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17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 21:10












Nancy LEE,

Dead girls

traduit de l'anglais par Sophie Aslanides

10/18 collection dommaine étranger, 2008

 

 












L'auteur Nancy Lee est née en 1971 ; fille de parents Chinois et Indiens elle immigre très jeune au Canada. Dead Girls est son premier receuil de nouvelles. Elle habite actuellement à Vancouver, la ville où elle a situé ses histoires.


Dead Girls regroupe huit nouvelles, huit parcours de femmes bien souvent en marge de la société, confrontées à un monde où règne la violence, l'injustice. Ce sont les récits d'un quotidientdifficile, de l'ennui et de la frustration de personnages qui essaient d'atteindre le bonheur mais dont l'espoir d'une vie normale est trop souvent brisé.


Le cadre est la ville de Vancouver, où sévit un serial killer qui tue des femmes et les enterre dans son jardin. Chaque héroine de ces nouvelles croise plus ou moins directement la route de ce tueur, ce qui crée un lien entre toutes les nouvelles, une unité.


Les nouvelles sont de taille assez longue, une trentaine de pages en moyenne. Ce sont des textes où dominent l'échec sentimental, la maladie, la violence quotidienne, par exemple l'histoire d'une mère déchirée par la disparition de sa fille et l'agonie de son couple, ou d'une SDF recueillie par un tatoueur qui ne comprend pas pourquoi elle voudrait s'offrir à lui, qui se voit si laid ... Le récit de l'après-midi d'adolescents sans but qui dérapent, la soirée d'une infirmière droguée embauchée pour un marathon de danse, la cavale nocturne de deux amies dans la ville ... A chaque fois, ce sont la société et ses contraintes qui poussent les personnages à la colère et la violence.


Il n'y a pas de jugement de la part de l'auteur qui nous livre une plongée parfois violente ou dérangeante dans le destin de ces femmes. Mais l'écriture bien que dure n'est pas dénuée de compassion, et malgré l'aspect noir de ces portraits, on ne peut s'empêcher d'y lire une lueur d'espoir, et quelque part de se reconnaître un peu dans ces vies brisées.


Léa, 1ère Année Edition Librairie

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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 21:46








Bret EASTON ELLIS,
Zombies
, 1994
Titre original : The Informers
Traduit de l’américain par Bernard Willerval
Editions Robert Laffont, 1996

Rééd. 10/18

   
















Zombies est un recueil de treize nouvelles publié en 1994, qui a été rédigé avant la publication, en 1985, du premier roman de Bret Easton Ellis Moins que zéro. Ce recueil est donc une œuvre de jeunesse. Ellis est né en 1964 à Los Angeles, ville où se situe la majorité des actions de ses différents romans. Il fait partie de la Génération X, génération décrite comme agressive, parfois violente et toujours cynique. En effet, Ellis semble s’inscrire dans ce mouvement générationnel comme en témoigne ce premier écrit sombre et brutal. 

Zombies est l’immersion dans le monde sulfureux, aisé, étouffant de Los Angeles dont la chaleur pèse sur les épaules de chacun des personnages et qui lentement les empêche d’avancer, les fait s’enfoncer dans une vie dont ils n’aiment rien. Ils sont riches, beaux, parfois célèbres mais ils ne peuvent dormir ou se lever sans une quantité considérable de Valium. Ils sont seuls, pourtant entourés d’amis, d’amants, de familles à qui ils sont indifférents. Un monde sans amour, sans vie ; et pourtant aucun des personnages n’est à la recherche d’autre chose, bien trop conscient des limites de ce que leur vie a à offrir.

Les différentes histoires sont brèves, comme éphémères, mais pourtant elles laissent une empreinte indicible dans l’esprit du lecteur. Au fil du livre, les personnages défilent, tous d’âges différents et dans des situations diverses ; mais comme pour nous dire qu’ils sont animés par les mêmes peurs, Ellis donne à ses personnages des prénoms souvent identiques de nouvelle en nouvelle et les personnages se retrouvent au fil des différentes histoires. Ainsi on retrouve beaucoup de Graham, de Tim, de Cheryl qui sont des adolescents, de jeunes hommes ou femmes, pères ou mères de familles désabusés. Les histoires que Ellis nous dévoile sont de petites tranches de vies prises sur le vif : un dîner au restaurant entre quatre amis, un voyage en train, une conversation téléphonique, un père qui emmène son fils en vacances quelques jours… Ces instants sont insignifiants, le lecteur pénètre sans préliminaires dans la vie intime de chaque personnage, nous sommes immergés dans leur univers qui leur est étranger, hostile.

Ce n’est pas un livre que l’on peut lire d’une traite. Non seulement les nouvelles se prêtent à une lecture hachée mais plus on avance dans ces petites histoires plus on est ébranlé, plus le ton semble se durcir, plus les personnages sombrent dans une folie dangereuse et plus le lecteur a peur d’être pris au même piège. Chaque histoire, Ellis nous la murmure au creux de l’oreille avec, au coin des lèvres, un rictus inquiétant.


                                                                                             
Marie-Aurélie,1ère année Ed-Lib

Voir aussi l'article de Julie.
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13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 20:19








Jack LONDON,
Parole d’Homme et Histoires du pays de l’or

Titre original: The Faith of Men & Other Stories
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Louis Postif
Phébus libretto, 2003













L’Auteur

Jack London (1876-1916) vit une enfance difficile. Il se forge sa propre culture littéraire en lisant beaucoup Darwin, Spencer et Nietzsche.

Il participe, en 1898, à la ruée vers l’or du Klondike. Il rapportera peu d’or mais les chercheurs d’or et les indiens seront sa principale source d’inspiration.

En 1902, il part pour Londres et passe trois mois avec les travailleurs pauvres, les sans-logis et les chômeurs. De cette expérience il tire un livre : Le Peuple de L’Abyme.

Il meurt en 1916 suite à une crise d’urémie. Mais une polémique persiste encore sur sa mort, suicide ou maladie ?

Durant sa courte vie et ses années de vagabondages et d’engagement politique au sein des rangs socialistes, il fut un auteur prolifique publiant plus de cinquante œuvres au total. On distingue notamment L’Appel Sauvage (1903), Croc Blanc (1905), Martin Eden (1906) – considéré comme sa biographie romancée – mais aussi des textes plus engagés comme La Guerre des classes et Le Talon de fer.

Certains de ses romans ont été adaptés au cinéma.


Le Recueil

Publié au printemps 1904, ce recueil est constitué de huit nouvelles d’une vingtaine de pages en moyenne. L’ordre des nouvelles a été conservé dans cette édition de 2003.


Le contexte est celui de la ruée vers l’or du Grand Nord dans les régions du Yukon et du Klondike (Canada, Alaska), dans ce pays sans frontières précises. Dawson est la capitale de l’or, là où convergent tous les chercheurs.

Les huit nouvelles évoquent le monde sauvage, la vie et la mort au Grand Nord. Ce sont des fragments de vie, des récits atypiques sur l’Homme et sa condition de vie au pays du grand froid. Jack London réalise presque une étude anthropologique. C’est la conduite des hommes qui fait la matière du recueil.

L’oralité est très présente, elle sert à mieux définir les personnages et leur attitude.  Elle amplifie le réalisme des nouvelles et donne une saveur particulière à la lecture grâce aux expressions langagières des personnages.


L’Héroïsme

La dimension épique est très présente dans l’œuvre. Jack London nous présente des êtres humains dans un contexte de survie. Ils sont tous empreints d’une forte détermination et ont le caractère bien trempé. Tous les moyens sont bons pour survivre et aucun de ces héros ne se décourage.

Le lecteur pénètre l’intimité de ces aventuriers animés par l’instinct de survie et la fierté. Tous les personnages du recueil sont donc des héros mais parfois pour rien. C’est le cas pour le protagoniste de  la nouvelle intitulée « Les Mille Douzaine d’œufs ».

L’héroïsme se manifeste sous plusieurs formes : l’ingéniosité, le courage, la ruse, la dignité …


L’Etat Sauvage

La rudesse de la vie au Grand Nord pousse les hommes à l’animalité. On est ici loin du « bon sauvage » de Rousseau, voué à aimer son prochain et sociable de nature.
 

« Le Mariage de Lit-Lit » met en scène un indien qui vend sa fille à un Blanc pour 100 couvertures, 5 livres de tabac, 3 fusils et 1 bouteille de rhum.

Dans la nouvelle intitulée « Bâtard », on retrouve une thématique chère à Jack London, le rapport homme /animal déjà développé dans Croc Blanc, L’appel sauvage … L’homme et l’animal sont sur un pied d’égalité car ils sont confrontés aux mêmes dangers.

Mais cet esprit d’état sauvage n’empêche pas la solidarité et la fraternité entre les hommes. Il est question dans plusieurs nouvelles de ce recueil, de fonder un couple pour échapper à la solitude et résister à la dureté de la vie. Les personnages cherchent à surpasser cet état sauvage en fondant un foyer, ou en trouvant fortune.


Humour

L’humour fait totalement partie de l’écriture de London. C’est ce qui donne ce plaisir de lecture. Il n’est jamais totalement pessimiste mais plutôt d’un profond réalisme.

C’est l’humour noir, grinçant qui est le plus présent. On peut sourire de tout même du malheur des personnages mais ce n’est pas un humour malsain ni sarcastique.  D’ailleurs certains personnages pratiquent l’autodérision.

L’humour est donc ici une sorte de recul de l’auteur, comme des réflexions ajoutées à un témoignage.



Ce recueil présente un aspect inconnu de l’auteur. Nous le connaissons plus pour ses grands romans et épopées mais les nouvelles sont les plus représentatives de son style et de son talent de conteur. Ce sont des témoignages de cette vie méconnue, qui paraît être loin de notre société, une vie où l’homme ne domine pas la nature mais vit avec et où l’alcool apporte un peu de chaleur à l’âme humaine.

Les nouvelles représentent aussi son vécu et ses rencontres qui l’ont influencé dans toutes ses œuvres comme des instants fixés par l’écriture.

A lire aussi
 
Construire un feu, un autre recueil de nouvelles aux éditions Phébus.

Thomas, 1ère année édition/librairie


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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 19:20










Jorge Luis BORGES
Le Livre de sable

Gallimard, 1983,
rééd. Folio





















Comment parler de Jorge Luis Borges sans chichis ?

Chez un auteur où la philosophie est omniprésente et dont les clins d’œil littéraires jalonnent toutes les nouvelles, comment vous dire que Fictions et Le livre de sable se lisent d’un trait, simplement ; et que, en dehors de toutes les critiques universitaires canoniques, les nouvelles de ces deux recueils (30 en tout) sont juste passionnantes et terriblement agréables à lire ?

On peut aborder Borges sous l’angle stylistique, purement littéraire, mais Ce serait enlever à cet auteur toute sa dimension universelle. Il ne s’adresse pas seulement aux experts mais comme il le dit lui même : « J’écris pour moi, pour mes amis et pour adoucir le cours du temps ». Quiconque aime lire, pourra se plonger dans ses nouvelles avec plaisir et il n’y a pas à rougir de ne pas faire siennes toutes les allusions de Borges à ses références intellectuelles.

Il s’agit, avant tout, de nouvelles pour la plupart fantastiques, à l’imaginaire débridé.

Voyez plutôt :

Dans "L’autre", le narrateur, Borges lui-même, rencontre sur un banc au bord du fleuve Charles, son double, à Cambridge. Ce n’est personne d'autre que lui il ya des dizaines d’années, encore étudiant à Genève. Chacun pense qu’il est en train de rêver l’autre et ils se quitteront rapidement en se donnant rendez-vous le lendemain ; rendez-vous auquel ni l’un ni l’autre n’ira …

"La secte des Trente" est une très courte nouvelle dans laquelle l’auteur imagine un narrateur religieux, fanatique, de type annonciateur de l’apocalypse, qui nous raconte l’origine mystérieuse de la secte des Trente : « abominable hérésie »  dont on ne connaîtra pas la fin.

Dans "Le disque" le narrateur bûcheron va jusqu’à commettre un meurtre pour posséder un objet quasi invisible, à une seule face, qu’il va laisser tomber à terre et ne retrouvera jamais.

"Le livre de sable"  nous fait découvrir un ouvrage au nombre de pages infini, totalement inconcevable et qui manquera de rendre son propriétaire fou.

On peut comprendre les nouvelles de Borges de différentes manières, à divers niveaux de compréhension. Il n’y en a pas un qui vaille plus que l’autre et c’est au fur et à mesure des lectures et relectures que s’insinue en nous ce plaisir et cette envie d’exploiter les mots de l’auteur. Les textes, agréables et forts, nous emportent si on le souhaite vers les ailleurs de notre pensée. L’universalité de Jorge Luis Borges est dans le prolongement merveilleux qu’il fait de notre esprit et de notre inconscient. A lire pour le plaisir !


Dorothée Degeix, Année Spéciale Edition-Librairie


Voir aussi les articles de Benjamin et de Nathalie sur Fictions


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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 12:00





Roberto BOLAÑO
Des putains meurtrières ( Putas Asesinas)

traduit de l'espagnol par Robert AMUTIO
Christian BOURGOIS éditeur, 2003



















L'auteur


Imaginez vous jeunes, plein de projets. A vingt ans on a des envies pour le futur, et des idées à la pelle. Peut-être comme Roberto Bolaño rêvez vous de devenir poète ? Et d'un coup tout s'effondre, il faut partir et tout laisser. Vos rêves s'envolent .Votre vie change du tout au tout en une seconde. Vous voilà propulsé dans un monde qui n'a plus de sens, un monde que vous n'imaginiez même pas ! Eh bien voici l'histoire tragique de l'Amérique latine.

Roberto Bola
ño est né en 1953 à Santiago, au Chili. Il a vécu au Mexique mais se trouvait dans son pays natal lors du coup d'état du général Pinochet en 1973. Les militaires ont alors pris le pouvoir et écrasé les partisans du président socialiste Allende. La répression fut très violente. Les prisonniers furent torturés, battus, certains avions jetèrent des personnes vivantes à la mer. L'horreur de cette dictature (et de celles des pays voisins) est souvent méconnue.

Bola
ño fut emprisonné pendant un court moment avant de réussir à fuir en Europe. S'ensuit une longue promenade dans les pays européens et au Mexique. De nombreux auteurs se sont trouvés en grand danger, ils étaient les ennemis du gouvernement en place. Comme dans toute dictature les artistes étaient des hommes très surveillés. La plupart étaient socialistes et furent  traqués par les militaires. Pablo Neruda, grand poète chilien fut tué en 1973 dès la première année de dictature. La fuite était la seule solution pour survivre. La résistance était impossible.

Il est important de rappeler que le monde était divisé en deux blocs à cette époque. L' Amérique latine était sous l'inflence des révolutionnaires communistes. Comme en France un mouvement artistique (Aragon par exemple) a défendu cet idéal d'égalité. Roberto Bola
ño faisait partie de cette génération socialiste qui a vu ses rêves brisés par le régime de Pinochet. L'Amérique latine semblait sur une voie positive mais la dictature a rompu ce processus. L'auteur est un témoin de la répression, de l'exil et de la souffrance provoqués par les militaires. Il est important de souligner ce contexte très dur et marquant pour comprendre ce recueil de nouvelles.

Roberto Bola
ñ
o a connu son premier succès avec La Littérature nazie en Amérique du Sud. Puis il a écrit environ douze ouvrages, des romans, des recueils de nouvelles et des poèmes. Il commence à être reconnu en tant qu' écrivain dans les années 90. Il a obtenu des prix littéraires, dont le prix Romulo Gallegos en 1999. C'est le prix le plus important en Amérique du Sud. Aujourd'hui il bénéficie d'une certaine reconnaissance chez les personnes de lettres. Il commence à être lu et devient un écrivain « à la mode ».


Le recueil

Des putains meurtrières est un recueil de treize nouvelles. Dans chaque récit on retrouve une atmosphère « indescriptible »: comme un cauchemar, un mauvais rêve qu'on voudrait chasser .Le narrateur vit des choses qui frôlent souvent le surnaturel, qu'il ne peut pas expliquer. Le personnage principal est dans un pays étranger, de passage ou bien pour y retrouver un ami... Puis il est embarqué dans des histoires à dormir debout ! D'ailleurs l'action se passe souvent la nuit, dans des endroits sombres, enfumés et sentant l'alcool fort. Le brouillard, la fatigue et l'alcool empêche le personnage de voir clair dans ce qu'il vit. Cependant il ne cherche pas à fuir ces ambiances, il ne s'y plaît pas non plus. Il est là tout simplement. Sans le vouloir vraiment mais sans avoir envie de partir pour autant. Pour aller où ? Et pour faire quoi ? Il subit plus qu'il ne vit ces situations sans jamais chercher à les comprendre. Peut-être que ces moments de cauchemar sont une métaphore de ce qui s'est passé dans son pays : la dictature comme une blague, quelque chose de vraiment improbable et qui pourtant a bien eu lieu.


Ces récits sont l'histoire d'un homme errant. L'errance est vraiment le mot le plus juste pour décrire ce que vit le personnage. Il erre. D'un pays à l'autre, d'un ami à l'autre, d'une histoire à l'autre. Tout cela n'a pas vraiment d'importance. Il a baissé les bras. Il subit la vie, l'accepte comme elle est et n'aspire pas ou devrais-je dire plus au bonheur. Il n'a pas de projets. A quoi bon ? Il ne croit plus en rien sauf en des valeurs sûres qui le font se sentir un peu mieux : les prostituées, l'alcool, la lecture. On a vraiment la sensation d'être face à un homme brisé, qui n'a plus foi en rien. Un homme dévasté par son passé. Les histoires sont déroutantes et parfois crues. On parle des « putes » comme de passe-temps, les meurtres et les suicides sont des événements banals. Tout est relativisé. Les détails comme les faits importants sont au même plan. On suit la vie d'un personnage au gré de ses amitiés.


On ne sait pas exactement si Bolaño est le narrateur de chaque nouvelle mais peu importe. Que ce soit lui ou un autre il exprime l'état dans lequel peut se trouver une personne forcée à l'exil. Le narrateur et les autres personnages incarnent les exilés chiliens des années 70 et 80.



Lisez les nouvelles de ce recueil et vous serez embarqués dans un tour des capitales d'Europe et d'Amérique latine... Vous débarquerez de nulle part dans une page de la vie du narrateur. Pas de passé, pas de futur, seulement quelques jours. Juste le temps nécessaire pour raconter une histoire troublante avec ce qu'il faut de réalisme magique. Une tranche, un épisode d'une vie chaotique et sans cohérence.


Annabelle Giraudeau 1ère année édition librairie


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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 06:00








Bulbul SHARMA

La Colère des aubergines
traduction de Dominique Vitalyos
Picquier, 2002



















La Colère des aubergines est un recueil de 208 pages composé de 13 nouvelles gastronomiques traduit par Dominique Vitalyos.

Son auteur est Bulbul SHARMA, une nouvelliste indienne, née en 1952. Habitant aujourd’hui à Delhi, elle exerce en parallèle le métier de professeur d’arts plastiques auprès d’enfants handicapés. Femme polyvalente, elle a publié de nombreuses monographies traitant de la religion hindoue ( The Ramayana, Puffin books 2007) et trois recueils de nouvelles (The perfect woman, UBS publishers’ distributors 1994, The Anger of Aubergines, Kali for Women 1998 et My sainted aunts, Penguin 2002).

Seuls les deux derniers recueils ont été traduits en français aux éditions Picquier. Et à l’été 2007, une grande exposition de ses œuvres a eu lieu à Londres.

Pour bien comprendre ce recueil, il est essentiel de connaître l’hindouisme et le mécanisme de la société traditionnelle indienne.


I. Qu’est-ce que l’hindouisme ?

L’hindouisme est une religion polythéiste dont les divinités principales sont Siva, Visnu et ses avatars (réincarnation d’un dieu dans le monde des hommes sous forme d’animal)

A vrai dire, l’hindouisme est une religion beaucoup plus complexe, résultant d’un mélange de la culture des différents envahisseurs (aryens, moghols) avec la culture des autochtones.

En effet, le peuple aryen a envahi l’Inde vers 1 500 avant JC et il a apporté avec lui sa langue (le sanscrit) et tout un système de croyances, de rites et de textes qui vont constituer les fondements de la culture hindoue.
Parmi ces textes sacrés, transmis oralement, on compte les Védas, qui rassemblent des hymnes de prières, de formules et d’instructions sur les sacrifices, les Puràna (recueils de récits mythologiques et La loi de Manu qui est un traité du devoir qu’un hindou doit accomplir pour accéder au divin (dharma).

Découle alors de l’hindouisme une notion essentielle, celle du rapport entre le pur et l’impur, qui va conduire à la création de groupes fermés afin de préserver la pureté du sens : les castes.

Ce système divise l’ensemble de la société en un grand nombre de groupes héréditaires distingués et reliés par trois caractères qui sont la séparation par le mariage et la nourriture, la division du travail et la hiérarchie qui ordonne en supérieurs et en inférieurs.

La société indienne est divisée en quatre classes : les brahmanes (officiants des cultes), les kshatriya (guerriers du royaume), les vaisya (commerçants) et les sudra (agriculteurs auxquels s’ajoutent les intouchables).

Chaque caste est inférieure à celle qui la précède et supérieure à celle qui la suit.

Plus récemment, l’influence moghol de 1525 à 1750 est à l’origine de l’une des plus vastes bibliothèques du monde.

Toutes ces influences diverses ont conduit à la société traditionnelle indienne.


II. La société hindoue traditionnelle

Dans la religion hindouiste, la représentation de la femme est ambiguë : elle est d’une part considérée comme sacrée et divine mais elle doit se vouer toute sa vie à une soumission totale à sa famille et plus généralement au monde.

La loi de Manu dit que la femme doit être honorée sur le plan rituel et sur le plan du pouvoir qu’elle a sur l’homme :

« là où les femmes sont honorées, là seulement les dieux se plaisent mais là où elles ne sont pas honorées, aucun rite sacré ne portera ses fruits » III, 56.

Mais ces lois parlent aussi de son rôle de servante :

« le mari emploie sa femme pour […] assurer la propreté des choses, pour […] la préparation de sa nourriture […] » IX, 23

La femme est donc perçue tantôt comme un sujet (beaucoup de divinités féminines ou androgynes), tantôt comme un objet.

Et cela influe sur l’éducation hindoue des filles.

1) Education

Déjà avant sa naissance, la fille n’est pas désirée, surtout dans les castes les plus pauvres ; de nombreux hymnes, prières, rites sont effectués pour ne pas avoir de fille qui est source de misère car ses parents doivent remettre une dot (grosse somme d’argent) lors du mariage dans une maison étrangère.

Son éducation stricte lui assigne un certain comportement : elle doit se mouvoir dans des espaces réservés, c’est-à-dire que sa place sera dans la cuisine où elle devra toujours être disponible pour répondre aux besoins des autres. Son corps doit toujours être couvert, elle doit être effacée, discrète et son seul souci doit être de faire le ménage et de prendre soin des enfants. Enfin, elle doit toujours sortir les yeux baissés en étant accompagnée.

De plus, le garçon étant toujours le premier et le mieux servi, la fille recevra les restes des repas. Ainsi elle apprendra toute sa vie à se soumettre successivement à son père, à son frère, à son mari, à sa famille et à son fils.

L’une des raisons de ces attitudes qu’un Occidental qualifiera de barbares est que la fille, en tant que femme, s’identifie à la divinité Sita qui représente la dévotion conjugale.

   

2) Mariage

La famille va proposer à la fille plusieurs prétendants mais toujours de sa caste. Pourtant, elle est peu considérée dans sa belle-famille puisqu’on la juge inexpérimentée et doit se soumettre à l’autorité des femmes en particulier.

Par exemple, dans la nouvelle "En sandwich !", la mère et la femme du mari (Vinod) se lancent dans une compétition nourricière ; la mère veut garder l’amour de son fils et l’épouse doit savoir nourrir son mari. Mais la nourriture est exécrable et Vinod se plie à leurs volontés. Finalement, un soir, Nirmala l’épouse annonce qu’elle est enceinte, la situation bascule : la belle-mère la considère enfin comme un membre de la famille et Vinod se sent libre et espère avoir un fils fort pour prendre la relève dans cette lutte culinaire.

Avec cette nouvelle, la fonction de l’épouse est mise en avant. Elle ne se fera respecter par toute la famille que lorsqu’elle sera enceinte d’un garçon.

On retrouve là le cercle vicieux de la répulsion d’avoir une fille conduisant parfois à l’infanticide. En accouchant d’un fils, sa fonction sociale est remplie ; elle a payé son tribut à la famille, à la caste, à la société : elle a rempli son dharma.
 
Et si par malheur, l’épouse n’arrive pas à s’intégrer dans sa nouvelle famille, elle sera objet de honte pour sa propre famille. Pour y parvenir, elle s’exercera à des jeûnes, des prières où elle demandera à devenir une bonne épouse.


3) Nourriture

C’est un moyen d’accéder au pur comme à l’impur.

Dans la religion hindoue, l’impureté porte sur des objets d’usage courant, sur le corps et donc la nourriture peut être l’objet d’une souillure (salive, etc).

La peau et le linge sont aussi souillés et celui qui les touche doit être impur de statut sinon il compromet tout son groupe dans sa destinée. Par exemple, la soie et l’or sont plus purs que le coton et l’argent.

L’aliment est un des véhicules privilégiés de la souillure. C’est lorsqu’on mange que l’on est le plus vulnérable à l’impureté : c’est dans la nourriture que se manifeste l’opposition du pur et de l’impur. C’est à dire que plus elle est cuite (« pakka » parfaite) plus elle est pure. Les hindous vont donc privilégier les aliments frits qu’on retrouvera très souvent dans les recettes de Bulbul Sharma (aubergines frites, curry d’agneau aux épinards entre autreS);

Ceci explique que les castes ne se mélangent pas pour prendre les repas. Tout est affaire de pureté et la doctrine hindou pousse à se purifier pour gagner l’éternité. Ainsi on va faire attention à ce qu’on mange et avec qui.

III. Entre traditionalisme et modernité

Depuis son indépendance en 1947, après les luttes menées principalement par le Mahatma GANDHI, les femmes ont une égalité de chances avec les hommes : on les retrouve de plus en plus à des postes de responsabilité (médecine, enseignement, industrie).

On constate aussi que les femmes d’aujourd’hui peuvent prendre part à des débats alors qu’autrefois si elles élevaient simplement la voix, on ne le leur pardonnait pas.

Depuis l’arrivée des Britanniques au XIXe siècle, la société indienne attache moins d’importance aux valeurs religieuses et morales, à la caste. Par exemple, les parents de la jeune fille cherchent à lui procurer la meilleure famille possible et les parents du garçon comptent énormément sur la beauté de l’épouse.

La nouvelle "Concours d’agapes" relate le mariage d’une jeune fille moderne. Priti a 24 ans et ses parents cherchent désespérément à la marier. Même si Priti est cultivée (elle a fait des études), elle a du mal à trouver un mari car elle est grasse et sa peau est foncée. Finalement, par le biais d’une annonce dans le journal, elle va trouver un jeune prétendant divorcé. Avant la cérémonie, les deux familles vont s’affronter dans une guerre culinaire (offrande de mets de plus en plus rares et raffinés en quantité abondante). Le mariage doit être inoubliable par son repas. On se soucie plus de la nourriture que des sentiments des mariés.

Cette nouvelle reflète le mariage hindou moderne. Bien qu’il se fasse dans de nouvelles règles (la caste n’est plus un enjeu, le divorce est permis), la nourriture reste encore un pilier de la société.

En effet, la démocratie indienne a aidé les femmes à s’émanciper bien qu’elles restent encore attachées aux traditions et la scolarisation des filles s’est intensifiée.

Bien que l’époque traditionnelle soit révolue, elle reste encore ancrée dans les esprits et fait encore face au système démocratique indien. Par exemple, la loi de 1961 qui interdit l’usage des dots n’a pas fait disparaître cette pratique et l’infanticide existe encore.


IV. Analyse de l’œuvre

Bulbul SHARMA est sans conteste un témoin de la modernité indienne. Cette femme n’a connu que l’Inde indépendante et oppose avec subtilité la modernité à la tradition dans son recueil. Elle dépeint avec justesse le rôle des femmes indiennes d’aujourd’hui en contant des tranches de vies où les lieux principaux de l’action sont la cuisine et la salle à manger.

L’originalité de son recueil réside dans la présence de deux arts, la littérature et la cuisine, étroitement liés. D’ailleurs, à chaque fin de nouvelle, on retrouve une ou plusieurs recettes. Les titres des nouvelles sont tous dans le champ lexical de la nourriture (sauf un : l’épreuve du train )

On peut dire que les nouvelles sont empreintes constamment d’opposition entre le réalisme et la religion, les hommes et les femmes, la faim et le dégoût de la nourriture, la tradition et la modernité.

Le réalisme et la religion

Les nouvelles décrivent des instants de vie, où un événement important se produit (généralement lié à la nourriture).  Et bien que les civilisations occidentale et indienne soient différentes, on se retrouve dans les personnages puisque les nouvelles expriment des sentiments universels : la faim, l’amour, la mort et la fascination.

La faim : dans "Les affres sans fin de la faim",  Sumitra, jeune veuve, effectue des jeûnes en compagnie de sa belle-mère : elle doit montrer par sa maigreur et sa pâleur de peau qu’elle souffre de la mort de son mari et ne doit pas attirer le regard des hommes. Cette femme ne pense qu’à manger, tiraillée par la faim.

L’amour : dans "Folie des champignons", Chinta se marie avec Nath qui va éprouver une adulation totale pour elle. Elle va s’en servir, l’utiliser pour exaucer ses moindres caprices culinaires. Elle rit, parle et chante fort. Un homme va arriver dans leur vie et Chinta va se partager l’amour des deux hommes, en les rendant presque fous.

La mort : dans "Festin pour un homme mort", le pradhan (chef du village) est frappé par la foudre et se retrouve mourant. Ayant eu cinq femmes, il va voir défiler devant son lit sa descendance qui se montre condescendante avec lui. En se remémorant sa pénible vie, il va mourir paisiblement, choyé par une femme qui l’a toujours aimé.

La fascination : dans "Le poisson-lune", la famille de Soni, une fillette de 14 ans, se prépare à un pique-nique au clair de lune. Et cette jeune fille est fascinée par une servante de deux ans son aînée, Ramvati. Lors du pique-nique, Ramvati s’éclipse avec un autre domestique, laissant Soni seule. Elle l’appelle, la cherche constamment. Lorsque Ramvati revient, elle est à moitié nue et rit à gorge déployée. Tout le monde est horrifié mais éprouve une étrange fascination pour cette fille.


Les hommes et les femmes

Dans toutes les nouvelles de Bulbul SHARMA, on retrouve les mêmes types de protagonistes : ce sont les membres d’une famille, avec parfois des enfants. Et bien que la femme joue un rôle primordial dans les nouvelles, l’homme est toujours présent.

Par exemple, dans "Les affres sans fin de la faim", le mari de la veuve qui jeûne est décédé mais il reste important dans l’histoire puisque Sumitra, sa femme, pense souvent à lui.

De plus, les hommes et les femmes sont perpétuellement en conflit ; pourtant ils donnent un certain équilibre au récit.


La faim et le dégoût de la nourriture

Le lecteur est tiraillé par la faim après avoir lu la plupart des nouvelles de ce recueil. Néanmoins, il arrive que des récits écœurent par l’opulence de la nourriture (dans " Concours d’agapes ", les énumérations de plats servis au mariage soulèvent le cœur et nous paraissent ridicule face à la tristesse des mariés).

La tradition et la modernité

On retrouve très souvent dans le recueil des personnages modernes typiques. Dans "Festin pour un homme mort", l’un des fils du mourant s’inquiète de son congé sans solde. Dans la nouvelle éponyme, le fils de la famille KUMAR habite dans le New Jersey.

Toutefois, la tradition subsiste. On la retrouve partout, que ce soit dans la façon de préparer à manger (moudre dans épices dans un mortier, cuire des mets sur la cendre) ou dans la pratique de rites hindous (jeûne de la veuve suivant la lune).

    Pour conclure, Bulbul SHARMA nous éblouit par ce recueil simple à la lecture facile, en mariant à la perfection des recettes à ses nouvelles. Ce livre est une véritable ode à la nourriture, et donne faim de vie et de lecture.


Bibliographie

TISON, Brigitte. Comprendre la culture hindoue. Lyon : Chronique sociale, 2005. (coll. « comprendre les personnes »)

Héloïse, 1ère année BIB.

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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 20:33





Léon Bloy,
Histoires désobligeantes

Nouvelles parues initialement
dans le journal Gil Blas de 1893 à 1894.
Dernière édition L’Arbre Vengeur, 2008,
illustrée par Cecile Noguès.


















Lien vers la fiche proposée par l’éditeur :
http://www.arbre-vengeur.fr/4bloy.htm


Pourquoi parler de Léon Bloy aujourd’hui ? Y aurait-il encore des personnes pour s’intéresser à cet énergumène dont la vie et l’œuvre ne furent qu’un long vomissement contre son époque et les personnes qui la façonnèrent ? Y aurait-il quelque raison de le sortir du silence qu’il avait lui-même prophétisé pour lui et son œuvre dans la lettre-préface de ses Histoires désobligeantes ?

 Né en Dordogne le 11 juillet 1846  au sein d’une fervente famille catholique, Léon Bloy révèle très tôt sa nature atypique. Médiocre à l’école, fasciné pas les arts, il ne tarde pas à se détourner de la religion et commence à s’adonner à l’écriture. Sur les conseils de son père qui le rêve architecte, il part vivre à Paris, où sa sensibilité à la misère et sa haine déjà farouche de la bourgeoisie ne tardent pas à le lier aux milieux d’extrême gauche, alors en proie à une effervescence qui aboutira à la Commune de 1870. Mais le jeune Léon n’y participera pas. Deux années plus tôt, une rencontre aura profondément bouleversé sa vie.

Impossible de connaître comment à pu naître cette amitié entre deux hommes que tout opposait alors, mais c’est durant l’année 1868 que la vie de Léon Bloy bascule, à sa rencontre avec l’écrivain Jules Barbey D’Aurevilly alors son voisin. Fasciné par ce dandy mystique, cet étrange personnage auquel il consacrera plus tard de vibrants hommages littéraires, sa vie se réoriente dès lors pleinement vers le catholicisme délaissé plus jeune, avec une ferveur dont ses écrits seront dès lors les manifestations lumineuses et effrayantes. Son œuvre littéraire peut commencer, et si les bourgeois resteront toujours sa cible de prédilection, personne, pas même l’Eglise, n’échappera dès lors à la férocité de sa plume. Assistant écœuré à l’industrialisation du pays, à l’anéantissement des traditions sous le rouleau compresseur du progrès, à la propagation du matérialisme et à la déchéance spirituelle, maudissant le triomphe du naturalisme littéraire participant à ses yeux au même mouvement destructeur que la bourgeoisie, il ne verra dès lors d’issue que dans un ultime baroud d’honneur littéraire, sacrifiant sa vie pour offrir au monde la force d’une dernière aspiration à l’Infini au prix d’un rejet général et d’une plongée dans la misère qui coûtera la vie à deux de ses enfants. Rien cependant ne viendra ébranler sa détermination et il finira sa vie la plume à la main, la véhémence toujours vive et étincelante. La vie et l’œuvre de ce personnage semblent tout entières contenues dans ce très beau passage :

«Mais si quelque lueur d’absolu se manifeste en n’importe qui, à propos de n’importe quoi, les cailloux ou les blocs de marbre dont toute âme humaine est pavée s’insurgeront à la fois contre le pauvre mortel assez férocement élu du Seigneur pour colporter sur notre fumier ce néfaste rayon mourant du Septième Ciel ! » (Léon Bloy, Léon Bloy devant les cochons, Œuvres complètes t.IV, Mercure de France, 1989, p.132.)

Difficile de résumer son œuvre foisonnante, composée de pamphlets, de nouvelles, de romans, de critiques littéraires elles-mêmes œuvres à part entière, de travaux sur le symbolisme religieux, et d’un volumineux journal intime… Les contradictions et les excès n’y manquent pas et il est difficile parfois d’y faire la part des choses entre la provocation et le sérieux. Nous dirons simplement que s’il fut surtout connu pour ses pamphlets, ce sont ses talents littéraires dévastateurs alliés à un humour déroutant qui lui ont permis de traverser le siècle, pour venir encore aujourd’hui nous rappeler que la littérature peut atteindre de telles hauteurs. C’est donc sur son œuvre littéraire qu’il convient d’abord de se pencher, et les Histoires désobligeantes, nouvelles et contes écrits pour le journal Gil Blas de 1893 à 1894, ne sont rien d’autre que la parfaite mise en bouche pour découvrir cet oublié. Parfaites, car littéraires justement, et donc moins choquantes pour les lecteurs modernes que les pamphlets dont le sens ne peut qu’échapper à beaucoup aujourd’hui où ce que défendait Bloy semble définitivement éteint. Parfaites, car d’un comique déstabilisant, à la fois cruel et profondément compatissant envers l’Homme et son imperfection. Belles et touchantes aussi, car si à l’instar de Zola et Huysmans, Léon Bloy n’hésite pas à explorer les bas-fonds crasseux de l’âme humaine, c’est, à l’inverse des consorts qui laissent leurs malheureux personnages dans la fange, pour mieux en extirper les aspects les plus lumineux qui prennent alors vie sous les yeux du lecteur dans le style flamboyant et les phrases démesurées se déployant sur la page. Ainsi en va-t-il du conte "La religion de M. Pleur", dans lequel un répugnant personnage détesté de tous se révèle au fil du texte être un bienfaiteur insoupçonné, ou encore dans "Tout ce que tu voudras", où une prostituée au fond de l’abîme retrouve l’espace d’un instant sa pureté juvénile.

Trente histoires se succèdent dans ce recueil. Proches la majeure partie du temps du simple fait divers, c’est le récit qui en est fait qui leur donne toute leur force. L’humour y est omniprésent, particulièrement dans les descriptions de personnages (« Elle était si dinde qu’on se sentait pousser des caroncules au bout d’un quart d’heure de conversation. […] Hargneuse, en même temps, à faire avorter des chiennes… »), dans leur nom (« Florimond Duputois »), dans les situations désastreuses où ils se retrouvent (« Une fois, monsieur, j’ai dérobé à une vieille femme infirme et presque aveugle quelques titres ou obligations qui étaient tout son bien, et je les ai remplacés par des prospectus en papier de couleur »). A la manière d’Edgar Poe, le trait est grossi à l’excès, qu’il soit physique ou psychologique, engloutissant les personnages dans le grotesque de leurs travers (« Son heureux père était forcé de s’appuyer à la caisse ou au comptoir quand il parlait, tant il était ivre d’avoir procréé un tel garçon »). Et quand la bourgeoisie entre en scène, Bloy n’a pas d’expression assez humiliante pour la qualifier (« Son cœur avait été cultivé comme un jardin potager de peu d’étendue où les moindres plates-bandes seraient calculées pour le pot-au-feu »).

Mais il serait bien réducteur de ne voir dans ces histoires que les moqueries d’un révolté. Il arrive que d’une seule phrase tout se transforme et la nouvelle bascule alors dans un registre qui n’est plus réellement le comique.

« Levant sur lui ses vieux yeux liquides, sanguinolents, -miroirs éteints qui semblaient avoir reflété toutes les images de la débauche et toutes les images de la torture - elle le regarda avidement, de ce regard effroyable des noyés qui contemplent, une dernière fois, le ciel glauque, à travers la vitre d’eau qui les asphyxie. »

Bloy connaît l’être humain et ses profondeurs, et l’écrit comme peu y parviennent. Moraliste parfois, il reste avant tout mystique, aspirant à dépasser les limites imposées par la « fin de siècle amincie et spiraliforme comme la queue d’un cochon » où le destin l’a placé, et à entraîner le lecteur dans sa quête d’absolu. Traquant dans d’obscures saynètes les lueurs de cet absolu, il donne vie à des passages bouleversants, hantés par le spectre de Baudelaire.

« Et, presque aussitôt, les deux bras de cette femme sans délai se nouèrent autour de son cou, pendant qu’un baiser de vie ou de mort lui mangeait l’âme. Ah ! Le vorace et fauve baiser que c’était là ! Le jeune homme avait tout prévu, excepté ce baiser fougueux, inapaisable, éternel ; ce baiser odorant et capiteux où passaient les parfums féroces des Fleurs du Mal, les volatils détraquants de la Venaison et les exécrables poivres du Désir ; ce baiser qui avait des griffes comme un aigle et qui allait à la chasse comme un lion ; qui entrait en lui de même façon qu’une épée de feu ; qui lui mettait dans les oreilles toutes les sonnailles des béliers ou des capricornes des montagnes ; cet épouvantable baiser d’opium, de folie furieuse, d’abrutissement et d’extase ! »

Ces nouvelles, denses, drôles et poétiques, obscures et lumineuses à la fois, nous font revivre la fin du XIXe
siècle à travers un regard acéré, révolté et unique. Datées par leur côté « fin de siècle », elles ont pourtant cette dimension atemporelle qui caractérise les grandes œuvres, et la perspective adoptée par leur auteur est suffisamment rare pour ne pas les laisser dans l’injuste silence dont elles ont trop souffert.

En ces temps de prolifération de la production littéraire de divertissement et de « consommation courante», dont nous savons qu‘une large partie disparaîtra en toute justice dans le tourbillon qu’elle a elle-même créé, nous n’hésiterons pas une seconde à encourager les lecteurs à se tourner vers les géants oubliés de la littérature tels que Bloy, et à se nourrir de leurs œuvres, « comme sont nourris les enfants des aigles de nuit qu’épouvante la lumière. »
 


Adrien, AS bibliothèques/médiathèques

Autres articles sur des ouvrages édités par L'Arbre vengeur :
Léo Lipski, Piotrus, article de Marie-Amélie
Marie-Louise AUDIBERTI, Stations obligées : article de Julie.



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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 22:20










Boris VIAN
Le loup-garou et autres nouvelles

Livre de poche, 1999
















Boris Vian, écrivain et musicien de jazz hors-pair est né à Paris en 1920.

Atteint d’une maladie cardiaque depuis sa jeunesse, il profita au maximum des possibilités multiples que lui offrait la vie. Figure mythique de la littérature française, il écrivait « la chronique du menteur » dans la revue littéraire Les Temps modernes de Sartre, et aussi des articles de jazz dans le magazine Jazz Hot. Ses écrits sur le jazz montrent toute la puissance du parolier et de l’interprète insolent qu’il était, ce qui se ressent aussi dans ses écrits.


L’écriture


Ce recueil est composé de 13 nouvelles de longueurs très différentes . certaines sont très courtes et d’autres plutôt longues.


A l’intérieur de ce recueil on retrouve toute la gamme des genres. On passe du fantastique au réel (nouvelle 1), du policier à l’horreur (nouvelle 2), suivent des nouvelles érotiques (nouvelle 4), mais aussi d’amour (nouvelle 13) ! C’est un véritable expert dans la manière de jouer avec  les genres pour nous surprendre.

Créateur du néologismes, il déforme les mots,crée des distorsions au fil de sa plume ; pour nous amuser, il parle de « monsieur Curepipe », de « Folubert »,  « de sesque féminin ».
Déconcertée au départ, l’envie de les repérer au fil de la lecture nous démange.

C’est une véritable littérature à tiroirs, avec une narration caustique et étrange, une écriture rythmée ; on ne trouve que très peu de virgules dans ses textes, c’est un rythme haletant qui nous tient chaque seconde ; on  retrouve sous cette plume le jazzman qui ne tient pas en place.


On trouve dans certaines nouvelles des allusions à la musique ; dans la deuxième, il compare  les tendons de la main à de « petites  cordes »  et lorsqu’un tendon lâche, « une note frêle » qui retentit.


La place de la femme dans les nouvelles de Boris Vian

La femme n’est jamais l’héroïne, mais elle possède un grand pouvoir sur les hommes.

Souvent c’est une domination par le sexe (dans la nouvelle 9 elle pousse un homme au suicide, dans la nouvelle 7 elle en conduit un autre à la chaise électrique).Le pouvoir sexuel des femmes sur les hommes dans ces nouvelles les conduit à la folie ; elles sont perçues comme le mal, le diable. On peut s’interroger sur la perception que Boris Vian avait  des femmes,  était-il misogyne ? Ou au contraire trouvait-il leur pouvoir  de séduction tellement fort qu’il admirait cette domination ? Les femmes sont-elles plus libérées et finalement plus fins stratèges que les hommes ?

Ces nouvelles sont un mélange baroque de fantastique, de délire onirique, de science-fiction, d’horreur, de policier, d’érotisme et d’amour. Tout l’art de Boris Vian consiste à subvertir les conventions, celles de la société, de la littérature que se soit par l’humour, le fantastique, le réel…
 
Dans L'Écume des jours, il écrit :
 

« La réalisation matérielle de ma démonstration consiste essentiellement en une projection de la réalité, en atmosphère biaise et chauffée sur un plan de référence irrégulièrement ondulé et présentant de la distorsion. »

Cette phrase extraordinaire traduit et reflète exactement son travail, et sa manière d’appréhender la vie.


Tiphaine, 1ère année édition-librairie



   




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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 22:22



Brady UDALL
Lâchons les chiens
Letting Loose the Hounds

Traduit de l’américain par Michel LEDERER
Edition Albin Michel, 1998
Collection 10/18
248 pages
















Qui est Brady Udall ?


Brady Udall est né en 1971 dans une petite ville d’Arizona. Enseignant en littérature dans une université du Middle West, il a commencé par écrire des nouvelles publiées dans des magazines spécialisés américains. Les meilleures d’entre elles (onze pour être exacte) ont été réunies dans un recueil en janvier 1997 sous le titre quelque peu surprenant de Lâchons les chiens. Quand le recueil sort aux Etat-Unis, Brady Udall n’a alors que 26 ans et Lâchons les chiens va recevoir tout de suite de très bons échos dans la presse américaine. Ce sera également le cas en France. Aussi, lorsque sort son premier roman en 2001, Le destin miraculeux d’Edgar Mint, il va être propulsé au rang des meilleurs jeunes auteurs américains de sa génération.

Lâchons les chiens doit son nom à la première nouvelle de l’ouvrage. Son titre, quoique déroutant, retrace bien l’idée générale qui parcourt ce recueil, c’est à dire des personnes en marge, oubliées par la vie et qui pour se libérer d’un poids vont céder à leur pulsion et leur émotion -- ils vont « ouvrir les vannes ».

Pour écrire ses nouvelles, Brady Udall s’est inspiré de sa propre vie. Il est originaire d’Arizona et plus exactement d’une petite ville du nom de Saint John. Son appartenance aux régions isolées d’Amérique a fait la force de cet auteur. C’est un gars du Middle West qui parle du Middle West. Il va donc laisser de côté les grandes villes au profit des coins perdus des Etats-Unis.  Et au lieu de parler de gens riches au destin incroyable, il va leur préférer des gens en marge, qui travaillent pour rien. Leur vie n’est pas très existante. Mais elle n’est pas non plus tout à fait désespérée. Ainsi la grande majorité de ses nouvelles finissent sur une ouverture possible car ces gens n’ont pas encore fini leur vie (ils ont généralement entre 20 et 40 ans), ont donc encore la possibilité d’évoluer. Dans une interview, Brady Udall dit qu’il souhaite que ses personnages aient « leur chance et qu’ils puissent avoir l’occasion d’échapper à [ses] plans. » Il revendique d’ailleurs une écriture où les personnages seraient l’ingrédient principal. Ce qui l’intéresse ce sont les gens. On le voit bien au travers de ces onze nouvelles. En quelques pages, Brady Udall arrive à peindre des personnages plus vrais que nature en arrivant à mêler désespoir et humour avec la même puissance. Il arrive à travers des moments inattendus à faire jaillir le comique dans des situations qui ne prêtent pourtant pas forcement à rire. Et c’est d’ailleurs à travers ces moments précis que ses personnages semblent le plus vivants.


Sa façon d’écrire, par le biais de quelques thématiques citées ci-dessus, a souvent été comparée  à celle de Rayon Carver.


« Vernon »

Il s’agit d’une nouvelle d’une trentaine de pages, située vers le milieu du livre. Elle retrace la vie de trois jeunes âgés de 21 ans et vivants dans un coin perdu d’Arizona nommé Vernon. L’histoire nous est racontée par l’un des trois jeunes. Il en est donc le narrateur principal.

Le récit commence par une peinture pas très encourageante mais sincère de Vernon. En une vingtaine de lignes, on nous décrit une ville perdue, sans richesse et où le taux de chômage doit avoisiner les 90%. Les seuls jeux du coin sont un tuyau d’eau de 20 mètres de long où l’on s’engouffre comme dans un toboggan et un terrain de foot sur lequel on joue avec un ballon lumineux parce que l’éclairage du stade coûte trop cher. Le tableau est encore plus alourdi par le manque cruel de filles, ce qui fait que dans ce domaine, nos trois personnages sont présentés comme plutôt malchanceux.

Malgré cette peinture assez sinistre, on va pourtant s’accrocher aux personnages car les descriptions qui en sont faites, sont très hautes en couleur et le tout est mis en relief par le langage peu châtié du narrateur. On a ainsi des portraits très vivants notamment ceux de Louis et Waylon (les amis du narrateur), qui donnent une véritable présence aux personnages. Udall à travers ses portraits montre une véritable volonté de dépeindre au mieux ses personnages pour qu’ils paraissent le plus réel possible et le fait que le récit soit écrit à la première personne aide également à ce qu’ils prennent vie. . .

Une opposition entre les grandes villes et le lieu qu’est Vernon s’insinue dans la nouvelle de manière voilée mais pourtant palpable. Ainsi, la ville la plus proche, qui est ici Phœnix, est montrée dès le départ comme un lieu malsain. Et à chaque fois qu’il va être question d’une ville plus grande que la leur, les personnages se trouveront toujours en situation d’échec. On le comprend dès le départ avec le narrateur qui a obtenu une bourse pour aller étudier à l’université. Au bout d’un semestre, il revient victime de mal-être, se sentant déraciné dès qu’il est dans une grande ville. C’est d’ailleurs ce qui va précipiter la chute finale du personnage puisque, à la fin, il ne quittera jamais sa ville. La scène où les trois personnages vont en ville pour aller à l’enterrement de leur ami Hymie, en est une preuve supplémentaire, puisque celle-ci tourne au fiasco. Les trois amis partis en voiture, n’arrivent pas à se diriger dans la ville avec les feux et dans les files de circulation. Et ils finissent par renoncer à aller à l’enterrement. Ces deux épisodes montrent bien que la ville n’est pas faite pour eux.

Le narrateur et ses deux amis sont pourtant montrés dans une période de leur existence où ils aspirent à une meilleure vie et donc ils passent leur temps à échafauder des plans pour trouver un boulot qui paye. Cependant, les problèmes personnels de chacun vont alourdir le tableau décrit par Udall, et participer à enliser les personnages dans Vernon. Ainsi, le père de Waylon a de graves problèmes rénaux, les parents de Louis sont en plein divorce et surtout le narrateur, inconsciemment, souhaite rester à Vernon. Ils n'ont donc dès le départ aucune chance de partir de cette ville.

L’histoire racontée ainsi pourrait être très pessimiste mais comme pour nous faire oublier la vie totalement ratée  de ces trois jeunes, Brady Udall prend le temps de nous raconter un épisode complément absurde et incroyable d’un orignal qui tente de s’accoupler avec un cerf en plastique grandeur nature. Ce dernier finira d’ailleurs par se casser en deux, tellement l’animal y met du cœur à l’ouvrage. Cette histoire complètement en dehors du récit principal permet d’adoucir la vision pessimiste que l’on peut avoir de ces trois jeunes en glissant un peu d’humour totalement farfelu. Il faut dire que cette anecdote est racontée de telle sorte qu’on ne peut que sourire en la lisant. Et même si celle-ci paraît totalement incroyable et loufoque, le lecteur y croit. L’histoire de l’orignal refera d’ailleurs son apparition vers la fin de la nouvelle pour justifier la partie de chasse totalement irréaliste qui termine l’histoire comme nous le verrons plus tard

Un dernier point qui semble important à souligner, c’est que le sort semble s’acharner sur nos trois personnages. Le narrateur a dès le début un bon plan pour quitter la ville et les aider tous les trois à gagner mieux leur vie. Mais celui-ci va garder l’idée pour lui trop longtemps, du fait qu’il n’en parle que dix jours avant la date butoir. Et finalement, le bon plan est mis de côté, suite aux divers problèmes de chacun et ils vont attendre la dernière minute  pour en rediscuter entre eux. Mais alors qu’ils se sont enfin décidés à partir, leurs espoirs seront ruinés par une simple annonce météo qui prévient de l’arrivée imminente d’une tempête de neige. Et comme pour les en dissuader une bonne fois pour toutes, les flocons tombent déjà au dehors, quand les trois personnages sortent du bar où ils se trouvaient. Donc on a vraiment l’impression que le sort s’acharne sur eux.

C’est d’ailleurs de là que naît cette rage qui parcourt chaque nouvelle du recueil Lâchons les chiens  et qui va entraîner les trois personnages dans une action totalement désespérée et absurde pour justifier leurs déboires. Pour se venger, les trois personnages vont se lancer dans une partie de chasse quasi incroyable. Quand la tempête est finie, ils partent dans une coccinelle toute rouillée sans rien d’autre que leur fusil et leurs munitions pour chasser le cerf. Ce serait pour eux comme l’ultime humiliation de leur vie s’ils ne tuaient pas un cerf avant le dernier jour de chasse. Ils vont donc partir sans rien, en T-shirt et en baskets sur les routes enneigées pour se retrouver coincés face à un arbre tombé en plein milieu de la route. Toute personne normalement constituée aurait fait demi-tour. Mais ils s’y refusent. Ils vont donc soulever par deux fois la voiture pour passer au-dessus d’arbres renversés sur la route. Ils ont une telle envie de ne pas rater ce moment qu’ils vont jusqu’au bout de leur action pour finalement arriver dans un lieu désert sans âme qui vive. La journée presque finie, ils pataugent dans la neige, glissent, tombent et finissent crasseux. Une fois de plus, le sort continue à s’acharner sur eux jusqu’à ce que l’espoir qu’ils attendaient arrive et ils tuent deux cerfs. Le final, où ils chantent alors que le sang des deux bêtes dégouline sur la voiture, rend l’histoire totalement irréelle et pleine d’ironie. Ce moment d’euphorie incroyable les fait revenir à Vernon comme libérés de tout leur poids. Et ils retournent chez eux comme s’ils avaient accompli l’acte le plus génial de leur vie. Ils sont heureux d’avoir bravé leur destin mais la scène est finalement totalement insolite et dérisoire… Ils ont tué deux cerfs pour sauver leur honneur mais leur vie n’en est pas moins désespérante pour autant.

A travers cette fin, on voit bien comment Brady Udall met en avant les seuls petits moments de joie de ses personnages et laisse ainsi une lueur d’espoir. Cependant, la nouvelle finit ainsi et ne dit pas ce qu’ils vont devenir. C’est donc au lecteur de choisir si ces jeunes auront une chance ou pas.


Bibliographie de Brady Udall

Lâchons les chiens, Albin Michel, 1998
Le Destin miraculeux d’Edgar Mint, Albin Michel, 2001.
Le polygame solitaire, Albin Michel, 2007.

Claire Peraud, AS Edition – Librairie.

Voir aussi l'article de Nadège et Aurélie.

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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 20:03




Raymond CARVER
Neuf histoires et un poème

Titre original : Short cuts
Traduit de l’américain
par François LASQUIN, Gabrielle ROLIN, Simone HILLING,
D’abord publié chez Vintage Book en 1993
puis par L’Olivier en 1996.

 





Biographie de l'auteur

 voir
http://littexpress.over-blog.net/article-25305480.html
 

A propos du recueil

Ce ne sont pas à proprement parler des histoires racontées par R. CARVER qui sont réunies dans ce recueil, mais des instants de vie. Il n’y pas forcement de début ni de fin, mais simplement des épisodes, des fragments de vie qui s’accumulent.

Comme une caméra indiscrète ces nouvelles nous font entrer dans la vie et l’intimité de différents couples, qui ont pour point commun le mal de vivre. Ces récits mettent en avant de nombreux sentiments tels que la peur, la jalousie, l’ennui ou même la lâcheté…une seule nouvelle semble échapper à ce cercle vicieux : " C’est pas grand-chose mais ça fait du bien ". Tout au long du recueil, l’auteur traduit le mal de vivre et le désespoir des prolétaires de la côte nord-ouest des Etats-Unis, dans un style réaliste et dépouillé qu’on pourrait même qualifier d’ascétique, ce qui a fortement influencé des auteurs américains des années 1980, tels que Craig DAVIDSON ou Eric Emanuel SCHMITT.

A travers cette œuvre, certains ne verront que la place de voyeur à laquelle peut nous placer l’auteur et penser qu’il nous limite à celle-ci, qu'il nous propose d'observer la vie de pauvres gens pour la plupart complètement paumés et dépassés par la vie. Mais il faut pousser plus loin ; ce recueil ne se limite pas à cela. Comme en une fresque, l’auteur nous ouvre et nous pousse à mûrir une réflexion sur le monde qui nous entoure. Il nous touche profondément grâce à une simplicité déconcertante semblable à celle d'un fait divers, mais c’est aussi parce que les vraies tragédies de notre époque se déroulent chez nous, dans l’intimité. Leurs héros : une serveuse de restaurant, une femme divorcée et seule, un chômeur, un père anxieux, un voisin trop curieux, un enfant malade…Tous ces héros nous ressemblent et nous empêchent de rester insensibles à cette anthologie. 

 


Camille, première année Bib-Med-Pat .

Voir aussi
la fiche de Valentin sur le même recueil

les articles de Joséphine et de Cécile sur Les Vitamines du bonheur, d'Elise sur Tais-toi, je t'en prie.




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