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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 07:00

Tanizaki-Le-meurtre-d-O-Tsuya.gif


 

 

 

 

 

 

 

 

TANIZAKI Jun.ichirō

谷崎 潤一郎
Le meurtre d'O-Tsuya

お艶殺し
 1ère édition en japonais, 1915

traduction

Jean-Jacques Tschudin

Gallimard
Collection Folio 2€ 2005

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Junichirō Tanizaki est un nouvelliste, traducteur et romancier japonais du XXème siècle. Né dans une famille de riches marchands, il n'était pas prédestiné à écrire. Il est contraint d’interrompre de brillantes études parce que depuis le décès de son grand-père sa famille connaît des soucis financiers. Il fait ses premiers pas d'écrivain en faisant publier une pièce de théâtre : Naissance.
   
Tanizaki est frappé par la censure à plusieurs reprises, certaines de ses œuvres choquant les bonnes mœurs. En effet les thèmes de la scatologie, de l’homosexualité, du fétichisme, du sadomasochisme sont évoqués. Le séisme de 1923 qui frappe le Japon, touche profondément Tanizaki qui a échappé à la mort. À partir de cet événement il trouve principalement sa source d'inspiration dans son pays natal. Son premier roman, Un amour insensé, voit le jour en 1924. Il se lance lors de la seconde moitié de sa vie dans la traduction en japonais moderne du Genji  monogatari. Il enchaîne les romans, tout comme les mariages (trois en tout) jusqu'à sa mort en 1965.

Son dernier ouvrage,  Journal d'un vieux fou, reflète son état d'esprit, ainsi que son obsession de la mort et le désir de délivrance de la souffrance physique, dans les derniers instants de sa vie.

Décerné en son honneur, le prix Tanizaki est l'une des principales récompenses littéraires au Japon.* (*source biographie folio 2€) Les œuvres de l'auteur ont été publiées dans La Pléiade.



Résumé

L'histoire se déroule dans une époque indéfinie ; cependant elle prend fin en l'an trois de Taishō. Shinsuke un jeune hōkvnin (apprenti) chez un prêteur sur gages est fou amoureux de la belle O-Tsuya, ce qui semble réciproque. Hélas, la jeune femme est la fille aînée des patrons de notre héros, ce qui pose un problème puisque les jeunes amants ne sont pas du même milieu social.

Seiji, un vieux batelier, ayant découvert l'amour impossible de nos deux héros, leur propose alors de faire une fugue pour que les parents soient forcés d'accepter leur union. Il va jusqu'à les héberger durant leur fugue. Il devient un médiateur auprès des parents pour discuter des conditions du mariage.

Cependant, après plusieurs mois de fugue, toujours aucune réponse des parents. Seiji fait venir seulement Shinsuke dans un salon de thé prétextant une confrontation avec le père de celui-ci ; hélas c'est une embuscade et Shin se fait agresser par Santa (l'homme de main de Seiji). Il tente même de le tuer ; cependant c’est l'inverse qui se produit. Le jeune homme en déduit que Seiji a voulu le faire assassiner pour s'emparer d'O-Tsuya. Il se précipite chez lui pour le tuer mais il découvre que la maison est vide excepté la seconde femme de Seiji qu'il tuera après bien des hésitations (car elle était trop arrogante et ne voulait pas lui révéler où avait été emmenée sa bien-aimée).

Totalement désespéré par les actes qu'il a commis, Shinsuke va trouver refuge chez Kinzō, un ami de son père. Celui-ci accepte de l'héberger après que le jeune homme lui a confessé ses meurtres. Il lui propose de retrouver O-Tsuya, à condition qu'il se livre, juste après avoir dit adieu à son aimée, aux autorités. Kinzō le met en garde quant à l'envie de tuer qui risque de s'emparer de lui s'il faillit à son devoir.

Kinzō, après bien des recherches, découvre qu'O-Tsuya n 'est autre que Somekichi, une geisha du quartier de Naka-chō. Elle est devenue la protégée d'un certain Tokubei, un joueur professionnel lié à Seiji. 

Lorsque les deux amants se retrouvent, grâce à Kinzō, une longue explication s'ensuit pour que chacun prenne connaissance de ce que l'autre a fait pendant son absence.

Après bien des péripéties le couple s'associe pour une série de meurtres faisant trois victimes dont une indirecte (Tokubei, Seiji, O-ichi).

Shin va découvrir qu'O-Tsuya est amoureuse d'un autre ce qui la mènera à sa perte.
 
 

La transformation en geisha : découverte d'un univers.
   
La question étant qu'est-ce qu'une geisha ? Étymologiquement, « gei » signifie culture et « sha » personne en japonais ; en traduisant bien, cela donne « Personne de l'art ». Ce qui est vrai puisqu'elles excellent dans les arts de la danse, de la musique, du thé qui leur sont enseignés par leur « sœur geisha ». Elles sont au départ des maikos, et ne deviendront des geishas que lorsque leur apprentissage sera terminé. Elles se trouvent ensuite un dana (homme influent, en général riche) qui les protége et leur assure une protection financière, en leur versant une pension. Ce qui les différencie des prostituées  est leur obi, une ceinture qu'elles portent nouée dans le dos contrairement aux prostituées la portant sur le ventre.

Nous assistons à la transformation graduelle d'O-tsuya en geisha, ce qui n'est pas pour plaire à Shinsuke qui voit d'un mauvais œil le changement de comportement de la femme qu'il aime. Celle-ci devient en effet petit à petit une dépravée. Cependant ne croyez pas que ce soit le cas de toutes les geishas. Ce sont des femmes respectables, qui pratiquent cette « profession » soit pour rembourser les dettes qu'elles ou leurs parents ont contractées, soit parce qu’elles le sont de mère en fille. 

Le récit de la transformation, dans la nouvelle, commence par ces mots : « […] la jeune fille qui depuis toujours se plaisait à imiter les geishas […] » (p. 25).

Elle devient encore plus frappante lorsque la jeune femme est en fugue avec son amant chez Seiji, puisque celui-ci habite près du quartier des plaisirs. De sa chambre, O-tsuya a une vue imprenable sur les barques transportant les geishas et leurs clients.

 

« Observant attentivement les geishas, O-tsuya s'était vite pénétrée de leurs manières, et quelques jours après son arrivée, elle avait remplacé le joli chignon relevé à la shimada qu'elle portait en quittant la maison, par le style plein d'abandon de Hyôgo […] » (p. 29).
 

Même sa façon de parler a changé puisqu'elle utilise des expressions de geishas, ce qui a le don d'irriter son amant, qui n'apprécie pas d'avoir en quelque sorte perdu la femme qu'elle était.

Nous ne pouvons pas dire que les geishas soient décrites de façon méliorative dans cette nouvelle puisque l'auteur en parle en termes de « catins » et de « prostituées ». Ce qui peut sembler étrange puisque sa première épouse était une geisha, dont il a fini par se séparer, ne supportant plus son côté « femme au foyer ».

On apprend par la suite qu'O-tsuya a réalisé son rêve puisqu'elle est devenue une geisha très demandée. En à peine un mois et demi, elle a réussi à se faire un place dans ce milieu où la concurrence est féroce.

 

« Sa position parmi les grandes courtisanes de Fukagawa était dorénavant solidement établie. Les commérages ne la ménageaient pourtant pas, lui reprochant […] de se montrer elle même bien trop maligne pour son âge » (p. 65)

 

Les bruits racontaient également qu'elle savait si bien manipuler les hommes qu'aucun n'avait réussi à passer la nuit avec elle. Ce qui peut paraître étrange puisque lorsque les maikos devenaient geishas cela faisait partie d'un des services qu'elles étaient tenues de rendre. De même qu' O-tsuya n'est pas passée par le stade de maiko, devenant directement geisha car Tokubei (son dana) a deviné  qu'elle n'est plus une « fleur virginale ». Il a même ajouté que de toutes façon elle serait souillée. Donc elle n'a pas pu ne pas avoir de relations nocturnes. Cependant elle s'y est si bien prise que ces rumeurs ont bâti en partie sa réputation.

Sa nouvelle vie de débauche a transformé la jeune femme en ivrogne, manipulatrice,  fumeuse invétérée. À moins que cela  fasse partie de sa personnalité et que sa nouvelle passion l'ait libérée. Son côté manipulateur est bien décrit : « Quoi de plus rafraîchissant que de mener en bateau quelques jobards qui se laissaient plumer ! » (p. 77) Nous comprenons bien que le but d'une geisha est d'avoir le plus de succès auprès de la gent masculine et de devenir la concubine exclusive de certains hommes les plus influents et riches si possible.

Lorsque Shin la retrouve après un long moment de séparation, il découvre que la femme qu'il a laissée aux portes du vice, a complètement plongé. « Ou alors ce métier de geisha t'a déjà complètement corrompue, corps et âme ? » (p. 80). Cette phrase est vraiment forte puisque c'est comme si elle était devenue le Diable en personne, il n'y a plus une once de vertu chez la femme qu'il aime.

Nous pouvons conclure que l'auteur nous montre les geisha comme des créatures viles, et avinées. Son activité l'a rendue pleine de vices et l'a transformée en femme malhonnête qui n'hésite pas à mentir pour parvenir à ses fins. Cependant ne l'était-elle pas déjà avant ?



Les deux visages d'un même homme

Ce qui peut paraître fascinant c'est le fait qu'un même corps puisse abriter deux personnalités radicalement opposées. Être quelqu'un de naturellement bon puis  devenir en une fraction de seconde un être assoiffé de sang et qui ne rechigne pas devant un meurtre, c'est ce qui arrive au personnage de Shinsuke.

À première vue, il semble être un jeune homme réfléchi puisque au départ il ne  veut pas fuguer avec O-tsuya ; il sait très bien ce qu'ils risquent tous les deux. Cela amenuise les chances que le père de son aimée le laisse se marier avec sa fille unique. Il veut faire sa demande dans les règles de l'art pour optimiser ses chances d'obtenir la belle. Il sait parfaitement que lorsqu'il fuit avec elle c'est une mauvaise idée ; cependant il accepte, mais cela ne l'empêche pas de penser : « Alors, non seulement j'enlève la fille des patrons, mais en plus je m'enfuis avec la caisse !  Quelle horreur, si je ne suis pas maudit avec ça ! » (p. 19). Nous pouvons ajouter qu'il est très perspicace, mais qu'il le saura malheureusement trop tard.

Lorsque les amants logent chez Seiji, c'est lui qui garde la tête froide alors qu'O-tsuya ne se gêne pas pour dire qu'elle préférerait ne pas retourner chez elle. Pour Shinsuke ils ont commis une faute très grave et il se ronge les sangs quant au sort qui leur est réservé. Il a peur de la réaction de ses parents et de ses patrons. Ce qui prouve qu'il est réaliste ; il est cependant crédule également, puisqu'il croit à tous les mensonges d'O-Tsuya. L'amour rendrait aveugle et sourd aux appels de la conscience morale.

 « […] il fut soudain envahi d'une force terrifiante, dont il ne se savait pas capable. » (p. 46).  Il ne soupçonnait pas jusqu'alors le démon qu'il abritait. Le monstre tapi en lui ne demandait qu'une lutte pour se révéler. « En un instant, il se trouva de nouveau en proie à des sentiments violents et sauvages. » (p. 56). Sa raison perd le contrôle pour ne plus laisser place qu'à des sentiments qui devraient être refoulés. Cependant peut-être qu'à force d'annihiler, de réprimer nos pulsions pour répondre aux normes sociales, un jour nous ne le pouvons plus et les laissons s'échapper par inadvertance ou sans le soupçonner. La conscience morale est censée être le garde-fou de ses pulsions car il est un homme et non un animal ou une bête. Cependant, ainsi submergé par ses pulsions, Shinsuke a régressé à l'état d'animal, un homme sachant se contrôler (théoriquement). Nous voyons bien le terme de bête apparaître lorsque chez Kinzō le jeune homme redevient un « gentil garçon docile […] comme si la bête fauve, un instant déchaînée, était à nouveau domestiquée » (p. 60). Ce personnage n'a pas un mauvais fond ; il peut même être vraiment moral, si ce n'est qu'il se laisse aller à des pulsions destructrices dans certains cas. Il respecte également la hiérarchie car il aura du mal à appeler O-Tsuya autrement qu'O-Tsu chan (ce qui était une marque de respect pour l'époque) alors qu'elle l'incitait à l'appeler par son prénom .

Néanmoins les remords l'assaillent aussitôt le meurtre commis : « Pourquoi l'avait-il tué ? Pourquoi en était-il arrivé à une aussi cruelle extrémité ? Lui même ne le comprenait pas bien.» (p. 46), ce qui prouve qu'une conscience morale resurgit. Shin compte bien se livrer tout de même aux autorités et confesser ses crimes. Ce qui prouve qu'il n'est pas totalement dénué d'humanité.

 « […] il s'émerveillait de la facilité avec laquelle il était possible de tuer quelqu'un » (p. 47). Cette phrase peut troubler puisque le personnage est fasciné par sa force et sa capacité à tuer. Cela montre qu'il a un mental de tueur.  « J'en ai tué un, je peux bien aussi en tuer un second, quelle différence ! » (p. 48) Après avoir eu du sang sur les mains, il ne voit pas le problème de se les salir de nouveau.

Comment un jeune homme peut-il penser cela et en même temps regretter son acte ? C'est comme si un même corps pouvait abriter deux personnalités contraires. Cette phrase est forte puisqu'elle montre à quel point le jeune homme est devenu une bête, ne respectant plus la vie d'autrui et allant jusqu'à la supprimer. Certes il a de très bonnes raisons de le faire mais les conséquences peuvent être terribles. Cette citation nous montre qu'il a le profil d'un tueur en série puisque après le deuxième meurtre il y en aura encore trois autres. Ce qui le prouve également est le fait qu'il réfléchisse à ne pas laisser de trace de son crime pour ses deux  premiers meurtres. Il jette le cadavre dans la rivière, ainsi que ses vêtements tachés de sang ; il s'en procurera de nouveaux.

Il est impulsif, il change d'idée très rapidement malgré le fait qu'elles soient radicalement opposées comme par exemple le fait qu'il ligote et bâillonne la seconde femme de Seiji, puis qu'il la relâche en lui demandant des excuses. Il finira par la tuer, sa patience ayant atteint un seuil limite.    

Kinzō avait prévenu Shin en lui disant qu'une fois que l'on avait goûté au meurtre, il était difficile de s'arrêter.



Thèmes
   
Les thèmes abordés sont ceux de l'amour et de la mort. Ils sont intimement liés puisque par amour Shinsuke tuera, par exemple. La mort devient l'ombre du jeune homme dès le premier meurtre commis et elle le suit jusqu'à la dernière ligne de la nouvelle. L'amour est source de meurtre dans cette histoire puisque chaque personne que tue Shin est liée de près ou de loin à O-Tsuya.

Le thème du mensonge est également présent puisque Seiji ment aux deux amants pendant une longue période sans qu'ils s'en rendent compte, de même qu'O-Tsuya ment à Shinsuke en lui disant qu'elle est restée pure et qu'elle l'a attendu. Le jeune homme ment inconsciemment à Kinzō lorsqu'il lui promet d'aller se constituer prisonnier. Nous pouvons donc en déduire que le mensonge est la base de la relation entre les personnages principaux. Chaque mensonge a sa conséquence et presque tous les personnages le payent de leur vie.

Le thème de la violence peut se retrouver dans le personnage de Shinsuke qui essaie de la repousser, mais se laisse submerger par elle.

Le thème des vices tel l'ivrognerie, l'homicide, le mensonge, l’appât du gain, la prostitution ressortent avec évidence des caractères des personnages.



Mon avis

La couverture de l'ouvrage m'a particulièrement plu car elle fait passer un message fort selon moi. Nous comprenons que le livre traitera des geishas, car c'est ce que représente la bouche sur la couverture. Cependant par la bouche sont également émis tous les mensonges que proférera O-Tsuya, mais c'est aussi la dernière image que l'on garde d'elle lorsqu'elle prononce pour la dernière fois le nom de l'homme qu'elle aime. La bouche est aussi le signe de la sensualité, la féminité à l'état pur puisque celle-ci est peinte de rose.

Ce qui me paraît gênant est le fait que le titre résume l’œuvre. Il n’y a donc aucun suspense, il reste juste à connaître les circonstances de ce meurtre. Au final l’héroïne meurt à la dernière page. La scène n'est pas décrite alors que pour les autres meurtres c'était le cas. Nous pouvons uniquement imaginer la scène : Shinsuke avec son sabre découpant ou blessant mortellement la femme qu'il aime. Le seul indice que nous avons, nous certifiant sa mort, est l'expression « […] jusqu'à son dernier souffle [...] ».

La question étant : pourquoi l' a-t-il tuée alors qu'il l'aimait ? La première hypothèse, la plus simple, serait pour ses tromperies, mais si nous y réfléchissons bien c'est peut-être par désespoir puisqu'il ne voulait plus tuer par sa faute. Avec ce meurtre il est définitivement débarrassé de toutes tentations et peut enfin aller se constituer prisonnier. Plus rien ne le retient si ce n'est l'envie de réitérer ses meurtres. Ce qui paraît troublant justement c'est le fait de ne pas savoir ce qu'il fera après ce meurtre.

J'ai aimé cette œuvre car elle m'a fait découvrir un horizon de lecture que je ne connaissais pas. Quelquefois les « méchants » l'emportent ; le plus choquant est que cela peut nous paraître normal. Shin a quelque chose d'attachant malgré le fait qu'il soit un meurtrier compulsif ; on le comprend car il s'est laissé berner par une femme et on ne peut avoir que de la pitié pour lui. Le talent de l'auteur se trouve dans le fait qu'il arrive à rendre son personnage attendrissant sachant tout de même que c'est un assassin.

En y réfléchissant bien les personnages de l'auteur ne sont pas manichéens. Nous voyons pour tous une facette sombre de leur personnalité. Au début de l'histoire nous croyons que tous les personnages sont sains d'esprit et bons. Là est le talent de l'auteur qui arrive à cacher l'âme profonde de ses personnages. L'auteur veut peut être nous montrer que derrière chacun de nous se cache un monstre dissimulé à la perfection derrière un masque. Ce qui est une vision assez pessimiste de l'homme.

Concluons que Tanizaki nous présente avec une façon remarquable des héros victimes de leurs vices.


Marina, 1ère année bibliothèques

 

 

TANIZAKI Jun.ichiro sur LITTEXPRESS

 

  Tanizaki Un amour insensé01-copie-2

 

 

 

 Article de Sasha sur Un amour insensé.

 

 

 

 

 


Tanizaki le chat son maitre et ses deux maitresses 

 

 

 

Articles de Justine et de Perrine sur Le Chat, son maître et ses deux maîtresses.

 

 

 

 

 

 

 

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 Article d'Hélène et de Lara sur Journal d'un vieux fou

 

 

 

 

 

 

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Article d'E.M. sur Éloge de l'ombre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 07:00

Nouvelles-du-bengale-01.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Satyajit RAY
Sunil GANGOPADHYAY
Mahasweta DEVI
Selina HOSSEIN
Amitav GHOSH
Al MAHMUD
Nouvelles du Bengale
éditions Magellan & Cie
Collection : Miniatures
(sous la direction de Laure Pécher pour ce volume)
Prix : 12€


 

 

 

 

 

 

Ce livre est un recueil de nouvelles écrites par des auteurs de langue bengali, certains de ces auteurs ne vivent néanmoins pas au Bengale. Ce recueil compte six nouvelles parmi lesquelles « Le journal de Pikoo », « L’Imam et l’Indien », ou « Grandir au Bengale oriental »…

Dans ce recueil, on peut avoir un aperçu de vies plus ou moins ordinaires ; cela nous donne une idée des mœurs d’un pays différent.

 

Résumés de certaines nouvelles
 
« Le journal de Pikoo » : cette nouvelle se présente sous forme de journal. Il est rédigé par le jeune Pikoo, qui vit dans un pays touché par la guerre, pays dont le nom n’est pas cité. Ce petit garçon vit dans une maison avec ses parents, son frère et son grand père qui est diminué. Il voit sa famille se déchirer petit à petit, et un jour son frère disparaît sans jamais revenir. Afin de compenser l’environnement négatif dans lequel il vit, sa mère lui offre toujours beaucoup de choses, jusqu’au jour où elle va rentrer avec une arme…

« L’adversaire » : c’est une nouvelle de Sunil Gangopadhyay. Siddharta est un jeune étudiant qui doit trouver un travail ; il va donc passer quelques entretiens d’embauche. Il se voit refuser le poste à chaque fois sans que personne lui fournisse d’explication. Il essuie refus sur refus pendant près d’un an. Un jour, il se rend à un entretien un peu particulier ; on ne sait pas de quelle entreprise il s’agit, mais plus de 300 personnes sont là à convoiter le même  poste que Siddharta. À partir du moment où les entretiens commencent, les choses vont devenir de plus en plus étranges et la tension entre les candidats va augmenter. Les conditions d’attente sont misérables, ils sont quelques centaines dans une pièce exiguë, sans climatisation, ni de quoi s’asseoir, les esprits s’échauffent donc assez vite ; d’autant plus que les potentiels employés ne savent pas combien de temps cela va durer. Siddharta essaie de s’insurger contre de telles conditions, pensant être soutenu par les autres, ce qui n’est pas le cas.

La nouvelle que j’ai le plus appréciée est « L’adversaire », car l’ambiance dans laquelle se passe l’entretien paraît totalement irréelle. On se demande quand Siddharta va craquer et commettre un massacre. Il semble totalement à bout de nerfs au fur et  mesure que les entretiens se font et que son tour ne vient toujours pas.

 
L’unité du recueil

Bien que les nouvelles soient d’époques différentes, elles ont toutes une chose en commun : elles sont le reflet d’un pays, de traditions, à un moment donné. Dans ces différentes nouvelles, on peut suivre des héros du quotidien, dans les épreuves que tout un chacun peut vivre. Au-delà de la vie quotidienne, on peut aussi constater des thèmes plus violents comme celui de l’injustice, du monde carcéral, des attentats, de la course à l’armement…
 

L.Y., 1ère année bibliothèques / médiathèques

 

 

 


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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 12:30

Stasiuk-L-hiver.gif





 

 

 

 

 

 

 

Andrzej STASIUK
L’Hiver
titre original :
Zima, publié en 2001
traduit du polonais
par Maryla Laurent
illustrations de Kamil Targosz
éditions Noir sur Blanc, 2007


 

 

 

 

 

 

Andrzej Stasiuk

Né en 1960 à Varsovie, c’est un écrivain, poète et critique littéraire polonais. Son premier roman, Mury Hebronu (Les Murs d’Hébron, non traduit en français) est inspiré de son expérience carcérale, qu’il vécut après avoir refusé de faire son service militaire et avoir déserté. Il travaille ensuite pour des journaux clandestins avant de se réfugier dans un hameau près de la Slovaquie. Ses écrits se situent entre fiction et reportage ; il y décrit la Pologne comme un monde déglingué par des décennies de communisme. 

En 1994, il est récompensé par le prestigieux prix de la Fondation culturelle de Pologne. L’année d’après, il obtient un nouveau prix polonais prestigieux avant de recevoir en 2005 le Prix Niké, l’équivalent en Pologne du prix Goncourt.


Avec sa femme, Monika Sznajderman, il a créé en 1996 les éditions Wydawinctow Czarne.



Les nouvelles

Le recueil se compose de cinq nouvelles d’une quinzaine de pages chacune :

  • « Pawel »
  • « Mietek »
  • « Grzesiek »
  • « Paris-London-New York »
  • « L’Hiver »




Le point commun de ces nouvelles, ce sont avant tout les personnages, assez semblables : tous de petites gens qui vivent de peu et se contentent de ce qu’ils ont. Ce sont des êtres passifs, un brin nostalgiques, spectateurs de leur propre vie, attachés à leur « ici et maintenant ». Le style très lent, très contemplatif et l’ambiance qui se dégage des textes constitue aussi un aspect similaire de ces cinq nouvelles.


Enfin, dans chacune des nouvelles, on sent un occidentalisme latent mais de plus en plus présent, souvent évoqué (ainsi, Pawel commande un « Pepsi-Cola » à un bar, des « Samsung » sont évoqués dans la troisième nouvelle, il est question de Michael Jackson dans « l’Hiver », etc.).

Les trois premières nouvelles portent les noms de leur protagoniste, Pawel, Mietek et Grzesiek. Dans le premier texte, Pawel, déambule dans le village et observe les marchandises sans jamais rien acheter, les offres d’emploi sans jamais y répondre, les petites annonces sans y avoir recours...

 

« Pawel se promène entre les meubles, il touche leur recouvrement, s’assied sur les canapés, apprécie la profondeur confortable des fauteuils et tourne son visage vers le soleil, les yeux mi-clos. Sous ses doigts, il sent le crissement subtil du similicuir. Les eaux vertes de la rivière Ropa clapotent non loin de là et Pawel a l’impression fugace de savourer des vacances lointaines. Une étincelle d’espoir apparaît alors dans l’œil du vendeur.

— Vous voulez l’acheter ? demande-t-il.

Pawel ouvre les yeux, il sourit et répond :

— Qui irait acheter un objet aussi grand sur un coup de tête ? » (page 11)

 

 

 Mietek rêve de partir rejoindre son frère à Katowice mais chaque jour, il ne va pas plus loin que le troquet du coin.Il sait au fond qu’il ne verra jamais la Silésie, même si sa maisonnette s’effrite et rouille dans « un monde qui se meurt ».

 

« Dehors, le vent raye l’obscurité de marques transversales. Mietek remonte son col. Aucun véhicule n’arrive par la droite, aussi tourne-t-il le dos aux bourrasques et se met-il à marcher vers le sud. » (page 41)

 

Quant à Grzesiek, perdu dans ses réflexions sur la surconsommation, il traverse la montagne pour vendre sa voiture. Dans la quatrième nouvelle, « Paris – London – New York », Heiniek est un vendeur de vêtements d’occasion qui invite ses clientes à voyager à travers les étiquettes de ses marchandises. Enfin, dans le dernier récit, « L’Hiver », les habitants d’un village attendent la déneigeuse pendant que l’hiver, son froid et ses congères prennent peu à peu possession des lieux.

Les nouvelles sont narrées à la troisième personne du singulier ; pourtant, l’on retrouve à chaque fois quelques courtes interventions du « je » sans que l’on sache jamais si c’est un narrateur fictif ou Stasiuk lui-même qui prend la parole ─ sans doute un peu des deux, d’ailleurs.

 

« Notre région commence à faire penser à une maquette de l’éternité. Les formes deviennent idéales, les différences s’estompent, les températures s’égalisent [...]. Les chiens vont et viennent sur le chemin tracé dans la neige. Je rêve de désordre, de bordel, de chaos. » (page 79)

 

 

 

Le recueil

C’est un recueil assez particulier, lent dans son rythme et son développement, comme une image figée par le froid hivernal. Le style de Stasiuk est dense, il enchaîne de longues phrases énumératives ou descriptives, plus tournées vers la contemplation que le geste, l’action, le mouvement. Les personnages sont passifs, portés à une réflexion figée sur les objets ou les êtres. On ressent, à travers leur introspection, une certaines nostalgie tout au long du receuil. Cette passivité d’écriture finit par créer une ambiance brumeuse, maussade qui donne une véritable impression d’immobilité totale sans jamais tomber, malgré tout, dans une atmosphère sinistre ou désespérante. C’est très subtil, posé par petites touches tout au long des textes et appuyé par le choix des phrases qui traînent en longueur comme traînerait la brume un matin d’hiver avant que le soleil ne perce à travers les nuages. Du coup, les nouvelles sont finalement très poétique, très imagées. On sent le froid et la neige, on partage la fatigue et la lassitude des personnages, on se repose en même temps qu’eux au bar principal ou au coin d’une cheminée. Plus que des nouvelles au sens propre du terme (des histoires courtes, brèves, avec une histoire à chute racontée), les textes sont semblables à des tableaux figés.

 

« Une grosse neige est tombée cinq jours durant. Les clôtures et les routes ont disparu. Les hommes creusent des tunnels autour de leur maison. D’épais coussins blancs coiffent les faîtages. Et, venant des profondeurs du monde, le vent souffle et souffle, et souffle encore. Il file, il court, il se hérisse. Il forme des festons, des crêtes et des vagues. Dans les maisons, les fumeurs comptent les cigarettes qui leur restent et attendent que quelqu’un se décide à sortir le premier pour tracer un chemin. […] Le relief devient de plus en plus lisse, il espère parvenir à une forme idéale aux bords arrondis. » (page 73)

 

Et en toile de fond de ces cinq textes, au-delà des hommes, de leur histoire ou du temps qui se fige, l’on trouve un regard critique sur la société actuelle, mais toujours avec cette passivité singulière que Stasiuk maîtrise si bien. D’ailleurs, cette critique se présente plus sous forme de nostalgie du temps écoulé que de critique virulente et agressive.

 

« Désormais, tout se déroule comme lors d’une guerre silencieuse, le front est invisible. Rien ne se passe en apparence, tout est paisible, mais tant de choses sont abandonnées que c’est comme si les gens filaient à tombeau ouvert. Aucun objet n’a le temps de vieillir, il meurt en deux temps trois mouvements. Il est d’abord tout neuf puis, tout d’un coup, il n’est plus bon à rien. Le néant traverse les choses : les briquets vides, les stylos vides, les bouteilles vides, les boîtes vides, mais aussi les ampoules, les piles, les boîtiers des Akai et des Funai privés de leurs entrailles électroniques, les téléviseurs où tout mouvement a cessé, les machines à laver blanches où plus rien ne tournera jamais, et les radios au silence de plomb, les armoires vides et les tiroirs sans aucune odeur, les Sony et les Sanyo morts d’une crise cardiaque électronique, les ballons crevés, les poupées délaissées, les ours en peluche trahis, les gobelets en plastiques qui n’ont vécu que le temps d’une bière […]. Tout cela s’apparente à ce que laisse derrière elle une armée en débandade parce qu’elle a perdu et qu’elle panique […] » (« Grzesiek », pages 55-56)

 

Finalement, ce recueil a surtout une dimension picturale. Une pause dans un monde en perpétuel mouvement. Pause que l’on prend plaisir à savourer au coin du feu tandis qu’au dehors, le vent et la neige cognent aux fenêtres.


Maëlle, 1ère année édition-librairie.

 

 

Andrzej STASIUK sur LITTEXPRESS

 

 

Stasiuk Fado

 

 

 

 

 

 Article d'Élodie sur Fado.

 

 

 

 

 

 

 

 

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 07:00

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Emma DONOGHUE
Égarés
titre original : Astray
traduit de l’anglais (Canada)
par Virginie Buhl
La Cosmopolite Nouvelles, Stock
septembre 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme elle nous le raconte de manière un peu romanesque dans sa préface, Emma Donoghue est née en Irlande à Dublin en 1969 avant de partir quelques années plus tard pour vivre au Canada dans une ville de «  trois cent mille âmes » (London, Ontario). C’est avec son dernier roman Room également aux éditions Stock, que j’ai connu cet auteur. Son roman qui racontait l’histoire incroyable d’un petit garçon de cinq ans enfermé depuis sa naissance dans une pièce de quelques mètres carrés avec sa mère était écrit de manière particulière et m’avait déjà beaucoup plu. Room avait d’ailleurs reçu le Commonwealth Writers’ Prize en 2011.

 C’est ce qui m’a donné envie de continuer à lire cet auteur et de présenter son dernier livre.

Égarés est un recueil de quatorze nouvelles dont le thème central est le voyage, thème qui m’a particulièrement attiré. Les nouvelles sont réparties en trois sections :

 

– Partir

– En Route

– La Fin du voyage et l’après.

 

 

 

Chaque nouvelle est unique et très particulière puisqu’elles sont toutes tirées de faits réels. En effet Emma Donoghue s’est inspiré pour chacune des nouvelles, d’extraits de journaux de l’époque (Times, The New York Weekly Journal, Tucson Star...), de correspondances, d’archives ou encore de biographies. Tout cela donne bien sûr un effet très authentique aux nouvelles et nous plonge totalement dans un autre monde, une autre époque. Les nouvelles s’étalent du XVIIème au XXème siècle et se déroulent aux États-Unis, au Canada et en Angleterre. Elles sont complètement ancrées dans le réel et on retrouve  des périodes historiques célèbres telles que la guerre de Sécession, la ruée vers l’or ou encore l’esclavage.

Ma section favorite reste la première, « Départ », parce que chaque nouvelle se termine sur une note d’espoir, espoir d’un nouveau départ, d’une vie meilleure, d’un « autre chose » tant espéré qui semble alors si accessible, proche. Dans les autres sections, plusieurs nouvelles peuvent parfois se faire écho, aborder le même thème mais dans cette section, les quatre nouvelles sont bien distinctes.

 

La première nouvelle du recueil, « L’Homme et l’enfant », raconte l’histoire émouvante et attachante d’un homme et de son éléphant dans un zoo. Le lecteur a l’impression d’avoir affaire à une relation père/fils tout au long de la nouvelle. C’est au moment où on apprend que l’animal est sur le point d’être transféré dans un autre zoo que l’on comprend la force de leur relation, ils ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre. La nouvelle a un petit côté étrange et est difficile à croire mais montre bien que l’amour dépasse un grand nombre de choses. Le récit se termine donc sur une note d’espoir ; l’homme réussit à se faire embaucher dans le même cirque que l’éléphant et ils s’offrent ainsi un nouveau départ, ensemble.

C’est ce qui m’a particulièrement plu dans ces nouvelles : avoir la possibilité de connaître la fin, car même si la nouvelle finit comme presque toute les nouvelles de manière évasive, l’auteur nous raconte la fin à travers ses notes après chaque nouvelle, elle nous raconte ce qu’elle a pu retrouver dans les archives et nous donne donc un aperçu de ce qui s’est passé après.

 

La seconde nouvelle, qui s’intitule « De l’avant », relate l’histoire de Fred et Caroline, frère et sœur, et de la fille de Caroline : Pet. Tous trois ont du mal à joindre les deux bouts, mais font leur possible pour se rendre la vie plus facile, et surtout pour que la petite fille ne manque de rien. Pour cela Caroline est prête à tout, elle se prostitue, pendant que son frère fait un métier qui ne lui plaît pas. Mais ce n’est pas une vie, ils ne peuvent pas continuer comme cela. Caroline a de plus en plus de mal à supporter tous ces va-et-vient et à voir son frère malheureux. Mais comment faire pour survivre sans ça, pour gagner de l’argent autrement ? Elle a bien essayé autre chose, mais en vain, elle n’a jamais réussi à gagner autant d’argent que maintenant. Eh oui, elle a honte, mais c’est le seul moyen. Alors quand son frère rentre de sa journée de travail, en lui annonçant qu’il a peut-être une solution, elle se met à rêver naïvement que sa vie pourrait changer, qu’elle pourrait peut-être même s’améliorer. Il suffirait de « vendre son histoire au lieu de vendre son corps ». Fred connaît quelqu’un qui pourrait les aider... On apprend ensuite dans la note de l’auteur, que ce serait au Canada qu’ils auraient trouvé refuge en quête d’un nouveau départ.

 

La nouvelle suivante, « La bonne fortune de la veuve », joue moins sur le côté dramatique, et est même plutôt amusante. Le personnage principal est un avocat, romantique, naïf, à la limite de la niaiserie, qui va se faire berner par une femme prétendant que son mari est mort pour obtenir l’héritage. Tout au long de la nouvelle, l’homme est persuadé que cette cliente ressent quelque chose pour lui et il se met à imaginer des scénarios un peu fous dans lesquels il se voit déjà l’épouser. C’est la manière dont les pensées du personnage sont retranscrites que j’ai particulièrement appréciée ; il est dans un autre monde et passe complètement à côté de la réalité. La femme, elle, réussit son coup, obtient ce qu’elle désirait, et s’enfuit, loin de tous ces gens qu’elle ne pouvait supporter, vers d’autres horizons, pour encore une fois prendre un nouveau départ. L’homme, lui, perd tout espoir de retomber amoureux mais on ne se fait pas trop de soucis pour lui...

 

Enfin la dernière nouvelle de cette section qui s’intitule « Le Dernier repas de Brown » raconte l’histoire touchante d’un esclave en 1864 au Texas. Ce dernier, bon cuisinier, s’entend bien avec la maîtresse de maison mais il apprend par elle que son maître souhaite le vendre. L’esclave et l’épouse malheureuse se lancent alors dans un périple pour trouver une solution. Mais la seule solution est la fuite. Tous deux espérant poursuivre leurs rêves, décident de faire un dernier repas. L’esclave en profite pour empoisonner le plat de son maître et ils réussissent à s’enfuir tout les deux d’abord ensemble puis plus tard dans des directions différentes...

 

À travers ces quatre nouvelles, l’auteur parvient à nous faire ressentir les sentiments des personnages, le lecteur arrive à les comprendre et à se mettre à leur place. Les nouvelles sont fluides, entraÏnantes et surtout elles redonnent de l’espoir, on y croit vraiment. Je dirais même un peu naïvement que ces nouvelles sont comme un courant d’air frais en pleine chaleur d’été. Pour quelque instants, l’auteur arrive à nous faire prendre confiance en nous, à nous faire croire en nos rêves, à la possibilité d’un nouveau départ, à l’existence d’une échappatoire si la vie que l’on mène n’est pas celle que l’on veut.

La suite du recueil est tout aussi étonnante, les nouvelles mettent très souvent en scène des couples – un homme et une femme, deux hommes ou deux femmes – et abordent de nombreux sujets dont certains qui reviennent un peu plus comme les chercheurs d’or, l’ambiance Far West, la guerre...

Enfin je pense que cet extrait de la préface du recueil, résume bien (s’il est possible de le faire) les nouvelles et la façon de penser de l’auteur :

 

« Malaise. Émerveillement. Mélancolie. Irritation. Soulagement. Honte. Distraction. Nostalgie. Indignation morale. Culpabilité. Les voyageurs sont confrontés à un concentré de sentiments confus qui font la condition humaine. La migration est une forme de mort, une démangeaison que l’on ne peut pas soulager. Peut-être parce que l’éloignement d’un lieu donné souligne simplement à quel point être né quelque part, dans un corps bien particulier constitue un point de départ arbitraire, tout comme notre identité et la contingence de notre existence.

Écrire est ma façon de soulager cette démangeaison, d’échapper à la claustrophobie de mon individualité. Cela me permet, au moins pour un temps, de vivre plus d’une vie, d’explorer plusieurs chemins.

Lire, bien sûr, peut aussi servir à cela. »

 

 

Estelle, 1ère année éd-lib.

 

 

Autres œuvres d’Emma Donoghue

 

Room

Long Courrier

Cara et moi


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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 07:00

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Zoyâ PIRZÂD
Le Goût âpre des kakis
Nouvelles traduites du persan (Iran)
par Christophe Balaÿ
Zulma, 2009
Le Livre de poche, 2012












Zoyâ Pirzâd

Elle est romancière, traductrice et nouvelliste.

Elle est née à Abadan en Iran en 1952.

Elle fut découverte par Zulma* en 2007.

« Elle fait partie de ces auteurs iraniens, profondément humanistes qui ouvrent sur le monde l’écriture persane sans rien céder de leur singularité. » Zulma
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Elle a reçu, pour Le Goût âpre des kakis, le prix Courrier international du meilleur livre étranger en 2009.

Pour en savoir plus sur cette auteure, je vous propose le lien ci-dessous qui peut vous amener (si vous le désirez) directement sur une page du site de la maison d’édition Zulma consacrée exclusivement à Zoyâ Pirzâd.

 http://www.zulma.fr/auteur-zoya-pirzad-300.html

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Le livre

« Comme dans ses autres recueils de nouvelles Zoyâ Pirzâd explore avec subtilité, lucidité, tendresse et une certaine nostalgie les chassés-croisés de la vie amoureuse. » Zulma

Ce recueil est composé de cinq nouvelles :

  • Les taches
  • L’appartement
  • Le Père-Lachaise
  • L’harmonica
  • Le goût âpre des kakis


Le thème de ces nouvelles : le couple, « le couple […] écartelé entre modernité et tradition. » (Xavier Lapeyroux dans Le Monde diplomatique).



Petits résumés des nouvelles

« Les taches »

Les couples principaux

  • Leïla, une jeune femme pas très sûre d’elle et assez réservée et Ali un jeune homme volage.
  • Roya, une amie proche de Leïla – elle est la caricature parfaite de la femme moderne ; elle malmène son mari, passe son temps à se peindre les ongles et n’hésite pas à donner son avis – et son mari Hamid.


Tout au long de cette nouvelle, on va voir évoluer Leïla. Elle est forcée de devenir autonome à cause de sa vie de couple qui n’est pas rose mais aussi grâce à Roya qui n’hésite pas à la conseiller et surtout grâce à son don très peu commun...



« L’appartement »

Les couples principaux

  • Manhaz  – elle est forte et sait ce qu’elle veut –, et son mari Faramarz, un homme parfait mais psychorigide.
  •  Simine, une jeune fille élevée dans la tradition, et Madjid, qui a passé plusieurs années aux États-Unis.

   
Simine, depuis qu’elle est toute petite, est éperdument amoureuse de Madjid son cousin germain. Ce sont leurs mères respectives qui ont organisé leur mariage au retour de Madjid. Celui-ci ne semblait pourtant pas être intéressé par sa cousine...

Manhaz quant à elle rencontre Faramarz au travail et bénit le ciel de lui donner un mari aussi exceptionnel. Mais le tempérament de Faramarz et celui de Manhaz ne semblent pas faits pour aller ensemble...

Ces deux couples vont être amenés à la rupture.

Simine vend alors le petit appartement dans lequel elle vivait avec Madjid  pour retourner vivre chez sa mère et Manhaz l’achète car elle ne supporte plus de vivre avec Faramarz.

C’est cet appartement qui fait le lien entre ces deux femmes que tout oppose.



« Le Père-Lachaise »

Les couples principaux

  • Taraneh et Monsieur Naghavi
  • Taraneh et Morad
  • Minouche et Jean
  • Minouche et Shabab


Taraneh est le personnage principal de cette nouvelle. Elle est une femme tout ce qu’il y a de plus normal excepté en ce qui concerne ses cheveux ; ils sont très bouclés (cela déplaît fortement à Monsieur Nagahvi, elle passe donc énormément de temps et gaspille beaucoup d’énergie à les rendre lisses).

Minouche, au coutraire de Taraneh, a des cheveux très lisses et rêve de les avoir bouclés. Elle est décrite comme très maquillée et devient très vite amie avec Taraneh.

Ces deux femmes assez semblables que seule semble distinguer la nature de leurs cheveux vont avoir toutes les deux une vie de couple compliquée. Taraneh qui est fiancée à Monsieur Nagahvi va le quitter pour se marier avec Morad et Minouche qui semblait aimer Jean va épouser Shahab sur un coup de tête.

Cette nouvelle nous  raconte l’histoire de la vie de couple de Taraneh et Morad en la comparant à celle de Minouche et Shahab.



« L’harmonica »

Les personnages

  • Hassan, un jeune homme réservé
  • Monsieur Kamali le patron, associé et camarade de pêche de Hassan
  • La mère de Hassan qui joue le rôle de la conscience de ce dernier
  • Un chauffeur de camion
  • Soheïla Khanom, la jeune et coquette femme de Monsieur Kamali

   
Hassan et Monsieur Kamali se sont rencontrés à la pêche ; Monsieur Kamali a appris à Hassan à jouer de l’harmonica et ils ont ensemble monté un restaurant de kebab. Ils sont amis et leur relation est paisible jusqu’au au jour où Monsieur Kamali se marie. Soeïla Kahnom, sa femme, est coquette. Hassan apprendra du chauffeur de camion qu’au mariage il est recommandé de brider la coquetterie des femmes. Monsieur Kamali lui passera tous ses caprices jusqu’à accepter de déménager aux États-Unis.

 

 

 
« Le goût âpre des kakis »

Les personnages

  • Madame : le personnage principal
  • La maison de Madame : elle va évoluer en même temps que Madame, elle est sa dot et Madame y tient énormément car c’est un cadeau de son regretté père
  • Le Prince : le mari de Madame
  • Ebrahim et Golbanou : un couple de serviteurs qui font partie de la dot de Madame
  • Le Locataire


Madame n’est jamais sortie de sa maison que pour offrir des kakis au voisinage. Elle est complètement coupée de l’extérieur et du temps qui passe.

Elle n’a pas d’enfant car elle est stérile et arrive un moment où Golbanou puis le Prince l’ayant quittée, elle se retrouve seule avec un seul domestique plus vieux qu’elle dans sa grande maison. Elle est déjà vieille mais est décidée à ne pas la quitter même quand la ville subit un bombardemant. Elle consent à prendre un locataire car elle a peur des voleurs et des catastrophes qui pourraient advenir dans sa grande maison.

Une relation se tisse entre Madame et son locataire, elle est troublée par la fiancée du locataire qu'elle n’arrive pas à supporter.

Mais elle va jusqu’à leur proposer de leur donner sa maison pour que celle-ci reste habitée.



C’est dans un style fluide et accessible au plus grand nombre que Zôya Pirzâd a décidé de nous raconter ces cinq nouvelles. Elle nous y décrit les histoires de couples qu’on peut trouver en Iran. On est  immergé dans l’Iran d’aujourd’hui. Ces récits sont en effet rythmés par des noms de plats typiques et des mots aux consonances orientales. Pirzâd nous propose en somme un petit voyage fort sympathique et sans prise de tête dans ce pays tiraillé entre tradition et modernité qu’est l’Iran à l’aube du XXIème siècle.



* Zulma
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Fondées en 1991, les éditions Zulma ont été imaginées par deux passionnés de littérature, Laure Leroy et Serge Safran. Au rythme de douze nouveautés par an dans le domaine de la littérature contemporaine, française et étrangère, Zulma s’impose comme seul critère valable, celui de tout lecteur : être amoureux du texte qu’il faudra défendre.

« Car il s’agit de s’émouvoir, comprendre, s’interroger – bref, se passionner. » Zulma


Son site : http://www.zulma.fr/

PS : La maison d’édition propose sur son site des ateliers d’écritures accessibles à toutes les plumes.


Caroline, 1ère année édition-librairie

 

 

 

Zoyâ PIRZÄD sur LITTEXPRESS

 

Zoya Pirzad Un jour avant Paques

 

 

Article de Karine sur Un jour avant Pâques.

 

 

 

 

 

 

 

Zoya Pirzad Comme tous les après-midiMarjane Satrapi Broderies

 

 

 

États d'âmes en Iran : Zôya Pirzâd et Marjane Satrapi, article de Claire

 

 

 

 

 

 

Zoya Pirzad Le Gout apre des kakis 

 

 

Article de Marine sur Le Goût âpre des kakis.

 

 

 

 

 

 

 

 

La littérature iranienne sur LITTEXPRESS


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 Article d'Adeline sur La Muette de Chahdott Djawann

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 


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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 14:00

Exposition à la Médiathèque de Gradignan

Lire en Poche 2012

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La Boîte à Nouvelles est une exposition retraçant l’histoire du genre de la nouvelle. Elle a été installée dans la médiathèque de Gradignan lors de la dernière édition du salon Lire en Poche. Cette exposition a été créée à l’initiative d’une maison d’édition paloise,  L’Atelier In8, spécialisée dans la publication de fictions courtes. Selon les dires de l’éditrice, créer cette exposition est un moyen de mettre en avant un genre peu réputé en littérature. C’est aussi une manière de promouvoir leur édition et d’avoir une plus grande reconnaissance. L’exposition a donc été présentée à Gradignan durant deux mois et de nombreux visiteurs ont eu la chance de découvrir ce petit aperçu d’un genre trop peu souvent mis en avant.



Décomposition de l’exposition

Se composant de dix kakémonos, l’exposition développe différents thèmes.

Le premier kakémono est une introduction à la nouvelle qui présente sa définition et son étymologie. Les trois suivants mettent en avant l’histoire de la nouvelle à travers différentes périodes : sa naissance et différence avec les contes, son âge d’or avec sa diffusion par la presse et les grands maîtres puis la nouvelle contemporaine, les grands auteurs du XXIe siècle. Le cinquième kakémono va plus en profondeur en présentant une des grandes théories du genre de la nouvelle : la théorie de l’effet. Vous pourrez découvrir ensuite trois registres abondamment utilisés par les nouvellistes : le fantastique (le surnaturel), le réalisme (écrire sur et à propos de la société) et le policier, le noir (exploiter une intrigue noire en très peu de pages). Enfin, l’exposition vous propose un tour du monde en deux panneaux afin de vous donner tous les grands noms du genre à travers chaque continent.

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L’exposition évolue également en fonction des retours du public, puisqu’elle est maintenant proposée en Version 2 avec une borne numérique qui propose donc différents contenus multimédias artistiques et ludiques. Dans un souci pratique, la borne multimédia propose directement le quizz, les lectures de nouvelles et la bibliographie. On peut retrouver ces documents en version papier, mais la borne numérique permet une réelle autonomie de l’exposition qui n’a plus besoin de mobiliser une personne pour vérifier que tout se passe bien. Le public va aussi plus facilement de nos jours vers des formes numériques et petits et grands prennent ensemble plaisir à naviguer sur la borne.



Pourquoi nous avons aimé cette exposition

Nous avons aimé cette exposition car nous avons trouvé que c’était une bonne manière de s’initier et d’en apprendre plus sur la nouvelle. De plus, la charte graphique est vraiment très agréable : des couleurs chaudes et de l’humour (une mini-jupe pour représenter le côté court des ouvrages, par exemple). C’est une démarche vraiment idéale pour attirer des lecteurs différents vers ce type d’ouvrages, sans insister lourdement sur les classiques tels que Maupassant mais sans pour autant les oublier ni renier cet héritage culturel. Les différentes formes de supports proposés incitent le public à interagir avec l’exposition en écoutant des nouvelles lues ou même en participant aux activités proposées en parallèles.

Si l’occasion se présente pour vous lors du passage de l’exposition dans la région en 2013, n’hésitez pas à ouvrir cette « boîte » qui n’entraînera que des plaisirs et d’agréables découvertes !!

 

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Interview de l’éditrice Josée Guellil

 

 

Comment avez-vous eu l’idée de cette exposition ?

Cette exposition est issue de deux constats : d'abord, la nouvelle est un genre qui a mauvaise presse en France, ce qui représente pour nous une opportunité (les gros éditeurs ne s'y intéressent pas plus que ça, donc il y  avait "place" pour un petit éditeur en création) et une difficulté (convaincre les lecteurs de lire/acheter des nouvelles). Ensuite, nos éditions ayant vraiment démarré en 2005, nous les avons petit à petit centrées sur ce genre littéraire. Nous nous sommes développés, professionnalisés, avons gagné en notoriété, pris une place sur le marché. En 2010, nous avons délégué notre diffusion-distribution à un acteur intervenant au niveau national (Pollen). La structuration de la diffusion première, c'est-à-dire la diffusion de nos livres via le circuit commercial librairie était faite. Nous avions le temps et l'énergie de passer à l'étape d'après, et pour nous, naturellement, cette étape, c'était : convaincre les lecteurs... Nous avons songé aux réseaux de lecture publique et événements. Le but : intéresser le lectorat, faire connaître la nouvelle en général et nos éditions en particulier auprès d'eux, sans faire concurrence aux libraires, mais en complémentarité.



Comment est né ce projet concrètement ? Avez-vous dû créer les panneaux vous-même, ou faire appel à des partenaires et des intervenants particuliers ?

L'idée d'exposition s'est donc imposée presque spontanément, car nous savions que c'était là un support que les bibliothèques et salons utilisent amplement. Nous pouvions également nous appuyer sur une matière, un contenu, mis au point par nos soins et consacré à la nouvelle, préalablement publié sur un site www.liredesnouvelles.com.  (Ce site avait pour objet de faire connaître notre « spécialité » autour de la nouvelle, sachant que rien dans le nom de nos éditions n'indiquait ce tropisme éditorial).

Notre entreprise s'appuie sur des graphistes qui pouvaient concevoir les panneaux en interne, les imprimer, ce qui devait limiter les coûts de développement, etc.

Enfin, l'idée de l'exposition pour nous, dès les débuts, a été de dépasser la proposition classique « panneaux didactiques sur le genre »... Étant éditeurs, nous avions possibilité d'augmenter la proposition d'une foule de contenus destinés à « donner à goûter/faire l'expérience de la nouvelle ». Par exemple : donner à entendre de la nouvelle (nous avons fait enregistrer 27 micronouvelles par des comédiens, un audiolivre disponible en zapping via des lecteurs MP3 aux visiteurs qui découvrent l'expo), proposer d'en lire (notre fonds nouvelles, mais aussi une bibliographie de 52 pages qui propose tout un catalogue français et étranger, nouvelles du XIXe siècle à nos jours, nouvelles pour les enfants, parcours thématiques, etc.), donner à rencontrer (organiser des rencontres d'auteurs de nouvelles en bibliothèques, des lectures spectacles ou lectures concerts), donner à écrire (organiser des concours d'écriture), donner à jouer (un quizz pour les scolaires qui visitent l'expo), etc.

L'expo est désormais développée en [Version 2] avec une borne numérique associée.



Qu’est-ce que cela représente pour vous en termes de coût et de temps de travail ?

Beaucoup de temps.... nous n'avons pas compté... Temps en création graphique, en développement numérique, en communication, en comptabilité, en logistique...

En coûts externes, pour la création des contenus, environ 7000 €, auxquels il faut rajouter 23 000 € d'achats de fournitures à ce jour pour huit expositions conçues.



Vous êtes-vous occupée des différents supports présents  pour cette exposition ?

Oui, sur la conception et le fonds. En revanche, pour la réalisation, je me suis appuyée sur les ressources internes (graphiste, développeur numérique, etc.) et externes (production audio, logistique).



Est-ce un gros investissement pour la maison que de proposer l’intégralité de votre fonds, à lire sur place ou alors à emporter ?

Non, finalement, c'est ce qui nous coûte le moins cher ! car notre fonds existe, il existait avant que l'exposition n'existe... Nous ne prélevons qu'un exemplaire de chacun de nos titres, tirés à 1000 ou 1200 ex, pour chaque exposition...



Avez- vous pour cette exposition, des partenaires, des aides financières … ?

Pas d'aide financière. En revanche, des aides à la diffusion de l'info, de la part des agences régionales qui ont bien relayé l'info auprès des réseaux de lecture publique (ECLA, CRL Midi Pyrénées), et des relais Presse (Livres Hebdo).



Qu’est-ce que cela vous apporte pour la maison d’édition ? (de la communication, des ventes ?)

Oui, les deux : plus de notoriété pour notre maison d'édition et nos livres, auprès des professionnels (bibliothécaires notamment) comme des particuliers (visiteurs de l'exposition), et qui dit notoriété et visibilité, pour nous, dit ventes ensuite (en librairies).



Avez-vous eu des retours de professionnels et du public ?

Oui, ils sont très très positifs. L'expo a ceci d'intéressant justement qu'elle est multisupports, ce qui est rare et attrayant. Le graphisme est très réussi et attire l'attention. Deux bémols : le fait qu'intuitivement les visiteurs ne vont pas forcément écouter les micronouvelles sur MP3 car ils n'en ont justement pas l'habitude – la borne numérique résout en grande partie ce problème – et de nombreux établissements scolaires aimeraient recevoir l'exposition mais en raison du matériel fourni, nombreux et high tech, les coûts d'achat/location sont trop importants pour eux, il faudrait qu'ils soient pris en charge par d'autres institutions.



Est-ce important pour l’image de la maison d’être à l’origine d’une telle manifestation ?

Nous ne sommes pas à l'origine de la manifestation... L'exposition peut se greffer sur 1000 événements. Ce fut le cas avec LEP, notamment parce que la nouvelle a un lien avec les petits formats poches....



Est-ce la première fois que L’Atelier In8  participe à un événement d’envergure régionale ?

Non... Nous participons à de nombreux salons... Exposons au salon de Paris depuis cinq ans, sommes invités/programmés pour des mises en avant ou des lectures au salon de Bordeaux (Escales du livre 2012 par exemple, salon polar de Pau Un Aller retour dans le noir, etc.)



À qui destinez-vous cette exposition ? Aux amateurs de littérature, et de nouvelles ou aux néophytes ? 

Tout le monde y trouvera matière ! Les supports, variés, constituent des invitations à différents publics :

 

  • exposition 10 panneaux : pédagogique. Pour les néophytes, les professionnels, les scolaires,
  • audiolivre : pour les curieux, amateurs ou spécialistes, les malvoyants...
  • bibliographie : pour les néophytes séduits ou les spécialistes qui veulent aller plus loin,
  • fonds livres : pour les gourmands lecteurs ou les petits lecteurs justement, réticents aux gros livres,
  • concours de nouvelles : pour ceux qui veulent s'essayer à l'écriture, etc.




Où  a-t-elle été présentée ? Où sera-t-elle présentée ?

Déjà présentée :

  • BDP de l'Aude (Région Languedoc Roussillon) - Acquisition / itinérance dans le département depuis février 2012,
  • Gradignan (Région Aquitaine) : Médiathèque et Festival Lire en poche - Location / août-octobre 2012,
  • Bayonne (Région Aquitaine) : Médiathèque municipale - Location / mai-juin 2012,
  • BDP de l'Essonne (Région Île-de-France) - Acquisition / itinérance dans le département depuis août 2012.


À venir

  • Tournefeuille (Région Midi-Pyrénées) : Médiathèque municipale - Location / Février-Mars 2013,
  • BDP des Pyrénées Atlantiques (Région Aquitaine) - Acquisition pour itinérance,
  •  BDP de Gironde (Région Aquitaine) - Acquisition pour itinérance,
  • BDP de Mayenne (Région Pays de la Loire) - Acquisition pour itinérance,
  • BDP des Yvelines (Région Île-de-France) - Acquisition pour itinérance,
  • Carquefou (Région Pays de la Loire) : Médiathèque municipale - Location / Octobre 2013.

 

 

Chloé et Margaux, 2ème année Édition-Librairie.

 

 

 


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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 07:00

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Zoyâ PIRZÂD
Le Goût âpre des kakis
titre original
Ta’m-Egas-E Khormâlu
traduction
Christophe Balaÿ
Zulma, 2009
Le Livre de Poche, 2012
Prix Courrier International
du meilleur livre étranger 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Zoyâ Pirzâd est née en Iran en 1952. C’est une novelliste, romancière et traductrice iranienne. Elle publie son premier recueil de nouvelles en 1990. Son premier roman, C’est moi qui éteins les lumières, paraît en 2001 et est salué par de nombreux prix en Iran dont celui de meilleur livre de l’année. Ses origines multiculturelles (un père russe musulman, une mère arménienne) se retrouvent dans la plupart de ses romans comme Un jour avant Pâques. Elle est découverte en France en 2007 par la maison d’édition Zulma qui publie alors tous ses livres.
 
 

La maison d’édition Zulma
 
Les éditions Zulma ont été créées en 1991 dans le Gers. À partir de 2006, la maison d’édition prend un tournant décisif dans sa production éditoriale : elle décide de renouveler son catalogue en ne publiant qu’une dizaine de livres par an. Ainsi, la maison Zulma est constituée d’une équipe réduite où chaque personne s’occupe personnellement de chacun des livres édités. Ces livres sont la plupart du temps des livres « coup de cœur », des livres que les éditeurs ont personnellement aimés et veulent partager avec le public. De plus, Zulma s’associe avec le graphiste anglais David Pearson qui a donné un style particulier à chacune des couvertures. Ces couvertures deviennent facilement identifiables, uniques, avec des motifs géométriques colorés faisant penser à un kaléidoscope. Les livres deviennent des « objets-livres » ce qui entraîne un véritable succès commercial.

 
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Le recueil
 
« Les taches »

Cette nouvelle montre l’incompréhension grandissante d’un couple. Dès le départ, on remarque le manque d’amour entre Ali et Leïla. Ali ne voulait ni se fiancer, ni se marier, on lui a forcé la main. Au fil de cette nouvelle, on voit que plus le couple va mal, plus Leïla devient maniaque. En effet, cela devient une obsession pour elle de nettoyer. Elle sait comment nettoyer chaque tache et acquiert même une certaine renommée en la matière.  Elle compense le manque d’amour d’Ali envers elle par le ménage. C’est cette incompréhension entre les deux personnages qui est en vérité la véritable tache du couple, celle dont Leïla n’arrive pas à se débarrasser.

 

« L’appartement »
 
Dans cette nouvelle, Zôya Pirzâd nous décrit successivement l’histoire de deux femmes opposées : Mahnaz et Simine.

Mahnaz est une femme indépendante, elle veut gagner sa vie par elle-même et évoluer dans son travail avant d’avoir des enfants. Elle est mariée avec Faramarz, un homme très maniaque, qui pense qu’une femme est faite pour s’occuper de son foyer. Il n’arrête pas de reprendre Mahnaz sur la façon dont elle s’occupe de la maison et sur le fait qu’elle ne pense qu’à son travail.

À l’inverse, Simine a été très jeune promise à un mariage avec son cousin germain, Madjid. Quand Madjid part étudier aux États-Unis pendant cinq ans, Simine arrête ses études afin d’apprendre à être une bonne femme au foyer et de préparer son trousseau. Au retour de Madjid, ils se marient mais Madjid se montre complétement indifférent et froid envers Simine.

Dans le dernier chapitre, les deux femmes se rencontrent et nous voyons le regard que chaque femme porte sur l’autre.

          

« Le père Lachaise »
 
Taraneh est une jeune femme fiancée à M. Naghavi. Ce denier souhaiterait que Taraneh soit une femme au foyer mais celle-ci préfère travailler. Elle rencontre un jour Morad, l’opposé de M. Naghavi. C’est un homme libre, un intellectuel, qui sort tous les soirs avec ses amis. Elle finit par rompre ses fiancailles avec M. Naghavi et se marie avec Morad. Ils mènent une vie simple et sont très heureux. C’est l’un des seuls couples vraiment heureux du recueil. Cependant, Morad n’a pas de notion de l’argent et il est très distrait, ce qui inquiète Taraneh.

 

« L’harmonica »
 
Cette nouvelle est tout d’abord une histoire d’amitié entre Hassan et M. Kamali. Les deux hommes se sont rencontrés à la pêche et une amitié s’est très vite liée entre eux. Hassan est célibataire, il vit encore chez sa mère. Les deux hommes décident d’ouvrir un restaurant ensemble. Tout se passe bien mais le mariage de M. Kamali avec une femme beaucoup plus jeune que lui agit comme un élément perturbateur. En effet, M. Kamali est de plus en plus souvent absent du restaurant, il répond à tous les caprices de sa femme.

M. Inanlou, un Iranien qui a vécu aux États-Unis, vient tous les jours au restaurant et décrit la vie en Amérique. Ces histoires intéressent de plus en plus Soheila, la femme de M. Kamali qui se rapproche de M. Inanlou et commence à aborder le projet de partir ouvrir un restaurant en Amérique.

 

« Le goût âpre des kakis »
 
« Le Goût âpre des kakis » nous relate l’histoire d’un couple. On ne connaît pas leur nom, ils sont simplement désignés comme « Madame » et « Le Prince ». C’est le seul couple de l’histoire dont on ne connaisse pas le nom, ce qui nous fait comprendre qu’ils sont d’un rang social élevé.

Madame et Le Prince vivent une vie tranquille : ils se marient et s’installent ensemble dans la maison que la femme a reçue en dot. Ils voyagent à travers l’Europe et malgré la découverte de la stérilité de Madame, ils restent ensemble. Une certaine routine s’installe dans leur vie. À la mort du Prince, la femme continue à vivre dans la grande maison, avec leurs deux domestiques, Golbanou et Ebrahim. Elle est très attachée à cette maison et en prend grand soin, notamment du jardin, des fleurs qu’elle avait plantées avec son père. Elle ne sort presque pas de chez elle sauf pour offrir des kakis, venant du plaqueminier du jardin, à ses voisins. Recevoir des kakis de ce jardin est perçu comme un honneur :

 

« Recevoir un panier de kakis de la « maison verte » était un événement dans la famille et parmi toutes leurs connaissances, tant ces fruits étaient succulents ; ou peut-être parce qu’un jour une lointaine parente avait prétendu que son fils atteint d’une grave maladie, avait recouvré la santé en en mangeant un. »


Au bout de plusieurs années, Madame décide louer le sous-sol de sa maison à un jeune homme.

 

L’unité du recueil
 
Dans ces nouvelles, Zoyâ Pirzâd évoque la vie de couple en Iran. Elle ne dénonce rien, c’est une simple observation. On voit l’indépendance certaine acquise par les femmes mais cette indépendance reste tout de même limitée dans certaines familles où les femmes ne font pas beaucoup d’études et doivent apprendre à s’occuper du foyer.

De plus, dans plusieurs des nouvelles, on voit le poids que les familles ont sur le couple. La mère est très présente, elle a une forte influence sur le couple, notamment dans « L’appartement » avec Simine et Madjid. Le fait d’avoir un descendant semble un élément déterminant pour les parents.

Il y a une certaine similarité dans la forme des nouvelles : Zoyâ Pirzâd a écrit ce texte en utilisant principalement des analepses. Cette technique nous permet de connaître à la fois la situation actuelle des personnages mais également leur passé. L’auteure a également construit trois de ces nouvelles (« Les Taches », « Le Père Lachaise », « Le Goût âpre des kakis ») avec des ellipses narratives, permettant de connaître les moments essentiels de la vie du couple.

 
Margot, 1ère année bibliothèques 2012-2013

 

 

 

Zoyâ PIRZÄD sur LITTEXPRESS

 

Zoya Pirzad Un jour avant Paques

 

 

Article de Karine sur Un jour avant Pâques.

 

 

 

 

 

 

 

Zoya Pirzad Comme tous les après-midiMarjane Satrapi Broderies

 

 

États d'âmes en Iran : Zôya Pirzâd et Marjane Satrapi, article de Claire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La littérature iranienne sur LITTEXPRESS


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 Article d'Adeline sur La Muette de Chahdott Djawann

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

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29 janvier 2013 2 29 /01 /janvier /2013 07:00

Andres Neuman Le Bonheur ou pas

 

 

 

 

Andrés NEUMAN

Le bonheur, ou pas
Traduit de l'espagnol (argentin)
par Anne-Marie Chollet
excepté « Justino »
et « Testament de Narcisse »
traduits par Adelaïde de Chatellus
avec la participation de Claude Couffon
Cataplum, 2010


 

 

 

 

 

 

Cataplum

La maison Cataplum Éditions est fondée en février 2010 par Nadia Moureaux-Beugnet. Cette maison d'édition bordelaise axe sa politique éditoriale sur la publication de « microfictions ».

Nadia Moureaux-Beugnet explique sa politique éditoriale dans une vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=uCKncuxwsKw

Le site internet de Cataplum : http://cataplum.free.fr/

 

Le bonheur, ou pas : une microfiction aux allures poétiques

Représentée en France par Régis Jauffret à travers son œuvre Microfictions, le genre de la microfiction est plus présent en Amérique latine et en Espagne. La microfiction se caractérise par sa brièveté. D'autres termes qualifient la microfiction : nanofiction, fragment, microrécit ou flash fiction. En ce qui concerne la longueur d'une microfiction elle peut aller d'une phrase à quelques lignes, elle dépasse rarement plusieurs pages.

Certaines microfictions peuvent évoquer les haïkus japonais, petit poème extrêmement brefs qui visent à décrire l'évanescence des choses.

Les titres des microfictions du recueil, « Les vêtements », « La baignoire », « Dépit » ou encore « Trésor », peuvent  rappeler à leur lecture les titres des poèmes de Francis Ponge dans Le Parti pris des choses. En effet, dans la table des matières du Parti pris des choses, nous lisons : « la Crevette », « le Restaurant Lemeunier rue de la Chaussée-d'Antin » ou « Pluie ». Des noms génériques que le lecteur imagine voir développés dans les microfictions ou poèmes qu'il va lire.

 

Des petits personnages du quotidien aux grands mythes

Certaines microfictions racontent la vie quotidienne. Les protagonistes s'appellent Marcos, Cristobal, Gabriela, Élias ou Élisa. Ils vivent des rencontres amoureuses, des passions multiples, des ruptures douloureuses.

Les autres s'appellent Justino, Alex, Fiodor, Ernesto, David. Ils sont jardiniers ou prisonniers.

Mais leur quotidien de personnage est donné à lire au lecteur.

Par ailleurs, le recueil compte 24 microfictions et deux « dodécalogues » qui présentent des conseils aux éventuels auteurs de microfictions. Certains des personnages de ses 24 micro récits sont fictifs, d'autres font appel à l'imaginaire collectif. La nanofiction intitulée « Le testament de Narcisse » fait référence au personnage mythologique grec que nous découvrons dans le livre III des Métamorphoses d'Ovide. Neuman prolonge le mythe en inventant le testament de Narcisse. Narcisse apparaît comme un être humain conscient de ses actes et qui se repent de son attitude passée. Il déclare p. 58 :


« Cela fait une éternité que le monde me juge, je commence à m'y faire et même à comprendre ses opinions. Il y a cependant des choses que, franchement, on ne devrait pas oublier quand on raconte une histoire, des choses qui, bien que n'étant pas essentielles, peuvent changer la fin d'une histoire et parfois son début. »

 

Andres Neuman fait suivre cette parole de Narcisse d'une longue explication sur les raisons de l'amour incommensurable qu'il se porte. En effet, comment ne pas s'aimer lorsque Rome n'est peuplée que de manants, d'hommes vulgaires, des familles suffisantes qui cultivent un « goût obscène pour la brutalité et la rudesse... » Narcisse n'aurait pas eu d'autres choix que de se réfugier dans une clairière loin de tout le vacarme de la ville pour se préserver et observer sa beauté. Dans cette microfiction, ce n'est plus la faute de Narcisse s'il se contemple nuit et jour et n'accepte pas les autres c'est la société qui est responsable de son retranchement. Cette microfiction est le prolongement d’un mythe connu de tous. C'est également la preuve que les sociétés du monde possèdent un imaginaire collectif qui rend possible les réécritures et les créations à partir de mythes connus.

Il en est de même pour le fragment intitulé « Sisyphe ». Le fragment fait référence au lythe grec mais aussi à l'essai Le Mythe de Sisyphe qui appartient au « Cycle de l'absurde ». Cet essai est paru en 1942 chez Gallimard. Contrairement à l'essai d'Albert Camus, le Sisyphe d'Andrés Neuman s'exprime à la première personne. C'est Sisyphe qui explique le mythe selon son point de vue. Il déclare qu'on a voulu nous faire croire que c'était le châtiment des dieux, qu'il était condamné et qu'il ressentait de la douleur. Le personnage nie et aborde un autre aspect, positif cette fois-ci, de sa condamnation. Porter le rocher chaque jour n'est plus une douleur car il s'est poli avec le temps, il ne lui écorche plus le dos comme aux premiers jours. Et nous, les hommes, voyons Sisyphe comme esclave de sa punition, il n'en est rien. Comme dans la dialectique du maître et de l'esclave présentée par Hegel dans La Phénoménologie de l'esprit, le personnage de Sisyphe opère un renversement et nous définit, nous, comme aliénés. Il précise :

 

« Ceux qui se croient libres n'imaginent pas toutes les responsabilités qu'ils portent. Tant de décisions à prendre en vain, cette obsession pour le changement, cela doit être épuisant. »

 

Andrés Neuman développe ici un autre aspect du mythe, une autre façon de lire la littérature qui montre bien qu'à la manière de l'octaèdre de Julio Cortazar, il existe autant de faces géométriques que de points de vue de lecteurs.

 

Jorge Luis Borges vu par Andrés Neuman

Andrés Neuman, l'Argentin, dédie une nouvelle au maître de la nouvelle argentine, Jorge Luis Borges. Difficile de faire autrement que d'admirer et de louer les multiples talents du nouvelliste mondialement connu. Cependant, Andrés Neuman réussit habilement à désacraliser le personnage de Borges. Vers la fin de sa vie, Borges était déjà très connu. Dans la nouvelle « L'or de Borges » l'auteur raconte la conférence prévue par la Fondation à la fin de la vie de Borges. Tout est prêt, les convives attendent l'auteur avec la plus grande impatience, il finit par arriver et donne sa conférence. C'est la constatation du personnage qui organise la conférence en l'honneur de l'auteur qui est originale. Qui oserait qualifier les écrits ou les dires de Borges de médiocres ? Peut-être que pour le faire avec la bienveillance dont fait preuve Andrès Neuman, il faut être argentin. Ce n'est pas une critique virulente de Borges, juste la constatation qu'un auteur, le plus exceptionnel soit-il, peut en plus de son talent, avoir des faiblesses. C'est l'humanité des auteurs érigés en tant que maîtres qui nous apparaît dans cette nouvelle.

 

Petits conseils aux futurs auteurs de microfiction

La microfiction a cet avantage : elle est extrêmement courte. Elle apparaît comme une forme littéraire encore plus courte que la nouvelle. Cette taille entraîne, d'une part, une facilité de lecture et, d'autre part, une grande rigueur dans l'écriture de l'auteur.
 
Andrés Neuman n'est pas avare de ses secrets d'auteurs. Il lègue à travers les deux dodécalogues de son recueil des conseils d'écriture pour être un bon nouvelliste de microrécits. Il nous aide à définir, dans le même temps, la microfiction : « Le développement excessif de l'action est l'anémie de la nouvelle, ou sa mort par asphyxie. »

L'extrême brièveté est donc nécessaire à la rédaction d'une flash fiction.

Concernant le rythme de l'écriture d'une microfiction, il précise : « Le talent, c'est le rythme. Les problèmes les plus subtils commencent avec la ponctuation. » L'auteur soulève ici  l'obligation de rigueur que doit s'imposer un écrivain de microfiction. La précision des gestes doit être semblable au cadrage du photographe qui s'apprête à prendre une photographie.

Il faut organiser la nouvelle et les évènements qui la composent. Précision et rigueur sont, selon Andrés Neuman, des qualités essentielles à la confection d'une micro fiction.

 

Je vous propose de terminer en vous donnant à lire une microfiction du recueil, choisie par l'éditrice en quatrième de couverture.
 

 

 

Dépit

«Violeta a en trop ces trois petits kilos dont j'ai besoin pour tomber amoureux d'un corps.

Moi, en revanche, j'ai toujours en trop ces trois mots qu'elle aurait besoin de ne plus entendre pour commencer à m'aimer. »

 

 

Xénie Reboulet,  1ère année édition-librairie

 

 

 

Andres NEUMAN sur LITTEXPRESS

 

Andres Neuman Le Bonheur ou pas

 

 

 

 

Article de Clémence sur Le Bonheur ou pas.

 

 

 

 

 

 

andres-neuman

 

 

 

 

Rencontre avec Andres Neuman, compte rendu de Clémence.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CATAPLUM sur LITTEXPRESS

 

 


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21 janvier 2013 1 21 /01 /janvier /2013 07:00

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Régis JAUFFRET
Fragments de la vie des gens
Verticales, 2000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur

Régis Jauffret est un écrivain français né en 1955, originaire de Marseille. Il a reçu de nombreux prix :

 

Le prix Décembre, en 2003, pour Univers, Univers,
le prix Fémina, en 2005, pour Asiles de fous,
le prix France Culture-Télérama, en 2007, pour Microfictions,
Le grand prix de l'humour noir Xavier Forneret.

 

Il fait partie du jury du prix Saint-Germain, un prix cinématographique, depuis 2011. Il est aussi chroniqueur dans l'émission Avant-Premières sur France 2.


L'œuvre

Il serait impossible de faire un résumé de ces 57 nouvelles que Jauffret préfère nommer fragments ou microfictions. Dénuées de titres, simplement numérotées, elles tracent le quotidien vain de différents personnages, jamais nommés, sans aucun lien entre eux. On ne peut y trouver de fil conducteur, il n'y en a pas. Il s'agit de scènes, comme si on se plaçait à la fenêtre d'une maison pour épier la vie des gens.

Les gens, justement, dans ce recueil,ont souvent tout ce qu'on attend de la vie sociale, un mari ou une femme, un emploi, des enfants. Mais ils n'en sont jamais satisfaits, quelque chose leur déplaît systématiquement : un plaisir sexuel inassouvi, des enfants turbulents, l'absence d'une osmose amoureuse, l'ennui, etc. Il en va de même pour les enfants, dont le point de vue est donné dans la toute première nouvelle.

 

 « Ils auraient voulu s'en retourner par où ils étaient venus, grimpant dans leur mère, rapetissant à l'intérieur, se laissant aspirer par l'organe du père, ballottant quelque temps entre ses cuisses, puis se laissant résorber doucement par les cellules, disparaissant dans la nuit infinie de l'organisme. »

 

On est immédiatement plongé dans l'univers de Jauffret, dans ses pensées et donc dans tout ce qui va suivre.

Les pensées des personnages sont le sujet principal. On les suit dans leurs regrets, leurs souhaits perdus d'avance. Pour cela, Jauffret utilise le conditionnel, montrant ainsi ce que les personnages auraient voulu faire mais ne peuvent pas. Ils tentent d'imaginer comment ils pourraient se sortir de ce quotidien qui leur pèse. Mais il n'y a aucun espoir, leurs solutions sont toujours tragiques : la mort, la fuite, le meurtre, etc.

 

« Si elle l'avait découvert en train de se pendre, par curiosité elle lui aurait demandé les raisons qui le poussaient à devancer l'appel. Mais elle l'aurait laissé faire. Elle aurait attendu que le corps cesse d'osciller comme un pendule, que les mains commencent à devenir froides, pour appeler les pompiers. »

 

Le désespoir guide leurs faits et gestes, leurs pensées. Ils baissent les bras pour la moindre chose, ne voyant que le côté noir des petits soucis de la vie, que tout le monde est pourtant susceptible de rencontrer et apte à surmonter.

 

« Elle se demandait si la puberté était le seul moteur de ces crises, ou si sa fille était destinée à faire partie sans tarder de la population des fous. Elle se disait qu'elle pouvait lui éviter toute une vie de souffrances en lui fracassant la tête avec un objet lourd. »

 

C'est une satire de la société, un parfait reflet, selon lui, quelques bribes de vie dans lesquelles tout le monde pourrait se reconnaître au moins une fois. La vie et la société ne donnent aucune chance aux personnages dans les nouvelles, ils sont tous condamnés à leur sort. C'est pourquoi on peut sentir une saturation de leur part face à tout ce qui leur arrive, les simples événements de la vie. C'est ainsi, par exemple, qu'une mère rêverait de voir disparaître ses enfants qui l'ennuient profondément au point de parfois les oublier.

 

« Ils lui réclamaient des baisers, des histoires et de la viande quand elle avait oublié de les faire manger. »

« Ils n'avaient qu'à coucher sur le palier, dans l'ascenseur, ou trouver refuge chez n'importe qui. »

 

C'est l'ennui qui rythme la vie de certains personnages, ce qui les rend tout aussi dépressifs que ceux qui ont une vraie raison de l'être. C'est donc un cercle vicieux et infini. C'est le point de vue et également le but de Jauffret de démontrer cela. Quoi que l'on fasse, on ne peut être pleinement heureux et épanoui puisque quelque chose vient toujours entraver cette possibilité. L'ennui en fait partie.

 

« Alors que l'ennui était une torture, il s'étendait devant elle à l'infini. Elle n'était jamais parvenue à le vaincre, ni à l'entamer. Elle n'osait en parler à personne, elle pensait être la seule à l'éprouver à ce point-là. »

 

Fragments de la vie des gens est donc un recueil de fictions brèves – si on ne reprend pas le terme de Jauffret – particulier. Il faut savoir s'en détacher pour pouvoir l'apprécier. Dans le cas contraire, la lecture de ces histoires pourrait avoir un réel impact sur le moral du lecteur. En effet, il ne peut pas lire ce recueil avec l'intention d'y trouver un issue quelconque à ses propres soucis. Ce serait l'effet contraire qui se produirait. Jauffret n'a pas écrit ces textes pour embellir la société mais pour la dépeindre avec des couleurs désespérantes. Bien qu'il n'offre aucune solution ni aucune pointe d'optimisme, il faut savoir faire la part des choses en le lisant et conserver une certaine distance. À quoi servirait la vie si la seule finalité en était d'attendre la mort, sous toutes les formes, dans un malheur constant et destructeur ?


Julie Cressent, 1ère année éd-lib.

 

 

 

Régis JAUFFRET sur LITTEXPRESS

 

 

Couverture-jeux-de-plage.jpg

 

 

 

 

 

 

Article d'Adrien sur Les Jeux de plage

 

 

 

 

 

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Articles d' Emmanuelle et de  Lucie sur Lacrimosa

 

 

 

 

 

 

Régis Jauffret Tibere et Marjorie

 

 

 

Article de Marjolaine sur Tibère et Marjorie

 

 

 

 

 

 

 

Régis Jauffret Ce que c'est que l'amour

 

 

 

 

 

 Articles d'Ambre et d'Émilie sur Ce que c'est que l'amour.

 

 

 

 

 

 

Jauffret Claustria

 

 

 

Article de Manon sur Claustria.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 07:00

Régis Jauffret Ce que c'est que l'amour

 

 

 

 

 

 

 

 

Régis JAUFFRET
Ce que c’est que l’amour
textes extraits de
Microfictions, Gallimard, 2007
Gallimard, 2009
Folio 2€

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ce que c’est que l’amour est un recueil de trente-huit nouvelles, ou plutôt microfictions, car elles ne font pas plus d’une page et demie, deux pages. Ce sont donc des instantanés, des clichés de vie qui sont transcrits par l’auteur. C’est d’ailleurs d’un ouvrage plus complet, intitulé Microfictions et qui ne recueille pas moins de cinq cents nouvelles, que sont extraites les trente-huit de ce petit ouvrage de 132 pages. De façon très méthodique, l’ensemble des nouvelles est rangé par ordre alphabétique, de la lettre B à la lettre Z.
 
Au premier contact avec le livre, le titre crée chez le lecteur certaines attentes ; il pourrait imaginer que l’auteur s’attelle à une sorte d’éloge de l’amour, de la vie de couple, des sentiments que peut inspirer le sujet si vaste qu’est l’amour. S’ensuit alors une certaine incompréhension quant au choix de la couverture, qui représente une pomme finement tranchée. Finalement, une fois le lecteur pris dans le tourbillon des pages, il comprend que Régis Jauffret, à la manière dont la pomme est tranchée, va disséquer les relations amoureuses, opérer à cœur ouvert en quelque sorte, et le tout sans même mettre de gants ; il a une façon d’écrire très crue, très vraie, qu’il qualifie lui-même de « meurtre sans préméditation », c’est-à-dire une écriture sèche, qui va puiser jusqu’aux limites de l’obscène et du vulgaire.
 
Cet extrait, de « Vulgaire comme l’amour », est loin d’être le seul à montrer ce que  Jauffret se permet d’écrire :

 

« Vulgaire comme l’amour. Une histoire de cul, on s’embrasse après pour faire passer le goût. Je t’avais attrapée au bar de l’hôtel. Tu avais tellement bu, tu n’avais plus rien d’une humaine. Il faisait trop sombre, je ne distinguais pas les détails de ta laideur qu’on aurait dite dessinée par un graveur à l’eau-forte qui t’aurait haïe. Je t’ai fait grimper dans la chambre comme un clebs. Tu grognais pendant que je te tronchais, tu ressemblais tellement à un animal que j’avais l’impression de me livrer pour la première fois à la zoophilie.


– Maintenant tu es ma femme.

La mère de mes enfants, celle dont je me contente pour mes besoins sexuels. Quand il n’y a qu’une seule cuvette dans un appartement, on est bien obligé d’y aller pisser. Ton vagin comme un chiotte. Tes grandes lèvres comme un abattant, tes poils noirs en guise de couvercle, et ton clitoris comme le bouton d’un loquet. » (page 127).


Régis Jauffret propose un éventail d’histoires d’amour, à la fois violentes, égoïstes, possessives et maniaques. Une phrase particulièrement choquante a retenu mon attention lors de ma lecture : après que son mari a eu un accident, la femme dit : « Il ne m’a accordé le suicide qu’après six mois de négociations » (page 83). Toutefois, l’auteur énonce aussi des vérités : « Nos enfants sont perturbés, ils ont dans la tête plus de marques et de logos que de théorèmes et de conjugaisons. »

Toutes histoires confondues, l’auteur se soumet à une règle très simple : pas de ponctuation qui permettrait d’ironiser sur certaines situations, ou qui laisse sous-entendre quelque chose, comme les points de suspension par exemple. Même une question se voit dépourvue de son point d’interrogation ! « Alors pourquoi tu m’as aimée. » (page 42). Le principe de mettre des points à chaque fin de phrase est de faire ressortir davantage son écriture sèche, brève, pour qu’il n’y ait aucune autre interprétation possible que ce qu’il énonce.
 
La contrainte, en écrivant une petite histoire de deux pages maximum, c’est de planter le décor rapidement et de faire entrer le lecteur au cœur du sujet, ce que Régis Jauffret fait à la perfection en lançant une phrase d’accroche : « Quand j’écrivais les 500 petites histoires de mon livre Microfictions, j’écrivais d’abord la première phrase, et tout le reste en découlait. » (interview pour L’Express), et en nous plongeant dans l’univers des personnages, pour tenter de les cerner.
 
Dans la plupart des microfictions présentées, le narrateur est un homme et ce statut renforce l’idée du « sexe fort », de l’homme qui veut tout contrôler et ne pas se laisser dépasser par la femme. Quelquefois la femme est narratrice et fait de l’homme un objet, son objet, mais la tendance s’inverse rapidement, peut-être par peur que le sexe féminin finisse par dominer.

 

 
J’ai aimé / Je n’ai pas aimé
 
Ce recueil de nouvelles laisse un goût amer après première lecture, et après seconde lecture… un goût indéfinissable ! Ce livre provoque un sentiment étrange, même en sachant ce qui nous attend en lisant une deuxième fois, on se laisse à nouveau surprendre par la profondeur du  propos, la façon qu’a Régis Jauffret de nous plonger dans son univers déjanté et surtout par le fait qu’il qui raconte des choses bel et bien vraies, mais que personne ne se dit en face, car le sexe est encore un sujet relativement tabou pour certaines personnes. Dans tous les cas, pour l’auteur, c’est loin d’en être un !  Âmes sensibles, s’abstenir !

 
Éloïse Comte, 1ère année édition-librairie.

 

 

Régis JAUFFRET sur LITTEXPRESS

 

 

Couverture-jeux-de-plage.jpg

 

 

 

 

 

 

Article d'Adrien sur Les Jeux de plage

 

 

 

 

 

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Régis Jauffret Tibere et Marjorie

 

 

 

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Régis Jauffret Ce que c'est que l'amour

 

 

 

 

 

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Jauffret Claustria

 

 

 

 Article de Manon sur Claustria.

 

 

 

 

 

 

 

 

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