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14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 19:30










FUJISAWA T
ō
ru
GTO (Great Teacher Onizuka)

Pika éditions, 2001
(1997 au Japon)
25 tomes, série terminée














Qui penserait qu’un voyou puisse être engagé comme professeur d’éducation civique dans un collège privé réputé, et qui plus est, s’y intégrer ?

Depuis six ans qu’Eikichi Onizuka est arrivé à Tokyo, rien n’a changé pour lui : à 22 ans, il est toujours sans travail (quand on demande un job super bien payé avec secrétaire particulière, alors qu’on ne sort pas d’une fac prestigieuse, il ne faut pas s’étonner…) et sans copine (certains disent même qu’il n’a jamais connu les plaisirs de la chair, ce qui ne l’empêche pas d’être porté sur la chose !).

Mais un jour, il rencontre une lycéenne qui le rappelle le lendemain en pleurs. Il l’invite chez lui et finit par apprendre qu’elle sort avec son professeur, petit et chauve de surcroît. Il n’en faut pas plus à notre bosozoku (voyou à moto, en gros) pour lui donner envie de faire partie de cette noble institution qu’est l’éducation ! Le voici donc (après sacrifice de sa coiffure en banane) lancé sur la voie, souvent semée d’embûches pour lui, de sa transformation en GTO !

Notre cher professeur débutant se verra alors confronté à des situations plus invraisemblables les unes que les autres, mais qu’il saura résoudre par ses méthodes peu orthodoxes, et surtout avec l’aide de ses élèves (à quelques exceptions près) dont il aura su gagner la confiance progressivement. En effet, ces derniers ne font plus confiance aux adultes en général suite à une histoire avec l’un d’entre eux.




Voici une galerie non exhaustive des personnages principaux (souvent archétypaux) qui entourent Onizuka :


Fuyutsuki Azusa
engagée au lycée privé Kisshô en même temps qu’Onizuka comme prof de japonais, cette jeune femme discrète ne cessera de louer ses qualités d’enseignant, qu’elle espère égaler un jour dans ce domaine… Amoureuse notre Azusa ? Hum…Pourquoi pas ?





Ushiyamada Hiroshi : sous-directeur du lycée. Signes particuliers : voue une admiration sans borne à sa voiture, une Cresta blanche immaculée, et accessoirement aime toucher les fesses des jeunes femmes dans le métro en cachette. Son plus grand rêve est d’arriver à faire virer Onizuka, qu’il déteste par-dessus tout et qu’il rend responsable de tous ses maux.



Sakurai  Ryoko : C’est la secrétaire générale du collège, et celle grâce à qui Onizuka a pu être embauché en tant que professeur. Elle lui sera d’un précieux soutien, car elle a foi en lui et en ce qu’il peut apporter aux élèves et enseignants par ses qualités (de toute façon, à cas désespéré, solution désespérée, non ?)




Teshigawara Shuguru : professeur de mathématiques. Il est obsédé par Melle Fuyutsuki (qu’il filme, photographie et écoute au téléphone), femme idéale selon ses critères. Et inutile de dire qu’il déteste Onizuka au plus haut point, et qu’il fera tout ce qu’il peut pour lui nuire.



? : Afin de ne gâcher à personne la partie la plus intéressante de ce manga, je ne dévoilerai pas l’identité de ce personnage… Sachez juste qu’elle sera la  cause de bien des désagréments au collège avec ses “Anges” !




Danma Ryuji : c’est le meilleur ami d’Onizuka depuis leur rencontre au lycée de Shonan, où ils formaient un duo explosif. C’est aussi une des rares personnes que son ami écoute ! Il possède un magasin de motos et a une compagne, ce qui en fait un modèle de stabilité par rapport à Eikichi…




Nomura Tomoko : surnommée “Toroko”(en gros, “débile”) par ses camarades de classe. C’est une jeune fille un peu simplette, qui, grâce à Onizuka (et à sa poitrine pour le moins généreuse !), va devenir une star.





Kanzaki Urumi : Cette charmante adolescente n’en n’a pas l’air, mais son QI dépasse de très loin celui des autres élèves de sa classe, et c’est aussi une fervente adepte du « terrorisme scolaire » lorsqu’elle est présente en cours. Onizuka, qui la rencontre en cours d’année, lui réapprendra à croquer la vie à pleines dents.




Murai Kunio :
Le râleur de la bande. Il fait partie de ceux qui finiront par changer d’avis sur Onizuka, bien qu’il ne soit pas toujours d’accord avec lui. Il est aussi connu pour avoir une maman sexy (car jeune) que son professeur ne manquera pas de draguer…





Kikuchi Yoshito : C’est le petit génie de la classe (après Kanzaki, bien sûr !). Il sortira Onizuka de bien des situations épineuses grâce à son savoir-faire en matière d’informatique. Lui aussi a eu vite fait de changer d'opinion sur son professeur après avoir tenté de le faire virer.




Yoshikawa Noboru : souffre-douleur d’Anko et de ses copines (et fournisseur attitré de jeux vidéos d'Onizuka), ce jeune homme solitaire (un otaku, comme on dit au Japon) apprendra grâce à Onizuka à se faire une place dans sa classe, ainsi que dans le coeur de Anko au grand désarroi de cette dernière.


Wakui Mayu : C’est le petit-fils de la secrétaire générale. Appelé en renfort par Miyabi pour l’aider à faire virer Onizuka, il lui causera quelques tracas… (Avis personnel : personnage décevant en fin de compte car on en attendait plus au vu de ce qu’il promettait, dommage…).





Uehara Anko : Cette jeune fille fait aussi partie de ceux qui resteront contre Onizuka un bon bout de temps. Pourtant fille de la directrice de l’association des parents d’élèves,  elle n’hésitera pas à torturer Yoshikawa avec deux de ses copines. Mais comme le dit le proverbe, qui aime bien châtie bien…

 

Aizawa Miyabi : Alors celle-là, elle détestera Onizuka de toutes ses forces jusqu’à la fin ! Elle a ses raisons de tenir tête comme ça aux adultes, et vous les découvrirez bien assez tôt…
Cette élève taciturne s’absentera un moment du lycée, mais n’en reste pas moins un personnage-clé de ce manga pour comprendre bien des choses.



Petite parenthèse : GTO a eu droit à son adaptation en série animée en 1999 ainsi qu’à son feuilleton live (c’est-à-dire avec de vrais acteurs) un an plus tôt, et deux autres manga relatant la rencontre d’Onizuka et Ryuji Danma (Bad Company et Shônan Junaï Gumi)

Pour résumer, vous prenez une grosse dose d’humour, un peu de violence, un soupçon de sentiment, ajoutez à cela un message optimiste envers la jeunesse incomprise des adultes, et la transmission de valeurs telles que l’authenticité et l’amitié, secouez le tout et vous obtenez GTO !

C’est vraiment agréable à lire, le dessin est assez réaliste (contrairement au scénario très loufoque par moment), et est plus mature que les séries précédentes de l’auteur ; l’idée de départ est originale…
 

Mais, car il y a un mais, la série aurait mérité d’être un peu plus courte. En effet, au bout d’une douzaine de tomes, on commence à se demander ce qu’il peut y avoir de nouveau, car même si c’est marrant, ça sent le déjà-vu…

Heureusement, à partir du tome 19, alleluia ! l’intrigue prend un second souffle et nous tient en haleine jusqu’à la fin car on tremble vraiment pour notre cher Onizuka. Pourquoi donc ? Vous le saurez en le lisant car c’est à ce moment là que notre personnage-mystère apparaît !

Sachez juste que plus on avance dans l’histoire, plus on voit évoluer Onizuka, qui, ô surprise, apparaît comme un des personnages les plus sensés (voire normaux), au vu des mœurs de certains de ses collègues (par exemple le sous-directeur ou le professeur d’anglais, pour ne citer qu’eux).
Comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences…

GTO a donc, à mon avis, mérité sa place de série incontournable sur les étagères des amateurs de manga shônen (dont il a bon nombre de caractéristiques), car elle ne se prend pas au sérieux et fait passer un bon moment à quiconque y jette un œil, ce qui est le but principal de n’importe quel style de BD, non ?

Marie, Bib.-Méd.
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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 19:30












TANIGUCHI Jirô
Quartier Lointain
Casterman, 2003
Intégrale : 2006

   











Les mangas auraient-ils acquis leurs lettres de noblesse en France? Le public est de plus en plus conscient de leur valeur littéraire, et le festival d'Angoulême a couronné Quartier Lointain de Jirô Taniguchi du Prix Alph'art en 2003. Cette reconnaissance a permis à cet ouvrage de bénéficier d'une couverture médiatique intéressante, et m'a incitée à le lire. Pourtant, je ne lis que peu de bandes dessinées, et je ne lis jamais de mangas. Toutefois, quelques bonnes critiques et la lecture de la quatrième de couverture m'ont donné envie de tenter ma chance. La perspective de lire l'histoire d'un homme à qui le destin permet de revivre son adolescence m'a séduite.










Nakahara Hiroshi, le narrateur de ce récit, est un homme âgé d'une quarantaine d'années. Il n'est pas un être exceptionnel : c'est un mari et un père lointain pour sa femme et ses filles, un employé qui « picole » de temps en temps, seule entorse à ce qui semble être une vie morne et bien réglée. Il quitte son foyer, un matin, pour un voyage d'affaires. Affligé d'une « parfaite gueule de bois » , il se trompe de train. Au lieu de se rendre à Tokyo, il est en route pour la ville de son enfance : Kurayoshi. Il ne fait pas demi-tour pour autant, et profite de cet incident pour se rendre devant son ancienne maison, puis sur la tombe de sa mère, décédée trois ans plus tôt. Plongé dans ses pensées et ses souvenirs, il s'assoupit dans le cimetière.

   








À son réveil, et à sa grande surprise, Nakahara Hiroshi découvre qu'il n'est plus l'homme qu'il était. Il a de nouveau quatorze ans, et la ville qui l'entoure a fait, elle aussi, un bond de plusieurs dizaines d'années en arrière. Il se précipite alors chez lui, et y trouve sa famille au complet : son père, qui quittera le foyer quelques mois plus tard, sa mère et sa grand-mère, toutes deux encore vivantes à l'époque, et sa petite sœur. C'est la veille de la rentrée scolaire et Hiroshi, qui est toujours, au fond de lui, un père de famille, doit reprendre le chemin de l'école. Cet étrange rebondissement va lui permettre de vivre sa vie d'adolescent avec le recul et l'expérience d'un adulte, et va aussi lui offrir une opportunité extraordinaire : empêcher le départ, jusqu'alors inexpliqué, de son père, l'été de ses quinze ans.

   
Nakahara Hiroshi redevient un adolescent, sans doute celui que nous rêvons d'être. Il a une maturité suffisante pour posséder du recul sur les événements, recul qu'il lui était impossible d'avoir la première fois qu'il a eu quatorze ans. Ses camarades et sa famille le remarquent, et il devient un jeune homme apprécié, considéré comme mature et intelligent. C'est pour cette raison que sa grand-mère lui confiera le secret du passé de ses parents, déterminant dans l'explication de la disparition du père. Le départ annoncé de M. Nakahara rythme le récit : plus son départ approche, plus son personnage devient central, reflétant l'obsession du fils. Celui-ci le guette, le suit, et il découvre ainsi un personnage complexe, qui, à son grand désespoir, semble inaccessible, lointain, malgré son apparence de bon père et de bon mari. Le temps passe, inexorable, jusqu'au jour du départ, de l'abandon : Hiroshi se battra jusqu'au bout pour qu'il reste.

   
Quartier lointain s'achève sur le retour de Nakahara Hiroshi dans son présent. Il a de nouveau quarante ans, il retrouve sa femme, ses deux filles. Mais il n'est plus le père, l'époux qui a quitté son foyer quelques jours plus tôt. Si l'adolescent avait acquis une certaine maturité, le père de famille semble aussi en bénéficier. Il perçoit différemment le rôle du père dans la famille, le Hiroshi froid et distant a peut-être disparu. Mais les souvenirs de ce retour en arrière ne s'estompent pas, et l'auteur semble nous suggérer qu'ils l'aideront à affronter son futur, et à s'éloigner du spectre de l'abandon, de la fuite qui planait sur son destin.

    
Cette œuvre propose une réflexion sur la paternité, sur la maturité qu'il faut acquérir afin de devenir père. Les planches sont simples, entièrement au service de la narration. Quartier lointain est une quête douce-amère qui, une fois terminée, laisse le héros, comme le lecteur, grandi.


Mélaize, A.S. Bib.-Méd.

Sur Taniguchi, voir aussi




l'article de Sandrine sur La Montagne magique





  les articles de Nathalie et de  Marion sur l'Orme du Caucase
 

de Fanny et de BenoÎt sur Japon (Collectif).

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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 19:30











UNITA Yumi
Un drôle de père

Editions Delcourt, 2008    
collection Jôhin














Un drôle de père ou l’histoire de Daikichi, un célibataire de 30 ans qui devient le tuteur de Rin, la fille cachée de son grand-père.

Cette première série à succès de Yumi Unita, auteure issue de la nouvelle vague du manga, rend son personnage principal attachant au travers de ses complexes vis-à-vis de cette petite fille qui débarque dans son quotidien. Au départ jeune adulte peu enclin aux contacts avec les enfants, Daikichi s’ouvre et apprend de Rin, cherchant à s’investir pour son bien-être.

Ce thème est très peu abordé dans le genre manga et c’est avec finesse et émotion que l’auteure l’aborde. Suivent trois autres tomes qui décrivent l’évolution de la relation du père célibataire  et de la future adolescente. Un petit plein de tendresse pendant les vacances, pas désagréable !













Morgane M., Bib.-Méd.-Pat.
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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 22:30








MINEKURA Kazuya,
Stigma

éd. Ki-oon, 2007












L’h
istoire


«  " Tiens, Juiggy, ça faisait un bail qu’on ne t’avait pas vu ! " C’est par ces mots que m’a accueilli le patron d’un bar où j’étais entré au hasard. Alors je l’ai salué évasivement. Apparemment, je me faisais appeler "Jiggy " dans cette ville. Dans la ville d’avant je me faisais appeler " Toy " et dans les villes précédentes, " Wood " ou " Killy "… Pourtant ces noms ne m’évoquent rien. C’étaient sans doute des noms d’emprunt.»
 
C’est ainsi que l’on rencontre Stork, un homme sans passé ni nom fixe qui erre sans but depuis on ne sait combien de temps, sans aucun souvenir ni attache d’aucune sorte. Il tue, il vit, il ne reste jamais dans la même ville et voyage à la recherche de son passé en espérant qu’une personne le reconnaisse. Son dernier souvenir est de s’être réveillé nu, au milieu de déchets, couvert de blessures avec une mallette remplie d’argent à ses côtés. Sur sa route, il va faire la rencontre d’un jeune garçon orphelin, Tit, qui est à la recherche d’un oiseau. Dans ce monde, les oiseaux ont disparu de la surface de la terre de même que le « ciel bleu », remplacé par un ciel éternellement gris.  Ensemble, ils décident de continuer leur voyage, l’un pour retrouver son passé, l’autre un oiseau…


Le texte et les graphismes

 L’on pourrait qualifier Stigma de « manga-roman » au vu de la place du texte dans cette bande-dessinée. Tout au long de cette histoire écrite à la première personne, nous sommes plongés dans les pensées du personnage principal. Les pensées de Stork (l’histoire ne se déroulant que de son point de vue) ne sont pas écrites sous formes de bulles ou encadrées, comme dans la bande dessinée traditionnelle, mais sont directement intégrées dans l’image. Par cela, l’auteur crée un lien particulier entre le texte et l’image. Les deux expressions se mêlent, se répondent et se donnent mutuellement du sens.

La plupart des dialogues sont, non pas transcrits sous la forme traditionnelle de bulles, mais plutôt sous la forme de dialogues tels qu’on les trouverait dans un roman : utilisation de guillemets et de tirets. On en viendrait même au paradoxe de penser que l’image n’est ici que pour illustrer le texte.
 
 Les graphismes de Stigma sont très soignés et nous plongent dans une ambiance sombre, jonglant entre obscurité et naïveté grâce au personnage de Tit. L’auteure charge ce personnage d’une symbolique de pureté et de lumière. Elle force le trait et revêt Tit de l’apparence classique que l’on donne à ces êtres à part : candeur, cheveux blonds et iris d’un bleu profond.

Les souvenirs qui apparaissent petit à petit au cours de l’histo
ire sont tous traités en noir et blanc. La seule touche de couleur est le rouge, le rouge du sang. Ce choix graphique met en valeur la césure entre le passé de Stork et sa vie après sa rencontre avec Tit. Celle-ci est traitée en couleur, hormis le ciel qui, lui,  reste imperturbablement gris.

Le récit est divisé en chapitres ayant chacun un titre, comme pour un roman. Chaque chapitre est séparé des autres par une page d’illustration sans texte représentant les personnages principaux.  Ces dessins, sans lien direct avec le récit, permettent au lecteur d’aller plus loin dans la connaissance des héros, de cerner un peu mieux la portée symbolique du livre. Ils rapprochent Stork et Tit et semblent créer un lien entre eux.

Le roman-bande dessinée est aussi coupé de pages illustrées, toujours avec Tit et/ou Stork mais contenant une des nombreuses définitions du mot « stigma », chaque définition ayant un lien avec l’avancement de l’histoire. Cette organisation renforce la dimension symbolique du récit : mise en scène souvent sombre, en rapport avec leur histoire et leurs sentiments, répétition et multiples définitions du mot « stigma » (stigmates).




Avis personnel

Ce qui rend ce manga original est la place du texte par rapport à l’image, ce qui en fait un livre hybride : à la fois roman et bande dessinée.

Ce côté « texte » peut déranger du fait qu’il ne correspond pas aux attentes du lecteur quand il ouvre un manga. Pourtant, on se laisse vite prendre par l’ambiance particulière de Stigma. Les textes collent parfaitement à l’état d’esprit du personnage principal et à ses doutes.

 L’atmosphère, sombre, est pleine de poésie. Le texte est riche, les dessins extrêmement travaillés, les couleurs fluides et le travail sur le lien texte-image très poussé. Il n’y a pas rien de superflu, l'écriture est sobre. L’histoire est centrée essentiellement sur la relation qui s’instaure en Stit et Stork, et sur la recherche du passé du héros.

Au total un agréable moment, dérangeant. Un récit qui déroute, qui interroge, et dont les textes sont aussi forts que les graphismes.





L’auteure

 Kazuya Minekura  est seulement connue sous son pseudonyme, son  vrai nom étant jusqu’alors encore inconnu du grand public. Née le 23 mars 1975, elle débute sa carrière de mangaka en créant des dōjinshi (bandes dessinées dérivées d’œuvres déjà existantes, fanzines). Quand ses premières œuvres sont publiées en 1993 par le magazine Kadokawa Shoten elle a  18 ans.

 Kazuya Minekura est surtout connue pour son manga Saiyuki sorti pour la première fois au Japon en 1997 et publié en France par les éditions Génération Comics. Bien qu’elle ait achevé de nombreuses œuvres, peu sont encore publiées en France.

Du même auteur

- Just!!, 1995 ;

- Brother, 1996 ;
- Saiyuki*, 1997, (9 volumes, adapté en animé*) ;
- Shiritsu Araiso Kôtôgakkô Seitokai Shikkôbu, 1998 (2 tomes);
- Saiyuki reload* ,
- Saiyuki Gaiden, 2000;
- Wild Adapter, 2001 ;
- Bus Gamer, 2001(sortie dvd cette année en France) ;
- Hachi no Su, 2003.

* parus en France aujourd’hui


Julie, 1ère année Éd.-Lib.
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3 juillet 2009 5 03 /07 /juillet /2009 20:19
La saga Death Note











Death Note
est un manga japonais scénarisé par
ÕbaTsugumi et dessiné par Obata
Takeshi. Il a été publié en douze tankõbon (volumes) par la maison d’édition japonaise Shūeisha (qui publie également l’hebdomadaire Weekly Shõnen Jump dans lequel ont été prépubliés les cent huit chapitres du manga avant d’être compilés). La version française a été publiée par la maison d’édition Kana (qui publie également Naruto, Hunter X Hunter et Détective Conan). Le manga a été adapté en série animée en trente-sept épisodes par le studio japonais Madhouse en 2006 et a connu trois adaptations cinématographiques en 2006 (Death Note et Death Note 2 : The Last Name) et 2008 (L : Change the world).







Les auteurs


Õba Tsugumi est un scénariste de manga dont la bibliographie ne comprend que Death Note et Baku-man. Personne ne connaît son véritable nom, ni son visage, mais il existe plusieurs rumeurs le concernant,  ainsi, ce pseudonyme cacherait en fait un (ou une) célèbre mangaka…

Obata
Takeshi est un dessinateur de manga (11 février 1969 - …). Il a réalisé les planches de mangas tels que Shigaru no go ou Baku-man et le design des personnages du jeu vidéo Castlevania Judgment.

L’histoire

Raito Light Yagami est un étudiant modèle lassé du monde qui l’entoure. Un matin, alors qu’il rêvasse en cours d’anglais, son regard est attiré vers un cahier noir tombant du ciel sur la pelouse de l’université. Il découvre ainsi le Death Note, carnet maudit des Dieux de la Mort (Shinigami).

« La personne dont le nom est écrit dans ce cahier meurt ».

Au début, Light ne croit pas au pouvoir du Carnet de la Mort… La télévision de sa chambre annonce une prise d’otages dans une école maternelle. Raito note sans trop se faire d’illusions, presque comme par jeu, le nom du criminel qui s’affiche à l’écran. 40 secondes plus tard, l’homme est mort d’une crise cardiaque.

Light fait alors la rencontre de Ryukku, le Shinigami à qui appartient le Death Note, qui l’accompagnera comme une ombre tout au long du manga.

Raito Yagami comprend enfin qu’il est de son devoir d’éradiquer tous les criminels de la planète, car les Dieux lui en ont donné le pouvoir. Animé par cette frénésie meurtrière, il devient Kira (dérivé de l’anglais « Killer ») le justicier.

La criminalité baisse, et le monde entier a les yeux rivés sur le Japon. La police de Tokyo, divisée, crée une cellule d’enquête destinée à la capture du Justicier. Pour cela, elle engage un détective privé, « L », dont le nom et  le visage sont inconnus de tous…

Shõnen ? Nekketsu ? Seinen ? Seijin ?

Le nekketsu (« sang bouillant ») est souvent confondu avec le shõnen manga (en japonais : manga pour jeune garçon). Or, alors que le shõnen manga définit juste une ligne éditoriale, c'est-à-dire le public visé par le magazine dans lequel le manga est prépublié, le nekketsu répond à un canevas de critères scénaristiques précis : le héros doit être orphelin, naïf, honnête, dôté de capacités hors-norme et d’esprit de groupe, fatalement conduit à combattre ses meilleurs amis…

Le nekketsu se caractérise par son manichéisme. Le héros est foncièrement bon, et lutte physiquement contre le Mal. Ces deux entités sont clairement définies, même si les personnages se rattachant à l’une ou l’autre ont leurs raisons, les pions du Mal affrontent forcément les pions du Bien. Le héros se relève toujours car il est animé d’une force pure, et le méchant perd.

Le nekketsu déborde de valeurs morales fortes, les jeunes garçons s’identifient au personnage principal qui est souvent un peu gauche et très attachant. Ils vont l’accompagner dans son parcours initiatique et s’en imprégner. Ces mangas rencontrent un franc succès au Japon et en France qui est le premier pays importateur de manga (papier ou animé). Les shõnen manga les plus emblématiques sont Naruto, One Piece, Bleach, Dragon Ball

Le seinen manga s’adresse aux jeunes adultes (15-30 ans). La trame est cette fois plus importante, plus approfondie tout comme le style graphique, il y a moins voire pas de combat. Les personnages sont plus complexes et les sujets sont abordés de façon réaliste, crue et parfois violente. Là encore, il ne s’agit que d’une ligne éditoriale.

Le seijin manga s’adresse à un public d’hommes adultes. Les sujets qui sont abordés sont cette fois complexes (politique, histoire, enquêtes policière) et il peut y être développé une forme d’érotisme.

Ces trois genres ont évidemment leur pendant féminin ; la fracture générationnelle ou sexuelle, très marquée au Japon, est loin d’être la même en France.

Il est difficile de définir à quel genre de manga appartient Death Note. Il a été prépublié dans le Weekly Shõnen Jump, il est donc censé être lu par des jeunes garçons, adolescents ou pré-adolescents. Or, il est clair que Death Note ne correspond absolument pas à la grille de critères des nekketsu, le genre dominant du shõnen manga.

Death Note traite de notre société actuelle en y ajoutant un aspect magique. Il est clair que le héros est dôté de « super-pouvoirs », mais qui ne sont en aucun cas de son fait, et qui servent encore moins à contrer le Mal absolu… La question du Bien et du Mal est très complexe dans le manga, car elle relève de la subjectivité de chaque personnage, et des éléments de l’intrigue policière (thème récurrent du seijin manga) qu’il a en main… Même le lecteur a du mal a se faire une opinion.

En effet, Kira ne s’attaque qu’aux criminels au départ, il a une vision du monde assez manichéenne et idéaliste (un peu comme s’il avait lu trop de nekketsu…) : les méchants doivent être punis, et je suis le héros à qui le choix du châtiment incombe, car j’en ai le pouvoir.

Raito Yagami est un élève modèle et, comble de l’ironie, le fils du chef de la police locale. Pourtant, il est adulé des foules car il réduit la criminalité grâce à sa solution finale. Mais sa vision idéale va être menacée par des hommes sans casier judiciaire, parfois même des proches, et pour protéger sa geste, il va devoir jouer double-jeu et intégrer la cellule qui le recherche. C’est donc un menteur, et un tueur. Et il prend plaisir à mépriser les autres hommes et à les éliminer…

Le rôle de l’orphelin naïf pourrait donc être joué par le détective qui le poursuit, « L ». Il se pose en unique opposant à la hauteur de Kira, et pourtant, c’est un étudiant assez replié sur lui-même, gourmant et supérieurement intelligent. Il est complètement détaché du monde réel, et malgré sa détermination et ses capacités de déduction, il va perdre. Et mourir.

Car il y a d’autres forces qui entrent en jeu : les Shinigami, qui eux non plus ne se posent pas en maîtres bienveillants, ni en créatures malfaisantes. Ils sont issus des superstitions
japonaises traditionnelles et apparaissent sous d’autres formes dans d’autres manga comme Bleach. Ce sont des personnages fluctuants, animés de sentiments mais pourvus de pouvoirs surnaturels, comme les Dieux de l’Olympe, dont la Terre est le terrain de jeu.

La complexité des personnages et la gravité des sujets traités (la mort, la justice, les croyances religieuses ou les superstitions, la fatalité, l’homosexualité – la relation entre les deux protagonistes et assez ambiguë, et l’un des Shinigami présenté comme femelle est amoureux de la petite amie de Raito au point de se sacrifier pour elle…) font de Death Note un manga extrêmement riche.

Je le conseille à tous ceux qui ont peur des bandes dessinées et du Japon !


Sources

Wikipédia
Article fluctuat.net :
http://livres.fluctuat.net/blog/6421-les-mangas-decollent-en-france.html
Enquète de Jean-Marie Bouissou « Pourquoi aimons-nous le manga ? » : http://www.ceri-sciencespo.com/themes/manga/documents/com4_jmbouissou.pdf


Lila, 2A BIB

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21 mai 2009 4 21 /05 /mai /2009 07:07








TANIGUCHI Jirô
,
La Montagne magique
Casterman, 2007


















Quelques mots sur l’auteur

TANIGUCHI Jirô est un auteur de mangas japonais de renommée mondiale. Il est né le 14 août 1947 à Tottori, au Japon. Quartier lointain (prix du meilleur scénario à Angoulême) et Le Journal de mon père sont ses deux plus gros succès. Ils sont très représentatifs du style de l’auteur. En effet, la mythologie, les croyances ancestrales japonaises et la famille sont des thématiques fortement présentes dans ses œuvres. Mais au-delà des thèmes qu’il développe, ce qui fait la particularité de

En effet, bien qu’il soit japonais et créateur de mangas, Jirô Taniguchi est passionné par le dessin et le style graphique de la bande dessinée franco-belge. C’est d’ailleurs ce qui fait toute l’originalité de son style car il mêle le mode d’expression du manga au style de la BD pour servir des intrigues très ancrées dans les croyances japonaises.

La Montagne magique est l’œuvre qui se rapproche le plus, par son graphisme et son style, de la bande dessinée occidentale. On peut d’ailleurs noter qu’il s’agit de la première publication entièrement en couleurs que Taniguchi réalise.

Le récit






L’histoire se passe à Tottori, pendant l’enfance du protagoniste. Tottori est une ville construite autour d’une montagne où se dresse le donjon d’un château de l’ère Meiji.
 
Leur père étant décédé et leur mère gravement malade, Ken-Ichi1, 11 ans,  et sa petite sœur passent les vacances chez leurs grands-parents. Un jour, Ken-Ichi fait la connaissance d’une salamandre prisonnière d’un aquarium dans un musée. L’animal se rend alors compte que l’enfant peut entendre ses pensées et elle lui explique qu’il a été élu pour sauver le château de la démolition. En échange de son aide, la salamandre promet au garçon de réaliser un vœu, quel qu’il soit. Ken-Ichi s’engage à ramener la créature là où elle vivait : dans une source merveilleuse située sous le château.

Aidé par sa petite sœur, Ken-Ichi va affronter ses peurs pour aider la salamandre à retrouver son habitat naturel et sauver la montagne de la destruction. En échange de quoi la mère des deux enfants recouvra la santé.
(1 : Ichi signifie « premier enfant mâle »)





Les thèmes abordés et le style de l’auteur : croyances japonaises présentes dans l’histoire





Le récit de Taniguchi débute sur une coïncidence : l’action se dérou
le dans le village natal de l’auteur. C’est un jeune garçon, qui raconte son histoire en commençant par un basculement dans sa vie : le départ pour l’hôpital de sa mère malade.

Nous sommes peu à peu projetés dans le quotidien de cet enfant et dans ses croyances. Pour les Japonais, chaque élément de la nature, chaque objet  quel qu’il soit, héberge un esprit. Aussi, lorsque des industriels souhaitent faire de la montagne et du château qu’elle héberge une attraction touristique, la montagne se venge en faisant trembler la terre. Ce sont là les premiers éléments de réalisme magique. Taniguchi utilise beaucoup cette méthode : il part des croyances populaires pour incorporer progressivement des faits magiques et mythologiques dans ses récits.

Comme dans ses précédents succès, l’auteur met la famille au cœur de son récit. Ici, c’est la famille qui pousse Ken-Ichi à braver ses peurs pour aider la salamandre.



Avis sur l’ouvrage

La Montagne Magique se situe à la frontière de la bande dessinée et du manga mais la griffe de Taniguchi Jirô est reconnaissable dès les premières vignettes. J’ai été attendrie par le personnage de Ken-Ichi, et plus particulièrement par sa candeur et sa détermination.

Néanmoins, le récit m’a déçu par sa naïveté et sa sim
plicité. Il n’y a pas vraiment de surprise, la fin de l’histoire est évidente et on se l’imagine bien avant de la connaître, ce qui gâche quelque peu le plaisir de la lecture.

Le deux précédents succès de Taniguchi Jirô (Quartier Lointain et Le Journal de mon père) m’ont laissée sans voix. Ce sont deux lectures qui donnent à la fois matière à rêver et à réfléchir. Les intrigues sont menées de main de maître et la somptuosité des dessins ne fait qu’ajouter de la valeur à ces chefs -d’œuvre. Taniguchi Jirô pourrait être présenté comme le Miyazaki Hayao de la bande dessinée.



Sandrine, 2ème année Bib.

Sur Taniguchi, voir aussi

 

les articles de Nathalie et de  Marion sur l'Orme du Caucase









de
Fanny et de BenoÎt sur Japon (Collectif).


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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 23:17














Katsura HOSHINO
D.Gray-man. 1, Prologue

traduit du japonais par Sébastien Bigini
Glénat, 2006 (coll. Shonen manga)





















Les dessins de la mangaka Hoshino Katsura sont actuellement publiés dans le magazine Weekly Shonen Jump et 17 volumes de D.Gray-man sont à ce jour sortis au Japon. En France, D.Gray-man est un manga fantastique du catalogue Shonen de Glénat. La série compte également une adaptation animée chez Kana.

Ce premier tome présente une intrigue très riche. Il pose les bases d’une série qui compte aujourd’hui  13 volumes publiés en France.  L’histoire des sept premières nuits, qui se déroule en Angleterre, est centrée sur le personnage principal, Allen Walker, un jeune exorciste en route pour le quartier général de la Congrégation de l’Ombre. Sa route croise le destin de l’agent de police Moore, dont la famille est victime des ténèbres libérées par le Comte Millénaire. Les exorcistes sont dotés d'une Innocence divine qui leur confère des pouvoirs surhumains, et sont les seuls êtres sur Terre capables de déjouer les plans du Comte et de défendre l’humanité contre la puissance destructrice de son armée d’« Akuma ».

D.Gray-man est un manga moderne en noir et blanc que j’apprécie particulièrement. Hoshino Katsura, dont les dessins sont très soignés, nous livre une narration dynamique dans un décor sombre et triste, qu’elle ponctue régulièrement de touches d’humour. L’originalité vient de l’intégration  d’éléments empruntés à la tradition gothique tout en conservant  la structure caractéristique du Shonen.

En savoir plus

Hoschino Katsura in Manga News : webzine [en ligne]. Disponible sur http://www.manga-news.com/index.php/auteur/HOSHINO-Katsura
D.Gray-man in Wikipédia : l'encyclopédie libre [en ligne]. Disponible sur http://fr.wikipedia.org/wiki/D.Gray-man#Manga
Manga : D.Gray-man in Animeland, ISSN 1148-0807, N°128 (02-07), p. 60
Manga : D.Gray-man in Animeland, ISSN 1148-0807, N°140 (04-08), p. 54
Guide Phénix du manga. [Paris] : Asuka, 2006. ISBN 2-84965-186-9
D.Gray-man France : entrer dans l’univers de D.Gray-man [en ligne]. Disponible sur http://www.dgrayman-fr.com


Maïlys, 2ème année BIB.-Méd.

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 06:53





Kim DONG-HWA
Histoire couleur terre
Casterman,
coll. Ecritures,
2007 pour le tome 1.

 




























 Kim Dong-Hwa naît à Séoul en 1950. Il publie son premier manwha ( manga coréen) en 1975, Mon firmament. Son style poétique, sensible et la richesse de ses dessins en font un manhwaga (mangaka en coréen) connu et reconnu en Corée. En 2005, sort en France La Bicyclette rouge qui obtient le Grand prix de la critique de l’ ACBD ( association des critiques et journalistes de la Bande-Dessinée) ; ainsi le public français découvre son œuvre, entre autres Histoire couleur terre.

Ce livre commence par un mot de l’auteur qui pourrait à lui seul résumer l’histoire, les dessins et tout ce que l’auteur y a mis de lui même ;  il m’a semblé nécessaire de rapporter ce « mot de l’auteur » :

Elle perdit tous ses moyens à l’approche de son bien-aimé.
Elle ne put que lui sourire bêtement en se cachant derrière son tablier
Elle était si gauche et si timide.
La vue de son bien-aimé lui emplissait le cœur d’une joie immense
Comme la pleine lune.
Mais elle se contenta de le regarder en biais,
Avec des yeux semblables au croissant de lune.
Elle était ainsi, ma mère,
Semblable aux mères de nos mères, si maladroites…
Et pourtant, l’ardeur de leur cœurs
N’avait rien à envier au fer rougeoyant du forgeron…
Un masque de rides recouvre le visage de ma mère,
Pareil à un toile d’araignée.
Mais il suffit de soulever le masque
Pour retrouver sur ses joues le rose de ses seize ans.
On devine des histoires entre rires et larmes qui ont jalonné sa vie,
Pareilles aux sillons qui creusent les champs,
Ce sont les souvenirs de nos mères
Du temps où elles avaient seize ans…
Voici le récit de leur histoire couleur terre…





L’histoire se déroule dans la campagne coréenne traditionnelle. On suit une femme et sa fille, dans leur vie quotidienne, dans leur relation complice.

Au long des saisons, la petite Ihwa va grandir et découvrir le monde qui l’entoure. Ainsi, on assiste aux changements propres à la vie d’une jeune fille : les transformations de son corps, ses rencontres avec l’amour, ses découvertes sur les relations humaines et sur une société très pesante pour les femmes de l’époque …

Parallèlement à ces changements, sa mère, la veuve Namwon, redécouvre l’amour avec un écrivain public qui va de village en village. Le personnage de la mère est marqué par l’attente de l’être aimé, l’attente de son amour parti sur les routes puis l’attente de sa fille mariée revenant la voir.

On trouve un autre personnage féminin, secondaire, qui sert « d’éclaireuse » à Ihwa, c’est Bong-sun, son amie. Plus téméraire, cette dernière fait découvrir à la jeune fille ce que sa mère ne peut lui enseigner.



Dans cette BD, les personnages masculins sont divisée en deux catégories ; comme dans un opéra on reconnaît d’un côté les solistes et d’un autre le chœur. Les solistes sont exclusivement les amoureux, ceux de la mère ou de la fille. Personnages positifs, ils se placent en opposition au chœur. Ce dernier, composé des clients de la taverne de la veuve, représente le côté très machiste et vaniteux des hommes de l’époque.

On retiendra comme personnages masculins principaux, l’écrivain public et Deok-sam le mari d’Ihwa.

Le premier marque le début du changement dans la vie de la mère. Sa venue rythme l’histoire. Etonnamment, il renforce la relation mère-fille, cette dernière défendant et soutenant sa mère. Il permet aussi de rendre le personnage de la mère plus humain, elle ne représente pas uniquement une source d’amour et de conseils sages pour sa fille, elle a des sentiments, s’emporte et se laisse aller, ce qui en fait un personnage à part entière.

Deok-sam est le troisième amour d’Ihwa. Leur histoire depuis la rencontre jusqu’au mariage s’étend sur les deux tiers du livre ; avec lui, elle apprend le véritable amour partagé et l’attente. Le « patron » de Deok-sam s’éprend d’Ihwa, le jeune homme s’en rend compte et casse tout. Poursuivi par les hommes de main du maître, il est obligé de quitter la région et part en mer. Ainsi commence l’attente de la jeune fille. A ce moment de l’histoire, il y a une quasi-fusion entre les personnages de la mère et de la fille ; toutes deux attendant leur amour ; attente qui durera toute la troisième partie.






Il y a un autre acteur prédominant dans cette BD : c’est la nature. En effet, pour raconter ses histoires, l’auteur utilise la nature et en particulier les fleurs comme métaphores des héroïnes ou de leur sentiments, comme prétexte également ; les hommes sont des papillons ; le tout est rythmé par la pluie. La symbolique est très présente, faisant référence aux croyances que pouvaient avoir les femmes à cette époque.

Ce trait bucolique est renforcé par les paysages dessinés ; on peut presque parler de tableaux ou de vieilles photographies en noir et blanc. Pour les personnages, l’auteur utilise un trait simple sans trop de détails qui permet à n’importe qui de s’identifier à eux. Les décors sont minutieux et très détaillés. On note un grand soin apporté au dessin plein de poésie lui aussi.


Pour conclure, on peut dire que l’auteur a rassemblé ses talents de dessinateur et de scénariste dans un hymne poignant à la femme. Malgré le lieu et l’époque de l’histoire qui pourraient induire un récit très typique, on retrouve des situations, des pensées et des sentiments très universels.


Pauline Mercier-Lachapelle, A.S. Bib.

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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 19:22













TAKADA Yuzo,
Booking Life
,
2007 Edition Pika, collection Seinen
Japon, 2003 Edition Kodansha





 











Yuzo Takada est né en 1963. Parallèlement à ses études en littérature japonaise, il se consacre au manga par l'intermédiaire du club de son université et en devenant l'assistant du mangaka Hosono Fujihiko. Sa carrière de mangaka décolle réellement en 1987 avec 3X3 Eyes, série publiée en 40 tomes inspirée de légendes asiatiques (finie en 2002) puis avec Genzo le marionnettiste (1998-2004). Ses œuvres sont ancrées dans l'action et le fantastique. Booking Life s'en démarque par son thème et son réalisme.
 
Ce manga aborde en deux tomes le sujet délicat du don d'organes à travers le travail méconnu des coordinateurs de transplantation. Kentaro Kuzumi, victime d'une agression, se retrouve en soins intensifs où il rencontre Kirin. Atteinte d'une myocardiopathie dilatée, malformation du cœur, sa vie est suspendue à l'attente d'une greffe. Immunologiquement compatible avec Kirin, Kuzumi, touché, décide de devenir coordinateur.
 
L'enthousiasme premier du héros, dénué de la moindre connaissance des qualités nécessaires à ce métier et du milieu médical, permet au lecteur de se heurter directement aux problèmes rencontrés par le coordinateur. Relais entre donneur, famille et receveur, il a notamment la mission difficile d'éclairer la famille sur le don d'organes lors d'un décès pour l'aider à faire un choix. Ce travail nécessite une énorme humanité avec en fond une course contre le temps.


 
En plus de la trame principale, le récit est émaillé d'autres personnages qui approfondissent le sujet d'un point de vue médical mais aussi émotionnel : le rejet d'une greffe, les traitements en attendant un donneur et post-opératoires, la résignation, l'attente, l'espoir, la colère ainsi que les tensions au sein d'une famille où se côtoient donneurs potentiels et receveurs.
 
L'auteur prend soin d'éviter un discours trop didactique et de noyer le lecteur sous les statistiques. Il met en scène l'organisme de coordination et aborde le système d'attribution des organes par l'intermédiaire de ses personnages. L'intégration entre les chapitres et en fin de tome d'articles relatifs au don d'organes constitue une bonne initiative pour creuser le sujet.



Concernant le dessin, certains personnages ont été moins travaillés que d'autres mais on reconnaît la pâte de Takada Yuzo avec son trait particulier et assez épais, dans un style qui pourra apparaître vieillot pour certains mais éloigné du formatage graphique actuel de nombreux mangakas et qui aurait desservi le propos.
 
Si on peut regretter que l'absurde de certaines situations côtoie parfois l'extrême réalisme, ce qui peut faire perdre en crédibilité, il permet néanmoins de conserver un ton plus léger. En effet, Booking Life se veut résolument optimiste mais honnête en traitant ce sujet sans tomber dans le larmoyant et le happy-end. Ce manga est une réelle incitation au don d'organes et engage à prendre sa carte de donneur ou tout au moins à entamer une réflexion sur notre positionnement par rapport à cette démarche.

 
Claire Guillou, AS Edition Librairie
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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 21:00







Taniguchi et Utsumi,
L’Orme du Caucase
, 1993
Traduction Marie-Françoise Monthiers et Frédéric Boilet,
Adaptation graphique Frédéric Boilet
Castermann « Ecritures », 2004

 













L’Orme du Caucase est un recueil de huit nouvelles écrites par le scénariste japonais Utsumi en 1993, et mises en dessins par Jirô Taniguchi. Il a été publié en 2004 en France dans la jolie collection « Ecritures » des éditions Casterman.

Taniguchi est né en 1947 au Japon, et a publié sa première histoire à dix-neuf ans. Il connaît un rapide succès à travers le monde, notamment grâce à L’Orme du Caucase. Certains critiques le qualifient même d’ « artiste incontournable du neuvième art ». Il a notamment remporté plusieurs prix au festival d’Angoulême, ces dernières années, pour le premier tome de Quartier lointain et le deuxième tome de Sommet des dieux.
 
Son style est caractérisé par des dessins au trait fin, croquant des personnages tout aussi doux. C’est là un détail important chez Taniguchi, comme le souligne le critique Yoshikawa dans sa postface du livre : les protagonistes sont « gentils ». Les histoires sont tendres, les thèmes traités d’une manière peu commune.
Dans ce recueil en particulier, les sujets abordés sont originaux et traités avec finesse : des relations familiales, aux rapports entre l’homme et la nature, tout est juste ici. Afin d’entrer plus en détail dans la présentation de cette œuvre, j’ai choisi de m’attarder sur deux nouvelles en particulier qui démontrent bien la douceur de Taniguchi. : « L’Orme du Caucase » et « Dans la forêt ».
 
La première nouvelle, « L’Orme du Caucase », a pour personnages principaux un couple aux environs de la soixantaine. Ils viennent d’acheter une nouvelle maison, et lors de l’emménagement, découvrent que le jardin, qui les avait tant séduits, a disparu : tout est rasé. Ils font appel à un jardinier pour faire refleurir ce coin de nature ; celui-ci se plaint d’un arbre, un orme du Caucase, qui fait trop d’ombre au reste du jardin. Pour la première fois, le couple remarque cet arbre. Quelque temps après, lors de la chute automnale des feuilles, les voisins s’exaspèrent  de cet arbre qui en perd trop et les oblige à nettoyer quotidiennement leur pas de porte. Les nouveaux habitants prennent donc la décision de couper cet arbre, mais, à l’arrivée du printemps, ils sont saisis par sa beauté et commencent à avoir des doutes. La rencontre avec l’ancien propriétaire, qui leur racontera son amour envers l’orme, leur fera clairement remettre en cause leur jugement hâtif sur le sort de l’arbre.

J’ai aimé cette histoire pour la douceur des personnages : même les grincheux voisins ne sont pas agressifs. Les personnages mis en scène sont loin des clichés « jeune cadre dynamique » : c’est un couple de retraités qui cherche à vivre paisiblement. Il n’y a pas de grand rebondissement, aucune cruauté, simplement l’histoire est sincère et belle. De plus, il y a une certaine dualité entre les personnages, comme l’ancien propriétaire, qui entretiennent une relation respectueuse avec la nature, et l’égoïsme des autres hommes. Comment cohabiter avec la nature quand on ne s’attache qu’à son propre territoire ?
 
La seconde nouvelle que je vais évoquer s’intitule « Dans la forêt ». Deux jeunes frères, suite à un déménagement, ont perdu leur chienne Akita. Téméraires, ils s’aventurent dans la ville pour la retrouver, et vont jusqu’à combattre leur peur en traversant la forêt. Leur étoile du berger est plus physique : ils se laissent guider par des aboiements qu’ils ont identifiés comme étant ceux de leur chienne. Après une longue marche, ils trouvent le jardin d’où viennent ces aboiements, avec un chien de la même race que la disparue Akita. Fous de joie, ils lui font de grands câlins. Ils doivent rentrer chez eux. Le grand frère promet à son cadet qu’ils reviendront souvent lui rendre visite, et décide en son for intérieur de lui taire qu’il a aperçu chez « Akita » des attributs masculins dans son entrejambe.

Cette histoire m’a plu tout d’abord pour la description des relations fraternelles. Elles sont généralement abordées avec beaucoup de clichés usant d’une psychologie étrange. Ici, au contraire, les rapports entre les deux frères semblent très naturels : le grand frère provoque le petit quand celui-ci craint trop d’aller dans la forêt, puis le rassure, et finalement choisit de le protéger. L’attachement envers les animaux domestiques est traité avec délicatesse. A aucun moment, les enfants ne sont ridicules dans leur recherche d’Akita. Enfin, la mise en scène du scénario diffère ici un peu des autres nouvelles : on commence directement dans la forêt, puis, par flashback, on apprend la raison de la quête des enfants.
 
Les autres nouvelles s’inscrivent toutes dans ce ton chaleureux. Loin des stéréotypes, Taniguchi met son coup de crayon juste et extrêmement bien travaillé au profit de ces histoires sincères et douces. Pour conclure, voici l’auteur lui-même expliquant une des raisons de sa manière de travailler : « Si j’ai envie de raconter des petits riens de la vie quotidienne, c’est parce que j’attache de l’importance à l’expression des balancements, des incertitudes que les gens vivent au quotidien, de leurs sentiments profonds dans les relations avec les autres. […] Dans la vie quotidienne, on ne voit pas souvent des gens hurler ou pleurer en se roulant par terre. »

 

Stéphanie Khoury, 1ère année Ed/Lib
 
Voir également les articles de Nathalie et de Marion.

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