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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 07:00

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Edgar Allan POE
Le Chat noir
in Nouvelles histoires extraordinaires
traduction de
Charles Baudelaire
Le livre de Poche, 1972
Coll. Classiques

 
 
 

 

 

 

 

 



Edgar Allan Poe (1809-1849) est un écrivain américain. Il est aussi poète, romancier, nouvelliste, critique littéraire, dramaturge et éditeur américain. Il est vu comme celui qui a donné à la nouvelle ses lettres de noblesse et il est considéré comme l’inventeur du roman policier. Nombre de ses récits préfigurent les genres de la science-fiction et du fantastique. Mais plus qu’un auteur, c’est également toute une légende noire qui se construit autour de cet homme au génie prolifique mais torturé, à la vie courte et sombre, dont la mort aux causes inconnues ne fera que jeter un voile supplémentaire sur le mystère entourant sa vie et son personnage.



Écrit en 1843, « Le chat noir » est un conte parmi la centaine qu’écrira Edgar Poe en quarante ans de vie. Cette nouvelle est traduite et révélée en France par Charles Baudelaire. C’est lui qui traduit et rassemble les Histoires extraordinaires (1956) et un an plus tard les Nouvelles Histoires extraordinaires (1857) parmi lesquelles figure « Le chat noir ».

 

« Relativement à la très étrange et pourtant très familière histoire que je vais coucher par écrit, je n’attends ni ne sollicite la créance. Vraiment je serais fou de m’y attendre dans un cas où mes sens eux-mêmes rejettent leur propre témoignage. […] Mais demain je meurs, et aujourd’hui je voudrais décharger mon âme. »

 

C’est ainsi que « Le chat noir » est introduit par le personnage principal qui est aussi le narrateur. Cet homme, dont nous ne savons rien, ni le nom ni la nationalité, demande notre attention. Son but : nous raconter son histoire. Cet homme a une passion, les animaux. Depuis sa tendre enfance il en a toujours possédé et lorsqu’il se marie il partage avec sa femme cette affection pour les favoris. A eux deux ils s’occupent d’une foule d’animaux dont un chat noir : Pluton.

Ce chat est le favori du narrateur, il le suit absolument partout. Mais rapidement dans le récit ce chat va devenir la première victime d’un maître mauvais qui sombre peu à peu dans l’alcool et la violence. On assiste à une véritable descente aux enfers du personnage principal qui tombe dans un état de plus en plus sombre pour atteindre l’état de la froide folie meurtrière.

Mais tuer un chat noir n’est pas sans conséquence et très vite des événements proches de l’inexplicable vont émerger dans la vie du meurtrier. Et ce n’est pas l’adoption d’un second chat noir qui va arranger les choses.

Reste à savoir qui de l’homme ou de l’animal va sombrer le premier. Une chose est sûre, la mort n’est pas très loin…



On trouve dans « Le chat noir » quatre éléments récurrents des contes d’Edgar Allan Poe.

Dans ce conte d’une dizaine de page on trouve un style serré et condensé que Charles Baudelaire décrit bien :

 

« […] généralement Edgar Poe supprime les accessoires, ou du moins ne leur donne qu’une valeur très minime. Grâce à cette sobriété cruelle, l’idée génératrice se fait mieux voir et le sujet se découpe ardemment sur ces fonds nus. »

 

Dans « Le chat noir » le narrateur s’évertue dès le début à nous relater des faits qu’il veut rationnels. Cet esprit de logique va lui permettre de se justifier tout au long du récit. Il fait appel à des souvenirs précis, des paroles de sa femme, des témoins, etc.

Le personnage principal semble vouloir se battre pour exposer une version non fantastique des faits et en même temps il évoque les démons « intempérance » et « perversité » qui se sont emparés de lui et sont responsables de son mauvais comportement. Tandis qu’il vante son objectivité, le narrateur cherche à tout prix à se dédouaner de ses actes et de ses meurtres en accusant notamment le chat noir qui est la source de tous ses mots et qu’il associe à un animal du diable.

À travers cet esprit de logique et le discours du personnage on perçoit bien la dualité d’être et de conscience de l’homme. Et la notion de double est particulièrement récurrente dans les contes de Poe. Le double, cet autre lui-même qui le saisit et le conduit au meurtre. Le double permet de se déculpabiliser, mais le double est le meurtrier, celui qui crée des abominations. Dans le cas du chat noir, le narrateur tente de charger l’animal des fautes et des crimes qu’il commet. Il semble vouloir y mettre et cacher la partie sombre de lui-même, celle qu’il n’assume pas et qu’il ne peut regarder en face.

La mort enfin est omniprésente dans cette nouvelle. Encore un trait récurrent chez Poe. La mort et la terreur viscérale font partie du conte et si à la fin de presque tous les contes d’Edgar Poe la mort n’est qu’imminente, c’est à sa porte que le récit se clôt.


Marie, 1ère année bibliothèques 2012-2013


Un ouvrage pour en savoir plus sur le personnage d’Edgar Allan Poe : MARLOWE, Stephen. Octobre solitaire. Paris : éd. Michalon, 1997.

 

 

Edgar POE sur LITTEXPRESS

 

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 Articles de Marion et d'Inès sur les nouvelles policières de Poe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Articles de Gabriel et de de Laurie sur Histoires extraordinaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 07:00

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Edgar Allan POE
Histoires extraordinaires
traduction de Charles Baudelaire
Le livre de poche
Collection Les Classiques de Poche, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

Les Histoires extraordinaires, une œuvre, deux écrivains

Edgar Allan Poe est unes des principales figures de la littérature américaine du XIXe siècle ; il est à la fois poète, dramaturge, romancier, nouvelliste, éditeur et critique littéraire. Né en 1809 à Boston et mort en 1849 à Baltimore, il fut une figure de proue du romantisme américain. Il ne fut pas seulement connu aux États-Unis mais également en France, notamment à travers les traductions de ses œuvres en français par le célèbre poète et critique d’art Charles Baudelaire qui publia trois recueils de ses nouvelles. L’œuvre d’Edgar Poe se caractérise par une présence de thèmes majeurs que sont le mystère et la mort. Surtout connu pour ses nouvelles, il met en place une théorie nommé « théorie de l’effet », qui consiste à concentrer toute l’action et toute l’intensité du récit dans des textes souvent très courts.

Histoires Extraordinaires est le premier recueil de nouvelles d’Edgar Poe traduit par Baudelaire en 1856, juste avant Nouvelles Histoires extraordinaires (1857), et Nouvelles Grotesques et Serieuses (1865). Il faut savoir que pour ces recueils c’est Baudelaire qui a réuni les nouvelles et non pas Poe. De plus il faut également souligner que personne n’a retraduit ces nouvelles après Baudelaire , en revanche, les poèmes ont été traduits par Stéphane Mallarmé.



Des histoires qui dépassent l’entendement et vont au-delà de l’ordinaire

Les nouvelles présentes dans ce recueil ne sont pas présentées dans l’ordre chronologique de leur apparition, mais par thème. Ces thèmes sont très variés : on peut notamment découvrir des enquêtes menées par un gentilhomme à la capacité d’analyse hors du commun dans « Double assassinat dans la rue Morgue » et « La Lettre volée » ; pour ces nouvelles, Poe sera considéré comme l’inventeur du genre policier et inspirera de nombreux écrivains tels que Arthur Conan Doyle ou encore Gaston Leroux.

Poe aborde la cryptographie dans « Le scarabée d’or » où l’on assiste à une chasse au trésor sous le signe de l’énigme qui inspirera des romanciers d’aventures tels que Stevenson.

Les récits de voyages ont une place assez importante dans le recueil ; ces récits sont divisés en deux catégories : les voyages aériens tel que « Le canard au ballon » et « Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaal », mais également les voyages marins comme « Manuscrit trouvé dans une bouteille »et « Une descente dans le Maelström ».

Poe s’intéresse énormément aux sciences occultes et dans deux nouvelles présente une pratique pseudo-médicale qui fut considérée comme une véritable science au XIXe siècle, il s’agit du magnétisme animal, évoqué dans les nouvelles « La vérité sur le cas de Monsieur Valdemar »et « Révélation magnétique ».

Dans« Les souvenirs de M. Auguste Bedloe », Poe aborde un thème assez mystérieux, celui de la transmigration de l’âme ou métempsychose par l’utilisation de drogues psychotropes telles que l’opium.

Enfin le dernier thème abordé est celui de l’horreur qui fait intervenir des éléments surnaturels dans une atmosphère sombre, pesante ; la mort et l’ombre se côtoient dans un climat là encore très mystérieux que l’on trouve dans les nouvelles « Morella » et « Ligeia » où figure également le thème de la passion amoureuse. Et dans la nouvelle « Metzengerstein », Poe s’inspire du roman gothique afin de mettre en scène une fresque historique où les personnages rongés par la haine vont assister à des événements surnaturels.

Mais il existe un thème qui englobe absolument toutes les nouvelles de ce recueil : le mystère qui justifie le titre du recueil attribué par Baudelaire, et qui renforce le caractère « extraordinaire » de ces treize histoires.



« Ligeia », une nouvelle terrifiante, un poème noir, une histoire extraordinaire.

Parmi les treize nouvelles présentes dans ce recueil, ma préférée est de loin « Ligeia », l’avant-dernière, elle fait partie du genre littéraire de l’horreur par son atmosphère à la fois mystérieuse, sombre et inquiétante à laquelle l’auteur ajoute un caractère poétique.

Cette nouvelle se présente sous la forme d’un souvenir qu’un narrateur dont on ne connaît pas l’identité écrit. Dans ce texte il raconte une passion amoureuse qu’il a vécue avec une femme nommée Ligeia. Elle a tout d’une femme parfaite, elle est intelligente et extrêmement belle, elle possède une longue chevelure noire bouclée et des yeux noirs fendus ; cette beauté est si intense qu’elle lui donne un caractère mystérieux.

Mais au bout d’un certain temps, Ligeia meurt, laissant son mari le narrateur seul dans des tourments indicibles qu’il ne peut soulager que par la prise d’opium qui lui rappelle sa défunte épouse qu’il adulait comme une déesse. Peu de temps après, le narrateur achète une demeure, une étrange et sombre abbaye dans laquelle il épouse une autre femme : Lady Rowena. On sait peu de choses sur elle hormis qu’elle est blonde aux yeux clairs, mais elle est délaissée par son mari opiomane qui ne cesse de se morfondre dans les souvenirs de Ligeia. En plus de l’attitude de son mari, lady Rowena doit faire face à l’atmosphère très inquiétante de la demeure, en particulier la chambre nuptiale qui ressemble à un véritable tombeau. Ce climat d’angoisse va finir par affecter lady Rowena qui meurt à son tour.

Mais un soir, alors que son mari la veille, son cadavre est pris de convulsions et oscille toute la nuit entre résurrection et mort. Le narrateur essaye de la maintenir en vie comme il peut mais le cadavre de lady Rowena se dresse devant lui recouvert d’un suaire noir. Il remarque alors un léger changement dans ce corps, la défunte enlève le suaire qui la recouvre, et de longs cheveux noirs apparaissent ; le narrateur reconnaît alors sa chère et tendre Ligeia.

Ce texte est pour moi le meilleur du recueil. Tout d’abord parce qu’il mêle plusieurs registres : lyrique et fantastique, principalement. J’ai également trouvé que dans ce texte l’image de la femme est non seulement centrale mais également très positive notamment chez le personnage de Ligeia qui n’est pas seulement belle mais également très intelligente et qui est véritablement divinisée par le narrateur. Ce qui m’a également frappé c’est l’esthétique du récit qui plonge le lecteur dans une atmosphère sombre et inquiétante mêlée à des événements surnaturels, ce qui est caractéristique du genre de l’horreur. Le passage que j’ai d’ailleurs le plus apprécié est la description de la sombre et inquiétante chambre nuptiale où le narrateur et lady Rowena dorment, notamment lorsque le narrateur évoque des formes étranges dans la pièce :

 

« Pour une personne qui entrait dans le chambre elles [les formes] avaient l’air de simples monstruosités ; mais, à mesure qu’on avançait, ce caractère disparaissait graduellement, et, pas à pas, le visiteur changeant de place se voyait entouré d’une procession continue de formes affreuses, comme celles qui sont nées de la superstition du Nord, ou celles qui se dressent dans le sommeil coupable des moines. L’effet fantasmagorique était grandement accru par l’introduction artificielle d’un fort courant d’air continu derrière la tenture, qui donnait au tout une hideuse et inquiétante animation ».

 

 

Gabriel, 1ère année bibliothèques 2012-2013

 

 

 

Edgar POE sur LITTEXPRESS

 

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 Article de Marion et d'Inès sur les nouvelles policières de Poe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Laurie sur Histoires extraordinaires.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 07:00

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Edgar POE
Histoires extraordinaires
Traduites et réunies
par Charles Baudelaire
en 1856














edgar-poe.jpgBiographie

Edgar Allan Poe, poète et conteur, est né en 1809 à Boston de parents comédiens. À l’âge de trois ans, il devient orphelin et trouve refuge chez différentes personnes de son entourage, notamment chez une tante et une cousine avec laquelle il se marie. Il commence à écrire quelques contes (le premier étant « Manuscrit trouvé dans une bouteille » en 1833) et part s’installer à New York avec sa nouvelle femme et sa tante, après avoir abandonné l’armée dans laquelle il s’était engagé. Très pauvre, il espère avoir une carrière littéraire réussie et obtient le succès avec son poème Le Corbeau en 1845. Suite à la mort de sa femme, il se met à boire. N’ayant pas trouvé à nouveau le grand amour, il continue à écrire et meurt en 1849 d’une mort mystérieuse digne d’un de ses personnages.



Son œuvre et son style d’écriture

Le recueil Histoires extraordinaires a été composé en France par Charles Baudelaire qui qualifie Edgar Poe de « génie fraternel ». Il est constituée de treize nouvelles. Même si l’auteur s’est fait remarquer par ses poèmes, il excelle tout particulièrement dans le genre narratif. En effet, il est à l’origine du roman policier qui inspira entre autres Arthur Conan Doyle avec son Sherlock Holmes et Agatha Christie.

Doté d’une grande imagination et héritier du gothique anglais, il est aussi l’un des précurseurs de la science-fiction. Il instaure parfois une atmosphère paranormale aux allures sombres et inquiétantes.



 « Double assassinat dans la rue Morgue » (1841) et « La lettre volée » (1844)

Dans ces deux nouvelles, on peut voir les mêmes personnages apparaître. Le détective renommé Dupin est toujours présent, accompagné de son camarade le narrateur dont le nom n’est pas mentionné. De plus, les histoires se déroulent en plein centre de Paris car Edgar Poe pense que c’est le milieu le plus approprié aux meurtres et histoires glauques.

La police parisienne entre aussi en jeu mais pas avec une bonne réputation : Poe laisse entendre qu’elle n’excelle pas dans son métier. Bien qu’elle soit très perspicace, elle n’est, pour lui, pas trop capable de résoudre les mystères un peu trop étranges. Le commissaire chargé de l’affaire est donc obligé de faire appel à ce détective Dupin à qui il ne faut pas beaucoup de temps pour résoudre quoi que ce soit. Très intelligent et malin, il ne met que quelques minutes pour élucider des mystères qui semblent extrêmement compliqués pour nous lecteur comme pour la police. C’est à ce jeu que joue Edgar Poe qui souhaite en réalité laisser planer le mystère jusqu’au bout pour provoquer un grand étonnement seulement à la fin de l’histoire.

Par exemple, dans « La Lettre volée », l’histoire semble étrange… Une lettre disparue dans le ministère reste introuvable pour la police. En effet, ayant fouillé tous les coins et recoins de tout l’établissement, elle ne parvient pas à mettre la main dessus. Lorsque le détective se mêle de l’affaire, il étonne le commissaire lui-même. Il lui fait un discours qui le laisse sans voix pour au final lui faire comprendre que trouver la lettre est chose très facile. À quoi bon chercher loin ?

De même pour « Double assassinat dans la rue Morgue » ; personne ne comprend qui est à l’origine du meurtre de la jeune femme et de la vieille dame sachant que la maison était entièrement close lors des faits et que les témoignages des gens proches du lieu du crime sont tous différents… Qui est le meurtrier ?



« Le scarabée d’or » (1843) et « Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfall » (1839)

Même si Edgar Allan Poe plonge la plupart de ses histoires dans une atmosphère sombre et frissonnante, il écrit aussi des nouvelles différentes, plus fantastiques et plus joyeuses.

Il n’y a pas de personnage commun aux deux histoires. L’auteur choisit des univers et des contextes entièrement différents dans chacune de ses nouvelles.

Dans « Le scarabée d’or », le personnage principal est William Legrand qui décide de quitter la Nouvelle Orléans pour s’installer sur l’île Sullivan. Le narrateur est un de ses amis qui vient lui rendre visite. C’est alors qu’il découvre que William, son ami, sombre petit à petit dans la folie suite à une découverte : un scarabée d’or. Persuadé de trouver un trésor sur cette île, il entraîne son ami et son serviteur à sa recherche…

Dans « Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfall », Edgar Poe met en scène un homme qui laisse sa femme pour partir tout seul dans l’espace avec une de ses inventions élaborée pendant des années : un ballon auquel il a accroché une nacelle équipée de réserves pour vivre jusqu’à la fin de ses jours. Le lecteur suivra tout son voyage, ainsi que les émotions du voyageur. Hans Pfall souhaite atteindre la Lune à bord d’une nacelle. Seulement son voyage ne se présente pas comme aussi simple qu’il l’avait prévu et le voilà face à des événements complètement inattendus.


Toutes les nouvelles d’Edgar Allan Poe sont donc représentatives de son style d’écriture. Le paranormal qui revient souvent et l’ambiance fantastique ou sombre et obscure suivant les nouvelles créent chez le lecteur un malaise qui le pousse quand même à lire l’histoire jusqu’à la fin pour découvrir le dénouement. L’auteur s’y prend bien pour ménager le suspens jusqu’aux dernières pages et parvient excellemment à imaginer une chute inattendue…


Laurie, 1ère année édition-librairie 2012-2013

 

 

Edgar POE sur LITTEXPRESS

 

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 Articles de Marion et d'Inès sur les nouvelles policières de Poe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 07:00

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Bonnie Jo CAMPBELL

American Salvage

Traduit de l'américain

par Françoise Smith

 éditions de l'Atelier In8, 2012

 

 

 

 


 

 

« Dans le cauchemar qui ne cesse de la réveiller, elle entre dans la chambre d’une inconnue, sa propre chambre en réalité, où son corps attend, allongé dans la nuit. »

 

 

 


Quatre nouvelles. Noires, puissantes, séduisantes et effrayantes sont des mots que l’on pourrait utiliser pour les décrire. Mais serait-ce suffisant ? Il faut croire que non...

 

Bonnie Jo Campbell nous livre ici un panorama de la vie américaine : la pauvreté, la misère, la drogue et, parfois, l’amour. Ces sujets peuvent vous paraître banals, l’écriture, elle, ne l’est pas. En un subtil mélange de sentiments contradictoires, l’auteur nous révèle son art pour écrire des histoires qui ne laisseront personne indifférent. Parce que de l’amour à la haine, il n’y a qu’un pas ; et, de l’ombre à la lumière, qu’une simple question de choix. Choisir entre l’amour et l’alcool, entre la drogue et une vie de famille rêvée, entre la solitude et ses responsabilités. Décrire ce recueil est difficile car il faut essayer d’oublier sa lecture, d’oublier ces histoires qui restent dans votre esprit et, sans trop vous en dire, vous donner l’envie de tenter l’aventure.

 

 

 

« L’intruse », la première nouvelle du recueil, nous emmène dans un univers de drogues. Des trafiquants sont entrés par effraction dans une maison avec, comme seul bagage, une jeune fille. Utilisée par eux, tour à tour, de toutes les manières possibles, elle finit par se cacher dans une penderie en attendant qu’ils partent. Durant quelques jours, elle rangera, nettoiera, changera les meubles de place. Elle s’inventera une famille qui la chérisse et la protège. Elle se créera un nid douillet, constitué de coussins et de couvertures. Un endroit où elle se sent en sécurité pendant quelques instants. Mais la définition même du rêve est qu’il est éphémère, les propriétaires rentrent dans la maison et elle doit s’enfuir, se laisser dériver dans une ville sans nom. Une autre jeune fille découvrira le nid de l’autre dans sa chambre, et retrouvera son matelas disparu dans le jardin. Taché, de sang et de sperme mélangés.

 

Crue, cette nouvelle nous dévoile amèrement les illusions perdues d’une jeune enfant en quête d’amour. Abandonnée de tous, utilisée par les hommes, elle a pour seuls moments de calme et de bonheur les rêves qu’elle se crée. Une écriture stupéfiante qui nous rappelle que la vraie vie prend toujours le dessus sur les rêves.

 

 

Dans « L’inventeur, 1972 », un homme percute une jeune fille par un temps de fort brouillard. Blessée à la jambe, elle est sonnée et ne peut plus marcher. L’homme cherche alors du secours mais son aspect répugnant fait s’éloigner les automobilistes. Après moult recherches, il parvient à appeler une ambulance. En l’attendant, il observe la jeune fille. Elle lui rappelle un ami, mort à cause d’une invention mal réglée. La jeune fille trouve l’homme horrible mais un tatouage sur sa main lui rappelle son oncle, mort avant même qu’elle puisse le connaître, dont elle a hérité la chevelure noire. Les deux vont se détailler, s’ausculter, deux être que tout oppose : la beauté et la laideur, la santé et la maladie, et qui pourtant, sont liés par le souvenir d’un être perdu.

 

C’est l’histoire des liens qui unissent des personnes inconnus, ce moment infime où les différences disparaissent pour laisser place à un sentiment nouveau. Connivence ? Respect ? Peut-être les deux à la fois. Les deux personnages discutent sans mots, apprennent à se connaître sans rien dire. Le regard n’est-il pas un langage universel ou bien n’est-ce que le fantôme d’un homme qui plane sur eux deux et les rend intimes ? Le passé possède un immense pouvoir : il construit notre identité, parfois il nous hante, mais il est aussi un créateur de liens entre des personnes. Le chasseur et la jeune fille sont liés par leur passé : le premier, en se culpabilisant de la mort d’un ami et de son visage défiguré ; la deuxième, en aimant et admirant un oncle qu’elle n’a jamais connu. Un seul et même homme dans l’esprit de deux personnes égarées.

 

 

« Ramener Belle au bercail » est la nouvelle la plus sentimentale. Car elle parle plus directement de l’amour. Ce qui lie Thomssen et Belle est platonique et destructeur. Une relation indéfinissable tant leur amour est proche de la haine. Leur histoire a commencé lorsque Belle a emménagé dans la même rue que Thomssen. Après que son père avait fini de la battre, le jeune homme se glissait chez elle et lui faisait l’amour. Fou amoureux, il a passé sa vie à l’attendre, à vouloir la protéger sans jamais réussir à le faire. Après quelques disparitions, Belle est toujours revenue. Mais comment construire une vie, un foyer avec une personne qui ne cesse de s’enfuir ? Provocatrice, elle sait l’amour que lui porte son homme. Elle en use, en profite. Elle sait qu’il sera toujours là, à l’attendre, dans un bar. Mais tout n’est pas si rose, car lorsque Belle revient cette fois-là, elle ne se contente pas de jouer avec Thomssen, elle le fait craquer en lui avouant qu’elle a couché avec son fils…

 

La passion pousse les personnages au bord du précipice, les limites sont floues et ils ne cessent de les franchir. Cette nouvelle est ma préférée du recueil car elle décrit avec finesse et qualité toutes les contradictions de la vie : aimer quelqu’un et le haïr en même temps ; chérir les bons moments même si on sait qu’ils seront de courte durée, même si on a conscience que la personne ne restera pas. C’est faire des choix et les assumer : Thomssen préfère souffrir toute sa vie de l’absence de Belle plutôt que vivre sans jamais la revoir, rester au même endroit patiemment plutôt que partir et la manquer.

 

 

La dernière nouvelle, « Odeur de verrat », raconte un étrange achat : Jill, suite à une annonce, souhaite acheter un porc. Mariée à Ernie, un céréalier, elle veut agrandir leur exploitation. Mais, une fois arrivée au lieu de rendez-vous, Jill se retrouve face à une famille d’un ancien temps : des personnes malades, des enfants qui savent à peine parler. Elle  frissonne et se demande si elle n’a pas fait une erreur en venant là… De plus, le verrat est à moitié mort. Mais Jill est têtue, elle le ramène quand même à la ferme. Pendant le trajet, elle repense à sa vie. À ce que va dire son mari quand il verra l’argent qu’elle a jeté par les fenêtres.

 

C’est l’envie de réussir, coûte que coûte. De prouver aux autres, mais surtout à soi, que l’on est capable d’arriver à faire quelque chose de sa vie. Jill veut gagner plus d’argent, montrer à ses parents que son choix de vie n’est pas qu’une passade, que ce n’est pas une stupide lubie de jeune femme. Elle veut être maîtresse de sa vie et accomplir tout ce qu’elle souhaite, se donner les moyens de réaliser ses rêves.

 

 

 

 

American Salvage est un recueil noir, à la fois corsé et délicat. Les vies des personnages nous touchent, sans même chercher à savoir pourquoi. L’écriture de Bonnie Jo Campbell est déchirante, elle est la reine dans l’art de concilier des sentiments contradictoires. Au fur et à mesure de la lecture, on se sent comme aspiré par les pages, on tombe littéralement dans la beauté pure des mots : même si c’est cru, même si c’est triste, on se sent bien parce que ce livre est définitivement un bon livre.

 

 

La couverture

 

J’ai beaucoup aimé la couverture. Le jeu sur le noir et blanc pour le titre est important car il révèle toute l’atmosphère du livre : il n’y a pas de demi-mesure, pas de « gris », pas d’entre-deux. Ce sont des vies qui sont poussées à l’extrême. Ensuite, le visage est composé de trois modèles différents pour chaque partie. Cela met en avant la complexité des personnages du livre, les différentes personnalités qui se côtoient, s’aiment ou se battent. Je trouve que la couverture est attirante, qu’il y a un réel travail de création pour mettre en avant toutes les qualités du texte.

 

 

 

Étude d’un extrait

 

« Il la regarde dans les yeux pour jauger combien elle le déteste. Elle soutient son regard, le prend pour ligne de mire mais le chasseur ne décèle pas la moindre haine chez elle. Sans bouger un muscle, la fille l’attire à lui, l’empoigne du regard. L’empoigne, l’agrippe, l’aborde comme un canot de sauvetage et se cramponne au bastingage. Difficile de reprendre son souffle alors qu’elle ne le lâche pas des yeux. » L’inventeur, 1972.

 

 

Une lecture simple, facile. L’auteur fait beaucoup de descriptions et crée une atmosphère nerveuse. C’est-à-dire qu’on ressent la tension entre les personnages, on comprend ce qui est en train de se jouer sans qu’ils se parlent. Il y a une sorte de jeu avec les comparaisons, des amplifications qui donnent toute sa puissance au style de l’auteur. Elle joue avec les figures de style pour mettre en avant les sentiments des personnages. Dans cet extrait, on sent l’orage entre les deux personnages, une sorte de nuage noir au-dessus de leur tête pendant qu’ils se regardent. Lui, parce qu’il se sent coupable, et elle, parce qu’elle essaie de lui en vouloir mais de refouler sa peur aussi. On sent que quelque chose est en train de se créer entre eux, quelque chose de profond qui les dépasse. Sans dialogues, Bonnie Jo Campbell arrive à faire communiquer les personnages entre eux et à nous le faire comprendre. C’est ce qui m’a beaucoup plu dans ce livre. Tout nous semble clair, limpide sans que l’on ait beaucoup d’explications. Mais les personnages sont esquissés, nous avons quelques indications physiques et au fur et à mesure de la nouvelle, nous connaissons leurs pensées, leurs sentiments. Tout cela avec une ambiance noire, pleine de tension, de relations complexes. Une écriture qui nous prend aux tripes et des personnages qu’on n’est pas près d’oublier…

 

 

 

Petit mot sur l’éditeur

 

Les  éditions de l’Atelier In8 se trouvent à Serres-Morlaàs (64). Spécialisée dans les fictions courtes, elles publient différentes genres : français ou étranger, humoristique ou noir, érotique ou beau livre… Créé en 2005, cette maison d’édition a la volonté de mettre en avant un genre peu reconnu avec des auteurs réputés (Marc Villard, Jean-Bernard Pouy…) et de nouveaux talents (Mouloud Akkouche, Magali Duru…). Aujourd’hui, pour mettre en avant son catalogue et promouvoir le genre de la nouvelle, l’Atelier In8 a créé une exposition à destination des bibliothèques :  la Boîte à nouvelles. Cette exposition retrace l’histoire de la nouvelle, mélange différents supports (papier et numérique) pour apprendre de façon ludique.

 

http://editions.atelier-in8.com/

L’auteur : http://www.bonniejocampbell.com/about.html

 

 

Margaux, 2e année éd-lib 2012-2013

 


 

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 07:00

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Honoré DE BALZAC
Le Chef-d’œuvre inconnu

Alfred DE MUSSET
Le Fils du Titien

Théophile GAUTIER
La Toison d’or

Gallimard
Collection La bibliothèque Gallimard, 2006



 

 

 

 

 

Introduction générale

Gallimard nous présente un recueil de nouvelles composées par trois auteurs de renom qui ont marqué considérablement de leur empreinte littéraire le XIXème siècle. Honoré de Balzac, Alfred de Musset et Théophile Gautier nous plongent dans le monde mystérieux et onirique des peintres et de leurs modèles. Oscillant souvent entre réalité et fiction, la relation qu’entretiennent les peintres avec l’art a un impact considérable sur leur vie et celle de leurs modèles qui sont la clé de leur réussite. Ces trois nouvelles nous plongent dans le rapport complexe qu’entretiennent les artistes avec monde qui les entoure.



Résumé des nouvelles du recueil

Honoré DE BALZAC, Le Chef-d’œuvre inconnu

Nicolas Poussin, jeune peintre ambitieux et inconnu, se rend au domicile du peintre Porbus, élève de Frenhofer, peintre perfectionniste et admiré. Frenhofer tente d'inculquer quelques notions à son élève, lui expliquant comment donner de la vie à la toile que Porbus vient de finir. Grâce à l’intervention de Frenhofer, le tableau prend tout à coup une autre dimension et s’éveille sous les touches de peinture successives. Toutefois, Frenhofer se révèle être un personnage insondable, à la frontière de deux mondes, celui du réel et celui de l’utopie. Le jeune peintre offre la femme qu’il aime, Gillette, aux regards de Frenhofer afin que celui-ci puisse terminer sa toile, son chef-d’œuvre sur lequel dix ans de travail s’accumulent, afin de pouvoir accéder à la perfection absolue. Porbus et Poussin, enfin devant la toile du maître, se retrouvent face à une couche de peinture où l’on peut seulement distinguer un pied sorti du coin du tableau. La réaction des jeunes peintres va pousser Frenhofer au désespoir et il met fin à ses jours après avoir brûlé sa toile, son chef-d’œuvre.


Alfred DE MUSSET, Le fils du Titien

Pomponio Filippo Vecellio, dit le Tizianello, est le second fils du Titien. En opposition avec le monde de la peinture, il mène une vie de débauche, perdant son héritage aux jeux de hasard et profitant de la vie comme elle vient. Un matin à l’aube, une servante lui apporte un coffre qui bouleverse sa vie. Le message que contient ce coffre est un avertissement et une véritable remise en question pour le protagoniste. Suivant ces conseils, le fils du Titien mène une quête afin de trouver le généreux donateur du coffre. Elle le conduit à Béatrice Loredano, une des plus belles femmes que compte Venise, qui se dévouera corps et âme à l’entreprise qu’elle s’est fixée : faire du second fils du Titien l’un des plus grands peintres de Venise, en se faisant aimer de celui-ci.


Théophile GAUTIER, La toison d’or

Tiburce est un passionné d’art et décide de trouver l’amour, de chercher celle qui lui conviendra. Pour ce faire, il s’inspire des modèles de ses peintres préférés et se met en quête d’une beauté blonde. Sa recherche se dirige donc naturellement vers les Flandres. Durant son périple, il entre dans la cathédrale Notre Dame d’Anvers et tombe face à la femme blonde qui le ravit. La Madeleine de la Descente de croix, immortalisée par les pinceaux de Rubens, devient alors l’objet des rêves les plus fous de Tiburce. Désespéré de ne pouvoir vivre cet amour, il croise par hasard une jeune fille étrangement ressemblante à celle qu’il ne peut approcher. Il essayera par tous les moyens de donner vie à la Madeleine à travers l’innocente et fragile Gretchen qui n’est en quelque sorte qu’une compensation. Elle comprend que pour exister il faut qu’elle se dévoile, et elle réussira à gagner l’amour de Tiburce en le ramenant à elle, dans sa réalité.



L’unité du recueil

L’art dans le recueil

Tout d’abord, ce recueil de nouvelles nous présente l’art de la peinture comme activité principale. En effet l’art prend une place particulière et tellement importante qu’elle représente même la vie toute entière de certains des personnages comme Frenhofer qui ne vit que par la peinture et pour la peinture, s’oubliant dans le mélange de ses couleurs et dans la représentation de la vie sur ses toiles. Ce qui est intéressant avec un sujet principal basé sur l’art, c’est qu’il provoque des sentiments complexes et paradoxaux car l’art se vit. L’art dans ces trois nouvelles est l’élément déclencheur d’un changement dans la vie des protagonistes. L’art est également un thème qui provoque des émotions ; ce n’est pas une activité neutre, il permet au lecteur de s’immiscer dans le monde mystérieux qu’est la peinture dans ces nouvelles.


Les dangers de l’art

L’art prend une place tellement importante dans la vie des protagonistes qu’elle peut faire perdre toute  notion de réalité. En effet, elle peut faire perdre l’amour et pousse les modèles éperdument amoureuses à se sacrifier pour l’art de ceux qu’elles aiment. L’art mène à la folie, à l’épuisement et à la mort dans le cas de Frenhofer, l’art mène au sacrifice pour Béatrice dans la nouvelle d’Alfred de Musset, et au sacrifice de l’innocence de Gretchen dans celle de Gautier. L’art est un substitut à la réalité pour les artistes de ce recueil et est à l’origine d’une multitude de sentiments qui peuvent exploser dans la vie des protagonistes et qui les mènent à un tournant dans leur vie. Ce recueil nous présente des femmes fortes qui essayent de faire revenir leurs amants égarés dans le monde de la peinture à une réalité qu’ils ont perdue.


Écrivain ou peintre des mots

Balzac, Gautier ou Musset ont fourni de véritables descriptions picturales remarquables qui plongent le lecteur dans le monde mystérieux de la peinture et des artistes.

Balzac, Le Chef-d’œuvre inconnu :

 

« entourez-la d’une dentelle étincelante de blancheur et travaillée comme une truelle à poisson, jetez sur le pourpoint noir du vieillard une lourde chaîne d’or, et vous aurez une image imparfaite de ce personnage auquel le jour faible de l’escalier prêtait encore une couleur fantastique. Vous eussiez dit une toile de Rembrandt marchant silencieusement et sans cadre dans la noire atmosphère que s’est appropriée ce grand peintre. »

 

Gautier, La Toison d’or :

 

« Les cascades de cheveux recommencèrent à ruisseler par petites ondes rousses avec un frissonnement d’or et de lumière ; les épaules des allégories, ravivant leur blancheur argentée, étincelèrent plus vivement que jamais ; l’azur des prunelles devint plus clair, les joues en fleur s’épanouirent comme des touffes d’œillets ; une vapeur rose réchauffa la pâleur bleuâtre des genoux, des coudes et des doigts de toutes ces blondes déesses ; des luisants satinés ; des moires de lumière ; des reflets vermeils glissèrent en se jouant sur les chairs rondes et potelées ; les draperies gorge-de-pigeon s’enflèrent sous l’haleine d’un vent invisible et se mirent à voltiger dans la vapeur azurée ; la fraîche et grasse poésie néerlandaise se révéla tout entière à notre voyager enthousiaste. »

 

Les auteurs jouent avec les mots afin de constituer à leur manière de véritables tableaux de mots avec une réflexion, des personnages, des destins qui s’entrecroisent, et de la couleur délivrée par l’intensité des sentiments et des mots employés pour inviter le lecteur dans cette atmosphère particulière.


Des personnages perdus entre réalité et fiction

L’art est l’élément déclencheur de toute une série de rebondissements et plonge l’artiste dans un état qu’il ne maîtrise pas. Ce monde artistique où tout n’est que couleur, agencement des mouvements, réflexions sur la technique et sur la mise en ordre de la toile représente parfois un danger pour le peintre qui perd tout accès à la réalité et le mène droit à la dérive comme le souoigne le personnage de Frenhofer qui, rendu malade et fou par l’obsession de donner la vie à ses toiles, finit par se perdre entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas ou bien à l’image de Tiburce, obsédé par des critères picturaux et amoureux de la perfection des modèles de ses toiles préférées, qui tombe éperdument amoureux d’une femme faite de pigments et condamnée à rester immobile. Les peintres, obsédés par le détail, la perfection, la couleur, en viennent à perdre pied, hors du monde réel, et s’enfoncent dans leur fantasmes. Mais la réalité dans ces trois nouvelles est souvent représentée par la figure de la femme, le modèle, qui sait tirer le peintre de son monde et qui échoue parfois dans son entreprise à l’image de Béatrice dans la nouvelle d’Alfred de Musset.


Un lien complexe entre amour et art

L’amour et l’art sont à la fois des thèmes rivaux et entrelacés dans ce texte : en effet l’amour est parfois fragile comme celui de Gillette et Nicolas Poussin qui est mis à rude épreuve et finit par se perdre lorsque le jeune ambitieux sacrifie Gillette en la livrant au regard d’un peintre éminent.

Balzac, Le Chef-d’œuvre inconnu

 

« En ce moment ? Poussin entendit les pleurs de Gillette, oubliée dans un coin.

"Qu’as-tu mon ange ? lui demanda le peintre redevenu subitement amoureux.

– Tue-moi ! dit-elle. Je serais une infâme de t’aimer encore, car je te méprise. Tu es ma vie, et tu me fais horreur. Je crois que je te hais déjà. " »

 

Pour le Titien, c’est la peinture, qui amène l’amour, mais le choix qu’il va faire, malgré son véritable don, sera celui de l’amour au lieu de la peinture, contrairement à Béatrice qui avait l’ambition de se dévouer corps et âme au génie de son amant.

Musset, Le Fils du Titien : « Béatrice avait conçu un projet qui élevait et enhardissait sa passion. Elle voulait faire de Pippo plus que son amant, elle voulait en faire un grand peintre. »

Quant à Tiburce, c’est dans l’art qu’il cherche l’amour et c’est selon des critères picturaux qu’il cherche celle qui deviendra sa femme. L’art est donc intimement lié à sa recherche de l’amour. L’amour de la peinture est finalement déjoué par le sacrifice de Gretchen soucieuse de délivrer son amant de ce qui le rend triste et soucieux.

Gautier, La Toison d’or 

 

« D’ailleurs, Tiburce, dépravé par les rêveries des romanciers, vivant dans la société idéale et charmante créée par les poètes, l’œil plein des chefs-d’œuvre de la statuaire et de la peinture, avait le goût dédaigneux et superbe, et ce qu’il prenait pour de l’amour n’était que de l’admiration d’artiste.– Il en trouvait des fautes de dessin dans sa maitresse ; –-sans qu’il s’en doutât, la femme n’était pour lui qu’un modèle. »

 

 

La place de la femme au sein du recueil

La femme est un thème central et essentiel dans les trois nouvelles. En effet elles sont toutes dotées d’une force et d’un courage exemplaires pour vivre au côté de leur amant. Elles doivent composer avec une troisième personne qui s’immisce constamment dans leur bonheur et qui n’est autre que la peinture, le travail acharné de leur compagnon, car être peintre est une activité particulière qui relève de la passion. Toutes ces femmes tiennent une place importante dans leur vie, elles sont leur repère, elles sont leur source d’inspiration et leur soutien moral. Ces femmes, qui semblent être reléguées au second plan, sont pourtant les héroïnes de ces récits car elles sacrifient leur vie, leur fierté, leur dignité parfois et leur bonheur pour celui de leur amant et de sa réussite. C’est à travers l’oubli même de leur personne qu’elles arrivent à épauler celui qu’elles aiment dans leur entreprise. Ces héroïnes discrètes dans l’ombre de ces peintres sont essentielles dans la structure du récit, elles arrivent à déceler chez leurs amants leur préoccupations les plus futiles, leurs soucis et ce qui anime leurs pensées ; certaines y perdent leur amour et certaines échouent dans leur entreprise comme Béatrice qui s’était donné pour but de faire de son amant un grand peintre. Gretchen parvient à ramener son mari à la réalité grâce à son courage, au contraire de Gillette qui s’offre aux yeux d’un grand peintre et perd l’amour de son amant par cet acte qu’elle pensait être une preuve d’amour extrême.


La femme muse et modèle

La femme est avant tout source d’inspiration, elle est celle qu’il faut parvenir à saisir ; le modèle se sacrifie dans ces récits et apporte une autre dimension aux personnages masculins. Le modèle est la personne essentielle, livrée dans sa plus pure présentation, vulnérable et pourtant forte pour affronter des yeux qu’elles savent complétements absorbés par la passion. Le modèle est autre chose que la femme aimée, elle est la représentation plastique pour le peintre, et la preuve d’amour et du sacrifice pour le modèle lui-même.


L’impact du recueil de nouvelles sur le lecteur

Le lecteur se laisse complètement emporter à travers ces personnages absolument absorbés par leur art, par la peinture qui devient le centre de leur vie, il est immergé au plus profond de la nature de ces personnages et de leur entourage qui vit à leur côté le plus souvent dans la souffrance de voir que l’art compte parfois plus que l’amour. C’est un combat continuel des personnages pour démêler le vrai du faux, pour savoir ce qui doit compter, l’amour, la vie ou l’art et ses exigences. C’est au travers de descriptions picturales que les auteurs arrivent à nous transmettre toute la puissance et la beauté de l’art également.



La confrontation des œuvres

La figure du peintre dans la société

Dans ces trois nouvelles, la figure du peintre et de l’artiste est représentée de façon quelque peu différente. Dans la première nouvelle, le peintre apparaît comme un jeune artiste plein de promesses, riche d’un don particulier déjà développé mais tout reste à exploiter. Dans la deuxième nouvelle, le don est en quelque sorte inscrit dans ses gènes, c’est un héritage que le peintre refuse d’exploiter préférant une vie de débauche mais il sera sauvé par l’âme sacrifiée de Béatrice, la femme dont il va tomber éperdument amoureux. Enfin, dans la troisième nouvelle, c’est la figure d’un passionné, d’un perfectionniste, d’un idéaliste qui vit à travers ses fantasmes et qui se révèle un peintre en pleine recherche de perfection. Il peindra alors sa perfection pour se libérer de son emprise et revenir sur terre grâce à une jeune fille dévouée et qui se sacrifie également devant les yeux du peintre. Ce sont donc différentes facettes qui nous sont présentées du peintre.


L’art comme don ou résultat d’un travail acharné de l’artiste ?

Là aussi les peintres de différentes nouvelles s’opposent. En effet dans Le Fils du Titien de Musset, la peinture est un héritage légué par un des plus grands peintres italiens de tous les temps. Le fils du Titien a vécu à travers la peinture depuis le berceau avec des évocations d’un travail acharné, tout comme Frenhofer qui s’acharne à vouloir faire transparaître la vie dans ses toiles à travers des heures de réflexion et d’acharnement pour finir par se perdre dans un monde parallèle qui le poussera à l’épuisement et à la mort. Pour Tiburce, c’est une étude minutieuse et complexe de la peinture à travers sa passion qui le pousse à peindre, avec un désir aigu de perfection. C’est donc également un travail de longue haleine mais d’observation et non de pratique contrairement aux deux autres protagonistes.


L’art est-il une passion ou un poison ?

Se pose alors la question de l’art passion ou poison ; même s’il semble bénéfique, il est un véritable métier, il prend une autre dimension en s’insinuant dans la vie des protagonistes avec force et conviction contrairement à une autre profession. Ainsi l’art devient le poison même responsable de la mort de Frenhofer. Il est passion chez Titien car grâce à cet art, l’amour que Béatrice porte à Pippo vient  le sauver de sa mauvaise vie. Dans la nouvelle de Gautier, l’art est à la fois passion pour un Tiburce envoûté pas la beauté de la Madeleine et sa perfection, mais il est poison pour Gretchen qui, éperdument amoureuse, se rend compte que son amour n’est dû qu’à sa ressemblance avec la Madeleine et qn’est donc qu’à sens unique car Tiburce est amoureux d’une rivale irréprochable. Mais cette peine la mène à se battre pour l’amour de Tiburce qui l’a révélée à elle-même et qui la pousse à le libérer de cet amour impossible et contre nature.



Conclusion

L’art, l’amour, la peinture sont des thèmes qui sont entremêlés et qui donnent à ces différents récits une extrême profondeur. Le texte vit, il n’est pas simplement un agencement de personnages et de sentiments. À travers l’art et les relations complexes qui unissent art et amour, réalité et fiction, passion et démesure, l’équilibre des récits est toujours assurée.


Manon Cosson, 1ère Année bibliothèques, médiathèques et patrimoine.

 

 

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 07:00

Boccace Decameron neuf nouvelles d amour

 

 

 

 

 

 

Jean BOCCACE

(Giovanni BOCCACCIO)
Décaméron, neuf nouvelles d’amour
(Decameron, nove novelle d'amore)
traduit préfacé et annoté par Serge Stolf
Éditions Gallimard, 2005
Collection Folio bilingue

     











 

 

Le Décaméron, l’importance d’une œuvre

C'est aux alentours des années 1350 que Jean Boccace, poète et auteur Italien du début de la Renaissance, écrit le Décaméron. Il devient ainsi un – si ce n'est le – précurseur et fondateur du genre littéraire qu'est la nouvelle et, ainsi, inscrit son nom dans l'histoire littéraire italienne auprès de ceux de Dante et Pétrarque. Il faut également préciser que, si cette œuvre occupe une place importante dans la littérature italienne, elle est aussi considérée comme la première comédie humaine de la littérature occidentale. La modernité de l'ouvrage, des idées présentées et la position qu'adopte Boccace participent de même à l'originalité, la grandeur et la qualité de l’œuvre.

En plus d'être importante en termes littéraires, l’œuvre originale l'est en termes de longueur. En effet, le Décaméron est un « récit à tiroirs ». Une trame principale tient lieu de fil conducteur : dix jeunes gens fuient une Florence ravagée par la peste pour une campagne paradisiaque. Durant dix jours, chaque personnage raconte une histoire (dont le thème principal est souvent imposé). On arrive donc à un total de cent histoires, de cent nouvelles (cent une en comptant celle qui s'insère dans l'introduction de la IVe journée).



Une œuvre aux multiples visages 
   
Les neuf nouvelles présentes dans ce recueil sont extraites de plusieurs jours différents mais ont malgré tout conservé leur ordre d'apparition chronologique et s'enchaînent agréablement grâce à la plume traductrice de Serge Stolf. Comme le titre l'indique, elles ont toutes comme sujet principal l'amour.

Premier aspect « moderne », en tout cas premier aspect marquant car inhabituel pour l'époque : l'amour dans ces nouvelles est toujours amour humain. Il n'y a aucune description de l'amour de Dieu. Cet amour peut prendre plusieurs formes, tantôt paternel (Tancredi et sa fille Ghismonda), tantôt maternel (dame Giovanna et son fils), etc. Mais c'est de loin celui qui lie un homme et une femme qui prédomine, incluant l'attirance et les désirs sexuels qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Ces derniers sont en effet présentés par Boccace comme naturels, sains et humains. C'est une vision très décalée (et très controversée !) pour une époque où le sujet est tabou et où le sexe a une connotation sale et n'est essentiellement considéré que comme une pratique visant à la simple reproduction.

L'amour est pourtant loin d'être présenté sous une seule approche physique. On l'y voit  dans sa plus pure et transcendante essence mais également comme prémices des bassesses humaines. Au gré de la Fortune, il conduira tour à tour à des fins heureuses ou tragiques après avoir éprouvé ses victimes.

Victimes elles aussi diverses et différentes. Boccace dépeint la société de son époque (XIVe siècle) de façon complète : toutes les classes sociales y sont représentées, de la roturière au prince en passant par le peintre. L'auteur va plus loin en donnant une profondeur intellectuelle et spirituelle plus ou moins marquée (voire absente) à chacun de ses personnages. Mais ces derniers, malgré leur différences de rang, de richesse et d'esprit, sont égaux face à leurs passions, leurs désirs. L'amour permet de briser les restrictions sociales et religieuses pour aller bien au delà et atteindre l'âme humaine.

Il ne faut effectivement pas s'arrêter au premier niveau de lecture de l’œuvre, car si Boccace préfère l'humour à la lourde morale utilisée par les religieux de son temps, le ton reste néanmoins sérieux, voire dramatique. La portée du récit va au-delà du simple divertissement et de l'éloge des plaisirs terrestres de ce monde. Il appelle à la réflexion, au bon sens et incite le lecteur à se libérer de l'entrave sociale et à ne plus suivre religieusement (c'est le cas de le dire !) des préceptes déformés sans se poser de questions.

C'est aussi un éloge de la dignité humaine et de son intelligence. Boccace à travers la bouche de Ghismonda déclare :

 

« […] tu verras tous les hommes formés à partir d'une même chair et toutes les âmes crées par un même Créateur, dotées de forces égales, de capacités égales, de vertus égales. Nous sommes nés et naissons égaux, et la vertu établit entre nous les premières distinctions : ceux qui en étaient le mieux dotés et l'employaient au mieux furent appelés nobles, et les autres demeurèrent non nobles […] ainsi celui qui agit vertueusement prouve à l'évidence qu'il est noble » (p. 129).

 

Cette noblesse ne fait aucune distinction de sexe. Les femmes sont valorisées et occupent même souvent les rôles les plus importants. La femme apparaît sage et forte : Griselda par exemple endure les épreuves que lui inflige son mari avec un stoïcisme extraordinaire et les monologues des femmes se multiplient au fil des nouvelles les dévoilant rationnelles, réfléchies et intelligentes. D'ailleurs lorsque l'homme se retrouve dans une position de supériorité, c'est grâce à des procédés déloyaux.
 
Le Décaméron ne doit donc surtout pas être réduit à une simple apologie des plaisirs charnels. Il ne faut pas se laisser illusionner par l'aspect parfois futile des nouvelles, le message transmis est bien plus profond. Certaines interprétations y voient même un enseignement plus intérieur porté par des idées beaucoup plus anciennes. Message visionnaire ou rappel traditionnel ? Ce qui est sûr, c'est que le Décaméron n'est pas à lire seulement au premier degré.


Sophia Perrin, 1ère année Édition/Librairie 2012-2013

 

 

Lire aussi la fiche de lecture d'Élisa.

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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 07:00

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Mário de CARVALHO
Chroniques de l’impasse des géraniums
nouvelles traduites du portugais
par Élodie Dupau
Atelier In-8, septembre 2012

 

 

 

 

 

Dans le déferlement de la rentrée littéraire, un livre à ne pas manquer :  Chroniques de l'Impasse des Géraniums de Mário de Carvalho.



Un auteur

« Mário de Carvalho est né à Lisbonne en 1944. Étudiant en Droit, il s’engage dans les luttes contre le régime salazariste avant d’être emprisonné pendant son service militaire pour raison politique. En 1973, il quitte le pays clandestinement et s’exile en Suède. Il rentre au Portugal après la Révolution du 25 avril 1974 et exerce pendant quelques années le métier d’avocat. Il finira par l’abandonner pour l’écriture. » Lire la suite sur le site des éditions de l’Atelier in-8 :  http://editions.atelier-in8.com/mario-de-carvalho

Quatre de ses ouvrages ont été publiés chez Gallimard et Christian Bourgois :

Le Jeune Homme, la forteresse et la mort, Gallimard, 1992
Les Sous-lieutenants, nouvelles, Gallimard, 1996
Le Fond des choses, Gallimard, 1999
Un dieu dans le souffle du jour, Christian Bourgois, 2002

Voir sa présentation sur BiblioMonde :  http://www.bibliomonde.com/auteur/mario-carvalho-515.html

Son site personnel (en portugais) :  http://mariodecarvalho.com

 

 

 

Une jeune traductrice.

Élodie Dupau est une ancienne étudiante du Master pro de traduction littéraire et édition critique session 2007. Elle est également bibliothécaire, issue de l'Année Spéciale du DUT Bibliothèques-Médiathèques, promotion 2010, de l'IUT Bordeaux 3.



L’Atelier In-8.

  http://editions.atelier-in8.com/

Cette maison d'édition indépendante située à Serres-Morlàas (Pyrénées-Atlantiques), a été fondée en 2005 par Olivier Bois et c’est aujourd’hui Josée Guellil qui en assure la direction. Elle publie « des fictions, en prose, avec décors et personnages, des fictions essentiellement contemporaines, et le plus souvent de langue française mais pas toujours ».

Quelques auteurs publiés par l’Atelier In-8 : Jacques Abeille, Franz Bartelt, Anne-Marie Garat, Jean-Bernard Pouy, Alina Reyes, Marc Villard.



Un livre

« Dans l'impasse des Géraniums, quartier de l'Alfama, Dieu qu'il s'en passe ! Les gamins font les 400 coups, Zé la Moitié, le cul-de-jatte, circule dans sa caisse à roulettes, les commères houspillent, et chacun de commenter, sur le pas de sa porte, la dernière facétie d'Andrade de la Mule, qui aurait gobé la lune... Mais, comme on dit là-bas, " s'agirait pas de confondre le genre humain avec Manu Germain ! "

Cocasses, surréalistes et poétiques, ces nouvelles nous font entrer dans une Lisbonne populaire et chaleureuse où surgissent les « merveilles ». De la mercière au plombier, toutes ces petites gens incarnent une humanité haute en couleur, aussi frappadingue qu’attendrissante. » (présentation éditeur)

 

 

 

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 07:00

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Blaise CENDRARS
Histoires vraies
Grasset, 1937
Rééd. Denoël, 2003


 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

http://www.poesie.net/cendrs2.htm


Le recueil

Publié chez Grasset en 1937, le recueil Histoires vraies est composé de sept nouvelles. Cendrars nous entraîne avec lui dans ses souvenirs d’aventures rocambolesques à travers le globe via cette œuvre qui est à la fois une ode au voyage, une invitation à la découverte et un tour du monde gratuit.

Ce recueil a été composé par l’auteur, ses nouvelles n’ont pas beaucoup de points communs les unes avec les autres si ce n’est le narrateur (toujours Cendrars qui nous raconte ses voyages, fictifs ou non), et le fait qu’elles soient certainement toutes contemporaines de leur situation d’écriture.



« T.P.M.T.R. » : une histoire de marins un peu rustres à bord d’un bateau de plaisance, et de leur ligue qui promet le retour au pays natal du corps d’un copain mort à bord… la T.P.M.T.R.

« L’égoutier de Londres » : où Cendrars raconte sa drôle de guerre. En faction dans un camp où rien ne se passait, il se retrouve en cohabitation forcée sous sa tente avec un étrange personnage, un Anglais agonisant qui lui raconte sa découverte.

« Le cercle du diamant » : en plein voyage au Brésil, l’auteur peint avec subtilité et énergie le monde des chercheurs de diamants, les bagarres de bars, les tueries… mais également les histoires d’amours et de trésors cachés !

« Le Saint inconnu » : Santiago, Chili. Cendrars s’improvise hagiographe en racontant la vie d’un Saint, né métis et handicapé dans une famille pauvre et qui finira adulé par un pays entier pour son don de guérison.

 « Au Bidon de sang » : préfacée et traduite par Cendrars, cette nouvelle d’Al Jennings est une pure histoire de bars, de cow boys, de hors la loi, de western comme on les aime !

« L’Actualité de demain » : réécriture d’un article sur la révolution au Brésil, suivie d’un entretien entre Cendrars et un léniniste sur l’actualité idéologique et politique du monde, déjà bien controversée à cette époque. Entre citations d’auteurs tels que Comte ou Guzman (on a droit a un extrait de L’aigle et le serpent, livre que Cendrars aurait préfacé) et réflexions sur ces « jeunes gens qui s’ennuient dans la vie », l’auteur fait à nouveau montre de son admiration profonde pour l’Amérique du Sud, sa culture et ses mouvements.

« En transatlantique dans la forêt vierge » : en véritable Petit Routard, Cendrars nous livre en une nouvelle un récit, un guide de voyage pour une croisière en Amazonie : points de départ, quel cargo emprunter, par où arriver… Le lecteur a même droit à une description chiffrée du Brésil et de l’Amazonie. Oiseaux, végétation, descriptions des virages et directions à prendre en bateau… Une liste exhaustive de données à prendre en compte pour effectuer une virée amazonienne, à la Cendrars, c'est-à-dire mêlée à une histoire rocambolesque et improbable !

« La sensation subite d’être plongé dans un univers inconnu est une sensation grandiose, au-delà de toute expression, et probablement aussi c’est la sensation la plus forte, la plus inquiétante qui puisse troubler un homme civilisé. »



Les thèmes

Le côté indéniablement autobiographique de ce recueil (Cendrars préface sa traduction d’une nouvelle d’Al Jennings en décrivant leur rencontre) laisse cependant une interrogation au lecteur : autobiographie réelle ou fictive ? Certaines rencontres et destinations de Cendrars sont connues et authentifiées, mais comme nous le savons cet homme a écrit sur des contrées qu’il ne connaissait pas.

Cendrars nous parle de la mer. Ayant navigué sur différents cargos et bateaux, il emploie un vocabulaire de marin et connaît bien le fonctionnement d’un bateau et de sa hiérarchie. Son récit de voyage sur mer est criant de réalité, il est très complet et prenant.

Le thème associé par les marins à la mer, dans la première nouvelle notamment, est la mort. Cet épisode dans lequel le boulanger du cargo meurt et ses amis se battent pour ne pas jeter son corps à la mer mais le ramener chez lui comme il le voulait témoigne d’une solidarité même dans la mort, d’une amitié forte. Nous pourrions le lier, en une référence très anachronique mais amusante, à Georges Brassens et ses « Copains d’abord » : « quand l’un d’entre eux manquait à bord, c’est qu’il était mort, oui mais jamais au grand jamais, son trou dans l’eau n’se refermait, cent ans après coquin de sort, il manquait encore… ».

Un thème prédominant dans toutes les nouvelles est la religion, la majorité des histoires de ce recueil se situent dans les années 20 à 30. Or, Cendrars nous plonge dans une époque où la désacralisation du religieux n’est pas encore de mise. La Seconde Guerre mondiale n’est pas encore là, et même si l’Europe et tout particulièrement sa foi a été affaiblie par la drôle de guerre, le religieux compte encore dans la vie de beaucoup de gens, est encore ancré dans les mentalités. C’est dans la quatrième nouvelle que Cendrars s’improvise hagiographe et raconte la vie d’un saint chilien, désacralisant paradoxalement le rôle des docteurs et des théologiens du Tribunal Sacré (« Mon rôle n’est pas de dresser la liste des innombrables miracles attribués au sacristain de la cathédrale de Santiago, puisque cette liste sera publiée en son temps par la commission compétente de la curie romaine, après enquête contradictoire, critique des faits, audition des témoins… »).

La vie de Cendrars est fondée sur le voyage, il n’est donc pas étonnant qu’il en fasse l’apologie. Il balade son lecteur dans le monde entier, et connaît beaucoup de régions du monde (ou les invente). En partageant son coup de cœur pour l’Amérique du Sud, il ouvre le regard d’un lecteur peu friand de littérature sud-américaine sur ce continent à découvrir, même par les yeux d’un Européen, avec tout ce que la description faite aura de merveilleux et de rocambolesque.

De plus, Cendrars évoque fortement le concept même de départ, déjà illustré par les grands voyageurs de la littérature tels que Ulysse ou Don Quichotte. Les nombreuses descriptions des pays latino-américain (le Chili, le Brésil) transmettent cette ambiance, propre à ces régions, et l’auteur écrit avec un tel enthousiasme que le lecteur ne pourra rester de marbre.



Une ouverture aux autres cultures, à peine crédible pour l’époque, qui ne pouvait intéresser que les bourlingueurs comme Blaise Cendrars : « La plus belle des croisières est certainement celle qui vous dépayse le plus ».

 « Le XXème siècle sera le siècle de l’Amérique latine. C’est pourquoi l’Europe, et tout particulièrement la France et les pays méditerranéens ont tort de se désintéresser complètement des révolutions politiques, économiques, morales, sentimentales, religieuses, du Sud et du Centre Amérique. C’est dans ces régions, aujourd’hui encore aux trois quarts vierges, que vont se jouer leurs prochaines destinées. »


Juliette, 1ère année éd-lib. 2011-2012

 

 

Blaise CENDRARS sur LITTEXPRESS

 

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 07:00

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WANG Anyi
王安忆
À la recherche de Shanghai
Traduction
Yvonne André
Picquier, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Wang Anyi est née à Nankin en 1954 mais passe son enfance à Shanghai. Sa mère (Ru Zhijuan) est romancière et lors de la révolution culturelle elle est classée parmi les « esprits malfaisants ». Wang Anyi trouve alors refuge dans la lecture des grands écrivains chinois et étrangers, notamment Balzac. Après la parution de ses premiers textes en 1976, elle ne va plus cesser de publier nouvelles, romans, essais et récits de voyage, remportant de nombreux prix littéraires. Elle aime à faire revivre sur un mode intimiste les ruelles de Shanghai et ses années d'adolescence marquées par la Révolution culturelle. Shanghai est le héros de son œuvre. Elle est élue en 2001 présidente de l'Association des écrivains de Shanghai.



Bibliographie

  • 1981 : Le murmure de la pluie.
  • 1985 : Le petit bourg des Bao.
  • 1986-1987 : La Trilogie de l’amour
  • 1995 : Le chant des regrets éternels (il reçoit en 2000 le prix Mao Dun)
  • 2001 : Les lumières de Hong-Kong
  • 2004 : Amère jeunesse

 

 

Structure du recueil

Le recueil est composé de cinq petits textes de natures différentes dont le dernier est découpé en cinq contes précédés d’une introduction.

  • « A la recherche de Shanghai » 
  • « Shanghaiennes »  
  • «  Shanghai et Pékin »  
  • « Ces villes ont un goût » 
  • « Rêves de prospérité » :

« Le vagabond des mers »
« Le vol de René Vallon »
« Les bas en fibres de verre »
«  Le pont de la famille Lu »
« Une bouche célèbre »

 

 

 

« À la recherche de Shanghai »

Ce texte commence par une recherche en bibliothèque pour retrouver les racines de Shanghai. Et c’est ici l’auteure elle-même qui cherche. Elle trouve une première description dans un livre. Qui correspond pour l’auteure à « une lointaine époque mythique ». Et elle se met à la suite de cela à décrire le Shanghai actuel comme elle le ressent ainsi que le Shanghai de son enfance. On commence par une description des visages, des différentes physionomies. Pour ce faire, elle introduit parfois des personnes comme Aqio, surnommé Grosse Tête ; ensuite, on enchaîne sur la description de l’ambiance de la ville et on dérive petit à petit jusqu’à parler de Shanghai aux différentes saisons. Enfin elle revient à sa recherche en bibliothèque et termine en répétant la première description.

On remarque tout d’abord que c’est-ce texte qui va donner son titre au recueil et qui lui correspond parfaitement bien puisque tout au long du livre on va découvrir Shanghai. Le personnage principal de ce texte, vous l’avez compris, c’est Shanghai. Il est écrit à la première personne, ce qui accentue son côté autobiographique puisque, comme je l’ai dit, l’auteure est la narratrice. Ensuite, on peut dire que cette partie du livre en fait une véritable introduction.



« Shanghaienne »
 
C’est le plus court des textes de l’ouvrage. L’auteure y décrit, comme le titre l’indique, les femmes de Shanghai. Elle commence par dire qu’il ne faut pas les confondre avec celles de la province de Wu ou de Yue. Elle décrit ces femmes comme des personnes fortes, capables de résister à la ville qui n’est pas peuplée de romantiques, où même dans le dialecte il est compliqué d’exprimer l’amour. Malgré l’âpreté de la description, c’est un véritable hymne à la Shanghaienne que nous offre l’écrivain qui écrit par exemple : « Pour décrire Shanghai les femmes l’emportent » ou alors « Les femmes rassemblent ces fragments d’enthousiasme et d’énergie dispersés pour préparer la prochaine étape triomphante ». On peut noter dans cette nouvelle l’importance du dialecte, que l’on retrouvera dans les textes suivants comme « Shanghai et Pékin » ou « Ces villes ont un goût ».

 

 

 

« Shanghai et Pékin » & « Ces villes ont un goût »
 
Dans ces deux nouvelles, l’auteure compare Pékin, capitale officielle considérée comme le centre politique et culturel de la Chine, et Shanghai, qui avec Hong Kong domine au niveau économique.

 

 

« Shanghai et Pékin »

Wang Anyi commence par comparer les tailles puis les bâtiments que l’on trouve : à Pékin, le temple du ciel et de la terre, à Shanghai le Jardin de Yu ; ensuite elle décrit les Shanghaïens et les Pékinois puis les différentes utilisations de la langue : raffinement à Pékin et efficacité à Shanghai. Par la suite, l’auteure décrit Pékin comme une « ville texte » et Shanghai comme une « ville nombre ». Pékin est « sensible », Shanghai « pragmatique ». La nouvelle se termine ainsi :

« Charme (de Shanghai) venu du travail des machines de précision, il peut se reproduire, il est commercialisé. À présent, ses produits affluent vers Pékin comme dans un combat pour prendre la ville sans coup férir »

Cela montre bien, comme je le disais précédemment, la suprématie de Shanghai au niveau économique.


« Ces villes ont un goût »
 
Ce texte va poursuivre la comparaison entre les deux villes. L’auteure commence par définir ce qu’elle entend par goût : entre autres les différences de langage mais aussi le mode de vie, l’idéal d’existence, le système de valeurs, soit la culture. Ensuite, elle nous décrit le goût de Pékin avec sa culture qui remonte à plusieurs dynasties et celui de Shanghai, simple village de pêcheurs qui va se retrouver après la guerre de l’opium aux mains de la « bande rouge » et de la « bande noire », un monde sans foi ni loi. Puis elle nous montre que Shanghai accepte l’Occident, que c’est une ville moderne ; elle insiste sur l’importance de Shanghai comme ville de hasard, sur le rêve de prospérité. Alors que Pékin est une ville où l’on peut parler d’aimer. Enfin, elle conclut sur les différences de langages mais surtout d’écriture en disant que les écrivains pékinois ont une longue histoire sur laquelle baser leurs livres. Wang Anyi clôt ce texte par les déceptions causées à Shanghai par la réforme de la propriété des moyens de production. C’est la seule note à caractère un peu politique du livre qui reste pourtant une simple constatation. 

 

 

 

« Rêves de prospérité à Shanghai »

« Rêves de prospérité » débute par une introduction, une mise en contexte avant de se diviser en cinq contes. Cela commence par une description du parcours du soleil dans le ciel et sur la terre avec, il faut le dire, beaucoup de poésie. On peut noter dans le préambule les nombreuses répétitions des mots horizon, soleil, nuage, ondulation, vagues et la déclinaison de la phrase « venue de l’horizon, elle retourne vers l’horizon » : « venue de l’horizon elle repart vers l’horizon », « ces vagues roulent vers l’horizon puis refluent de l’horizon », « les vagues courent vers l’horizon puis reviennent de l’horizon ». Cette description débouche sur la vue d’un rivage avec un village de pêcheurs que l’on suppose être le Shanghai d’autrefois. On rencontre le personnage d’Ae’r en train de pêcher ; il aperçoit une lueur dans la mer qui se révélera être deux statues de Bouddha. La fin de l’introduction annonce les cinq contes englobés sous le titre de rêves de prospérité.

 

 

« Le vagabond des mers »

Ce premier conte rapporte l’histoire d’Akun, fils unique, qui vit avec sa mère Ama et ne connaît pas son père Apa. Apa est en fait parti en mer et de folles rumeurs à son sujet arrivent aux oreilles d‘Ama. Akun, à l’âge adulte, décide de partir en mer à son tour. Après une tempête, il rencontre une jeune fille puis se perd. Il trouve enfin une maison où on l’embauche comme commis et il se lie avec la fille de la maison. Ils ont un fils. Akun décide un jour de repartir en mer. À cet instant, le conte fait une boucle et on se retrouve avec Akun fils qui attend son père avec la femme d’Akun qui devient Ama à son tour tandis qu’Akun devient Apa. L’histoire recommence, avec les rumeurs, mais elle se termine par le retour d’Apa/Akun qui revient riche. Un rêve de prospérité se réalise. On remarque que cette nouvelle est un conte, comme je l’ai dit, notamment par son côté magique.

 

 

« Le vol de René Vallon »

Ce deuxième conte raconte l’attente par les Shanghaiens du premier vol de l’histoire de la Chine. Il faut savoir que c’est une histoire vraie : en effet, René Vallon a effectué le 6 mai 1911 à Shanghai un vol de 35 minutes qui se solda par le crash de l’appareil et sa mort. Il est à noter que c’est le premier aviateur dans le ciel chinois. Cette histoire est tout de même un conte, malgré la véracité des faits, par la manière dont elle est narrée, par l’insertion de légendes comme la naissance de Bouddha.

 

 

« Les bas en fibre de verre »

Ce troisième conte raconte l’histoire de Lao San qui, à la suite d’une conversation avec deux amis, décide de partir faire commerce de bas en fibre de verre, soit de bas en nylon. Et cela en contrebande. Il est accompagné d’un couple, Xia Li et sa femme, et de deux hommes. Au départ, notre héros pense que la femme n’est qu’un poids inutile et que son mari ainsi que ses deux compagnons de voyage sont stupides d’être aux petits soins pour elle. Mais lors de leur première péripétie, le contrôle d’un brigadier à la gare, elle sauve toute la bande par son charme. Lao San est émerveillé et ne cessera plus de s’extasier sur les talents qu’elle dévoilera au fil de l’aventure contrairement à son mari qui deviendra un poids. Il est à noter que cette femme n’a pas de nom propre ; elle est désignée par rapport à son mari comme épouse ou alors par les mots femme ou jeune femme. Cependant, elle reçoit petit à petit le nom de Mme Li à mesure que Lao San s’émerveille, ce qui montre l’importance qu’elle prend aux yeux du héros.

Pour finir, Lao San a fait fortune et rentre riche à Shanghai « après avoir traversé mille dangers et dix mille épreuves. » Ne sachant quoi faire de cet argent ; il décide de suivre le conseil d’un ami et place la totalité de son gain dans une exploitation de bauxite. Mais il perd tout ce qu’il a investi. Après être passé par différentes phases d’abattement, il se retrouve comme au début du conte autour d’un thé avec ses deux amis. On remarque encore la construction en boucle, en cycle. Ce conte est central dans cette partie du recueil. D’abord, c’est le troisième. Pour moi, il forme un pont entre les différents épisodes ; en effet le premier et le cinquième se terminent bien, le deuxième et le quatrième mal et enfin le troisième a un dénouement en demi-teinte puisque la prospérité pécuniaire a d’abord été atteinte puis perdue.

 

 

« Le pont de la famille Lu »

Le quatrième récit raconte l’histoire d’un pont et de ceux qui le traversent. La famille Lu a une très belle jeune fille qui attire un nombre considérable de prétendants ; tous sont refusés mais elle se promet et se donne au jardinier. Ce qui est perçu par sa famille comme une terrible honte ; elle est selon les règles du clan enterrée vivante et un pont est construit par-dessus, « ainsi mille personnes passeraient sur elle, dix mille personnes la piétineraient pour la punir de son crime ». À partir de cette histoire, une légende se forme. Tous les hommes – et plus particulièrement ceux qui sont en âge de se marier – qui le traversent glissent, tombent et le malheur s’abat sur eux comme une vengeance de la jeune fille.

M. Zhou glisse sur ce pont alors qu’il n’est plus très jeune pour ne pas dire vieux. Suite à cette glissade il se met à se poser des questions sur sa vie morne de comptable en pharmacie. Il va ainsi trouver l’amour avec une femme, Orchidée de son nom, et son caractère va devenir jovial, il va s’ouvrir à la vie. Pour finir, un jour, Orchidée disparaît avec les économies de ce pauvre M. Zhou qui, suite à ce revers, dépérit et finit par mourir. Le conte se termine des années après par la destruction du pont et par la découverte d’une simple boîte ; elle n’est pas rouillée et le soleil brille à l’intérieur. Ce conte montre bien les rêves de prospérité qui ne se sont pas réalisés mais également l’absurdité des superstitions.



« Une bouche célèbre »

Le cinquième conte narre les aventures du docteur Cheng, spécialisé en chirurgie maxillaire qui a tout perdu en s’essayant au commerce et doit redevenir médecin. Le problème, c’est qu’il n’a que peu de clients ou alors il traite des problèmes de dentiste. Un jour, il décide par manque d’argent de louer une partie de son cabinet à Lao Lu qui, par son entrain, sa bonhomie lui redonne le sourire. Il va alors se rapprocher de sa femme et va même l’accompagner à l’opéra alors qu’il déteste cela ! Et là, il voit sur scène le meilleur des acteurs jouant des rôles de jeunes femmes sur scène ; il est subjugué par sa bouche. Il se met donc en quête de l’acteur, lui écrit une lettre et part tout simplement à sa recherche en abandonnant tout. De son côté, l’acteur fait de même ; cela fait le tour de Shanghai. Le docteur revient à son cabinet et y trouve l’acteur ; depuis le passage de celui-ci, le cabinet de désemplit pas et le docteur devient riche. La question est : que s’est-il passé entre les deux personnages ?



L’édition

 

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Les Éditions Philippe Picquier sont une maison d'édition créée en 1986 et spécialisée dans la publication de livres venant d'Extrême-Orient : Chine, lCorée, Japon, Vietnam, Inde et Pakistan. À la recherche de Shanghai est publié dans la collection « Écrits dans la paume de la main ». Cette collection est définie ainsi :

 « Ce qui est écrit dans la paume de la main ne peut être que bref et fragmentaire : instants minuscules parfois miettes modestes volées à la mémoire pour dire ce qui ne peut trouver sa place dans une œuvre plus ample. Certaines vignettes scintillent en quelques lignes, d’autres récits ont besoin de quelques pages pour se déployer, mais sur tous l’écrivain règle son attention avec la même focale pour atteindre l’infime ou le détail révélateur dans un savant exercice d’humilité. »

Cette collection correspond parfaitement à ce livre par sa composition et son contenu.



Avis personnel
 
J’ai tout d’abord apprécié le format, la couverture et la texture du livre malgré son prix relativement élevé. La nouvelle que j’ai préférée est la première, avec la recherche en Bibliothèque. En point négatif, je dirai qu’il faut avoir son moteur de recherche et un dico sous la main pour comprendre certains termes ou références ! Parce que personnellement, je ne savais pas ce que représentait la mesure d’un li ou alors que les enfants chinois à l’école faisaient des exercices de gymnastique oculaire. Le point positif de cette recherche, c’est que l’on apprend plein de nouvelles choses. Pour finir je conseille ce livre parce qu’il est agréable, intéressant à lire mais surtout parce que l’écriture est belle alors que l’auteure a un regard très réaliste sur sa ville : elle ne l’embellit pas mais la décrit. De plus, ce livre nous transporte dans un autre lieu, on se retrouve au cœur de Shanghai.


Nymphéa. 1ère année bib.

 

 

 

 


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21 juin 2012 4 21 /06 /juin /2012 07:00

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William FAULKNER
Une rose pour Emily
Tiré de
Treize histoires, 1931
Traduction
De Maurice Edgar Coindreau
Gallimard
Folio 2€, 2002


 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Né dans le Mississipi à New Albany en 1897, William Falkner, de son vrai nom, est issu d’une famille aristocratique ruinée par la guerre de Sécession. L’alcoolisme de son père, maladie dont il souffrira lui-même jusqu’à sa mort en 1962, ainsi que la forte personnalité de sa mère figurent avec le racisme américain du Sud de l’époque parmi ses sources d’inspiration.

N’ayant pas fini sa formation de pilote à l’armistice de 1918, il invente à son retour des récits de guerre, mentant à son entourage durant plusieurs années. Ses relations sentimentales sont tumultueuses et il peine à gagner sa vie par ses écrits, exerçant de petits emplois dans un premier temps.

Ayant commencé à écrire des poèmes, c’est par ses nouvelles et ses romans qu’il accède à la consécration. Il publie Le Bruit et la Fureur (1929) et Sanctuaire (1931), qui par le scandale qu’il suscite le fait connaître et lui permet de vivre de sa plume. Il obtient le Prix Nobel en 1949.

Une rose pour Emily est extrait de son premier recueil de nouvelles, Treize histoires, publié en 1931.



Présentation


L’axe principal qui relie les quatre nouvelles présentées dans ce recueil est le point de vue du narrateur, toujours extérieur à celui du personnage principal (habitant, voyageur de commerce, enfant, coiffeur et ses clients). Cette expression particulière illustre de façon frappante l’isolement de ce personnage principal, autour duquel tourne la narration bien qu’il soit mis à l’écart de la société par son sexe, sa race, ou son mode de vie marginal (vieille fille pour Emily Grierson et Minnie Cooper, prostituée pour Nancy ou jeune fille libérée pour Susan Reed, étranger mystérieux pour Hawkshaw, le noir Will Mayes…). D’une façon subtile et sensible, non dénuée d’humour, Faulkner nous conte le Sud de son enfance, les mesquineries et cruautés de ses habitants, petites gens enfermées dans leur ignorance, leur brutalité et leur trivialité. Le narrateur participe à cette réprobation, lorsqu’il n’est pas carrément complice d’un lynchage.

Le procédé employé ici nous implique malgré nous dans les conduites d’exclusion et le silence qui enveloppe les victimes ne nous fournit guère de consolation. Ces dernières sont volontairement mutiques, ce qui se comprend  bien au vu du degré de subtilité de leur entourage, ou ignorées, renvoyées à un statut imposé (folie, négritude, féminité).

D’une manière étonnante, ce silence qui les entoure semble s’étendre dans la ville, comme dans la narration. Le déni prend la place du non-dit, ou des on-dit, pour évacuer l’ambivalence qui ne peut être supportée, entre la haine de celui qui est différent et la reconnaissance du semblable. Des conduites d’abord claires et parfaitement clivées se troublent lorsque l’on commence à en apprendre plus sur le personnage, qu’il est humanisé (« La chevelure »). De la même manière, un point de vue affirmé en vient peu à peu à se diluer, emporté par le feu de l’action et la pression sociale, exacerbée par la chaleur et la vie confinée des petites villes, pour finir par ne plus trouver refuge que dans la fuite (« Septembre ardent »). La défense que constitue l’hypocrisie (Pauvre Emily ! Pauvre Minnie ! ) cède ainsi peu à peu du terrain au profit de réactions plus brutales et régressives de protection des normes et coutumes du quotidien quand ces dernières se révèlent menacées.

La narration extérieure et le déni s’accompagnent également d’une idée de déchéance, de dégradation. Cette déchéance renvoie à celle de l’aristocratie de la fin du XIXe qu’a connue la famille de l’auteur ruinée par la Guerre de Sécession, et que subissent les personnages, dont les tentatives pour incarner la dignité due à un rang qui ne s’exprime plus que par de lointaines ascendances ou des propriétés hypothéquées sont systématiquement ridiculisées et rapportées au pathétique.

Cette idée n’est pas symbolisée par la décomposition, la moisissure, a prolifération de quelque chose de vivant sur quelque chose de mort, mais plutôt présentée du côté de l’immobilisme, de la lourdeur et de la poussière. Elle peut porter sur un décor intérieur (« Une rose pour Emily ») ou sur l’environnement et le climat (« Septembre ardent »). Le seul cas dans lequel cette décomposition apparaît plus « vivante »  est celui où elle porte sur un personnage (Emily Grierson), présenté comme gonflé d’humidité et d’une pâleur morbide à la manière d’un cadavre blafard. Le déni de la mort et la tentative d’arrêter le temps pour retenir la vie se soldent par l’échec de l’apparition de symptômes macabres sur un corps bien vivant. À l’inverse, les efforts pour consolider, réparer et entretenir une propriété sur le long terme se voient récompensés, non pas par la récupération de la propriété, mais par le réconfort consolateur de l’amour, qui vient panser la douleur du deuil (« La chevelure »).

Enfin l’humour tout particulier de Faulkner s’exprime par le cynisme qui sous-tend l’écriture et transpire à chaque page, véritable arme de défense contre la mesquinerie et la cruauté ambiantes, virant parfois au burlesque. Il est difficile d’en rendre compte autrement que par des citations :

« Une rose pour Emily » :

 

Seule et dans la misère, elle s’était humanisée.

Aussi le lendemain tout le monde disait « elle va se tuer », et nous trouvions que c’était ce qu’elle avait de mieux à faire.

Dieu me damne, Monsieur, prétendez-vous aller dire en face à une dame qu’elle sent mauvais ?

 

« La chevelure » :

 

On ne peut pas dire d’une femme qu’elle naît vicieuse car elles le sont toutes de naissance, c’est chez elles quelque chose d’inné.

En vérité pour elles, les brebis galeuses, celles qui ont la malchance d’être femmes trop tôt, il n’y a que les hommes qui sachent se montrer indulgents.

Il avait nettoyé les deux tombes, il n’avait sans doute pas voulu déranger Starnes en nettoyant la sienne.

 

 

« Soleil couchant » :

 

Le geôlier coupa la corde et ranima Nancy, puis il la battit, la fouetta.

 

« Septembre ardent » :

 

Voyons, vous savez aussi bien que moi qu’il n’y a pas de ville où on ait de meilleurs nègres que chez nous.

 

 

En nous excusant par avance pour les insuffisances du style et de l’écriture, nous avons choisi de résumer chacune des nouvelles du point de vue de leur narrateur, ce qui nous semblait à la fois rompre une certaine monotonie fréquente dans ce type de présentation, mais surtout rendre justice à la particularité narrative et humoristique de l’auteur, qui nous a paru difficile à transcrire autrement.


« Une rose pour Emily »

Quand Miss Emily est morte, on est tous allés à son enterrement. Non pas qu’on se souciait particulièrement d’elle, mais surtout qu’on était curieux de voir à quoi ressemblait sa maison depuis le temps que plus personne n’y avait mis les pieds. Les Grierson, ça n’était pas n’importe qui, des gens pas comme nous qui se seraient jamais abaissés à demander la charité mais qui payaient pas d’impôts pour autant, et Dieu seul sait pourquoi.

Un sacré tempérament cette Emily, jamais mariée, on aurait dit qu’elle gardait la maison depuis la mort de son père. Elle n’avait pas voulu qu’on retire le corps, elle disait qu’il n’était pas mort, et il a presque fallu forcer sa porte pour pouvoir le mettre enfin en terre. Quand cet homme s’est présenté, le contremaître Homer Barron, toute la ville a eu pitié d’elle. Les gens disaient qu’elle ne pouvait pas l’épouser, noblesse oblige, sans vraiment savoir ce que ça voulait dire. Alors ils ont fait venir ses cousines, et puis Homer Barron est parti. Quand ses cousines sont parties, Homer Barron est revenu. C’est un voisin qui nos a raconté ça, qui a vu le nègre lui ouvrir la porte de la maison la nuit tombée.

C’est comme pour l’arsenic, l’apothicaire nous l’a dit, pas moyen de lui faire dire, à Miss Emily, quel usage elle pouvait bien vouloir en faire. Il lui a vendu quand même. Fallait pas lui refuser quelque chose, à Miss Emily. Elle ne disait rien, mais elle restait là, droite et digne, à vous regarder avec ses petits yeux noirs comme du charbon, qui portaient tout le mépris et la froideur de sa race.

Non, les Grierson n’étaient pas de gens comme nous, quand bien même leur maison tombait en ruine et la folie gagnait leur famille. Et c’est pour ça que quand le problème de l’odeur est apparu, personne n’a voulu s’en charger. Des hommes ont répandu de la chaux à la nuit tombée autour de la maison, et puis quelques semaines plus tard, Miss Emily a fermé le premier étage et l’odeur est partie. On savait qu’il faudrait forcer la porte de la chambre au premier étage après sa mort, mais dans cette vieille maison sombre, poussiéreuse et craquelée, qui aurait pu dire ce qu’on y a trouvé ?


« La chevelure »

Cette fille, personne ne savait d’où elle venait. On disait qu’elle était orpheline, et  que les Burchett l’avait recueillie, pour l’élever avec leurs propres enfants. Et y’avait ce type, les gosses l’avaient baptisé Hawkshaw — mais il s’appelait Henry Stribling en réalité — qui est arrivé cinq ans après elle. On dit que c’est le seul qui a réussi à la décider à entrer dans le salon de coiffure. Il lui donnait deux ou trois pastilles de menthe à chaque fois, alors qu’aux autres enfants il n’en donnait qu’une. C’est Maxey son patron qui m’a raconté ça, et aussi que Hawkshaw était le meilleur coiffeur pour enfants qu’il ait jamais eu. Pourtant ce dernier avait sillonné tout le pays, en ne restant qu’un an dans chaque salon, alors qu’il était tellement doué qu’il aurait aussi bien pu ouvrir le sien. C’est moi qui me suis renseigné là-dessus, quand on est voyageur de commerce on entend bien des choses. Comme son histoire avec cette fiancée qu’il avait à Division, pendant qu’il faisait ses études de coiffure. On dit que quand le père de la jeune fille est mort –Starnes qu’il s’appelait  — elle a fait appeler Stribling, et c’est lui qui a payé l’enterrement, vu que le vieux Starnes n’avait jamais gagné sa vie qu’en hypothéquant les biens de sa famille, qu’on disait du beau monde.

Et puis la jeune fille, une fille maigriotte et délicate à ce qu’on m’a dit, a attrapé je ne sais quelle fièvre. Il a été appelé à nouveau pour lui couper les cheveux, des cheveux blonds-bruns, et il a payé son enterrement aussi – vous savez comment sont les médecins de la campagne, tout au plus capables de soigner les bêtes. On dit qu’elle délirait à la fin et ne le reconnaissait pas. Elle ne faisait que répéter « l’hypothèque, papa n’aurait pas aimé la voir comme ça, fais venir Henry, il faut prendre soin de maman ». Alors il a commencé à rembourser l’hypothèque, chaque année, lorsqu’il venait voir la mère de la jeune fille pour les deux semaines de Pâques.

Toujours est-il que quand il est arrivé à Jefferson, il a commencé à coiffer cette gamine, Susan, avec ses cheveux ni blonds ni bruns, et il ne laissait personne d’autre le faire à sa place. Et quand la gamine a grandi, et commencé à devenir vicieuse, comme le deviennent toutes les femmes si on ne les marie pas à temps, personne n’osait rien dire sur elle quand il était au salon, on attendait qu’il soit parti, comme il le faisait tous les ans pour ses deux semaines de vacances. Et puis un jour je suis allé à Division et j’ai appris que Hawkshaw avait fini de rembourser l’hypothèque, après la mort de Mrs Starnes. Il avait mis 17 ans. Quand je suis rentré à Jefferson il avait disparu et la gamine aussi.


« Soleil couchant »

Nancy a peur du noir. Nancy c’est la négresse qui fait la lessive pour nous, mais aujourd’hui Dilsey est malade alors Nancy est restée faire la vaisselle. Maintenant elle a fini la vaisselle et elle ne part pas. Dilsey aussi est une négresse, mais Jason, Caddy et moi on n’est pas des nègres. Papa veut raccompagner Nancy, alors Maman n’est pas contente, elle dit qu’il se soucie plus de la sécurité de cette négresse que de celle de sa femme et ses enfants. Nancy a peur de Jésus aussi je crois. Jésus c’est son mari, il était parti mais elle dit qu’il est revenu et qu’il l’attend avec son rasoir dans le fossé. Un soir, Nancy est restée dormir dans la cuisine mais pendant la nuit on a entendu du bruit, et papa est remonté avec son revolver et le matelas de Nancy alors elle a dormi avec nous dans la chambre. Maintenant Dilsey est rétablie et Nancy dit qu’elle jouera avec nous si on demande à Maman de la laisser dormir dans notre chambre. Mais Maman dit qu’elle ne veut pas de nègres dans les chambres. Jason dit qu’il veut du gâteau au chocolat. Papa dit qu’il va raccompagner Nancy. Maman est fâchée. Jason dit qu’il se taira s’il a du gâteau au chocolat. Papa lui dit que pour le gâteau il ne sait pas, mais il sait bien ce que Jason va avoir s’il ne se tait pas.

On est sur le chemin avec Nancy, elle nous a promis de jouer si on la raccompagnait, parce que Papa ne voulait pas le faire. Elle nous a raconté une histoire mais l’histoire n’était pas drôle, il y avait un fossé et une reine qui avait peur de le traverser. Maintenant Nancy ne dit rien, elle ne veut pas qu’on passe la porte et elle a l’air de n’être plus là. La porte est barrée et Jason pleure, il veut rentrer. On entend du bruit dehors et Nancy se met à pleurer. C’est papa qui vient nous chercher, il dit à Nancy d’aller chez la mère Rachel. Nancy dit que quand on sera sortis elle ne sera plus là, qu’elle a vu un présage.

On l’a laissée devant le feu. Elle n’a pas barré sa porte et elle est restée tranquille assise devant le feu, à chantonner. Caddy a demandé ce qui allait arriver et Papa lui a répondu rien. J’ai demandé qui allait s’occuper de notre linge maintenant. Caddy a dit à Jason que c’était un rapporteur et un trouillard, et Jason a dit que c’était pas vrai.


« Septembre ardent »

Moi tout ce que je dis, c’est que je connais Will Mayes, et qu’il n’aurait jamais fait quoi que ce soit  à Miss Cooper. Non pas que je sois négrophile mais après tout, Messieurs, une dame de quarante ans qui n’est pas mariée ne croit-elle pas facilement à des intentions qui… Non je ne suis pas du Nord, je suis né ici aussi mais je dis simplement qu’il faudrait chercher à savoir la vérité… Non je ne lui cherche pas d’excuses mais Messieurs, je vous dis que je le connais et que… Oui en effet ce n’est pas la première fois que ça lui arrive, rappelez-vous cette histoire d’homme monté sur le toit pour la regarder se déshabiller… Non, personne ne s’attaque à vos mères, vos femmes ou vos sœurs, voyons calmez-vous, informez-vous d’abord et… Ne partez pas, où allez-vous ?

Non je ne veux pas venir avec vous, mais vous savez aussi bien que moi qu’il n’y pas de ville où on ait de meilleurs nègres que chez nous. Ce que la ville va penser de moi ? Juste lui dire un mot ?

Mes amis voyons, vous voyez bien que s’il est ici à son travail il n’a rien à se reprocher. Pourquoi le mettre dans l’auto ? Je l’ai frappé oui, mais il m’a atteint à la lèvre en se débattant. Laissez-moi sortir de cette voiture, John ! Non Will, je n’entends pas ce que vous dites, je vais sauter de cette voiture vous m’entendez ?

La nouvelle conclut ainsi le recueil :

On eût dit que le monde gisait dans l’obscurité, abattu, sous la froideur de la lune et l’insomnie des étoiles.


Gaëlle Pontreau, AS édition-librairie.

 

 

William FAULKNER sur LITTEXPRESS

 

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  William Faulkner Sanctuaire

 

 

 

 

 

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William Faulkner Lumiere d aout

 

 

 

 

 

 

 

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Faulkner le caid 

 

 

 

 

 

 

Fiche d'Angélique sur Le Caïd et autres nouvelles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

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