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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 07:00

Toru-Fujisawa-tokko.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

FUJISAWA Tōru
藤沢 とおる
Tokkō

特公

(tome 1)
Pika éditions

collection Senpai, 2007





 

 

 

 

 

 

 

L’auteur


toru_FUJISAWA.jpgFujisawa Tōru est un mangaka japonais né le 12 janvier 1967 à Hokkaidō. Dans son enfance, il appréciait tout particulièrement les mangas et animes notamment ceux de Go Nagai, le créateur de Goldorak, à qui il voue une grande admiration. Il commence à dessiner dès la maternelle et publie son tout premier roman à l’école primaire. Mais c’est au collège qu’il se lance réellement dans la réalisation de mangas en créant des histoires originales ou en faisant des parodies d’animes connus, ce qu’on appelle des Dōjinshi (ou Doujinshi).

Durant sa scolarité, Fujisawa Tōru apparaît comme un élève moyen et plutôt dissipé bien qu’il obtienne quelques prix dans les domaines artistiques. À la fin du lycée, il lance un fanzine avec ses amis. C’est la révélation, il découvre sa vocation et décide de devenir mangaka. Il part alors pour Tokyo où il s’installe. Le Magazine Fresh accepte alors de prépublier son premier manga.

Il fait ainsi ses débuts en janvier 1989 avec Love You toujours dans le magazine Magajin Fresh tout en devenant l’assistant d’un célèbre mangaka. L’expérience sera pour lui enrichissante et lui permettra d’affiner son sens de la perspective et du détail. À partir de cet instant, les succès arrivent et s’enchaînent.

Dans un premier temps avec Adesugata Junjou Boy, qu’il publie en quatre volumes chez Kodansha de 1989 à 1990 et où il nous narre les aventures d'un garçon forcé par son père à se déguiser et se comporter comme une fille. Puis, dans un second temps en 1991 avec Shonan Junaï Gumi ou Young GTO (en cours d'édition en France). C’est dans ce manga qu’apparaît pour la première fois son personnage, aujourd’hui fétiche, Eikichi Onizuka et l’ami de ce dernier, Danma Ryuji. La série, composée de 31 volumes répartis sur 6 ans de travail et publications, connaît alors une grande réussite.

Mais Fujisawa y mettra un terme pour se consacrer à Bad company (histoire de la rencontre entre Onizuka et Ryuji) puis en 1997 à GTO (la suite de Shonan Junaï Gumi) où on retrouve à nouveau Eikichi Onizuka. Ici, il devient le professeur le plus anticonformiste du Japon.

Publié pour la première fois dans l'hebdomadaire Shōnen Magazine, GTO devient rapidement un manga incontournable et un best-seller international. Fujisawa obtient la consécration en 1998 en remportant la 22e récompense de la Kodansha. À la fois miroir de la réalité de la société et décalée, la série se fait le reflet du sens de l’observation de son auteur qui s’inspire de sa vie personnelle : son quotidien, ses assistants, ses amis, les émissions de télévision, l’attitude des badauds et même les conversations des usagers qu’il entend dans le métro. C’est pour cette œuvre qu’il est le plus connu en France.

Peu de temps après avoir achevé cette série, Fujisawa change de genre en se lançant dans une série plus noire où il parvient habillement à mêler humour, action et batailles sanglantes : Rose Hip Rose. Son succès devient alors variable et il est contraint d’interrompre la publication de Rose Hip Rose en 2003 puis celle de Tokkô contre l'avis des fans européens qui le soutiennent. En 2006, il reprend et termine l’histoire de Rose Hip Rose pour ensuite en commencer une autre, parallèle, Rose Hip Zero.

À la même époque, Fujisawa participe en tant que scénariste à la série Baseballers et prépublie également Himitsu Sentai Momoider dans le Weekly Young Jump Magazine. Un an après la parution du 25e et dernier tome de GTO, il commence un nouveau manga en trois volumes : Tokkō, qui mêle cette fois ci le rêve, la notion de parcoure initiatique, le fantastique, l’enquête policière, et s’adresse à un public plus mature au vu des scènes parfois d’une grande violence qu’elle contient. Ce nouveau style surprend et fait mouche notamment auprès du public européen bien que la parution soit stoppée au bout de trois tomes. Néanmoins, on sait que la série connaîtra une suite et comprendra certainement une douzaine de volumes au final.
 
Grand travailleur, Fujisawa est un mangaka qui aime toucher à tous les styles et nous surprendre. Il bouillonne littéralement d’idées et de scénarios nouveaux qu’il cherche à explorer. Pour lui, ce sont les personnages eux-mêmes, ainsi que leurs caractères, qui font évoluer ses histoires dans telle ou telle direction. Cette « liberté » ne l’empêche cependant pas d’accorder une attention quasi maniaque à ses dessins qu’il retouche sans cesse dans les moindres détails dans un désir de perfection.

En 2007, Fujisawa commence une nouvelle série nommée Kamen Teacher, qui renoue avec l’univers scolaire et la baston, thèmes qui avaient permis sa consécration avec GTO. On retrouve ici aussi un professeur atypique et peu conventionnel mais cette fois-ci chargé d’enseigner à une classe de délinquants. La série à peine terminée, il poursuit avec Revend D, nouveau titre dont on pressent qu’il nous réserve de nouvelles surprises. Mais qu’attendre d’autre d’un auteur qui déclare vouloir toujours surprendre ses lecteurs ? Il est aussi à noter qu’il a repris la narration des histoires d'Onizuka depuis le 9 juin 2009 dans un nouveau titre, GTO Shonan 14 Days.



Résumé

2011 à Tokyo. La capitale du Japon est en proie à une vague de criminalité sans précédent. Face à l’augmentation croissante des crimes, la police crée la Tokkō, groupe spécial d’enquête.

Le personnage principal, Shindō Ranmaru fait partie des nouvelles recrues du département de police de la Tokki. Son ambition est de réduire à néant la criminalité, et d’élucider le mystère de la tragédie de Machida qui a bouleversé son enfance. Cette journée, il ne peut l’oublier, car elle les a vus, sa sœur et lui, devenir orphelins. Sur les habitants du bloc d’immeubles où habitaient les Shindō, 185 personnes sont mortes, sauvagement assassinées et retrouvées mutilées par des bêtes sauvages que pourtant personne n’a vues. Sa famille, ses amis, ses voisins, tous sont morts. Mais une dizaine d’enfants semblent avoir miraculeusement survécu comme ce fut le cas pour Shindō et sa sœur.
toru_FUJISAWA-Tokko-possedes.jpg
Durant une mission avec sa division et son meilleur ami et collègue Hanazono, Shindō se fait attaquer par de jeunes délinquants au comportement étrange . Ces derniers semblent possédés par des espèces de parasites à visage humain collés sur eux et libérés par un autre monstre à apparence humanoïde. Devant leur sauvagerie, leur force inhumaine et face à l’inefficacité de leurs balles, tout semble perdu. Mais surgit alors une fille aux cheveux rouges qui sauve les rescapés de son équipe en tranchant les monstres à coups d’épée. Cette fille, Shindō la connaît, et pour cause, il la voit en rêve presque toutes les nuits tenant à la main une épée et juchée sur un monceau de cadavres sanglants.

En réalité, cette fille appartient à la Tokkō, unité secrète de la police dont le rôle officieux est d’éradiquer les monstres et de couvrir leurs agissements pour éviter un mouvement de panique général. Cette inconnue s’appelle Suzuka ; elle aussi est l’une des survivantes de Machida et elle apprend à Shindō que cette tragédie n’est pas sans rapport avec les choses qui viennent de les attaquer. D’après elle, elles rechercheraient les survivants de Machida ; elle le met donc en garde. Il apprend aussi à cette occasion que l’ensemble de la Tokkō, à laquelle elle appartient malgré son jeune âge, est composée de rescapés de cette tragédie.

Shindō entreprend alors d’entrer à la Tokkō afin de se rapproche de son but, mais cela ne sera pas sans problèmes pour lui comme pour le reste de son entourage au vu de la menace de possession.



Analyse

Les personnages

Shindō Ranmaru, le personnage principal, a 24 ans, il vit avec Shindō Saya, sa sœur, avec qui il entretient une relation très fusionnelle depuis la mort de leurs parents. Tous deux appartiennent aux forces de l’ordre. Au début du premier volume, on le voit obtenir son diplôme et devenir membre de la 3e division de la Tokki, le groupe spécial d'enquêtes antiémeutes créé par l'Agence Nationale de Police. Sa vocation n’a qu’un seul motif, le désir de retrouver les assassins de ses parents. C’est un personnage à l’apparence un peu gamine bien qu’il lui arrive de prendre des expressions graves qui contrastent avec cette première expression.

Toutes les nuits, Shindō rêve d’une jeune femme aux cheveux rouges se tenant sur un charnier une épée à la main. Ses sentiments à propos de cette femme sont ambigus mais ce qui est certain c’est qu’il éprouve une certaine attraction et fascination pour elle. De prime abord, on se demande si elle ne serait pas l’expression d’un fantasme de Shindō. Peu après sa prise de service, il découvrira que cette fille, Sakura Rokujō existe réellement et appartient à la Tokkō. Dans sa quête de vérité, Shindō est aidé d’Hanazono, son collègue et meilleur ami depuis l’école de police. Ce dernier lui a promis de l’aider à découvrir la vérité sur le drame de Machida et d’en trouver les responsables. Affecté avec Shindō à la division de Shibuya, il va, comme leur supérieur aux attitudes d’ancien voyou, être entraîné dans cette aventure.

Durant leur enquête, les personnages vont être amenés à s’intéresser aux circonstances de la tragédie de Machida et au séisme qui l’a précédée, créant en plein Tokyo un gouffre aujourd’hui étroitement surveillé par la Tokkō.


Les références

Tout au long de ce premier tome, on trouve des références et des sens cachés. Tout d’abord le nom de l’équipe spéciale, « Tokkō », qui n’est pas anodin ; c’était en effet le nom de la « Haute police spéciale » (特別高等警察) qui était une force de police établie au Japon en 1911. Cette division avait pour but d’enquêter sur les groupes politiques et les idéologies vus comme une menace à l'ordre public. À l’époque, elle avait acquis le surnom de Shisō Keisatu ou « police de la pensée ». Cette homonymie semble voulue et il est à penser que l’auteur a voulu ici y faire un clin d’œil. Dans l’esprit de Fujisawa, c’est comme si l’ancienne menace politique avait aujourd’hui fait place à une menace surnaturelle.

 toru_FUJISAWA-Tokko-parasite.jpg
L’apparence des monstres. Tout d’abord il y a celle des « parasites », lancés par les démons, et qui ont été les premières créatures auxquelles Shindō et ses amis ont été confrontés. Ces parasites possèdent des corps d’insectes surmontés de visages humains rappelant ceux de nourrissons. L’auteur a-t-il voulu nous faire comprendre que ce qui rend les possédés inhumains n’est pas tant le parasite qu’une partie d’eux-mêmes ? D’après moi, cela renvoie à la dualité humaine et à la partie sombre qui fait partie de chacun d’entre nous.

toru_FUJISAWA-Tokko-monstre.jpgPuis viennent ensuite les autres monstres à l’apparence plus « humanoïde » mais au look assez particulier. Le haut du visage bandé, parfois un bâillon sur la bouche, des pics autour du cou et de multiples bandages font d’eux des sortes de momies revisitées. Tout cela m’évoque la culture gothique, certaines pratiques comme le bondage (très populaire au Japon), mais aussi les « trois singes de la sagesse ». Ce dernier symbole, illustre à l’aide des gestes de trois singes cette ancienne maxime : « Ne rien voir de mal, ne rien entendre de mal, ne rien dire de mal » qui, si elle est respectée, permettra le bonheur à son adepte. Il est aussi à noter qu’une des plus anciennes  représentations connues de ces trois singes se trouve au Nikkō Tōshō-gū, l'un des Sanctuaires et temples de Nikkō au Japon. C’est donc un symbole qui fait entièrement partie de la culture japonaise. Là aussi, l’apparence des monstres fait référence à quelque chose de positif alors que, dans l’histoire, ils représentent le mal. De même, après leur première apparition, ces monstres changent d’apparence pour en revêtir une plus humaine avant de redevenir monstrueux au fil de leurs meurtres et possessions. Ainsi, leur brève apparence humaine serait une sorte de stade dans leur évolution ce qui renvoie, selon moi, au visage des parasites qu’ils contrôlent et aux rites funéraires de l’ancienne Égypte. Cette dernière référence semble pertinente au vu de leur première apparence. Ainsi, c’est comme si les meurtres commis redonnaient vie à leurs corps desséchés. Or, les Égyptiens pensaient qu’en momifiant les morts ils leur permettraient d’accéder à l’Au-delà et à l’immortalité, comme ce fut le cas pour l’un de leurs dieux, Osiris.



Impressions de lecture

C’est un manga à l’intrigue difficile, de prime abord, mais dont le graphisme vaut le détour. L’auteur nous fait rapidement entrer dans l’histoire et on se met assez naturellement à éprouver de l’empathie pour les personnages. Très vite, on en vient à partager leur désir de vérité face aux mystères qui s’offrent à eux. Qui sont les responsables du massacre de Machida ? D’où viennent les monstres apparaissant à Tokyo? Ont-ils un rapport avec la faille de Tokyo et les événements de Machida ? Quelle est la véritable fonction de l’équipe Tokkō ?

Le suspens reste entier et la lecture devient vite passionnante. Et, c’est ce plaisir qui a motivé mon désir de partager ce manga. À travers cet ouvrage, j’ai pu également découvrir, dans une ambiance proche du polar américain, le paysage urbain de Tokyo, ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant. De même, l’apparition de démons (« Yōkai » en japonais) fait entrer l’inhumain au sein du récit, ce qui ajoute alors une dimension surnaturelle à l’histoire, tout en faisant le lien avec les anciens mythes de la culture japonaise encore profondément ancrés chez les Nippons.

 

 

Perrine, 1ère année Bib.-Méd. 2010-2011


Webographie


- Page consultée sur le site Bedethèque :
 http://www.bedetheque.com/auteur-6141-BD-Fujisawa-Toru.html
 
- Pages consultées sur le site  Tokkô FR :
 http://tokkofr.free.fr/index.php?page=auteur-tokko
 http://tokkofr.free.fr/index.php?page=personnages-tokko

- Pages consultés sur Wikipedia :
 http://fr.wikipedia.org/wiki/T%C5%8Dru_Fujisawa
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Tokk%C5%8D
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Singes_de_la_sagesse
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Rite_fun%C3%A9raire#.C3.89gypte_antique

 

 

 

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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 07:00

Benjamin Remember

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BENJAMIN
Remember
Éditions Xiao Pan, 2006






 

 

 

 

L’auteur

Remember n’est pas un manga. C’est un manhua, une bande dessinée chinoise. Le manhua se lit de gauche à droite, dans le sens de lecture occidental, et les livres sont habituellement édités sous de petits ou moyens formats. Benjamin est l’un des principaux auteurs contemporains de manhuas, on les appelle « manhuajia » (équivalent d’un mangaka au Japon). De son vrai nom Zhang Bin, il est né le 16 mai 1974 à Hei Long Jiang où il étudie la mode et le design. Il part pour Pékin en 1996 avec l’intention de se lancer dans la bande dessinée. Benjamin va enchaîner les petits boulots tout en s’exerçant au dessin jusqu’en 2000 où il va vraiment trouver son style et publier dans le fanzine Comic Fan Magazine de nombreuses bandes dessinées comme Fleurs inconnues en été ou encore La Colombe plane sur le silence (sorti uniquement en Chine).

benjamin-exposition.jpgPendant ce temps, Benjamin va également fonder avec des amis la « Société de la BD Rouge », dont on ne connaît pas grand-chose. En 2002, il publie son premier recueil individuel, One Day, et crée une société d’illustration publicitaire. C’est là qu’il décide d’adopter la technique de dessin par ordinateur. Il est l’un des seuls auteurs de bandes dessinées à fabriquer ses planches uniquement sur ordinateur avec un crayon et une tablette graphiques et avec des logiciels de retouches d’images comme Corel Painter. Il va même publier en un ouvrage sur la technique de la BD par ordinateur.

Benjamin publie quatre bandes dessinées réalisés avec cette technique : One Day en 2002, Remember (qui fut le premier manhua de Benjamin publié en France et dont la première nouvelle a déjà été publiée dans un magazine), Orange en 2006 et Sailor en 2010. Il va également écrire deux romans, The Basement en 2005 et Chinese Youth, Where shall we go en 2008. Benjamin va aussi montrer son talent en réalisant le clip de Jena Lee en 2009 « J’aimerais tellement ».

Cette technique assistée par ordinateur est la signature de Benjamin, on peut reconnaître sa patte parmi des centaines d’autres dessins. Édité en France chez Xiao Pan, maison d’édition spécialisée en manhua, Benjamin aime la France et la France le lui rend bien ; il a fait l’objet d’un exposition à Paris du 8 février au 9 mars 2011.

 

 

 

Remember

Remember est le deuxième manhua de Benjamin, mais le premier publié en France. Il est composé de deux histoires courtes, deux one-shot. Ce sont des fragments de la vie de l’auteur, de ses pensées, de sa jeunesse dans le monde de l’édition et du manhua. Ce sont des souvenirs d’un passé douloureux, des histoires mélodramatiques dont on ne sait pas si elles sont vécues ou non. Peut-on alors parler d’autofiction ?

Les deux héros de ces histoires sont des manhuajia. Pour la première, « Personne n’est capable de voler, personne n’est capable de se souvenir », l’histoire du jeune dessinateur pourrait être la sienne ; lui-même précise qu’il y a des bribes de cette bande dessinée qui le concernent.

 « L’histoire est à moitié vécue, à moitié inventée, pleine de provocations et d’agressivité, à mille lieues de mes expériences vécues d’alors. […] Je suis un menteur ; je ne dis la vérité qu’une fois sur deux » (Benjamin, Remember, p.90)

C’est donc l’histoire d’un jeune auteur de bande dessinée en galère, luttant pour se faire éditer, qui va attirer malgré lui une jeune dessinatrice, Yu Xin. Jeune fille naïve, elle va essayer de lui faire comprendre son art. En effet le monde de l’édition chinoise décrite par Benjamin est plutôt limité. Une histoire d’amour assez peu ordinaire va naître entre les deux jeunes manhuajia, le jeune homme va passer tout son temps à la repousser jusqu'à ce qu’il se rende compte qu’il ne peut vivre la bande dessinée sans elle ; seulement, lorsqu’il s’en rendra compte, il sera trop tard.

                                                Benjamin Remember 2-copie-1



La seconde histoire, intitulée « L’été de cette année-là », raconte le quotidien de jeunes gens préparant un concours d’entrée dans une école d’art. Ces adolescents vont se montrer très agressifs envers un de leurs camarades venant de la campagne. Seul le narrateur va essayer de l’aider. On va assister à la descente aux enfers de ce pauvre jeune homme martyrisé par ses camarades jusqu’à ce que son père le ramène dans son village pour cause de folie. Benjamin se présente dans cette histoire en se définissant comme un auteur rebelle qui fume, boit et profite des filles. Mais il montre son côté bon Samaritain en aidant de son mieux le jeune martyrisé, qu’il prend en pitié. En postface, Benjamin précise qu’il a écrit cette bande dessinée dans un contexte particulier.

 « Quoiqu’en disent les autres, c’est une œuvre bien meilleure que n’importe laquelle de mes bandes dessinées, en terme de valeur, de sincérité. Sa lecture me rappelle une tranche de vie inoubliable » (Benjamin, Remember, p.125)

 Benjamin Remember 3


 
Analyse, style graphique
 
Quand on lit Remember pour la première fois, l’œuvre peut sembler complexe. Mais Benjamin nous embarque tout de suite avec ses dessins dans son univers unique. Les deux histoires se rejoignent dans le monde de la solitude. On remarque un lien entre les deux personnages masculins principaux des deux one-shot et l’auteur. Il se présente comme un auteur rebelle et valorise son égo tout en montrant ses faiblesses : il est enfermé en lui-même et dans son propre monde.

Le style de Benjamin lui est propre ; ses dessins se reconnaissent au premier coup d’œil. Benjamin utilise ce qu’il appelle un crayon optique et, à l’aide d’une tablette, dessine et colorise sur son ordinateur. La modernité du trait et le travail de coloriste sont extrêmement bien maîtrisés. Benjamin utilise principalement trois couleurs dans Remember : le bleu, le vert et le rouge. Dans le premier one shot, « Personne n’est capable de voler, personne n’est capable de se souvenir », il emploie des couleurs plutôt pastel qui rappellent le côté naïf de Yu Xin et la mélancolie amoureuse alors que le côté plus sombre de « L’été cette année-là » est renforcé par un graphisme plus noir, les couleurs utilisées tendent plutôt vers le bleu-gris, le blanc et le noir. Benjamin mélange les styles, on a parfois l’impression que les planches ne sont pas terminées. À la fin de l’ouvrage se trouve un artbook (un recueil d’images destiné aux fans de l’auteur) avec une présentation et une critique de chaque illustration faites par l’auteur. S’y trouve également une biographie, une préface de M Rong Cheng, président des éditions Tianxia en Chine et une postface par Benjamin. Tout au long de l’ouvrage, Benjamin présente sa bande dessinée, sa vie, son métier et l’état d’esprit dans lequel il a écrit Remember.

 
                               Benjamin-Remember-4.jpg

Avis

Benjamin est l’un des manhuajia les plus doués de sa génération. On est souvent tenté de rester sur une illustration pendant quelques minutes afin d’en décortiquer tous les détails. Ses bandes dessinées comme ses romans font tous référence aux difficultés de la solitude, du sentiment d’abandon, du rejet, et du repli sur soi. Thèmes souvent liés à l’adolescence. Remember est peut-être l’une voire la meilleure bande dessinée qu’il ait faite. Les dessins et les couleurs sont magnifiques, beaucoup mieux travaillés et plus sophistiqués que dans ses précédentes œuvres.

Benjamin se présente tout au long de cet ouvrage en exprimant ses douleurs passées et l’environnement difficile de la bande dessinée chinoise. Il présente quelques moments de sa vie avec une longue réflexion sur celle-ci grâce à de petits textes entre deux illustrations. Au début du manhua se trouve une phrase : « N’oubliez pas ce livre, n’oubliez pas son auteur. », et à la fin : « N’oubliez pas mon livre, ne m’oubliez pas ».
                                                 

Mathilde, A.S. Éd.-Lib.

 

 

BENJAMIN sur LITTEXPRESS

 

Benjamin Remember

 

 

 

Article de Cécile sur Remember.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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7 juillet 2011 4 07 /07 /juillet /2011 07:00

Midorikawa-Le-Pacte-des-yokai--couverture.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MIDORIKAWA Yuki
Le Pacte des Yōkai
Natsume Yujin Cho
Delcourt, 2005 (2008)


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Née le 23 mai 1976, Midorikawa Yuki publie son premier manga en 1998 dans le magazine Lala. Elle reçoit un prix pour cette série, celui de jeune auteur prometteuse (LMG). Je n’ai malheureusement trouvé que peu de renseignements sur elle, si ce n’est que toutes ses histoires tournent autour des yōkai et des superstitions populaires.

Le premier tome du Pacte des Yōkai est publié en 2005 et remporte un succès immédiat auprès du grand public. Aujourd’hui, onze tomes sont parus au Japon pour dix en France. La série a récemment été adaptée en anime sous son nom d’origine et comporte treize épisodes.

Midorikawa-Le-Pacte-des-yokai-couv2.jpg

L’histoire

Natsume Takashi, orphelin, âgé de quinze ou dix-sept ans, voit les yōkai depuis qu’il est tout petit. Il hait ces fantômes qui l’ont forcé à passer de famille d’accueil en famille d’accueil sans réussir à s’attacher à quelqu’un à cause de son comportement étrange. Cette fois-ci, il est recueilli par des cousins éloignés de son père, un couple assez âgé, sans enfant, vivant à la campagne. C’est en fuyant un nouveau yōkai, dès son arrivée, que Natsume pénètre dans l’enceinte d’un temple shintoïste et brise un kekkai*.
Midorikawa-Le-Pacte-des-yokai--maitre_griffou.jpg

 

C’est là qu’il libère par erreur Maître Griffou (illustration), un démon supérieur de la famille des kitsune* qui passe son temps sous la forme d’un gros chat ressemblant à un maneki-neko*. Natsume va apprendre à cette occasion que sa grand-mère Reiko, qu’il n’a jamais connue, possédait le même pouvoir et qu’elle l’utilisait pour se lier aux yōkai en consignant leurs noms dans un carnet… Carnet dont il a hérité. Depuis, les démons le harcèlent pour récupérer ce carnet, soit pour retrouver leur nom, soit pour obtenir plus de pouvoirs. Maître Griffou va accepter de protéger Natsume à condition que celui-ci lui lègue le carnet lorsqu’il mourra.

 

 

Le jeune homme va par la suite rencontrer toute une panoplie de personnages, humains ou yōkai, chacun avec ses propres capacités qui le feront peu à peu changer d’avis sur la différence entre les deux espèces. Parmi les plus récurrents, l’exorciste et acteur Natori et ses démons serviteurs, un fils de bonze et son camarade de classe Tanuma et deux démons qui apprécient Natsume : Msuzu et Hinoe.



Le manga

L’histoire se présente sous forme de chapitres, de nouvelles, chacune centrée généralement sur une nouvelle rencontre. Le pacte des Yōkai étant avant tout un shojo*, l’histoire tourne beaucoup autour de sentiments purs, poétiques : l’amitié, l’acceptation de soi et de l’autre, la tolérance… Avec bien évidemment la présence du “mignon” et d’humour, notamment entre Natsume et Maître Griffou… Bien qu’il ait juré de le protéger, cela ne l’empêche pas d’essayer de le croquer dans son sommeil !


Concernant le dessin, Midorikawa Yuki a un trait très épuré, très fin et très clair : les personnages, bien que clairement identifiables, ne possèdent pas beaucoup de détails, les paysages sont rares, vaguement esquissés et la présence d’esprits malfaisants est signalée par une augmentation des zones noires dans la page.
Midorikawa Le Pacte des yokai scan2


Les croyances

Midorikawa Yuki nous présente un grand nombre de croyances populaires japonaises. Différents types de yōkai sont représentés, des plus puissants, à l’exemple des kami*, aux plus insignifiants. Les yōkai réincarnations d’animaux ou autres à forme humaine possèdent un masque ou un voile marqué d’un symbole pour cache leur visage. L’auteur nous montre également plusieurs types de rituels d’exorcisme (d’emprisonnement, de libération, de destruction…).

Le nom a également une importance capitale, surtout à travers l’existence du carnet. Au Japon, la superstition veut que si quelqu’un connaît votre nom complet et son écriture, il a tout pouvoir sur vous. Les mots en général ont aussi une grande importance pour eux. D’ailleurs, lorsque Natsume effectue le rituel pour rendre son nom à un yōkai, il doit coincer la feuille entre ses lèvres et expirer profondément pour projeter les caractères hors du papier.

Midorikawa Le Pacte des yokai scan1

Mon avis

Une série très agréable à lire et qui permet de se familiariser avec l’univers fantastique et les croyances populaire du Japon. Cependant, et sans doute à cause du genre du manga, même les yōkai les plus redoutables n’apparaissent pas si dangereux. De manière générale, il se dégage une ambiance assez douce de l’histoire, d’autant que les dessins restent très clairs. Une autre série montre davantage l’aspect menaçant qu’ont souvent les forces occultes : xxxHolic, du studio CLAMP, édité aux éditions Pika.

Toutefois, Le Pacte des Yōkai reste un manga facile à lire, relaxant et qui permet de se familiariser avec les fantômes japonais.


Lory, 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

 Lexique

Kami : esprit supérieur, souvent représentatif d’un élément ou d’un objet dans l’imaginaire japonais et pouvant être assimilé à un dieu en Occident.
Kekkai : barrière magique rituelle, souvent délimitée par une cordelette de lin blanc.
Kitsune : démon renard.
Maneki-neko : statuette porte-bonheur représentant un chat à la patte levée.
Shōjo : manga pour jeune fille.

 

 

 

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 07:00

Choi Kyu-sok l'amour est une protéine 

 

 

 

 

 

 

 

CHOI Kyu-sok
L’amour est une protéine
traduit du Coréen
par Baek Hye-ri
Casterman
Collection « Hanguk » , 2006
 

 

 

 

 

La collection « Hanguk »

a été lancée par Casterman

dans l’optique de mener
une politique éditoriale d’auteur
autour du manhwa.

 

 

 

 

 

 


Choi-Kyu-sok-copie-1.jpgQuelques mots sur l’auteur
 
Dessinateur Sud-Coréen né en 1977, Choi Kyu-sok a terminé ses études de bande dessinée à l’université de Sangmyeong en 2003. Il a, cela dit, été remarqué dès 1998 lorsqu’il a obtenu la médaille d’or du Concours des jeunes dessinateurs organisé par la maison d’édition Seoul Munwhasa, devenant ainsi un des auteurs émergents dans l’art du manhwa. Lors du Festival International de la Bande Dessinée organisé par Dong-A LG en 2002, il a ensuite décroché un grand prix dans la catégorie caricature.

En 2003, après la parution remarquée de Nouilles Tchajang, adaptation d’un roman écrit par le Coréen Ahn Do-hyun, il a reçu le prix du Président de la République récompensant les talents les plus prometteurs du XXIe siècle.

Il est membre du trio de dessinateurs de manhwas « Métamorphose en trois étapes », et enseigne dans un lycée professionnel spécialisé dans le dessin animé.

[sources : wikipédia, « L’amour est une protéine », mangakana.com]

 

Le manhwa

« Manhwa (prononcer man-houa) est le nom donné à la bande dessinée en Corée. On l'utilise à l'étranger pour désigner la bande dessinée coréenne. Part importante de la culture coréenne, le manhwa est très dynamique et se décline sous de nombreuses formes : papier, internet et téléphone mobile. La Corée du Sud est aujourd'hui l'un des premiers pays producteurs de bandes dessinées. Un auteur de manhwa est appelé un manhwaga. »

[Source : http://www.manga-the.com/definition-des-termes]

 

Les différentes intrigues

L’amour est une protéine est un manhwa composé de six nouvelles.
Choi Kyu-sok planche 1 L'Amour est une protéine-copie-1

Dans « L’amour est une protéine », trois colocataires commandent un poulet. Le livreur, un coq ruiné, est contraint de sacrifier son poussin pour honorer la commande.

 

Choi Kyu-sok planche 2 Cocaman-copie-1
Dans « Cocaman », Lee Dong-Wook, un premier de la classe un peu chahuté par ses camarades, décide de manipuler Cocaman, un grand dadais costaud et un peu simplet fan de coca-cola, pour en faire une arme de défense.

Dinosaure Dooly cherche à trouver du soutien pour sauver son ami Downer l’extraterrestre d’un kidnapping, mais personne ne souhaite le suivre.

« Léviathan » commence avec un roi qui règne en toute bonne humeur et bonne chère sur un royaume peuplé d’affamés dont il est déconnecté. Un révolutionnaire émerge du peuple, fomente un coup d’état et le renverse. Il part à la recherche d’une alternative à cette royauté, et se laisse berner par un « sage » qui le convainc d’adopter le « Léviathan ». Sorte de « big brother », ce dernier prend le pouvoir et applique une dictature « nouvelle formule », où tout le monde est officiellement heureux.

Dans « Ma décision », Jin-Suk, un jeune caïd, fait la loi dans son lycée. Seul un individu le fait flancher à chaque fois : Jung-Hoon, un des membres de sa bande qui s’interpose dès qu’il mène une action cruelle.

« Aiguille de pin » dépeint selon le schéma classique un village au sein duquel l’autorité de la famille-chef se base sur l’entretien d’une fausse croyance en une divinité. Il faudrait s’y soumettre et lui vouer un culte pour assurer la survie de tous. Sol, jeune fils de cette même famille-chef, découvre l’invalidité de cette croyance et décide, d’abord en toute insouciance, d’en faire part au reste de la tribu.

 

Des récits localisés portant une peinture globale de la condition humaine

Ces nouvelles ont pour point commun de proposer un regard pour le moins pessimiste sur la société dans laquelle évoluent leurs personnages : un monde misanthrope, autoritaire, sadique, peuplé d’individus sans scrupules, voire tout simplement fous, ou qui du moins parviennent habilement à se mentir de manière à pouvoir faire endurer à d’autres d’intenses douleurs sans pour autant s’en culpabiliser outre-mesure.

Un tableau empreint de noirceur qui a priori dépeint les vices de la société coréenne, mais qui peut aisément s’appliquer aux sociétés occidentales, voire aux sociétés humaines de manière générale. Il ne s’agit pourtant pas d’une description globale desdites sociétés : cette analyse parvient toujours à se réaliser dans des lieux, époques et contextes très particuliers, locaux. Dans la plupart des nouvelles, l’action prend place en ville : dans une société imaginaire dans la nouvelle « Léviathan », et au sein d’une société primitive dans la nouvelle « Aiguille de pin ».

Si ces situations localisées parviennent à revêtir un caractère universel, c’est parce que le lien est en permanence maintenu entre attitudes et choix individuels, et schéma sociétal global. C’est le caractère intrinsèquement mauvais des humains qui mène à des situations générales monstrueuses. Le monde semble voué à l’atrocité parce qu’elle coule dans les veines mêmes des êtres qui le constituent. L’ordre social semble s’y maintenir grâce à une manipulation des individus qui s’opère grâce à leur médiocrité intellectuelle. Ils sont ainsi souvent amenés à construire eux-mêmes cette situation sociale calamiteuse.

Dans « Léviathan », par exemple, on parvient dans un premier temps à faire accepter aux habitants du royaume une autorité présentée comme naturelle. Cette autorité amène une privation de liberté pour les individus, qu’on leur fait accepter avec aisance grâce à l’efficace argument de « la recherche du bonheur collectif », argument que l’on peut retrouver dans nombre de discours politiques ayant jalonné l’histoire humaine.

Les médias ne jouent pas dans ce recueil de rôle reluisant : publicité dans « L’Amour est une protéine », dessins animés ou jeux vidéos dans « Cocaman », buzz télévisuel dans « Dinosaure Dooly », propagande dans « Léviathan » et « Ma décision »… Dans la plupart des cas, ils contribuent à l’aliénation des individus.

On rencontre pourtant systématiquement dans ces nouvelles au moins un personnage qui tente de résister au rouleau compresseur d’une cruauté humaine convaincue de son bon droit. Cela en fait une figure attachante, du moins émouvante, même si souvent impuissante et largement dépassée par les événements. Ce personnage semble ainsi exister, non pas pour rassurer le lecteur ou le faire croire en la possibilité d’un happy-end, mais pour incarner une goutte d’humanité et de sensibilité dans l’océan de cette société dure, amère, blasée.

 

Ces six nouvelles s’articulent généralement en deux temps : un passé et un présent, ou un présent et un futur. Le temps qui intervient en second lieu voit presque systématiquement se dérouler un scénario, une situation encore plus déplorables qu’à l’époque précédente. Même si les situations initiales sont parfois peu joyeuses, un individu ou événement pivot, central, permet parfois d’espérer un mieux, mais aboutit quasi irrémédiablement à une fin encore plus sombre.

 

Aspect visuel de l’œuvre
Choi Kyu-sok planche 2 L'Amour est une protéine
 L’ensemble du recueil se caractérise par un trait précis et des angles de vue variés, quasi cinématographiques : plan large, zoom, plongée, contre plongée, onomatopées, effets visuels de mouvement, viennent nourrir les différents récits de Choi Kyu-sok. Le travail des couleurs, ainsi que le dessin des personnages humanoïdes à têtes d’animaux de l’Amour est une protéine (dont un figure en couverture), amènent un rendu à la fois subtil et efficace, qui n’est pas sans faire penser à la série Blacksad.

L’esthétique des six nouvelles est cependant nettement diversifiée, tant et si bien que l’on pourrait croire à un recueil collaboratif. Les planches de « Léviathan » semblent avoir été réalisées à la peinture à l’huile (l’image du Léviathan couronné p. 101 n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’huile sur toile du Pape Innocent X réalisée par Velasquez en 1650). Celles d’ « Aiguille de pin » s’apparentent davantage à de la gravure sur bois, et celles de « Cocaman » et « Dinosaure Dooly » à un travail au crayon. Choi Kyu-sok nous propose ainsi une intéressante démonstration de la maîtrise qu’il a développée de son art.

Ce manwha constitue ainsi une œuvre particulièrement riche, jalonnée de diverses subtilités visuelles, narratives et métaphoriques.


Camille, A.S. Bib.-Méd.
 

Informations annexes

« Les personnages des colocataires du récit « L'Amour est une protéine » réapparaîtront dans un autre manhwa de Choi Kyu-sok, Le marécage, sorti en 2005.

Le récit « Cocaman » a gagné le Grand prix catégorie « caricature » lors du Festival international de la bande dessinée organisé par Dong-A LG en 2002.

Le récit « Aiguille de pin » a reçu la médaille d'or du concours des jeunes dessinateurs dans la catégorie « manhwa pour adultes » organisé par la maison d'édition Seoul Munhwasa en 1998.

Le récit « Dinosaure Dooly » est un hommage à un héros célèbre en Corée du Sud, « Dooly le petit dinosaure », […] créé en 1981 par Kim Su-jeong, qui signe la postface du récit. Le titre original du manhwa est d'ailleurs « Triste hommage à Dooly le dinosaure. »


 

 

 

 


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21 juin 2011 2 21 /06 /juin /2011 07:00

Hanawa Kazuichi contes-du-japon-d-autrefois











 

 

 

 

 

HANAWA Kazuichi
Contes du Japon d’autrefois
Traduit du japonais
par Pascale Simon
Commentaires
par Rumiko Takahashi
Kana, collection Sensei, 2008














hanawa-kazuichi.jpgQuelques mots sur l’auteur

Hanawa Kazuichi est né le 17 avril 1947 au Japon, dans le département de Saitama à Yorii. Il débute sa carrière de mangaka en 1971 en publiant le manga Kan no Mushi dans le magazine Garo. Ses œuvres de l’époque (Kikan, Niku yashiki…) sont influencées par Yoshiharu et l’eroguro : c’est un mouvement artistique japonais qui mêle l’érotisme à des éléments macabres et grotesques. Certains artistes de ce mouvement se revendiquaient de Georges Bataille ou du Marquis de Sade.

Hanawa-dans-la-prison.jpg

 

 

ax.jpgDans les années 80, son style évolue. Il développe un intérêt pour le moyen-âge japonais, les histoires se référant au bouddhisme, aux légendes et aux créatures imaginaires. En 1994, il est arrêté pour détention illégale d’armes à feu. Il est condamné à trois ans de prison, période pendant laquelle il écrit Dans la prison. Il fut publié en 1998 dans le magazine Ax et eut un immense succès. Dans la prison est publié en France chez Ego comme X.


 

 

 

 

 

 

Résumé de l’œuvre

Ce one-shot est un recueil de dix anciennes légendes qui sont reprises ou revisitées par l’auteur :

« Le moineau à la langue coupée »
« Urashima Tarō »
« Le Mont-qui-crisse »
« Le bonhomme comme un pouce »
« Le vieil homme qui faisait fleurir les arbres »
« Dame Courge »
« Momotarō »
« Le vieil homme qui avait perdu sa bosse »
« La bataille des singes et des crabes »
« Dame Kaguya »
« Conte du Japon du futur »

 

Hanawa-Kazuichi-Contes-du-japon-d-autrefois-pl.jpg

 

Voici le résumé des deux premiers contes ainsi qu’un lien vers la légende dont s’est inspiré l’auteur pour chacun d’eux :

 

 

« Le moineau à la langue coupée »
 
Une jeune fille vit avec une vieille dame qui la maltraite. Cette dernière se plaint des oiseaux de son voisin, un vieil homme ; ils viennent faire des saletés sur les vêtements qu’elle met à sécher. Pour s’excuser, le vieil homme donne à la jeune fille une calebasse dorée remplie de riz et qui ne se vide jamais. De retour chez elle, la veille dame essaye la calebasse mais rien ne sort. Furieuse, elle décide de couper la langue d’un moineau, qu’elle avait attrapé plus tôt dans la journée, afin de se venger du vieil homme. Quelque temps plus tard, la jeune fille rencontre le vieil homme dans la montagne. Tous deux font la rencontre du moineau à la langue coupée qui les invite à un banquet. Avant de repartir il leur donne un panier contenant des objets précieux. Jalouse, la vieille femme décide de partir dans la montagne pour trouver le trésor des moineaux. Elle tombe sur une grotte pleine d’un trésor. Mais elle appartient à des bandits qui, voyant la vieille femme tenter de voler leur butin, la tuent.

 La légende du moineau à la langue coupée dont s’est inspiré l’auteur.
 


« Urashima Tarô »

Une jeune fille vit dans un village au bord de la mer et s’occupe d’un jeune veau, Kuro. Son grand-père doit s’en séparer afin d’en avoir un plus vieux. En parallèle de cette histoire, un homme, Urashima Tarō, revient au village mais il ne reconnaît rien ni personne. Personne ne semble se souvenir de lui. Dépité, il ouvre la boîte que lui avait donnée une princesse de l’océan : il se met d’un seul coup à vieillir. Alors il se rend compte que le temps est passé plus vite qu’il ne le pensait pendant qu’il était dans le royaume sous-marin. N’ayant plus rien qui le rattache au village, il décide de retourner dans le royaume sous-marin. Pendant ce temps, la jeune fille cherche un moyen de ne pas vendre son veau Kuro. Ce dernier bouscule la boite d’Urashima Tarō et se transforme en un magnifique taureau. Voyant cela, la jeune fille retourne en courant au village, heureuse de ne pas avoir besoin de vendre Kuro.

 La légende d’Urashima Tarō dont s’est inspiré l’auteur.


Analyse

Dans chacun de ces contes, le même schéma se répète : une jeune fille d’une dizaine d’années environ mène une existence assez misérable mais un événement surnaturel vient bouleverser sa vie qui devient meilleure. Kazuichi-Hanawa-n-b.jpgL’élément surnaturel est toujours facilement accepté par les personnages, qui ne se posent aucune question : par exemple, dans le conte « Urashima Tarō », lorsque le veau devient un taureau, la jeune fille n’est même pas surprise de cette transformation ; elle est simplement heureuse. De plus, on remarque que cet élément surnaturel relève le plus souvent de la science-fiction : souvent, c’est un petit personnage qui fait son apparition et change le quotidien de la jeune fille ; on remarque que ce personnage ressemble parfois à un Martien (voir l’image ci-contre tirée du conte « Le bonhomme haut comme un pouce »). Cela constitue une différence importante avec nos contes occidentaux où le surnaturel réside souvent dans la présence de fées, sorcières… bref plutôt le monde de la magie, du fantastique. On se rapproche ici davantage du monde de la science-fiction avec ces personnages ressemblant à des extra-terrestres. Ces contes japonais semblent plus modernes, plus en avance sur leur époque que nos contes occidentaux ; ils sont en même temps moins enfantins mais cela est dû aussi à la démarche de l’auteur qui a repris des légendes japonaises pour les réécrire à sa façon.

Concernant le graphisme, Hanawa Kazuichi dessine un peu à l’ancienne. Beaucoup comparent son style à celui des estampes japonaises : on retrouve le même souci du détail surtout dans les paysages.



Mon avis

J’ai bien aimé ce recueil mais il m’a fallu plusieurs lectures pour comprendre certains contes, entrer dans cet univers fantastique si différent de nos contes occidentaux. On en apprend beaucoup sur les anciennes croyances japonaises ainsi que sur le Japon du moyen-âge. Quant au dessin, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai eu du mal à entrer dans ce recueil : il y a un certain souci du détail concernant les différents paysages mais les personnages semblent un peu tasser sur eux-mêmes ; il est vrai que la plupart sont des paysans qui mènent une vie dure ; il est donc normal qu’ils ne soient pas représentés comme étant en pleine forme, mais certains ont l’air un peu brouillon ; l’héroïne est dessinée avec une tête assez proéminente sur un petit corps, ce qui, selon moi, gâche un peu le dessin. Malgré tout, ce recueil reste un incontournable pour qui veut s’immerger dans les légendes japonaises.


Marina B., 2e année Bib.-Méd.

 

 


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15 juin 2011 3 15 /06 /juin /2011 07:00

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JI Di
My Way 1
traducteur Xavier Luce
Xiao Pan 2007


 

 

 

 

 

 

 

 

 

V, le bonhomme au chapeau, voyage. Pourquoi et vers où, nous ne le saurons pas. Mais nul besoin de connaître les causes ou la destination pour suivre son épopée. Savoir où l'on va n'est pas la chose la plus importante, c'est le voyage en lui-même qui est marquant. Aller de ville en ville, voilà ce que fait notre personnage. Au fil de son errance, V fait de belles rencontres avec des gens très différents, tous reliés par un fil de sentiments, l'amour, le bonheur, parfois la tristesse. Chacun racontera son histoire, pourquoi il est là, ici et maintenant. Le bonhomme au chapeau les écoutera, du début à la fin, essayant de les comprendre.

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La première histoire qu'il écoutera sera celle d'une jeune fille qui a longtemps cherché SA fleur. Se pensant destinée à une rose, ou autre lys, elle est déçue en découvrant que finalement, ce n'est qu'un simple cactus qui l'attend. Mais comment être sûre que c'est bien sa fleur ? Ne doit elle pas continuer à chercher ? Ou faut-il seulement qu'elle accepte la beauté et le bonheur que lui apporte cette fleur ?

« Le cactus est couvert d'épines, mais il recèle en son sein un liquide onctueux ».

 

 

 

 

 

 

Puis V arrive dans une ville où il n'y a pas d'étoiles dans le ciel. Elles se mettent cependant à briller, un soir, grâce à un magicien. Ce dernier a décidé d'apprendre la magie de ces astres, pour pouvoir illuminer ce ciel solitaire pour la femme qu'il aime. Pour y arriver, il a dû partir pendant dix ans de chez lui. Mais durant ce laps de temps, cette magie qu'il a obtenue, il ne pourra l'offrir à sa bien-aimée, celle-ci ayant refait sa vie, et n'habitant plus cette ville.

« Toutes les épreuves qu'il avait supportées en silence pendant ces dix ans, il les avait supportées pour l'idéal de la propriétaire de ce nom ».
Ji-Di-My-Way-03.jpg

 

 

 

 

 

 

Suivra l'histoire d'un jeune couple qui a décidé de quitter sa ville et ceux qu'ils aimaient pour trouver leur tour de lumière, l'endroit où ils pourront être heureux. Puis celle de deux amoureux qui ont préféré se quitter, leur amour devenant trop étouffant les privait de liberté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Il écoutera ensuite un aviateur qui a choisi sa passion, voler haut dans le ciel, et ne peut se résigner à l'abandonner par amour. Et, enfin, V découvrira l'histoire d'une jeune fille, partie de chez elle, voulant voir le monde, en pensant que son petit ami ne l'aimait pas, sans remarquer qu'il avait sa manière à lui de lui montrer son amour, autrement qu'en le lui disant.


 

 

 

 

 

 

 

C'est ainsi que nous suivons le personnage principal, V, dans son voyage et écoutons avec lui toutes ces histoires, racontées avec une vraie sensibilité, celle des personnages. Ils sont souvent tristes, mais acceptent leur choix et ce qui leur arrive, parfois d'une manière fataliste. Notre homme au chapeau, lui, est certes là pour les écouter, mais aussi pour se poser en juge, voire en moraliste. Il tente toujours de leur montrer la double face de leur situation, qu'ils ne voient pas parce qu’ils sont trop enfermés dans leur propre monde pour comprendre qu'ils n'ont pas forcément pris les bonnes décisions. Il leur fait entendre raison, ou du moins, il essaye.

 

 


Chaque saynète de ce mànhuà est caractérisée par une couleur qui reflète l'atmosphère et les sentiments du personnage. Cela nous donne le ton de l'histoire que nous allons découvrir, et nous comprenons donc mieux ce que vont nous raconter les personnage. Ces derniers n'ont pas de personnalité bien définie, mais sont plutôt les représentations d'un sentiment, d'une envie ou d'un état d'esprit. Cette impression est amplifiée par le style du dessin de Ji Di : rond, doux, avec des traits légers, presque flottants. Cette sensation de merveilleux, de fantastique, de flou que suscitent ces histoires plutôt tristes est recadrée par des cases parfaitement rectangulaires, très strictes. « C’est comme le yin et le yang », explique Ji Di. De plus, il y a toujours très peu de textes dans chaque case. L'essentiel tient en quelques mots. Les paroles des personnages sont dites d'une manière très poétique, presque « philosophique ». Ces discours sur les sentiments et la vie ne sont malgré tout ni niais ni mélodramatiques. On retrouve même parfois des épisodes de nos propres vies dans ces histoires, on a l'impression que l'on a déjà vécu la même chose.

Enfin, chaque saynète est complètée par un court texte, sur le même thème mais proposant une nouvelle histoire, qui permet de compléter la précédente et de mieux la comprendre.


Pour conclure, je dirai que ce mànhuà est vraiment très beau et que, même si parfois il peut être triste, il apporte une sorte de fraîcheur, une atmosphère calme et reposante. Et les tomes suivants sont d’une même qualité. Ils abordent cependant des thèmes plus sombres, comme la mort, la perte.

Je comprends très bien pourquoi Ji Di connaît un grand succès dans son pays d'origine, la Chine, et j'espère qu'elle connaîtra le même en France et en Europe.

 

Suzy L.,  1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

 

 Liens

Éditions Xiaopan : http://www.xiaopan.com/francais/

 Entretien sur ActuaBD : http://www.actuabd.com/Ji-Di-La-serie-My-way-suit-mon-evolution-dans-ma-vie-de-maniere-totalement-imprevue

 

 

 

 

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9 juin 2011 4 09 /06 /juin /2011 07:00

Yoshiharu-Tsuge-L-Homme-sans-talent.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TSUGE Yoshiharu
L’Homme sans talent

Traduction : Kaoru Sekizumi
Adaptation : Frédéric Boilet
Ego comme X, 2004

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Homme sans talent raconte la vie d’un homme qui ne trouve pas sa place dans la société. Livre fondateur du courant japonais appelé « l’écriture du moi* », l’œuvre de Tsuge surprend par la singularité de son scénario. Marqué par une narration lente rythmée par les pensées de l’auteur, l’Homme sans talent est une œuvre à contre-courant du manga tel que généralement appréhendé dans les années 80. L’absence de réelle histoire, d’actions et rebondissements sont des aspects extrêmement novateurs.

Autobiographie romancée de Tsuge, ce manga est construit sur la base de plusieurs épisodes de sa vie, épisodes formant une accumulation de ratages successifs. Une nuance doit être faite entre le terme autobiographie tel qu’il est compris en occident et l’autobiographie telle que pensée dans la culture japonaise. Celle-ci n’est pas un récit relatant avec exactitude la vie de l’auteur mais plutôt un choix consistant à relater des événements de sa propre vie lui permettant d’ancrer le récit dans un réalité, dans une forme empreinte d’authenticité.

Yoshiharu-Tsuge--homme-sans-qualite-pl1.jpgLe premier chapitre s’ouvre sur une image représentant à la fois le point de départ et l’aboutissement du récit. Le narrateur est seul, allongé sous un abri de fortune, une expression de grande tristesse sur le visage dont il ne se départira pas durant tout le récit. La première phrase : « Pour finir, je suis devenu marchand de pierres. Je n’ai rien trouvé de mieux. »


Commencer un livre par les deux mots « Pour finir » traduit le profond pessimisme du récit. À peine ouvert, celui-ci est déjà bouclé, les jeux sont faits, nous entrons dans un enchaînement irrémédiable dans lequel la notion de destin est déjà solidement ancrée.


C’est à travers la profession de l’auteur, « marchand de pierres » que le lecteur entre dans  son histoire personnelle, profession qui sera la dernière après une succession d’autres tentatives. Le récit est construit dans une forme proche du flash-back au cinéma ; plus on avance dans le manga, plus on remonte le temps, le tout dans un mouvement de recul permettant de comprendre les raisons de la fatalité avec laquelle s’ouvre le récit.


Le titre de l’ouvrage « L’Homme sans talent », fait référence, à première vue, aux différents échecs professionnels du narrateur, à ses multiples tentatives désastreuses. En une sorte d’autobiographie partielle, cet angle d’approche laisse bien sûr entrevoir, en filigrane, l’échec de sa vie personnelle et familiale.

La première partie du récit raconte le présent de Tsuge et ce métier particulier qu’il exerce. Pratiquant l’art dusuiseki (comparable à l’art de l’ikebana dans sa philosophie), des collectionneurs de pierres rassemblent certains spécimens rares, considérés comme des représentations du cosmos.  Ainsi, une pierre peut, par sa forme, recéler l’essence d’une montagne…

 
L’homme est fauché. Il ramasse des pierres au bord de la rivière proche de chez lui puis les expose sur un petit étal installé par ses soins sur la berge. Quête désespérée puisque ce qu’il voit de beau dans les pierres semble très commun aux quelques promeneurs passant devant son commerce de fortune. Il ne vend rien et on pense à un petit garçon collectionnant et vendant ses trouvailles pour s’amuser. Le contraste est saisissant entre ce qui pourrait être le jeu d’un enfant et cet homme à l’expression meurtrie, dont le but n’est clairement pas de prendre du plaisir. Un vrai mystère entoure cet homme dont l’image résignée ne correspond guère à la poésie, à la quête de beauté qui l’anime malgré tout. Car ce récit n’est, au final, qu’une longue quête désespérée, destinée à trouver un sens aux choses, un sens à l’existence.  

Yoshiharu-Tsuge--homme-sans-qualite-pl2.jpg

 

 

 

 

Quelques pages plus loin, l’homme retrouve sa femme et son jeune fils à la maison. L’ambiance du foyer est asphyxiante, résultat d’un quotidien cruel. Le couple est profondément désuni, on ne voit d’ailleurs jamais le visage de la femme, esquivée du dessin, la tête tournée, à contre-jour ou dans l’ombre. Cette déshumanisation du personnage bloque d’avantage encore la situation.
 

 

Les jours passent invariablement, l’homme ne vend rien et chaque soir, de manière presque rituelle, son petit garçon vient le chercher pour rentrer à la maison. L’enfant ne sourit pas, n’a pas d’expressions, il est désincarné.

L’homme rencontre un oiseleur. Comme ce sera le cas tout au long du récit, chaque « épisode » de la vie de l’auteur est marqué par une rencontre, rencontre à chaque fois décisive quant à la succession des événements futurs. De manière systématique, la base de l’échange entre les deux personnages, des hommes, concerne leurs professions respectives. Par exemple, l’oiseleur raconte au narrateur un moment marquant de sa carrière. Si ces différentes histoires dans l’histoire, racontées par les hommes croisés en chemin par Tsuge, abordent toujours des professions, ces conversations sont clairement des écrans cachant une réflexion métaphysique sur la vie. Le récit de l’oiseleur fait écho au propre vécu de l’auteur puisqu’il est couronné de succès dans un premier temps avant de s’écrouler peu à peu. Il vient, en quelque sorte, confirmer la logique selon laquelle tout acte est voué à l’échec, au malheur. Le narrateur, plongé dans le désarroi suite à cette conversation, tente de se suicider, sans succès.

 

 

 

Le passé rattrape le narrateur dans le troisième chapitre. Il avait été question de son passé d’illustrateur dans les premières pages mais très superficiellement.


Un libraire se présente à son domicile et lui propose d’acheter quelques planches originales destinées à être revendues à un collectionneur. Tsuge accepte même s’il ne comprend absolument pas qu’une personne puisse désirer acheter une de ses productions. À travers le regard désintéressé de l’auteur sur son œuvre, le lecteur comprend qu’à ses yeux cette période est révolue, celle-ci n’a plus aucune valeur.


Avec cet apport d’argent providentiel, il décide de partir en voyage avec sa femme et son fils. Déconnecté de ses responsabilités de chef de famille, il pense que cet argent gagné sans effort ne peut pas être dépensé raisonnablement. Il doit être utilisé de la manière dont il a été gagné et donc, de manière extraordinaire. Le moment où l’homme annonce à sa femme leur départ en voyage marque une rupture dans le récit. Pour la première fois, le visage de la jeune femme est clairement visible, procurant une bouffée d’oxygène au lecteur. Au final, le voyage ne se passera pas très bien, chacun étant rongé par ses regrets, particulièrement la femme qui pense avoir raté sa vie avec son mari et ne manque pas de le lui faire remarquer.

 

 

 

Dans le chapitre suivant, le narrateur est un jeune homme marié depuis peu et récemment père d’un petit garçon. Tsuge rencontre un brocanteur. Après un début très prometteur dans la bande dessinée, l’auteur a fait volte-face suite à une prise de conscience idéologique radicale ; il déteste l’idée que l’on se fait de l’art dans les milieux consacrés.
 

 

La rencontre avec le brocanteur va être décisive pour son futur professionnel puisque Tsuge se projette immédiatement dans cette profession. Il trouve dans la boutique un appareil photo qui ne fonctionne plus. Le brocanteur le lui vend pour une bouchée de pain. Plus par ennui que par nécessité, le narrateur s’amuse à réparer l’appareil. Il se rend compte qu’il peut le revendre très cher et c’est à partir de ce moment qu’il devient marchand d’appareils photo d’occasion. Il gagnera un peu d’argent au début puis son activité stagnera. Ce sera le début de ses problèmes de couple.

Yoshiharu-Tsuge--homme-sans-qualite-pl3.jpg

 

 

Le récit étant construit en boucle, la dernière partie du récit se déroule à nouveau au présent. Cette fois, le narrateur rencontre un libraire un peu fou. Et c’est dans cette dernière partie du récit, qui devient d’ailleurs très onirique, que l’on va toucher le nœud du problème, qui n’avait été qu’effleuré précédemment.


Le dialogue entre le libraire et le narrateur est sans équivoque, le libraire lui dit :


— « C’est un peu comme cette façon que vous avez de dissimuler vos talents. En jouant les inutilités, vous vous mettez au rancart de la société…N’est-ce pas comme d’en disparaître ? »

 

Le sens profond de L’Homme sans talent est résumé dans ces quelques lignes ; quel sens donner à sa vie ? Celle-ci n’est-elle d’ailleurs pas une fuite continuelle et inconsciente ? À travers ses multiples tentatives, la fatalité avec laquelle elles s’enchaînenr, son refus de voir les choses en face, l’auteur n’est-il pas, finalement, le grand absent de sa propre vie ?
 

 

Le fait de se soustraire de ses responsabilités familiales, notamment dans sa relation de couple, ponctue le récit et renforce l’idée que l’homme est hors de tout, hors de sa vie. La figure féminine, celle de sa femme mais également celles des autres femmes de l’ouvrage, est immanquablement associée aux corvées terrestres, à l’angoisse de la routine, du quotidien.


Tsuge pose la question du statut de l’homme dans la société japonaise et dans la société de manière générale. Ici, les hommes ont fait le choix, plus ou moins délibéré, de s’extraire de leur statut, de leurs responsabilités. Ils sont submergés par leurs propres vies. Le lecteur assiste à cette errance permanente, à des vies dont le sens est confus. Cette perte de repères est-elle imputable à l’époque dans laquelle ces hommes vivent ? Dans le dialogue entre Tsuge et l’oiseleur, le narrateur insiste sur ce point :


— « Si c’est traditionnel et si c’est japonais, c’est ringard ! Ils n’en veulent pas ! Mais si ça vient d’Occident, c’est accueilli à bras ouvert ! Écrit à l’horizontale, le japonais est forcément plus chouette…Tendance moderniste de pacotille ! »

 

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Graphiquement, l’Homme sans talent est parcouru de cases dans lesquelles aucune action n’est apparente. Ces cases, véritables respirations dans le récit, donnent corps à la pensée de l’auteur, à ses moments introspectifs. Elles permettent également d’inscrire le récit dans un espace ou un temps donné, une ambiance.
 

 

Le « Ma », notion fondamentale dans l’esthétique traditionnelle japonaise, est définie  comme l’intervalle de temps ou d’espace, la « pause » assurant à une œuvre d’art sa juste respiration. En filigrane, cette tradition est ancrée dans l’œuvre de Tsuge mais également dans nombre d’ouvrages de cette époque (par exemple dans l’œuvre de Taniguchi), accordant une grande place au quotidien et à la psychologie des personnages. Cette respiration dans le dessin permet au lecteur de suivre tranquillement des yeux une scène et de découvrir dans celle-ci les détails qui font le quotidien. Comme d’autres auteurs de manga, mais également de cinéma (par exemple le réalisateur Ozu avec des films comme Voyage à Tokyo ou le Goût du saké), Tsuge, à travers la finesse de son dessin et le découpage des scènes, nous permet de retrouver des sensations de la vie quotidienne auxquelles nous ne portons plus attention. Certains gestes imperceptibles, certains paysages n’apparaissent qu’après une exploration minutieuse des vignettes. À travers le dessin de scènes a priori paisibles, Tsuge excelle dans l’art de faire passer des sentiments, souvent pathétiques.
 

 

 

 

Dans l’histoire du manga au Japon, l’œuvre de Tsuge est également remarquable en ce qui concerne la structure narrative du récit. L’auteur réussit à s’affranchir de celle qui a été généralement de mise après guerre, c’est-à-dire une structure reposant sur un schéma introduction, développement puis dénouement (structure historiquement établie par Tezuka) en composant des récits dont l’ordre chronologique est bousculé ou des mangas ne comportant pas vraiment d’intrigues.
 

 

Au final, le sens de ses bandes dessinées n’est pas obligatoirement celui qui est donné par l’enchaînement des actions et les relations entre les faits relatés, mais plutôt les relations se nouant entre un personnage et son environnement.


*  Le « roman personnel » ou « l’écriture du moi » (watakishi-shôsetsu en japonais) constitue l’un des courants du roman japonais moderne. Cette forme romanesque s’est imposée à la fin de l'çère Meiji et se caractérise par le traitement de thèmes liés à la vie privée de l’auteur sur un mode introspectif et parfois exhibitionniste. Ce courant peut être comparé au naturalisme européen. Au Japon, les réactions sont partagées à propos de ce type de production ; certains y voient des récits d’une grande richesse et apprécient l’impression de réalité qui se dégage des œuvres, d’autres au contraire le dénigrent, l’accusant de faire disparaître la littérature japonaise et l’aspect divertissant des récits de fiction.


Claire, Année Spéciale Édition-Librairie

 

 

TSUGE Yoshiharu sur LITTEXPRESS

 

Yoshiharu Tsuge L Homme sans talent

 

 

 

 

Article de Mélodie sur L'Homme sans talent. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 07:00

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Reno LEMAIRE
Dreamland
Pika, tome 1 le 25 janvier 2006
9 tomes publiés à ce jour.






 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’inspiration

Dreamland est un manga créé par Reno Lemaire. La particularité de l’auteur est qu’il est français (il vient de Montpellier) et il confesse dans une interview que peu de personne le considèrent réellement comme un manga ka (la plupart sont japonais) ; cependant, au lieu d’essayer de copier le style japonais, Reno se l’approprie et en fait un atout dans son manga. Il s’inspire librement de One piece (surtout pour le personnage d’Eve) mais aussi d’auteurs franco-belges.L’histoire se déroule à Montpellier et on peut y retrouver des lieux réels comme la Place de la Comédie ou encore le lycée Jules Guesde où étudie le héros ; il introduit également le parler montpelliérain où les filles sont des « chouquettes ».
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Son style de dessin est assez fouillé et recherché ; les premières pages de chaque tome sont en couleurs et les lecteurs adorent (généralement, la coupure entre deux tomes se fait à un moment fatidique et Reno nous régale d’illustrations couleurs magnifiques au début du tome suivant).


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Chaque tome est ponctué de combats de quête et de problèmes mais aussi d’humour ; le franc-parler des personnages les rend sympathiques et le lecteur s’attache profondément à eux :  « non, sérieux, chais pas pour vous, mais moi le trip globe-trotter aventurier, ça me fait kiffer moyen… » (Terrence).



L’histoire
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Terrence, le héros, âgé de 18 ans, est en terminale STG (il n’y a pas d’uniforme !) et il essaye de passer son bac. Des choses quotidiennes pour les lecteurs français (exotiques pour les lecteurs japonais) ; c’est un adolescent normal jusqu’au moment où il devient un voyageur. En effet, nous sommes tous des rêveurs, des personnes qui lorsqu’elles dorment vont à Dreamland, vivent des choses puis les oublient plus ou moins. Les voyageurs sont des personnes qui ont vaincu leurs cauchemars, leur pire peur. Ils ont alors conscience qu’ils rêvent et peuvent agir d’eux-mêmes à Dreamland. Terrence avait peur du feu depuis que sa mère est décédée dans un incendie. Il surmonte sa peur et devient un contrôleur du feu – assez mauvais au départ.

 

           Terrence

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Là commence l’histoire. Terrence découvre Dreamland, les différents royaumes (tels que le « Royaume des doutes » ou « Champiland »…) mais aussi les ennemis potentiels (Les seigneurs cauchemars). Il décide au commencement de protéger les rêveurs des cauchemars puis renonce plus ou moins à cette utopie et change d’objectif : aller à Edénia, le pays des âmes pour revoir sa mère. Le chemin est long et difficile mais chaque nuit Terrence court après cette légende. Certains personnages vont lui venir en aide. Il forme ainsi une équipe avec Savane, Eve et Sabba qui l’assistent dans sa quête.



Savane             

Dreamland image 3

La Double Vie.

Parce que chaque rêveur est une personne réelle, Terrence rencontre des personnes qu’il côtoie au quotidien. Il doite par exemple affronter son professeur de français qui est lui aussi un voyageur. Élément plus complexe, il y a aussi des anomalies de temps à autre ; ainsi, un jour, il rencontre un rêveur permanent parce que cette personne est plongée dans le coma. La fine équipe affronte ces péripéties tout en essayant de garder une vie normale dans notre monde.
 

Laura, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

 

 

Liens



Le site officiel :

 http://www.pika.fr/dreamland/index.php

Interview de l’auteur :  

http://www.actualitte.com/dossiers/429-miya-reno-lemaire-manga-francais.htm

Séance de dédicace :

http://www.babelio.com/auteur/Reno-Lemaire/11202

 

 

 

 


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2 juin 2011 4 02 /06 /juin /2011 07:00

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BENJAMIN
Remember
Édition  Xiao Pan
2006



 

 

 

 

 

 

 

 

benjamin.jpgBenjamin

Benjamin, de son vrai nom, Zhang Bin, est né le 16 mai 1974 dans la province de Heilongjiang. Il y a étudié la mode et le design et c’est à ce moment-là qu’il a choisi de travailler sous le pseudo de Benjamin (plus facile à retenir pour les Occidentaux). Il décide de partir pour Pékin en juillet 1996 pour étudier la bande dessinée. En septembre 1999, il s’installe à Tianjin pour se consacrer à son art  ; il retourne régulièrement à Pékin afin de travailler pendant deux semaines et de gagner un peu d‘argent pour se nourrir ; ce sont les mêmes raisons qui le forceront à retourner s‘installer dans la capitale chinoise. En mars 2000, il écrit Fleurs inconnues en été qui est publié en mai 2000 dans Comic Fans Magazine. C’est sa première publication.

En septembre, il part pour Shangaï en raison de l’importance croissante qu’y a la BD. Là-bas, il essaie d’écrire un roman mais abandonne rapidement afin de se consacrer à son nouveau projet de bande dessinée, One Day, qui paraît en janvier 2002 dans Comic Fans. C’est  son premier recueil individuel.

En mars 2002, il retourne à Pékin où il fonde avec plusieurs amis un atelier d’illustrations publicitaires. En parallèle, il travaille sur la possibilité de remplacer la technique de dessin traditionnelle par l’ordinateur, ce qui lui permet de publier en deux fascicules La technique de la BD par ordinateur.
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En avril 2003, l’atelier est dissous et il publie L’été de cette année-là. En novembre, il publie la nouvelle Orange en couleurs. Il travaille ensuite jusqu’en août 2004 sur la bande dessinée Personne n’est capable de voler. Personne n’est capable de se souvenir qui remporte le premier prix de l'Oriental Animation and Comic Competition de la même année.

En octobre 2004, il publie le recueil Remember.

Son premier roman, The Basement, sort en 2005. Il enchaîne en 2006 avec Orange, un manhua très noir qui évoque les tourments d’une jeune fille suicidaire. En 2008, paraît en France un art book : Flash.

Durant l’été 2009, il participe à la création du clip J’aimerais tellement de Jena Lee (  http://www.youtube.com/watch?v=m6Rc8idptUM&eurl ).

Sa dernière publication qui date de cette année est Savior.

Pour en savoir plus sur Benjamin :
 
– son site officiel :  http://blog.sina.com.cn/benjamin (version chinoise) ;  http://www.myspace.com/pandaivy/blog (Version anglaise de son blog traduit par une de ses fans)
– un forum de discussion :  http://www.nautiljon.com/forum/asie/personnalites/benjamin+-auteur+chinois-6989,0.html
– des interviews :  http://www.youtube.com/watch?v=KQCmOmjiyoI&feature=player_embedded#! ;
             http://www.orient-extreme.net/index.php?menu=mangas_animation&sub=artistes&article=371.
– Vidéo : une séance de dédicace :

 http://www.youtube.com/watch?v=LkSa93EdBA0&feature=player_embedded

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Remember

L’ouvrage a été édité en France en 2006 chez l'éditeur Xiao Pan et se compose de deux one-shots : Personne n’est capable de voler. Personne n’est capable de se souvenir. et L’été de cette année-là, d’une série de planches qu’il a commentées, d’une courte biographie, d’un essai de trois pages et d’un mot de l’éditeur.
   
Les deux histoires mêlent fiction et réalité à travers des expériences qu’il a lui-même vécues.

La première histoire raconte les difficultés d’un jeune dessinateur de bd à être publié. Benjamin raconte ici sa lutte contre les rigidités de son pays par rapport à la bd.

Effectivement, il s’est heurte aux préjugés des Chinois et plus particulièrement des éditeurs par rapport à la bande dessinée. C’est un genre dénigré qui est considéré comme de mauvaise qualité et s’adressant uniquement aux enfants. Il refuse cependant de se plier aux conventions et écrit pour les adultes. On retrouve cela lorsque le protagoniste parle avec l’éditeur au début de l’histoire.
   
Il met en évidence son indépendance en présentant un personnage qui contraste avec lui, celui d’une jeune femme, elle aussi dessinatrice, qui s’est pliée aux règles de la société en devenant secrétaire. On identifie facilement l’auteur au personnage principal car les pensées du protagoniste sont souvent transcrites ; il ne le nomme pas une seule fois excepté lors d’une conversation sur msn où son pseudo est Ducon.



Benjamin-Remember-2.jpgLe deuxième récit évoque sa jeunesse d’étudiant, quand il logeait dans une résidence universitaire. Il raconte, en utilisant un point de vue extérieur, la descente aux enfers d’un jeune étudiant en art qui vient de la campagne et se fait martyriser par ses camarades de dortoir au point de sombrer dans la folie.

Son style général est très sombre ; c’est un auteur qu’on peut qualifier de torturé. Il n’est jamais satisfait de ce qu’il fait. Malgré sa célébrité en Chine et sa grande influence dans le monde de la bande dessinée, il dénigre constamment son travail et parle de lui en termes peu élogieux :
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«  La vie est comme une histoire drôle. Au début on ne comprend rien, puis, par un éclair d'intelligence, on comprend tout. Aujourd'hui, avec tout ce que j'ai vécu, je suis vraiment épuisé, mais je me rends compte que je n'ai rien compris.
Quoi que j'écrive ou dessine, j'écris n'importe quoi. Je suis les mouvements de ma main sans savoir ce que je dessine. J'ai l'impression d'être un débile. Les aspirations de ma jeunesse sont brisées. Comment les retrouver ? C'est si difficile. je vis comme si mon cerveau était enfermé dans une bouteille de verre. »
neige-fondante.jpg
On peut aussi s’en rendre compte avec les commentaires qu’il fait sur les illustrations Neige fondante, Cœur blessé et Menue poussière dans Remember.

    Pour ce qui est de son dessin, Benjamin travaille souvent à partir de teintes monochromes, en ajoutant de petites touches de rouge qui donnent vie au dessin. Il est très rare de trouver des dessins en couleur dans les manhua mais le fait qu’il travaille uniquement sur ordinateur depuis 2002 avec un logiciel qui lui permet de créer des graphismes colorés a fait évoluer les choses. Les traits de ses illustrations sont très énergiques et donnent une impression de mouvement à l’inverse de ses planches qui donnent plus une impression d‘instantané.

 

 

 

Cécile G., 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

 


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5 avril 2011 2 05 /04 /avril /2011 07:00

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TSUGE Yoshiharu
L’Homme sans talent
Titre original : Muno no hito
Traduction et adaptation graphique
Kaoru Sekizumi et Frédéric Boilet
Ego comme X, 2004



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Homme sans talent est un manga tout d’abord publié au Japon par chapitres dans la revue Comic Baku  en 1985-86, puis dans sa version intégrale en 1987. Il est édité en France en 2004 chez Ego comme X, éditeur spécialisé dans la bande dessinée autobiographique.

Plus qu’un manga, il s’agit en fait d’un Gekiga (littéralement dessins dramatiques), c’est-à-dire un manga aux thèmes adultes, ou manga d’auteur.



L’histoire est celle de Sukezō Sukegawa, un personnage sobre, auteur de manga, lassé de voir que le milieu de la bande dessinée ne s’intéresse pas au côté artistique de son œuvre et néglige les dessinateurs même réputés.

S’éloignant de plus en plus du milieu du manga et refusant les commandes, cet homme envisagera les professions les plus farfelues pour continuer à nourrir sa femme et son jeune fils. Accumulant les problèmes d’argent, les projets fous et les échecs, il sera vendeur de vieux appareils photo, puis antiquaire, pour enfin devenir marchand de pierres.

Ce personnage plutôt passif semble fuir la réalité et ne pas être acteur de sa vie. Se mettant lui-même en marge, il n’est pourtant pas sans talent puisqu’il fut un auteur de manga réputé. Sa femme, de plus en plus aigrie et lasse de leur situation précaire, l’accable de remarques amères et méprisantes, et le harcèle pour qu’il reprenne le dessin.

Le cours du récit nous amène à rencontrer des personnages singuliers, parfois pathétiques, toujours en marge de la société ou vivant dans la misère. Souvent moins rejetés par les autres que s’étant exclus eux-mêmes, on découvre un maître oiseleur préférant vivre dans la pauvreté en continuant à dresser des oiseaux traditionnels, plutôt que de suivre la tendance moderne des oiseaux exotiques, ou bien encore un petit bouquiniste passant ses journées à feindre d’être malade et à dormir dans sa boutique.

Ces personnages oisifs et mélancoliques, dont la situation est identique à celle de Sukezō Sukegawa, vivent en marge de la société japonaise où efforts et travail acharné sont la norme. Ils évitent sciemment la réalité pour essayer de vivre une vie d'artiste, sombrant de plus en plus, même si Sukezō Sukegawa ne semble pas l’admettre et préfère se voir  comme victime.
Larve

Le récit apporte une réflexion sur leur mode de vie et la raison de leur fuite, avec beaucoup de poésie et de philosophie, surtout dans le dernier chapitre où l’on découvre Seigetsu, maître du haïku, vivant à l'époque de la restauration de Meiji et mort dans la plus grande misère.

C’est une lutte entre le rêve, l’envie de liberté et la réalité. Cette lutte se traduit dans le récit par l’interruption brutale et systématique de toute pensée philosophique, ou rêve, par des éléments banals et triviaux du quotidien.

Dans cet univers assez sombre, ponctué de notes d’humour et d’ironie, Tsuge nous fait découvrir avec beaucoup de poésie la société japonaise des années 70, en pleine mutation, où la tradition et les valeurs ancestrales se trouvent brutalement confrontées à l’arrivée de la culture occidentale moderne.



L’auteur

Figure incontournable du Gekiga, Yoshiharu Tsuge fonde la bande dessinée du « Moi », dans les années 1960.

Il occupe une place considérable dans l'histoire de la BD au Japon, puisqu’il initie le manga à ce qui était jusque-là réservé à la littérature, le shishôsetsu, autrement dit l'autobiographie, en s'appuyant sur son propre vécu pour raconter des histoires.



L’Homme sans talent est résolument une autofiction puisque, comme son personnage, Tsuge produit peu, dégoûté par le milieu du Manga qui refuse de reconnaître son travail comme un art. Il n’a que peu de commandes de la part des éditeurs, ce qui le confronte à des difficultés économiques. Comme Sukezō Sukegawa, il pense à arrêter le manga pour ouvrir un commerce.

Tsuge révèle cela deux ans après la publication de L’homme sans talent, dans un entretien avec Hiroshi Yaku, ancien éditeur de la revue Comic Baku, pour laquelle il travaillait. Lorsqu’on lui demande quel type de commerce il aimerait tenir, Tsuge répond :

« Antiquaire, comme un de ceux qu’on voit dans l’Homme sans talent, ou vendeur d’appareils photo, ou passeur sur la rivière Tama. Mais j’ai plus sérieusement pensé à devenir bouquiniste. »
 
Pareillement à son personnage, Tsuge fuit la réalité et préfère le rêve, se réfugiant dans la lecture :

« Un être humain comme moi n’est pas adapté au monde dans lequel nous vivons. Si je me suis mis à lire, c’est parce que j’avais du mal à vivre, et que je me demandais s’il n’existait pas une méthode pour vivre plus sereinement. »

Il dit également se sentir marginal, et explique que c’est la raison pour laquelle il lisait beaucoup de shishôsetsu : selon lui, il se sent proche des auteurs de ce type de littérature car ce sont tous plus ou moins des exclus de la société.

Certains des éléments de L’homme sans talent  viennent de rencontres qu’il a réellement faites, comme c’est le cas pour l’homme-oiseau du chapitre 3 :

« Il m’arrive de dessiner une histoire qui date d’il y a dix ans. C’est le cas du "Maître des oiseaux". Cette histoire, je l’ai imaginée avant la naissance de mon fils. […] Je me promenais avec ma femme et nous avons croisé un homme avec cette allure, en train de manger son casse-croûte. Je n’ai pas imaginé l’histoire sur le champ, mais durant une fraction de seconde, je me suis dit qu’une fois terminé son casse-croûte, il s’envolerait dans le ciel. »

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De plus, beaucoup d’éléments du récit sont semblables à la vie privée de Tsuge.
En plus du fait que son personnage soit un mangaka ayant des difficultés financières et désirant s’éloigner du monde décevant de la BD, il semblerait que l’auteur vive aussi des tensions familiales fortes, notamment avec sa femme.

Le fils de Tsuge se prénomme Shōsuke, ce qui n’est pas sans rappeler le prénom du fils du personnage principal : Sansuke. L’épouse de l’auteur travaillait autrefois dans un vélodrome près de chez eux, ce qui rappelle dans le récit la femme de l’oiseleur, qui elle aussi travaille dans un vélodrome proche.

Yoshiharu Tsuge a également vendu des appareils photo pendant une période, jusqu'à ce que la récession économique le force à arrêter. C’est alors qu’il a obtenu un permis d’antiquaire.



L’entretien avec Hiroshi Yaku nous dévoile de nombreux autres éléments de sa vie personnelle qui sont similaires a l’univers de son récit ; qu’il s’agisse d’éléments réels ou de l’état d’esprit et des convictions du personnage principal, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a beaucoup de Tsuge dans L’homme sans talent.

« Désabusé la plupart du temps, lyrique quand il le faut, le prolixe Tsuge joue l’autofiction et se confond volontiers avec son personnage. » Beaux-Arts.

 

 

Mélodie, 2e année Bib.-Méd.

 

 

Liens

 

 

Site de Ego comme X : http://www.ego-comme-x.com/

« Philosophie Du Clochard », entretien avec Yoshiharu Tsuge par Hiroshi Yaku : http://www.ego-comme-x.com/spip.php?article549

 

 

 


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