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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 07:00

Tolstoi-La-mort-d-Ivan-Illitch.jpg


 

 

 

 

 

 

Léon TOLSTOÏ
La Mort d'Ivan Illitch
suivi de Maître et serviteur

et de Trois morts

1ère édition : 1886 (Russie)

traduction :

Michel-R Hoffmann

Boris de Schoelzer

Jean Wladimir Bienstock

Le Livre de Poche
Collection Classiques


 

 

 




Cette édition de La Mort d'Ivan Illitch regroupe trois nouvelles de Tolstoï ayant pour thème commun la mort.



« La Mort d'Ivan Illitch »

Ivan Illitch, brillant juriste, mène une vie paisible et ordinaire, aimé de sa famille et de ses amis. Cette existence sans heurt est pourtant interrompue par une maladie inexpliquée, qui, petit à petit, a raison de lui. Dans sa longue et douloureuse agonie, il comprend le mensonge dans lequel il était et demeure plongé : peu à peu le masque tombe, dévoilant des médecins incompétents, une femme acariâtre, des amis intéressés. Une société hypocrite et vaine évitant la question pourtant primordiale de la mort et, par là-même, celle de la vie. Une société dont il faisait partie, dont nous faisons tous partie.

« Comme dans un miroir, il s'était vu en eux, avec toute sa vie, et s'était rendu compte que la réalité n'était qu'un monstrueux mensonge, destiné à cacher et la vie et la mort. »



« Maître et Serviteur »

Vassili Andréitch Brékhounov est un riche - et avare - marchand. Alors qu'il part avec son garçon de ferme Nikita marchander une forêt voisine, il est surpris par une tempête de neige et s'égare. Forcés à passer la nuit dans un champ enneigé en pleine tempête, les deux hommes tentent de survivre jusqu'au matin, chacun à leur façon.

« Est-il mieux ou moins bien dans ce monde où il s'est réveillé après sa mort définitive ? A-t-il éprouvé une déception ou bien a-t-il trouvé là-bas précisément ce qu'il attendait et espérait ? Nous le saurons tous bientôt. »



« Trois Morts »

Malade de la poitrine, Maria Dmitrievna veut se faire soigner en Italie, mais ne peut supporter le voyage. Pendant ce temps, dans un relais, le vieux Fédor vit ses derniers instants, et cède ses bottes au petit Sérioja, en échange de la promesse de lui ériger une pierre tombale. Celui-ci abattra un arbre pour lui construire une croix.

« Les feuilles luisantes, calmes, murmuraient dans les cimes, et les branches des arbres vivants s'agitaient lentement, majestueusement au-dessus de l'arbre abattu, mort. »



Dans le recueil La Mort d'Ivan Illitch, Léon Tolstoï nous présente six morts, toutes de causes différentes mais comportant des points communs. Dans chacune des trois nouvelles, la mort amène à une réflexion du personnage sur cette dernière et indirectement sur la société, afin d'inciter le lecteur à en tirer des leçons.

D'abord, le recueil est une réflexion sur la mort. Il s'agit d'un thème difficilement abordé par les hommes – autant dans la réalité que dans le recueil – et Tolstoï place le lecteur face à elle, le forçant à y réfléchir.

Le lecteur doit d'ailleurs aussi réfléchir sur leur attitude par rapport à elle. Il critique, notamment dans « La mort d'Ivan Illitch », cette attitude qui devient un réflexe d'éviter l'évocation de la mort, voire de ne pas se sentir concerné. Ivan Illitch, pour prendre la première nouvelle comme exemple, comprend ainsi avec amertume que, contrairement à ce qu'il avait pu croire, il est « un homme en général », soumis aux mêmes fatalités que les autres.

Tolstoï ne propose pas que des réflexions d'une parfaite neutralité, mais aussi des opinions plus personnelles. Par exemple, il réfléchit au rôle de l'entourage de la personne à l'agonie. Très souvent, cet entourage rend la mort encore plus difficile. Ainsi, dans « La mort d'Ivan Illitch », la compagnie du docteur et de son épouse devient insupportable à Ivan et il finit, à l'article de la mort, par ordonner qu'on le laisse enfin seul. Dans « Trois morts », Maria Dmitrievna ordonne à sa cousine de ne pas pleurer car cela rend les choses encore plus pénibles pour chacun. Ce comportement du malade, qui pourrait sembler choquant, est en réalité tout à fait recevable. À chacun d'y songer.

Autre exemple : le rapport à la religion. Dans ce recueil, la religion est inutile face à la mort, voire est présentée comme un moyen employé par les superstitieux pour se guérir. Ivan Illitch a ainsi brièvement l'idée de se soigner à l'aide des saintes images, mais se souvient vite que cela ne changera rien. Dans « Maître et serviteur », voyant la situation devenir critique, Vassili Andréitch supplie Saint Nicolas de lui venir en aide, mais se rend rapidement compte qu'entre la promesse de cierges et la réalité, il ne peut y avoir aucun lien. Les seules à accepter ce genre de solutions sont les femmes, comme Maria Dmitrievna de « Trois morts » qui trouve une certaine paix en se confessant.

Dans ses textes, Tolstoï semble même dévoiler un espoir bien à lui. Le mort trouve toujours un certain accomplissement, une certaine sérénité dans la mort. Dans « La mort d'Ivan Illitch », Piotr Ivanovitch, un des prétendus amis du défunt, est intimidé par l'expression sévère et accomplie d'Ivan Illitch. Dans « Maître et serviteur », Vassili Andréitch « rêve » de sa propre mort, rêve où ses attentes (de Dieu ?) sont satisfaites, où il trouve le bonheur.

Le recueil propose donc des réflexions sur le thème de la mort, mais ce thème peut être élargi à celui de la société, car les personnages sont en conflit avec leur entourage, justement à cause de cette mort prochaine.

Ensuite, le recueil incite à une réflexion sur la société, mais pas uniquement sur cette dernière face à la crainte de la mort.

Ce qui frappe lorsqu'on lit « La mort d'Ivan Illitch », c'est cette hypocrisie permanente qui entoure le personnage. Il sait qu'il va mourir, son entourage le sait, son médecin aussi, probablement, mais tous autour de lui le nient. Plus encore, dès les premières pages, on nous montre des amis affligés de son décès... mais qui en leur for intérieur ne pensent qu'à l'avancement qu'ils pourront obtenir, voire finissent par se réjouir de le voir mourir à leur place. « Faut-il qu'il ait été godiche, cet Ivan Illitch ! Ce n'est pas comme nous autres !... »

Les seuls personnages à accepter la mort d'Ivan Illitch sont son fils et son serviteur. Dans chaque nouvelle, les personnages issus de milieux modestes, comme les paysans et les domestiques, acceptent plus facilement la mort. Dans « Maître et serviteur », Nikita la sent arriver, et cette pensée ne lui semble pas « très désagréable ou trop effrayante ». En effet, étant plus proches de la nature, ou menant une vie difficile au service des autres, ces personnages sont plus à même d'admettre la fatalité.

Quant au fils d'Ivan Illitch, étant jeune, il n'a pas encore été perverti par la société. En effet, il est insinué dans le recueil à plusieurs reprises que plus les individus sont haut placés dans la société, plus ils sont hypocrites et incapables de compassion.

Le lecteur doit prendre ces exemples pour lui et son entourage. Certes, les rapport de classes sociales ne sont en principe plus tout à fait les mêmes dans la France moderne, mais se posent tout de même les questions de la sincérité, du comportement à adopter envers autrui.

En conséquence, on peut déduire l'intention de l'auteur de prôner une vie simple, proche de la nature et surtout éloignée des perversions sociales qui incitent les individus à fuir leur mort et par là-même à fuir une partie à ne pas négliger de leur vie.

Tolstoï défend des valeurs altruistes. Cela est illustré dans « Maître et serviteur », où Vassili Andréitch, voyant que le froid s'intensifie, est tenté de partir seul afin de sauver sa vie. Il échoue et revient auprès de Nikita. Il fait alors le sacrifice de sa vie pour protéger son serviteur du froid, et cela le rend heureux. Ces valeurs altruistes sont cependant indépendantes de la religion dans le sens où c'est à chacun de les trouver et de les appliquer par soi-même.



En conclusion, La mort d'Ivan Illitch ne répond pas à la question sur la nature de la mort. Le lecteur doit être actif, doit réfléchir par lui-même aux pistes proposées par l'auteur sur le sens de la mort, de la vie, les perversions de la société...

Mais ce recueil, en dépit de son titre, n'est pourtant pas pessimiste. Il propose en fin de compte un espoir dans la mort : l'atteindre, c'est se réconcilier avec soi. La note finale du recueil est d'ailleurs que, quoi qu'il arrive, la nature et la vie triompheront toujours.



Avis personnel

Il est selon moi nécessaire de dire qu'il est facile de lire Tolstoï – du moins ce recueil. L'écriture est fluide, il n'y a pas de grandes descriptions et aucun mot particulièrement ardu. À ceux qui hésitent : tentez, ce n'est pas parce qu'il s'agit d'un classique russe que cela est illisible.

Ensuite, ce livre est intéressant pour sa description de la société russe : les différences de classes, les goûts de la haute société... Il est amusant de voir les aristocrates considérer que parler français est du dernier chic et lire la Gazette. Et, quelque part, on ne se sent pas dépaysé ; Russie et France se ressemblaient plus que ce que l'on pourrait croire.

Je conseille ce recueil à tous ceux qui désirent commencer leur culture littéraire russe, ou à ceux qui réfléchissent et remettent en question leur façon de vivre.

Note : « Illitch » semble parfois s'orthographier avec un seul « l ».


Lauralie, 1ère année Éd.-Lib.   

 

 

Léon TOLSTOÎ SUR LITTEXPRESS

 

Leon-Tolstoi-La-guerre-et-la-paix.gif

 

 

 

 

 Article de Catherine sur La Guerre et la Paix.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 07:00

Holder-nouvelles-du-nord.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éric HOLDER
Nouvelles du Nord et d’ailleurs
Le Dilettante, 1998


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« L’homme est un être inconsolable et gai », disait Jean Anouilh.

Le recueil de nouvelles d’Eric Holder Nouvelles du Nord et d’ailleurs illustre bien cette drôle de rivalité, entre une vitalité essentielle et l’implacable avancée du temps.

À commencer par la couverture, solaire et dynamique, au cœur de laquelle se niche  une carte de France aux couleurs un peu passées. Déjà, les principaux thèmes de l’ouvrage sont donnés : voyages, cadence et mémoire.

Au fil des pages, le lecteur se laisse guider par l’écriture d’un voyageur peu commun au travers d’historiettes souvent drôles ou plus graves. Comme souvent, Éric Holder fait le récit de rencontres, de relations amicales, familiales ou amoureuses avec en toile de fond une réflexion sur le seul autre témoin de ces vies, qu’il prenne la forme de l’enfance perdue, de la jeunesse déjà consommée ou de la vieillesse qui viendra trop vite.

En opposition à ce temps imposé et souvent un peu lourd, l’auteur joue avec les mots et leurs sonorités et rend dynamisme et vitalité aux souvenirs, sans jamais se départir d’une certaine pudeur qui confère au texte une dimension poétique et sincère, parfois piquante, mais toujours attachante.

Ainsi, le rythme et le choix des mots laissent entrevoir un auteur libéré du carcan des conventions littéraires classiques, où l’on devine cependant  les échos de lectures fondatrices, comme Gérard de Nerval ou Swift.

Des voyages donc, des lectures, des amis et toujours, toujours, faire renaître le souvenir, l’observer d’un œil amusé, l’enlacer tendrement, et parfois, aussi, savoir s’en détacher, « enclencher la vitesse, et partir pour de bon ».


Laura, 1ère année Bib.-Méd.

 

 

 

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 07:00

Toshiyuki-Horie-Le-Marais-des-neiges.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

HORIE Toshiyuki
堀江 敏幸
Le marais des Neiges
雪沼とその周辺
Yukinuma to sono shûnen
initialement publié au Japon
par Shinchôsha (2003)
traduit du japonais
par Anne Bayard-Sakai
Nrf Gallimard 2012







Horie-Toshiyuki.jpg

 

 

 

 

Quelques Indications biographiques sur Evene


 

 

 

 

 

L'écriture de Toshiyuki Horie est très souple, ample et nous invite à voir Le Marais des Neiges par l'intermédiaire de certains de ses habitants, de leur histoire qui peut se déployer le temps d'une soirée – c'est le cas dans « Les points de repère » – ou plus longuement, mais la plupart du temps, la narration se déploie sur un temps très court avec des explorations du passé.



Le marais des neiges : un lieu qui relie toutes les nouvelles entre elles.

Tous les personnages sont liés à ce lieu.

 « Au jardin d'orties » :« Madame Oruchi ne s'était jamais mariée, et si désormais personne ne se formalisait de ce genre de situation, dans les environs du Marais des Neiges il y a trente ans c'était une raison suffisante pour que l'on vous voie d'un mauvais œil. » (p. 46).

Une référence à son école de cuisine est faite dans une autre nouvelle :


« Les feux » :  « tant qu'à faire, elle voulait que la nourriture soit la meilleure possible et, ayant obtenu son permis, avait convaincu Yōhei de la laisser aller suivre un certain temps des cours dans une étrange école de cuisine située au milieu d'une pente du Marais des Neiges. » (p. 103).
 

« Les berges en terrasse » : « Il réussit à joindre Monsieur Aoshima à l'usine, mais cette semaine, celui-ci devait déjà intervenir sur une remontée mécanique de la station de ski du Marais des Neiges et pour le démontage des pinspotters du vieux bowling qui venait de fermer, si bien qu'il ne pouvait se libérer avant dimanche. Décidément, il ne changerait jamais, à vouloir explorer ces machines inconnues, rit Monsieur Tanabe. » (p. 86).
 
On en déduit donc que les nouvelles suivent peut-être un ordre chronologique puisque « Les points de repère » (première nouvelle du recueil) est le récit de la dernière soirée du bowling et que dans « Les berges en terrasse », le bowling est déjà fermé.

 « Empiler des briques » :  « C'est pour les mêmes raisons qu'il s'était jadis passionné pour le ski, appris sur les pistes tranquilles de la station municipale du Marais des Neiges. » (p. 131).
 
 « Le versant en pente douce » : « Monsieur Kasuki, comme son ami disparu, était né dans une petite ville nommée Marais des Neiges, située au pied des montagnes, et à proximité de l'école primaire qu'ils fréquentaient il y avait une station de ski municipale. » (p. 183).



Deux nouvelles m'ont particulièrement touchée, « Les feux » et « Au jardin d'orties ».

 « Les feux »

La chute est empreinte d'une grande mélancolie, les personnages de Yōhei et sa femme sont très touchants, ils font face au destin, et notamment à la mort de leur fils de manière très noble. Yōhei est professeur de calligraphie et cette activité semble avoir envahi tout son être au point qu'il se confond avec cette activité. Or la calligraphie est une activité qui a un sens très profond au Japon, elle fait partie de son identité et a une porté philosophique. Comme dans les arts martiaux, c'est tout le corps qui s'exprime. Dans cette nouvelle, on voit que le souffle est très important pour la pratique de cette discipline : Yōhei a une diction particulière, lente et très posée. La mort du fils signifie-t-elle l'impossibilité de transmettre les traditions ?

Cependant, il n'y a dans ce recueil aucune tonalité tragique ; tout, et même les drames, se fait en douceur et avec beaucoup de poésie. En est-il de même quant à l'évolution des traditions au Japon : une évolution douce qui passe ainsi quasiment inaperçue ?



Le recueil fait une part belle à l'interculturalité tout en rendant hommage à la culture japonaise dans ce qu'elle a de plus profond : l'interculturalité ne peut avoir lieu que si chacun a sa propre identité.

De nombreuses références culturelles européennes jalonnent ces nouvelles : la musique dans « Empiler des briques », Alain-Fournier et la littérature française dans « Au jardin d'orties », mais aussi des skieurs français et la porcelaine de Limoges, toujours dans « Au jardin d'orties ».

 


 « Au jardin d'orties »

Une femme, Madame Oruchi, vient de mourir. Elle tenait une école de cuisine et s'était installée au Marais des Neiges après avoir quitté son école de Tokyo. On la considérait comme ayant toujours été célibataire.

Trois personnes la pleurent et s'interrogent sur la signification de ses dernières paroles, Madame Saneyama, Monsieur Kisuchi et Yōko.

 « Oruchi » peut signifier « ortie » or elle préparait une soupe à l'ortie, mets dont la saveur laissait Madame Saneyama perplexe. Bien qu'étant une de ses disciples, elle n'appréciait pas cette soupe, ce goût d'ortie. D'un point de vue symbolique, ce nom signifie pour Madame Saneyama la part d'ombre qu'elle ne pouvait pas comprendre chez Madame Oruchi, une part de sa personnalité culinaire, manifeste dans son nom, la déroutait... L'ortie pousse également en France et Madame Oruchi se faisait livrer de la vaisselle de Limoges : elle a clairement une relation avec la France. Elle remplace progressivement sa vaisselle abîmée ; cependant des nuances de couleur interviennent, même dans le cas d'une vaisselle très simple  :

 « Madame Oruchi possédait des pièces de vaisselle en simple Limoges blanc, en nombre correspondant à celui des couverts du restaurant, et avait pour principe de remplacer les pièces une à une , au fur et à mesure qu'elles étaient ébréchées ou cassées, dès lors que le service était en stock. De subtiles différences de teintes pouvaient exister selon les périodes, même dans les gammes de produits les plus classiques du fabricant, le design aussi pouvait changer, et tout cela menaçait de compromettre le maintien d'un ensemble harmonieux , mais elle expliquait qu'elle se refusait à changer tout son service sous prétexte qu'un seul élément aurait été manquant et se contentait d'acheter juste ce qui était nécessaire. » (p. 45).
 
Ce métissage subtil dans sa vaisselle peut renvoyer au métissage culturel qui la caractérise et fait partie de son mystère.


Alain-Fournier-Miracles.jpg
« Le miracle de la fermière » est extrait du recueil Miracles écrit par Alain-Fournier, une œuvre qui figure dans la bibliothèque de Madame Oruchi. Une étudiante qui rédigeait un mémoire intitulé Meaulnes en tant que voisin était venue consulter cette bibliothèque et avait traduit cette nouvelle en japonais.

 Il est intéressant de constater que les protagonistes, après avoir pris connaissance de l'intrigue, vont s'interroger sur le titre « Miracles ». Ils s'attendaient plutôt à une œuvre religieuse. Or le choix de ce texte n'est pas anodin : le « miracle » décrit dans « Le miracle de la fermière » est très humain, aucune force divine n'intervient dans l'intrigue. C'est plutôt le miracle de la volonté de la fermière qui est décrit. Or ce récit entre parfaitement en résonance avec les destinées décrites dans Le Marais des neiges : derrière la banalité des destinées et des drames ou des joies de chacun se trouve sans doute un miracle : le miracle de la vie.

Il s'avère que Madame Oruchi avait souligné un passage assez significatif du récit, ce qui va mettre Madame Saneyama sur une nouvelle piste quant à la signification du dernier mot prononcé par la femme disparue.

Nous suivons dans ce récit le raisonnement des trois personnages, et notamment celui de Madame Saneyama qui va lire « Le miracle de la fermière ». Nous entrons pour ainsi dire dans l'esprit de la lectrice qui va progressivement faire le lien entre ce récit et Madame Oruchi. Ce jeu de poupées russes entre une œuvre d'un auteur français et la réflexion d'une femme japonaise sur la signification du dernier mot prononcé par une professeure de cuisine installée au Marais des neiges produit un effet littéraire des plus percutants du point de vue du dialogue des cultures.



Des « chutes » qui laissent la narration en suspens, de manière très poétique.

La dernière nouvelle du recueil « Le versant en pente douce » se termine de manière très poétique comme pour clore tout le recueil d'une tonalité lumineuse et pleine d'espoir. On ne peut donc pas dire que ce recueil soit la description d'un monde en déclin, mais plutôt qu’il évoque un monde où le temps fait son œuvre de manière, pour ainsi dire « naturelle ».



Le temps qui passe... une certaine mélancolie   .

Dans « Les berges en terrasse » Monsieur Aoshima peut être perçu comme une allégorie du temps au Marais des Neiges. Ce temps semble suspendu ; or on se rend compte que, à l'image de la modernité du reste du pays et des changements profonds qui ont eu lieu, le Marais des Neiges n'est certainement pas épargné.

« Quand je le vois [Monsieur Aoshima], je n'ai vraiment pas le sentiment qu'il ait vieilli, murmura Monsieur Tanabe en lui-même. Alors qu'il allait atteindre le milieu de la soixantaine, l'atmosphère qui entourait son corps n'avait absolument pas changé avec le temps. Alors qu'autour de moi cette simplicité, cette transparence ont disparu au cours des dix dernières années. Trop de gens confondaient la simplicité, la netteté, avec l'efficacité. Ce n'était pas parce que les choses étaient efficaces qu'elles étaient forcément simples, idée manifestement incompréhensible pour les gens qui dominaient maintenant le monde. Le Marais des Neiges était peut-être une exception, mais le paysage que l'on voyait défiler le long de la route était quasiment identique à celui qu'offrait une autre ville cinquante kilomètres plus loin. On trouvait d'immenses parkings, avec au bout une construction genre préfabriqué abritant un supermarché et une salle de pachinko. L'affaissement de terrain ne menaçait-il pas le fond de la vallée plutôt que les terrasses inférieures des berges qui le soutenaient ? » (p. 87).
 
Cependant, nous le voyons dans la chute de la nouvelle, la vitalité de Monsieur Aoshima n'est peut-être pas si inchangée que ça... Le marais des neiges n'est donc pas un lieu hors du temps.

Dans « Empiler des briques » (p. 134) Monsieur Hasune, disquaire, déprime en raison de l'apparition du cd :

 « Les choses avaient commencé à se gâter vers le moment où était apparue une rumeur annonçant la mise au point de nouveaux supports musicaux qui s'appelleraient "disques compacts", rumeur bientôt confirmée. »

 […]

 « Il avait déprimé, passé des jours à se morfondre, et avait commencé à manquer souvent le travail, même si ce n'était jamais sans prévenir. »

 « Il ne cessait de passer les disques à l'ancienne qu'il avait gardés plutôt que de s'en débarrasser et, pour faire entendre les disques compacts, il utilisait une borne d'entrée d'appoint qu'il avait demandé au père Yoshida d'ajouter au dispositif existant. » (p. 136).



L'espace

Le rapport à l'espace est un élément que l'on retrouve dans plusieurs nouvelles (« Les points de repère », « Empiler des briques », « Les berges en terrasse ») avec souvent une faille dans les repères ou une volonté de s'adapter à l'espace via divers subterfuges.

Parallèlement à cette recherche d'harmonie avec l'espace est peint par petites touches un tableau du marais des neiges que l'on peut de mieux en mieux visualiser, même s'il reste très mystérieux. Il s'agit plutôt de quelques indices qui sont donnés au lecteur à partir desquels il va pouvoir imaginer un lieu.



La poésie de ces textes

Des images, mais toujours sans emphase, parcourent les textes. Une très jolie métaphore est utilisée dans « Les feux » : le professeur de calligraphie, est comparée à une plume. Cette métaphore est empreinte d'une grande douceur mais aussi d'une tonalité plus sombre, celle de la tragédie discrète que nous vivons tous : le temps qui passe.

Vous trouverez dans ce recueil des hommes et des femmes dont les destinées se trameront en pointillé dans votre esprit de lecteur. Beaucoup d'espace est laissé à l'imagination, au non-dit. C'est peut-être cela le principe du vide dans l'art asiatique : le vide a autant d'importance et de signification que le plein. Toutefois, peut-être comme moi, certaines nouvelles vous laisseront perplexe et vont demanderont une relecture. Pour apprécier ce recueil il faut accepter les mystères simples de la vie, la poésie qui peut se dégager d'une boule de bowling, d'une pousse d'ortie ou d'un livre, d'une machine de découpe que vous utilisez tous les jours au travail, d'une collection de lampes, de disques ou d'un cerf-volant.

 

Toshiyuki Horie Le pavé de l'ours

 

 

 

 

 

Une autre œuvre de l'auteur traduite en français :

 

 

 

 

 

 

Marie-Laure, AS Bib.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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26 mai 2012 6 26 /05 /mai /2012 07:00

 

Joseph-O-Connor-Les-bons-chretiens.jpg

 

 

 

 

 

 

Joseph O'CONNOR
Les Bons Chrétiens
1ère édition 1991
sous le titre True Believers
Traduction de Pierrick Masquart
et Gérard Meudal
Phébus
Libretto, 2010


 

 

 

 

 

 

 

Joseph-OConnor.jpg

 

 

 

 

Biographie (source evene.fr)

Voir le site evene.fr.

 

 

 

 

 

 

Bibliographie sélective
Le dernier des Iroquois, Phébus, 2000 (Cowboys and Indians, Sinclair-Stevenson, 1991)
Les Bons Chrétiens, Phébus, 1996 (True Believers, Sinclair-Stevenson, 1991)
Desperados, Phébus, 1998 (Desperados, Flamingo, 1994)
À l'irlandaise, Robert Laffont, 1999 (The Salesman, Secker & Warburg, 1998)
Inishowen, Phébus, 2001 (Inishowen, Secker & Warburg, 2000)
Meurtres exquis, Nil, 2002 (Yeats is dead ! Amnesty education Ltd, 2001)
L'étoile des mers, Phébus, 2003 (The star of the sea, Secker & Warburg, 2002)
Redemption Falls, Phébus, 2007 (Redemption Falls, Harvill Secker, 2007)
Muse, Phébus, 2011 (Ghost light, Harvill Secker, 2010)



Les Bons Chrétiens

True Believers, Les Bons Chrétiens a été publié en 1991. Le recueil contient treize nouvelles de taille inégale. O'Connor peint l'Irlande des années 1980. À travers ses personnages, c'est tout un pays qu'il représente. Le vrai personnage principal de ce recueil est l'Irlande. Elle est présente d'un bout à l'autre. Les nouvelles ne sont qu'un prétexte à l'analyse de ce pays. Triste constat pour le lecteur que celui-ci : l'Irlande est au point mort. Le peuple irlandais est bloqué entre le désir de changement, de libération et la tradition écrasante « Le derniers des Mohicans »). La foi est extrêmement importante (« L'amour du prochain ») et toute tentative pour y échapper est vouée à l'échec (« Le derniers des Mohicans »). Le pays en lui-même est hostile, en raison de son climat (tantôt d'un froid glacial et tantôt d'une chaleur étouffante) et de son relief (les chemins étroits de la campagne opposés à la grande ville de Dublin). Autre sujet inévitable : la guerre civile en Irlande du Nord. Que ce soit pour les  membres de l'IRA (« Les collines aux aguets ») ou pour le téléspectateur, le conflit étaitt au centre de la vie irlandaise dans les années 1980. Là encore, le choix entre l'évolution et la tradition reste problématique et conflictuel.

La seule échappatoire serait-elle la fuite ? La réponse est non. Toute tentative d’évasion est vaine. Que ce soit la religion (« Le derniers des Mohicans », « L'amour du prochain »), la tradition familiale (« Les mères sont toutes les même, « L'évier », « Faux départ », « Ailsa »), les responsabilités, la société (« Le magicien d'Oz »), le passé (« Le fantôme »)ou la guerre (« Les collines aux aguets », « La fête chez les Bédouins »), la fuite se solde toujours par un échec cuisant et le retour à la case départ.

Des thèmes plus personnels sont aussi abordés: la solitude (« L'évier », « Ailsa », « Les bons chrétiens »), la mort (« La liberté de la presse »), l'alcoolisme (« Les mères sont toutes les mêmes », « Ailsa », « Le fantôme »).

La dernière nouvelle, « Les bons chrétiens », est un peu particulière. Racontée à la première personne, à travers les yeux de l'aîné de la famille (tout comme Joseph O'Connor) ce récit traite de la naissance d'une amitié entre une famille et une vieille femme, fervente croyante et pratiquante jusqu'à l'éclatement de cette famille avec le départ de la mère (O'Connor a lui-même perdu sa mère lorsqu'il était jeune). On sent bien l'inspiration personnelle de l'auteur à travers cette nouvelle, d'autant plus qu'elle se situe dans la ville où il a grandi. La manière dont elle est racontée et l'histoire en elle-même la démarquent du recueil. Il n'y aucun problème d'alcool, de guerre, de passé, la foi n'est pas un obstacle. Le seul élément perturbateur est le départ de la mère, l'éclatement de la famille. Cette nouvelle permet aux lecteurs de comprendre comment il faut aborder ce recueil : à travers les émotions des personnages. Il faut aller au-delà de ce qui est visible pour comprendre les choses. Ce sont les gens qui forment la société. Si la société va mal c'est parce que les gens vont mal.

L'Irlande est prisonnière, remplie de problèmes dont elle ne peut se débarrasser et constamment ressassés. O'Connor nous raconte son pays de manière très personnelle. Aucun autre auteur irlandais n'a cette vision de son pays. L'auteur ne juge pas, il constate. Au fond, le mal de la société irlandaise est présent dans toute société : « Peut-être est-ce cet enracinement profond dans sa terre natale qui lui permet d'avoir une aussi vaste perspective, un tel souffle. Sa lecture des émotions humaines est issue du monde auquel nous appartenons tous » (extrait de la préface d'Hugo Hamilton).



Résumé

« Les collines aux aguets » : Pendant la guerre civil, en 1989, un soldat de l'armée anglaise et un membre de l'IRA ont une relation amoureuse. Obligés de se cacher pour vivre leur histoire, ce sont aussi leurs idées et opinions qu'ils doivent mettre de côté. Une relation homosexuelle entre deux membres de partis qui se déchirent: le prix pour eux serait d'être découverts...

« e derniers des Mohicans »: l'histoire de deux amis lycéens que tout oppose : l'un, le narrateur, est très ancré dans la tradition irlandaise, ; l'autre, Eddie, artiste punk, rêve d'aller vivre à Londres. Quelques années plus tard le narrateur retrouve Eddie à Londres où il est devenu vendeur de hamburgers...

« Les mères sont toutes les mêmes » : Un jeune homme décide de dévier de son itinéraire initial pour suivre une jeune femme qui lui plaît. Mais après une nuit passée ensemble, la jeune femme se révèle bien différente de la veille ; elle cache au jeune homme un secret lourd de conséquences...

« Le magicien d'Oz » : Après une nouvelle vie ratée en Australie, un homme rentre en Irlande et rencontre un ami qui lui propose un emploi : agent d'entretien. Mais le premier jour, dans un magnifique bâtiment déserté par ses employés bien rémunérés, l'homme vole le portefeuille de l'un d'entre eux...

« Ailsa »: Un homme marié s'immisce dans la vie privée de sa voisine en volant son courrier qui s'entasse durant ses absences prolongées. Puis il va tomber amoureux d'elle...

« Le fantôme » : Lors d'une soirée très arrosée, deux couples d'amis parlent du passé. Maria raconte l'histoire de l'oncle Mike, un policier qui en 1968 a arrêté le bandit le plus recherché du pays qui, à l'époque, se faisait appeler « le fantôme ». Un jour, l'oncle Mike s'est mis à boire sans raison...

« Taxi blues » : Par une journée étouffante, un chauffeur de taxi renverse une jeune femme par accident. Lui veut l'emmener à l'hôpital mais elle refuse. Pourtant elle est enceinte...

« Faux départ » : En pleine nuit, un homme décide de quitter sa femme et pour de bon cette fois. Il prend un autostoppeur pour lui tenir compagnie. Mais est-il raisonnable de partir en pleine nuit de tempête sur les routes sinueuses de la campagne irlandaise avec cet étrange passager qui prétend sortir de prison ?

« La fête chez les Bédouins » : trois amis (le narrateur qui vient de se faire larguer, son ami alcoolique et sa copine) partent en voyage organisé en Tunisie. Le séjour est un fiasco: le narrateur est fou amoureux de la copine de son meilleur ami tandis que celui-ci se fait lamentablement remarquer sous l’emprise de l'alcool. Et puis il y a ce couple d'Anglais qui vient leur parler du conflit. Le soir, un spectacle est organisé par les autochtones en plein désert...

« L'évier » : La vaisselle dans l'évier ne ment pas : sa femme est partie. Il est enfin libre ! Libre de manger ce qu'il veut, de regarder ce qu'il veut, de laisser traîner les affaires où il veut. Mais il ne faudrait pas qu'elle tarde trop...

« La liberté de la presse » : Un accident de train a provoqué la mort de sa femme avec qui il était marié depuis trente-quatre ans. Quand il l'ont retrouvée, elle serrait dans son bras le Daily Sentinel, le fameux journal à scandale. Mais le problème c'est qu'elle ne lisait jamais le Daily Sentinel....

« L'amour du prochain » : Un prêtre irlandais vivant en Angleterre est en pleine remise en question. On ne doit pas faire ce genre de rêve lorsque l'on est prêtre. Et puis cette femme à l'église...ce ne sont pas des pensées de prêtre. Il n'y a qu'une chose qui puisset le remettre dans le droit chemin: la lettre de sa mère qu'il garde précieusement...

« Les bons chrétiens » : Un père de famille et ses trois enfants rencontrent, un jour
d'hiver, en allant à l'église, une vieille femme qui est tombée sur la glace en essayant de remplir sa bouteille en plastique d'eau bénite. Une belle amitié naît entre ces gens jusqu'à l'hiver suivant où la mère des trois enfants décide de partir. Une nouvelle vie doit s'organiser malgré la douleur et les difficultés. Puis, un jour, c'est la vieille dame qui disparaît...


Marjorie Prunet, AS Éd.-Lib.

 

 


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22 mai 2012 2 22 /05 /mai /2012 07:00

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Luis SEPÚLVEDA
Les Roses d’Atacama

traduction de François Gaudry
Métailié, 2001

Collection Suites, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Luis Sepúlveda

Luis Sepúlveda est un écrivain chilien, né le 4 octobre 1949 à Ovalle. Son œuvre, fortement marquée par l'engagement politique et écologique ainsi que par la lutte contre les dictatures des années 70, mêle le goût du voyage et son intérêt pour les peuples premiers. Son premier roman, Le vieux qui lisait des romans d’amour, traduit en trente-cinq langues et adapté au grand écran en 2001, lui a apporté une renommée internationale.

Très jeune, dès 1961, il milite dans les Jeunesses Communistes (sous Pinochet). Il est arrêté comme opposant politique et condamné à 28 ans de prison. En 1977, grâce à Amnesty International, il est libéré mais toujours condamné à 8 ans d’exil. Il en profite pour sillonner l’Amérique du Sud (Équateur, Pérou, Colombie, Nicaragua). Au cours de ses voyages, il s’intéresse aux peuples premiers et travaille comme reporter. A partir de 1982, il s’installe en Europe (à Hambourg puis dans les Asturies) où il travaille en tant que journaliste. Il continue ses voyages en Amérique du Sud mais aussi en Afrique. De 1982 à 1987, il rejoint Greenpeace en tant que coordinateur entre les différentes sections de l’organisation. Enfin, il milite au sein de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme.



Les Roses d'Atacama

Les Roses d’Atacama se présente comme un recueil de 35 nouvelles.

A travers des souvenirs de voyages ou d’histoires qu’on lui a racontées, Luis Sepúlveda se propose de faire sortir de l’ombre des personnages, vivants ou morts, qui ont été chacun à leur façon des héros. Faisant preuve d’un grand humanisme, ces héros oubliés de toutes nationalités luttent souvent contre des systèmes autoritaires ou sont simplement des personnes qui ont marqué l’auteur par leur vision du monde.

« J’admire les résistants, ceux qui ont fait du verbe résister chair, sueur, sang, et ont démontré sans faire de simagrées qu’il est possible de vivre debout, même dans les pires moments » (« Shalom, poète »).

L’auteur, dans la première nouvelle (« Histoire marginales »), explique sa démarche : pour lui, « raconter, c’est résister », résister contre l’oubli, contre le totalitarisme, contre la tyrannie car « la parole écrite est le plus grand et le plus invulnérable des refuges, ses pierres étant soudées par le mortier de la mémoire ». Ce ne sont donc pas les « héros victorieux », dont tout le monde parle, qui l’intéressent, mais ceux qui dans l’anonymat se sont battus pour une cause.

« Ce qui se passe dans les quartiers riches ne m’a jamais intéressé, en revanche, je me soucie du sort de mon quartier San Miguel, de La Granja et de La Cisterna » (« Gásfiter »).

Mettant en lumière ces destinées restées dans l’ombre, l’écriture de Sepúlveda, simple et épurée, touche d’autant plus le lecteur. Les fioritures ne sont pas nécessaires pour montrer la beauté d’un lieu, l’humanité et le courage d’un homme ou la cruauté d’un autre, et c’est là que réside la force de ce recueil. Les courtes nouvelles (trois ou quatre pages en  général) vont à l’essentiel et sont la preuve de la maestria de l’auteur, qui nous avait déjà habitué à ce style simple mais incisif et émouvant dans  Le vieux qui lisait des roman d’amour (1992) ou encore Rendez-vous d’amour dans un pays en guerre (1997).

Les Roses d’Atacama est donc un recueil de nouvelles engagées, se présentant presque comme des récits de voyage, où se succèdent des portraits de destinées singulières, plein d’humanité, de tendresse, de chaleur.



Quelques thèmes et nouvelles

La résistance et la lutte contre l’oubli sont les maîtres mots de ce recueil mais permettent à l’auteur d’aborder d’autres thèmes qui lui sont chers.


La dénonciation des États autoritaires et des abus de pouvoir.

Ayant lui-même subi les conséquences d’une dictature, exilé pendant plusieurs années, Luis Sepúlveda n’hésite pas, en mettant en avant des personnages malmenés, bafoués par des pouvoirs autoritaires, à se présenter comme un auteur engagé, luttant contre toute forme d’abus de pouvoir. En racontant un bout d’histoire de ces personnages oubliés, il s’évertue à ce que leur souvenir reste vivace et à pointer du doigt leur bourreau.

Dans la nouvelle « Un homme nommé Vidal », il raconte sa rencontre en 1977 avec un homme du nom de Vidal, chef d’un parti syndical clandestin luttant contre la toute puissance des latifundistes qui exploitent, humilient et exterminent les paysans.

« Je suis allé pour la première fois en Equateur en 1977 et la réalité y était encore la même que celle décrite par Jorge Icaza ; des gens sans droits, sans ressources, sans autre abri que la nuit froide et silencieuse, car l’obscurité leur permettait de se raconter leurs désirs et leurs rêves. Et cette année-là, j’ai connu Vidal ».

Avec ce Vidal, tantôt victorieux tantôt roué de coup par les propriétaires terriens, il assiste à des réunions clandestines et organise un programme minimum d’alphabétisation. « Il n’y en a pas beaucoup qui savent lire, mais ça ne fait rien, la parole écrite donne des forces, unit ». Après quelques années, les deux compañeros se perdent de vue, mais Vidal continue et aboutit, de nombreuses années plus tard : notre narrateur, feuilletant un journal, tombe sur un article présentant l’inauguration d’une coopérative et accompagné d’une photo de son vieil ami, « Vidal Sánchez, dirigeant syndical ». La nouvelle se termine sur une citation de Brecht : « Il y a des hommes qui luttent toute leur vie : ceux-là sont indispensables ».

Cette lutte contre le pouvoir se distingue aussi grâce à un humour particulier : dans la nouvelle « Fernando », par exemple, l’auteur nous raconte comment la ville de Resistancia prend sous son aile un vieux chien mélomane qui manifeste son mécontentement à chaque fois qu’un musicien joue une fausse note. À la mort de celui qui était devenu la mascotte du village, Sepúlveda nous raconte « qu’une souscription populaire finança son monument qui se dresse en face de la mairie, mais en lui tournant le dos, c’est-à-dire en montrant son cul au pouvoir ».


Les voyages et la sauvegarde de la nature.

Au cours de ces nouvelles, Sepúlveda nous fait voyager, d’Amérique du Sud (territoire de ses origines) jusqu’en Europe (terre d’exil), en passant par l’Asie. Militant à Greenpeace, Sepúlveda n’hésite pas à dénoncer le système capitaliste qui détruit les forêts d’Amazonie et de Laponie, ou les mers d’Europe.

« Jamais dans l’histoire de l’humanité une mer ne fut aussi mal traitée que la Méditérranée. Pillée jusqu’à l’extinction de nombreuses espèces, humiliée par toutes les formes possibles de pêches illégales, et ses eaux sillonnées par toute sorte de marins d’eau douce qui ne voient dans la mer qu’un passe-temps, un parc de loisir qu’ils pourraient tout aussi bien trouver à Las Vegas ou à Disneyworld »,

 

nous dit-il dans « Baleines de Méditerranée », où il raconte dans quelles circonstances, en 1988, il a vu des baleines près d’une côte de Sardaigne.

Toujours grâce à son style si particulier, l’auteur retranscrit à merveille les sensations, l’émotion qu’il a pu ressentir lorsqu’il traversait la forêt de Manú, les pays scandinaves ou encore le désert d’Atacama (qui donne son nom au recueil). Il parvient de ce fait à sensibiliser le lecteur à la cause écologique et à transmettre le virus des voyages («Sur les traces de Fitzcarraldo »).

« La nuit en forêt enveloppe  tout de son silence particulier construit de mille rumeurs. C’est le mécanisme prodigieux de la vie qui tend ses muscles pour faciliter l’accouchement de la « Vénus Nocturne », une petite orchidée de la taille d’un bouton de chemise, d’un violet vif, qui ouvre ses pétales aux premières lueurs de l’aube et meurt quelques minutes plus tard, car la minuscule éternité de sa beauté ne résiste pas à la lumière de Manú qui change sans cesse, selon les humeurs du ciel, de l’eau et du vent ».


L’Histoire

Luis Sepúlveda n’hésite pas à intégrer dans son recueil des portraits de personnages historiques, que l’on oublie souvent, et que les manuels d’histoire évitent de citer. Il tente de ce fait de créer Une Histoire, celles des marginaux : « J’ai connu de nombreux pays et il y a trois ans que j’ai commencé à vivre dans les Asturies, à y imaginer mes livres, à intégrer une foule de marginaux dans une histoire qui ne s’écrira jamais, mais peu importe puisque j’ai appris des Asturiens que la vie est une série de petits triomphes et de grands échec » (« Asturies »).

Il va ainsi brosser quelques portraits émouvants de résistants qui viennent combler les lacunes de notre mémoire collective : on y trouve l’histoire du poète juif Avrom Sützeker, qui devint un leader important de la lutte contre le nazisme après avoir survécu à une de leurs fusillades extérminatrices (« Shalom, poète »), celle de l’écologiste argentin Lucas Chiappe, qui lutte contre la destruction de la forêt patagonienne (« Un certain Lucas ») ou encore le récit des militantes chiliennes Carmen Yáñez et Marcia Scantlebury, qui furent torturées mais ne parlèrent pas (« La brune et la blonde »).

En définitive, Les Roses d’Atacama est une œuvre aussi belle que marquante, qu’on lit avec plaisir et émotion et qui ne laisse pas indifférent.



Bibliographie sélective

1992 :  Le Vieux qui lisait des romans d'amour
1993 :  Le Monde du bout du monde
1996 :  Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler
1997 : Rendez-vous d'amour dans un pays en guerre
1998 :  Journal d'un tueur sentimental
2001 : Les Roses d'Atacama
2003 : La Folie de Pinochet
2005 : Une sale histoire
2010 : L'ombre de ce que nous avons été
2011 : Histoires d’ici et d’ailleurs



Récompenses


Label du Prix Bernard Versele, catégorie 5 chouettes 1998
Prix Salicorne du 3e festival du Livre animalier pour la jeunesse 1998
Prix Sorcières roman 1997
Prix jeunesse Gabier du Salon du livre de Concarneau 1997
Prix de la Cité des livres, Cherbourg-Octeville 2004
Prix Mille pages jeunesse du roman 1997
Prix des CM1/CM2/6e du festival du livre pour la jeunesse "Lire aux éclats" de Sallanches, 1998
Sélection Éducation nationale (France)


Charlotte, AS Éd.-Lib.

 

 

LUIS SEPÚLVEDA sur LITTEXPRESS

 

Luis Sepulveda Histoire d une mouette 01

 

 

 

 

Article d'Anaig sur Histoire d'une mouette et du chat qui lui apprit à voler.

 

 

Sepulveda Le Monde du bout du monde Métailie

 

 

Article de Delphine sur Le Monde du bout du monde 

 

 

 

 

 

 


Luis Sepulveda Le Vieux qui lisait des romans d amour


Article d'Héloïse sur Le Vieux qui lisait des romans d'amour.





sepulveda.jpg


Articles de Julie et d'Hortense sur Journal d'un tueur sentimental

 

 

 

 

 

 

LUIS SEPULVEDA la lampe d'aladino

 

 

 Article d'Agathe sur La Lampe d'Aladino.

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 mai 2012 6 19 /05 /mai /2012 08:00

Herve-le-Tellier-Sonates-de-bar.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hervé LE TELLIER
Sonates de bar
Seghers,1991,
Castor Astral,2001.






 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si l’on devait situer Sonates de bar dans un genre, ce serait sans doute celui des nouvelles. Mais ce livre n’est pas un recueil comme les autres : on ne change ni d’univers au fil des pages, ni de personnages principaux, ni d’époque et encore moins de lieu. Toutes ces nouvelles se déroulent dans les années 60, dans un bar : le Jay’s, à l’angle d’une rue au cœur de New York. L’auteur nous propose des fragments de vie, celles du barman, des clients, d’une époque.



Herve-le-Tellier-portrait-01.jpgSonates de Bar est né sous la plume d’Hervé le Tellier, un homme plutôt polyvalent puisqu’il s’est exercé dans beaucoup de genres tels que la poésie, le théâtre, les romans et les nouvelles. Ce trait de personnalité se manifestait déjà dans ses études : mathématiques, linguistiques, journalistiques.

Il a publié environ une vingtaine d’œuvres dont une dizaine au Castor Astral, qui sont pour beaucoup des rééditions telles que Sonates de Bar. Le recueil a en effet connu plusieurs vies, puisqu’il a été publié pour la première fois aux éditions Seghers en 1991 et dix ans plus tard au Castor Astral (2001).

Il faut cependant savoir que les nouvelles avant d’être publiées chez Seghers, étaient parues dans un hebdomadaire du même nom que le recueil, sous le pseudonyme de Jay H. March, enrichies d’aquarelles de Yoko Ueta qui furent gardées dans toutes les publications suivantes. Le recueil ne compte que 80 nouvelles sur les 100 parues dans l’hebdomadaire, un choix de l’auteur.



Lire ces nouvelles, c’est comme regarder à travers un judas, entrer dans un univers qui s’impose à vous, avec des personnages donnés. Ils sont là, dans ce bar, et commandent un cocktail précis. C’est à partir de cela que le récit se met en place. Jay, le barman concocte ses boissons, souvent reflet des sentiments des personnages. Chaque cocktail est propre au client, toute leur identité repose sur ce choix qu’ils font une fois assis au comptoir. Libre au lecteur d’imaginer le pourquoi de leur venue.

« Norma a posé son sac sur le cuivre du bar, s’est assise sur un tabouret et a sorti un poudrier. Elle l’a ouvert, clic, d’un geste d’habitude, et a inspecté ses cinquante ans dans le miroir, d’un regard froid. Elle a relevé les quelques mèches blondes que la pluie avait collées sur son front ridé, et refermé le poudrier. Clac. Elle a tourné les yeux vers moi, un pauvre sourire aux lèvres : " Il y a des batailles qu’on ne gagne jamais Jay … Sois gentil, prépare-moi un Salty Dog…" ».

Toutes ces descriptions sont faites du point de vue de Jay, le barman, mais il y a quelques exceptions dans le recueil : une nouvelle révèle le point de vue d’Archi, et une autre celui de Rose, la jeune serveuse.

Archi et Rose peuvent être vus comme des personnages secondaires, le premier est un pianiste noir américain qui remplit tous les soirs le bar de sa musique : un mélange de jazz, de soul, de blues. Quant à Rose, c’est l’unique serveuse mentionnée dans le recueil, qui n’apparaît qu’occasionnellement. Enfin, nous assistons à un défilé de clients, hommes et femmes, certains plus ridés que d’autres.

Des vieux couples aux amants perdus, des solitaires habitués aux premiers maux de tête, c’est tout un éventail de visages et de personnalités qui franchit les portes du Jay’s.



Originalité de l’œuvre

Tout d’abord, c’est la présence des aquarelles de Yoko Ueta qui apporte des touches de couleurs, de fraîcheur et casse la vision du bloc texte. À chaque nouvelle son aquarelle, qui représente souvent le client ou l’ambiance qui se dégage de la nouvelle. Les aquarelles ont été gardées lors la première publication, car elles constituaient selon Hervé Le Tellier, une des principales causes du succès qu’avait remporté l’hebdomadaire.

Herve-Le-Tellier-sonates-de-bar-aquarelle.jpg


Autre aspect original, ce recueil pourrait être considéré comme un récit culinaire, puisque son auteur nous livre tout au long des nouvelles des recettes de cocktails ; on compte au total 80 nouvelles, donc 80 recettes. Cette facette de l’écriture de l’auteur se retrouve dans d’autres de ses livres comme par exemple Le voleur de nostalgie, roman également teinté de touches culinaires.

Sucré, alcoolisé, avec une pointe de nostalgie, Sonates de bar est à consommer au plus vite, avec modération, bien évidemment.



Laure, 1ère année édition/librairie.

 


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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 07:00

Mishima-Yukio-Une-matinee-d-amour-pur.gif

 

 

 

 

 

 

MISHIMA Yukio
 三島 由紀夫
« La Lionne »
Titre original : Shishi
獅子
dans Une matinée d’amour pur
朝の純愛
1965 pour l’édition japonaise
Traduit du japonais
par Ryôji Nakamura

et René de Ceccatty
Folio, 2005 pour l’édition française



 

 

 

 

 

 

 

Mishima-Yukio.jpgMishima Yukio, écrivain japonais, est né en 1925 à Tokyo sous son vrai nom, Hiraoka Kimitake. Élevé par sa grand-mère aux origines samouraï, séparé du reste de sa famille jusqu’à ses douze ans, c’est d’elle que lui vient sa passion pour la littérature et le théâtre kabuki. Il lit les classiques japonais et découvre la littérature européenne à travers Oscar Wilde, Rainer Maria Rilke et Raymond Radiguet. Mishima s’est mis très jeune à l’écriture et a été sollicité, alors âgé d’à peine 20 ans, pour écrire un feuilleton dans une célèbre revue littéraire. La Forêt tout en fleurs sera publié dès 1944. Très vite encouragé par Kawabata Yasunari, Mishima Yukio fut un auteur prolifique : romans, nouvelles, pièces de Nō et de kabuki, récits populaires. Il a obtenu une renommée internationale grâce à des titres comme Le Pavillon d’or ou la tétralogie La Mer de la fertilité. Fasciné depuis toujours par la mort et la souffrance, il prépara son suicide en tentant un coup d’État en faveur du Japon traditionnel dont l’échec lui permit, selon la tradition des samouraïs, de se faire seppuku (hara-kiri).



« La Lionne » est une nouvelle tirée du premier recueil de Mishima. Composé de sept nouvelles, Une matinée d’amour pur a été publié en 1965. La nouvelle étudiée a été écrite dès 1948.

 
 
Réécriture de Médée d’Euripide

La Lionne est une réécriture très fidèle de Médée d’Euripide (431 avant Jésus-Christ), transposée dans le Japon de la période qui suit la fin de la Seconde Guerre mondiale. La tragédie dEuripide raconte comment Médée, trahie par son mari, prépare sa vengeance. Prêt à se remarier avec la fille de Créon, roi de Corinthe, Jason répudie sa femme avec laquelle il a pourtant déjà eu deux fils. Médée, souhaitant voir celui qu’elle a aimé souffrir au plus haut point, empoisonne Créon et sa fille et poignarde elle-même ses enfants. Dans La Lionne, Médée devient Shigeko Kawasaki, Jason devient Hisao Kawasaki, Créon devient Keisuke Kikuchi et le couple n’a plus qu’un fils. L’histoire, bien que développée et sous forme de nouvelle, est presque identique à quelques détails près.

La nouvelle de Mishima est construite à la manière de la pièce de théâtre d’Euripide. Très courte et mettant en scène très peu de personnages, Médée ne met pas en scène plus de deux personnages à la fois (sans compter la figuration des enfants ou de la nourrice). Dans La Lionne, les personnages apparaissent également deux par deux dans chaque petite partie.

Chaque scène est reprise : une mise en situation par un dialogue entre la nourrice et l’intendant, une réflexion en monologue de l’héroïne, une rencontre avec le futur beau-père du mari, un dialogue cynique entre l’ancien couple, une rencontre entre l’héroïne et un ami qui promet de l’accueillir dans son pays, l’empoisonnement du beau-père et de sa fille, le meurtre de l’enfant et le dialogue final entre l’héroïne et son mari.

Les développements que Mishima apporte dans sa nouvelle permettent une vision plus approfondie de la personnalité des personnages, notamment celui de Shigeko dont on comprend mieux la psychologie. En effet, dès le début de la nouvelle, la nourrice et l’intendant nous apprennent les événements passés. Shigeko, Hisao et leur enfant sont au Japon depuis de temps car ils habitaient en Mandchourie (Chine) depuis que l’Empire japonais avait envahi cette région. Mais suite à la guerre sino-japonaise terminée avec la Seconde Guerre mondiale, les Kawasaki ont été rapatriés au Japon. Malheureusement, leur train s’est fait attaquer par des bandits qui ont masssacré la plupart des voyageurs sous les yeux des Kawasaki. Depuis ce jour, la « salive visqueuse [de Shigeko] avait la saveur du sang » et elle a promis de se venger en tuant quelqu’un. Comme dans la pièce d’Euripide, Shigeko a vécu un exil mais contrairement à Médée, elle est retournée dans son pays d’origine et c’est ce retour qui fut le plus difficile.



Dans la mythologie grecque, Médée a été obligée de trahir sa famille pour fuir avec Jason. Celui-ci ayant obtenu la Toison d’or à l’aide de Médée, son père fit pourchasser les Argonautes que Médée aida à nouveau en tuant son propre frère. Dans La Lionne, Shigeko n’a pas trahi son père mais a quand même eu besoin de faire tuer son frère en le dénonçant en tant que membre des services secrets contre l’armée soviétique car celui-ci n’acceptait pas le mariage de sa sœur avec Hisao qu’il menaçait de chasser une fois de retour au Japon.



La Lionne

Le titre La Lionne vient d’un dialogue entre Shigeko et Hisao qui, ayant compris les actes tragiques commis par sa femme, s’exclame : « Démon ! Tu n’es pas une femme. Tu as un visage de femme mais tu es une lionne. » Il avait déjà fait ce rapprochement avec « une lionne en cage » au cours de leur premier dialogue. On peut faire ici le lien entre le terme « démon » et Médée qui est une magicienne dans la mythologie grecque. Mishima a bien essayé, tout au long de la nouvelle, de donner à son personnage de Shigeko toute la personnalité de Médée dans son ambiguïté de sorcière prête utiliser ses pouvoirs pour tuer.



Un dénouement ambivalent

À la fin de La Lionne, on se pose beaucoup de questions car les dernières paroles entre Shigeko et Hisao sont obscures. Lorsque Hisao découvre que son fils est mort, il supplie Shigeko de le tuer et elle lui répond : « Je t’ai fait souffrir. Ainsi j’ai atteint mon but. Tu n’as plus qu’à mourir. » Il serait logique alors d’imaginer que Shigeko le tue à son tour. Mais Hisao réplique à nouveau : « Shigeko, tu ne t’es donc jamais aperçue que tu étais la seule personne que j’ai aimée du fond du cœur ? » Cela semble très hypocrite vu les actes de ce mari infidèle mais Shigeko ne s’énerve pas pour autant, elle « sourit » et répond d’une « voix solaire » : « Si, je le savais, moi aussi. Pas une fois, je n’en ai douté. » Cela constitue la dernière phrase de la nouvelle. Shigeko semble donc croire Hisao alors qu’elle a tout fait pour le voir souffrir de son infidélité. Avec ce que l’on sait du personnage, on pourrait alors imaginer que l’infidélité d’Hisao n’était qu’un prétexte pour assouvir son désir de vengeance par la mort qu’elle avait annoncée après l’attaque du train lors de son rapatriement au Japon.

Un autre point d’ambiguïté subsiste sur le devenir de Shigeko. Si celle-ci avait prévu de fuir aux États-Unis, aidée par son ami le commandant Aigeus, elle promet pourtant à son fils de se suicider une fois qu’elle aura vu Hisao souffrir : « Meurs. Je mourrai après toi. […] Maman n’a jamais manqué à sa promesse… » On ne sait finalement pas quelle décision a prise Shigeko même s’il semblerait évident de voir l’héroïne se suicider dans une nouvelle reprenant une pièce de théâtre tragique. Pourtant, cette ambiguïté existe aussi dans la pièce d’Euripide. En effet, Médée a prévu de s’enfuir dans le pays d’Égée et on la voit s’envoler sur un char tiré par des dragons ailés après son dernier dialogue avec Jason. On peut donc imaginer que la magicienne en a le pouvoir et part bien au pays d’Égée. Mais on peut aussi comprendre cet envol fantastique comme une métaphore de la mort. Le doute reste entier pour les deux histoires tragiques.



L’auteur et son œuvre

Fascination pour la douleur et la mort

Lorsque l’on s’intéresse à la biographie de Yukio Mishima, il est aisé de comprendre pourquoi l’auteur a voulu réécrire la Médée d’Euripide alors qu’il s’intéressait à des auteurs européens plus contemporains. En effet, Mishima a toujours été fasciné par la souffrance et la mort, thèmes principaux dans la pièce d’Euripide. Cette fascination pourrait lui venir de sa grand-mère qui était en proie à de grandes souffrances physiques. Dans La Lionne, Mishima aurait même fait référence à sa grand-mère Natsu en nommant le personnage de la nourrice Katsu. D’autre part, Yukio Mishima a lu Raymond Radiguet, jeune auteur tourmenté, et il s’est lié d’amitié avec Kawabata, lui aussi obsédé par la mort. L’intérêt de Mishima pour la tragédie est donc une évidence. Il mettra même tout en œuvre pour faire de sa mort une fin digne des tragédies grecques, tout en la liant aux traditions japonaises, en se faisant seppuku.



Une écriture à cheval entre Occident et Japon

Yukio Mishima est connu pour son œuvre en partie très occidentalisée, en partie très tournée vers le Japon traditionnel. Dans ses premiers écrits, il a pris les écrivains européens pour modèles puis il s’est beaucoup plus retourné vers l’écriture classique japonaise. La Lionne étant l’un de ses premiers écrits, sa réécriture de Médée est donc très fidèle, écrite d’une manière traditionnelle que nous avons l’habitude de lire. Mais déjà dans cette œuvre, Mishima ne manque pas d’évoquer les traditions du Japon : la cérémonie du thé (avec le commandant Aigeus), les règles précises de politesse (comme ne pas entrer dans le jardin d’une maison lorsqu’on n’y a pas été invité, à moins d’être un membre de la famille), les statuts sociaux très différenciés (comme les enfants défavorisés qui passent devant la maison), l’écriture au moyen d’un bâton d’encre chinoise ou encore le principe de l’honneur (comme la lettre d’excuse de Shigeko à Keisuke).



Finalement, cette nouvelle m’a paru être une façon très abordable d’approcher la littérature et la culture japonaises grâce à une écriture occidentalisée qui nous est familière mais garde cependant un aspect très poétique propre au Japon, celui de s’exprimer de manière imagée. C’est aussi une nouvelle très riche culturellement puisque cela permet d’aborder la mythologie grecque et la littérature antique grâce à la reprise de Médée d’Euripide.


Soizic, 2e année Éd.-Lib.

Mishima Yukio Une matinée d'amour pur

 

 

 

 

 

Article de Marie-Charlotte sur « La Lionne ».


 

 

 

 

 

 

 

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Articles de Lucille et de Lila sur Martyre.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Marie sur Dojoji.

 

 


 

 

 

 

Bataille et Mishima, article de Marie-Fanny et Antoine.

 

 


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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 07:00

Martin-Amis-L-etat-de-langleterre-nouvelle-carriere.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Martin AMIS
L’État de l’Angleterre
précédé de Nouvelle Carrière
traduit de l’anglais
par Jean-Michel Rabaté
Collection Folio 2€, 2000

Textes extraits du recueil de nouvelles
Eau lourde et autres nouvelles
Gallimard, 2000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« L’État de l’Angleterre » et « Nouvelle Carrière » sont deux nouvelles de Martin Amis, à l’origine publiées dans le recueil Eau lourde et autres nouvelles, en 2000. L’auteur, Martin Amis, est né en 1949. Fils de Kingsley Amis, auteur reconnu en Angleterre (décédé en 1995), il est un peu la rock star des écrivains anglais. Sa vie privée, ses déboires avec l’alcool sont régulièrement étalés à la une des tabloïds. Ses prises de position sont iconoclastes. Il aime par exemple brocarder la famille royale, ce qui ne manque pas de faire réagir nombre de ses compatriotes. Depuis 2001, il est toutefois plus contestable, adoptant des positions proches des néoconservateurs, et flirtant parfois dangereusement avec l’islamophobie. Mais il est reconnu comme un écrivain brillant, chef de file de sa génération dans son pays.
 
Son premier roman, Le dossier Rachel, a été publié en 1973, et récompensé par le prix Somerset Maugham. Ses autres romans marquants sont La flèche du temps (1991) et Chien jaune (2005).
 
Le style de Martin Amis est concis, incisif. Il porte un regard noir, cynique sur la société. Dans ses romans et nouvelles, il traite beaucoup du malaise, des hommes surtout, leur mal-être sexuel et leurs difficultés à trouver leur place dans la société. Ses personnages sont des êtres déboussolés, plongés dans une société que Martin Amis abhorre. Il dénonce les ravages du matérialisme et de l’argent-roi, l’omniprésence des médias. Le monde, dans les romans d’Amis, se résume à une série d’entourloupes, génétiques, sociales, sur des inégalités contre lesquelles il est vain de lutter. Amis livre un regard noir, désespéré sur la société, mais, élégance toute anglaise, porté par un humour ravageur.
 
 

« Nouvelle carrière », qui ouvre ce recueil, est le portrait croisé de deux écrivains qu’en apparence tout oppose. Dans cette nouvelle, Martin Amis pratique l’inversion : c’est la poésie qui s’arrache à Hollywood, et les scénarios qui se lisent au fond des cafés.
 
Le premier de ces écrivains, c’est Alistair. Depuis plusieurs années, il envoie des scénarios de série B, aux titres incongrus (Quasar 13 attaque, Méduse sur Manhattan…), à un éditeur d’une obscure revue, qui, mis à part un mot d’encouragement après plusieurs années, ne prend pas la peine de lui répondre.
 
« Alistair attendit presque deux mois. Puis il envoya encore trois scénarios. L’un parlait d’un flic robot qui sort de sa retraite anticipée quand sa femme est tuée par un meurtrier en série. Un autre traitait de l’infiltration par les trois Gorgones d’une agence de call-girls dans le New-York contemporain. Le troisième était un opéra rock version heavy metal qui se passait dans l’île de Skye. Il y joignit une enveloppe timbrée à son adresse, de la taille d’un sac à dos. L’hiver était exceptionnellement doux ».
 
Luke, lui, est un poète à la mode. Il travaille pour une multinationale à Hollywood, qui veut produire le poème de l’été. Il a écrit un sonnet, modestement intitulé « Sonnet ». La grande préoccupation de cette multinationale, c’est de savoir ce qu’ont produit les concurrents, à combien d’exemplaires ont été écoulés leurs productions. Ils se repaissent d’un discours creux, mercantile, futile et néanmoins savant.
 
« "Regardons les choses en face, dit Jeff. Le sonnet est essentiellement hiératique. Strictement lié à un contexte historique. Il répond à une mentalité formaliste. Aujourd’hui, nous nous adressons à des mentalités en quête de formes.

— De plus, dit Jack, la chanson lyrique a toujours été le véhicule naturel de l’expression spontanée des sentiments.
 
— Ouais, dit Jack. Avec le sonnet tu es coincé dans le modèle thèse – antithèse –synthèse."
 
Joan dit : "Alors, qu’est-ce qu’on fait ici ? On réfléchit le monde dans un miroir ou bien on l’éclaire ?" »
 
Martin Amis se moque de la dérive mercantile du monde, où la forme l’emporte sur le fond. Et Alistair, l’écrivain obscur, ne vaut pas mieux à ses yeux. C’est de ce monde là qu’il rêve ; à peine est-il entré en contact avec son éditeur qu’il envisage la gloire, et accessoirement de se séparer de son amie pour frayer avec les filles des magazines.



Après cette satire du monde littéraire, Martin Amis livre la vision qu’il a de son pays, dans « L’État de l’Angleterre ». Cette nouvelle est divisée en sept chapitres, dont les titres donnent un aperçu de la vision désenchantée que Martin Amis se fait de son pays : Téléphone portable – Chaudes filles d’Orient – Mortal Kombat – Burger King…
 
Cette nouvelle est l’occasion pour Martin Amis de déplorer ce qui est, selon lui, la décrépitude de la société anglaise. Il la traite à travers le personnage de Big Mal, un être à la dérive, touchant malfrat à la petite semaine, videur de profession et empêtré dans ses problèmes existentiels. Il vient de quitter sa femme, qu’il retrouve pour une fête – une course à pied – à l’école de leur fils. Il arrive le visage ravagé par la bagarre dans laquelle il était impliqué la nuit précédente. Il est mal à l’aise, et se cache derrière son téléphone portable. Et quand, plus tard, il voudra reconquérir sa femme, il le fera depuis son portable, caché dans un buisson à vingt mètres d’elle. Amis stigmatise joliment l’illusion apportée par les moyens de communication de relier les êtres entre eux.
 
« D’autres papas parlaient dans leurs portables, leurs conversations flottaient, désincarnées, unilatérales. L’espace d’un moment, on aurait dit des fous, comme tous les soliloqueurs déments dans les rues de la ville. »
 
Il est mal à l’aise, Mal, pas à sa place dans cette société factice, qui se veut décomplexée, débarrassée de ses préjugés moraux, raciaux, sociaux mais qui reste traversée de césures immémoriales, et qui exclut les gens comme Mal, qui ne sont pas nés du bon côté, qui ne maîtrisent pas les codes. Finalement, le seul moment de répit pour Mal, c’est lorsqu’il se retrouve à l’hôpital, après avoir été planté devant la boîte de nuit où il travaille par un homme à qui, ironie de l’histoire, Mal a interdit l’entrée.
 
« La nourriture de l’hôpital. Mal ne l’aurait jamais admis, en fait il adorait la nourriture de l’hôpital. Pas un bon signe, ça, quand on se met à aimer la bouffe de l’hôpital. On entend le grincement de la table roulante, qui répand aussitôt dans tout le service cette odeur de papier journal humide, et d’un coup vos tripes torturées démarrent comme un moteur de hors-bord et vous déglutissez un quart de litre de salive. C’est le signe qu’on adhère à l’institution de manière suspecte. Il n’avait rien à foutre des quiches et des pizzas que lui apportait Eliza. Il les mettait à la poubelle ou bien les donnait aux pauvres crevés de la salle commune. Les vieux, pris dans l’incendie de leurs nuits, hennissaient parfois, comme les chiens de patrons de café, qui font des cauchemars sous les tables basses ».
 
Alors évidemment, le grand modèle, ce sont les États-Unis, et Mal est parti tenter sa chance là-bas, vivre son rêve américain. Mais, pour quelqu’un comme Mal, cela ne peut que se terminer de manière funeste. Finalement, l’aspect tragique et pathétique dans lequel Mal est embarqué, avec ses compagnons de galère, se retrouve dans la dernière image du livre, qui évoque la course des pères.

« Mais le grand Mal continua à courir, comme il faut le faire. Les pères couraient tous de plus belle, avec une ardeur lourde, dans un tonnerre de pieds en chaussettes ou en chaussures de gym, mais tous faisaient résonner les sabots de bois de leurs années. Leurs têtes étaient rejetées en arrière, leurs poitrines fendaient l’air, ils bavaient et haletaient pour atteindre le premier virage et le poteau, au bout de la dernière ligne droite ».



Ce livre a été pour moi l'occasion de découvrir un auteur majeur en Angleterre. Alors bien sûr, Martin Amis force parfois le trait, comme dans « Nouvelle Carrière ». Une réflexion également, éclairée par ses prises de position récentes sur l’Islam, sur le multiculturalisme dans « L’État de l’Angleterre », m’a laissé un goût un peu amer. Il n’en reste pas moins que Martin Amis est un esprit brillant, désespéré, impitoyablement lucide et férocement drôle, que je ne peux que vous inciter à découvrir.
 
 
Fabien, A.S. bib-méd

 

 

Martin AMIS sur LITTEXPRESS

 

Martin Amis Chien jaune 1

 

 

 

 

 

 

 

 Article de Guillaume sur Chien jaune

 

 

 

 

 

 

 

 

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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 07:00

Divakaruni L histoire la plus incroyable de votre vie



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chitra Banerjee DIVAKARUNI
L’Histoire la plus incroyable de votre vie
Titre original :
One Amazing Thing, 2010
Traduit par Mélanie Basnel
Philippe Picquier, 2011




 

 

 

 

 

Biographie et bibliographie

Voir fiche de Mélanie
 http://littexpress.over-blog.net/article-chitra-banerjee-divakaruni-l-histoire-la-plus-incroyable-de-votre-vie-99051074.html



L'histoire

Quelque part en Californie, neuf personnes sont au consulat indien ; sept d’entre elles souhaitent obtenir un visa pour partir en Inde, pour des raisons qu'elles n'avaient pas l'intention de dévoiler au grand jour. Soudain ces neuf personnes se retrouvent bloquées par un tremblement de terre. Vient alors l'agitation, l'affolement, l'angoisse. Alors ils essayent d'organiser les lieux pour tenter de survivre ensemble ; au début, ils sont tous un peu égoïstes, certains gardent en cachette la nourriture qu'ils ont, un des personnages boit du whisky dans son coin pendant qu'un autre prend des calmants, tout ça en essayant d'éveiller le moins de soupçons possible... Puis tous commencent à se quereller : « Seraient-ils devenus tous fous ? » se demande un des personnage, un autre s'écrie : « Mon Dieu... vous êtes tous devenus des sauvages ! » et à tout cela vient s'ajouter le désespoir et la peur de mourir avec des inconnus. Uma, une étudiante, qui est en quelque sorte le personnage principal, décide d'intervenir :

« Ecoutez, commença-t-elle, nous sommes dans une situation difficile. Il semble que ce tremblement de terre soit assez grave. On ne sait pas combien de temps on va rester coincés ici. J’ai peur, et je suppose que vous aussi […]. Si nous ne sommes pas plus prudents, les choses vont empirer. Nous pouvons continuer à passer nos nerfs sur les autres, au risque de nous enterrer vivants. Ou nous pouvons essayer de nous occuper l’esprit avec autre chose … […]. Nous pouvons raconter, à tour de rôle, l’histoire la plus incroyable de notre vie. »

C'est ainsi que tour à tour ils vont raconter l'événement qui a le plus marqué leur vie, certains vont révéler leurs secrets les plus intimes. À travers leurs histoires ils vont se libérer de leurs fardeaux. Ce tremblement de terre c'est l'occasion pour eux de prendre un nouveau départ, de commencer une nouvelle vie, sans regrets ni remords, en sachant exactement ce qu'ils veulent faire, où ils veulent aller. Mais pendant qu'ils sont immergés dans les récits des uns et des autres, les lieux se dégradent : il y a de nouvelles petites secousses, la pièce commence à être inondée et les secours ne sont toujours pas là...



Thèmes abordés

La religion, la différence de culture , le mélange de cultures notamment entre l'Inde et les États-Unis. Les personnages ont des cultures, des religions différentes. La plupart sont hindous. L’hindouisme, qui est la religion de Divakaruni, est ainsi beaucoup évoqué, il est souvent question du Karma (Il est la somme de ce qu'un individu a fait, est en train de faire ou fera). On découvre alors au fur et à mesure de la lecture de cette œuvre les rites et les coutumes de l'Inde.

L'autre thème récurent dans les nouvelles, c'est l'Amour, car aujourd'hui encore en Inde on ne choisit pas toujours la personne avec qui on va se marier, c'est bien souvent la famille qui choisit. Le livre est ainsi illustré de plusieurs réflexions sur le thème de l'amour, comme celle-ci :

« On peut changer complètement sans même s'en rendre compte. On pense que les épreuves nous rendent aussi durs et froids que la pierre. Mais l'amour entre en nous discrètement, comme une aiguille, pour soudain se transformer en hache et nous mettre en pièces. »

Mais il est aussi beaucoup question de la famille, qu'on aime trop ou qu'on voudrait aimer plus, celle qui nous a fait du mal ou qui nous a permis de nous épanouir. Dans certaines nouvelles la famille fait souffrir, dans d'autres c'est une source de bonheur.



Pourquoi lire « L'Histoire la plus incroyable de votre vie » ?

C'est un livre original puisque roman et nouvelles se mêlent. L'histoire principale nous tient en haleine jusqu'à la fin, on veut savoir ce que tel ou tel personnage cache, et tout au long du récit j'ai été transportée par ces histoires toutes plus touchantes les unes que les autres. On finit ce livre avant même de se rendre compte qu'on l'a commencé. Je l’ai aimé ce livre parce qu’il m'a fait découvrir l'Inde à travers différents points de vue, m'a fait réfléchir sur l'importance des souvenirs qu'on a et ceux qu'on voudrait avoir.



«Si personne ne vous connaît, alors vous n'êtes personne » (Dan Chaon, épigraphe du livre).

À travers cette œuvre, Chitra Banerjee Divakaruni nous montre que si personne ne connaît votre histoire, personne ne sait que vous avez existé, puisque ce sont nos histoires, nos expériences qui nous construisent, qui font que nous sommes nous.


Romane, 1ère année Éd.-Lib.

 


 

Chitra Banerjee DIVAKARUNI sur LITTEXPRESS

 

Divakaruni L histoire la plus incroyable de votre vie

 

 

 

 

 

Article de Mélanie sur L'Histoire la plus incroyable de votre vie

 

 


 

 

 

Divakaruni-Mariage-arrang-.gif

 

 

 

Article de Lara sur Mariage arrangé

 

 

 

 

 

 

 





Article d'Alice sur La Reine des rêves









Articles de Marion, Lucie et Alexis sur La Maîtresse des épices

 

 

 

 

 

 

Divakaruni le palais des illusions

 

 

 

 Article de Céline sur Le Palais des illusions.

 

 

 

 

 

 

 

 

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 07:00

de la terre au ciel - gauche dauteurs iii




 

 

 

 

 

 

 

Orphary
Réminiscences
In De la Terre au ciel
ILV-Bibliotheca éditions
Collection Gauche d’auteurs, 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Orphary est une jeune auteure de 19 ans, née à Riga (capitale de la Lettonie), qui vit en France. Actuellement étudiante à l’Université Paris Sorbonne IV en L2 de Langue française et techniques informatiques, elle est la lauréate du concours de nouvelles ILV (In Libro Veritas) « De la terre au ciel » 2009 avec le texte Réminiscence.



Bibliographie

De nombreux textes notamment de poésie à lire en Lecture publique sur http://www.atramenta.net
Un recueil de poèmes : Ad vitam æternam publié chez ILV éditions.
Réminiscence publié dans : De la terre au ciel, Gauche d'auteurs III chez ILV éditions.



Résumé

C’est l’histoire d’un jeun homme à qui il manque une chose essentielle : l’amour. Et un jour, alors qu’il erre dans son lieu favori, la bibliothèque, il tombe sur un livre dans lequel, en bas de page, sont écrits des morceaux de phrases manuscrites constituant une sorte d’énigme qui le conduira à sa véritable place dans le monde.



Thèmes abordés

Bien sûr on retrouve le thème de « La Terre au Ciel » puisqu’il était imposé par le concours mais l’auteure au final le détourne en créant une troisième réalité : l’homme a dans l’histoire un pied dans le monde réel classique, la Terre, et l’autre dans celui du ciel traduit ici par la mort.

Cette dernière est également un thème de cette nouvelle, il est traité de différentes façons. Premièrement avec le refus de mourir dont fait preuve le jeune homme qui reste sur Terre. Deuxièmement ce thème est abordé avec la question : Y a-t-il une vie après la mort ? Dans un premier temps la réponse donnée par la nouvelle est positive puisque la bien-aimée descend du ciel mais dans un second temps la réponse est plus nuancée, moins catégorique avec le « ils vécurent. » ; en effet cette formule sous-entend une vie après la mort mais comme elle est amputée du « et eurent beaucoup d’enfant » traditionnel elle traduit une rupture, une fin ; on pourrait penser que la réponse est donc négative, que la mort c’est la fin, qu’il n’y a rien derrière.

Une des éléments importants du récit est le décor, une ancienne bibliothèque, représentée conformément au stéréotype comme un lieu sombre, avec de gros volumes, un espace silencieux.



Analyse

À la première lecture, on peut prendre cette nouvelle comme un simple conte avec notamment le marqueur classique « il était une fois » mais si l’on regarde plus attentivement on remarque le « ils vécurent heureux » seul sans le « et eurent beaucoup d’enfants », ce qui amène de la tristesse. En effet les personnages sont morts, cela s’arrête là même si le jeune homme a retrouvé sa place et sa bien-aimée. C’est une fin abrupte qui coupe net, il n’y a pas de suite possible de l’histoire.

On peut observer également qu’aucun personnage n’est nommé ; ils sont seilement désignés par « il », « jeune homme », « elle », « jeune fille » comme c’est le cas dans d’autres écrits de l’auteur. Il y a une volonté d’universalité qui s’accorde avec le choix du conte.

On trouve aussi un certain lyrisme qui révèle la « patte » de l’auteure puisqu’elle écrit de la poésie avec ce même lyrisme notamment dans Ad vitam æternam.

On peut également remarquer que la bien-aimée est décrite comme une créature qui apporte à mon avis une note négative au milieu de la splendide description car au final elle emmène le jeune homme à la mort, elle l’arrache, même si ce n’est pas parfait, à la dernière parcelle de vie qui lui reste. Une autre explication pourrait partir d’une définition de créature comme un être créé par Dieu, ce qui concorderait avec le fait qu’elle descend du ciel, traditionnellement le royaume de Dieu. Ce terme introduit également le côté fantastique de la nouvelle.



Avis personnel

Personnellement, à la première lecture, j’ai trouvé que la nouvelle était un peu simple mais après une seconde lecture et d’autres qui ont suivi j’ai découvert une certaine complexité notamment avec la tristesse qui se dégage de la fin ,ce qui contraste fortement avec le reste. Ensuite le fait que les personnages ne soient pas nommés m’a plu car cela permet de s’approprier l’histoire. L’auteure laisse une grande place à l’imagination. Je pense cela en général mais particulièrement au sujet de cette œuvre qu’une nouvelle est réellement achevée à partir du moment où le lecteur la lit.


Nymphéa, 1ère année Bib.-Méd.

 

 


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