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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 20:04
Ôé KenzaburôOedites-nous.jpg
"Agwîî le monstre des nuages"
In Dites-nous comment survivre à notre folie,
Traduction Marc Mécréant,
Gallimard 1982, Folio 1996

.

        La vie de Oé Kenzaburô est indissociable de ses écrits et de cette nouvelle en particulier. Né en 1935 sur l’île de Shikoku, il se découvre très rapidement un intérêt pour les cultures étrangères et la littérature, qu’il part étudier à l’âge de 18 ans à Tokyo.
Il est influencé par les littératures contemporaines américaine et française, notamment par Céline, Camus et Sartre, ce dernier devant faire l’objet de son mémoire de fin d’études.
        Plusieurs faits marquants dans l’histoire du Japon et dans sa vie personnelle orientent l’écriture de cet écrivain qui reçoit le prix Akutagawa à seulement 23 ans pour sa nouvelle "Gibier d’élevage" que l’on retrouve dans le recueil Dites-nous comment survivre à notre folie (collection Folio). Parmi les sujets importants que l’on retrouve dans ses écrits, les dégâts du nationalisme, la guerre et Hiroshima, la mémoire, la mort et l’omniprésence de son fils né handicapé mental en 1963, auxquels se mêlent certaines traces de la phénoménologie et de la philosophie existentialiste (auxquelles l’étude de Sartre n’est sans doute pas étrangère.)
        Après avoir reçu
en 1994 le prix Nobel  qui doit consacrer « celui qui, avec une grande force poétique crée un monde imaginaire où la vie et le mythe se condensent pour former un tableau déroutant de la délicate situation actuelle », il annonce qu’il arrêtera désormais d’écrire des romans ; selon lui, ils devaient donner la parole à son fils qui à présent peut faire entendre sa propre voix grâce à son talent de compositeur.
Ecrivain majeur du désarroi de l’après-guerre, Ôé Kenzaburô incarne pour certains l’auteur incontournable si l’on veut comprendre la mentalité japonaise aujourd’hui.

        "Agwîî le monstre des nuages" est la troisième nouvelle de ce recueil qui en comporte quatre, et il s’agit ici d’un narrateur, âgé de 28 ans, qui revient sur une histoire datée de 10 ans, alors qu’il entrait à l’université de Tokyo et qu’il cherchait un job pour joindre les deux bouts, histoire qui lui a
presque coûté  un œil.
        Il est mis en relation par son oncle avec un banquier de Tokyo qui l’engage pour accompagner son fils, pourtant adulte, divorcé et jeune compositeur d’avant-garde, dans toutes ses sorties. D***, le compositeur dont le prénom nous reste inconnu,  vit chez lui, refusant de retravailler, et surtout en proie à un monstre, « énorme poupon emmailloté de coton blanc, grand comme un kangourou », qui s’appelle Agwîî, qui a peur des chiens et de la police, et qui descend des nuages pour discuter avec D*** quand celui-ci se promène à l’extérieur.
        On apprend que l’ex-femme de D*** a mis au monde un enfant, que le jeune papa a fait disparaître avec l’aide du médecin, et Agwîî est en fait le seul son qu’ait prononcé l’enfant entre sa naissance et sa mort.
        Les deux hommes font souvent des promenades à travers tout Tokyo, dans des endroits que D*** connaît déjà, qu’il veut revoir mais il ne va jamais jusqu’à les revisiter. Agwîî descend presque toujours durant ces sorties aux côtés de D*** alors que le narrateur , au début gêné, puis presque habitué à cette présence invisible, fait comme s’il ne voyait rien. Le compositeur envoie aussi le narrateur à la rencontre de son ex-femme ou de sa femme pour leur transmettre des messages.
        Petit à petit le narrateur se prend au jeu jusqu’à la mort (suicide ?) du compositeur qui se fait écraser par une voiture et où il avouera qu’il commençait à croire à Agwîî, qu’il voulait y croire. Plus tard, lors de la scène qui clôt la nouvelle, après la mort de D**,  lorsque l’on apprend comment le narrateur a perdu un œil, il nous dévoile qu'il entrevoit des choses dans le ciel, tout comme le compositeur voyait son ciel occupé de présences invisibles et familières.

        L’histoire s’inscrit pleinement dans la société japonaise avec un réalisme des descriptions de lieux, les noms des endroits visités, réalisme aussi de la vie quotidienne à Tokyo avec les transports, les mœurs et coutumes japonaises, des références aux relations employeurs-employés, etc.
        Si la vie de l’auteur est indissociable de ses écrits, c’est que des éléments autobiographiques rattachent la nouvelle, la fiction, à la réalité. Par exemple, le narrateur entre à l’université de Tokyo à 18 ans, tout comme l’auteur l’avait fait ; le fils de D*** est né avec une anomalie, tout comme le fils de Oé Kenzaburô est né avec un handicap mental ; la mort, ou le meurtre du jeune enfant hante le compositeur jusqu’au point où il lui sacrifie sa vie, tandis que l’auteur est lui aussi hanté par la naissance et la vie de son fils jusqu’à l’immortaliser et lui donner la parole dans ses romans.

        Sans en chercher partout, on trouve des éléments qu’on pourrait attribuer à un certain réalisme magique. Le mystère, la magie et ses traces apparaissent de plusieurs façons. Tout d’abord, la plus évidente est ce monstre des nuages dont on ne sait s’il sort de l’imagination d’un homme hanté ou s’il existe vraiment, bien que faisant partie du monde invisible.
        Ensuite il y a une importance de l’invisible : invisibilité de ce personnage central, Agwîî, qui a une place à part entière dans la vie de D***, dans la vie du narrateur car c’est finalement « à cause » de lui qu’il est embauché, et dans la nouvelle dont il est le fil rouge ; invisibilité de D** lui-même car, à plusieurs reprises, personne ne semble le remarquer (comme dans l’épisode où en sortant de la gare ensemble, le narrateur et D*** voient un vieil homme qui tourne sur lui-même, et D***, en retrait du groupe d’observateurs, tient son bras sur une épaule qui n’existe pas, et que personne ne voit) et il fait tout pour ne pas être en contact direct avec d’autres personnes que le narrateur qui l’accompagne ; et,  à la fin de la nouvelle, lorsque le narrateur est à l’hôpital et attend la famille du compositeur qui finit par  arriver, « tout ce monde ne prêta aucune attention à nous et pénétra dans la chambre. »
        Il semble que l’invisible ainsi que l’absence se produisent dans le monde réel pour l’envahir, ou du moins pour devenir presque plus importants que ce qui existe réellement. Les deux mondes cohabitent mais avec difficulté, l’un prenant toujours le pas sur l’autre : l’invisible et l’absence dominent le réel pour D***, alors qu’il y a une absence de l’invisible pour les autres personnages.

        Des scènes énigmatiques suscitent de l’étrange comme de la magie, comme cet épisode du vieil homme à la sortie de la gare qui tourne sur lui-même sans qu’on sache pourquoi, ou encore lors de l’attaque des dobermans qui foncent sur les deux hommes sans raison et s’en vont comme ils sont arrivés. Il y a aussi la scène de la mort du compositeur dont la description compose un tableau presque magique : c’est la veille de Noël, une neige fine tombe pendant une demi-heure, la métaphore du sang sur la neige, la lumière très théâtrale qui tombe sur le blessé, etc. Et à la fin de la nouvelle, la scène où l’on apprend comment le narrateur a perdu un œil à cause d’une bande d’enfants qui lui jetèrent des pierres sans aucune raison connue.
        Des faits se produisent dans la vie quotidienne sans qu’on sache pourquoi, ils existent et ont des conséquences réelles, mais ce sont peut-être des faits auxquels l’on n'accorde pas assez d’attention, ou du moins peut-être pas « la bonne attention ».

        Un troisième et dernier élément est le temps qui est traité de plusieurs façons. Il y a, de façon inhérente à la nouvelle, le temps dans le récit : le narrateur commence son récit en nous parlant de son œil qu’il a perdu en nous prévenant qu’il racontera cette histoire à la fin du récit. Récit qui est alors cyclique, à la fin de la nouvelle, on pourrait retourner à son début sans qu’il y ait de coupure. L’histoire d’Agwîî est en fait encadrée de ces deux épisodes « hors-récit ».
        Le temps de la mémoire est illustrée par D***, hanté par un fait passé qui a totalement modifié sa vie mais aussi sa vision du monde. Son ciel est maintenant occupé par l’être flottant qu’il a perdu dans sa vie, par son fils. C’est comme si sa mémoire et sa vie restaient bloquées sur ce moment.
    Il y a aussi le temps perçu par le compositeur, qui en parle lui-même comme un temps parallèle au temps dans lequel les autres vivent ou du moins un temps en dehors de l’écoulement normal du temps.

    Dans cette nouvelle, les traces du réalisme magique apparaissent de façon beaucoup moins probante que dans Pedro Paramo par exemple. Ici, bien que Agwîî soit directement ancré dans le monde de l’imagination, du ciel, de la magie, le magique est plutôt suggéré. Il s’agit d’impressions, du domaine du sensible que chacun ressent différemment ; il s’agit d’images, de métaphores pour traduire des choses qui se passent hors du domaine du rationnel.
    Pour que le réalisme magique surgisse, il y a en quelque sorte trois conditions réunies dans ce livre, qui correspondent à la définition de Julio Cortazar (voir le blog) à propos de la représentation subjective et objective du monde.
    Il y aurait ce que l’auteur fait voir et ressentir à ses personnages, le monde réel, le monde sensible et l’univers personnel dans lesquels les personnages et les événements évoluent et surgissent ; ce que l’auteur veut bien voir et écrire, par les mots et entre les lignes : le rôle du conscient et de l’inconscient même de l’auteur qui conduit son écriture ; et, une fois que le livre est offert aux lecteurs, il y a ce que le lecteur veut bien accorder comme dimension aux personnages, aux situations, aux mots.
    En fait, il y l’intention de ces différents personnages ou personnes qui interviennent pour que le réalisme magique surgisse dans une nouvelle comme celle-ci ; il faut voir autre chose, voir l’invisible, voir le magique.

N.O., Bib 2ème année

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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 19:35
Georges-Olivier CHÂTEAUREYNAUD, jardindanslile.jpg
Le jardin dans l’île,
Recueil de nouvelles, 167 pp,
éditions Zulma, collection Novella,
parution avril 2005.




L’auteur :
        Romancier et nouvelliste français né à Paris en 1947, Georges-Olivier Châteaureynaud a reçu le prix Renaudot en 1982, pour son roman La faculté des songes. Il dit avoir « commencé à devenir un écrivain lorsqu’ [il a] renoncé à la poésie ». La première nouvelle qu’il écrivit alors se nomme « Ses dernières pages » et raconte l’histoire d’un homme quittant Paris pour devenir écrivain et qui trouve son œuvre, écrite, qui l’attend dans un placard d’une maison de campagne. Voilà qui donne le ton de l’œuvre de notre écrivain, et qui situe un peu l’univers du Jardin dans l’île.
        Dans un entretien pour le site Encre vagabonde, il explique ses principes d’écriture : « Mon système littéraire repose sur la confusion : confusion entre le passé et le présent, entre l’imaginaire et le réel, l’intérieur de la tête et l’extérieur, la veille et le sommeil, etc. »


Le recueil :
        Il se compose de dix nouvelles aux thèmes différents mais relatant toujours des histoires troublantes, plus ou moins explicables par la folie ou le mensonge d’un personnage, qui huit fois sur dix raconte à la première personne.
        On a ainsi un homme entraîné dans le passé par une femme envoûtante, un écrivain réincarné pour écrire sa propre biographie, un courtier qui rapporte n’importe quelle antiquité d’un monde parallèle, un homme défiguré invité et adulé par de belles femmes célibataires.


Liste des nouvelles ; leur énonciation et résumé :

Nuit des voltigeurs :    3ème personne
        Un homme en fuite frappe à la porte d’un appartement inconnu. Une femme lui ouvre, sa fille si belle l’envoûte. Malgré des protestations, il la suit, passant les yeux bandés la porte d’un monde où les voitures ont disparu, remplacées par des chevaux…

Pâle petit jeune homme :    1ère personne
        Un homme se fait aborder dans une soirée mondaine par un jeune homme qui veut faire une biographie d’un ancien ami écrivain alors décédé. Par les connaissances précises des détails qu’il détient sur la vie de cet écrivain, le narrateur est persuadé que le pâle jeune homme dit la vérité sur son lit de mort : il est lui-même cet écrivain ressuscité.


Château Naguère :
1ère personne
        Un chauffeur de taxi amène une dame très distante à Bordeaux… mais elle ne lui fait pas prendre un itinéraire ordinaire. Elle finit par lui avouer qu’elle reproduit le chemin qu’elle a parcouru pendant la débâcle, ce qu’il représente pour elle, ainsi que la valeur qu’ont à ces yeux les deux dernières bouteilles issues de ces vignes dont le château n’existe même plus. 

Le courtier Delaunay :     
1ère personne
        Un antiquaire voit arriver dans sa boutique une légende du métier : le courtier Delaunay. Il constate vite que celui-ci possède un secret grâce auquel le courtier trouve à coup tous les objets imaginables. En effet, d’où les ramène-t-il puisqu’il ne sort de chez lui que pour aller au cinéma ? Le narrateur antiquaire s’introduit alors chez Delaunay et découvre un manuscrit racontant ses voyages dans cet endroit mystérieux et périlleux.


Le jardin dans l’île :    
1ère personne
        Un homme voyage en train de nuit vers une île où habite une femme qu’il n’a rencontrée qu’une fois. Elle ne l’attend pas, tout ce qu’il sait d’elle, c’est qu’elle est peintre. Elle peint des paysages. Tous les hommes de l’île sont intimidés par cette femme. Le voyageur, lui, parvient à vivre pendant quelques jours une expérience presque surnaturelle avec elle.

L’inhabitable :    
1ère personne
        La vie de locataire racontée par un homme dont le destin semble être d’habiter toujours des lieux inhabitables comme un appartement où naissent quotidiennement de petits feux à tout endroit, ou une maison de marbre du sol au plafond, sans oublier le mobilier.

Figure humaine :    
1ère personne
        Un ancien acteur défiguré effraie les passants. Pourtant, une femme s’excuse d’avoir mal réagi : Agathe va l’inviter aux soirées de femmes célibataires qu’elle organise chez elle. Toutes ces femmes vont s’arracher l’attention de cet homme. Jusqu’au jour où Agathe déménage.

L’enclos :    
1ère/3ème personne
        Depuis qu’il est petit garçon, le premier narrateur veut habiter cette maison. Pour lui, ce couple qui l’habite, c’est Adam et Eve. Il achète la maison en viager, et entretient son jardin.

L’importun :    
1ère personne
        Le narrateur est importuné par  un homme qui détruit sa vie chaque fois qu’il commence à en être satisfait : hideux et sale, il s’accroche au narrateur et fait fuir l’entourage de ce dernier. Quand il s’adresse à la police, l’importun disparaît. Un jour, il décide de se suicider. Alors, l’importun se jette à l’eau déclarant qu’il ne sait pas nager : si le narrateur le sauve, il disparaîtra…

Zinzolins et nacarats :    3ème personne
(Résumé au dernier paragraphe)
 
I) Différents MOTIFS reviennent régulièrement.
        En effet, un certain nombre de nouvelles font intervenir des femmes aux charmes étranges, auxquelles le héros ne peut résister :
- Antonina, la jeune femme mystérieuse  de « la nuit des voltigeurs » qui séduit puis parait emmener le héros, les yeux bandés, dans des temps anciens.
- La femme peintre, qui s’offre à un visiteur qu’elle n’attend pas quand elle fait rêver les hommes de l’île entière.
- Agathe et sa compagnie de femmes belles et célibataires adulant un ancien acteur défiguré qui habituellement effraie les passants.

        L’auteur s’attache également à construire des lieux magiques :
- On note l’importance de frontières  entre monde « normal » et magique, que ce soit sous forme de porte temporelle (Nuit des voltigeurs), d’une « barrière » vers un monde inconnu (Le courtier Delaunay), ou une autre mer encore, pour « Le jardin dans l’île ».
- Parallèlement, on est confronté à un phénomène d’enfermement : par la mer (île) ou les murs : « l’inhabitable » ou « Zinzolins et Nacarats ». Il faut dire que l’auteur, comme son personnage de l’inhabitable, a été marqué par les lieux exigus qu’il a habités dans son enfance : il logeait avec sa mère dans une chambre de bonne, d’où une certaine claustrophobie.
- On trouve également dans ce recueil différents Jardins d’Eden : la maison de « L’enclos », dont le héros prend les propriétaires pour ses Adam et Eve, l’île sur laquelle le narrateur vit « le Cantique des Cantiques », les jardins d’Aloss opposés à l’enfer de Nasterburg, aux détours desquels musique et fééries se rencontrent à tout instant.
- Enfin le recueil est envahi de maisons mystérieuses, souvent fleuries telles que celle de L’inhabitable [texte], ou de L’enclos.
        L’auteur avoue lui-même avoir un lien particulier avec l’habitat dans l’entretien pour Encre vagabonde :
        « L’errance et l’enracinement, deux thèmes contradictoires qui balisent tout ce que je fais.» ;  « Mes histoires sont pleines d’îles et de maisons mais aussi de voyageurs et d’instables. » ; « il y a peut-être deux humanités, celle qui part et celle qui reste, non ? »


II) Quoi qu’il en soit, LE DOUTE subsiste toujours sur la nature des événements relatés par les narrateurs.
Ainsi, on pourrait éventuellement donner comme explication rationnelle la possible folie de certains personnages :
- Dans le « pâle petit jeune homme », le narrateur est seul à détenir les « preuves » de son histoire : « quant aux éléments de preuves auxquelles je faisais allusion plus haut, ils sont d’ordre privé et concernent des faits connus de moi seul et de Rouan, c'est-à-dire de moi seul au monde, en principe. »
-  On peut d’abord se demander si le narrateur de « l’inhabitable » est pyromane, puis s’il est complètement fou ? Ce sentiment est renforcé par le ton emprunté par le narrateur qui se veut celui d’un habitué des déconvenues surnaturelles, que rien ne choque.
- Dans « Figure humaine », aucune trace ne subsiste de l’existence d’Agathe quand elle déménage. On pourrait penser en incrédules que cette histoire est issue de l’imagination d’un homme blessé du peu d’égards des gens envers lui depuis qu’il a été défiguré.
- Les répliques-mêmes de personnages de« l’enclos » insinuent que le narrateur doit être « fou ». L’homme se crée également une symbolique délirante.
- Les apparitions et disparitions  mystérieuses du personnage de « l’importun » ressemblent à un désordre mental,  puisque aucun autre personnage malgré les dires du narrateur ne nous confirme avoir vu cet homme insupportable. Le gendarme de l’histoire soutient cette hypothèse, contrairement au narrateur qui n’a que de doutes ponctuels. Sa dernière disparition ressemble à une guérison.
- On note toujours la présence de la folie dans « Zinzolins et nacarats », où ce phénomène est engendré par l’enfermement.
- La folie ou même le mensonge du narrateur sont soupçonnables dans «le courtier Delaunay ». La présence d’un journal ne certifie pas, dans l’histoire, qu’il ait réellement été écrit par ce personnage énigmatique qu’est Delaunay.

        Dans chacune des nouvelles, sauf la dernière, les événements surprenants ou surnaturels sont contestables, explicables par la folie ou le mensonge. Mais toujours le doute subsiste et certaines nouvelles sont moins sujettes aux réticences éventuelles d’un lecteur incrédule.


        On sent également la présence d’un certain onirisme qui pourrait aiguiser le doute ressenti vis-à-vis de la narration.
        Certains personnages semblent victimes d’un destin cauchemardesque, semblable à un interminable mauvais rêve. C’est le cas pour deux d’entre eux, l’inhabitable et l’importun. D’autres se dirigent sur une voie qui les appelle étrangement : faire une biographie, acheter une maison deviennent un devoir à accomplir, sans qu’on parvienne à saisir le but de l’opération.
        Par ailleurs, la fin d’une aventure prend souvent des allures de réveil , par exemple quand Agathe a disparu dans « figure humaine », quand, à la fin de  « château Naguère », la dame reprend ses attitudes hautaines, comme si rien ne s’était passé, ou quand une moustache apparaît dans la première nouvelle.

 Le lecteur n’est donc jamais sûr que les événements incroyables se soient passés comme ils sont racontés, ce qui correspond à la définition du fantastique par T. Todorov (Introduction à la littérature fantastique).


III) ZINZOLINS ET NACARATS :
        Il existe tout de même une exception sur ce dernier point, il s’agit du dernier texte, " Zinzolins et nacarats". A elle seule, cette nouvelle représente un tiers du recueil, c’est la plus longue et la seule à se situer dans un lieu entièrement imaginé, mais chargé d’une histoire réaliste. Après seize ans de guerre, les impériaux zinzolins décident d’emmurer vivants au milieu d’une tour creusée à même la pierre les derniers survivants des opposants nacarats avec leurs geôliers. La tour, Nasterburg, semble l’opposé de l’endroit qu’a aménagé le grand-père du créateur de la nouvelle prison, les jardins suspendus d’Aloss qui font figure de paradis sur terre. L’enfermement engendre la folie et le suicide, et finalement le plus jeune se retrouvant dernier survivant brise le mur de sa prison découvre un monde qui a avancé sans eux, et meurt en se jetant dans le vide.
Cette nouvelle reprend donc certains thèmes du recueil mais l’angle d’approche en est différent.

    Le jardin dans l’île est donc un recueil plutôt fantastique, où l’on croise des femmes et des lieux aux charmes magiques, flottant entre certitude de l’étrange et doute sur la réalité. Pour conclure, une phrase de Georges-Olivier Chateaureynaud nous replonge dans le trouble :
« Les écrivains sont des fabulateurs qui essaient désespérément de dire la vérité. C’est difficile, de dire la vérité, si difficile qu’il faut passer par le mensonge, ou quelque chose qui y ressemble. »

Flavie, A.S. Ed. Lib.

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22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 21:18
CollectifTOKYO-ELECTRIQUE.jpg
Tokyo électrique
Nouvelles traduites du japonais
par Corinne Quentin,
Première édition : Autrement, 2000,
Picquier Poche, 2006
271 pages.


   
Tokyo électrique est un recueil de cinq nouvelles, écrites par cinq auteurs différents. Chaque nouvelle nous transporte dans un quartier différent de Tokyo. Chaque auteur nous offre sa vision de cette si grande ville, tout cela dans son propre style.
    La première nouvelle, Yumeko, a été écrite par Maramatsu Tonami, né à Tokyo en 1940, il obtient le pris Naoki en 1982 pour
Jidiya no myôbô, adapté ensuite au cinéma, à la télévision, mais aussi au théâtre.
    Dans Yumeko, on assiste à une conversation entre cinq amis habitués d’un bar situé dans un quartier populaire de Tokyo : Fukagawa. Tous leurs échanges sont fondés autour d’une femme, Yumeko. C’est une femme très mystérieuse, elle disparaît de leur vie brusquement. Cela éveille chez les cinq amis beaucoup de curiosité sur son passé, mais va aussi provoquer chez eux une véritable remise en question.
    A travers cette nouvelle, on perçoit d’une part de l’humour, mais d’autre part une certaine nostalgie. De plus, on retrouve un vrai questionnement sur les relations humaines, ainsi qu’un regard très tendre, vraiment humain.

    La seconde nouvelle, Les fruits de Shinjuku, a été écrite par Ryûji Morita, auteur tokyoïte né en 1954. Il écrit d’abord des nouvelles dans une revue littéraire. Il obtient
en 1998 un prix  pour jeunes auteurs.
    Dans cette nouvelle, on retrouve une ambiance très sombre dès le début de l’histoire. Cette nouvelle nous emmène dans la vie de deux jeunes étudiants drogués et fauchés. L’un d’eux va se passionner pour une jeune prostituée philippine qui travaille dans l’immeuble voisin.
    Ce récit se situe dans un registre et une écriture crue qui amène un côté très réaliste à cette histoire.

    La troisième nouvelle, Amants pour un an, est de Mariko Hayashi, un auteur né a Tokyo en 1954. Cette nouvelle a été par la suite adaptée au cinéma.
    Durant cette histoire, on découvre une jeune femme, Eriko. Elle rencontre Yôchiro, un cadre bien placé socialement, qui va chambouler son quotidien. En avançant dans le récit, les rêves de cette femme vont se dévoiler à nous, et par la suite ses désillusions…
   
    La quatrième nouvelle, intitulée La tente jaune sur le toit, a été écrite par Makoto Shiina, Tokyoïte né en 1944. Il a obtenu une multitude de prix au Japon, et aujourd’hui s’illustre au cinéma comme réalisateur.
    Cette nouvelle raconte l’histoire d’un jeune salaryman qui se retrouve à la rue suite à un incendie dans son immeuble. Par manque de temps et de courage pour chercher un appartement, il décide de camper sur le toit de l’immeuble de sa société, au départ pour une nuit… mais son séjour se prolonge.
    On découvre à travers cette nouvelle la joie de vivre et un quotidien sans contraintes en contradiction avec cette facette de Tokyo stressée, sans véritable âme. Mais tout cela nous est conté avec une certaine légèreté et un ton poétique.

    Enfin, la dernière nouvelle, Une ménagère au poste de police, a été écrite par Chiya Fujino, né en 1962 à Tokyo, avec comme petite particularité d’être né homme mais de vivre aujourd’hui en tant que femme. Elle aussi obtiendra plusieurs prix en 1995 et 1998.
    Cette dernière nouvelle conte la vie d’une mère de famille, Natsumi, qui souffre du mal des transports au point de tout faire à pied ou à vélo. Poussée par l’interrogation de sa fille qui se demande pourquoi on ne trouve pas de femmes dans le postes de police, elle va occuper tout son temps libre à tenter de répondre à cette question en observant jour après jour les postes de son quartier.
    Cette nouvelle nous interroge sur la place sociale qu’occupent les femmes au Japon, sur l’identité sexuelle, tout cela sur un ton plein de légèreté.   

    Ce recueil est écrit avec beaucoup de charme, grâce à ces noms japonais très harmonieux et ses descriptions très imagées. De plus, le voyage à travers un Tokyo que l’on découvre à chaque page, avec chaque auteur, tout cela sans décoller de son livre, est vraiment agréable.
    Mais Tokyo électrique, contrairement à son titre et sa couverture n’est pas un recueil palpitant par son absence de rebondissements et de véritables fins.               Toutefois, il est vraiment agréable à lire, avec ses tranches de vies pleines de légèreté, de charme, de poésie pour certaines, de réalisme pour d’autres… ainsi que le voyage dans ce Tokyo à mille facettes, si bien décrit, qui nous offre une vraie balade pleine de découvertes.

Amandine, Ed-Lib. 1ère année





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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 21:35
SAKI, Le Cheval Impossible,chevalimpossible-copie-1.jpg
292 pages.
Traduit de l'anglais par Raymonde Weil
et Michel Doury,
Julliard Paris, 1993,
Ed. Robert Laffont, coll. Pavillon Poche, 2006.

Biographie disponible : fr.wikipedia.org/wiki/Saki_(écrivain)

        Le Cheval Impossible est un recueil de 39 nouvelles dont la plupart datent de 1912, sélectionnées par l'éditeur et publiées en 2006. Ce livre est une satire sociale qui nous plonge dans les "affres" de la société édouardienne anglaise et Saki est notre guide. Un guide cruellement drôle et considéré comme un des maîtres de la short story, de la high comedy.
        Ce nombre de 39 nouvelles pourrait faire craindre un ouvrage copieux et indigeste, mais c'est d'une écriture moderne, d'une même unité, et l'auteur "fait mouche" à chaque fois.
        IL n'a manifestement aucune compassion pour ses personnages (on pourrait même dire "sujets d'études") face à leurs dilemmes : exemple,comment se comporter lorsque l'on reçoit un neveu cleptomane mais intéressant par son récent héritage. Seuls les animaux, survolant cette jungle mondaine, personnages secondaires mais finalement les plus sensés, trouveront grâce à ses yeux.
         Les aspirations et les "tragédies mondaines" dont ces hommes et ces femmes sont les instigateurs ou les victimes, permettent surtout à Saki de nous dépeindre des comportements et des psychologies dont le lecteur, son complice, se délectera sans complexes.
        En effet, quoi de mieux que cette "bonne société" où la vacuité, les apparences et la position sociale priment, pour sonder avec justesse l'âme humaine dans ce qu'elle peut avoir de plus absurde?
        La force du style, en plus de sa virtuosité pour les épigrammes et les portraits brossés en quelques lignes, réside dans une sophistication du vocabulaire, un langue affectée, semblable aux façons de discourir de ceux qu'il dépeint  ( il leur fait d'ailleurs souvent raconter eux-mêmes les histoires).
        Et cela pour mieux se moquer et dynamiter joyeusement ce petit univers.
        Dans 14 de ces nouvelles apparaît Reginald, personnage récurrent dans l'oeuvre de Saki, l'ultime dandy cynique. Dans des dialogues ( ou plutot monologues, tant les interlocuteurs de Reginald sont parfois réduits au silence devant sa pédanterie), on peut entrevoir sa pensée "profonde". Car oui, ce Reginald a un avis sur tout : Reginald et les réjouissances de Noël, Reginald et les soucis, Reginald et les invitations.  On découvrira également la puissance créatrice de ce jeune homme agaçant dans " Le drame de Reginald":

"Reginald ferma les yeux avec cette langueur affectée de ceux qui ont de beaux cils et ne voient pas pourquoi ils le cacheraient.
- Un jour, dit-il, je vais écrire un drame vraiment grand. Personne n'en comprendra le sens profond, ils rentreront tous chez eux vaguement déçus de leur vie et de l'endroit où elle se déroule. Alors ils changeront le papier de tenture et ils oublieront.
- Et ceux qui possèdent des maisons entièrement en lambris de chêne ? demanda l'interlocuteur.
-Eh bien, ils n'auront qu'à changer le tapis de l'escalier".

    Un auteur à connaître, pour sa causticité, et pour sa plume terriblement efficace.

    Saki : " l'imagination a été donnée à l'homme pour compenser ce qu'il n'est pas. L'humour pour le consoler de ce qu'il est."

     Même sa  dernière phrase avant sa mort brutale au front de la guerre de 14-18,aurait pu être la chute d'une de ses nouvelles : "éteignez-moi cette cigarette nom de dieu!"
    Critique de Graham Greene :
    "Toutes les nouvelles de Munroe (son véritable nom) sont inspirées par l'enfance, l'humour et l'anarchie, autant que par la cruauté et la misère de l'enfance. Il s'est fabriqué un style qui est comme une machine destinée à sa propre protection. Il se protège à l'aide d'épigrammes. Reginald et Clovis sont des enfants de Wilde : c'est entre eux un incessant feu croisé d'épigrammes et d'absurdités qui nous éblouissent et nous enchantent.(...)
 Ces récits sont des récits de farces et attrapes. Leurs victimes aux noms bizarres sont assez sottes pour n'éveiller aucune sympathie. Ce sont des gens d'âge mûr, des gens puissants: il est juste qu'ils subissent une humiliation passagère parce que, à la longue, ils ont toujours le monde de leur côté. Munroe, tel un chevaleresque bandit de grand chemin, ne dépouille que les riches ; il y a derrière toutes ces histoires un sentiment de justice rigoureux."

Annie, 1ère année BIB









 
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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 20:43
Philippe CLAUDELclaudel-copie-1.jpg
Les Petites Mécaniques
Mercure de France
Collection Bleue
2003
Éditions Gallimard
Collection Folio
2004

I) QUELQUES MOTS SUR L’AUTEUR
    Philippe Claudel est né en 1962 en Meurthe-et-Moselle. Il est actuellement professeur d’anthropologie culturelle et de littérature à l’université de Nancy II.
    C’est un écrivain qui reste très attaché à sa région, elle est d’ailleurs le théâtre de l’action dans nombre de ses récits.
    Certains thèmes semblent lui tenir à cœur, aussi retrouve-t-on ceux de la guerre, de la quête identitaire ou encore de la fragilité des hommes.
    Deux de ses romans, Les Âmes grises et La Petite fille de Monsieur Linh, ont été adaptés au cinéma (le second étant encore en cours d’adaptation).
    Philippe Claudel est aussi un auteur qui a reçu de nombreux prix parmi lesquels ont peut retenir le Prix Goncourt de la nouvelle pour Les Petites Mécaniques et le Prix Renaudot pour Les Âmes grises tous deux en 2003 ; ainsi que le Prix Goncourt des lycéens pour son dernier livre : Le Rapport de Brodeck.

II) LE RECUEIL : COMPOSITION ET ANALYSE
    Le recueil est composé de 13 récits (12 nouvelles en tout, l’une d’entres elles étant « coupée » en deux). Il ne semble pas vraiment y avoir d’unité entre les nouvelles qui sont extrêmement diversifiées : les époques ne sont jamais les mêmes (Moyen-Âge, Renaissance, Antiquité, XIXème siècle, époque contemporaine, futur…etc.), les lieux changent (Grèce, France, Italie, Égypte, Russie… etc.), la catégorie sociale du ou des personnages principaux varie eux aussi (vagabond, gardien de musée, paysan, voleur, aristocrate, petit bourgeois, prisonnier, commerçant… etc.).
    Toutefois, un thème reste particulièrement récurrent au sein des nouvelles : la mort. Elle semble de nature différente à chaque nouvelle : elle peut trouver une explication scientifique, médicale ou encore morale, elle peut être donnée arbitrairement ou volontaire… etc.
    Cependant, Philippe Claudel, lorsqu’il parle de son recueil, mentionne son attrait tout particulier pour « la fragilité de nos vies » qu’il compare d’ailleurs à de « petites mécaniques » vulnérables au moindre écart. On peut donc déduire que le thème de la mort sert de point d’appui (et de chute) à l’auteur afin qu’il puisse justifier cette étrange fragilité qui le fascine.
    Le genre du fantastique est omniprésent dans les nouvelles, mais bien que son utilisation soit parfois indiscutable elle reste modérée voire discrète pour bon nombre de récits. Le fantastique est ici un outil qui permet à Philippe Claudel d’insérer plus ou moins violemment la mort dans ses nouvelles.

III) LE STYLE DE L’AUTEUR
    P. Claudel est incontestablement un maître dans l’Art de faire parler ses personnages. En effet, il est assez aisé de retrouver l’origine géographique et/ou sociale des personnages que l’auteur fait parler. En utilisant le vocabulaire, les expressions idiomatiques et/ou les fautes de langue propres à chaque pays et/ou région, il parvient à faire ressortir la musicalité, les accents, les tics de langage ou encore la rudesse d’une langue.
    Quelques extraits du texte qui appuient cela :
    Un voleur raconte son passé : « Dans les foires, nous nous mêlions aux marchands et aux bateleurs pour tirer par-ci trois sequins d’un gousset, par-là deux florins d’une poche. Nous étions ivres de mal et sales comme des culs de coches. » [p. 27]
    Un locataire qui enrage de ne plus voir un de ses voisins : « Il aura vendu son appartement sans rien dire, et bonsoir tout le monde, pas même un au revoir… » [p. 158]
    Un prêtre allemand explique : « Pas de Dieu ici, foutu pays, foutus Arabes… trop chaleur, trop poussière, nous rentrer dans abbaye Bavière, voyage fini. » [p.112]

IV) MON AVIS
    Philippe Claudel est un auteur que j’apprécie pour la force qu’il donne à ses personnages lorsqu’il les fait parler. Malheureusement, dans ces nouvelles, les dialogues sont beaucoup plus rares, j’ai donc été un peu déçue de ce côté-là. Par contre, la diversité des nouvelles et certaines chutes m’ont plu. Je suis tombée sous le charme de la nouvelle "Georges Piroux" et je garde un assez bon souvenir de ce recueil.
V) BIBLIOGRAPHIE
Sites visités :
www.mercuredefrance.fr/titres/petitesmecaniques.htm

Wikipédia  Philippe Claudel

Sandrine, Bib 1ère année
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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 10:04
PELLETIER Thierry, couverture.jpg
La petite maison dans la zermi,
Paris, Editions Libertalia, mars 2007,
112 pages

        L'ouvrage est composé de deux parties : La petite maison dans la zermi et Tox Academy. Le recueil réunit 25 nouvelles qui sont autant de tranches de vie. Une illustration accompagne chaque nouvelle. Ces illustrations ont été faites spécialement pour ce livre, par 15 illustrateurs que l'auteur connaît.
        Thierry Pelletier raconte son expérience d'éducateur en centre d'hébergement pour SDF dans La petite maison dans la zermi et pour toxicomanes dans Tox Academy. Chaque nouvelle est axée sur un personnage particulier ou un groupe de personnages. Cependant, l'ensemble de ces nouvelles crée un tableau homogène par une description sans fard de la misère.
        L'auteur rapporte cette misère des gens qu'il a côtoyés sans misérabilisme, sans lourdeur. Dans l'introduction, il écrit : « Je me borne à raconter ce que j'ai cru voir ou entendre ». Effectivement, nulle part il n'y a trace d'une quelconque rhétorique poussive, d'un paternalisme moralisateur, nul angélisme non plus. Si Thierry Pelletier fait sourire avec des événements plus ou moins tragiques, en décrivant son quotidien et celui de ses « frères humains », celui-ci n'en reste pas moins un quotidien de galères, entre misère économique, misère sexuelle, problème de drogues, racisme et homophobie. Par le biais d'une écriture populaire, avec un style direct mais sans sensationnalisme, il raconte la misère de l'intérieur, les joies et les peines, les coups de gueule et les coups de sang de ces gens que la société met à l'écart. Cela en fait un témoignage indispensable, loin de toutes ces études théoriques qui font de l'individu quelqu'un d'anonyme, noyé dans la masse, sans histoire propre.
    Dans une postface, Thierry Pelletier tire un bilan de son expérience et de son ressenti vis-à-vis d'une société qui, tour à tour, rit aux dépens de personnes mises au ban d'un monde qui leur tourne le dos ou fait de la misère quelque chose de branché. L'ouvrage se termine par quelques notes biographiques et une bibliographie sur le sujet de la misère.

     libertalia-logo.gif
Les Editions Libertalia
ont été fondées au début de l'année 2007. Le nom Libertalia se réfère à l'île mythique sortie de l'imaginaire de Daniel Defoe, auteur de Robinson Crusoe, dans son livre Histoire générale des plus fameux pyrates, publié en 1728 (édité dans la Petite Bibliothèque Payot/Voyageurs). Île pirate, Libertalia est le premier exemple de société libertaire dans la littérature : « Notre cause est une cause noble, courageuse, juste et limpide : c'est la cause de la liberté ». Maison d'édition associative, Libertalia s'est spécialisée dans l'édition ou la réédition de littérature politique ou à forte dominante sociale, viscéralement révoltée, profondément libertaire. Chaque livre publié est complété par des illustrations originales, ainsi que d'une bibliographie permettant d'approfondir le sujet.

Thierry Pelletier tient également un blog : http://recits.blogs.liberation.fr/thierry_pelletier
Site des Editions Libertalia : http://www.editionslibertalia.com
Fiche de l'ouvrage sur le site de la maison d'édition : http://editionslibertalia.com/spip.php?article5

Mikael, Bib 1ère année

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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 21:48
L’insupportable Bassington, suivi de quatre nouvelles inédites
Saki
Traduit par Raymonde Weil, Michel Doury et Jean Rosenthal
Paris : Ed. Robert Laffont, 2006
Collection Pavillons poche
Prix : 7, 90 €
ISBN : 2-221-10638-5

L’auteur :

    Saki est un pseudonyme ; son vrai nom est Hector Hugh Munro (1870-1916). Auteur britannique né en Birmanie. Il perdit sa mère très jeune. Son père l’envoya au Royaume-Uni pour être élevé par deux tantes avec son frère et sa sœur. Mais les deux tantes étaient de vieilles filles autoritaires ayant des goûts très différents. Les frères eurent donc une enfance ennuyeuse, au milieu d’un combat incessant entre les deux femmes.
    A la fin de ses études secondaires, il commence une carrière de journaliste au Morning Post, qui lui permet de beaucoup voyager.
    Saki est un pseudonyme en référence à un personnage du poète persan Omar Khayyam. Il s’est essayé à tous les genres littéraires, mais est surtout renommé pour son art de novelliste. Il a écrit deux romans, 35 nouvelles et une étude. Son écriture est caractérisée par un humour noir grinçant.
    Il meurt lors de la Première Guerre mondiale, en 1916, à l’âge de 46 ans.

Le roman L’insupportable Bassington :

Résumé :

    Francesca Bassington est une femme matérialiste qui souhaite voir son irresponsable de fils, Comus, épouser la jeune Elaine de Frey, afin, par un jeu d’héritage, de pouvoir garder sa maison.
        Mais Comus est un jeune homme irresponsable et égoïste. Finalement, c’est Courtenay Youghal, ami de Comus et jeune politicien, qu’Elaine décide d’épouser. Elle ne sera pourtant pas heureuse.
    Dépitée, Francesca décide d’exiler son fils en Afrique, où il tombe malade et meurt.

    Cet ouvrage est principalement caractérisé par l’absence de morale et la parodie de la société. Le roman débute ainsi : « Cette histoire n’a pas de morale. Si elle y dénonce un mal, du moins n’y suggère-t-elle pas de remède. »

Les personnages :

  • Francesca Bassington : Francesca est une dame de la haute société, matérialiste, qui souhaite que son fils se marie uniquement pour garder sa maison. Elle pense que son fils Comus est une catastrophe et remercie le ciel de ne lui avoir donné qu’un fils : «  Si le destin s’était montré fort serviable en la gratifiant d’Henry comme frère, Francesca pouvait en revanche apprécier à sa juste valeur la cruelle malveillance de la fatalité qui lui avait donné Comus pour fils » (page 20). Elle possède dans son salon (qu’elle se représente comme son âme), son portrait peint par le célèbre Van der Meulen, mais ne sait pas s’il s’agit d’un vrai ou d’un faux.  Elle est très superstitieuse et friande de potins mondains. Elle cherche à servir son intérêt avant tout. Par exemple, lorsqu’elle apprend qu’Emmeline Chetrof, qui doit hériter de la maison dès son mariage, ne pourra se marier avant quatre ou cinq ans, elle saute de joie : « Mais pour Francesca, qui avait écouté avec une attention frémissante, dès qu’elle avait entendu prononcer le nom d’Emmeline Chetrof, ces nouvelles arrivèrent comme un flot libérateur et béni. A moins d’entrer dans un couvent et de prononcer ses vœux de célibat, Emmeline ne pouvait être plus agréable à Francesca qu’en se liant à un amoureux nanti d’une situation telle que le mariage devait être remis à jusqu’à un avenir lointain » (page 176). Lorsqu’elle reçoit la nouvelle de la mort de Comus, son frère, Henry, vient la voir pour lui annoncer que son fameux tableau est en fait un faux, et prend la tristesse de Francesca pour de la déception à propos du tableau, en femme matérialiste qu’elle est : « Francesca ne pouvait ni faire un geste, ni articuler un mot ; elle serrait le morceau de papier froissé dans sa main, et se demandait si cette voix grêle et optimiste qui débitait des consolations d’une ironie macabre, consentirait jamais à se taire » (p 225)
  • Comus Bassington : Comus est orgueilleux, cruel, égoïste et insolent. Son seul but dans la vie est de s’amuser et de jouer. Il courtise la jeune Elaine de Frey, mais est concurrencé par Courtenay Youghal, son ami et brillant politicien. Cependant, comptant sur son seul charme, il néglige cet aspect des choses : « Comus, qui marchait insouciamment à travers un pays inconnu pour sanctionner une victoire qu’il croyait déjà certaine, commit la faute de négliger une armée invaincue sur son flanc. » (Page 122). Après qu'il a volé un plat et demandé de l’argent pour couvrir ses dettes de jeux, Elaine se décide à voir en Comus ce qu’elle refusait d’accepter : « Elaine de Frey se rendait parfaitement compte des qualités qu’elle aurait voulu trouver chez Comus, et elle se rendait parfaitement compte, bien qu’elle essayât de s’illusionner, qu’il manquait absolument de ces qualités. » (Page 126). Ainsi, Comus se voit supplanté par Courtenay Youghal. Il part, à contrecœur, sur les ordres de sa mère, en Afrique, sans se départir de son ton ironique lorsque Francesca lui relate les merveilles du continent : « Quel bel échantillon de prose persuasive ! Cela rappelle les Psaumes, et plus encore, les prospectus de voyage. Si vous étiez honnête, vous confesseriez que vous l’avez prise telle quelle dans un projet pour encourager l’industrie du caoutchouc ou celle du rail. » (page 164) Mais, malgré la beauté du pays et la joie des Africains, Comus, en bon matérialiste de la haute société, s’ennuie, ne disposant d’aucun des moyens d’amusement présents en Angleterre. Il tombe alors malade et meurt sans revoir son pays.
  • Elaine de Frey : Elaine est une jeune femme de la haute société londonienne, courtisée par deux hommes : Comus et Courtenay. Elle est amoureuse de Comus, mais se refuse à admettre sa vraie personnalité, égoïste et irresponsable : « Elle avait conçu un peu plus qu’un caprice passager pour le jeune homme (ou plutôt pour le jeune homme qu’il aurait pu être) et elle se refusait désespérément à le voir comme il était et à l’estimer à sa juste valeur » (page 78) . Elle finit par épouser Courtenay, mais elle n’est pas heureuse avec lui. Deux tantes d’Elaine discutent de son mariage, et le résument ainsi, avec le ton cynique caractéristique de Saki : « - Je ne crois pas qu’elle soit destinée à être heureuse, dit sa sœur, mais Courtenay l’a au moins empêchée de faire la plus grande faute qu’elle eût pu faire : épouser ce jeune Bassington. - Il l’a aussi, dit Mrs. Goldbrook, aidée à faire la plus lourde faute de sa vie, après celle que tu viens de citer : épouser Courtenay Youghal. » (Page 204).
  • Courtenay Youghal : C’est un ami de Comus, mais contrairement à ce dernier, il est ambitieux et brillant. Il se définit lui-même ainsi, en se comparant à Comus : « Son égoïsme est magnifique, mais absolument futile (…) tandis que mon égoïsme est banal, mais parfaitement pratique et calculé » (p 81). Il épouse alors Elaine, mais ne lui accorde aucune attention, la contredisant sans cesse, et prenant ses décisions à sa place, sans pour autant avoir la volonté de la blesser.
Les nouvelles :

        L’étang : Mona épouse John Waddacombe et ils s’aiment. Mais, « environ deux jours après son mariage, Mona avait fait une tragique découverte : elle s’était unie pour la vie à un homme avec lequel elle n’avait pas grand-chose en commun et dont elle ne pourrait espérer aucune complicité.» (Page 230)
    Un jour, durant une promenade solitaire, elle découvre un petit étang noir dans un endroit « sinistre et empreint de mélancolie », et, tous les jours, elle part le contempler en souhaitant s’y noyer.
    Mais, John tombe malade, et les soins constants qu’apporte Mona, qui n’a plus le temps de se promener, rapproche le couple, qui s’aime enfin à la folie.
    Quelque temps après, elle retrouve l’étang et n’a plus du tout envie de s’y noyer, mais elle y tombe, et réussit à en sortir.
    Cette nouvelle fait l’éloge de l’amour, et de la complicité nécessaire à un couple. Sa particularité réside dans la description du paysage de l’étang, très lugubre et mélancolique, ainsi que dans la peinture de la pensée de la femme. Par exemple, en contemplant l’étang, elle n’y voit qu’une femme noyée.

        Des propos inconsidérés : Mrs Duff-Chubleigh se trouve dans une situation délicate : lors de sa réception, Bobbie Chermbacon, jeune homme riche qui courtise sa fille, a traité la Marquise la plus en vue de « vieille dinde mitée ».
    Le problème se pose de la façon suivante : elle ne peut renvoyer la marquise, mais si Bobbie reste, celle–ci part. Si Bobbie part, il ne pourra certainement pas épouser sa fille. Elle décide donc d’envoyer Bobbie dans une réception pour hommes, afin qu’il n’ait aucune chance de rencontrer la marquise.
    Mais après avoir également insulté l’évêque, Bobbie est renvoyé et fait son voyage dans le même wagon que…la marquise que tous le monde évitait de mettre en relation avec lui.
    Après avoir vite oublié la fille de Mrs Duff-Chubleigh, Bobbie épouse la marquise dix mois plus tard.
    La parodie de la haute société est très présente dans cette nouvelle. En espérant avoir « le beurre et l’argent du beurre », soit, l’influence de la marquise et un gendre riche, la narratrice se retrouve sans l’un ni l’autre.

    Un coup pour rien : Philip Stletherby rend visite à Honoria Salten-Jago, une amie influente qui peut l’aider pour sa carrière. Dans le train, il rencontre un jeune homme sans le sou, prétendant être le fils d’Honoria, et qui lui demande de lui prêter un peu d’argent.
    Ayant peur de se faire escroquer, Philip décide de lui tendre un  piège, en lui posant des questions sur sa famille. Ce dernier, par exemple, lui explique qui se mère a, comme lui, de beaux cheveux bruns. Or, Philip se souvient d’une femme blonde. Lorsque le garçon descend du train, il refuse de lui donner de l’argent, persuadé d’avoir affaire à un escroc.
    Arrivé à bon port, il discute avec un de ses amis, mais apprend avec malheur que son hôtesse n’est blonde… que depuis quelques semaines : « Comment cela : quel changement ? Vous ne voulez pas dire ?... Oh, bien sûr, vous ne la connaissez que depuis peu de temps ! Elle avait de magnifiques cheveux bruns qui se mariaient parfaitement à la fraîcheur de son teint ; et voilà qu’un beau jour, il y a cinq semaines environ, elle est arrivée en blonde éclatante. Quel choc ce fut pour tout le monde ! Cela ne lui va pas du tout. Nous voici arrivés. Mais, dites-moi, que se passe-t-il ? Vous n’avez pas l’air bien. ». (Page 252).
    Cette nouvelle est basée sur le système de « tel est pris qui croyait prendre ». En croyant avoir roulé un escroc, le héros risque fort de voir son avancement professionnel s’effondrer sous ses yeux.

    L’almanach : Dans un petit village, deux amis décident d’escroquer les habitants en créant un almanach local, c'est-à-dire un calendrier comprenant des prédictions sur les villageois.
    Ils se débrouillent pour trouver des prédictions tellement vagues ou se fondant sur des habitudes si immémoriales qu’elles ne peuvent que se réaliser : « Ce qu’il faudrait, suggéra Vera, ce serait de formuler ces prédictions de façon à ne pas pouvoir se tromper de beaucoup. Je devrais commencer par prédire que le pasteur prononcerait un émouvant sermon du Nouvel An tiré de l’Epître aux Colossiens : aussi loin que remontent mes souvenirs, il l’a toujours fait, et, à ce stade de leur vie, les hommes ont horreur du changement. Ensuite, on pourrait sans risque prédire pour le mois de janvier, que « plus d’une famille bien connue de la région se trouvera confrontée à de sombres perspectives financières qui toutefois ne déboucheront pas sur une véritable crise ». Un chef de famille sur deux par ici découvre à cette époque de l’année que les siens vivent très au-dessus de leurs moyens et que de sévères restrictions vont devoir s’imposer. » (Page 254)
    L’almanach se vend très bien et toutes les prédictions se réalisent, sauf celle où Jocelyn doit tomber de cheval à la fin de l’année. Or, il est dans l’intérêt des deux auteurs qu’elle se réalise pour pouvoir en vendre autant l’année d’après.
    L’un des deux amis, afin de parer à cette éventualité, dit à la cavalière qu’il est au cœur d’un complot, et, lui faisant croire qu’elle doit absolument se cacher, finit par la faire tomber de cheval : «  Les amis les plus intimes de Jocelyn ne surent jamais à quel danger précis elle avait échappé lors de la chasse ce jour-là : mais on s’assura qu’on en savait assez pour garantir à l’almanach de bonnes ventes au nouveau prix de trois shillings. » (Page 261)
    Cette nouvelle parodie tous les escrocs et les prophètes, souvent capables « d’aider un peu le destin » afin de pouvoir vivre de leur activité, en jouant sur la naïveté des gens et leur besoin de savoir où ils vont.

L’écriture de Saki :

    Saki, dans son œuvre, fait la critique d’une classe fortunée dans la société anglaise postvictorienne.
    Ses personnages, tournés en dérision, deviennent des stéréotypes (la femme matérialiste, la coquette, la radin…), et les caractères sont souvent les mêmes : la jalousie, le goût des potins, la perfidie…
    Saki utilise dans son écriture, beaucoup d’humour anglais, noir et satirique, pour décrire la haute société et leurs soucis constants d’apparence, de renommée et de pouvoir.
    Le plupart de ses histoires portent sur des événements mondains, des scandales, des situations sociales embarrassantes… Elles sont fondées sur la parodie de la haute société, les jeux de langage, l’ironie, les quiproquos…
    Grâce à son enfance passée chez ses tantes, il peut dépeindre avec réalisme, sans exagérer énormément, le cynisme présent dans les parties de bridge, les garden-parties, le matérialisme ambiant, les caractères…
    Ses nouvelles se caractérisent par son sens de la dérision et de la chute.

 « Elles révèlent les manières et les attitudes de la société britannique de son temps dépeintes de l’intérieur par un chroniqueur doté d’un regard distant et sardonique. L’humour aimable de ses récits cache mal une pointe de cruauté ; il y a de la rage aussi chez Saki, un goût du saccage, tempéré par une écriture élégante et ciselée. La virtuosité avec laquelle les scènes sont emmenées, de même que l’imagination psychologique de l’auteur, étonnent à chaque lecture. Les nouvelles de Saki nous offrent un dépaysement complet, et nous amènent aux sources même de l’humour anglais. »
(http://www.rsr.ch/espace2/meridienne/selectedDate/5/11/2007#lundi)

    Marion, Bib 1ère année.


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16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 21:29
FITZGERALD Francis Scott, MILLER Henry, CHARYN Jérôme,
Nouvelles New yorkaises,
Paris, Editions Gallimard,
coll. “Folio Bilingue”, 2007.

    Ce recueil regroupe trois nouvelles : Rags Martin Jones et le prince de Galles de Francis Scott Fitzgerald, Le 14e District de Henry Miller et Chante Shaindele chante de Jérôme Charyn. Toutes trois s’attachent à raconter New York, toutes trois sous un angle différent.

    Nous verrons en quoi la vie des auteurs influence leur écriture et leur vision de cette ville dont il est question ici.

    En ce qui concerne Francis Scott Fitzgerald, il naît le 24 septembre 1896 dans le Minnesota. Il fait des études et commence à écrire très tôt. Il rencontre Zelda qui sera son épouse et avec qui il aura un enfant à l’âge de 22 ans. Ensemble, ils auront un train de vie assez soutenu, vivront en France où ils seront de toutes les fêtes et où l’écrivain rencontrera Ernest Hemingway qui deviendra un de ses proches amis. Le couple vivra sur la côte d’Azur, à Capri en Italie, à Paris. Fitzgerald dira à ce propos dans une interview accordée au New York World du 3 Avril 1927 : « Le meilleur de l’Amérique s’en va à Paris. Les Américains de Paris sont les meilleurs. C’est plus amusant pour une personne intelligente de vivre dans un pays intelligent. La France possède les deux seules choses qui nous attirent quand nous vieillissons : l’intelligence et les bonnes manières. » Réflexion que l’on retrouve chez le personnage féminin de la nouvelle Rags Martin Jones et le prince de Galles. En écho, il parle de la ville de New York en ces termes dans son essai My lost city : « L’agitation de New York en 1927 atteignait l’hystérie. Les fêtes étaient plus grandes […] le rythme était plus rapide […] les spectacles étaient plus démesurés, les bâtiments plus hauts, les mœurs plus libres et l’alcool meilleur marché. »
    C’est ce New York là qu’il peint dans Rags Martin Jones et le prince de Galles (nouvelle extraite du recueil Les Enfants du Jazz publié en 1924) où il est question d’un jeune et riche héritière qui arrive à New York et qui est accueillie par un jeune homme qui l’aime éperdument et met en scène une extravagante histoire pour la séduire alors que celle-ci est blasée car il n’est rien qu’elle ne possède et tout l’ennuie. C’est une jeune personne effrontée et très coquette qui vit dans le luxe.
    On a dans cette nouvelle une vision du New-York aisé des années 20 où rien n’est assez grand ni assez beau pour divertir ces jeunes filles riches, intelligentes, jolies et cyniques que l’on rencontre dans les écrits de Fitzgerald ; ces jeunes filles sont convoitées par des garçons dont elles n’ont que faire – ce sera le cas ici au début de la nouvelle – et qu’elles rejettent. Ce personnage féminin récurrent dans l’œuvre de Fitzgerald semblerait venir d’un amour de jeunesse malheureux de l’auteur : Ginevra King qui lui aurait inspiré ces personnages de garçonnes à la répartie piquante et que nous lui connaissons.
    On peut également voir dans cette histoire un écho de la vie mondaine de l’auteur lui-même qui avait un train de vie insouciant et joyeux mais il dépeint l’âge faste du jazz avec ces fêtes, ces grands artistes et cette certaine atmosphère des années folles.
Fitzgerald meurt le 21 décembre 1940 après une vie riche mais aussi douloureuse puisque dans ces dernières années, il sombre dans l’alcoolisme et personne ne veut de ses scénarios à Hollywood. Zelda avec qui il a vécu une relation passionnée et conflictuelle, est internée pour dépression nerveuse.

    Henry Miller, lui est né le 26 décembre 1891 dans une famille modeste d’origine allemande. Il passera son enfance à Brooklyn, et c’est de cela qu’il parle dans la nouvelle Le 14e District extraite du recueil Printemps noir publié en 1936, de ses souvenirs de jeunesse, son amour pour la rue.
    Miller vivra en France des années 1930 jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale. C’est à cette époque qu’il décide de se consacrer entièrement à l’écriture.
A propos de son œuvre, elle est largement autobiographique, on verra également qu’elle est empreinte d’une grande liberté, on y retrouve une atmosphère féerique, fantasmagorique ou irréelle. Son écriture fait beaucoup appel aux sens, certains la qualifieront même de pornographique – il aura notamment un procès pour obscénité lors de la sortie de Tropique du cancer publié en 1961 - .Une des raisons pour lesquelles il s’installe en France est qu’il s’y sent à l’abri de la censure et qu’il peut écrire plus librement qu’aux Etats-Unis dont l’aseptisation lui plait de moins en moins -.
On dit également qu’il est un précurseur, un défenseur de la liberté de pensée et d’expression ; il semblerait également qu’il ait inspiré des auteurs de la Beat Génération tels que Jack Kerouac et certains disent même qu’il aurait – par sa façon libre de traiter le sujet – impulsé la libération des mœurs sexuelles dans la fin des années 60.
    Dans la nouvelle Le 14e District, c’est la part autobiographique de l’œuvre de Miller qui s’exprime puisqu’il s’attache à raconter son enfance dans le quartier de Brooklyn ; il le fait de façon très poétique puisqu’il parle de la rue comme de quelque chose d’authentique, réel, et magnifique ; on pourrait presque comparer cette façon de l’aborder au poème Une Charogne de Baudelaire où le poète magnifie le cadavre en décomposition d’une jument qui n’est pas esthétiquement beau – tout comme la rue qui ne l’est pas non plus – mais il rend son horreur, sa laideur sublime et grande. C’est ce que fait Miller en traitant de façon très poétique des sujets qui ne le sont pas au premier abord. Il mythifie la rue. Son écriture ici est très sensuelle, il fait appel à la vue, à l’odorat, ses descriptions sont très réalistes. On retrouve donc une des caractéristiques de la nouvelle : son réalisme qui peut paraître ici cru, dépouillé. L’auteur ne s’embarrasse pas de fioritures, il en dit juste assez. On trouve une autre caractéristique de son écriture : l’onirisme puisque la nouvelle est fragmentée en deux parties ; d’une part, la partie purement autobiographique, très rationnelle et une seconde partie où l’on se trouve dans un univers onirique, on semble en effet transporté dans un rêve où les événements n’ont pas vraiment de rapport entre eux.
    Henry Miller devient un écrivain reconnu, nous pourrons même dire mythique. Il s’éteint à l’âge de 89 ans en Californie.


    Jérôme Charyn, quand à lui, est né à New York en 1937 ; il est d’origine russo-polonaise, il passera son enfance dans le quartier du Bronx. Il vécut lui aussi en France, y enseigna même l’esthétique du cinéma et du roman à l’université américaine de Paris. Il est l’auteur de plusieurs livres et essais sur la ville de New York. Il écrira également plusieurs romans policiers.
    Dans la nouvelle Chante Shaindele Chante, extraite du recueil L'Homme qui rajeunissait, publié en 1963 , Charyn raconte l’histoire d’une jeune chanteuse de music-hall surnommée « la Molly Picon d’East Broadway ». Cette jeune fille d’origine modeste vit avec son père et se produit dans des théâtres plus ou moins miteux où elle chante des chansons traditionnelles juives, elle a beaucoup de talent et est très appréciée du public lors de ces représentation. La grande peur de son père est qu’elle montre à tous qu’elle est une femme ; aussi lui fait-il porter une serviette sur la poitrine car il dit que dès que les hommes verront qu’elle est formée, son art sera secondaire et qu’ils voudront tous la posséder. Arrivant au théâtre d’Henry Street qui part complètement en ruine, la jeune fille tombe amoureuse d’un des employés du théâtre ; elle décide donc d’aller contre l’avis de son père et se met à porter des soutiens gorge et se comporter comme la jeune femme qu’elle est. Cela lui attire les problèmes prédits par son père, elle est séparée à jamais du garçon qu’elle aime et voit sa vie changer du tout au tout.
    Charyn dépeint ici un New York plutôt pauvre ; pour cela, on peut regrouper sa nouvelle et celle de Miller qui s’attachent à peindre un New York plutôt modeste alors que Fitzgerald nous dresse le portrait de la haute société new-yorkaise. Il fait également une esquisse assez fidèle du microcosme juif présent dans la ville de New-York puisque il utilise certaines expressions, références à ce peuple et n’oublions pas que la jeune fille qui est aussi le personnage principal de la nouvelle chante des chants yiddishs. On peut voir dans le prénom de celle-ci un hommage à la mère de l’auteur qui s’appelait Faigele par la sonorité voisine du prénom de l’héroïne qui se prénomme Shaindele.


Conclusion :
    On voit que les nouvelles de ce recueil sont assez traditionnelles dans leur construction. Et cela car elles nous laissent toutes une impression d’ensemble (selon l’idée de concentration défendue par Edgar Poe) ; elles sont également toutes caractérisées par leur brièveté, elles comprennent toutes une unité de lieu bien définie, une chute nette et un certain réalisme on sera en effet complètement plongé dans l’univers décrit dans chacune des nouvelles, aussi bien les fêtes huppées de Rags Martin Jones et le prince de Galles, l’ambiance du 14e District que les théâtres de Chante Shaindele chante.
    On peut cependant mettre à part la nouvelle de Miller puisqu’elle n’a pas vraiment de chute proprement dire et que l’unité de lieu est « perdue » dans la deuxième partie car on ne sait pas vraiment si on est dans la réalité ou dans une rêverie de l’auteur (ou le narrateur).

Pour approfondir :
BOUZONVILLER, Elisabeth, Francis Scott Fitzgerald, Paris, Belin, 2000.
CHARYN, Jérôme, La Belle Ténébreuse de  Biélorussie, Paris, Gallimard, 1996.
JONG, Erica, Henry Miller ou Le diable en liberté, Paris, Grasset, 1994.
LEROY, Gilles, Alabama song, Paris, Mercure de France, coll. Bleue, 2007. (Prix Goncourt 2007. Biographie romancée de Zelda Fitzgerald).

Céline, Bib, 1ère année.
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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 21:14
Georges-Olivier Châteaureynaud,
Le Goût de l’ombre

Date de parution : 1997
Editeur : Actes Sud collection Babel
Nombre de pages : 222
Prix : 16,40 euros

    Il n’est pas évident de parler d’un recueil de nouvelles. En résumé, il s’agit de nouvelles courtes, à tendance fantastique qui tissent le fil de l’ouvrage. Le style est simple et  assez efficace pour nous faire basculer au moment où l’on ne s’y attend pas vers un monde étrange.
    En lisant Châteaureynaud, on marche à l’extrême bord de la réalité, c’est peut-être là que l’on peut voir du réalisme magique même si l’auteur dit appartenir au fantastique. Ses recueils de nouvelles déploient un univers singulier dans lequel ses personnages sont à la frontière du merveilleux. Châteaureynaud est un maître de la Nouvelle fiction.
Le Goût de l’ombre s’inscrit dans la continuité d’une œuvre déjà vaste, près de soixante dix nouvelles et cinq romans, à l’heure où la confession facile fait vendre, le fantastique reste une belle alternative.

Biographie
    Georges-Olivier Châteaureynaud, né à Paris en 1947, est nouvelliste et romancier.
De 1966 à 1982, il exerce, tout en écrivant, un grand nombre de métiers différents dans lesquels il puise des réalités humaines.
    Lauréat du Prix Renaudot pour La Faculté des songes, en 1982, il fait partie du jury depuis 1996. Georges-Olivier Châteaureynaud est Président de la Société des Gens de Lettres depuis juin 2006.
    Il se veut l’héritier de grands auteurs tels que Stevenson, Shelley, Stoker, Wells sans oublier les romantiques allemands. Mais aussi d'écrivains français tels que Cazotte Maupassant et surtout le Balzac fantastique que l’on a tendance à oublier, au profit de l’écrivain réaliste. Mais la veine dans laquelle se trouve Chateaureynaud est aujourd’hui marginale. Même si le fantastique est surtout connu à travers les Sud-Américains et les Anglo-Saxons, Chateaureynaud nous prouve qu’il en est un grand maître..
    Un petit mot sur La Faculté des songes qui a obtenu le prix Renaudot : Une maison abandonnée, surnommée par l’un d’entre eux « la faculté des songes », devient un havre de paix pour des destinées solitaires ce qui est une thème récurrent dans Le Goût de l’ombre. Quentin, le marginal ; Manoir l’orphelin ; Hugo, ce curieux bibliothécaire ou encore Louise, jeune chanteuse aux accents de Joan Baez. Tous vont vivre, loin de leur solitude, dans cet autre monde salvateur.

Bibliographie
Les Messagers, roman, 1974
La Belle charbonnière, nouvelles 1976
Mathieu Chain, roman, 1978
La Faculté des songes, roman, 1982
Le Congrès de fantomologie, roman, 1985
Le Héros blessé aux bras, nouvelles, 1987
Le jardin dans l’île, nouvelles, 1989
Le Kiosque et le tilleul, nouvelles, 1997
Le château de verre, roman 1994
Le goût de l’ombre, nouvelles 1997
Le démon à la crécelle, 1999
La Conquête du Pérou, récit, 1999

Le Goût de l’Ombre : pourquoi ce titre ?
    C’est un titre art-novelliste, comme on pourrait parler d’art poétique . Dans Le Goût de l’ombre on peut  comprendre la beauté de l’obscurité. La fiction a pour visée de sortir les choses de l’ombre. Le titre a un double sens, c’est à la fois l’amour de l’ombre et sa saveur et c’est ce goût que l’auteur a voulu donner à ses textes.
    N’oublions pas que le lecteur reste aussi dans l’ombre face à l’histoire et c’est cela qui apporte de la magie au récit. Le goût de l’ombre c’est le goût du mystère et de l’insaisissable.

Est-ce un livre fantastique ?
    Certaines nouvelles sont autobiographiques mais Châteaureynaud revendique l'appartenance au fantastique. Par fantastique on pense souvent épouvante ou terreur, or la seule réalité est assez terrifiante, c’est pourquoi il n’en rajoute pas. Il ne fait pas comme les auteurs anglo-saxons, c’est-à-dire provoquer l’adrénaline du lecteur mais produit des effets plus subtils, de l’ordre de l’émerveillement.
    J’ai choisi de présenter plus profondément deux nouvelles qui m’ont particulièrement plu.

Le Styx
    Châteaureynaud a toujours été attiré par des sujets mythiques ou mythologiques et a baigné dans la mythologie grecque et latine grâce à ses études classiques. Beaucoup de textes sont souvent des variantes lointaines de mythes et inconsciemment ou pas l’auteur revient vers cela.

    Le narrateur sent qu’il perd pied dans la vie, dans la rue, au restaurant, chez lui, pour sortir de table, dans son salon, enfin n’importe où… Certains signes physiques l’inquiètent tels que des vertiges qui ne sont que les signes avant-coureurs de ce qui l’attend. C’est comme s’il ne vivait plus depuis quelque temps. Quand finalement il se décide à aller voir un médecin pour connaître l’origine de ses maux, celui-ci lui annonce : « Vous êtes un homme mort » !
    A sa grande surprise il prend très bien la nouvelle et décide même de rentrer chez lui pour l’annoncer à ses proches. Il arpente les rues comme le fantôme qu’il est mais finalement ne voit pas de grande différence car la vie suit son cours. Il pense même que la mort est assez agréable. Heureux , il s’arrête en route au magasin de pompes funèbres pour régler ses obsèques chez Madame Charon. Il choisit alors la classe et l’ordonnance du convoi, l’emplacement et le caractère ainsi que la date et l’heure de l’inhumation. Il annonce ensuite la triste nouvelle à ses proches qui réagissent comme il se doit c’est-à-dire : cris, gémissements, sanglots mais aussi reproches. Sa femme lui en veut et refuse de dormir avec lui mais empêche aussi ses enfants de passer une dernière journée avec leur père.
    Deux jours plus tard, la cérémonie a lieu et se déroule normalement. Il suit le cortège dans la voiture de Madame Charon qui se dirige vers le cimetière en traversant un fleuve. La deuxième cérémonie commence alors et madame Charon lui demande de descendre dans la fosse comme il se doit. Chacun l’embrasse et lui jette de la terre, ce qu’il trouve d‘ailleurs très pénible. Tout le monde s’en va et il commence alors à pleuvoir, c’est pourquoi il se décide à escalader la paroi et rejoint le cortège en courant. Mais l’assemblée présente à son enterrement réagit peu, certains ne le voient pas et d’autres lui adressent des regards vagues.
    Il monte ensuite précipitamment avec madame Charon mais n’obtient aucune réaction de sa part lorsqu’il lui adresse la parole et finit par se faire jeter de la voiture. Il remarque alors que sa femme est pleine de remords et finit par comprendre qu’elle avait monté de toutes pièces tout cela avec madame Charon.
    Il finit seul au bord de la rivière.
    Ce que j’ai aimé de cette histoire, c’est le parallèle avec le mythe grec du Styx qui donne un un double sens à l’histoire et lui apporte de la poésie. Cette adaptation moderne est très réussie.

La ville imaginaire d’Epervay
Epervay est une ville témoin dans les romans de Châteaureynaud, capitale d’un pays littéraire. C’est une ville métaphorique. Epervay est un port, dans « Le joueur de dulceola » et devient très pentue. Elle se situe aussi bien en banlieue qu’en province. Eparvay est un monde composite où les décors sont toujours identiques. Dans cette nouvelle, le rêve brasse tout où l’on fabrique aussi bien des êtres que des lieux. Le mécanisme de création d’Eparvay est onirique.
    Cambouis le héros que cette nouvelle met en scène un jeune adulte qui souffre d’avoir grandi.  C’est une sorte de héros informe qui trouve sa forme. L’une des exigences du drame est de prendre un personnage dans un certain état, de lui faire traverser des épreuves et au terme d’une catharsis de l’abandonner forgé ou détruit. Lorsque  l’on prend de jeunes enfants ou des adolescents, ils vont forcément traverser des épreuves et en sortir changés.

La librairie d’Eparvay.
    Le narrateur s’appelle Cambouis. Sa copine lui apprend brusquement qu’elle est enceinte de lui et devant le peu de réactions qu’il émet, elle finit par jeter son casque de moto et lui répond en  jetant son livre de poèmes. Il est alors abandonné et seul. La ville la plus proche est Eparvay, il se rend dans ce qu’il croit être un bar mais c’est en fait une librairie. Même si il est tard, il décide d’y entrer pour racheter le livre qu’il a détruit. Il découvre alors une librairie peu ordinaire avec des bibelots , des momies de petits singes, des photos de nains acrobates, des scarabées noirs, des dents de lait, des pétales de rose et des ailes de papillons séchées.
    Il dit à la libraire qu’il cherche un livre de poèmes et celle-ci l’envoie alors à l’étage afin que quelqu’un le renseigne. Beaucoup de gens se trouvent à l’étage supérieur et consultent des livres en parlant à mi-voix. Plus il monte les étages, plus il y a des piles de livres à enjamber, plus les femmes lui prêtent attention, plus les hommes lui sont indifférents, plus les chats le griffent violemment et plus les plantes deviennent des ronces qui menacent de l’étouffer. Au dernier étage, une femme en boléro cerise l’accueille pour lui demander ce qu’il désire après cette ascension fantastique. Il lui dit chercher les meilleurs poèmes du monde. Elle lui tend alors un livre et en lit quelques pages. Cambouis entend alors des bruits étranges et en regardant par la fenêtre il s’aperçoit que c’est la guerre. La librairie semble le seul endroit où ils sont à l’abri. La libraire lui indique ensuite à l’horizon la pyramide de Chéops.
    Après avoir acheté un livre, il est ramené jusqu’à un ascenceur. Il rentre ensuite chez Fille-de-Personne, sa copine, à qui il demande : «-Alors toujours enceinte ? » ; celle-ci lui répond : « Non j’ai changé d’avis ! »
    Cette nouvelle m’a paru intéressante parce qu’elle met en avant le livre comme un bien extraordinaire,  rare, qu’il est difficile d’obtenir (ascension fantastique) mas aussi fait jaillir l’imaginaire un court instant qui devient alors magique.

Résumé de chacune des nouvelles
    « La cicatrice dans les cheveux » : Lors de l’enterrement de son chat, Jo discute avec sa mère et apprend des choses importantes sur sa vie.
    « Quiconque » : Ann Darrow, une actrice décide d’aller relancer sa carrière à Berlin peu de temps avant la Seconde Guerre mondiale. Elle fait la rencontre d’un homme qui deviendra son amant et qui n’est qu’autre que Joseph Goebbels. Elle finit par lui révéler qu’elle a un enfant un peu spécial qu’elle aimerait absolument lui faire rencontrer…
    « L’Écolier de bronze » : Jean-Pierre Dorsay, un poète en quête de gloire se retrouve un soir dans un hôtel. Après quelques verres de whisky, il aperçoit par la fenêtre une étrange statue d’écolier qui lui ressemble lorsqu’il était enfant. Petit à petit il se rend compte que cette ville lui rend hommage.. Serait-ce le début de sa gloire ?
    « Le Scarabée de cœur » : Un homme a vécu une drôle d’histoire lorsqu’il était enfant : deux jeunes filles l’ont emmené dans une chambre pour essayer des vêtements devant lui. Depuis il lui est impossible de tomber amoureux d’une seule femme à la fois. Il rencontre un jour deux belles sœurs, Sépher et Népher, deux égyptologues. Ils vivent tous les trois une belle histoire d’amour, jusqu’à leur séparation. L’homme décide alors qu’il est temps pour lui de mourir. Il fait alors appel à une étrange femme connue pour avoir embaumé son propre fils.
    « Le chef d’œuvre de Guardicci » : Un jour, un homme passe devant un étrange magasin et décide de satisfaire sa curiosité en y entrant. Après quelques hésitations, il y achète une momie. Un soir, il l’entend chanter…
    « L’autre histoire » : Un homme est invité par un ami milliardaire sur l’île qu’il vient d’acheter. Lors de son séjour, il découvre dans un lagon artificiel une étrange créature appelée Ligée.
    « Les vraies richesses » : Oswald-Johann est un étudiant à la vie bien trop ordinaire. Un jour où il prend le train pour aller étudier comme chaque jour, il se retrouve bloqué en pleine voie. Il décide alors de descendre et de se rendre dans une belle maison qu’il avait repéré lors de ses nombreux voyages. Il passe alors la journée avec la famille qui y habite. Deux semaines après il décide d’y retourner…

Mon avis
    J’ai aimé ce recueil car il repose sur  la confusion entre le passé et le présent, l’imaginaire et le réel, l’intérieur de la tête et l’extérieur, la veille et le sommeil. Tous ces thèmes sont abordés dans ces nouvelles, c’est pourquoi ce recueil représente une réelle continuité et permet une lecture fluide. C’est cette confusion qui marque la différence entre la littérature et le fantastique et sort de l’horreur sanguinolente à l’anglo-saxonne.
Le thème du passage d’un monde à l’autre est très présent, ce qui nous permet de nous imaginer ce qu’est la mort tout en ayant  une grande aspiration mais pas d’illusions concernant une autre vie. Ce thème n’est jamais traité sous l’angle du macabre mais sous l’angle du fantastique.
Le thème du voyage et de l’immobilité ainsi que ceux de l’errance et de l’enracinement même s’ils sont contradictoires se retrouvent perpétuellement dans ce qu’il fait. On peut y voir deux humanités, celle qui reste et celle qui part, on oscille ici entre l’une et l’autre. Les questions que l’on se pose sont partir ou rester, errer ou construire, vivre ou s’enfermer, Châteaureynaud choisit  de s’évader dans un imaginaire ancré dans le réel et c’est cette limite difficile à saisir que j’ai particulièrement appréciée.
Susanne, Ed. Lib 2ème année.
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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 22:42
George-Olivier Chateaureynaud
Le Jardin dans l’île
Zulma, 2005,
167 pages.

      Biographie

Georges-Olivier Châteaureynaud est né à Paris en 1947. C’est donc un auteur contemporain (il a publié en octobre 2007
De l'autre côté d'Alice aux éditions Le Grand Miroir ) qui écrit des nouvelles et des romans.
Il a exercé de 1966 à 1982 de nombreux petits métiers comme brocanteur. Il a donc une expérience qui lui a permis de rencontrer un grand nombre de personnes et d’apprendre à bien savoir cerner les gens.
Il a reçu le Prix Renaudot pour La Faculté des Songes, en 1982, il fait d’ailleurs partie du jury depuis 1996. Il est aussi juré de nombreux autres prix littéraires dont le prix Prométhée de la nouvelle accordé par l’atelier Imaginaire tous les ans. De plus Georges-Olivier Châteaureynaud a assuré un temps la Présidence de la Société des Gens de Lettres pour laquelle il a négocié le dossier du prêt payant en bibliothèque entre autres.
Son écriture est riche, il évolue dans différents registres littéraires, fantastique, réaliste voire historique. Il a bâti sa réputation d’auteur de référence sur la nouvelle dont il apprécie la forme, il veut la mettre en valeur car estime qu’elle est mal considérée en France.

Le recueil

Le Jardin dans l’île est un recueil de dix nouvelles, paru chez Zulma. Elles ont toutes été rédigées entre 1987 et 1988 en Lozère. C’est donc un recueil réalisé par l’auteur et non des nouvelles éparpillées rassemblées par l’éditeur. Elles sont relativement courtes, en moyenne une quinzaine de pages, sauf la dernière, « Zinzolins et Nacarats », qui fait quarante-six pages.   
Elles laissent au lecteur une bonne part d’interprétation, il doit faire marcher son imagination tout au long des pages pour suivre le fil des différentes histoires. Châteaureynaud flirte avec les frontières de l’irréel mais aucune de ces nouvelles ne décrit concrètement un fait qu’on ne pourrait pas définir comme réaliste. On retrouve dans toutes les nouvelles un ou plusieurs protagonistes hors du commun, parfois c’est le personnage principal lui-même qui s’illustre par sa singularité. Ainsi on retrouve un personnage qui n’arrive pas à trouver de logement décent et semble touché par un malheur qui l’empêche de vivre normalement, un homme qui pense s’être réincarné en lui-même après sa mort, un courtier qui trouve tous les objets extraordinaires qu’on lui demande sans quitter son domicile,… Les nouvelles renferment des histoires plus abracadabrantes, plus mystérieuses les unes que les autres, mais le tout dans un cadre réel qui relie le lecteur au monde qui l’entoure.
 Le lecteur s’imagine ainsi une partie de l’histoire, Châteaureynaud joue avec la capacité d’interprétation de ce dernier en laissant en suspens des situations assez incongrues. La solitude et la tristesse prédominent à travers les personnages qui affrontent souvent les malheurs de la vie : accident, guerre civile, mort... C’est un recueil intéressant qui nécessite à mon sens une réelle analyse du lecteur.

Présentation d’une nouvelle : « L’inhabitable »

« Les questions de logement me passionnent. Peut-on parler de névrose immobilière ? J’ai passé la majeure partie de mon enfance en des lieux exigus (ma mère nous sous-louait la cave, à mon père et à moi), et j’en ai conservé une propension à la claustrophobie non moins invalidante que les tendances agoraphobiques consécutives à de fréquents séjours chez mes grands-parents paternels, un couple d’aérostiers fanatiques. » Ainsi commence la nouvelle, le ton est d’entrée donné sur la propension du narrateur à loger malgré lui dans des lieux oppressants. Il raconte cependant cela avec une sorte de fatalisme humoristique qui dédramatise les situations difficiles qu’il a eu à affronter. On apprend qu’il a habité dans un appartement qui prenait feu à tout moment de la journée dans divers endroits, une chambre hantée par les fantômes de ses anciens locataires yougoslaves,… Un jour se présente à lui le logement de ses rêves : un pavillon dans la banlieue, idéalement situé. Il le loue sans même l’avoir visité, comblé de joie. Il s’y rend, fait le tour de la propriété et se rend compte, avec étonnement, que le logement est en réalité constitué d’un seul bloc de marbre, sorte d’œuvre d’art géante. L’étonnement cède alors la place à l’effarement quand notre malheureux protagoniste réalise que sa maisonnette est tout simplement inhabitable : chaises impossibles à déplacer, lit et canapé en marbre, etc. L’endroit est certes magnifique mais impropre à toute forme d’habitation. Notre homme part donc à la conquête d’une paillote…



 
Jean-Baptiste, 2ème année Ed./Lib.

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