Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 07:00

Murakami Haruki Après le tremblement de terre 01

 

 

 

 

 

 

MURAKAMI Haruki
村上 春樹
Après le tremblement de terre
Titre original
Kami no kodomotachi wa mina oduru (2000)
(en français :
Tous les enfants de dieu savent danser)
神の子どもたちはみな踊る
Traductrice : Corinne Atlan
10/18, domaine étranger, 2002
10/18, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Murakami Haruki est un auteur japonais ayant vécu en Europe et aux Etats-Unis et son œuvre possède un rayonnement international. En effet, Murakami combine dans la construction de ses personnages des références à la culture populaire mondiale et un vécu japonais contemporain.

Ses écrits, romans ou nouvelles, sont souvent ancrés dans le quotidien des personnages, un quotidien qui glisse subtilement hors de la normalité. Ce quotidien est parfois émaillé de fantastique, mais se fonde toujours sur une mélancolie qui se transmet au lecteur, la mélancolie d'une banalité quotidienne. L'auteur analyse l'âme humaine, ses tréfonds, ainsi que la société, le tout dans un cadre parfois loufoque.

Une action provoque de façon lointaine et indirecte une réaction dans l'instant, dans la réalité ou ailleurs. On trouve dans son œuvre de longues pensées d'êtres tiraillés, à la recherche de leur identité et abordant l'existence avec parfois une certaine anxiété.

 

Sa bibliographie

Murakami a publié son premier roman en 1979 (Écoute la voix du vent), et ses deux premiers romans n'ont jamais été publiés en France, malgré le succès rencontré au Japon (il a reçu le prix Gunzo pour son premier roman). Plusieurs de ses oeuvres connaissent par la suite un fort succès qui lui permet de devenir un auteur renommé. Son premier roman publié en France est  La course au mouton sauvage, publié en 1982 au Japon et en 1990 en France. La traduction française de Patrick de Vos a d'ailleurs reçu le prix Noma.

Murakami est un auteur qui ne se limite pas à l'écriture de roman, il est en effet également l’auteur de nombreuses nouvelles. Ellesi ont été réunis en trois volumes :  Saules aveugles, femme endormie,  L'éléphant s'évapore et Après le tremblement de terre. L’une de ses nouvelles a bénéficié d'un tirage à part : Tony Takitani. Il a commencé l'écriture de nouvelles dès 1980, avec Un cargo pour la Chine, publié dans le recueil L'éléphant s'évapore.

Murakami s'est également attelé à l'écriture d'essais et de récits biographiques, 6 en tout, dont seulement deux ont été publiés en France (Underground, publié en 1997-1998 au Japon et en 2013 en France, et Autoportrait de l'auteur en coureur de fond , publié en 2007 au Japon et en 2009 en France).

Il a récemment publié la trilogie  1Q84, entre 2009 et 2010.



Son recueil de nouvelles

Après le tremblement de terre est un recueil de nouvelles paru au Japon entre 1999 et 2000. En toile de fond, le terrible tremblement de terre qui eut lieu à Kobe le 17 janvier 1995 et qui fit 6 437 morts.

 

Les nouvelles

« Un ovni a atterri à Kushiro »

Personnage principal : Komura. Après le tremblement de terre de Kobe, sa femme ne fait plus rien, elle passe ses journées devant les journaux télévisés à regarder tous les reportages sur le tremblement de terre. Jusqu'à ce qu'un soir, elle disparaisse subitement, en laissant un mot disant qu'elle ne reviendra pas. Komura décide alors pour se changer les idées de rendre service à un de ses amis en allant livrer un colis à la sœur de celui-ci.


« Paysage avec fer »

Personnages principaux : Junko, Miyake et Keisuke. Une fille et deux garçons qui se retrouvent sur une plage pour faire un feu de camp. Ils se lancent alors dans une discussion sur leurs vies.


« Tous les enfants de Dieu savent danser »

Personnage principal : Yoshiya. Sa mère lui apprend que son père n'est pas mort comme elle le lui disait depuis son enfance. Elle lui donne une description sommaire de l'homme et un jour, alors que Yoshiya est dans le métro, il croise un homme ressemblant à la description que sa mère lui a donnée (lobe de l’oreille droite manquant).


« Thaïlande »

Personnage principal : Satsuki. Elle prend des congés après une conférence professionnel à Bangkok et reste dans le pays. Un de ses amis lui conseille un chauffeur pour la durée de son séjour : Nimit. Satsuki et Nimit ont de longues conversations, et le chauffeur, sentant quelque chose qui empêche Satsuki d'avancer, l'emmène voir une sorte de voyante afin de la libérer.


« Crapaudin sauve Tokyo »

Personnages principaux : Crapaudin et Katagiri. Katagiri est un fonctionnaire qui trouve, un soir après son travail, une grenouille géante dans son salon. Celle-ci parle, s'appelle Crapaudin, et a besoin de Katagiri pour sauver Tokyo d'une réplique du séisme de Kobe qui anéantirait la ville.


« Galette au miel »

Personnages principaux : Junpei. Junpei est un écrivain tentant de se faire une place dans le métier. Il prend soin de Sayoko, une amie qu'il connaît depuis l'université, et de sa fille, Sara. Sayoko sort d'un divorce avec Takatsuki. Junpei, Sayoko et Takatsuki étaient un trio inséparable à l'université et Junpei a toujours été amoureux de Sayoko.

 

Analyse

Du titre 

Dès le titre, Murakami joue avec les attentes du lecteur. Celui-ci donne à penser que le livre va offrir un récit catastrophe et évoquer la façon dont le pays va se remettre du séisme. Au contraire, aucun des personnages ne se trouve à Kobe et donc le séisme n'a pas de conséquences directes sur la vie des personnages. On peut penser que cette description lointaine du tremblement de terre, vu au travers des médias, fait écho à l'expérience de l'auteur. Celui-ci était en effet aux États-Unis lors du séisme, et même si cette catastrophe l'a fait rentrer au Japon, il a surtout vu cette catastrophe par l'intermédiaire des médias. D'où l'importance des émissions de télévision, de radio, des rumeurs ou encore de l'impuissance face à la catastrophe que l'on ressent dans le livre.

 
Des nouvelles

En lisant ces nouvelles, on essaie de trouver des points communs entre les personnages, entre les histoires de ces personnages. Mais à part le moment où elles se déroulent, c'est-à-dire quelques jours après le tremblement de terre, rien ne semble lier ces personnes. Pas de hasard qui aurait pu les faire se croiser, ou se rencontrer, seul le tremblement de terre est le fil directeur de l’œuvre. Ce qui les unit pourrait alors être ce qu'ils ressentent. Tous semblent écrasés par un sentiment de perte, de vide. La catastrophe naturelle semble faire écho aux catastrophes personnelles qu’ils vivent les personnages.

Toutes ces nouvelles sont focalisés sur un cheminement personnel. En effet, elles sont assez courtes mais s'arrêtent systématiquement juste avant que quelque chose ne se passe. Prenons comme exemple la nouvelle « Thaïlande » : après que Satsuki a consulté la voyante, celle-ci lui décrit un rêve qu'elle va faire, elle lui explique quoi faire dans ce rêve, et que cela la libérera. La nouvelle s'arrête le lendemain soir, à l'endormissement de Satsuki, après que celle-ci s’est dit : « Je vais dormir un peu, se dit-elle. Oui, voilà ce que je dois faire. Dormir. Et attendre le rêve. » Murakami nous invite dans l'intime des personnages, dans les cheminement de leur âmes. De même, de nombreux détails de la vie des personnages sont laissés dans l'ombre, nous savons ce que les personnages ressentent, mais pas toujours ce qu'ils ont vécu. Nous les voyons à un moment précis de leur vie, et Murakami nous livre ces fragments sans explications, il présente ces personnages, leur sentiments sans chercher à nous donner une vue d’ensemble.

Malgré tout cela, une touche d'optimisme flotte dans la plupart des nouvelles, les personnages peuvent se sortir de la situation dans laquelle ils se trouvent. Ils sont seuls, mais ils finissent par rencontrer quelqu'un qui va les aider à s'en sortir, à se reconstruire. Et surtout, Murakami met en lumière à quel point tous les êtres humains sont les mêmes, et se posent les même questions sur leur vie et la raison de leur présence sur terre.

Une nouvelle sort néanmoins du lot par son aspect fantastique, « Crapaudin sauve Tokyo ». Cette histoire, totalement surréaliste, est racontée sur un ton tout à fait naturel, au point que l’on se demande si trouver une grenouille géante qui parle dans son salon ne serait pas en effet tout à fait normal. De plus, Crapaudin fait preuve d'autorité, d'initiative, de courage, face à un Katagiri faible et médiocre, montrant la grenouille comme hautement supérieur à l'être humain dont elle réclame pourtant l'aide. Le ton est plus léger, du moins au début de la nouvelle, et le comique détonne avec le climat général de l'ouvrage. C'est également la seule nouvelle qui ait un lien direct avec un tremblement de terre, mais elle est la seule à sembler totalement incroyable.


Du tremblement de terre

Tremblements de terre intimes à chaque personnage, en miroir avec la catastrophe naturelle. Le séisme est représenté par « Lelombric » dans « Crapaudin sauve Tokyo », et par « Le bonhomme tremblement de terre » « Galette au miel ». Ce sont des personnifications de la catastrophe naturelle, l’objet des cauchemars d'une petite fille, ou des hallucinations (?) d'un fonctionnaire.

 

« Maintenant je vais écrire des nouvelles d'un autre genre, songea Junpei. Je raconterai par exemple l'histoire d'un homme qui attend que la nuit s'achève, en rêvant avec impatience du moment où le jour va se lever et où il va pouvoir prendre dans ses bras les êtres qu'il aime, dans la lumière claire de l'aube. Mais pour le moment, je dois rester ici et veiller sur ces deux femmes. Quel que soit celui qui veut leur faire du mal, je ne le laisserai pas les enfermer dans ces absurdes boîtes. Même si le ciel nous tombe dessus, même si la Terre s'ouvre en deux dans un grondement. »

 

Cette allusion au tremblement de terre doit être mise en parallèle avec les cauchemars de Sara à cause de l'allusion aux boites qui laisse planer le doute ; on ne sait plus si le tremblement de terre a provoqué les cauchemars ou si c'est l'inverse.


Dans ce recueil, on retrouve tout ce qui définit l'écriture de Murakami. L'auteur analyse l'âme de ses personnages et nous livre leurs sentiments les plus intimes, il nous expose les questionnements de ces personnes, des questionnements universels, qui concernent tous les êtres humains. Il place ses personnages dans le monde réel, avec en toile de fond des histoires de ce recueil un événement réel, mais comme il aime à le faire, des occurrences fantastiques brouillent notre perception de ce monde que Murakami expose.


Morgane, AS Bibliothèques 2012-2013

 

 

 

MURAKAMI Haruki sur LITTEXPRESS


Murakami Haruki Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

 

 

 

Article de C.M. sur Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

 

 

 

 

 

 


 Image 3-copie-1

 

 

 

 

Articles de Mélanie et Pierre-Yann sur Sommeil.

 

 

 

 

 

chroniques-loiseau-ressort-haruki-murakami-L-1

 

 

 Article d'E.M. sur Chroniques de l'oiseau à ressort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

murakami-haruki-saules-aveugles.gif

 

 

 

Saules aveugles, femme endormie, articles de Mélanie et de Claire.

 

 

 

 

.

.

.



Les amants du spoutnik
,
 articles de  Julie et de Pauline.


 





L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d' Anaïs,  Anne-Sophie, Julia et Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.

 

 

 

 

 

Murakami Haruki Danse-danse-danse

 

 

Articles de Chloé et de Maureen sur Danse, danse, danse.

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki 1Q84Murakami Haruki Kafka sur le rivage

 

 

 

Article de Charlotte sur Kafka sur le rivage et 1Q84

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki La Ballade de l impossible 01-copie-1

 

 

 

 

 

 Article de Magali sur La Ballade de l'impossible.

 

 

 

 

 

  Murakami Haruki Au sud de la frontiere 01

 

 

 

Article d'Emmanuelle sur Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil

 

 

 

 

 

 

  Murakami Haruki Après le tremblement de terre 01


 

 

 Article de Marion sur Après le tremblement de terre.

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Morgane - dans Nouvelle
commenter cet article
11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 07:00

Murakami-Haruki-Apres-le-tremblement-de-terre-01.gif








MURAKAMI Haruki
村上 春樹
Après le tremblement de terre
Titre original
Kami no kodomotachi wa mina oduru (2000)
(en français :
Tous les enfants de dieu savent danser)
神の子どもたちはみな踊る
Traductrice : Corinne Atlan
10/18, domaine étranger, 2002
10/18, 2011

 

 

 

 

Biographie

Haruki Murakami est un écrivain et traducteur japonais, à ne pas confondre avec Ryū Murakami, qui écrit une littérature absolument différente. Né en 1949 à Kyoto, Il est surtout connu pour Kafka sur le rivage,  La ballade de l’impossible ou  1Q84. Au départ, il tenait un bar de jazz, l’une de ses passions musicales qui se retrouve souvent dans ses écrits. Puis, après avoir écrit quelques romans qui ont connu un petit succès critique, il part vivre à l’étranger, en Italie, en Grèce et surtout aux USA où il devient professeur de littérature japonaise dans la prestigieuse université de Princeton. Cette période sera importante pour lui et influencera sa littérature dans laquelle on retrouve parfois de petits accents occidentaux. C’est d’ailleurs grâce à cette expérience qu’il traduira pour le Japon des romans de Scott Fitzgerald, ou encore de John Irving. Puis en 1995, bouleversé par le tremblement de terre qui a secoué Kobe, il rentre au pays et continue d’écrire. Souvent pressenti pour le prix Nobel de littérature, il a reçu le prix Jérusalem en 2009, ceux de doctor honoris des universités de Princeton et de Liège et le prix Gunzo pour Écoute le chant du vent en 1979.

Après le tremblement de terre a été publié en 2000, soit cinq ans après le véritable tremblement à Kobe dont fait mention le titre, et il fut traduit pour la France en 2002. Il y eu un regain d’intérêt pour ce livre après les événements de 2011 au Japon, et on a parlé de Murakami comme d’un visionnaire en perdant de vue les circonstances d’écriture. Ce livre est un recueil de six nouvelles, qui n’ont a priori pas grand-chose en commun hormis la rapide évocation du tremblement dans chacune d’entre elles.
 
 
 
Les nouvelles
 
La première nouvelle (22 pages) s’appelle « Un ovni a atterri à Tokyo ». C’est l’histoire d’un homme, Komura, dont la femme reste scotchée devant la télévision depuis le tremblement. Voilà cinq jours qu’elle ne bouge pas, ne mange pas. Elle regarde juste l’écran, le regard vide devant les informations qui passent en boucle les images de la catastrophe. Au sixième jour, elle n’est plus là, ses affaires non plus, reste juste une lettre sur la table où elle annonce sans plus de formes à Komura qu’elle le quitte et retourne chez sa mère. Dévasté, il décide de prendre des vacances, et un de ses collègues l’apprenant lui demande de livrer une boîte à sa sœur qui habite à l’autre bout du pays. Puisqu’il n’a pas meilleure direction à l’esprit il accepte et transporte donc cette boîte dont il ne sait rien. Il rencontre la sœur en question et une amie à elle qui l’accompagne à l’hôtel, ils discutent un peu, et c’est la fin de la nouvelle. On ne sait ni la suite, ni ce que contenait la boîte. La fin reste ouverte.

 
La seconde nouvelle (22 pages), « Paysage de fer », est probablement celle qui m’a le plus marquée. Junko et Miyake y sont les personnages principaux ; Junko est une jeune caissière qui abandonné ses études et Miyake un quadragénaire qui adore faire des feux de camp et qui est terrorisé à l’idée de mourir étouffé dans un frigo. En l’occurrence, ils ont fait un feu sur la plage et en discutant ensemble du vide de leur vie, ils en arrivent à la conclusion, comme un détail, qu’ils devraient mourir ensemble, là, maintenant, parce qu’ils n’ont rien de mieux à faire.

 

« – Alors, qu’est ce que je dois faire ? répéta Junko.

– Eh bien… Tu ne voudrais pas mourir avec moi, maintenant ?

– Mourir ? Pourquoi pas ? Je veux bien.

– Tu es sérieuse ?

– Très sérieuse. »

 

Puis Junko, épuisée, décide de dormir un peu et elle demande à Miyake de réfléchir à comment ils vont s’y prendre pour mourir et de la réveiller dans quelques instants… Et c’est la fin. Plus encore que dans la nouvelle précédente, cette fin est abrupte et sans recours, laissant le lecteur sur son attente.

          

La troisième, « Tous les enfants de Dieu savent danser », raconte l’histoire d’un jeune homme en pleine gueule de bois qui, sur le chemin de son travail, croise un homme sans lobe d’oreille qui pourrait bien être son père selon ce qu’il en sait. Il le suit à travers les rues et les allées, tout en se souvenant de son enfance auprès de sa mère qui faisait partie d’une sorte de secte où les enfants sans père étaient les enfants de Dieu, de leurs porte-à-porte ensemble, de la déception qu’il lui a causée en lui annonçant qu’il avait perdu la foi… Au fur et à mesure de sa poursuite du présumé père, il arrive sur un terrain de foot vide où soudain, il n’y a plus personne à suivre. Au centre de ce stade, il se met à danser, danser, comme une révélation… Dont on ne saura rien de plus, car encore une fois, c’est la fin de la nouvelle.
 

Puis vient « Thaïlande », où une femme médecin décide de prendre des vacances après une conférence professionnelle. Son taxidermiste personnel l’emmène partout, notamment dans une piscine vide et éloignée où elle nage pour oublier ses déboires amoureux, puis elle va voir une espèce de chaman qui lui annonce qu’elle va faire des rêves mystérieux et visiblement importants. Elle rentre à l’hôtel et c’est la fin.
 

La cinquième s’intitule « Crapaudin ». C’est la seule nouvelle qui ait réellement un début et une fin qui fassent sens ; mais c’est aussi la seule nouvelle qui frôle vraiment le fantastique et non juste la spiritualité (thème récurrent dans toutes les nouvelles). Katagiri est un employé de bureau des plus ordinaires, effacé, banal. Seulement un soir, un énorme crapaud vient le voir et lui demande son aide pour combattre Le Lombric, être monstrueux et gigantesque qui vit sous la ville et menace de produire un tremblement de terre qui détruira Tokyo. Le soir, après y avoir réfléchi, Katagiri accompagne Crapaudin dans les entrailles de la terre pour se livrer à la bataille. Touché dans le feu de l’action, il s’évanouit. À son réveil, il est sain et sauf dans un hôpital, aucune catastrophe n’a ébranlé Tokyo et il ignore s’il a réellement sauvé la ville ou s’il a simplement rêvé.
 

La dernière nouvelle, « Galette au miel », raconte l’histoire d’un trio, amis depuis le lycée : Juppei l’intellectuel et Takatsuki le sportif qui finit en couple avec Sayoko, au regret de Juppei amoureux d’elle depuis le début. Plus tard, après la naissance de leur petite fille ils se séparent.  Sayoko cherche du réconfort auprès de Juppei devenu écrivain avec difficulté, ce qui amène finalement à une forme de retour au trio, de vie apaisée. Et c’est la fin.

 

Analyse

Après le tremblement de terre est un livre étonnant, presque perturbant, dans la mesure où chaque nouvelle s’arrête toujours quand le lecteur commence à se prendre vraiment au jeu. Chacune d’entre elles pourraient bien être l’ébauche d’un roman de plus de cent pages. Murakami crée systématiquement une frustration, mais il aborde toujours si bien l’histoire suivante que le lecteur oublie la frustration précédente pour se lancer dans une nouvelle. La seule qui n’ait pas de fin frustrante est « Crapaudin » qui se déroule dans un monde quasi onirique, mais là encore la fin reste ouverte, mystérieuse. Dans tout le recueil, on retrouve une façon brumeuse d’écrire, presque mystique, qui correspond bien à son auteur et notamment à  1Q84 où tout n’est pas dévoilé, où se côtoient réalité et monde parallèle dans un flou artistique. Comme toujours, on entre très bien dans ses histoires qui ont une ambiance, une couleur, une atmosphère particulière un peu flottante qui correspond assez bien à l’image que je me fais du Japon. Dans l’ensemble on passe du quotidien banal à l’étrange, parfois à l’absurde. Cette frontière floue entre les deux est quelque chose de récurrent chez Murakami, qui le dit fort bien lui-même :

 

« A l’époque où les Contes de Pluie et de lune ont été écrits (à l’époque d’Edo), le monde surnaturel qu’ils décrivent se confondaient, pour les gens d’alors, avec le monde naturel : il est évident que pour eux, tracer une frontière entre ces deux mondes était une opération à la fois impossible et dénuée de sens ».

 

C’est finalement ce qu’il met en place lorsqu’il écrit un livre.

 

Il y a dans ce livre beaucoup de questions irrésolues et pourtant au centre du récit. Le lecteur ne sait pas ou l’auteur veut en venir, il faut accepter de perdre ses repères pour aller au bout du recueil. Le titre même ne se justifie que par une ligne dans chaque histoire, comme un minuscule fil rouge à la limite de la transparence. Le but, finalement, n’est pas de raconter l’état de Kobe après le tremblement mais la façon dont les gens qui étaient loin ont vécu cet épisode. Les personnages vont éventuellement citer l’événement et de près ou de loin, subrepticement, il aura une influence sur leur vie. À la manière de l’effet papillon, le tremblement de terre qui ne concerne pourtant pas directement les personnages va changer leur vie, de façon infime ou du tout au tout. Ainsi, dans la première nouvelle, c’est le fait de regarder la catastrophe à la télévision qui fait prendre conscience à la femme de Komura qu’elle s’ennuie dans sa vie, que son conjoint est vide, et qu’elle doit partir et faire de sa vie quelque chose de plus fort. Pourtant c’est au lecteur de comprendre cela puisque Murakami n’en soufflera mot. Lire entre les lignes est le maître-mot de ce livre.

Il n’y aura aucun paysage désolé, aucun enfant pleurant devant les décombres d’une maison, aucun étalage d’héroïsme ou de pathos. Après le tremblement de terre est le récit de la vie qui continue plus que celui du séisme. On n’entre jamais vraiment dans le vif du sujet. C’est bien sûr là une vision détachée de l’événement qui me semble assez proche de l’esprit japonais, moins matérialiste en un sens, qui attache plus d’importance à « l’essentiel » que celui des Européens. J’y ai vu une critique du journalisme tel qu’on peut le voir aujourd’hui, qui étale avec quelque chose de proche de la vulgarité des images « touchantes », pleines de misère, de mort, de bons sentiments, d’événementiel. On se repaît de ces images avec un certain voyeurisme. L’important n’est il pourtant pas la vie qui continue ? L’autour ? C’est cette réflexion qu’engage Murakami à demi-mot. En un sens, ce ne sont pas tant les histoires qu’il raconte qui sont importantes mais ce qui en ressort : l’importance de la vie qui continue, la réflexion à avoir sur le manque de contenu de sa vie (une notion très présente et presque pesante tout au long du livre), et ce questionnement sur ce qu’on nous présente comme important à travers le journalisme actuel,  au profit de l’événementiel plus que de la vie. L’épigraphe qu’a choisie Murakami pour son livre en est révélatrice :

 

« – Liza, qu’est ce qu’il s’est passé hier ?

– Il s’est passé ce qu’il s’est passé.

– Ca, c’est terrible. C’est cruel ! »

(Dostoïevski, Les possédés)

« Les informations à la radio : On déplore de nombreux morts du côté américain mais du côté  Viêt-cong également, cent quinze combattants ont été abattus.

La femme : C’est terrible l’anonymat.

L’homme : Qu’est-ce que tu dis ?

La femme : On n’apprend rien quand on nous dit que cent quinze guérilleros sont morts .On ne sait rien d’eux. Avaient-ils des femmes, des enfants ? Préféraient-ils le théâtre ou le cinéma ? On n’apprend rien du tout. La mort de cent quinze hommes au combat, c’est tout. »

(Jean- Luc Godard, Pierrot le fou)

 

 

Pour conclure, j’oserai dire que, comme une poignée d’ouvrages seulement, Après le tremblement de terre fait partie de ces livres qu’il est plus intéressant de relire que de lire. Regorgeant de mélancolie, brumeux de cette ambiance propre à Haruki Murakami, perturbant à dessin pour le lecteur et surtout réellement passionnant dans les nombreuses réflexions qu’il engendre, ce recueil de nouvelles garde un à-propos acide face à la situation actuelle qu’il est bon de garder à l’esprit.
 

Marion Savina, AS édition-librairie 2012-2013

 

 

 

MURAKAMI Haruki sur LITTEXPRESS


Murakami Haruki Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

 

 

 

Article de C.M. sur Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

 

 

 

 

 

 


 Image 3-copie-1

 

 

 

 

Articles de Mélanie et Pierre-Yann sur Sommeil.

 

 

 

 

 

chroniques-loiseau-ressort-haruki-murakami-L-1

 

 

 Article d'E.M. sur Chroniques de l'oiseau à ressort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

murakami-haruki-saules-aveugles.gif

 

 

 

Saules aveugles, femme endormie, articles de Mélanie et de Claire.

 

 

 

 

.

.

.



Les amants du spoutnik
,
 articles de  Julie et de Pauline.


 





L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d' Anaïs,  Anne-Sophie, Julia et Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.

 

 

 

 

 

Murakami Haruki Danse-danse-danse

 

 

Articles de Chloé et de Maureen sur Danse, danse, danse.

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki 1Q84Murakami Haruki Kafka sur le rivage

 

 

 

Article de Charlotte sur Kafka sur le rivage et 1Q84

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki La Ballade de l impossible 01-copie-1

 

 

 

 

 

 Article de Magali sur La Ballade de l'impossible.

 

 

 

 

 

  Murakami Haruki Au sud de la frontiere 01

 

 

 

Article d'Emmanuelle sur Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil

 

 

 

 

 

 

 


Repost 0
Published by Marion - dans Nouvelle
commenter cet article
9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 07:00

Edna-O-Brien-Saints-et-pecheurs-01.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Edna O’BRIEN
Saints et pécheurs
Saints and Sinners
traduction
de Pierre-Emmanuel Dauzat
 Sabine Wespieser, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Edna O’Brien, née en 1930, est une romancière irlandaise. Son travail a été essentiellement centré sur les femmes dans son pays, que ce soit au sujet de leur rôle dans la société ou concernant leurs relations. Par les thèmes traités dans ses romans, elle se présente comme une auteure pour laquelle la politique est primordiale au contraire de l’ordre moral qu’elle conteste beaucoup. Elle a actuellement trois titres publiés chez  Sabine Wespieser éditeur : Crépuscule irlandais paru en septembre 2010, Saints et pécheurs et Fille de la campagne, paru en mars 2013.



Le recueil

Saints et pécheurs est un recueil composé de onze nouvelles : « Rois de la pelle », « Pécheurs », « Madame Cassandra », « Fleur noire », « Pillage », « Cowboy intérieur », « Georgette verte », « Manhattan pot-pourri », « Envoie la pluie à mes racines », « Mes deux mères » et « Vieilles blessures ». Toutes prennent place au cœur de l’Irlande sauf « Manhattan pot-pourri » dont l’histoire se passe, comme son titre l’indique, aux États-Unis. Précisons également que la première nouvelle, « Rois de la pelle », est narrée par une Anglaise et que l’histoire se déroule à Londres. Cependant, l’homme dont il est question et qui délivre par bribes sa vie passée est irlandais et son récit a pour contexte l’Irlande. On sent d’ailleurs l’empreinte de l’Irlande dès la première page où la narratrice le décrit buvant une pinte de Guinness, dans un pub, le soir de la Saint-Patrick.

Les personnages principaux, les narrateurs, sont des femmes dans toutes les nouvelles sauf dans « Cowboy intérieur ». Edna O’Brien reste fidèle à elle-même dans ce recueil en mettant en scène des personnages de son genre. Ces personnages sont de conditions différentes, d’âges différents. L’auteur se glisse tour à tour dans la peau d’une enfant intimidée, fille d’une crémière, invitée dans une maison bourgeoise, d’une femme propriétaire d’un bed and breakfast dans lequel se passe, en pleine nuit, sans son accord, un événement intrigant, et de beaucoup d’autres aux destins variés et rarement joyeux.

Les récits sont centrés sur les personnages, les gens, leur vie, leurs sentiments, leurs espoirs, leurs déceptions, leurs relations. Par ces multiples visages nous en apprenons aussi beaucoup sur les circonstances de leur vie, leur contexte social et politique. On découvre l’Irlande à plusieurs époques, à la campagne ainsi qu’à la ville. On découvre les conséquences de la guerre, actuellement et rétrospectivement, on nous présente ce que c’était qu’être un travailleur sans fortune, on suit différentes vies qui auraient pu se croiser mais qui se vivent en droites parallèles sans jamais se toucher.

Les thèmes abordés dans ces nouvelles sont variés : l’amour, la souffrance, la terre d’Irlande, la politique, la guerre, le sexe, la mort, le travail. Ce recueil créé une sorte de peinture de l’Irlande en nous présentant des situations. Ce ne sont pas des histoires d’action, ce ne sont pas des histoires à suspense. Ce sont des tranches de vie dans lesquelles nous sommes plongés de manière plus ou moins distanciée.



« Fleur noire » et « Pillage »

J’ai choisi de présenter deux nouvelles en lien l’une avec l’autre.

« Fleur noire » nous entraîne en voiture avec deux personnages, Mona et Shane. Ils se sont rencontrés alors que Mona donnait des cours de peinture en tant que volontaire dans une prison dans les Midlands. Shane était un de ses élèves, il finit par être le seul. Shane était un activiste politique et emprisonné pour purger une longue peine durant laquelle sa femme a été abattue et son fils est décédé des suites d’une méningite.


Mona et Shane s’entendaient bien et c’est pourquoi ils ont décidé de se revoir lorsque Shane sortirait de prison. Au début de la nouvelle, Shane est libre et les deux jeunes gens cherchent un endroit pour dîner. Seulement, d’autres personnes attendent la sortie de Shane. Les Britanniques et les nombreux ennemis qu’il s’est faits avec le temps. Une ombre plane donc sur sa vie, comme une épée de Damoclès prenant la forme d’un pistolet, prêt à l’abattre. On ne sait pas exactement pourquoi Shane est allé en prison, seulement qu’il est un activiste politique. On peut alors imaginer, connaissant la houleuse vie politique de l’Irlande au XXème siècle. Il était certainement un membre de l’IRA bien impliqué dans les actions organisées par l’Irish Army, mais rien n’est sûr. Mona le décrit comme « l’incarnation même de la solitude, de l’isolement. » (p. 79) Il fut difficile de trouver un endroit où manger. Ils réussissent finalement à s’installer dans un hôtel, Glasheen. Ils passent un bon moment, la patronne tombe sous le charme des yeux de Shane, ils discutent du futur :

 

« Tu penses reprendre…
 
– La lutte n’est pas terminée… c’est pas fini. » (p. 83)

 

La prison n’a pas éteint la flamme du « jeune flibustier invincible » (p. 83) qui rougeoie encore dans l’homme « vieillissant et déterré » (p. 83) qu’est Shane. Elle n’a pas non plus diminué son ouïe et c’est après avoir entendu le son d’une voiture et s’être enfui par les toilettes du restaurant qu’il est rattrapé par son passé.

Cette nouvelle traite de la guerre civile, rétrospectivement, du point de vue d’un acteur nationaliste impliqué dans la lutte. On suit la scène narrée à la troisième personne à travers les yeux de Mona. C’est donc par ses impressions que l’on découvre Shane et nous savons seulement ce qu’elle-même sait des actions passées de l’homme. Ce récit nous montre aussi que la fin d’une guerre ne tue pas l’idée qui l’a déclenchée. On ne sait pas exactement à quelle date se déroule cette histoire mais si Shane a été libéré, c’est qu’il ne représente plus une menace pour l’État. Mais quelle dangereuse menace que la vengeance…

« Pillage » est la nouvelle qui suit directement « Fleur noire ». Cela fait sens au sujet du thème puisque les deux traitent de la guerre civile à deux époques différentes. Si le conflit semble s’être atténué dans « Fleur noire », nous sommes en plein dedans avec « Pillage » : « Un matin, au réveil, il n’y avait plus de frontière : on nous avait annexés à la patrie. » (p. 89) Voilà une phrase qui plante on ne peut mieux le contexte. La narratrice vit à la campagne avec sa mère, son frère et ses deux sœurs. À l’annonce de l’annexion de l’Irlande du nord, la famille se cache et se regroupe pour vivre dans une seule chambre. Trois jours plus tard, des soldats, « des sacrés hooligans », débarquent dans la maison en hurlant le nom de la mère de famille, Rosanna : « Ça sonnait autrement, prononcé dans leur langue. » (p. 90). La mère descend. Un moment après, les enfants également et c’est un spectacle désolant qui les attend. Les soldats et la mère sont partis. Premier contact avec une scène de viol pour cette fillette et son frère et ses sœurs. Au fur et à mesure des jours, le calme revient, puis les hooligans. Ils ont pris tout le monde avant de s’entre-tuer. Ne reste plus que la narratrice. Cette dernière est finalement forcée à partir après qu’ils ont mis le feu à sa maison. En route, elle connaîtra le même destin que sa mère. La scène nous est racontée à travers les pensées de la fillette. La violence est partout. Histoire sordide criante de vérité.

 

« Bientôt, dès que je pourrai marcher, je me mettrai en route. Pour en trouver une autre comme moi. On se reconnaîtra au rosaire de coquelicots et au discours de nos yeux. Nous, les souillées, par milliers, éparses, marchant péniblement à travers le pays, le pays pétrifié, à la recherche d’un lieu sûr, si tant est que pareil lieu existe. Nombreuses et terribles sont les routes qui mènent à la maison. » (p. 96)

 

La guerre civile a fait toutes sortes de dégâts, matériels ou humains. On découvre ici les conséquences de la guerre sur les civils.

Cette nouvelle prouve que l’auteur s’intéresse à toutes les situations et à toutes les conditions de la femme. Elle ne laisse rien de côté. Un viol collectif pédophile est un sujet pour le moins immoral mais ces événements tragiques ont existé et elle les dénonce en écrivant sur ce sujet. Le principal personnage étant une enfant, on trouve une certaine poésie malgré tout dans tant de violence. Elle prend le temps de regarder le vol des buses quand tout est fini. L'émotion est dans l’action et non dans les propos. Edna O’Brien ne s’étend pas sur cet aspect. Ce n’est pas son but. Elle décrit une action et même si la première personne pourrait entraîner le récit dans ce style larmoyant, il n’en est rien. La fillette elle-même sait qu’il ne sert à rien de se plaindre. Il faut se relever. Il faut marcher. C’est tout ce qu’il reste à faire. Avancer.



Le style

Le style des nouvelles varie. « Madame Cassandra » est particulière et surprenante par sa structure. Elle est composée uniquement au discours direct. C’est le monologue d’une femme à Madame Cassandra qui semble être une voyante puisqu’elle vit dans une roulotte et qu’elle fait « le Tarot comme le Cristal » (p. 69). Par les paroles de la femme, on en apprend un peu sur sa vie et ses relations. Les autres nouvelles ont une structure plus commune. Rédigées à la première ou la troisième personne, elles sont imprégnées d’une atmosphère plutôt feutrée, distanciée.



Saints et pécheurs est une fresque par laquelle l’Irlande nous est présentée à travers les vies différentes de personnages essentiellement féminins. Ces onze nouvelles dont le contexte temporel nous est rarement précisé sont autant de pièces d’un puzzle qui nous promettent un plongeon immédiat en Irlande dans différentes situations. Cette diversité est une richesse et nous permet de voir différentes facettes de ce pays à travers différents personnages. C’est un recueil qui se lit avec plaisir pour quiconque apprécie l’Irlande, son atmosphère brumeuse et ses habitants peu bavards mais si passionnants. La fin du recueil ne donne pas une subite envie de danser une gigue en écoutant les Pogues tout en buvant une Guinness mais fait réfléchir à ces vies qui auraient pu être celles de n’importe qui et qui, finalement, présentent un pays. Comme si nous étions l’endroit où nous vivons.


Sarah Chamard, 2ème année édition-librairie

 

 

Repost 0
Published by Sarah - dans Nouvelle
commenter cet article
24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 07:00

La littérature bulgare reste assez méconnue en France. Très peu d’éditeurs la publient. Elle a donc une très mauvaise visibilité européenne. Néanmoins, cette littérature est riche, elle a su s’exprimer malgré les différentes formes d’oppression dont elle a été victime. Nous allons donc étudier la nouvelle bulgare, sa place dans la littérature et comment elle a pu émerger dans une société opprimée ainsi que les auteurs majeurs.

 

 

 

La place de la nouvelle dans la littérature bulgare.

Yordan YovkovHistorique de la littérature bulgare.

Le sentiment d’appartenance au peuple bulgare est mis à mal par les dominations étrangères – byzantine de 1018 à 1187 puis ottomane de 1396 à 1878 – puis par les deux guerres balkaniques et les deux guerres mondiales. Les différentes dominations étrangères ont freiné le développement culturel bulgare et isolé la Bulgarie de l’Europe ; ainsi elle n’a pas connu les mouvements classiques comme la Renaissance. Suite à cette grande confusion, un conflit a opposé les « Anciens » aux « Jeunes ». Les « Jeunes » veulent rattraper le temps perdu à cause des oppressions pour pouvoir s’accorder à la littérature européenne. Les « Anciens », eux, ont peur de perdre la bulgarité qui leur était propre et accusent les « Jeunes » de vouloir simplement imiter les autres littératures afin d’avoir un public international. Ce conflit est à la fois esthétique et idéologique ; c’est le libéralisme contre l’authenticité bulgarité. Cette nouvelle génération représente « la rupture par l’écriture et dans l’écriture » (Marie Vrinat-Nikolov). Cependant, l’européanisation est importante dans les deux camps ; en effet, elle est associée directement à la modernité, la recherche et l’expérimentation en littérature. La poésie annonce ce changement vers une littérature plus moderne.

L’évolution culturelle en Bulgarie se fait majoritairement fin XIXème – début XXème siècle ; c’est en quelque sorte le renouveau culturel du pays. Après la chute de l’empire ottoman, le devoir de mémoire et la nostalgie ont influencé, pendant très longtemps, la littérature. Les auteurs se battent pour avoir une littérature qui leur soit propre, une littérature d’idées. Les auteurs ont ensuite voulu rassembler l’étranger et le national, d’autant plus que, pour certains auteurs, il n’existait pas de réelle littérature en Bulgarie. Après 1989, on assiste une pluralité et une diversité des écrits ; c’est à ce moment-là que le renouveau se fait plus fort.

 « En à peine un siècle, la littérature bulgare a connu modernisme et post-modernisme. » Marie Vrinat-Nikolov.


Les formes brèves

Au Moyen-Âge, les textes hagiographiques, apocryphes et panégyriques étaient déjà relativement courts. À la fin du Moyen-Âge jusqu’à la première moitié du XIXème siècle, on trouve de nombreux recueils mixtes concentrant des textes traduits qui sont de plus en plus originaux et profanes. La littérature orale a également une place importante, notamment au travers des chants populaires rituels, des chants des haïdouks transmettant les mythes stimulés par le Réveil National (1762 - 1878) qui correspond à une prise de conscience identitaire. La forme brève était donc déjà existante dans la prose bulgare écrite originale ou traduite.
izbrano-ivan-vazov-tom-i.jpg
Les récits courts se fondent sur la tradition et s’appuient sur un apport étranger transmis par la traduction, pour ensuite être adapté et « bulgarisé » (avec l’ajout des mythes bulgares). À partir des années 1860, les premières œuvres bulgares en prose apparaissent sous la forme de textes courts ou de taille moyenne. Contrairement à la littérature française qui distingue deux types de récits, le roman, œuvre longue et la nouvelle, œuvre courte, la littérature bulgare distingue trois types de récits : le romans, le povest et le razkaz. Les povesti, aussi appelés formes moyennes, s’apparentent aux romans par leur structure (plusieurs intrigues, récits enchâssés, visée réaliste). Ce genre d’écrit apparaît avant le roman et le razkaz. Le terme roman est apparu à la fin des années 1880 grâce à l’ouverture de la Bulgarie sur le monde extérieur. Yvan Vazov est le premier écrivain à revendiquer ce genre. Le razkaz est un récit encore plus court que le povest, là où ce dernier fera environ 80 pages, le razkaz n’en fera qu’une vingtaine.

Le récit est un genre très apprécié en Bulgarie à partir des années 70. Yordan Raditchkov est un auteur important dans la littérature bulgare notamment parce qu’il fait le lien entre la tradition orale et écrite. Il oppose d’un côté la vie moderne – vie sans moeurs, sans morale, sans rapport social – et la vie traditionnelle – avec l’authentique bulgarité pas encore souillée par l’étranger, l’importance de la tradition. L’étranger fascine et effraie mais il pousse tout de même la Bulgarie à exporter sa littérature. De son côté, Guéorgui Gospodinov impose le roman en 1999 et la nouvelle en 2001, avec une nouvelle esthétique. Il reste détaché de la bulgarité et pour cela, il utilise beaucoup l’humour. Gospodinov fait partie de la nouvelle génération d’écrivains bulgares, nouvelle génération qui intègre une esthétique nouvelle, un recul par rapport à la tradition, une importance du quotidien et le « moi » est au centre du récit, peut-être une forme de liberté après tant d’années d’oppression.



Entretien avec Marie VRINAT-NIKOLOV,

traductrice majeure de la littérature bulgare.


Marie-Vrinat.jpg
Marie Vrinat-Nikolov travaille en étroite collaboration avec les auteurs qu’elle traduit et ce depuis qu’elle a commencé la traduction en 1985. Ils se rencontrent pour pouvoir faire la meilleure traduction possible. Elle a été agréablement surprise car les auteurs sont en général très accessibles et coopérants. Elle est devenue amie avec de nombreux auteurs qu’elle a traduits. L’écrivain est, selon elle, là pour construire un rythme de phrase. C’est pourquoi elle tient à parler avec les auteurs, à leur poser des questions,  de manière à entrer dans leur optique de travail et dans leur écriture.

 

Photo Vladislav Nikolov

 

Le premier texte qu’elle a traduit a été la nouvelle « L’Herbe folle », de Raditchkov, qui était un texte très difficile. Elle s’oriente surtout vers la nouvelle génération d’écrivains et le travail de la langue. Elle bataille contre la réécriture des textes et voudrait que l’on se dise que ses traductions ne sont pas ses propres textes mais bien le texte et l’écriture de l’auteur. Nous avons eu la chance de pouvoir avoir un entretien téléphonique avec elle.



D’où vous est venu cet intérêt pour la littérature bulgare ?

J’ai eu une chance extraordinaire car à treize ans, mes parents ont pris en stop un couple de Bulgares et les ont invités à venir chez nous. Ça a été comme une révélation, j’ai été touchée par la langue, par sa musicalité et j’ai voulu la parler. Le couple bulgare a été très touché par cet intérêt et m’ont envoyé un livre pour apprendre la langue. J’ai ensuite voyagé en Bulgarie en 1975 puis en 1978 ; maintenant j’y retourne assez souvent. J’ai poursuivi mes études dans les lettres classiques. À la mort de ma soeur, la culture bulgare a été un véritable refuge.


Côté traduction, j’en faisais déjà beaucoup, notamment en latin et en grec à l’école et au lycée. En 1985, une professeur de bulgare m’a demandé de traduire un texte. Il aura fallu neuf ans pour publier ce livre. Il est très dur de travailler avec les éditeurs car leur temps de réponse est très long, si jamais ils répondent.



Avec quelles maisons avez-vous travaillé ?

Peu d’éditeurs ont accepté de travailler avec moi car ils sont très durs à convaincre et comme ces livres n’étaient pas des succès commerciaux, je ne travaille plus avec la plupart d’entre eux.
Guergui-Gospodinov-Un-roman-naturel.gif
Le premier éditeur avec qui j’ai pu travailler était L’Aube, spécialisé en littérature chinoise. J’ai pu travailler avec Phébus sur Un roman naturel [de Guéorgui Gospodinov], mais c’était un succès d’estime et non un succès commercial. On a pu vendre entre 1000 et 1200 exemplaires. J’ai publié un texte chez  Intervalles, et chez L’âge d’Homme. En ce moment, je travaille avec  Aden, une maison qui fait beaucoup de littérature. Quand j’aime un texte et que je veux qu’il soit traduit, en général, je l’envoie à de nombreux éditeurs. Quand un texte me plait, c’est souvent pour sa langue et moins pour son contenu, mais j’essaie toujours de traduire des textes un peu plus populaires comme 18% Gris.

18--gris.gif

La maison L’Esprit des Péninsules n’existant plus, connaissez-vous des maisons d’édition françaises voulant relancer la production de textes d’origine bulgare, notamment des nouvelles ?

Ce travail a d’abord été facile, puis s’est compliqué avec le temps. Connaissant Éric Naulleau, j’ai pu travailler avec lui. Puis il a voulu se mettre lui-même à la traduction, mais il ne parlait pas bien bulgare et sa femme bulgare ne parlait pas bien français. Ils n’arrivaient pas à retranscrire la poétique des textes. Nous avons eu quelques désaccords par rapport à certains textes où les images n’étaient pas bien traduites. Après trois ou quatre recueils, nous avons cessé toute collaboration, et j’ai changé d’éditeur.



Pouvez-vous nous renseigner sur les nouvellistes bulgares importants, contemporains ou classiques, leurs idées et leur esprit ?

Il y a peu de traduction de nouvelles bulgares. Les grands auteurs que l’on considérer comme « classiques » sont Yovkov (publié chez l’Esprit des Péninsules), avec Les Gens du balcon. Il y a aussi Yordan Raditchkov, avec Concertos pour phrase et Guéorgui Gospodinov, avec L’Alphabet des femmes (chez Arléa – n’est plus publié).

La nouvelle bulgare est née de la traduction des œuvres bulgares.



Dans la préface du recueil des Belles Étrangères, 14 écrivains bulgares, que voulez-vous dire par « le verbe cimente la nation » ?

Le terme « verbe » est ici utilisé dans le sens biblique du terme, c’est la parole écrite, la langue. Cela fait référence à la manière dont la littérature s’est créée. Au départ, on a le vieux slave qui est parlé et compris dans tout les pays slaves, mais cette langue n’est qu’orale, jamais écrite. Pour une raison d’évangélisation des pays slaves, on envoie Cyril qui met en place un alphabet glagolitique, puis apparaît le cyrillique. Les évangiles sont alors traduits en slave. Ensuite, on a la rencontre des disciples de St-Cyril et Méthode, à un moment propice de l’Histoire. En effet, on a alors des pays avec beaucoup de paganismes différents séparés en trois ethnies différentes, chacune ayant sa propre religion païenne. Elles se sont alors unifiées. Cela a permis de créer une littérature (au départ religieuse), de créer un ciment qui a homogénéisé la nation.
alphabet-glagolitique.gif

 

 

 

Fiches de lectures.
   
Nous avons étudié deux recueils de nouvelles et ce de deux manières différentes : tout d’abord, nous avons analysé la façon d’écrire de Yordan Raditchkov dans Les Récits de Tcherkaski, puis nous nous sommes penchées plus particulièrement sur les différentes nouvelles composant L’Alphabet des femmes de Guéorgui Gospodinov.

Yordan-Raditchkov-Les-recits-de-Tcherkaski.gif
Les récits de Tcherkaski, Yordan RADITCHKOV

Dans ce recueil de nouvelles, ou plutôt comme le définit le titre, ces récits des habitants de Tcherkaski, Yordan Raditchkov nous entraîne dans un monde à part.


Ce nouvelliste bulgare a pendant longtemps été considéré comme intraduisible et critiqué car il ne répondait à aucune forme, aucune catégorie déjà connue de la littérature bulgare. Au moment où paraissent ses premiers récits, la Bulgarie ne connaît en littérature que le réalisme socialiste, c'est pour cette raison que Raditchkov a autant choqué à ses débuts avec sa fantaisie très éloignée de la réalité. Pourtant, il est rapidement devenu un auteur incontournable, « un phénomène » dans la vie culturelle bulgare, d'autant plus qu'il reprend dans sa prose et dans son style la tradition orale des contes avec une écriture rythmée, riche en images, en symboles et en mythes.

Par son style simple, dépouillé et expressif, Raditchkov invite le lecteur à voir le sublime, le fantastique dans le banal et le dérisoire à l'aide d'un regard naïf. Il déforme la réalité et tout semble dépourvu de sens. Cependant, ses écrits sont pleins d'humour et d'ironie qu'il fait ressortir en déformant la nature de l'homme. Néanmoins, la naïveté ne permet pas seulement de voir du sublime dans le banal, elle permet aussi de dénoncer la société contemporaine, le pouvoir. On le considère comme un grand auteur humaniste qui aime les hommes et est intrigué par leur nature. Pour lui, « l'âme du peuple connaît la souffrance. L'humanisme, c'est de connaître la souffrance. » La compassion est primordiale dans ses écrits d'autant plus qu'il sait qu'elle devient de plus en plus rare chez les hommes. La nostalgie est également très forte. Il nous conte une période où la magie existait, la magie du quotidien, aujourd'hui détruite par la consommation et l'importance du matériel.     Le monde moderne riche en objets ne nous permet  plus d'utiliser notre imagination. « La pauvreté matérielle engendre une richesse imaginaire. » C'est pour cela que ses récits sont si originaux, on est face à un monde avec des créatures fantastiques, des superstitions et tout paraît alors logique. Il éclaircit des événements quotidiens avec une explication incohérente mais qui pourrait être valable dès qu'on accepte de se plonger dans son monde. Ainsi, dans la nouvelle « Tue la mouche », Raditchkov nous explique pourquoi l'homme, dès qu'il voit ou entend une mouche, cherche à tout prix à la tuer.

 « Il faut croire qu'en laissant cet insecte s'envoler de Sa main, Il a dans le même temps donné cet ordre à la création : « Tue la mouche ! », car nous n'avons depuis lors eu de cesse de l'exterminer. »

Les animaux y ont le même statut que l'homme si ce n'est que celui-ci est doté de la parole. La parole a une place importante au coeur des nouvelles car elle permet aux héros de trouver une échappatoire à une situation embarrassante et anormale. Plus les héros sont dans l'embarras, plus leur parole est délirante et fantaisiste. Parler est une arme contre l'ennui, l'angoisse, l'incompréhension, c'est pour cela qu'on retrouve de nombreux récits enchâssés. Marie Vrinat-Nikolov dit avoir compris que cet auteur donne une âme à chaque mot, il s'en empare, et c'est pour cela qu'il est si difficile de le traduire.


Gospodinov
L’Alphabet des femmes, Guéorgui GOSPODINOV.

Guéorgui Gospodinov est un auteur bulgare né en 1968. C’est un des auteurs les plus populaires de la jeune génération d’écrivains bulgares. Il a reçu plusieurs prix nationaux.

Ce recueil compte 22 nouvelles, entre anecdotes, tranches de vie et histoires à la frontière du fantastique. L’auteur joue aussi bien avec les mots qu’avec le lecteur. Une fin inattendue, un personnage incongru, une rencontre insolite, plus rien ne peut nous surprendre chez lui. La traduction laisse parfaitement transparaître son jeu d’écriture, sa mélodie, ses saveurs, ses couleurs. Les points de vue varient entre les nouvelles ; parfois on connaît le nom du personnage principal, parfois il reste un sombre inconnu. Nous allons donc présenter quelques nouvelles de ce recueil.
 
 « Les états d’âme d’un cochon le jour de Noël »

Dans cette nouvelle, le personnage principal est un cochon, ou du moins son âme. En effet, c’est encore une tradition dans les campagnes bulgares que de tuer un cochon pour Noël. Perchée sur un arbre, cette âme de cochon observe son corps couvert de sang alors que les bouchers s'apprêtent à faire cuire ses oreilles dans la cendre.

 « C’est le premier amuse-gueule, et donc le meilleur » p. 100

L’âme de ce cochon va ensuite nous faire part d’à peu près tout ce qui lui passe par la tête, ses sentiments – bizarrement non-violents – pour les bouchers, son destin – Enfer ou Paradis, bien qu’elle penche plus pour la descente en Enfer – avant de quitter la Terre, de s’envoler.


 «Pivoines et myosotis»

Un homme, une femme, une salle d’embarquement. Ils se connaissent depuis quelques heures et trois cafés. Des inconnus qui s’inventent des souvenirs communs, des bonbons déposés dans une boîte aux lettres, une nuit terrifiante dans un monastère, un emménagement, une jambe cassée. Puis un vieillard, on devine qu’il s’agit du même homme, cinquante ans plus tard, toujours à l’aéroport, hésitant à retourner chez lui, auprès de sa femme.
 

 « Le troisième »

Elle se sent observée. Un oeil qui ne la quitte pas, qui l’observe sans arrêt. Durant des jours, des semaines, elle n’ose pas en parler à P., son mari, qui se moquerait d’elle. Elle voit cette chose plus comme un oeil que comme un homme, blanc et gluant. Puis au milieu de la nuit, elle se rend compte qu’il est entré en elle. P. ne comprend pas, elle oui. Bientôt, ils seront trois.


 « L’alphabet des femmes »

Quand Wilhelm retrouve Vilhelm, l’amant des lettres. On ne le sait pas encore, mais les lettres – de l’alphabet – sont les éléments centraux de la nouvelle, en plus des femmes. Ce sont ces passions qui vont réunir les deux hommes, forçant « Double V » à prendre contact avec « Simple V », l’écrivain, pour lui faire écrire son histoire. Tout commence avec des biscuits en forme de lettres, confectionnés par la mère de « Double V ». Puis, avec son premier amour, Anna, démarre une étrange quête, le projet de sa vie. Ce qu’il veut, c’est l’alphabet tout entier. Il enchaîne les femmes, au gré de l’alphabet, avec différentes caractéristiques : la femme « B », par exemple, attendait un bébé.

 « Choisir une lettre, c’est perdre toutes les autres. Je voulais tout, l’alphabet tout entier »p. 25.

Il lui manque seulement deux lettres pour terminer son alphabet. « V » et « W ». On s’attend donc à ce que cela ait un lien avec « V », son ami écrivain. Seulement, non, ce que va lui demander « W », c’est que « V » finisse son histoire avec sa femme, Wilhelmina, la seule de la ville qui ne soit pas la fille de « W ».

Nous avons choisi ces nouvelles parce qu’elles sont révélatrices de la fantaisie que l’on peut trouver dans les nouvelles bulgares, les situations sont toujours surprenantes et les fins inattendues.



De grandes mutations ont bouleversé la création littéraire bulgare.  Cela a permis de passer d’une littérature contrôlée, repliée sur elle-même et sur le national à une littérature dynamique. Le récit court, même s’il est très peu traduit, a une place importante dans la littérature. Le contenu de ces récits est très attaché à la tradition alors que les auteurs utilisent beaucoup l’humour et l’ironie pour s’en défaire. Comme l’a souligné Marie Vrinat-Nikolov, la difficulté pour traduire cette littérature réside dans sa singularité. Elle est unique et la langue française peut difficilement en donner un équivalent.


Chloé et Margot, 1ère année édition-librairie

 

 


Repost 0
Published by Chloé et Margot - dans Nouvelle
commenter cet article
21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 07:00

Joel-Egloff-Libellules.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Joël EGLOFF
Libellules
éditions Buchet-Chastel, août 2012














Les libellules et leur auteur

Joël Egloff est un auteur français, né en Moselle en 1970. Après des études de cinéma et une expérience de de scénariste, il se lance dans l'écriture de romans. Il conserve de sa formation une goût particulier des détails, une narration suffisamment riche pour laisser le lecteur se croire dans une scène, tout en ne révélant que très peu de choses. Il est l'auteur de cinq romans, ainsi que d'un recueil de nouvelles, Libellules, élu grand prix SGDL (prix de la Société des gens de lettres) de la nouvelle en 2012. Ce recueil, d'un surprenant ton décalé et dans lequel on sent une implication toute particulière de l'auteur, regroupe vingt-cinq nouvelles faisant entre une vingtaine de lignes et cinq ou six pages.



Légèreté d'un « livre-mosaïque »

Définir Libellules se révèle un exercice compliqué. Recueil de courts textes, promenade à travers la vie de personnages atypiques mais parfois récurrents, cette œuvre n'est ni un roman, ni un véritable recueil de nouvelles : on y suit un narrateur unique, un auteur en quête d'inspiration, qui raconte tantôt des souvenirs de sa propre enfance, tantôt des aventures de son quotidien ou de celui des gens qui l'entourent. Ce narrateur, dont on peut se demander s’il n'est pas directement inspiré de l'auteur lui-même et de ses propres difficultés à exercer ce métier, est pour ainsi dire le véritable fil d'Ariane de l’œuvre. Il assemble, rassemble, donne au texte une unité tout en éclairant chaque parcelle de manière différente. Selon les propos de Joël Egloff lui-même, on peut voir Libellules comme un « livre-mosaïque », où chaque nouvelle vient se poser, délicatement, à la manière d'une libellule, sur un support vierge et léger. Légèreté : voilà l'image que suggère le titre. Comme ce choix l'indique, les textes de ce recueil évoquent cet insecte volant et libre, effleurant la surface de l'eau pour s'y poser à peine et puis repartir aussitôt. Des textes courts, trop souvent pour s'y plonger vraiment. Comme une libellule, on y pose une patte et aussitôt, on en repart pour voler vers un autre texte.

Dans ce recueil les textes semblent donc éphémères, presque anecdotiques, destinés à être aussi vite oubliés que lus. Pourtant ils restent. Grâce aux personnages de Joël Egloff et à sa plume qui toujours avec légèreté traite parfois de gravité, qui survole de nombreux sujets de la vie .



Un mélange d'expérience et d'humour

Le secret de Libellules, c'est d'apporter un véritable regard de dérision sur des tracas quotidiens. Egloff dit, à propos des histoires de cet ouvrage :

 

«  J'ai voulu qu'au départ de chaque texte, il y ait un moment de réalité. Un peu comme si j'avais été un peintre ou un photographe et que je partais d'un cliché, d'un moment, d'une situation, d'un lieu […] L'imaginaire venant seulement dans un second temps. »

 

La contrainte était donc celle là : comment exprimer le réel, la vie de tous les jours qui, n'étant pas forcément la vie de tout le monde, paraît pourtant souvent banale aux yeux des lecteurs ? Joël Egloff semble avoir trouvé la solution dans un style propre à toutes ses œuvres : l'art de la dérision, voire ici, avec le narrateur-auteur, de l’auto-dérision. Le texte est la plupart du temps écrit à la première personne du singulier, quelquefois à la première personne du pluriel lorsque le narrateur est en présence de son fils. La narration quant à elle alterne des évocations de scènes présentes et passées, résultant d'observations d'autres personnes où de l'observation propre du narrateur dans sa vie d'auteur qui rencontre de nombreuses difficultés.

Une nouvelle, brillante par son humour décalé et sarcastique, démarre précisément sur ce sentiment d'impuissance face au manque d'inspiration que peut rencontrer un auteur, ainsi que sur sa lassitude de devoir parfois forcer les lignes à apparaître : elle s'intitule « Kate. » Cette nouvelle raconte comment le narrateur voit au détour d'une lecture une petite annonce pour un poste de plombier en Antarctique. Las d'essayer d'écrire sans y parvenir, il s'imagine alors répondre à l'annonce et tout quitter pour partir sur la banquise s'occuper du chauffage et de la plomberie d'une base scientifique. Là-bas, il rencontrerait Kate, une jeune et jolie spécialiste du réchauffement climatique. Il se lierait avec elle et lorsqu'un jour le chauffage lâcherait, il voudrait se battre pour elle et le réparer, en vain. Avec beaucoup d'humour, le narrateur raconte donc ses rêveries quotidiennes, dont voici la clôture dans les dernières lignes de la nouvelle :

 

 «  Mais à quoi bon leur écrire que j'ai toujours rêvé de faire de la plomberie, et que je regrette, maintenant, sincèrement, de ne pas avoir appris le métier, que je m'en mords les doigts, et que je préférerais mille fois être plombier en Antarctique plutôt que de rester assis là, toute la sainte journée dans mes pantoufles à essayer de faire des phrases. À quoi bon ? Peine perdue, me suis-je dit. Adieu, Kate. Adieu les manchots. » (p. 45-46).

 

D'autres textes sont quant à eux plus strictement observateurs, racontent avec un ton plus détaché des histoires de vie, des petites tranches d'existence dont l'auteur fait parfois partie, parfois pas, comme la nouvelle « Seul au monde », nouvelle très rapide où en quelques lignes, le narrateur décrit un homme qui, assis à la terrasse d'un café, évoque ses amis morts, tandis que le narrateur passe devant lui, comme un coup de vent sur la page d'un livre, vers une autre page, une autre histoire.



L’absurde omniprésent

Dans la majorité des textes du recueil, l'humour employé par l'auteur se fond vite dans une absurdité travaillée. L'absurde est partout, dans les situations, les personnages. L'absurde, dans Libellules, se traduit d'abord par une figure récurrente, qui est celle de l'enfant, le fils du narrateur très vraisemblablement. Cet enfant, qui n'est pas nommé, doit avoir dix ou onze ans, un âge de remises en question et d'interrogations poussées sur le monde. À travers ses questions incessantes à propos de la mort, de la durabilité de la vie, de l'humanité, de la race humaine et ses questions sur la spiritualité, cet enfant reflète toutes les interrogations absurdes et angoissantes de l'homme. Obsédé par l'idée de mourir un jour, il est le symbole de l'absurdité de l'existence face à une mort inévitable, souvent évincée des pensées mais omniprésente, notamment dans la nouvelle « Tout dépend de la girafe » dans laquelle l'enfant voit, alors qu'il est en voiture avec son père, une famille de renards, et qu'il apprend que les renards sont destiné à vivre moins d'une dizaine d'années. Il se met alors à questionner son père sur la longévité, celle de l'homme, celle de tous les animaux qu'il connaît. La nouvelle termine sur cette phrase, qui donnera le titre : « Tout dépend, bien sûr, de la girafe » (p.149).

Mais la présence de l'absurde ne s'arrête pas là. Dans l'écriture même de l'auteur, il y a un côté incompréhensible : certains de ses textes font rire, sourire, par leurs situations grotesques, leurs personnages décalés, ou souvent par l'énergie absurde et obsessionnelle que place le narrateur dans de petites choses sans importance, comme dans « La Lettre », où il va s'employer plusieurs jours de suite, avec une minutie précisément décrite, à trouver un moyen de récupérer le courrier tombé dans une fente au fond de sa boîte aux lettres, ou encore dans « Problème de sablier », où la découverte d'un sablier dont le temps d'écoulement n'est jamais le même va le plonger dans une frénésie risible.

C'est donc sur ce procédé même d'une écriture absurde, où les situations débutent de façon réaliste, puis divaguent parfois vers l'imaginaire, celui-là même du narrateur-auteur qui imagine des situations qu'il pourrait, peut-être, transcrire que Joël Egloff fonde son recueil et son écriture. L'ensemble de ces textes, liés et pourtant si différents les uns des autres, a apporté à la dernière rentrée littéraire (parution le 30 août 2012) une brise de fraîcheur, toute en lumière douce, en regard tendre et amusé sur un quotidien parfois triste ou gris, en humour subtil sur des situations très simples ou très déjantées. On s'y retrouve un peu, mais on préfère ne pas trop s'y voir, car on a peur de paraître parfois aussi absurde que toutes les petites libellules de cette belle œuvre : on préfère rester au bord de la berge, à observer d'un œil attendri ces histoires, « le temps d'un battement d'aile de libellule » (p.186).


Louise P., 1ère année bib.-méd.

 

 

 

 

Repost 0
Published by Louise - dans Nouvelle
commenter cet article
11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 07:00

Murakami-Haruki-saules-aveugles-femme-endormie.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki
村上 春樹
Saules aveugles, femme endormie
めくらやなぎと、眠る女
Mekurayanagi to, nemuru onna
Traduction d’Hélène Morita
Belfond, 2008
10/18, 2010






 

 

 

 

Biographie

Haruki Murakami est un écrivain, essayiste et traducteur. Il est né à Kyōto au Japon, le 12 janvier 1949 mais a grandi dans la ville d’Ashiya. Il est le fils d’enseignants. En 1968, il déménage à Tōkyō pour y étudier le théâtre à l'Université Waseda. Puis il dirige un club de jazz jusqu’en 1981 où il décide de devenir écrivain professionnel. Il  voyage en Grèce, puis en Italie, et s’expatrie aux États-Unis avant d'enseigner à l’université de Princeton durant quatre ans. Dans les années 70, Haruki Murakami commence à écrire. Son premier livre, non traduit, Écoute le chant du vent, en 1979, lui vaut le prix Gunzo.

C’est aussi le traducteur japonais de grands auteurs américains comme Scott Fitzgerald ou Raymond Carver. C’est aujourd’hui un auteur très célèbre au Japon et son œuvre est traduite dans plus de trente pays. Il publie les livres  Chroniques de l'oiseau à ressort en 2001 et Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil en 2002. Après le séisme de Kōbe et l'attentat au gaz sarin dans le métro de Tōkyō en 1995, il revient s'installer au Japon et s’inspire de ces deux événements pour écrire Après le tremblement de terre, puis Les Amants du Spoutnik en 2003 (il revient sur l’attentat de Tokyo dans son dernier livre, Underground, paru en France en février 2013). Le roman Kafka sur le rivage, sorti en 2006, l'inscrit définitivement parmi les grands de la littérature internationale. Il a été plusieurs fois présenté comme un possible prix Nobel de littérature et a reçu le prestigieux prix Yomiuri et le prix Kafka en 2006. Il a publié récemment une trilogie,  1Q84, parue aux éditions Belfond en 2012.



Rêve et la réalité dans le recueil Saules aveugles, femme endormie.

Qand nous lisons ce recueil, nous nous sentons sans cesse prisonnier de l’univers de Murakami, entre éveil et rêve. L’aisance narrative de l’auteur et son sens du détail nous font complètement oublier le monde où nous vivons pour mieux nous entraîner dans celui de chaque nouvelle. Haruki Murakami a des idées à ne plus savoir qu’en faire, aussi absurdes les unes que les autres : des chats dévoreurs de chair humaine, un homme à l’aspect glacial, un singe qui vole des prénoms, une pierre en forme de rein qui se déplace toute seule...



La structure du recueil

Le recueil semble n’obéir à aucune logique. Nous passons d’une histoire à une autre sans qu’aucun lien entre elles apparaisse. Ces nouvelles ont été écrites sur plusieurs années. Elles ne sont classées ni par thème, ni par ordre chronologique.
 


Les thèmes récurrents de la faune et de la flore

Dans tous ces récits nous retrouvons cependant le thème de la vie quotidienne, qui permet au lecteur de s’identifier plus facilement aux personnages, ainsi que celui de. la nature vivante ou végétale (un saule) et minérale (une pierre noire en forme de rein qui se déplace toute seule, ou encore la glace). En outre, les animaux dans ce recueil sont omniprésents : chats, corbeaux, lucioles, un grèbe, des kangourous, des crabes ou encore des singes. Parfois, nous retrouvons aussi d’autres thèmes comme l’adultère, la mort, le suicide…



Registres

Chacune des 23 nouvelles de ce recueil nous plonge dans une atmosphère particulière, parfois absurde, souvent réaliste, toujours poétique. Elles sont construites de manière à nous troubler, nous donner des frissons, nous faire sourire, ou au contraire susciter en nous le dégoût ou la tristesse. Elles relèvent tour à tour du réalisme, du fantastique, de l’humour ou évoquent la détresse. Le surnaturel prédomine dans ces nouvelles. Il provoque la peur, l’inquiétude du lecteur, comme dans « Les chats mangeurs de chair humaine », qui se déroule pendant une nuit de pleine lune, dans le silence.



Les lieux propices au voyage

Dans ce recueil, nous découvrons des lieux comme la Grèce ou l’Italie ou encore les États-Unis. Ainsi, nous pouvons associer la nouvelle « L’année des spaghettis » à l’Italie alors que la nouvelle « Les chats mangeurs de chair humaine » se passe en Grèce, ce qui rappelle les pays où Murakami Haruki a voyagé et vécu. Quant aux États-Unis, nous trouvons régulièrement des allusions à la culture de ce pays occidental tout au long du recueil.



« Où le trouverai-je ? » : une nouvelle passionnante, pleine de suspens.

Les personnages :

 

– Le beau-père : il meurt mystérieusement tué par un tramway

– La belle-mère : elle fait des crises de panique et d’angoisse, et habite deux étages au-dessus de son fils, dans le même immeuble.

-Le mari : il a disparu bizarrement sans aucun papier sur lui, ce qui fait penser à une disparition non préméditée. Il disparaît après être allé rassurer sa mère.

-La femme : inquiète, elle attend longtemps avant d’appeler la police puis demande à un inconnu de mener l’enquête.

-L’inconnu : c’est lui qui va tenter d’élucider le mystère de la disparition du mari. Il va découvrir pendant plusieurs jours différentes personnes habitant dans l’immeuble, qu’il va interroger. L’histoire est racontée de son point de vue.

 

Nous pouvons observer l’absence de nom pour désigner les personnages, procédé usuel dans un certain nombre de romans de Murakami, ce qui peut déstabiliser le lecteur. Les personnages sont désignés selon leur statut dans l’histoire.

 

 

 

L’histoire

Une jeune femme demande l’aide d’un homme pour rechercher son mari disparu depuis la veille.

Nous retrouvons le sens de la description et du détail qui rappelle une enquête policière :

 

« Des chinos et une chemisette à col polo. Sa chemisette était gris foncé. Son pantalon crème. [...] Mon époux est myope et il porte toujours des lunettes. À monture en métal de chez Armani. Ses chaussures sont des New Balances, grises. Il n’avait pas de chaussettes.»

 

Nous trouvons d’autres exemples de cette précison au début de la nouvelle lorsque la femme énumère le poids, la taille (il mesure « un mètre soixante-treize et pèse que soixante deux kilos »), les vêtements de son mari ou encore la date (« C’était la nuit du 1er octobre, il y a trois ans, il pleuvait à verse »).

Cette nouvelle m’a beaucoup plu par son genre policier et sa fin inattendue.


Mélanie, 1ère année bibliothèques-médiathèques

 

 

MURAKAMI Haruki sur LITTEXPRESS


Murakami Haruki Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

 

 

 

Article de C.M. sur Autoportrait de l'auteur en coureur de fond

 

 

 

 

 


 Image 3-copie-1

 

 

 

 

Articles de Mélanie et Pierre-Yann sur Sommeil.

 

 

 

 

 

chroniques-loiseau-ressort-haruki-murakami-L-1

 

 

 Article d'E.M. sur Chroniques de l'oiseau à ressort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

murakami-haruki-saules-aveugles.gif

 

 

 

Saules aveugles, femme endormie, article de Claire.

 

 

 

 

.

.

.



Les amants du spoutnik
,
 articles de  Julie et de Pauline.






L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d' Anaïs,  Anne-Sophie, Julia et Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.

 

 

 

 

 

Murakami Haruki Danse-danse-danse

 

 

Articles de Chloé et de Maureen sur Danse, danse, danse.

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki 1Q84Murakami Haruki Kafka sur le rivage

 

 

Article de Charlotte sur Kafka sur le rivage et 1Q84

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Mélanie - dans Nouvelle
commenter cet article
9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 07:00

Seoul-vite-vite.gif





 

 

 

 

 

Séoul, vite, vite !
Anthologie de nouvelles coréennes contemporaines
traduites par Kim Jeong-yeon
et Suzanne Salinas
Philippe Picquier, 2012



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le recueil de nouvelles Séoul, vite, vite ! a été publié en 2012 aux Éditions Philippe Picquier. La maison d'édition, créée en 1986, est spécialisée dans les livres d'Extrême-Orient. Au début, elle ne publiait que des ouvrages venant de Chine, Japon et Inde, mais avec le temps et l'expérience elle s'est ouverte à d’autres pays comme le Vietnam ou la Corée. La politique de la maison est que « l'Asie est suffisamment vaste pour qu'on ne s'occupe que d'elle.» Elle ne publie pas seulement les romans des grands écrivains de ces pays mais aussi des livres d'art, des livres jeunesse, des essais, des mangas, des contes et légendes d'Asie. Elle a pour ambition de faire découvrir toutes ces cultures qu'on connaît peu.



L'optique du recueil

Le recueil regroupe huit nouvelles d'auteurs coréens contemporains nés entre 1963 et 1980 . Tous sont très connus en Corée car ils ont obtenu des prix littéraires pour leurs œuvres. La littérature coréenne et le style de sa nouvelle génération d'auteurs sont marqués par un fort changement de mentalité qui a eu lieu dans les années 1990. En effet, la décennie précédente a été marquée par le post-colonialisme, la guerre, la dictature. Suite à la croissance économique, la Corée a connu la démocratie, la consommation, l'information, tout cela favorisant l'individualisme. Ce sont ces événements qui ont inspiré une nouvelle vision du monde. C'est un moment où la société s'est transformée et qui, par conséquent, a entraîné la disparition de la société précédente, laissant derrière elle des fantômes. C'est ce que le titre Séoul, vite, vite ! tente de refléter : une ville-tourbillon détruisant tout sur son passage et entraînant des changements, symboles de réussite ou de désorganisation. Face à ces changements, un sentiment nouveau s'impose aux Coréens, la peur de la perte des anciens repères. Cette angoisse est suivie de moult questions même si l'unique finalité est l'acceptation de cette réalité. On retrouve donc tout au long de l'oeuvre cette peur, ce questionnement et le mélange entre imagination, passé et présent.



Présentation des différentes nouvelles

« Cours, papa ! », Kim Ae-ran. Cette nouvelle relate l'histoire d'une jeune fille réduite à imaginer le père qu'elle n'a jamais connu. Dans un quartier pauvre de la capitale, son père avait accueilli dans son logement sa mère qui venait de quitter le domicile familial. Après plusieurs jours, elle finit par céder à son compagnon à la condition qu'il se procure sur le champ un moyen de contraception. C'est toujours en fuite que l'imagine plus tard sa propre fille abandonnée, la course pour trouver un contraceptif puis pour échapper à la grossesse. L'auteur mêle ton dérisoire et humour noir pour épargner toute souffrance à son personnage. Elle adopte le point de vue narratif d'une enfant et d'une génération qui a donné naissance à une autre sans être capable de se prendre elle-même en charge. La venue d'enfants confère le statut d'adulte et l'entrée dans la société alors même que ces individus ne sont pas prêts. L'auteur met en avant tous les Coréens nés à la fin du XXe siècle et qui sont en train de se chercher.


La seconde nouvelle, « Le déménagement », de Kim Young-ha raconte les événements survenus le jour du déménagement d'un jeune couple et notamment toutes les mésaventures qui s'ensuivent. Le déménagement repose en principe sur des relations contractuelles rationnelles mais ici donne lieu à des actes violents, des menaces inquiétantes et à des comportements irrationnels. Cette nouvelle est l'idée pessimiste que les sociétés d'aujourd'hui sont incapables de surmonter les catastrophes naturelles imprévues. L'homme est réduit au statut de spectateur passif.


« Quand viendra l'heure ? » de Shin Kyung-sook relate la rencontre de deux personnes qui se retrouvent au bord d'un ruisseau où remontent les saumons, là où ont été dispersées les cendres d'une ancienne comédienne de théâtre qui s'était suicidée. Nous sommes face à trois récits différents, l'action réelle, les pensées de la narratrice – soeur de la défunte – et la lecture d'un journal intime qui décrit les dernières pensées de la comédienne. On se retrouve face à des individus solitaires broyés par la société. Une multitude d'interrogations s'impose à nous, celle des deux individus sur leurs erreurs, leurs responsabilités, qui tentent de trouver une réponse face à la perte d'un être cher.


Dans « Au grand magasin Sampung » de Jeong Yi-hyun, les désastres sont le produit d'une croissance trop rapide et qui a laissé des failles derrière elle. Une jeune femme se rend au magasin de Sampung lorsque se produit, en 1995, l'effondrement de ce magasin. Cette femme est représentative de la société de consommation puisqu'elle pense que la valeur de l'être se mesure à ses biens. L'auteur critique les désirs de l'homme contemporain. Elle montre également que les ravages sont graves mais leur issue est encore plus désastreuse puisque les individus reprennent leur vie sans s'en soucier.


« Une bibliothèque d'instruments » de Kim Jung-hyuk démarre sur une phrase : il ne serait pas juste de mourir sans avoir rien été. C'est la révélation d'un homme qui a un accident de la route. Il décide alors de tout quitter pour faire quelque chose de sa vie. C'est par la musique qu'il va se chercher. Il se découvre une vie en s'isolant de la société. L'auteur met en avant une nouvelle philosophie, celle de se construire soi-même et pour ne pas s'exposer aux souffrances, de ne faire subir aucune contrainte à l'autre. Cependant, cette philosophie est uniquement applicable hors de la société, seul l'art nous permet de créer nos propres règles.


« J'ai acheté des ballons », Jo Kyung-ran. Dans la nouvelle, la narratrice âgée de 37 ans semble vivre une vie par procuration où la philosophie de Nietzsche est une boîte à réponses à toutes les questions qu’elle peut se poser. Du moins, jusqu’à sa rencontre avec J. pour qui la philosophie de Nietzsche semble faire défaut. L'auteur montre que le plus important c'est d'être en vie et qu'il faut se battre pour rester en vie. La nouvelle génération de Coréens est perdue dans la quête d'une identité sociale. Le style de Jo Kyung-ran est très philosophique et élégant, la lecture reste cependant fluide et poétique.


La nouvelle « La forêt de l'existence » de Jeon Seong-tae est la plus représentative de cette peur de la disparition. C'est l'histoire d'un humoriste raté qui s'en va vivre dans un village perdu au fond d'une vallée pour y glaner les histoires entendues et les contes de vieilles femmes. Ce retour au sources nous laisse perplexe car la frontière entre imaginaire et réalité semble imperceptible. L'auteur nous perd dans un monde qui a existé et, qui existe encore si on désire l'écouter comme on écoute le bruit du vent.


« Une autobiographie féminine » de Kim In-sook décrit l'isolement auquel se condamne la rédactrice de l'autobiographie d'un brillant homme d'affaires. Nous sommes de nouveau face à des questionnements. Le travail de nègre nous apparaît dans tout son ampleur et avec toutes ses ambiguïtés, comme être objectif et en même temps mettre en valeur la personnalité, ou encore s'affirmer dans un style d'écriture propre tout en sachant qu'il faut s'adapter à la façon de s'exprimer de la personnalité pour qui on travaille. Cependant, l'auteur montre que cette écriture est aussi un moyen de se protéger du monde extérieur, puisque l'auteur ne sera jamais reconnu comme tel. Kim In-sook évoque les vies écrasées par la société ; l'individu cherche donc tous les moyens possibles pour s'en protéger, et montre que s'affirmer en tant qu'individu relève d'un combat acharné.


Chloé, 1ère année édition-librairie 2012-2013

 

 

 


Repost 0
Published by Chloé - dans Nouvelle
commenter cet article
3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 07:00

Cortazar-Octaedre.gif



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Julio CORTÁZAR
Octaèdre (1974)

Octaedro

Traduction
de Laure Guille-Bataillon (1976)
Gallimard
L’Imaginaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Julio Florencio Cortázar Descotte (1914-1984) est un écrivain de nationalité argentine, auteur de romans et de nouvelles, établi en France en 1951 – suite à ses prises de posItion contre le gouvernement de Perón – où il a travaillé pour l’UNESCO en tant que traducteur. Il traduisit en espagnol Defoe, Yourcenar, Poe. Influencée par le surréalisme français et les œuvres d’Alfred Jarry et de Lautréamont, son œuvre se caractérise notamment par la nature contrainte de  ses romans, l’expérimentation formelle (qui lui valut une invitation des membres de l’Oulipo à se joindre à eux : il déclina l’offre, objectant qu’ils n’étaient pas un groupe engagé politiquement) et la grande proportion de nouvelles gravitant principalement autour des genres fantastique et surréaliste, comme nous pourrons le voir dans Octaèdre.

Une grande partie de son œuvre, écrite intégralement en langue espagnole, a été traduite en français par Laure Guille-Bataillon, souvent en collaboration étroite avec l’auteur : ce fut le cas d’Octaedro (Octaèdre), qui fut traduit en 1976 et en 1993.

Ce recueil intitulé Octaèdre, terme désignant un polyèdre à huit faces, comporte huit nouvelles qui, telles les huit faces de ce prisme, captent et réfractent la réalité quotidienne, lui attribuant des dimensions et un volume singuliers, aux aspects fantastiques

à travers

  • « Liliana pleurant », où un homme attend sa mort programmée à lundi ou peut-être mardi, et s’imagine son enterrement (son épouse Liliana cessera-t-elle de pleurer ?) ;
  • « Les pas dans les traces », où le sombre essayiste Fraga se lance dans une biographie presque malsaine de son mentor et double, le poète Claudio Romero, sur fond de préoccupations égocentriques teintées de bribes d’humour et de réflexions sur un monde littéraire fort élitiste ;
  • « Manuscrit trouvé dans une poche », où un infortuné un peu fou mais non moins obstiné s’entête à trouver l’amour en jouant à la roulette russe : jeu étrange de hasard consistant à suivre la femme dont le reflet dans la vitre lui adressera un sourire, si et seulement si cette dernière descend à la station qu’il aura préalablement désignée pour ce faire : nous voilà plongés dans la folie du narrateur ; va-t-il pouvoir suivre Margrit, ou Ana, son reflet ?
  • « Été », où dans la nuit un cheval blanc rôde autour d’une maison de campagne, passant et repassant derrière la baie vitrée, effrayant Mariano et Zulma.  Veut-il vraiment entrer ? Que va-t-il advenir ?
  • « Là, mais où, comment ? », poignant monologue sur le rapport à un Paco mort, mais pas si mort que ça, où l’on doute et finit par se plonger dans les délires métaphysiques du narrateur ;
  • « Lieu nommé Kindberg », où la mignonne Lina ensorcelle par sa jeunesse et sa fraîcheur le vieux Marcelo dans une chambre d’hôtel luxueuse au fin fond des montagnes – récit vif et haletant au style presque libre – ces deux-là vont-ils unir leurs destins ?
  • « Les phases de Severo », vieillard en transe, observé par  sa famille réunie, – étrange séance de spiritisme au demeurant naturelle pour l’assistance – où il distribue à chacun des indices sur leur mort à venir : vont-ils mourir bientôt ? Dans quel ordre ?
  • « Cou de petit chat noir », où deux paires de gants jouent sur la barre de la rame de métro, celles de Dina et Lucho, ballet étrange de mains presque autonomes ;


Julio Cortázar nous entraîne dans un univers en tension, baigné de mort et de mystère, et néanmoins ponctué de notes humoristiques et optimistes.

Dans ce recueil varié se manifeste une réalité détournée par le prisme du fantastique, toujours à travers des scènes de la vie quotidienne, une référence permanente au reflet et au miroir, et nombre d’éléments surnaturels (clairement acceptés par les personnages) faisant irruption dans ces univers clos.

Car en effet, un univers mystérieux et cloisonné empreint d’obscurité est relayé dans chacune des nouvelles : de la rame de métro à la chambre, lieu intime et singulier propice à l’interprétation et à l’imagination, Cortázar nous immerge dans son monde. C’est aussi le tableau dynamique de relations complexes entre les êtres ; unis et désunis, rassemblés ou séparés ; souvent voilées de mensonge, reflet déformé de leurs liens.

Enfin, dans chaque nouvelle réside l’idée de temps limité, où passé, présent et futur coagulent parfois. Cortázar nous dirige vers un espace-temps autre, centré sur l’imprévisible, le hasard et la coïncidence, en évoquant dans certains récits la figure de l’écrivain : entité qui crée la fiction, se fond dans les individus, imagine et donne une dimension propre aux mots et leur confère ainsi un volume singulier.

C’est aussi l’accent mis sur la variété formelle qui assure la profondeur et le volume d’Octaèdre : on y observe une alternance de points de vue très nette, d’une nouvelle à l’autre, un mélange de natures de récit (dialogues, narrations, monologues, etc.) donnant du relief au recueil, une ponctuation qui varie d’un récit à l’autre, tantôt calibrée tantôt absente, et ainsi une variété de styles et de chutes : entre rêve et réel, Cortázar expérimente des combinatoires narratives.


Raphaëlle Labarrière, 1ère année édition-librairie

 

 

Julio CORTAZAR sur LITTEXPRESS

 

Julio Cortazar Cronopes et fameux

 

 

 

 

 

 

 

Article de Simon sur Cronopes et fameux.

 

 

 

 

 

 

julio cortazar fin d'un jeu

 

 

 

 

 

Article de Kevin sur « Les Ménades » in Fin d'un jeu.

 

 

 

 

 

 

 

Julio Cortazar les armes secrètes

 

 

 

 

 

 Article d'Esteban sur Les Armes secrètes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Raphaëlle - dans Nouvelle
commenter cet article
1 mars 2013 5 01 /03 /mars /2013 07:00

Gospodinov.jpg





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Guéorgui GOSPODINOV
L’alphabet des femmes
traduction
Marie Vrinat-Nikolov
Arléa, 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce recueil de nouvelles a été publié aux éditions Arléa, mais n’est malheureusement plus édité. Arléa publie des grands classiques de l'Antiquité, qu'il s'agisse de textes grecs, latins, hébreux ou arabes, des premiers romans, des traductions contemporaines, des récits de voyage ou encore des contes de Noël.

Guéorgui Gospodinov est un auteur bulgare né en 1968. C’est un des auteurs les plus populaires de la jeune génération d’écrivains bulgares. Il a reçu plusieurs prix nationaux.

 « La critique élogieuse en a fait "l’enfant terrible" de la littérature bulgare, entre Borges et Woody Allen » M. Vrinat, préface, p. 7.

Ce recueil, comme beaucoup d’autres oeuvres bulgares, a été traduit par Marie Vrinat-Nikolov. Cette Française passionnée par la langue bulgare en a fait son métier. Elle ne se contente pas de traduire, elle retranscrit le style propre de chaque auteur, ce qui nous permet, à nous Français, de pouvoir goûter aux différentes écritures des Bulgares.


Ce recueil compte 22 nouvelles, entre anecdotes, tranches de vie et histoires à la frontière du fantastique. L’auteur joue aussi bien avec les mots qu’avec le lecteur. Une fin inattendue, un personnage incongru, une rencontre insolite, plus rien ne peut nous surprendre chez Guéorgui Gospodinov. La traduction laisse parfaitement transparaître le jeu d’écriture de l’auteur, sa mélodie, ses saveurs, ses couleurs. Les points de vue varient entre les nouvelles ; parfois on connaît le nom du personnage principal, parfois il reste un sombre inconnu.
 
Les nouvelles qui m’ont le plus marquée sont « Les états d’âme d’un cochon le jour de Noël », « Pivoines et myosotis », « Le troisième » et « L’alphabet des femmes ».



 « Les états d’âme d’un cochon le jour de Noël »

 Dans cette nouvelle, le personnage principal est un cochon, ou du moins son âme. En effet, c’est encore une tradition dans les campagnes bulgares que de tuer un cochon pour Noël. Perchée sur un arbre, cette âme de cochon observe son corps couvert de sang alors que les bouchers s'apprêtent à faire cuire ses oreilles dans la cendre. « C’est le premier amuse-gueule, et donc le meilleur », p. 100.

Elle va ensuite nous faire part d’à peu près tout ce qui lui passe par la tête, ses sentiments – bizarrement non-violents – pour les bouchers, son destin – Enfer ou Paradis, bien qu’elle penche plus pour la descente en Enfer – avant de quitter la Terre, de s’envoler.



« Pivoines et myosotis »

Un homme, une femme, une salle d’embarquement. Ils se connaissent depuis quelques heures et trois cafés. Des inconnus qui s’inventent des souvenirs communs, des bonbons déposés dans une boîte aux lettres, une nuit terrifiante dans un monastère, un emménagement, une jambe cassée. Puis un vieillard, on devine qu’il s’agit du même homme, 50 ans plus tard, toujours à l’aéroport, hésitant à retourner chez lui, auprès de sa femme.
 
Cette nouvelle, je l’ai lue à deux reprises. Chaque fois, elle m’a laissée avec un sentiment d’incompréhension. Les souvenirs partagés entre les deux étrangers sont-ils vraiment inventés ? Ou sont-ils les souvenirs réels de ce vieillard ? À la fin, il nous parle d’une femme à l’inaccessible jeunesse. Est-ce la femme de l’aéroport ? Ou une autre femme à laquelle il se serait marié, en dépit des souvenirs immortels de la femme de l’aéroport ?



 « Le troisième »

Elle se sent observée. Un œil qui ne la quitte pas, qui l’observe sans arrêt. Durant des jours, des semaines, elle n’ose pas en parler à P., son mari, qui se moquerait d’elle. Elle voit cette chose plus comme un œil que comme un homme, blanc et gluant. Puis au milieu de la nuit, elle se rend compte qu’il est entré en elle. P. ne comprend pas, elle oui. Bientôt, ils seront trois.



 « L’alphabet des femmes »

Quand Wilhelm retrouve Vilhelm, l’amant des lettres. On ne le sait pas encore, mais les lettres – de l’alphabet – sont les éléments centraux de la nouvelle, en plus des femmes. Ce sont ces passions qui vont réunir les deux hommes, forçant « Double V » à prendre contact avec « Simple V », l’écrivain, pour lui faire écrire son histoire.

Tout commence avec des biscuits en forme de lettres, confectionnés par la mère de « Double V ». Puis, avec son premier amour, Anna, démarre une étrange quête, le projet de sa vie. Ce qu’il veut, c’est l’alphabet tout entier. Il enchaîne les femmes, au gré de l’alphabet, avec différentes caractéristiques : la femme « B », par exemple, attendait un bébé. « Choisir une lettre, c’est perdre toutes les autres. Je voulais tout, l’alphabet tout entier ». « Double W », p. 25.

Il lui manque seulement deux lettres pour terminer son alphabet. « V » et « W ». On s’attend donc à ce que cela ait un lien avec « V », son ami écrivain. Seulement, non, ce que va lui demander « W », c’est qu’il finisse son histoire avec sa femme, Wilhelmina, la seule de la ville qui ne soit pas la fille de « W ».

Cette nouvelle est ma préférée. Elle est racontée avec beaucoup de légèreté, alors que l’histoire de « W » est pourtant bien sérieuse, tout comme sa demande finale. Par ailleurs, la fin de cette nouvelle est des plus inattendues, tout en étant très satisfaisante.

J’ai beaucoup aimé ce recueil dans son ensemble, même si certaines nouvelles arrivaient difficilement au niveau de certaines autres. Le ton léger de Gospodinov est très agréable, son écriture simple et efficace. La littérature bulgare, et plus particulièrement la nouvelle, est très peu connue en France, ce qui est assez dommage, car elle est très différente de ce que l’on peut trouver en général dans les librairies françaises. En effet, l’écriture de Gospodinov est pleine de jeux avec les mots écrits, mais aussi avec les non-dits qui peuvent être révélés en fin de nouvelle ou pas, ce qui laisse le lecteur intrigué et sur sa faim.


Margot, 1ère année édition-librairie

 

Repost 0
Published by Margot - dans Nouvelle
commenter cet article
19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 07:00

Tanizaki-Le-pont-flottant-des-songes.gif



 

 

 

TANIZAKI Junichirō

谷崎 潤一郎
Le pont flottant des songes
Titre original
夢の浮橋
Yume no ukihashi, 1959
traduction
Jean-Jacques Tschudin
Extrait de
Œuvres II, bibliothèque de la Pléiade,
Gallimard, 1998
Folio 2€, 2009


 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Tanizaki Junichirō naît à Tōkyō en 1886. Sa première nouvelle, « Le tatouage », publiée en 1910, fait scandale. En 1913, il rassemble toutes ses nouvelles dans Le diable, qui est censuré. S’inspirant des cultures chinoise et occidentale, il écrit des drames, des comédies ainsi que des scénarii pour le cinéma.  Après le tremblement de terre de 1923, Il s’installe dans le Kansai et commence à s’inspirer de la culture japonaise dans ses écrits. Il publie en 1924 son premier roman, Un amour insensé. En 1946 paraît Quatre sœurs, dont la parution sous forme de feuilleton avait été interdite en 1943 parce que jugée inconvenante en temps de guerre. Il publie ensuite des romans audacieux, tels que La Clé, ou Journal d’un vieux fou.

Il meurt en 1965. Son œuvre est considérée au Japon comme majeure dans la littérature du XXème siècle ; le prix Tanizaki est une des plus grandes récompenses de la littérature au Japon. 



Le pont flottant des songes

Résumé

Le pont flottant des songes est un roman publié en 1956. 

Le narrateur, Tadasu, écrit pour lui-même, sans avoir aucunement l’intention d’être lu. Son récit commence par l’histoire de son enfance. Il raconte la perte de sa mère, le deuil de son père, puis l’arrivée d’une nouvelle femme dans la vie de celui-ci. Cette nouvelle épouse prend entièrement la place de sa mère, car son père lui demande de porter le même nom, Chinu, de jouer comme elle du koto. Il demande à Tadasu de l’appeler Maman et de la traiter comme telle. Une grande complicité naît entre la nouvelle maman et l’enfant, alors âgé de huit ans, qui ne parvient plus à dissocier celle qui lui a donné la vie de sa remplaçante.

Tadasu grandit, devient jeune adulte, et sa mère tombe enceinte. Loin d’être jaloux, Tadasu attend son petit frère. Mais ses parents ne parlent jamais de l’enfant devant lui, et semblent lui cacher quelque chose. Takeshi naît mais quelques jours plus tard Tadasu ne le trouve pas en rentrant. Ses parents lui apprennent que le bébé a été placé dans une famille, suite à une décision mûrement réfléchie. Tadasu le cherche, mais n’ose pas le récupérer sans l’accord de ses parents.

Puis son père tombe malade. Sur son lit de mort, il demande à son fils d’épouser la femme qu’il lui a choisie, et de se dévouer entièrement à sa mère pour qu’elle puisse être heureuse sans lui. Il meurt, et le lecteur perçoit pendant la cérémonie funéraire des rumeurs qui courent sur les relations étranges entre Tadasu et sa mère. L’une d’elles dit même que le petit Takeshi serait l’enfant de Tadasu et non de son père.


Le temps passe, Tadasu continue ses études. Sa femme et lui ne s’entendent pas très bien. Il passe de longs moments à masser sa mère, et décrit cela comme son unique plaisir.

Puis, un jour, sa femme crie : alors qu’elle la massait, sa belle-mère a été piquée par une scolopendre. Souffrant d’une faiblesse du cœur, elle meurt quelques jours plus tard.

Le livre s’achève sur la description de ce que Tadasu vit au moment où il écrit : il évoque les soupçons qui l’ont conduit à se séparer de son épouse, et raconte qu’il a récupéré son frère pour l’élever et  vit avec lui.



La difficulté de se souvenir

Tadasu est incapable de différencier dans ses souvenirs ce qu’il a vécu avec sa vraie mère de ce qu’il a vécu avec sa belle-mère. Il confond tout à fait les deux, de telle sorte que chacune d’elles est totalement sa mère. Cette absence de différence entre les deux est d’autant plus forte que sa belle-mère s’emploie, à la demande de son père, à ressembler trait pour trait à la première femme de son époux :

 

« Mon père s’était employé à me faire effacer toute différence entre ma mère naturelle et ma mère adoptive en me faisant confondre leurs faits et gestes, et il est certain qu’il avait fait part de son plan à la nouvelle venue. » (p. 42).

 

 

 

La relation aux parents, entre gratitude et rancœur

 Chez Tanizaki Junichirō, la relation aux parents est d’une grande complexité. Tadasu est très dévoué à son père et sa belle-mère. Plusieurs fois au cours du récit, il remercie son père de lui avoir donné une « deuxième Maman ». Même lorsqu’il reproche à ses parents de l’avoir privé de son frère, il ne songe pas à le récupérer sans recevoir l’aval de ses parents.

Cependant cette dévotion se mêle de rancœur face à l’abandon de Takeshi que Tadasu ne parvient pas à comprendre.

Dans ces relations, le mensonge est très présent malgré tout l’amour que se portent les membres de cette famille. Ainsi les parents font adopter Takeshi sans en parler à Tadasu, et de plus le cachent beaucoup plus loin qu’ils ne veulent le dire. Le père cache également sa maladie à son fils. Et jamais ses parents ne lui parlent de la vie qu’a vécue la seconde Chinu ; ce secret laisse penser à Tadasu qu’il a été en quelque sorte manipulé par son père.



Le rapport à la mère : amour filial ou désir charnel ?

La femme semble à la fois très importante, mais aussi être sans consistance. Tadasu dit qu’elle a un caractère fort, et pourtant la femme est présentée comme interchangeable, puisque  devient la parfaite copie d’une autre femme :

 

« Tes deux mamans se fondront en une seule, et tu ne pourras plus les différencier. Ta maman s’appelait Chinu et ta nouvelle maman s’appellera aussi Chinu ! Et de plus elle fera tout comme l’aurait fait ta première maman, elle agira comme elle, elle te parlera comme elle ».

 

Et sa dévotion est d’autant plus flagrante qu’elle abandonne son fils naturel pour se consacrer absolument à l’enfant de la première épouse et s’occuper de lui en permanence.

La femme est également mystérieuse. En effet Tadasu ne sait rien de celle qu’a été sa mère avant son mariage et ne découvre que par sa nourrice qu’elle est une ancienne geisha et a déjà été mariée à un homme, qui l’a répudiée.
   
La relation entre Tadasu et sa mère est très ambiguë, et cette ambiguïté est  encouragée par le père. Dans leurs rapports physiques, leur relation est peu commune dès son arrivée. En effet elle lui offre de téter son sein, alors que, n’ayant jamais été enceinte, elle n’a pas de lait. Et lorsque naît Takeshi, alors que Tadasu est déjà adulte, elle lui offre de la téter à nouveau, ce qu’il accepte.

Avant de mourir, son père lui demande de le remplacer dans la vie de Chinu, comme elle a remplacé sa première mère, et il lui choisit une femme dont il sait qu’elle acceptera ce rapport étrange. Même plus vieux, il avoue que son seul et unique plaisir est de « pétrir le corps de Maman » (page 96).

Ces rapports semblent d’autant plus étranges au lecteur que Tadasu avoue ne pas tout dire dans son roman, et omettre des faits.



La mort omniprésente

Junichirō Tanizaki accorde aussi une grande importance à la mort et à la déchéance du corps dans ce livre. En effet le roman est court, et il est marqué par trois morts : celles de la mère naturelle, du père, et de la deuxième mère. Il détaille la lente agonie du père avec beaucoup de précision. Il ne laisse pourtant que peu de place à l’expression des sentiments que lui inspire la perte des être qu’il a aimés, comme si seule avait compté leur vie avec eux.



Junichirō  Tanizaki explore dans ce roman la complexité d’une relation étrange et ambiguë entre une mère et son enfant dans une langue belle et poétique. Il porte une attention particulière aux détails, décrivant longuement le décor idyllique de la narration. Les références à la littérature japonaise y sont nombreuses. La douceur du langage contraste avec l’étrangeté du propos, donnant à ce récit une atmosphère très particulière.

La quatrième de couverture proclame que ce roman est « un magnifique éloge de la maternité ». Mais il y a plus qu’une « simple » relation de mère à enfant dans ce texte. Les relations, à la lecture du texte, semblent très contrastées : certains lecteurs ont dit l’avoir trouvé beaucoup trop étrange et ambigu, d’autre louent sa complexité et la beauté de la langue.

 Je trouvé pour ma part ce livre aussi magnifique que troublant. La complexité des sentiments décrits, ainsi que l’importance du non-dit laissent songeur, et la beauté de l’écriture passionne.


Juliette, 1ère année édition-librairie

 

 

 

TANIZAKI Jun.ichiro sur LITTEXPRESS

 

  Tanizaki Un amour insensé01-copie-2

 

 

 

Article de Sasha sur Un amour insensé.

 

 

 

 

 

 

Tanizaki le chat son maitre et ses deux maitresses 

 

 

 

Articles de Justine et de Perrine sur Le Chat, son maître et ses deux maîtresses.

 

 

 

 

 

tanizaki01.jpg

 

 

 

 

 

 Article d'Hélène et de Lara sur Journal d'un vieux fou

 

 

 

 

 

 

TANIZAKI.jpeg.jpg

 

 

Article d'E.M. sur Éloge de l'ombre.

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Juliette - dans Nouvelle
commenter cet article

Recherche

Archives