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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 07:00

Andres Neuman Le Bonheur ou pas

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Andrés NEUMAN
Le bonheur, ou pas
 Cataplum, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur en quelques mots

Andrés Neuman est né en 1977 à Buenos Aires, en Argentine. Diplômé en littérature espagnole à l'université de Grenade, en Espagne, il y enseigna par la suite. Il collabore aujourd'hui au supplément culturel ABCD las artes y las letras du quotidien espagnol ABC, à la Revista Ñ du quotidien argentin Clarín et à El País. Considéré comme un des auteurs les plus importants de ces dernières années grâce à la diversité de son œuvre, il publie à l'âge de vingt-deux ans son premier roman, Bariloche (Anagrama, 2009) qui connut un franc succès et grâce auquel il fut finaliste du « Premio Herralde ». Ce n'est que le début d'une longue suite de romans et de multiples récompenses. En tant que poète, il publia notamment Simulacros (Cuadernos del Vigía, 1998) et La canción del antílope (Pre-Textos, 2003). Il maîtrise aussi le conte avec El que éspera (Anagrama, 2000), El último minuto (Espasa, 2001) et Alumbramiento (Páginas de Espuma, 2006). Également connu pour ses microfictions, telles que Le bonheur, ou pas (Cataplum, 2010), ouvrage que nous allons découvrir ici, Andrés Neuman est définitivement un écrivain de renommée internationale.


Pour en savoir plus sur sa biographie, sa bibliographie détaillée, critiques, entretiens et bien d'autres choses encore, suivez ce lien.



Le bonheur, ou pas ?

Les personnages issus de ce recueil composé de vingt-quatre nouvelles et deux « dodécalogues » vont-ils réussir à trouver le bonheur, ou pas ? Un titre intrigant, mais pas moins que les histoires contées à l'intérieur, toutes extraites de trois de ses contes : El que éspera (Anagrama, 2000), El último minuto (Espasa, 2001) et Alumbramiento (Páginas de Espuma, 2006). Andrés Neuman et sa traductrice ont réuni les microfictions que chacun préférait, et après avoir mélangé le tout, c'est un recueil plein d'humour et de subtilité à savourer en une bouchée ! Et quel régal ! Une phrase pour les petits appétits, ou quelques pages pour les gros gourmands, chacun y trouvera son compte.

L'auteur hispano-argentin développe des thèmes de la vie quotidienne tels que la jalousie, la paternité, l'adultère, la sexualité, le handicap, la solidarité ou encore la rupture amoureuse. Ce sont des situations dans lesquelles le lecteur peut facilement se reconnaître, établissant ainsi une certaine proximité avec l'écrivain. Il revisite également des mythes tels que Narcisse ou Sisyphe. Dans cette série de microfictions où frisson, rire et émotion sont au rendez-vous, il rend aussi hommage à quelques-uns de ses auteurs de prédilection tels que Jorge Luis Borges et Raymond Queneau. Il explore également divers aspects du monde littéraire comme l'édition, la traduction et les relations lecteur-auteur.


Décopuvrant d'abord une situation des plus banales, le lecteur va être surpris, en l'espace de quelques phrases seulement, par la suite de l'histoire, courte mais intense. Selon Andrés Neuman, qui maîtrise parfaitement le récit court, « humour et rigueur ne sont pas indissociables ». Il joue intelligemment avec une théorie littéraire différente, non pas celle de la lecture mais celle de l'écriture. Ainsi, quoique cela puisse sembler insolite, il est presque naturel de trouver à la suite de ces nouvelles deux « dodécalogues d'un nouvelliste ». L'auteur établit donc 24 conseils (12x2) sur les règles pour devenir un bon nouvelliste. Grâce à quelques mots percutants, il dévoile toutes ses cartes, le jardin secret de bon nombre d'écrivains, interdit d'accès aux lecteurs. Généreux, il met sa technique à notre disposition, ce qui rend cet ouvrage unique. Il conseille par exemple ceci : « La voix du narrateur a tant d'importance qu'il n'est pas opportun de l'entendre » ; « Raconter, c'est séduire : ne satisfais jamais totalement la curiosité du lecteur » ; « Raconter une histoire, c'est savoir garder un secret ». Cela est cohérent avec ses écrits puisqu'il y a bel et bien une part de mystère dans chaque nouvelle. Ces dodécalogues montrent que la maturité et la précision technique de l'auteur ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat d'une profonde réflexion sur son travail.

Du fait d’une ambiguïté volontaire ou non de la part d'Andrés Neuman, et d’une fantaisie confirmée, c'est au lecteur de se faire sa propre opinion, et de juger si le protagoniste de ces miniatures a trouvé le bonheur, ou pas.



Pourquoi ?

Andrés Neuman aime adopter un nouveau style d'écriture à chaque début de livre, et ce quelle que soit la forme littéraire que celui-ci va prendre. Écrire un poème, une nouvelle, un roman, un conte représente un défi pour lui. Il ne croit pas en l'expérience acquise grâce à l'écriture de précédents ouvrages pour un auteur, ou se refuse à y croire, car il souhaite retrouver la sensation de l'inconnu, de la non-connaissance, et de l'incertitude lorsque vient le moment de laisser parler sa plume. Il est toujours en quête d'un nouvel apprentissage. En changeant aussi facilement de genre littéraire, il ne se lasse jamais et écrire lui procure toujours le même plaisir. Selon lui, il y a deux éléments indispensables pour un écrivain : la maîtrise du style (il faut la perdre et ne jamais la gagner) et le style propre (il faut le chercher mais jamais le trouver).

Pour que le bonheur n'ait plus de secret pour vous : Andrés Neuman, ou pas ?


Clémence Mirat, 2e année Bib.-Méd.

 

Lien :

 

Rencontre avec Andrés Neuman dans le cadre de Lettres du monde.

 

 

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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 07:00

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Michel SUFFRAN
Entre deux rives
Atlantica, 2011.








 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Biographie tirée du  site de l’ECLA

« Michel Suffran est né rue Saint-Rémi à Bordeaux, tout près du port dont il conserve, gravée dans sa mémoire, l'intense palpitation. Puis il a vécu dans un village du Lot-et-Garonne qui a servi de cadre à son premier roman : Le Lieu le plus obscur (1982).

 Michel Suffran a exercé pendant une trentaine d'années la médecine et a mené parallèlement un travail d'écrivain. Il s'est d'abord consacré à l'écriture radiophonique et à l'écriture de films (œuvres originales et adaptations littéraires). Il a ensuite développé une œuvre prolifique et extrêmement diverse : roman, poésie, histoire, nouvelle, essai, biographie... avec une prédilection pour la création théâtrale. Il collabore régulièrement avec le Groupe 33, le Théâtre de la Lucarne, le Théâtre du Port de la Lune.

 Son premier livre publié, Sur une génération perdue, 1965, est consacré aux écrivains aquitains nés vers 1885, pour la plupart disparus dans la fournaise de la guerre de 1914-1918. Michel Suffran a bien connu François Mauriac à qui il a dédié une part de ses ouvrages de critique littéraire. Il a également publié un livre autour de Dino Buzzatti (Qui êtes-vous Dino Buzzatti ?, La Manufacture, 1991) un autre de ses « compagnons des routes intérieures ».

 Michel Suffran a été récompensé par le Grand Prix littéraire de la ville de Bordeaux. Il est également membre de l'Académie des sciences, arts et belles lettres de Bordeaux. »



Le texte

Entre deux rives est un recueil de cinq nouvelles dont le titre vient de l’une d’entre elles, la première pour être précis. Michel Suffran dira même que c’est celle qui illustre le mieux tous les personnages du livre, pris entre deux mondes, entre deux moments cruciaux de leur existence. Ils sont tous à la recherche d’un sentiment qu’ils ont perdu.



Les nouvelles

Les personnages de ces nouvelles sont extrêmement ordinaires. Dans la première, on s’immisce dans la vie d’un homme politique qui vient de remporter des élections, mais qui va soudainement tout plaquer parce qu’il a « besoin d’air ».

Dans la deuxième, on change totalement de décor, puisque nous sommes sur une île ; le personnage central est une fillette qui voit une île qu’elle seule parvient à percevoir.

 Dans la troisième, on est en présence d’un S.D.F., qui vit dans une petite rue mais  ne fait pas la manche. Tout le monde le regarde d’un mauvais œil, sauf les enfants. Sous ses allures de pauvre hère, il semble avoir une grande influence sur le monde.

La quatrième nouvelle raconte l’histoire d’un homme tout à fait banal qui a l’habitude de promener sa chienne Mirza tous les soirs, selon le même circuit. Le tournant de l’histoire se situe lorsque le protagoniste rencontre de l’autre côté de la rue un homme que la chienne semble reconnaître. Cette rencontre va déclencher des déplacements dans le temps, où le personnage va trouver des réponses sur lui-même.

Enfin, la dernière nouvelle met en scène la confrontation d’un acteur qui, en cinquante ans de carrière, n’a eu que des petits rôles qui ne lui ont pas offert le succès, avec un producteur redouté dans toute la profession.



Mon avis

Ces nouvelles sont toutes très intéressantes parce qu’elles présentent des types de personnages très différents mais l’auteur montre qu’en fait ils sont tous semblables, tous dans la même spirale du monde, tous « entre deux rives ». En cela, le titre de l’œuvre est extrêmement bien choisi. On assiste à des moments cruciaux de la vie de gens tout à fait ordinaires.

De plus, j’ai beaucoup apprécié la côté fantastique des nouvelles, où l’on voit l’avenir d’un personnage dessiné à la craie, un spectre, et d’autres choses encore que je ne dirai pas, il ne faut pas tuer le suspense !


Ces textes sont très faciles à lire, mais en même temps empreints d’une philosophie et d’une réflexion qui justifient que l’on s’arrête sur les détails pour les apprécier totalement. On ne peut que réfléchir sur l’humanité, sur des thèmes tels que l’angoisse de la mort, la peur de l’oubli, ou bien l’obsession d’avoir raté sa vie. Tous ces thèmes sont évoqués avec une grande justesse de ton, et l’on se laisse emporter au fil des pages sans s’arrêter. La dernière nouvelle m’a tout particulièrement touchée, parce qu’elle met en scène une extrême cruauté où entrent en jeu la mort et l’appât du gain. On ne ressort pas indemne de cette lecture, à mon avis, parce qu’elle amène le lecteur à l’introspection et à l’affrontement avec les mêmes angoisses, si humaines.


Bérengère L., AS BIB 2011-2012.

 

 

Lien 

 

Les éditions Atlantica.

 

 

 

 

 


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9 août 2011 2 09 /08 /août /2011 07:00

Marcel AYME La Bonne Peinture


 

 

 

 

 

 

 


Marcel AYMÉ
La Bonne Peinture
Folio 2€, 2010
nouvelle tirée du recueil

Le Vin de Paris

1ère édition : 1947

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« À Montmartre, dans un atelier de la Rue Saint-Vincent, demeurait un peintre dénommé Lafleur, qui travaillait avec amour, acharnement, probité. Lorsqu'il eut atteint l'âge de trente-cinq ans, sa peinture était devenu si riche, si sensible, si fraîche, si solide, qu'elle constituait une véritable nourriture et non pas seulement pour l'esprit, mais aussi bien pour le corps. »

L'incipit amuse-gueule de La Bonne Peinture, délicieusement concocté par Marcel Aymé en 1947, ne peut que mettre l'eau à la bouche de l'affamé d'histoires douces et fantastiques, saupoudrées allégrement de bons mots et de justesse incisive. Le menu de l'histoire, quoique simpliste pour les estomacs littéraires les plus délicats et exigeants, s'édicte comme la promesse de combler les appétits les plus féroces. Un peintre anodin, Lafleur, artiste modeste et dépourvu de véritable ambition sinon celle puérile de surpasser son rival et ancien ami Poirier, découvre, par l'entremise malhonnête de son galeriste Hermèce, que sa peinture revêt le pouvoir de remplir le ventre de quiconque se donne la peine de la contempler. La découverte des propriétés nutritives de ce qu'il convient d'appeler « l'art nourrissant » fait ensuite monter une mayonnaise de péripéties aussi drôles que touchantes dans les velléités et passions immatures du milieu artistique d'un Paris populaire plongé dans la faim et les difficultés d'approvisionnement de l'après-guerre. Le repas en récit s'achève dans la grâce d'un dessert au dénouement heureux et subtil, agrémenté d'un coulis utopique et sucré, dépourvu de cette délicieuse amertume et de l'acidité que l'on prend plaisir à savourer tout au long du récit, comme une excuse en conte de fée pour achever d'une note fleurie ce repas de lettres et de belle langue française dont nous régale Marcel Aymé.

« Ainsi commença cette existence édénique, qui nous paraît à présent si naturelle, que nous sommes un peu tentés d'oublier les jours amers, du marché noir, de l'anarchie, de la corruption, des tickets de tout, de la fatigue et du découragement, une époque heureusement révolue et qui n'est pourtant pas très loin de nous. »


Plus qu'une émulsion de jeux de mots et de grâce stylistique, la nouvelle de Marcel Aymé bat les œufs de la société d'après-guerre en neige pour nous en révéler toute la saveur au détour d'un doux récit fantastique mêlé d'un réalisme poignant, véritable chef-d'œuvre salé-sucré dont on laisse la saveur s'instiller à nos papilles de lecteur surpris par cette heureuse association. Quelle justesse dans le dosage des épices des caractères des personnages ! Quelle finesse dans les relations jalouses entre les deux peintres, dans la description de leurs ambitions et leurs rêves de grandeur, au final tempérés par le sel d'une réalité plus savoureuse que la dépossession d'une telle promesse ! Marcel Aymé, en cuistot du genre humain, parvient à en extraire le meilleur comme le pire pour le sublimer dans l'élaboration de son plat, avec toute la trivialité de dialogues conçus à partir d'ingrédients bruts et naturels et emmenés par une prose impeccable.

« […] Au bout de vingt minutes, ils n'avaient plus faim. Ma peinture les avait nourris.

    Ça ne m'épate pas, ricana Poirier. Des clochards, ça se nourrit à la boîte à ordures.

    À propos, tes anges, c'était pas plutôt des mouches à merde ? »

Mais la préparation succulente de la Bonne Peinture ne laisse pas la part belle aux tribulations des dignitaires de l'art nourrissant et parvient, d'une légère pointe d'acidité savamment dosée, à nous faire ressentir l'écœurement, et le dégoût de l'auteur pour l'épuration zélée qui sévit au sein de la société française après la Seconde Guerre mondiale et dont il aura été lui-même l'injuste victime. Que l'on considère le personnage de Balavoine ou la nationalisation absurde et comique de Lafleur, au nom de la grandeur et des besoins impérieux de la France, Marcel Aymé se pose, sinon en défenseur de la neutralité du plus grand nombre durant l'Occupation, comme le doux liant de la sauce de la tolérance et de la médiation de cette société française écorchée vive par les divisions qui la déchirent.

 Tout aussi élaborée avec maestria, sans fadeur ni excès, la réflexion du rôle de l'art qui transcende les appétits de gloire individuelle ou de grandeur nationale, pour servir les intérêts du plus grand nombre, s'accommode à merveille à l'ensemble du repas préparé par l'auteur, comme un nectar léger et profond venu arroser l'ensemble du menu.

Il se reprochait d'avoir méconnu l'importance des arts, particulièrement de la peinture. « J'étais comme tout le monde, je croyais que ça ne servait à rien ».

Et c'est à l'instar de Moudru, que lecteur achève le récit nourrissant de Marcel Aymé, la panse littéraire bien tendue et bercée de la certitude rassurante que l'art et la littérature ne servent pas à rien et continueront de nourrir à travers les siècles nos esprits et nos âmes affamés de leur guidance précieuse et délectable.

 

 

 

Romain, A.S. Éd.-Lib.

 

 

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 07:00

Ueda-Akinari-Contes-de-pluie-et-de-lune.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Ueda Akinari
Contes de pluie et de lune

Titre original

Ugetsu Monogatari

traduit, présenté et annoté

par René Sieffert
Éditions Gallimard
Collection Connaissance de l’orient, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brève présentation de l’auteur

Ueda Akinari est né en 1734 dans un quartier de plaisir. Sa mère l’abandonne alors qu’il a quatre ans, mais un marchand le trouve et, n’ayant qu’une fille, décide de l’adopter afin de faire de lui son héritier. Son père adoptif, marchand de papier et d’huile, décide de lui apprendre à lire et écrire. Peu de temps après son adoption il contracte malheureusement la variole qui lui laissera des séquelles : plusieurs doigts paralysés qui laisseront penser pendant longtemps qu’Akinari sera incapable de tenir un pinceau. Grâce à des efforts acharnés, il parvient à écrire, mais n’aura pas une belle calligraphie.

À la mort de son père, il reprend le travail de celui-ci et devient à son tour marchand. Mais n’étant pas très doué dans ce domaine, il préfère écrire en dehors de son travail des haikai (courts poèmes de trois vers) et des Ukiyo-Zôshi (« récits du monde flottant », genre considéré comme frivole, voire grossier à cette époque, mais très apprécié également), qui le rendront célèbre.

Lorsque sa maison brûle, il décide d’arrêter la profession de marchand et dédie tout son temps à l’écriture. Il publiera en 1776 l’Ugetsu-Monogatari (Les Contes de pluie et de lune), qu’il aura mis huit ans à écrire. Il écrira également le Harusame-Monogatari (Les Contes des pluies de printemps), qui ne seront pas terminés avant sa mort en 1809 à Kyôto (capitale du Japon à cette époque).



Les contes

Contes de pluie et de lune est un recueil de neuf contes, dont certains sont inspirés de contes chinois. Ils traitent tous de fantômes qui apparaissent devant les humains et des différentes formes qu’ils empruntent. Le recueil est ainsi nommé car, selon les superstitions japonaises de cette époque, on avait de fortes chances d’apercevoir un fantôme dès la tombée de la nuit lorsque le ciel était pluvieux.

« Shiramine »
« Le rendez-vous aux chrysanthèmes »
« La maison des roseaux »
« Carpes telles qu’en songes … »
« Buppôsô »
« Le chaudron de Kibitsu »
« L’impure passion d’un serpent »
« Le capuchon bleu »
« Controverse sur la misère et la fortune »

Tous ces contes mettent en scène des fantômes et sont racontés avec beaucoup de détails et de références historiques sur le Japon. Même les contes inspirés de la Chine reprennent un peu l’histoire du Japon et des grands personnages qui ont marqué leur époque. Dans chaque conte, on retrouve toujours tout d’abord une description de l’environnement dans lequel évolue le personnage, l’époque et les noms (souvent proches de ceux de personnages historiques ou de leur surnom), puis une description du paysage. Dans « Shiramine » on est directement plongé dans une description du paysage d’Ôsaka et de ses environs.

On y trouve toutes sortes de fantômes, des esprits des montagnes, des femmes-serpents, des hommes-poissons, des esprits de l’or, ou encore les esprits des défunts. On ne retrouve pas l’esprit-renard dans ce recueil car Akinari a toujours respecté le dieu renard Inari à qui il dédié sa guérison de la variole.



Mon impression

J’ai beaucoup aimé ce recueil ; les contes sont distrayants et pleins de références historiques pour ceux qui aiment le Japon. Cependant, si on veut les lire non pour se détendre mais pour le côté historique, on peut s’y perdre (surtout dans les noms) car les références sont nombreuses et complexes ; elles appartiennent généralement à une période très précise d’une année ou deux. Cependant, les commentaires des contes et les notes à la fin du livre permettent une compréhension relativement rapide des différentes histoires, tout comme l’introduction du traducteur qui replace le livre dans son contexte historique.


Laureline, 2e année Éd.-Lib.


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3 avril 2011 7 03 /04 /avril /2011 07:00

Ian McEwan Le Reveur




Ian McEWAN
Le Rêveur
Traduction
Josée Strawson
Illustrateur
Anthony Browne
Gallimard jeunesse
Folio junior, 1999

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

 
Ian-McEwan-sous-les-draps.gifNé à Aldershot le 21 juin 1948, Ian McEwan est considéré aujourd'hui comme un grand auteur. Également scénariste, il adapte au cinéma son œuvre Expiation sous le titre de Reviens-moi en 2007.
Ian-McEwan-Psychopolis.gif
Il écrit deux recueils de nouvelles, First Love, Last Rites en 1975 et In-Between the Sheets en 1978. Ces deux recueils seront traduits en France de manière incomplète dans le recueil Sous les draps et autres nouvelles aux éditions Gallimard en 1997. La maison d'édition décidera en 2001 de publier une partie de ce recueil dans l'ouvrage Psychopolis et autres nouvelles. Ces deux œuvres regroupent des nouvelles où la curiosité sexuelle de l'auteur est exacerbée au point de nous présenter des scènes dérangeantes. Fasciné par l'interdit et l'excentricité, il joue avec des personnages et des lieux volontairement inconvenants. En 1999, il publie son premier roman pour la jeunesse, un recueil de sept nouvelles, à mi-chemin entre l'autobiographie et la nouvelle fantastique. A l'inverse de ses nouvelles pour adultes, l'auteur utilise poésie et légèreté dans son écriture.

 

Le personnage de Peter
 
Le héros des nouvelles, Peter Fortune, âgé de dix ans, a la particularité notoire d'être un grand rêveur. Son imagination l'emporte dans des mondes fantastiques, aux dimensions surnaturelles, où les limites n'existent plus. Cet univers permet de laisser en suspens le lecteur qui ne peut s'empêcher de douter de la véracité des faits à la fin de chaque histoire. Ce procédé rappelle la chute que l'on retrouve dans les nouvelles traditionnelles et nous permet de comparer chaque chapitre à une nouvelle.

Si le premier chapitre est une présentation du personnage de Peter et de sa famille, il nous permet surtout d'appréhender la complexité de l'imagination du garçon. Cette présentation se fait via une histoire ordinaire qui se révélera être pour notre héros une aventure et ce au grand désarroi de sa petite sœur Kate.

Un matin, Peter se retrouve avec la responsabilité d'accompagner Kate à l'école. Assailli par les recommandations maternelles, il promet de tenir la main de sa petite sœur durant tout le trajet en bus. Une fois en route pour l'école, Peter s'invente une grande aventure où sa sœur est prisonnière tour à tour de dragons, pirates et gangsters. Dans chacune de ses inventions, Peter est le héros qui sauvera in extremis sa sœur de la mort. Une fois arrivé à l'école, Peter s'aperçoit qu'il n'a su mener à bien sa mission lorsqu’il constate l'absence de sa sœur qu'il a oubliée dans le bus. Cette première nouvelle nous prépare donc à une suite d'aventures rocambolesques, fruit de l'imagination du garçon, mais qui sait ce qu'il s'est réellement passé ?



La métamorphose

La métamorphose est très présente dans le recueil de Ian McEwan ; trois des sept histoires mettent en scène une transformation de Peter qui lui permet de voir le monde sous des angles différents. Peter découvre ainsi son environnement sous les traits d'un chat, d'un bébé et d'un adulte. Ces nouvelles sont particulièrement intéressantes car elles nous permettent de mettre des mots sur des sensations inconnues et intraduisibles surtout quand le lecteur a l'âge de Peter. Les deux nouvelles les plus intéressantes à mon sens sont intitulées « Le bébé » et « Les grands ».

Le récit intitulé « Le bébé » nous raconte comment Peter s'est retrouvé dans la peau d'un bébé par l'intervention mystérieuse de sa petite sœur... L'histoire commence avec l'arrivée de la tante de Peter et de son bébé dans le cocon familial. C'est ici que commence le cauchemar pour notre héros qui ne supporte ni les cris du nourrisson ni son incessante manie de dévorer ses jouets. Peter ne peut plus prendre sur lui et expose son agacement à sa sœur... Kate, très perspicace, essaye de faire comprendre à son frère que ses sentiments de colère viennent de la jalousie qu'il éprouve. Pour lui donner une bonne leçon elle décide, grâce à son déguisement de fée, d'échanger le corps de son frère avec celui du bébé. Cette métamorphose est très étrange car elle offre une conscience à un être qui en est normalement dépourvu. Nous pouvons donc par ce procédé découvrir le monde avec les yeux d'un bébé. C'est un procédé très ingénieux et l'on ressent très bien la frustration de Peter dans ce corps qu'il ne maîtrise pas. Peter ne récupérera son corps qu'au moment où il comprendra le nourrisson et c'est à la fin de l'histoire que le garçon acceptera la présence du nourrisson et réintégrera son propre corps.

La nouvelle « Les grands » est très importante car elle clôt le recueil après une transformation de Peter en adulte. L'action se déroule pendant les vacances d'été. Peter et sa famille louent une maison au bord de la mer avec leurs amis et commence alors pour les enfants une période de jeux, de rires et de détente. À l'inverse de leurs enfants, les adultes sont tout le temps stressés, énervés et passent leur temps à se disputer... Peter se dit alors que devenir adulte est la pire chose qui puisse lui arriver. Au réveil d'une sieste paisible, il se retrouve dans le corps d'un adulte. Il va alors entrevoir malgré ses appréhensions combien il est agréable d'être un adulte reconnu, écouté et respecté. Il va en outre découvrir des joies réservées aux grands comme le plaisir de conduire, le goût et l'effet du café et bien entendu l'amour. Quand Peter découvre l'amour, le monde des enfants et ses jeux lui paraissent moins attrayants. Puis, après une journée d'adulte bien remplie, Peter part se coucher et se réveille dans son corps enfantin ; c’est alors que sa mère l'interpelle : « As-tu fait une bonne sieste mon chéri ? » Peter est soulagé de retrouver sa vie d'enfant mais ne redoute plus l'idée de devenir un adulte. Cette nouvelle permet de mettre des mots sur une angoisse enfantine : la peur de grandir. Le recueil se termine sur une note très positive et très poétique, comme une porte qui se ferme sur un monde pour s'entrouvrir sur un autre.



Ce livre est très plaisant et à mettre entre toutes les mains à partir de dix ans. Je le conseille néanmoins aux adultes qui comme moi sont restés coincés entre les deux mondes.


Amélie, A.S. Éd.-Lib.

 

 

Ian McEWAN sur LITTEXPRESS

 

Ian McEwan Le Reveur

 

 

 

 

Article de Catherine sur Le Rêveur

 

 

 

 


 

Ian McEwan Expiation

 

 

 

Article d'Hélène sur Expiation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 07:00

Kenji-Miyazawa-Les-Fruits-du-gingko.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MIYAZAWA Kenji
Les Fruits du Gingko
Traductrice : Hélène Morita
Ed. Le Serpent à plumes
Collection « Motifs », n°271



 

 

 

 

 

 

 

 

Kenji-Miyazawa.jpg

 

Un auteur mystique ?

Kenji Miyazawa  est né en 1896  à Hanamaki  dans la préfecture d’Iwate, et mourut en 1933 à l’âge de 37 ans. Il dédia sa courte vie à sa ferveur bouddhique ainsi qu’à sa créativité inouïe. Kenji était un homme dévoué aux paysans pauvres de sa région déshéritée. Musicien, scientifique, militant social et poète, il ne connut malheureusement pas le succès de son vivant. Seulement deux textes furent publiés de son vivant : Le restaurant aux nombreuses commandes, Ashura et les premiers versets de Printemps.

Kô Kuriyagawa, un critique littéraire qui fit des études de lettres en France fut bercé plus d’une fois par les histoires de Kenji Miyazawa. Pour lui, le mysticisme de l’auteur viendrait de la quasi-impossibilité de savoir de qui a pu s’inspirer l’auteur et dans quel courant le situer. Il précise dans la préface de l’ouvrage Les pieds nus de lumière (éd. Le Serpent à Plumes ,1998) que Kenji Miyazawa ne s’explique pas mais se ressent.

Le Poète de l’ombre n’a pas connu de succès pour ses poèmes mais aujourd’hui il est un des auteurs incontournables du Japon avec Murakami Haruki, abreuvant les petits et les grands d’histoires à l’imperceptible magie. Au Japon, certaines de ses œuvres ont été adaptées en animation comme Train de nuit dans la voie lactée, d’autres ont été éditées pour jeune public.


La plupart de ses œuvres ont été traduites par Hélène Morita et publiées en France aux éditions Le Serpent à Plumes.

Biographie réalisée grâce aux sites et livre :
Skunkin.net :  http://www.shunkin.net/Auteurs/?author=98
Wikipedia :  http://fr.wikipedia.org/wiki/Kenji_Miyazawa
Préface de Kô Kuriyagawa : dans Kenji Miyazawa, Les Pieds nus de lumière, éd. Le Serpent à Plumes, 1998.



Et l’Écriture ?

L’écriture de Kenji Miyazawa est un envoûtement des mots perceptible par vos sens, c’est une magie qui vous emporte, un coup de pinceau vous donnant les couleurs de l’aube, la lumière du printemps et la musique de l’envol des feuilles en automne.


Les écrits de K. Miyazawa possèdent une dimension intime, étonnante par son énergie et sa malice, qui provoque en vous une certaine fascination  des paysages et des moments qu’il nous offre ; lors du départ des Enfants-fruits du Gingko prêts à tomber, la mère pleure : «  La mère, dans sa tristesse, n’avait cessé jusqu’à l’aube de laisser choir ses cheveux d’or qui dessinaient comme de petits éventails. »

L’or et les diamants reviennent souvent dans l’œuvre de Kenji Miyazawa, il compare souvent les trésors de la nature à des éléments précieux : « tous les grains acérés du vent d’automne vont faire céder leurs attaches d’or au sommet des fleurs ». « Yomata, le lys merveilleux ».

Kenji Miyazawa peint un paysage avec des mots aux couleurs vives, il matérialise un esprit, il vénère l’automne tandis que nous, Occidentaux, l’accueillons en faisant la moue, et dénonce les défauts humains au travers d’une étrange fable :
image4-2.jpg


Étrange fable ou leçon de morale ?

Étonnante et amusante, propre à la culture japonaise, notamment dans la nouvelle « Les trois diplômés de l’École du Blaireau » : une limace, un raton laveur et une araignée vont à l’école du Blaireau mais la rivalité règne à l’école, la jalousie aussi, la cruauté, la vengeance… étrangement ; il va prêter des caractères humains aux animaux semblables à ceux de La Fontaine mais sans établir de morale ; il punit chaque personnage par la mort.

La matérialisation de l’automne : dans « Yomata le lys merveilleux », un peuple attend Shōhenchi : « On dit que demain matin, vers sept heures, le vénérable Shôhenchi franchira la rivière Himukya, et qu’il entrera dans notre ville. » Tout porte à croire que c’est un personnage très attendu, le peuple s’affaire donc à nettoyer les rues, à rentrer du bois, à construire des maisons et à trouver une fleur de lys en offrande à Shōhenchi, puis à sept heures : « Il y eut soudain venant de l’autre rive, comme un léger arc-en-ciel doré qui s’élevait dans le ciel en traversant les bois verts. Tous se prosternèrent au sol ». C’était l’arrivée de l’automne que Kenji Miyazawa nous contait en le personnifiant sous le nom de Shōhenchi. Pureté, grâce et lumière s’entremêlent dans cette nouvelle.

La matérialisation des esprits : l’auteur attribue une apparence humaine aux esprits dans la nouvelle « La Biographie de Nénémou Pène-nène-nène-nène-nène ». Kenji Miyazawa nous déstabilise car les esprits pour nous sont éphémères, ils relèvent de croyances et sont intouchables. Nénémou, lui, vit dans le monde des esprits parmi les esprits châtaignier qui crachent de la vapeur, les esprits-pousses-de-fougères, un esprit pain pour combler sa faim ou regarder l’Astre solaire : « particulièrement rayonnant on aurait même dit que ce matin là, il s’était rasé de près.»
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Un récit aux facettes multiples ?

Outre la richesse des mots et des images, l’auteur émaille le texte de petits poèmes en vers libres, chantés ou récités par les personnages de la nouvelle. Le poète ne nous plonge pas dans un lyrisme plombant ; au contraire, nous sommes transportés par la douceur des dialogues, du récit et de l’implantation des décors.

Les nouvelles peuvent faire penser à des fables mais aussi à des contes. Elles peuvent tout à fait se prêter à l’oralité,  accompagnées de dessins et d’un peu de théâtre !



Alors ? On lit ?

Kenji Miyazawa, ce sont des œuvres aux mots délicieux, ce sont des œuvres à poser sur une table de chevet à côté d’un thé vert, ce sont des œuvres à déposer dans vos bibliothèques privées, publiques, à acheter dans vos librairies petites ou grandes, ce sont des œuvres à lire dans un jardin en automne à la lumière du soleil, ce sont des œuvres à partager,  à laisser sur un banc public pour que quelqu’un d’autre puisse s’évader, ce sont des œuvres à s’approprier, ce sont des œuvres de rêve. On lit !

 

 

Agnès L., 1ère année Bibliothèque

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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 07:00

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Bernard QUIRINY
Contes Carnivores
Éditions du Seuil, 2008

Points, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Le poison l'avait atrocement rongée de l'intérieur,

mais au moins sa peau avait-elle gardé sa pâleur et

sa pureté, comme celle d'une poupée de porcelaine. »
« Souvenirs d’un tueur à gages »

 

 

Bernard Quiriny est un jeune auteur né en 1978 en Belgique. Titulaire d’un doctorat en droit, il écrit dans plusieurs magazines, Cronic’Art, Le Magazine littéraire, Trois couleurs… L’Angoisse de la première phrase, son premier recueil de nouvelles, est publié en 2005. Contes carnivores, le deuxième, paraît en 2008 aux éditions du Seuil. Certains voient en lui un héritier d’Edgar Allan Poe à cause de l’humour noir qui imprègne ses récits.

Philosophe de formation, Quiriny traite tout au long du recueil des grands thèmes de la philosophie occidentale – la naissance, l’amour, la mort – mais il le fait sur le mode burlesque, se réappropriant les classiques de la littérature anglo-saxonne pour mieux renverser leur morale. Il se livre alors à une dissection en règle de deux thèmes en tension dans nos sociétés submergées par l’industrie pornographique : le fantasme et la transgression.

Ce recueil, composé de quatorze nouvelles le plus souvent enchâssées, est marqué par l’introduction du fantastique et de l’irrationnel dans le quotidien. Les protagonistes vont faire l’expérience d’événements surnaturels, insolites, voire absurdes et certaines nouvelles sont empreintes d’un humour noir cinglant.

 

Contes carnivores s’articule d’abord autour du fantasme que Quiriny met en scène sous différentes formes. Dans « Sanguine », la première nouvelle du recueil, le récit est marqué par une forte dimension érotique. Un homme rencontre une femme ; elle a une peau d’orange et lui demande de la peler. À la fois attiré et repoussé par sa demande, il s’exécute et l’épluche. Le lendemain, après leur accouplement, il la découvre pourrie, couverte de moisissures. Moribonde, elle lui demande de la boire. Il prend alors une paille, la plante dans son crâne et boit le jus dont elle est emplie. Le fantasme se manifeste ici par l’envie de l’homme de posséder la femme, au point de la vider de sa substance. Le fantasme est par nature irréalisable et soumis à des limites. Elles sont ici transgressées et cette transgression entraîne la mort de la femme-orange.

 

Cet aspect fantasmatique renvoie donc à une dimension morbide de la domination masculine que l’on peut retrouver dans la nouvelle « Qui habet aures », dans laquelle Renouvier, le protagoniste, est le moteur du suicide du personnage féminin. En effet, c’est le  récit d’un homme qui possède un don. Il a la capacité d’entendre tout ce que disent les autres sur son compte. Il s’en amuse mais il intercepte une conversation d’une femme qui déclare à une amie être amoureuse de lui. Complètement éperdu, il commence à fantasmer cette femme qu’il ne connaît pas et va essayer de la trouver ; sans résultat. Six mois après, elle se suicide d’un coup de revolver : « Par une ironie sinistre, le bruit l’avait rendu sourd ; sa belle avait repris son don à Renouvier avant de disparaître dans la nuit, et lui n’entendrait plus jamais rien ». Dans ces deux nouvelles, on remarque que le désir des hommes entraîne inconsciemment  la mort des femmes. Dans « Sanguine », le protagoniste prend conscience de son acte :

« J’avais cru jouer un jeu en la dépouillant de sa basane, persuadé qu’une nouvelle écorce lui repousserait bientôt ; en réalité, je l’avais tuée. J’étais donc son meurtrier – son meurtrier malgré moi, mais son meurtrier tout de même ».

Dans « Qui habet aures », le protagoniste va être responsable de la mort du personnage féminin, mais de façon inconsciente car il se laisse désirer, et se satisfait de cette relation à distance dans laquelle il est aimé.

Le fantasme se manifeste aussi dans « Mélanges amoureux » où les miroirs expriment le désir d’une autre vérité et réalité. De même, dans un des récits de « Souvenirs d’un tueur à gages », Quiriny explore un autre type de fantasme, celui de l’artiste. Un homme va transgresser ses propres limites jusqu’à se faire assassiner pour se fondre avec son art.

 

L’autre thème du recueil est la question de la transgression morale provoquée par la fascination. Le protagoniste de « Sanguine » est littéralement envoûté par cette créature étrange, repoussante mais aussi excitante. L’horrible devient alors désir quand la curiosité dépasse l’aversion et alimente une jouissance sensuelle. Quiriny utilise des éléments macabres et répugnants. Se manifeste un  désir pour l’étrange et le bizarre, particulièrement visible lorsque la femme-orange demande au protagoniste de la boire. Le doute s’empare de lui mais il finit par se laisser envoûter. Il cherchera par la suite à retrouver ce goût divin, un mélange entre l’orange et le sang. Dans la nouvelle «Marées noires» le protagoniste rencontre Pierre Gould, personnage récurrent qui va l’inciter à rejoindre sa société secrète dans laquelle les marées noires sont considérées comme des œuvres d’art. Le narrateur, au début sceptique, va ensuite être fasciné par ces catastrophes selon un schéma d’attraction et de répulsion.

« À mon grand émoi, je m’aperçus d’ailleurs que je me prenais au jeu : après chaque image j’en attendais une autre espérant qu’elle serait plus atroce, après chaque gros plan j’en voulais une encore plus rapprochée, à chaque flaque de pétrole je souhaitais que la suivante soit plus large, grasse et répugnante ».

Cette attitude qui suscite le dégoût séduit lorsque l’on fait abstraction de toute considération morale. On trouvait déjà une fascination semblable dans Un roi sans divertissement de Jean Giono, lorsque le protagoniste est ébloui par la beauté du sang de l’oie sur la neige. On retrouve cela chez Suzanne, une infirmière qui, dans la nouvelle « l’oiseau rare », boit la substance d’un œuf pondu par une jeune fille.

Qu’est-ce qui prévaut ? Son plaisir gourmand ou la vie en gestation dans cet œuf ? La fascination naît dans ces nouvelles d’une dialectique fondamentale : le côté repoussant mais aussi attirant de la marée noire, de la  femme-orange ou de l’œuf pondu par une femme. Bernard Quiriny semble exprimer à travers ses récits la recherche par l’humain d’une transcendance  qui lui permettrait d’échapper à l’ennui, ennui qui le renvoie à sa propre mort. Cette idée est particulièrement présente dans un des « Souvenirs du tueur à gages ». Un homme en proie à l’ennui demande à ce tueur de l’assassiner. La perspective de sa mort imminente illumine le restant de ses jours d’une intensité insoupçonnée. 

L’absurde, enfin, est un élément très présent qui se manifeste sous différentes formes. Quiriny joue sur le comique créé par les comportements et les expériences des protagonistes dans la plupart des nouvelles du recueil. Ainsi le botaniste, dans « Conte carnivore », qui tombe amoureux d’une plante – carnivore –, se fait mutiler par cette dernière avec laquelle il vivait un amour passionnel. Le caractère dramatique du récit est contrebalancé par le côté burlesque de la situation où le végétal, décrit comme une femme fatale parfum chlorophylle,  prend possession de l’homme. De même, l’évêque, dans la nouvelle « L’épiscopat d’Argentine », est décrit comme un homme torturé par sa capacité de transmigration, aux prises avec les contraintes logistiques de sa condition :

« – Songez aux difficultés que présente le moindre déplacement dans l’état qui est le mien [il navigue entre deux corps] ! Il me faut emmener mon corps dans mes bagages, sans quoi je risque de revenir là où je me suis laissé. Vous imaginez-vous découvrir chez vous le corps inerte de l’invité qui, la veille au soir, parlait et riait en votre compagnie, puis apprendre après avoir fait renvoyer le cadavre par avion qu’il se porte finalement à merveille et a repris ses affaires à l’évêché ? ». 

De plus, l’auteur crée un effet comique dans ses récits en détournant les codes de la littérature. Dans « Mélanges amoureux », le miroir ne reflète plus l’âme des personnes dans un écho au  Portrait de Dorian Gray mais renvoie le visage des quatre amantes du protagoniste. Juge de son infidélité, le miroir renvoie au personnage la part sociale de son Moi qui finit par corrompre son libre arbitre et le force à rentrer dans la norme. Dans « Sanguine » aussi, il joue sur les codes de la littérature macabre en utilisant notamment le motif du crâne. Ainsi l’insolite et l’absurde sont au cœur du recueil et s’incarnent aussi dans Pierre Gould, personnage décalé et récurrent qui endosse tour à tour des rôles aussi différents que variés tels que ceux de linguiste, d’esthète, d’écrivain… Par exemple, dans « Extraordinaire Pierre Gould », il écrit Histoire d’un dormeur, lipogramme exclusivement composé de la lettre Z – en référence à l’onomatopée du sommeil. Dans un autre récit, il choisit de ne plus dormir pour ne pas refaire un rêve terriblement ennuyeux. Le personnage par son côté décalé échappe à tout comportement logique, ce qui crée un effet burlesque. Pierre Gould est aussi celui qui collectionne les œuvres d’écrivains inconnus et excentriques tel Adolphe Morceau qui écrit ses romans sur des supports en rapport avec l’histoire racontée comme Mort d’un Piéton  écrit sur une chaussure en cuir. Personnage résolument hors normes, en qui on pourrait voir un avatar de l’auteur mais il constitue plutôt une clé pour la lecture des Contes carnivores : la volonté de ne pas se cantonner à un champ (l’humour noir) ou une intention (la critique sociale) ou même un exercice de style dans la tradition des contes philosophiques voltairiens, mais plutôt de donner à lire un livre dense et drôle qu’on ne peut résumer dans toute sa diversité.

 

M.D., A.S. Bib-Med.

 

 

 


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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 19:00

julien-campredon-brulons_tous_ces_punks_pour_l_amour_des_el.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Julien CAMPREDON
Brûlons tous ces punks

pour l’amour des elfes
Collages de Philippe Lemaire
 Éditions Monsieur Toussaint Louverture, 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Ce livre est une réédition corrigée, amendée, augmentée, bafouée, et enfin illustrée d’un recueil paru à la fin 2006 et rapidement épuisé. »


Avant de vous parler du contenu du livre, je voudrais vous présenter brièvement  la maison d’édition Monsieur Toussaint Louverture et Julien Campredon.

J’ai découvert cette maison d’édition grâce à un article que nous devions réaliser en groupe pour l’Escale du livre 2010 ; nous sommes tombées sous son charme en découvrant les différentes rubriques que nous offrait à lire le site, toutes plus humoristiques les unes que les autres.

Cette maison d’édition associative a été créée en 2004 à Toulouse et Dominique Bordes est LE nom à retenir (il a fait une partie de ses études à l’IUT !). Son idée de départ était de réaliser un magasine humoristique et original mais, faute de soutien, il a néanmoins créé « une revue littéraire mystérieuse et rafraîchissante, publiée sur papier et sur le web, puis […] une véritable petite maison d'édition indépendante » .

« Cette maison d’édition se consacre à la découverte de nouveaux auteurs qu’elle publie sous forme de livres très soignés. Suivi méticuleux et relation de confiance, les auteurs y trouvent leurs comptes. »

Et voilà ce qu’en dit Julien Campredon :

« […] je voudrais livrer au lecteur une véritable confidence. Plein de sa superbe, mon éditeur prétend en début de livre qu’il sait pour ceci et cela, qu’il connaît ma vie et ses moindres recoins … C’est pure vérité, hélas. […] Lorsque j’ai eu terminé mon recueil, j’en ai parlé à un ami dont le beau-frère avait fait du volley avec Dominique Bordes à Marmande en 1989 et ces deux-là avaient gardé quelques liens. C’est par ce biais qu’un beau jour cet éditeur a sonné à ma porte.
Il avait un sac à dos, deux énormes valises et il m’a annoncé qu’il allait m’éditer ; à cette fin, il venait s’installer chez moi. […] Depuis que mon éditeur vit chez moi, il fouille dans mon linge sale, il essaye de rentrer dans ma vie de couple et il a fait de mon intérieur le siège social de sa maison d’édition ! […] Ceci va tellement loin que j’ai été obligé de cacher mes enfants, de peur qu’il ne les adopte.
Maintenant que ce livre est publié, tout ceci n’a plus aucun sens, et c’est pourquoi, j’appelle toute personne ayant un travail de qualité à l’inviter chez elle, afin qu’il la publie. ».

Monsieur Toussaint Louverture cherche avant tout à publier des écrits de qualité et d’auteurs peu ou pas connus, à découvrir ou redécouvrir. Les livres qu’il publie sont toujours très soignés, très beaux et font rêver.

Sinon, en ce qui concerne le choix du nom, certains s’étonneront  :

« Drôle de nom ?  C'est voulu. Choisi après mûre réflexion, cet hommage à l'esclave affranchi qui fut à l'origine de l'indépendance d'Haïti correspond aux critères que s'était fixés Dominique : un nom à la fois propre et commun, fort, poétique, qui inspire une image sans en avoir vraiment une. » .

Lorsque je lui ai posé la question lors du salon Lire en poche à Gradignan, il a d’abord rigolé et puis m’a répondu : « J’aurais espéré que vous ne me posiez pas la question ! ». Mais il m’a dit que ce nom avait un sens particulier pour lui mais qu’il ne savait pas trop comment me l’expliquer.

julien_campredon_et_son_livre.jpgPassons maintenant à Julien Campredon, auteur du recueil de nouvelles Brûlons tous ces punks pour l’amour des elfes.

Julien Campredon est né le 15 juin 1978 à Montpellier ou, comme il l’écrit,  « Nascut lo 15 de junh de 1978, dins l’apartament de mos parents. » . Il a passé une grande partie de sa jeunesse à Toulouse et travaillerait actuellement « au service culturel de la mairie de Nailloux ». C’est en 1996 qu’il écrit sa première nouvelle et qu’il s’intéresse à ce genre littéraire.

« D'autres écrits suivront, qu'il publie à partir de 1999 sur Internet, dans la revue de création littéraire "Ragtime". Puis en 2002, Julien Campredon s'intéresse, tout en continuant à écrire, à la culture occitane et à la langue. ».

Cette culture, il va la faire apparaître dans ses écrits par les lieux, les noms des personnages, la langue, les expressions.

On le découvre un peu dans ce qu’il écrit parce qu’il laisse une partie de lui dans ses nouvelles. Sur le site des éditions voici ce que l’éditeur en dit :

« Julien Campredon écrit, fait du rhum arrangé […] qu’il boit avec ses amis (ce n'est pas à la vente). Il va publier sa célèbre nouvelle “Heureux comme un Samoyède” dans la revue Brèves n°72, sinon comme tout le monde il aime le sexe. ».

Il a reçu pour son œuvre le prix Flo Gourmets de Lettres.

Bon. Maintenant, vous voyez un peu comment sont les personnages. Il ne me reste plus qu’à parler de l’œuvre.

Brûlons tous ces punks pour l’amour des elfes est un recueil de treize nouvelles et le titre est d’ailleurs celui de l’une d’entre elles. Ce livre se lit du début jusqu’à la fin et c’est tout un univers dans lequel on entre et qui nous fait réfléchir.

Tout commence par la note de l’éditeur (qu’on peut lire ou pas) qui nous raconte un peu la vie de l’auteur et surtout les raisons pour lesquelles l’éditeur a choisi de publier ces nouvelles. Pour cela, il emploie un style humoristique, qui se veut familier dans la distance mais reste soutenu dans le langage, et publie la lettre que Julien lui a envoyée ; c’est comme ça qu’on découvre un peu le style de l’auteur et son univers. Dès ce début, un climat s’installe entre le lecteur et l’éditeur ainsi que l’auteur et peut-être même avec le livre !

Un collage de Philippe Lemaire sépare les nouvelles, ainsi qu’une petite citation de la nouvelle qui suit. Voici les treize titres :
– « Heureux comme un samoyède »
– « Les secrets de ma cuisine »
– « Tornar a l’ostal ou Les mémoires d’un revenant »
– « Brûlons tous ces punks pour l’amour des elfes »
– « Jean-François Cérious ne répond plus »
– « L’angoisse de la feuille de vigne »
– « La branleuse espagnole »
– « Avant Cuba ! »
– « De l’homme idéal de ma femme, d’elle et de ma maîtresse »
– « Six mois avec l’énigmatique étrangère triste »
– « Le lièvre, l’olivier et le représentant en ronds-points »
– « Où l’on voit naître le chevalier Malastre »

Chacune des nouvelles est unique et écrite dans un langage différent. En quelques mots je vais essayer de résumer une à une les nouvelles et je m’attarderai un peu plus sur certaines.

« Heureux comme un samoyède » raconte l’histoire d’un homme qui lit et vit sous les jupes des filles. Le langage est cru et parfois vulgaire (« Ce qu’il y avait sous les jupes des filles, je l’imaginais à peu près : non pas un bouquet de violettes, mais une vulve velue que l’on caressait comme une chatte. […] elle avait refoulé sa beauté au plus profond d’elle-même, et pour la capter, il me faudrait coller l’œil au judas de sa chatte, sorte de paupière fermée avec beaucoup plus de poils autour. »).

Ce qui contraste beaucoup avec la deuxième nouvelle, « Les secrets de ma cuisine » qui emploie un langage beaucoup plus soutenu, et nous parle de l’histoire d’un combat à mort entre un directeur d’art ermite et un jeune chêne, racontée par un « doctorant en biologie végétale à l’INRA » qui fait sa thèse sur le vieillissement des arbres.

La troisième nouvelle est une de mes préférées parce qu’elle est écrite en deux langues : l’occitan et le français. Le récit traite d’un jeune homme, Daniel Ardaillès, à moitié fada à cause de ses origines qui le hantent, et de comment en retournant à celles-ci il va devenir paysan dans le fin fond de sa campagne, ne parlera plus que patois et ne lira plus que la Bible et l’Encyclopédie de Diderot. Dans cette nouvelle,  l’auteur dévoile au lecteur son attachement et son amour pour l’Occitanie et c’est à partir de cette nouvelle que quelques mots d’occitan se glisseront par-ci par-là dans le reste de son œuvre. À sa description de Toulouse, j’ai reconnu les rues et les monuments dont il parlait et j’imaginais presque avoir rencontré le personnage du fou errant dans la ville ! Et ce que je trouve encore génial dans cette nouvelle c’est que les mots écrits en occitan dans le texte français sont traduits en français dans le texte en occitan et inversement. J’ai eu l’impression que le texte lui-même était « vivant ». Pourtant le langage est neutre mais le narrateur arrive à créer une ambiance avec le lecteur qui l’amène à se souvenir de ses origines.

La quatrième nouvelle, éponyme, parle d’un musée attaqué par des punks et défendu par des gardiens qui utilisent des armes. Je trouve que c’est la nouvelle qui est le plus ancrée dans notre réalité : un jeune qui fait un stage dans un service de direction de la Culture parce « faire ça, elfe, ça me plaisait ».

(« les gens qui vivent dans ces services sont ce que j’appelle des elfes : race supérieur ou élite sirupeuse qui boit du champagne et de la musique de chambre. »)

 et qui se retrouve à surveiller un musée de nuit.

« Bon, t’as un gilet pare-balles qui t’attend sur le guichet, et puis j’ai posé du matériel aussi, tu prends ce que tu veux, mais ne te charge pas trop, on t’a affecté à la mitrailleuse lourde en contrebas du hall, à la meurtrière. »

On nous explique que la direction tolère ce genre de bain de sang tant que les gardiens ne se font pas prendre. « Tu vois con, avec la direction c’est toujours pareil : pas vu pas pris con. Par contre, dès qu’il y a une merde, c’est tout pour ta pomme. »

Quand il commence à travailler, il a plein de rêves, d’espoirs, d’illusions. Puis en travaillant il se rend compte que toutes ses idées sont en fait fausses, que son rêve d’entrer parmi les elfes ne se réalisera peut-être jamais. Il se retrouve entre deux univers et doit protéger l’un face à l’autre : les elfes des punks, les élites du peuple, ceux qui disent savoir et avoir une culture contre ceux qui seraient ignorants et des soulards sans aucun mérite. Aujourd’hui la culture est-elle aussi à défendre ? Mais de quoi ou de qui ? Et dans quel but les punks agissent-ils comme ça ? Quel est ce musée qu’on ne voit que de nuit ? Est-ce que les punks ne chercheraient pas à s’approprier une culture qui leur est interdite ou qui les met à l’écart ?

La cinquième nouvelle, « Jean-François Cérious  ne répond plus » nous décrit la vie d’un homme qui fait plus attention à son image qu’à ce qu’il dit. Cela parle politique et on ressent beaucoup d’ironie dans la manière de parler et de décrire l’auteur. L’histoire de Jean-François (en référence au Jean de Jaurès et au François de Mitterrand) est tristement banale et son seul titre de gloire « c’est de se révéler tribun tellement détestable qu’il sait tuer d’ennui un mauvais auditoire ». Son rêve est de finir comme le buste de Jaurès mais à la place de celui-ci et d’être admiré par Imme.

« L’angoisse de la feuille de vigne » raconte des vendanges vues par des artistes, qui assistent littéralement à un spectacle de vendanges. L’angoisse de la feuille blanche se rapproche étrangement du titre …

« La branleuse espagnole » : « IL Y A DEUX ANS, j’avais le travail et la bécane. Aujourd’hui, regarde bien, sans ma gonzesse et sa moto, j’aurais l’air d’un con. C’est le monde à l’envers, putain ! ». Récit d’un homme qui se perd dans ses fantasmes (du moins c’est ce à quoi cette nouvelle m’a fait penser).

« Avant Cuba ! » Si cette nouvelle ne parle pas d’un sujet d’actualité c’est que je n’y ai rien compris ! 274-B attend son tour pour un rendez-vous à l’ANPE. Et face à l’agent qui le reçoit (après des heures d’attente), 274-B va s’endormir (en plus de lui raconter sa vie, que ce soir il s’en va en vacances à Cuba, l’agent perd son dossier … et il lui faudra plus de trois heures pour le refaire !). Dans son rêve, il y a un affrontement entre un vieux retraité qui embarque sa jolie secrétaire à forte poitrine et les jeunes qui cherchent du travail et qui tentent de délivrer la jeune employée.

«  […] il ne laissera rien. "Vous entendez ? Rien ! Je ne veux pas vieillir et je vous baiserai tous, oui, un par un ! Je vais commencer par la fille aux nichons et après ce sera toi, et puis toi. Oui, vous tous qui en avez après mon travail. Mon travail ! Fumiers, va !" […] Un tonnerre d’applaudissements jaillit des hauteurs, tandis qu’en bas la jeune assemblée tente de délivrer la belle de son ravissement et menace le nouveau retraité de ne pas lui payer sa rente. Il s’en fout, il a capitalisé, il vous emmerde et il a trois appartements en location : "Coupez ma retraite et j’augmente vos loyers." […] les anciens soixante-huitards hurlent à la dictature du jeunisme. ».

Petit à petit ces deux clans s’affrontent, chacun accusant l’autre de lui causer des problèmes, et en viennent aux mains. Ce n’est qu’après la fin de la bataille qu’on se rend compte que tout n’est fondé que sur l’incompréhension et le manque de volonté de chercher à comprendre ceux qui prendront la relève comme ceux qui les ont précédés.

Cette nouvelle illustre parfaitement le style de Campredon : un moment vécu qu’il remodèle à sa manière, qu’il se réapproprie. C’est juste le temps de quelques pages mais il nous fait réfléchir.

Je m’arrête ici dans la description des nouvelles parce que le mieux est de les lire. Il est difficile de faire plus court qu’un auteur qui écrit déjà dans un genre court.

Julien Campredon  a un style particulier et change constamment de langage, même si le discours familier ponctué d’expressions du sud (« putain con ! ») revient le plus souvent.

Il part d’instants vécus et par son écriture nous donne sa vision du monde. Sans partir dans de longs discours, il nous livre simplement sa pensée qui entraîne à la fois la forme courte et un certain décalage d’où naît un univers baroque (plein d’idées qui partent dans tous les sens et forment une réalité onirique) et souvent drôle.

Bien que la culture occitane soit omniprésente il ne veut pas en faire une littérature de terroir mais une littérature du sud parce que c’est quelque chose qui lui tient énormément à cœur con !

On se régale à lire cette œuvre qui nous entraîne dans les campagnes et les villes d’Occitanie, et même si la dernière nouvelle m’a un peu déçue, je recommande le livre, l’auteur, et toutes les publications de Monsieur Toussaint Louverture à tous ceux qui aiment l’originalité, les voyages dans le Sud et l’humour !


Lara S., 2e année BIB-MED.

 

 

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 07:00

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Judith HERMANN
Maison d’été, plus tard
Titre original
Sommerhaus, später
Fischerverlag, 1998
traduit de l’allemand
par Dominique Autrand
Albin Michel, 2001


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’instant, c’est ce qu’évoque le recueil de Judith Hermann. À travers sept nouvelles cette jeune auteure berlinoise nous ouvre les portes d’un univers imprévisible, étrange et très touchant. Il s’agit toujours de vous, de moi, d’une personne banale. Cependant, ce qui fait le charme de la vie ce sont bien ces petites choses inattendues, ces bouleversements qui marquent chaque parcours.

 

Que l’on soit baigné dans la moiteur des Antilles ou dans l’atelier poussiéreux d’un artiste berlinois, c’est à chaque fois un surgissement. Ce sont des personnes qui paraissent bancales, qui ont quelque chose d’inapproprié. On pourrait les railler, les rejeter et pourtant elles sont bien là. Elles se creusent un tout petit trou dans la vie de l’autre et, d’une manière que l’on ne s’explique pas, elles apportent un peu plus. Ces apparitions révèlent finalement ce qui fait le vide, le plein d’une vie. On y apprend à relativiser, à accepter la différence ou l’incompréhension. On se focalise sur le moment, l’aspect éphémère d’une relation qui sera rendue vaine par le temps et la vieillesse ou le retour à la normalité très réglée du quotidien (fiancé, travail, fin d’une période de vacances …)

 

Chaque récit a son originalité, aucun personnage ne ressemble aux autres. Pourtant ils portent tous en eux quelque chose de mystérieux, une blessure, un flegme, une incompréhension … on ne sait pas. Ils peuvent parfois même nous sembler quelque peu asociaux et à la fois plein d’humanité. Ils sont traversés par une certaine incertitude ou une fêlure, et c’est précisément ce qui, dans un même élan, les rapproche et les éloigne du lecteur.

 

Dans un style, tour à tour, lancinant et incisif, Judith Hermann parvient à nous transporter au plus profond de la relation humaine. Le lecteur s’immerge dans cette langue pour que celle-ci disparaisse et laisse finalement place aux seules émotions.

 

« Sonja war biegsam. Ich meine nicht dieses »biegsam wie eine Gerte«, nicht körperlich. Sonja war biegsam – im Kopf. Es ist schwierig zu erklären. Vielleicht – dass sie mir jede Projektion erlaubte. Sie erlaubte mir jede mögliche Wunschvorstellung von ihrer Person, sie konnte eine Unbekannte sein, eine kleine Muse, jene Frau, der man auf der Straße begegnet und an die man sich noch Jahre später mit dem Gefühl eines ungeheuren Versäumnisses erinnert. Sie konnte dumm sein und bieder, zynisch und klug. Sie konnte herrlich sein und schön, und es gab Augenblicke, da war sie ein Mädchen, blaß im braunen Mantel und wirklich unwichtig; ich glaube, sie war so biegsam, weil sie eigentlich nichts war. »

 

« Sonia était souple. Je ne veux pas dire par là souple comme un roseau, souple au sens physique, non. Sonia était souple – dans sa tête. C’est difficile à expliquer. Peut-être m’autorisait-elle toutes les projections. Elle m’autorisait à la percevoir de toutes les façons possibles, selon mon désir elle pouvait être une inconnue, une petite muse, cette femme que l’on rencontre un jour dans la rue et dont on se souvient encore des années plus tard avec le sentiment d’une formidable occasion manquée. Elle pouvait être bête, et brave, cynique et intelligente. Elle pouvait être superbe, et belle, et à d’autres moments c’était la petite fille, pâle dans son manteau marron et tout à fait insignifiante ; je crois que si elle était souple c’est parce qu’en vérité elle n’était rien du tout. »

 

Alice, A.S  Éd-Lib.

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 07:00

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Jørn RIEL
Un safari arctique
Titre original :
En arktisk og andre skrøner
Traduit du danois
par Susanne Juul et Bernard Saint Bonnet

Gaïa, 1994

10/18 Domaine étranger, 1997







 

 

 

 

 

 

 

L'auteur


Jørn Riel est né au Danemark en 1931. Enfant, il est fasciné par cette gigantesque tache blanche sur la carte qu'est le Groenland, une des colonies de la couronne danoise à cette époque. Son imaginaire d'enfant est peuplé par les médiatiques explorateurs du grand nord, des héros ayant consacré leur vie entière à l'étude de ce pays-banquise. Alors qu'il n'a même pas vingt ans, Jørn Riel part avec l'expédition de Lauge Koch, sur la base d'étude de l'île d'Ella, dans l'est-groenlandais. Il est alors chargé d'effectuer des relevés sur l'épaisseur de la glace et de les transmettre par radio au Danemark. Finalement, seize années passées au Groenland donnent naissance aux « racontars arctiques », des fictions brèves représentant à ce jour une vingtaine d'ouvrages.

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Un safari arctique

Le recueil Un safari arctique est composé de six nouvelles : « Le Bruant des neiges », « La Balle perdue », « Un petit détour », « Ce qu'il advint d'Emma par la suite », « Un Safari arctique » et « Le Rat ». On retrouve dans ces nouvelles les mêmes protagonistes que dans les précédents recueils : Valfred, Mads Madsen, le capitaine Olsen, William le noir, Lasselille, la mystérieuse Emma, Anton...

Les racontars se déroulent tous sur l'est-groenlandais, à l'intérieur des cabanes de planches des trappeurs disséminées tout au long de la côte, ou dans l'immensité du désert arctique à l'occasion de chasses ou de voyages. Seule la Vesle Mari, un navire dirigé par la capitaine Olsen approvisionnant la station à la fonte des glaces, rattache ces hommes au continent, si l’on excepte bien sûr leurs souvenirs et leurs bavardages nostalgiques.



L'antihéros

Cependant, dès les premières pages, on se rend compte que ces hommes courageux ayant quitté leur terre natale afin de faire carrière dans la « Compagnie » en tant que chasseurs dans l'est-groenlandais, n'ont rien de héros que l'on imagine facilement « derrière des chiens glapissants tirant le traîneau », engagés dans « de fabuleuses chasses à l'ours et au morse » ! C'est l'amer constat que fait le jeune Anton à son arrivée sur la banquise. Les trappeurs sentent mauvais, ils s'alcoolisent toute la journée et leurs tâches quotidiennes se résument à poser des pièges à renard. Exceptionnellement, des chasses à l'ours, au phoque ou au boeuf musqué sortent ces chasseurs de la monotonie arctique. Mais lors de ces aventures, les hommes sont rapidement tournés en ridicule : passagers clandestins d'un iceberg à la dérive lors de la traque d'un phoque ou nu comme comme un vers sur la banquise après l'attaque d'un ours.

« Quand il entendit l'ours derrière lui, il fit ce que beaucoup d'autres bonhommes avaient fait avant lui. D'un geste prompt, il tira son anorak graissé au suif par dessus sa tête et le lança loin sur le côté. Cela lui donna une petite avance. L'ours planta ses griffes dans la glace et freina brutalement. Il se jeta consciencieusement sur l'anorak dont il commença à dévorer une des manches. Mais le goût n'était pas à la hauteur du fumet. Cette partie de l'homme n'était ni vivante ni gorgée de sang (…) Siverts s'était ainsi délesté de la plupart de ses habits en arrivant en vue de la villa de la Falaise. Malgré le gel tranchant et le souffle glacial dû à la vitesse, son torse luisait de sueur pendant qu'il courait vers la maison en haut de la pente et qu'il en franchissait la porte. Il referma, verrouilla solidement derrière lui et s'appuya ensuite contre le dormant de la porte en soufflant comme une locomotive à vapeur.
– Eh beh ! Il a failli avoir du bol avec moi, celui-là, gémit-il, essoufflé. Sur la fin, ça tenait du vrai strip-tease. »

      

Les femmes

Lors de l'interminable nuit polaire, les racontars et bobards occupent les chasseurs. Les femmes, elles aussi, viennent réchauffer les froides couchettes des trappeurs. Et quelle femme ! Blonde, belle, les yeux bleus et tout en rondeur, passant de cabane en cabane et de chasseur en chasseur : elle s'appelle Emma. Imaginée lors d'une énième nuit polaire, Emma est le fruit de l'imagination de Mads Madsen. Bien que pur fantasme, Emma va devenir bien réelle dans l'est-groenlandais uniquement peuplé par la gent masculine et constituera un inépuisable sujet de conversation. Après plusieurs saisons passées dans les cabanes de chasse, Emma quitte le grand nord à bord de la Vesle Mari dans cet opus des racontars arctiques.

« Le capitaine Olsen, debout sur le pont, fronça les sourcils. L'Emma de Mads Madsen lui rappelait un temps où, jeune homme, il était resté bloqué dans les glaces tout un hiver entre les îles de Nouvelle Sibérie. Un hiver marqué par toutes sortes de privations.
– Emma, bougonna-t-il à son second, que diable voulait-il bien dire avec Emma ?
Il regarda autour de lui dans la cabine.
– Dans la mer des Laptev, elle s'appelait Sigrid.
Il secoua la tête, préoccupé.
– Putain de bordel ! Et moi qui ai horreur d'avoir des bonnes femmes à bord ! »



L'aventure arctique

Dans Safari arctique, nos héros vont pourtant croiser une autre femme, en chair et en os cette fois : Lady Herta. Sexagénaire, en quête d'aventure et adepte du safari, Lady Herta est venue chasser le boeuf musqué dans ces contrées lointaines et observer les « Groenlandais » dans leur habitat naturel. Bien entendu, les indigènes qu'elle rencontrera sont autant groenlandais qu'elle !

« – C'est étrange, Capitaine, dit-elle, à quel point on rencontre les mêmes comportements partout dans le monde. Je n'ai pas rencontré une seule tribu qui n'ait adoré s'habiller à l'européenne. Ça a l'air complètement ridicule quand ils enfilent ce genre de choses, exactement comme si nous deux nous nous mettions à porter des jupons de raphia. [...] D'un autre côté, c'est aussi touchant quelque part. Ils essaient de nous imiter, parce qu'ils nous admirent, ce qu'on peut difficilement leur reprocher. [...] Mais je dois avouer, continua Lady Herta, que les hommes d'ici m'ont pas mal surprise. J'ai vu beaucoup d'indigènes partout dans le monde, j'ai fait tout le spectre des couleurs, mais je n'ai jamais senti de parenté comme avec ceux-là. »

 

 

A.P., A.S. Bib.-Méd.

 

 

Jø rn RIEL sur LITTEXPRESS

 

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 Article de Camille sur La Vierge froide

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Marine sur Un gros bobard de Jorn Riel.

 

 

 

 

 

Jorn Riel Le Naufrage de la Vesle Mari

 

 

 

 

Article de Laura sur Le Naufrage de la Vesle Mari

 

 

 

 

 

 

 

Susanne Juul

 

 

 Entretien avec Susanne Juul (Gaïa), éditrice et traductrice

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