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6 septembre 2013 5 06 /09 /septembre /2013 07:00

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MORI Kaoru
森薫
Victorian Romance Emma, tome 1
Titre original
Emma
エマ
traduction
Yohan Leclerc
édité au Japon
par le magazine Comic Beam
éd. Enterbrain
en France par Ki-oon, 2012

 

 

 

 

 

L’auteur

 

Mori-Kaoru.pngKaoru Mori  est née le 18 septembre 1978. En  1997, elle commence à publier, sous le pseudonyme de Fumio Agata, des dōjinshi ayant notamment déjà pour thème central les domestiques. C'est à cette époque qu'elle crée Shirley, série de quelques chapitres nous invitant à suivre le quotidien d'une domestique de 13 ans.

Par la suite, elle est repérée par Enterbrain et entame en 2002 Emma, son premier manga en tant que professionnelle.

En février 2003, en même temps que la sortie du volume 2 d'Emma, Enterbrain décide de sortir un recueil regroupant une sélection des meilleurs titres de la mangaka à l'époque où elle faisait dans le dōjinshi. On y retrouve notamment les chapitres sur Shirley qui donne son nom au one-shot. Shirley est également disponible en France, aux éditions Kurokawa.

En 2004, Kaoru Mori travaille sur Violet Blossoms (Sumire no Hana), une histoire courte scénarisée par Satoshi Fukushima (auteur du manga Shōnen Shōjo).

En 2006, la mangaka réalise deux nouveaux chapitres de Shirley pour un numéro spécial de Comic Beam.

Après la fin d'Emma en mars 2008, Kaoru Mori prend une pause de quelques mois puis entame, en novembre de la même année, une nouvelle série très prometteuse : Otoyomegatari, une série nous emmenant sur la route de la soie au dix-neuvième siècle.
 
Débutant en 2002, Emma marque les débuts de Kaoru Mori. Pour les lecteurs de Bride Stories, il sera difficile de ne pas remarquer un trait beaucoup plus simple et surtout des décors nettement moins fouillés. Cependant, on aurait tort de prendre Emma pour du « sous Bride Stories ». Si tout y est certes plus simple, scénario comme dessins, la série possède sans nul doute un charme certain. Kaoru Mori fut récompensée cette année à Angoulême pour son autre série actuelle : Bride Stories. Une auteure qui sait surprendre avec sa légèreté et son élégance subtile.

Les mangas ont également été traduits en anglais, espagnol, italien, allemand, suédois et coréen.

 

Résumé

Angleterre, fin du XIXème siècle.

Cette époque bien connue sous le nom de victorienne marque le point culminant de l’Empire britannique. La capitale, Londres, représente la quintessence de cette ère et brasse une fortune et une diversité sans précédents. Mais les différentes classes de cette société ne se mélangent pas et au mieux s’ignorent, voire s’entrechoquent. Alors que les familles aisées nées du commerce et de l’industrie se font de plus en plus prospères, les archaïsmes sociaux sont devenus d’une rigidité à toute épreuve. Chacun se doit de préserver sa réputation et de bien rester à sa place.

Emma, une jeune fille sans famille ni toit, a été recueillie il y a des années par Kelly Stowner, ancienne gouvernante de la famille Jones, alors qu’elle se rapprochait de sa retraite. Emma est entrée à son service en tant que gouvernante et elle est devenue une aide précieuse alors que Madame Stwoner approche de ses vieux jours. Néanmoins, même si Madame Stwoner se prépare à rejoindre son mari dans l’au-delà, elle a un souci : qu’adviendra-t-il d’Emma lorsqu’elle sera partie ? La demoiselle est devenue une jeune femme très jolie, travailleuse et courageuse mais elle ne cesse d’éconduire tous les courtisans qui lui écrivent quotidiennement.

Jusqu’au jour où William Jones, le jeune homme dont Madame Stowner a été la gouvernante, décide sur un coup de tête de lui rendre visite. Dès que son regard croise celui d’Emma, c’est le coup de foudre… Et il se pourrait bien que ce dernier soit réciproque.


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Mais comment faire lorsque l’on est servante et que le jeune homme est issu d’une grande famille ? Dans cette époque codifiée où les classes sociales ne doivent jamais êtes mélangées, tout est bon pour que le destin mette des bâtons dans les roues de ce couple naissant… Cet amour sera-t-il impossible ?

On constate aussi déjà l’importance du contexte social. Dès les premières lignes, l’auteur nous parle de « hiérarchie sociale stricte », de « coutumes anciennes et vivaces », etc. Comment les deux protagonistes de l’histoire réussiront-ils à s’affranchir des règles pour vivre leur hypothétique amour ?

 

Personnages
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Emma est une domestique anglaise qui travaille  pour une gouvernante à la retraite, Kelly Stowner. Bien qu'elle se montre calme et réservée, son histoire d’amour avec William fera d’elle une femme passionnée, digne des grandes héroïnes de romans anglais, également sa force de caractère et son courage font d’elle un personnage attachant.
 
William Jones est un jeune gentilhomme de la haute société  qui tombe amoureux d'Emma dès leur première rencontre. En tant que fils d'un riche homme d'affaires, il subit la pression de sa famille pour se marier au sein de son milieu social.
 
Kelly Stowner est une gentille gouvernante  à la retraite qui a éduqué William Jones durant son enfance. Plus tard, elle a embauché Emma et élevé celle-ci pour qu'elle devienne sa domestique mais elle lui a enseigné la lecture et l'écriture.

Hakim Atawari est un Prince des Indes et un ami proche de William. Il tombe amoureux d'Emma, mais il décide de ne plus la poursuivre quand elle le rejette pour William. Il est constamment entouré de jeunes filles indiennes.

Richard Jones, le père de William, est un riche homme d'affaires de la Gentry Class. Il défend fermement la division des classes sociales et leurs coutumes. Il impose ces valeurs à ses propres enfants. Il s'oppose dur comme fer à la relation entre William et Emma.

Aurelia Jones, la mère de William, est également connue en tant que Mme Trollope. Elle est considérée comme « anti-sociale » parce qu'elle ne supporte pas d'assister aux soirées et de tenir ses fonctions au sein de la haute société. Pour des raisons de santé, elle s'est installée seule à la campagne sur les conseils de son mari. À part son fils aîné William, Richard et Aurelia ont deux jeunes fils, Arthur et Colin, ainsi que deux filles, Grace et Vivian. Leurs enfants sont également opposés à l'amour entre William et Emma.

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Les différents thèmes abordés

Différences entre classes sociales

Voici le thème principal du récit, celui de l’amour impossible entre deux jeunes gens venant de mondes trop différents. Évidemment ce thème fut amplement utilisé dans les récits ; ici l’auteur cherche non pas à montrer cette difficulté comme une injustice mais davantage comme un fait classique de son époque. Tout au long du manga on constate les différences importantes entre les classes sociales et les nombreuses épreuves que connaîtra l’héroïne.
 
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L’époque victorienne

C’est un manga que l’on pourrait définir comme historique. En effet ici l’auteur présente un monde qu’elle se plaît à définir avec précision ; on voit le travail important dans l’étude de cette période romantique.

 
L’amour romantique et les références à de nombreux ouvrages anglais

On voit également l’influence des nombreux grands romans anglais, entre Orgueil et Préjugés de Jane Austen puis Nord et Sud d’Elizabeth Gaskell. L’histoire d’amour et l’importance de la ville, de la nature dans ce manga montrent de nombreuses références aux romans anglais romantiques.

 Mori Kaoru Emma 05

Mon avis

Emma est une belle découverte. Cette histoire d’amour impossible est aussi un moyen d’arriver à une description qui se veut fidèle d’une époque et d’une société. La légèreté et l’humour sont également présents. Les dessins de Kaoru Mori portent en eux un potentiel évident qui s’exprime davantage dans Bride Stories. L’auteur nous intéresse avec grâce et sincérité à des personnages parfois naïfs mais terriblement humains. Dès les premières pages, le lecteur est propulsé dans une autre époque et force est de constater la finesse et l’élégance d’un trait précis.

 

Léa MASME, 2ème année édition/librairie 2012-2013

 

 

 


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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 07:00

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ASHIHARA Hinako
芦原 妃名子
Piece

彼女の記憶

Piece – Kanojo no Kioku
Première parution
Shōgakukan (Japon) : 2008
Kana (France) : 2012
Série en cours








Biographie

Ashihara Hinako est une mangaka japonaise, née à Hyogo le 15 janvier d’une année inconnue. En 1994, elle entame sa carrière en publiant Sono Hanashi Okotowari dans le magazine Betsumico (diminutif de Bessatsu Shōjō Comics).

Elle est lauréate du Shogakukan Manga Award pour la série intitulée Le Sablier, parue au Japon en 2003 (version originale : Sunadokei) ; c’est une récompense importante dans ce domaine. On peut observer que son genre de prédilection est principalement le shōjō.

Parue en 2012, Piece est sa seconde série publiée chez Kana et compte à ce jour cinq tomes disponibles en France.

Remarque : Tendance habituelle chez les mangaka, le lecteur ne détient que peu d’informations sur la vie privée d’Ashihara Hinako. La discrétion coutumière des auteurs apparaît comme une manière de mettre en lumière l’œuvre, et uniquement celle-ci.

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L’histoire

Haruka, 19 ans, décède prématurément suite à un cancer. Les funérailles sont l'occasion pour ses anciens camarades de lycée de se retrouver. C’était une élève discrète, peu populaire et son enterrement ne suscite pas une intense émotion auprès de ses anciens condisciples. Parmi eux figure l'héroïne, Mizuho, qui garde de la défunte l'image d'une personne effacée et très peu entourée...  Mais ce souvenir reflète-t-il la réalité ?
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Durant la cérémonie, la mère de Haruka en profite pour partager un fait important avec Mizuho : sa fille a eu recours à un avortement, et l'identité du père reste inconnue. Cette révélation va amener Mizuho à lever le voile sur l'existence mystérieuse de son ancienne camarade, sans s'apercevoir que son passé est lié au sien, bien plus qu'elle ne le croit...

Pour raconter son histoire, l'auteure a fait le choix d'une construction narrative assez inhabituelle pour un shōjō, privilégiant le procédé du flash-back. Les personnages ne sont déjà plus au lycée, et deux histoires se font alors écho : le passé et le présent, avec comme noyau commun l'enquête sur Haruka, et le récit de la relation insaisissable entre Mizuho et Narumi, un garçon dont le comportement est aussi imprévisible qu'instable.


Ashihara Hinako Piece 03Narumi et Mizuho

 

Piece ne relève pas d'une simple histoire d'amour, comme on pourrait l'attendre d'un shōjō traditionnel, où la passion amoureuse est l'objet principal du récit. Au contraire, il n'est pas question ici d'effusion de sentiments de la part de l'héroïne : Mizuho détonne par sa maturité, son caractère froid et cette distance qu'elle met entre elle et les autres. L'auteur donne de la profondeur à son histoire et à ses personnages, en leur conférant une psychologie complexe, proche de la vie réelle.



Le dessin
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Au niveau du graphisme, on peut noter la sobriété du trait et des fonds. La mangaka concentre son travail sur le dessin des personnages, avec des arrières-plans et des paysages assez épurés. Les sentiments des personnages sont d'autant plus soulignés, dans la mesure où Ashihara Hinako privilégie les plans sur les visages.

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L'auteure adopte un style simple en apparence, mais où chaque élément a son importance. Piece s'inscrit dans le shōjō par son graphisme plutôt rond et doux, avec une tendance à agrandir les yeux des personnages.
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À propos de la couverture, on peut faire une mention spéciale : l'aspect épuré du fond noir, mettant en valeur un personnage par volume, contraste avec le reste de la production des shōjō existants, où souvent les couleurs foisonnent.


Ce fond noir, sans éléments complémentaires qui viendraient « alourdir » la couverture, reflète bien l'atmosphère mystérieuse et le caractère dramatique de l'histoire. Les morceaux de puzzle éparpillés ont une signification symbolique : rassembler un à un les indices pour reconstituer l'ensemble. Pour l'héroïne, cela signifie découvrir les mystères qui entourent Haruka, et pour le lecteur, il s'agit de retracer le passé de chacun des personnages, au travers des fragments de souvenirs.



Avis

L’œuvre d’Ashihara Hinako se démarque des shōjō traditionnels, dans lesquels l’histoire est classique et implique une héroïne naïve qui veut connaître le grand amour. Certes, le lecteur retrouve la notion de romance, caractéristique souvent liée au genre, mais la singularité réside dans le fait de valoriser et de faire primer l’aspect enquête et découverte de l’histoire.

La psychologie des différents héros est approfondie et il est difficile pour le lecteur de prévoir les réactions des personnages et la suite des événements, tant le récit est riche en rebondissements.

Le déroulement de l'histoire peut en revanche sembler compliqué à suivre, vu que les flash-backs sont récurrents. Toutefois, la construction originale du récit permet de reconstituer le puzzle, pièce par pièce.

Cette série fut un véritable coup de cœur, tant sur le plan graphique qu’au niveau de l’histoire, et je le recommande vivement à tous les amateurs (et non-amateurs) du genre, qui souhaitent être surpris par l’originalité dont le shōjō peut (encore) faire preuve !


Caroline, 2ème année édition-librairie


Sources

 http://en.wikipedia.org/wiki/Hinako_Ashihara
 http://en.wikipedia.org/wiki/Piece_-_Kanojo_no_Kioku
 http://www.nautiljon.com/people/ashihara+hinako.html
 Manga-News : http://www.manga-news.com/index.php/manga/Piece/vol-5
 Baka-Update Manga : http://www.mangaupdates.com/series.html?id=24652

 

 

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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 07:00

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KIM Dong-hwa
La mal aimée
Traduction
Kette Amoruso
Casterman
Collection Écritures, 2008
Réédition 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kim Dong-Hwa est né à Séoul le 10 novembre 1950. Il commence sa carrière à l'âge de 25 ans en faisant des illustrations animalières principalement pour les enfants. La qualité de ses dessins lui permet de se faire connaître auprès de nombreuses maisons d'édition.

C'est aujourd’hui un manhwaga, manhwa étant le terme que l'on utilise pour parler de la bande dessinée coréenne. En Corée, il est considéré comme l'un des auteurs les plus talentueux de sa génération et le créateur d'une BD adulte notamment grâce aux thèmes qu'il aborde.

En France, il s'est fait connaître avec La Bicyclette rouge publiée en 2005 chez Paquet. Cet ouvrage a reçu le Grand Prix de la critique de l'ABCD.

Mais c'est avec Histoire couleur terre, que l'auteur acquiert une grande renommée.



Quelques mots sur la collection

La collection Écritures a la particularité d'accueillir des auteurs du monde entier ayant des qualités narratives originales. Elle fait connaître de nouveaux créateurs talentueux et publie des traductions d’œuvres étrangères qui se distinguent par leur forme, leur style d'écriture...

Cette collection de l'éditeur Casterman met en avant des bandes dessinées en noir et blanc dans un format novateur.

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Présentation de l’œuvre

La mal aimée n'est pas une série, maisun one shot comprenant plusieurs histoires courtes. Ce concept s'oppose à celui des séries à plusieurs tomes, bien connues dans les mangas.

Ce recueil est divisé en onze histoires courtes. Elles sont de véritables hymnes à l'amour, à la nature et surtout à la femme. L'auteur présente la vie de femmes dans la Corée traditionnelle d'autrefois principalement caractérisée par un ancrage dans le confucianisme.

Il met en avant les paysages somptueux, les arbres en fleurs, la douceur des saisons et les maisons traditionnelles.

Les thèmes récurrents chez Kim Dong-Hwa se retrouvent dans ce recueil. Il fait allusion à la naissance de la sexualité chez l'enfant, aux premiers sentiments amoureux, à la célébration de la féminité et aux traditions bien marquées. Par exemple, au chapitre 1, « Chagrin d'enfance », il met en scène un enfant qui entre tout juste dans l'adolescence et tombe sous le charme d'une femme alors qu'elle s’apprête à se marier. Il nous montre tout le cheminement de sa pensée : ce garçon s'imagine déjà père et devant assumer des responsabilités.

Au chapitre 11, l'auteur met en scène un jeune couple. L'homme promet un jour à sa femme de lui acheter des chaussures brodées en rentrant du marché le lendemain pour lui prouver combien il l'aime. Alors qu'il tarde à rentrer et que sa femme l'attend, trois hommes viennent annoncer à la jeune femme la mort de son mari, une bande de brigands l'a tué. Ils lui remettent alors la paire de chaussures qu'il serrait fort dans ses mains.

Elle est plongée dans un grand désespoir et pour couronner le tout, ses parents lui annoncent qu'elle doit quitter sa maison et se remarier pour ne pas rester seule et veuve. Désemparée, elle part se suicider avec aux pieds, les chaussures brodées de son mari.

En effet, certaines histoires sont légères, douces et gaies alors que d'autres, en opposition, sont tragiques.

À travers ses récits l'auteur met en avant la complexité des sentiments, tout en montrant la beauté de la fidélité et de l'amour entre les personnages. Il n'utilise comme personnages principaux que des femmes à l'exception d'un chapitre. Ce sont des femmes mariées, célibataires,veuves, jeunes ou moins jeunes.



Pour ne pas déroger à la règle de la collection, La mal-aimée est entièrement en noir et blanc. Les illustrations sont épurées et délicates. Dans cette œuvre rien n'est laissé au hasard. On peut ressentir toutes les émotions et les sensations telles que le vent avec les feuilles qui volent et le soleil qui brille.

On retrouve dans l'expression des personnages des éléments propres aux mangas comme par exemple les codes graphiques lorsque les personnages se mettent à crier mais ce manwha se distingue assez bien des mangas « traditionnels ». Les paysages sont de véritables tableaux artistiques, ils prennent souvent une double page. Cette façon de mettre en avant le décor permet à l'auteur de nous plonger dans le récit et dans la beauté des lieux. Les tracés sont toujours délicats et fins.

L'auteur nous présente une Corée ancienne avec ses nombreuses traditions et coutumes très ancrées dans la vie des Coréens. C'est un véritable hommage à son pays que l'auteur rend ici à travers la nature mais également les expressions qu'il utilise et qui sont expliquées sous la vignette. Par exemple lorsqu'un personnage dessine sur un pan de vêtement des canards mandarins, la note nous explique qu'en Corée ces canards symbolisent le bonheur conjugal et que le caractère sur le fond signifie « mariage ».

On remarque également que les fleurs sont omniprésentes dans les récits qui portent leurs noms. Des chapitres comme « les balsamines », « les iris », « le pissenlit », « l'alcool de fleurs », « les roses sauvages » font un éloge de ces fleurs tout en mettant en scène une histoire à travers des personnages.

Kim-dong-hwa-la-mal-aimee-01.jpg

Mais alors pourquoi ce titre : La mal aimée ?

L'auteur explique en introduction que ce terme n'a pas une connotation forcément négative. En effet, lorsqu'il était petit il appelait la mal-aimée cette jeune fille qu'il dessinait et qu'il trouvait si belle : « Autrefois, cette expression désignait aussi bien l'objet de notre amour que son contraire ». L'auteur a écrit ce recueil en pensant à toutes les « mal-aimées » qui ont croisé son enfance.



Mon avis

Je ne pensais pas au premier abord apprécier la lecture de ce recueil car je préfère les histoires longues. Mais j'ai été agréablement surprise car ce recueil met en avant tous les sentiments humains, je me suis donc laissé porter par les différents récits. J'ai beaucoup aimé même si j'étais un peu frustrée que certains histoires ne se poursuivent pas.

Les images sont douces et belles, et nous montrent toute la beauté d'une Corée en fleurs.



Lydie, 2ème année Bibliothèques

 

 

 


Kim Dong-HWA sur LITTEXPRESS

 




Article de Pauline sur Histoire couleur terre

 

 

 

 

 

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Article de Lory sur La Bicyclette rouge.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 07:00

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Fréderic BOILET
& Benoît PEETERS
Tôkyô est mon jardin
Avec l’aide de Jiro TANIGUCHI
Casterman, 2003
Ego comme x, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Frédéric Boilet

 

Boilet.JPGFrédéric Boilet est né le 16 janvier 1960 à Épinal.

Diplômé des Beaux-Arts de Nancy en 1983, il publie son premier album, La Nuit des Archées, cette même année. Quatre ans plus tard, avec Le Rayon vert, Boilet adopte une nouvelle méthode de travail, que l'on retrouvera dans beaucoup de ses albums : il dessine à partir de photos ou de vidéos.

Il est important de noter que Fréderic Boilet est le premier lauréat à la fois de la bourse annuelle de manga Kôdansha en 1993 et de la Villa Kujôyama en 1994. En 1997, il s'installe au Japon et passe du statut de touriste à celui d'habitant. Il fait la rencontre de Kaoru Sekizumi, de qui il tombe amoureux, et qui inspirera notre personnage féminin principal Kimié. En 2011, il organise l’Événement Nouvelle Manga à Tokyo à l'occasion de la sortie de L'Épinard de Yukiko, qui sera traduit en neuf langues.

Au Japon, les écrits de Boilet, ses illustrations, ses articles, paraissent dans la presse à grand tirage – c'est le cas de Asahi Shimbun tiré à 8 millions d'exemplaires. En France, ils seront rassemblés dans les ouvrages L'Apprenti Japonais et Elles.

Dans les années qui suivent, Boilet prend de l'importance dans le monde du (ou plutôt de la) manga, proposant des adaptations en français d’œuvres japonaises, et en japonais d’œuvres françaises. Entre 2004 et 2008, il crée les collections Sakka et Sakka Auteurs chez Casterman, proposant pour la première fois en France les œuvres de certains des meilleurs auteurs de la BD japonaise (on peut citer  Kiriko Nananan, ou encore Kyôko Okazi).

Depuis 2008 , il vit dans les Vosges où, en 2012, il a  pris la direction de l’Imagerie d’Épinal, une collection de L’Atelier des Vosges.



L'Histoire

Dans Love Hotel, David Martin part en voyage au Japon et se familiarise avec une nouvelle culture. Dans cet album, on retrouve David bien intégré à cette société nippone, un jeune homme mûri par l'expérience. Il connaît les kanjis par cœur, mieux même que certains Japonais, il manie bien la langue, et vit avec sa petite amie... David est devenu représentant d'une marque de Cognac française, Heurault.

Depuis deux ans qu'il s'est installé au Japon, il n'a pourtant vendu aucune bouteille, trop occupé à s'immerger tout entier dans la culture orientale, à sortir en boîte de nuit et à travailler au marché aux poissons pour se faire un peu d'argent.


Mais dès le début de l'album, les choses tournent mal pour David ! Entre ses nouvelles lunettes qui selon ses amis ne lui vont pas du tout, sa petite amie qui le quitte exaspérée par la puanteur de ses bottes du marché aux poissons et par ses appels à l'étranger, il ne manquait plus que la cerise sur le gâteau... son patron arrive dans quelque jours au Japon pour évaluer son travail !

Sur les conseils d'amis, David va tenter de proposer gratuitement certaines de ses bouteilles lors de diverses soirées, il en oubliera d'ailleurs une dans le métro ! Lors de l'une de ces soirées, il fait la connaissance de Kimié, de qui il va se rapprocher avant de tomber amoureux, et qui remettra un peu d'ordre dans sa vie... En attendant l'arrivée de M. Heurault !



Les thématiques abordées dans l'album

Non pas un choc mais un rapprochement des cultures.
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La rupture de David et sa copine est l’excuse pour nous faire errer avec lui et découvrir les rues de Tokyo, un pays et ses mœurs.

Frédéric Boilet nous plonge dans la vie japonaise de la manière la plus simple, la plus quotidienne, en détournant les stéréotypes, en les abordant avec humour, pour que finalement nous nous rendions compte, comme le dit David que  « les Japonais sont en tous points pareils à nous: c’est leur façon d'être identiques qui change ». La mise en parallèle avec une autre culture est décrite à l’aide de références sur des mœurs du quotidien, des habitudes alimentaires ou encore sur des aspects commerciaux exportables de la culture.
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On peut lister un incroyable défilé de stéréotypes et cela commence dès la quatrième page, lorsque la copine de David le quitte disant « Moi qui croyais que les Français étaient comme Le Grand Bleu ». Réfugié au bar, David s’entend dire par les Japonais qu’il ressemble à « Alain Delon » et à beaucoup d'autres :les Japonais ne sont pas totalement fermés à la culture française.

Sur les habitudes culinaires, on peut noter ce dialogue amusant où David dit à Kimié :  « En France, une fille peut facilement savoir si un garçon est vraiment amoureux d’elle : s’il est amoureux, il va se lever le premier pour aller chercher les croissants » ce à quoi Kimié répond : « Si je devais manger des croissants tous les matins je deviendrais folle… Vous n’avez pas de la soupe Miso ou du poisson séché en France ? » L’opposition délicate de nos modes de vie arrache forcément un sourire à la lecture de cette scène.

Avec M. Heurault au Japon arrive aussi la comparaison des modes de vie dans le sens inverse cette fois. Et ce sont des petites choses qui marquent les esprits : des prix exorbitants comme l’entrée en boîte à 5500 yens soit 300 francs à l’époque, ces mêmes boîtes que les Japonais rejoignent dès la sortie du travail et qui du coup ferment à minuit, un fromage très particulier, les tremblements de terre, les Japonaises... 

Il est très intéressant de voir, au fur et à mesure que l’histoire avance, la culture japonaise se dévoiler, et de se rendre compte que derrières ces différences culturelles, nous sommes tous aussi curieux d’en apprendre plus sur une autre culture, de partager la nôtre, au-delà des barrières de la langue…

On peut conclure cette partie avec une belle citation qui rend hommage à notre culture : « Elle dit que c’est ça la France qui plaît aux Japonais. Ce n’est pas le TGV ou la Tour Eiffel, ils ont la même chose… c’est le cinéma, les droits de l’homme, le vin… » 
 


Des éléments autobiographiques ?

C’est une question que l’on peut se poser sur l’ouvrage. Inspiré d’une expérience vécue, de rencontres, de réelles photographies… Oui, mais l’histoire en elle-même est une chronique de la vie japonaise qui synthétise plutôt les ressentis de ce que Boilet a vécu au Japon !

Ceci dit, on trouve à un moment donné un clin d’œil à son travail : le héros, David, écrit un roman qui parle « d’un homme qui veut se libérer de ses entraves, il rompt avec ses attaches, son travail, les petites lâchetés qui l’entourent… Au début il croit que c’est le Japon qu’il veut comprendre, et peu à peu, il découvre que le Japon n’est qu’une façon pour lui de se retrouver. »

On peut le voir comme un aveu de Boilet. L'album tend à nous montrer entre autres que le voyage est formateur pour un individu, que c'est un réel apprentissage, une rencontre avec les autres mais aussi parfois avec soi-même.
 


Que devient une bouteille égarée à Tokyo ?
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La fameuse bouteille que David a oubliée dans le métro va finalement connaître une fin heureuse. En réalité, c’est même elle qui va le sauver et donner à l'histoire une fin plus « glorieuse » !

 

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Au début de chaque chapitre, on peut suivre sa progression. Elle passe de mains en mains avant d’arriver à un restaurant et de connaître son premier succès.

 

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Le fait de placer une petite vignette de cette bouteille à chaque chapitre nous donne comme un rythme, une impression de continuité, un fil conducteur, nous ne sommes pas perdus ! Elle finit en plus par revenir vers David : comme quoi, le monde est petit, même à Tokyo !


 

 

 

 Les particularités de l’album

L’album, avec sa superbe couverture colorée, est pourtant entièrement dessiné en noir et blanc, ce qui est l’une des spécialités de Fréderic Boilet.

Dans la préface, Dominique Noguez nous dit que « ça a l’air d’être une BD, mais ce n’en est pas une. C’est une œuvre insolite, un objet culturel non identifié ». Et on le ressent car, très vite, entre les images de Tokyo qui nous sont offertes et les dialogues pleins de sens et jamais inutiles, on se laisse porter et on ne sait plus si nous sommes dans une BD, dans un roman…  Noguez le décrit même comme une sorte de « roman avec des mots accompagnés de dessins ».
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Tous ses dessins sont inspirés du réel, dans le respect total des formes. Les traits sont appuyés plus particulièrement sur les visages des personnages, traduisant les émotions avec un réalisme impressionnant. J’ai remarqué qu’il n’y avait que peu de vues « panoramiques » ; les décors, lorsqu’ils sont détaillés, encadrent seulement les personnages, ou bien nous placent nous en situation de contemplation.  Il faut savoir aussi que pour réaliser cet album, Boilet a demandé à ses amis de prendre la pose pour des photographies, avec différentes expressions, qu’il a pu ensuite attribuer à ses personnages, d’où cette impression constante de réel.
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L’auteur dit qu’il a voulu reprendre l’idée du manga, sa fluidité. On en retrouve les influences de deux manières dans l’album : diminution du nombre de cases par page, ou bien utilisation de davantage de cases pour décrire une seule émotion. C’est particulièrement le cas lors des scènes érotiques – il y en en a à plusieurs reprises, elles sont toujours présentées sans pudeur, et n’ont rien de vulgaire ou de choquant. Ainsi il apporte quelque chose de nouveau dans la mise en page : la taille très variable et  l'agencement subtil des vignettes dans la page, qu’il considère comme un espace autonome.

Une autre particularité de l’album à signaler : la plupart des textes sont aussi écrits en japonais dans les vignettes. Un vrai régal pour ceux qui connaissent un minimum de japonais, et une incitation à la découvrir pour les autres !



Avis personnel

Tokyo est mon jardin m'a réconciliée avec la bande dessinée, j'ai pris plaisir à la lire, vignette par vignette, et j'en suis très heureuse. Fréderic Boilet est un auteur charmant, avec qui j'ai eu l'occasion de discuter, passionné par son travail, toujours prêt à le partager.

Si vous n'êtes pas déjà attiré par le Japon et sa culture, il sera difficile d'y résister après cette lecture, car on est immergé, en même temps que les personnages, on apprend en à leurs côtés, et lorsque l'on ferme la dernière page, on a tout simplement envie de vivre une telle expérience nous-même !

C'est donc un album que je conseille aux lecteurs de BD ou aux non-lecteurs comme moi qui pourront être agréablement surpris par le mélange des styles, aux amoureux du Japon et aux esprits aventuriers, finalement, à tous ceux qui prennent plaisir à faire un petit voyage littéraire !


Tiphaine, 2ème année Bibliothèques

 

 

Frédéric BOILET sur LITTEXPRESS

 

Frédéric Boilet L'Apprenti japonais 

 

 

 

 

Article de Mylène sur L'Apprenti Japonais

 

 

 

 

 

 

 

 


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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 07:00

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Frédéric BOILET
L’Apprenti Japonais
Les Impressions nouvelles, 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La biographie complète de Frédéric Boilet se trouve sur son site officiel :  http://www.boilet.net/fr/biographie.html

 

 

 

Ce livre se compose de quatre grands chapitres qui commencent tous par une interview de l'auteur.

Dans le premier, il explique en quoi son livre Tokyo est mon jardin est moins oppressant que Love Hotel. Il s’agit principalement de textes – notes brèves, extraits de correspondances, ébauches d’articles. Il nous explique que pour l'Apprenti Japonais, il s'inspire de son voyage à Tokyo durant un an, entre 1993 et 1994. Il explique que si son dessin a gagné en clarté, c'est parce que sa vie a changé, notamment durant cette année de voyage. C'est aussi ici qu'il rencontrera son « modèle » Kimié.

Dans ce chapitre, nous trouvons toutes sortes de notes, extraits de lettres/fax, de nombreux croquis et photos qui nous retracent certains souvenirs durant son expérience tokyoïte. Il nous explique par exemple dans une note du 6 avril 1993 les difficultés qu'il rencontre pour que l'on écrive son prénom correctement. Un dialogue de sourds commence puis à force de dessins il arrive à faire comprendre à son interlocuteur qu'il manque une lettre à son prénom. Difficile lorsque l'on vient à peine d'arriver dans un pays dont on ne maîtrise pas totalement la langue.

Nous pouvons trouver des notes plus ou moins longues ; nous n'avons pas toujours leur contexte, ce qui peut être déroutant. Parfois, nous trouvons une note constituée d'une phrase très concise qui marque un souvenir à un moment donné ; le reste importe peu. «  Vu Neko à la télé. Elle joue le rôle d'une geisha qui se fait peloter » (page 12).

Il arrive aussi à Frédéric Boilet de compléter ses notes écrites par des photographies, des croquis. Il nous montre un aspect du Japon et notamment de Tokyo que les Occidentaux ne connaissent pas forcément. Il nous parle par exemple d'un après-midi où il se promène dans le quartier de Shinjuku où il prend par mégarde une Japonaise en photo.
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On se trouve parfois confronté à des croquis réalisés sur des feuilles d'agenda avec quelque mots griffonnés ; ils sont souvent difficiles à déchiffrer mais montrent l'état d'esprit de l'auteur à un moment donné.

L'auteur nous présente une anecdote qui lui est arrivée le 2 juin 93 ; il nous explique ses déboire quand il remarque qu'il lui manque cinquante yens pour pouvoir prendre le métro. Cette anecdote montre à quel point les Japonais sont méfiants, ils ont besoin d'un grand nombre d'informations pour accorder leur confiance.

Il lui arrive aussi de trouver des Japonais sachant quelque mots de français qui en profitent pour les lui dire, par exemple madame Iwata qui tient une papeterie avec son mari. Ayant des notions de français, elle en profite pour parler avec Frédéric Boilet ; ses expressions faciales méritent des photos selon lui.

Il explique qu'il souhaite découvrir un Japon au jour le jour et qu'il évite donc d'aller à l'institut franco-japonais de Tokyo ; il souhaite découvrir le quotidien des Japonais ; il remplit donc son carnet de notes sur les événements survenus lors de ses journées.


Il s’amuse à donner des noms aux stations de métro avec les quelques kanji qu'il connaît, ce qui donne des résultats assez drôles : « Yushima : l'île de l'eau chaude, Asakusa : l'Herbe basse … » (page 42).

J'ai beaucoup apprécié le moment où l'auteur à la fin du premier chapitre dit qu'il n'a pas « fait » le Japon, alors que ses collègues disent qu'en trois semaines ils « font » un pays. Beaucoup de touristes disent après un voyage de plus ou moins longue durée qu'ils ont fait le Japon… ; cependant je trouve cette expression réellement irritante ; il est impossible pour une personne de « faire » un pays car même dans son propre pays on découvre chaque fois de nouvelles choses.



Chapitre 2

Ce chapitre se compose de textes et d'illustrations parus dans un bimensuel : Big Comic ; le chapitre commence par l'interview de Frédéric Boilet ; cette interview parle de ses sources d'inspiration et de ses relations intimes avec ses modèles. On trouve sur une cinquantaine de pages les treize articles et illustrations de « Prisonnier des Japonaises », parus en 1998 et 99 dans le bimensuel Big Comic.

« Je ne suis pas Américain » : cette chronique parle du fait que pour les Japonais les étrangers sont des Américains ; ils se font un plaisir de parler en anglais, malgré le fait que l'auteur leur dit en japonais qu'il est français. «  Inutile de lui dire que vous ne comprenez pas le louchébèm anglo-américain, il serait tout à fait perdu ». Cet extrait montre que la France est une « province » étatsunienne pour une majorité de Japonais influencés par l’importance du tourisme américain, et qu'ils se font un plaisir de parler en anglais après avoir suivi des cours du soir.

L'auteur aime parler des Japonaises, s'il le pouvait il parlerait d'elles dans toutes ses chroniques. Il explique à quel point elles sont « formidables ». Les deux inconvénients d'une Japonaise sont d’abord le fait qu'elles ont plusieurs petits amis à la fois – « un pour le ciné, un pour le restau, un pour la voiture, un pour le sexe. Dans ce cas, arrangez-vous pour être celui pour le sexe ».  Le second est qu'une fois que l'on a connu une Japonaise, il est difficile de tomber amoureux d'une Française. Dans cet extrait il montre qu'il accepte les petites excentricités des Japonaises. Il prend cela avec beaucoup d'humour et de dérision, ce qui fait sourire le lecteur qui peut ce mettre à la place des différents petits amis et éprouve alors de la compassion pour eux.

Abordant pour la première fois un des clichés sur le Japon, les Love Hotel, il nous en fait une description très précise. Il explique également les endroits ou l'on peut en trouver. Explique aussi que les Japonais aiment savoir où ils mettent les pieds et ont donc inventé différents types d'hôtels, les uns pour dormir, d'autres pour « dessoûler », pour se ressourcer et prendre une dose de Japon, et enfin les Love Hotel pour faire l'amour.

 
Il traite aussi de Santa Claus, explique la véritable histoire de ce personnage qui a été remplacé par sa « doublure » venue des USA. Il en vient donc à parler de ses propres souvenirs des fêtes de Noël dans la chronique suivante. Il traite aussi du fait qu'habitant dans le nord-est de la France il avait en décembre une double dose de cadeaux car il recevait ceux de saint Nicolas le 6 décembre et ceux de « Santa Cola » le 24 décembre. Des petits clins d’œil à ses souvenirs de Noël notamment avec le dernier paragraphe de l'article « Je ne suis pas saint Nicolas ! » . C'est grâce aux Américains qu'il a eu une double ration de cadeaux à Noël.



Chapitre 3

Le troisième chapitre propose, une sélection d’illustrations et textes extraits de l’Encyclopédie illustrée de la jeunesse, parue en 1999 dans le grand quotidien d’information Asahi Shimbun. «Voilà qu’un nouveau défi s’offre à moi: devenir "apprenti jeune Japonais".»

Dans ce chapitre, il traite de sujets plus connus en France. Notamment les informations concernant les télécommunications ; dans une chronique, l'auteur prend l'exemple d'une jeune Japonaise de 17 ans qui possède trois téléphones portables et qui se plaint de n'avoir aucun message depuis le matin. Cette chronique est illustrée par un dessin en noir et blanc montrant plusieurs personnes téléphone à la main, comme greffé à l'oreille.
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Il parle aussi des tenues des étudiantes, de leurs jupes qu’elles enroulent autour de leur taille pour les raccourcir. Dans un premier temps l'auteur se demande pourquoi les directeurs des lycées demandent à leur étudiantes de porter des jupes si courtes pour aller en cours. Finalement, il se rend compte que ce sont les étudiantes elles-même qui choisissent de les raccourcir. Or cette méthode comporte des risques ; quand elles montent les escaliers, elles doivent trouver des parades afin d'éviter que l'on regarde sous leur jupes. Ce geste est devenu si coutumier qu'elles le font même en redescendant les escaliers alors qu'il n'y a aucun risque.

« Un geste finalement gracieux, et très typique de la jeune Tokyoïte moderne qui porte désormais systématiquement un sac ou une main à ses fesses pour monter le moindre escalier, mais aussi, plus curieusement … pour les descendre ! » (p. 162).

« L'empire des doigts levés » traite du fait que les Japonaises aiment faire un V avec leurs doigts qui symbolise leur bonheur. C’est un des clichés les plus répandus dans le monde entier. Il n’est pas difficile de reconnaître des touristes japonais en France lorsqu’ils adoptent cette attitude.

Enfin le quatrième chapitre, baptisé « Le Monde vu du Japon », couvre la période 2003-2005. Il s’agit d’une sélection d’illustrations pour l’Asahi Shimbun sur des sujets d’actualité internationale ou japonaise. Elles sont accompagnées quand c’est nécessaire de commentaires inédits, pour les lecteurs français peu familiers du paysage médiatique, social, politique, ou tout simplement urbain du Japon.


Mylène, 2ème année Bibliothèques

 

 

 

 


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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 07:00

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Jean-Marie OMONT (scénario)
ZHAO Golo (dessinateur)
La balade de Yaya
Éditions Fei
Tome 1 paru en 2011
Intégrale 1er volume, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les auteurs

Yaya a vu le jour sous le crayon de Golo Zhao, dessinateur de la série. Né en 1984 et d’origine chinoise, cet artiste de 29 ans est encore peu reconnu en Europe. Il a obtenu le diplôme de l’Académie des Beaux-Arts de Guangzhou, et celui de l’Académie cinématographique de Beijing. Son début de carrière se caractérise par l’illustration dans des magazines et des bandes dessinées. C’est aussi un auteur de manhua (bandes dessinées chinoises) mais peu productif.

Golo Zhao s’associe en 2010 avec Jean-Marie Omont, réalisateur et scénariste français, pour le projet de La balade de Yaya. C’est pour s’évader qu’il commence à écrire des histoires et aller au cinéma, domaine qu’il étudie à Bordeaux. Pendant dix ans il travaille comme assistant réalisateur, et écrit aujourd’hui pour la télévision et la bande dessinée. En parallèle, il développe des projets pour le cinéma.

Golo Zhao et Jean-Marie Omont créent donc La balade de Yaya, bande dessinée qui paraît pour la première fois en janvier 2011 sur une idée de Patrick Marty. Il s’agit à la base d’une série de neuf volumes en petit format à l’italienne, qui a été éditée récemment en version intégrale. Cette dernière représente trois volumes de grand format dont le troisième et dernier est en cours de parution. Chaque volume reprend trois volets de la série initiale.

La balade de Yaya est publiée par les éditions Fei, créées en 2009 par une jeune Chinoise. Cette maison est reconnue pour faire découvrir aux lecteurs occidentaux les auteurs méconnus de bandes dessinées chinoises. Son but est principalement de faire collaborer Chinois et Occidentaux sur les projets pour favoriser une qualité d’adaptation et de traduction.

Le tome 1, La fugue, est lauréat 2012 des prix : LIivrentête de littérature de jeunesse, Bulles en Fureur, et Meilleur Album des Collégiens Samariens.



Le résumé

Le tome de La balade de Yaya que j’ai choisi d’analyser est le premier de la version intégrale, c’est-à-dire les trois premiers volets de la série initiale. Deux jeunes enfants se retrouvent perdus en Chine pendant la seconde guerre sino-japonaise (1937-1945), et n’ont comme arme que leur innocence. Yaya et Tuduo n’étaient pas destinés à se rencontrer puisque tandis que l’une est issue d’une famille bourgeoise de Shanghai, l’autre est un enfant des rues.

Au début de l’aventure, en 1937, Yaya s’enfuit de chez elle pour participer à un concours de piano, alors que les bombes s’abattent sur le pays et que ses parents projettent de partir se réfugier à Hong Kong. Elle finit par se perdre au milieu du désastre, seulement accompagnée par son oiseau Pipo, qu’elle seule peut entendre lorsqu’il parle. Semblable à Jiminy Cricket dans Pinocchio, il lui dicte la bonne conduite mais n’est pas toujours écouté. C’est grâce à lui que Tuduo, un enfant des rues qui passait justement par là, va la retrouver au milieu des décombres.

Avant que Tuduo, enfant acrobate, ne trouve Yaya, lui et son petit frère Xiao étaient prisonniers de Zhu, son jeune idiot de sous-fifre le dénommé « Sauce d’huître », et son vieux chien Whisky, bête et méchant. Ils étaient en train de fuir Zhu quand Tuduo s’est vu dans l’obligation de confier son petit frère à l’Église avant de se lancer sur la route de Hong Kong avec Yaya.  
 
Désormais associés, ils partent à la recherche des parents de Yaya qui ont fini par prendre la mer. Sur la route, ils vont se heurter à la cruauté du monde, en faisant de belles mais aussi de bien mauvaises rencontres, le tout dans une atmosphère de douce et parfois drôle innocence.



Des rencontres dans un univers sans pitié…

Le début de La balade de Yaya coïncide avec celui de la seconde guerre contre le Japon en 1937. Pour le contexte, cette guerre a commencé quelques mois avant que les Allemands attaquent la Pologne, fait qui marque le début de la Seconde Guerre mondiale. La Chine s’est alors fait envahir par l’armée impériale japonaise. C’est le 9 août 1967 exactement que Shanghai, ville de Yaya, se trouve prise dans de violents combats.

Au cours de ce premier album, les deux enfants font de bonnes et de mauvaises rencontres.

Certains adultes profitent de leur faiblesse. Tuduo en est la principale victime puisque, orphelin, il s’est trouvé sous l’emprise de Zhu, un gros bonhomme malfaisant qui l’oblige à travailler pour lui. Un soir, alors que Zhu lui annonce qu’il va désormais s’occuper de son petit frère Xiao, Tuduo décide de fuir. À Xiao : « On doit s’échapper maintenant. Sinon Zhu va te frapper comme moi, pour t’apprendre à travailler. ». Tuduo, a un grand cœur et beaucoup de courage, il protège ses proches de façon exemplaire. C’est ainsi qu’il se sépare de Xiao en le laissant entre les mains protectrices d’une Sœur. Mais Zhu et son sous-fifre restent sans cesse à ses trousses.

Yaya quant à elle, d’une grande naïveté, n’en fait qu’à sa tête et poursuit son rêve de pianiste coûte que coûte, malgré l’interdiction et la mise en garde de ses parents. Elle se trouve alors surprise par les bombardements et c’est Tuduo qui la sort d’affaire.

 « Sauce d’huître » l’associé de Zhu finira cependant par les retrouver et les ramener à Zhu qui les enferme. La fuite de Tuduo lui vaut alors une séance de fouet. Zhu à Tuduo :

 

« Tu m’as enlevé Xiao alors qu’il était sur le point de me rapporter de l’argent. Je devrais t‘enfermer à la cave pour te faire passer l‘envie de t’enfuir… mas j’ai besoin d’argent rapidement. Je me dis qu’avec cette guerre qui arrive, il doit bien y avoir un moyen d’en tirer profit ».

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Zhu mettra également fin à la vie de Fang Yin, la gouvernante des parents de Yaya, prévenue par Pipo pour qu’elle vienne les aider.

Plus tard, alors qu’ils ont réussi à grimper dans le camion d’un homme qui leur offre de les conduire vers Hong Kong, on se trouve confronté à un autre enfant souffrant le martyre après s’être fait exploser la jambe par une grenade. C’est grâce au conducteur qu’ils trouvent refuge quelques jours chez une paysanne où tout le monde est nourri et soigné.

D’aventure en aventure, les enfants sont confrontés à une dernière rencontre : un homme louant des barques. Yaya s’est enfuie toute seule une fois de plus, et donne naïvement des diamants (trouvés précédemment), à l’homme qui bien évidemment s’en prend violemment à elle pour lui voler son butin. Tuduo qui arrive à ce moment-là subit le même sort et ils se retrouvent à voguer sur le fleuve à bord de la barque, inconscients…

Les éditions Fei parlent de Yaya :

 

« Trop souvent, les enfants sont les premières victimes des conflits, et les plus durement frappés. Alors que les adultes s’ingénient à créer l’enfer sur terre, les enfants, eux, souffrent et personne, bien souvent, ne se soucie de leur point de vue ».

 

 

 

…couplées aux rêves et à l’imaginaire de deux jeunes enfants.

Malgré quelques images et un contexte durs, l’histoire est peinte dans une certaine légèreté car il y a un véritable contraste entre la douceur du dessin et la dureté du sujet. Le dessin de Golo Zhao est aquarellé, rond et coloré, non sans rappeler celui du célèbre Japonais Hayao Miyazaki.

totoro-miyazaki.jpgTotoro – Hayao Miyazaki

 

La grande douceur des traits apporte de la fraîcheur à l’histoire, et donne l’impression de lire la guerre à travers la naïveté des yeux d’enfants.
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Dans les premières planches, il y a toujours un contraste entre la robe jaune de Yaya et la grisaille des soldats en arrière-plan. De même pour sa naïveté et sa joie de vivre qui contrastent avec la violence qui l’entoure.

Durant tout ce premier album, on découvre la guerre sous ses aspects les plus sinistres mais jamais de façon triste car le dessin est doux et les personnages sont pleins de fraîcheur. Face à des événements tragiques, ils donnent une atmosphère naïve et facétieuse.

Tuduo et Yaya apprennent tout au long de l’histoire à grandir sans leurs parents, livrés à eux-mêmes et à leurs représentations du monde qui les entoure. On trouve souvent au début des dessins représentant les deux enfants, colorés et pleins de vie, qui rient et s’amusent, sur un fond de ville grise, détruite, fumante. Ils font ainsi la part belle au rêve et à l’imaginaire.

Certaines planches consacrées à Pipo, l’oiseau malin mais peureux, font sourire car il joue de malchance. Notamment lorsqu’ils se retrouvent tous hébergés chez une paysanne et que Pipo n’y trouve pas le repos car un homme rendu fou par la première guerre le poursuit pour lui couper la tête, comme il fait aux poules. Le sujet est traité avec humour mais il montre les ravages autres que matériels, que peut faire la guerre, par exemple lorsqu’il se fait courser par le chien Whisky de Zhu.



Mon avis

Je ne précise que maintenant qu’il s‘agit d’un album classé au rayon jeunesse dans les librairies, autour de 7-9 ans, parce que j’estime qu’il a également tout a fait sa place chez les adultes. Les dessins sont certes doux et colorés, le sujet n’en reste pas moins délicat et est aussi intéressant à lire avec l’œil plus critique d’un adulte. En fait, il convient à tout âge pourvu qu’on soit sensible au dessin poétique de Golo Zhao.

J’ai personnellement adoré me plonger dans ce premier tome très beau d’un point de vue esthétique. La frustration qu’on éprouve à la fin du premier tome, dévoré en vingt minutes, donne instantanément l’envie d’aller acheter le deuxième, et le troisième (qui ne sort que dans quelque temps). Même sur un sujet aussi dur, revoir le monde avec ses yeux d’enfant est très reposant.



Céline, AS Bib.

 

 

 


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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 07:00

Jiro Taniguchi Furari


 

 

 

 

 

 

TANIGUCHI Jirō
(谷口 ジロー)
Furari
(ふらり)
Traduction
Corinne Quentin
Casterman, 2012
(édition originale : 2011)


 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Jiro-_Taniguchi.jpgTaniguchi Jirō, né en 1947 au Japon, est l'un des mangakas les plus appréciés de la critique française. En 2003, son œuvre Quartier lointain est primée au festival d'Angoulême, ce qui est une première pour le manga en France. Bien que les bandes dessinées de Taniguchi relèvent sans conteste des codes graphiques et narratifs du manga, son trait et ses histoires se rapprochent par beaucoup d'aspects de la bande dessinée franco-belge, ce qui explique peut-être en partie son succès en France, auprès d'un public qui n'est pas nécessairement familier des mangas. Il confie lui-même que son travail a peut-être été plus influencé par des artistes occidentaux que japonais.

Une grande partie de la production de Taniguchi est disponible en France aux éditions Casterman, au sein de plusieurs collections, comme « Écritures » et « Univers d'auteur ». Cela met en avant les caractéristiques d'écriture de ses bandes dessinées plutôt que leur provenance géographique, ce qui est appréciable. En effet, les collections de bande dessinée de Casterman mêlent des œuvres provenant de différents pays et relevant de styles très divers. Les œuvres de ces collections ont tendance à être denses tout en se composant de peu de volumes, ce qui fait qu'elles relèvent peut-être plus de ce que l'on qualifie de roman graphique que de ce que l'on entend en France sous le terme générique de bande dessinée.

Le travail éditorial de Casterman peut être salué pour la cohérence de leur catalogue ainsi que le choix des titres qui y sont proposés. Tandis que le manga est encore souvent mal considéré par beaucoup en France, Casterman a su introduire des auteurs plus en marge qui auront su parler à des personnes qui n'étaient a priori pas des cibles évidentes pour le marché du manga en France. Mais c'est peut-être là aussi que se trouve la limite de Casterman ; ils semblent tracer une frontière entre des mangas grand public et des publications de qualité, ce qui peut rendre leur démarche un peu élitiste. En outre, le choix du sens de lecture français dans leurs œuvres peut laisser perplexe et même causer des problèmes, comme le mauvais sens de la fermeture des kimonos dans Furari. On peut également regretter l'absence de notes pour éclaircir certains points culturels. Néanmoins, leur catalogue vaut la peine d'être consulté et les grands formats sont fort appréciables.

Les œuvres de Taniguchi, dont une grande partie sont des one-shots, traitent de sujets du quotidien et la promenade y occupe une place non négligeable.  L'Homme qui marche,  Le Gourmet solitaire, ou encore Le Promeneur exploraient le thème de la marche, est c'est encore le cas dans Furari, manga paru en France l'année dernière. Taniguchi y retrace les promenades dans Edo d'un retraité qui mesure systématiquement les rues et les allées. Cet homme s'inspire de la figure de Tadataka Inō, ancien géomètre et cartographe ayant vécu au début du XIXème siècle, à qui l'on doit la première carte moderne du Japon. Taniguchi lui rend dans Furari un très bel hommage tout en nous permettant de pénétrer un peu dans l'univers de cette personnalité singulière.


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L'œuvre

Furari signifie « au gré du vent », ce qui résume parfaitement l'œuvre et l'état d'esprit de son protagoniste, qui se laisse porter là où ses pas le mènent. Ce manga se compose de quinze histoires qui ont chacune pour titre le nom de l'élément principal autour duquel gravite le chapitre. Chacune d'entre elles peut être lue comme un récit indépendant mais peut également être perçue comme une partie d'un cheminement que constitue l'ensemble du livre. Il s'agit aussi bien de petites balades que d'une longue promenade. Il n'y a rien d'anodin à ce que l'oeuvre commence au printemps, pour se terminer en hiver, retraçant ainsi un parcours qui s'étend sur un an. Taniguchi prend soin de représenter l'évolution des saisons à travers des éléments du paysage, comme les cerisiers en fleur du printemps, le ciel étoilé et les lucioles de l'été, ou encore les neiges hivernales. Le Japon présente la particularité de segmenter l'année en différentes traditions et festivals, ce qui est également dépeint dans Furari. Le promeneur boit du saké sous les cerisiers avec sa femme pour le Hanami, il va ramasser des coquillages et observe la lune depuis une barque en été. Des légendes du folklore japonais nous sont contées comme celle du lapin qui fait du mochi sur la lune, ce qui participe à l'élaboration d'une atmosphère japonaise. Cela n'a en rien une visée pittoresque, puisqu'il s'agit d'une œuvre originellement adressée à un public japonais. Ces détails contribuent au contraire à l'authenticité de cette représentation du Japon passé.

Taniguchi ne se contente cependant pas de dépeindre des événements récurrents dans la vie des Japonais, il tente d'en saisir l'essence tout en se servant de certains aspects pour créer une expérience singulière. Cela est particulièrement flagrant dans un passage qui prend place durant le Hanami. Le protagoniste, ivre, a l'impression d'entendre la voix du cerisier, puis, alors qu'il s'endort, il aperçoit tout ce que le cerisier a pu observer durant sa longue vie. Cela est mis en scène à travers des cases tout en largeur qui se suivent de manière régulière mais dont la hauteur varie selon ce qui est représenté. Ce type de découpage est très commode pour évoquer le passage du temps à un même endroit. De plus, ces cases très minces et étendues ne sont pas sans évoquer des plans panoramiques, ce qui met en avant le paysage qui s'offre à nos yeux. Cette expérience, entre le délire, la rêverie et la rencontre mystique nous invite avec poésie à prendre le temps d'observer ce que la nature a à nous offrir ainsi que le passage du temps, ce qui est peut-être l'un des messages que recouvre l'observation des cerisiers en fleur, phénomène à la fois éphémère et régulier. Le protagoniste ne s'est pas contenté de tomber ivre mort comme tous les autres hommes venus admirer les cerisiers, il est entré en communion avec la nature, à sa manière.

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L'idée de communiquer avec la nature et de ne faire qu'un avec elle est un motif récurrent dans Furari. Le promeneur ne se contente pas d'observer le cadre dans lequel il se promène de manière passive, il se fond en lui, et cela par un procédé en particulier. Ce n'est pas par hasard que plus la moitié des histoires portent le nom d'un animal. Le promeneur aime regarder les créatures qui peuplent la nature. Il observe le vol du milan, admire les oiseaux ou encore suit une nuée de libellules. Mais cela ne s'arrête pas là, le promeneur s'identifie à plusieurs reprises aux animaux qu'il observe. Dans « Le chat », il suit le parcours d'un chat à travers la ville. Tout est vu au ras du sol, les bruits sont intensifiés, grâce aux onomatopées beaucoup plus présentes que d'habitude, et le personnage peut voir beaucoup de détails qui lui échappaient en tant qu'humain, notamment depuis les toits. Cette petite escapade nous fait prendre conscience que le même endroit ne correspond pas du tout au même espace selon la façon dont on l'appréhende. Et peut-être avons-nous beaucoup à apprendre du regard qu'ont les animaux sur leur environnement. Cela est encore plus flagrant dans « Les fourmis ». Le protagoniste observe les fourmis puis il devient lui-même minuscule et de hautes herbes deviennent alors pour lui un univers immense. Ce changement de perspective lui permet de mettre au clair certaines pensées quant à son départ à venir et également de réfléchir à la vision qu'il a du monde et de sa place dans celui-ci. Que ce soit par rapport au chat ou aux fourmis, à chaque fois, le personnage a, dans une certaine mesure, un comportement similaire à celui de ces animaux. Dans « Le chat » il passe beaucoup de temps à dormir tandis que dans « Les fourmis », il dit lui-même qu'il se reconnaît dans la démarche régulière de la fourmi. Ainsi, ces changements de perspective n'ont pas qu'un intérêt esthétique ou divertissant, ils mènent à de véritables réflexions, à la fois sur le monde et sur l'homme. Néanmoins, Taniguchi ne se prive pas des parallèles avec le regard animal pour dessiner de très belles planches qui offrent une vision originale. La libellule est notamment l'occasion de montrer la ville vue du ciel et de jouer sur une vision kaléidescopique. Mais là encore, cela n'est pas vide de sens, et le personnage commente ce qui est perçu.



La voix du personnage principal est omniprésente dans le recueil, ce qui met bien en avant la présence d'un point de vue subjectif. Le marcheur commente sans cesse ce qu'il voit et guide ainsi le regard et la pensée du lecteur. Cela peut évoquer les récits de voyage du fait que les paroles du marcheur peuvent être perçues à la fois comme des commentaires et des réflexions. La déambulation qui a lieu ici est double, elle est à la fois physique et interne. Le personnage nous entraîne aussi bien dans les rues d'Edo que dans son esprit. Cela permet de tracer la progression qu'il effectue tout au long du récit. Au début, il se contente de mesurer la ville à travers ses pas, puis peu à peu il comprend de nouvelles choses et découvre de nouvelles méthodes qui le conduiront à quitter Edo à la fin du volume.

L'une des caractéristiques principales du protagoniste de cette histoire est qu'il est toujours ouvert à de nouvelles découvertes. Malgré la régularité de sa démarche, il n'hésite jamais à faire deFurari01.jpg nombreux détours, qui sont précisément ce qui lui permet de s'enrichir et de ne jamais faire la promenade projetée. Les imprévus lui permettent notamment de faire de nouvelles découvertes, comme la pluie qui lui fait remarquer comment une roue pourrait l'aider à mesurer les distances plus précisément que ses pas. Il n'hésite pas non plus à se laisser guider par une envie ou un détail qui attire son regard. Il suit les animaux mais également beaucoup de personnes dont il croise le chemin. Il rencontre des pêcheurs qui lui racontent comment une baleine est un jour venue se perdre au large de Shinagawa ou encore un peintre qui lui parle de l'importance de l'attente et lui permet de voir un très beau spectacle créé par les lucioles. Chaque rencontre est un enrichissement, à la fois parce qu’elle lui permet de découvrir des personnes intéressantes ayant un enseignement à lui transmettre mais aussi parce qu'il perçoit de nouvelles choses à travers le second regard qui lui est proposé. Le voyageur est toujours prêt à s'arrêter et à écouter ce que quelqu'un, qu'il s'agisse d'un être doué de parole ou non, peut avoir à lui offrir. À la fois attentif et curieux, il a la posture parfaite pour découvrir quelque chose. Dans « Les étoiles », il rencontre un poète avec qui il va discuter et partager un repas. Cette discussion enrichit aussi bien les deux interlocuteurs. Le marcheur offre le repas au poète sans hésitation, il a conscience de la difficulté que représente un voyage et une quête et sait que ce que le poète a à lui apporter ainsi qu'au Japon, vaut bien plus qu'un repas, ce qui est confirmé à la fin du récit, lorsque le poète révèle son nom, celui de l'un des auteurs de haïku les plus connus du Japon. Voir un endroit ne se réduit pas à l'observer mais signifie également aller à la rencontre de ceux qui l'habitent et cela, le marcheur l'a bien compris. Sa compagne, Eï, discrète mais omniprésente, l'aide à profiter des petits plaisirs du quotidien, comme un bon repas ou une promenade sur l'eau. Selon ce que l'on fait ou avec qui l'on est, la même action et le même lieu n'ont pas le même intérêt et la même signification et c'est bien pour cela que le marcheur n'est ici pas toujours solitaire.




La contemplation des lieux occupe néanmoins également une très grande place du récit. Les paysages ont une place prépondérante dans l'œuvre, si bien que l'on peut considérer qu'il s'agit presque d'un acteur à part entière du récit. Taniguchi n'hésite pas à employer des pages entières ou même des doubles pages pour faire honneur aux paysages, qui sont également souvent servis par des plans variés et originaux. De plus, le travail sur l'encrage et le tramage permettent de mettre en avant les détails des décors ainsi que la profondeur de champ. Ce traitement de l'image peut également évoquer les estampes japonaises par son rendu au niveau des pleins et des déliés ainsi que des tramages.


De nombreux plans s'attardent sur des éléments précis, comme des empreintes de pas d'éléphants ou le mouvements des fanions portés par le vent, tandis que d'autres nous mettent face à l'immensité du ciel ou des forêts. Ces changements de cadrage permanents permettent de renouveler sans cesse le rapport du lecteur au paysage et de lui en montrer différents aspects. En outre, cela permet de jouer sur le rythme de l'action du récit et celui de la narration. Le marcheur ne cesse de faire des détours, de marcher puis de s'arrêter pour observer quelque chose. Tout cela est parfaitement retranscrit par la plume de Taniguchi et le lecteur se retrouve lui aussi à varier le rythme de sa lecture. Furari n'est pas un manga qui se dévore, il est fait pour être savouré en prenant son temps. Bien que ce manga possède une action assez développée et riche, son intérêt principal ne se trouve pas là mais dans les émotions que les récits parviennent à véhiculer. Chaque détail a son importance, chaque bruissement de feuille, chaque murmure du vent mérite d'être observé. Et il semble bien que c'est là que se trouve la morale de Furari, si morale il y a : cette œuvre nous apprend à prendre le temps de profiter du monde qui nous entoure et par extension de la vie et de tous ses petits plaisirs et ses émerveillements.



Dans une interview, Taniguchi a dit cela :

 

« J’ai le sentiment que, parmi les actions quotidiennes des êtres humains, la marche est la plus naturelle. Et c’est aussi, je pense, une activité particulièrement importante, surtout quand elle n’a pas d’objectif précis. La promenade me semble devoir être une liberté. Ni objectif, ni limite de temps ne doivent l’entraver. J’ai l’impression que la course par exemple, ou le déplacement avec un appareil de locomotion, sont motivés par un but: pour faire quelque chose ou aller quelque part. Quand on marche, on est libre de son allure, de sa foulée. Je pense que, en raison de sa vitesse, la marche correspond au déplacement le plus naturel pour l’être humain. Mais la marche nécessite un état de disponibilité. Et puis il est également important de s’arrêter de temps en temps. En marchant lentement on peut découvrir des choses qui nous échappaient jusque-là. »

Cette idée se retrouve parfaitement dans Furari est y est illustrée d'une bien belle manière.


J.S., AS Éd-Lib

 

 

TANIGUCHI Jirō sur LITTEXPRESS

 

 

Taniguchi Jiro Un ciel radieux

 

 

 Article de Mathilde sur Un ciel radieux

 

 

 

 


 

 

 

Taniguchi Le Journal de mon pere couv

 

 

 

 

 Article d'Elsa sur Le Journal de mon père

 

 

 

 


 

taniguchi L HOMME QUI MARCHE

 

 

 

 

  Article de Delphine sur L'Homme qui marche.

 

 

 

 

 

Taniguchi le gourmet solitaire

 

 

 

 Article d'Anaïs, Morgane et Samantha sur Le Gourmet solitaire

(in La cuisine japonaise dans la littérature et les mangas).

 

 

 

 

 

taniguchi-quartier-lointain.gif

 


 

 

 

 

 

 

 

 

  les articles de Nathalie et de  Marion sur l'Orme du Caucase     

 

 

de Fanny et de BenoÎt sur Japon (Collectif).

Taniguchi Jiro un-zoo-en-hiver-zoo-en-hiver-

 

 

 Article de Pierre-Yann sur Un zoo en hiver.

 

 

 

 

 

 

  Jiro Taniguchi Furari

 

 

 

 

Article de Lauralie sur Furari.

 

 

 

 

 

 

 



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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 07:00

Jiro-Taniguchi-Furari.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TANIGUCHI Jirō

(谷口 ジロー)
Furari

(ふらり。 )
édition originale japonaise, 2011
traduction

Corinne Quentin

Casterman
collection « écritures », 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Présentation éditeur

« En japonais, Furari signifie « au gré du vent »... tout comme semblent se dérouler ces longues marches dans Edo, l'ancien Tokyo. Mais le promeneur, inspiré d'un personnage historique, ne laisse  pourtant rien au hasard. Géomètre et cartographe, il arpente la ville, mesurant les distances, comptant chacun de ses pas, afin de dresser la première carte moderne du Japon. Sensible à tous les détails qui forment le charme pittoresque d'Edo au début du XIXe siècle, Jiro Taniguchi nous propose de partager une nouvelle fois son goût pour les déambulationsenrichissantes. »

« Jirō Taniguchi est né en 1947 à Tottori. Il débute dans la bande dessinée en 1970 avec Un été desséché. De 1979 à 1989, il publie notamment, avec le scénariste Natsuo Sekikawa, les cinq volumes d'Au temps de Botchan. À partir de 1991, Jirō Taniguchi signe seul de nombreux albums, dont L'Homme qui marche, Le Journal de mon père, Un ciel radieux, et plus récemment Le Gourmet solitaire, Le Promeneur, en collaboration avec Masayuki Kusumi, et Un zoo en hiver. Le premier volume de Quartier lointain, qui a remporté lors du Festival d'Angoulême 2003 l'Alph'Art du meilleur scénario, a également reçu le prix Canal BD des librairies spécialisées. Une adaptation cinématographique de cette oeuvre est sortie en salles en 2010. Auteur très populaire en France, Jirō Taniguchi a été nommé chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres par le ministre de la Culture en juillet 2011. »


 

Furari

 

« Pas d'impatience. Prendre le temps qu'il faut.
Et avancer, toujours avancer. Si on marche, on arrive toujours. »

 

Furari propose les promenades solitaires d'un homme dans Edo. Lentes, méditatives, elles accordent une grande place à l'image et aux décors au détriment, du moins semble-t-il, du texte. Cette relation entre les deux peut cependant être nuancée si approfondie. Le présent texte se focalisera donc, non pas sur les thèmes ou le message du manga, mais sur sa narration, la façon dont les scènes sont présentées. Ainsi, comment texte et image s'harmonisent-ils en ce livre ? Y a-t-il prédominance de l'un des deux ? Car si l'image semble prépondérante, elle ne serait rien sans le texte... et inversement.

Taniguchi-Furari-pl-01.jpg

Une primauté de l'image ? Le paysage retranscrit

Jirō Taniguchi est reconnaissable à son trait, simple pour les personnages mais extrêmement détaillé pour les arrière-plans, les animaux ou les détails comme la pluie ou les petits objets. Il s'agit donc aussi des caractéristiques du dessin de Furari, qui mettent ainsi en valeur les personnages dans leur environnement. Son style reste celui du gekiga, avec des onomatopées sobres et réduites, des proportions réalistes, des cases rectangulaires aux bords non transgressés et une absence de signes graphiques propres à la bande dessinée tels que les lignes de mouvement ou de vitesse. Tout cela donne une impression de réalisme, de sobriété, et surtout de paix, en accord avec le thème de la promenade de l'ouvrage. Tout au long de Furari, le lecteur est invité à être actif, à s'immerger lui-même dans un monde de noir et de blanc aux sons seulement suggérés.

L'histoire n'en garde pas moins du dynamisme : les scènes de marche à pied ou d'observation, bien que lentes, n'ennuient pas le lecteur et sont développées avec art. Alternance des points de vue, focalisations d'une case sur des détails... Une seule planche est suffisante pour dépeindre le personnage sous toutes ses coutures et ce qui l'entoure de façon complète et détaillée.

Furari emporte donc le lecteur vers des paysages, des scènes urbaines dépeignant de façon vivante un Japon médiéval avec son architecture, ses vêtements, ses métiers... Pour cela, aucun texte n'est nécessaire. Ce désir de croquer les aspects de la vie de cette époque est une part importante du manga.

Il est à noter que la narration au travers des yeux du personnage principal est interrompue à plusieurs reprises ; le narrateur, qui croise au cours de ses sorties différents animaux, imagine ce qu'ils peuvent vivre. Le lecteur fait donc différentes promenades à la première personne, au ras du sol dans le cas d'une fourmi, sur les toits avec un chat, sous l'eau avec une tortue... Cela rompt la monotonie du texte, permet à Taniguchi Jirō de nous montrer ses capacités de dessin de paysages et crée des scènes rapides et dynamiques qui, avec peu de texte, emportent le lecteur dans des points de vue originaux.

De plus, il est tout à fait possible de saisir l'histoire générale du manga sans lire le texte, preuve que l'image se suffit à elle-même... du moins au début. En effet, si Furari commence sur les errances du personnage, ce dernier leur trouve à la fin un sens qui ne peut pas être exprimé par le simple dessin.

Taniguchi Furari 04

Le texte sublimant l'image : le voyage canalisé

La narration par le texte est dans Furari à l'image de l'évolution des promenades du héros : si, dans les premiers chapitres, il se laisse guider par ses pas, par les paysages – et donc ce qui l'entoure, le dessin –, il devient petit à petit maître de sa destinée et trouve une raison de vivre, à savoir mesurer la distance séparant Edo de Ezochi afin de pouvoir calculer la mesure d'un degré sur le méridien, comme le résume la réflexion du personnage principal, s'adressant à la tortue : « C'est quoi, la liberté ? On te dit de faire ce que tu veux, mais au fond tu n'as nulle part où aller ? » Ce qui n'était au départ qu'un passe-temps devient donc un moyen de parvenir à une fin et le texte est bien sûr nécessaire au lecteur pour pouvoir saisir les désirs du personnage.

 

« Heureusement, mes pas et mes mesures sont devenus plus fiables. J'ai pu calculer la distance entre Fukagawa-Kuroé et cet observatoire, ici. Vingt-deux chō et quarante-cinq ken. On peut en déduire la distance d'une minute sur le méridien. »

 

Comment exprimer cela autrement que par le texte ? Cette fois, le dessin passe après la narration par le texte. L'errance devient maîtrisée.

D'un autre point de vue, la langue est importante dans Furari, au travers notamment de la poésie. Dans le chapitre intitulé « Les étoiles », le personnage principal rencontre Issa, qui sera plus tard considéré comme un maître du haïku. Pour le poète, voyage est synonyme de formation et de création artistique, verbale. En quelques mots, ses haïku permettent de saisir la nature, de la rendre sublime.

Les haïku sont évoqués tout au long du manga, par exemple dans « La baleine » ou « La lune ». Le personnage principal s'y essaie même, sans grand succès. Par ailleurs, il rencontre un conteur, qui lui mimera une histoire humoristique fantastique.

D'un point de vue visuel, on remarque que les phylactères sont plus nombreux et fournis à la fin de l'ouvrage. Les premiers ne font que planter le décor, mettre en scène la vie de la rue, les appels des commerçants, etc. À la fin, ils semblent plus utiles, dépeignent des échanges réels et fructueux entre les différents personnages, comme lorsque le personnage principal explique son objectif à son épouse. Le texte ne sert donc plus la rêverie du personnage mais fait réellement progresser l'histoire, éviluer le personnage.


En conclusion, le lien entre texte et image est dans Furari plus complexe qu'on ne pourrait le croire. Si l'on pense spontanément que les illustrations ont un rôle prépondérant, il agit en réalité en étroite collaboration avec le texte, qui l'approfondit et, surtout, lui donne une raison d'être en faisant progresser l'histoire. Les deux, par leur narration différente, se complètent et donnent finalement une œuvre graphiquement esthétique et historiquement intéressante qui devient bien plus qu'un simple tableau de l'Edo médiéval.

Taniguchi-Furari-pl-02.jpg

Avis personnel sur Furari

Ayant lu d'autres oeuvres de Taniguchi Jirō, je n'ai pu m'empêcher d'effectuer des comparaisons. En lui-même, le manga est poétique et en effet très esthétique, mais le personnage et l'histoire en eux-mêmes sont moins prenants que peuvent l'être Le journal de mon père ou Le Sauveteur, par exemple. Le rythme lent ou l'abondance des paysages, qui sont pourtant les points forts de l'oeuvre, sont un frein si on la compare au dynamisme des autres.

Cependant, cette oeuvre m'a confortée dans l'idée que ce mangaka a une production très variée : nous quittons l'alpinisme, les animaux et les questions sociales pour partir en promenade.

Un dépaysement paisible et agréable !

 

 

Lauralie, 2e année éd.-lib.

 

Note :  Furari s'inspire de la vie d'un personnage réel, Tadataka Inō, « célèbre géomètre et cartographe qui, au début du XIXe siècle, établit la première carte du Japon en utilisant des techniques et instruments de mesure modernes » (site Casterman).

 

 

TANIGUCHI Jirō sur LITTEXPRESS

 

 

Taniguchi Jiro Un ciel radieux

 

 

 Article de Mathilde sur Un ciel radieux

 

 

 

 


 

 

 

Taniguchi Le Journal de mon pere couv

 

 

 

 

 Article d'Elsa sur Le Journal de mon père

 

 

 

 


 

taniguchi L HOMME QUI MARCHE

 

 

 

 

  Article de Delphine sur L'Homme qui marche.

 

 

 

 

 

Taniguchi le gourmet solitaire

 

 

 

 Article d'Anaïs, Morgane et Samantha sur Le Gourmet solitaire

(in La cuisine japonaise dans la littérature et les mangas).

 

 

 

 

 

taniguchi-quartier-lointain.gif

 


 

 

 

 

 

 

 

 

  les articles de Nathalie et de  Marion sur l'Orme du Caucase     

 

 

de Fanny et de BenoÎt sur Japon (Collectif).

Taniguchi Jiro un-zoo-en-hiver-zoo-en-hiver-

 

 

 Article de Pierre-Yann sur Un zoo en hiver.

 

 

 

 

 

 

 

 

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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 07:00

Kiriko-Nananan-Fragments-d-amour.jpg

 

 

 

 

 

 

 

NANANAN Kiriko
(魚喃 キリコ)
Fragments d'amour
(短編集)
Tampenshū (2003)
Traduit par
Corinne Quentin
Casterman,
Sakka, 2009


 

 

 

 

 

 

 

 

kiriko-nananan.jpgKiriko Nananan est née le 14 décembre 1972 au Japon. Faire du manga est chez elle une vocation puisqu'elle dit s'être entraînée à en recopier et réadapter dès l'âge de cinq ans. Elle a été publiée pour la première fois en 1993 dans la revue Garo. Ce mensuel est d'ailleurs à l'origine de la découverte de nombre de mangaka et a permis la popularisation du manga d'auteur.

En France, Kiriko Nananan est publiée uniquement dans la collection Sakka (« auteur » en japonais) des éditions Casterman. Sept de ses titres sont à ce jour disponibles dans cette collection. Cette dernière a été dirigée par Frédéric Boilet qui a fondé en 2001 un mouvement littéraire appelé la Nouvelle manga. Ce mouvement vise à associer artistiquement les auteurs de manga japonais et les auteurs de bande-dessinée français.

Kiriko Nananan a longtemps été ennuyée par certaines contraintes imposées dans les revues de mangas pour filles : les personnages féminins se devaient d'être sages, l'auteur ne pouvait dessiner de scènes érotiques, ni même de baisers trop profonds par exemple. C'est en découvrant les mangas novateurs d'Okazaki Kyōko, centrés sur la sexualité et l'intimité féminines, que Kiriko Nananan réalise que c'est, elle aussi, de ce thème qu'elle veut traiter.

Kiriko Nananan L'aquarium

Fragments d'amour est un recueil de dix-neuf récits courts, prépubliés dans différents magazines japonais entre 1997 et 2003. Le titre original, Tampenshū, signifie « histoires ». Ce titre a été publié en France en 2009 et traduit par Corinne Quentin. Les récits sont rédigés à la première personne ; il s'agit chaque fois du point de vue d'un personnage féminin. Toutes les nouvelles ont pour thème central, comme le titre du recueil l'indique, l'amour. La mangaka trouve son inspiration dans ses propres ressentis lors d'un chagrin d'amour.

Ainsi, on assiste dans ces récits aux déboires sentimentaux de jeunes gens dans une période de transition entre l'adolescence et la vie d'adulte. Différentes situations sont abordées au fil des histoires : triangle amoureux dans « À propos d'elle, juste une chose », débuts de la sexualité dans « Amours blessantes VI », jalousie entre sœurs dans « Après tout, pourquoi pas ? », poids de la solitude dans « Un petit bout de soirée », grossesse inavouée dans « Crépuscule », amitié garçon/fille dans « Amours blessantes V »…

On a souvent affaire à des personnages naïfs, dépassés par leurs sentiments, incompris à la fois par autrui et par eux-mêmes. Certains sont, au début du récit, très sûrs d'eux, de leurs positions, mais s'aperçoivent finalement qu'ils se trompaient. L'enjeu redondant de ces nouvelles est la quête d'identité du personnage-narrateur : reconstruction suite à une rupture, recherche de sa place dans le couple, poids de la solitude, bouleversement du passage à l'âge adulte…

Les personnages, comme les situations, sont ambigus. Dans des récits tels que « C'était une nuit », des « je t'aime » sont lancés, sans qu'on sache s'ils sont fondés ou non. Parfois, on parvient au terme d'une histoire sans en avoir saisi le dénouement. Cela s'explique par le fait que l'objectif de Kiriko Nananan est de produire des mangas qui puissent êtres relus. Elle se dit obsédée par tout ce qui se trouve entre les lignes. C'est donc volontairement qu'elle fait persister des zones d'ombres. Le lecteur est amené à réfléchir, à relire plus attentivement l'histoire pour capter des indices aidant à la compréhension qui, peut-être, ne peuvent être perçus à la première lecture.
Kiriko-Nananan-C-est-bien-que-ce-soit-toi.jpg
Le style de dessin de Kiriko Nananan vient d'ailleurs accentuer les incertitudes et entraîne le lecteur encore plus avant dans son analyse, chaque détail pouvant servir à l'interprétation. Le graphisme de la mangaka est basé sur le noir et blanc, l'ensemble est lisse, dépouillé, presque minimaliste et joue sur les contrastes. Kiriko Nananan utilise des aplats de blanc ou de noir afin d'exprimer les sentiments qui ne peuvent être mis en mots. Selon elle, parler de tristesse dans un vide peut renforcer cette sensation par exemple.

Kiriko Nananan souhaite faire de chaque case une illustration à part entière, qui soit suffisamment forte pour pouvoir être prise à part, évaluée indépendamment du reste de la planche. Elle recherche cependant une harmonie dans l'assemblage d'une page, qui doit être vue comme un ensemble. Elle porte une attention particulière au positionnement du texte qui est, pour elle, un élément primordial de l'effet produit par une page.
Kiriko-Nananan-Jusqu-a-une-porchaine-fois.jpg
Ce style très épuré induit des confusions entre les personnages, même s'il s'agit parfois de personnages de sexe opposé : coupe et couleur de cheveux identiques, peu de distinction entre les vêtements. Il arrive donc de perdre le fil de certains récits, tout particulièrement lorsqu'il s'agit de dialogues. Le lecteur se doit alors de porter attention à d'autres détails afin de deviner qui est qui, ou doit se construire sa propre interprétation.

On note une alternance entre cadrage d'une partie du corps, détail d'un objet de la pièce, gros plan de visage, vue d'ensemble de la scène… La technique n'est pas la même dans tous les récits, « C'est bien que ce soit toi » étant celui qui diffère le plus des autres. Cela s'explique sans doute par le fait qu'ils aient été écrits sur une période de six ans. Il est donc normal que le style de la mangaka ait évolué.

Il n'y a dans ce recueil aucune pudeur dans les mots qui sont très crus, à l'inverse des dessins qui eux, sont plus dans la suggestion. Contrairement à Kyōko Okazaki, son modèle, Kiriko Nananan choisit de ne pas rendre ses graphismes trop explicites. Les scènes de sexualité sont suggérées par des froissements de draps, des enchevêtrement de courbes ou restent concentrées sur les visages des personnages. Et quand bien même on croit deviner quelque chose de très érotique, un doute persiste.

Le style de Kiriko Nananan a été récompensé par un prix délivré par l’École Européenne Supérieure de l’Image en 2008 et mis en avant lors du festival d'Angoulême de 2009 au cours duquel ses dessins étaient exposés en grand format.


Kelly, 1ère année éd.-lib.

 

 

NANANAN Kiriko sur LITTEXPRESS

 

Image 1 - NANANAN Kiriko - Amours blessantes

 

 

 

Article de Margot sur Amours blessantes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 07:00

kishiro-yukito-gunnm.jpg

 

 

 

KISHIRO Yukito
Gunnm
銃夢
Ganmu
(rêves d’une arme)
Première édition
Shueisha, 1990 à 1995
Première édition française :
9 volumes. Glénat, 1995 à 1998.
Traduction : Yvan Jacquet
et Vincent Zouzoulkovsky
Deuxième édition française :
6 volumes. Glénat, 2000.
Version enrichie d’histoires courtes.
 

 

 

 

L’auteur
 
Kishiro Yukito est né en 1967 à Chiba, dans la baie de Tokyo. Il devient dessinateur à peine âgé de dix-sept ans, avec l’histoire courte Kikai. Sacré meilleur dessinateur débutant par le magazine Shonen Sunday, il poursuivra avec Hito en 1988, publié par la Shogakuhan et Kadokama. Mais c’est avec Gunnm que sa carrière sera véritablement lancée, et sans aucun doute c’est l’œuvre dans laquelle il jeté tous ses fantasmes, toutes ses lubies, ses inquiétudes et surtout son talent.
 
Étrange personnage, amoureux des pieuvres et grand ennemi de certaines espèces de papillon, de son propre aveu, Kishiro se montre peu. Les rares photos de ce personnage enveloppé contrastent avec l’énergie implacable et la froideur métallique de sa célèbre héroïne, Gally. Moins apprécié au Japon que ses confrères, Toriyama ou Hojo, il a été découvert en France en même temps que Dragon Ball, puisque Glénat avait acheté les droits de Gunnm pour avoir accès à ceux du célèbre héros à la queue de singe. Ils ont ainsi importé presque involontairement une des bandes dessinées les plus importantes de notre époque, sans équivalent dans le manga.
 
Aujourd’hui, Kishiro se consacre à la suite de Gunnm, intitulée Gunnm Last Order, mais quelques démêlés avec son éditeur n’augurent pas du meilleur pour espérer en voir un jour la fin.[1]
 
 
 
Un scénario imparable
 
L’œuvre est une dystopie qui se déroule sur plusieurs années, et nous pouvons en dégager plusieurs grandes périodes :


La décharge et les chasseurs de prime
 
Kuzutetsu est une ville-décharge, un monde atroce qui concentre la lie de l’humanité, sur laquelle la ville céleste, Zalem, balance ses ordures. C’est dans cet énorme tas d’immondices que le docteur Ido récupère les reste d’un cyborg humanoïde femelle, qu’il répare et baptise Gally. Elle a tout oublié de son passé, mais présente rapidement de spectaculaires aptitudes au combat. Ido remarque qu’elle maîtrise un art martial remontant à plusieurs siècles. Elle devient alors chasseuse de primes, comme Ido l’est aussi par ailleurs. Leur objectif : nettoyer Kuzutetsu de ses innombrables brigands. Le pire d’entre eux s’avère être Makaku, monstre gigantesque qui se nourrit de cerveaux frais. À l’issue d’un combat douloureux, elle vainc Makaku, lequel lui révèle alors qu’il n’avait cette apparence qu’à la suite d’une opération réalisée par un mystérieux savant.
 

Yugo
 
Gally traverse par la suite une période plus ou moins insouciante, sorte d’adolescence retrouvée. Comme de juste, elle y tombe amoureuse. Mais l’élu de son cœur, Yugo, est également un petit voyou, qui revend des organes volés au marché noir. Son objectif : réunir assez d’argent pour voyager jusqu’à Zalem. Gally doit alors faire face à un dilemme : l’arrêter ou le protéger des autres chasseurs. Un de ceux-ci, Zapan, découvre son petit jeu et tente de supprimer Yugo. Gally lui arrache alors le visage. Yugo s’enfuit vers Zalem, mais le système de défense le tue. Gally disparaît.
 

L’ange de la mort
 
Commence alors une Gunnm-image-2.jpgpériode charnière, particulièrement longue au sein de la série, qui se déroule dans le milieu du « motorball ». Ce jeu d’arènes moderne, soupape de sécurité qui maintient le peuple dans les paris et la fascination pour le spectacle, est un course mortelle dont le gagnant est celui qui porte le fameux motorball, un ballon mécanique, jusqu’à la ligne d’arrivée. Bien sûr, plus on tue d’adversaires sur la route mieux c’est. C’est dans cet univers bariolé, à la fois monstrueux et enjoué, que le docteur Ido retrouve la trace de Gally. Traumatisée par la mort de Yugo, elle décide de s’oublier dans le combat, dans ce qui la définit pour le mieux. Elle va affronter un à un de multiples adversaires, jusqu’à se confronter au champion du jeu, « l’empereur » Jashugan. Elle va perdre, abattue par le coup d’un homme normal, c’est-à-dire avec un corps non amélioré. C’est lors de son combat contre cet homme exceptionnel, « le plus fort qui ait jamais existé », que Gally retrouve des bribes de mémoire : elle vient de Mars. Cela ne fera que renforcer ce sentiment permanent qu’elle est une « étrangère », où qu’elle aille sur la terre.
 

Zapan
 
Chapitre pivot de l’œuvre, l’histoire de Zapan est l’indice de l’absolue maîtrise narrative de Kishiro. Ce conte désespéré pourrait à la fois être lu indépendamment, nous renvoyer aux premiers tomes et nous propulser vers les suivants. Surtout il est le marqueur de la noirceur absolue de Gunnm, et pour tout dire il n’aura plus d’équivalent en la matière jusqu’à la fin.
 
Zapan est le fameux chasseur qui tenta par le passé de supprimer Yugo et d’humilier Gally. Défiguré par celle-ci, il essaye de refaire sa vie auprès d’une femme, qu’il aide à servir la soupe populaire. Poursuivi par le souvenir du « monstre » Gally et dépendant aux drogues les plus dures, il devient un criminel en assassinant sa compagne dans un accès de colère. Il est tué par les autres chasseurs de prime.
 
Un mystérieux savant récupère alors son cerveau et lui offre un corps de guerrier : le « Berserker », qui avait appartenu par le passé… à Gally. Ce savant s’appelle Desty Nova : on apprend vite qu’il est à l’origine de l’opération de Makaku au début de l’histoire, et qu’il avait aussi opéré le cerveau de Jashugan. Ombre insaisissable, Desty Nova semble apparaître à chaque crise que traversent de malheureuses créatures pour leur permettre de s’accomplir… souvent dans la violence. Zapan ne fera pas exception. Son désir de vengeance est tel qu’il fusionne littéralement avec le Berserker, déclenchant son mode de combat absolu. Zapan n’est plus alors qu’un monstre inarrétable. Ido, son ancien compagnon d’armes, va tenter de l’arrêter. C’est là, à mi-longueur de l’œuvre complète, qu’il est tué.
 
Le monde de Gally s’écroule : elle qui ne savait plus qui elle était avant, perd désormais la seule personne qu’elle connaisse vraiment. Alors que la décharge est entièrement menacée, et que Zalem commence à s’inquiéter, Gally décide d’aller affronter Zapan. Un combat de deux âmes perdues, qui s’entredétruireront à peu près, et qui ferme le premier grand chapitre d’un manga sans équivalent.
 

Pour Zalem
 
Le corps de Gally est détruit. La ville de Zalem ordonne sa récupération et sa réparation : l’ayant espionnée aux long des dernières années, la ville flottante souhaite faire d’elle un de ses agents. Après avoir combattu pour la décharge, Gally va donc combattre pour Zalem. Ce n’est pas une revendication : elle ne cherche qu’à se battre encore et toujours. Surtout, sa mission consiste à retrouver la trace de Desty Nova, qui s’avère être un dissident de Zalem. Persuadée que celui-ci peut redonner vie à Ido comme il avait sauvé Makaku, Jashugan ou Zapan, elle affronte désormais les barbares dans les déserts alentour. La série, longtemps étouffée dans la sueur et la saleté de Kuzutetsu, se change en road-movie sauvage et apocalyptique. C’est dans la fougue d’une jeunesse nouvelle que Gally retombe amoureuse, cette fois-ci d’un homme (Fogia) joyeux et fort, et qu’elle va combattre à ses côtés les troupes du Barjack commandées par Den. Ce nouveau méchant, encore un géant, à l’instar de Zapan ou Makaku, sera pourtant d’une nature bien différente.
 

Contre Zalem
 
Gally va rencontrer Kaos, un frêle jeune homme aux cheveux blonds, animateur de radio, qui parcourt le désert pour y diffuser sa musique et ses paroles de liberté. On découvre bientôt que cette radio libertaire est financée par Den en personne. Pour la première fois, Gally va remettre en question la domination de Zalem sur la surface. Den est en effet un être politique, un révolutionnaire qui rêve de faire tomber la ville flottante, et Gally représente pour lui un soldat de l’oppression.
 
Les choses se compliquent encore pour elle quand elle découvre que Kaos est le fils de Desty Nova, et qu’avec Den ils sont ni plus ni moins que les deux personnalités d’un même individu…
 

Les mille visages de la folie
 
Rompant avec Zalem, Gally ne s’engage pas pour autant aux côtés de Den dans sa révolution. Grâce à Kaos, elle a retrouvé la trace de Desty Nova et apprend que Ido a bel et bien été ramené à la vie. Mais quand elle le retrouve, son créateur a perdu tout souvenir d’elle : il explique sur un enregistrement qu’il a volontairement effacé sa mémoire après avoir découvert « le secret de Zalem ». Désespérée, Gally s’introduit dans le bunker de Desty Nova et exige des explications. Celui-ci lève alors le voile en ouvrant son propre crâne : il n’a pas de cerveau, mais une puce électronique à la place. Comme tous les habitants de Zalem, son encéphale a été retiré à sa majorité. Ainsi, les habitants de la ville sont  tous normalisés, et Desty Nova ou Ido sont plutôt des ratés, d’où leur éviction.
 
Den échoue à faire tomber Zalem avec son canon géant. Il choisit alors d’attaquer avec son seul sabre, et meurt dans un assaut désespéré.
 
Desty Nova et Gally, ayant mis au jour le secret de Zalem, parviennent à monter jusqu’à la ville et à atteindre l’ordinateur central, Melchizedek. Celui-ci révèle alors qu’à l’autre extrémité de Zalem, dans l’espace, se trouve la cité de Jéru. Cette Jérusalem céleste vise à simuler une micro-société et à en isoler les gènes supérieurs. Melchizedek, face à l’échec de ce projet, se suicide. Zalem menace alors de tomber sur la décharge. Desty Nova confie à Gally un mutagène qui lui permet de fusionner avec la structure même de Zalem et Jéru pour en empêcher la destruction. Elle l’utilise et disparaît. La cité céleste se change en un arbre immense.
 
 
 
Des figures tourmentées
 
Gally : la figure centrale de Gunnm est un personnage atypique, en questionnement permanent. Elle se caractérise d’un part par sa violence extrême et sa maîtrise des arts martiaux, héritages de son passé martien, et d’autre part par son questionnement identitaire. « Qui suis-je ? » est sans doute sa question la plus fréquente… et pourtant, chaque fois qu’elle récupère des éléments de réponse, elle est assez horrifiée par ce qu’elle apprend. La véritable combat de Gally est peut-être là : retrouvée et élevée par des humains et capable d’amour, elle ne doit surtout pas redevenir celle qu’elle a été par le passé : un monstre absolu. Kishiro poursuivra la quête des origines dans une suite encore inachevée : Gunnm Last Order.
 
Desty Nova : celui-là concentre tant de paradoxes, de beauté et d’horreurs réunies, tant d’importance et tant de dérision, qu’il est parfois le véritable motif d’écriture de Gunnm. Il en est l’aboutissement, le « destin » comme son nom l’indique (Destinova). D’abord simplement évoqué, ombre rémanente, il apparaît en chair et en os lors de l’épisode « Zapan » : collectionneur de cerveaux, grand spécialiste de la dissection et artiste de la couture aberrante entre divers membres récupérés, il oscille entre crises de fous rires, colères imprécatrices et paroles de vieux sage. Obsédé par la quête du karma, la réalisation de la destinée et le rôle de chaque humain, c’est avant tout un scientifique de génie, extrêmement brillant. Son véritable visage nous est cependant livré lors d’une scène inoubliable, au cours du tout dernier volume. Nova, fasciné par Gally, cherche à la déposséder de tout souvenir belliqueux pour la plonger dans un rêve éternel, grâce au logiciel de son invention « Ouroboros ». Lui-même présent dans ce rêve, il se confie alors à Gally (extrait du tome 9) :

GALLY : oncle Nova, est-ce que tu aimes quelqu’un ?
 
NOVA : Hum… il y avait bien cette fille que j’aurais aimé disséquer mais…
 
Nova s’interrompt, réfléchit, et retire, pour la seule et unique fois de toute l’histoire, les lunettes qui voilent ses yeux.
 
NOVA : Jusqu’à maintenant, ce qui m’a motivé, la pensée qui m’a poussé en avant, c’est prier pour que la mort et la tristesse n’existent plus dans ce monde, qu’il n’y ait plus que de la joie et que cet instant dure éternellement.

Il révèle ainsi le véritable but de son logiciel, et livre aussi un amer constat d’échec : son rêve de paix et de joie n’aura jamais cours dans le monde réel. Ce qui fait de Nova bien plus qu’un scientifique, c’est en vérité un mystique. Lors de la mort de Melchizedek, Nova considère qu’il est à deux doigts de la création universelle. Au cours de Gunnm Last Order, il déclarera également être de toutes les formes de vie celle qui se rapproche le plus de l’immortalité.
 
Jashugan : l’empereur du Motorball est sans doute un des personnages les plus sympathiques de la première saison, celle qui précède l’épisode Zapan. Charismatique, aimé de tous, doté d’un physique de surfeur, il n’aurait a priori rien pour séduire les lecteurs, qui ont pris l’habitude de côtoyer dans Gunnm des losers, des pervers et des victimes de tous bords. En vérité, Jashugan est lui-même de ceux-là : ancien coureur de bas étage, il n’est devenu le champion qu’à la suite d’une opération neuro-accélératrice réalisée sur son cerveau par Desty Nova. Malheureusement, si cela l’a sauvé, il est condamné, à court terme, à connaître une crise fatale. En effet, il perd régulièrement connaissance. Il n’est pas possible au lecteur de savoir, ni de pressentir qui de Gally ou Jashugan l’emportera lors de leur dernier duel. Kishiro a en effet fait en sorte que la balance penche aussi bien d’un côté que de l’autre : Gally perd son entraîneur et ami, Esdoc, qui lui fait jurer de gagner. Jashugan, lui, se sait condamné et va laisser seule au monde sa petite sœur. Pour l’un comme pour l’autre, perdre serait un désastre moral. Mais Gally, bien sûr, a de beaux jours devant elle pour digérer une défaite : alors que la victoire semble acquise à l’héroïne, Jashugan lui administre un simple coup de poing, un coup de poing humain, concentré d’énergie vitale, qui met un terme au combat. L’empereur gagne, évidemment, et meurt en même temps, devenant une légende aussitôt.
 
 
 
De Fabrica

S’il est une thématique spécifique à Gunnm, c’est bien le rapport entretenu avec le corps. D’une part, nous avons affaire à une héroïne, ce qui est rarissime dans les shōnen manga (ceux qui sont spécifiquement dédiés aux adolescents), et qui explique par ailleurs un certain déficit de popularité de la série au Japon.  D’autre part, personne n’est fait de chair dans cette histoire. Personne, à une exception notable : Ido, le créateur, dont le corps sera – enfin – réduit en charpie à  l’exact milieu de l’œuvre (tome 5).
 
Les cyborgs : pendant la première moitié de la série, c’est essentiellement par eux que nous entretenons un rapport avec le corps physique. Pas un passant de la rue qui ne dispose d’une prothèse mécanique en guise de bras, de jambe, voire du corps tout entier. Le seul élément qui doit rester « humain » c’est le cerveau. Et l’auteur ne va pas se priver de nous le rappeler en mettant à nu un maximum de crânes, poussant ce principe à l’extrême en faisant de Makaku un dévoreur de cerveaux, qui ouvre les têtes comme des boîtes de conserve.
 
Tout semble interchangeable alors : Yugo, le petit voleur de colonnes vertébrales, met un point d’honneur à ne pas tuer ses victimes. Très rapidement, elles seront sur pied grâce à la cybernétique ! Gally appréhende un violeur dont elle arrache les bras, ce qui n’empêche pas le monstre de repasser à l’attaque quelques chapitres plus loin : les affreux, dans Gunnm, sont comme des pitbulls attachés à un os saignant. Pour les tuer, il faut couper la tête. Quant aux êtres qui paraissent faits de chair, comme Desty Nova, éternel collectionneur de cervelles et grand mangeur de flan (l’analogie entre les deux matières nous saute aux yeux), ils sont en réalité bourrés de nano-restorers, robots microscopiques qui réparent leurs cellules en permanence.
 
 Gunnm image 3
 
L’auteur nous indique assez souvent que seul le cerveau indiquerait la valeur humaine. Une scène cependant constitue à elle seule le contre-exemple : lors d’un bras-de-fer improvisé contre Jashugan, Gally, piquée à vif, décide de mettre en jeu non pas de l’argent, mais son propre cœur ! Tout mécanique qu’il soit, elle mourra si elle perd, puisqu’elle exige qu’il soit jeté aux ordures, ni réparé ni remplacé. Cette petite scène, traitée d’ailleurs avec beaucoup d’humour par l’auteur, nous permet de comprendre qu’entre tant de cerveaux et de corps mécaniques, l’essentiel, symboliquement, reste le cœur de l’héroïne. Plus le récit avancera, plus Gally se battra avec ses sentiments, la passion à fleur de peau.
 
 
 
Un œuvre sans équivalent
 
Depuis des années, on sait que James Cameron, le père de Terminator, Titanic et Avatar, souhaite adapter Gunnm, connu aux États-Unis sous le titre Battle Angel Alita. Le projet est pour l’instant en repos. Cela vaut peut-être mieux : il méritera bien plus que de beaux effets spéciaux.
 
En effet, Gunnm se distingue du tout-venant de la bande dessinée, et pas seulement par son graphisme de haute volée. Œuvre somme, brassant une multitude de thèmes, c’est aussi une œuvre radicale : la lecture en est parfois éprouvante, et laisse le lecteur à bout de souffle. C’est une sorte de pacte que nous faisons avec Kishiro : pour savoir, pour connaître le destin de Gally, il faudra souffrir avec elle, et mourir plusieurs fois à notre monde.


Frédéric, AS éd.-lib.

[1] http://jajatom.moo.jp/E-top/frame.html


http://fr.wikipedia.org/wiki/Yukito_Kishiro
 


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