Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 juin 2008 6 28 /06 /juin /2008 19:33




Depuis combien d'années la maison Ndzé existe-t-elle?

Fondée en 1995 à Libreville au Gabon, le siège a été transféré en 2001 à Bertoua.

  























Quelle est la taille de votre structure?


Nous avons quatre salariés à Bertoua, deux directeurs de collection et moi-même.


Combien de titres avez-vous à votre catalogue?


Nous avons publié directement 36 titres auxquels s'ajoutent 5 titres en coédition, et un titre en indirect (financé par l'auteur).


Diffusez-vous et distribuez-vous au Cameroun ?

Oui. La diffusion se fait par relation directe avec les libraires (très peu nombreux, une dizaine seulement vendent de la littérature). La distribution est directe (de la main à la main), car il n'y a pas de structure particulière comme Prisme en France. De plus, la Poste est à éviter totalement, moins d'un livre sur deux parvient à son destinataire !






Est-ce totalement différent du système français ?

Oui, pour les livres des éditeurs africains. Aucune structure n’est mise en place. Il y a donc très peu de professionnalisme.
Non, pour les livres venant de France. En effet, ces derniers bénéficient de nombreux avantages octroyés par l'Etat français qui par là cherche à maintenir sa mainmise.
Nous pouvons par exemple dire que :
- Il existe des structures de distribution professionnelle directement héritées de la période coloniale pour la presse et les livres des grands groupes français (Sogapresse au Gabon, Socapresse au Cameroun).
- Le transport aérien est gratuit pour les éditeurs français (payé par le SNL) alors que les livres envoyés vers la France sont payés plein tarif du fret.
- L’exonération de taxes est mise en place à l'entrée dans les pays d'Afrique francophone pour les éditeurs français, alors que nous payons des taxes pour entrer en Europe.
- Le paiement des livres est garanti aux éditeurs français par le Ministère des affaires étrangères en cas de défaillance des libraires.
- Il n’y a aucune garantie de paie aux éditeurs africains. De plus, le distributeur en France des livres des éditeurs africains désigné par le MAE (Servédit) a mis la clé sous la porte sans nous payer nos livres qu'il a vendus pendant 3 ans. Le MAE n'a pas réagi à notre demande d'indemnisation.
- Nous pouvons ajouter à cela le détournement des aides du PNUD, UNicef, AIF réservées aux éditeurs locaux par les grands groupes français (Hachette, Pinaut, Lagardère) qui créent des structures soi-disant locales pour en bénéficier. (Exemple des Neas au Sénégal, du CEDA en Côte d'Ivoire qui sont des sociétés écrans entièrement aux mains de capitaux français mais qui raflent les subventions données, en particulier pour les livres scolaires).
Il n'y a aucune réciprocité. Tout est fait pour empêcher le développement de l'édition locale africaine et pour favoriser le maintien du monopole de l'édition française.


Vous êtes distribué par Alfa en France. Y avez-vous une antenne?


Non, ALFA est un distributeur exclusif.




Avez-vous beaucoup de concurrence, c'est-à-dire existe-il beaucoup d'éditeurs spécialisés en France ?

Non, on ne peut pas parler de concurrence. Les éditeurs spécialisés en France dans la littérature africaine (nous connaissons Présence africaine, Accoria, Anibwe, L'Harmattan, Kartala, Afridic pour ne citer que les plus connus sans compter les collections Afrique des " grandes " maisons telles que " Continent Noir " de Gallimard, " Monde noir " d’Hatier, " le Serpent à plumes " de Rocher) travaillent presque exclusivement avec les écrivains d'origine africaine vivant en Occident. Alors que nous sommes naturellement tournés vers des écrivains (pas nécessairement africains), mais qui vivent en Afrique. Nous ne puisons pas dans le même vivier.


Quel est votre avis sur la place de la littérature africaine subsaharienne francophone en France ?

C'est ce que dans la profession nous appelons "une niche". Un public restreint mais fidèle, par opposition au grand public. Il serait injuste de reprocher aux Français de souche de se désintéresser d'une littérature qui, après tout, ne les concerne pas directement, et un petit nombre le fait, heureusement pour nous. Non, le problème vient de la diaspora africaine en France. Contrairement à ce qu'elle fait pour la musique, elle se désintéresse totalement de la littérature africaine, pour diverses raisons, dont la principale est le désir inavoué de tourner le dos à une Afrique dont l'image véhiculée en France ne rend pas fier. Contrairement à ce qui se passe en Afrique où la relation identitaire est très forte (un Gabonais lettré aura à coeur de lire tout ce que les Gabonais publient) ou encore dans certaines communautés comme les Guadeloupéens de France (on dit en plaisantant que même s'il ne sait pas lire, un Guadeloupéen achète le livre si l'auteur vient de chez lui),  nous observons une grande méfiance, voire du mépris pour ce qui vient de là-bas ! Vieux réflexe de "complexe colonial" sans doute.



Et enfin, y a-t-il une croissance dans la demande au niveau de votre production depuis ces dernières années ?

La demande en France dépend de la situation géopolitique  véhiculée par les médias. Si on diffuse en boucle des images sur les atrocités (Rwanda, Libéria, Darfour...) la demande baisse immédiatement : l'Afrique a alors une "mauvaise image" en terme de marketing. Dans les périodes d'accalmie, la demande reprend.




Entretien réalisé le 22/04/08
par Solenn, 2ème année 'Edition-Librairie


Liens

Site des éditions Ndzé

Critique de Et si les crocodiles pleuraient pour de vrai…de Ludovic Obiang, éditions Ndzé, sur Africutures.

Le Gabon sur Wikipédia

Repost 0
24 juin 2008 2 24 /06 /juin /2008 11:40

Entretien avec Gabriel Okoundji, auteur congolais.

 

Gabriel Mwèné Okoundji est un auteur béglais d'origine congolaise qui a publié 7 recueils de poésie et deux essais.

 

Vous êtes actuellement publié par la maison d’édition Fédérop. Est-ce que cela a toujours été le cas ?

Non, au début j’étais publié à Paris par L’Harmattan. Mais dans ma démarche poétique, dans ce à quoi j’aspire, les éditeurs régionaux étaient plus proches de ce que je faisais. J’ai ensuite été publié par les éditions William Blake mais aussi par Cahiers de poésie verte. Maintenant, je suis donc publié par Fédérop.

 

Y a-t-il en Afrique et plus particulièrement au Congo des éditeurs qui vous publient ? Ou êtes-vous diffusé, là-bas ?

Non. La littérature est encore très difficilement réalisable en Afrique noire. Il y a très peu d’éditeurs. De plus, j’ai très peu de lectorat dans mon propre pays, le Congo. Au Burundi, j’ai maintenant du lectorat car j’avais été là-bas faire un travail avec les écrivains burundais. Et le Centre culturel français a acheté une grande quantité de mes livres et les a donnés aux élèves burundais. Maintenant, les élèves me lisent. C’est donc par cela que je suis lu au Burundi.

 

L’édition africaine est très difficile à mettre en place au niveau de la diffusion…

Au niveau de la diffusion, la quasi-totalité des auteurs africains sont beaucoup plus connus en Occident que dans leur propre pays.

Quelles sont vos références au niveau des auteurs africains ?

C’est difficile ! Il y a des auteurs qui me plaisent qu’ils soient africains, français, canadiens… Parmi les auteurs africains, s’il faut choisir, je lis quasiment tous les jeunes auteurs, de ma génération. Autrement mon auteur favori est Aimé Césaire car c’est à cause de lui et grâce à lui que j’écris.

 

Est-ce que vous trouvez qu’il y a une réelle identité africaine et qu’elle existe ?

Oui mais elle n’a existé qu’à partir du développement du mouvement appelé la Négritude. Avant, c’était la parole des Africains portée par les Occidentaux.

 

 

Est-ce que vous trouvez que la littérature africaine et les auteurs qui s’y rapportent sont reconnus en France ?

Pas encore à sa juste valeur. Mais il y a beaucoup d’efforts de faits. Les auteurs africains bénéficient d’une couverture médiatique plus que les autres auteurs. Mais c’est vrai que beaucoup de travail reste à faire. La France a accordé aux auteurs africains un réel espace que même les auteurs français, à niveau égal, ont du mal à le prendre.

 

En librairie, y a-t-il une place pour cette littérature ?

Au niveau médiatique et de la critique, la littérature africaine a acquis une place considérable et qui est reconnue. Par contre, au niveau des librairies, tout le travail reste à faire. Les libraires rechignent et ont du mal à accepter, à accorder un rayonnage conséquent et classé. C’est souvent un ou deux livres perdus dans un petit coin que personne ne va voir. Même Mollat.

 

Le problème vient donc plus des points de vente que de l’édition ?

Tout à fait. Les éditeurs publient beaucoup d’auteurs africains, la presse y consacre une large part de façon même complaisamment organisée (on se demande s’ils consacrent cet espace médiatique pour les compétences des écrivains ou pour représenter cette partie noire). Ils sont partout ces écrivains africains mais là où on devrait les rencontrer, en médiathèque par exemple, en rayonnage des librairies, il reste un travail à faire.

 

Par rapport aux manifestations, qu’en pensez-vous ?

Il ne reste plus une manifestation littéraire sans qu’un écrivain africain soit présenté. Il y a une présence africaine.

 

Y a-t-il selon vous une évolution dans cette littérature ?

Il y a une évolution considérable avec une grande production. Avant, pour la rentrée littéraire, cette littérature était étouffée.

Solenn, Éd.-Lib 2ème année
Entretien réalisé le 5 avril 2008

Bibiographie sélective :
L'Ame blessée d'un éléphant noir, William Blake an Co, 2003
Vent fou me frappe chez
Fédérop., 2004
Prières aus ancêtres, Fédérop (édition bilingue, français - occitan), 2008
 Bono, le guetteur de signes, Elitys, 2005

Repost 0
23 avril 2008 3 23 /04 /avril /2008 08:02

 

 Introduction

 

     Selon l'Institut suisse jeunesse et médias (ISJM) " la littérature pour la jeunesse n'est pas un simple miroir de la société. Elle fait partie de la société. D'une part, elle est liée à un contexte sociohistorique ; elle est d'autre part une production culturelle et participe donc à la fabrication du sens qui permet de penser le monde. " La littérature jeunesse favorise la compréhension de l'Autre mettant en valeur l'altérité aussi bien textuellement que graphiquement."

     Nous avons donc choisi de travailler sur la représentation de l'Afrique et des Africains dans l'album. Pour cela nous avons sélectionné trois types d'albums ; notre travail s'articule donc autour des questions suivantes :

 Quelle image de l'Afrique est véhiculée par l'album jeunesse ? Quelles sont les images données aux enfants français ?

 Comment est représentée l'altérité ?

  

I. L'Afrique sauvage, dure, impitoyable : une quête initiatique

 

     Cette première catégorie d'albums représente une Afrique rurale, très ancrée dans ses traditions et dans son règne animal. On oscille entre le conte et la réalité : les jeunes garçons traversent différents obstacles et épreuves qui les conduisent lentement vers l'âge adulte.

     Mais cette représentation de l'Afrique n'est elle pas un peu stéréotypée ?

 

 

Kuli et le sorcier
Dominique Mwankumi et C. Norac
Ecole des loisirs. Collection " Archimède ", 2001.


Résumé

     Kuli, enfant du Congo (ex-Zaïre) va enfin réaliser son rêve : passer une nuit dans la mystérieuse forêt équatoriale et approcher de près les antilopes. Mais entrer dans une telle forêt n'est pas une promenade. Kuli y fera des rencontres étranges et fera face à de nombreux dangers.

     Ce seront ses premiers pas dans un monde inconnu...

 

Critique

     Cette histoire est basée sur un souvenir authentique. Dominique Mwankumi, artiste africain né en 1965, a raconté son enfance à l'écrivain Carl Norac. Celui-ci a choisi de mettre sur papier un de ces moments vécus au coeur de l'Afrique. Dominique Mwankumi y a ensuite ajouté ses images intérieures. Ne vous étonnez pas si Kuli, le héros de ce livre, lui ressemble un peu.

 

Carl Norac

Né le 29 juin 1960 à Mons en Belgique, la veille de l’indépendance du Congo.

Poète et auteur de romans et albums

1984-1990 : intense période de voyage (Asie et Afrique) qui lui inspirèrent ses histoires.

 

 

 

Yakouba
Thierry Dedieu
Seuil jeunesse, 1994

Site éditions du Seuil

Résumé

     Yakouba, est un jeune Africain qui arrive à l’âge de devenir guerrier. Pour apporter la preuve de son courage, il doit affronter le lion et le tuer. Pendant des jours il cherche le lion, et finit par le rencontrer. Mais Yakouba voit devant lui un lion blessé. Il se trouve donc face à un dilemme : soit il tue le lion et passe pour un grand chasseur, soit il le laisse vivre et sera mis à l’écart de sa tribu. Yakouba laissera partir le lion. Depuis ce jour, il garde le troupeau, à l’écart du village, mais celui-ci n’a plus jamais été attaqué par les lions.

 

Thierry Dedieu

Né en 1955 à Narbonne

Prix Sorcière pour Yakouba en 1994 = récit initiatique, exotique et ethnologique.

NB : paru en 2007 au Seuil jeunesse, Kibwé est la suite de cet album.

 

Critique

     A travers cet album, les enfants découvrent l'importance du choix et du droit à la liberté individuelle tout en voyageant et en découvrant une nouvelle culture.

     La plupart des auteurs jeunesse qui se sont intéressés à l’Afrique l’ont représentée avec des couleurs vives et chaudes. Dedieu voit au contraire l’Afrique en noir et blanc pour illustrer cette histoire tragique. C’est un album sur le sens de la dignité et du courage particulièrement saisissant par son texte composé de phrases brèves et incisives et par son illustration presque violente, traitée en noir et blanc, tout en clair-obscur, qui intensifie d’autant plus la tension inhérente à l’histoire.

 

 

ANALYSE GLOBALE :


     Les deux albums ne représentent pas l'Afrique sauvage de la même manière. Ils offrent une vision très rurale de l'Afrique. La quête initiatique est commune aux deux albums, le jeune garçon doit prouver son courage. Dans les deux cas l'Animal est au centre de cette quête (lion / antilope).

     Yakouba : la couleur, les textes, la typographie en font un magnifique album mais assez violent. Pour les enfants, cela peut presque paraître effrayant. La vie du petit Africain semble très difficile....

     A l’inverse, Kuli et le sorcier : les couleurs ne sont pas les mêmes : le jaune orangé et le vert donnent un aspect beaucoup plus doux à cet album.

     On pouvait penser, au départ, que ces deux albums offraient une vision stéréotypée de l'Afrique, mais l'album de Dominique Mwankumi s'inspire de sa propre histoire. Il a en effet passé son enfance au Congo. A propos des couleurs employées dans l'album, l'auteur déclare que : " ces couleurs viennent, en partie de ma petite enfance, de mon village natal et de mes parents. J'ai vécu deux ans dans la forêt équatoriale et la savane du Congo. C'est là que j'ai retrouvé mon âme d'enfant et les couleurs de ces souvenirs. "

     Les deux albums peuvent donc refléter une Afrique encore réelle et restée très rurale.

 

 

II. L'Afrique rurale : au coeur des traditions africaines

 

     Ici nous nous attacherons davantage aux croyances et aux rites africains : c'est la vie quotidienne des tribus qui nous est présentée à travers le regard d'un enfant africain.

   

L’espoir pélican
Texte de Carl Norac
Illustrations de Louis Joos
Pastel, Ecole des Loisirs, 1998

Site L'Ecole des loisirs
 

Résumé


     La maman de Houraye est emmenée à l’hôpital. La petite fille veut tout faire pour qu’elle reste en vie : elle part donc, sur les recommandations de celui qu’on appelle le Cousin, avec un petit paquet pour le porter au bout du monde.

     Après maintes aventures, elle parvient à cet endroit où elle voit le pélican : " elle sait que ces oiseaux-là portent la vie au bout des ailes ".

    L’espoir est le thème central de cet album.

 

Critique


     Les changements de cadres ou les variations de couleurs permettent de passer insensiblement d’un univers à un autre. Dans L’Espoir Pélican (toujours avec Carl Norac), le travail des images consiste à nous montrer à la fois l’Afrique noire où vit Houraye, la jeune héroïne, et à nous faire sentir ses sentiments. Pour parler du paysage, Louis Joos utilise le plan large ou le croquis et laisse sous la couleur apparaître le trait gris du dessin. Pour donner à lire les sentiments de la jeune fille, il fait un zoom sur elle, met dans le flou le paysage qui n’est plus que couleur et élimine le réalisme.

 

L’Afrique, Petit Chaka
Sellier Marie et Marion Lesage (illustrations)
Réunions des Musées nationaux, 2001

Site RMN


 


Résumé


     Un petit garçon d’origine africaine interroge son grand-père sur l’Afrique de son enfance. L’enfant découvre alors, à travers la vie de son grand-père, une Afrique pleine de couleurs, de magie et de rites mystérieux.

 

Analyse (cf. site de l’université de Lille en section jeunesse)


     " Le choix du support des illustrations est important dans ce livre car il permet de réaliser des effets spécifiques. En effet, la magie se dégage des contours et du cadre dans lequel se déploient les formes et les personnages. Les peintures à l’huile, reproduites sur du papier rustique superposé (papier à grain, kraft...), dont les traits stylés font ressortir l’esprit africain, peuvent inciter le lecteur à découvrir l’art original qui les a inspirées. Les sujets de ces peintures paraissent cependant irréels : les personnages représentés sans visage ressemblent plus à des silhouettes, à l’exception cependant de la mère du grand-père dont le portrait est bien détaillé. Un album sur l’initiative du musée national des arts d’Afrique et d’Océanie


     Ces peintures s’opposent aux photos d’objets d’art africain qui renforcent et illustrent systématiquement la page de texte (objets, conservés au musée, que l’on retrouve à la dernière page, nommés et classés selon leur pays d’origine). Ces photos replongent le lecteur dans la réalité et prouvent la véracité des propos du grand-père. "

 

ANALYSE GLOBALE :


     Dans ces deux albums, l’enfant africain est présenté comme courageux, vaillant et proche des autres. Ces valeurs de courage et de fidélité sont récurrentes dans la représentation de l’Afrique et des Africains dans la littérature jeunesse. La vie quotidienne et la vie en communauté sont essentielles : l'enfant africain est toujours représenté à travers un groupe uni et soudé.

 

 

 

III. L'Afrique urbaine et contemporaine

 

     Deux albums offrent la vision d'une Afrique plus contemporaine, différente de l'Afrique sauvage et rurale des premiers albums.

 

 

Moi j’attendais la pluie
Véronique Vernette
Points de suspension, 2004

Site Points de suspension



Analyse (cf. Ricochet)


     " C’est un livre qui montre une représentation de l’Afrique où les vélos, les bus, les chariots et autres images animées de la ville remplacent la savane, les singes, les éléphants et les sorciers. Elle décrit au plus près le quotidien des habitants de la ville et témoigne de la vie économique et rend compte des pratiques culturelles des Africains. "

 

Le Taxi brousse de Papa Diop
Christian Epanya.
Syros, 2005

site Syros



Résumé


     Un jour, Papa Diop a quitté son commerce d'arachides et s'est acheté un superbe minibus rouge dans lequel il transporte les voyageurs de Dakar à St Louis au Sénégal. Grâce à son sourire, il réussit toujours à remplir son taxi au grand dam de ses concurrents. Le neveu de papa Diop, Sène, accompagne son oncle lorsqu'il n'est pas à l'école. Chaque voyage est une petite aventure.


Critique (cf. site de l’Armitière, librairie de Rouen)


     Dans le taxi-brousse, moyen de transport en commun au Sénégal, les habitants se croisent. Un cortège de personnages défile, qui permettra au petit lecteur de découvrir quelques facettes de la société sénégalaise. Le livre nous fait découvrir une équipe de lutteurs, un marabout très riche, une femme enceinte sur le point d'accoucher, une fête emmenée par le son des djembés... La solidarité est au coeur de cet ouvrage rythmé et séduisant.

     Ce joli album, écrit et illustré par l'auteur camerounais Christian Epanya, plaira aux tout-petits. Il y a peu de textes et les illustrations aux couleurs chaudes sont pleines de vie.

 

 

L'autre représentation de l'Afrique moderne dans l'album jeunesse est celle de l'immigration.

 

Même les mangues ont des papiers
Yves Pinguilly
Illustrations d’Aurélia Fronty
Rue du Monde, 2006

  Rue du monde sur site Ricochet.

 

Résumé


     Momo et Khady imaginent le monde depuis leur village d’Afrique. Momo rêve de partir de l’autre coté du monde pour travailler et pouvoir soigner et nourrir sa mère et ses sœurs.

     Ils vont attendre que leurs vies soient mûres, comme les mangues, et vont s’embarquer sur un grand navire.

     Pourtant, à peine en mer, les deux enfants sont découverts et les marins leur demandent leurs papier, qu’ils n’ont pas.

     Le capitaine explique que les mangues peuvent voyager, car elles ont leurs papiers.

     Les deux enfants doivent donc débarquer…

 

Yves Pinguilly

     Auteur breton né en 1944. Marin, il a énormément voyagé et est fin connaisseur du continent Africain pour lequel il a écrit environ 15 albums jeunesse.

 

Aurélia Fronty

     A beaucoup voyagé (Indonésie, Afrique, Espagne, Egypte, Bolivie…) et s’est inspirée de ses voyages pour dessiner.

 

 

Analyse


     Un album lumineux qui raconte tout en douceur l’histoire tragique de ces hommes et ces femmes qui quittent leur pays, attirés par les mirages de l’occident. Ici, l’histoire se termine au mieux pour Momo et Kadhy : pas de papiers, pas de voyage. Dans la réalité, la mort mais souvent la misère sont au bout du voyage. Une belle manière d’expliquer aux petits une réalité à la fois abstraite et absurde. Une manière presque trop belle... car rien dans les illustrations d’Aurélia Fronty ne nous fait percevoir la misère qui pousse tant d’hommes et de femmes à quitter leur pays.

Cet album montre une autre Afrique : celle de l’émigration, à travers une histoire poétique. La note finale est positive, comme pour montrer qu’il faut garder espoir, mais la réalité est souvent autre.

Les auteurs de littérature jeunesse peinent à montrer la dure réalité aux enfants. On peut cependant noter que l’amalgame mangue/africain est assez fort et très intéressant : l’auteur dénonce les conditions dans lesquelles sont traités les Africains, à savoir comme de simples marchandises !!!

 

 

Moi Dieu merci qui vis ici
Thierry Lenain
Illustrations d’Olivier Balez
Albin Michel Jeunesse, 2008

Site Albin Michel Jeunesse



Résumé


     C'est l'histoire de Dieu Merci qui a fui son pays, l'Angola, pour la France. Les douleurs de l'exil et l'espoir sont évoqués avec des mots et des images vraies et pudiques. Un album poétique et politique, sur le droit pour chacun de vivre en paix, ici ou ailleurs.

 
Thierry Lenain


     Thierry Lenain est un auteur engagé qui défend activement la cause des sans-papiers dont celle de son ami Dieu Merci.


Olivier Balez


     A l’occasion des Mondiaux d’athlétisme de 2003, il réalise des carnets de voyage sur l’Afrique (Maroc, Ethiopie, Nigeria, Afrique du Sud), le tout pour l’Equipe magazine.


Critique


     Dieu merci est un héros moderne, qui a quitté l'Angola pour venir se réfugier en France.


     L'album de Thierry Lenain est un hymne au courage, au droit à la différence mais aussi au respect de l'autre. Dieu Merci s'en est sorti mais il en va différemment pour des milliers d'autres. C'est un album qui se veut militant et on ne peut que être touché par l'histoire de Dieu merci. La beauté du texte de Thierry Lenain, très poétique, contraste avec le dur labeur enduré par ce héros moderne. Le texte est par ailleurs admirablement servi par les illustrations d'Olivier Balez : celles-ci soutiennent le texte et le renforcent.

 

ANALYSE GLOBALE


     Ces albums abordent un problème de société actuel : celui de l'immigration. Sous une forme poétique, on essaye de faire comprendre aux enfants les phénomènes migratoires et donc de prendre conscience de l'autre dans ses ressemblances et dans ses différences. 
 

Conclusion :

  
     La représentation des Africains dans l'album jeunesse est réaliste ; cependant elle offre une vision assez " étroite " des sociétés africaines. La sur-représentation de thèmes comme " l'Africain – sauvage " ou " l'Africain immigré " ne contribue qu’à véhiculer les stéréotypes d'une certaine Afrique et donc d’un certain type d’altérité.

 

     On remarque néanmoins que la production se diversifie quelque peu ; par exemple, en novembre 2007, Yves Pinguilly a publié un album co-écrit avec N'Naplé Coulibaly sur l’excision des petites filles africaines.

 

NB : album paru en novembre 2007 aux éditions Vents d’ailleurs et illustré par Caroline Player

Maïmouna qui avale ses cris plus vite que sa salive

Résumé


     Quand Maïmouna se réveilla ce matin-là sous le ciel bleu et revêtit son pagne neuf à fleurs rouges, elle ne se doutait pas que les oiseaux au bec coupant avaient planifié l’acte irréparable qui l’empêcherait à jamais de s’ouvrir au monde en toute confiance…

 

      Nous pensons que pour éviter une trop grande restriction des thèmes sur l'Afrique, il conviendrait peut être de diversifier et valoriser la diversité des écrivains africains et de leur donner les moyens de raconter leur Afrique.

     On peut citer l'exemple de Claude Dagail de la " Compagnie créative " qui a collaboré avec les éditions guinéennes Ganndal et l'auteur Boubacar Diallo pour offrir aux enfants un magnifique ouvrage (et illustré par Véronique Vernette) : Le buveur de pluie (épuisé).

Site La Compagnie créative

Marion et Elisabeth
, AS BIB

Repost 0
Published by Elisabeth et Marion - dans Littératures africaines
commenter cet article
24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 08:53

beyala04.jpeg.jpg
Calixthe BEYALA
Comment cuisiner son mari à l’africaine
Albin Michel, 2000



















- Calixthe Beyala :

belaya.jpg
      Camerounaise, elle part pour Paris à 17 ans ; elle fait des études de gestion et de lettres. Elle s’installe en Espagne à Malaga, puis en Corse. Elle gagne de nombreux prix littéraires : Grand Prix Littéraire de l'Afrique Noire pour son roman Maman a un amant, Grand prix du roman de l'Académie Française pour Les Honneurs perdus, Grand Prix de l'Unicef pour La Petite fille du réverbère ; elle est aussi et surtout consacrée Chevalier des arts et des lettres. Très militante, notamment dans le féminisme, elle est aussi porte-parole de l'association le Collectif Egalité pour le droit des minorités visibles en France. Elle est accusée de plagiat à plusieurs reprises.


      - Le livre :

BEYALA.jpeg.jpg

Une Parisienne d’origine africaine, Mademoiselle Aïssatou, vit seule dans une cité. Elle vit à la française, avec les canons de beauté occidentaux qu’elle adopte avec un effort constant (régimes sur régimes). Elle semble avoir totalement oublié ses racines, mais ces dernières réapparaissent lorsqu’elle tombe amoureuse de son voisin africain. Se rappelant les conseils de sa mère, elle va tenter de conquérir son estomac pour le séduire, avec des recettes africaines traditionnelles.


     - Les autres livres :

Ils se situent toujours entre tradition et modernité, entre Afrique et Occident


    Peu sont légers :

Femme nue, femme noire

(récit érotique)

Le Petit Prince de Belleville

(roman d’apprentissage un peu similaire à celui-là : difficultés d’intégration à Paris, partagé entre deux cultures…)


     La majorité de ses titres sont des livres durs (vocabulaire cru et acéré pour des thèmes violents et parfois tabous) :

Tu t’appelleras Tanga

(prostitution enfantine et voulue par les parents)

Assèze l’Africaine

(excision, fugue)

C’est le soleil qui m’a brûlée

(la tradition de soumission des femmes)

La Plantation

(la colonisation, les dictatures)


    Elle joue aussi du marketing dans L’homme qui m’offrait le ciel, une auto-fiction où son double couche avec Michel Drucker…


I) La forme


- La structure du livre est originale : Chaque chapitre est assorti d’une véritable recette de cuisine dont on a parlé au chapitre précédent (pratiquement toutes infaisables et c’est dommage, vu que les ingrédients sont difficiles à trouver. Exemples : tortues de brousse aux bananes plantains vertes ; antilope fumée aux pistaches ; boa en feuilles de bananier ; crocodile à la sauce tchobi…)


- Il y a un contraste de styles assez étonnant mais plutôt bienvenu dans ce cas, puisqu’ils collent à la thématique : mélange d’expressions et adages africains traditionnels et d’une langue française très correcte voire soutenue.


- L’écriture de Calixthe Beyala est particulièrement poétique :


 On a un jeu perpétuel sur les sonorités : l’écriture en devient chantante et se rapproche de l’oralité comme le veut la tradition des griots en Afrique.


 Elle utilise beaucoup d’expressions colorées et d’adages africains.


 Le thème de la cuisine est prétexte aux métaphores culinaires :

" Les semaines passent et mon chagrin est gastronomique. Il s’étale comme une tarte à la crème, là sur mon visage ; il se mousse au chocolat aux coins de mes lèvres ; il craquette sous ma langue comme un biscuit sec ; il est aussi amer qu’une cola et je le distribue autour de moi. Il agace les langues, acide comme une mangue verte. "


- Calixthe Beyala utilise beaucoup d’humour sans verser dans le gag :


 Le discours indirect libre nous fait entrer dans l’esprit des personnages, souvent avec beaucoup d’ironie et de sarcasmes.


 L’humour est aussi présent dans l’évocation du comportement des personnages : Bijou, la femme-flamme sortie d’un roman-photo ; le voisin-amant qui ne pense qu’à manger et qui finit par trouver des surnoms culinaires et peu ragoûtants au personnage principal (huile de mes frites…)


II) Les thèmes


- Le livre traite surtout de la situation des personnes coincées entre deux cultures, du problème fondamental de l’immigration, de ces populations rejetées par les uns et les autres :


 Mademoiselle Aïssatou se pose la question de l’acculturation, elle sent qu’elle a perdu les valeurs africaines au profit de la culture française :


"J’ignore quand je suis devenue blanche."


-   L’Occident s’oppose nettement à l’Afrique dans ce livre : les Africains semblent avoir en général une admiration sans bornes pour les Blancs, mais les réactions occidentales sont peu à peu remises en question. Il y a notamment un passage où mademoiselle Aïssatou vante les qualités du mariage, d’abord à l’africaine puis à l’occidentale, mais aucun des discours n’a l’effet escompté. Puis le personnage évolue, revient finalement à ses racines.


 Les Africains sont traités littéralement en noir et blanc : soit ils sont purement dans leur tradition, soit ils ont perdu les valeurs ancestrales : ainsi, on a la vision d’une Africaine pure et dure sur la culture occidentale, sur la société américanisée et les pertes culturelles.


 De temps en temps, mademoiselle Aïssatou se plonge dans ses souvenirs d’enfance et d’Afrique, qui apparaissent tels des clichés, déformés par le temps, la mémoire et les regrets.


 On aborde aussi rapidement les différentes spiritualités : le personnage empreint de catholicisme se sent ridicule lorsqu’elle va consulter un marabout (du type " retour de l’être aimé "), et les deux religions ne lui sont finalement d’aucun secours : sa religion, c’était la beauté, cela devient la cuisine.


 Mlle Aïssatou essaie de coller aux canons de beauté occidentaux, avec régimes minceur et sauna, avec des produits pour blanchir la peau et lisser les cheveux :

" Moi je suis une Négresse blanche et la nourriture est un poison mortel pour la séduction. Je fais chanter mon corps en épluchant mes fesses, en râpant mes seins, convaincue qu’en martyrisant mon estomac les divinités de la sensualité s’échapperont de mes pores ".

Puis elle réalise que pour séduire un Africain, il faut réacquérir les gestes de beauté africains et elle prend peur en réalisant que ce sont des efforts totalement différents et qu’elle ne se sent pas capable de se téapproprier les coutumes de son continent.


- Le rôle des femmes est abordé mais en filigrane, étant donné que Calixthe Beyala est une féministe très engagée :


 Dans ce livre, la femme se doit d’être soumise mais elle est puissante : c’est la femme africaine dans toute sa splendeur ; elle semble se plier à tout mais dans les faits, c’est elle qui contrôle les choses aux dépens de son mari.


 Elle accepte les infidélités, les encourage même pour les garder sous son contrôle et laisser le mari revenir lorsqu’il sera lassé : le mari est imbuvable mais elle tient bon, continue à s’occuper de lui et lui faire de bons petits plats en encaissant les humiliations et sans rien dire, jusqu’à ce qu’il change :

"Il oublia systématiquement mes anniversaires. Je regardai encore vers la brousse. Mais comme il n’y a pas de brousse à Paris, je fus bien obligée de raisonner lucidement : mon mari était coureur de jupons, poltron, avare, prétentieux et sans doute n’y avait-il pas dans l’univers de vice, de crime que je ne pouvais en toute honnêteté lui mettre sur le dos. Mais je l’aimais ".


- Mais c’est la cuisine qui est bien sûr le sujet central :


 La sensualité est très liée à la cuisine : dans l’Antiquité, ils étaient déjà liés, on pensait à l’inverse qu’il fallait faire manger une femme pour qu’elle accepte de se donner. Ici, c’est l’homme qui succombe aux charmes de la femme après un bon repas, la bonne chère appelle les plaisirs de la chair.


 Le rôle de la cuisine est clairement pour Mlle Aïssatou un moyen d’attirer et de garder un homme. Mais grâce à la cuisine, elle retrouve surtout son identité et ses racines.


 La cuisine est utilisée comme un véritable pouvoir, pas toujours bénéfique cependant : un jour où le personnage est en colère contre M. Bolobolo, son amant, elle verse du laxatif dans son plat.


 L’écriture est très sensorielle : l’odeur et le goût sont très présents, ils font figure de madeleine de Proust. Ils ravivent les souvenirs d’enfance, de sa mère, ils intriguent les voisins, ils allèchent le lecteur et le transportent sur un autre continent.


 Finalement, on peut se demander si le livre ne tourne pas trop autour de la nourriture, et c’est ce que se demande aussi l’amant de Mlle Aïssatou lorsqu’il lui demande si elle " pense à autre chose qu’à la bouffe ", elle lui répond alors que " la nourriture est synonyme de la vie. Aujourd’hui, elle constitue une unité plus homogène que la justice. Elle est peut-être l’unique source de paix et de réconciliation entre les hommes ". A quoi on pourrait objecter que c’est surtout une question de goûts et qu’on ne peut peut-être pas apaiser un homme en colère avec un plat qu’il n’aime pas. Mais effectivement dans ce livre, la cuisine apparaît comme un lien entre les hommes, qui s’étire et se consolide avec le temps.


Conclusion :


     Ce livre me semblait très léger et m’a attirée par son originalité. Mais finalement c’est une œuvre plus profonde qu’elle n’en a l’air : ce n’est peut-être pas un titre qui restera dans les annales de la littérature, mais la langue est vivante, colorée, recherchée, sautillante et surtout épicée ; et les thèmes sont ceux d’une Afrique entre tradition et modernité, d’une Afrique exilée et perdue entre deux cultures, d’un personnage qui ne trouve pas de compromis entre ces deux mondes, et c’est peut-être avec une thématique quotidienne comme celle de la cuisine que ce sujet est le plus finement traité.


Inès, A.S. Éd.-Lib.

Repost 0
22 février 2008 5 22 /02 /février /2008 21:44

 

L’Afrique, ou plus particulièrement l’Afrique noire, a beaucoup été représentée par les Occidentaux. Des représentations parfois justes, parfois dures, parfois erronées. A travers le support de la bande dessinée, il était important de mettre en évidence certains auteurs qui ont touché à leur manière et du bout des doigts ce continent. Chaque planche invite au voyage, notamment avec les œuvres classiques de la bande dessinée, aborde avec des auteurs d’aujourd’hui la découverte du pays et de soi, les symboles d’une grande souffrance et imagine ce lieu de vie comme un lieu universel…

 

1 - L’Afrique vue à travers les classiques de la bande dessinée franco-belge

 

ETHIOPIE : Hugo Pratt, Les Ethiopiques, Casterman. 

corto-1.jpg

Corto Maltese arrive en 1918 en Afrique, lors de la Première Guerre mondiale. Il se retrouve plus exactement en Ethiopie pour arriver en Afrique orientale allemande. Hugo Pratt relate ici un long parcours qui va s’accorder à toute une série de petites histoires avec les personnages rencontrés. Avec Corto, nous traversons donc l'Afrique en guerre, au fil de rencontres marquantes tant pour lui que pour nous. Ainsi Cush, le fier guerrier bénin, se montre fidèle à une loi, celle du Coran, et se bat exclusivement pour la libération de son peuple ; Shamaël, grand sorcier abyssin, fils du diable et de la mort mais aussi le capitaine Bradt vont devenir une galerie de personnages propre à l’auteur. Ce souci de précision historique lui permet de mettre en évidence la dimension magique de Corto Maltese.

  

CONGO : Hergé, Tintin au Congo, Casterman.

2-tintin_congo.jpg
Une des aventures du petit reporter le plus célèbre de la bande dessinée se situe au cœur du Congo. Cet album est publié en noir et blanc de 1930 à 1931 dans la revue "Le Petit Vingtième". Tintin toujours accompagné de son fidèle Milou part en paquebot pour ce pays qui était une des colonies belges. Il devient le sorcier du royaume des Babaoro'm, va rencontrer des gangsters proches d’Al Capone.

Récemment on a beaucoup entendu parler de cet album d’Hergé, qui a provoqué de vives contestations de la part d’associations de lutte contre le racisme. Il faut aussi remettre cette écriture dans son contexte, puisqu’en 1930 la Belgique colonisait le Congo. Ce livre publié il y a donc 70 ans, n’avait jamais suscité jusqu’alors autant de réactions et d’accusations de racisme. Malgré quelques préjugés, Hergé présente ici des fait assez réels, avec ces hommes blancs venant en Afrique dans le but de contrôler la production de diamants au Congo.

 3-_tintinCongo.jpg




AFRIQUE DU NORD :
Franquin, Les aventures de Spirou et Fantasio, Dupuis.

- La corne du rhinocéros , T.6.
4spirou_corne_rhino.jpg

Spirou et Fantasio, a la recherche d’un certain Martin, vont partir dans cette aventure en Afrique du Nord, dans une tribu autochtone, et découvrir que le micro-film qu’ils cherchaient se trouve dans la fameuse corne d’un rhinocéros. Mais lequel ?



- Le gorille a bonne mine, T.11

5-_spirou_gorille.jpg
Dans cette autre histoire, les deux héros s’attaquent à un reportage sur les gorilles. Comme on peut le voir dans Tintin au Tibet, lorsque le héros est abandonné par son équipe dans sa recherche du Yéti, ici Spirou et Fantasio vont ressentir cette menace du mystérieux en pleine brousse. Tous les personnages croisés leur déconseillent d’aller plus loin. Lorsqu’ils découvrent enfin ces fameux gorilles, ils se rendent compte que la nature est contrariée par un gros trafic d’or dans les mines alentour.

On retrouve donc chez Franquin une certaine réflexion morale sur la colonisation, proche de celle d’Hergé lorsqu’il évoque le trafic de diamants. Sur un fond d’aventure, de découverte du pays et de dépaysement face à cette culture, les auteurs mettent en avant un viol des richesses africaines par les Occidentaux.

 

2 - La découverte d’un continent et une quête intérieure

 

MALI et MAURITANIE : Dabitch et Pendanx, Abdallahi, 2 tomes, Futuropolis.

6-_abdallahi01couv.jpg
Cette histoire en deux parties retrace l’histoire vraie de René Caillé et son récit de voyage. Il va être le premier Européen à toucher le sol de Tombouctou, ville interdite aux Blancs et d’où jusqu’alors personne n’était sorti vivant. Deux siècles après, ces deux auteurs bordelais ont souhaité adapter sous forme de planches la vie peu connue de ce jeune explorateur.

René Caillé, en 1824 souhaite découvrir les terres intérieures de l’Afrique. Ne recevant aucune aide de la part des Occidentaux, il va peu à peu s’immiscer dans la culture du pays, et se forger un personnage : il devient Abdallahi (le serviteur de Dieu), souhaite se convertir à l’Islam chez les Braknas, une tribu de Mauritanie ; il est de plus en plus dérangé par son identité, ne sait plus vraiment comment se positionner, et va faire à pied en compagnie d’un esclave noir affranchi un voyage de 4500 km, jusqu’à Tombouctou. Grâce à de nombreuses recherches et beaucoup de visites du pays, Dabitch et Pendanx sont arrivés à capter une certaine atmosphère et à adapter cette aventure où René Caillé devait jouer sur son identité, afin de ne pas trouver la mort.

 6bis-abdallahi.jpg

6biss-abdalahi.gif



ETHIOPIE :
Dabitch et Flao, La ligne de fuite, Futuropolis.

7-_La_ligne_de_fuite.jpg
Toujours avec Christophe Dabitch au scénario, La ligne de fuite retrace au XIXème siècle l’histoire d’Adrien, jeune poète du journal littéraire Le Décadent. On va le pousser à écrire des faux de Rimbaud, ce dernier ayant disparu mystérieusement depuis douze ans. Après être passé pour un faussaire et avoir subi les injures de Paul Verlaine, le jeune Adrien, en quête d’identité, quitte Paris et sa sœur souffrante pour partir à la recherche de Rimbaud, à Charleville, Marseille puis sur les terres africaines, à Aden et Harrar.

Tout comme Abdallahi, Adrien devient un grand solitaire qui va se découvrir lui-même à travers ce voyage.

 8-_ligne_de_fuite.jpg




DILUVIE
(pays imaginaire) : Luis Duran, L’illusion d’Overlain, Rackham.

9-_IllusionDoverlain.jpg
Autre quête initiatique, mais cette fois-ci totalement axée sur une Afrique imaginaire. En mêlant aventure, philosophie et poésie, l’auteur fait voyager une famille d’Occidentaux avec un but, la Diluvie, sorte de pays intouchable constitué de souvenirs de l’Afrique ancestrale…

 9bis-_overlain.jpg



3 - L’Afrique, terre de souffrances

 

CONGO : Loustal et Paringaux, Kid Congo, Casterman.

10-_kidcongo.jpg
Afrique, début XXème siècle, dans une colonie française. Joseph, jeune serviteur noir, devient l’amant de Madame Rose. Leur vie bascule lorsque le mari les surprend faisant l’amour dans la couche conjugale.

Au départ, Kid Congo était un synopsis de film écrit par Paringaux. Loustal, par son trait stylisé et ses couleurs offre ici des impressions aussi brutales que l’angoisse, la pâleur, la nausée, la décrépitude et le dégoût. Le texte disparaît peu à peu, au profit des silences qui en disent long.

L’histoire mise en scène est individuelle mais révèle les douleurs collectives d’une époque : l’Afrique colonisée, dans un état très proche de l’esclavage, l’Europe en guerre, la misère et les disparités… Kid Congo marque profondément le lecteur par sa tristesse, voire par son caractère tragique. Une belle réussite récompensée à Angoulême en 1998 par l’Alph Art du meilleur scénario.

 

RWANDA : Stassen, Déogratias, coll. Aire Libre, Dupuis.

11-_deogratias.jpg
Habillé de vêtements en lambeaux, les yeux injectés de sang, Déogratias est un jeune Hutu qui erre dans les rues de Butare, au Rwanda. Il est devenu en quelques mois le pauvre fou du village et frappe à toutes les portes car il a besoin d'urwagwa, toujours plus d'urwagwa, la bière de banane du pays. Pour oublier. Pour oublier qu'il n'est plus qu'un chien terrorisé par la nuit. Il va même jusqu’à se transformer véritablement en chien. Pour oublier les cauchemars qui le hantent. Pour oublier que lui, le Hutu, a lâchement assassiné ses deux jeunes amies tutsi qu'il aimait.

Avec un style graphique très atypique et fait de gros cernes noirs et d’aplats, Stassen traite du génocide du Rwanda avec une grande force. C’est un style qui se rapproche des peintures murales du pays. Le scénario de Stassen est à la fois simple et évident, sans aucun pathos, il nous ouvre simplement les yeux, nous présente, comme Loustal, une histoire individuelle qui est aussi collective.

11biss-d--.jpg
[Autre livre excellent de l’auteur : Le Bar du vieux Français : Célestin n’a pas d’avenir parmi sa tribu alors que la ville au nord est plein de promesses, Leila étouffe en Europe et souhaite retrouver ses racines au sud ; la fuite semble être la meilleure, la seule solution pour tous deux.]



4 - Un lieu de vie comme les autres

COTE D’IVOIRE : Marguerite Abouet et Clément Oubrerie, Aya de Yopougon, 3 tomes, coll. Bayou, Gallimard.

12-_aya-de-yopougon.jpg

Pour finir ce tour des terres africaines, voici sans aucun doute l’une des plus belles découvertes dans le genre.

Premier album de la collection "Bayou " dirigée par Joan Sfar chez Gallimard Jeunesse, Aya de Yopougon est née de l’imagination de Marguerite Abouet, une scénariste franco-Ivoirienne, et de Clément Oubrerie, jeune auteur jeunesse.
12bis-_aya_dble_gauche-copie-1.gif

Lire Aya de Yopougon, c’est lire le quotidien à la fois drôle et émouvant de la jeunesse africaine, c’est se débarrasser de toutes les images sombres du pays, c’est s’imaginer des vies comme tant d’autres. Cette trilogie africaine se situe en Côte d’ivoire, à la fin des années 70 ; on découvre Aya, une jeune fille de 19 ans, qui vit dans le quartier Yop City d’Abidjan et non Yopougon, parce que " ça fait moins américain ". Une histoire qui aborde avant tout le passage à l’âge adulte avec une grande fraîcheur. Au fil des pages, Binetou et Adjoua, les deux copines d’Aya, nous entraînent dans les maquis lors de leur fêtes nocturnes, où il faut bien entendu remuer son " pétou " pour attirer les " Génitos ", au bar Ça va chauffer ! Et pour mieux comprendre ces petites expressions du pays, il faut ouvrir, feuilleter et lire ce livre, agrémenté d’un lexique très drôle à la fin. On vous invite à entrer encore plus dans les coutumes locales avec le " bonus ivoirien " en fin d’ouvrage, qui vous présente quelques recettes, vous apprend à rouler des fesses et vous explique comment porter le pagne. Alors quoi de mieux pour démarrer un voyage en Afrique ?12bis-aya.jpg

12biss-aya.jpg

Sarah, Ed. Lib. 2ème année

Repost 0
10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 19:30
route-de-la-faim.jpg





BEN OKRI
La Route de la faim
Editions Robert Laffont, Paris, 1993
Collection Pavillons
640 pages









Biographie de l’auteur

   Ben Okri est né en 1959 à Minna au nord du Nigéria. Il a passé une partie de son enfance à Londres, avant de rentrer à Lagos avec sa famille. Il a été le témoin direct de la guerre civile au Nigéria (1967-1970). Son aspiration à l’écriture vient de sa mère qui lui racontait les légendes du monde et des esprits, et de son père passionné de littérature et qui lui a fait découvrir Dickens, Tourgueniev, Shakespeare et les philosophies grecque et chinoise. Ben Okri a fait des études de littérature comparée à l’Université d’Essex au Royaume-Uni. Il a travaillé ensuite au service étranger de la BBC World Service pendant sept ans et a été le responsable de la section poésie du magazine West Africa entre 1983 et 1986, puis le vice-président de l’association internationale des écrivains. Il vit maintenant à Londres. En 1991, l’écrivain nigérian a été couronné par le Booker Price pour La Route de la faim, premier volet d’une trilogie racontant l’histoire d’Azaro. Les deux autres volets sont Songs of enchantment en 1993 et Infinite riches en 1998 ; ils n’existent cependant qu’en anglais.

Bibliographie existant en français

- Un amour dangereux, Seuil, 2004
- En Arcadie, Bourgois, 2003
- Combat mental, Bourgois, 1999
- Etonner les dieux, Seuil, 1998
- La route de la faim, Robert Laffont, 1993
- Etoiles d’un nouveau couvre-feu, Julliard, 1992

Résumé

   Dans un ghetto nigérian à la veille de l’indépendance et des premières élections naît Azaro, un enfant-esprit. Les enfants-esprits refusent en fait de vivre sur Terre et font éternellement le pacte de choisir de mourir le plus rapidement possible afin de retourner dans leur monde merveilleux ; ils refusent de connaître les souffrances de la vie sur Terre. Azaro, cependant, décide un jour de rompre ce pacte et de rester sur Terre afin d’affronter la dure réalité du monde, d’arrêter d’osciller éternellement entre le monde des esprits et la Terre, mais aussi pour rendre heureux ses parents. Cependant, ses compagnons enfants-esprits n’acceptent pas cela et vont essayer sans cesse d’attirer Azaro et de le faire mourir pour qu’il retourne dans le monde des esprits et honorer ainsi le pacte. De plus, les dons d’Azaro face au monde invisible feront de lui une proie idéale pour les sorciers de ce monde mais aussi de l’autre. Ensuite, dans le ghetto, il sera témoin des violences et mensonges du parti des riches comme de celui des pauvres et des émeutes qui en résultent. Il assistera aussi à l’ascension sociale de Mme Koto, la tenancière du bar du quartier mais aussi sorcière. Il verra aussi ses parents échouer dans toutes leurs tentatives pour améliorer leurs vies. Ce roman est l’apprentissage de la vie pour Azaro mais aussi la découverte de la situation de son pays, le Nigéria.

Le réalisme magique

   Dans ce roman, le réalisme magique est caractérisé par l’oscillation permanente entre le monde tangible, de la Terre, et le monde des esprits, de l’invisible. Les liens de ces deux mondes sont la présence de fantômes et esprits sur la Terre et les phénomènes étranges dont personne ne se rend compte à part Azaro. Le rêve et la réalité se mêlent, et parfois, on a du mal à faire la différence entre les deux. Ben Okri nous décrit donc ici une Afrique onirique, mystérieuse, inquiétante mais aussi d’une terrible beauté.
   Le côté magique se caractérise principalement, comme on l’a dit, par la présence d’esprits. Ce sont soit des êtres invisibles, soit des êtres étranges aux corps déformés. Ces êtres empruntent, en fait, des semblants de corps humain, mais avec quelques défauts comme une jambe sur la tête ou dix yeux. Cependant, personne n’a l’air de remarquer ces étrangetés.
   On est aussi en présence d’une oeuvre réaliste puisque l’on se trouve dans un pays bien réel, le Nigéria, à une époque bien précise, la fin des années 1980 - début des années 1990. Petit à petit dans ce roman, l’argent et la politique prennent de plus en plus d’ampleur dans un monde de plus en plus matériel. Les deux partis, celui des riches et celui des pauvres, commencent à faire de nombreuses campagnes d’élections. Des affrontements apparaissent entre les hommes des deux partis, il y a une augmentation de la pression, de la terreur ; des factions apparaissent. Ben Okri, par ce côté réaliste, veut montrer la situation critique du Nigeria, la corruption des politiques en place dans le pays, l’avancée de la pauvreté, l’injustice qui règne en maîtresse.

Les lieux

- Le quartier et la maison des parents d’Azaro : c’est le lieu où l’on suit la vie d’Azaro, lieu où les parents essaient de s’en sortir, mais aussi le lieu où les partis passent pour leurs campagnes électorales.
- Le bar de Mme Koto : c’est un lieu important, où la magie est très présente. Cependant, le bar devient petit à petit le symbole du retour vers la réalité, la modernité quand, par exemple, Mme Koto remplace le fétiche accroché à un mur par une affiche publicitaire pour Coca-cola.
- La forêt : c’est un autre lieu magique où les esprits et fantômes sont très présents. Elle va être détruite au fur et à mesure pour pouvoir agrandir le ghetto et installer l’électricité. On peutvoir là une dénonciation de la pauvreté du peuple qui prend de l’ampleur.

Les personnages principaux
 
- Azaro et ses parents : Azaro est sans cesse en train de parcourir le quartier, d’essayer de comprendre le monde qui l’entoure. En même temps, il est tout le temps poursuivi par ses compagnons enfants-esprits qui essaient de le ramener dans leur monde. De temps en temps, des esprits à plusieurs têtes, envoyés par les enfants-esprits, essaient de convaincre Azaro de les rejoindre. Cette manœuvre a pratiquement réussi une fois où les esprits avaient créé des disputes entre Azaro et ses parents. Azaro, dégoûté, a donc suivi l’esprit à trois têtes dans le monde des esprits, mais ses parents l’ont supplié de rester avec eux sur Terre et lui prouvent leur amour. Azaro finit donc par revenir sur Terre. Ensuite, on peut remarquer que l’on ne connaît pas les noms de ses parents, ils s’appellent simplement papa et maman. Son père a un rôle très important avec sa passion pour la boxe puis pour un parti politique neuf qui penserait d’abord aux pauvres. Il représente, en fait, l’espoir pour le Nigeria, la nécessité pour ses habitants de devoir de battre pour leur liberté.
- Mme Koto : c’est une sorcière. Elle s’allie au parti des riches et se met à organiser des fêtes et réunions politiques dans son bar. Elle représente le passage d’une Afrique onirique et pauvre à une Afrique moderne mais terriblement inégalitaire, injuste.
- Le propriétaire de la maison des parents d’Azaro : il cherche tout le temps des ennuis aux parents.
- Le photographe : c’est le meilleur ami de la famille d’Azaro.
- Le vieil aveugle : il est toujours agressif envers Azaro. On a du mal à le cerner.


Conclusion

   Ce roman se termine par la vision de grands conflits qui se préparent sur Terre et dans le monde des esprits. La route de la faim symbolise en fait l’époque décisive et tulmutueuse que traverse le Nigéria dans les années 1990 avec l’indépendance et les élections. Le père d’Azaro, lui, finit par voir la vérité et représente à la fin l’espoir pour le devenir du Nigéria. Azaro, lui, représente cette nation qui se bat pour naître et vivre décemment, libre.

   Le vendredi 1er mars 1996, Ben Okri a écrit une lettre engagée pour son pays. En voici le début de cette lettre qui s’intitule :  Pour un Nigéria libre . Ce passage est intéressant à mettre en parallèle avec La Route de la faim.

   « Une nation qui n’est pas libre ne peut grandir. Le Nigéria a besoin d’être régénéré. Il a besoin de la démocratie s’il veut échapper au chaos qui menace de le détruire. C’est maintenant l’heure de son destin, qui depuis trop longtemps s’est fait attendre. Depuis trente-cinq ans, il souffre de cycles d’espoir qui se muent en cycle de désespérance.
Des nations dérivent vers leur propre enfer, comme dans un rêve. Et puis, un matin, après que le premier coup est été tiré, la nation se réveille et se retrouve au beau milieu de son pire cauchemar. Le Nigéria est sur le seuil. Le chaos et les démons de la guerre, de l’anarchie et de l’enfer se rassemblent imperceptiblement. Mais personne ne pense que tout cela est tout à fait réel. Personne ne croit que l’impensable se produit. […] Nous allons devoir transcender nos tribus sans perdre nos racines, transcender nos religions sans perdre nos croyances. […] Dans ce chaos, il y a une nation superbement belle et douée qui crie et qui pleure pour naître. »

Antoine Frech, A.S. Ed.-Lib.
Repost 0

Recherche

Archives