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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 19:00










Calixthe BEYALA
Comment cuisiner son mari à l’africaine

Albin Michel, 2000
J'ai Lu, 2002















Résumé

Mademoiselle Aïssatou, d’origine africaine, vit à Paris en essayant de se fondre dans le stéréotype de la femme occidentale épanouie et désirée parce que mince à l’extrême : « je brime mon corps, jusqu’à le rendre minimaliste […] Planche à pain égale belle femme ». Sa vie est partagée entre le nettoyage des toilettes publiques et des histoires d’amour aussi brèves que superficielles. Mais, un jour, elle tombe amoureuse d’un nouveau locataire de son immeuble, Monsieur Souleymane Bolobolo, noir, comme elle. Pour le séduire elle fait appel aux conseils que lui donnait sa mère et s’attelle aux fourneaux pour arriver à ses fins. Son but ultime : l’épouser et réussir à le garder.


L’auteur

Calixthe Beyala a grandi au Cameroun dans une famille modeste, sa sœur aînée veillant à son éducation. Elle rejoint la France à l’âge de 17 ans, obtient le baccalauréat et se marie.

Elle publie son premier roman en 1987, à 23 ans, C’est le soleil qui m’a brûlée. C’est une auteur très prolifique, elle a publié 18 ouvrages et reçu de nombreux prix :
Maman a un amant, grand prix littéraire de l’Afrique Noire,
Les Honneurs perdus, grand prix du roman de l’académie française,
La petite fille du réverbère, grand prix de l’Unicef.
Elle a également était nommée chevalier des arts et des lettres. Il s’agit donc d’une auteure largement reconnue mais elle est aussi très controversée. Elle a notamment été soupçonné de plagiat à plusieurs reprises, dont une condamnation en 1996 pour « contrefaçon partielle » dans son roman Le petit prince de Belleville ; elle ne fait pas appel.

Elle a aussi beaucoup fait parler d’elle en 2007 en publiant L’Homme qui m’offrait le ciel, où elle évoque sans trop de dissimulation une liaison qu’elle aurait eue avec Michel Drucker et qui se serait mal terminée.
 

En parallèle de sa carrière d’écrivain elle est une féministe engagée et la porte-parole de l’association Collectif égalité qu'elle a fondée en 1998 pour défendre notamment la représentation des minorités visibles dans les médias.


Originalité et thèmes

La grande originalité de ce roman se trouve dans sa construction : chaque chapitre est clos par une recette de cuisine typiquement africaine (antilope fumée aux pistaches, boa en feuilles de bananier, etc.), évoquée précédemment par l’héroïne. Une idée attirante et ludique, mis à part que la plupart des recettes nécessitent des ingrédients difficilement trouvables pour l’occidental lambda (tortue de brousse, crocodile…)


La plupart des romans de Calixthe Beyala qui traitent de la condition des femmes africaines sont très durs, très crus. Ici on a affaire à une histoire plus légère, empreinte d’humour mais qui aborde quand même des thèmes importants dans l’œuvre de Beyala :

– Le tiraillement entre deux cultures, la difficulté de l’insertion des minorités noires. Cette dualité est visible à travers l’héroïne : « je regarde le ciel et j’imite les Blanches, parce que, je le crois, leur destin est en or » ; elle n’hésite pourtant pas à consulter un marabout et à faire appel à la cuisine africaine pour « ensorceler » son nouveau voisin.

– La relation entre mère et fille : bien qu’elle soit morte la mère est omniprésente dans la mémoire de l’héroïne, c’est d’elle qu’elle tient ses talents de cuisinière et par là sa réussite amoureuse. Dans ses premiers romans, les héroïnes ont aussi des relations assez complexes avec leur mère (jalousie, absence).

– La volonté primordiale du mariage, il est clairement établi qu’à un moment la femme doit aimer le mariage plus que l’homme.

- Malgré cela elle donne une image négative des hommes, Bolobolo s’avère être un mauvais mari : « mon mari était coureur de jupons, poltron, avare, prétentieux et sans doute n’y avait-il pas dans l’univers de vice, de crime que je ne pouvais en toute honnêteté lui mettre sur le dos », de même que le mari de la concierge et le père de Bolobolo.

Mon opinion

Derrière les aventures culinaires, ce roman aborde des sujets d’actualité importants, tels que la place de la femme dans la société ou le mélange des cultures. Mais ces sujets sont traités sur le ton de l’humour, au second degré. Pour ma part je n’ai pas été sensible à cet humour, j’ai trouvé décalé qu’une féministe engagée puisse donner une image aussi restrictive de la femme, qui selon la description de la mère de l’héroïne se limite au sexe, au ménage et à la cuisine. Certaines descriptions ou situations sont manifestement caricaturales, et pourtant elles sont encore tellement vraies ! Et, comme pour finir de contrarier, l’auteur parle d’amour pour évoquer cette relation profondément stéréotypée, conflictuelle et emplie de manipulation.

L’idée de construire le roman avec des recettes est géniale ; dommage quelle repose sur une image de l’être humain et du couple à couper l’appétit.

 Muriel, A.S. Ed.-Lib.
 
Lire aussi la fiche d'Inès.

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8 décembre 2009 2 08 /12 /décembre /2009 07:00








Moussa  KONATÉ,
L'Empreinte du renard
,

éd. Points, coll. « Policiers », 2006.


   




















   
Moussa Konaté, auteur malien, a d'abord été enseignant avant d'écrire son premier roman, Le Prix de l'âme, en 1981. Son amour pour la littérature l'a aussi poussé à créer, à Bamako, les éditions du Figuier, d'abord consacrées à la littérature pour la jeunesse. Puis des essais politiques et économiques ont vu le jour. Ces œuvres ont été écrites en langue nationale afin qu'elles soient accessibles à un large public malien. Par la suite, Moussa Konaté a créé une seconde maison d'édition, Hivernage, à Limoges.
     
Puisque l'histoire se déroule au Mali, au cœur du pays dogon, quelques précisions sur ce pays semblent nécessaires. Le Mali est un état d'Afrique de l'Ouest qui possède des frontières communes avec la Mauritanie, l'Algérie du Nord, le Niger, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Guinée et enfin le Sénégal. La capitale du pays est Bamako.
Mopti
Le pays dogon se situe, quant à lui, près de la presqu'île de Mopti. Son peuple, est dispersé sur trois sites : le plateau de la région de Sangha, la falaise de Bandiagara et la plaine située à ses pieds. Les Dogons sont connus pour leur religion ; originellement animistes (religion qui attribue aux choses une âme analogue à l'âme humaine), la plupart sont désormais musulmans ; existe aussi une petite minorité chrétienne. Ce peuple a coutume de choisir une chef religieux, le Hogon, qui célèbre le culte de Lébé, premier ancêtre des Dogons. De plus, leur cosmogonie est particulièrement digne d'intérêt : ils considèrent notamment que l'origine du monde est une étoile nommée Digitaria. Leurs rites sont, eux aussi, remarquables et ont même inspiré des cinéastes comme Jean Rouch. Le plus connu, la danse des Masques, est évoqué dans le roman, au quatorzième chapitre. À chaque deuil est organisée une cérémonie de trois jours qui se clôt avec cette danse.
Bandiagara
  
L'Empreinte du renard est le troisième volet des enquêtes du commissaire Habib. Les deux premiers volets, L'Assassin du Banconi et L'Honneur des Keita ne sont plus disponibles en France. Une autre enquête a cependant été publiée en mai 2009, La Malédiction du Lamentin. Dans L'Empreinte du renard, un célèbre commissaire, nommé Habib et réputé pour sa ténacité et son flair, est envoyé en plein pays dogon pour élucider une série de morts étranges. Les cadavres retrouvés sont, en effet, enflés, un filet de sang noir s'écoulant de leurs lèvres. Difficile de penser qu'il s'agit de morts naturelles... L'affaire se révèle difficile
non seulement parce que les Dogons vivent en marge de la société mais aussi parce qu'on les redoute pour leur magie puissante et mystérieuse. Ainsi, les autorités maliennes refusent d'intervenir et un climat de méfiance et de suspicion s'installe dès le début de l'enquête. Les morts se multiplient et, pourtant, le commissaire et son adjoint Sosso doivent faire face au mutisme obstiné des habitants. Certains personnages inspirent tout  particulièrement la méfiance des enquêteurs comme cet homme étrange surnommé « le chat » à cause de son agilité hors du commun. Les adjoints du maire de Pigui sont, eux aussi, suspectés ; leur air de perpétuelle connivence n'échappe pas à Habib. Tout s'accélère quand Sosso est agressé de manière bien mystérieuse...
     Banani
Ce roman a bien souvent été qualifié de polar ethnologique ; « l'intrigue policière n'est qu'un prétexte [affirme Moussa Konaté]. Ce qui [lui] importe, c'est de montrer les différents visages du Mali ». L'auteur fait ici référence au peuple dogon et à ses rites mais aussi au peuple modernisé et occidentalisé de la ville de Bamako. On comprend rapidement que la société malienne hésite encore entre modernité et tradition. La fin du polar semble pourtant dépasser cette contradiction ; Habib réalise l'importance des traditions alors que ses positions, au début, étaient plutôt arrêtées et stéréotypées. Le protagoniste confie à son adjoint, au vingt-troisième chapitre : « Ce qui est sûr […] c'est que j'ai reçu la plus belle leçon d'humilité de ma vie. J'ai rencontré des personnes qui mettent l'homme au centre du monde […]. Pour eux, les mots ont un sens. Ils vivent peut-être en dehors du temps, ils s'accrochent peut-être à un monde condamné à disparaître, mais ce monde a un sens. »
 
Le soin accordé par Moussa Konaté à la construction de son polar mérite d'être souligné. En premier lieu, l'intrigue est prenante : des effets de suspens, ménagés le plus souvent en fin de chapitre, tiennent le lecteur en haleine. Ce procédé, même s'il n'est pas très original, s'avère néanmoins très efficace. De plus, les dialogues ont un rôle primordial dans la progression de l'intrigue ; ils nous permettent de suivre les raisonnements du commissaire Habib et de son adjoint. Ils favorisent ainsi habilement l'identification du lecteur aux personnages principaux et dispensent de l'utilisation du discours indirect libre plus lourd et ambigu. Le questionnement récurrent suggère, quant à lui, les doutes et les tâtonnements des protagonistes. Par opposition, l'opacité des sentiments des Dogons est conservée jusqu'à la résolution de l'enquête par Habib ; ce qui crée un effet d'attente et un climat de tension permanent. L'écriture reste, quant à elle, simple, à la manière des récits africains, et très agréable à lire. Elle est tout à fait adaptée au genre du polar où l'on se concentre essentiellement sur l'intrigue et la résolution de l'enquête. D'autre part, le décor est bien souvent planté en quelques mots particulièrement bien choisis pour leur caractère évocateur. Ainsi, il a suffi de seulement huit lignes pour évoquer le charme et l'exotisme de la presqu'île de Mopti, au début du septième chapitre. Les descriptions sont présentes en début et fin de chapitres mais rarement à d'autres endroits. Moussa Konaté préserve de cette manière le rythme plus soutenu imposé par les dialogues. Enfin, le rythme du récit est travaillé : initialement lent parce que mimétique des tâtonnements du commissaire Habib, il s'accélère progressivement après l'agression subie par Sosso au début du vingt et unième chapitre. L'enquête commence tout juste à être démêlée. Mais la fin sera très surprenante...

A. Michaud, AS Édition-Librairie


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7 décembre 2009 1 07 /12 /décembre /2009 19:00














Alain MABANCKOU
Verre cassé

Le Seuil, 2005
Points, 2006


















Le livre et l’auteur

Alain Mabanckou est né en 1966 au Congo. Fils d’un réceptionniste d’hôtel passionné de lecture et d’une mère n’ayant jamais fait d’études, il étudie le droit à Brazzaville puis à Paris. Après avoir travaillé pendant une décennie pour la Lyonnaise des Eaux, il devient en 2002 professeur des littératures francophones à l’Université du Michigan puis à l’Université de Californie-Los Angeles où il occupe toujours actuellement ce poste.

Il entame son œuvre littéraire en publiant des poèmes puis en 1998 un premier roman intitulé Bleu-Blanc-Rouge, récompensé du Grand Prix littéraire d’Afrique Noire.

Verre cassé est son cinquième roman. Il a été unanimement salué par la critique. En effet, il a reçu le Prix des Cinq Continents de la Francophonie, le Prix Ouest-France/Etonnants voyageurs, le prix franco-israélien 2009 mais également le Prix RFO du livre. Verre cassé a été sélectionné pour le Prix Femina et a été finaliste du prix Renaudot. Alain Mabanckou obtient ce dernier l’année suivante en 2006 avec Mémoires de porc-épic. Alain Mabanckou est également l’auteur de Lettre à Jimmy,
Black Bazar ou encore African Psycho.
,
L’histoire

Verre cassé raconte la vie d’un bar, Le Crédit a voyagé, situé à Brazzaville, tenu par un personnage du nom de l’Escargot entêté. Celui-ci confie à un de ses piliers de bar, Verre cassé, la mission de décrire dans un cahier qu’il lui fournit l’histoire de son bar. Le livre est divisé en deux parties. La première, intitulée « premiers feuillets », se penche sur la vie des habitués du bar. Verre cassé y décrit des vies noires, sinistres, sans espoir où prison, violence et alcool se mêlent. Par exemple, le narrateur raconte l’histoire du « type aux Pampers » : sa femme, lassée de ses excursions chez les prostituées dénonce son mari et l’accuse de pédophilie envers sa petite fille. Arrêté, condamné sans autre forme de procès, il est continuellement violé en prison au point de perdre le contrôle de ses sphincters. La deuxième partie, « derniers feuillets », est plus centrée sur le personnage principal et sa vie. Verre cassé est un ancien instituteur autodidacte, qui s’est fait renvoyer suite à son alcoolisme. Marqué par la mort de sa mère et l’échec de son mariage avec une femme qu’il nomme Diabolique, il noie ses problèmes dans le vin de Sovinco.

Un style particulier

Bien que présentant des personnages noirs aux vies sans espoir, ce livre n’en est pas pour autant déprimant. En effet, Alain Mabanckou possède un style unique mélangeant habilement humour, oralité et références culturelles, qui permet une lecture rythmée, rapide et plaisante.

Les aventures des différents personnages croisés au comptoir du bar Le Crédit a voyagé sont truculentes et pittoresques et penchent parfois même vers l’étrange. Et même si le malheur s’est abattu sur eux, le lecteur ne peut s’empêcher de sourire à lire leur biographie car il n’y a aucun apitoiement de la part du narrateur sur ces histoires, la preuve en est le surnom dont il affuble un des personnages « le type aux Pampers ». Alain Mabanckou n’utilise aucune ponctuation dans son livre, uniquement des virgules, procédé qu’il a repris dans Mémoires de porc-épic, ce qui donne une dimension orale à son texte. Le narrateur écrit comme il pense, le texte se présente ainsi sous la forme d’un long monologue. Cette oralité donne
presque une tonalité de contes aux différentes histoires racontées par Verre cassé.

L’écriture est donc celle du personnage principal, ancien professeur qui n’a pourtant pas suivi de cursus scolaire. Cela se retrouve dans d’incessantes références culturelles tout au long du livre. Cela devient même un jeu pour le lecteur de découvrir quelle référence se cache sous telle ou telle phrase. Les titres cités sont aussi bien africains ou antillais (L’enfant noir de Camara Laye, Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire, Jazz et vin de palmeA l’ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust, etc.) Certains passages peuvent ainsi contenir une dizaine de références littéraires à la suite. Par exemple saurez-vous trouver toutes les références de ce passage :
d'Emmanuel Dongala…) qu’européennes (Vipère au poing d'Hervé Bazin, « à ceux qui savent décrire un été africain(1), à ceux qui relatent des noces barbares(2), à ceux qui méditent loin là-bas, au sommet du magique rocher de Tanios(3), je lui ai dit que je laissais l’écriture à ceux qui rappellent que trop de soleil tue l’amour(4), à ceux qui prophétisent le sanglot de l’homme blanc(5), l’Afrique fantôme(6) […] »

Ce jeu attire l’attention du lecteur mais permet également d’introduire une bonne dose d’humour. En effet, le passage où le président est jaloux de la formule « J’accuse » trouvée par son ministre de l’Agriculture dénonce les travers sociaux des régimes politiques des pays africains tout en régalant le lecteur grâce à cette référence littéraire. Une écriture et une impertinence proches du style de Rabelais qui justifient l'apologie que fait Alain Mabanckou de la littérature écrite : « en Afrique quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle […] ça dépend de quel vieillard, arrêtez donc vos conneries, je n’ai confiance qu’en ce qui est écrit [...] ». De nombreux passages mêlant culture et humour peuvent être cités ; par exemple un client du bar qui urine en dessinant la carte de France ou encore un personnage qui apparaît à la fin du livre du nom de Holden et qui demande sans cesse à Verre cassé ce qu’il advient des canards des pays froids lorsque tombe l’hiver, ; il rappelle évidemment le personnage principal du roman de J.D Salinger, L’Attrape-cœurs.

Verre cassé est l’auteur du cahier et il écrit comme il pense ; ainsi le livre possède un vocabulaire assez cru, sans détour ni fioriture. Le narrateur use de nombreuses énumérations et s’enflamme parfois sur certains sujets notamment le fait que les écrivains se doivent d’être humbles. Ainsi les écrivains ne sont pas les prétentieux médiatiques qui ne parlent que « de leur nombril gros comme une orange mécanique » et qui « s’improvisent maintenant écrivains alors qu’il n’y a pas de vie derrière les mots qu’ils écrivent ».

Pour conclure, Verre cassé définit lui-même très bien son œuvre : «
c’est quoi ce bazar, ce souk, ce cafouillis, ce conglomérat de barbarismes, cet empire des signes(7), ce bavardage, cette chute vers les bas-fonds des belles-lettres, c’est quoi ces caquètements de basse-cour, est-ce que c’est du sérieux ce truc, ca commence d’ailleurs par où, ca finit par où, bordel », et je répondrai avec malice  : « ce bazar c’est la vie, entrez donc dans ma caverne, y a de la pourriture, y a des déchets, c’est comme ça que je conçois la vie ».


(1)  Mohammed Dib.
(2)  Yann Queffelec, prix Goncourt 1985.
(3)  Amin Maalouf, prix Goncourt 1993.
(4)  Mongo Beti.
(5) Pascal Bruckner.
(6)  Michel Leiris.
(7) Roland Barthes.


Coralie GANDAR, L. P.

Alain MABANCKOU sur LITTEXPRESS



African Psycho. Article d'Adeline.









Black Bazar. Article d'Elisabeth.



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6 décembre 2009 7 06 /12 /décembre /2009 19:00









Alain MABANCKOU
African psycho

Le serpent à plumes,2003




















Rire des crimes et des serial-killers, en voilà un sujet décalé et original ! Et c’est une des choses que l’on aime dans ce roman cocasse d’Alain Mabanckou : ici pas de fascination ni d’effroi pour les serial-killers mais plutôt de l’ironie et du ridicule pour notre pauvre antihéros Grégoire Nakobomayo, originaire du quartier « Celui qui boit de l’eau est un idiot ». Grégoire n’a qu’un rêve : commettre le meurtre parfait, celui qui le rendra célèbre et craint dans tout le pays comme son ancêtre Angoualima mais… ce n’est pas du gâteau !  Ses attaques sont désolantes, ses viols lamentables, le meurtre « parfait » de sa fiancée Germaine échoue et, comble du comble, on ne parle même pas de lui dans la presse locale ! Et si finalement notre psychopathe amateur n’était pas fait pour tuer ?



Ce roman bourré d’humour cache plus de subtilités que l’on ne croit ; avec sa verve parfois grinçante, Alain Mabanckou porte un regard lucide et saisissant sur l’Afrique actuelle et dénonce  le système politique corrompu du Congo, l’abondante prostitution, la grande insalubrité, la misère et les injustices sociales ; il ironise sur les mœurs des Congolais et leur habitude de propager les rumeurs d’une manière remarquable. African Psycho est également une parodie du scandaleux mais tout aussi fameux American Psycho de Bret Easton Ellis, qui, il y  a une dizaine d’années dénonça une Amérique capitaliste complètement déshumanisée.


D’origine congolaise, Alain Mabanckou est un écrivain francophone important et célèbre grâce à ses romans plusieurs fois primés :Verre Cassé, Mémoire de porc-épic et African Psycho. Il fait partie des intellectuels les plus brillants d’Afrique et sa devise est «  de savoir s’autocritiquer pour ensuite porter un regard juste et lucide sur le reste du monde ».



J’invite ceux et celles  qui veulent voir et comprendre les vices et les fléaux de l’Afrique contemporaine  à travers une écriture drôle et fluide à lire ce roman.


Adeline Bouzet, 2e année Ed.-Lib.

Alain MABANCKOU sur LITTEXPRESS



Black Bazar. Article d'Elisabeth.
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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 07:00










Ferdinand OYONO
Une vie de boy

Pocket, juin 2008.



















Biographie succincte de l’auteur

Ferdinand Oyono, romancier camerounais francophone, est né en 1929 à N’Gouléma-kong. Il suit des études de droit et de sciences politiques à Paris, tout en écrivant ses premiers romans: Une vie de boy (1956) et Le Vieux Nègre et la médaille. Après la publication de Chemin d’Europe, en 1960, il obtient d’importantes fonctions diplomatiques: il est nommé ambassadeur du Cameroun à Paris de 1964 à 1975. Ferdinand Oyono a fait la première partie de ses études au Cameroun. Il entre ensuite au lycée de Provins puis à l’ENA. Une vie de boy fait scandale, publié en période de décolonisation.

Résumé de la quatrième de couverture

Un jeune Noir élevé par un Père Blanc a pris, à l’instar de son maître, l’habitude de tenir un journal. Dès lors, il enregistre tout ce qui se passe dans le milieu des colons où, malgré lui, à la mort du Père Blanc, il est devenu le « boy » de l’administrateur des colonies, le « commandant » de l’endroit. Rien ne lui échappe. Il découvre deux mondes nouveaux, foncièrement différents, aveuglés par leurs préjugés, et amenés à coexister: celui du Quartier Noir, un village pauvre dans la ville, celui de la Résidence, une ville opulente, la ville blanche. Mêlé à la vie de tous, il rapporte les actes et les conversations de ses maîtres et de leurs amis, les jugements de ses camarades domestiques à la Résidence, les drames et les passions des uns et des autres.

Remarques personnelles sur l’ouvrage

L’histoire de Toundi est introduite par un narrateur inconnu. Le récit est transcrit en italique, se démarquant ainsi typographiquement du roman en tant que tel, qui nous parle de ce jeune Camerounais devenu boy malgré lui. Les seuls points communs entre le premier narrateur et le second sont leur pays d’origine et la langue qu‘ils parlent ; tous deux sont camerounais et s‘expriment en français. À la manière de Montesquieu, le premier narrateur prend de la distance par rapport au récit qui doit suivre , il se pose en intermédiaire, en passeur de mémoire, rien de plus: « C’est ainsi que je connus le journal de Toundi. Il était écrit en ewondo, l’une des langues les plus parlées au Cameroun. Je me suis efforcé d’en rendre la richesse sans trahir le récit dans la traduction que j’en fis et qu’on va lire. » (p.14). Ainsi se termine ce qui pourrait être qualifié de préface à l’ouvrage.

Suivent ensuite les deux cahiers composant le journal de Toundi. Il est écrit par bribes, plus ou moins longues, qui retracent les événements importants et marquants de l'enfant : à partir du moment où il s’enfuit de la maison paternelle pour rejoindre le monde des Blancs, jusqu’à la décision qu’il prend de s’échapper de l’hôpital avec la complicité du médecin indigène (qui est certain de son innocence dans une affaire de vol), afin d’éviter la mort certaine qui l’attend dans la prison où les Blancs veulent l’enfermer. Comme il ne sait pas écrire avant de rencontrer le Père blanc, la première partie du journal est rétrospective, Toundi explique comment il est devenu le boy de ce missionnaire français. L’écriture évolue au fil de la lecture, d’abord hésitante, parcourue par des fautes de concordance… elle rend compte de la nouveauté de cet apprentissage pour Toundi. Plus le temps passe (bien qu’il y ait très peu de marqueurs temporels), plus la langue de Toundi s’améliore et avec elle sa lucidité sur le monde qui l’entoure, autant le monde des Blancs que celui des Noirs. Toundi se fait le peintre d’une communauté divisée mais qui comporte de chaque côté son lot d’opportunistes. L’auteur évite avec bonheur de tomber dans le cliché du mauvais colonialiste et du gentil Noir, il n’y a pas de dualité si tranchée, en dehors des lignes de démarcation des quartiers, dans ce texte. Le cynisme que l’on perçoit sur la condition humaine dans son ensemble n’est pas sans faire songer à Céline et à son Voyage au bout de la nuit dans la partie concernant l’aventure coloniale de Bardamu. Le seul personnage du monde blanc qui ne rejette pas les Noirs est le pédagogue qui leur enseigne à être les égaux des Blancs et qui pour cela est mal vu par ceux de son clan; tandis que certaines Noires tentent de profiter des Blancs, et sont prêtes à se compromettre avec eux pour sortir de leur condition. Toundi représente un trait d’union entre deux cultures qui se craignent, s’appréhendent, se rejettent par manque de compréhension, soit par refus de considérer l’autre comme un égal, soit par incapacité à comprendre cette rupture qui tend à s’imposer dans le petit monde de Dangan.

Cette incompréhension ouvre sur des scènes de récit absolument savoureuses. La candeur de Toundi ne l’empêche pas de comprendre ce qui l’entoure même s’il a besoin de la sagesse d’autres personnages, mieux ancrés parmi lesBlancs pour lui expliquer les conséquences de ce qu’il perçoit.

Ce roman est très marqué par la culture occidentale du point de vue des influences et des références, mais il s’agit tout de même d’une critique de l’intérieur réalisée avec beaucoup de finesse et de lucidité. Cette œuvre est magnifique, à la fois drôle et douloureuse. Le lecteur ressent de l’empathie pour le narrateur, mais il reste également à distance de lui, un équilibre s’installe vis-à-vis de ce qu’il raconte, et de ce qu’il fait. J’ai trouvé que sa candeur lui faisait parfois perdre en crédibilité, ou du moins en adhésion. On ressent parfois la plume de l’auteur dans les jugements de valeur qui sont portés, et si la circularité du récit n’invite pas à l’optimisme : l’histoire de Toundi est tragique, ce roman est également drôle, ce qui rend la vie de Toundi touchante, même si elle paraît parfois être traitée avec l’humour du désespoir.


A. Barny, A.S. Ed.-Lib.

 

 

 

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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 19:48









Alain MABANCKOU
Black Bazar

Seuil, janvier 2009














L’auteur


Après la parution de son dernier ouvrage, Black Bazar, en janvier 2009, on le voit beaucoup et on entend parler de lui dans les médias. En effet, présent à la grande librairie sur Arte ou encore sur France O, on a pu le croiser à L’Escale du livre de Bordeaux en avril.

Alain Mabanckou est né en 1966 au Congo Brazzaville. Après le baccalauréat, il entame des études de droit comme le souhaitait sa mère. Puis il travaille à la Lyonnaises des Eaux, pour la quitter afin de s’envoler aux Etats Unis comme professeur de littérature francophone à l’université de Michigan en 2002 puis de Californie-Los Angeles.

Parallèlement, il écrit des romans, des recueils de poèmes, des traductions, des articles et nouvelles parus dans les journaux.

Il obtient de nombreux prix :
1995 : Prix Jean-Christophe de la Société des poètes français pour le recueil de poèmes L’usure des lendemains ;
1998 : Grand Prix littéraire de l’Afrique noire pour le roman Bleu-Blanc-Rouge ;
2005 : Prix Ouest-France/Etonnants Voyageurs, Prix des Cinq Continents de la Francophonie et Prix RFO du livre pour le roman Verre cassé ;
2006 : Prix Renaudot, Prix Aliénor d’Aquitaine et Prix de la Rentrée littéraire pour le roman Mémoires de porc-épic.


Le roman

« Quatre mois se sont écoulés depuis que ma compagne s’est enfuie avec notre fille et L’Hybride, un type qui joue du tam-tam dans un groupe que personne ne connaît en France, y compris à Monaco et en Corse. En fait je cherche maintenant à déménager d’ici. J’en ai assez du comportement de mon voisin monsieur Hippocrate qui ne me fait plus de cadeaux, qui m’épie lorsque je descends au sous-sol dans le local des poubelles et qui m’accuse de tous les maux de la terre. En plus, quand j’entre chez moi je ne supporte plus de deviner la silhouette de mon ex et de celle de L’Hybride qui rôde quelque part. »

Fessologue, adorateur de costumes italiens et de fesses, vient de se faire plaquer. L’Hybride et Couleur d’Origine, sa compagne, ont emmené sa fille Henriette. Il est triste et en colère. Ses amis du Jip’s, un café où ils se retrouvent, essayent de le réconforter, chacun à sa manière et Fessologue n’en ressort pas toujours rassuré. Mais une rencontre va l’aider à surmonter sa peine, Louis-Philippe, un écrivain haïtien va lui proposer d’écrire pour extérioriser ses angoisses. Fessologue achète donc une machine à écrire et se lance dans l’écriture. Ainsi il nous parlera de ce qui l’entoure, de l’Arabe du coin qui l’aide, de monsieur Hippocrate son voisin raciste, de Couleur d’Origine, de Paul du grand Congo, de Roger le Franco-Ivoirien, d’Yves l’Ivoirien tout court qui veut faire payer à la France la dette coloniale, de Vladimir Le Camerounais aux cigares les plus longs de France et de Navarre…

Ainsi, à travers les écrits de Fessologue, Alain Mabanckou nous livre un roman tendre, drôle et réaliste. Chaque personnage défend son point de vue sur la beauté et la noirceur de la condition humaine. Il revient donc à une écriture plus classique mais sa plume est toujours présente par le biais de références littéraires, d’artistes ou encore de chanteurs à qui l’auteur envoie un clin d’œil.

L’auteur, dans une interview de Congopage, nous livre ceci : « Je me laisse aller, je ne force jamais l’inspiration et je n’écris que lorsque « j’entends » la musique d’une phrase, le mot qui me hante, l’image qui revient sans cesse. (…) J’écris donc au kilomètre, sans plan, sans documentation et sans stratégie. Je n’organise ma grande « pagaille » qu’à la fin, une fois que j’ai toute la matière première devant moi. » Ainsi, le Bazar des mots se retrouve aussi dans la vie de Fessologue qui, à eux deux, nous livrent leur Black Bazar.

Élisabeth, 1ère année Ed.-Lib.


Lien

Site officiel d'Alain Mabanckou
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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 07:59








Habib SELMI
La Nuit de l’étranger
traduit de l'arabe (Tunisie)
par Evelyne Larguêche
et Françoise Neyrod
Actes Sud, 2008.
collection Mondes arabes



























La Nuit de l’étranger est l’histoire d’une insomnie, d’une poignée d’heures nocturnes qui s’étirent à n’en plus finir. Ce roman a pour prétexte l’un de ces moments où le contraste entre le repos forcé du corps et l’éveil de l’esprit est à son paroxysme.


Dans une chambre parisienne un peu miteuse, un immigré tunisien en mal de sommeil meuble sa nuit comme il peut. Dans le carnet d’adresses qu’il feuillette, il puise des noms et se met à égrener les souvenirs.
Le lecteur, coincé dans la pénombre aux côtés de cet homme ordinaire, suit celui-ci du lit au bureau et du bureau au lit. Dans ce mouchoir de poche, Habib Selmi nous offre pourtant l’occasion de vagabonder dans une vie et de jongler sans cesse entre deux atmosphères : celles de Paris et de la Tunisie.


Il est alors question d’amitié, d’amour et surtout des vies de ceux avec qui le narrateur a partagé un bout de route. A travers le parcours de quelques personnages d’une grande simplicité, l’auteur explore peu à peu la diversité des raisons qui poussent tant d’hommes et de femmes à quitter le Maghreb pour la France et la palette des sentiments qui peuvent résulter de cet exil.

Il y a Adel Talibi, parti de chez lui pour devenir médecin et échapper à la pauvreté qu’il a connue enfant, et puis Souad, jeune femme rebelle qui a fui les fantasmes que nourissaient à son égard les hommes de son village ainsi qu’un père que sa beauté terrifiait. Il y a aussi Hamouda et sa femme Hadria, installés à Paris le temps de traiter ces « fainéants de spermatozoïdes », pensant retourner en Tunisie une fois les choses rentrées dans l’ordre, et qui sont finalement restés là.


Le style simple et coulant d’Habib Selmi est particulièrement propice à l’immersion totale du lecteur dans les pensées du personnage avec qui il est enfermé le temps d’une nuit.


Au-delà des destinées et des anecdotes qu’il nous livre, notre insomniaque, nous invite à partager l’intimité de migrants tiraillés entre leurs racines et leur pays d’accueil. Au fil des pages, le récit se teinte tantôt d’espoir, tantôt de nostalgie, de désillusion. On devine chez cet homme dont ne connaît pas même le nom, une certaine détresse, un vide, une absence de but. Il tente alors de tordre le cou à son ennui et à son cafard en passant en revue sa propre existence et en racontant la vie de ceux qui lui sont chers. Ses souvenirs deviennent une arme pour combattre en douceur la solitude qui l’affecte.


Habib Selmi est né en Tunisie, à Kairouan, en 1951. Agrégé d’arabe, il travaille à Paris depuis le début des années 1980. Il a publié deux recueils de nouvelles et huit romans dont trois ont été traduits en français et publiés chez Actes Sud : Le Mont-des-Chèvres, Les Amoureux de Bayya (2003) et La Nuit de l’étranger (2008). S’il ne dispose que d’un lectorat assez confidentiel en France, Habib Selmi est un écrivain reconnu dans son pays d’origine.
(1999),











Soazig, Année Spéciale Bibliothèques-Médiathèques


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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 07:04







Fouad LAROUI
L’oued et le consul

Flammarion, 2006




























Les nouvelles de Fouad Laroui permettent de découvrir le Maroc avec ses oueds, son désert, ses odeurs …  mais aussi les villes bruyantes, comme dans "stridences et ululations" ; d’ailleurs je n’ai pas pu m’empêcher de sourire car cette nouvelle m’a rappelé Marrakech avec l’appel du muezzin , les klaxons à longueur de journée..

Fouad Laroui peint aussi la vie marocaine et il n’a pas toujours un regard complaisant  sur sa terre natale  ; en effet dans "l’Oued et le consul" il n’ignore pas la misère incarnée  par un vieux Berbère et  le regard critique de Fouad Laroui se pose aussi sur la condition féminine dans "Khadija aux yeux noirs".

L’auteur s’intéresse aussi à la politique, il condamne  les despotes et  dénonce le pouvoir abusif de Hassan II dans "le tyran et le poète".

 Dans "l’oued et le consul", Fouad Laroui n’épargne pas non plus l’arrogance et l’ethnocentrisme des Occidentaux. Ce qui fait de Fouad Laroui un auteur totalement objectif quant aux mondes oriental et occidental : en effet il est aussi critique sur l’une que sur l’autre culture et il confronte même les deux.

Enfin , Fouad Laroui dénonce également  les gendarmes trop autoritaires envers la population. D’ailleurs, dans "une botte de menthe", l’auteur fait référence à un souvenir personnel : l’enlèvement de son père par la police.

Fouad Laroui fait donc rêver en dépeignant les charmes de son pays mais nous éclaire sur la misogynie, la pauvreté et l’injustice malheureusement toujours présentes au Maroc.
 Fouad Laroui aborde tout ces sujets douloureux avec un humour et une légèreté qui sont sûrement « les armes les plus redoutables » pour dénoncer…

Cela m’a incitée à lire le Maboul qui est une satire de la société marocaine et De quel amour blessé qui raconte l’amour impossible entre un jeune Maghrébin et la fille d’un juif.



















Adeline Bouzet, 1ère année édition librairie

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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 07:41




Yasmina KHADRA
L’attentat

Julliard, 2005
rééd. Pocket 2006




























« Comment a-t-elle fini putain la ville indéfectible où le droit fleurissait.
La justice va loger à l’enseigne des assassins.
Mon peuple mis au pas par les deboussolés qui brouillent le sens de mon trajet. »

Torah, Isaïe, 1, 11
L´attentat, p. 233

                                   



Tel Aviv. Une déflagration retentit. Un attentat suicide vient d’être perpétré. Dans un hôpital la cellule de crise est déployée afin d’accueillir les premiers blessés. Les attentats sont fréquents dans cette region mais, humainement, cela reste difficilement surmontable. Toute la journée, Amine, chirurgien naturalisé israëlien d’origine palestinienne, s’affaire pour remédier aux souffrances des victimes. Harassé, dépité, il finit par rentrer chez lui pour essayer de trouver le repos. Il reçoit alors un appel lui intimant de revenir à l’hôpital. Sans en comprendre la raison, il s´éxécute. Sur place, la police l’implique en lui demandant d’identifier le corps avéré être celui du kamikaze. Amine s’effondre : il s’agit de Sihem, sa propre femme.

Amine « ne reconnaît plus le monde où il vit ». Pourquoi Sahed avec qui il pensait partager un idéal pacifiste, humaniste, a-t-elle un jour décidé de commettre un tel acte. Aveuglé par ce qu’il croyait être une réussite sociale et sentimentale, le chirurgien a perdu de vue la réalité. Il devra faire preuve d’empathie et mener une véritable (en)quête sur les traces de sa femme afin d’élucider les raisons qui ont pu engendrer son geste. Cette recherche lui permettra d’ouvrir les yeux sur la condition de son peuple d’origine, (re)découvrir un peuple sans patrie, humilié et acculé.

« Il n’y a pas de bonheur sans dignité... et aucun rêve n’est possible sans liberté »

En véritable conteur, Yasmina Khadra nous permet une fois de plus, de nous projeter dans une région au contexte explosif. Cette fois, l’action se déroule en terre israëlo-palestinienne où se tient un conflit entre deux peuples, deux cultures, un conflit dont les stéréotypes ont voilé la réalité.

A travers L’attentat, Yasmina Khadra nous offre un roman puissant comme une bombe, entre drame et thriller à l’ambiance suffocante servie par une plume nerveuse. Amine, son personnage principal évolue entre racisme, terreur, explosions et sirènes. Si son cheminement, sa quête nous amène à percevoir la détresse du peuple palestinien, Yasmina Khadra ne prend pas parti pour autant. Bien au contraire, ce livre nous permet d’avoir un regard plus objectif sur ce conflit. Aux cruautés que subissent les Palestiniens - à travers la spoliation de leurs terres et les sévices commis par l’armée israëlienne -, l’auteur confronte le quotidien israëlien - l’atrocité des attentas suicides et le sentiment de terreur qu’ils suscitent -. Perpétuelles violences à l’origine de toutes les horreurs, des montées extrémistes, du racisme et de la terreur ambiante. Entre haine et compassion, incompréhension et indulgence,  l´auteur nous dépeint un monde et sa dualité où la complexité du conflit est toujours mise en exergue.

A l’inverse de ce que l’on peut constater dans son dernier livre Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra ne se contente pas de pointer les problèmes, de nous donner une vision edulcorée d’un conflit pourtant sanglant. Au contraire, avec L’attentat, il plonge le lecteur dans la triste réalité, sans complaisance, au risque (ou ayant la volonté) de le choquer. Malgré l’ambiance oppressante qui se dégage de ce conflit, le personnage principal incarne un idéal pacifiste . son parcours lui permettra ainsi qu’à nous, lecteurs, de nous confronter à deux réalités, deux peuples. Si cela permet de les comprendre, cela n’excusera en rien l’atrocité de leurs actes.

Comme le fait Heminguay dans son roman Pour qui sonne le glas en évoquant la guerre civile espagnole, Yasmina Khadra se place intelligemment au dessus des revendications partisanes, qu’elles soient religieuses ou politiques pour ne prêcher que l’humanisme.


Benjamin Fricard,   1ère année Edition-Librairie

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9 novembre 2008 7 09 /11 /novembre /2008 18:54

Entretien réalisé dimanche 2 novembre 2008




Originaire du Cameroun, cet auteur réside en France depuis 1991. Bien qu'elle écrive depuis l'âge de huit ans, ce n'est qu'en 2005 qu'est publié son premier roman. A ce jour, trois romans et un recueil de nouvelles sont parus : L'intérieur de la nuit, Plon, 2005 ; Contours du jour qui vient, Plon, 2006 ; Tels des astres éteints, Plon, 2008 ; Afropean Soul et autres nouvelles, Flammarion, coll. Etonnants Classiques, 2008.

L'approche musicale originale dans la structure de ses textes et les questions abordées (politiques, sociales ou métaphysiques) font de sa production littéraire, bien qu'elle soit récente, une oeuvre reconnue par la critique et saluée par les lecteurs. Ainsi, de nombreux prix lui ont été attribués dont le Goncourt des lycéens, en 2006, pour son deuxième roman.


 






Vos romans ont tous été publiés chez Plon. Est-ce un choix de votre part ? Aviez-vous sollicité d'autres maisons d'éditions ?


Comme tous les auteurs, j'ai sollicité plusieurs éditeurs à mes débuts. Quatre, très préciséme
nt, dont deux voulaient travailler avec moi. J'ai finalement signé un contrat avec un cinquième, auquel je n'avais pas envoyé de texte... J'ai eu la chance de pouvoir choisir mon éditeur, et lui ai été fidèle tant que je l'ai jugé utile.




Comment sont accueillis vos écrits en Afrique, et plus particulièrement au Cameroun ? Avez-vous constaté un accueil différent selon vos romans ?

Mes livres sont accueillis en Afrique comme en France : ils ne font pas consensus, quant aux sujets dont ils traitent.





Alors que vos deux premiers romans se situent en Afrique, votre dernier roman se déroule en France et soulève le problème de la conscience de couleur. Selon vous, la France refuse-t-elle d'aborder cette question ?

C'est une évidence. Des critiques m'ont dit des choses inattendues, concernant ce roman : que j'aurais dû l'écrire en anglais, parce que ce sujet n'était pas pertinent dans l'espace francophone, et que des Blancs ne pouvaient le lire. Tout ceci semble assez éclairant.



L'exemple de l'engouement médiatique concernant la possible élection d'un président noir aux Etats-Unis, laisse penser qu'il reste difficile pour une personne de couleur d'assumer son identité en dehors du continent africain. Qu'en pensez-vous ?

Il ne nous est pas difficile d'assumer notre identité, qui n'est pas forcément liée à la couleur de notre peau. Ce sont les autres qui ont parfois du mal à nous accepter, et à nous reconnaître comme leurs semblables. Des humains, tout simplement, des égaux de fait.



Vous vous revendiquez comme étant un auteur universel. Aussi, peut-on considérer que vos personnages possèdent une réelle dimension universelle ?

Bien entendu, puisque ce sont des figures humaines. Si on considère (et c'est ce que je crois) qu'il n'y a qu'une seule humanité, chaque fois qu'un texte présente des humains, il parle du genre humain dans son intégralité. Si mes textes ne sont pas universels, ceux d'aucun auteur ne le sont. On ne peut pas prétendre que seuls les écrivains occidentaux soient universels. Les Japonais, les Africains et les Indiens le sont aussi. L'Occident a pris l'habitude de se considérer comme l'étalon en la matière. Il va lui falloir se défaire de ce complexe de supériorité, puisqu'il ne représente qu'une infime partie du monde, même si son pouvoir économique et militaire a pu laisser croire le contraire.



Vous vous inspirez du jazz pour concevoir vos romans. Quel rôle la structure musicale de vos livres joue-t-elle ? Vous aide-t-elle à mieux 
transcrire les sentiments que vous voulez transmettre aux lecteurs ?

C'est subjectif et personnel. C'est l'esthétique qui me vient, tout naturellement. On peut user d'autres procédés, avec autant d'efficacité.



Tout comme le musicien de jazz improvise parfois, pensez-vous avoir une certaine forme d'improvisation dans votre écriture ?

Oui, mais comme en jazz, l'improvisation est maîtrisée. Il ne faut pas faire n'importe quoi. Les personnages et l'histoire ont une cohérence qui doit être respectée, tout comme les harmonies en musique doivent être respectées.



Un ensemble de récits Afropean Soul et autres nouvelles est paru chez Flammarion cette année. Avez-vous, comme pour vos romans, abordé ce genre de la nouvelle avec une esthétique musicale particulière ?

Je vous invite à les lire pour trouver la réponse!



L'intérieur de la nuit
, Contours du jour qui vient et Tels des astres éteints sont les titres de vos romans. Pourquoi le choix de ce style poétique si présent dans votre écriture ?

Ce n'est pas un choix raisonné, il ne peut donc s'expliquer. C'est une question de sensibilité. Afropean soul est une autre forme de poésie : plus urbaine, plus ouverte sur d'autres espaces.



Des recommandations de lectures ?

Je conseille La tache, de Philip Roth, Effacement ou Désert américain, de Percival Everett, et L'autre moitié du soleil, de Chimamanda Ngozi Adichie.

 

Béatrice, Licence Pro. Bib.

Site : www.leonoramiano.com
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