Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 07:00

Le-Clezio-Histoire-du-pied.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J.M.G. LE CLÉZIO
Histoire du pied et autres fantaisies
Gallimard, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelques éléments biographiques

 Jean Marie Gustave Le Clézio est né le 13 Avril 1940 à Nice, et donc dans une période de trouble. Ses parents sont originaires de l’île Maurice, dont il a aussi la nationalité. Son père, Raoul Le Clézio, officiait en Afrique en tant que médecin au service de l’Angleterre. L’enfance de l’auteur est alors marquée par une longue traversée en bateau pour aller le rejoindre au Nigeria et le thème du voyage est l’un des points forts  de ce recueil de nouvelles mais aussi d’une grande partie de son œuvre (cf. autres fiches de littexpress sur Le Clézio). C’est ainsi qu’à peine âgé de sept ans, et très influencé par son grand-père maternel, Le Clézio commence à écrire.

Il fait de longues études littéraires et exerce le métier de professeur plusieurs fois dans sa vie mais ce qui le passionne reste avant tout les différentes mythologies. Ainsi s’intéresse-t-il aux mythes africains, à toute la culture amérindienne découverte grâce à une partie de son service militaire effectué au Mexique (où il va vivre au contact de tribus indiennes et en apprendre les langues), aux mythes de Corée où il va enseigner à l’université des femmes Ewha.

Le Clézio s’est enrichi de ces cultures, s’est presque approprié leurs modes de vie et de pensée et cela a influencé non seulement sa façon d’écrire, mais aussi les choix des sujets abordés dans ses romans et nouvelles.

Il a reçu le prix Nobel de Littérature en 2008, l’Académie Nobel le qualifiant d’« écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle », d’« explorateur d'une humanité au-delà et en-dessous de la civilisation régnante ».

 

 

Neuf nouvelles et un apologue

 

Histoire du pied (Un ; Deux ; Trois ; Epilogue)
Barsa, ou barsaq
L’arbre Yama
L.E.L, derniers jours
Nos vies d’araignées
Amour secret
Bonheur
Yo
Personne
À peu près apologue.

 

 

 

Un recueil qui rend hommage au courage des femmes

Le recueil est constitué de dix nouvelles, presque toutes axées sur une héroïne qui fait preuve de force et de volonté. Cette figure féminine dans « Histoire du pied et autre fantaisies », est profondément émouvante, et passe par tous les âges (enfant dans « L’arbre Yama », jeune femme dans « Barsa ou barsaq » et « Histoire du pied », adulte dans « L.E.L, derniers jours » et  « Amour secret »). Toutes de cultures différentes, et possédant pourtant la même bravoure et la même énergie à essayer d’améliorer leur condition ou même d’en sortir, à soutenir un être cher et à accomplir une tâche périlleuse. Pourtant Le Clézio n’écarte pas non plus leurs faiblesses ou leurs défauts. Le portrait qu’il dresse est juste celui de femmes ordinaires, pour certaines même ayant véritablement vécu (« L.E.L. , derniers jours » dont l’héroïne est la poétesse anglaise Letitia Elizabeth Landon), qui choisissent de se battre le moment venu pour avancer.

Voici quelques extraits d’interviews qui peuvent éclairer le lecteur sur la démarche de l’auteur à propos de l’image de la femme perçue dans le recueil :

 

« Les personnages féminins ont une place très importante dans ce recueil, souvent le personnage principal, elles sont victimes de la violence du monde, mais elles y font face avec courage. Pour quelles raisons avez-vous choisi de mettre au centre de ce recueil les femmes ?

  J.M.G. Le Clézio — Des femmes oui, de très jeunes filles, car ce sont elles qui sont concernées par la révolte, qui doivent faire face à un monde où règnent l'ambition, l'asservissement et l'orgueil des hommes. Elles affirment la vie, parfois jusqu'à la mort, comme la poétesse Letitia Elisabeth Landon. »

(Extrait de la rencontre entre Gallimard et l’auteur).

 

« L'héroïsme au féminin, encore... Vous portez une telle admiration aux femmes, votre nouveau livre les met superbement à l'honneur. Que leur devez-vous donc ?

Je dois beaucoup à ma grand-mère, qui était une femme étonnante. Elle venait de l'est de la France, avait été très riche, mais mon grand-père, un Mauricien assez inconséquent ou pas très doué pour les affaires, avait tout perdu. Ma grand-mère vivait à une époque où les femmes n'avaient aucun droit sur leur argent, elle s'est retrouvée pauvre, pendant la guerre, à un âge avancé, mais c'est grâce à elle, à son ingéniosité, que nous avons tous survécu jusqu'à la fin de la guerre dans le sud de la France. Et pour nous faire passer à travers tout cela, elle détendait l'atmosphère en racontant des histoires, c'était une conteuse. Donc une romancière. Je lui dois beaucoup de ce goût que j'ai pour la littérature qui est un merveilleux outil d'assurance et de sérénité dans des périodes difficiles, ce bonheur d'utiliser la langue pour se divertir du réel, pour lutter contre lui. »

 (Extrait de la rencontre entre lepoint.fr et l’auteur)

 

 

Une histoire de révolte

Histoire du pied et autres fantaisies, c’est aussi une voix donné à ceux et celles qui sont rejetés par la société et le monde, une dénonciation de la misère dans « Barsa ou barsaq », de la guerre dans « L’arbre Yama », de l’oppression dans « Bonheur » mais aussi un témoignage dans « Nos vies d’araignées » où cet animal très souvent déprécié de l’homme fait le récit de sa propre perception du monde qui l’entoure. Enfin le récit d’un homme perturbé dans « Yo » et d’un enfant pas encore né mais dont le destin est funeste dans « Personne ». L’auteur lui-même confirme : « j'avais choisi d'écrire des nouvelles sur le thème de la révolte, qui s'exprime davantage par les femmes, et particulièrement les jeunes filles ». Mais aussi à propos de « Nos vies d’araignées » :

 

« C'est une nouvelle que j'ai écrite dans les années 1970. J'ai pensé qu'elle pouvait très bien trouver sa place dans un recueil qui parlait, pour l'essentiel, de la force de la fragilité. »

 

 

 

Une scénographie révélatrice…

L’Afrique

Trois des neufs nouvelles se déroulent en Afrique, un choix très significatif au vu du passé de l’auteur. La première est « Barsa ou barsaq », où le décor est planté sur l’île de Gorée, dans la baie de Dakar (Sénégal).

C’est ici que Fatou, exploitée par sa tante Isseu, tombe amoureuse de Mahama. Il lui promet une vie meilleure, loin de cette île, où tous deux trouveront le bonheur, mais aussi un travail, essentiel à leur survie. Chacun leur tour ils partent, grâce à Omar, le Philosophe, le passeur. Mais l’un deux n’arrive pas à destination. Commence alors une véritable quête de l’être aimé…

La deuxième est « L’arbre Yama », une nouvelle mêlant les mythes africains à une atmosphère lourde due à la guerre qui menace d’éclater. Situer le lieu du récit au-delà du fait que l’histoire se déroule sur le continent Africain n’est pas chose facile. Quelques éléments d’ordre géographique nous sont donnés comme le point de repère du village Kalango où vit la famille de l’héroïne Mari, l’école catholique Our Lady of Fatima qu’elle fréquente et enfin la rivière Mano qui la guide dans sa recherche du refuge dans l’arbre Yama. Autant d’endroits existant en Afrique, mais pourtant aucun lien véritable entre eux, sûrement est-ce la part de fiction de la nouvelle. Mais il y aussi un repère temporel, « l’été 2003 », pour parler du début de cette tension militaire qui plane dans la région où vit Mari. 2003, l’année où a aussi débuté la guerre civile du Darfour…

Enfin, la troisième nouvelle est « L.E.L., derniers jours », l’histoire romancée de la poétesse anglaise Letitia Elizabeth Landon qui, en compagnie de son mari George MacLean, quitte l’Angleterre pour aller vivre au Ghana. Là, elle apprend que son époux, gouverneur de la colonie britannique, a vécu ici en compagnie de sa maîtresse noire et qu’ils ont eu une enfant. L.E.L est alors obsédée par la recherche de cette femme… Le mythe africain est encore très présent dans cette nouvelle, la mort de Letitia Elizabeth Landon étant imputée au sort jeté par « Adumissa, […] de la lignée d’Adoo dernier roi de Baffoo », autrement dit la wench, la maîtresse africaine du gouverneur qui a été chassée du Château de Cape Coast à la venue de Letitia.

Voici un autre passage de la rencontre entre l’auteur et lepoint.fr relatant au mieux sa relation avec le continent africain :

 

 « À la lecture de votre dernier recueil de nouvelles, Histoire du pied et autres fantaisies, on peut se demander si vous n'êtes pas devenu un écrivain africain.

 

C'est un grand compliment que vous me faites, je suis très touché par cette lecture parce qu'effectivement je me sens très proche des cultures africaines, de l'histoire, des traditions, mais aussi de la modernité des combats africains. Même si mes histoires ne se passent pas toutes dans des décors africains, je me sens très inspiré par cette réalité-là. Peut-être parce que ces années que j'y ai passées, entre huit et dix ans, sont formatrices, et que j'ai vécu dans un décor qui était à la fois magnifique, par sa beauté naturelle, mais aussi pauvre, démuni, avec beaucoup de violence. C'était dans l'intérieur des terres, pas du tout la frange occidentalisée de l'Afrique de l'Ouest, mais un petit village sur la rivière Cross où je rêve toujours de retourner. Quand je vois cette Afrique si mal traitée, mal jugée alors qu'elle a une histoire si ancienne, une créativité, comme celle d'Haïti, continuelle, et qui lui permet de renaître et de retrouver sa force, de génération en génération... À propos d'Indignés, je me sens, moi, un indigné de l'Afrique. »

 

 

Paris

Paris est le cadre permanent d’Histoire du pied. C’est aussi la ville de l’héroïne : Ujine, cette fille aux innombrables corrections orthopédiques. Elle y rencontre Samuel, aux pieds « longs et minces » si loin des siens boudinés et plats, et pour qui elle commence à danser, courir et à porter des talons hauts. Mais Samuel n’est pas un homme qui s’attache, il est bien plutôt du genre à imposer ses règles. « Histoire du pied » raconte l’effondrement de cette relation, qui anéantit Ujine. Mais en elle, un enfant est en train de grandir… Paris fait ici figure de grande ville où l’anonymat prime sur la personnalité. La foule ne permet pas à Ujine de retrouver Samuel, pourtant notre héroïne ne cesse de marcher, de parcourir la ville, de prendre le métro, pour oublier peut-être, et continuer à avancer malgré  le poids supplémentaire de l’enfant à naître.

« À peu près apologue » est l’écrit le plus personnel de Le Clézio. Il décrit sa source première d’inspiration : les gens, et définit aussi la démarche de l’écrivain. Pour lui « écrire, c’est comme le métro », cette somme de rencontres, de paroles captées, de bribes de conversations, de gestes révélateurs… Le Clézio, lors d’une rencontre, explique son sentiment des grandes villes :

 

« Je ne suis pas vraiment ennemi des grandes villes, dont j'aime le côté anonyme. En réalité, tous les personnages que j'imaginais, je les avais rencontrés dans le métro. À Paris, à Tokyo, à Séoul, je prends beaucoup le métro. J'aime m'abstraire de la ville – être sous terre est une façon de s'en abstraire –, être proche des visages, les scruter et imaginer... Ceux qui doivent prendre le métro quotidiennement et s'endorment, surtout le soir, fatigués par leur journée, trouveront que j'exagère les aventures qu'on peut y vivre, mais ce sont des instants qui peuvent être très forts. Quand on lit Lautréamont, on a une vision du quartier bourgeois de la rue Vivienne, près de la Bourse. Aujourd'hui, un écrivain qui prend le métro a un reflet plus exact de ce qu'est la rue parce qu'on y rencontre toutes les classes sociales et des gens venus de toutes sortes d'endroits, notamment de l'Afrique ».

 

 

 

Universalité

Les histoires racontées se passent à des époques différentes et sur plusieurs continents, mais cette multitude d’origines et de cultures n’a peut-être pas d’autre finalité en soi que de rapprocher les hommes. Ainsi, Mari l’Africaine va se lier d’amitié avec Esmée la Libanaise, Fatou se rapprochera de Zambo ce « mélangé de noir et d’Indien d’Amérique », Viram l’étranger dans « Bonheur » donnera de l’espoir aux Imparfaits, catégories de personnes rejetées de  cette société où le bonheur a disparu en même temps que le mot « bonheur » a été prohibé. Ainsi, comme le métro, la vie est faite de « passages, de moments, de voyages » où les hommes ont la possibilité de s’ignorer ou d’échanger et d’évoluer vers un monde nouveau.



L’importance de l’écriture

Le choix de la nouvelle n’est pas un hasard. Si l’histoire est certes condensée, l’écriture chez Le Clézio n’en reste pas moins pleine de finesse, de justesse et de poésie. C’est une écriture au service de ces personnes que l’on ne voit pas et n’entend pas, une écriture donc dans une certaine limite engagée, mais qui ne se donne pas trop d’importance et reste sans emphase.

Le Clézio explique pourquoi il a choisi ce genre littéraire :

 

« Ces neuf nouvelles ainsi qu'un apologue ont été écrits durant ces trois dernières années dans un esprit d'indépendance et d'aventure, pour dire des choses simples : le temps qui passe, la peur de l'enfermement, la guerre, l'obsession de la liberté et la difficulté de l'amour, l'étude magique du bonheur. J'aime bien le temps de la nouvelle, sa respiration, son rythme jour et nuit, son interrogation suspendue… ».

 

 

Golvine, 1ère année bibliothèques-médiathèques


Si vous voulez en savoir plus sur J.M.G Le Clézio à propos d’Histoire du pied et autres fantaisies, c’est ici :
Interviews écrites :

 http://www.gallimard.fr/Media/Gallimard/Entretien-ecrit/J.M.G.-Le-Clezio.-Histoire-du-pied-et-autres-fantaisies
 http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20111026.OBS3301/le-clezio-entre-au-louvre.html
 http://www.lepoint.fr/culture/les-mondes-de-jean-marie-gustave-le-clezio-01-11-2011-1391321_3.php


À la radio :

 http://www.rtl.fr/actualites/vie-pratique/livres/article/livre-rencontre-exclusive-avec-jmg-le-clezio-pour-histoire-du-pied-et-autres-fantaisies-7740604201

A la télévision, dans La Grande Librairie :

 http://www.youtube.com/watch?v=Ervhm0YI29U

 

 

 

J.-M. G. Le CLÉZIO sur LITTEXPRESS

 

 

 

Le Clézio, La Guerre

 

 

 

Article de Marion sur La Guerre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LECLEZIO01.jpg

 

 

 

 

 

 Article de Marion sur Onitsha.

 

 

 

 

 

 

 

 

LECLEZIO-LAFRICAIN02.jpeg.jpg

 


 

 

 

 Article de Gwenaëlle sur L'Africain.

 

 

 

 

 

 

 

Le Clézio Ritournelle de la faim

 

 

 

 

Article de Laetitia sur Ritournelle de la faim.


 

 

 

 

 

 

 

 

Le Clezio l enfant-de-sous-le-pont

 

 

 

 

 

 Article de Mado sur L'enfant de sous le pont.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Golvine - dans Nouvelle
commenter cet article
11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 07:00

Cees-Nooteboom-La-nuit-viennent-les-renards.gif







 

 

 

 

 

Cees NOOTEBOOM
La nuit viennent les renards
traduit du néerlandais
par Philippe Noble
Collection Lettres Néerlandaises
éditions Actes Sud, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Brève biographie

Cees Nooteboom, de son vrai nom Cornelius Nooteboom, est né en 1933 à La Haye. Écrivain reconnu pour ses oeuvres hétéroclites (essais, nouvelles, romans, poèmes), il exerce également la profession de journaliste. Cet auteur dont l’oeuvre est qualifiée d’inclassable, aborde des thèmes récurrents tels que sur l’art, l’amour… La condition humaine tient aussi une place centrale dans ses écrits, avec l’évocation du rapport à la mort, aux souvenirs. La perception est également remise en cause, la réalité se mêle à la fiction, l’espace et le temps perdent pied pour entraîner le lecteur dans un univers plus proche de « l’indicible ».

Pour plus d’informations sur l’auteur :
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Cees_Nooteboom



Le recueil

Constitué de huit nouvelles, le recueil lie les récits par le thème de la mort, du souvenir mais aussi de l’absence. Chacune des nouvelles aborde la mort de manière différente, toujours selon le point de vue d’un personnage et dans un contexte particulier. Elle y est représentée tantôt brutalement : un couple assistant au décès d’un homme frappé par la foudre (« Orages »), ou « poétisée », en dehors de la réalité : un homme adressant ses pensées à une défunte amie qui lui répondra dans la suivante (« Paula » et « Paula II »). La dernière nouvelle, « Le point extrême » conte la traversée d’une jeune fille le long des côtes d’une île, en pleine tempête. La mort de son père est évoquée presque succinctement, le récit s’attarde sur la traversée elle-même, il décrit le paysage et les vents, la jeune fille ses pensées. Finalement, le coeur du sujet ne serait pas la mort mais ce qui en découle pour nous les vivants mais aussi pour les plus concernés. Comme les histoires se suivent et ne se ressemblent pas, la perception du souvenir, de la mort et du manque change aussi. Les nouvelles ne reflètent pas la gravité et ne laissent pas d’impression morbide, ce sont avant tout des histoires mélancoliques entre souvenirs et observations, critiquant même à quelques reprises la société. Cees Nooteboom accorde également une place à l’art dans ses différents médiums ; ainsi, la photo devient un élément clé de certains récits, de même que la sculpture dans « Orages » ou la peinture dans « Gondoles ».



Présentation d’une nouvelle : « Heinz »

Le narrateur de cette nouvelle commence par décrire une photo. Écrivain/journaliste de profession, il est hollandais. La photo représente un groupe de personnes, le narrateur feint de ne pas les connaître. Il cherche alors à percer leurs mystères, mais rien ne transparait, si ce n’est quelques évidences. Il finit par y renoncer et commence alors « son histoire sans récit » (dixit le narrateur). Nous voilà donc face à un groupe d’amis, dont il fait partie ; la photo date et a été prise en Italie sur la côte ligure. L’histoire s’attarde sur Heinz, un ami néerlandais, habitant cette même côte italienne, avec sa seconde femme, Molly, d’origine anglaise. Ce nouveau personnage est vite dépeint : diplomate/alcoolique/fan de plongée. Le narrateur en vient à se remémorer les anecdotes de leur amitié. Heinz apparaît comme un mystère et il lui reconnaît une mélancolie noyée par l’alcool et cachée par une réelle gaieté. Il s’interroge alors sur la raison de cet état et cherche des réponses du côté d’Arielle, la première femme de Heinz. Il semble finalement que l’homme ne se soit jamais remis du décès d’Arielle. Puis, il conte également les derniers temps de son ami, malade à cause de l’alcool et obsédé par l’idée de partir à Tonga. Il est en réalité en Italie dépérissant de jour en jour, sa femme rentrée en Angleterre, il reste seul, incapable de partir où que ce soit. Une colombe se pose sur son balcon et reste près de lui jusqu’à sa mort et quelques jours après.

Finalement l’auteur en apprend plus sur Arielle après le décès de Heinz par une des amies présentes sur photographie. Aucun des amis ne connaissait réellement Arielle, qui semblait presque cachée par Heinz.

Dans cette nouvelle, le narrateur exprime la volonté de ne pas parler de drame ; pour cela il supprime l’unité de temps, de lieu et d’action. Il évoque alors des idées qui s’entremêlent, se faisant écho tout au long de l’histoire : l’analyse de la photographie comme image impénétrable se répète avec l’image d’Arielle, les souvenirs s’enchâssent dans l’histoire ainsi que les mystères. La mort, tenant une place centrale dans le récit est finalement brouillée par une ambiance mélancolique et fluide, comme échappée d’une pensée interrompue. L’univers grave et complexe devient alors très aérien, jusqu’au paysage : océans, vagues se brisant sur les rochers… Ainsi, la présence de la mort n’en fait pas un drame, il s’agit plutôt, comme le répète le narrateur de « regarde[r] les formes que prend la vie quand elle se décompose ».


Léa, 1ère année édition-librairie

 

Repost 0
Published by Léa - dans Nouvelle
commenter cet article
10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 07:00

Balzac-La-maison-du-chat-qui-pelote.gif










Honoré de BALZAC
La Maison du chat qui pelote, 1830
éditions LG

collection « Libretti »


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur et son œuvre

Il n’est pas nécessaire de retracer la vie entière de Balzac, pour toutes informations sur ce sujet vous pouvez vous reporter à ce lien :http://hbalzac.free.fr/index.php. Nous nous concentrerons par contre sur le contexte de l’œuvre.  Honoré de Balzac va rester une dizaine d’années sans rencontrer de réel succès littéraire avant d’écrire un essai qui le sortira de l’obscurité : Physiologie du mariage, en 1829.

C’est dans le prolongement de ce texte qu’il écrit un ensemble de romans et de nouvelles intitulé Scènes de la vie privée.

Les héroïnes en sont des jeunes femmes que leurs premiers émois amoureux poussent à prendre des décisions malheureuses pour le restant de leur vie. La Maison du chat qui pelote, paru en 1830, fait partie de cet ensemble romanesque.

Balzac-La-maison-du-chat-qui-pelote-02.jpg

Résumé

Le récit se déroule dans le quartier du Marais à Paris. Monsieur Guillaume, drapier aisé, vit néanmoins de manière austère avec sa femme et ses deux filles. Malgré l’éducation stricte que son père lui a imposée, Augustine, la plus jeune, rencontre un jeune peintre issu de la petite noblesse :Théodore de Sommervieux.


Les jeunes gens tombent éperdument amoureux l’un de l’autre. Cet artiste passionné demande alors la main de la jeune fille à ses parents. Tous deux sont d’abord réticents car ils appréhendent cette brusque ascension sociale pour leur fille.


En effet, quelques années plus tard, la passion de Théodore s’estompe et laisse dans son cœur un sentiment de dédain pour cette épouse fade et sans consistance. Il la délaisse pour la duchesse de Carigliano. Augustine ira même jusqu'à demander l’aide de cette dernière pour reconquérir l’homme qu’elle aime. Elle reconnaît cependant les qualités de cette femme, dont elle est elle-même dépourvue, et admet que son mari puisse la lui préférer.



Personnages

Balzac connait bien ce quartier du Marais. Il s’inspira de ses oncles et cousins drapiers qui résidaient rue Saint Denis à coté du cabaret de La Maison du chat qui pelote, pour imaginer le commerce de la famille Guillaume.

L’éducation des deux jeunes filles est exactement celle qu’ont reçue la mère puis les sœurs de Balzac. Un emploi du temps avec des règles sévères avait été mis au point : 

  • Toujours se taire
  • Censure sur les lectures
  • Interdiction de miroir pour éviter toute coquetterie

 

Ainsi les sœurs de l’auteur, Laure et Laurence, ont pu inspirer les personnages de Virginie et d’Augustine, et Madame Balzac celui de Madame Guillaume.

Avec Théodore de Sommervieux, Balzac se dépeint un peu lui-même. Cet homme passionné, à l’humeur capricieuse, va prendre pour maîtresse la duchesse de Carigliano, portait de la propre maîtresse de l’écrivain : la  duchesse d’Abrantès.



Mariage bourgeois


Pour cette novella, Balzac s’inspire non seulement des personnes de sa famille, mais aussi de leur histoire.
 
En effet, dans ce roman, la vie de Virginie est calquée sur celle de Laure. Celle-ci ayant fait un mariage conformiste ne verra pas son couple tourner au drame, contrairement à celui de Laurence.

La plus jeune sœur de Balzac, était tombée amoureuse d’un écrivain qui n’avait guère plus de talent que de fortune. Ne pouvant l’épouser elle se tourna vers un homme aux apparences plus aisées mais qui se révéla être joueur et vaniteux. Comme Augustine, elle s’ouvre à sa mère sans trouver de réconfort et meurt très jeune.



L’Artiste

Le personnage de Théodore est aussi incompris des Guillaume que Balzac de sa propre mère.

Mais Augustine, elle, défend son mari : « S'ils [les gens supérieurs]  avaient des idées semblables à celles des autres, ce ne seraient plus des gens à talent ». Ainsi elle comprend et admet ce qu’implique la condition d’artiste, chose difficile pour qui n’est pas artiste lui-même.


Constance, 1ère année bibliothèques


Balzac novelliste sur Littexpress

 

 

 

Balzac Le Chef d oeuvre inconnu

 

 

 

 

 

Articles de Léna, d'Anne-Fleur, d'Hélène et d'Émilie sur Le Chef-d'oeuvre inconnu.

 

 

 

 

Balzac-Adieu.gif


 

 

 

Article de Laura sur Adieu

 

 

 

 

 

 

 

La-Maison-du-chat-qui-pelote.jpg

 

 

 

 Article d'Ana sur La Maison du Chat-qui-pelote.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Balzac La Vendetta1

 

 

 Article de Caroline sur La Vendetta.

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Constance - dans Nouvelle
commenter cet article
20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 07:00

Sergi-Pamies-On-ne-peut-pas-s-etouffer-avec-des-vermicelles.gif








 

 

 

 

 

Sergi PÀMIES
On ne peut pas s’étouffer avec des vermicelles
Nouvelles traduites du catalan
par Edmond Raillard
J acqueline Chambon/Le Rouergue
collection « Nouvelles du monde », 2003

 

 

 

 

 

 

Première publication, en catalan, sous le titre Infecció en 1986.

Première publication en français aux éditions Jacqueline Chambon sous le titre Infection, en 1989.

Ce recueil de nouvelles est le quatrième ouvrage de la collection Nouvelles du Monde, coéditée par Jacqueline Chambon et Le Rouergue.

 
 
Biographie
 
Ses parents, une écrivain et un homme politique, sont d’origine catalane. Très engagés politiquement au sein du parti communiste espagnol, ils s’exilent à la fin de la guerre d'Espagne (1936 - 1939) lorsque Franco prend le pouvoir. Sergi Pàmies naît le 26 janvier 1960, à Paris. Il grandit à Gennevilliers, en région parisienne, jusqu’à ses 11 ans. En juillet 1971, il suit ses parents qui vont s’installer à Barcelone.
 
Francophone de naissance, il choisit pourtant le catalan comme langue de prédilection. Pour expliquer cela, il raconte que lorsqu’il est arrivé à Barcelone en 1971, des complications administratives l’ont obligé à aller dans une école où l’enseignement se faisait en catalan. En fait, la directrice était une amie de sa mère. Il a donc dû très vite s’adapter à cette nouvelle langue. À l’adolescence, alors qu’il souhaite écrire des poèmes pour une des filles de sa classe, il se met à lire les œuvres de poètes catalans pour les plagier. C’est donc « pour parler aux filles », selon ses propres mots, qu’il cherche à perfectionner sa pratique du catalan. Cette langue s’est ensuite imposée comme sa langue d’écrivain.

Polyvalent, il est à la fois écrivain, journaliste (pour El País entre autres), critique de radio et de télévision, et traducteur du français en langue catalane et espagnole. À son actif, quelques romans d’Amélie Nothomb (Stupeur et Tremblements), de Jean-Philippe Toussaint, des poésies d’Apollinaire, pour ne citer qu’eux. Concernant sa vocation littéraire, elle remonte selon ses dires à son service militaire, lorsqu’il écrivait la correspondance amoureuse de certains de ses camarades illettrés. Parmi ses influences littéraires, il revendique surtout des livres courts tels ceux de Quim Monzó, Jean Echenoz,  Julio Cortázar, mais aussi John Irving… et plus largement le football, la publicité et la musique. Ces formes courtes l’auraient prédisposé à l’écriture de nouvelles. Enfin, disons que toutes ses œuvres ont été traduites en français et en espagnol.

 
 

 

La construction des nouvelles

On ne peut pas s’étouffer avec des vermicelles est un recueil de treize nouvelles composé par l’auteur ; on constate une véritable unité dans la construction des nouvelles, et dans les thèmes abordés.

L’auteur part de choses banales, de la vie de tous les jours, puis introduit au sein du récit un élément ou événement hors du commun, transition soudaine et inattendue qui fait basculer la vie ordinaire dans l’absurdité. Par exemple, un auteur qui n’arrive pas à écrire, s‘avère en fait touché par une sorte de malédiction qui le force à dessiner ce qu’il voulait écrire (« L’Âme de la rascasse »). De même, en s’occupant des plantes d’une amie qui part en voyage, une jeune femme fait la « connaissance » d’une plante qui grandit quand on lui ment (« La Plante »), etc. Dans certaines nouvelles, cet élément est introduit dès le début. Par exemple, un monsieur qui s’appelle Nogués reçoit une lettre lui annonçant que tous les gens portant ce patronyme sont invités à se réunir au village de Nogués (« Garçons »). Ou bien un gnou entre dans un bar, tandis que les clients font semblant de ne pas être étonnés (« Le Gnou »). Dans tous les cas, les personnages doivent composer avec l’absurdité, et parfois la cruauté du monde qui les entoure.

Dans plusieurs nouvelles, on constate la répétition d’une situation qui s’est déjà déroulée, en amont, dans le récit. Cette reproduction, située le plus souvent à la fin du récit, est valable soit pour la même personne (« Verticale », « Au niveau des croissants »), soit via une tierce personne (« Garçons », « Formation professionnelle », « Montagne russe », « On ne peut pas s’étouffer avec des vermicelles »).

Concernant la fin des nouvelles, il y a plusieurs possibilités : soit un enchaînement de situations, comme dans tout récit, menant à un arrêt brutal et souvent définitif – l’auteur semble aller jusqu’au bout de son idée, l’épuiser afin d’en éprouver les conséquences les plus extrêmes –, soit une fin qui laisse penser au lecteur que l’histoire continue pour le protagoniste. Quoi qu’il en soit la fin est souvent inattendue.

 Quant au rythme de la narration, il peut être assez lent, comme plutôt soutenu.

 Tous ces éléments ne sont que quelques grandes lignes de la construction des nouvelles du recueil. En pratique, plusieurs caractéristiques sont réunies au sein d’une même nouvelle. Il n’y en a pas deux construites sur le même schéma. Mais en même temps, on décèle une certaine unité entre les nouvelles puisqu’on retrouve le style de l’auteur tout au long du recueil, ne serait-ce que par l’absurdité des événements qui s’y déroulent. Chacune à leur manière, toutes les nouvelles sont plus inattendues, étonnantes ou dérangeantes les unes que les autres.

 
 
« L’âme de la rascasse »

Cette nouvelle nous raconte l’histoire d’un écrivain confronté au problème de la page blanche, ou plutôt de la page remplie de dessins : « Chaque fois qu’il essaie d’écrire, il dessine. […] Le problème, c‘est qu’il veut écrire, et que jusqu’à présent il ne savait pas dessiner ». Cette situation est d’autant plus absurde qu’il a déjà publié trois livres. Personne n’est au courant de cette situation, pas même sa femme.

Au début, il déchire systématiquement ses dessins, puis un jour il décide de les conserver.

Ses dessins ressemblent de plus en plus à ce qu’il voulait écrire. Par exemple, alors qu’il voulait écrire une histoire basée sur un frigo, il se met à dessiner de la nourriture. Au début cela lui paraît seulement inexplicable puis devient une véritable obsession : il veut comprendre ce qui lui arrive. Il fait tout pour essayer de résoudre ce mystère et continuer son livre : il essaye de taper son texte directement à la machine sans passer par un brouillon manuscrit, mais c’est le visage d’une jeune femme qui apparaît sur la page ; il essaye de s’enregistrer mais lors de l’écoute de la cassette il n’entend que des grognements.

Il décide alors d’en parler à sa femme. Elle ne le croit pas jusqu’à ce qu’il lui montre les dessins. Elle est alors impressionnée par ce qu’elle voit.

Il finit par accepter son sort, et loue un atelier où il passe ses journées à dessiner sur de grandes toiles. Le processus de création reste le même :

« […] il imagine une histoire à écrire, mais il dessine une version approximative de ce qu’il avait pensé. Le résultat est excellent, surtout pour les autres ».

Il n’est tout de même pas satisfait de son sort, bien qu’il l’accepte. Son éditeur finit par se reconvertir en marchand d’art. Ensemble ils montent plusieurs expositions. Sa femme est ravie de toutes les mondanités liées à la nouvelle situation de son mari mais lui n’est pas du tout à l’aise dans ce monde. Au bout de quelques mois il est reconnu et adulé par le public et par ses confrères. Il doit se documenter pour ne pas avouer qu’il n’y connaît rien, et surtout qu’il est victime d’une sorte de malédiction qui le pousse à peindre alors qu’il voudrait écrire : « ces tableaux sont le résultat d’un complot diabolique » ; son éditeur parle du « mystère de la main ensorcelée », et sa femme évoque une « main folle ». Son éditeur et sa femme ne croient pas à cette histoire de malédiction, ils pensent que c’est lui qui a tout inventé et qu’il se remettra à écrire quand il en aura assez. La nuit, il essaie d’écrire en usant de tous les subterfuges possibles, mais rien n’y fait. Il espère secrètement que cette malédiction cessera d’elle-même.

Puis vient l’inauguration de la façade de la gare, que la mairie lui avait demandé de peindre. Il n’aime pas toute cette agitation autour de sa personne, il n’aime pas être médiatisé. « L’éditeur [devient] (de plus en plus marchand) […] [et] Le marchand (de moins en moins éditeur) ». Profitant de la confusion, l’écrivain-peintre entre dans la gare. Il s’amuse à faire des glissades, vole un paquet de bonbons… Lorsqu’il aperçoit sa femme et son éditeur-marchand d’art venant à sa recherche dans la gare… Je vous laisse découvrir la chute par vous-même, si vous le souhaitez !

 

« Objectif »

Cette nouvelle se déroule lors de la fête d’anniversaire des cent ans d’un vieux monsieur prénommé Lester. Celui-ci a réuni toute sa famille à cette occasion afin de faire une grande photo de famille. Un de ses petits-fils va se retrouver au centre des événements, bien malgré lui. Le récit alterne entre ces deux personnages : on suit leur histoire en parallèle. Après le repas de famille, Lester s’enferme dans sa chambre et, tout en regardant les invités par la fenêtre, fait une sorte de bilan de sa vie :

 

« Parmi ceux qui étaient là quand il est né, pas un survivant. Comme les fruits d’un arbre, ils sont tous tombés les uns après les autres : trop mûrs, ou trop pourris ».

 

Le narrateur introduit alors le personnage du petit-fils de Lester, un jeune homme dont on ne connaîtra jamais le prénom. Il pense que son grand-père est totalement gâteux, et que la vieillesse rend sénile :

 

« […] quand on a cent ans, les visages se mélangent et les noms s’entassent, comme dans une assiette de spaghetti, quand on veut en attraper un et qu’il en vient des dizaines ».

 

Après le repas, lui aussi entre dans la maison, mais pour se cacher le temps que la photo soit prise. Il ne veut pas être sur la photo, il est trop timide pour cela. Puis une jeune femme entre dans la pièce où il se trouve. Elle aussi est timide et ne souhaite pas apparaître sur la photo. Ils discutent de leur timidité respective.

Pendant ce temps ont lieu les préparatifs pour la photo. Lester assiste à un étrange ballet d’échange de vêtements orchestré par le photographe, puisqu’il semble que les blonds ne doivent pas porter de vêtements clairs, ni les bruns de vêtements foncés ! C’est pour lui l’occasion de dire qu’il comprend de moins en moins la société. En effet, le photographe leur demande d’avoir l’air naturel mais pour lui,

 

« […] il s’agit de feindre un comportement normal, comme s’il était tout à fait habituel de se faire prendre en photo avec cinquante personnes sous un arbre millénaire ».

 

 Une fois les photos prises, les invités se rendent leurs vestes respectives avant de se dire au revoir.

Puis il y a une ellipse dans la narration, et nous arrivons au moment où Lester reçoit les photos de chez le photographe. Il est au centre, sous le grand arbre du jardin. Il ne reconnaît pas grand monde même s’il sait qu’ils sont tous de sa famille. On apprend alors la raison d’être de cette photo : Lester va s’en servir pour choisir son héritier. Il l’accroche au mur, ouvre le tiroir de son bureau, prend une fléchette, s’éloigne de quelques pas et vise la photographie : le visage sur lequel elle se plantera sera celui de son héritier.

C’est au tour du jeune homme de recevoir la photographie. Il découvre alors avec stupeur qu’il apparaît sur cette photo, au premier rang, à côté de la fille qui s’était cachée au même endroit que lui. Ils n’étaient pourtant pas présents sous l’arbre lorsque le photographe a appuyé sur le déclencheur. Ce mystère restera inexpliqué.

On revient ensuite vers Lester. Il a visé et la flèche s’est plantée sur le visage d’un jeune homme assis au premier rang (autrement dit son petit-fils). Il ne sait pas qui c’est mais accepte le résultat et prend rendez-vous avec son notaire afin de rédiger son testament.

Quant au jeune homme, il pense que c’est la jeune femme qui a truqué la photo. Il lui en veut et ne décroche pas le téléphone quand il sonne, de peur que ce soit elle qui appelle. Lorsque le facteur lui remet une lettre d’une étude de notaire de la ville, il croit que c’est une autre plaisanterie de la jeune femme… Je vous laisse découvrir la chute par vous-même si vous le souhaitez  !

 
Delphine C., 1ère année bibliothèques-médiathèques 2012-2013.

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Delphine - dans Nouvelle
commenter cet article
19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 07:00

Jules Barbey d Aurevilly Les Diaboliques

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jules Barbey d’AUREVILLY
Les Diaboliques (1874)
Coll. « Les Classiques de Poche », septembre 2009
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Barbey_d%27Aurevilly



L'œuvre

Les Diaboliques est un recueil de six nouvelles de Jules Barbey d'Aurevilly, paru en novembre 1874, à Paris, au commencement de la IIIème République. Les Diaboliques apparaissent tout d'abord comme un témoignage sans complaisance sur un changement historique qui transforme en profondeur les mœurs et les mentalités. Barbey veut montrer que l'émergence du siècle moderne ne fera pas disparaître le mal.  Au contraire, il affirme que la disparition des valeurs anciennes et des traditions va favoriser la profonde misère de l'Homme, avec la propagation des crimes, qui deviendront de plus en plus pervers et raffinés.


Les thèmes

Il s'agit d'histoires tragiques où se mêlent la passion, la violence, le désir, le meurtre et la mort. Ces nouvelles mettent en scène six femmes différentes qui ont  toutes un penchant pour le crime, la transgression, l'adultère, l'infanticide, la profanation ou la dissimulation.


L'importance de la narration.

Les Diaboliques se présentent sous forme de chroniques, racontées à travers des anecdotes, des témoignages ou des souvenirs . Il s'agit de récits de conversation, où domine le ton de la causerie. Cela donne à chaque histoire un effet de vraisemblance .

Le conteur ainsi que l'auditoire occupe une place considérable au sein de ces nouvelles qui correspondent un peu aux modèles des Mille et une Nuits ou aux récits de Boccace. Les différents narrateurs ne sont jamais neutres ou désintéressés, ce qui donne envie au lecteur de connaître rapidement la suite. En effet, le narrateur présente son histoire comme un événement qui a marqué à jamais sa vie et son imagination. Les Diaboliques laissent à chaque fois un souvenir indélébile dans leur esprit, mais également dans celui de l'auditoire.

Ces histoires ne seraient sans doute pas aussi fascinantes si elles n'étaient en partie occultées par quelques lacunes dans le récit, qui peuvent un peu frustrer le lecteur.  Cependant, une partie du mystère disparaîtrait si ces zones d'ombre se dissipaient.



Présentation des Diaboliques

Alberte dans « Le Rideau cramoisi ».

Alberte est une jeune fille qui se distingue de ses parents par sa beauté mais aussi par son intelligence machiavélique. Elle excelle dans l'art de la dissimulation avec son air de « grande demoiselle impassible » (p. 90) et son regard « infernalement calme » ( p. 90).  Cette attitude de calme insolent éveille chez le narrateur une grande irritation, mêlée au désir de vouloir nouer une relation avec cette fille « si diaboliquement provocante. » (p. 84).

Elle est présentée comme une jeune fille hors du commun, avec une insistance sur les expressions tranquilles et fières de son beau visage :

 

 «  cet air...qui la séparait , non pas seulement de ses parents, mais de tous les autres, dont elle semblait n'avoir ni les passions, ni les sentiments, vous clouait... de surprise... sur place. »

 

Cette jeune femme n'hésitera pas à traverser la chambre de ses parents toutes les deux nuits pour se livrer à la volupté avec le vicomte de Brassard, logeant chez elle le temps de son service à l'armée. Celui-ci déclare non sans effroi : «  Je ne me donnai pas d'horreur factice pour la conduite de cette fille d'une si effrayante précocité dans le mal. » Cette rencontre marquera à jamais sa vie : « il y a des choses que l'on n'oublie point. » (p. 68).


La Petite Masque dans « Le Plus Bel Amour de Don Juan ».

La petite Masque est la seule Diabolique qui ne soit pas une femme. En effet, elle n'a que treize ans. C'est une jeune fille dévote qui fantasme sur l'amant de sa mère. Elle garde jalousement son secret en elle, cet amour inavoué pour cet homme qui n'est autre que le mythique Don Juan. Cette « enfant bizarre » (p.129), au « regard d'espion, noir et menaçant » (p.127) passe pour être « un ange de pureté » (p.132) auprès de son confesseur. En rivalité secrète avec sa mère – qui semble bien plus naïve que sa fille – elle éprouve un amour précoce, farouche et violent pour cet homme qui affirme qu'elle est  le « plus bel amour » qu'il ait jamais inspiré de toute sa vie.

Jalouse de sa mère, elle se pose en rivale dissimulée, allant jusqu'à lui mentir. Son crime n'est donc pas celui de la chair mais celui de l'esprit.

Don Juan affirme à son sujet : « Elle n'avait que treize ans mais elle était une femme, et cette précocité même m'avait effrayé ». ( p. 133)


Hauteclaire dans « Le Bonheur dans le crime ».

Hauteclaire, jeune femme habitant dans une petite ville de province, est la fille d'un maître d'armes. Elle apprend l'escrime très jeune et excelle dans ce domaine, surpassant même les meilleurs élèves de son père. La jeune Hauteclaire vit à part des autres jeunes filles de son âge, elle ne se mêle pas à leur compagnie. Une attention particulière lui est donc vouée de la part des habitants, qui parlent beaucoup d'elle.

Hauteclaire se distingue par sa grande beauté, sa force et son agilité. Cette femme qui captive le regard est comparée au début de la nouvelle à une panthère noire, étant « d'articulation aussi puissante, aussi royale d'attitude- dans son espèce, d'une beauté égale, et d'un charme encore plus inquiétant » que cet animal sauvage ( p. 143).

Par amour pour le comte de Savigny, elle change son identité et joue son rôle à la perfection, étant aussi à l'aise dans le mensonge qu'un poisson dans l'eau. Cette femme « très imposante » ( p.149),  et « à l'air de déesse » ( p. 157) deviendra plus tard la comtesse de Savigny, après l'accomplissement méticuleux d'un meurtre qui ne l'empêchera pas d'être heureuse.


La comtesse du Tremblay de Stasseville dans « Le Dessous de cartes d'une partie de whist »

La comtesse est une femme impénétrable d'une quarantaine d'années, « froide à vous faire tousser », à « l'esprit très extérieur et très mordant »  et aux yeux pers, semblables à « deux étoiles fixes » couronnant «  ce visage sans le réchauffer » (p. 211).

Sa présence et son charisme en société forment un contraste avec le mystère qui s'entretient autour de sa personne. Le narrateur affirme qu'elle a un physique de « femme de race, mais chez qui la fierté peut devenir aisément cruelle. » 

Le crime semble réalisé de manière habile, mesurée, obscure, froidement calculée, à l'image de son exécutrice qui pèse toujours bien ses gestes et ses mots. L'auteur insiste particulièrement sur son physique qui heurte le sens commun, caractérisé entre autre par une « effrayante physionomie de fougue réprimée et de volonté » (p. 211).


Rosalba la Pudica dans  « À un dîner d'athées »

« Mais je gardai l'idée qu'une seconde femme comme celle-là n'était pas possible. » (p. 296.) Cette déclaration du narrateur nous montre bien que cette femme se distingue des autres.

Rosalba la Pudica, maîtresse du major Ydow, accompagne son amant sur le champ de bataille. Cette jeune femme a des allures de « vierge confuse », elle est désignée comme étant « la pudeur elle-même ». Elle arbore des airs de jeune fille pure et innocente alors qu'elle trompe effrontément son amant avec tous les hommes du régiment. Le narrateur déclare qu'elle est « la plus enragée des courtisanes, avec la figure d'une des plus célestes madones de Raphaël » (p. 292).

L'ambiguïté de la Diabolique est également illustrée par cette remarque : « La Rosalba était pudique comme elle était voluptueuse, et le plus extraordinaire, c'est qu'elle était les deux en même temps. » ( p. 290)

Par ailleurs, le chevalier de Mesnilgrand, – à savoir le narrateur de l'histoire déclare que la Rosalba était « impénétrable comme le Sphinx » et que cette « impénétrabilité » l'impatientait et l'irritait ( p. 296). Ce point fait écho aux sentiments du vicomte de Brassard à l’égard d'Alberte dans « Le Rideau cramoisi ». Sous cette fausse chasteté se dissimule aussi un être capable d'une cruauté saisissante, comme le dévoilera la fin de la nouvelle.


La duchesse d'Arcos de Sierra Leone dans « La vengeance d'une femme ».

La duchesse est la seule des Diaboliques à raconter sa propre histoire. Sa volonté suprême est de venger son amant le chevalier Esteban, assassiné sauvagement par son mari le duc d'Arcos. De duchesse admirée et respectée, elle décide de devenir une prostituée des bas-quartiers de Paris afin de traîner dans la boue ce nom qui fait l'orgueil démesuré de son mari.

D'une beauté exceptionnelle, elle est aussi dotée d'une volonté quasi surnaturelle pour exécuter cette vengeance singulière et terrible. « Il était effrayé de ce sublime horrible, car l'intensité dans les sentiments, poussée à ce point, est sublime. Seulement, c'est le sublime de l'enfer. » (p. 339). Cette phrase nous montre que Robert de Tressignies est à la fois fasciné et horrifié par cette femme au destin hors du commun dans laquelle il discerne des « gouffres de profondeur et de volonté. » (p.341).


Synthèse                                                                                                                                                               

Ces Diaboliques paraissent dotées d'une détermination surpuissante pour accomplir leurs crimes. En effet, elles sont prêtes à braver les conventions les plus ancrées. Par ailleurs, elles ont toutes un physique qui attire l'attention. Impénétrables, elles sont effrayantes dans leur mystère et éveillent chez les autres une vive curiosité. Elles sont dépeintes comme des êtres d'exception à la personnalité hermétique. La présence du mal et l'absence de culpabilité est également une distinction de ces femmes qui semblent « au-dessus » des valeurs morales.


La figure mythologique du Sphinx revient régulièrement afin de mettre en valeur le côté indéchiffrable de ces femmes aux singularités troublantes. La description du physique occupe une place primordiale dans les récits, car il permet de mettre en lumière les particularités inquiétantes de ces différentes femmes.

Les récits sont empreints d'une certaine noirceur, d'une cruauté parfois psychologique, qui reflète avec violence les ambiguïtés de la nature humaine. L'auteur a réussi à rendre les histoires captivantes grâce à la richesse de l'écriture, fournie en descriptions et en figures de style. En outre, il est intéressant de constater qu'il y a tout au long du recueil une certaine unité qui produit un effet de jeu de miroirs. Les personnages, ainsi que les sentiments des narrateurs, présentent en effet des similitudes. Mais ces convergences entre les différents récits n'égalent en rien leur diversité.


Quitterie, 1ère année édition-librairie 2012-2013

 

 

Voir aussi la fiche de lecture de Yann.

 

 

 

 


Repost 0
Published by Quitterie - dans Nouvelle
commenter cet article
17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 07:00

Nouvelles-d-Argentine.jpg
 
 

 

 

 

 

Sergio BIZZIO,
Gonzalo CARRANZA,
Ricardo PIGLIA,
Esther CROSS,
Sergio CHEJFEC
Nouvelles d’Argentine
Traducteurs
André Gabastou
François Gaudry
François-Michel Durazzo
Marianne Millon
Magellan Et Cie
Collection Miniatures, 2010


 

 

 

 

Aspect du livre
 
Caractéristiques extérieures

J’ai constaté que les couvertures de la collection Miniature ont un ton commun ou proche. Quelques exemples :
nOUVElles d'AlgérieNouvelles-du-Senegal.jpgNouvelles-d-Ukraine.jpg

Le titre est succinct mais informatif ; tous les titres de la collection Miniatures sont construits sur un même modèle.

Cinq auteurs ont participé à la rédaction.

Le résumé de la quatriéme de couverture présente une vision utopique de l’Argentine  mais parle peu de l’œuvre (il s’agit en réalité d’un extrait de la préface de Pierre Astier).

Extrait du résumé de la quatrième de couverture :

 

« ARGENTINE. S'étirant de la Terre de Feu (et de glace), où s'aventura naguère un certain Magellan, au sud du Brésil, de la Cordillère des Andes à l'océan Atlantique, l'Argentine est ce jeune pays de deux cents ans où survit encore le mythe américain de la terre promise, de la terre d'exil pour de nombreux Européens. C'est le pays des pampas à perte de vue, jusqu'à la Patagonie, des « gauchos », ces fiers gardiens de gigantesques troupeaux, du tango, cette danse nerveuse pratiquée sur les bords du rio de la Plata, le fleuve d'argent, où les hommes et les femmes se toisent fiévreusement. C'est le siège d'une capitale, Buenos Aires, à l'architecture et à l'atmosphère européennes… ».

 

Les autres informations qui y sont présentées relèvent de la notice bibliographique (voir ci-dessus).
 

Caractéristiques intérieures

Le papier est de bonne qualité.

Le texte est espacé, la police est claire.

Au début de chaque nouvelle une courte biographie de l’auteur est présente.

 
La préface

La préface est de Pierre Astier, directeur de la collection Miniatures (et anciennement éditeur du Serpent à plumes).

La collection Miniatures a pour but de présenter en quelques nouvelles (ici cinq)

q) des pays variés, elle l’a aujourd’hui fait pour 23 pays.

Les éditions Magellan & Cie ont rassemblé ces auteurs en demandant à chacun de rédiger une nouvelle pour sa collection ; les cinq auteurs natifs de Buenos Aires et de ses alentours ont accepté cette mission et nous présentent ainsi le pays sous différents regards.

 

image-7.png 
 
Une première nouvelle : « Ad Majorem dei Gloriam »
 
Le titre se traduit par « Pour la plus grande gloire de Dieu ». Le texte a été écrit par Gonzalo Carranza, écrivain et journaliste, et traduit de l’espagnol par François Gaudry.
 
Le contexte : L’histoire se déroule dans un monastère argentin. Selon moi, l’époque est la nôtre.
 
Les personnages : Le personnage/narrateur est un jeune prêtre jésuite très investi dans la foi et dans ses tâches. Il se nomme Père Heredia (son nom n’est que tardivement cité dans l’œuvre). Rapidement il devient le secrétaire général d’Avila, le Provincial de la compagnie en Argentine.
 
L’histoire : jour après jour, Le père Heredia accomplit sa tâche de secrétaire auprès  d’Avila. Néanmoins, une après-midi est bousculée : Avila lui demande de l’emmener en dehors  de la ville ; sentier après sentier il le guide jusqu’à une bâtisse.

 

« Quelques minutes plus tard, nous nous arrêtâmes devant l'unique maison en briques, une construction carrée comme une boite de chaussures, dont la façade exhibait une horrible fresque saturée de palmiers et de fleurs. À la porte nous attendait une femme grande et mince, vêtue d'un corsage bleu ciel et d'un pantalon de la même couleur. Elle avait les cheveux teints d'un roux si vif qu'il s'appelait cuivre. Le père Avila la salua par une sorte de toux, et sans attendre, disparut derrière un rideau à lanières de plastique multicolores. »

On comprend bien vite qu’il s’agit d’un « bordel ».
 
S’y trouve étendu sur un lit le corps du curé Maza. Le commissaire Bermudez informe le père Heredia et Avila qu’il annoncera à la population que sa mort a eu lieu en rendant visite à un malade. Pourtant, cette version ne convient pas au jeune prêtre qui, tracassé, décide de mener sa propre enquête. C’est pourquoi il cherche à rencontrer l’une des filles du bordel.

Il la questionne mais elle refuse de répondre. Il repart. De retour au monastère, un appel de la jeune fille a été passé pour lui : elle est à l’hôpital, on lui a tiré dessus. Il ne parvient pas à s’y rendre avant qu’elle ne décède. Au cours de son enquête un autre épisode de ce type a lieu si bien qu’il se retrouve dans une pièce sans fenêtre, ligoté.
 
Pour ceux qui souhaitent connaître la chute, je vous laisse la découvrir par vous-même !
 
La particularité de cette nouvelle : elle comporte un grand nombre de personnages, ce que je trouve plutôt rare.
 
Le sens : Je suppose que l’auteur a souhaité montrer qu’en Argentine et comme partout ailleurs perdure une vie monastique bien éloignée de la vie de chacun d’entre nous. De plus, le personnage principal n’est guère plus âgé que nous, ce qui suppose que nous pourrions être à sa place.


Une seconde nouvelle : « Le Cadeau »

Écrit par une romancière argentine nommée Esther Cross, ce texte a été traduit par Marianne Millon.
 
Le contexte : L’histoire se passe dans une famille argentine plutôt moderne, à la période de Noël.
 
Les personnages principaux : ce sont deux jeunes sœurs d’âges proches. La famille est présente tout au long de l’histoire ainsi que « l’Invité ».
 
L’histoire : Le soir de Noël toute la famille est réunie, la mère a invité l’une de ses connaissances : « Il m’a fait pitié parce qu’il est seul, sans famille ». Le repas se déroule parfaitement bien. Néanmoins, un conflit sournois règne entre les deux sœurs : l’invité a mis sur le tas de paquets une poupée, le problème étant qu’il n’y en a qu’une seule et qu’il part sans l’avoir attribuée à l’une des deux fillettes. Une guerre sans merci se déclare alors entre elles deux.

 

« À ma droite, ma sœur s'accrochait à la poupée. De l'autre côté, moi, invincible, qui  résistais. Les articulations en fil de fer du coup craquaient. Les bras, encastrés sous  pression, s'étiraient formidablement. Ma mère assurait que le son était exaspérant. Un de mes oncles prenait les paris. Ni les autres cadeaux, ni toutes les suggestions et les menaces, ne parvenaient à nous faire changer d'avis. La poupée en caoutchouc restait au milieu, moi, ferme à mon poste, ma sœur, inamovible, au sien ».

La décision est prise, elle doit être coupée en deux.

 

« Il n'était pas confortable de dormir avec elle. La poupée en caoutchouc était creuse. Pour éviter des sensations désagréables, je la plaçai sur son profil plein, fascinée par la vision de mon hémisphère de poupée ».

 

Durant tout le récit la famille va s’affairer autour de cette histoire de poupée : la mère va recontacter l’Invité afin de savoir où elle a été achetée ; ils partiront tous deux à la recherche d’une poupée identique, sans succès ; le conflit entre les deux sœurs s’envenime de plus en plus. Un beau jour, leur oncle arrive avec un paquet dans lequel il y a UNE poupée, mais une seule. La mère s’affaire alors et après avoir découpé la nouvelle poupée rassemble chaque partie avec le morceau lui correspondant de l’autre poupée.

À vous de découvrir la chute !
 
 
 
L’unité du contenu

Ces nouvelles sont très différentes les unes des autres dans leur contenu ; on constate bien qu’il s’agit d’un assemblage artificiel, sur ce point. Néanmoins, elles présentent un éventail de points de vue complet et diversifié sur l'Argentine. Toutes les catégories sociales sont représentées, tous les âges aussi.
 
 

Avis
 
Ce qui peut plaire

La diversité, les différents styles d’écriture, le projet, les histoires...
 

Ce qui peut déplaire

Les histoires, l’approche choisie, les termes employés, le changement de style d'écriture, le fait que l’œuvre ait été artificiellement conçue, les thèmes qui sont plutôt sensibles (vie monastique, vie en prison, sexualité...)
 


Jugements sur internet

Très peu nombreux ; je n'en ai trouvé qu'un, cela est peut être dû au fait que le publication est récente :

 

« Nouvelles et parfums bucoliques de cette mythique pampa qui se conjugue aux temps immémoriaux et aux espaces sans bornes des conquistadores espagnols qui égrenèrent les jalons des particularismes de l'Argentine. »

 

Mon avis personnel

J'étais assez mitigée à la fin de ma première lecture, je ne m'attendais pas à un tel contenu. Maintenant j'apprécie certaines nouvelles plus que d'autres. Néanmoins leur diversité est agréable car il permet un tant soit peu de découvrir le pays.
 
 
 
Les sources
 
 http://www.editions-magellan.com/livre/217-nouvelles-d-argentine

Présentation de la collection Miniatures sur le site des éditions Magellan :

 

Alors que la mondialisation des échanges progresse, que le monde devient un pour tous, des mondes-miniatures s’imposent, des pays et des régions entières affirment leur identité, revendiquent leur histoire ou leur langue, réinvestissent pleinement leur espace. Quoi de plus parlant qu’une miniature, la nouvelle, pour lever le voile sur ce monde-là, celui d’une diversité infinie et porteuse d’espoir ?

Cette collection, dirigée par Pierre Astier, est publiée en partenariat avec le magazine Courrier international.
 
Elles sont maliennes, libanaises ou corses… Elles vous entraînent vers des terres lointaines ou moins lointaines. Elles vous ouvrent à d’autres cultures, d’autres croyances, d’autres histoires. Les grandes plumes de la littérature contemporaine vous emportent loin, loin, loin…

 

 

Lise, 1ère année bib.-méd.pat. 2012-2013

 Exemples de couvertures de la même collection
 http://editions-magellan.com/collection/4-miniatures
 
Site sur lequel j'ai trouvé une critique de l'oeuvre
 http://www.rue-des-livres.com/livre/2350741834/nouvelles_argentine.html

Informations sur l'ancienne maison d'édition de Pierre Astier
 http://www.lacauselitteraire.fr/le-serpent-a-plumes/

 

 

 

Repost 0
Published by Lise - dans Nouvelle
commenter cet article
15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 07:00

Jules-Barbey-d-Aurevilly-Les-Diaboliques.jpg

 

 

 

 

 

Jules Barbey d’AUREVILLY
Les Diaboliques (1874)
Dentu pour l’édition de 1874
et José Corti pour celle de 1961
Librairie Générale Française

pour la présente édition
Coll. « Les Classiques de Poche »
18ème édition, septembre 2009
Introduction, dossier et notes
par Pierre Glaudes

pour la présente édition.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Jules-Barbey-d-Aurevilly.jpgL’auteur

Jules Barbey d’Aurevilly était un écrivain français du XIXe siècle. Né en 1808 et mort en 1889, il fut romancier, nouvelliste, poète, critique littéraire, journaliste et polémiste. On rattache son oeuvre à des mouvements tels que tels que le romantisme, le fantastique, le surnaturalisme. Surnommé le « Connétable des lettres », il fut accusé d’immoralisme en raison de son recueil de nouvelles Les Diaboliques dont les thèmes principaux concernent le meurtre, la vengeance, l’amour extravagant. Les exemplaires des Diaboliques n’ayant pas encore été vendus à l’époque de sa sortie furent saisis et la publication de ce recueil valut à d'Aurevilly d’être traduit en justice ; le procès aurait eu lieu sans  l’intervention de Gambetta.

Pour plus d’informations sur Barbey d’Aurevilly, cliquer sur le lien suivant :
 http://fr.wikipedia.org/wiki/Jules_Barbey_d'Aurevilly#.C5.92uvres

 

Les Diaboliques, « un petit musée de ces dames »

Les Diaboliques est un recueil de six nouvelles dont la genèse dure vingt-trois ans entre 1850 et 1873. À l’origine, l’auteur souhaitait nommer le recueil Ricochets de conversation. La première nouvelle à voir le jour est « Le Dessous de cartes d’une partie de whist », publiée en 1850 dans le journal légitimiste La Mode. Suite à cela, Barbey d’Aurevilly se consacre à d’autres projets littéraires et ne reprend véritablement l’écriture des Diaboliques qu’en 1866. Les cinq autres nouvelles sont écrites entre 1866 et 1873. C’est également à cette période qu’il transforme le titre Ricochets de Conversation en Les Diaboliques. Une note de décembre 1866 nous apprend que le recueil devait à l’origine compter dix nouvelles.

Ci-dessous, les titres des nouvelles du projet de recueil en 1866 selon le « Dossier » de l’édition que je possède :Le Rideau cramoisi.

  1. Le Dessous de cartes d’une partie de whist.
  2. Le Plus Bel Amour de don Juan.
  3. Entre adultères.
  4. Les Deux Vieux Hommes d’État de l’Amour.
  5. Le Bonheur dans le crime.
  6. L’Honneur des femmes.
  7. Madame Henry III.
  8. L’Avorteur.
  9. Valognes.

Parmi ces nouvelles, quatre portent le titre qu’elles ont aujourd’hui et étaient achevées ou en préparation à l’époque de la note, à savoir « Le Rideau cramoisi », « Le Dessous de cartes d’une partie de whist », « Le Plus Bel Amour de don Juan » et « Le Bonheur dans le crime ». Pour ce qui est des six autres nouvelles qui n’avaient toujours pas été rédigées, deux feront partie du recueil mais avec des titres différents de ceux du projet de 1866. En effet, on suppose que « L’Honneur des femmes » deviendra « La Vengeance d’une femme » et que « Valognes » sera « À un dîner d’athées ». Les quatre nouvelles restant n’ont jamais été écrites.

Pour terminer, le but de ce recueil est de présenter la noirceur des femmes, le diabolisme qu’elles ont en elles, la force de la méchanceté qu’elles utilisent pour arriver à leurs fins… Cela fait l’unité du recueil. Si vous êtes un homme, après avoir lu ce recueil, chaque femme que vous rencontrerez vous paraîtra suspecte, vous vous remémorerez chacune des nouvelles des Diaboliques.

Dans cette fiche, je vais vous présenter l’un de ces diabolismes féminins, une diabolique qui a réellement existé même si l’histoire a été modifiée par l’auteur.

 

 « Le Rideau cramoisi »

Cette nouvelle raconte le souvenir d’un homme qui un soir, en prenant la diligence pour aller chasser le gibier dans les marais de l’Ouest, rencontre le vicomte de Brassard. Pendant leur voyage, la diligence s’arrête à cause d’un problème mécanique au niveau d’une roue et elle est contrainte de s’arrêter dans une rue de la ville de *** en attendant les réparations. Par la fenêtre de la diligence, le vicomte de Brassard et le narrateur aperçoivent une fenêtre à l’étage d’une maison qui dégage une lumière tamisée par un rideau cramoisi. Cette lueur, la seule de la rue, exerce une attirance malsaine sur les deux hommes, plus particulièrement sur le vicomte de Brassard qui vécut un jour à cet endroit. Il raconte alors son histoire au narrateur, les raisons de sa présence en ces lieux trente-cinq années auparavant, alors qu’il n’avait que dix-sept ans.

À cette époque, il fut nommé sous-lieutenant dans un régiment d’infanterie qui attendait l’ordre de partir pour l’Allemagne et dut se rendre dans la ville de *** pour rejoindre le bataillon dont il faisait partie. Il dut s’installer chez un vieux couple de bourgeois et après un semestre passé chez eux, il rencontra leur fille, Mlle Albertine appelée Alberte, un soir en se rendant au dîner. Cette Mlle Alberte revenait de son pensionnat et à la première vue de cette fille, le vicomte fut immédiatement stupéfait par l’air impassible et la beauté de cette diabolique.

Le mois qui suivit l’arrivée d’Alberte fut le début d’une longue et éprouvante souffrance pour le vicomte car ce nouveau dîner se déroula différemment des précédents. En effet, alors qu’il se préparait à souper, la main de Mlle Alberte prit la sienne par-dessous la table. Un étonnement inexprimable s’empara de lui. Le vicomte, qui n’avait jusqu’alors jamais vécu de relation avec une fille, dut se contrôler pour ne pas éveiller de soupçon chez les parents d’Albertine ; cette dernière comme à son habitude resta impassible. À la fin du dîner, le vicomte retourna dans sa chambre pour écrire un mot à cette Alberte, mot qu’il lui transmit au dîner du lendemain.

Il fut contraint d’attendre le dîner du lendemain pour recevoir sa réponse. Or, à ce dîner, Alberte ne fut plus installée à ses côtés mais désormais entre ses parents, tout en gardant son impassibilité habituelle. Commença alors le début d’une longue souffrance due à l’impossibilité de se retrouver en tête-à-tête avec Mlle Alberte.

Pendant un mois, le vicomte tenta désespérément d’attirer le regard de la diabolique mais en vain. Mlle Alberte réagit de la même manière que si le vicomte n’avait jamais existé. Mais un soir, alors que toute la maisonnée était censée dormir, le vicomte de Brassard ne trouvait guère le sommeil, bien trop perturbé par Albertine. Et alors qu’il dessinait la tête de cette fille, il entendit la porte de sa chambre s’ouvrir et aperçut la Diabolique qui tentait d’entrer discrètement dans sa chambre pour lui avouer ses sentiments, sentiments qu’elle avait été contrainte de cacher pour garder l’estime de ses parents. Il fut alors décidé qu’un jour sur deux, elle viendrait le rejoindre dans sa chambre sans que ses parents s’en aperçoivent mais un jour, l’habitude du jeune couple fut brisée. Quelque chose se passa, dans la chambre du vicomte, alors que tous deux étaient une nouvelle fois réunis secrètement. Cette situation mit le vicomte dans un embarras et une peur indescriptibles…

 

Mon avis

J’ai choisi de résumer cette nouvelle car elle est à mes yeux la plus passionnante des six. Pour commencer, le titre est déjà très énigmatique car un rideau, en l’occurrence, cache quelque chose. De plus, le fait qu’il soit cramoisi renvoie au sang, à la mort… Dans ce titre, il y avait donc quelque chose de secret et d’atroce…  Il suppose que le rideau renferme un terrible souvenir.

J’ai également aimé la nouvelle car la jeune fille est une diabolique différente des autres femmes du recueil. Ici, Albertine est poussée à être diabolique pour ne pas transgresser les règles de ses parents. Elle expose son amour ou tout simplement ses pulsions envers le vicomte de Brassard mais est contrainte de ne pas aller plus loin avec lui.

De plus, la nouvelle pourrait toucher tout un chacun par ce qu’elle fait ressentir. Le sentiment de rejet, la blessure émotionnelle, l’amour inassouvi sont les thèmes principaux abordés dans « Le Rideau cramoisi ». Ces blessures ont été normalement ressenties par chacun d’entre nous au moins une fois dans notre vie. On comprend alors parfaitement la tension du vicomte de Brassard face à cette terrible situation.

 Barbey-d-Aurevilly-Les-Daiboliques-manuscrit.jpgManuscrit des Diaboliques

Source :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Diaboliques_manuscrit2.jpg

 

 

Critique de l’œuvre

Dès le début de ma lecture, je fus immédiatement conquis par le thème principal du recueil. Les nouvelles sont intéressantes voire passionnantes pour certaines. Elles traitent  de sujets très différents les uns des autres mais ces sujets forment tout de même l’unité du recueil.

De plus, Barbey d’Aurevilly a un véritable talent descriptif, caractéristique que j’apprécie dans les romans et nouvelles de cette période littéraire. Les descriptions sont si précises que leur compréhension en devient complexe, à certains moments. Je veux évoquer plus précisément l’incompréhension des phrases faisant référence à des auteurs – entre autres – peu connus à notre époque, nécessitant le recours à des notes de bas de page. La compréhension des phrases n’est possible que par la lecture de ces notes. Mais tout de même, ces notes de bas de page constituent une richesse pour les lecteurs. Le recueil devient finalement une petite encyclopédie qui fait ressortir le lecteur plus « intelligent ».

En ce qui concerne les nouvelles, elles se présentent sous la forme d’un « monologue » d’un personnage témoin de l’événement constituant le thème de la nouvelle. Et qui dit « monologue » dit « peu de dialogue » comme dans « Le Rideau cramoisi » ou encore « Le Plus bel amour de don Juan ». Il est intéressant d’avoir un narrateur-personnage plutôt qu’un narrateur effacé. On a alors l’impression que ce narrateur-personnage nous raconte l’histoire en tête-à-tête. Cette situation permet une plus grande concentration et d’entrer dans la peau du récepteur, d’être présent avec le témoin.


Y. A., 1ère année bib.-méd.-pat.

 

 


Repost 0
Published by Y. A. - dans Nouvelle
commenter cet article
8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 07:00

Hemingway-les-forets-du-nord.gif










Ernest HEMINGWAY
Les Forêts du Nord
The Northern Woods
Traducteurs
Marcel Duhamel
Henri Robillot
Ott de Weymer
Gallimard
Folio bilingue, 2008




 

 

 

 

Ernest Hemingway est né en 1899 dans l’Illinois et mort en 1961. Il est le fils d’un médecin de campagne et d’une mère musicienne et peintre. Enfant, Ernest accompagne son père durant ses visites dans les réserves indiennes pour soigner les malades – à cette occasion il fait pour la première fois l’expérience de la douleur et de la mort – et il est sensibilisé à l’art par sa mère. Durant son enfance il partira souvent en vacances à Bear Lake, région des lacs du nord du Michigan et des forêts sauvages. Moments de partage avec son père, où il chassera, pêchera, moments où son père tentera de l’initier à la vie dans la nature et au courage physique et mental.

Il commence à être publié en 1916 dans la revue littéraire de son école. Il refuse d’aller à l’université – malgré les incitations de son père – et commence à travailler comme journaliste dans le Kansas. Quand la guerre éclate, il veut s’engager mais on le refuse à cause d’un œil défaillant ; de plus, son père le lui interdit. Il part quand même sur le front en Europe, rejoignant la Croix Rouge en tant qu’ambulancier. En 1918 il est blessé aux jambes par une explosion de mortier en sauvant la vie d’un autre homme ; il est alors considéré comme un héros, d’autant plus qu’il est le premier Américain à être blessé en Italie.

À son retour aux États-Unis il devient reporter, ce qui lui permet de rencontrer Elizabeth Hadley Richardson, qu’il épouse ; il se mariera trois autres fois. Vers 1922, il vient vivre à Paris avec son épouse ; c’est dans ce cadre qu’il va rencontrer les grands noms de son époque comme Francis Scott Fitzgerald, Sherwood Anderson, James Joyce, Gertrude Stein ou encore T.S. Eliot. Leur lieu de prédilection était la librairie « Shakespeare and Co », au cœur du quartier latin de Paris, tenue par Sylvia Beach, la muse des Américains expatriés à Paris.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Hemingway participe au débarquement et à la libération de Paris. Ensuite, il fait beaucoup de voyages, en Espagne, à Cuba et ne rentre aux USA qu’en 1960, mais sa santé s’est dégradée. En 1961, atteint de diabète et devenant aveugle, il se suicide. On découvre grâce à son dossier médical devenu accessible en 1991 qu’il était atteint d’hémochromatose, une maladie génétique qui provoque de sévères dommages physique et mentaux. Ce qui explique les nombreux suicides dans la famille Hemingway (son père, son frère, sa sœur et sa petite fille).

Quant à l’écriture d’Hemingway, elle est caractérisée par l’économie de mots et la litote ;elle influence largement le roman du XXème, tout comme sa vie d’aventurier et son image.

Ses œuvres ont rencontré un grand succès auprès du public du fait de la véracité avec laquelle il dépeignait ses personnages. Hemingway appartenait à la génération perdue comme Fitzgerald, reconnu aujourd’hui comme le chef de file du mouvement ; cependant Hemingway était tout de même considéré à son époque comme le porte-parole du mouvement. La génération perdue est celle des expatriés vivant à Paris, psychologiquement blessés et désillusionnés, qui se refugiaient dans des activités comme boire, manger, voyager, se quereller et faire l’amour. Hemingway obtient également une grande reconnaissance dans le monde littéraire puisqu’il reçoit le prix Nobel de littérature en 1954 et également le prix Pulitzer pour Le vieil homme et la mer en 1952. Parmi ses autres œuvres : en 1932, L’Adieu aux armes, en 1940, Pour qui sonne le glas, en 1964, Paris est une fête.



Les Forêts du Nord est un recueil dont les nouvelles sont elles-mêmes extraites d’un autre recueil, Les Aventures de Nick Adams, paru en 1972 (en 1977 chez Gallimard). Nick Adams est un alter ego d’Ernest Hemingway, c’est le nom qu’il avait choisi pour se désigner dans les histoires où il apparaissait. Ces nouvelles sont très courtes, racontent de tout petits événements, comme des esquisses dans le carnet d’un artiste. Des événements qui semblent sans importance, mais qui sont en fait des passages fondateurs dans la vie d’Hemingway.

Du fait que les nouvelles sont présentées comme les aventures de Nick Adams, les événements peuvent paraître sans intérêt et peuvent donner l’impression qu’ils manquent de sens. Il faut s’intéresser au fait que Nick est l’alter ego d’Hemingway et donc également à la vie d’Hemingway, pour comprendre l’intérêt des nouvelles. On peut donner deux sens à l’utilisation du nom Nick Adams : certains pensent que c’est l’évocation d’une période paradisiaque dans la vie d'Hemingway, une période révolue et à l’opposé de son état d’esprit au moment de l’écriture. Et que donc il la raconte comme si c’était une autre vie, d’où l’utilisation d’un autre nom, pour différencier le jeune Hemingway de celui qui écrit et qui n’est plus le même . D’autres associent ce nom au touch style, le style d’écriture d’Hemingway, dru, concis, les mots courts qui semblent arriver comme des coups. Hemingway veut faire table rase de toute psychologie et ne laisser  apparaître que les dialogues et les comportements. Il n’y a pas d’analyse des actions des personnages ni de commentaires expliquant les sentiments ou les réactions. Dans ses nouvelles, Hemingway se détache totalement de son personnage.



Les nouvelles

« Trois coups de feu » présente le jeune Nick seul dans la forêt et effrayé par la nuit noire et le silence qu’il associe à la mort. On voit donc le peur qui saisit le garçon et dont il ne peut plus se défaire. Son père lui avait laissé un fusil pour le prévenir en cas de problème pendant que lui et son frère pêchaient. Donc le jeune Nick tire trois coups de fusil et le silence est rompu, ce qui le rassure instantanément.

Dans « Le village indien », le père de Nick, médecin, est appelé par les indiens pour aider une femme en difficulté à accoucher. Nick l’accompagne et voit son père faire une césarienne à la jeune femme ; aussitôt après, on trouve le mari de la jeune femme qui s’est donné la mort.

Dans « Le docteur et la femme du docteur », le père de Nick se dispute avec des Indiens à propos de bois qu’il a trouvé et dont les Indiens insinuent qu’il l’a volé. La dispute l’amène à rentrer chez lui en colère. On découvre également la mère de Nick et les relations tendues et particulières qu’elle entretient avec son mari, puis le choix qui est fait par le jeune garçon entre son père et sa mère. Si l’on se réfère à la biographie d’Hemingway, cette nouvelle semble a priori inventée de toutes pièces.

« Dix indiens » décrit à la fois les Indiens et le regard que les Blancs portent sur eux. On y voit les Indiens complètement souls en train d’errer dans les rues ainsi que les relations qu’entretenait le jeune Nick avec une des Indiennes qui était son amoureuse mais qui en avait plusieurs autres en même temps ; elle brise le cœur du jeune Nick et lui fait donc subir son premier chagrin d’amour.

Dans « Le départ des Indiens », Nick raconte comment les Indiens qui vivaient auparavant prospères dans leur village, en exploitant leur ferme et en vivant simplement, ont changé avec l’arrivée des Blancs, comment à force de voir ces derniers, l’envie de vivre comme eux leur vient et les mène à leur perte.



Ces nouvelles relèvent de l’autofiction ; l’écriture est fragmentaire et spontanée et l’auteur utilise un personnage pour faire vivre ces moments de sa vie. De plus, il y a une part de fiction assumé dans ces récits.

On voit donc dans ces nouvelles des événements de la jeunesse d’un certain Nick Adams qui semblent sans réelle importance et sans véritable sens, sans doute du fait de l’absence de commentaire ou d’analyse de ces fragments de vie. Il faut donc s’intéresser à la vie d’Hemingway pour les comprendre. On assiste par exemple en toutes petites touches à l’apparition de la mère de Nick, une femme qui reste à la maison toute la journée, qui est plus que protectrice avec son fils au point de vouloir l’empêcher de vivre. Cette représentation de la mère d’Hemingway nous montre et nous explique les relations de l’écrivain avec ses parents ; en effet, les tentatives de protection n’ont fait que l’éloigner d’elle et le rapprocher de son père, créant une grande complicité entre les deux. Complicité que l’on voit bien dans les nouvelles, car presque tous les fragments racontés mettent en scène son père.
 
Ces passages sont donc des événements assez fondateurs dans la vie d’Hemingway ; en fait ce ne sont pas les événements en eux-mêmes qui le sont mais la prise de conscience personnelle qui s’ensuit pour le jeune garçon. Dans la nouvelle « Trois coups de feu », par exemple, on voit la peur du silence, de la mort :

 

« La nuit dernière sous la tente il avait éprouvé la même peur. Celle-ci ne le prenait que la nuit. Au début, il s’agissait plutôt de l’appréhension d’une réalité que d’une peur à proprement parler. Mais cela frôlait toujours la peur et en devenait une très rapidement, une fois que ça avait commencé. Quand il se sentit vraiment pris d’angoisse, il saisit le fusil, pointa le canon dans l’ouverture de la tente et tira trois coups. Le fusil bondit méchamment. Il entendit les balles siffler à travers les arbres. Dès qu’il eut tiré, il se sentit mieux. »

 

Cette nouvelle est en lien avec la suivante, « Le village indien » où le jeune garçon va faire sa première expérience de la mort. La deuxième nouvelle finit ainsi : « Dans le petit jour de l’aube, sur le lac, assis à l’arrière du bateau où son père ramait, il se sentait tout à fait sûr de ne jamais mourir. » ; ces deux événements lui permettent de dominer sa peur de la mort, son impression qu’il ne mourra jamais est due au fait qu’il comprend que l’on peut dominer la mort – par le suicide, ce qui est d’ailleurs la façon dont Hem’ mourra. En fait Hem’ parle beaucoup du courage dans ses différents œuvres, du fait qu’il succombait facilement à la peur dans sa jeunesse en partie à cause de son imagination débordante, ce qui était pour lui une grande honte d’autant plus que son frère vouit un véritable culte au courage.

Ces nouvelles mettent également en avant les relations d’Hem’ avec les femmes, notamment avec sa mère, mais également avec le jeune Indienne qui lui brise le cœur : « J’ai le cœur brisé, se dit-il. Du moment que je me sens comme ça, c’est que j’ai le cœur brisé. » On présente souvent Hem’ comme misogyne, ce que l’on peut donc expliquer par ses relations avec les femmes dans sa jeunesse, notamment avec sa mère.

Quant aux Indiens, ils ont une place plus ou moins importante dans le recueil, plus parce qu’ils apparaissent dans presque tous les fragments mais moins parce qu’ils n’être qu’un élément secondaire du récit. Ils font des petits travaux pour les Blancs, rendent de petits services, le père de Nick les soigne, Prudence Michelle est l’amoureuse de Nick mais Hem’ expliquera plus tard que les Indiens avaient seulement fait partie du décor, dans sa vie.


Perrine, 2e année édition-librairie 2012-2013

 

 

Ernest HEMINGWAY sur LITTEXPRESS

 

hemingway001.jpg

 

 

 

 

Article d'A.J. sur Paris est une fête.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Repost 0
Published by Perrine - dans Nouvelle
commenter cet article
4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 07:00

Edith-Wharton-Le-triomphe-de-la-nuit.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Edith WHARTON

Le Triomphe de la nuit, volume 1, 1973,

Titre original

The Ghost Stories of Edith Wharton

Traduction

Florence Lévy-Paoloni

Terrain Vague, 1990

Réédition Joëlle Losfeld, 2001

 

     

 

 

 

 


Derrière l’œuvre, une auteure : Edith Wharton

 

Edith Wharton, de son nom de jeune fille Newbold Jones, naît le 24 janvier 1862 à New York. Issue d’une famille de la haute société, elle effectue dès son plus jeune âge de nombreux voyages en Europe et fait, très tôt, preuve d’une grande intelligence et d’un esprit critique à l’égard du monde doré dans lequel elle évolue. Son goût pour l’écriture est nourri par toutes ses lectures, par l’éducation qu’elle reçoit et également par les voyages. Elle se fait connaître grâce au recueil de poèmes Verses (1878). Mariée par obligation à un homme qu’elle n’aime pas, elle divorce en 1913. Son amitié avec Henry James débute autour des années 1900 : la correspondance qu’elle entretient avec l’écrivain ainsi que les conseils de ce dernier influeront sur l’œuvre d’Edith Wharton. Pour son engagement durant la Première Guerre mondiale au sein des hôpitaux, elle reçoit la Légion d’honneur. En 1921, elle remporte le prix Pulitzer pour son roman Le temps de l’innocence (1920, The Age of Innocence), devenant ainsi la première femme à recevoir ce prix dans cette catégorie. Deux ans plus tard, elle devient la première femme à recevoir un doctorat honorifique en lettres par l’Université de Yale. Sa vie, ponctuée par de nombreux succès, tels qu’Ethan Frome (1911), Le temps de l’innocence (1920) ou encore Chez les heureux du monde (1905, The House of Mirth), s’achève en France, le 11 août 1937. Elle est enterrée à Versailles au cimetière des Gonards.

 

Aujourd’hui, sa maison de Lenox, The Mount, accueille les touristes et est le théâtre de conférences, d’expositions et autres événements en rapport avec sa personne et son œuvre.

 

 

 

La préface du Triomphe de la nuit : un rôle important dans la façon d’appréhender les nouvelles.

 

« Croyez-vous aux fantômes ? » Ainsi commence la préface du recueil. Cette question nous confronte soudainement au thème prédominant des nouvelles et permet à Edith Wharton de donner son ressenti, sa vision par rapport à la question du fantôme. En effet, pour elle, il ne s’agit point de croire ou pas aux fantômes, mais plutôt de ressentir leurs présence, de laisser faire l’inconscient pour mieux appréhender le sujet. À travers les premières lignes se cache un conseil de lecture à peine dissimulé de la part de l’auteure.

 

Elle insiste ensuite sur le fait qu’il n’importe pas qu’une histoire soit vraie dès lors qu’elle en a l’air et qu’on la reçoit comme telle. « Celles qui sont bonnes témoignent d’elles-mêmes de leur appartenance au monde des esprits. » écrit-elle à ce sujet, et de cette façon, nous incite presque à penser : « Et les miennes, sont-elles bonnes ? », une fois la lecture achevée.

 

De plus, Edith Wharton donne aux lecteurs un autre conseil des plus précieux afin de mieux lire et de mieux comprendre ses nouvelles : il faut « combler les vides qu’elle laisse » par « des sensations et des divinations semblables aux siennes », autrement dit nos émotions.

 

Ses considérations l’amènent à un constat sur la société de son époque, qui est, à mon sens, plus que jamais d’actualité : les hommes rêvent de moins en moins, imaginent de moins en moins. Elle impute cela à l’émergence de nouveaux médias tels que la TSF et le cinéma.

 

À cela s’ajoute la difficulté de faire percevoir à un tiers un fantôme, en particulier à un lecteur car il faut réussir à décrire sans trop en dire. Il faut « laisser la nature faire le reste ». Elle conclut cette préface en écrivant que pour que la magie opère chez le lecteur, elle doit d’abord opérer sur l’auteur.

 

Au travers de ces lignes, Edith Wharton nous donne les clés de son recueil avec humour et intelligence et, à l’issue de la préface, il ne nous est presque plus possible de douter de la présence des esprits.

 

 

 

Une œuvre qui a ses caractéristiques : les points communs entre les nouvelles et leurs différences

 

Certaines des nouvelles de fantômes d’Edith Wharton, dont « Les yeux », sont parues sous le titre de Tales of Men and Ghosts en 1910 ; puis en 1937, deux mois après la mort de la romancière, les nouvelles du Triomphe de la nuit sont cette fois-ci parues sous le titre raccourci mais non moins évocateur de Ghosts. Il est composé de cinq nouvelles : « La cloche de la femme de chambre », « Les yeux », « Plus tard », « Kerfol », et « Le triomphe de la nuit ». Ces nouvelles, consacrées aux fantômes, mettent en avant une atmosphère oscillant entre un sentiment de réconfort apparent et une inquiétude tacite mais non moins oppressante.

 

De manière commune, chacune des nouvelles met en scène une situation plutôt paisible, rassurante, perturbée par la présence d’un esprit, le plus souvent vengeur et pour le cas de la première nouvelle,« La cloche de la femme de chambre », détenteur d’un message de prévention, d’avertissement (la cloche figurant un signal de détresse, d’alarme).

 

La fin des nouvelles nous laisse incrédules, nous poussant parfois à une relecture plus détaillée au cours de laquelle, comme dans un tour de magie, on veut saisir le « truc », le secret, la clef de l’énigme. C’est sans doute un tort que de vouloir mieux cerner, car le mystère qui subsiste est loin d’avoir un goût d’âpreté car il sied formidablement bien au style envoûtant de ces nouvelles fantastiques.

 

Cependant, les situations et la manière de témoigner du surnaturel sont différentes d’un récit à l’autre, ce qui ne fait qu’enrichir le recueil car cela le dynamise et propose forcément une nouvelle qui conviendra à chaque lecteur (si tant est qu’il soit friand du genre ou du moins, que les histoires de fantômes ne le rebutent en rien).

 

 

 

Afin d’illustrer cet exposé, j’ai choisi de résumer la dernière histoire du recueil, celle d’où il tire son nom, car c’est celle qui m’a le plus transportée.

 

Le protagoniste, George Faxon, est un homme qui arrive de Boston car il a trouvé un travail de secrétaire particulier. À la gare où personne n’est venu le chercher, il rencontre Frank Rainer, un jeune homme au physique maladif. Ce dernier se propose de l’héberger chez son oncle, un homme d’affaires riche et connu, John Lavington. Sur place, Faxon assiste à la rédaction du testament du jeune Rainer et une fois le testament signé par l’intéressé, Faxon est le seul à voir, glacé d’effroi, le double de Lavington derrière le fauteuil de ce dernier, une expression malsaine sur le visage à l’inverse de l’oncle bienveillant. Le fantôme réapparaît au cours du dîner quand l’assistance convient qu’il est plus raisonnable pour Rainer d’aller se faire soigner dans un endroit moins humide et plus approprié à une guérison. À cet instant, le fantôme a vraiment un visage maléfique. Faxon s’enfuit, soudainement effrayé par cette vision. Malgré le froid, Rainer le retrouve et sur le chemin qui les reconduit vers la maison, Faxon comprend qu’il est le seul à pouvoir protéger le jeune homme d’un sort funeste. Malheureusement, celui-ci meurt brutalement alors qu’ils avaient atteint la loge du gardien.

 

Cinq mois se sont écoulés depuis le drame et nous retrouvons Faxon en Malaisie, où il guérit lentement d’une dépression nerveuse, tentant d’oublier la tragédie qu’il a vécue. Cependant, il tombe sur un vieil article de journal dans lequel il apprend que John Lavington souhaite réinjecter des fonds dans son entreprise qui en a besoin afin de l’empêcher de péricliter. À cet instant, Faxon comprend que Lavington n’a pas pu trouver l’argent nécessaire à son projet ailleurs que dans l’héritage ô combien opportun pour lui de son neveu Rainer.

 

Dans cette nouvelle, Edith Wharton nous emmène avec brio vers les vicissitudes de la vie et vers un questionnement ininterrompu qui ne fait qu’épaissir le mystère.

 

Car tel est le génie de cette auteure hors du commun qui, par une savante construction, un jeu de miroirs et d’ombres, nous étreint le cœur d’effroi et d’émerveillement devant ces nouvelles fantastiques.

 

 

 

La citation de la fin

 

« On peut répandre la lumière de deux façon : être la bougie, ou le miroir qui la reflète ». Cette citation d’Edith Wharton met en avant la question du reflet qui est, à mon sens, à l’image du recueil qui oscille entre zones d’ombre et de lumière, entre réalité et reflet de la réalité.

 

 

Manon, 1ère année éd.-lib.

 

Sources


– La page Wikipédia de l’auteure : http://fr.wikipedia.org/wiki/Edith_Wharton

– La page Babelio de l’auteure :http://www.babelio.com/auteur/Edith-Wharton/2833

– Le site de The Mount, la maison de Lenox d’Edith Wharton : http://www.edithwharton.org/

– The Edith Wharton Society : http://public.wsu.edu/~campbelld/wharton/

 

Pour les relations entre Edith Wharton et Henry James :

 

http://www.npg.si.edu/exh/wharton/hjames.htm

 

http://www.history.com/this-day-in-history/henry-james-and-edith-wharton-begin-corresponding


 

Pour une présentation détaillée des cinq nouvelles, lire aussi la fiche de C.C.

 

 

 


 

Repost 0
Published by Manon - dans Nouvelle
commenter cet article
3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 07:00

james.jpg







Henry JAMES
Histoires de fantômes
traduit par Louise Servicen
Aubier-Flammarion, 1970
Néo, 1990
Flammarion
G.F bilingue, 1992










 

 

 

 

Henry James est né à New York en 1843, il a été naturalisé anglais à la toute fin de sa vie et est mort en 1916 à Chelsea. C'est un romancier, nouvelliste, biographe ainsi qu'un auteur de pièces de théâtre et d'articles de critique littéraire. Sa première oeuvre sur le genre fantastique s'intitule De Grey : A Romance. Elle est publiée en 1868 ; l'auteur a 25 ans. Son oeuvre la plus connue est Le Tour d'écrou, une autre histoire de fantôme parue en 1898. « Le coin plaisant » (1908) qui fait partie du recueil Histoires de fantômes est un de ses derniers écrits. En quarante ans de carrière, James a écrit entre autres une vingtaine de romans et plus de cent nouvelles. Il est considéré comme une figure majeure de la littérature anglosaxonne et un maître du roman et de la nouvelle.



« Sir Edmund Orme », 1891

La nouvelle est agréable à lire, avec du suspense ; elle suscite la réflexion sur le rôle des personnages et sur leur liens qui évoluent. L'atmosphère est étrange voire surnaturelle lorsque Sir Edmund apparaît. Mrs Marden le voit comme un mauvais présage alors que le narrateur le perçoit comme un allié et comme la possibilité de vivre une aventure hors du commun. Plusieurs interprétations sont possibles sur le rôle du fantôme ; on se questionne beaucoup sur lui tout au long de la lecture.



« Le coin plaisant », 1908

La nouvelle est plus difficile d'approche que « Sir Edmund », la réflexion est plus complexe ; à la fin de l'œuvre, le lecteur s'interroge toujours sur la nature de l'apparition que voit Spencer Bryton dans la maison du Coin plaisant. Il s'agit de savoir si le personnage a véritablement vu un fanntôme ou si cette apparition n'est présente que dans son esprit.

Le style d'écriture rend aussi cette nouvelle plus complexe, le vocabulaire est plus recherché et certaines phrases sont très longues, ce qui oblige parfois le lecteur s'il n'est pas tout à fait concentré à reprendre ces lignes « interminables » depuis le début pour mieux en saisir le sens ou l'idée.

Cette nouvelle, à travers le personnage de Spencer, fait notamment le lien avec la jeunesse de James, partagée entre les voyages en Europe et en Amérique.



Le genre fantastique dans les nouvelles

La plupart des sujets traités par James renvoient aux conflits de cultures (entre ancien et nouveau monde ) ; en cause peut-être sa propre expérience de vie qui est marquée par les voyages entre les continents européen et américain, ainsi que les conflits de personnalités. Certaines de ses histoires de fantômes semblent relever du récit fantastique, selon la façon dont les lecteurs ou les personnages perçoivent ces apparitions fantastiques. En effet, le point de vue du personnage laisse parfois le lecteur tiraillé entre l'envie de trouver ces apparitions extraordinaires et fantastiques ou celle de les considérer comme des événements qui pimentent leur quotidien mais qui n'ont pas de grande influence.

C'est ce que l'on peut ressentir en lisant la nouvelle « Sir Edmund Orme » où l'apparition de ce « spectre tranquille » et la quasi-absence de réaction du narrateur à cette vue laissent le lecteur dans la perplexité. Le spectre est simplement là un instant et disparaît aussitôt.

Cependant le lecteur se voit tout de suite plongé dans le désir de savoir qui est cet homme revenu de l'au-delà. Une fois ces révélations faites par le personnage de Mrs Marden au narrateur, le lecteur s’interroge sur la raison de l'apparition de ce spectre. Une quantité de questions se posent : pourquoi Sir Edmund resurgit-il du passé de Mrs Marden seulement après la mort de son mari ? Pourquoi hante-t-il Charlotte plutôt que sa mère ? La véritable question étant de savoir si, dans cette nouvelle, le côté fantastique ne réside pas moins dans l'apparition du spectre que dans l’interrogation sur la signification de cette apparition qui pousse le lecteur à se plonger dans le monde de l'étrange et de l'imaginaire. Celui-ci est confronté à un narrateur-personnage, ce qui laisse beaucoup de place à l'hésitation face à ces événements ; on a envie de le croire.



Dans la nouvelle « Le Coin plaisant », les côtés mystérieux, surnaturel et un peu effrayant sont selon moi plus importants que dans la première nouvelle. En effet, ce double de Spencer, qui n'a jamais réellement vécu, aurait une « vie spectrale », caché dans la maison hantée de leurs ancêtres. On peut expliquer la présence du fantôme dans cette maison par l’histoire du protagoniste qui y a passé toute son enfance et commencé à se construire avant de faire un choix de vie qui l’a probablement transformé.

Ce double est d'abord vu comme une proie par le narrateur – « l'arrière de la maison lui semblait souvent la véritable jungle que hantait sa proie » – mais au fil de la nouvelle il se transforme en un réel danger :


« il constatait qu'il était décidément suivi, traqué à une distance calculée avec soin; et ce, dans l'intention expresse de lui faire perdre l'idée confiante et arrogante qu'il était, simplement, le poursuivant. »

 

En effet, cette apparition est-elle à l'origine de l'accident de Spencer à la fin de la nouvelle ? Pourquoi lui manque-t-il des doigts ? Est-ce une preuve de sa nature violente, de la « vie » dangereuse et peut être peu recommandable que Spencer aurait dû connaître s'il était resté aux États-Unis ?

Cette œuvre est plus angoissante que la précédente ; le lecteur est à l'intérieur de la maison le soir avec Spencer et ils traquent ensemble un être invisible à qui l'on peut prêter toutes sortes de traits de caractère. La narration à la première personne ne permet guère de prendre du recul. De surcroît, le spectre reste totalement invisible au yeux du narrateur jusqu’au dernier chapitre de la nouvelle. Et lorsque le contact visuel est enfin établi entre le narrateur et le spectre, celui-ci est décrit comme « une brute affreuse »

Comme dans l'autre nouvelle, le côté fantastique ne vient pas ici de l'apparition en elle-même mais de sa perception par le personnage et de la mise à contribution de l'imagination du lecteur.



Le rôle des apparitions

Dans ces deux nouvelles, on trouve une histoire d'amour croisée avec l’apparition d'un fantôme. Celui-ci serait pour l'un des personnages une sorte de révélateur d'identité.

Miss Marden ne doit pas faire la même erreur que sa mère en brisant le coeur d'un de ses courtisans. Le fantôme de Sir Edmund ne disparaîtra que si elle accepte de reconnaître l'amour qu'elle porte au narrateur. Il s'agit du moins de la théorie de Mrs Marden : « Je crois que tout cela passera, si seulement elle vous aime... ».

Le narrateur est assuré de ses sentiments pour Charlotte car il est le seul des prétendants de la jeune femme à voir le spectre qui la hante. Miss Marden découvre les sentiments qu'elle éprouve pour le narrateur en voyant elle aussi ce fantôme.


Dans la seconde nouvelle, Spencer Bryton est à la recherche de sa vraie personnalité après avoir vécu trente ans en Europe. Il se questionne alors sur la personne qu'il aurait pu devenir s'il il avait continué sa vie new-yorkaise. Ce n'est qu'après avoir répondu à cette question, après avoir affronté cet autre lui-même, qu'il pourra vivre pleinement sa relation avec Miss Staverton.


Chloé, 1ère année bibliothèques 2012-2013

 

 

Mes sources : Wikipédia, la préface de l'oeuvre, la fiche de Fany.

 

 

Henry JAMES sur LITTEXPRESS

 

james.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 Article de Fany sur Sir Edmund Orme

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Repost 0
Published by Chloé - dans Nouvelle
commenter cet article

Recherche

Archives