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28 septembre 2011 3 28 /09 /septembre /2011 07:00

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Conan Doyle Le monde perdu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arthur Conan DOYLE
Le monde perdu
The Lost World, 1912
Première traduction en français
Louis Labat, 1913
Réédition Livre de poche, 2007
Traduction de
Gilles Vauthier


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On retient le plus souvent de Sir Arthur Conan Doyle le héros qui l'a fait passer à la postérité, je parle bien sûr du fameux détective Sherlock Holmes. Son créateur ne s'est cependant pas limité au genre policier, dont il était l'un des précurseurs, et a également écrit des oeuvres relevant du fantastique (La Main brune), ou de ce qu'on appellerait aujourd'hui science-fiction (ou plus exactement Lost Race Tales, Mondes perdus).

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Le Monde perdu en est un exemple d'autant plus intéressant qu'il a inspiré Michael Crichton pour le techno-thriller Jurassik Park, près de trois quarts de siècle plus tard.

L'histoire commence lorsque Edward Dunn Malone, jeune journaliste de vingt-trois ans, trouve le courage de déclarer sa flamme à Lady Gladys Hungerton (l'incarnation, selon ses dires, de la féminité). Celle-ci a tôt fait de refroidir ses ardeurs en lui présentant sa vision de l'homme idéal, qui ne correspond pas à notre infortuné Edward. Un homme idéal dont la virilité exigerait de s'exprimer par l'héroïsme et dont la gloire rejaillirait sur l'élue de son coeur.
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Il y a, « tout autour de nous, des héroïsmes », et c'est en se fondant sur cette idée qu'Edward se met en quête de ceux-ci. Quête qui le rapproche du Professeur Challenger, éminent scientifique l'assurant de la présence, en Amazonie, des derniers représentants de l'espèce des dinosaures. Voilà notre journaliste ambitieux entraîné dans l'aventure en compagnie de Lord John Roxton, chasseur émérité, et du Professeur Summerlee (qui a pour but de démentir les affirmations du Professeur Challenger).

Ce groupe hétéroclite de quatre aventuriers, malgré le comportement assez insolite des deux scientifiques qui en viennent presque aux mains pour savoir quelle tribu d'indigènes les pourchasse, parvient tant bien que mal au monde perdu. Ils découvriront un certain nombre d'espèces nouvelles, affronteront toutes sortes de dinosaures des temps anciens, lutteront pour leur survie face aux derniers représentants du chaînon manquant...
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On appréciera l'humour so british présent même dans les situations les plus dramatiques et le fait de retrouver la plume de Conan Doyle dans un récit mêlant aventures à la Jules Verne et mystère à la Sherlock Holmes. Le narrateur s'adresse directement au lecteur, ce qui renforce la proximité entre les deux et permet une meilleure immersion dans l'histoire. Les personnages sont hauts en couleurs, le professeur Challenger, totalement irrascible et imbu de lui-même, n'en est que plus attachant. On sent poindre une critique moqueuse des professeurs et des savants à travers la représentation de deux scientifiques qui peuvent se montrer totalement ridicules, mais l'humour bon enfant domine.

Le Livre de Poche recommande cet ouvrage à partir de douze ans ; il me semble que c'est l'âge auquel je l'avais lu la première fois, et effectivement à la relecture on voit que l'ouvrage touche un public plus jeune que celui de Sherlock Holmes, ne serait-ce que par le thème, à savoir la quête d'aventure d'un jeune homme en mal d'amour.

On déplore quelques imprécisions et erreurs scientifiques, mais on se rappelle que Conan Doyle ne disposait pas alors de notre savoir actuel. Enfin, le principal reproche qu'on pourrait faire au livre serait cette supériorité affirmée du Blanc sur les indigènes et les autres « races », qui relève plus, selon moi, du contexte dans lequel il a été écrit que d'une opinion malveillante de l'auteur.
 
En résumé, Le Monde perdu est un bon roman d'aventures, dans la lignée des Jules Verne, mélé d'un humour british et d'une touche Conan Doyle qui valent le détour, à condition de ne pas chercher un chef-d'oeuvre.


Victor, 1ère année Éd.-Lib. 2010-2011

 


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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 17:00

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Jules VERNE,
Le Village aérien
in Mathias Sandorf, suivi du Village aérien
 et de
La Maison à vapeur 
Omnibus, 2005

 








1. BiographieVERNE02-copie-1.jpg

 

La biographie de Jules Verne peut se décliner en quatre axes principaux (il s’agira ici d’une biographie très courte ; seuls les passages de sa vie importants pour comprendre le livre seront cités).







1.1. Son enfance


     Jules Verne est né à Nantes le 8 février 1828, dans une famille qui cultive les arts ; musique, concours poétiques, comédies de salon occupent ses loisirs.


     L’activité portuaire qui entoure la maison familiale située sur une île de la Loire va très vite stimuler l’imagination de J. Verne qui se voit déjà capitaine d’un navire.


     Jeune, il lira Robinson Crusoé de Daniel Defoe, et bien d’autres romans d’aventure qui lui donneront l’envie d’en écrire à son tour.


1.2. Ses voyages


     Plus tard, il assouvira quelque peu son désir de voir le monde en effectuant trois voyages : excursion en Scandinavie en 1862, la traversée de l’Atlantique en 1867 et une croisière en Méditerranée en 1883.


     Mais ces voyages ne font pas l’objet de récits de voyage. En effet, J. Verne a tendance à faire fiction de tout, à tout " romanciser " selon son expression. Ces voyages serviront seulement de canevas à certains de ses romans.


1.3. Son écriture


     Ses premiers écrits ne le satisfont pas. Peu à peu se dessine la perspective d’une série de récits ancrés dans l’actualité et utilisant les découvertes de la science. J. Verne se plonge alors dans un travail encyclopédique important en 1852. Il écrit d’ailleurs à son père, dans une lettre de 1955 :

" Je m’emploie à enrichir mon vocabulaire et à n’user que de mots techniques, afin d’éviter les périphrases encombrantes. "


     Après plusieurs publications de romans, l’écrivain est bien conscient de ne pas encore avoir trouvé sa personnalité littéraire. Il recherche le " nouveau ".


     Il a le déclic en 1862, en découvrant les contes fantastiques d’Edgar Poe. Pour J. Verne, Edgar Poe " a inventé une forme nouvelle dans la littérature […]. Edgar Poe a créé un genre à part, ne procédant que de lui-même, et dont il me paraît avoir le secret […]. Il a reculé les limites de l’impossible ; il aura des imitateurs. "


     Jules Verne deviendra un de ces imitateurs. Il veut associer l’étrange à la rigueur scientifique.


1.4. Sa rencontre avec Hetzel


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édition originale Hetzel

     La chance de Jules Verne vient du fait que l’éditeur Hetzel cherche à constituer, à la même époque, une bibliothèque associant éducation et récréation. Il s’intéresse donc à son écriture et signe le premier contrat avec lui en 1862, pour Cinq semaines en ballon. Hetzel l’invite ainsi à poursuivre le genre du voyage imaginaire, en lui apportant une dimension épique où le merveilleux s’appuie sur les découvertes de l’époque. Aussi ce roman, Le Village aérien, est-il riche d’informations scientifiques.


Lien vers un site consacré aux éditions Hetzel.

Jules Verne mourra d’une crise de diabète en 1905.


2. Le Roman

    
      Le livre est écrit en 1896 et publié en feuilleton dans la revue " Magasin d’Education et de Récréation ", de janvier à juin 1901, puis édité chez Hetzel la même année. C’est un roman ethnographique qui se passe au centre de l’Afrique, au-dessus de l’Equateur, sur la rive droite du fleuve Congo.

 

2.1. Résumé

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     En 1899, Max Huber et John Cort ont entrepris une expédition au Congo avec l’aide du chasseur d’ivoire Urdax. Ce dernier est tué par une charge d’éléphants qui contraint les deux hommes à se réfugier dans une grande forêt. Ils adoptent un jeune noir, Llanga, et tentent d’atteindre le fleuve Oubangui. Au cours de ce voyage, ils retrouvent les restes de la case du docteur Johausen qui, 3 ans plus tôt, étudiait le langage des singes. En descendant un cours d’eau, Llanga sauve de la noyade Li-Maï, qui ressemble autant au singe qu’à l’homme. Ils arrivent ensuite à Ngala, un village construit sur une plateforme installée dans les arbres. Ses habitants sont les Wagddis, êtres intermédiaires entre le singe et l’homme. Leur monarque s’appelle Msélo-Tala-Tala et n’apparaît qu’une seule fois, au cours d’une fête. Il s’agit en fait du docteur Johausen qui, devenu fou, est maintenant le chef de la tribu…


2.2. Les personnages


 John Cort :
explorateur américain.


Max Huber : Explorateur français. Au début du livre, il se plaint que leur exploration de l’Afrique manque d’imprévu, alors que son ami n’aspire qu’à rentrer le plus vite possible à Libreville.


 Khamis :
le foreloper (celui qui dirige la caravane), toujours de très bon conseil.


 
Llanga : l’enfant noir adopté par les deux explorateurs ; il sauve l’enfant singe et le protège avec générosité.


 Msélo-Tala-Tala :
" le père miroir ", roi des Wagddis. Il se trouve qu’il s’agit du docteur Johausen. Au début de son exploration, il était déjà à moitié fou ; quand il est devenu roi, il a régressé dans la folie jusqu’à ne plus être qu’un légume.


2.3. Les thèmes


     La folie est un des thèmes favoris de Jules Verne et il est mis en valeur dans ce roman à travers le personnage du docteur Johausen.


" […] Max Hubert s’approcha, et, peu respectueux envers ce souverain de l’Afrique centrale, il le prit par les épaules et le secoua vigoureusement.

Sa majesté fit une grimace que n’eût pas désavouée le plus grimacier des mandrills de l’Oubangui.

Max Huber le secoua de nouveau.

Sa Majesté lui tira la langue.

" Est-ce qu’il est fou ?... dit John Cort.

- Tout ce qu’il y a de plus fou, pardieu !... fou à lier !... " déclara Max Huber.

Oui… le docteur Johausen était en absolue démence. "


     La religion, autre thème du roman, est tournée en dérision. Jules Verne est également assez critique sur la théorie de Darwin (pour lui, cette théorie est logique mais on ne trouvera jamais le chaînon manquant entre l’homme et le singe car il n’existe pas) ; ce qui ne l’empêche pas de parler avec respect des Wagddis. Même si les critiques ont relevé dans ce roman des propos racistes, (J. Verne compare l’intelligence d’un noir adulte à celle d’un enfant blanc de 6 ans par exemple), je l’ai trouvé aussi critique sur l’homme blanc : celui-ci peut régresser intellectuellement, la preuve en est le Dr Johausen, et les singes ont plutôt tendance à évoluer, à imiter les êtres humains.


Le voyage
est bien sûr le thème privilégié de J. Verne. Ici, il veut nous faire découvrir, au-delà de l’histoire, un lieu inconnu puisque l’Afrique centrale est encore méconnue à l’époque, mais aussi un peuple inconnu. Pour l’auteur, le mystère est indissociable du voyage et il est le point de départ de presque tous ses romans. Ici, le mystère est suscité par des torches qui brillent à la lisière de la forêt ; elles vont intriguer les explorateurs, et particulièrement Max Huber qui cherche de l’imprévu depuis le début de l’expédition.

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L’adoption
est présente à deux reprises dans ce roman ; lorsque les explorateurs qui recueillent Llanga, un enfant noir orphelin, mais aussi quand Llanga adopte en quelque sorte le petit Li-Maï qu’il sauve de la noyade et qu’il prend sous sa protection.

 

3. La démarche de l’auteur


3.1. Origine de l’œuvre


Le titre  

     Hetzel rebaptisait presque toujours les livres de son protégé. D’abord appelé La Grande Forêt, il est donc devenu Le Village aérien. C’est le 49ème titre de sa production romanesque.


Les sources d’inspiration

     Le roman s’appuie sur les travaux de l’Américain Garner, qui fut le premier à chercher si les singes avaient un langage. Ici, le problème débattu par l’écrivain est celui du langage chez les primitifs. Pour lui, si le chaînon manquant devait exister, il serait caractérisé par un langage rudimentaire et des sentiments humains.


Le but de Jules Verne


     Il écrit la série des " Voyages extraordinaires " dans le but de " faire connaître à ses lecteurs, sous la forme du roman, les diverses parties du monde ". Ce qui explique qu’il aime écrire sur l’Afrique centrale qui est méconnue à cette époque.


3.2. Un roman précurseur

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     Après lui, beaucoup d’écrivains ont abordé le thème du darwinisme ou plus largement celui du rapport de l’homme et du singe : on verra ainsi Balaoo de Gaston Leroux en 1911, la série des Tarzan qui commence en 1912, King-Kong en 1933, Les Animaux dénaturés de Vercors en 1952, ou encore La Planète des singes de Pierre Boulle en 1963.


4. Conclusion


     Ce roman est très facile à lire, et même si quelques passages peuvent être considérés comme racistes, je trouve l’auteur très juste dans ses descriptions et dans les critiques qu’il veut faire passer. Le côté scientifique du roman est très discret mais le rend d’autant plus intéressant. Ce n’est pas le roman le plus connu de Jules Verne, mais je trouve pourtant que c’est un très bon livre, et j’ai eu plus de facilité à lire celui-là que Voyage au centre de la Terre !

Livre numérisé sur http://jydupuis.apinc.org/vents/Verne-village.pdf

 

 

Sources (disponibles à la bibliothèque de Mériadeck) : 

-Jules Verne, parcours d’une œuvre, Compère, Daniel, éd. Encrage, 1996.

- Les Voyages extraordinaires de Jules Verne, Analyse de l’œuvre, Compère, Daniel, Pocket, 2005, collection " Les guides Pocket Classiques ".

- Les 60 Voyages extraordinaires de Jules Verne, Sadaune, Samuel, éd. Ouest-France, 2004.

 Stéphanie, 2A. Bib-Méd.

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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 15:08

Fiches de Marine et  Lucie

 

1. Fiche de Marine

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Henry Rider HAGGARD
Elle, 1887,
éditions Terre de Brume, 2006,
collection Terres mystérieuses
367 pages.















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Si certains romans rencontrent un succès immédiat et ne cessent d’être lus depuis leur publication, ce n’est pas vraiment le cas pour les livres d’Henry Rider Haggard : succès de la fin du XIXe siècle, ils sont aujourd’hui peu ou pas connus… Pourtant, Henry Rider Haggard explore avec talent le thème du roman d’aventures, nous y invitant d’une manière peu ordinaire : il se fait pour cela l’éditeur d’un récit de voyage, comme il nous l’explique dans l’introduction (qu’il ne faut surtout pas négliger sous prétexte que c’est une introduction !).

Cela montre combien l’auteur veut nous plonger dans son histoire, allant même jusqu’à ajouter lui-même des notes, au nom du pseudo-éditeur, ce qui lui permet de donner des précisions et de rectifier parfois ce que dit le narrateur. Malgré ce souci d’offrir les données les plus justes possibles – précisions géographiques, scientifiques… – on n’en reste pas moins dans une aventure de fiction. En effet, on se détache très vite de la réalité, lorsque les personnages acceptent sans trop d’hésitations l’existence d’une femme ayant vécu plus de deux mille ans, dans l’attente du retour de son amant. Elle, ou encore Ayesha, ne possède pas seulement la vie éternelle, elle est également d’une extraordinaire beauté, tellement fascinante qu’Elle reste voilée la plupart du temps…

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Le point de départ de ce roman est la découverte d’un fragment de poterie, qui a été légué à Léo Vincey par son père, mort alors que Léo était très jeune. Ayant déchiffré ce tesson, Léo va s’engager sans hésitation dans l’aventure, accompagné de son tuteur, Ludwig Horace Holly, qui raconte leur histoire. Léo part dans l’idée de trouver la mystérieuse Elle dont parle le fragment de poterie, et Holly le suit sans trop y croire, mais avec l’intention de profiter des parties de chasse, puisqu’ils vont en Afrique. Leur domestique, Job, est également engagé de l’aventure ; il peut représenter la société britannique du XIXe siècle, gardant toujours les habitudes qu’il avait en Angleterre, malgré leur voyage qui les emmène dans des contrées inconnues.

Très vite, les personnages perdent tout contact avec la société qu’ils connaissaient, ayant l’impression d’avoir quitté leur monde depuis très longtemps, alors que cela fait seulement trois semaines qu’ils sont partis, comme Holly en fait la constatation lui-même.

Finalement, cette Elle si mystérieuse, Celle-qui-doit-être-obéie, que l’on attend depuis qu’on a vu la couverture du livre, va faire son apparition. Mais il faut tout de même passer plus de deux cents pages avant qu’Elle soit réellement présente. Et c’est là qu’on ne peut qu’admirer l’adresse d’Henry Rider Haggard : depuis le début du roman, il n’est question que d’Elle, mais il réussit à nous faire patienter durant tout ce temps pour enfin la rencontrer… Et arrive ce qui devait arriver : Ayesha reconnaît en Léo l’homme qu’elle aime, qu’elle avait tué par dépit et qu’elle attend depuis si longtemps. Elle veut l’emmener se baigner à la source de vie, comme elle l’avait fait, pour qu’il devienne immortel et gouverne le monde avec elle…

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Ce roman d’aventure nous entraîne dans un monde où la distinction entre la réalité et la fiction s’estompe, mais qu’importe ! On retrouve avec plaisir l’aventure telle qu’on l’avait laissée dans les livres pour enfants… Et c’est tant mieux !

Marine, Ed. 2A


2. Fiche de Lucie 

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She (Elle–qui–doit–être–obéie)
est un de ses livres les plus connus, avec les Mines du Roi Salomon (que vous pouvez télécharger au format PDF sur Gallica). Il est difficile de se procurer ses livres. Les éditions Terre de Brume vient juste de rééditer les Mines du Roi Salomon et She. She est le premier tome d'un cycle, appelé Ayesha, qui comprend 4 tomes.

 

L'histoire :

 

Cambridge, années 1880.

L'histoire commence par l'héritage d'une boîte en fer par Horace Holly, un linguiste britannique. En plus de cette boîte, il reçoit la tutelle d'une petit garçon, Léo Vincey. Et cette boîte ne pourra être ouverte que le jour des 25 ans de Léo. Le jour venu, une tesson de poterie, couvert d'inscriptions remontant à l'antiquité, est découvert dans la boîte. En les déchiffrant, Léo apprend que son aïeule, une princesse d'Egypte, charge ses descendants, lui compris, de la venger pour la mort de son mari, Kallikrates, tué par une Reine magicienne.

Ils vont donc se lancer dans cette quête, pour connaître la vérité. Cette aventure les mène dans l'actuelle Tanzanie, dans le royaume interdit de Celle-qui-doit-être-obéie, par-delà d'infranchissables marais...

Ils vont rencontrer la reine Ayesha, qui s'est rendue immortelle en se baignant dans une colonne de feu censée être la source de vie. C'est une créature d'une grande beauté, prototype de la figure de la femme toute–puissante. Les voyageurs vont découvrir qu'Ayesha attend depuis deux mille ans la réincarnation de son amant Kallikrates, qu'elle a tué au cours d'une crise de jalousie. Elle croit voir en Leo Vincey la réincarnation de Kallikrates…

 

Roman d'aventure, fantastique et mondes perdus :

 L'un des traits fondamentaux du roman d'aventures est le dépaysement, mais ce dépaysement n'intervient que par le biais du fantastique. Ce fantastique intervient dans de nombreuses œuvres du genre par le biais du thème des " mondes perdus ". Ces oeuvres s'appuient sur des hypothèses scientifiques (le chaînon manquant, par exemple) pour développer des récits de fantaisie.

Définition d'Alain-Michel Boyer des "Mondes perdus" dans l'ouvrage collectif qui porte le même nom :

 

"Quelque part sur le globe, en un lieu retiré, isolé du monde moderne et du reste de l'humanité, dans une enclave préservée de l'histoire, au bout d'un étroit défilé que barrent de hautes parois rocheuses, un groupe d'hommes et de femmes vit sa vie propre, dans l'ignorance la plus totale de ce qui est advenu ailleurs : cette communauté est un rameau détaché de civilisations occidentales disparues ou un isolat échappé à l'anéantissement et situé à un stade antérieur de l'évolution".

 

Rider Haggard reprend ce schéma, mais a choisi spécifiquement dans ce livre de parler des races perdues, d'une civilisation dans ce livre plutôt antique. Des auteurs plus tardifs comme Lovecraft, imagineront des races perdues radicalement différentes : hommes-poissons, etc. en se tournant davantage vers la science fiction. Dans un sens donc, Haggard est un des pères de la science fiction et de la fantasy actuelle.

 

L'auteur et son œuvre

 

Henry Rider Haggard fait partie de ces auteurs de romans d'aventures les plus controversés: beaucoup de critiques dénoncent le racisme de ses récits, la vision impérialiste qui se dégage de ses œuvres. Il lui est reproché également son goût pour la barbarie et la violence dans ses récits. Le monde sauvage rencontré par les personnages permet de satisfaire leurs instincts de chasseurs et de façon cachée leur recherche de puissance infinie : on voit qu'Ayesha tente les héros en leur proposant de régner sur le monde et en voulant les rendre immortels.

Mais outre cette vision, il y une grande puissance de l'imaginaire dans ses œuvres. L'auteur maîtrise parfaitement le genre de la littérature d'évasion.

On sait qu'Haggard fait une distinction entre les peuples… Ainsi, des peuples et des hommes sont faits pour commander, d'autres pour obéir (on reconnaît ici l'idée du colonialisme) : on retrouve cette idéologie dans l'histoire à travers le mépris qu'a Ayesha pour le peuple primitif qui vit autour d'elle, et l'admiration pour celui qui l'a précédée.

Mais même si ses œuvres sont pleines de préjugés de l'époque, elles témoignent quand même d'une grande sympathie envers les populations locales. Les Africains jouent fréquemment des rôles héroïques dans ses livres, même si les protagonistes sont habituellement des Européens.

 

Bien que Haggard ne soit plus aussi populaire qu'à son époque, certains de ses personnages ont eu un impact durable au XXe siècle. Ayesha a été citée par Sigmund Freud dans L'Interprétation des rêves. Haggard a aussi exercé une influence dans les domaines de la science-fiction et de la fantasy littéraire, notamment à travers Edgar Rice Burroughs. Allan Quatermain, le héros des Mines du Roi Salomon, a été identifié comme l'un des modèles au personnage d'Indiana Jones dans le film Les Aventuriers de l'arche perdue (de Steven Spielberg et George Lucas).

 

Lucie, 2ème année Bib

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1 mars 2008 6 01 /03 /mars /2008 08:55

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Henry Rider Haggard
Le peuple du brouillard (The People of the Mist), 1894.
Editions françaises : Tallandier, Voyages Lointains, Aventures étranges, 1928; Tallandier, Bibliothèque des Grandes Aventures, 1937; 
Tallandier, univers aventures, 1951; 
NéO, 1982; 10/18, 1991; 
Le peuple du brouillard, dans Les mondes perdus, Omnibus, 1993.

 

  

L’auteur

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Henry Rider Haggard est un auteur anglais, né en 1856.

Fervent colonialiste, il participe à la politique impériale anglaise, entre autres en étant secrétaire de Henry Bulwer-Lytton, gouverneur colonial du Natal, qui est aujourd’hui une province d’Afrique du Sud (Le peuple du brouillard commence un peu au nord du Natal). Il se marie en Angleterre pour retourner en Afrique jusqu’à la révolte des Zoulous et des Boers.


Il retourne alors en Angleterre où il apprend le droit et devient avocat, mais passe plus de temps à écrire et à se battre contre la reproduction illégale de ses livres aux Etats-Unis.


Il écrit d’abord des essais sur l’Afrique (Cetywoo and his white neighbours), des récits de voyages et des fictions. Il est anobli pour ses travaux sur l’agriculture. Il meurt à Londres en 1925.

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Ses œuvres les plus connues sont deux séries qui ont connu un grand succès : celle qui suit le héros Allan Quartermain, dont la saga commence par le titre Les Mines du roi Salomon, souvent adapté à l’écran ; la deuxième est le cycle d’Ayesha, une reine devenue immortelle, que Sigmund Freud (L'Interprétation des rêves) et Carl Gustav Jung ont citée comme archétype féminin.


" Haggard a aussi exercé une influence dans les domaines de la science-fiction et de la littérature de " fantasy ", notamment à travers Edgar Rice Burroughs créateur de Tarzan. Allan Quatermain, le héros des Mines du Roi Salomon, a été identifié comme l’un des modèles au personnage d’Indiana Jones dans les films (de Steven Spielberg et George Lucas). "


" Henry Miller le comptait comme l’une des influences littéraires les plus importantes de sa vie, et il fut le grand rival autant que l’ami proche de Rudyard Kipling… sir Henry Rider Haggard (1856-1925) reste en Angleterre un indéboulonnable classique, l’équivalent pour nous d’un Alexandre Dumas. " (Raphaëlle Leyris, Les Inrockuptibles, 10/16 avril 2007)


" Fasciné par les sagas islandaises, qu’il a lues et après un voyage en Islande, Rider Haggard, en 1891, se lance. Tout en restant fidèle à l’esprit du genre (les exploits guerriers, la vengeance) il le réinvente en y introduisant de nouveaux éléments, la passion amoureuse et le genre héroïque (on peut penser que Conan le Barbare est tout droit sorti d’Éric aux yeux brillants), tout comme il fait revivre le " merveilleux magique " cher à Breton. On s’étonne moins dès lors que sir Henry Rider Haggard ait pu fasciner des personnalités aussi différentes que Stevenson, Jung, Kipling ou Henry Miller. "*

 

 Le roman

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Le Peuple du brouillard commence en Afrique du Sud, où deux frères anglais se sont faits chercheurs d’or dans le but de retrouver leur richesse et ainsi racheter le château familial perdu à la mort de leur père. L’aîné, à l’agonie, prononce une prophétie : son frère Léonard parviendra à tenir sa promesse et retrouvera sa terre, avec l’aide d’une femme


Une femme répondant au nom de Soa arrive, et promet, en échange de la libération de sa maîtresse Juanna enlevée par un marchand d’esclaves, de l’emmener au pays du brouillard, où rubis et saphirs sont régulièrement offerts aux dieux locaux.


Avec un serviteur nain noir surnommé " La Loutre ", Léonard délivre Juanna qu’il est forcé d’épouser.


Au pays du brouillard, Juanna et la Loutre se font passer pour des dieux pour que personne ne les tue ou les chasse, mais la vérité éclate, et ils s’enfuient grâce au roi du peuple du brouillard.


Avec l’aide d’un autre Anglais, il verra la prophétie s’accomplir, mais de quelle manière ?

 

Les idéologies


Les premiers engagements de Haggard ne cachent pas ses idées colonialistes, et certains extraits peuvent effectivement témoigner des pensées de l’époque. On voit certains clichés sur la supériorité non pas raciale mais culturelle des Européens (" je suis le chef sauvage d’une tribu sauvage, et je possède par conséquent peu de sagesse ; néanmoins, l’on m’a inculqué divers principes. "), et une certaine panoplie de critères accordée aux populations dites " sauvages " comme le fait de voir dans la nuit, de ne pas être digne d’une grande confiance, ou encore d’être fortes au point de se battre favorablement contre un crocodile géant. Les idées reçues sont valables tant pour les femmes que pour les noirs. La Loutre est effectivement confronté au choix de rester dans son pays, se marier, vivre sa vie, ou de rester aux côtés de son maître dans un pays où il sera déprécié, et considéré éternellement comme différent. Aucune hésitation pourtant : s’il n’avait pu l’accompagner, il se serait pendu à un arbre. Quand à la femme, elle est plus ou moins décrite comme faible et naturellement cupide.


Cependant, Haggard a une certaine sympathie pour les populations locales, bien qu’il maintienne que leurs mœurs soient violentes, il admire leur énergie et leur force physique. Il est connu pour les avoir mises en avant et opposées au pâle flegme des Anglais. Cette idée rend ses héros africains indispensables pour les scènes d’action du roman. Il est à noter que lors d’un passage, Léonard confie à La Loutre que de tous les Blancs et les Noirs qu’il a rencontrés, il reste le meilleur ami qu’il ait jamais eu.

 

L’image de l’étranger


Au début de l’aventure, aucun personnage n’est vraiment " étranger ". Léonard Outram est en Afrique depuis plusieurs années. Dans un lieu assez hostile car loin de la civilisation, des gens de couleurs différentes cohabitent de façon hiérarchisée sans que leur couleur définisse leur caractère.


Le lieu de départ comme la maison de Juanna se situent en territoire portugais où les règles coloniales s’appliquent.


Au repaire du marchand d’esclave, un Portugais surnommé le " Diable Jaune ", on trouve des personnages de toutes les origines. Sur les routes, les " étrangers " sont les " sauvages ", ceux qui, aux même titre qu’un ravin ou une tempête, représentent un danger sur le trajet. Ils sont généralement cannibales et lancent des traits empoisonnés.


Le pays du brouillard est un monde perdu. La physionomie de son peuple est différente de toute autre : géants, athlétiques, la peau " olivâtre ", ils vivent dans des maisons en pierres au toit gazonné, parlent leur propre dialecte et ont leur propre religion. Ils sacrifient tout étranger qui s’introduirait dans leur territoire. Cette autarcie participe à l’intrigue : les habitants ne connaissent pas les armes à feu ni d’autre physionomie que la leur, ce qui contribue à leur faire prendre les arrivants pour leurs dieux.


Après cet épisode au pays du brouillard, les Anglais Léonard et son sauveteur explorateur sont clairement définis comme les " étranger[s] " en Afrique.


Ensuite, la situation se renverse alors que les personnages débarquent en Angleterre, où La Loutre se trouve à son tour dans la position d’étranger, tant pour ses manières que pour ses particularités physiques qui en font un héros à part, hors temps et hors de tout pays puisqu’il faut signaler que s’il n’avait pas été difforme, il serait à la tête de sa tribu par sa naissance.


Il faut également aborder la problématique des multiples langages qu’on rencontre au travers du déroulement du roman : on parle le hollandais, le portugais, l’anglais et le dialecte sisutu, un mélange arabo-portugais au camp du marchand d’esclave, puis le langage du peuple du brouillard, que les héros apprennent au cours du récit. Ils sont seulement indiqués et n’apparaissent pas textuellement, mais servent l’action car les héros jouent de ces langues différentes pour communiquer sans être compris de leurs ennemis, ou pour se faire passer pour d’autres.

 

 

Un roman d’aventures


" Sir Henry renouvelle complètement le genre du roman d’aventure avec sa capacité d’inventer des histoires élémentaires (C.G. Jung comprit que le romancier avait réussi à atteindre le nœud éternel des archétypes humains) tout en réactivant des genres existants (merveilleux, fantastique, science-fiction, etc.). "*


La seule part de surnaturel dans Le Peuple du brouillard est la prophétie du frère mourant en début de roman, ce qui diffère un peu des sagas de Haggard. Le reste de l’action est vu d’un point de vue assez rationnel. L’intrigue peut avoir pour nous un côté facilement décelable, peut-être pour avoir trop été habitués à ce genre : une série de caractéristiques des personnages ou d’événements de leur passé nous amène parfois à savoir avant les héros ce qu’ils devront faire. Une série de coïncidences font sourire, telles que la modélisation très significative de l’environnement et ses passages ou parois naturelles, l’évasion antérieure de La Loutre du camp d’esclaves ce qui lui permet de connaître le chemin qui y mène, ou encore la ressemblance heureuse de Juanna et La Loutre pour les dieux du peuple du brouillard.


Cependant la lecture reste agréable, et c’est sans doute ce procédé indices-action, sans extrapolation littéraire ou historique, avec la réutilisation possible de toutes les informations, qui crée le roman d’aventures.

 Flavie, A.S. Ed.-Lib.

 

Quelques liens :

* http://www.roman-daventures.com/auteurs/angleterre/haggard/Haggard.html

.http://www.jose-corti.fr/titresmerveilleux/ericyeuxbrillants.html
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29 février 2008 5 29 /02 /février /2008 22:15

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Introduction :


Le lost race tale (roman de monde perdu) est un genre littéraire qui a rassemblé de nombreux auteurs fameux entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, avec des thèmes qui lui sont propres : la survivance de civilisations anciennes, d'hommes ou d'une faune préhistoriques, le monde souterrain et la terre creuse, l'Atlantide et les autres continents perdus. Le mélange de ces thèmes peut donner une source d’inspiration intarissable.


Le roman de monde perdu est emblématique des valeurs de son temps : il montrera tour à tour l’homme " civilisé " et conquérant, l’homme blanc destructeur de mondes qu’il n’a pas pris le temps de connaître, et enfin, dans l’entre-deux-guerres, la situation se retournera et les mondes perdus prendront, dans les romans, leur revanche sur l’occidental.


À l’origine du roman de monde perdu, on trouve le roman d’aventure, que l’on pense né en Angleterre pour quatre raisons : les premiers auteurs sont historiquement anglais (Marryat, Ballantyne, Kingston ou Kingsley), nous trouvons aussi des raisons quantitatives et qualitatives (Stevenson, Conrad, Rider Haggard, Conan Doyle), et enfin c’est en Angleterre qu’apparaissent les premières évolutions (espionnage, SF…).


L’exemple-type du roman d’aventure est L’île au trésor, de Stevenson, qui constitue en quelque sorte l’âge d’or du roman d’aventure.


La caractéristique du roman d’aventure est le dépaysement, qu’il soit temporel (aventures historiques), spatial (aventures géographiques), social (aventures policières ou mystères urbains), et enfin, le dépaysement le plus radical : le glissement vers le fantastique, avec l’intrusion dans un monde " réel " de logiques vraisemblables uniquement en fiction.


Il y a donc un lien entre le roman d’aventure et les romans fantastique ou de science-fiction, en raison de sa relation ambiguë avec le réel : un cadre réaliste puis l’intrusion d’un élément surnaturel pour le fantastique, ou le basculement du réel dans le danger et l’extraordinaire pour l’aventure, et dans ce dernier cas, un élément fantastique est le moyen le plus simple pour parvenir à ce basculement. De nombreuses œuvres d’aventure d’auteurs très différents sont liées au fantastique ou à la science-fiction, comme Le Monde Perdu de Conan Doyle, Les Mines du roi Salomon de Rider Haggard, la série des Tarzan de Rice Burroughs, certains récits de Verne… Beaucoup ont utilisé un élément fantastique comme ressort de leur récit. Ce jeu avec les codes des genres aventure, fantastique et science-fiction a ouvert la voie aux grands genres mixtes du XXe siècle.

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Comme l’explique Lauric Guillaud, étrangement, les romans de monde perdu sont longtemps passés inaperçus alors qu’il y a plus de 2000 ouvrages en langue anglaise, et quelques centaines en français, en italien et en russe. Pour certains c’était un épiphénomène de la colonisation (thème souvent repris, veine des romans de voyage…)


Les romans de monde perdu sont issus des " voyages extraordinaires ou imaginaires ", des mythologies (Avalon, le Royaume du prêtre Jean…)


Note : La figure du Prêtre Jean

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Au milieu du XIIe siècle, des rumeurs venues d'Orient font état d'un mystérieux royaume chrétien, celui du Prêtre Jean, que l'on ne savait vraiment situer, au-delà de la Perse et de l'Arménie, aux confins du monde, en Afrique ou en Inde, tant les données géopolitiques étaient confuses. Ces rumeurs prennent des proportions énormes, lorsque commencent à circuler différentes versions d'une lettre, adressée par le Prêtre Jean à différents monarques d'Europe, ou encore au pape, selon les versions. Cette fausse lettre, qui est probablement une gigantesque mystification, sera lue et propagée avec passion jusqu'à l'époque des Grandes Découvertes.

À l'époque des croisades, le mythe du prêtre Jean prend de l'ampleur. Le prêtre Jean pourrait devenir un soutien potentiel de l'Europe contre les musulmans. Au cours des dernières croisades, certains écrivains considèrent son existence comme certaine. Marco Polo et Jean de Joinville sont tous les deux convaincus que le royaume du prêtre Jean a existé, mais qu'il a été vaincu récemment par les peuples environnants. Des romans ont pour objet ce mythe, comme Le collier du Prêtre Jean de John Buchan. Plus récemment, la recherche du royaume de prêtre Jean est la base de l'intrigue du roman Baudolino, d'Umberto Eco (voir ce lien : http://www.tribunes.com/tribune/alliage/45/Eco_45.htm).


Chronologie :


Voici une petite chronologie afin de bien avoir en tête le contexte politique et littéraire de l’époque.

XVIIIe siècle : Apparition du fantastique.

1830 : Les Français débarquent en Algérie.

1840 : La Nouvelle-Zélande devient britannique.

1842 : Hongkong devient britannique.

1853 : La Nouvelle-Calédonie devient française.

1859 : Les Français prennent Saigon.

1863 : Protectorat français au Cambodge.

1864 : Voyage au centre de la terre (Verne).

1885 : Les Mines du roi Salomon (Haggard).

1885 : l'Europe se partage le continent africain.

1887 : Allan Quatermain (Haggard).

1888 : L'Homme qui voulait être roi (Kipling).

1894 : Le Peuple du brouillard (Haggard).

1896 : Le Pays des aveugles (Wells).

1899 : L'empire colonial espagnol s'effondre.

1901 : Le village aérien (Verne).

1904 : Le Tibet devient vassal de la Grande-Bretagne.

1908 : Congo belge.

1911 : Un drapeau au pôle sud.

1912 : Le Monde perdu (Doyle).

1914-1918 : Première Guerre mondiale.

1918 : Cycle de Caspak (Burrough).

1922 : L’étonnant voyage de Hareton Ironcastle (Rosny aîné).

1926 : Mythe de Cthulu (Lovecraft) = retour du fantastique.

1930 : Essor de la SF.

1932 : Les habitants du mirage (Merritt).

1932 : Conan (Howard).

1933 : Les Horizons perdus (Hilton).

1939-1945 : Seconde Guerre mondiale.

1950 : Essor de la fantasy.


Les types de Lost-Race-Tales :


Pour Alain-Michel Boyer, les mondes perdus se définissent ainsi : "Quelque part sur le globe, en un lieu retiré, isolé du monde moderne et du reste de l'humanité, dans une enclave préservée de l'histoire, au bout d'un étroit défilé que barrent de hautes parois rocheuses, un groupe d'hommes et de femmes vit sa vie propre, dans l'ignorance la plus totale de ce qui est advenu ailleurs : cette communauté est un rameau détaché de civilisations occidentales disparues ou un isolat échappé à l'anéantissement et situé à un stade antérieur de l'évolution". (dans l'ouvrage collectif Les Mondes perdus paru aux Presses Universitaires de Bordeaux). Les mondes perdus sont ces récits où des Occidentaux découvrent par hasard ou sur la foi d'une carte, un pays fabuleux ayant connu une évolution différente de la nôtre, en général archaïque, voire primitive.


Selon Lauric Guillaud (Les mondes perdus, Omnibus), il existe quatre grands types de récits de mondes perdus :


- Les récits de terre creuse dans lesquels on imagine qu'il existerait un monde au centre de notre terre, séparé depuis toujours du nôtre, ou isolé depuis une catastrophe. Ce type d’œuvres serait inspiré des théories du capitaine Symmes, développées dans un ouvrage de 1826, Theories of Concentric Spheres, où il affirme que la terre est creuse, et qu'elle est ouverte aux pôles. On retrouve l’exploitation de cette théorie chez Poe, avec les Aventures d'Arthur Gordon Pym (au terme de son voyage, Pym se dirige vers un gouffre mystérieux, situé au pôle), mais aussi chez Jules Verne (Voyage au centre de la terre), Edgar Rice Burroughs (avec son cycle Pellucidar) ou encore Obroutchev (La Plutonie).

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Pellucidar de Burroughs

- Les récits de mondes préservés : on découvre des races oubliées ou disparues depuis longtemps. Les récits de ce type sont donc propices à l’utilisation de dinosaures ou aux fantasmes sur le chaînon manquant. On peut citer Le Monde perdu de Conan Doyle, où les héros, en suivant un scientifique déchu, découvrent sur un plateau isolé un écosystème préservé depuis des millions d’années, ou encore l’un des épisodes de Tarzan d'Edgar Rice Burroughs : Tarzan dans la préhistoire.

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- Les récits d'Atlantide et de continents perdus (Mu, la Lémurie, etc.) : on retrouve un espace géographique légendaire préservé, dont l'existence n’a jamais été attestée. On peut citer ici L'Atlantide de Pierre Benoît, Tarzan et les joyaux d'Opar d'Edgar Rice Burroughs, Le réveil de l'Atlantide de Paul Féval fils et Magog, ou La Découverte de l'Atlantide de Denis Wheatley.

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- Les récits de races perdues ("lost race tales" au sens strict): ces récits forment la grande majorité des Mondes Perdus, avec des auteurs comme Rider Haggard (She, Les Mines du roi Salomon, et la majorité des oeuvres du cycle d'Allan Quatermain), Kipling (L'homme qui voulut être roi), Edgar Rice Burroughs (Tarzan et les croisés, Tarzan et l'Empire romain, Tarzan et le secret de la jeunesse), H. G. Wells (Le Pays des aveugles). Lovecraft proposera une vision assez différente de races perdues en imaginant une civilisation de dieux et de démons qui auraient vécu avant l'homme (dans le cycle de Ctuhlu, par exemple). Il ne faut pas oublier les récits qui imaginent des races perdues radicalement différentes de la nôtre : peuples d'hommes poissons, d'hommes plantes, avec par exemple L'étonnant voyage d'Hareton Ironcastle, de Rosny l'aîné.

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Caractéristiques :


- Récit à la frontière du roman d'aventures et de la science fiction : les œuvres s'appuient sur des hypothèses scientifiques (le chaînon manquant, la terre creuse, le darwinisme social) pour développer des récits de fiction. Des auteurs comme Abraham Merritt sont à la frontière des deux genres.


- Des rêveries coloniales : les terres découvertes sont très riches, ce qui en fait la reformulation fantasmatique des récits de royaumes coloniaux - ceux du Rajah Brooke par exemple. L'intertexte est évident dans un monde perdu réaliste comme celui de Rudyard Kipling (L'Homme qui voulut être roi), un peu moins chez Haggard et Burroughs. À chaque fois, un Blanc est amené à prendre possession de territoires inconnus, condamnés à disparaître selon les théories du darwinisme social en vogue à l’époque, dévorés par des sociétés plus évoluées. Cela explique l'importance des imaginaires préhistoriques, qui reformulent en terme de lutte des races et de darwinisme la conquête géographique : le massacre dans Le Monde Perdu de Conan Doyle, par exemple, exprime la supériorité du Blanc. Dans tous les cas, l’Occidental joue un rôle fondamental dans la survie du peuple qu'il découvre : soit celui-ci fait allégeance et il survit, soit il lui résiste, et il est détruit.

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- Un voyage extraordinaire : E. A. Poe et Jules Verne ont contribué au développement du roman de voyage. Ensuite, la tradition du voyage est renouvelée par la dynamique des explorations et la fascination des auteurs pour les pays encore vierges où survivent des peuples et des créatures mystérieuses, loin de toute civilisation. Le charme du monde perdu réside dans le caractère anachronique, le choc brutal entre l’explorateur et le " sauvage ", c’est une forme de réconciliation du passé et du présent comme dirait Alain-Michel Boyer. Sous couvert de science, on réinvente la mythologie, le dinosaure se confond avec le dragon, on préserve ainsi un pays merveilleux et oublié, et on " comble un manque dans l’imaginaire " (Y. Vadé).


- Un voyage initiatique : Le héros est confronté à de nombreuses épreuves qui font de cette aventure un voyage initiatique (par exemple le jeune journaliste dans Le monde perdu, qui part à l’aventure pour prouver à la femme qu’il aime qu’il est un homme, et découvre lorsqu’il rentre, qu’elle a épousé un " bonnet de nuit " qui n’a jamais rien fait d’extraordinaire.


- Entre science et fiction : Au début, la vraisemblance est sauve, pour mieux plonger le lecteur : décryptage de manuscrit, carte découverte, exploration hasardeuse réitérée par des explorateurs… Mise en scène des possibilités apparemment inépuisables des découvertes contemporaines. Le lecteur fantasme un monde où tout serait possible. L’homme essaie de découvrir des secrets cachés, et transgresse ce qui est normalement interdit. La thématique du secret passe par le déchiffrage d’un document énigmatique (carte, parchemin, manuscrit…) assimilables aux talismans de Poe ou de Verne. La quête consiste à trouver un trésor, un secret (l’éternelle jeunesse), un territoire mythique (l’Atlantide, le Kâfiristân…). Le héros rencontrera des figures étranges (dragons, kraken, chevaliers en Afrique, géants, lilliputiens…) et découvrira des lieux ahurissants (des ruines, des paysages sauvages…)


Les explorateurs tentent souvent de se faire passer pour des dieux, que cela tourne bien (Le peuple du brouillard) ou très mal (L’homme qui voulu être roi).

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Le monde perdu risque de disparaître à partir du moment où il est retrouvé, soit parce qu’une fois souillé, il est détruit par un élément extérieur, soit par la cupidité des colons, soit qu’il retourne dans les limbes une fois les explorateurs repartis car ces derniers préfèrent l’oublier.


La science est un élément exotique dans ces romans.


En 1914, la carte du monde est terminée, même si le humains n’ont pas foulé toutes les terres (désert, banquise…) mais le genre continue grâce aux découvertes paléontologiques.


- La recherche du chaînon manquant / l’ethnologie : Les théories darwiniennes de la seconde moitié du XIXe siècle s’infiltrent dans les littératures de l’imaginaire et fondent les " romans anthropologiques " ou " les romans d’anthropologie excentrique ". Premier roman sur le chaînon manquant : A wild, a weird history de John De Morgan (1887). Chez Burroughs, créateur de Tarzan, il y a un chevauchement d’évolutions.


Dans le Monde Perdu (Doyle) et L’étrange voyage de Hareton Ironcastle (Rosny) les " évolutions divergentes " sont exterminées.


Cette quête du chaînon manquant se poursuivra jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Les découvertes archéologiques inspirent aussi beaucoup les romans de mondes perdus, et le développement des magazines de vulgarisation n’est pas pour rien dans l’engouement pour ce type de littérature.


Les blancs sur les cartes disparaissent et le thème du monde perdu s’affaiblit pour laisser place à la science-fiction " technologique " : conquêtes de mondes stellaires.


Le monde perdu relève aujourd’hui plus du conte de fée que de l’archéologie.


- Perversité : Trois ressorts interviennent dans les romans de monde perdu : la quête du pouvoir, de l’argent, ou de l’amour d’une femme. Ces trois ressorts sont en quelque sorte les Mac Guffin privilégiés de ces types de romans.


Trois phases :

 soumission à l’idéologie en vigueur (expansionnisme, conquête du monde perdu) ;

 phase de transition (Tarzan : à mi-chemin entre le civilisé et le primitif) ;

 1918-1933 : revanche du monde perdu et glissement vers fantastique /SF.


Phase 1. Triomphe de la science, de la colonisation et de l’utopie.

Dans Voyage au centre de la terre, le savant représente l’idéologie du savoir et l’appropriation de la nature. Il y a une fascination pour les terres africaines (mission civilisationniste de Quatermain, par exemple) : la race perdue ne peut être que primitive. Malgré certains aspects " panthéistes ", c’est la rationalité qui prévaut, et l’idéologie progressiste (condamnation de l’esclavage, conquête coloniale, désacralisation…) mais ces éléments conduisent parfois à la destruction du monde perdu (Atlantis de LH Morrow, The Scarlet Empire). L’Atlantide semble le lieu privilégié de l’utopie sociale et technologique, et les récits se teintent donc de science-fiction. L’explorateur a le dessus grâce aux sciences et à la technique et le monde qui était simplement oublié est voué à la destruction.


Phase 2.  Doute, angoisse, fascination

C’est une phase de doutes quant aux bienfaits du progrès et de la civilisation, et une métamorphose s’amorce fin XIXe début XXe. La Première Guerre mondiale n’arrange rien…

Cette évolution est parfois perceptible dans les œuvres successives d’un même auteur (ex. Haggard, avec l’évolution de Quatermain). Après la Seconde Guerre mondiale, les auteurs se tournent vers le fantastique (métempsycose, spiritisme…)

Dès 1910, John Buchan dans Le Collier du prêtre Jean prophétise le déclin des nations colonisatrices.

Doyle, dans le Monde perdu, laisse transparaître des sentiments mitigés, alors que l’auteur est attaché aux valeurs victoriennes (ambivalence du monde, ambivalence des personnages qui s’interrogent sur leur geste – tuerie des hommes-singes – et sur l’avenir du monde perdu).


Phase 3.
La revanche des mondes perdus et le retour du fantastique.

Elle est accélérée par la Première Guerre mondiale et se dilue avant la Seconde Guerre mondiale : le monde perdu se fait plus menaçant. Le héros, s’il parvient à s’échapper, laisse la porte vers notre monde ouverte aux monstres. Le cadre spatio-temporel du lost-race tale traditionnel éclate, et façonne les bases de la fantasy moderne.

Dans Ironcastle on voit l’Altérité, qu’elle soit zoologique, végétale ou humaine.

On assiste à un retour du fantastique avec Lovecraft (Dans l’abîme du temps), et Howard (L’Île des épouvantes) avec une conception cyclique de disparition et réapparition de l’espèce humaine. Ils lâchent des monstres-dieux sur le monde. Au roman de race perdue se superpose l’épopée raciale. La terre creuse apparaît comme l’un des vecteurs principaux des thèmes de l’apocalypse et de la menace. En 1919, Milo Hastings reprend la thématique des mondes perdus avec The City of endless nigth dans lequel il écrit qu’après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne s’est isolée du reste du monde dans les profondeurs de la terre et a créé une super-civilisation technologique susceptible de conquérir les peuples de la surface. D’autres œuvres suivront, annonçant le pire. On retrouve une permanence (existence des dieux) et une menace (déferlement de démons / monstres mythiques). Apparaissent la magie noire, les divinités obscures, l’obscurité d’un monde médiéval, etc.

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Évolutions :


Lovecraft, Burroughs et Merritt nous orientent vers une autre tradition littéraire, plus 
tardive: celle de la fantasy. Ces mondes primitifs que découvrent les héros sont en effet fort proches de ce qui définira ce genre né au XXe siècle : emprunts aux mythologies et aux légendes médiévales, personnages et thèmes des littératures archaïques, recours au merveilleux et à la magie. On voit, chez Rice Burroughs, Tarzan explorant tour à tour différents univers empruntés à l'imaginaire médiéval (les croisés) ou à l'imaginaire antique (les Romains, les Atlantes). Les héros de Haggard redécouvrent des peuples issus de l'imaginaire biblique (Queen Sheba's Ring, King Solomon's Mines) ou antique (She). La magie et les animaux fantastiques, sont présents. Les univers barbares annoncent souvent quant à eux les récits de R. E. Howard. C'est enfin la cohérence du monde décrit, qui se traduit souvent par une tentative opérée par les auteurs ou les amateurs, de le cartographier, qui rappelle l'univers de la fantasy.


Le roman de monde perdu décline au moment de la Seconde Guerre mondiale car la carte du monde est complète, et l’image connaît un essor formidable (comics avec des super-héros, et films), essor également de la fantasy (Tolkien…) et des films comme Indiana Jones et Allan Quatermain.

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Marie-Agnès, A.S. Ed.-Lib.

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28 février 2008 4 28 /02 /février /2008 19:38

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Jules Verne : Le Village aérien, 1901
in Les mondes perdus
Omnibus, 1993
ISBN 2-258-03732-8



Illustration : couverture Petite Bibliothèque Ombres





Biographie :

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Le 24 mars 1905 disparaissait Jules Verne, écrivain déjà mondialement connu, sinon reconnu par ses pairs. Jules Verne est né à Nantes le 8 février 1828. Il s'installe à Paris en 1848 pour y étudier le droit et songe alors à une carrière littéraire.


Ses véritables débuts littéraires se font dans des revues et des journaux. Il fréquente ainsi les cercles littéraires du milieu du XIXème siècle et fait la connaissance d’Alexandre Dumas qui l’introduit dans le milieu dramatique. Il publie rapidement ses premières nouvelles. Puis il écrit des récits plus consistants tel Martin Paz qui révèle déjà sa passion pour l’histoire et la géographie.


En 1863, l'éditeur Hetzel est séduit par le manuscrit de Cinq semaines en ballon et s'attache Jules Verne pour vingt ans. L’éditeur crée bientôt une collection qui lui est entièrement consacrée et qu’il nomme " Voyages extraordinaires ". Puis les romans se succèdent rapidement : Voyage au centre de la Terre (1864), De la Terre à la Lune (1865), Les Enfants du capitaine Grant (1867-1868), Vingt mille lieues sous les mers (1870), Le Tour du monde en quatre-vingts jours (1873), etc. Ce roman, ainsi que Michel Strogoff, fit la fortune de Jules Verne.


La plupart de ses romans, à son époque, sont appelés romans d’anticipation. Il dira à la fin de sa vie : " A vingt ans, mon idéal était de voyager. Cet idéal, n’ayant pu le réaliser qu’incomplètement, je me suis mis à voyager en imagination, et à la suite de Philéas Fogg, qui fit le tour du monde en quatre-vingts jours, je ne tarderais pas à l’avoir fait en quatre-vingts romans ". Cette phrase symbolique mêle concret et imaginaire, réel et littérature.


Jules Verne laisse derrière lui une œuvre riche d’une extraordinaire créativité. C’est l’un des premiers auteurs à mêler avec autant de succès science-fiction, aventure et fantastique. Son intérêt pour la science et le fait qu’il aborde dans ses romans des thèmes qui se concrétiseront dans le courant du 20ème siècle (voyage sur la lune, sous-marin, etc.) lui confèrent le statut de visionnaire. Ses romans seront fréquemment adaptés au cinéma, leur récit à grand spectacle se prêtant parfaitement aux productions hollywoodiennes. Ses personnages sont des icônes de l’imaginaire populaire (tels Phileas Fogg, le capitaine Nemo ou Michel Strogoff).


Les mondes perdus


Si l’on retient la période 1864 à 1933 on peut discerner trois phases : une première période soumise au triomphe de la science, de la colonisation et de l’utopie avec entre autres : Jules Verne, Voyage au Centre de La Terre (1894) et Wells.. Une deuxième phase transitoire entre le primitif et le civilisé : Le monde perdu de Conan Doyle (1912)… et la phase finale (1918-1933) : la revanche des mondes perdus et le retour du fantastique avec les œuvres de Merritt qui préfigurent l’héroic fantasy en mêlant les éléments habituels du " lots-race tale " au fantastique le plus échevelé.


Le Village aérien
:

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Le Village aérien
  l’un des derniers écrits de Jules Verne est un roman d’aventure de 1896, publié en 1901 sous le titre de la Grande Forêt. L’action se situe en Afrique équatoriale et conte l’expédition de deux amis explorateurs en quête d’aventures et d’imprévus : l’Américain John Cort et le Français Max Huber. Un Camerounais qualifié de ferloper (guide) nommé Khamis les accompagne ainsi qu’un enfant du pays, Llanga, un petit indigène enlevé à sa tribu et élevé par des missionnaires


Partis trois mois plus tôt visiter la région de l’est du Congo français et du Cameroun, après s’être joints à une caravane, il leur tarde de rejoindre Libreville pour retrouver leurs factoreries. Le Français Max Huber, contrairement à son ami John Cort, trouve que " cette expédition n’a pas donné tout ce qu’il attendait "…. (page 328, chapitre 1).

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Arrivés à l’orée de la Grande forêt, ils décident de la traverser en suivant un cours d’eau en direction du sud-ouest. Là commence un voyage où nos explorateurs vont vivre des aventures telles que même Max Huber qui se lamentait du manque d’imprévu, d’extraordinaire ne devait pas s’y attendre.. Ils vont faire des découvertes étonnantes.


Tout d’abord, un cri au milieu la nuit, ngora, entendu par John Cort alors que les autres se reposent, puis un radeau vieux de quelques années près d’une rivière, un cadenas de fer rongé par la rouille et enfin une cage vide contenant des objets (casseroles, lunettes…) et un carnet portant le nom du Docteur Johausen. La stupéfaction leur coupe la parole. C’est une révélation : " Lui, enfin s’écria l’un, lui dont on n’avait plus aucune nouvelle….. ", (page 386, chapitre 8). Lui, pour nos deux explorateurs c’est le docteur Johausen, parti dans cette région d’Afrique afin d’étudier les singes et de poursuivre le projet abandonné par le professeur Garner. Il avait disparu mystérieusement.

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Ils s’interrogent : " Mais pourquoi la cage était-elle vide ? pourquoi ses hôtes l’avaient-ils quittée ?…Combien de mois, de semaines, de jours fut-elle occupée ? Etait-ce volontairement qu’ils étaient partis ?…. Enfin le docteur Johaussen et l’indigène vivaient-ils encore….. " (chapitre 8 page 390).


Ils ouvrent le carnet qu’ils ont trouvé dans une boite en fer blanc.


Dans ses dernières notes, le Docteur Johausen fait référence aux expérimentations du professeur Garner. Il était convaincu que les quadrumanes parlaient, qu’ils se comprenaient et employaient le langage articulé.


Ici commence l’aventure extraordinaire des deux explorateurs qui vont s’enfoncer dans la forêt et rencontrer l’étrange tribu des Wagddis.

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ANALYSE DE L’ŒUVRE


Le
Darwinisme réfuté par Jules Verne


Jules Verne dans ce roman extraordinaire, atypique, cite plusieurs fois la théorie de Darwin. Même s’il en reconnaît la logique, il y est hostile. Il pose la question de l’homme primitif à travers la description de cette peuplade inconnue d’Afrique, les Wagddis sorte de chaînon manquant " pour rattacher le règne animal au règne hommal " (page 440, chapitre IV). En s’opposant à l’idée d’origine simienne de l’homme, réfutant l’idée de variabilité des espèces " que l’homme soit un singe perfectionné ou le singe un homme en " dégénérescence " (chapitre 4, page 440). Il insiste sur le fait que les hommes-singes sont bimanes (deux mains comme l’homme) et non quadrumanes comme les singes (quatre mains). Jules Verne se prononce pour un être intermédiaire entre l’homme et le singe en l’occurrence : un microcéphale.


Il est demeuré un cuviériste convaincu. Sa seule modernité, il l’emprunte à l’anthropologiste, M. de Quatrefages, son maître à penser, qui admettait que les espèces avaient varié au cours des âges, mais non qu’elles avaient pu se transformer. C’est cette idée, appliquée à l’homme, qu’illustre Le Village aérien.


Jules Verne à la fin du roman rappelle par les paroles des deux explorateurs que le peuple Wagddis ne peut pas être admis dans les rangs de l’humanité : c’est parce qu’il manque d’une conception qui est propre à tout homme, celle de la religiosité qui se retrouve chez les plus sauvages tribus (page 452, chapitre15). Est-ce un préjugé religieux de l’auteur ? il est difficile de le dire.


Point de vue ethnologique


Verne décrit les danses des Wagddis : " ils se faisaient plus de grimaces que de contorsions, et aussi de culbutes " ; il décrit " ces attitudes chorégraphiques [où] l’on retrouvait moins l’homme que le singe. Et que l’on entende bien, non point le singe éduqué pour les exhibitions de la foire, non…le singe livré à ses instincts naturels " (chapitre 4, page 458/459).


Point de vue géographique et historique


Ces deux disciplines sont indissociables de l’œuvre de Jules Verne. Il a eu envie de faire connaître les découvertes et les interrogations des hommes de son époque et de partager une certaine fascination que ce continent exerçait sur les hommes. Il est d’ailleurs l’auteur d’une Géographie illustrée de la France et de ses colonies (1868). Une partie des fictions de Jules Verne (cinq en tout dont Le Village aérien) se situent donc sur ce continent. Au 19ème siècle, après l’abolition de l’esclavage, la plupart des états européens dont la France se lancent à la conquête de l’Afrique et en colonisent une grande partie. Il y est fait allusion dans ce roman entre autres au chapitre 1 et dans la dernière phrase : " cette peuplade de primitifs ne passera pas un jour sous le protectorat de l’Empire d’Allemagne ? Cependant, il serait possible que l’Angleterre…"


La question du racisme dans ce roman ?


Ce roman s’inscrit dans le contexte de la colonisation ; même s’il faut replacer cela dans son époque, lorsque Jules Verne compare l’intelligence d’un noir adulte à celle d’un enfant blanc de six ans, le propos est indéniablement raciste.


Le fantastique et l’extraordinaire dans le Village aérien


Le Village aérien
n’est pas le roman de Jules Verne où le fantastique est le plus présent. Cependant on y trouve diverses scènes qui relèvent de l’extraordinaire : torches " qui après avoir brillé au niveau de la plaine, jetaient alors de plus vifs éclats entre cinquante et cent pieds au dessus du sol " ou " comme si un vent de flamme eût traversé cette épaisse frondaison " (page 342/343) mais aussi page 345 : " c’était comme une énorme vague dont les volutes échevelées se fussent déroulées avec fracas ", puis : " des souffles stridents, des éclats cuivrés s’échappaient de ces centaines de trompes - autant de clairons sonnés à pleine bouche " …


Mon avis sur ce roman


Le Village aérien
est un peu moins connu que d’autres romans de Jules Verne. Nos héros, sont plutôt spectateurs des événements qui s’y déroulent.. J’ai bien aimé ce roman car le style est fluide, même si l’aspect scientifique peut être rebutant dans un premier temps. Il est facile à lire et à la portée des enfants : en effet, tout au long du roman on a l’impression que se déroule un jeu de piste qui relie les épisodes entre eux.


Christophe, A.S.Bib


Liens :

Texte du Village aérien en PDF

 le Centre International Jules Verne

35 illustrations de l’édition originale peuvent être consultées sur

The Illustrated Jules Verne
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Published by CHRISTOPHE - dans Mondes perdus
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