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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 00:00

Linda-Le-A-l-enfant-que-je-n-aurai-pas.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Linda LÊ
À l’enfant que je n’aurai pas
Éditions NIL
Collection Les affranchis, 2011



 

 

 
« La procréation est un crime ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La collection « les Affranchis » demande aux auteurs d’écrire une lettre qu’ils n’ont jamais écrite, l’occasion pour les auteurs de mettre un point final à des histoires qu’ils ont laissées en suspens ou de tourner la page sur un moment douloureux de leur vie. Cette lettre de Linda Lê a obtenu le prix Renaudot poche en 2011.

À l’enfant que je n’aurai pas nous perd. C'est une lettre à la frontière entre fiction et réalité. L’auteur décrit point par point les raisons la poussant à ne pas désirer d’enfant. C’est au travers d’une écriture très saccadée, ponctuée de nombreuses virgules et constituée de phrases courtes et précises, et à l’aide d’un vocabulaire très riche que Linda Lê s’exprime et tente de s’expliquer sur les raisons de son refus de maternité. Cette lettre sans destinataire, finalement écrite pour un être imaginaire dépeint un sombre tableau de l’éducation et de la maternité.

 

De nombreux sauts dans le temps ponctuent le récit, le lecteur remonte ainsi dans le passé où il revit l’enfance de l’auteur souffrant de l’autorité excessive d’une mère tyrannique surnommée Big Mother ; elle semble revenir sur son enfance et les épreuves qu’elle a vécues et qui sont sûrement le point de départ des pathologies qui l’animent ; sont également évoqués le présent, où l’auteur fait le point sur ce qu’elle a réussi à surmonter et où elle écrit cette lettre qui témoigne de tout ce qui la tourmente, et enfin le futur, un futur qui n’arrivera pas puisque l’auteur s’y refuse, la naissance d’un enfant et tout ce que cela impliquerait, un refus de grandir, de vieillir et de n’avoir finalement servi à rien sur cette terre.



Un auteur torturé

L’auteur ne souhaite pas mettre au monde un enfant dans une société qu’elle juge si sombre et sans avenir. Dans cette lettre, elle raconte comment elle s’est opposée au désir de son compagnon, S., d’avoir un enfant. Elle a peur de ce que va devenir cet enfant. Elle se moque des futurs parents et des traditions avec un pessimisme exemplaire. Pourquoi s’émerveiller devant un dessin d’enfant ? Pourquoi s’étonner des gazouillements d’un bébé alors que cet enfant en réalité ne possède rien de spécial et qu’il est peut être destiné à devenir quelqu’un de mauvais. On ne peut pas savoir ce que va devenir notre enfant.

Linda Lê pose sans cesse des questions à cet enfant imaginaire et se demande s’il aurait été d’accord une fois adulte avec sa mère Big Mother ou avec son compagnon S. ; elle lui demande si lui aussi aurait été déçu d’elle. Elle attend des réponses qui ne viendront jamais. Linda Lê ne voit que des inconvénients à la grossesse et cette notion même lui répugne.

Si elle avait eu un enfant, il aurait forcément été un garçon ; la féminité la dégoûte ; c’est en fait l’image qu’elle a d’elle-même qui est très mauvaise, elle se voyait déjà, petite, comme quelqu’un d’ « aussi irrésistible qu’une guenon ».  Elle se voit comme un être asexué et s’est peu à peu construit une carapace solide.

Elle sait qu’elle a une sensibilité à fleur de peau et semble parfois se perdre elle-même dans son écriture, sa passion ; elle sacralise la littérature et voit les enfants comme un frein à son imagination, son travail la maintient en vie mais quelle vie ?… Elle est remplie d’angoisses qui, au fil du temps, ont fini par réellement la ronger et après avoir eu des hallucinations atroces où elle voyait partout autour d’elle des images lui rappelant la grossesse et la souffrance, elle a fait une tentative de suicide qui l’a menée dans un asile ou elle a pu enfin se reconstruire et retrouver la sérénité.

Cette lettre nous montre la descente aux enfers progressive de cet auteur qui n’a fait qu’une erreur, celle de ne pas vouloir rentrer dans le monde codé d’une société qui impose un modèle qu’elle ne veut pas suivre. C’est le refus d’un enfant imparfait que Linda Lê exprime mais si on creuse un peu on se rend compte que ce sont ses propres défauts qu’elle refuse de transmettre.



Portrait d’une enfance douloureuse

L’auteur a souffert d’une enfance sans affection, d’une mère tyrannique qui au lieu de l’encourager a semblé être systématiquement déçue par elle. Outre la violence psychologique que lui a imposée sa mère par de multiples privations et remontrances injustifiées, Linda se souvient de moments forts où sa mère lui pinçait la peau jusqu'à ce qu’elle saigne parce qu’elle avait échangé quelques mots d’amour avec un jeune homme plus âgé qu’elle.

Cette figure dominatrice, très présente dans cette lettre, semble avoir perturbé tout le futur de la jeune femme. Elle s’est construite en orbite autour de sa mère. À force d’infliger de sévères réprimandes à sa fille, Big Mother, comme elle est surnommée, a créé une jeune femme pleine de haine qui cherchait à s’émanciper à tout prix de sa mère et qui faisait tout son possible pour sortir du moule qu’elle lui imposait.

L’auteur en est venue à regretter sa naissance et sa mère lui a fait perdre toute confiance en elle. Le fait d’exposer au lecteur cette haine contre sa mère et la difficulté qu’elle a eue à s’émanciper d’une autorité étouffante, sans justifier forcément son refus catégorique de la féminité et de la maternité, permet de comprendre l’origine des angoisses de l’auteur et même si elle ne s’en sert pas pour justifier sa condition, le lecteur ne peut s’empêcher de penser que si cette petite fille brimée avait été élevée dans un environnement social plein d’amour et d’attention, elle aurait sûrement aujourd'hui un point de vue moins sombre sur la maternité et sur les relations entre parents et enfants. Il est très difficile pour l’auteur de se détacher de sa mère qui pourtant l’empoisonne.



Éléments de conclusion

L’auteur semble être au cœur d’un conflit intérieur ; tout le paradoxe de cette lettre se situe dans le fait qu’elle refuse catégoriquement cet enfant alors qu’elle le fait pourtant vivre au travers de ses mots. Elle nous révèle à la toute fin de son texte que cet enfant fait partie d’elle. On apprend qu’un instant de doute s’est insinué en elle et que cet enfant, elle l’a, à un moment, désiré. Aujourd’hui elle a décidé de ne pas lui donner vie mais elle sait qu’il est un être à part entière, vivant dans ses mots et dans son cœur, avec qui elle vit au quotidien. Un être informel couché sur du papier.

Cette lettre est un message fort pour toutes les femmes qui veulent sortir des clichés et qui ne voient pas la grossesse comme un accomplissement personnel. Un message qui, malgré tout le pessimisme et la noirceur qu’il contient, apporte au final un espoir et permet d’entrevoir la possibilité de vivre sereinement ce refus de la maternité.


Aurélie.S., 1ére année Bib

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 07:00

Regis-Jauffret-Ce-que-c-est-que-l-amour.gif



 

 

 

 

 

Régis JAUFFRET
Ce que c'est que l'amour
(textes extraits de Microfictions,
Gallimard, 2007)
Gallimard.
Folio 2€, 2009.

 

 

 

 

 

« Pour moi, la littérature non cruelle n’existe pas. La littérature est un espace de lucidité et de sincérité totales. »
Régis Jauffret.

 

 

 

Introduction.

Ce que c'est que l'amour de Régis Jauffret est un recueil de nouvelles puisées dans un ensemble plus important, Microfictions, pavé d'environ mille pages constituant selon Télérama « un bêtisier de la modernité ».

Une microfiction, selon Jauffret, « c’est une page et demie, pas plus, une petite histoire qui raconte beaucoup ».

En ce qui concerne cet auteur marseillais d'une cinquantaine d'années, on a souvent dit de lui qu'il était le « Bacon des cerveaux déguinglés », cette référence au peintre irlandais Francis Bacon, peintre de la violence et de la cruauté si l'on schématise, est plutôt pertinente et permet de comprendre que Jauffret est une sorte d'iconoclaste de la littérature des bons sentiments. J'en profite pour émettre une mise en garde et préciser que je ne centre pas mon étude sur la grossièreté des nouvelles.

Dans ses nouvelles, les narrateurs sont aussi personnages et portent un regard très lucide sur leurs situations c'est ce qui permet d'avoir une critique de notre société. Ainsi, Ce que c'est que l'amour n'échappe pas à la règle et aborde avec acuité et cruauté les relations amoureuses.



Ce que c'est que l'amour.

On peut s'attarder sur le titre qui se veut explicatif. On a presque l'impression d'être confronté à un essai. Dans notre cas cela serait un essai sur l'amour, sujet universel. Une attente se crée alors chez le lecteur qui se demande si ce petit folio ne contient pas des « vérités sur l'amour », en cela, je trouve que le titre choisi pour représenter le recueil est très vendeur.


Dans le genre de la nouvelle, l'unité d'intrigue est un élément essentiel puisque toute l'action se concentre en très peu de pages ; ici, il s'agit de l'effritement du lien qui unit deux personnes.

Presque tous les récits ont un début in medias res c'est-à-dire que l'on entre au milieu de l'action. Citons par exemple : « Nous somme mariés mais ce n'est pas une raison pour dire aux gens que je suis ta femme. »

Typographiquement, les trente-huit titres sont rangés par ordre alphabétique et dès que l'on change de récit, le sexe du narrateur change : femme/homme/couple. Cependant, à la fin de l'ouvrage il y a une rupture et la voix masculine écrase la voix féminine.



Le début des nouvelles et la tonalité

Chacune d'entre elles commencent par une phrase d'accroche qui nous permet de déterminer le sexe du narrateur ainsi que le sujet qui sera développé dans la nouvelle. Parmi les plus percutantes :

« Je ne couche avec toi que pour te faire plaisir » in « Ce que c'est que l'amour »

« Ma femme est une harpie. Je suis un monstre. » in « Des pagodes »

« Mon mari ne me trompe qu'une fois par semaine. » in « Peuple de connes cerveaux de glands. »


De tels débuts donnent le ton, il est plutôt malicieux, vicieux. Comme s'il y avait un certain plaisir à évoquer la destruction d'un couple ou les petits travers des hommes. Il faut dire que Jauffret déteste la mièvrerie, il préfère adopter une position lucide en ce qui concerne la vie au quotidien ; en ne se mentant pas à lui-même, il estime ne pas mentir à ses lecteurs.



Un point sur la ponctuation

Il n'y a aucune ponctuation pour mettre en valeur une émotion : pas de points d'exclamation ni de points d'interrogation. C'est un choix singulier surtout quand on aborde les conflits dans un couple ; l'auteur, par ce procédé d'annihilation des marqueurs, donne plus d'intensité au texte et laisse plus de liberté au lecteur, c'est un peu à nous de deviner où se trouve l'intensité du texte. Dans « Happy Birthday », une femme est en train d'expliquer à son mari calmement qu'elle le trompe :

«  ̶  La fidélité rampe comme une limace.

On dirait qu'elle trempe le lit des couples fatigués. Je te trompe par amour. Je veux que tes amis sachent à quel point tu es heureux de m'avoir pour femme. Ils connaissent les recoins de mon corps mieux que les pièces de notre maison. Chaque nuit, ils rêvent qu'ils sont à ta place, et qu'ils me serrent dans leurs bras comme si je leur appartenais.

̶ Tu te fous de moi.

̶ Mais oui. »

L'ensemble reste placide alors que l'on sent très bien une tension derrière l'intervention étouffée de l'homme.



Les narrateurs

Le narrateur c'est celui qui prend en charge le récit. Ici, les narrateurs sont autodiégétiques c'est-à-dire qu'ils racontent leur propre histoire. Par exemple dans « Des jeunes un peu timides », on trouve : «J'ai l'habitude de quitter mon mari en pleine nuit. Quand il dort. » p.45 ou encore : « Je suis professeur de lettres dans une école privée du centre de Paris. Les élèves sont très gais, ils rient beaucoup, et ils aiment la vie. Ils écoutent mes cours dans un silence absolu etc. » in « L'opiniâtre félicité des autres ».

 

 

 

L'obscénité / le vulgaire (ici vulgaire ne signifie pas ordinaire mais grossier)

« Caractère de ce qui offense la pudeur, les bienséances. Qui blesse la délicatesse par des représentations ou des manifestations grossières de la sexualité. »

L'auteur use de la vulgarité à outrance ainsi que de l'ironie afin de heurter son lecteur  ̶  mais le procédé s'essoufle vite et l'ironie n'est pas toujours un bon tremplin... Inutile d'entrer dans les détails, les mots parlent d'eux-mêmes :

« L'abondance et la puissance du jet de sperme ne doivent pas être traitées à la légère. Sachez qu'un mâle en bon état doit atteindre en éjaculant le centre d'une cible située à cinquante-trois centimètres du méat […] n'oubliez pas non plus qu'un éjaculat doit remplir une cuillère à soupe d'une contenance équivalente à celle que préconise Gérard Momais pour déguster le consommé glacé de truffes […] »

Ajoutons que l'écrivain lui-même glisse un clin d'oeil au lecteur en se traitant « d'écrivain fou et vulgaire comme l'amour ». Comme s'il justifiait son œuvre. Il a décidé de se montrer grossier parce que l'amour est grossier.



Portraits des hommes

Les hommes sont vus comme des êtres obsédés par leur sexualité et la plupart du temps Jauffret se plaît à maltraiter cette sexualité ; l'homme est souvent frustré et éconduit par la femme : « le sexe a toujours eu peu d'importance pour ma femme. Elle a fait coudre le sien. Elle espérait qu'il finirait pas se cicatriser et disparaître sans laisser de trace. »



Portraits des femmes

Les femmes sont sans scrupules, jalouses ou pétries de ressentiment. Elles passent aussi pour des objets : « Je me demandais vraiment pour qui il se prenait. Il se croyait propriétaire, comme si j'étais une chambre de bonne dont il se soit porté acquéreur en m'épousant. »



Un effet de contraste

Certes, j'ai mentionné la grossièreté, mais il reste quand même des passages plus sensibles.

La preuve en est avec « Lune basse » qui m'a permis d'observer « l'ossature » d'une des nouvelles — cette construction est presque systématique dans l'ensemble du recueil. En effet, il y a presque toujours :

            une mise en situation . ici : un couple qui est en train de se couche ;.

       ensuite, une intervention du narrateur-personnage qui énonce une phrase courte qui permet de donner le ton du texte. Ici, il s'agit d'un homme qui dit : « Je n'ai pas envie de t'aimer, pas ce soir. » ;

       une fois cette phrase d'accroche lancée, le texte se déroule et l'on entre dans les pensées du personnage : dans cette nouvelle on asssiste à une déclaration d'amour égoïste mais touchante.

1. Dans la première, le « je » du narrateur se confronte au « tu » (donc de l'être aimé)  : « je n'ai pas besoin de t'aimer pas ce soir. » Au point de créer un effacement du « je » .

Cet effacement devient presque paradoxal puisqu'il est dit au début : « j'ai besoin de t'oublier ». Le « je » devrait donc dominer. Or c'est l'être aimé qui devient écrasant par son omniprésence et ça se ressent par la multiplication des occurrences du pronom personnel « tu » .

2. Dans un second temps, le conflit qui paraît entre les deux êtres s'efface, la tendance s'inverse et le narrateur s'approprie l'être aimé en devenant l'autre. Cela se voit grammaticalement mais aussi par le sens des phrases : « je suis trop imprégné de toi » ; ou, encore plus parlant : « Avec les années, je suis devenu toi » = identification du « je » au « tu ».

 « Tu peux partir, je t'habiterai toujours je te vivrai comme une aventure ». En devenant l'autre en s'unissant à lui, une évasion est possible.

3. Dans un troisième temps, nous entrons dans une sorte de rêve éveillé du narrateur et plusieurs comparaisons s'enchaînent ; le personnage se noie peu à peu dans la femme aimée, il est comme absorbé par elle : « je mène ta vie, on dirait que je suis tombé en toi comme une goutte d'eau et, jamais personne ne me retrouvera. »

4. Le texte prend fin avec une intervention de l'autre personnage, la femme : « Je ne comprends rien à ce que tu dis. ». Sans doute par irritation, c'est l'une des raisons de l'emploi de l'impératif, elle interrompt le narrateur et brise son rêve : « arrête de parler, il y a déjà assez de bruit dans la rue. »

La chute de la nouvelle par son ironie provoque un sourire amer, il y a un jeu sur les mots :

 « Je voudrais te laisser tomber pour la nuit.

Va dormir au salon, ou éteins la lumière. »

Cela ressemble un peu à un dialogue de sourds. Les deux personnages se répondent sans en avoir l'air.

Comme le texte concerne un couple, il y a un échange avec l'autre qui est censé faire avancer le récit, mais dans cette nouvelle c'est un peu particulier parce que l'échange permet de clore la nouvelle : c'est la chute.

Finalement, le texte se construit sur l'incompréhension, la difficulté à communiquer au sein du couple et ce sujet est abordé par une écriture qui se veut à la fois douce et violente/froide. Nous sommes en quelque sorte heurtés avec douceur.



Mon avis

J'ai lu ce livre cet été de manière fragmentée. Au début je trouvais les traits d'humour de l'auteur plutôt sympathiques, il est vrai que c'est toujours drôle de pointer les niaiseries du quotidien d'un couple.

Je l'ai relu récemment et la sensation était différente, la vulgarité n'appelait plus le même sourire, elle a même laissé place à du dégoût, de la lassitude.

C'est très pragmatique, en très peu de mot, il y a beaucoup d'intensité. L'auteur nous présente une palette de l'amour en négatif si l'on veut, un amour à la fois possessif, égoiste, violent. Jauffret lui-même dit de son écriture qu'il s'agit d'une écriture sèche.

« L’amour, chez Jauffret, est violent. De même que son écriture, qu’il définit comme un « meurtre sans préméditation ». Ou pour le dire selon sa formule, c’est une écriture sèche. Si larmes il y a en le lisant, ce ne sont pas celles qui réconfortent l’âme comme un baume réparateur, comme une réaction cathartique, mais plutôt celles qui font mal et qui ont le goût salé et amer de la vérité. »  Mabooklist.wordpress.com

Libre à vous d'apprécier !

 

 

 

N.B. pour plus d'informations vous pouvez consulter les sites suivants :

< http://livres.fluctuat.net/regis-jauffret.html>

< http://mabooklist.wordpress.com/2010/10/17/regis-jauffret-quand-j%E2%80%99ecris-c%E2%80%99est-un-meurtre-sans-premeditation/>

< http://www.telerama.fr/livres/regis-jauffret-microfictions,16153.php>


Émilie, 1ère année Bib.

 

 

Régis JAUFFRET sur LITTEXPRESS

 

 

Couverture-jeux-de-plage.jpg

 

 

 

 

 

 

Article d'Adrien sur Les Jeux de plage

 

 

 

 

 

 

 

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Articles d' Emmanuelle et de  Lucie sur Lacrimosa

 

 

 

 

 

 

Régis Jauffret Tibere et Marjorie

 

 

 

Article de Marjolaine sur Tibère et Marjorie

 

 

 

 

 

 

 

 


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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 07:00

Olivier-Martinelli-La-nuit-ne-dure-pas.gif




 

 

 

 

 

 

 

 

Olivier MARTINELLI.
La nuit ne dure pas
13e note,  2011


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce roman est fondé sur l'histoire, la création et le développement du groupe de rock bordelais qui existe vraiment, Kid Bombardos, composé de trois frères et de leur ami d'enfance. C'est un roman de fiction fondé sur des éléments réels, qui décrit le monde assez particulier des artistes, des musiciens et d'autant plus particulier qu'il s'agit de la vie des membres d'un groupe de rock. Cet ouvrage est divisé en trois grandes parties dans lesquelles la narration passe successivement de l'un à l'autre des trois frères. Les noms des musiciens ont été changés pour ne pas pousser la comparaison livre –­ réalité trop loin. Ce livre a été publié chez 13e note, éditeur naissant puisque cette maison a été créée en 2008 sous l'impulsion d’Éric Vieljeux qui souhaitait s'intéresser à tous les écrits concernant le milieu underground et le monde du rock'n'roll d'abord à travers la littérature américaine mais s'est rapidement ouvert au reste du monde.



L'auteur commence son récit à travers les yeux d'Arthur, l'aîné de la famille et bassiste du groupe. Arthur a été viré de chez ses parents après leur avoir fait vivre un enfer : il avait commencé par découcher assez régulièrement et il raconte qu'il a saccagé la maison familiale un jour de manque de drogue. En effet, on apprend dès les premières lignes de ce roman qu'il a des addictions à diverses drogues, on le voit lutter pour sortir la tête de l'eau. Heureusement, parmi ses addictions, il y a aussi la littérature – il tient une librairie – et surtout la musique. C'est d'ailleurs cette dernière qui va l'aider à vaincre ses démons. On suit sa rencontre avec Sophie, jeune étudiante en littérature qui va également le motiver, le pousser dans cette voie et finalement lui faire ressentir de nouveau le plaisir de vivre et d'être heureux.

La deuxième partie est racontée par le plus jeune de la bande mais non moins talentueux en tant que batteur, Seb. On suit ce personnage dans sa fugue à Paris, avec son lot de rencontres et notamment celle d'Alice, qui le fera devenir un homme. Les mots sont touchants, la narration ne sombre jamais dans la niaiserie, on ressent les événements véritablement comme les personnages eux-mêmes. Olivier Martinelli utilise un langage empreint de poésie, par exemple lorsqu'il évoque la première fois de Seb, il la décrit comme suit : « une douleur d'une douceur infinie m'a fait lâcher prise ». J'ai trouvé cette phrase d'une beauté incroyable lorsqu'elle est remise dans son contexte. L'auteur arrive à restituer les souffrances et les espoirs propres aux enfants qui grandissent. Il y a, dans cette partie consacrée au benjamin de la famille, une fragilité, une innocence alors que, lorsque Arthur était le narrateur, on était face à un personnage déchu, déçu de la vie et qui avait perdu les espoirs et illusions que son petit frère a gardés.

La dernière partie se focalise, elle, sur Dominic, le « leader » du groupe, auteur-compositeur des morceaux de Kid Bombardos. Elle commence mal, très mal même puisque le personnage nous montre à quel point il s'est enfoncé dans son désespoir, entre la rupture avec Charline, son incapacité à retrouver l'inspiration pour écrire des morceaux. Dominic en arrive à un point où il voudrait mourir. On le voit s'enfoncer, un peu plus à chaque instant, et sombrer dans la tristesse. Encore une fois, l'auteur ne tombe pas dans le pathos, il ne nous montre pas un cliché de l'adolescent dépressif mais au contraire un simple être humain torturé par la vie. Comme les deux autres parties du livre, celle-ci se termine sur une note d'espoir puisque non seulement Dominic retrouve l'inspiration pour composer mais c'est cette inspiration qui lui permettra de retrouver Charline.

De plus, tout le récit est truffé de références musicales et littéraires. La façon dont les différents narrateurs nous décrivent les titres nous donne profondément envie d'aller lire ou écouter. On est curieux de savoir ce qui les touche, ce qui leur donne la force d'avancer, ce qui les encourage à vivre malgré tout.

En fait, leur adolescence respective, pleine d’embûches, de douleurs et tribulations représente finalement ce que chacun d'entre nous pourrait ressentir, vivre à n'importe quel moment de la vie. C'est ce réalisme, cette façon de retranscrire les souffrances des personnages avec grâce et sans fioritures qui fait la beauté de ce roman.

 

 

M.D., Année spéciale édition-librairie

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 07:00

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Milan KUNDERA
L'identité
Gallimard, 1998
Folio, 2000


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie : voir les autres fiches (liens au bas de cet article)


 

L'œuvre

 

L'identité, publié en 1997, est le deuxième roman du cycle français de Kundera. C'est un roman court comme le sont les deux autres romans du cycle français par rapport à ceux du cycle tchèque.

L'identité est l'histoire de deux amants, Chantal et Jean-Marc, qui vivent à Paris. Chantal travaille pour une agence publicitaire et Jean-Marc est sans travail. Il vivent à l'écart du monde et traversent tous les deux une profonde crise d'identité. Jean-Marc ne reconnaît plus Chantal qui se dissimule derrière de nombreux masques et derrière son souci de paraître ; elle cache des souffrances anciennes : la mort de son enfant et la pression immédiate exercée par sa belle-famille pour qu'elle ait un autre enfant.

Le roman commence au moment ou, après un jour de solitude, les amants se retrouvent dans un hôtel de Normandie. Chantal confesse à Jean-Marc : « Les hommes ne se retournent plus sur moi » avec sans le vouloir une pointe de mélancolie dans la voix. Quand elle pronnonce cette phrase, Jean-Marc a du mal à la reconnaître. Il éprouve de la jalousie, mais il essaye de comprendre sa femme qui se rend compte qu'elle vieillit et qu'elle ne plaît plus.

Quelques jours plus tard, un lettre anonyme arrive avec ces mots : « Je vous suis comme un espion, vous êtes belle, très belle. » Chantal, intriguée, cherche à savoir qui est l'auteur de cette lettre dont l’auteur, selon ses dires, l'espionne. Sa curiosité devient vite une obsession. Elle se soumet même plus ou moins consciement à son admirateur qui l'imagine dans une chemise rouge cardinal. Par deux fois Chantal est persuadée de savoir qui est l'homme qui lui a envoyé cette lettre puis les suivantes, signées C.D.B. Puis elle se met à soupçonner Jean-Marc, d'abord de les avoir lues puis écrites. Pour en avoir le coeur net, elle se rend chez un graphologue, qui ne l'aide pas beaucoup. Finalement, ce cabinet de graphologie s'avère être un cabinet de délation. Elle y rencontre étrangement le premier des hommes qu'elle avait suspectés d'être le mysterieux correspondant. Celui-ci lui apporte son aide. Bien qu'elle n'ait pas de certitude absolue, à partir de ce moment, elle devient convaincue de l'origine des lettres : Jean-Marc. On a très vite la confirmation de cette hypothèse par Jean-Marc lui-même. On comprend qu'il a écrit ces lettres par amour, pour que sa femme pense que des hommes se retournent encore sur elle, et aussi pour lui dire aussi son propre amour. C'est la signification de la signature mystérieuse C.D.B. : Cyrano de Bergerac, l'amant secret de Roxane, qui lui souffle son amour, à travers la bouche d'un autre homme, plus beau, plus jeune, lui aussi amoureux d'elle, pour toucher son coeur.

Mais Chantal ne le prend pas ainsi : se rendre compte que son compagnon observait pendant tout ce temps les effets produits par ses lettres la rend honteuse et la met hors d'elle. Et il suffit de la simple visite imprévue de quelques menbres de son ex-belle-famille, pour qu'elle s'emporte. Elle finit par déclarer à son compagnon qu'elle s'en va à Londres assister à une conférence pour son travail. Par cela, elle essaye de le provoquer et le confondre. Effectivement, dans sa dernière lettre, le mystérieux inconnu annonce son départ pour Londres. N'ayant au départ aucune intention d'y aller, elle se trouve finalement embarquée par ses collègues qu'elle rencontre par hasard et qui vont à un colloque, dont elle était certaine qu'il ne devait pas avoir lieu avant trois semaines !

La situation déjà étrange devient de plus en plus singulière. Tout juste arrivée à Londres, Chantal se rend dans une maison de rencontres échangistes pendant que Jean-Marc qui a suivi Chantal jusqu'à Londres attend dehors comme un clochard, gardant l'argent qu'il lui reste pour le voyage de retour. Dégoûtée par la situation, Chantal fuit nue dans la maison. Finalement elle se retrouve seule dans une des pièces avec quelqu'un qu'elle reconnaît. Elle est contente de pouvoir lui confier son intention de partir. Mais à ce moment-là, elle entend des coups de marteau de plus en plus forts, on cloue les portes de la pièce. L'homme qu'elle a reconnu, qui lui était apparu comme son seul repère dans cette maison, l'appelle Anne et veut la forcer à rester. Soudain, elle ne se souvient plus de son propre nom, elle ne sait plus qui elle est vraiment et se raccroche à la pensée de son compagnon : « S’il était ici, il l'appellerait par son nom. Peut-être, si elle réussissait à se souvenir de son visage, saurait-elle imaginer la bouche qui prononce son nom. » (p. 203) Chantal se trouve prise au piège, elle est désemparée et, voyant qu'une fenêtre est ouverte, elle crie sa détresse.

Cette histoire est-elle réelle ? Irréelle ? À partir de quand ? Cela n'est pas clairement défini et il est probable que l'auteur lui-même ne le sache pas non plus.

« "Chantal ! Chantal ! Chantal !"


Il serrait dans ses bras son corps secoué par le cri.


"Réveille-toi ! Ce n'est pas vrai !"


Elle tremblait dans ses bras, et il lui redisait encore plusieurs fois que ce n'était pas vrai.


Elle répétait après lui : "Non, ce n'est pas vrai", et, lentement, très lentement, elle se calmait.


Et je me demande : qui a rêvé ? Qui rêvé cette histoire ? Qui l'a imaginée ? Elle ? Lui ? Tous les deux ? Chacun pour l'autre ? Et à partir de quel moment leur vie réelle s'est-elle transformée en cette fantaisie perfide ? Quand le train s'est enfoncé sous la Manche ? Plus tôt ? Le matin où elle lui a annoncé son départ pour Londres ? Encore plus tôt ? Le jour où, dans le cabinet du graphologue, elle a rencontré le garçon de café de la ville normande ? Ou encore plus tôt ? Quand Jean-Marc lui a envoyé la première lettre ? Mais les a-t-il envoyées vraiment, ces lettres ? Ou les a-t-il écrites seulement dans son imagination ? Quel est le moment précis où le réel s'est tranformé en irréel, la réalité en rêverie ? Où était la frontière ? Où est la frontière ? » (p. 205-206).


Après s'être demandé où l'auteur voulait en venir, on a enfin la révélation et on prend conscience de son habilité et de son génie, de l'ambiguïté de cette histoire étrange qu'il a réussi à maintenir jusqu'à la fin.

La question du réel et de l'irréel est bien sûr étroitement liée au thème central du livre : l'identité, l'identité de la personne qu'on aime, et l'identité de soi, les nombreux visages que l'autre ou nous-même pouvons avoir. Dans cette histoire, Jean Marc souffre des nombreux visages de sa femme et veut reconnaître en elle la femme qu'il aime. C'est une véritable quête chez lui.

La quête d'identité chez Chantal est moins évidente parce qu’elle est inconsciente. Chantal souffre de son passé (il y a beaucoup d’analepses au début du livre), de son envie de paraître, de tous ses visages, qui finalement la dépouillent de son identité. Elle a tellement de visages qu'elle n'en a plus. Ce n'est qu'a la fin de l'histoire, lorsqu'elle est nue, et qu'elle ne se souvient même plus de son nom qu'elle prend réellement conscience de ce qu'elle cherche et de qui elle est est vraiment.

En effet Chantal et Jean-Marc ont besoin de se reconnaître l'un et l'autre, l'un dans l'autre, pour exister, pour avoir une identité. Parce qu'ils vivent à l'écart du monde (on peut observer qu'il y a très peu de personnages dans le roman) et que l'autre (Chantal pour Jean-Marc et Jean-Marc pour Chantal) est leur seul reférent au monde. L'autre est la seule chose qui les rattache au monde.

Autour de ce thème central de l'identité, il y a la mort, la disparition, le corps, le libertinage, le nom, le double visage... Ce sont des thèmes assez graves. Les personnages de Chantal et de Jean-Marc se posent beaucoup de questions et nous font le plus souvent part de leurs réflexions sur ces sujets. L'Identité est un roman d’une profondeur métaphysique, avec une dimension existentielle importante.

Il y a aussi un motif ou plutôt une couleur qui revient assez souvent : le rouge. Le rouge des joues de Chantal, le rouge de la tunique cardinale, le rouge des rideaux de la maison de partouzes. Cette couleur peut illustrer dans l'histoire l'émotion ou le libertinage pour les deux derniers cas que je viens de citer. Il illustre même l'adultère pour le cas de la tunique cardinale. En effet, Chantal, soumise au fantasme de son mystérieux correspondant qui l'imagine dans cette tunique, la met pour séduire son mari et coucher avec lui.

Une dernière chose est importante à relever : les points de vue internes alternés des personnages. L'auteur nous montre quccessivement un événement selon la vision de l'un et selon la vision de l'autre. Cela permet au lecteur de se sentir intime autant de Chantal que de Jean-Marc et de mieux les suivre dans leur périgrinations existentielles.



Mon avis personnel

J'ai bien aimé ce livre. Si le style de l'auteur et l'intrigue de l'histoire (et donc la forme de l'oeuvre) sont plutôt simples, son fond est dense et complexe par son aspect philosophique (métaphysique et existentiel) et son ambiguïté entre réel et irréel qui est maintenue jusqu'à la fin. Si je devais relire ce livre, je le relirais principalement pour ces aspects-là.

L'Identité est un livre qu'on ouvre avec difficulté, qu'on referme un peu perplexe, mais dont on perçoit l'intelligence, la finesse et la profondeur.


Myriam, 1ère anné Bib.

 

 

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS


 

  Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

Article d'E. Maréchal sur Risibles amours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La Plaisanterie

 

 

 

 

 

Article d'Élodie sur La Plaisanterie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 Article de Marie sur La Vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La valse aux adoeux

 

 

Article de Roxane sur La Valse aux adieux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Milan Kundera L'insoutenable légèreté de l'être

 

 

 

Article d'Aloïs sur L'Insoutenable légèreté de l'être.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La Lenteur

 

 

 

 

Article de Margaux sur La Lenteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera L'Ignorance

 

 

 

 Article d'Anne-Laure sur L'Ignorance.

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 07:00

le vendredi 9 décembre 2011
à la librairie La Machine à Lire.
Michele-lesbre-Un-lac-immense-et-blanc.gif

 

C’est sous les arcs de pierre de la Machine à lire que nous avons assisté à la rencontre de Michèle Lesbre, auteur de l’ouvrage Un Lac immense et blanc, et de son éditrice, Sabine Wespieser.



Michele Lesbre est née en 1939 et vit à Paris. Elle donne quelques représentations théâtrales, entame une carrière d’institutrice puis de directrice en école maternelle avant de se lancer dans l’écriture au début des années 1990 avec la parution de son premier ouvrage, La Belle Inutile (Le Rocher,1991). Suivent plusieurs ouvrages, dont certains proches du roman noir. Elle publie chez divers éditeurs notamment Actes Sud, dans la collection de poche Babel. En janvier 2003, l’auteur suivra Sabine Wespieser et restera par la suite fidèle à la maison. Sur quatorze livres publiés jusqu’à présent, dix sont aujourd’hui présents dans le catalogue de cet éditeur.
Michele-Lesbre-Le-canape-rouge.gif
Certains ouvrages de Michèle Lesbre ont été récompensés par la critique : Le Canapé rouge (finaliste du prix Goncourt, prix Pierre-Mac-Orlan, prix Millepages 2007), La Petite Trotteuse (prix des libraires Initiales Automne 2005, prix Printemps du roman 2006, prix de la ville de Saint-Louis 2006). L’auteur a été nommée chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres en janvier 2010.



Sabine Wespieser travaille pendant quatorze ans pour Actes Sud, puis pour la collection Librio (Flammarion) durant une courte période avant de lancer sa propre maison d’édition en 2001. Elle a alors l’ambition de construire une structure éditoriale de création proches de ses auteurs, afin de les accompagner au mieux. Dans cette logique, la maison d’édition n’a pas une production très importante : une dizaine de titres par an et une centaine de titres au catalogue. La réussite et l’émancipation de la maison repose en partie sur de trois auteures : Duong Thu Huong, Nuala O'Faolain et Michèle Lesbre. Elles ont connu succès en librairie et reconnaissance de la critique (prix Fémina étranger pour Nuala O'Faolain et L'Histoire de Chicago May, prix Elle des lectrices pour Duong Thu Huong et Terre des oublis et sélection finale au Prix Goncourt pour Michèle Lesbre et Le Canapé rouge), ce qui a permis à la maison de décoller économiquement.

Michele-Lesbre-Une-simple-chute.gif

C’est en travaillant chez Actes Sud que Sabine Wespieser découvre et apprend à apprécier l’œuvre de Michèle Lesbre lors de la publication d’Une Simple Chute (Babel,1997). Une rencontre s’ensuit et une complicité se noue entre ces deux femmes. Cela aboutira à la collaboration que nous connaissons aujourd’hui.



Michèle Lesbre s'inspire essentiellement de son vécu pour écrire. Elle accorde une importance particulière à ses émotions et se sert de l'écriture pour y résister. La première personne du singulier est employée dans la plupart de ses ouvrages et le narrateur reste invisible, ce qui laisse à penser qu'elle s'exprime directement. Cette impression est renforcée par le nombre important de personnages féminins (du moins, dans Un lac immense et blanc) auxquels elle se rattache et s’identifie. Elle a parfois l'impression de vivre sa vie de manière détachée, d'un point de vue extérieur, et elle utilise cette vision du monde particulière pour créer ses personnages.

L'écrivain dit « flotter dans plusieurs espaces-temps », ce qui explique sans doute l'ambiance onirique de ses textes. Elle emploie une forme d'écriture très découpée, fragmentée, comme pour organiser ses souvenirs, les rassembler pour mieux les comprendre. Sabine Wespieser utilise le terme de « fondus perpétuels » pour décrire son style narratif : le glissement d'un événement particulier à des situations plus générales, le tout avec un regard décalé et original.

En ce qui concerne Un lac immense et blanc, son unique source d'inspiration lui est venue de son ressenti face à l'image d'un jardin public inatteignable. Il neigeait, de ce fait les portes étaient closes, et il lui est apparu inconcevable de ne pas marcher dans ce « lac immense et blanc ». Elle a alors ressenti une frustration telle qu'il lui est apparu nécessaire d’analyser cette émotion, qu’elle a traduite par une sensation d'enfermement. Mais cette démarche a été longue, huit ou neuf mois ont été nécessaires pour parvenir à écrire son histoire. Il fallait d'abord que l'idée de base résiste au temps, que l'auteur se nourrisse de nouvelles expériences pour l'enrichir, grâce à ses lectures, à la vie de tous les jours, en prenant continuellement des notes. C'est seulement après cette longue préparation qu'elle s'autorisa à écrire. Grâce à la relation de confiance qu'elle a établie avec son éditrice, Michèle Lesbre peut lui envoyer les quinze ou vingt premières pages de son roman pour qu’elle lui apporte conseils et corrections, mais ce sont les seules pages que verra l’éditrice jusqu'à la fin de la composition du livre.
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Michèle Lesbre connaît d'avance la scène finale de son roman mais n'établit pas de plan précis. Son éditrice accorde une grande liberté à ses auteurs mais en contrepartie elle se montre extrêmement exigeante envers eux.

Elle s'inspire d'événement historiques majeurs, tels que la Seconde Guerre mondiale, Mai 68 ou encore la guerre d'Algérie. Ses ouvrages font référence à ces périodes, par exemple Boléro évoque la guerre d'Algérie et Canapé rouge Mai 68.

Sabine Wespieser mentionne que l'utopie de Mai 1968 est souvent représentée par des personnages pétris de rêves qui reviennent à intervalles réguliers dans ses romans.

L'auteur constate un « appauvrissement de l'imaginaire collectif », qui a lieu en parallèle d'une « montée du libéralisme depuis les années 70 et 80 ». Cela découle d'événements historiques majeurs qui ont marqué l'humanité. Pour elle l'écriture est une résistance qui permet de lutter contre « les désillusions et le renoncement ».

Elle accorde de l'importance au lien entre ses œuvres et le patrimoine littéraire. Elle ne conçoit pas qu'un écrivain puisse publier des ouvrages sans en lire d'autres, et par ce biais, s'initier à diverses pensées. Pour elle, la littérature est un art vivant qui permet des jeux d'écriture, de créer des liens entre les œuvres et de communiquer avec le monde en partageant des références connues par de nombreux lecteurs. L'une des influences majeures de Michèle Lesbre semble être Bassani, mais elle mentionne également Duras ou encore Modiano. Se cultiver sert de « terreau à son écriture » et les références qu'elle emploie jouent aussi un rôle tutélaire.

Elle s'inspire aussi de la vie ordinaire. Les lieux, en particulier, sont d'une très grande importance dans ses ouvrages. Elle a besoin de « brasser la foule », d'étudier les différents comportements humains pour écrire. Pour cela, elle va observer la population dans des lieux clés tels que les gares, les cafés ou les transports en commun et note mentalement les situations cocasses pour les retranscrire ensuite. Elle n'aime pas rester chez elle pour travailler. L'idée d'une écriture vivante est très importante pour elle, c'est pourquoi elle bouscule ses habitudes en n'écrivant pas à heures fixes et en se déplaçant constamment.


Elle tient à faire comprendre au lecteur qu'il faut « accepter de laisser leur part de mystère aux gens qui nous entourent» ; c'est pour cela que ses intrigues ne sont pas tout à fait claires et qu'il existe plusieurs niveaux de lecture pour comprendre l'une de ses histoires.

Elle évoque des émotions qui font écho au vécu du lecteur telles que la neige blanche qui représente la pureté, le silence mais aussi une sensation d'isolement. C'est également une source de lumière, qui est essentielle dans Un lac immense et blanc, puisque cette lumière baigne l'atmosphère générale de l'ouvrage.

Enfin la musicalité de cet ouvrage est extrêmement importante. Les phrases de Michèle Lesbre sont basées sur un rythme particulier, l'alternance des phrases longues ou courtes, ou le choix des sonorités employées qui participent au confort de lecture.

Elle adopte une écriture très poétique, et pour cela, elle doit trouver le « la » de son roman. Cependant, comme l'explique son éditrice, il y a certaines « fausses notes » qu'elle doit corriger. C'est somme toute le travail de l'éditeur.


Liens utiles

http://www.machinalire.com/

 http://www.swediteur.com/

Une vidéo montrant Michèle Lesbre qui présente Un lac immense et blanc durant l'édition de 2011 de L'Escale du livre :

http://www.dailymotion.com/video/xix1dw_michele-lesbre-un-lac-immense-et-blanc_news

 

Bastien et Julie, 2A Éd-Lib.

 

 

 


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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 07:00

Antoine-Volodine-Des-anges-mineurs.gif







 

 

 

 

Antoine VOLODINE
Des anges mineurs
Seuil, Fictions & Cie, 1999
Seuil, Points, 2001








 

 

 

 

 

L'auteur

Antoine Volodine est un homme discret qui préfère que l'on parle de son œuvre plutôt que de sa personne. Né en 1950, il se voit publié depuis 1985 ; aux premiers temps, il paraît aux éditions Denoël, puis chez Minuit, Gallimard et finalement au Seuil. Il compte à présent une quinzaine de publications sous ce nom de plume, et une quinzaine d'autres sous des pseudonymes divers. Seuls trois sont connus de façon certaine : Elli Kronauer, Manuela Draeger et Lutz Bassmann. Il utilise tout particulièrement ce dernier pour ses romans jeunesse, parus à L'École des Loisirs.

Volodine est considéré comme le fondateur du post-exotisme, à savoir un « lieu d'expression et de réception [des] rêves et [des] avenirs inaccomplis du passé et du présent. [...] Un monde de défaites et de ruines, où la conscience et l'expérience intime de l'échec (des utopies, des révolutions […]) s'allient au désir des personnages et des narrateurs de dire, encore et malgré tout, ce qu'ils ont été, les combats qu'ils ont menés, les espoirs qu'ils ont nourris, les hommes et les femmes qu'ils ont aimés. Sans doute, ce monde peut déconcerter, dès lors qu'il prend les couleurs de l'étrange, cet étrange qui est […] la forme que prend le beau quand il n'y a plus d'espoir : de fait, on rencontre dans ces livres des personnages dont on se demande s'il sont humains ou non, morts ou vivants, des lieux et des temps imaginaires qui renvoient à des données pourtant reconnaissables, des écrits racontés, ou chuchotés, par des narrateurs qui ne sont jamais ni tout à fait les mêmes ni tout à fait des autres … », nous explique Sylvie Servoise dans le magazine Page.


Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur le post-exotisme, nous préconisons Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze, paru chez Gallimard en 1998, du même auteur.



Des anges mineurs

L'histoire commence probablement des siècles après une grave catastrophe, un incident nucléaire ou naturel, peu importe. Le fait est que ce monde, le nôtre probablement, a sombré dans un immense chaos. À chaque « narrat », c'est-à-dire histoire de quelques pages à peine, de nouveaux personnages apparaissent, et l'on suit leur histoire ainsi, sporadiquement, de façon parcellaire, telles des microfictions qui dépeignent ce monde déchu.

Will Scheidmann, le protagoniste principal, a été conçu par le biais de la magie noire, sombres incantations et autres psalmodies, puis couvé au sein d'une taie d'oreiller par des grands mères immortelles. Elles lui réservaient pour grand dessein de sauver la société égalitariste du capitalisme. Au lieu de s'assurer qu'il soit définitivement abandonné, la progéniture le rétablit, trahison douloureuse pour ces vieilles femmes. Réunies pour un tribunal exceptionnel, elles décident de lui infliger la peine de mort, leur fils sera fusillé. Allongées dans l'herbe, chacune arme son fusil, et … aucune ne tire. Pourquoi ? Will a pris la parole. Il narre avec brio des récits de vies, parcelles d'histoires d'individus qui auront croisé son chemin et celui de ses grands-mères, il redonne vie aux âmes et en invente d'autres au gré de sa fantaisie. Le temps passe, les aïeules l'écoutent. Elles viennent même à les réclamer, ces histoires que Volodine lui-même nomme des « narrats ». Docile et pragmatique, Will raconte, telle la Shéhérazade des Mille et une nuits, pour garder la vie sauve. Ce n'est pas tant qu'elle vaille la peine d'être vécue, ce serait plutôt dû à un instinct de survie persistant. À moins que certains préfèrent y voir une forme de tendresse inopinée, une volonté de se repentir envers ses créatrices en les distrayant de leur condition misérable et sans fin.

Peu à peu, le lecteur saisit le schéma narratif ; parmi les « narrats étranges » inventés par Will, en sont disséminés quelque-uns où il parle de lui, à différentes étapes de son existence, sans chronologie aucune. Le récit est constitué en tout de 49 narrats. Le 7e informe  de la position délicate de ce protagoniste : « il y avait un poteau qui servait à attacher Scheidmann, et contre lequel on lui avait promis qu'ils pourrait s'appuyer quand on exécuterait la sentence ». Au 18e une grand-mère se révolte contre les autres, et refuse finalement la mort de son fils :

 

« Qui fera à notre place le bilan de notre existence ? (…) Qui pourra faire revivre encore notre jeunesse, et ensuite les écroulements, les catastrophes, notre mise à l'écart à la maison de retraite ? … Et ensuite la résistance, le saccage de la maison de retraite, les appels à l'insurrection ? Qui saura dépeindre cela ? ».

 

Le 22e démontre leur inflexibilité, et pourtant elles se laissent aller à l'écouter, enchantées : « Vingt et un jours. / Et c'était aussi vingt et une histoires que Will Scheidmann avait imaginées et ruminées face à la mort, car en permanence ses grands-mères pointaient sur lui leurs carabines ». Le 25e relate la venue au monde, amère et douloureuse, du jeune homme : « Je suis né contre mon gré, vous m'avez confisqué mon inexistence, voilà ce que je vous reproche ». Au cours du 32e, l'on apprend que ce manège dure « depuis deux ans », les vieilles femmes ne savent plus vraiment ce qu'elles souhaitent faire du traître. « Ce Scheidmann n'est plus fusillable, disait-on souvent chez les aïeules. Il s'est transformé en un espèce d'accordéon à narrats. » Will a trouvé la parade : « il leur murmurait des récits qui les charmaient. À quoi bon s'acharner sur ce qui nous charme ? ».

Au 43e narrat, c'est une certaine Maria Clementi qui prend la parole : « j'ai rêvé cette nuit que je m'appelais Will Scheidmann, alors que je m'appelle Clementi ». Chaque année à la même date, cette femme se glisse dans la peau de Will le temps d'une nuit, le temps d'un rêve. C'est le dernier narrat à mentionner notre homme. On y apprend que depuis des centaines d'années le monde est immobile, rabougri et réduit à une presque inexistence persistante. Will semble éternellement voué à continuer ses narrats. À bout de souffle et du bout des lèvres, il constitue coûte que coûte des ébauches d'histoires. Les vieilles ne mouftent pas, elles aussi dans un état de délabrement avancé, réduites à rien ou presque rien. Enfin, le schéma narratif est décortiqué et mis en lumière sous un jour nouveau par Maria Clementi. Il semblerait que ce soit elle qui, par le biais d'un rêve, ait soufflé à Will le titre de notre livre, Des anges mineurs. Une belle chute, un ultime renversement de situation.



Un monde déchu, des personnages misérables et sans aucune issue.

Il est question au fil du récit de brumes radioactives et autres orages magnétiques, d'élevages de poules en cages dans des appartements délabrés, en haut de buildings quasi abandonnés. La situation est claire sans l'être, nous nous trouvons embarqués dans un monde postapocalyptique, un pays non défini. Ce monde est l'expression d'un futur désenchanté (qui nous attend, peut-être). Les hommes ne sont plus fertiles, la nature est détraquée. Tout espoir est évanoui depuis des décennies. « Même le feu n'émettait plus aucune lumière ».

« On touchait déjà à une époque de l'histoire humaine où non seulement l'espèce s'éteignait, mais où même la signification des mots était en passe de disparaître. » (narrat 47).

Ancré dans le pessimisme, sans horizon, Will tout comme les autres personnages souffre de l'absence d'un quelconque espoir. Manque de repères géographiques, troubles de l'identité, peu gâté par un corps douloureux construit de lambeaux de chiffons. Les thèmes et motifs que nous avons dégagés tournent tous autour du mal-être, de la souffrance psychologique.

Les personnages sont perdus et violentés par la réalité de leur monde, à tel point que leur identité même est incertaine, plus ou moins confondue avec celle des autres. Ils sont nombreux à ressentir le besoin de préciser de qui il est question quand ils parlent à la première personne du singulier. D'autres choisissent de jouer sur ces incertitudes, sur cette instabilité, pour provoquer un malaise voire un mal-être chez les autres, afin de tirer avantage de la situation :

« – Où sommes-nous ? demandais-je.
Sarah Kwong attendait que la question finisse de résonner, puis elle répondait :
À l'intérieur de mes rêves, Dondog, voilà où nous sommes.
Elle prononçait cela avec une dureté évidente, en me lançant un regard qui manquait de pédagogie, négateur, comme si mon existence n'avait plus la moindre importance, ou comme si ma réalité n'était qu'une hypothèse très sale.

(…) Et quand je dis mes rêves, je ne pense pas aux tiens, Dondog. Je pense aux miens, uniquement à ceux de Sarah Kwong. », (narrat 24).

Le corps lui-même exprime la décrépitude de cette vie morne, une immortelle morosité ; celui de Will est hideux et douloureux : « en dépit des démangeaisons qui m'accablaient atrocement, je ne remuais pas la masse de peau guenilleuse qui me recouvrait, et que l'attraction lunaire faisait croître » (narrat 22).

Les aïeules tentent de sauvegarder la race humaine ; devenues immortelles, elles caressent leurs chimères, leurs remords et nombreux regrets. Sans plus d'espoir, trahies, elles sont incapables de tuer le traître. Elles préfèrent les histoires d'un fils sournois et déloyal au silence. Ces personnages souffrent d'un mal-être chronique et incurable. Ils sont déboussolés. « Et toi, dit-il soudain, avec violence. De nous deux, tu es lequel ? », (narrat 26). Leur destin est sans intérêt aucun puisque sans possibilité d'évolution, de changement. Certains espèrent voir réapparaître l'être aimé, le frère disparu, l'ami, mais cela tient de la folie et du désespoir, le lecteur se doute que ces derniers ne reviendront pas. Ils n'ont pas d'issue, pas de but, sinon survivre.

Certains personnages reviennent de façon récurrente, tel un leitmotiv. On les voit passer, sporadiquement, d'un narrat à l'autre.  Sophie Gironde, Enzo… Ils sont cités, ils étaient l'être aimé, l'ami ou le frère. Peut-être est-ce un biais pour l'auteur afin d'immerger un peu plus le lecteur dans son monde brisé. Chaque narrat dépeint un fragment de destin, et l'on se fait ainsi une idée de leur terrain de vie. Si certains protagonistes sont ainsi cités, ici et là, sont connus des uns et des autres, alors ils ont existé. Telle est la magie de la fiction, le lecteur peut se prêter au jeu, accepter d'être crédule le temps d'une lecture, accepter d'y croire.

Les repères spatio-temporels sont étranges, il est toujours question d'heures très précises, de dates  exactes, mais sans que jamais soit mentionnée l'année. Le récit n'étant pas chronologique, le lecteur ne se repère en rien avec ces éléments. Cela rajoute peut-être au sentiment de confusion, le lecteur voudrait s'immerger dans ce monde, mais n'en connaît pas les codes, ne comprend pas le déroulement du temps. Ce manque de repères nous met dans une situation similaire à celle des protagonistes. Nous nous laissons trimballer, cahin-caha, par l'imagination inquiétante de Volodine. Plus ou moins graves, nous visitons ces ruines, nous rencontrous ces anges déchus, étonnés et curieux.


Joanie Soulié, 2A édition-librairie.

 

 

 

Antoine Volodine sur Littexpress




Articles de Julie et d'Antoine sur Songes de Mevlido.









article de Julien sur Bardo or not bardo










article d'Hortense sur Des anges mineurs







article de Delphine sur Dondog

 

 

 

 

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23 décembre 2011 5 23 /12 /décembre /2011 07:00

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Martin PAGE

Comment je suis devenu stupide

Le Dilettante, 2000

J’ai lu, 2002

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Martin Page est un curieux auteur. Pas toujours facile de l’aborder à cause de son éternelle timidité (il le dit lui-même). Né en 1975 en banlieue parisienne, il vit actuellement à Paris, ville qu’il affectionne particulièrement et à propos de laquelle il écrit, notamment dans son dernier roman, La Disparition de Paris et sa renaissance en Afrique. Après avoir fait des premières années d’études dans différentes disciplines de sciences humaines, il publie son premier roman à 25 ans : Comment je suis devenu stupide, qui le fera connaître en France et à l’étranger. Martin Page, bien qu’auteur de quelques livres jeunesse, excelle dans l’écriture de romans courts faits d’absurdités et de portraits critiques de notre société actuelle. La meilleure façon de le comprendre est peut-être encore de lire  le blog intégré à  son site internet sur lequel il s’exprime librement chaque semaine.

 

 

 

  C’est l’histoire d’Antoine, un jeune homme de 25 ans, tellement intelligent qu’il en est malheureux. Oui : « L’intelligence rend malheureux, solitaire, pauvre, quand le déguisement de l’intelligence offre une immortalité de papier journal et l’admiration de ceux qui croient en ce qu’ils lisent. » Antoine a donc décidé de devenir stupide pour s’intégrer à la société. Et ce ne sera pas tâche facile. Il essaie d’abord de devenir alcoolique mais échoue lamentablement sur les plages du coma éthylique après avoir bu une malheureuse demi-bière. Face à ce premier échec, Antoine prend la résolution ultime de se suicider. Sur les conseils avisés d’une professionnelle du suicide manqué, il se rend à des cours de suicide. Là encore, il échoue : l’unique cours qu’il a suivi lui en ôte l’envie. La meilleure solution sera donc de s’intégrer pleinement à la société, à « l’opinion publique », en participant à tous les actes quotidiens de la société de consommation. Pour l’aider à commencer, Antoine se voit fournir par son médecin (un pédiatre) des pilules rouges d’Heurozac pour le rendre un peu moins conscient de sa vie et artificiellement plus heureux.

 

 

 

Réflexion sur le bonheur

 
 Lorsque Antoine explique sa dernière décision à ses quelques amis, sa réflexion entraîne le livre dans une dimension philosophique qui perdurera tout au long de l’histoire en posant la question du bonheur. En effet, Antoine pense que l’intelligence est une erreur de la nature ou une maladie et qu’une intelligence qui s’intéresse à tout, qui essaie de comprendre tout ce qui l’entoure, entraîne « le danger du cynisme, de l’aigreur et de l’infinie tristesse ». Cette intelligence empêcherait d’atteindre le bonheur puisqu’elle oblige à tout remettre en cause sans jamais pouvoir profiter de rien. À l’extrême, le bonheur se définirait alors comme une immersion totale de l’individu dans sa société sans jamais se poser de questions à propos de ses actes. Ces théories font donc réfléchir le lecteur au fur et à mesure de l’expérience du personnage.

 

 


Satire de la société de consommation


Puisque Antoine pense que le seul moyen d’être heureux est de s’intégrer à la société, la réflexion philosophique précédente va perdurer à propos des questions d’argent, de possessions matérielles et de reconnaissance professionnelle, amenant à une satire de la société de consommation. Le personnage trouve d’abord un emploi très bien payé (trader) pour commencer son intégration et en profite pour dépenser dans des achats futiles et très coûteux qu’il n’utilisera même pas toujours. Ensuite, Antoine réussit une très bonne opération financière et goûte à la reconnaissance : il remarque avec innocence que ses collègues les mieux placés se mettent à l’écouter simplement parce qu’il est devenu très riche. On se pose alors la question de la relation entre le bonheur et l’argent. Cette satire de la société de consommation se remarque derrière le regard sous Heurozac d’Antoine qui ne réussira pas totalement son intégration à cause de son dégoût du café (symbole du trader), de la non-utilisation d’appareils en tous genres et de ses principes inébranlables concernant les femmes par exemple.

 

 

 

Personnage autobiographique ?

 

Ayant rencontré Martin Page lors un salon du livre avant de lire Comment je suis devenu stupide, j’ai rapidement remarqué des liens entre l’auteur et le personnage d’Antoine : leur âge (25 ans), leur lieu d’habitation (Paris) ou encore leur timidité commune. En faisant quelques recherches, j’ai trouvé que l’histoire absurde d’Antoine pouvait s’être inspirée directement de la personnalité de Martin Page d’après les articles qu’il écrit sur son blog. Au-delà d’articles critiques sur différents aspects de notre société et d’articles sur sa vie d’auteur, il lui arrive d’exprimer ce qu’il ressent en tant qu’individu. C’est donc dans l’un de ceux-là que j’ai trouvé que Martin Page, tout comme son personnage, n’arrive pas à s’intégrer totalement à la société :

 

« Je n’ai pas ma place ici, m’y trouver est un accident, ce n’est pas mon monde. Il me reste à me l’inventer, ou à continuer à être un contrebandier. Être un contrebandier, c’est chouette, on survit, mais ça fatigue. On rêve parfois d’une île où accoster. Mais peut-être que ça sera partout pareil, et qu’être étranger, aux groupes, aux maisons, aux milieux, c’est ce que je suis, c’est mon identité. »

 

 


 Ce livre drôle et tout à fait divertissant cache donc derrière l’absurde et la satire une profonde réflexion. Toute la dérision (voire l’autodérision ?) est appuyée par un langage à la fois simple et très poétique. Un livre qui ne fait finalement pas devenir stupide.

 

 

Soizic, 2e année Éd.-Lib.

 

 

 

 

Martin PAGE sur LITTEXPRESS

Martin page la disparution de paris

 

 

Article de Valérie sur La Disparition de Paris et sa renaissance en Afrique.

 


 

 

 

 

 

martin page une parfaite journee parfaite

 

 

 

 

 

 Article de Yolaine sur Une parfaite journée parfaite

 

 

 

 

 

 

 

 


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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 07:00

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Cette rencontre s'est déroulée dans le salon Albert Mollat le jeudi 08 décembre 2011 à 18h, à l'occasion de la parution chez Gallimard du roman Les Solidarités mystérieuses.

J'ai choisi d’assister à cette rencontre avec Pascal Quignard parce que j'ai vu et apprécié deux films tirés de ses romans : Tous les matins du monde et Villa Amalia. Et aussi parce que c'est, selon la biographie de Wikipedia, un écrivain dont l' « œuvre est aujourd'hui considérée comme l'une des plus importantes de la littérature française contemporaine. »


Lors de cette rencontre, Pascal Quignard a commencé par lire deux passages extraits des Solidarités mystérieuses. Ce roman a pour thème le lien entre un frère et une sœur. Quignard a en effet une sœur aînée qui s'appelle Marianne. Il y a énormément de voix dans ce roman : dans le premier extrait lu, c'est un prêtre qui parle et dans le second, c'est un voisin paysan. Ces voix parlent de Claire, l'héroïne, et forment les pièces d'un puzzle.

L'écrivain a ensuite expliqué qu'il composait le plan de ses romans sur de la musique. Pour Les Solidarités mystérieuses, il s'est imprégné du dernier Nocturne de Chopin, le Nocturne N° 21 en Do mineur. Je crois que cette pièce figure dans la bande originale du film Villa Amalia. Après la lecture par l'auteur de ces deux passages du livre, il nous a ainsi fait écouter ce Nocturne de Chopin.



Sont venues ensuite les questions des participants à cette rencontre (la salle était d'ailleurs presque pleine).

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Question : Pourquoi, alors que la lecture est un moment fondamental pour toi [c'est l'un des frères de Quignard qui parle], Claire [l'héroïne des Solidarités mystérieuses] ne lit-elle pas ?

Pascal Quignard : Lorsque j'avais 20, 30 ou 40 ans, j'avais un énorme besoin de lire et de partager les expériences d'écrivains. Les lieux étaient moins importants que les livres. Puis, en vieillissant, la nature est devenue plus importante que les livres. La contemplation est devenue plus essentielle que la lecture.



Quels sont les écrivains les plus proches de vous ?

Marguerite Duras, Annie Ernaux, Pierre Michon...



En tant que mélomane, connaissez-vous et que pensez-vous de Brian Wilson (leader des Beach Boys) ?

Je ne connais pas Brian Wilson. En effet, mes goûts vont plus vers la musique classique et notamment contemporaine avec des artistes comme Suzanne Giraud par exemple.



Pourquoi écoutez-vous de la musique quand vous écrivez ?

Je n'écoute pas de musique quand j'écris mais quand je fais le plan d'une œuvre. Jacques Derrida et Claude Lévi-Strauss écrivaient en musique mais pas moi. Il me faut le silence pour rêver.



Avez-vous besoin de beaucoup de solitude et doit-on quitter la vie sociale pour s'épanouir ?

Selon moi, pour s'accomplir, il faut s'associer mais pour se retrouver, il faut se retirer, s'isoler pour retrouver sa première vie. La lecture est d'ailleurs pour moi le contraire de la solitude.



Quel est le rôle de la société ?

Les premières sociétés étaient des sociétés de chasseurs. Et la première spécialisation fut celle de fou, de chamane. Mais j'ai des doutes sur ce qu'est la société. Elle est faite de hiérarchie, qui a conduit notamment à l'horreur du XXe siècle.


Peut-on, selon vous, établir une classification psychologique selon le type de fratrie (fils unique, un ou plusieurs frères ou sœurs...) ?

Nous n'avons qu'une famille et nous n'en sommes jamais contents. Il existe un mythe en sanscrit dont l'histoire est celle d'une femme qui doit choisir de conserver soit son frère, son fils ou son mari. Elle choisit de conserver son frère car on ne peut pas en faire un autre. On peut, en effet, avoir un autre fils et un autre mari mais pas un autre frère. En ce qui concerne la vie de famille, j'avoue que le rôle de père est très difficile.



Avez-vous un rituel d'écriture ?

Je me lève tôt et je me couche tôt.



Faut-il forcer les enfants à lire ?

Selon moi, il ne faut pas faire preuve de ruse pour faire lire un enfant car ouvrir un livre et l'approfondir peut être un plaisir mais aussi un péril. Il faut être en bonne santé pour pouvoir lire. Un des signes d'ailleurs de la dépression est l'impossibilité de lire par manque de concentration. J'ai, en effet, fait plusieurs dépressions dans ma vie.



La mort et l'amour dans votre œuvre sont-ils en lien avec le mythe d'Orphée ?

Dans Tous les matins du monde, le rappel de la mort se fait par la musique. La musique éloigne les morts. La musique nous rappelle la voix de notre mère quand on était dans son ventre. La musique renvoie à un monde perdu.



Quel est votre rapport à l'écriture ?

Je n'ai pas toujours écrit mais j'ai besoin de lire pour vivre. La lecture c'est suivre le fil, filo relecto en latin. J'écris au fil de la relecture.



Pourquoi le monde japonais vous attire-t-il autant ?

Dans onze mois, je vais en Sibérie. Le chamanisme sibérien s'est déplacé en Corée, au Japon et en Amérique du Nord, tel un fil. J'ai aussi lu toutes les sagas islandaises. A vrai dire, j'aime le monde japonais sans raison.



J'ai fait un lapsus en disant « ce soir, je vais voir Patrick Modiano » au lieu de Pascal Quignard... Existe-t-il un pont entre Modiano et Quignard ?

Peut-être que moi et Modiano avons en commun l'art de la paix ou l'ombre d'une guerre avec cette ville du Havre détruite par la Seconde Guerre mondiale puis reconstruite.



Dans Tous les matins du monde, peut-on vous identifier à Monsieur de Sainte-Colombe ?

Moi et Sainte-Colombe avons tous les deux à un moment donné de notre vie voulu quitter Versailles pour Sainte-Colombe et Paris pour moi.



Quel est selon vous le statut du roman ? Pourquoi n'avez-vous pas écrit des contes, traités ou poèmes ?

J'aime perdre pied. Les romans sont comme des rêves. Je suis étonné du peu de contes écrits par les auteurs.



Comment faites-vous le tri entre ce qui doit être joué, écrit ou tourné ?

Les moines taoïstes ne doivent pas laisser de traces pour éprouver plus intensément...



Qu'évoque pour vous la problématique dépressive ?

La dépression c'est une énergie à vivre qui est affligeante, c'est un reflux. L'envie de vivre est, elle, un afflux.



Comment avez-vous vécu votre prix Goncourt en 2002 ?

C'était pour le premier tome du Dernier Royaume : Les Ombres Errantes. À vrai dire, ça m'est passé comme l'eau sur les ailes d'un canard.



J'ai vraiment apprécié cette rencontre avec Pascal Quignard. Sa voix est rauque, éraillée mais expressive (il fait de nombreux bruits de bouche quand il parle) et douce à la fois. C'est un être sensible, humain, calme mais un peu mélancolique. N'ayant vu que des films adaptés de ses romans, cela me donne envie de lire un de ses romans, bien que son œuvre ait l'air un peu trop austère et introspective à mon goût.

 

 

Simon C., AS Bib.

 

 

Pascal QUIGNARD sur LITTEXPRESS

 

 

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Article de Margaux sur Villa Amalia

 

 

 

 

 

 



article d'Elise sur Triomphe du temps











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Article de Lise sur Petits Traités

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pascal Quignard Medea

 

 

 

Compte-rendu de Clément sur Médéa (Ritournelles).

 

 

 

 

 


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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 07:00

Pierre Michon Les onze

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre MICHON,
Les Onze
Verdier, 2009
Folio, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec Les Onze, Pierre Michon reçoit, à l’âge de 64 ans, le grand prix de l’Académie Française en 2009.



Dans la nuit du 15 nivôse de l’an II, on commande à François-Elie Corentin, alors âgé de 63 ans, une fresque qu’il nommera Les Onze. Tableau monumental de plus de quatre mètres de large et plus haut qu’un homme debout, cette huile, exposée au Louvre, représente le Comité de salut public ou le Grand comité de l’an II : « Tu sais peindre les dieux et les héros, citoyen peintre ? C’est une assemblée de héros que nous te demandons. Peins-les comme des dieux ou des monstres, ou même comme des hommes, si le cœur t’en dit ». Corentin, dont on ne connaît que très peu de choses sur son apparence physique et présenté brièvement au début du livre, réalisera cette œuvre selon des clauses artistiques et politiques tenues secrètes. Après plus de quinze ans de travail, de gauche à droite sont alignés Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André.


Dans son ouvrage, Pierre Michon fait référence à la Révolution, à la Terreur ainsi qu’à de multiples peintres :

« Cette poignée de peintres qui ont été élus on ne sait pourquoi par les foules, ont bondi dans la légende quand les autres demeuraient sur le rivage, simplement peintres – et eux, ils sont plus que peintres, Giotto, Léonard, Rembrandt, Corentin, Goya, Vincent Van Gogh ».

Finalement, l’œuvre qu’il dépeint joue avec l’imagination : ses descriptions ressemblent à celles des tableaux du Caravage ou encore de Tiepolo, respectivement peintres italiens du XVIe et XVIIIe siècle. A la fois court et dense, ce roman mêle l’art et l’histoire qui confondent, ne font plus qu’un.



Imaginez le tableau…


C.M.

 

On peut également lire cet article sur le site de la Maison Française d'Oxford.

 

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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 07:00

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Milan KUNDERA
L’ignorance
Éditions Gallimard, 2003
Folio, 2005





 

 

 

 

 

 

 

La chute du Mur. La libération. L’heure du Grand Retour ?

 

 

 

La nostalgie.

Elle est la souffrance de l’ignorance. Ne pas pouvoir être témoin de l’avenir d’un pays qu’on a quitté, contre son gré, de tous ses vœux. Pour Irena vingt ans d’ignorance, mais combien de souffrance ?

Le pays d’accueil, la France, intègre dans ce statut d’émigré politique une dimension inaliénable, celle du désir de retour. Incarnée par Sylvie, cette France condescendante et fière de son aide aux exilés ne comprend pas, n’envisage pas qu’à l’heure des retrouvailles l’émigré puisse souhaiter se défiler. C’est le Grand Retour d’Ulysse dans son Ithaque, le lit de Pénélope… Comment peut-on s’en détourner ?

Irena le sent et nous l’explique : ce désir presque enfantin a disparu. Ils ne connaissent plus ce pays et ont perdu la douleur de l’absence. Elle s’est fondue dans l’ignorance, née du temps passé au loin.

Cependant l’image que la terre d’accueil a de l’émigré persiste, on attend d’eux qu’ils manifestent leur peine, qu’ils rentrent au pays et c’est le mépris et le désintérêt qui s’installent lorsqu’il faillit à son image de veuve éplorée. Cette représentation et la réalité s’ignorent l’une l’autre.

Poussés et presque convaincus par le tableau larmoyant qu’on agite sous leurs yeux, Irena et Josef partent tout de même pour leur Tchécoslovaquie, Mère entre toutes. Pourtant cette histoire leur est devenue étrangère. Une fois là-bas, ils ne rêvent que de leur chez-soi et pour Josef se matérialisent plusieurs fois sa maison danoise, et le sapin planté par sa femme, lui montrant le chemin de son retour.

Ce pays ne leur appartient plus. Irena, ayant quitté Prague dans la précipitation des premiers jours du communisme russe n’avait pu faire sa balade d’adieu. Et c’est un matin, 20 ans plus tard, qu’elle réalise qu’elle est en train de l’accomplir.

Ils sont passés de l’autre côté et c’est une autre nostalgie qui les habite.



L’ignorance.

Ce non-savoir se révèle double. Irena et Josef sont nostalgiques, et ceux restés au pays ignorent aussi ce que sont devenus leurs frères et filles… Mais au Retour ils ne veulent pas l’entendre. Les exilés pensaient qu’on s’intéresserait à leur sort, cependant l’habitude de l’oubli a pris le dessus et l’ignorance indifférente est devenue maîtresse. Ce passé hors des frontières mères est regardé comme illégitime, et ceux qui y sont restés le nient. Pour eux rien ne compte plus que le pays. Le reste a disparu de la carte, toute l’attention est tournée vers eux, ils n’en ont plus à donner. La vie ailleurs n’en était pas vraiment une…

Pour que les émigrés redeviennent tchèques à leurs yeux, ils leur demandent de s’amputer de vingt ans de leur vie. Leur pays d’accueil les renvoie chez eux et leur terre natale refuse leur nouvelle nature, trop étrangère… Tous doutent de leur véritable identité et attendent des preuves.

Lors de ce qui n’est finalement qu’une visite les Ulysse veulent savoir quel passé leur a échappé. Ils ne le sauront pas, car ce qu’ils n’ont voulu connaître leur sera caché et seuls les souvenirs communs feront l’objet de conversations, comme pour vérifier l’authenticité du revenant. C’est un jeu pour essayer de les faire remonter à leurs racines et contrôler leur volonté de se refondre dans leur pays. Ou non…


Alors qu’Irena et Josef se refusent à sacrifier ce qui est devenu leur vie, les autres restent indifférents à la souffrance qu’ils causent.

L’ignorance se retrouve partout entre eux, dans les moindres nœuds des liens qui les rapprochent, tout cela pour façonner une image de l’autre, ne gardant que ce qui fait de lui une parfaite représentation d’Ulysse ou de l’exilé. Elle est volontaire et inconsciente.




Le malentendu, l’amour et l’ignorance.

Amoureux dans sa jeunesse, Josef a montré à Milada la cruauté comme seul moyen de défense face à l’inconnu. Et les deux, ignorants de la force de caractère de la jeunesse, n’ont pas su apprécier la mort et la réalité, l’impact qu’ils avaient sur elle… Josef l’a sous-estimé et a poussé la jeune fille au suicide, tandis que cette dernière l’a surestimé et n’est pas morte, gelée dans sa beauté éternelle, pour n’avoir pas su surmonter la nostalgie qu’il y a dans l’amour, ce « Tu es loin et je ne sais pas ce que tu deviens. »

Entre Irena et Josef, c’est l’ignorance le déclencheur : il ne se souvient pas d’elle, elle l’idéalise, entouré de mystère… Elle n’a pour attirance que sa mémoire : le reste elle l’ignore, c’est le destin qui se dessine dans les retrouvailles, l’excitation de se croire maîtresse des ses décisions après deux compagnons presque imposés qui l’enchante. Une fois qu’elle apprend la vérité, tout s’effondre. Ne pas savoir a du bon, parfois…

En effet Josef ne vit que pour sa femme, décédée, elle est sa nouvelle terre et même si Irena aussi a vu son premier amour s’écrouler sous la maladie, tous les deux ne se comprennent pas. Ni l’exil ni le deuil ne les font se rapprocher, se soutenir. Ils ignorent leurs plaies respectives pour s’apitoyer sur les leurs.



Encore une fois chez Kundera l’amour n’est qu’un malentendu, fruit de l’ignorance de l’histoire et des pensées de l’autre.

Ainsi L’ignorance est-elle le récit d’une redécouverte. Celle de notre véritable appartenance.


Anne-Laure, 2e année Éd.-Lib.

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS

 

  Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

Article d'E. Maréchal sur Risibles amours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La Plaisanterie

 

 

 

 

 

Article d'Élodie sur La Plaisanterie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 Article de Marie sur La Vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La valse aux adoeux

 

 

Article de Roxane sur La Valse aux adieux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Milan Kundera L'insoutenable légèreté de l'être

 

 

 

Article d'Aloïs sur L'Insoutenable légèreté de l'être.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La Lenteur

 

 

 

 

Article de Margaux sur La Lenteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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