, à la création, et donc à des modifications possibles. Cette littérature orale n’a presque pas été étudiée, contrairement aux textes royaux longuement étudiés par Alexis Kagame. Cependant, on peut distinguer  quelques genres :

  • Des histoires des grandes familles du Rwanda : Amateka y'Imiryango.
  • Des poésies héroïques : Ibyivugo
  • Des hymnes héroïques et de la musique militaire : Indirimbo z'Ingabo
  • Des poésies pastorales : Amazina y'inka
  • De la poésie cynégétique (= sur le thème de la chasse) : Imyasiro
  • Des proverbes et des dictons : Imigani
  • Des énigmes et des devinettes : Ibisakuzo
  • Des chants accompagnés d’un instrument à cordes traditionnel : Inanga
  • Des chansons d'amour, berceuses, louanges, etc.



Liste d’auteurs rwandais du XXe et du XXIe siècle.

 Alexis Kagame (1912-1981)

Alexis Kagame est un prêtre professeur de littérature et d’histoire au Rwanda, qui a réalisé beaucoup de travaux sur les textes de tradition orale. Voici quelques écrits de Kagame :

  • Bref aperçu sur la poésie dynastique du Rwanda. Bruxelles, Éditions universitaires, 1950.
  • La divine pastorale, Bruxelles, Ed.du Marais, 1952
  • La naissance de l'Univers, (Deuxième veillée de « La divine pastorale »), Ed. du Marais, 1955
  • L'histoire des armées-bovines de l'ancien Rwanda, ARSC, 1961.
  • Introduction aux grands genres lyriques de l'ancien Rwanda. Butare, Éditions universitaires du Rwanda, 1970.



Gilbert Gatore (1981-)

 http://www.lefigaro.fr/livres/2008/07/04/03005-20080704ARTFIG00309-gilbert-gatorede-l-enfer-du-rwanda-a-hec.php

Rwanda-Gilbert-Gatore.png
Il est édité chez Phébus (2008) et en format poche chez 10/18.

Cet auteur a reçu le prix Ouest France-Étonnants Voyageurs en 2008 pour son livre Le Passé devant soi. Ce roman parle de la vie de deux personnages qui ont subi des traumatismes, et se base sur une seule question : que peut-on faire lorsqu’il est trop tard ? Les deux personnages répondront différemment à cette question. À aucun moment ce livre ne cite l’Afrique et le Rwanda, même si l’on sait que l’action se déroule dans ce pays.  Pour justifier ce choix, Gilbert Gatore a déclaré : « Je ne veux en aucun cas être le énième petit Rwandais à témoigner du génocide. Je n'ai rien de plus à dire sur ce drame que ce que j'ai mis dans mon livre. Le reste appartient à l'intime. »

Gilbert Gatore est né au Rwanda en 1981. En 1997, il fuit son pays avec sa famille et s’installe en France. Durant cette période, il tient un journal mais des douaniers le lui confisquent au Zaïre. Arrivé en France, il essaiera de le reconstituer mais abandonne finalement. Le Passé devant soi est son premier roman publié.

Voici le résumé

Isaro, enfant d'Afrique adoptée en France, voit son insouciance se fêler le jour où les nouvelles terrifiantes de son pays d'origine se mettent à tonner trop fort. Niko est un simple d'esprit qui vit caché dans une grotte peuplée de grands singes, depuis la fin de la guerre civile qui a ravagé son village. L'une voudrait comprendre ce que l'autre tente d'oublier.



Scholastique Mukasonga

Site de l’auteur :  http://www.scholastiquemukasonga.net/home/bio

Scholastique Mukasonga est née en 1956 au Rwanda. Elle subit durant toute son enfance les conséquences des conflits ethniques au Rwanda (violences, déplacements de population, humiliations). En 1773, elle doit s’exiler au Burundi, et elle arrive en France en 1992. En 1994, 27 membres de sa famille, dont sa mère, meurent dans le génocide.

Elle a publié à ce jour trois livres dans la collection Continents Noirs des éditions Gallimard :

Inyenzi ou les Cafards, en 2006.

La femme aux pieds nus, en 2008, qui a reçu le prix Seligmann 2008 « contre le racisme, l’injustice et l’intolérance ».

L’Iguifou, Nouvelles rwandaises, en 2010, qui a reçu le prix Renaissance de la nouvelle de 2011.

Notre-Dame du Nil en 2012

Rwanda-Scholastique-Mukasonga.png
L’Iguifou qui rassemble cinq nouvelles se déroulant toutes au Rwanda. Scholastique Mukasonga n’a pas choisi une tonalité tragique, mais plutôt un humour subtil. Son écriture est empreinte de poésie.

« L’Iguifou («igifu» selon la graphie rwandaise), c’est le ventre insatiable, la faim, qui tenaille les déplacés tutsi de Nyamata en proie à la famine et conduit Colomba aux portes lumineuses de la mort… Mais à Nyamata, il y a aussi la peur qui accompagne les enfants jusque sur les bancs de l’école et qui, bien loin du Rwanda, s’attache encore aux pas de l’exilée comme une ombre maléfique… Kalisa, lui, conduit ses fantômes de vaches dans les prairies du souvenir et des regrets, là où autrefois les bergers poètes célébraient la gloire des généreux mammifères… Or, en ces temps de malheur, il n’y avait pas de plus grand malheur pour une jeune fille tutsi que d’être belle, c’est sa beauté qui vouera Helena à son tragique destin… Après le génocide, ne reste que la quête du deuil impossible, deuil désiré et refusé, car c’est auprès des morts qu’il faut puiser la force de survivre. »

Deux fiches de lectures complètes sont disponibles sur le site Littexpress :

La femme aux pieds nus :   http://littexpress.over-blog.net/article-scholastique-mukasonga-la-femme-aux-pieds-nus-71219263.html

L’Iguifou, nouvelles rwandaises :  http://littexpress.over-blog.net/article-scholastique-mukasonga-l-iguifou-nouvelles-rwandaises-98429875.html



Esther Mujawayo (1958 - )

 http://aflit.arts.uwa.edu.au/MujawayoEsther2.html

Esther-Mujawayo-sur-vivantes.gif

 

Esther Mujawayo est née au Rwanda en 1958, elle est d’origine tutsi. Elle était dans son pays au moment du génocide, elle a survécu avec ses trois filles. Elle vit actuellement en Allemagne, où elle exerce la profession de psychothérapeute, entre autres pour traiter les traumatismes psychiques.

Ses deux livres sont des témoignages de sa vie, du Rwanda à son arrivée au Rwanda :

Survivantes, 2004, éditions de l’Aube. Réédition poche Métis Presses, 2011.

La Fleur de Stéphanie, 2006, éditions Flammarion.

Les deux livres ont été coécrits avec une journaliste, Souâd Belhaddad, qui a étudié les ressemblances entre la Shoah et les génocides actuels.



Vénuste Kayimahe (1950 -)
 http://www.legrandjournal.com.mx/actu-mexique/venuste-kayimahe-rescape-rwandais-et-ecrivain

Vénuste Kayimahe est un écrivain tutsi qui a échappé au génocide de 1994 en se réfugiant au Kenya. En 1999, il ressent le besoin d’écrire et de témoigner. Il s’engage donc dans un programme : « Rwanda, Écrire  par devoir de mémoire ». Il publie en 2002 son livre France-Rwanda : les coulisses du génocide, témoignage d’un rescapé pour lutter entre autres contre le négationnisme du génocide rwandais et pour faire reconnaître la responsabilité de hauts fonctionnaires français. Il collabore ensuite avec Robert Genoud, réalisateur, pour adapter son livre sous la forme d’un documentaire vidéo qui s’intitule Rwanda – Récit d’un Survivant (la vidéo est disponible en trois parties sur Dailymotion  http://www.dailymotion.com/video/x6lkpj_1-rwanda-recit-d-un-survivant_news).

Vénuste Kayimahe écrit en ce moment son premier roman qui s’intitulera La chanson de l’aube.



Annick Kayitesi (1979 -)
http://aflit.arts.uwa.edu.au/KayitesiAnnick.html

Annick Kayitesi est partie en 1994 du Rwanda, où elle vivait dans un orphelinat avec sa sœur depuis la mort de sa mère, tuée durant le génocide. Elle arrive donc en France et y vit toujours. Cependant, elle a fait de nombreux voyages au Rwanda à partir de ses années d’études universitaires. Elle a écrit un seul livre pour le moment, Nous existons encore, publié en 2004 par les éditions Michel Lafon.



Yolande Mukagasana (1954-)
http://www.africultures.com/php/index.php?nav=personne&no=3322

Cette Rwandaise se réfugie en Belgique après la mort de son mari et de ses trois enfants en 1994. Elle décide rapidement de témoigner et de lutter contre le racisme entre ethnies dans son pays natal. Elle a donc écrit :

La mort ne veut pas de moi, 1997, éditions Fixot.

N'aie pas peur de savoir, 1999, éditions Robert Laffont

Les blessures du silence, 2001, éditions Actes Sud. Ce livre a été réalisé avec un photographe, Alain Kazinierakis, et regroupe 70 témoignages de Rwandais pendant le génocide.
Rwanda-Groupov.png
En 2000, elle a également écrit avec la compagnie de théâtre Groupov (qui regroupe des artistes de toutes disciplines et de toutes nationalités) une pièce de théâtre intitulée Rwanda 94. La pièce a été jouée pendant plus de quatre ans dans le monde entier et elle a eu un grand succès. Elle a été jouée au Rwanda en 2004, à l’occasion des commémorations du dixième anniversaire du génocide.


À travers ces quelques auteurs rwandais, nous pouvons nous apercevoir que l’écriture actuelle des Rwandais connus en France est profondément marquée par l’histoire récente de leur pays d’origine. Les témoignages et les romans s’inspirant des événements qu’ils ont vécus sont nombreux.



Des auteurs étrangers ont également écrit sur le Rwanda, dans différents genres.

Tierno Monenembo est un auteur guinéen, reconnu internationalement. Il a abordé le sujet rwandais dans un roman paru en 2000 aux éditions du Seuil, L’aîné des orphelins. Une fiche de lecture sur ce livre est disponible sur Littexpress :  http://littexpress.over-blog.net/article-tierno-monenembo-l-aine-des-orphelins-71304753.html

Ivan Reisdorff (1913-1981) est un auteur européen, qui a écrit un roman policier ayant pour thème le Rwanda. Il a travaillé de nombreuses années au Rwanda. Avec son roman L’Homme qui demanda du feu paru aux éditions Labor, il a voulu donner sa vision du pays, et témoigner de sa vie au Rwanda.

Jean-Philippe Stassen est un dessinateur et scénariste belge. En 1997, il va au Rwanda et découvre la réalité du génocide. Il décide de réaliser des bandes dessinées plus engagées, et en 2000 publie Déogratias, puis Pawa en 2002.


Armelle, 2e année Éd.-Lib.

 

 

Sources

Histoire du Rwanda pré-colonial, Bernardin MUZUNGU, éditions l’Harmattan, 2003.

Rwanda : le réel et les récits, Catherine Coquio, éditions Belin, 2004

 http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo/rwanda/presentation-du-rwanda/article/presentation-10623

 http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo/rwanda/presentation-du-rwanda/article/geographie-et-histoire-81186

 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1964_num_19_6_421273

http://webspinners.com/Gakondo/index.php.fr


http://books.google.fr/books?id=SU2GHG8Pw94C&pg=PA11&lpg=PA11&dq=transmission+orale+rwanda&source=bl&ots=OT4rq3LrDV&sig=XzperaAwe4tBUvi5yiRLY4lFSbc&hl=fr&sa=X&ei=t_IoT7WUHoi3hQfm3bHEBQ&ved=0CFoQ6AEwBw#v=onepage&q=transmission%20orale%20rwanda&f=false

 


Repost 0
2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 07:00

Daniel-Biyaoula-Agonies-copie-1.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Daniel BIYAOULA
Agonies
Présence Africaine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans une banlieue parisienne plutôt sombre, Parqueville, où « vous pouviez vous révolter en même temps que vos yeux se mouillaient », deux tribus se côtoient et se trouvent difficilement, hormis dans dans une histoire d'amour qui fera parler d'elle, entre Gislaine et Camille. Dans un même temps, changement de génération, deux adolescents s'éprennent l’un de l’autre, Maud et Guy que nous suivrons aussi dans ce roman de Daniel Biyaoula.

253 pages fourmillant de personnages qui nous font découvrir le monde complexe de l'immigration. Camille s'est réfugié en France espérant comme tous ceux de sa génération trouver en Elle, Grande France, le pouvoir et l'argent. Il déchante très vite, finissant son itinéraire en France dans la rue... Un noir d'une autre tribu lui viendra en aide, Bernard, ami fidèle pour un temps.

Gislaine s'est retrouvée en France pour d'autres raisons ; elle a suivi sa famille. Elle est attachée à ce pays, elle aime l'indépendance des femmes d'ici, ce qui ne peut que déplaire à sa famille ; la « femme moderne » qui se défrise les cheveux et tente par tous les moyens de se blanchir la peau contrevient aux usages familiaux. Ce qu'implique la modernité pour une femme africaine, « être libre de disposer de sa personne », Gislaine l'a bien compris.

Camille et Gislaine s'attachent l’un à l’autre mais se retrouvent seuls contre tous ; ils ne sont pas faits pour s'aimer, l'un venant de Ntchikafua, l'autre de Kinshaduala... Deux tribus qui s'affrontent depuis toujours au pays comme dans Parqueville. Aloutons-y Nsamu, un troisième personnage, amoureux fou de Gislaine. Un trio mouvant et turbulent, qui ne cessera de nous distraire, en nous entraînant vers un fin rocambolesque.

Pour Guy et Maud, l'histoire est plus complexe. Le père de Maud interdit cet amour d'un Blanc pour sa fille. S'ensuivent de nombreuses ruses pour pouvoir vivre cet amour, même caché. C'était sans compter qu'ils seraient découverts... « Il hurla tout en la ruant de coups. Et pas des gifles ! Mais de ceux qu'il donnerait à un gars ! » Maud est envoyée au pays, réponse simple aux mécontentement familiaux, réponse douloureuse pour celle qui voyait Gislaine comme une amie, qui admirait sa modernité ; Maud est prise au piège de la tradition, elle aussi...

Dans ces deux histoires imbriquées, la différence de culture fait loi, interdit tout mélange et anime tous les débats. Daniel Biyaoula montre avec une plume affûtée la violence des individus entre eux quand il s'agit de traditions. Il ne nous parlera pas ici d'acculturation, mais de conflits d'actualité qui opposent les peuples. La véhémence est partout chez Biyaoula, dans l'écriture, dans l'atmosphère ; dénote-elle un mal de vivre ? C'est dans un bouillonnement de mots, d'enchaînements rapides, de personnages multiples qu'il nous livre son histoire, impétueuse, vivace et forte. L'auteur nous questionne sur les différences, sur l'étranger, sur l'immigration mais il nous révèle surtout un conflit intérieur, celui de l'Africain en France, la difficulté de vivre étranger dans un monde qui nous surprend, étranger d'une modernité nouvelle. Alors ce n'est plus l'Africain qui est étranger, mais tous ceux qui regardent le monde d'une manière ancienne quand il faut se tourner vers l'avenir, le renouveau. On voit combien une génération peut être étrangère à une autre.


Chloé, 1ère année Éd.-Lib.

 


Repost 0

Recherche

Archives