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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 07:00

Taniguchi-Jiro-un-zoo-en-hiver-zoo-en-hiver-.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TANIGUCHI Jirō
Un zoo en hiver
Traduction de
Corinne Quentin
Casterman
Coll. Écritures, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

taniguchi_jiro_autoprotrait.jpgJirô Taniguchi, de l’influence du gekiga à celle de la bande dessinée européenne

Fils d’un père coiffeur et d’une mère femme de ménage, Jirō Taniguchi est né le 14 août 1947 à Tottori, au Japon. A cause de la fragilité de sa santé, le jeune Taniguchi passe beaucoup de temps à lire, des mangas notamment. Il commence par de nombreux shōnen avant de s’intéresser au seinen et au gekiga à partir de la fin des années 60, sous l'influence d’auteurs comme Yoshihiro Tatsumi et du magazine Garo. Dessinant depuis son plus jeune âge, c‘est à 19 ans qu'il réalise sa première histoire, Samouraï. Mais il faut réellement attendre 1969 pour qu’il décide de devenir mangaka.

 

Il monte alors à Tokyo où il devient l'assistant de Kyūta Ishikawa. Il publie sa première bande dessinée en 1970, Karetaheya, avant de devenir l’assistant de Kazuo Kamimura. C'est durant cette période qu'il découvre la bande dessinée européenne, peu présente au Japon, et devient un fan inconditionnel de Moebius. Le style européen influencera fortement son trait qui acquerra avec le temps de nombreuses caractéristiques de la bande dessinée franco-belge : netteté et diversité du dessin, notion de ligne claire, etc. Dans les années 1980, Jirō Taniguchi prend son indépendance et s’installe avec les scénaristes Natsuo Sekikawa (également journaliste) et Caribu Marley, avec qui il publiera des mangas tantôt d’aventures, tantôt policiers, mais surtout un manga historique, Au temps de Botchan (1987), sur la littérature et la politique dans le Japon de l'ère Meiji. Il décide alors de limiter ses parutions éditoriales, malgré sa charge conséquente de travail.

A partir des années 1990, Taniguchi concentre son œuvre sur les choses simples de la vie quotidienne, sur les relations entre êtres humains, mais aussi entre les hommes et les animaux (L'Homme qui marche, en 1995 et Terre de rêves, en 2005). Suivront Le Journal de mon père (1999), Quartier lointain (2002), L'Orme du Caucase (2004) ou Un Zoo en hiver (2009), édités en France dans la collection Écritures de l'éditeur Casterman.Toujours dans son thème de la relation entre l'homme et la nature, il s'attache particulièrement à l'alpinisme, avec Le Sommet des dieux (2004 à 2005), Le Sauveteur (2007) et avec la nouvelle « La Terre de la promesse » (dans le recueil Terre de rêves, en 2005).

En 1997, il dessine Icare, d'après un scénario de Moebius. C’est en 2003 qu’il reçoit le prix du meilleur scénario au festival d'Angoulême pour Quartier Lointain.



Synopsis de l’œuvre

Hamaguchi est un jeune dessinateur frustré de ne pouvoir se consacrer à une passion reléguée au rang de simple loisir. Lui qui s’imaginait dessiner des modèles pour une entreprise de textile à Kyoto se retrouve à la réception des produits commandés aux ateliers de tissage et à la livraison auprès des détaillants. Alors, dès qu’il en a l’occasion, le jeune Hamaguchi se rend au zoo avec son carnet de croquis et se plaît à dessiner les animaux alentour. Lorsqu’il se retrouve à s’occuper de la fille de son patron, déshonorée pour avoir trompé son mari, il sent le vent tourner et décide de partir pour Tokyo pour travailler comme assistant d’un grand dessinateur de manga. Vient alors les temps de l’incertitude, des rêves, mêlés à la passion et à l’insouciance. Hamaguchi poursuit son chemin dans l’immense ville japonaise, son crayon à la main, tentant par tous les moyens de suivre la voie qu’il s’est choisie.

Taniguchi-Jiro-Un-zoo-en-hiver-image.jpg

 

Un Zoo en hiver, entre autobiographie et fiction

L’ouvrage commence par une promenade du héros, Hamaguchi, dans un zoo de Kyoto. On découvre alors un jeune homme au caractère doux, empreint d’une légère mélancolie. Muni de son carnet de croquis, il erre dans ce lieu qu’il affectionne particulièrement. Dès lors, il se rend compte que sa place dans une entreprise de textile n’est pas à la hauteur de ses attentes. Il saisit alors l’occasion de quitter son travail pour aller dessiner à Tokyo comme assistant d’un mangaka. Cette histoire, c’est également celle de l’auteur, Jirō Taniguchi, parti explorer à ses débuts de dessinateur la mégalopole japonaise, en quête d’une occasion qu’il savait proche. On ne peut s’empêcher d’ailleurs de remarquer l’étrange ressemblance entre les noms du personnage et de l’auteur, respectivement Hamaguchi et Taniguchi.

Clin d’œil de l’artiste ? Pas simplement. L’auteur se plaît à réinventer ses échecs, ses doutes, au travers de son timide héros. Les difficultés éprouvées par Hamaguchi au cours de son apprentissage ne sont pas simplement fictives mais résultent des embûches que l’auteur a pu surmonter au cours de sa longue carrière. Le sentiment de jalousie pour le collègue prêt à être publié, la gêne de montrer le travail fini, la peur de ne pas avoir fait comme il faut donnent au lecteur une nouvelle vision de la vie de mangaka, de ce qu’a pu vivre l’auteur. Bien que personnage et auteur soient différents, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a du Taniguchi derrière chaque émotion de Hamaguchi. Et que penser des croquis d’animaux que l’auteur comme le personnage affectionnent tant ? Les traits de l’auteur et du personnage se mêlent au papier, nous plongeant dans une mise en abyme où on ne sait plus qui, du mangaka ou du héros, a pris le crayon le premier.

L’auteur ne déroge pas à ses habitudes en mettant une nouvelle fois en avant ses thèmes favoris. Les animaux sont très présents, que ce soit au zoo ou dans les planches du manga du héros. L’influence de romans animaliers, comme ceux d'Ernest Thompson Seton (dont il s’est inspiré pour Blanca et à qui il rendra hommage dans Seton), reste très présente, tout comme l’attachement aux valeurs simples de la famille, des amis et du travail. Taniguchi s’attache aux choses simples de la vie, et son ouvrage est à l’image du déroulement de l’existence. Il n’y a pas de construction spécifique, chaque élément venant s’imbriquer à la suite du précédent comme un jour après un autre. Le héros se laisse alors emporter, tentant de changer le cours des choses avec les moyens dont il dispose, chaque choix faisant pencher la balance d’un côté ou de l’autre. Faut-il voir « une sorte de destinée derrière les choix que nous faisons dans la vie ? » À cela, Taniguchi répond, dans une interview accordée à Jean-Philippe Toussaint pour le site www.sakka.info  :

« On se pose souvent la question : si j’avais fait ceci plutôt que cela, que se serait-il passé ?  […] Je n’ai jamais pensé que ma vie était le résultat d’une destinée, mais je crois que ce qui se passe dans le monde en général n’est pas dû au hasard. »

Les thèmes de Taniguchi permettent de mettre en avant la simplicité de l’existence. Au travers de dessins accessibles à tous, même aux non-initiés, l’auteur touche le lecteur. Les relations qui existent entre les personnages sont celles d’êtres humains, aucun trait n’est exacerbé. La culture japonaise reste très présente, mais l’influence occidentale reste, notamment dans les dessins épurés et la ligne claire issue de la bande dessinée européenne. Et lorsque Philippe Toussaint interroge le mangaka sur ce qu’il y a de « spécifiquement asiatique » dans ses mangas, il déclare :

« Je pense que les hommes et les animaux sont essentiellement des êtres tranquilles pour lesquels une certaine réserve, une certaine discrétion, sont des moyens de survivre. Dans la vie quotidienne, on ne voit pas souvent des gens hurler ou pleurer en se roulant par terre. Si mes mangas ont quelque chose d’asiatique, c’est peut-être parce que je m’attache à rendre au plus près la réalité quotidienne des sentiments des personnages. Si on y pénètre en profondeur, une histoire peut apparaître même dans les plus petits et les plus banals événements du quotidien. C’est à partir de ces moments infimes que je crée mes mangas. »

Taniguchi se plaît à décrire simplement des événements qui auraient pu arriver à n’importe qui, puisant un peu dans son expérience pour donner de l’humanité à l’œuvre, nous offrir quelques instants de sa vie et de celle du héros.

Taniguchi-Jiro-Un-zoo-en-hiver-pl.jpg

Avis du lecteur

Un Zoo en hiver est une vraie bouffée d’air frais dans le monde du manga, tout comme toutes les œuvres de Taniguchi. A une heure où shōnen et shōjo envahissent les tables des libraires pour présenter toujours plus de coups d’estoc, de poitrines disproportionnées et de ninjas bourrés de magie, l’ouvrage de Taniguchi devient une petite perle dans un monde de brutes. Simple, pure et éclatante. Loin de tous les clichés des mangas habituels, Un Zoo en hiver reste une œuvre entière où héros et auteur se mêlent pour offrir au lecteur un instant de sérénité. Taniguchi nous présente une tranche de vie comme lui seul sait le faire, et c’est un réel plaisir de se plonger dans cette histoire qui, bien que banale, n’en reste pas moins tout simplement humaine. Les dessins permettent une immersion directe dans l’ouvrage, tout comme les dialogue sans fioritures. Ici, pas d’onomatopées outrancières ni de débordements hachés, juste des cases qui se succèdent les unes aux autres dans un ordre clair et précis. Car Taniguchi possède ce don précieux d’insuffler un peu de vie dans ses dessins, dans ses histoires qui brillent sous nos yeux comme brillent ceux des visiteurs dans un zoo en hiver.

 

 

Pierre-Yann, 2e année Éd.-Lib.

 

 

 

 

TANIGUCHI Jirō sur LITTEXPRESS

 

 

Taniguchi Jiro Un ciel radieux

 

 

 Article de Mathilde sur Un ciel radieux

 

 

 

 


 

 

 

Taniguchi Le Journal de mon pere couv

 

 

 

 

 Article d'Elsa sur Le Journal de mon père

 

 

 

 


 

taniguchi L HOMME QUI MARCHE

 

 

 

 

  Article de Delphine sur L'Homme qui marche.

 

 

 

 

 

Taniguchi le gourmet solitaire

 

 

 

 Article d'Anaïs, Morgane et Samantha sur Le Gourmet solitaire

(in La cuisine japonaise dans la littérature et les mangas).

 

 

 

 

 

taniguchi-quartier-lointain.gif

 


 

 

 

 

 

 

 

 

  les articles de Nathalie et de  Marion sur l'Orme du Caucase     

 

 

de Fanny et de BenoÎt sur Japon (Collectif).


Une librairie de référence pour la littérature japonaise : SHOTEN.

 

 


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Published by Pierre-Yann - dans manga - manhwa - manhua
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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 07:00

Yukimura-Makoto-planetes_couv.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

YUKIMURA Makoto
Planètes
traduit du japonais
par Xavière Daumarie
Panini comics
4 tomes parus
entre 2003 et 2005
(pour la version française)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Planètes est un manga de science-fiction loin des stéréotypes de guerre des étoiles et d’extraordinaires poursuites en vaisseaux spatiaux. C’est plus une sorte de « bilan prévisionnel » ou de mise en garde sur ce que sera notre monde, notre planète et l’espace qui l’entoure au vu de la pollution qu’engendrent actuellement les hommes.

À partir du quotidien d’une équipe de récupérateurs de débris spatiaux (l’équipage du Toy Box) l’auteur arrive à nous plonger dans un récit d’anticipation très réaliste. Ces éboueurs de l’espace ont pour mission de ramasser les déchets que les humains laissent dans l’espace : vieux satellites hors d’usage, débris de vaisseaux, déchets laissés pas les hommes vivant dans l’espaces, mines… C’est le métier le plus bas de la hiérarchie ; pourtant les éboueurs de l’espace sont indispensables. Les vestiges de vaisseaux laissés à l’abandon prennent de la vitesse et provoquent de graves accidents lorsqu’ils entrent en collision avec d’autres vaisseaux ; ces accidents engendrent encore plus de débris et par conséquent plus de risques… C’est un cercle vicieux.

Yukimura-Makoto-Panetes-vaisseau.jpg

La conquête de l’espace est vue à l’échelle humaine, les vastes questions politiques d’appropriation de territoires et de richesse restent secondaires. Les problèmes politiques ne sont abordés qu’au travers des répercussions qu’ils ont sur la vie quotidienne des citoyens.
Yukimura-Makoto-couleur.jpg
Plusieurs histoires individuelles s’entrecroisent pour dépeindre le quotidien des astronautes, leurs désillusions, le manque d’intimité dans les petites navettes (par opposition à l’immensité de l’espace), leurs rapports avec la terre (et leurs familles qui y vivent) et avec l’espace (où se déroulent leurs rêves). Ces récits, qui ne semblent être que ceux de destins individuels, reflètent au final les tracas de la majeure partie de la population de cette époque futuriste.

Bien que les personnages aient en commun un lien particulier avec l’espace ils ne partagent pas tous les mêmes ambitions ni le même caractère, Chacun a un passé propre qui l’a amené à travailler dans l’espace. Il y a peu d’action, mais le contraste des différentes personnalités permet une dynamique qui donne vie au récit et captive le lecteur.

Le réalisme est renforcé par les nombreux faits cités qui renvoient à des recherches et des constats réellement faits par des chercheurs et astronautes. Le futur, un peu pessimiste, que nous montre l’auteur est toutefois parfaitement plausible selon les études actuelles.

Yukimura Makoto planeteplanche


Les dessins sont très précis, les petits détails contrastent avec l’immensité des décors. Les hommes apparaissent ainsi d’autant plus petits et isolés. Yukimura Makoto arrive à multiplier les détails tout en préservant la lisibilité de l’image.

Noémie P., 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 07:00

Inio Asano Le Quartier de la lumiere
ASANO Inio
Le Quartier de la Lumière
Titre original
Hikari no machi
Traduit et adapté
par Thibaud Desbief
Editions Kana
Collection Made In, 2005

 

 

 

 

 

Asano Inio est né le 22 septembre 1980 au Japon, centre de la culture du manga. Pourtant, mis à part la série Dragon Ball, Inio Asano n’est pas amateur de ce genre, la plupart des graphismes ne lui plaisant pas. Il découvre ce style grâce à sa sœur qui l’initie à différentes séries, et le pousse à devenir mangaka. La consécration de son travail arrive en 2001 avec l’attribution du prix du magazine GX. Aujourd’hui, ses efforts sont récompensés, notamment avec l’adaptation cinématographique de Solanin.

Asano n’exerce sa profession de mangaka que depuis neuf ans environ; il expérimente donc encore son style de dessins. En ce qui concerne les scénarii de ses mangas, il excelle et est reconnu par de nombreux critiques japonais. Il a d’ailleurs la particularité d’écrire ses œuvres sous forme de nouvelles, ou longs chapitres.

Son style est très reconnaissable : des mangas polyphoniques où les personnages se croisent sans forcément se connaître. La violence est omniprésente, mais elle est nécessaire pour montrer le besoin de tout homme de s’en sortir.

Dans Le Quartier de la lumière, une dizaine de personnages se côtoient, et tous gravitent autour du personnage principal de ce manga : le quartier lui-même. Dans le prologue, on aperçoit des personnages qui réapparaîtront plus tard, mais de manière assez rapide. De même, chaque chapitre est relié par un élément présent dans l’un des chapitres précédents. Par exemple, un chat présent dans le prologue est le lien entre les chapitres, et il apparaît à la fin de chacun.

Le nom de Quartier de la lumière est en réalité un surnom attribué par ses habitants, car il est exposé plein sud, ce qui est un élément attirant pour la plupart des habitants. Il est géré économiquement par la société Hikari – dont le nom signifie « lumière » –, un grand groupe pharmaceutique, et est plutôt réservé à des familles aisées. Mais au fil de la lecture, on se rend compte que ce surnom est une antiphrase car la vie de ses habitants est très sombre, ponctuée de morts. L’auteur veut donc montrer que les apparences sont parfois trompeuses.


Deux nouvelles sont importantes dans ce manga : les chapitres 2 et 4.

 

Inio Asano le quarierv de lumière pl


Chapitre 2 : « Arrêt de bus  »

Le personnage principal est Tasuku, un jeune collégien qui a perdu sa mère et dont le père, ancien policier, est à présent chômeur et dépressif. Tasuku a découvert un site Internet où l’on peut aider les gens à se suicider contre une somme d’argent symbolique, et décide alors de devenir « accompagnateur ». Il aide notamment une adolescente à se suicider, la même jeune fille que l’on voit sauter d'un toit dans le chapitre 1.

Tasuku est très proche de Haruko, une lycéenne qui a été lacérée deux ans plus tôt et qui attend tous les jours son agresseur à l’arrêt de bus de la résidence. Ces deux personnages sont amis, tous deux perdus et en manque d’affection.

Mais un jour, Tasuku rencontre un homme dans le quartier qui a une arme et veut se suicider. Celui-ci est désespéré, il a étranglé sa fille, tiré sur sa femme, mais il ne parvient pas à se suicider. Tasuku l’aide donc en appuyant sur la gâchette, mais il découvre en ramassant le portable de l’homme, son rituel, que c’était le père d’Haruko. Celle dernière n’est pas morte mais est totalement choquée, et Tasuku décide de ne pas lui dire qu'il a tué son père. Pour lui remonter le moral, il décide d’aller pique-niquer, mais en chemin, il est contacté par un homme intéressé par son business d’accompagnateur. Cet homme s’avère être celui qui avait agressé Haruko deux ans auparavant. Ayant gardé l’arme du père de Haruko, Tasuku lui tire dans l’oreille ; Haruko tente de lui enlever l’arme des mains pour se venger mais n’y parvient pas. Elle laisse donc l’homme partir.

Sur le chemin du retour, les deux adolescents s’avouent la vérité : Tasuku est un accompagnateur et a tué le père de Haruko, et Haruko, elle, ne s’est pas fait lacérer sans raison, elle était consentante et avait tenté de voler l’argent de l’homme, qui l’avait donc punie.  Après ces révélations, les deux jeunes n’ont plus de raison de rester ensemble.

Parallèlement à cette histoire, une enquête de police sur la mort des parents de Haruko se déroule. Le père de Tasuku découvre les portables de tous les gens qu’il a aidés à se suicider, et décide de se sacrifier pour sauver son fils, en se faisant passer pour le meurtrier.

Le chapitre se termine avec le départ de Haruko du Quartier de la lumière, et le retour à la vie normale de Tasuku qui vit désormais avec son oncle et sa tante.



Chapitre 4 : « Home »

On retrouve l’homme qui a agressé Haruko, après qu’il a été blessé par Tasuku à l’oreille. Il s’appelle Hōichi, et est une petite frappe qui vit à dix minutes en voiture du quartier de lumière. Il vit avec Satoshi, un ancien étudiant en médecine qui a abandonné ses études, et Momoko, une fillette de cinq ans qui ne parle pas. Cette dernière a été abandonnée par une prostituée muette à Hōichi et Satoshi, qui l’élèvent donc comme une vraie famille. Ils forment un trio étonnant mais solide.
Satoshi enchaîne les petits boulots pour pouvoir participer aux frais de la famille, mais se fait souvent réprimander par Hōichi. Ce dernier est obnubilé par l’argent, et pour en obtenir, il commet de nombreux délits. Il est persuadé que s’il gagne suffisamment d’argent, il pourra racheter le quartier de lumière pour reconstituer la campagne où il a été élevé dans son enfance.

Il décide d’enlever le directeur de l’entreprise pharmaceutique Hikari, qui a la mainmise sur l’économie du quartier de la lumière. Hōichi a besoin de l’aide de Satoshi, qui doit détourner la voiture du dirigeant. Mais lors de l’opération, Hōichi dit à Satoshi de s’en aller avec Momoko après cela, comme s’il savait que quelque chose allait mal se dérouler. En effet, lors de l’enlèvement, les petites frappes annoncent au directeur qu’ils vont faire du mal à sa fille, et Hōichi ne veut pas faire cela. Il veut s'en aller mais les malfrats ne lui en laissent pas l'occasion et le battent à mort.

Pendant ce temps, Satoshi rentre avec Momoko mais découvre qu’ils sont expulsés de leur maison par le groupe Hiraki ce qui est très ironique, mais Satoshi y reste pour attendre Hōichi. Il ne se doute pas que celui-ci est mort. La nouvelle s’achève sur les premiers mots de Momoko.



Dans ce manga, Inio Asano mêle donc violence et vie, qui se confrontent mais qui pourtant sont complémentaires. En effet, à chaque histoire violente sa part de bonheur, comme par exemple Hōichi qui meurt et Momoko qui se met à parler alors qu’elle avait été muette jusque là. D’ailleurs, à chaque début de chapitre, Asano écrit une petite maxime en rapport avec l’histoire, comme une morale de conte sauf que dans le cas présent, elle est au début et non à la fin. L’auteur respecte en quelque sorte l’esprit des nouvelles et permet aux lecteurs de lire son manga de la même manière qu’un roman.  

Enfin, il y a aussi une part de fantastique dans ce manga, principalement dans le prologue et l'épilogue. Le prologue est commenté par un narrateur inconnu qui observe le quartier de la lumière sans vraiment porter de jugement. Il est omniscient et passe de personnage en personnage très rapidement. Il a envie de chanter et commente donc la vie des gens de manière légère, comme dans une comptine, même si elle est parfois moins gaie. A la fin du prologue, le narrateur se sent partir et on voit une ombre entrer dans le ventre d'une femme enceinte, et celle-ci sent son bébé bouger. Cette scène fantastique peut symboliser l'apparition de la vie, une ode à la vie en quelque sorte, car en nous présentant tous ces personnages, le narrateur montre une part de leur vie.

Dans l'épilogue, Taïki est le héros et le narrateur. Il y fait deux rêves fantastiques. Le premier montre un bus volant conduit par le chat du quartier qui transporte les âmes des morts. On peut y reconnaître le père de Tasuku et Hōichi. C'est le bus que l'on voit sur la couverture. Dans le second rêve, on voit aussi le chat, où ce dernier pousse une âme qui devient une étoile filante. Le chat a la réputation d'éloigner les mauvais esprits dans les mythologies asiatiques, ce qui peut expliquer son rôle de passeur dans ces rêves. Ces deux songes sont ponctués de questions très métaphysiques sur la vie et la mort, et il est un peu déroutant que ce soit un garçon aussi jeune que Taïki qui se les pose, mais cela amène un point de vue différent face à toute cette histoire horrible engluée dans la violence et les meurtres.

Le fait que le manga débute et finisse sur du fantastique permet à l'auteur de déconcerter le lecteur, mais aussi cela va lui permettre de les faire réfléchir sur des points importants de la vie, comme par exemple l'extrême violence de la société n'empêche pas les gens d'être heureux. L'homme aspire au bonheur, et c'est souvent à cause de la violence qu'il s'en rend compte. Ce manga a donc une portée philosophique importante et peut permettre aux lecteurs de se remettre en cause.
 

Alice, 1e année Éd.-Lib.

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 07:00

Taniguchi-Jiro-Un-ciel-radieux.jpg

 

 

 

TANIGUCHI Jirō
Un ciel radieux
Traduit du japonais
par  Patrick Honnoré
Titre original : Hare Yuku Sora
1ère édition par Shueisha
Tokyo, 2005
Casterman
Coll. Écritures, 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie :  http://www.bedetheque.com/auteur-233-BD-Taniguchi-Jiro.html
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« Mais qui croira mon histoire ? Moi-même, parfois, je me demande si tout cela est vraiment arrivé »

 

….3 juillet, 00h51, une voiture dévie sur l’autre voie et renverse une moto avant de s’écraser contre un poteau. Le conducteur, Kazuhiro Kubota, 42 ans, décède après dix jours de coma, au moment même où le jeune motard, Takuya Onodéra, 17 ans, reprend conscience. Mais à son réveil, Takuya est amnésique. Il ne se sent pas lui-même…non, c’est Kazuhiro Kubota ! Sa conscience a survécu dans le corps de Takuya…Cela voudrait-il dire qu’il a encore quelque chose à accomplir avant de mourir ?
 
Un scénario déroutant qui nous perd entre irréel et réalité. L’âme peut-elle survivre à la mort ? Question existentielle de la vie après la mort.
 

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Critique
 
Jirô Taniguchi veut partager des sujets chers à son coeur avec son public, en les transcrivant dans des histoires parlant de tranches de la vie quotidienne. Ici, dans Un ciel radieux, Taniguchi se lance dans un univers à la limite du fantastique et du réalisme, avec des thèmes qu'on lui connaît, comme l'amour et la famille. Un amour qu'on ne montre pas assez et quand arrive l'inévitable, des regrets apparaissent.

Jirô Taniguchi a voulu montrer à ses lecteurs que lorsque nous faisons face à la mort, nous pensons à toutes ces choses importantes à nos yeux, à des choses que nous voulons faire avant la mort. Un accident de voiture est un événement qui peut arriver à tout le monde, mais peut également changer une vie. C’est sur cela que l’auteur nous amène à réfléchir.

Un ciel radieux est un manga émouvant, comme tous ceux de Taniguchi. Et comme tous ceux de Taniguchi, il nous force à penser, à raisonner sur nous-mêmes. C’est cela le talent de Taniguchi. Lui-même précise dans l'épilogue qu'il espérait que ses lecteurs soient émus par cette histoire. C'est réussi.

 Voilà un manga dont on ne peut ressortir indemne. Un ciel radieux est avant tout destiné aux adultes, mais les adolescents peuvent également se sentir touchés par cette histoire. La mort est un sujet souvent tabou, il est bien de pouvoir enfin s’attarder sur un sujet qui fait peur.

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Mathilde, A.S. Éd-Lib

 

 

TANIGUCHI Jirō sur LITTEXPRESS

 

Taniguchi Le Journal de mon pere couv

 

 

 

 

 Article d'Elsa sur Le Journal de mon père

 

 

 

 


 

taniguchi L HOMME QUI MARCHE

 

 

 

 

  Article de Delphine sur L'Homme qui marche.

 

 

 

 

 

Taniguchi le gourmet solitaire

 

 

 

 Article d'Anaïs, Morgane et Samantha sur Le Gourmet solitaire

(in La cuisine japonaise dans la littérature et les mangas).

 

 

 

 

 

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  les articles de Nathalie et de  Marion sur l'Orme du Caucase     

 

 

de Fanny et de BenoÎt sur Japon (Collectif).


Une librairie de référence pour la littérature japonaise : SHOTEN.

 

 


 


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29 octobre 2010 5 29 /10 /octobre /2010 07:00

age_de_deraison_couverture.jpg



FURUYA Usamaru et OTSUICHI

L’âge de déraison

traduit du japonais

par Wladimir Labaere

et Ryôko Sekiguchi

Éditions Casterman

collection Sakka auteurs, 2010.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Biographies de l’auteur et de l’illustrateur : Usamaru Furuya ; Usumaru Otsuichi.

 

 

Résumé

Tokyo, au Japon, à notre époque.

Des adolescents, Sayaka, Kentarô, Saki, Shiro, Asami, Shôta, Katsumi et Naotsuge, expriment leur mal-être profond de façon très singulière. Rêver que le monde finisse englouti sous les eaux, élever des fourmis, vouloir à tout prix tuer sa mère, apprivoiser des tornades, voler à moto, sauver le monde en mangeant des gâteaux, penser avoir des pouvoirs magiques, compter les carreaux fait partie inhérente de leur quotidien. Réel ou imaginaire, leur monde est empli de tourments auxquels ils doivent, tant bien que mal, faire face.

Tandis que nous suivons leurs troublantes tribulations, un typhon approche de la ville…

Huit nouvelles qui nous font pénétrer dans l’esprit torturé d’ados en pleine crise d’identité. Comment grandir dans un monde qui ne nous ressemble pas ?

Dans lequel nous ne trouvons pas notre place ?

Où rien, ou presque, ne nous retient ?

Un manga captivant qui nous renvoie à notre propre adolescence, instant bref de notre existence qui façonne pourtant de manière significative l’adulte que nous devenons mais d’où, il faut l’avouer, nous ne sortons jamais vraiment indemne.

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Avis personnel / Critique

 

 

On aime

La multitude de sujets abordés : la complexité des relations entre adolescents et parents, le manque de confiance en soi, l’échec scolaire, l’amour, l’amitié, les troubles alimentaires, les troubles psychologiques (comme la paranoïa ou la schizophrénie), la maladie et le deuil d’un proche, la volonté d’appartenir à une communauté, la question de la « normalité » et, bien sûr, le refus de grandir et la fuite du réel.

…Et ceux qui nous sont épargnés : On note l’absence de nouvelles sur la drogue, le suicide et le sexe, cocktail explosif « quasi indispensable » à toute œuvre consacrée aux ados. Néanmoins, là, on apprécie que ces sujets, largement traités par ailleurs, n’apparaissent pas, laissant place à des sujets tout aussi importants et moins souvent évoqués de cette façon.

Ses illustrations parlantes : l’illustrateur réussit à donner vie au trouble de chaque personnage d’une manière originale et surprenante. Vous vous trouverez nez-à-nez avec des gâteaux tuant des humains, des dragons dessinés se matérialisant pour détruire une ville, Tokyo engloutie sous les eaux, des élèves en forme d’écrou (pièces indispensable au cœur de l’école), une fourmilière d’humains, une classe qui s’envole... Tant physiquement que psychologiquement le mal-être forme et déforme les adolescents autant dans la vie que dans ce manga. Le graphisme n’appartient pas au domaine de l’Art mais il n’a pas d’autres prétentions que de donner du sens au texte, aux troubles développés et il le fait très bien !

La fin : rassemblement anodin où chacun fait son propre choix et où l’espoir a sa place.

 

 

 

On aime moins

Des situations volontairement extrêmes, exagérées et parfois stéréotypées. On excuse cependant ces écarts car finalement quoi de plus extrême, de plus exagéré et parfois stéréotypé qu’un adolescent ?!

Des histoires parfois trop brèves : certaines nouvelles en un chapitre auraient mérité d’être traitées plus longuement. On note alors un petit déséquilibre avec celles en deux parties. Choix de l’auteur ? De l’éditeur ? On doit s’en contenter.

Ce manga, bien construit et touchant s’adresse avant tout aux adolescents, principaux acteurs de l’histoire donc principaux intéressés. Cependant, les jeunes adultes et adultes auront plaisir à le lire avec un sentiment de « presque » déjà vu, pourront « se reconnaître » ou comprendront bien certaines situations… avec nostalgie ou soulagement ? Là est la question !

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Julie Lacarrière, AS Ed/Lib

 

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3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 07:00

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TONOGAI Yoshiki
Doubt, vol 1
Traduction du japonais
par Vincent Zouzoulkovsky
Ki-oon édition (2009)

 

 

 

 

 

 

 

Ce manga terminé, en 4 volumes (3 sortis en France chez Ki-oon) est issu des pages du Monthly Shônen Gangan (magazine japonais) où ont déjà été prépubliées des séries à succès telles que Fullmetal Alchemist, Soul Eater ou Vampire Chronicles ; Doubt surfe sur cette renommée.

Premier manga réalisé par Yoshiki Tonogai, Doubt est un manga classé shônen, psycho/horreur.

 

Résumé général de la série

Doubt raconte l’histoire d’un jeu sur téléphone portable qui fait fureur, le Rabbit Doubt. Dans ce jeu, des lapins doivent démasquer le loup qui se cache parmi les joueurs et qui cherche à les éliminer un par un, le but étant de découvrir le loup avant l’élimination de tous les lapins. Cinq fans de ce jeu ont décidé de se rencontrer dans la réalité mais cette rencontre va virer au cauchemar lorsque, drogués à leur insu, ils se retrouvent enfermés dans un bâtiment désaffecté et qu’ils découvrent une de leurs camarades, sans vie, le corps cloué au mur. Tatoué sur la peau des adolescents, un mystérieux code-barres qui permet à chacun d’ouvrir une porte différente semble être leur seul espoir de salut.

Le jeu virtuel est devenu réalité. Il va falloir débusquer le loup qui se cache parmi eux avant qu’il ne les tue tous, l’un après l’autre…

 

Qui sont les personnages ?

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Yuun, dans le premier tome, sans être le narrateur, est le personnage par lequel le lecteur découvre l’histoire. C’est un jeune homme gentil, ami d’enfance de Mitsuki qu’il cherche à protéger plus que tout.

 

 

 

 

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Mitsuki, elle, est plongée dans cet étrange jeu sans le savoir ; elle n’en faisait pas partie à l’origine. Elle a rejoint le groupe pour être auprès de Yuun, de qui elle s'est amourachée. Naïve, elle laisse à tous les personnages le bénéfice du doute.

 

 

 

 

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Eiji, c’est le mauvais garçon, préférant résoudre les problèmes avec ses poings plutôt qu’avec sa tête.

 

 

 

 

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Haruka est une jeune fille joyeuse, festive et dragueuse. Elle sombre peu à peu dans la paranoïa et la psychose.

 

 

 

 

 

 

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 Rei est la plus jeune mais aussi la plus timide. Enfant, elle participait à une émission d’hypnose. Après un scandale lancé par les journalistes, elle tente de mettre fin à ses jours, ce qui lui a valu de perdre l’usage de ses deux jambes.

 

 

 

 

image7.png Hajime est un étudiant en médecine ; il est le plus réfléchi et a, dés son réveil, compris de quoi il retournait.

 

 

 

 

 

 

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Et enfin, le personnage mystère, qui n’apparaît aux lecteurs que vêtu d’un masque de lapin : le loup, celui qui poursuit et élimine peu à peu les autres personnages.

 

 

 

Lecture du premier volume

Sans la couverture et les deux premières planches plutôt sombres et sanglantes, ce manga semble être l’histoire classique de cinq amis japonais, entre histoire d’amour, amitié et karaoké. Seulement, l’atmosphère bon-enfant du manga présentée au début bascule rapidement dans le thriller.

En effet, le manga et ses personnages glissent d’un coup dans l’horreur d’une histoire digne de Saw ou des Dix Petits Nègres mais aussi dans un huis-clos angoissant.

La transition, brusque, entre ces deux univers, emporte le lecteur. A travers les yeux du personnage de Yuun, on découvre ce bâtiment désaffecté dans lequel ils sont prisonniers et le premier meurtre : celui de Rei, clouée à un mur. On est loin de l’ambiance festive et joyeuse du début du manga.

Les personnages plongés dans l’incompréhension de leur situation, autant que nous, découvrent que le jeu virtuel est réel et qu’il va falloir s’en sortir sans se faire tuer.

Le mangaka Yoshiki Tonogai produit ici un effet de surprise réussi, qui semble être son leitmotiv : les rebondissements soudains et les plans-chocs sont nombreux ; ils arrivent à déstabiliser non seulement les personnages, mais aussi le lecteur.

Les nombreux éléments disséminés çà et là pour semer la confusion dans l'esprit des protagonistes, mais aussi du lecteur, qui tente de repérer le moindre indice susceptible de lui permettre de comprendre qui est le loup : une situation étrange, un regard qui en dit long, un comportement suspect ou un dialogue équivoque ; on est à l'affût du moindre indice, mais bien évidemment, toutes les pistes restent possibles à la fin de ce premier tome. Aucun personnage n'est écarté, chacun paraît un peu étrange dans son genre, n'importe qui pourrait être le loup.

Graphiquement, le travail de Yoshiki Tonogai est appliqué. Les décors sont assez classiques mais bien rendus et très présents, si bien que les cases paraissent très rarement vides. Au niveau des personnages, le trait est fin et les visages très expressifs.


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Avis personnel

Le premier tome de ce manga est particulièrement bien construit.

 Le décalage entre le début et le reste de l’ouvrage est renversant ; le mangaka nous plonge dans son univers sombre d’un seul coup, ce qui ajoute d’autant plus à l’intrigue.

On est entraîné avec les personnages dans cette quête de vérité, dans cette recherche du loup.

Le scénario est bien ficelé, il n’y a pas de bains de sang inutiles et quand on pense avoir trouvé le loup, on se rend compte au fil des chapitres de ce tome qu’on a faux sur toute la ligne.

De plus ce manga est une première dans ce genre thriller, huis-clos angoissant et psychologiquement destructeur pour les protagonistes. Un vrai roman noir à la japonaise qui nous laisse le cœur battant et les yeux grands ouverts d’impatience et de peur.

 

 

Laure, 1ère année Éd.-Lib.

 


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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 07:00

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Jirô TANIGUCHI,
Le Journal de mon père.

Traduit du japonais
par Marie-Françoise Monthiers
Casterman, 2007





 

 

 

 

 

 

 

 

Le Journal de mon père est un manga adulte qui a obtenu le Prix Œcuménique (Ce prix récompense un album publié dans l’année pour ses valeurs humaines et esthétiques) au festival d’Angoulême en 2001. Ce manga a un style proche de la bande dessinée occidentale : d’une part il se lit dans notre sens de lecture et d’autre part les personnages sont représentés comme des Occidentaux.

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Jirô Taniguchi est un scénariste et illustrateur de mangas seinen et gekiga, né en 1947 à Tottori (Japon). Dans les années 80, il publie des mangas aux styles divers : aventures, policiers et historiques tel Au temps de Botchan, sur la littérature et la politique de l’ère Meiji.

Dès les années 90, il s’oriente vers l’évocation de situations de la vie quotidienne et des relations entre êtres humains. Récemment, sont parus des mangas traitznt de l’attachement à la famille et du souvenir dl’enfance comme Quartier lointain ou Le Journal de mon père.

Le Journal de mon père, c’est d’abord le journal de Yochan, le protagoniste. Apprenant la mort de son père, il revient à Tottori, dans sa ville natale, après une longue absence. Là, il retrouve sa famille, notamment sa sœur Haruko, ses oncles ainsi que sa belle-mère. Lors d’une veillée funèbre, le passé de son enfance ressurgit. D’abord le souvenir du terrible incendie ravageant la ville, élément déclencheur des problèmes entre sa mère et son père. Puis, le divorce de ses parents avec le départ de sa mère qui a accentué la souffrance de Yochan. Pour lui, sa mère est partie parce que son père travaillait trop et n’était pas assez présent dans le cercle familial. Durant cette veillée, chaque membre de la famille apporte un éclairage nouveau sur la personnalité du père décédé. En écoutant les témoignages de sa famille, Yochan se rend compte du mauvais jugement qu’il a pu porter sur son père. C’est en fait lui, le seul responsable de ce désastre familial car il a simplement manqué de compréhension envers son père.

Taniguchi Le Journal de mon père
Les illustrations, en noir et blanc, produisent un effet marquant. Ces deux couleurs sont par moment accentuées. Certains objets semblent plus foncés que d’autres. On constate une certaine minutie dans le dessin de Taniguchi. Le dessin est extrêmement précis, les traits des visages sont soignés et marqués.

Ce manga est presque autobiographique ; l’auteur s’est inspiré de sa propre vie pour construire cette histoire ; en témoigne sa déclaration dans les dernières pages. Taniguchi nous livre ainsi une partie de son existence et de ses sentiments. Il y a beaucoup de regret et d’amertume dans ce livre. La nostalgie plane au fil de l’histoire. C’est un manga qui aborde les sentiments d’un fils à l’égard de son père depuis l’enfance. Le Journal de mon père est un manga singulier car l’auteur a choisi comme moyen d’expression la BD pour traiter d’un sujet sensible.

Le journal de mon père est mon premier manga. Ce genre m’était totalement inconnu auparavant. Sous les conseils d’un libraire, j’ai orienté mon choix vers un manga adulte proche des bandes dessinées occidentales. J’ai trouvé ce livre pertinent :

— du point de vue de l’histoire. Taniguchi aborde des sujets rarement évoqués dans les livres : l’enfance, la mort d’un proche, le divorce… L’histoire nous plonge aussi dans la société japonaise ;

— du point de vue du graphisme. D’une manière générale, les expressions physiques des personnages sont reproduites avec une grande précision. Le style est net, propre. J’ai beaucoup aimé aussi l’utilisation du noir et blanc, qui donne un aspect limpide, clair.
Taniguchi Le Journal de mon père 2
     J’apprécie ce genre car il y a ce côté carré et rigoureux au niveau du graphisme et de la narration qui me sont chers.


Elsa, 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

Jirô TANIGUCHI sur LITTEXPRESS

 

taniguchi L HOMME QUI MARCHE

 

 

 

 

  Article de Delphine sur L'Homme qui marche.

 

 

 

 

 

Taniguchi le gourmet solitaire

 

 

 

 Article d'Anaïs, Morgane et Samantha sur Le Gourmet solitaire

(in La cuisine japonaise dans la littérature et les mangas.

 

 

 

 

 

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  les articles de Nathalie et de  Marion sur l'Orme du Caucase     

 

de Fanny et de BenoÎt sur Japon (Collectif).
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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 22:19

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Jirô TANIGUCHI

L’Homme qui marche
Casterman, collection Écritures.

deuxième édition 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

taniguchi_rue.jpg« Bon ! Je vais faire un tour dans le quartier. »


L’histoire 


Lorsqu’il s’agit de sortir de chez soi, il y a toujours une raison valable derrière le geste : courses, travail… On recherche le chemin le plus court, le plus rapide, sans vraiment chercher à comprendre par où l’on passe : seule compte la destination. Le quotidien envahit les pensées et l’on s’en plaint sans vraiment chercher à le changer.

À travers L’Homme qui marche, Jirô Taniguchi nous montre à quel point même le quotidien peut devenir intéressant et imprévu. Son personnage est anonyme. Il représente le citoyen moyen, travailleur, vivant avec sa femme et son chien… le monsieur-tout-le-monde japonais. S’installant dans une nouvelle ville, il va en découvrir les aspects en se promenant, n’hésitant pas à se perdre à sa contemplation comme à se perdre physiquement. Chacune de ses marches, découpées en quelques planches, devient une aventure, une exploration. Il ne s’agit plus de regarder dans le vague mais simplement de voir les choses. Sans forcément les scruter, prendre conscience de leur existence et enfin savoir les apprécier.

 

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Le manga

La qualité apportée au livre rend hommage au travail de Jirô Taniguchi, désormais bien connu grâce à Quartier lointain. Le style du dessin change un peu du manga traditionnel, ce qui le rend plus accessible aux personnes réticentes à ce genre. L’histoire est découpée en petites saynètes pour aborder des idées variées sur le même thème : la déambulation urbaine aléatoire.

L’auteur crée une épopée à partir du quotidien et offre un regard différent sur celui-ci. L’œuvre est une ode aux plaisirs simples de la contemplation, du hasard, de l’observation. Le dessin très recherché permet une sensibilité accrue à sa « lecture ». L’image prend le pas sur le texte, quasi inexistant. L’essentiel est porté sur le fait de voir. C’est une façon de dire que le quotidien nous rend aveugle, qu’il faut redonner du sens à la vue. De plus, le dessin se suffit à lui-même pour exprimer les ressentis du personnage.

 

 

Ma critique

On est facilement emporté dans le courant des nouvelles. Le fait est qu’après avoir lu ce manga, on se prend au jeu de parcourir le quotidien avec un œil neuf. On déambule, on se perd à notre tour, sans but précis… on devient un homme ou une femme qui marche.

taniguchi_img.jpgDelphine Cambra, 1ère année Éd.-Lib. 

 


 

 

Jirô TANIGUCHI sur LITTEXPRESS

 

 

Taniguchi le gourmet solitaire

 

 

 

 Article d'Anaïs, Morgane et Samantha sur Le Gourmet solitaire

(in La cuisine japonaise dans la littérature et les mangas.

 

 

 

 

 

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  les articles de Nathalie et de  Marion sur l'Orme du Caucase     

 

de Fanny et de BenoÎt sur Japon (Collectif).

 

 

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 07:00

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MIZUKI Shigeru

Kitaro le repoussant

traduit du japonais

par Satoko Fujimoto

et Eric Cordier 

Éditions Cornélius , 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

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Biographie de Shigeru Mizuki

 

L'auteur naît à Sakaiminato, au sud-est du Japon, en 1922. Il passe toute sa jeunesse à la campagne, entouré de yokai, esprits japonais, et de légendes contées par sa nourrice.(Cette partie de son enfance sera illustrée dans NonNonbâ, bande dessinée volumineuse publiée chez Cornelius ). Dessinant depuis le plus jeune âge, il écrit de petits mangas. Ses parents l'encourageront à poursuivre dans cette voie.
   

La guerre est déclarée et il est engagé en 1943 sur le front Pacifique, dans un commando-suicide ; il sera un des deux seuls survivants de son escouade. Sa hiérarchie le fait prisonnier pour avoir échoué dans sa mission et il revient dans son pays des mois plus tard, mutilé, un bras en moins.
   

En 1956, n'arrivant pas à percer dans le manga, il fait du Kamishibaï, théâtre du rue basé sur des histoires populaires illustrées. L'année suivante, il s'installe à Tokyo, où il développe Rocketman, manga antimilitariste, et écrit plusieurs romans contre l'horreur de la guerre.


Kitaro arrive dans les librairies de prêt, les kashibonya, en 1959. Mizuki met du temps à imposer son drôle de héros mais une fois installé, il bénéficie d'un grand succès. Pour preuve, il sera ensuite adapté en dessin animé par Isao Takahata, un des fondateur des studios Ghibli. C'est par ce biais que le héros marquera un grand nombre de jeunes Japonais, en effrayant certains. La série manga se terminera en 1970, comptant dans son pays d'origine 9 volumes. La naissance de Kitaro a de quoi surprendre. À l'époque où le manga est publié, les jeunes lecteurs de bande dessinée ont d'autres héros, ceux de Osamu Tesuka, un dessin enfantin, aux traits ronds, plutôt kawaii. Kitaro apparaît dans les kashibonya à contre-courant de ce mode de représentation ; son premier titre s'inscrit à l'opposé des petits robots mignons, Hakaba no Kitaro, Kitaro du cimetière. Ce titre ayant du mal à s'imposer sera un peu plus tard changé en Gegege no Kitaro, en France, Kitaro le repoussant.

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On raconte qu'Osamu Tezuka fut jaloux du succès de Kitaro. Il voulut lui aussi une série d'horreur fantastique. De là naquit Dororo, personnage dont les membres amputés ont été remplacés par des prothèses qui lui permettent de combattre les démons.


    La quasi-totalité des ouvrages de Shigeru Mizuki sont édités aux précieuses éditions Cornélius, la dernière sortie date de début 2010 et se nomme Mon copain le Kappa.

 

 


Kitaro le repoussant

Après la Seconde Guerre mondiale, le Japon accélère son rythme de production et accède à la libéralisation afin de se rapprocher des modèles occidentaux. Il accède à la modernité à une vitesse folle et en oublie ses vieilles légendes. L'apparition de Kitaro n'est pas un hasard, dans un monde où les humains ne font plus attention à rien, ni à eux-même, aveuglés par l'obsession du rendement, les yokai se posent en donneurs de leçons. Le Japon n'est donc pas un pays renaissant mais fondé sur une histoire occulte où les esprits sont présents. Kitaro n'a pas seulement le rôle de rappeler aux humains que d'autres forces sont là, il est aussi un protecteur pour eux, empêchant les esprits les plus maléfiques de s'emparer de leurs âmes.
Kitaro.jpg     

Mais parlons de la naissance physique de Kitaro. Cet enfant est le dernier de sa lignée. Ses parents, deux revenants, meurent, à l'écart du monde et oubliés de tous. Le seul voisin qu'ils connaissent décide de les enterrer. Trois jours plus tard naît Kitaro, tout seul sorti de l'utérus de sa mère ; il s'extrait de terre selon sa vraie nature, celle de mort-vivant. De son père il ne restera qu'un oeil, mais un oeil possédant bras, jambes et sens de la parole. Il lui servira de conseiller et pourra se réfugier dans l'orbite vide de son fils, car Kitaro en plus d'être repoussant est borgne. Vite indépendant, il erre à travers le Japon pour vivre de multiples aventures entre le monde des vivants et celui des morts.


Chaque livre comporte plusieurs histoires qui ont toutes la même conclusion : la victoire de Kitaro accompagnée de son chant : « Ge, Ge, Ge no Ge... »

 

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Les yokai : du fantastique à l'horreur

En japonais, le mot est composé des kanji, « monstres », « démon » ou « sorcier » et « étrange ». S'ils sont yokai2.jpgmaléfiques on peut aussi les nommer mononoke. Ces créatures sont partout, en forêt, en ville,ou à la mer. Il en existe différentes sortes, chacun possédant un pouvoir particulier et un nom spécifique. Ces bêtes font partie de la vie du Japon depuis des siècles mais sont aujourd'hui considérés comme une simple superstition. Shigeru Mizuki les réintroduit dans la société japonaise des années 60 avec son manga Kitaro le repoussant qui paraît sous sa première forme dans le magazine Sanpei Shirato et les épisodes de Kitaro yawa.


yokai3.jpgSi Mizuki a fait un  dictionnaire des yokai (édité chez Pika) en plusieurs tomes, la vision qu'il en donne dans Kitaro est différente. En effet, si le Japon subit des mutations, Shigeru Mizuki en introduit dans les légendes de son pays. Il essaie de créer un balancier entre le Japon moderne et celui d'autrefois, même à travers les créatures citées. Il fait appel dans le deuxième tome aux monstres occidentaux tels Dracula, Frankestein ou encore les sorcières à balai. Mizuki se crée aussi sa propre légende, et associe plusieurs modes de l'époque. Tout d'abord le style occidental qui ne fait que gagner en puissance dans la littérature japonaise. Ensuite, l'essor du fantastique qui a connu quelques succès dans l'histoire de la littérature japonaise, en lisant Kitaro, on retrouve l'ambiance que développe Akutagawa Ryunosuke (1892-1927) dans Rashômon et autres contes.

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La difformité de Kitaro ne peut que nous renvoyer à celle de l'auteur. Mais cette difformité renvoie aussi à une tradition de l'horreur japonaise. Kitaro est un personnage qui, par l'horreur, amène l'humour et dédramatise la mort. L'horreur au Japon est un genre qui semble s'intégrer à l'intérieur d'autres histoires. Il est aussi un complément au fantastique et donne une ambiance. Ainsi dans la Bête aveugle d'Edogawa Ranpo, l'horreur est présente dans le genre policier. Un aveugle, d'apparence très laide, aime attirer des femmes dans un sous-sol recouvert de faux membres féminins. Après avoir conquis ces femmes et avoir épuisé son propre désir envers elles, il les tue et les découpe. Les membres de ses femmes seront dispersés en ville et disposés à travers d'énigmatique et drolatiques mises en scène. Ce genre sera aussi très populaire dans les années soixante au cinéma, notamment avec le cinéaste Yasuzo Masumura qui adaptera égalent la Bête aveugle d'Edogawa Ranpo. Un autre film de ce cinéaste mêlera horreur et esprits maléfiques: Tatouage, d'après Tanizaki. Une jeune femme de bonne famille perd son amour. Après qu'un tatoueur lui a tatoué une femme-araignée, elle se transforme en cruelle assassine.
   
Tatouage

Ce genre d'histoires peuvent trouver un aspect ridicule ou démesurée une fois arrivées en Occident mais l'horreur est au final un genre qui puise dans ses plus vieilles légendes.

Aurélie, A.S. Édition-Librairie

 

 

 

Shigeru MIZUKI sur LITTEXPRESS

 

shigeru mizuki kitaro le repoussant

 

 

 

 

 

 

 Article de Nathalie sur Kitaro le repoussant

 

 

 

 

 

 

SHIGERU MIZUKI YOKAI 1

 

 

 

 

 

Article de Karine sur le Dictionnaire des yokai

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 07:00

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Patrick MARTY et NIE Chongrui

Juge Bao & le phoenix de jade
éditions Fei
, 2010

 

 

 

 

 

 

 

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Et si on se penchait sur le phénomène né de la première publication des nouvelles Éditions Fei, spécialisées en bande dessinée chinoise, soit le Juge Bao & le phoénix de Jade ? Premier tome d’une série de neuf, il est scénarisé par Patrick Marty et dessiné par Nie Chongrui. Patrick Marty, ancien étudiant d’art plastique et de lettres à Bordeaux 3, est scénariste, réalisateur et producteur de courts-métrages. Il est aussi assistant à la mise en scène et réalise depuis 2005 des téléfilms pour la télévision française. Nie Chongrui, ancien mécanicien-réparateur dans l’automobile, quant à lui, devient directeur artistique dans un studio d’animation en 1979. Après un passage de 1984 à 1986 à l’Université des Beaux-Arts de Beijing, il devient directeur artistique chez l’éditeur pékinois « Les Beaux-arts Populaires ». En parallèle, il dessine des bandes dessinées, des romans graphiques et des illustrations. Il est notamment l’auteur de deux ouvrages parus chez Xiao Pan : Le Fils du Marchand (2006) et La Belle du Temple Hanté (2007).


Cette association répond au projet éditorial de Ge Fei Xu, nouvelle éditrice de bande dessinée, ayant deux buts principaux : « Faire découvrir aux lecteurs occidentaux les créateurs de BD chinoises trop longtemps méconnus » et créer une passerelle culturelle entre orient et occident. Cet échange répond à un problème qui touche le manhua aujourd’hui sur la faiblesse des scénarii. En effet, une initiative de collaboration entre artistes français et chinois se développe chez plusieurs éditeurs (Delcourt, Paquet, Xiao Pan). Originalité, Ge Fei Xu, affirme que « la collaboration étroite entre les scénaristes et les graphistes chinois et occidentaux [se fait même] en amont de la création ». Elle veut contourner l’écueil des problèmes de traduction et de narration. Dans un entretien, l’éditrice dit  « Avec 50 000 diplômés en bande dessinée chaque année, la Chine est un incroyable vivier de dessinateurs ; pour les scénaristes, en revanche, il faudra attendre : on ne peut pas demander à des gens auxquels on a interdit de penser pendant trente ans de savoir bien raconter des histoires. » Il me semble important de nuancer cette information dans un premier temps et de faire un point sur la bande dessinée chinoise actuelle.

   

Le manhua est le nom donné à la bande dessinée en Chine. On appelle manhuajia les dessinateurs de manhua. On différencie le terme manhua de lianhuanhua littéralement : images s’enchaînant les unes aux autres. Il se présente le plus souvent en fascicule 12,5x10 cm et relate par l’image une histoire de façon suivie. Chaque feuille ne comporte qu’une illustration accompagnée dans sa partie inférieure ou sur le côté d’un texte de deux ou trois lignes. Le manhua désigne une BD « moderne » apparue dans les années 1990. Les deux courants coexistent aujourd’hui. On ne peut comprendre la bande dessinée « moderne » chinoise sans étudier l’évolution du lianhuanhua.
   


Les prémices du genre apparaissent très tôt en Chine. L’art chinois forme une « entité » incluant toutes les disciplines qui se rejoignent sans cesse, qu’il s’agisse de poésie, de peinture ou d’écriture. Ainsi il est intéressant que calligraphie, peinture et poésie forment une certaine trinité. La tradition qui consiste à calligraphier un poème dans l’espace blanc d’un tableau l’illustre bien. Les trois arts partagent d’ailleurs les mêmes lois fondamentales de l’esthétique chinoise telles que celle du souffle rythmique (qi) et celle de l’opposition vide - plein (xu-shi). Il n’est donc pas étonnant que les lianhuanhua trouvent leur origine au moins au début de la dynastie des Han de l’ouest (206 av. J.-C. – 24 après J.-C.). Si l’on s’en tient à la définition minimum d’une narration continue par groupes d’images, la tapisserie de Bayeux et certaines fresques de Dunhuang peuvent être considérées comme telles.

 

Le genre ne cessera d’évoluer, de se transformer au fil des siècles pour aboutir à une certaine forme en 1911, avec l’adaptation de pièces de théâtre pékinois. Et le terme est employé pour la première fois en 1927, par les Éditions du monde, sous sa forme non abrégée, lianhuan tuhua. Va  suivre une évolution faite de bouleversements permanents. Le genre qui prend une place forte dans la culture populaire, déjà introduit dans la presse, devient l’instrument et le résultat de nombreux facteurs. D’un point de vue technique et économique, l’apparition d’une société marchande sous les Song (960-1279), associée à la nouvelle impression xylographique, favorisa déjà le développement de deux modes d’expression que leur popularité réunit : la littérature en langue vulgaire et l’image.


Les imports dus aux avancées techniques étrangères, tout le long du XIXe et XXe siècles vont jouer dans ce sens. Mais surtout le lianhuanhua va connaître bouleversement et diffusion par les permanents mouvements de propagande, censure, et guerriers qui vont toucher la Chine au cours du XXe  siècle. Les différentes mouvances politiques vont en user et tant le Guomindang que le parti communiste, par exemple, vont aider à son évolution mais aussi le réfréner. Outil de résistance, d’éducation, il va subir différentes orientations, ou connaître différentes périodes de liberté. Ainsi, par exemple, autour des années 1930, écrivains et artistes de gauche prennent conscience qu’il est nécessaire de développer de véritables formes d’art populaire appropriées à une production de masse. Ils sont les premiers à souligner les possibilités qu’offrent les lianhuanhua pour la création d’une littérature de masse s’adressant aux prolétaires. Lu Xun déclare en 1932, suite à une mise en accusation de la BD qui ne serait pas de qualité, que le message de l’artiste doit d’abord s’adresser à ses contemporains et les lianhuanhua pourraient bien révéler des chefs-d’œuvre aussi importants pour leur époque que ceux de Léonard de Vinci ou Michel Ange : « Personne aujourd’hui qui trouve un seul mot à redire aux peintures de Michel Ange. Or n’étaient-elles pas bel et bien les œuvres de propagande religieuse ? Un livre d’illustration de l’Ancien Testament ? C’est bien pour le « présent » de ses contemporains que l’artiste les exécuta ». Il conseille aux auteurs et aux illustrateurs d’étudier les histoires en images de graveurs sur bois européens contemporains qu’il contribue largement à faire connaître en Chine (Kâthe Kollwitz, Frans Masereel…). Il reconnaît cependant que de telles œuvres sont surtout susceptibles d’intéresser les intellectuels. Pour toucher le grand public et les masses, il faut puiser aux sources de l’histoire de Chine et ses héros populaires ou dans les contes et les romans. Mao Zedong, en 1942, dans ses Interventions aux causeries sur l’art et la littérature à Yan’an poursuit cette logique d’éducation, tout en y introduisant censure. Le lianhuanhua évolue alors en permanence sous les jougs politiques. Mais ce qui pourrait paraître être exclusivement néfaste sera aussi profondément positif à certaines périodes, pour le genre. Un autre facteur d’évolution est dû aux apports permanents, même si pas toujours de qualité, de l’étranger. Effectivement le pays a toujours été confronté aux pays étrangers, à travers de multiples conflits, ceux-ci se renforcent avec les pays occidentaux et le Japon, en 1839 avec la première guerre de l’opium. Comics, manga, bande dessinée européenne, arts de différents pays font alors leur apparition progressivement et il en résulte de nombreuses influences. C’est avec ces éléments, que je viens d’exposer brièvement, qu’il faut comprendre la création chinoise. Notamment, la bande dessinée chinoise « moderne » soit le manhua, qui se développe intensément dans les années 1990. Si les productions européennes et américaines se sont construites par des orientations relativement ciblées — création d’écoles comme la ligne claire, importation étrangère dans différents journaux regroupés par « genres »… — et les artistes ont su se trouver des héritiers — notamment dans l’optique de s’en défaire —, les manhuajia ont dû construire leur art dans des conditions beaucoup plus bouleversées.  Fruit d’apports très variés, d’influences de tous pays, d’utilisation à des fins idéologiques, de censure, de génération entière comme durant la Révolution culturelle à la création empêchée, résulte une création profondément éclectique, dont les problèmes narratifs sont issus et non pas seulement de la censure. On peut demander aux artistes chinois de maîtriser leur narration, le prouve la littérature.
   
   

Le premier tome des histoires du Juge Bao, Juge Bao & le phoenix de jade répond à ces caractéristiques. Patrick Marty et Nie Chongrui donnent là une œuvre remarquable. Le travail graphique déjà entrepris dans les deux titres parus chez Xiao Pan par le dessinateur chinois atteint, ici, une sorte d’apothéose, corrigeant les quelques faiblesses des premiers ouvrages. Le noir et blanc est extrêmement bien maîtrisé. Nie Chongrui joue avec le clair-obscur, fait rivaliser les zones blanches et noires, et surtout donne une force à ses traits appuyés par un travail permanent sur l’encre noire qu’il gratte ou recouvre de blanc. C’est donc un dessin très minutieux dans lequel chaque zone blanche est contrebalancée par une multitude de traits noirs et blancs qui donnent une force et un relief tout particuliers au graphisme.

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À croire que 2010 est une année favorable au travail sur les reliefs. Il suffit de s’arrêter sur la dernière œuvre de Cromwell et Catmalou, L e Dernier des Mohicans, publié dans la nouvelle collection Noctambule de Soleil — comme quoi l’éditeur sait parfois publier des albums de qualité —, adaptation du roman, véritable chef-d’œuvre, encensé par tout le milieu, meilleur album sorti depuis le Pinocchio de Winshluss paru aux Requins Marteaux — même s’ils ne sont pas co mparables. Cromwell y apporte un nouveau style, il « prépare d’abord les fonds sur tous types de supports (papiers encollés, carnets…). En suivant [son] inspiration du moment, [il] crée directement de la matière avec un pinceau, une brosse à dents et [il] enduit le tout. Ensuite, sans croquis ni crayonné, [il] attaque [ses] fonds en peignant directement ce [qu’il a] en tête ».

 

Pour en revenir à notre manhua, le dessinateur réalise un travail graphique novateur associé à un dessin hyperréaliste. On reste sidéré devant la réalisation des personnages et des décors. À tel point que comme on peut le voir sur internet, certains lecteurs imaginent que Nie Chongrui ne fait que travailler depuis des photographies. « Graphiquement, c'est très beau, le trait est ultra réaliste. Les personnages sont travaillés depuis des photos. J'ai remarqué une ou deux cases où ce procédé montrait ses limites, le maquillage étant trop léger, on a l'impression d'un montage. » (sur le forum de Bd-Theque).


Le travail est tellement époustouflant, qu’un lecteur comme moi, peu amateur de dessins vraiment réalistes, est totalement séduit. On se voit s’arrêter sur toutes les cases et en admirer la virtuosité. Il faut souligner l’habileté à rendre les expressions des visages, toujours fines et variées, point majeur de l’ouvrage. Une  réussite est due également à la mise en scène des décors souvent sobres, voire effacés ou laissés dans l’ombre, mais toujours s ublimes (scènes dans les rues et sur les toits). Cette modération permet d’éviter une surcharge des cases.


L’hyperréalisme s’associe au  travail sur l’attitude des personnages. Il est clair que la statuaire, le théâtre et l’opéra chinois ont été une grande source d’inspiration. Effectivement chaque case est composée avec un véritable goût pour la mise en scène. Si certains regrettent l’air figé des personnages, c’est justement une des grandes forces de la réalisation. Le dessin immobilise des situations, des actions tel un appareil photo en rebetiko.jpgdonnant un pouvoir supplémentaire au dessin. Ainsi texte et graphismes prennent véritablement sens, ensemble. Et la narration se développe dans les non dits et les postures des protagonistes. Texte et images sont particulièrement bien liés. Le rendu figé de l’image qui aurait pu justement nuire à la narration, la complète, la met en valeur, voire se substitue à elle.


La ruse est omniprésente dans l’histoire et le dessin montre ce qui se dissimule derrière les paroles. Ce travail de mise en scène que l’on avait adoré dans le doublement primé Rébétiko de Prudhomme, paru chez Futuropolis, trouve ici un rival. Et si cette composition aurait pu nuire à la narration et à la fluidité du récit, on est encore une fois face à une réussite. Le découpage est très travaillé et répond parfaitement au format. L’éditrice a voulu faire honneur aux lianhuanhua, par un format à l’italienne, de 18x13 cm, sur un papier couché classique mat agréable, ajoutant du relief au noir et blanc du trait.


Si plusieurs journalistes voient dans cet ouvrage un retour au genre, la réalisation montre clairement que ce n’est pas un lianhuanhua. Je ne prends jamais assez de plaisir à citer les propos du journaliste du Monde, Yves-Marie Labé, « Les lecteurs francophones qui se plongeront dans Juge Bao et le Phoenix de Jade, première aventure politico-judiciaire du juge Bao traduite en français, y découvriront un retour aux sources de la BD chinoise, loin des manhuas, ces mangas chinois. » Ce passage est extrêmement intéressant dans ce qu’il résume bien la situation actuelle de la bande dessinée asiatique dans la presse en plusieurs points. Le journaliste arrive à  placer dès le début la notion politique avec l’association « politico-judicaire » — ne cherchez pas de critiques sur des manhua non historiques et non politiques. Il transforme le scénario de Patrick Marty en traduction française or si la bande dessinée s’est bien fortement inspirée du personnage historique, un réel travail scénaristique a été réalisé par l’auteur. Il nous accorde un faux cours sur le lianhuanhua à qui il donne le titre honorifique de seule « BD chinoise ». Enfin, on peut mettre en avant le passage : « loin des manhuas, ces mangas chinois ». Outre la faute à manhua à qui le journaliste a ajouté un « s », de même qu’à manga, terme étranger qu’il ne lui a pas semblé nécessaire de mettre en italique, il définit le manhua comme un manga chinois. C’est aussi sot que de définir la bande dessinée française, par exemple, de cette manière : la bande dessinée française, ce comics français. Yves-Marie Labé qui n’a à première vue jamais lu un manhua et ne connaît rien au manga, travaille à répandre une caricature du genre. Caricature qui si elle souligne son manque de connaissance sur le sujet pointe surtout le mépris que reçoit encore la bande dessinée asiatique et même internationale.


Pour en revenir à la comparaison au lianhuanhua, le travail réalisé prouve clairement que le Juge Bao est bien un manhua. On l’a dit, la composition n’est jamais innocente. Le format empêche logiquement la surabondance de cases et Nie Chongrui s’y adapte très bien. Si on trouve souvent trois cases par page, certaines ne laissent place qu’à deux, et d’autres vont jusqu’à sept. La composition s’adapte au récit, rend la narration plus fluide et souligne la mise en scène. Les formats des cases varient au gré des pages pour se focaliser sur des détails ou intégrer un plan large. Mais le dessinateur donne de la liberté à son dessin par des jeux de cadrage. Il les superpose, les intègre à d’autres et même les efface. Le texte prend alors plus de liberté et les personnages s’affranchissent, prennent du relief et voient le rythme de leurs actions mieux soutenu. Si ces techniques sont déjà utilisées dans de nombreux albums, très courantes dans les shonen par exemple, elles écartent définitivement l’ouvrage du style fermé — du moins dans la composition — des lianhuanhua. Cette grande variété des cadrages associée à la mise en scène apportent à la fluidité de l’action.


   

Le réel travail graphique de Nie Chongrui répond à l’excellent scénario de Patrick Marty. L’histoire est basée sur le personnage historique du Juge Bao. Bao Zheng, dit le Juge Bao, vécut sous la dynastie des Song du Nord, de 999 à 1062. À cette époque (960 – 1126), l’Empire vit un formidable essor économique, tant d’un point de vue matériel qu’intellectuel. Mais l’Empereur Ren Zong doit malgré une certaine stabilité du pays lutter en permanence contre une corruption « endémique et galopante ». Notables de provinces reculées, administrateurs, militaires, fonctionnaires, gouverneurs abusent de leurs prérogatives pour s’enrichir personnellement et bandits de tout poil œuvrent sans vergogne. Pour lutter contre ce fléau, l’Empereur donne les pleins pouvoirs à Bao Zheng dont la réputation s’étend jusqu’aux confins de l’Empire. Mandaté par la plus haute instance de l’Empire, il agit donc en toute légitimité. Même la cour et l’entourage immédiat de l’Empereur le redoutent. Ce personnage historique qui deviendra quasi mythique au fil des récits de tradition orale, puis du roman, représente aujourd’hui encore, pour le peuple chinois, le symbole d’une justice inflexible capable de juger et de condamner sans distinction les délinquants issus du bas peuple, comme ceux appartenant aux plus hautes sphères de l’État. Son aversion pour la corruption, son courroux légendaire envers ceux qui oppriment les pauvres gens, en font un héros extrêmement populaire.


Il a vu ses exploits diffusés, modifiés sur tous types de supports (séries, livres, bandes dessinées, jeux vidéos comme Dead or Alive…) au point qu’il apparaît même comme personnage des Enfers dans la religion populaire. Patrick Marty s’est ainsi fortement documenté sur le personnage et utilise des bribes de trames. Il a composé des aventures où il prend beaucoup de liberté, inventant 80% du récit. IL lui confère une originalité par certaines orientations. Comme le dit le dessinateur dans un entretien, « La culture chinoise admet qu’un simple mortel devienne l’équivalent d’un dieu. C’est ce qui est arrivé au Juge Bao qui a  réellement existé et qui est aujourd’hui une figure figée, sacralisée. Patrick avec son regard de Français a su le décrire comme un homme ordinaire. Nous avons abordé le personnage sans préjugé, ni limite. » Ceci est un point important, le personnage prend de la profondeur par son côté humain, derrière une grande intelligence et une grande rigueur qui auraient pu le rendre caricatural. Les personnages qui l’accompagnent jouent d’ailleurs dans ce sens. Le juge est en effet suivi equipe-bao.jpgd’une petite équipe. On trouve Zhan Zhao son fidèle garde du corps, chevalier au grand cœur, plein d’humour, très charismatique, expert en combat qui apporte un petit décalage au récit sans lui faire perdre de sa force. Dans un sens similaire, on trouve Bao Xing, page au service du juge, adolescent assez turbulent, déjà perspicace, ambitieux, mais aussi amusant par une certaine joie naïve qui fait sa personne. Les accompagne Gongsun Ce, assistant, greffier et médecin légiste, tout en réserve et en retenue. Arrivent enfin Wang Chao et Ma Han, deux gardes — peu présents encore dans le récit. Amusants, ils assurent la sécurité du tribunal et la discipline d’une troupe d’une vingtaine de brillants soldats qui escortent la petite équipe. Là où on aurait pu trouver des personnages relativement caricaturaux, on fait face à des protagonistes profonds, tous travaillés, se dévoilant peu à peu et enrichissant la narration. Une autre initiative scénaristique est l’organisation de chaque récit « sous la forme de deux lignes narratrices », comme le précise Patrick Marty. L’enquête du juge se voit toujours doublée d’une intrigue qui renforce le récit, et lui donne de l’intérêt. Il prévoit ainsi des trames romantiques, d’autres accès sur la question du secours et de la charité, mais dans la majorité des cas, l’action est liée à des problématiques culturelles, financières et politiques chinoises. Ici, l’épisode du Juge Bao & le phoenix de jade se déroule dans une préfecture du Nord-Est de l’Empire. Comme le résume très bien le site des éditions :

 

« Le juge Bao et sa troupe  y découvrent une population sous le joug d’un groupe de notables corrompus, menés par un jeune homme à l’ambition dévorante. Ayant su s’attirer les bonnes grâces d’un préfet aveuglé par son rêve de construire une cité nouvelle, ce dernier est prêt à tout pour s’enrichir et accéder aux plus hautes sphères du pouvoir ».

 

Ce scénario attire les personnages dans différents lieux, comme la prison de la ville, son tribunal, une maison close, la résidence du préfet… L’affaire de corruption est dévoilée par une première enquête qui concerne l’emprisonnement du jeune Chao Dong, accusé d’avoir assassiné la servante de la jeune Yu, à qui il avait été promis à sa naissance et dont le père, le notable Long, avait finalement brisé sa promesse. C’est par l’intermédiaire de cette accusation, que se créent les deux intrigues et que le scénario se construit. Le récit ne se focalise pas sur un jugement, mais se construit comme une enquête policière. Le juge réunit les différents éléments à la base de l’intrigue et oriente son équipe pour découvrir les différentes clés du problème. Chaque personnage a son importance, par sa spécialité, et le scénario se voit plein de rebondissements. Les chapitres s’enchaînent avec vigueur et malgré la relative complexité de l’affaire entraînent le lecteur sans jamais le perdre.

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D’après certains propos tenus sur internet, certaines personnes ont du mal, par manque d’habitude, à lire des histoires avec des protagonistes aux noms chinois ainsi qu’à différencier les faciès chinois. Si l’on s’amuse à caricaturer, « l’occidental moyen » dans son ignorance du monde chinois, se retrouverait face à une bande de « jaunes », en noir et blanc et aux noms et prénoms aux sonorités bien étranges. Reste que l’éditeur a pensé à ce problème et les plus distraits, à la mémoire de poisson rouge, et en aucun cas physionomistes, pourront se référer au début de l’ouvrage où l’on trouve le nom et le visage des quatre personnages principaux. Pour les autres, ils s’attacheront à un détail caractéristique. Seuls quelques personnages risquent tout de même de se ressembler et même un lecteur aguerri pourra se retrouver confus à quelques moments — mais très rarement. Le scénario présente une très bonne construction, plein d’intrigues. Il happe le lecteur en jouant avec les genres. On trouve des passages romantiques, d’autres comiques, certains légèrement érotiques et même des scènes d’action avec notamment une très belle scène d’arts martiaux sur les toits. Au niveau de l’humour, on peut noter une certaine auto-dérision de l’auteur par quelques passages où les personnages jouent de leur posture et de leur personnalité, comme Zhan Zhao, avant de rentrer dans la demeure de Lian et de Nuage Rouge se moque d’un serviteur, en faisant clairement appel au lecteur, pour se joindre à son rire.

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Le récit comme on l’a déjà dit prend aussi toute son ampleur dans les recherches historiques et culturelles du scénariste en introduisant  différentes notions sans pour autant peser sur l’intrigue. Dans cette logique, Nie Chongrui qui n’était pas intervenu dans le premier tome accompagnera Patrick Marty dans les suivants par la connaissance qu’il a de son pays et de sa civilisation. Un travail éditorial est d’ailleurs fait dans ce sens puisqu’au début de chaque album, on trouve une brève présentation de Bao Zheng et de sa période. Il faut souligner tout de même une petite erreur dans le scénario. Chao Dong est amené devant le tribunal du juge Bao au début du récit et ne présente aucun problème de vue, alors que plus tard il souffre de la lumière à cause de son enfermement. En quoi quelques jours de prison dans sa cellule lui auraient-ils plus nui que la période de trois ans qui s’est déjà écoulée ? Il semblerait que l’idée soit venue au scénariste un peu plus tard et qu’il ait oublié de corriger le passage précédent. Une des originalités de la narration est  la présence au début de chaque chapitre d’une brève présentation des éléments qui vont se dérouler. Ainsi le premier chapitre débute par « Où Bao se fait conter l’histoire du jeune Chao Dong par sa mère mourante et recueille les plaintes de la population de la capitale de la province ». Ceci a pour effet de dévoiler l’intrigue et pourrait briser la narration, mais montre la capacité de l’auteur à apporter divers bouleversements sans nuire au récit et tout en faisant référence à une certaine tradition culturelle. Reste que pour ceux que cela gênerait, il est toujours possible de ne pas la lire, puisque toujours disposée au même endroit. Enfin, un travail important est fait dans cette même optique de jouer avec les traditions et la modernité sur les dialogues. À plusieurs reprises les protagonistes se voient contés les événements et les phylactères disparaissent alors pour laisser placer à un texte brut dans la case. La référence au lianhuanhua est explicite. Cette technique a pour résultat de donner de la force à la narration que les bulles surchargées auraient pu desservir. Cela permet aussi d’illustrer les propos sans rester focalisé sur les personnages qui parlent. Ainsi tous les événements rapportés sont illustrés et l’image crée sa propre force narrative. Certaines libertés sont ainsi réalisables, comme le déroulement de deux actions simultanées, grâce à un découpage travaillé dans le même sens. Lors de la scène d’action, le combat peut progresser, tandis que des personnages continuent à dévoiler l’intrigue. Tout au long du récit, le visage du personnage qui raconte peut être inscrit dans une forme ronde, à la manière d’une série télévisée. Cela donne lieu à de très beaux portraits.
   


Juge Bao & le roi des phoenix est donc une véritable réussite. Les auteurs s’ils affirment une référence au lianhuanhua réalisent un album profondément moderne. Avec un scénario historique, sans être pesant, à l’intrigue très bien ficelée et un graphisme parfaitement maîtrisé, les deux auteurs proposent un ouvrage très abouti. Pour les amis du numérique, les tomes sont téléchargeables sur relay.com et AVE comics pour liseuses et smartphones, à 3,99€ en un exemplaire et 1,59€ par parties (au nombre de trois). En anglais et en chinois pour ceux que le français ennuie — par contre, la version chinoise censure les passages « érotiques ». À l’assurance des éditions de « propos[er] ainsi des œuvres originales et inédites dans le respect et le soutien aux artistes chinois qui peuvent exprimer tout leur talent en franchissant plus aisément la barrière culturelle. », nous répondons pari réussi. Bande dessinée la plus vendue du Salon d’Angoulême, plus de 20000 exemplaires déjà écoulés, le manhua connaîtrait-il enfin un chemin vers la lumière en France ?

    Pour ceux que le genre intéresse, je ne pourrais que vous conseiller quelques titres — parmi des collections arrêtées, des titres épuisés, de mauvaises politiques éditoriales, des enjeux commerciaux et du peu de titres disponibles en France — des très grands albums de la collection « Made in » de Kana : Une vie chinoise de P. Ôtié et de Li Kunwu et Kylooe de Little Thunder. Little Thunder a fait son apparition en France avec une histoire publiée dans China girls, recueil inégal mais intéressant d’auteurs de manhua, paru aux éditions Xiao Pan, et à la réalisation d’un clip de la nouvelle chanteuse — au talent plus que limité — Jena Lee, comme l’avaient déjà fait Benjamin et Song Yang. Dans feu la collection « Hua Shu » de Casterman, on pourra tenter de trouver les bons titres épuisés que sont Pourquoi j’veux manger mon chien ? d’Ahko et L’Enfer de Jade de Laï Tat Tat Wing. Enfin chez Xiao Pan on pourra au gré des titres disparus du catalogue lire le poétique Le Repos de la baleine de Zou Jian, les amusants et fous Diu Diu de Nie Jun, malgré un début du 1er tome raté, les très réussies histoires sur « La prairie du paradis » lieu où se retrouvent les suicidés, et où un groupe de métal va tenter de pousser au suicide un musicien pour compléter sa formation dans les deux tomes de Mélodie d’Enfer de Lu Ming, la petite perle qu’est L’envol de Zhang Hiaoyou, et le très talentueux dessinateur qu’est Benjamin, mascotte de la production chinoise traduite actuelle, rejoint par Song Yang (dont je n’ai lu que les premiers ouvrages à la créativité graphique très intéressante mais aux scénarii peu convaincants). Enfin pour les amateurs de mangahk soit une forme de manhua taïwanais et hongkongais, fortement inspiré par le comics, il faudra choisir parmi les tomes épuisés chez Tonkam d’Andy Seto et chez Soleil avec feu sa collection « Soleil Hero ». on notera aussi l’existence de manhua en corse, occitan et breton dans la collection Toki des Éditions du Temps. Cette liste n’est en aucun cas exhaustive, on devra surtout se battre avec le peu d’ouvrages disponibles et les étranges choix éditoriaux de certaines collections. Reste qu’une production extrêmement variée existe en Chine et qu’un travail éditorial pourrait être réalisé et nous faire découvrir ce qu’est le manhua indépendant. Le prix de la bande dessinée alternative, décerné en 2010, au fanzine de Nanjing, Special comics n°3, le prouve. Il est pour cela nécessaire d’aller plus loin que l’édition chinoise même, en pleine mutation avec la libéralisation progressive de l’ISBN.


Arthur Chambard, AS édition-librairie



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