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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 19:00



I-  Qu’est-ce que l’Afrique Subsaharienne ?

Afrique-subsaharienne.gif

1) Situation géographique


L’Afrique Subsaharienne ou Afrique Noire désigne tous les pays se situant au Sud du Sahara. Elle comprend 48 pays répartis en Afrique de l’Ouest, en Afrique Centrale, en Afrique de l’Est et en Afrique Australe
.

2) Contexte politique, démographique, économique et social

Depuis les années 80, l’Afrique Subsaharienne est entrée dans un processus de démocratisation, qui prend des formes diverses selon les pays. Malgré cela, il s’agit de l’un des espaces les plus pauvres du continent africain, surtout en ce qui concerne l’Afrique Centrale.
 
Tout d’abord, la population est majoritairement constituée de jeunes, qui ont des besoins spécifiques vis-à-vis des connaissances du monde, mais qui n’ont pas toujours accès à la culture (problèmes d’ordres financier et géographique). Le taux de natalité est très élevé du fait de la polygamie et du manque de moyens de contraception.

De plus, le nombre de personnes illettrées ou analphabètes est important, surtout en ce qui concerne les femmes. En effet, l’éloignement de certaines populations vivant en milieu rural (et donc éloignées des lieux culturels) explique ce « déficit culturel ».

Cette partie du continent possède tout de même des liens forts avec des pays plus développés d’Europe, et, plus particulièrement, avec la France et les pays anglophones : certains pays ont une communauté francophone et anglophone non négligeable (exemple du Sénégal et du Mali). Cela entraîne donc des difficultés au niveau linguistique : le français (ou l’anglais) et les langues locales sont « en conflit » car tout le monde ne parle pas deux langues couramment (diglossie). Néanmoins, l’Europe apporte une aide économique et culturelle aux pays d’Afrique Subsaharienne.


3) La place du livre et de la culture en Afrique

La culture et le livre ne sont pas souvent considérés comme une priorité en Afrique du fait que ne sont pas satisfaits les besoins matériels les plus élémentaires (logement, nourriture). Les ressources financières manquent. Le livre est cher et l’oralité est privilégiée (même si, aujourd’hui, les nouvelles générations remettent en cause cette vision d’une civilisation africaine basée sur l’oral, considérant cela comme une caractéristique raciste).
 
Il existe des prix littéraires ; des critiques et des salons du livre se déroulent dans les grandes capitales, mais le livre ne connaît pas d’essor en Afrique, contrairement à d’autres médias, tels que la télévision et la radio. La plupart des auteurs africains, plus ou moins reconnus, sont édités en France ou aux Etats-Unis (Moussa Konaté constitue une exception : il vit de son écriture et de sa maison d’édition « Le Figuier » au Mali).

Les librairies d’Afrique constituent plus des dépôts littéraires et les maisons d’édition africaines ont des difficultés à subsister sans développer de partenariat avec des éditeurs européens ou américains. C’est dans ce contexte que nous étudierons le cas des bibliothèques d’Afrique Subsaharienne. 

 
II- Les bibliothèques d’Afrique Subsaharienne

On les distingue des services d’archives et de documentation qui font partie des services administratifs et des grandes industries. Les bibliothèques se sont développées grâce aux anciens pays colonisateurs dés le XIXe
siècle, et grâce à l’aide d’organismes, comme l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’Education, les Sciences et la Culture). En 1966, cette dernière a signé un accord pour la réalisation d’un projet de bibliothèque scolaire à Lagos avec le Gouvernement Fédéral du Nigéria. Elle a aussi apporté un soutien financier pour la constitution d’un fonds de livres. Ce fut également le cas pour le British Council et le Programme Colonial de Développement de Bibliothèques (PCDB).

Les bibliothèques constituent des services ouverts à un public hétérogène et qui doivent représenter l’ensemble de cette population. Il en existe plusieurs types.

1) Typologie des bibliothèques

  • Les bibliothèques nationales. Elles ont le même rôle que la BNF en France, ou la Library of Congress aux Etats-Unis. Elles doivent assurer l’acquisition, la conservation, la mise en valeur et la communication auprès du public des documents publiés au niveau national. Elles doivent être le reflet de l’identité nationale. Cependant, en Afrique, ces bibliothèques sont un peu « oubliées » (par exemple, elle n’existe que depuis 2002 au Sénégal) et leurs fonds sont relativement pauvres. Beaucoup d’auteurs africains publiés à l’étranger ne remettent aucun exemplaire de leurs ouvrages à la bibliothèque nationale, malgré l’obligation de dépôt légal. Ces bibliothèques ne disposent bien souvent pas de locaux adaptés à leurs missions.
  • Les bibliothèques scolaires. Elles ont une fonction de documentation (à destination des élèves du primaire et du secondaire) et de bibliothèques publiques (à destination de tous). Elles sont relativement bien présentes dans le primaire, tout comme dans le secondaire (équivalent des Centres de Documentation et d’Information des collèges et lycées français).
  • Les bibliothèques universitaires. Elles sont ouvertes aux étudiants et aux enseignants et proposent des fonds plutôt riches (surtout dans les domaines de la médecine et de l’agriculture). Les documents scientifiques constituent une part importante des collections et sont séparés de la fiction.
  • Les bibliothèques de lecture publique. Elles sont peu nombreuses et pauvres. Elles relèvent bien souvent d’associations humanitaires ou de centres culturels. Les fonds manquent parfois d’actualisation Asso-Apis-Togo.jpget de richesse. Pendant l’été 2006, une bibliothèque a été mise en œuvre à Agou Klonou, au Togo. Un habitant disposait d’un local et a souhaité l’aménager en bibliothèque. Il a pu mener à bien ce projet grâce à l’aide financière (pour les travaux et le salaire du bibliothécaire) et matérielle (apport de livres) de l’Association humanitaire « Apis Togo ».(photo ci-contre)  D’autres structures naissent d’un jumelage : c’est le cas de la bibliothèque d’Agou Tavie Tomegbé (le 27 décembre 2007), issue de l’union du village de Tomegbé (situé au Nord-Ouest de Lomé, la capitale du Togo) et de l’association « Compagnie » de Bordeaux. Par ailleurs, l’Association Valentin Haüy, créée en 1889 par Maurice Sizeranne (basée en France, à Paris), apporte une aide internationale aux pays d’Afrique francophones pour constituer des bibliothèques proposant un fonds sonore et en braille développé. Cette association est au service des personnes aveugles et malvoyantes.  Marguerite ABOUET, scénariste de la bande dessinée Aya de Yopougon (dont le premier tome est paru en 2005 et pour lequel elle a reçu le premier prix au festival d’Angoulême), a aussi créé une association nommée « Des livres pour tous » en 2008. Son but est de permettre l’ouverture de bibliothèques dans les quartiers défavorisés des grandes villes africaines. Elle espère que la première sera réalisée à Abidjan, dans son quartier d’origine : Yopougon.
  • Les bibliothèques mobiles. Elles sont généralement gérées par des organismes étrangers. Les « Bibliothèques mobiles de soins infirmiers » (créées par le Conseil International des Infirmières, qui regroupe 130 associations nationales d’infirmières dans le monde entier) jouent un rôle très important dans la diffusion de connaissances de santé auprès des infirmières africaines et des populations qu’elles servent. En 2001, plus de 250 bibliothèques mobiles ont été livrées à des infirmières travaillant dans 17 pays africains.
2) La formation du personnel des bibliothèques

Il existe des écoles de formation et des associations de professionnels qui assurent la transmission de leurs savoirs aux personnels des bibliothèques d’Afrique Subsaharienne.

Au début, les formations étaient apportées par les anciens pays colonisateurs. Puis des écoles se sont développées en Afrique pour répondre aux besoins de la main d’œuvre dans le domaine de la bibliothéconomie. Pendant un temps, les formations relevaient de l’Ecole des Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes de Dakar (EBAD) et la Fondation Rockfeller soutenait l’Ecole de Bibliothécaires à Kampala dans leur formation. Aujourd’hui, on trouve des formations universitaires au Mali, au Cameroun et au Bénin. La première école de bibliothécaires d’Afrique subsaharienne fut fondée en association avec le British Council, au Ghana (ex Côte d’Or) en 1944, soit 13 ans après celle d’Afrique du Sud (qui fut la première de toutes les écoles de bibliothécaires conçues sur le continent africain). La première école d’Afrique de l’Est est, quant à elle, née en Ouganda en 1963. L’UNESCO et l’IFLA (International Federation of Library Association) apportent une aide à ces formations.

Petit à petit, des associations de bibliothèques sont nées, en même temps que ces formations se sont développées. L’Association des bibliothèques des pays d’Afrique Subsaharienne a été fondée en 1930, afin de regrouper toutes les personnes intéressées par l’avenir du service des bibliothèques (réflexion et concertation pour développer les bibliothèques).

Les formateurs doivent transmettre aux professionnels les connaissances bibliothéconomiques et culturelles de base, mais également la façon de se servir des informations disponibles sur Internet et de les analyser afin qu’ils puissent orienter leur public, sans se limiter à une simple mise à disposition des outils informatiques.


3) Les pouvoirs publics et les bibliothèques


Le Conseil national des bibliothèques n’existe pas, même s’il apparaît comme un élément essentiel dans le développement du livre et de la culture au niveau national.

Cependant, la création du Conseil de la Bibliothèque de la Côte d’Or (suite à l’ordonnance de 1949, en 1950) a influencé l’élaboration de Conseils de Bibliothèques pour les autres bibliothèques du continent africain et leur a fourni un modèle. Ce Conseil avait pour « fonctions d’établir, équiper, gérer et entretenir les bibliothèques », selon Evlyn Evens, bibliothécaire du British Council, qui a implanté le Conseil de la Bibliothèque de la Côte d’Or. Des pays tels que la Sierra Leone, le Tanganyika et le Kenya créèrent leur Conseil de Bibliothèques en 1959, 1963 et 1965 (respectivement). Au fur et à mesure, ces Conseils ont mis en œuvre des services spécifiques, notamment en direction des bibliothèques publiques (Conseil de la Bibliothèque Publique en Ouganda, en 1964).


Conclusion

Malgré la présence de différents types de bibliothèques en Afrique Subsaharienne et les réflexions faites autour de leur éventuel développement, elles demeurent disparates et dans une situation précaire (manque de financement et de soutien de la part des pouvoirs publics). L’Association pour le Développement des Bibliothèques en Afrique, fondée en 1957, continue d’organiser des journées d’étude pour tenter de trouver des solutions (cf. « Association pour le développement des bibliothèques en Afrique », BBF, 1959, n° 12, p. 574-575). Parallèlement, les bibliothèques d’Afrique du Sud semblent plus développées. Ceci vient essentiellement de leur passé commun avec les Etats-Unis.

Bibliographie et sites Web

 http://www.ifla.queenslibrary.org/IV/ifla73/papers/144-Ranasinghe-trans-fr.pdf

 
http://www.infirmiers.com/actualites/actualites/afrique-des-bibliotheques-mobiles-de-soins-infirmiers.html


 http://www.aib.ulb.ac.be/colloques/2007-brazzaville/fulltext/2007_04_blanquet.pdf

 http://www.afriquejet.com/actualites/education/atelier-a-lome-sur-les-bibliotheques-en-afrique-subsaharienne-200806247490.html

 http://www.apis-togo.org/action-2006-bibliotheque.html

 http://www.avh.asso.fr/ : site de l’Association Valentin Haüy

« Association pour le développement des bibliothèques en Afrique », BBF.- 1959, n° 12, p. 574-575.

 ABOUET Marguerite et OUBRERIE Clément, Aya de Yopougon, tome 1.- Gallimard : Paris, 2005.- 96 p. (Bayou).


Aurélie, L.P. Bibliothèques


  Voir le programme de la Biennale des littératures africaines sur OULIBO.




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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 19:00
Wilfrid N Sonde Le coeur des enfants leopards












Wilfried N’SONDÉ
Le Cœur des enfants léopards

Actes Sud, 2007.






















Né au Congo, Wilfried N’Sondé passe son enfance et grandit en région parisienne avant de migrer vers Berlin. Installé dans la capitale allemande, il devient un musicien reconnu de la scène berlinoise, balançant entre rock-trash et afro-punk. En 2007, il signe son entrée en littérature avec ce premier roman, assez remarqué.

Wilfried N’Sondé nous raconte la descente en enfer d’un jeune homme (dont il tait le nom) d’origine africaine, né dans la banlieue parisienne, qui, abandonné par son premier amour, commet l’irréparable alors qu’il est ivre mort. Le récit du narrateur, flot continuel de sa conscience et de ses états d’âme, peut se scinder en trois parties distinctes, qui s’interrompent et se croisent de manière aléatoire au cours du roman. D’une part, le jeune homme rend compte de la situation : il est en cellule, a été passé plusieurs fois à tabac, mais ne peut se rappeler pourquoi il est là, jusqu’à la fin du roman. D’autre part, il nous dévoile les détails de sa première histoire d’amour, qu’il vit avec Mireille, rencontrée dès l’âge de 3 ans (âge de son arrivée en France) et qui, depuis le début de ses études à Paris, prend ses distances avec son ancienne vie dans le quartier, notamment en rompant avec le narrateur. Cette rupture le laisse dans une telle souffrance, qu’après une soirée bien arrosée, il en arrivera à tabasser à mort un jeune policier. Enfin, il raconte l’histoire de Drissa, un de ses amis qui sombre petit à petit dans la folie et la violence, et par le biais duquel il nous brosse untableau de la vie quotidienne dans le quartier.

Ce premier roman urbain, plus que de porter une identité africaine, tente de dénoncer les injustices sociales quotidiennes dont sont victimes certaines couches de population, ici les jeunes de banlieues, comme il l’énonce dans une interview dans le journal en ligne Afrik.com (cf. http://www.afrik.com/article11755.html) :


« La banlieue c’est quoi ? Neuilly par exemple est une ville de banlieue, si un habitant de Neuilly venait à écrire un livre, on dirait que c’est un écrivain de banlieue ? Quand on me dit « écrivain de banlieue », j’entends : « voilà quelqu’un qui vient d’un milieu pauvre et qui est issu de l’immigration ». C’est effectivement ce que je suis, un immigré d’Afrique noire, pauvre, vivant en Europe. Si c’est cela être un écrivain de banlieue, alors oui je le suis. Je pense qu’on emploie le terme de banlieue pour ne pas reconnaître, pour masquer la réalité des choses. Et cette réalité, c’est la pauvreté, le brassage des populations venues des quatre coins du monde qui amène des changements qui font peur car on veut encore croire que les êtres humains, les identités et la culture sont des choses figées alors que depuis toujours les êtres humains bougent, se mélangent et créent des choses nouvelles. »

Malheureusement, son écriture se cristallise dans certains clichés, le flic gentil et compréhensif (celui que le narrateur tue, bien évidemment), les autres, des brutes qui ne pensent qu’à foncer dans le tas, la minceur psychologique des personnages qui sont réduit à des catégories, et le message ne passe pas. Le roman, certes court, se contente de brosser des portraits communs, des situations déjà vues, et une fin trop évidente, avec une volonté trop affichée de condamner une situation par une analyse simpliste.

Ce qui me semble plus intéressant dans ce livre, c’est le rapport aux origines. En effet, l’auteur intègre totalement la culture africaine à la vie du narrateur, dans une banlieue parisienne, dans le sens où il n’y a pas de dualité entre ce qu’il est et d’où il vient. William N’Songé explique d’ailleurs très bien ce rapport à sa culture dans la même interview :


« Je connais très bien mes origines parce que c’est moi. Je m’inscris un peu en faux contre cette idée qu’il y a d’un côté une Afrique ancestrale, une Afrique des traditions et de l’autre la modernité. Je pense que la spiritualité des Bantous et des Kongos en particulier, c’est quelque chose d’extrêmement moderne ; le culte des ancêtres, des rites, n’a rien à voir avec le passé. C’est notre modernité, notre vécu, notre spiritualité. Il faut la vivre ouvertement et fièrement. Ce n’est pas un retour en arrière parce que ce sont des choses que je n’ai jamais oubliées et qu’au fond presque tous les Bantous n’oublient pas. Je pense qu’il ne faut pas vivre forcément dans cette dualité. L’héritage de la spiritualité qu’on a, que beaucoup vivent au quotidien, il faut l’affirmer car c’est notre manière de penser. Les Bantous sont mystiques et après quoi ? Ce n’est pas un mal. La sagesse des défunts comme je le dis dans le livre est un ensemble de valeurs qui nous aident à faire les choses bien au quotidien. »

Personnellement, ce roman m’a plutôt déçue, mais à vous de juger...

Elise, L.P.

Wilfried N'SONDE sur LITTEXPRESS

Voir
l'article de Marine sur Le Cœur des enfants léopards.

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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 19:00
emmanuel dongala johnny chien mechant





Emmanuel DONGALA
Johnny chien méchant

Le serpent à plumes
Collection Motifs n°211
Mars 2007


   


















Nous sommes au Congo, terre africaine ravagée par les conflits, les milices d’enfants-soldats, et un pouvoir corrompu. Il fait chaud, la vie s’est arrêtée, chacun n’ayant autre but que de sauver sa peau, voire celle de sa famille, du moins ce qu’il peut en rester.
   
Deux visions de cette ambiance sinistre nous sont livrées à travers les yeux de deux adolescents, d’une part une jeune fille d’une quinzaine d’années, Laokolé, qui avec philosophie se bat pour survivre à ces massacres répétés, fuyant avec son jeune frère et sa mère amputée des deux jambes qu’elle transporte dans une brouette. On la suit dans cette fuite vers l’inconnu, échappant à des massacres, puis protégée par un organisme pour réfugiés, assistant ensuite à des événements d’une violence inhumaine. De l’autre côté, on découvre Johnny, dit Matiti Mabé, ou encore Chien Méchant, enfant-soldat du gang des Mata-Mata, qui pille, viole, tue tout ce qui se dresse sur son chemin, et cela sans aucun état d’âme. Pensant être un intellectuel, ce dernier trace sa route d’enfant-soldat avec une vision bien singulière des choses : il se créé ses propres lois, impose sa vision du respect ; c’est un enfant et pourtant il n’a d’autre choix que d’évoluer dans une atmosphère malsaine, agissant avec insouciance et immaturité.

  
 A plusieurs reprises ces deux adolescents vont se retrouver au même endroit, face aux mêmes situations ; ils nous livreront pourtant des récits bien différents, celui de la victime et celui du bourreau, mais toujours avec leur regard d’enfant impuissant face à une telle misère. C’est dans la scène finale que l’on assiste au face à face de ces deux victimes de la guerre. Qui sera le plus humain ? Qui sera le plus « intelligent » ?
   
Seul au monde, sans informations sur l’évolution de la situation, voici le chaos dans lequel le lecteur est embarqué aux côtés des milliers de victimes de ces guerres « tribales », mais la compassion n’y peut rien, c’est bien la réalité qui nous est décrite, sans extravagance, sans exagération. On comprend que les organismes humanitaires présents sur place sont dans l’impossibilité de prendre en charge cette masse de blessés, d’orphelins et de démunis. Un sentiment d’impuissance généralisée se fait sentir, comme si personne ne pouvait rien à ces massacres, et que seul le temps pouvait y mettre un terme. Une belle leçon de vie, ou plutôt de survie, pour nous, Occidentaux, qui ne pouvons pas imaginer un quart de ce que ces personnes ont pu vivre.

Emmanuel Dongala est un auteur au parcours singulier et aux activités diverses ; né en République Centrafricaine, il grandit au Congo, puis part faire des études en France et aux Etats-Unis. Il revient au Congo où il devient professeur de chimie à Brazzaville, mais les conflits le poussent à fuir à la fin des années 90. Il s’installe alors définitivement aux Etats-Unis où il enseigne la chimie et la littérature africaine francophone.

Eva Nonclercq, L..P. librairie


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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 07:00
Abasse Ndione Ramata













Abasse NDIONE
Ramata
Gallimard, La noire, 2000
Folio policier, 2008








 







Osez affronter la première pluie de l’hivernage, et allez à l’auberge du Brise de Mer. Demandez à Moro de vous servir à boire. Peut-être un vin de palme ou une bouteille de Vodka Smirnoff avec des glaçons, selon vos moyens. Patientez le temps que Gobi ait tiré deux ou trois fois sur sa cigarette. Quand il sera prêt, il vous racontera l’histoire de Ramata.

*

Ramata Kaba est née à la campagne. Ses parents l’ont envoyée à la ville, chez son oncle et sa tante, pour y faire des études. Quelques semaines avant de passer son Bac, Ramata a rencontré Matar Samb, héritier des industries Samb, déployées dans tout le territoire. A cette époque, Matar avait à peine trente ans, était très séduisant et déjà immensément riche. Il est tombé follement amoureux d’elle dès le premier regard, convaincu que c’était la femme de sa vie. Il a patienté deux jours dans une fébrilité totale avant d’oser lui demander sa main. Consultée par son oncle, la jeune fille a accepté la demande en mariage de Matar, consciente de ce qu’il lui offrait : un amour passionné, un immense respect, mais surtout, un ticket gagnant pour la bourgeoisie sénégalaise.

Sa beauté naturelle ravageuse, alliée à la richesse et au statut social de son mari
(alors procureur général) lui conféraient une autorité incontestable, mais dont elle a trop souvent tiré partie, au point de devenir une femme autoritaire et antipathique. Chaque contrariété était immanquablement suivie d’un caprice, et Ramata ne se souciait jamais des conséquences de ses actes, ni des graves injustices qu’elle pouvait causer. Son unique intérêt était la satisfaction de ses désirs.

En apparence, Ramata avait donc tout pour être heureuse. Son mari, naïf, croyait chacun de ses mensonges, ne soupçonnait ni son infidélité, ni son comportement intolérable avec le petit peuple du Sénégal, et mettait tout en œuvre pour satisfaire chacune de ses envies. Aussi passait-elle son temps dans l’opulence et le luxe. Néanmoins, « Jolie Madame » comme l’appelaient certains n’était pas épanouie. Son incapacité à ressentir du plaisir pendant l’acte sexuel, sa soi-disant frigidité, que ce soit avec son mari ou avec d’autres hommes, lui procurait un immense sentiment de détresse.

Un jour que Matar était en déplacement, elle avait hélé un taxi pour rentrer chez elle. Au lieu de suivre le chemin indiqué, le taximan avait engagé le véhicule dans une petite route très peu fréquentée et l’avait violée. Et au lieu de se  débattre, Ramata avait espéré que ça dure encore et encore. Pendant que le petit voyou besognait, Ramata prenait un immense plaisir et jouissait pour la première fois. Il l’avait laissée seule, mais Ramata avait su rentrer chez elle et son unique préoccupation avait alors été de le retrouver. Malgré leur différence d’âge marquée, malgré leur différence de statut social flagrant, malgré le mal infligé à son entourage, bien qu’aimer un voyou signifie perdre tout ce à quoi elle avait eu accès presque toute sa vie, bien que lui ne veuille pas d’elle, Ramata a tout fait pour être avec lui…


*

Cette tragédie moderne nous emmène à travers l’histoire politique et sociale du Sénégal. Ancienne colonie française et donc membre fédéré de l’Afrique Occidentale Française entre 1895 et 1958, ce pays, fortement marqué par les coutumes françaises, cherche encore aujourd’hui l’équilibre entre tradition et influence occidentale.

Le Sénégal est devenu un modèle de stabilité politique en Afrique, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu au cours du siècle dernier de nombreuses magouilles politiques et manipulations financières comme nous le révèle Abasse Ndione à demi-mot.

Quelque 500 pages à découvrir absolument.


Elise, L.P.






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28 décembre 2009 1 28 /12 /décembre /2009 07:00
Ahmadou Kourouma Les soleils des independances









Ahmadou KOUROUMA
Les soleils des Indépendances

Presses de l'université de Montréal, 1968
Seuil, 1970
Points,
1995













L’AUTEUR


Ahmadou Kourouma, auteur ivoirien, est né en Côte d’Ivoire en 1927 et mort à Lyon en 2003. D’origine malinké, une ethnie que l’on retrouve dans plusieurs pays africains, Kourouma commence ses études à Bamako au Mali, puis les poursuit en France, à Lyon. Il revient vivre dans son pays lors de la proclamation de l’indépendance de la Côte d’Ivoire en 1960, mais est très vite inquiété par le régime du président Félix Houphouët-Boigny. Kourouma est contraint à l’exil. C’est en 1968 qu’Ahmadou Kourouma publie son premier livre, Les soleils des Indépendances, portant ainsi un regard très critique sur les gouvernements postcoloniaux. Ce n’est que vingt ans plus tard qu’il écrira son deuxième livre, Monnè, outrages et défis. Suivent dans les années 1990 En attendant le vote des bêtes sauvages, puis, au début des années 2000, Allah n’est pas obligé qui retrace le parcours d’un enfant soldat, livre plébiscité par la presse et couronné par le prix Renaudot et le Goncourt des lycéens. Très engagé politiquement, il dénoncera la guerre civile qui éclate en 2002 dans son pays. Cet ardent militantisme transparaît d’ailleurs dans tous ses romans.


L’HISTOIRE


Avec son premier roman, Les soleils des Indépendances, Ahmadou Kourouma nous plonge dans l’Afrique noire de la période postcoloniale. Il trace le parcours de Fama, prince déchu de la lignée des Doumbouya et dernier descendant de cette dynastie du Horodougou, qui respecte malgré tout la tradition des anciens dans une société en plein bouleversement. Cette société est celle de la République de la Côte des Ebènes, un pays imaginaire particulièrement tourmenté et en proie à de grands changements. Pour vivre avec sa femme, la belle Salimata, Fama est contrait de quitter le Horodougou, terre de ses ancêtres, pour vivre dans la capitale. Là, ses journées se résument à arpenter les différents lieux de funérailles en ville en quête d’oboles, afin d’assurer son quotidien, et à prier Allah quatre fois par jour en espérant que celui-ci veuille bien accorder la maternité à sa femme.

Cette dernière fait d’ailleurs tout son possible pour son ménage, en allant plusieurs fois par jour au marché pour vendre de la bouillie sucrée préparée par ses soins. Ses efforts sont aussi tournés vers le combat contre une stérilité qu’elle abhorre, son plus grand souhait étant de pouvoir voir son ventre s’arrondir. Elle use donc de tous les moyens à sa disposition pour favoriser sa fertilité : consultation de son marabout Abdoulaye, acrifices, danses rituelles… En vain.

Les funérailles du cousin
de Fama, Lacina, lui donnent l’occasion de revenir à Togobala du Horodougou, les terres de ses ancêtres et son royaume légitime. C’est là qu’il va redécouvrir l’histoire, son histoire, celle de la gloire de la lignée des Doumbouya, une dynastie autrefois respectée et prospère, anéantie par l’avènement des Indépendances et la fin du système politique et de chefferie d’antan. Fama prend alors conscience de son envie de vivre désormais parmi les siens. Fort de ce constat, Fama décide de rentrer dans la capitale pour exposer son souhait à sa femme Salimata. Le féticheur de la famille des Doumbouya le lui déconseille, conscient de l’instabilité politique du moment, pour la survie de la lignée des Doumbouya. Mais Fama se lance quand même dans le voyage et, à peine arrivé, le voilà arrêté et fait prisonnier, puis jugé et condamné injustement pour avoir participé au complot visant à renverser le régime politique en place. Finalement, c’est dans une libération inattendue que s’éteint peu après la lignée des Doumbouya et son histoire.


ANALYSE

Ecrit en 1968, le texte d’Ahmadou Kourouma vient éclairer une période trouble de l’histoire de l’Afrique, à savoir la période postcoloniale. Les soleils des Indépendances a été écrit en réaction contre les régimes politiques africains issus de la décolonisation, dans une société en pleine transformation politique, économique et sociale dont l’auteur fut témoin. C’est donc un retour dans le temps que nous propose Kourouma, avec le renouveau de tout un continent confronté à son propre destin, comme l’évoque de manière allégorique le titre de l’ouvrage.

Les soleils des Indépendances aborde ainsi des thèmes propres à la culture africaine, et se veut dénonciateur. Le contexte historique, présent tout au long du livre joue un  rôle certain et influence la destinée des personnages. C’est en effet à cause de la fin de la colonisation, de la proclamation de l’indépendance du pays pour devenir la République de la Côte des Ebènes, et de l’avènement d’un nouveau régime politique autonome, que la dynastie des Doumbouya perd son statut et ses privilèges, comme bon nombre de dynasties et chefferies semblables en Afrique. On peut donc y voir un lien clair avec la propre histoire de l’auteur, et faire un parallèle évident entre la République de la Côte des Ebènes et la Côte d’Ivoire, pays natal d’Ahmadou Kourouma. Ainsi qu’avec les bouleversements politico-socio-économiques que le passage de l'état de colonie à celui d'état indépendant entraîna à l’époque (indépendance de la Côte d’Ivoire proclamée
en 1960 par Félix Houphouët-Boigny qui devint le premier président de ce pays). On peut de plus, élargir cette analyse à d’autres pays africains devenus indépendants à la décolonisation.

Ce contexte historique caractérisé par le renouvellement de tout un continent s’oppose dans ce roman à la culture africaine, au respect des fétiches et rituels sacrés, aux croyances africaines, aux mythes et coutumes locaux qu’une société développée ne saurait comprendre. Cette opposition résulte d'une cohabitation difficile entre deux univers différents : une société avide de changement et de renouvellement et des traditions africaines ancestrales. Kourouma exprime très bien cette dualité impossible ou difficile à travers le personnage de Fama, homme très attaché au respect des traditions mais qui évolue tout de même dans son temps et espère changer les choses en prenant parti dans la politique par exemple. Cependant, sa soudaine prise de conscience d’un nécessaire retour aux racines au pays de Horodougou et sa fin tragique reflètent cette opposition entre tradition et renouvellement. Celle-ci serait donc impossible ?

La notion de frontière est aussi un thème qui possède toute son importance chez Kourouma, essentiellement vers la fin du récit. A travers le parcours de Fama, on ressent toute la frustration du personnage devant son incapacité de rejoindre Togobala, capitale de la République de Nikinaï, pays frontalier de la République de la Côte des Ebènes. Cet arrêt à la frontière des deux pays semble marquer une volonté de l’auteur de critiquer le système de découpage des terres africaines, séparant les ethnies et les populations de leur terre d’origine.

Enfin, un des thèmes abordé tout au long du récit et mis en avant dès les premières pages est la condition des femmes en Afrique. C’est à travers le personnage de Salimata, femme de Fama, que l’auteur nous révèle les difficiles conditions de vie des femmes dans une société africaine encore soumise à la loi de l’homme, des rites sacrés et des traditions. L’histoire de Salimata nous est contée principalement par les passages les plus durs de son existence et qui sont le quotidien des femmes en Afrique, soit la cruelle tradition de l’excision, le recours au viol, la nécessité de porter des enfants et la dure réalité de la polygamie. C’est surtout la stérilité du ménage de Fama et Salimata qui marque une grande part du récit, révélant l’obsession et les tourments endurés par les femmes ne pouvant avoir d’enfants. Pour exemple, un extrait de cette obsession p.52 : « Ce qui sied le plus à un ménage, le plus à une femme : l’enfant, la maternité, qui sont plus que les plus riches parures, plus que la plus éclatante beauté. A la femme sans maternité manque plus que la moitié de la féminité. Et les pensées de Salimata, tout son flux, toutes ses prières appelèrent des bébés. Ses rêves débordaient de paniers grouillant de bébés, il en surgissait de partout. » Kourouma fait ainsi bien comprendre la réalité de la condition féminine, souffrant dans une société africaine régie par des traditions d’un autre âge.

Ahmadou Kourouma nous livre donc un récit brossant le portrait d’une Afrique en plein bouleversement, partagé entre soif de renouvellement et respect des traditions. Cette ambivalence reste d’ailleurs encore d’actualité, avec les difficultés du continent africain à trouver sereinement sa place dans une société mondiale régie par les grands pays industrialisés. Plus qu’un récit évoquant l'Afrique à un moment de son histoire, l’œuvre de Kourouma aborde sous l'angle de la satire la question politique aunsi que celle de la condition de la femme africaine en souffrance (excision, viol, stérilité).



Hortense, L.P. Edition

Ahmadou KOUROUMA sur LITTEXPRESS
Kourouma en attendant le vote des betes sauvages

Article d'Emilie sur En attendant le vote des bêtes sauvages





Ahmadou-Kourouma-Allah-n-est-pas-oblig-.gif


Article d'Aude sur Allah n'est pas obligé.



Russell-banks-American-Darling.gif


Parallèle de Patricia entre American Darling de Russell Banks et Allah n'est pas obligé.
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24 décembre 2009 4 24 /12 /décembre /2009 07:00
Wilfrid N Sonde Le coeur des enfants leopards













Wilfried N’SONDÉ
Le Cœur des enfants léopards

Actes Sud, 2007













wilfried n sonde


Wilfried N’Sondé est né en 1968 au Congo Brazzaville. En 1973, il émigre avec sa famille en région parisienne. Il passe son enfance dans un quartier populaire de la banlieue parisienne. Plus tard il migre vers Berlin où il devient un musicien connu. Entre rock-trash et afro-punk, il devient auteur, compositeur, interprète dans le groupe Wild Congo dont deux albums ont été commercialisés en France. Il est titulaire d’une maitrise de sciences politiques et vit actuellement à Berlin où il est éducateur de jeunes en difficulté.


Le cœur des enfants léopards est son premier roman. Il est paru en février 2007 chez Actes Sud. Dans ce livre il évoque sa jeunesse en banlieue et propose une réflexion sur l’identité culturelle, la difficulté des frontières. Il donne une voix à la nouvelle génération issue de l’immigration.

Ce roman a reçu le prix des cinq continents de la francophonie et le prix Senghor de la création littéraire en octobre 2007 (Le prix des CINQ continents a été créé en 2001 par l’Agence gouvernementale de la francophonie, il est doté d’une somme de 10 000€. Il a pour objectif de « mettre en lumière des talents littéraires reflétant l’expression de la diversité culturelle et éditoriale en langue française sur les 5 continents. Il consacre un roman d’un écrivain témoignant d’une expérience culturelle spécifique enrichissant l’expression de la langue française.»)

Le récit commence dans LA cellule de dégrisement d’un commissariat parisien. Le personnage et narrateur dont on ne connaît pas le nom est en garde à vue. Pendant sa détention il s’interroge sur son histoire, sur ses souvenirs, sur ses liens avec ses origines congolaises.

 L’histoire entière est un retour en arrière. Le récit débute là où il est censé se terminer. A travers les bribes éparses du discours, il faut deviner l’intrigue. Le lecteur ne sait pas pourquoi le personnage est dans cette situation. Il ne le saura qu’à la toute fin du livre.

Cette histoire est celle d’un jeune Noir d’origine congolaise qui a vécu dans une cité en région parisienne depuis l’âge de trois ans. A la maternelle, il rencontre Mireille, blanche d’origine juive. Leur amitié va grandir au fil des années et se transformer en amour passionné. Après le baccalauréat, Mireille décide de le quitter lors d’un dernier rendez-vous. Pour elle, leur relation est sans avenir, ils n’ont plus les mêmes ambitions, les mêmes projets. Désespéré, le narrateur noie son chagrin dans l’alcool. Alors qu’il est ivre mort, il perd le contrôle de lui-même et devient violent. Lors d’une altercation avec des policiers, il s’en prend à l’un d’eux, qui décédera des suites de ses blessures. C’est à ce moment-là que le narrateur va être incarcéré.

Entre deux séances d’interrogatoire, l’accusé évoque son passé, ses parents, son ami d’enfance Drissa, et Mireille, celle dont il est amoureux. On apprend à connaître les personnages. Il évoque son enfance au Congo, son attachement à l’héritage africain. Il écoute la voix des ancêtres qui croient encore à la conscience du peuple noir. Cette Afrique, magnifiée par les ancêtres, n’existe pas pour  le jeune homme qui a presque toujours vécu en région parisienne. Il ne se sent pas différent de ses camarades blancs. Il ne pense pas être un étranger. Il est en fait l’héritier de deux cultures qui s’ignorent. En France, il est exclu à cause de ses origines, et dans son pays d’origine parce qu’il vit en France et qu’il a acquis la culture française. C’est un roman de réflexion sur l’identité et les origines, un roman plein d’interrogations. Qu’est-ce qu’être africain en France? Qu’est-ce qu’être un Français d’origine africaine en Afrique ? Par la conduite des policiers et l’enfermement en prison, l’auteur montre son scepticisme face à cette double culture. La France a encore du mal à accepter les étrangers sur son territoire, et quand ils sont en France ils sont souvent regroupés dans les cités. Le personnage ne sait pas vraiment se situer identitairement. L’auteur à travers ce personnage dresse le portrait d’une génération perdue, sans racines ni repères. L’histoire montre la détresse intérieure et le chemin qui conduit le jeune homme au meurtre.

Le récit est constitué en grande partie d’un monologue intérieur du narrateur pendant sa captivité. Le récit est à peu près chronologique même si parfois on est un peu perdu, comme dans le cerveau du narrateur encore alcoolisé. L’écriture apparaît incontrôlable. La description du narrateur n’est pas continue, elle est entrecoupée par moments par des dialogues qui se glissent dans le récit, sans mise en forme particulière. Le style d’écriture et la mise en page sont particuliers. Il n’y a pas de chapitres, c’est le lecteur qui doit les deviner. Il n’y a pas non plus d’indicateurs de parole, ce qui fait que parfois on se perd dans le récit, comme dans l’esprit du jeune homme encore ivre. Le texte suit la construction hésitante de l’esprit du narrateur, les phrases s’accélèrent et ralentissent au fil des souvenirs du jeune homme. La manière dont le rythme est travaillé donne un style très urbain au récit qui peut faire penser à du slam, ou du rap.

J’ai lu ce roman très rapidement, presque en une seule fois, et on pourrait penser qu’il a été écrit en une seule fois parce qu’il y a vraiment un flot de paroles continu.

Je pense que ce qu’il faut retenir de ce roman ce sont les interrogations du narrateur partagé entre deux cultures. Ce livre parle de l’actualité sociale en France, du métissage de la langue. Ce n’est pas un livre africain, c’est un livre francophone, écrit en français et qui parle de la France.


Marine, 2e année Bib-Med

Vous pouvez retrouver des interviews de W. N’Sondé sur
http://www.afrik.com/article11755.html
http://www.france-blog.info/kultur/wilfried-n%E2%80%99sonde-le-coeur-des-enfants-leopards/
http://apf.francophonie.org/spip.php?article851&var_recherche=expressions

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23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 07:00
Alain-Mabanckou-African-Psycho.gif





Alain MABANCKOU
African Psycho

Le Serpent à Plumes,
2003
Points Seuil, 2006





















Qui n’a jamais souhaité tuer quelqu’un ? Grégoire Nabokomayo a décidé de tuer Germaine le 29 décembre. C’est ici que commence le discours du narrateur d’African Psycho, écrit par Alain Mabanckou et paru en 2003 au Serpent à Plumes. Grégoire est un carrossier visiblement sans histoire, autrefois délinquant et « enfant ramassé » qui s’enfuyait de ses familles d’accueil. Grégoire est un habitant de Celui-qui-boit-de-l’eau-est-un-idiot, le quartier pauvre d’une ville du Congo, dans les années 1980-1990. La ville, dont on ne connaît pas le nom, est divisée en deux par un fleuve séparant les quartiers riches des quartiers pauvres. Le désir de Grégoire est de commettre un crime bien orchestré et grandiose de cruauté afin d’obtenir une couverture médiatique sensationnelle et la même postérité qu’Angoualima, son grand maître, avec qui il entretient un dialogue imaginaire. Ce grand serial killer des années 1970, qui a réellement existé et influencé la jeunesse d’Alain Mabanckou, a commis un grand nombre de crimes sans jamais avoir été pris par les autorités congolaises. Dans le roman, Angoualima marque sa cruauté en enfonçant vingt-quatre cigares cubains dans les bouches des hommes qu’il avait tués et dans les vagins des femmes qu’il avait violées…

Voulant marquer sa gloire et défendre son quartier, Grégoire passe à l’action en tentant de tuer un notaire des quartiers riches, mais le meurtre envisagé se résume en une simple agression. Dans une seconde tentative, Grégoire choisit d’assassiner une femme qu’il prend pour une prostituée des quartiers riches travaillant sur les trottoirs de Celui-qui-boit-de-l’eau-est-un-idiot. Or, cette femme qu’il assomme et déshabille en pleine rue n’est pas une prostituée. Et Grégoire, incapable de la violer, est surpris par les phares d’une voiture et s’enfuit à toutes jambes à moitié dénudé.

Suite à ce second échec, notre narrateur, fort sympathique, nous expose son projet, mûrement réfléchi et organisé. Lorsqu’il rencontre Germaine, une prostituée des quartiers riches qui travaille dans Celui-qui-boit-de-l’eau-est-un-idiot, Grégoire décide qu’elle sera sa victime. Il lui propose rapidement d’emménager chez lui en se fixant un délai de trois semaines pour la tuer. Les jours et les semaines passent tandis qu’il expose à son idole Angoualima (et au lecteur en même temps) son projet d’assassinat, ses considérations quant au choix de l’arme, du lieu et du moment. Un soir, Grégoire parvient enfin à se décider à passer à l’action : est-il parvenu à la tuer ?

A travers le récit désordonné de Grégoire, Alain Mabanckou évoque la question du crime. N’importe qui ne peut être meurtrier, il s’agit d’être organisé, préparé et surtout très déterminé. Grégoire parle beaucoup et n’agit pas tant. L’auteur évoque aussi la société congolaise, certes avec beaucoup de légèreté, mais on décèle la pauvreté, les inégalités géographiques, le crime, la prostitution et la corruption.

Dans African Psycho, Alain Mabanckou a pris le contrepied d’American Psycho, publié en 1991 par Bret Easton Ellis aux Etats-Unis. Ce livre, qui a fait un réel scandale à sa parution mais qui est désormais un best-seller, raconte le quotidien de Patrick Bateman, 26 ans, golden boy à Wall Street. Ce jeune homme, beau riche et intelligent, en apparence sans histoire, est en fait un véritable psychopathe et un tueur en série. Patrick Bateman massacre, égorge, mutile, décervèle, brûle, mange et viole pour de petites contrariétés.

Ce personnage très instable et cruel, dont les détails des actions ne sont pas épargnés au malheureux lecteur, diffère du personnage d’Alain Mabanckou. Alors que les événements d’American Psycho se déroulent à Wall Street dans les années 1980, dans un univers extrêmement riche et désœuvré, l’histoire d’African Psycho nous plonge au Congo dans une ville divisée par de fortes inégalités de richesse. Patrick Bateman est extrêmement riche et méprise les pauvres, il s’en prend d’ailleurs régulièrement aux sans-domiciles-fixes parce qu’ils n’ont pas su réussir socialement. En revanche, le point de vue Grégoire est l’exact opposé : il est pauvre et veut tuer les riches du quartier d’en face par dépit. En rappelant la tradition de l’oralité dans la culture africaine, Grégoire raconte longuement au lecteur ses projets mais n’agit quasiment pas. Alain Mabanckou nous offre un décalage plein d’humour entre le discours de Grégoire et ses actes. A l’inverse, Patrick Bateman, dans un discours également à la première personne, expose tous les détails de ses meurtres sans jamais se justifier ni même laisser deviner au lecteur pourquoi il est devenu un tueur en série.

American Psycho, à travers le comportement déviant de son personnage principal, dépeint les travers d’une société d’hyperconsommation basée sur les apparences et la réussite sociale. De son côté, Alain Mabanckou transpose l’œuvre de Bret Easton Ellis au Congo, et pointe avec justesse les problèmes de la société congolaise en utilisant la légèreté et l’humour.


Lysiane, A.S. Ed.-Lib.

Alain MABANCKOU sur LITTEXPRESS
Alain-Mabanckou-Verre-cass-.gif



Article de Coralie sur Verre cassé.







African Psycho. Article sd'Adeline et de Céline.









Black Bazar. Article d'Elisabeth.




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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 19:00
Tierno Monenembo Le Roi de Kahel

















Tierno MONENEMBO
Le roi de Kahel
(prix Renaudot 2008)
Seuil, 2008
Points, 2009


 











I. Situation auteur, histoire
II. Influences du roman picaresque
III. Oralité de l’ouvrage.



Tierno Monénembo est né en Guinée le 21 juillet 1947, dans la ville de Porékada. Il est considéré aujourd’hui comme un écrivain guinéen francophone à part entière ; on le désigne
souvent comme le plus grand écrivain peul contemporain. Cependant, il fuit son pays et la dictature de Sékou Touré à 22 ans. Il traverse différents pays avant de s’installer en France en 1973. Il fait alors des études de sciences à Lyon, avant de partir enseigner au Maroc et en Algérie. Il vit aujourd’hui près de Caen, pas très loin du château d’Olivier de Sanderval, qui l’a inspiré pour son roman Le roi de Kahel.

Il a passé la plus grande partie de sa vie hors de son pays natal, auquel malgré tout il est très attaché. C’est pourquoi il écrit sur ce pays, la Guinée, et ses habitants, les Peuls. L’Afrique noire reste importante pour lui. Dés son premier roman, il est considéré comme un écrivain à part entière. Les crapauds-brousse paraît en 1979 aux éditions du Seuil, qui reste son éditeur actuel. Sept ans plus tard, il reçoit le Grand Prix de l’Afrique noire pour son deuxième roman, Les Écailles du ciel. En 2000, il publie L’aîné des orphelins, qui traite du génocide rwandais ; en 2004 sa saga Peuls fait parler de lui. Quatre ans plus tard, il reçoit le prix Renaudot pour Le Roi de Kahel.

Le Roi de Kahel est une biographie romancée d’Aimé Victor Olivier de Sanderval. Olivier de Sanderval souhaite depuis son enfance voyager en Afrique et conquérir le Fouta-Djalon (ancien nom de l’actuelle Guinée). Un jour, il part, le cœur rempli d’espoir et se met à traverser ce pays et à découvrir ses habitants, les Peuls. Ce peuple a des principes très particuliers, et n’aime pas vraiment les étrangers. Ils sentent que c’est le début de la colonisation, et ne laissent pas passer les hommes porteurs de mauvais desseins. Cependant, Olivier de Sanderval ne fait pas partie de ces hommes-là. Il est venu pour séduire et non pour combattre. Il se lie d’amitié avec des Peuls, et est bien vu par son roi, l’almâmi. Il souhaite s’implanter au Fouta-Djalon, et installer le chemin de fer de part et d’autre du pays. Malheureusement pour lui, après avoir survécu à plusieurs maladies et après avoir attendu des réponses des Peuls, c’est l’administration française qui refuse son projet. La France souhaite conquérir le Fouta-Djalon avec des armes et non avec des traités comme le veut Olivier de Sanderval. Il va se battre contre son propre pays, et malgré tout s’implanter au Fouta-Djalon comme un ses habitants. Il va être nommé Peul, puis Seigneur. Il va acquérir le plateau de Kahel, au centre du pays, créer une monnaie à son effigie, etc. Mais la France ne reconnaîtra toujours pas sa réussite. L’administration française va le renier complètement jusqu’à la fin de sa vie, et encore aujourd’hui. Il va devenir fou et sa folie ne va plus le quitter.

Tierno Monénembo explique qu'Olivier de Sanderval est très connu et populaire en Guinée. Il est considéré comme un des fondateurs de la Guinée. C’est une célébrité. Il est vu comme un grand scientifique, un grand explorateur français. Il fait partie de l’histoire locale. En France, qui connaît Olivier de Sanderval ? Personne ! La France a complètement effacé ses traces.

On peut parler de roman picaresque pour cet ouvrage. En effet, on suit l’itinéraire d’Olivier de Sanderval qui erre à travers le Fouta-Djalon. Il attend des réponses des Peuls pour ses projets. Il voyage beaucoup à travers ce pays, mais aussi en France, où il fait des allers-retours entre sa maison et Paris, pour obtenir des autorisations de la part de l’administration française.  Olivier de Sanderval est alors livré à lui-même pendant toute une partie du roman. L’administration française le lâche, et les Peuls ne l’acceptent pas encore. Il déambule entre ces deux pays.
Dans ce roman, on trouve aussi certains traits d'oralité. Tierno Monénembo introduit de nombreux mots peuls  Ces termes ressortent dans le texte par leur mise en forme ; ils sont indiqués en italique. Ces mots de langue peule reviennent régulièrement dans le texte. Le lecteur s’habitue au fil de la lecture à les lire ces mots et à connaître leur sens. Tierno Monénembo insère ces termes dans le texte de manière ethnologique, anthropologique. Certes,
l’oral ne peut pas être intégralement transcrit mais on peut voir cela, de la part de l’auteur,
comme une volonté de faire découvrir au lectorat francophone ces termes, cette langue. Exilé de son pays, c’est pour lui un geste important. Il sait que ce roman va être lu en grande majorité en France. La littérature africaine est très peu diffusée dans ses pays d’origine, surtout lorsque l’auteur a fui son pays, comme Tierno Monénembo.

Mais on peut voir aussi l’insertion de ces mots comme le signe d'un métissage. C’est une façon de lier français et peul. L’auteur équilibre vision occidentale et vision peule. Ainsi, on peut parler de polyphonie, avec les voix des Peuls, les voix de l’administration française, et la voix métissée d’Olivier de Sanderval qui s’élève au milieu de tous. Derrière la voix de ce personnage principal, on entend celle de l’auteur, qui aimerait retourner dans son pays, et changer la politique actuelle.

Ce roman, c’est l’histoire d’un jeune colonisateur blanc du XIXe siècle racontée par un écrivain noir contemporain.



Inès, L.P.

Tierno MONENEMBO sur LITTEXPRESS

Tierno Monenembo Le Roi de Kahel




Article de Kadija sur Le Roi de Kahel

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 19:00
Fatou Diome, Le Ventre de l Atlantique.jpeg















Fatou DIOME
Le Ventre de l’Atlantique

éditions Anne Carrière, 2003

Le Livre de poche, 2005




















Raconter la vie de Fatou Diome, c’est en partie résumer celle de la narratrice, Salie. Fatou Diome naît en 1968 sur l’île de Niodior au sud-ouest du Sénégal. Comme Salie, elle est une enfant illégitime élevée par sa grand-mère. Elle quitte son île à treize ans pour étudier le français à M’bour. En 1994, elle s’installe à Strasbourg où elle entreprend de brillantes études de lettres. Elle finance son DEA en faisant des ménages, expérience qui nourrit son premier recueil de nouvelles La Préférence nationale, édité chez Présence Africaine en 2001. Elle achève son doctorat sur Les voyages, l’échange et la formation dans l’œuvre d’Ousmane Sembene et publie en 2003 Le Ventre de l’Atlantique chez Anne Carrière. Son premier roman est remarqué par la critique et les médias. Depuis, Fatou Diome a écrit chez Flammarion Kétala en 2006 et Inassouvies nos vies en 2008.

Salie est écrivain et vit à Strasbourg. Madické, son frère, n’a qu’un seul rêve : quitter son île natale de Niodior pour vivre sa passion du football. Pour lui, la France, c’est l’Eldorado et Salie se heurte à cet irrépressible besoin d’y croire. Comment lui faire comprendre la réalité de l’émigration, ses désillusions et ses humiliations ? Aveuglé par les mensonges de ceux qui, de retour au pays, cachent leurs misérables conditions de vie en France, conditionné par des modèles de réussite exclusivement français, Madické est-il prêt à entendre les souffrances de l’exil ? « Chaque miette de ta vie doit servir à conquérir la dignité ». Comme une voix intérieure obsédante, cette phrase rythme tous les destins d’exilés que Salie nous raconte.

L’Atlantique, omniprésent, se transforme en un véritable personnage. Sa permanence et son indifférence incarnent la fatalité qui pousse à l’exil. Passage entre l’Afrique et l’Europe, il est en aussi la barrière ; seule ressource des habitants de Niodior, il est aussi leur tombeau. Autre leitmotiv du récit, le football sert de fil conducteur et donne une unité au roman. En inaugurant et en clôturant le texte, il en assure la circularité. Le footballeur Maldini semble l’intermédiaire entre Salie et Madické, le seul sujet de conversation possible. Ainsi, regarder un de ses matchs de part et d’autre de l’Atlantique revient à passer un moment ensemble. Incarnant les rêves de Madické, le football est aussi le lieu où le Sénégal peut battre la Suède, où les rapports Nord-Sud s’inversent.  


 niodiorÎle de Niodior

Un regard lucide et ironique  


Fatou Diome distille dans son roman une critique sans complaisance du monde qui l’entoure. Renonçant à la facilité du manichéisme, elle répartit les responsabilités, parfois avec dureté, souvent avec humour, entre l’Afrique et l’Occident. La narratrice dénonce toutes les nouvelles formes de colonisation à la fois idéologique et économique. Salie raconte son arrivée en France et les procédés d’accueil dégradants, comme les examens médicaux, qu’elle perçoit comme des souvenirs de la colonisation. Le récit de l’homme de Barbès, sur le modèle de Candide, raconte Paris aux enfants et propose une synthèse hilarante des travers de notre société. La description de M’Bour lors du retour de Salie au Sénégal montre un pays défiguré par le tourisme. Ainsi, les autorités locales ferment les yeux sur le développement du marché de la « fesse noire » pour les Blancs afin de « fidéliser la clientèle ». Salie parle de « bazookas économiques » qui obligent le Sénégal à accepter un capitalisme sans limites. Mais Fatou Diome soulève le problème, plus insidieux, de la « colonisation mentale ». Pour Madické et ses camarades, tout ce qui est enviable vient de France. Ainsi, la seule télévision de l’île, personnifiée avec humour au point d’être victime d’un « arrêt cardiaque », véhicule une image mythifiée de l’Occident. L’illusion de la France comme Terre promise est entretenue par les mensonges de l’homme de Barbès qui s’invente une réussite pour asseoir sa domination sur l’île et par « tous ceux qui occupent des postes importants au pays [qui] ont étudié en France». Ainsi, Fatou Diome dépeint en toile de fond le rôle de la Françafrique, en particulier dans le recrutement des joueurs de football : les espoirs de Moussa sont instrumentalisés, la corruption pour obtenir un visa pour la France se double de l’abandon du recruteur lorsque le jeune espoir ne confirme pas son talent. D’ailleurs le naïf Moussa s’indigne des « procédés d’esclavagiste » qui régissent les transferts des joueurs.  Fatou Diome n’épargne rien ni personne, pas même certaines croyances africaines qu’elle juge obscurantistes. Les marabouts qui profitent de la crédulité et du malheur de leurs clients sont tour à tour tournés en ridicule et accusés de viol. Elle dénonce la place de la femme en Afrique en donnant la parole à la première femme d’un mari polygame. A l’instar de Mariama Bâ dans Une si longue lettre, publié en 1979, elle évoque les souffrances des femmes provoquées par la polygamie. Citée à plusieurs reprises dans le texte, Mariama Bâ a inauguré le développement d’une écriture féminine en Afrique. Fatou Diome lui rend hommage et semble poursuivre son œuvre.

 

Les figures de l’exil : mensonges, solitude et culpabilité

La première moitié du livre décline la thématique de l’exil à travers une galerie de personnages qui racontent à eux tous les sentiments contraires qu’il provoque. L’homme de Barbès incarne l’illusion de l’émigration : sa réussite repose sur des mensonges. La vie misérable qu’il mène en France se transforme en récit quasi biblique. L’histoire de Moussa, recruté par un entraîneur français sans scrupules, tourne au cauchemar quand il doit faire face à la réalité de l’immigration. De la France, il ne verra que les vestiaires du gymnase où il s’entraîne. Lorsqu’il est pris par la police et renvoyé chez lui, il doit affronter la honte de se présenter à sa famille sans avoir réussi. Le déshonneur est tel qu’il se noie dans l’Atlantique. Cette histoire raconte le poids insupportable des attentes de la famille et cette loi du silence, cette impossibilité de dire à ses proches que la France n’est pas ce qu’ils croient. Prisonnier des espérances démesurées des siens, Moussa meurt de culpabilité. Cette structure chorale conduit au destin de Salie. Ces récits enchâssés sous forme de contes, d’apologues, de légendes explorant toutes les nuances du sentiment de l’exil donnent une couleur particulière à l’histoire de Salie et Madické. Tous ces destins illustrent celui de la narratrice et servent de préambule à son introspection. Salie nous montre comment l’exil s’infiltre dans l’intimité et noyaute les relations avec ses proches. Le douloureux malentendu qui la sépare de son frère rend leurs rapports maladroits. Parler de football reste la seule communication possible, comme si tout le reste les séparait. Et lorsque Madické annonce à sa sœur qu’il veut la rejoindre, le malaise préexistant laisse place à un mur d’incompréhension. La diatribe anti-émigration de Salie est taxée d’égoïsme et d’individualisme. Accusée de s’être « occidentalisée », Salie voit le piège culpabilisant se refermer sur elle, la plongeant dans cette solitude commune à tous les exilés.

 

 

L’identité déchirée et la Migritude


Madické et ses camarades oscillent entre fascination et méfiance à l'égard de l’ « occidentalisation », synonyme de perte d’identité et de trahison. « L’orgueil identitaire est la dopamine de l’exilé » écrit Salie. Pourtant, elle n’a pas droit à cette planche de salut. En effet, enfant illégitime, Salie est prévenue par N’détare : « Tu resteras toujours une étrangère ». Pour elle, l’exil apparaît donc comme une fatalité, il fait partie intégrante de son être. Cette inadaptation chronique conduit à une fragmentation de l’identité : comment se définir lorsqu’on n’est acceptée nulle part ? Où se construire quand « partir équivaut […] à revenir » ? Cette problématique de l’identité hybride, entre Occident et Afrique, traverse tout le roman. Le récit de son retour au pays met en lumière le fait qu’elle est étrangère à elle-même et aux siens. Fatou Diome appartient à la génération des auteurs de la Migritude, aux côtés de la Gabonaise Bessora, de Calixthe Beyala ou de Ken Bugul. Intellectuels expatriés, ils posent un regard distancié sur leur pays d’origine, dépassant la vision anticolonialiste et abordant de nouveaux sujets. Pourtant, le roman d’apprentissage des années 1960, et notamment L’Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane cité par Salie, évoque déjà la confrontation de l’Afrique et de l’Occident. En effet, le héros Samba Diallo doit composer avec une éducation double : élevé dans la culture peule, il fait ses études à Paris avant de retourner au pays. Si la thématique  de l’identité avait déjà été explorée par la génération précédente, elle se complique dans Le Ventre de l’Atlantique par l’introduction de l’histoire personnelle de Fatou Diome, aux prises avec un exil intérieur définitif.

 

L’écriture : renaissance et lieu de fusion des cultures


Fatou Diome questionne l’identité de l’exilé. L’écriture lui permet de ne pas choisir entre ses deux cultures, mais d’en redéfinir une nouvelle. L’écriture, reflet de la personnalité et de toutes les influences qui composent son auteur, cristallise et refond les influences. Ecrire, c’est  « accoucher de soi-même », dit-elle,  comme une renaissance. Elle juxtapose alors les héritages culturels qui la composent. « Enracinée partout, exilée tout le temps, je suis chez moi là où l’Afrique et l’Europe perdent leur orgueil et se contentent de s’additionner : sur une page, pleine de l’alliage qu’elles m’ont légué. » Les allusions à des mythes grecs (Télémaque, Samson) cohabitent avec des légendes africaines. Citer Beauvoir et Mariama Bâ, Montesquieu et Senghor, Balzac et Cheikh Hamidou Kane dans le même roman, c’est synthétiser toutes ses influences. Sa « marmite de sorcière » réinvestit tous les genres littéraires. Avec  jubilation, elle revisite les formes littéraires dont elle s’est imprégnée : à l’apologue de Moussa répond le récit voltairien sur Paris de l’homme de Barbès, le conte de Senkélé, les proverbes africains, la poésie en prose explorée dans les passages « Métamorphose ! », des chants africains. Fatou Diome fait cohabiter les langues : écrivant en français, elle utilise des mots anglais, italiens et wolof. Des métaphores littéraires côtoient des expressions empreintes d’oralité. Elle utilise des interjections, interroge les sonorités des mots, interpelle le lecteur en s’adressant à lui. Tous les récits enchâssés sont racontés par un personnage, se référant ainsi à la tradition orale.

Salie et Fatou Diome semblent à la fin parler d’une seule voix. Avec une pudeur touchante elle se raconte à travers d’autres. Mais ce roman, c’est bien à ses proches qu’elle l’adresse. Ecrire, c’est donc résoudre le malentendu, exorciser le piège culpabilisant,  briser le mensonge et le silence que l’exilé s’impose.


Delphine, A.S. Ed.-Lib.

Sources


Jacques Chevrier, La littérature africaine, Paris : éd Librio, 2008

Interview de Fatou Diome :
http://www.grioo.com/info1151.html

Fatou DIOME sur LITTEXPRESS

fatou diome le ventre de L'Atlantique 2


Article d'Aurélie sur Le Ventre de l'Atlantique



Fatou Diome Ketala


Article de Yolaine sur Ketala.

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 07:00
Hampaté Ba L etrange destin de wangrin













Amadou Hampâté BÂ
L’Étrange Destin de Wangrin
ou les roueries d’un interprète africain
, 1973
10/18, 1998













L'auteur

Amadou Hampâté Bâ est un écrivain et anthropologue né à Bandiagara au Mali en 1900 et mort le 15 mai 1991 à Abidjan en Côte d’Ivoire. Il est né dans l’ethnie peule et dans la caste des nobles mais son beau-père est toucouleur. Il suit d’abord les cours de l’école coranique de Tierno Bokar (son maître spirituel) avant d’être réquisitionné pour « l’école des otages » française de Bandiagara. En 1912, il rencontre pour la première fois Wangrin, interprète du commandant de Bandiagara à ce moment-là. En 1915, il se sauve de l’école française pour rejoindre sa mère à Kati et intégrer une école africaine.  En 1921, il refuse d’entrer à l’École normale de Gorée ; en guise de punition le gouverneur le nomme à Ouagadougou en tant qu’« écrivain temporaire à titre essentiellement précaire et révocable ».

En 1927, à Dioussola, il retrouve Wangrin alors commerçant et commence avec lui des entretiens qui dureront trois mois et lui permettront de retranscrire ses aventures. Puisil occupera plusieurs postes (notamment ceux de Wangrin) dans l’administration coloniale jusqu’en 1932 où il s’installe à Bamako.  Il attendra cependant 1973 pour publier le récit de la vie de Wangrin.

En 1942, grâce à son directeur, le professeur Théodore Monod, il est affecté à l’Institut français d'Afrique noire (IFAN) de Dakar. Il y effectue des enquêtes ethnologiques et commence à recueillir les récits de la tradition orale. En 1951, il obtient une bourse de l’UNESCO lui permettant de se rendre à Paris et de rencontrer d’autres spécialistes, notamment l'ethnologue Marcel Griaule.

En 1955 il écrit L'Empire peul du Macina, un texte anthropologique, puis, en 1957, Vie et enseignement de Tierno Bokar, le sage de Bandiagara.

En 1960, à l’indépendance du Mali, il fonde l’Institut des sciences humaines à Bamako et sera le représentant de son pays à la Conférence générale de l’UNESCO. En 1962, il est élu membre du Conseil exécutif de l’UNESCO et participe à l’élaboration d’un système de transcription des langues africaines. En 1969 il écrit Kaïdara, récit initiatique peul. Son mandat prend fin en 1970, date à partir de laquelle il se consacrera entièrement à l’écriture.

En 1973 il écrit L'Étrange Destin de Wangrin qui reçoit en 1974 le Grand prix littéraire d'Afrique noire. Puis ce sont L’Éclat de la grande étoile en 1974, Jésus vu par un musulman en 1976,
Petit Bodiel (conte peul), 1977, Njeddo Dewal mère de la calamité, conte fantastique et initiatique peul, 1985, La Poignée de poussière, contes et récits du Mali, 1987. Après sa mort sont publiés Amkoullel l’enfant peul (Mémoires I) et Oui mon commandant !, (Mémoires II) en 91 et 94, et en 1999 Il n'y a pas de petites querelles, contes de la savane.

La phrase qu’on a retenue de lui a été prononcée pendant la conférence de l’Unesco en 60 : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. »

L'œuvre

Ce roman raconte la vie d'un personnage de l'Afrique de l’ouest colonisée de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Wangrin est né vers 1888 dans la région de
Nougibou ( Bougouni, au Mali). Il fait partie de l’ethnie des Bambaras et est à ce titre initié au Komo (une initiation spirituelle et religieuse très longue dont chaque étape dure 7 ans et qui est composée d’un grand nombre d’interdits et d’obligations sacrificielles).

À 17 ans, il est réquisitionné pour « l’école des otages » (note 10 p 367 : « école créée par les colons français qui réquisitionne de force les fils de notables et de chefs pour les intégrer dans le système administratif français afin qu’ils servent aux autorités française et ne se rebellent pas »). A la sortie de cette école, Wangrin, qui est très doué, est nommé moniteur de l’enseignement et envoyé pour diriger une école à
Diagaramba (Bandiagara).

Avant de partir il est circoncis et choisit son dieu patron Gongoloma-Sooké qui est le dieu des contraires et de la malice, à la fois bon et mauvais. Car Wangrin a déjà prévu de monter « des affaires carabinées » pour lesquelles il aura bien besoin de l’aide d’un dieu pervers. Cette initiation est complétée d’une prophétie qui lui promet une vie réussie mais le condamne à une fin très sombre.

A Bandiagara, Wangrin s’intègre brillamment à tous les échelons de la société et tisse sa toile d’influences ; seul lui échappe l’interprète du commandant : Racoutié. Celui-ci parle le « forofiton naspa », le français des tirailleurs, tandis que Wangrin parle le français des « blancs blancs », celui du pouvoir. C’est contre ce premier ennemi que Wangrin va commencer à utiliser des protections occultes et magiques : « Wangrin était devenu telle une mine piège » et celle-ci sera d’une grand efficacité puisque l’interprète est aussitôt ridiculisé et éliminé.

Wangrin accède ainsi au poste le plus haut que puisse avoir un autochtone : celui d’interprète, « la voix et les oreilles » du commandant. Un poste d’influence puisqu'il est l’intermédiaire obligatoire entre l’administration française et les représentants du peuple africain. L’interprète est celui qui, derrière le commandant, gère toutes les affaires de la région. Grâce à ce poste, Wangrin peut créer un formidable réseau de renseignement et de corruption même si parallèlement Wangrin donnera beaucoup aux pauvres qui lui serviront d’armée d’indicateurs toute sa vie.

A ce moment, Wangrin mène des jours plus fastueux les uns que les autres, mais deux malédictions surviennent ; d’une part il tourne mal  : « Déjà sa conscience semblait être devenue aphone… » Et d’autre part c’est l’entrée en guerre de la France contre l’Allemagne. Wangrin entrevoit un formidable moyen de profiter de la guerre en majorant le prix de vente des bœufs destinés à nourrir les troupes. Il profite pour cela de l’incurie du nouvel adjoint du commandant, le Comte de Villermoz, qui préfère se promener à cheval plutôt que de signer des papiers.

Mais cette affaire ne profitera pas longtemps à Wangrin car elle sera vite découverte par un inspecteur envoyé à Bandiagara. Celui ci intente alors un procès au comte de Villermoz tandis que Wangrin tente de faire disparaître les preuves l’accusant. Dans l’Afrique coloniale un administrateur blanc était censé être intouchable, il était très risqué pour Wangrin de l’utiliser et pire encore de l’avoir contre lui. Malgré la mise en place d’un stratagème complexe et la protection de tous les marabouts, griots et sages qu'il connaît, Wangrin ne se sortira qu’in extremis de cette affaire, avec une réputation entachée et la perte de confiance de son commandant de cercle qui demandera sa mutation.

Wangrin est alors envoyé à
Goudougaoua (Ouagadougou). Au cours du voyage pour rejoindre cette ville, il traverse l’opulente cité de Yagouwahi (Ouahigouya), carrefour commerçant entre le Mali et le Burkina Faso. Cette ville est tenue d’une main ferme par l’interprète Romo Sibedi ; celui-ci, de la même région que Wangrin, le reçoit comme un prince mais Wangrin que la cupidité et l’ambition taraudent va entrevoir tous les profits qu’il pourrait faire à cette place et la vie qu’il pourrait y mener. Il n’aura plus dès lors d’autre ambition que de prendre la place de Romo. Ce qu’il fera en quelques jours.

Il vivra à
Yagouwahi de longues années largement profitables. Mais le tragique destin qui lui a été prédit s’avance inexorablement et les forces opposées se rassemblent contre lui : le conte de Villermoz de retour en Afrique demande son affectation dans la région que dirige Wangrin et s’allie aussitôt à Romo. Ensemble ils parviennent à le faire muter à Dioussola (Bobo-Dioulasso, au Burkina Faso
), capitale commerciale de la région à cette époque.
Wangrin n'est pas trop affecté par cette nouvelle nomination et se hâte de monter de nouvelles affaires. Il s’agit cette fois d’introduire frauduleusement parmi les riches commerçants français un commerçant africain, faisant ainsi profiter les intermédiaires des retombées économiques du commerce entre l’Afrique et la France. Mais aussi, par un moyen de taxes et de pots de vin, de gagner toujours plus d’argent et d’étendre sa puissance à toute l‘Afrique de l’ouest.

Ce commerce à peine mis en place, les vieux ennemis de Wangrin ressurgissent et réussissent à le chasser définitivement de sa place d’interprète. Wangrin, plus rusé, donne sa démission et reste sur place en s’établissant comme commerçant à part entière. Il fonde alors la CIEB, une compagnie d’import export qui deviendra une des plus importantes de l’AOF, et surtout la seule à être dirigée par un Africain.

A ce moment, Wangrin est rattrapé par sa prédiction et les mauvaises augures s’accumulent. Wangrin ne cherche à aucun moment à lutter contre son destin ; au contraire, face aux catastrophes qui s’accumulent, il s’enfonce joyeusement dans la débauche. Il se met à fréquenter un couple de Blancs déchus et malsains qui le font boire. Puis il tue malencontreusement son animal fétiche et perd la pierre de Gongoloma-sooké qui le protégeait des mauvais sorts. En quelques mois il décline, ne peut plus écrire, se fait piller par le couple, se met à voler lui-même. Il meurt dans la misère entre 1930 et 1940.


Commentaire

Les noms des villes et personnes ont été changés par Hampaté Bâ à la demande de Wangrin qui ne souhaitait pas « créer des envieux » ni donner de mauvaises idées et des ennuis aux vivants. Cependant, les vrais noms ayant été retrouvés, ils ont été donnés entre parenthèses pour un meilleur repérage.

Ce livre est un incroyable témoignage sur tout un pan de l’histoire de l’Afrique et un récit merveilleusement empli de détails minutieux sur la vie africaine à tous les échelons de la société.

Cependant je n’ai pas retrouvé, à la lecture de Wangrin, l'écriture si fine et si riche qui ornait les pages d'Amkoullel l’enfant peul que j'avais lu auparavant. Dans Amkoullel l'écriture est celle d'un conteur peul qui associe la richesse et la beauté des récits des griots à la langue française très ciselée du XIXe siècle. Dans Wangrin l’écriture se fait plus discrète, la langue se met au service du récit sans l’orner. Elle reste simple, efficace et descriptive. L’enfance de Wangrin est racontée en 10 pages et sa mort de même. Très loin de la magie du conte que l’on trouvait dans Amkoullel.  Mais Wangrin n’est pas non plus écrit comme une étude ethnologique.

En fait l’explication de cette apparente sobriété se trouve à la fin et au début du livre dans des apartés de l’auteur. Celui-ci nous explique qu’il a recueilli des témoignages aussi bien de Wangrin que de tous ceux qui l’avaient connu et fréquenté. Hampâté Bâ explique qu’il ne s’est pas impliqué dans le récit et qu’il n’a fait que le lien entre les témoignages, tels qu’ils lui ont été donnés. On entend donc, selon lui, la langue de Wangrin et non celle d’Hampâté Bâ. Cela correspond à la tradition africaine de l’oralité qui veut qu’un griot ou un conteur se souvienne de tout ce qui lui est dit pour pouvoir le transmettre le plus fidèlement possible à son auditoire. Cette tradition nous explique aussi pourquoi, faute de témoignage, les récits de l’enfance et l’adolescence de Wangrin sont si courts. Et, bien sûr, pourquoi la vie aventureuse  de Wangrin adulte, racontée par lui-même et étayée de nombreux témoignages, est fort complète; mais aussi si peu objective et pas dans le sens français auquel on l’entend.

En effet le personnage de Wangrin à la fin du livre nous laisse sur une impression assez négative : il paraît impulsif, cynique et très immoral. Il a quand même, en quelque sorte, prostitué sa fille adoptive, détourné de l’argent (aussi bien aux colons blancs qu’aux riches Africains), dupant des gens de toutes couleurs, ethnies et situations. Il tente aussi de ruiner la carrière d’un collègue qui l’a pourtant fort bien reçu, Romo Sibedi. Il ruine aussi les carrières d’administrateurs français qui sont présentés comme particulièrement justes (cependant on peut se demander s’il ne s’agit pas d’humour de la part de Wangrin) et il monte des familles les unes contre les autres.

On a l’impression que ce personnage a passé sa vie à jouer des tours pendables et à monter d’invraisemblables stratagèmes dans le seul but de s’enrichir. Cela nous laisse plutôt mal à l’aise, d’autant que cela s’amplifie vers la fin du livre. Mais cette impression est expliquée par l’auteur. En effet, en Afrique, il existe un règle de bienséance qui veut qu’on ne vante jamais ses bienfait mais que, au contraire, on s’attribue les pires défauts. En Afrique, avouer une mauvaise action n’a rien de honteux ; ainsi le récit du viol d’une jeune fille dans le livre est fait à Hampâté Bâ avec minutie par le violeur lui-même.

Enfin, Hampâté Bâ se défend de « suivre la moindre thèse qu’elle soit d’ordre religieux, politique ou autre ». En effet, il est difficile, avec un personnage aussi complexe et partagé que Wangrin, de trouver une dénonciation politique et Hampâté Bâ ne décrit pas par lui-même l’environnement politique. Wangrin précise par moments que la contrée est riche mais il ne décrit ni paysage ni contexte. Même la dénonciation de la colonisation est discrète, subtile et très également partagée avec la dénonciation des coutumes africaines. Hampâté Bâ dénonce autant « l’école des otages » et les épouses africaines des colons, avec leurs enfants « de pères inconnus », que la multiplication des marabouts et des vendeurs d’amulettes qui profitent de la superstition, ou encore la condition des « captifs de case » (sorte d’esclaves des nobles africains).

Une œuvre donc aussi étrange que le destin de son héros, où le récit de l’auteur et indissociable de celui des témoins et participants.


Nathalie, 2e année Bib.-Méd.

Amadou Hampâté Bâ sur LITTEXPRESS

Amadou Hampate Ba Petit Bodiel



Article de Marina sur Petit Bodiel.
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