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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 07:00

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MASTERCLASS

et autres nouvelles suédoises
Sélection et présentation
d’Elena Balzamo
Stock, La Cosmopolite, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Conter, raconter…

Lucien Maury notait dans l’avant-propos à sa Littérature suédoise (Le Sagittaire, collection Panoramas des littératures contemporaines, 1940) : « le public français ne sait presque rien… [de la vie littéraire de ce pays].»

Elena Balzamo, dans sa présentation de Masterclass, s’interroge : « que connaissons de la littérature suédoise ? De grands classiques. Pour les contemporains on est plus embarrassés : la littérature suédoise est vivante, dynamique, foisonnante, de nouveaux noms surgissent continuellement… »

L’intérêt porté en France aux auteurs scandinaves a en effet longtemps été relativement limité, mais l’on peut aujourd’hui se réjouir du nombre croissant des traductions entreprises et de la variété des textes disponibles, notamment pour ce qui concerne les domaines du conte et de la nouvelle, genres pour lesquels existe dans le nord une longue et très riche tradition, comme le rappellent Jean Renaud ou Régis Boyer :

« S’il est un genre littéraire particulièrement prisé depuis deux siècles en Septentrion, c’est bien celui de la nouvelle…déjà, au Moyen Âge, les Islandais appréciaient les courts récits, mi-historiques, mi fictifs. Mais c’est évidemment au tout début du XIXème siècle, lorsque la vague réaliste commence à atteindre la Scandinavie, que le genre éclôt et qu’il ne cessera d’y fleurir…

Le Danois Steen Steensen Blicher (1782-1848) s’affirme alors comme le premier grand nouvelliste du Nord, auteur de véritables petits chefs-d’œuvre – dont on peut regretter qu’à ce jour un seul soit traduit en français ! Mais dès lors il n’est pas d’écrivain parmi les plus connus qui n’ait pratiqué cet art ô combien exigeant de la nouvelle : Herman Bang et Karen Blixen au Danemark, Alexander Kielland et Tarjei Vesaas en Norvège, Hjalmar Söderberg et Stig Dagerman en Suède, Juhanni Aho et Eeva Kilpi en Finlande, Gestur Palsson et Einar Benediktsson en Islande, pour n’en citer qu’une toute petite poignée. »
 
(Préface aux Linnées Boréales - Presses Universitaires de Caen, 2001 / Textes de E.J. Clausen (D), H.Herbjørnsrud (N), A.Smedberg (S), G.E.Mínnervudóttir (I), J.Sinisalo (F), G.Tunström (S))

 « Le Nord… est passionné de conter, de raconter… Il n’y a pas à s’étonner que [les  littératures scandinaves] aient privilégié, dans leur passion de narrer, les textes courts, ce que nous appellerions nouvelles, qui se cristallisent… autour d’un simple fait, d’un personnage entrevu à la faveur d’une prestation singulière, d’un détail… Cela a commencé dès le XIIIe siècle islandais avec les courtes sagas dites Þættir… Au point que certains écrivains du Nord ne sont passés à la postérité que par les nouvelles qu’ils ont composées. Et qu’il n’en n’existe pas… qui, à côté de romans, drames, recueils poétiques de premier ordre, n’aient également rédigé des nouvelles»

(Préface au Trésor de la nouvelle scandinave - Les Belles Lettres, 2009 / 2 vol - 22 auteurs danois, islandais, norvégiens, suédois).

Elena Balzamo, traductrice du russe et du suédois (Almqvist, Söderberg, Strindberg…) a pour sa part donné plusieurs essais, dont Le Conte littéraire scandinave : l’évolution d’un genre (Thèse de doctorat , Université de Lille III, 1987), et publié, entre autres :

Le Chien boiteux et autres contes (Suède) - José Corti, coll. Merveilleux, 1999,

Contes et légendes de Suède - Éditions Files France, coll. Aux origines du monde, 2002,

La Raison de toutes choses & autres contes du nord - Bibliothèque Sainte-Geneviève, 2009.


Les textes composant le recueil qui nous intéresse ici, sorte de petit kaléidoscope, sont le fruit des travaux réalisés dans le cadre d’un séminaire de traduction – une manière de Masterclass si l’on veut – dirigé(e) par Elena Balzamo. Les auteurs, comme les traducteurs, sont en majorité des femmes…



Masterclass - dix-sept nouvelles

[1]    « Masterclass »,  Kerstin Norborg (née en 1961)
    [Masterclass  in  Missed abortion - 2005 - trad. Esther Sermage ; 6p]
    Kerstin Norborg a été nominée pour l' Augustpriset pour un de ses romans.
   
[2]    « Tout le reste était parfait », Jonas Hassen Khemiri (né en 1978)
    [Oändrat oändlig  in  Invasion - 2008 - trad. Aude Pasquier ; 9p]
    Jonas Hassen Khemiri a été nominé pour un de ses roman pour l' Augustpriset.
   
[3]   « Étoiles noires », Oline Stig (née en 1966)
    [Svarta stjärnor  in  Den andra himlen - 2007 - trad. Emilie Reinhold ; 11p]
    Oline Stig a obtenu le prix Katapult pour son premier roman.
   
[4]    « Quatre cents couronnes », Mirja Unge (née en 1973)
    [Fyrahundra kronor  in  Brorsan är mätt - 2007 - trad. Martine Desbureaux ; 7p]
    Mirja Unge a obtenu le prix du magazine Vi pour un de ses romans et le prix Alfhild pour ses pièces de théâtre.
   
[5]    « L'Embauche », Jens Lilstrand (né en 1974)
    [Jobb  in  Paris-Dakar - 2008 - trad. Marianne Hoàng & Sophie Refle ; 7p]
   
[6]    « Le Survêt Daley Thompson », Jonas Karlsson (né en 1971)
    [Daley-Thompson Tracktop  in  But - 2007 - trad. Laurence Canin ; 10p]
   
[7]   « Potentiels », Nini Holmqvist (née en 1958)
    [De presumtiva  in  Något av bistående karaktär - 1999 - trad. Carine Bruy ; 20p]
    Nini Holmqvist a obtenu en 2010 le prix Ludvig Nordström pour ses nouvelles.
   
[8]    « Échappée aux toilettes », Mats Kempe (né en 1966)
    [Toalettbesök  in  Jag minns aldrig mina drömmar - 1996 - trad. Anne Karila ; 7p]
   
[9]   « Tu pensais que tu t'en tirerais comme ça ? », Mare Kendre (1962-2005)
    [in  Hetta och vitt - 2001 - trad. Marianne Hoàng & Sandrine de Solan ; 20p]
    Mare Kendre a été récompensée par le prix de l'Académie suédoise à deux reprises.
   
[10]   « Marge de manœuvre », Claudia Marcks (née en 1963)
    [Rum för spel  in  Hjältar  - 2006 - trad. Ophélie Alègre & Johanna Schapira ; 5p]
   
[11]   « Porté disparu » : le patineur ailé, Peter Törnqvist (né en 1963)
    [Anmäld saknad: skridkoåkare med vinge  in  Fälstudier - 1998 - trad. Esther Sermage ; 5p]
   
[12]   « Qu'est-ce-qui te prend ? », Hans Gunnarsson (né en 1966)
    ( Vad skall du ut och göra ?  In Bakom glas - 1996 - trad. Sophie Refle ; 11p]
   
[13]   « Une course à faire », Jerker Virdborg (né en 1971)
    [Ärende in Landhöjning två centimeter per natt - 2001 - trad. Marie-Héléne Archambeaud ; 19p]
   
[14]   « Il était trois petites bonnes femmes », Cecilia Davidson (née en 1963)
    [Små gummor  in  Det var länge sedan det var så här spännande - 2008 - trad. Benoît Fourcroy ; 6p]
    Cecilia Davidson a obtenu les prix Katapult (1995), Ludvig Nordström (2004), De nios Vinterpris (2005).
   
[15]   « Rosa Winter », Sara Stridsberg (née en 1972)
    [trad. Jean-Baptiste Coursaud ; 12p]
    Sara Stridsberg a reçu le prix du Conseil nordique pour Drömfakulteten (la faculté des rêves) adapté au théâtre.
   
[16]   « L'Héritage », Tony Samuelson (né en 1961)
    [Arvet  in  Tal till bruden - 1996 - trad. Ophélie Alègre ; 8p]
    Tony Samuelson a obtenu le Ivar Lo-priset [Ivar Lo Johansson] - entre autres.
   
[17]   « Le Pianiste jumeau », Torbjörn Elensky (né en 1967)
    [Tvillingspianisten  in  Myrstak - 2000 - trad. Anna Marek ; 7p]



Personnages et motifs

Nous avons évoqué un kaléidoscope et, au vrai, nous est donnée une grande variété d’images, d’éclairages, sur plusieurs micro-univers de la Suède actuelle, au travers d’histoires où interviennent des personnages d’âges et de milieux très divers.

[1] Le violoniste anonyme devant lequel intervient un chef étranger, chaussé de souliers vernis, alors que les autres membres du quatuor, Tobias, Paula et Mia, ainsi que tous les spectateurs ont « les pieds dans des sacs de plastique bleus pareils à ceux que l’on porte à l’hôpital » pour protéger le sol.

[2] Un jeune homme qui explique à sa petite amie que leur histoire d’amour a été parfaite, qu’il n’y aurait rien à y changer… Ou seulement un petit détail peut-être, par exemple que le soleil ait brillé plutôt qu’il ait plu le jour où ils se sont rencontrés… Ou encore un autre, insignifiant… Ah et encore celui-là… Y aurait-il autre chose à changer ?

 

« Chez toi ? – Non – Absolument pas – Juste une ou deux petites choses peut-être – Ton vocabulaire par exemple - … - Et je baisserais volontiers le volume de ton rire, parce qu’il était beau et volcanique certes, mais parfois, c’était vraiment trop, bordel… Mais tout ça ce sont des broutilles qui n’ont rien à voir avec la vraie raison pour laquelle on s’est – Je veux dire – Bon c’était notre faute à tous les deux – Pas seulement la tienne – Même si – Ouais – Même si… »

 

Il explique cela à sa petite amie… qui vient de tenter de se suicider.

[3] Une petite fille, qui ne dit pas son prénom, en fait une grande petite fille, qui s’avère être le soutien de sa maman malade, écorchée par le monde extérieur parce que « son âme n’a pas de carapace ». « Certaines âmes sont enfermées dans des capsules très épaisses, comme des bunkers. D’autres ont des protections plus fines, mais leurs coquilles résistent à la plupart des coups ». Celle de la maman de la fillette « est presque sans défense. Elle flotte comme dans une bulle de savon. Et quand la bulle se cogne contre quelque chose de dur, elle éclate ».

[4] Une jeune femme, fiancée à Hans. Ils se connaissent depuis peu, sont amoureux, peut-être. Alors qu’ils font leurs courses au supermarché, leur chemin croise celui d’un jeune marginal, drogué, sale, puant, importun. Les prénoms de la jeune femme et du jeune drogué sont tus. La jeune femme cherche à échapper à son milieu :

 

« maintenant, elle habitait en ville elle faisait des études… elle s’était lavée soigneusement elle se disait qu’avec Hans elle pourrait peut-être avoir un enfant elle n’y pensait pas tant que ça aux enfants avant mais avec Hans elle y pensait parce que Hans il était architecte et c’est un vrai métier architecte à cause de son calme aussi qu’il soit calme comme ça et puis les études qu’il avait faites. »

 

Le jeune drogué ne cesse de l’apostropher. Elle lui donne, en deux temps, quatre cents couronnes. C’est son frère. (La Suède ne fait pas partie de la zone Euro)

[5] Un recruteur face à un candidat. L’entretien d’embauche est restitué sans aucune des réponses ou répliques du candidat, ‘black’ ; il commence de manière assez classique, le recruteur ponctue son discours d’anglicismes dont on se dit qu’ils doivent être d’usage courant au sein de l’équipe de jeunes cadres dynamiques qui a besoin d’un apport de sang neuf… puis cela dérape : le candidat est en fait appelé à rejoindre un groupe de chasseurs, de chasseurs de femmes :

 

« Grosso modo, ça se passe comme ça : on se rencontre chez Peder pour l’apéro… ou chez Douglas, s’il n’a pas ses gosses .. on se prend une pizza ou on regarde tout simplement un DVD un peu chaud… On s’enfile peut-être quelques rails à la maison, pépères, chacun participe aux frais, ça revient moins cher que dehors. Ensuite on sort… on fonce. On cherche le bon groupe de nanas… des petites jeunes de dix-neuf ans…les poules des boîtes de consulting… les petites intellos cultivées du Söder, des pseudos actrices et pourquoi pas des jolies minettes turques… Il faut se booster mutuellement. Jamais abandonner. C’est nous contre elles. Une drague par semaine par tête, c’est vraiment le minimum. On en fait circuler certaines dans le groupe en fonction des goûts de chacun. »

La dernière question posée par le recruteur porte sur le point de savoir si le candidat a de l’humour.

« L’humour, c’est important. Vous en avez ?.... Bien. Elles aiment ça, les nanas ».

Quelques instants plus tôt, quand la nature du « job » n’était pas encore affichée, le recruteur avait emprunté au vocabulaire du marketing les termes de « pénétration de la cible » et déclaré « Je comprends. Passionnant. Féministe, qui ne l’est pas aujourd’hui au fond ? Je serais le premier à me réjouir si la société était plus égalitaire, croyez-le. Je respecte énormément les femmes. Enormément. »… On atteint au parfait écœurement

[6] Marcus, adolescent confronté à la difficulté d’être, d’exister aux yeux des autres. Le recours dérisoire à un vêtement ou à des chaussures de sport  « de marque » pour cesser d’être transparent, être remarqué, exister ?

[7] Un homme marié, père de famille. L’amour entre les époux s’en est allé. Leurs rapports sont étriqués et tendus, ils ne font plus l’amour et ne regardent pas les mêmes programmes TV, ou alors par accident, sur deux récepteurs, installés dans deux pièces différentes. Il a une maîtresse, la joint par téléphone si son emploi du temps le lui permet. Il est calme, posé, responsable, et spectateur de l’insoutenable pesanteur et vacuité de sa vie.

[8] Une femme de 45 ans, un jeune homme de 25 ans. Ils participent à un séminaire sur l’interprétation des rêves. Elle s’invite dans sa chambre, le drague. Elle ne l’intéresse pas. Il se réfugie aux toilettes de 00h15 à 00h50, revient dans sa chambre, se couche. Gunilla est toujours là, elle a emprunté à Per un cahier et s’est installée devant la table, « prise d’une de ces inspirations ». Per ferme les yeux. Le crayon crisse sur son cahier.

[9] Un jeune homme, trompé.

Il est prêt. Il est père. Il a acheté un cadeau qu’il emporte pour l’offrir à sa fille de six ans, qu’il ne connaît que par les photos que la mère lui a fait parvenir au fil des années. Ils étaient très jeunes, se sont connus une nuit. Elle est partie et lui a appris qu’elle portait son enfant.

Régulièrement, ponctuellement il a envoyé de l’argent. Aujourd’hui il va voir la fillette. La maman fume beaucoup, ne dit rien, l’appartement est en désordre. Pas de jouet d’enfant. Pas de chaussures ou de vêtements d’enfant. Pas d’enfant…

« Il dirigea à nouveau les yeux vers celle qui, sans se tourner vers lui, lui répétait que l’enfant n’existait pas… Qu’elle n’avait jamais existé, n’existerait jamais, point final, il n’avait qu’à se mettre ça dans son putain de crâne, c’était pas difficile à comprendre !... »

« Vous les hommes… vous êtes de sales brutes, tu sais ça ? Vous pensez vraiment que vous pouvez aller et venir comme vous voulez, imposer votre loi et vous ficher des conséquences ? Merde alors ! … Ca te cloue le bec, hein, salaud !... Va t’en… Que ça te serve de leçon ! »

[10] Deux amis. Peut être… Car Franck prend un malin plaisir à jouer avec les nerfs d’Ernst.

[11] Sven et son frère, deux jeunes garçons, probablement. Ils font une partie de pêche, sortent des brochets des trous qu’ils ont pratiqués dans la glace. Un patineur ailé fait plusieurs passages sur le lac gelé, sur un vaisseau équipé d’une voile et de longs patins d’acier, suivi d’un panache de cristaux, puis disparaît. Le vent, le froid, la lumière… peu de mots. On imagine que les garçons viennent de perdre leur mère : « Tu crois vraiment qu’elle tenait à nous ? – Oui j’ai dit. Oui oui, Sven. Tu le sais bien quand même. » Pas d’autre précision. Le froid, la lumière, la nature, indifférente.

[12] Une femme âgée. Elle s’inquiète pour Arvid, son mari, qui a été sujet à de petits infarctus. Ils vivent dans un petit appartement. Elle s’inquiète sans cesse pour Arvid, pour les soucis que pourraient rencontrer sa fille, son petit fils. Elle ne cesse de poser des questions, de les répéter, de s’inquiéter des bêtises que pourrait faire le petit. Arvid a besoin de prendre l’air. Elle le guette par la fenêtre, craint qu’il se fasse écraser. Lorsqu’il rentre, elle continue de l’assaillir de questions, de lui prodiguer des conseils. On n’en peut plus. Elle est insupportable. Probablement perd-elle la tête.

[13] Un ancien roi viking et un héros moderne.

Ulf et sa compagne ont décidé de se quitter. Il arrive en retard au rendez-vous qu’elle lui a fixé. Il s’apprête à caser ses affaires personnelles, qu’elle a laissées sur le seuil, dans les sacoches de sa moto. Artur, un homme âgé qui habite la maison voisine, vient à sa rencontre : « Tu serais pas venu cambrioler toi des fois ? » avant de le reconnaître et de lui expliquer que la tempête a déraciné un immense chêne situé sur le terrain de Julia. Il a cru distinguer des ossements au fond de la cavité encombrée de racines et de terre mais n’a pu y descendre. Peut-être s’agit-il d’os d’animaux. Artur presse Ulf d’y jeter un œil. Ulf descend et découvre un crâne humain, des lambeaux d’étoffe, quelques monnaies, bijoux et pierres précieuses, qu’il enveloppe et dissimule dans une poche de son blouson. Il confirme à Artur que les os découverts étaient ceux d’un cerf et qu’ils sont tombés en poussière. Le vieux semble suspicieux, mais n’a pu voir le trésor. Julia arrive alors qu’Ulf s’extrait de la sépulture. Quelques mots d’adieu. Le héros repart à moto.

Il s’arrête après quelques kilomètres, rassemble le trésor dans la feuille de papier sur laquelle Julia lui laissait le message qu’elle ne l’attendrait pas, écrase le tout et le dépose au fond d’une poubelle, en s’assurant de n’être vu de personne.

(Les pratiques funéraires des anciens scandinaves ont longtemps consisté à porter les dépouilles en terre en plantant sur la tombe du défunt un arbre. L’arbre lui-même est une métaphore classique pour désigner l’homme dans la poésie scaldique – voir, par exemple, Régis Boyer, La Mort chez les anciens scandinaves, Les Belles Lettres et La Poésie scaldique, éditions du Porte Glaive)

 [14] Une femme seule, en voyage d’agrément, ou peut-être engagée dans une sorte d’errance, ou de pèlerinage. Elle passe d’un village typique à un autre. On comprend qu’elle vient de quitter Viggo, son compagnon. Arrivée à Nora, où court une légende, un épisode de son enfance refait surface. Il y est question de trois jeunes filles, dont elle, et d’une « cérémonie », peut-être initiatique, fortement teintée de satanisme, rêvée ou vécue comme telle. Les sorcières

« … emportées dans une danse endiablée, arrachaient leurs chemisiers, invoquaient Belzébuth. Fières de toutes les fois où elles s’étaient fait posséder, elles se moquaient de notre jeunesse, de notre manque d’expérience. Des gamines de notre espèce ne survivraient pas à un tour avec lui, ni à son ‘gourdin’. Il nous transpercerait, nous dévorerait toutes crues… Un vent étrange, à la fois chaud et froid, s’engouffrait sous ma jupe et me projetait à terre. Belzébuth était à l’œuvre, et derrière lui je voyais un essaim de sorcières… Je n’en n’avais jamais parlé à Viggo, je ne lui avais d’ailleurs rien raconté sur mon enfance, mais il est vrai que jamais auparavant cela ne m’était revenu en mémoire. »

Le texte de Sara Stridsberg [15], une des jeunes écrivains suédoises les plus en vue (lauréate du Prix du conseil Nordique pour La faculté des rêves (traduction chez Stock, 2009 – ainsi que Darling River, 2011), se prête plus difficilement au résumé. Retenons en quelques passages relevant du thème de l’érotisme :

« C’était un jeu, il était innocent, il me seyait à merveille. Et dans le jeu que je jouais, mon père était mon proxénète et sa main sur mes fesses un parfait ornement dans un décor identiquement parfait où je lançais de longues et hâves œillades bambiesques à tous les hommes en tenue de tennis qui passaient à proximité. Je me creusais les joues pour les avoir le plus caves possible, me mordillais les lèvres… et, tous autant qu’ils étaient, ils adoraient ça. Ils crissaient des dents de jalousie… »

« Les petits poils blonds de mes bras se hérissaient avec agressivité face aux effleurements de l’infirmière, mon slip était froid et humide, c’était toujours ce même été de malheur et de claustrophobie, l’appartement de George semblait à chacune de mes incursions plus intact que la fois précédente, le lit n’était toujours pas fait, les draps portaient toujours l’empreinte de nos corps. Je m’allongeais près du lit, à même le plancher, clignant des yeux, attendant qu’il enfonce la clé dans la porte. Si d’aventure il devait revenir, je pourrais alors lui donner des leçons de piano, nous pourrions nous asseoir sur le balcon vêtus de nos seuls sous-vêtements, je pourrais pousser ces gémissements qu’il adorait. »

« Les infirmières m’ont lancé des regards apitoyés en me regardant passer pendant qu’elles étaient occupées à fumer dans leurs blouses moulantes, mais elles ne me touchaient plus depuis qu’elles s’étaient aperçues que j’affectionnais leurs effleurements. »

« Le bouc de Babelsberg, voilà comment George se surnommait tandis que j’étais une Leni Riefenstahl fardée d’une épaisse couche de maquillage de théâtre et que nous faisions l’amour partout dans l’appartement. Nous faisions l’amour, j’étais juchée sur lui et je l’aimais tellement que mon pubis se contractait comme une méduse lorsque je humais son odeur et me cambrais si bien que mes cheveux longs me dégringolaient dans le dos et lui chatouillaient les cuisses. »

Nous avons choisi de produire ces citations en songeant à la typologie établie par Denis Marion dans son essai sur l’œuvre cinématographique de Bergman quand il en recense les thèmes  (Ingmar Bergman - Gallimard, Idées, 1976), parmi lesquels figure l’érotisme, et dont la plupart traversent les nouvelles de Masterclass : Dieu et le problème du mal / La crise du monde contemporain / L’érotisme / L’enfer du couple / L’engendrement / Le masque ou Persona / Le drame mental / L’art / Le pessimisme.

Dressons un tableau de correspondance entre quelques uns de ces thèmes et les nouvelles du recueil….

Masterclass-tableau.JPG                          


[16] Deux adolescents noirs, confrontés à la violence.

A la sortie d’un concert organisé dans la MJC d’une ville de suède, Camilla est agressée par un couple de camés. L’homme a bu, mais pas seulement, et est extrêmement violent. La femme « porte une veste en cuir rouge déteint, un collant léopard et des cuissardes de Vampirella, comme pour pêcher la truite ». L’homme presse Camilla contre un rideau de fer en beuglant : « Sale pétasse, je vais te retourner ! sale pute ! T’es une pétasse de négresse, hein ? Tu crois que tu vaux mieux qu’une bite dans le cul ? ». Les adolescents qui accompagnaient Camilla sont tétanisés par la peur, seul le jeune noir fait face à l’agresseur, encaisse des coups et des injures mais parvient à le faire lâcher prise et déguerpir.

Le groupe de jeunes attrape un métro, puis chacun rentre chez soi. Le jeune black repense à ses amis : « J’ai beau m’appliquer, je ne serai jamais un des leurs. » … « le contenu de son estomac se vide sur le trottoir. »

[17] Le jumeau survivant.
.
Il y avait deux frères, des jumeaux. L’un deux est mort. Ils étaient pianistes, jouaient ensemble,  

 

« ne faisaient qu’un, deux mains pour un même corps ; à présent il ne restait que la main gauche, le corps avait perdu son équilibre… Parfois il s’assied à sa place habituelle et joue sa propre partie, seul, comme si son frère était là. Musicalement, c’est indépassable à ses yeux, mais inimaginable lors d’un concert : on ne peut tout de même pas demander au public de se souvenir d’une interprétation entendue jadis et de se satisfaire d’un fragment, d’une simple parcelle d’un tout parfait. »

Une amie, pianiste elle aussi, tente de lui apporter son soutien. Elle joue quelquefois pour lui : « Elle était douée, nul doute là-dessus, techniquement irréprochable, et lorsqu’ils s’exerçaient tous les deux, le résultat était convenable- mais rien à faire, quelque chose clochait. »…Maintenant elle joue la Sonate N°10 de Scriabine… « Si le jeu de la pianiste avait un défaut, ce serait peut être son côté trop ostensiblement virtuose… »« Il n’avait jamais été passionné par Scriabine, mais elle était habile. Levant la main qui reposait sur son genou, il applaudit : de sa main gauche, la seule qui restait. »

Ainsi se referme le recueil, ouvert sur une première leçon de musique [1], lors de laquelle :

« Le professeur sort son instrument de l’étui…Son jeu ressemble à son discours : brillant, détaché, presque blasé, et pourtant d’une grande musicalité… Sous ma lourdeur je sens bouillonner la colère contre ses tons scintillants. Je le sais maintenant : si cet homme ne cesse pas de jouer je me lèverai de ma chaise et je quitterai la salle, ou bien je me mettrai à hurler en plein quatuor de Mozart… »

Une scène de Sonate d’automne, de Bergman, fait une sorte d’écho à celle-là : Liv Ulman interprète un peu gauchement un nocturne de Chopin. Sa mère, concertiste professionnelle l’exécute ensuite, avec une maîtrise technique irréprochable, mais l’on ne peut s’empêcher de faire abstraction de sa rigueur presque inhumaine, de la dureté de la mère pour sa fille.



Remarques finales

Une internaute (puisqu’il s’agit probablement d’une femme), retient que Masterclass aborde les thèmes suivants : cruauté, dérision, bêtise, mélancolie, absurde, tendresse, humour, étrangeté.

Soit.

A propos de [7], dont le titre « Potentiel » renvoie à celui de l’article de journal « les hommes sont tous des violeurs potentiels » qu’Iris met sous les yeux de son mari, elle exprime ceci :

Ninni Holmqvist entretient un humour à froid dont son narrateur fait les frais, si effrayé à l’idée d’être un « homme objet » manipulé par des séductrices retorses telles sa femme, sa maîtresse et ses filles, qu’il se vautre lourdement dans la goujaterie, promeut les clichés les plus éculés sur l’incompréhension naturelle et insurmontable entre les hommes et les femmes et termine sa journée de bovin comme un pauvre Caliméro victime de sa propre bêtise, la queue (piteuse) entre les jambes…

C’est à mon avis - comment dirait-elle ? - un peu « lourd », et symptomatique de la difficulté de comprendre l’autre.

Pour ma part je retiendrai la grande maîtrise des auteurs présents dans le recueil. Leur capacité à produire des textes resserrés et denses, l’économie avec laquelle ils ouvrent sur des univers que le lecteur peut s’approprier, imaginer, compléter…leur manière de nous présenter des âmes souvent tentées par l’introspection, parfois le désarroi, et tant d’autres attitudes d’une effrayante ou merveilleuse universalité.

Des auteurs sachant surprendre, par exemple en présentant des situations où certains rôles s’inversent, sont intervertis :

La petite fille [3] habille sa mère pour qu’elle assiste au repas de noël en famille, elle lui fait un cadeau (un flacon pour faire des bulles de savon), n’en reçoit pas elle-même,

Le père virtuel [9] a développé un instinct « ma-pa-ternel » et s’est fait abuser par une jeune femme a-normale (assez proche du personnage d’un autre film de Bergman : Monika)

La femme âgée [12] s’évertue à veiller sur ses proches, à s’inquiéter de leur santé, leur rend la vie impossible, et devient pour eux une sorte d’agent pathogène.

Ou encore (mais cette fois l’interprétation est un peu forcée) le violoniste [1] dépasse le maestro, dans la mesure ou celui-ci est dans la représentation, très soucieux de son image, alors que les derniers mots du musicien consistent en : « La lourdeur persiste mais je m’en fiche, je joue. Et, à mon grand étonnement, je découvre que je suis au cœur de la musique ».


Thierry, AS Éd.-Lib.


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Published by Thierry - dans Nouvelle
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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 07:00

Kawabata-Yasunari-La-danseuse-d-Izu.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

KAWABATA Yasunari

川端 康成
La Danseuse d’Izu

伊豆の踊子

Izu no Odoriko, 1926

traduction de Sylvie Regnault-Gatier,

S.Susuki et H.Suematsu
 Albin Michel, 1973

Le Livre de Poche, 1985


 

 

 

 

 

 

 

 

Relativement méconnu en Occident, Yasunari Kawabata est pourtant un des écrivains majeurs du XXe siècle, autant dans le domaine littéraire japonais que dans le domaine littéraire mondial.

Le destin voulut qu’il soit contemporain d’une des périodes les plus douloureuses mais également les plus riches du Japon. Né en 1899 à Osaka et mort suicidé en 1972, il traversa les années guerrières nipponnes : guerre contre la Russie, expansionnisme militaire avec annexion de la Corée, invasion de la Mandchourie, attaque de Pearl Harbor et, par ce fait, entrée de l’état japonais dans la Seconde Guerre mondiale, occupation notamment de la Thailande, de l’Indonésie, de l’Indochine française, bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, mise sous tutelle des États-Unis et, enfin, seconde ouverture économique et culturelle vers l’Occident.

Alors que le modèle d’un Japon traditionnel s’évertue à perdurer malgré tous les événements destructeurs qui forcent le changement et l’ouverture, Yasunari Kawabata et bien d’autres prôneront une démarche moderniste et feront en sorte, autant à travers leurs activités d’hommes de lettres que leurs écrits, de lier l’Orient et l’Occident.

Tous les traits caractéristiques de l’œuvre de Kawabata trouvent leur origine dans son enfance : son père, étudiant en médecine, était un fin lettré, il avait le goût de la poésie chinoise et de la peinture ; ses deux parents moururent en 1902 de la tuberculose, Yasunari n’avait que trois ans. Élevé par ses grands-parents paternels, il perdit également sa sœur et sa grand-mère sept ans après. Ne resta avec lui que son grand-père atteint de cécité ; ils tissèrent des liens très étroits. Féru de divination, c’est lui qui lui donna le goût du surnaturel et de l’irréel. Son dernier parent mourut en 1914, laissant cette fois le jeune Kawabata orphelin.

C’est cette même année qu’il rédige son premier opus littéraire, Jurokusai no nikki, Journal de ma seizième année, qu’il publie en 1925.

Recueilli enfin par son oncle, il entre à l’Université Impériale de Tokyo pour y étudier les littératures anglaise et japonaise et en ressort diplômé avec un mémoire intitulé Nihon shōsetsu shi shoron (Petite étude sur l’histoire du roman japonais).

Son activité littéraire commença bien avant son entrée à l’Université. Cette activité fut intense tout au long de sa vie et l’emmena même jusqu’au surmenage qui fut l’une des causes principales de son suicide : création d’un cercle libre de littérature moderne en 1919, rédaction d’articles de critique littéraire, traduction de Tchékhov, participation au comité de rédaction d’un mensuel nippon, fondation d’une revue avant-gardiste, Bungei jidai (« L’époque de la littérature ») dont l’orientation était ainsi définie : « le destin de ceux qui pensent au futur est d’abandonner le passé et de renoncer au présent », passion pour la photographie et le cinéma – il réalisa le scénario d’un film muet –, déplacements à travers le Japon pour écrire des chroniques de voyage, participation à la création de la société des hommes de lettres japonais, activités journalistiques durant la guerre, création d’une librairie (fonds de prêt de livres appartenant aux érudits) puis édition : il publiera une des plus belles rencontres de sa vie, une autre figure littéraire majeure de cette époque avec qui il entretiendra une correspondance de vingt-cinq ans, l’écrivain Mishima.

On lui décerne en 1952 le prix de l’Académie des Arts, dont il devient membre officiel, pour ses œuvres Nuée d’oiseaux blancs et Pays de neige (avec Le lac et Les Belles Endormies, elles font partie des œuvres les plus connues). Puis il obtient le Prix Nobel de Littérature en 1968 ; il est le premier écrivain japonais à recevoir ce prix de reconnaissance mondiale.

Après cette consécration, il continue ses activités littéraires et donne plusieurs conférences à Hawaï et aux USA ; il devient alors membre de l’Académie des Arts et des Lettres des États-Unis.

Sa santé reste précaire : il subit trois hospitalisations pour troubles de la vésicule biliaire, sevrage de somnifères et appendicite. Puis en 1972, plus discrètement que son ami Mishima, il finit par se suicider au gaz dans un petit appartement au bord de la mer ; il ne laisse ni testament ni explication.

Son œuvre et sa personnalité restent dans les esprits et les institutions : on érigea un musée commémoratif près d’Osaka et on mit en place le prix Kawabata de la nouvelle en 1999.

Au milieu de tout cela, il eut le temps de faire une promesse de mariage à l’âge de vingt ans à une jeune serveuse, Ito Hatsuyo ; un mois après, il rompit les fiançailles.
 
Cette femme resta cependant la femme idéale qui hanta pendant longtemps ses écrits jusqu’à ce qu’il la revoie dix ans après et qu’elle brise l’image idéalisée qu’il s’était faite d’elle ; son écriture en restera changée pour tout le reste de sa vie et se nourrira désormais de ses propres fantasme. Il se mariera en 1931 avec Matsubayashi Hideko.

Ses écrits sont avant tout autobiographiques et s’inspirent de faits réels. Ils sont hantés par la mort, la solitude, l’absence mais aussi l’érotisme et le surnaturel. Kawabata dessine avec pudeur et fragilité la tragique des sentiments humains et mènera jusqu’à sa disparition une quête obsédée du beau. Ses textes sont autant parés de tradition japonaise, à la fois élégante et tendre, que d’une certaine modernité occidentale avec la mise en œuvre, par exemple, de la subjectivité.

C’est de cette façon que Mishima parlera de l’écriture de son ami alors qu’il le recommande pour le Prix Nobel :

«  Les œuvres de Monsieur Kawabata allient la délicatesse à la fermeté, l’élégance à la conscience des tréfonds de la nature humaine ; leur clarté recèle une insondable tristesse, elles sont modernes quoique directement inspirées de la philosophie solitaire des moines du Japon du Moyen Âge. La manière dont l’écrivain choisit ses mots démontre à quelle subtilité, à quel degré de sensibilité frémissante peut atteindre la langue japonaise ; son style sans pareil est capable avec une promptitude infaillible, d’aller droit au cœur d’un sujet pour en exprimer la substance – qu’il s’agisse de l’innocence d’une très jeune fille ou de l’effrayante misanthropie du grand âge. »



La Danseuse d’Izu fait partie de ses écrits directement autobiographiques : c’est lors d’un de ses voyages dans la péninsule d’Izu, sur l’île de Honshu, que le jeune Kawabata rencontre une troupe de théâtre ambulant dans laquelle évolue une superbe danseuse ; la rencontre mêlée de féerie et d’esthétisme donne naissance à un puissant désir érotique ; la nouvelle nous décrit cette rencontre.

L’ouvrage choisi est donc un recueil de cinq nouvelles dont l’une porte le titre éponyme de « La Danseuse d’Izu » ; les autres récits s’intitulent « Élégie », « Bestiaire », « Retrouvailles » et « La Lune dans l’eau ». Ces nouvelles traitent chacune d’une histoire bien particulière mais sont liées par des traits communs : la plupart du temps, les personnages sont anonymes et les situations floues ; ce sont des histoires d’amour qui se créent, se renouent pour continuer ou se terminer et, toujours, une ombre de tristesse, de fatalité plane au-dessus d’elles.

Les protagonistes sont toujours à la recherche de choses perdues, frôlant parfois une marginalité extrême voire la folie. Mais cela toujours dans un silence et une discrétion typiquement japonais. Si nous devions donner une image qui reflète le fond de ses œuvres, nous prendrions la contemplation de quelques gouttes de sang sur la neige…


« La danseuse d’Izu » est la première nouvelle du recueil, la seule découpée en sous-parties, la plus longue et donc la plus importante de l’œuvre entière.

Elle semble placer le Japon en première ligne du fait tout d’abord de son ancrage géographique. Nous trouvons en effet beaucoup de toponymes (« Kofu », « Shimoda », « Oshima , « Yugashima ») ; la route suivie par les voyageurs est tellement bien décrite que nous pourrions la retracer sur une carte.

Cette nouvelle, tirée directement d’une expérience de vie de l’auteur, nous décrit le voyage réalisé par un jeune lycéen qui décide de se rendre à la péninsule d’Izu. Sa route croise celle d’une troupe de musiciens et d’artistes ambulants dans laquelle se trouve une superbe danseuse ; il ne peut que tomber amoureux d’elle. D’auberge en auberge, leur route commune sera donc pimentée par des regards à la dérobée, des parties de go, des soirs de musique, des silences parlant d’eux-mêmes mais jamais de mots ni de déclarations. Le jeune homme finira par quitter ses compagnons de voyage, ayant l’obligation de rentrer à Tokyo. Ce n’est que sur la plage, avant de prendre le bateau qu’un semblant de sentiment est sous-entendu, seulement par les gestes, jamais par la parole :

« Nous approchions de l’embarcadère quand je reconnus, sur la plage, la danseuse accroupie ; cette silhouette m’émut profondément. Elle ne fit pas un geste avant que je sois arrivé près d’elle ; alors elle baissa la tête en gardant le silence. Elle avait conservé son fard de la nuit précédente, et cela me rendit encore plus sentimental. Le trait rouge du coin des yeux prêtait une fermeté puérile au visage dont l’expression me parut courroucée. »

Paradoxalement, le jeune homme repart comblé et non pas attristé de cette expérience :

« Je me trouvais dans un état d’esprit si limpide, si beau qu’il me devenait loisible d’accepter avec naturel n’importe quelle gentillesse […] Je me réchauffais à la tiédeur du corps de mon compagnon et je laissais couler mes pleurs. Ma tête se résolvait en eau claire, qui s’écoulait sans rien laisser en moi ; et j’en éprouvais une douceur paisible. »

En effet, étant orphelin, il semble avoir trouvé, durant ces quelques jours passés en cette compagnie, toute une famille et cela en plus d’une attirance autant érotique qu’esthétique que nous voyons se créer sous nos yeux de lecteur au détour d’un chemin. On se trouve souvent dans cette position de spectateur ou même de voyeur avec Kawabata ; voyeur face à une beauté et une élégance de sentiments dissimulés.

L’image de l’orphelin reflète celle de l’écrivain à un âge similaire tout comme son besoin irrépressible de combler une absence et de sortir de lui-même :

« C’était à la suite de sévères réflexions sur moi-même que j’avais entrepris ce voyage dans la presqu’île d’Izu. Je ne pouvais plus supporter la mélancolie qui m’avait étreint lorsque j’avais observé combien mon caractère se trouvait aigri par ma situation d’orphelin. Le fait de paraître sympathique – dans le sens le plus courant du mot – à mes compagnons de route m’était "inexprimablement" précieux. »

Alors qu’elle est la nouvelle se nourrissant le plus de la vie de l’auteur, ce dernier semble avoir offert la première place au Japon dans ces lignes. Nous retrouvons en effet plus ou moins l’aspect de conte un peu fantastique, de voyage initiatique mettant ici en scène un adolescent partant seul sur les routes en pleine montagne. Cela peut nous rappeler certains écrits nippons décrivant un Japon moyenâgeux, mythique, traditionnel et typique. Et cette nouvelle sera, une fois de plus, la seule à nous offrir ce versant du Japon.

Terminons la présentation de ce récit par une image assez marquante dans l’histoire qui nous rappelle par moments la couleur un peu surnaturelle de l’œuvre de Kawabata…

« Devant moi, gonflé comme un noyé, pâle, un vieillard assis posait sur moi un regard morne, et ses yeux paraissaient décomposés jusqu’aux pupilles. Il était enseveli sous des paperasses, des sachets qui s’empilaient autour de lui. Je restai pétrifié, fasciné par cette apparition fantastique, par cette créature de la montagne dans laquelle j’avais peine à reconnaître un homme, vivant […] Depuis longtemps, cet homme vivait paralysé – totalement paralysé. Cet amas de papiers, c’étaient des lettres venant de divers pays, lui indiquant des traitements pour son mal, et ses tas de sachets, des emballages de produit pharmaceutiques qu’il avait pu faire venir de l’étranger. Chaque fois qu’il avait entendu parler de médications nouvelles par des voyageurs, ou quand il trouvait des réclames de drogues dans les journaux, il tâchait de se les procurer, vivant dans la contemplation de toutes ces lettres et de tous ces sachets, sans jamais consentir à ce qu’on en jetât un seul. Ainsi s’était, en quelques années, édifiée cette montagne. »



« Élégie »

Dans le dictionnaire, élégie est défini de la manière suivante : « poème lyrique exprimant une plainte douloureuse, des sentiments mélancoliques ; œuvre poétique dont le thème est la plainte ». Cette deuxième nouvelle du recueil est, de la même manière, résumée : un long monologue, une lettre adressée à un amant mort. Ici, Kawabata nous offre l’aspect poétique et lyrique de son écriture en abordant le thème d’un amour absolu qui dépasse toutes barrières terrestres ou physiques et qui, par la mort, permet à deux amants de se retrouver.

C’est une femme qui prend la plume et parle durant les treize pages de cette nouvelle : elle est en double peine ; elle a été quittée par celui qu’elle aime et lui-même après son mariage avec une autre quitte le monde des vivants. L’amante déchue adresse donc ces lignes à son amant parti. C’est un monologue qui pourrait autant être écrit qu’oral : l’écrit suit le fil de la pensée et emprunte sa forme ; les réflexions s’enchaînent sans transition et cela se reflète dans la syntaxe. Le récit de ce qui s’est passé entre ces deux êtres se voit entrecoupé d’interrogations métaphysiques et cosmogoniques déconnectées d’une certaine réalité pragmatique. Mais ces pensées sont en lien étroit avec la nature profonde de la narratrice, à savoir une femme qui communique avec l’au-delà :

« Assise sur vos genoux, je contemplais un bosquet de diverses essences qui se distinguaient très nettement, comme si l’on venait d’en redessiner les lignes, quand je remarquai une très légère coloration vers l’angle de la pelouse. Je me demandais si le soleil se reflétait sur la brume. Ma mère s’avançait vers moi.

À cette époque, je vivais avec vous, contre le gré de mes parents. Je n’en éprouvais guère de honte, mais pourtant, sous l’effet de la surprise, je me redressai légèrement. Ma mère appuyait la main gauche contre sa gorge, comme pour me faire comprendre quelque chose. Soudain, sa silhouette s’estompa.

Alors je me laissai retomber de tout mon poids sur vos genoux. Vous m’avez questionnée :

˜Est-ce à ta mère que tu penses ?
– Tiens, vous aussi vous l’avez vue ?
– Vue ?
– A l’instant, là !
– Où ?
– Là.
– Non, je n’ai rien vu. Que faisait-elle ?
– Elle vient de mourir. Elle est venue me l’apprendre. ˝

Je rentrai sur-le-champ chez mon père. La dépouille de ma mère n’avait pas encore été rapportée de l’hôpital. N’entretenant plus aucun rapport avec les miens, j’ignorais tout de son mal : un cancer de la langue. Voilà pourquoi sans doute, elle m’était apparue la main sur la gorge. Au moment précis de ma vision, elle avait expiré. »

Nous retrouvons ici l’attrait de Kawabata pour le surnaturel. C’est ainsi que le texte se trouve empli de références religieuses et spirituelles ; par la plume de la narratrice, nous explorons et goûtons à toutes les croyances et toutes les visions de la mort : croyances bouddhistes (transmigration), catholiques, grecques, égyptiennes (Chant de la Réincarnation, Livre des Morts), métempsycose, métamorphoses d’Ovide. Une grande volonté de donner une signification et une justification spirituelles aux événements physiques se fait sentir. Une remise en question de toutes les explications purement physiques et physiologiques de la vie et de la mort suit ce raisonnement.

« Quand une fleur se fane ici-bas, son parfum monte jusqu’au ciel ; alors la même fleur s’épanouit là-haut. Toute la matière du Pays de l’Esprit est constituée par les parfums qui s’élèvent de la terre. Si l’on y prend bien garde, on s’aperçoit que chaque objet, chaque être dégage, en mourant, en pourrissant, une odeur particulière : celle de l’acacia diffère de celle du bambou, celle du chanvre pourri de celle du drap en décomposition.

Quant aux âmes, elles ne se libèrent pas brutalement des cadavres (comme on le prétend de la boule de flamme des mânes), mais forment une sorte de filament que l’odeur aurait tissé, qui monterait au ciel pour y former le corps spirituel du défunt, à l’image de son corps physique abandonné. L’homme présenterait donc, dans l’au-delà, le même aspect qu’il avait sur terre. »

À travers une dimension spirituelle permanente et cet aspect absolu de l’amour, nous pouvons déceler une influence majeure : celle du romantisme. Quelques indices trouvés dans le texte nous permettent de confirmer cette impression, notamment des références comme Swedenborg, Dante et la Divine Comédie, Goethe, Chopin et toutes les allusions au courant spirite (attraction pour le monde des esprits et pour la communication avec l’au-delà) qui anima cette époque si passionnée du XIXe siècle. Par cette aura romantique, et en dehors des quelques mots de langue japonaise, étrangement, le texte semble dépourvu de tout « aspect nippon » et pourrait très bien passer pour un classique du romantisme occidental…

Enfin, ces lignes sont avant tout une réflexion sur « l’après » : comment vivre alors qu’il est parti ? La nouvelle se clôt sur des lignes assez énigmatiques mais qui nous laissent deviner que la narratrice veut avant tout se livrer à la métamorphose pour le retrouver ; aliénation psychologique ? Ou suicide ?

« À l’annonce de votre mort, j’ai frémi de crainte, et j’ai ressenti, plus fortement encore, l’envie de devenir une fleur sauvage. L’ardente légion des soldats de l’esprit, où s’engagent les âmes d’ici-bas et celles de l’au-delà, combat les modes de pensée de ceux que la mort ou la vie ont séparés ; lance un pont qui les relie ; anéantit enfin la tristesse que la mort dispense en ce monde. Voilà ce qu’affirment les spirites.

Moi, pourtant, plutôt que de recevoir des témoignages d’amour venant du pays de l’esprit ; plutôt que de me survivre, toujours amante dans l’Hadès ou dans la vie future, je préfère devenir avec vous une fleur de prunier vermeil, fleur de laurier-rose. Alors les papillons qui butinent le pollen nous uniront.

Alors je n’aurais plus besoin d’invoquer les morts, selon la navrante coutume des vivants. »



« Bestiaire »

D’une amante déchue et passionnée, nous passons au croquis d’un personnage tout à fait différent et singulier : un homme qui vit entouré d’animaux et non d’êtres humains. Un homme du monde du spectacle qui préfère la compagnie des animaux à celle des hommes :

« Serait-ce un effet de l’âge ? Voir des gens m’ennuie de plus en plus. J’aime peu les hommes ; ils me lassent vite. Pour les repas ou les voyages, je préfère la compagnie d’une femme.
– Alors marie-toi !
– Ce n’est pas possible non plus car je préfère, moi, les femmes froides – et qui le restent. Il m’est plus facile de leur parler, en affectant de ne pas remarquer leur indifférence. Je ne prends toujours comme domestique que des filles à l’air sévère.
– Voilà donc pourquoi tu élèves des animaux !
– Les animaux ne sont pas indifférents…En vérité, je ne pourrais supporter la solitude si je n’avais ces présences. »

Dans cette nouvelle, nous voici donc en présence de plusieurs épisodes où le rapport du personnage aux animaux nous est décrit : une relation quasi « boulimique » (il passera, par exemple, une journée entière à essayer de réanimer un oiseau à moitié mort). Sa maison est une véritable Arche de Noé et dès que certains de ses animaux meurent, ils sont aussitôt remplacés, lui procurant une joie immense :

«  Lui, pourtant, trouvait la vie tellement fraîche pendant les deux ou trois journées qui suivaient l’arrivée d’un nouvel oiseau ! Le ciel et la terre le comblaient ! Serait-il mauvais ? Nul être humain ne pouvait lui inspirer de sentiments analogues. »

En plus de son besoin incessant d’animaux, le narrateur se trouve être un spécialiste en matière d’histoire naturelle ; en effet, nous assistons souvent dans le texte à des descriptions très précises du monde animal. Mais tout cela ne l’empêche pas pour autant de faire acte d’une certaine froideur et cruauté envers ses prétendus protégés ; la violence qu’il manifeste est même banalisée. Paradoxalement, il est autant capable de tout leur donner pour les sauver que d’agir cruellement avec eux. Boulimie, violence, solitude insupportable, cruauté, Kawabata dresse avant tout, ici, le portrait d’un homme habité par un mal être profond, un dégoût d’un monde dans lequel il ne veut pas trouver sa place auprès des hommes. Sa vision de ceux-ci est d’ailleurs exprimée à travers celle des animaux :

« Prenons les chiens par exemple : après avoir eu des colleys, on continue de préférence avec la même race, comme on aime les femmes qui vous rappellent votre premier amour, au point de vouloir, pour finir, en épouser une qui ressemble à celle qu’on a perdue. Tout cela ne procède-t-il pas du même sentiment ? Vivre avec les animaux, c’est aimer seul, dans un libre orgueil. »

Une seule personne trouve reconnaissance à ses yeux : une jeune danseuse, Chikako. Leur rapport ne nous est pas présenté explicitement mais nous pouvons sentir une attirance toute particulière du narrateur pour elle. Mais même elle passe sous le filtre animal :

« Chikako ne pouvait donc être indifférente à son enfant, semblable en ce point, de la chienne. »

Alors que nous attribuons habituellement des comportements humains aux animaux, l’homme de la nouvelle utilise le schéma inverse.

De plus, ici aussi, les temporalités se chevauchent et nous assistons tout à la fin de la nouvelle à un retour en arrière durant lequel le narrateur nous fait partager un épisode marquant de sa vie : sa tentative de suicide qu’il vécut avec Chikako.
Alors qu’il ne semble avoir ni l’envie, ni le besoin d’être parmi les hommes ; ce narrateur semble également ne pas pouvoir mourir :

« Une dizaine d’années avant, il avait tenté de se suicider avec elle. À cette époque-là, il répétait à tout bout de champ qu’il voulait mourir, cela devenait une manie, ce qui indiquait assez qu’il ne trouvait pas de motif précis pour disparaître. C’était une pensée flottante, la fleur des écumes de cette vie si longtemps solitaire entre ses animaux. Ne trouverait-il pas en Chikako la compagne rêvée pour mourir, cette fille qui vivait sans vivre, comme s’il fallait que d’autres lui apportent l’espoir du dehors ? »

Le thème du suicide revient comme un leitmotiv de façon dissimulée ou expressive…Kawabata aurait-il laissé là des indices sur ldes raisons de son propre départ précipité ?...



« Retrouvailles »

« Retrouvailles » est la première nouvelle où nous avons un ancrage historique et géographique précis (également beaucoup de toponymes japonais) : nous sommes ainsi en plein Japon d’après Seconde Guerre mondiale ; les Américains occupent le pays. Un pays qui a perdu sa force et sa dignité et qui se voit représenté par un narrateur anonyme, déchu et peiné d’assister à l’agonie de sa patrie. C’est aussi le regard de l’auteur sur la réalité d’après guerre qui nous est dévoilé ici.

Le récit met en scène un homme revenu de la guerre ; il assiste à un spectacle de danses traditionnelles qui lui devient très vite insupportable à regarder. La culture offerte à la vue de tous devient un folklore pathétique et pitoyable car elle ne semble plus avoir sa place dans l’époque à laquelle elle tente de survivre :

« Les manches traînantes, l’obi relevé d’une fille plus grande le frappèrent par leur caractère anachronique. Ces demoiselles devaient être de bonne famille, elles étaient saines et elles produisaient pourtant une impression déplorable. Les dessins et les couleurs des étoffes qu’elles portaient paraissaient maintenant à Yuzo vulgaires et même barbares. Comme la technique et le sens artistique de ceux qui confectionnaient ces kimonos avant-guerre, le goût de ceux qui les portaient avait dégénéré ! se dit-il. »

Ces danseuses apparaissent ainsi comme la personnification d’un Japon souffrant.

À ces retrouvailles avec le Japon ancien, s’en ajoutent d’autres : dans la foule, le narrateur reconnaît une femme. Une femme qu’il avait dû quitter juste avant de partir pour la guerre. Ce n’est donc pas que l’histoire et le portrait d’un pays détruit mais également l’existence douloureuse d’un couple qui se retrouve au milieu des ruines. Ruines psychologiques de ce qu’ils ont vécu et ruines de la ville qui les entoure. Il hésite à la rejoindre car, par le passé, leur liaison fut teintée d’une certaine aliénation ; lui reparler serait retomber dans une relation de dépendance malsaine. Il sait qu’il n’y a qu’une issue avec une telle femme : l’autodestruction.

« S’il renouait avec cette femme, il allait connaître encore les mêmes problèmes moraux, les mêmes difficultés quotidiennes. Seulement, ce serait de son plein gré qu’il aurait renouvelé cette liaison fatale.
 
En dépit de la vigilance qui revenait devant son visage, il reprit cette femme, franchissant un fossé d’un bond léger, agissant, lui semblait-il, dans le monde purifié de l’au-delà. Connaître la réalité pure, dégagée des contraintes…Jamais encore il n’avait éprouvé que le passé devienne vrai, tangible ; jamais il n’aurait imaginé que la sensation de nouveauté sensuelle qui avait jadis existé entre cette femme et lui puisse renaître. »

Le lien qui les avait unis semble ainsi être un mal nécessaire. Et comme il l’avait prévu, après leurs retrouvailles, elle ne le lâche plus et le suit désormais partout. La mise en relation des restes d’une guerre ravageuse et de leurs retrouvailles fantastiques dessine une fois de plus l’image de la fatalité qui planera toujours au dessus de chacun des écrits de Kawabata.



« La lune dans l’eau »

La dernière nouvelle du recueil est de la même veine poétique qu’ « Élégie ». Un couple qui s’aime, un mari qui tombe malade ; alors qu’il est immobilisé dans son lit, sa femme trouve l’idée magique de regarder le monde différemment dans un miroir. Ce petit jeu devient la clé de leur intimité ; il leur devient même indispensable. Mais un beau, le mari ne se réveille plus et des obsèques sont célébrées : sa femme glisse le miroir discrètement dans son cercueil. Se remariant avec peine, elle partage à nouveau sa vie avec un homme pragmatique ; plus de place pour la féerie d’un monde-miroir. L’issue est désormais la fuite et l’impossibilité de faire le deuil de son défunt époux. Elle se trouve un nouveau miroir, s’y enferme de plus en plus pour pouvoir renouer avec le monde qu’elle s’était créé. Un monde où il lui est possible de redécouvrir ce qu’il l’entoure, d’apprivoiser une autre manière de regarder, une réalité plus belle.

« La jeune femme s’émerveillait de la richesse, de l’immensité du monde reflété dans ce qu’elle avait considéré jusque-là comme un simple objet de toilette pratique pour se coiffer la nuque et qui avait ouvert à l’invalide cette vie nouvelle. Kyoko s’asseyait souvent à son chevet, et tous deux plongeaient ensemble leurs regards dans le miroir pour commenter ensuite cet univers qu’ils y découvraient. Au bout d’un certain temps, elle se mit à le distinguer de celui qu’elle percevait à l’œil nu ; deux mondes distincts vinrent à coïncider pour elle : celui que recréait le miroir avait acquis sa réalité.

˝Dans la glace, le ciel brille comme de l’argent˝, fit-elle un jour, puis, levant les yeux pour regarder par la fenêtre, elle ajouta : ˝Tandis que l’autre est gris, nuageux.˝ Certes, le ciel du miroir ne présentait pas l’aspect plombé du ciel réel : il étincelait. »

La vision du monde découverte dans le miroir semble sceller l’amour des deux amants à travers la mort, un thème qui semble apprécié de Kawabata.



La Danseuse d’Izu m’a permis de découvrir un pan de la littérature japonaise que je connaissais à peine ; j’avais juste commencé à lire Kafka sur le rivage de Haruki Murakami et  Le Clan des Otori de Lian Hearn (une série de livres dont l’histoire se déroule au centre d’un Japon féodal).

Et je peux donc dire que j’ai beaucoup aimé… je ne pensais pas retrouver du Romantisme au sens littéraire du terme et j’ai été étonné justement de ne pas trouver tous les « stéréotypes » sur lesquels on peut penser tomber (comme quoi nous sommes remplis de préjugés…). Au contraire, Kawabata mélange habilement tradition japonaise et touches occidentales.

C’est un auteur qui peut sûrement nous faire découvrir la littérature japonaise et modifier l’idée que l’on peut s’en faire. C’est une littérature qui peut parler à tous, qui n’est pas fermée et sa poéticité nous touche car elle se veut universelle.


Maïtena, AS Bib.

 

 

KAWABATA Yasunari sur LITTEXPRESS

 

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 Articles d'Ariane et de Jean-Baptiste sur Kyoto

 

 

 

 

 

 

 

 

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 Article de Romain sur Les Belles Endormies

 

 

 

 

 

 

 

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 07:00

Vladimir Nabokov, La Vénitienne



 

 

 

 

 

 

 

Vladimir NABOKOV
La Vénitienne et autres nouvelles
1ere édition: 1924
Traduit du russe
par Bernard Kreise
Gallimard, 1990
Folio




 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vladimir Nabokov est né en 1899, le 23 Avril, à Saint Pétersbourg en Russie. Il est issu d'une famille aristocratique, très cultivée et libérale. Il apprend de ses gouvernantes et de ses précepteurs plusieurs langues étrangères, ce qui est pour lui l’occasion de premiers « voyages » culturels ; il parle couramment non seulement le russe mais aussi le français et l'anglais. Il étudie ensuite à l'Institut Tenichev, un lycée d'avant-garde.

Il publiera ses premiers poèmes en 1914. Mais ces années sombres lui font vivre un vrai cauchemar car son père, membre de la première Douma de 1906, est un opposant au régime tsariste, ce qui obligera la famille de Nabokov à quitter sa belle demeure pour s'installer à Londres puis, quelque temps plus tard, à Berlin. En 1922, son père est assassiné par des Russes blancs d'extrême-droite. Enfin, après ces épisodes noirs de sa vie, Nabokov reste auprès de sa mère et s'éprend de la littérature. La montée du nazisme mettra un terme à ces quelques moments de répit. Nabokov, qui a épousé Véra Slonim, elle-même juive, et leur fils, Dimitri, finiront par quitter l'Allemagne en 1936 pour s'installer à Paris.

Toutefois, ces événements ne lui enlèvent pas son goût pour la littérature et sa première publication est la traduction d’Alice aux pays des merveilles en russe ; puis il écrit son premier roman, Machenka, une histoire d'émigrés russes, l'année suivante. Il part ensuite pour les États-Unis mais publie son roman le plus célèbre,  Lolita, à Paris car les éditeurs américains refuseront toute publication de cet ouvrage. Finalement, cette histoire d'amour entre un quadragénaire et une adolescente rencontrera un franc succès de scandale qui lui assurera, sans nul doute, une publicité mondiale.

Aussi Nabokov pourra-t-il à juste titre dire : « Je suis un écrivain américain, né en Russie et formé en Angleterre, où j'ai étudié la littérature française avant de passer quinze années en Allemagne »



Quelques-uns de ses romans

Machenka (1926)

Roi, dame, valet (1928)

L'enchanteur (1939)

 Lolita (1955)



Quelques-unes de ses nouvelles

 Un coup d'aile (1923-1924)

La vengeance (1923-1924)

La Vénitienne (1923-1924)



Quelques citations


« Lire une pièce et voir une pièce reviennent, finalement, à vivre sa vie et à rêver de sa vie. »


 « Le sens de la création littéraire : dépeindre des objets ordinaires tels que leur reflet apparaîtrait dans des miroirs magiques. »


 « Le joueur d'échecs, comme le peintre ou le photographe, est brillant... ou mat. » Pnine

 
« Les étoiles n'ont leur vrai reflet qu'à travers les larmes. » Regarde, regarde les arlequins !
 

 

« Il faut à mon avis écrire pour plaire à un seul lecteur : soi-même »



Un point intéressant à noter : l'auteur est synesthète graphème-couleur. Un terme très mystérieux pour simplement désigner le phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés. Concrètement pour l'auteur, les lettres de l'alphabet ou les nombres peuvent être perçus comme colorés. L'auteur ne le voit toutefois pas comme une contrainte ; bien au contraire, il jouera à plusieurs reprises de ce don dans ses œuvres.



Résumé

L'histoire se déroule dans un château, chez un colonel. Ce dernier, épris de peinture, invite Mr Magor et sa femme Maureen à passer quelques jours chez lui pour que son hôte, fin connaisseur, lui livre ses dernières trouvailles en matière de tableaux. Pour l'occasion, le fils du colonel, Franck, qui est étudiant et peint secrètement à ses heures perdues ainsi que son ami Simpson s'invitent chez le colonel.

Mr Magor apporte donc un tableau rare et précieux, le portrait de la Vénitienne de Sebastiano Del Piombo. L’auteur s’est en réalité inspiré de Jeune Romaine dite Dorothée du même peintre. Tout le monde remarque une étrange ressemblance entre cette femme et Maureen Magor. Simpson est fasciné par ce tableau et vient le contempler chaque jour. Un jour, Mr Magor lui explique qu'il est possible de pénétrer dans un tableau en le contemplant intensément et lui dit que lui-même en a fait l'expérience.

Entre temps, une liaison secrète se déclare entre Franck et Maureen. Le colonel, ami de Mr Magor, ordonne à son fils de cesser ses embrassades avec la femme de ce dernier ou de quitter le château.

De son côté, Simpson, qui est bien loin de toute ces cachotteries, s'intéresse de plus près au tableau à tel point qu'un beau jour il est littéralement absorbé par celui-ci. Il se fige d'une manière ridicule dans la toile et lorsque le colonel voit le tableau le lendemain matin, il accuse immédiatement son fils d'avoir peint le portrait absurde de Simpson pour se venger de son père. Il décide alors d'effacer avec un chiffon le portrait de Simpson et c'est ce qui sauvera le jeune homme de l'immobilité éternelle.

Le colonel découvre enfin une lettre de son fils lui expliquant les raisons de son départ soudain avec Maureen, exauçant ainsi les deux souhaits de son père.

Un chute incroyable se profile alors à l'horizon et laisse au lecteur une dernière énigme à résoudre... Âmes sensibles s'abstenir ! Ce tableau devient donc un nœud de supercheries ou s'entremêlent humour et fantastique, énigmes à résoudre et indices indécelables !

Chez Nabokov, le réel passe en priorité par la vision. Tout n'est que chatoiement, miroitement, effets de couleurs...

 

L'humour

Nabokov utilise l'humour pour dénoncer la bonne société fortunée et hypocrite de son temps. Il choisit la peinture, qu'il connaît bien, pour symboliser les faux-semblants dans lesquels cette société baigne. Ce tableau qui trompe tous les protagonistes se trouve être en fait la copie conforme des rapports sociaux de son époque : des apparences magnifiques que tout le monde expose au grand jour pour dissimuler une réalité inavouable. Les dialogues montrent bien à quelle classe sociale les personnes appartiennent, des aristocrates et bourgeois snobs, ce qui est source d’humour, notamment par le décalage entre la façon dont l'auteur s'exprime et celle des personnes.

Mais Nabokov utilise aussi l'humour pour divertir le lecteur et l'amuser :

« Le soir, la pluie cessa de façon imprévue. Quelqu'un s'était brusquement ravisé et avait fermé les robinets. » (page 94)

« Simpson s'était réveillé exactement à minuit. Il venait de s'endormir et, comme cela arrive parfois, il s'était réveillé précisément parce qu'il s'était endormi. » (page 98)



Le style

L'auteur opte pour des phrases longues qui ne coupent pas le récit de façon saccadée et nous donnent l'impression d'être en suspension. Le lecteur éprouve donc une sensation de grande fluidité qui ne s'achève qu'à la fin du récit.

L'écriture est en harmonie avec le thème central du récit, la peinture, car celle-ci est perçue comme quelque chose de somptueux, de rare donc de précieux. L'auteur utilise une écriture fine et légère avec notamment des termes qui renvoient à la somptuosité de la peinture : « miroitant », « luisante », « illumine »...

Nabokov fait une description très minutieuse dans certains passages, permettant au lecteur de s'imaginer la scène mais également de prendre en quelque sorte la place des personnages.



L'intrigue

Elle est très bien conduite jusqu'au bout car tout au long du récit on trouve des indices qui préparent le dénouement mais à la première lecture on passe bien souvent à côté de ces indices et ce n'est que lors d'une seconde lecture, plus attentive, que l'on perçoit une multitude d’éléments annonciateurs de la chute. L'auteur nous prépare paradoxalement à la surprise finale :

« De constellation en constellation, de repas en repas le monde avance comme avance ce récit. Mais sa monotonie va maintenant s'interrompre par un miracle incroyable, une aventure inouïe. » page 95.



Le tableau de Sébastiano del Piombo

Le tableau dont s’inspire Nabokov est Jeune Romaine dite Dorothée du célèbre peintre Sebastiano del Piombo. Il représente une très jolie jeune femme brune, une beauté vénitienne, habillée d’un tissu rose et d’une fourrure de lynx gris, tenant dans sa main gauche un panier rempli de fruits jaunes qui auront d'ailleurs une incidence dans le récit. Tout cela dans un décor vénitien du XVIe siècle.



Un auteur « proche » de Nabokov

On pourrait relier Nabokov à un autre auteur, auteur majeur dans l’histoire de la critique d'art, Diderot. En effet, alors qu'on le charge d'une mission particulière, celle qui consiste à faire des comptes rendus des expositions de l'Académie royale de peinture et de sculpture, il les rédige sous forme de neuf Salons et les met à la disposition des lecteurs dans sa Correspondance littéraire. Pris au jeu et convaincu de la fonction morale de l'art, il adoptera un ton libre, ce qui lui vaudra le succès de ses Salons. Diderot est considéré comme le pionnier de la critique d'art et c'est d'ailleurs lui même qui en fera un genre littéraire.

Il se rapproche beaucoup de Nabokov, notamment de son œuvre la Vénitienne, pour différentes raisons : tout d'abord Diderot accorde une place prépondérante aux dialogues afin que la critique fasse intervenir l'autre, le lecteur, mais ils ont une autre fonction, tout aussi importante, car les dialogues permettent de faire une critique moins radicale et plus sympathique. Ce dernier utilise également l'humour afin, là encore, de faire une critique moins abrupte et de respecter l'œuvre et l'auteur de l'œuvre. Chez Diderot, la peinture est considérée comme une poésie muette qui dégage du sens et bien qu'elle soit « muette » elle devient, par l'interprétation, parole en puissance. Diderot, loin de parler à la place du tableau, le fait véritablement parler !

Enfin, une autre caractéristique qui rapproche Diderot et Nabokov est celle-ci : Diderot invite le lecteur à pénétrer littéralement dans le tableau, ce qui nous rappelle Mr Magor invitant Simpson à entrer dans le tableau en contemplant intensément celui-ci.



Avis personnel

J'ai beaucoup aimé cette nouvelle, courte, certes, mais qui nous captive jusqu'au bout. L'auteur a réussi son pari et il mène l'histoire de façon magistrale jusqu'à la fin. Le lecteur, alors qu'il s'y attend le moins, se trouve bouleversé par une chute incroyable qui le pousse très vite à relire une nouvelle fois l'œuvre. La beauté des lieux, les personnages et l'histoire en elle-même sont autant d'éléments qui nous emmènent loin, bien loin de chez nous et nous dépaysent complètement. Une nouvelle à ne surtout pas manquer mais gare à vous, les apparences cachent parfois bien des secrets !


Lydie D, 1ère année Bib/Med/Patrimoine

 


 

Vladimir NABOKOV sur LITTEXPRESS

 

Vladimir Nabokov, La Vénitienne

 

 

 

 

 

Article de Charlotte sur le recueil La Vénitienne.

 

 

 

 

Article de Yaël sur la nouvelle « La Vénitienne ».

 

 

 

 

nabokov 1

 

 

 

 

 

Article de Mathilde sur Lolita.

 

 

 

 

 

 

 

 

Vladimir Nabokov Un coup d'aile

 

 

Article de Pauline sur "Un coup d'aile".

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 07:00

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José de la CUADRA
Noir Équateur

Traducteurs

Eudes Labrusse,

Robert Amutio,

Denis Amutio

et Catherine Echezarreta

L’arbre vengeur
collection « Forêt invisible », 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai choisi de présenter un ouvrage édité par la maison bordelaise L’arbre vengeur afin de rendre hommage à leur collection « Forêt invisible », tournée vers l’Amérique Latine. En effet, je remercie les éditeurs David Vincent et Nicolas Etienne de m’avoir fait découvrir l’œuvre de l’Équatorien José de la Cuadra. L’ouvrage intitulé Noir Equateur réunit plusieurs nouvelles de l’écrivain et chaque nouvelle est illustrée par Yoel Jimenez, un artiste cubain, diplômé des Beaux Arts de La Havane.



José de la Cuadra et son œuvre

José de la Cuadra est un écrivain équatorien né à Guayaquil en 1903 et mort en 1941. Il fut professeur universitaire, avocat, militant socialiste, écrivain. Il fut également le créateur de l’Université populaire de Guayaquil, et représentant consulaire de son pays en Argentine et en Uruguay.

D’un point de vue plus littéraire, José de la Cuadra a fait partie du groupe de Guayaquil, dont la devise était « la realidad y nada más que la realidad » (la réalité et rien d’autre). Dans les années 30, ces écrivains, parmi lesquels Joaquín Gallegos Lara, Enrique Gil Gilbert ou Demetrio Aguilera Malta, seront les fondateurs du nouveau récit équatorien. Ce récit est marqué par un important réalisme et un intérêt notable pour les causes sociales.

José de la Cuadra a publié plusieurs recueils de nouvelles comme Repisas en 1931, Horno en 1932, ou Guasintón en 1938. Il a également publié un roman, Los Sangurimas, en 1934, qui n’a jamais été traduit en français, et il a plus tard écrit Los monos enloquecidos, roman aujourd’hui inachevé.

Par ailleurs, José de la Cuadra est reconnu pour avoir publié un essai, intitulé El montuvio ecuatoriano, paru en Equateur en 1938. Cet essai allie sociologie et ethnographie. L’auteur porte un regard le plus extérieur possible afin de décrire les montuvios, qui sont les paysans de la région côtière et rurale du sud du pays, région dont la capitale est Salitre. Le peuple des Montuvios a été « exploré » à partir des années 30 par les écrivains du groupe de Guayaquil, qui proposent aux lecteurs certaines analyses ethnographiques, non seulement dans leurs essais mais aussi dans des textes de fiction. En effet, la littérature de ce groupe est appelée « littérature de la reconnaissance », et son objectif, qui peut sembler paradoxal, est de montrer les us et coutumes des peuples équatoriens, parmi lesquels les Montuvios, dans un but de modernisation de la société. Se connaître, se reconnaître, pour aller de l’avant. De la Cuadra a, en ce sens, participé au projet de nation métisse, projet qui a vu le jour en Equateur avec la révolution montonera de 1895. Il a mobilisé la société par son discours libertaire et a donné à entendre les revendications des métis.

En France, son œuvre est peu connue. L’ouvrage édité par L’Arbre vengeur reprend deux nouvelles qui avaient été traduites par Eudes Labrusse, « Chumbote » et « La Tigra ». Quant aux autres nouvelles, elles sont traduites par Robert Amutio, Denis Amutio et Catherine Echezarreta. Robert Amutio, directeur de la collection « Forêt invisible » chez L’Arbre vengeur, a choisi de présenter neuf nouvelles qu’il a choisies parmi les trois recueils de nouvelles cités précédemment.



Trois dimensions : réalisme, mythe et politique

Tout d’abord, nous pouvons affirmer que la littérature de José de la Cuadra est réaliste, cela ne fait aucun doute. L’auteur décrit des faits de société, sans pour autant apporter de considérations personnelles, il ne réprouve aucun des us et coutumes des Montuvios, il les décrit simplement au lecteur. Les crimes restent alors parfois impunis, comme ils l’étaient dans la société montuvia des années 30. La famille décrite dans la nouvelle « La Tigra », famille constituée par les trois sœurs Miranda après l’assassinat de leurs parents, est un microcosme des plus probables dans la violence de cette zone côtière de l’Equateur.

Par ailleurs, il est fait allusion aux cambujos dans la nouvelle « Chumbote », ces métis de noirs et d’indiens. Une domestique indigène prénommée Rosa, vient quant à elle de la province de León, une province située au sud de Quito.

Pour reprendre les termes des éditeurs de l’Arbre vengeur, José de la Cuadra « nous plonge dans la magie et la brutalité des régions équatoriennes ». En effet, magie et brutalité sont présentes tout au long des nouvelles, et elles semblent être les deux faces de l’âme montuvia.

En ce qui concerne la magie, le merveilleux, ils font partie intégrante de l’âme montuvia selon José de la Cuadra. L’auteur prend soin de transcrire la réalité montuvia telle qu’il la connaît, puisque son grand-père était un paysan montuvio. Il montre cette réalité avec tout ce qu’elle a de fantasque, de magique. Nous sommes dans les années 30 soit quelques décennies avant le réalisme magique de Gabriel García Márquez et le réel merveilleux de Alejo Carpentier. José de la Cuadra fut l’un des premiers écrivains équatoriens qui attacha de l’importance aux coutumes mais aussi aux croyances et aux légendes de son peuple.

Dans la nouvelle intitulée « Terres chaudes », une mère de famille explique à son enfant que rôdent de mauvaises visions et qu’il faut être vigilant.

–- C’est la pleine lune, de mauvaises visions rôdent.


–- C’est vrai les mauvaises visions, maman ?


–- Oui : ton défunt père une fois s’est retrouvé nez à nez avec une de ces visions, là, pas loin, au pied des calmitiers. C’était une masse blanche. On aurait dit une femme. Ça l’appelait, en levant le bras.


–- Et c’était une femme ?


–- Oui.


–- Et qui c’était cette femme, maman ?


–- La mort.
 
Dans ce même récit, le jeune garçon pense à la montagne, la nuit tombée.

Il n’était jamais passé par la montagne de nuit, mais il savait que c’était horrible. Les jaguars et les grands singes étaient aux aguets. En plus, et là c’était vraiment vrai, aux carrefours apparaissaient les sorcières, les diables et les morts. Sur le sol glissaient les serpents. Au-dessus, voletaient, les oiseaux de mauvaise augure.

Le garçon n’est pas dupe, sa mère lui raconte des histoires au sujet des visions, de la mort qui rôde. Par contre, les sorcières, les diables et les morts qui apparaissent la nuit dans la montagne, il y croit de toutes ses forces. Nous avons là plusieurs degrés de légendes, plusieurs croyants : rien ni personne n’est oublié.

Le mythe, la légende sont en effet présents tout au long des récits. Dans « Guasintón, le seigneur du fleuve », un caïman nommé Guasintón est vénéré sur les terres montuvias, c’est le seigneur à qui l’on paye un tribut pour pouvoir traverser la rivière. Il prélève ainsi un animal sur chaque troupeau qui croise son chemin. Voici la description qui est faite de l’animal.

Sur les berges du fleuve, il était devenu presque un mythe. Il faisait l’objet d’une sorte de vénération quasiment religieuse. Cela avait commencé par la peur que l’on faisait aux enfants en brandissant son nom, mais la crainte s’était ensuite propagée chez les adultes. Puis, comme il arrive souvent, de cette crainte était née une superstition, et sur celle-ci s’était bâti une sorte de culte.

Une dimension politique intervient aussi dans cette nouvelle avec le nom de l’animal. Guasintón est tout simplement la déformation de Washington, l’homme politique américain. Ce n’est pas un hasard si De la Cuadra a choisi ce nom : Washington, comme fondateur d’une nouvelle nation, d’un ordre nouveau aux USA. L’écrivain aspire lui aussi à des changements politiques et sociaux en Equateur, et ce caïman pourrait être le père de la nouvelle nation tant attendue, ou, du point de vue du mythe, le mythe fondateur d’une nouvelle nation.

Guasintón est donc ici le Seigneur du Montuvio. Or un jour, il dévore le chien favori de don Macario Arriaga, et ce dernier ne le supporte pas. Il décide donc d’en finir avec l’animal, et pour ce faire, il réunit treize de ses hommes. L’expédition aura raison de Guasintón, même s’il s’agit davantage d’un sacrifice que d’un assassinat.

Et c’est à ce moment-là que se produisit le prodige : Guasintón – qui, sous l’eau, avec sa carapace d’écailles, était invulnérable aux balles, d’ailleurs inoffensives tirées de si près – bondit sur la berge et fou, monstrueusement fou, se jeta sur les hommes. Surpris par l’animal, les hommes ne réagirent pas ; et c’est là que Guasintón arracha d’un seul coup de croc la moitié de la jambe de Sofronio Morán, le chasseur qui se trouvait le plus proche de ses mâchoires.

Mais les hommes retrouvèrent leur sang-froid et, sans s’occuper du blessé, reculèrent. Une pluie de balles tomba sur Guasintón.[…]


Guasintón, Seigneur féodal des eaux du Montuvio, était désormais, et pour toujours, invincible…

En se sacrifiant ainsi, le caïman met fin à cette société féodale qui est celle du Montuvio. Cela fait écho aux idées de l’auteur, qui souhaite mettre un terme à cette société archaïque et moderniser la société équatorienne. Le mythe rejoint donc la politique.

Quant à la brutalité évoquée par les éditeurs, on la retrouve dans l’ensemble des nouvelles, qu’il s’agisse de relations incestueuses entre frère et sœur, comme dans « Terres chaudes », ou bien de banditisme dans « Palo’ e balsa » et dans « Cubillo, chercheur de bétail ».



La Tigra, le chef-d’œuvre de José de la Cuadra.

« La Tigra » est une longue nouvelle du recueil Horno, qui fut traduite par Eudes Labrusse, et publiée en 1994 par les Editions Alfil.

José de la Cuadra y narre la vie de trois sœurs vivant dans l’hacienda Tres hermanas, seules, leurs parents ayant été abattus chez eux par des criminels. Ces filles incarnent le pouvoir de la forêt, le mythe montuvio. L’hacienda qu’elles habitent se trouve à quatre jours de marche de la ville de Balzar, soit en pleine jungle.

La sœur aînée, Francisca, dite aussi Pancha, est La Tigra. Elle a dix huit ans lorsque des bandits s’introduisent dans la maison familiale et tuent ses parents. Sans vaciller, elle attrape un fusil et abat l’un après l’autre tous les criminels. Depuis, elle est surnommée La Tigra pour la dureté, la rudesse de son caractère. Elle monte à cheval, manie les armes à feu et la machette, et choisit l’homme qu’elle mettra le soir même dans son lit. Personne ne peut se refuser à elle : dans la région, tout le monde la connaît et sait de quoi elle est capable. La Tigra est la chef de tribu, d’une tribu archaïque. Tout le monde la craint, à l’image du capitaine Moreira.

Donne-moi un baiser, tu veux ?
 
La niña Pancha se retourna brusquement et gifla le commissaire à pleine main.

– Bas les pattes, hombre ! Vous et vos hommes, vous allez dormir dans la baraque du nègre Victorino. C’est clair, maintenant ?
 
Elle fit un pas en arrière, sur la défensive. Le capitaine Moreira essaya de s’imposer :

– Mais c’est que je représente l’autorité, moi, et je fais ce qui me semble…


– Ecoutez, señor… Laissez tomber vos grands airs… Ici… ici, c’est moi qui commande.
 
La niña Pancha avait pris une attitude résolue. Ses yeux étincelaient de rage. Et le valeureux capitaine Moreira se souvint très opportunément des cinq assaillants tués par balle : il opta pour le repli.
Juliana suit les traces de sa sœur aînée et son style de vie est à peu près similaire. Quant à la plus jeune, Sara, elle est protégée par ses sœurs qui l’enferment lors de chaque fête dans sa chambre, et l’attachent à son lit. Nous apprendrons au fil du récit le pourquoi de cette protection rapprochée.

Après le décès de leurs parents, les trois sœurs apprendront à s’occuper de la maison, des peones, du travail, mais également des invités.

La nouvelle se construit justement autour des hôtes que reçoivent les trois sœurs. Ces hôtes sont les témoins de la vie de ces jeunes filles, et c’est grâce à leurs visites que nous en savons plus sur elles. Au cours du récit, les Miranda recevront successivement : un groupe de peones, le commissaire de police de Balzar et son équipe, leur oncle Sotero Naranjo, des agents de police rurale, un jeune homme en fuite, un guérisseur nommé Masa Blanca et enfin Clemente Suárez Caseros, le jeune serrano qui tombe amoureux de Sara et qui demande sa main.

José de la Cuadra établit une opposition entre le monde intérieur de l’hacienda et celui qui l’entoure. Dans la maison, la Tigra règne, elle impose sa loi. De plus, la maison est tournée vers le passé (les filles possèdent de très vieux disques grâce auxquels elles animent leurs soirées) alors que les visiteurs (à l’exception du guérisseur) incarnent les valeurs de la ville, la modernité. Guayaquil, d’où vient le prétendant de Sara, représente la civilisation par rapport à l’hacienda. C’est en effet une ville portuaire, remplie de commerces et par son port, elle est ouverte sur le monde, contrairement à Tres hermanas. Le jeune homme joue d’ailleurs de la clarinette, un instrument venu de la ville qu’on ne trouve pas dans la jungle du Montuvio.

La construction de la nouvelle est très singulière, le parcours sera truffé d’embûches pour le lecteur. En effet, la lecture doit être très attentive, pour que le lecteur puisse lui-même reconstituer la chronologie de l’histoire. La nouvelle est fragmentée et l’auteur utilise beaucoup l’ellipse et le flash back. Elle est construite autour de trois télégrammes, l’un situé au début, le second au milieu du récit et le dernier, qui clôt la nouvelle. Voici un extrait du premier télégramme :

« À Monsieur l’Intendant Général de la Police du Guayas :

Je soussigné, Clemente Suárez Caseros, Équatorien, originaire de cette ville, dans laquelle je suis domicilié, représentant itinérant de la firme Suárez Caseros & Cie, soumets à votre bienveillante attention les faits suivants : dans l’hacienda appartenant à la famille Miranda, située au cœur du canton de Balzar qui fait partie de votre juridiction provinciale, la señorita Sara María Miranda, légalement majeure et avec laquelle j’ai conclu un engagement formel de mariage qui ne peut aboutir pour la raison ci-dessous exposée, est séquestrée par ses deux sœurs […]. »


Cette nouvelle a été portée au cinéma en 1990 par Camilo Luzuriaga, qui a cependant réalisé quelques changements dans l’histoire. On peut peut-être les attribuer à l’évolution de la société et de l’État équatorien ; en effet, dans le film, la Tigra sera tuée par un policier municipal. Le film a été l’un des rares films équatoriens ayant reçu une diffusion internationale, avant Que tan lejos, en 2008.


Marina, AS Éd.-Lib.


Sites consultés

 http://www.bowdoin.edu/~eyepes/profess/tigra.htm


 http://www.opuslibros.org/Index_libros/NOTAS/CUADRA.htm


 http://books.google.fr/books?id=biXuC5jiBd4C&pg=PA128&lpg=PA128&dq=la+tigra+jos%C3%A9+de+la+cuadra&source=bl&ots=MPTFLeTq52&sig=h6f-XKEYZNYAaF8lIZeeuPTfKac&hl=fr&ei=YJHaTtS-FbTS4QTchq2GDg&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=10&ved=0CIYBEOgBMAk#v=onepage&q=la%20tigra%20jos%C3%A9%20de%20la%20cuadra&f=false


 http://www.cafardcosmique.com/David-Vincent-et-Nicolas-Etienne

 


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9 mars 2012 5 09 /03 /mars /2012 07:07

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Robert WALSER
La Rose
Die Rose (1925)
Traduit de l’allemand
par Bernard Lortholary
Gallimard,
Collection « L’Imaginaire », 1987
a également été publié
dans la collection « L’Étrangère ».


 

 

 

 

 

 

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Biographie

 Wikipédia et/ou fiche de lecture de Retour dans la neige ( http://littexpress.over-blog.net/article-robert-walser-retour-dans-la-neige-68704493.html)



 

 

 

 

Œuvre

Ses premiers écrits (Les Rédactions de Fritz Kocher) sont publiés en 1904 mais Walser n’obtient pas le succès qu’il espère. Il vit avec son frère, Karl Walser, peintre à Berlin, et continue d’écrire.

Entre 1907 et 1909, il rédige ses trois seuls romans : Les enfants Tanner, Le Commis et L'institut Benjamenta. Il obtient un grand succès dans le milieu littéraire berlinois et recueille l'admiration des plus grands écrivains de l'époque comme Frantz Kafka.

Avant la Première Guerre mondiale, en 1913, il fuit Berlin pour retourner en Suisse. C’est à partir de ce moment qu’il n’écrira plus que de courtes nouvelles et des poèmes. Il le fera en restant en marge de la société et de la littérature en général.

Il écrivait également sur de petits bouts de papiers, entre 1924 et 1932 (il continue donc durant son internement). Ceux-ci ont été compilés puis traduits et publiés à titre posthume. Considérés comme illisibles à leur découverte, ils ont été déchiffrés, livrant de véritables chefs-d’œuvre. On retrouve ces microgrammes dans Le territoire du crayon.

Nouvelles et poèmes : Histoires, 1914, La Rromenade, 1917, La Rose, 1925.

Bibliographie complète sur  Wikipédia.



La Rose

Ce recueil, publié trente ans avant la mort de son auteur, est en fait le dernier ouvrage paru de son vivant. Édité dans la collection « L’Imaginaire » de Gallimard en 2009, il compte 156 pages.

La Rose est un recueil de 40 textes. On y trouve des portraits, des monologues, des dialogues, des essais… Les thèmes sont extrêmement variés mais on reconnaît à chaque fois l’écriture de Walser.

La Rose est le titre d’une nouvelle, une sous-partie de Conversations.

Les petits textes en prose de La Rose sont des observations de l’auteur sur le monde et les gens qui l’entourent. On pourrait également penser à de petits autoportraits.

Les sujets sont quotidiens, assez banals mais l’écriture de Walser les rend poétiques.

Dans ces petits proses, Walser ne s’attarde pas. Il a, d’après ce que j’ai pu lire, « l’art de piquer et d’effleurer », comme une rose. J’ai trouvé cette expression très juste. La fin de certains textes peut surprendre. Elle peut aussi frustrer. Elle nous laisse un petit goût d’inachevé, au début un peu amer, mais on finit par s’y habituer. Le lecteur est ainsi souvent surpris et se demande ce qui l’attend. Ce genre d’écriture est déroutant et peut en rebuter plus d’un mais d’autres critères font qu’on peut tout de même l’apprécier.

Tous les textes contenus dans ce recueil m’ont semblé différents. Même au sein d’une seule nouvelle, on passe d’un thème à un autre, d’un style à l’autre sans jamais perdre l’identité de l’auteur. Il a le don de passer du coq à l’âne mais cela reste agréable. Son écriture m’a fait penser à la peinture impressionniste. On a de petites touches de couleur, des points qui n’ont rien à voir entre eux mais qui forment un paysage, une identité.

J’avoue que j’ai été parfois perdue mais j’ai aussi ri.

Walser, (contre toute attente, mais je parle pour moi), manie l’humour et l’autodérision avec brio. Son écriture est délicate, raffinée, parfois naïve. Il peut également être ironique et critique sur la nature humaine et ses travers.

J’ai trouvé cette œuvre extrêmement musicale. La traduction est très bien menée dans le sens où on sent un véritable rythme, des jeux dans les sons, avec les mots. La forme prend alors autant d’importance, voire plus, que le fond et les textes prennent une tonalité différente.

La Rose a été une découverte littéraire que je conseille à tous. Je l’ai trouvée moderne, actuelle. Les thèmes abordés sont des thèmes intemporels, on y parle de sentiments, de vices humains et de littérature. Les petits textes peuvent parler à n’importe qui, ce qui donne à cet ouvrage sa grande richesse.


Julie, AS Éd-Lib.

 

 

Robert WALSER sur LITTEXPRESS

 

 

Robert Walser Retour dans la neige Zoé

 

 

 

Article de Magali sur Retour dans la neige.

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5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 07:00

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MIYAZAWA Kenji
宮沢 賢治
Le Bureau des chats
猫の事務所
traduit par Elisabeth Suetsugu
éditions Picquier
Picquier poche, 2009

 

 


 

 

Biographie

Poète et auteur de contes d’origine japonaise, il est né le 27 août 1896 et mort le 21 septembre 1933. Il est connu pour son appartenance à la religion bouddhiste, ayant été élevé dans une famille très pratiquante, mais aussi pour son militantisme social, en partie dans le domaine de l’agriculture. Depuis son enfance, il a toujours été intéressé par les animaux, en particulier les insectes. D’ailleurs, ses études étaient centrées sur la paysannerie et l’agriculture.

Il ne fut reconnu comme auteur et poète qu’après sa mort grâce au poète et sculpteur Takamura Kôtaro. Ses œuvres commencent à être publié qu’à partir de 1934.

 

 

 

Le recueil

 

Ce recueil est composé de cinq contes, avec pour personnages principaux des étoiles, des insectes et animaux (araignée, limace, blaireau), des chats, une vigne, un arc-en-ciel et un faucon de nuit.  Ils sont tous écrits avec un brin d’humour et/ou d’ironie.

Les thèmes abordés sont dans un premier temps, la discrimination, que l’on peut découvrir dans « Le bureau des chats », avec la « ségrégation » que subit une certaine race de chats et dans « Le faucon de nuit devenu étoile », où le Faucon est rejeté par les autres animaux à cause de son physique disgracieux.

La religion est aussi abordée, surtout dans «  Les jumeaux du ciel », avec des références à l’enfer et au paradis.

On retrouve dans tous les contes les notions de Bien et de Mal, représentées par des personnages comme la Comète dans « Les Jumeaux du ciel » ou par les personnages principaux dans le conte « L’araignée, la limace et le blaireau », où à cause de leurs mauvaises intentions et actions, ces trois animaux meurent.

Une nouvelle se distingue des autres : « La vigne sauvage et l’arc-en-ciel », est plus lyrique et a pour thème principal l’amour impossible.



Mon avis
 
J’ai trouvé ce recueil très agréable à lire. Il nous emmène dans un autre monde où l’étrangeté est commune. Cela change des contes occidentaux traditionnels, bien que les schémas soient similaires. Mais je le recommande à ceux qui sont portés vers l’imaginaire et les contes.


Sarah Degorces, 1ère année Éd.-Lib.



MIYAZAWA Kenji sur LITTEXPRESS

 

Kenji Miyazawa Les Fruits du gingko

 

 

 

 

Articles de Julie et d'Agnès sur Les Fruits du Gingko

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 mars 2012 7 04 /03 /mars /2012 07:00

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DAZAI Osamu 

太宰 治
Le Mont crépitant
 

御伽草子

Otogi-zōshi, 1945
Traduction de Silvain Chupin
Philippe Picquier, 1997
Réédition Picquier Poche, 2009











 

 

 

 

 

Dazai Osamu, de son vrai nom Tsushima Shuji, est né en 1909 à Kanagi, au nord du Honshu. Il étudie la littérature française à l'université, mais arrête ses études après le suicide de son idole, l'écrivain Akutagawa Ryūnosuke en 1927. Cette mort aura un grand impact sur sa vie, signant pour lui une véritable descente aux enfers (drogue, alcool, femmes, multiples tentatives de suicide) ; en même temps, son intérêt pour l'écriture et la lecture se  développe. Il va aussi s'impliquer dans le parti communiste, avant de s'en détacher sous la pression de ses parents. Pendant la Seconde Guerre mondiale, contrairement à beaucoup d'écrivains, il continue à écrire, même si la plupart de ses ouvrages sont censurés.

Il trouve une certaine stabilité, se marie et il aura deux enfants, dont une fille Satoko, qui deviendra plus tard la célèbre romancière Tsushima Yuko. Néanmoins, après trois tentatives de suicide ratées, il finit par mettre fin à ses jours en se noyant en 1948. Son corps sera retrouvé le jour de son anniversaire, le 19 juin 1948.

En plus de laisser une œuvre considérable derrière lui, Dazai Osamu sera aussi l'un des maîtres du mouvement littéraire appellé « watakushi shōsetsu » ou « roman-Je » : c'est-à-dire qu'il puise dans sa propre expérience pour écrire ses romans et ses contes.

Il écrit aussi bien des romans jeunesse que des romans historiques, des contes ou de la pure fiction. Son style se veut particulièrement pessimiste et un brin ironique. Son œuvre sera complétement redécouverte dans les années 1970.



Quelques œuvres

Bambou-bleu et autres contes (Chikusei),1939-1948
Cent vues du Mont Fuji (Fugaku Hyaku-kei), 1943
Pays Natal  (Tsugaru),1944
Le Mont Crépitant (Otogi-zōshi), 1945
Soleil couchant (Shayō), 1947
La femme de Villon (Biyon no Tsuma), 1947
La déchéance d'un homme (Ningen shikkaku), 1948



Le Mont crépitant

Le recueil Le Mont crépitant est composé de quatre contes, même si l'auteur en annonce cinq. On trouve donc tout d'abord « Les Deux bossus », puis « Monsieur Urashima », « Le Mont Crépitant » et enfin « Le Moineau à la langue coupée ». Dazai Osamu nous explique au début du dernier conte qu'il avait prévu de raconter « Momotarō », mais qu'il ne le fait pas, parce qu'il considére que ce conte est un symbole du Japon, une légende à laquelle il ne peut pas toucher, au contraire des quatre autres contes. C'est donc le seul conte qu'il ne réécrit pas ; en revanche, il va donner sa propre vision de quatre contes japonais particulièrement célébres, ce qui va le conduire à « moderniser » ces textes, afin de leur donner une autre dimension.

Dans le prologue, un père de famille se réfugie dans un abri anti-bombes avec sa famille, pendant que les avions américains bombardent sa ville. Nous sommes en pleine Seconde Guerre mondiale, et il faut attendre l'accalmie : le narrateur, à l'aide d'un livre d'images, va donc faire patienter sa petite famille en leur narrant des contes que tous les Japonais connaissent, mais il le fait à sa manière, n'hésitant pas à critiquer quand il juge l'histoire incohérente, ou à donner sa propre interprétation pour que les contes aient un sens pour lui.



Résumé des contes (selon les versions de Dazai Osamu)

« Les deux bossus » : deux vieillards bossus se rendent tour à tour dans une forêt où ils rencontrent des démons qui leur réservent à chacun un sort différent. L'un est gai, enjoué et souvent saoûl ; l'autre est triste et taciturne, en totale opposition avec le premier. Un conte à la fin inattendue, qui réfléchit sur « les aspects tragique et comique du caractère de chacun. »

« Monsieur Urashima » : après avoir sauvé la vie d'une tortue, Urashima Tarō est invité au Palais du Dragon où vit la princesse Otohime. Il reste un certain temps dans ce monde atemporel où tout n'est que beauté, calme et volupté, jusqu'au moment où, pris de mélancolie, il décide de rentrer chez lui. Une réflexion sur la solitude et la nostalgie du passé, portée par des dialogues savoureux, qui donne une autre profondeur au conte.

« Le Mont crépitant » : pour venger ses maîtres, un lapin décide de faire souffrir le raton qui est responsable de leurs maux. Le narrateur décide de faire du lapin une femelle, et à partir de cet élement, l'histoire se lit autrement. Un conte particulièrement cruel où Dazai Osamu fait la part belle à la satire et à l'humour noir.

« Le Moineau à la langue coupée » : un moineau « apprivoise » un homme marié à une femme amère et aigrie. Cette dernière se méprend complétement sur la nature de leur relation, mais jalouse du lien qui s'est créé entre eux, elle décide de couper la langue du moineau. Le vieil homme, inquiet, décide de partir à sa recherche : il va pénétrer dans un environnement qu'il ne soupçonnait pas. Une critique de la cupidité et de la bêtise, menée avec un cynisme particuliérement froid et acide.



De la digression aux remarques de l'auteur

Tout d'abord, il faut savoir que Dazai Osamu structure tous ces contes de la même façon : il nous donne quelques précisions géographiques pour situer l'action. L'action des « Deux Bossus » se passe « sur l'île de Shikoku, au pied du mont Tsurugi, dans la province d'Awa », Urashima Tarō « aurait habité un village nommé Mizunoe , dans la province de Tango, c'est-à-dire dans la partie nord de l'actuelle préfecture de Kyōto. » Et il en est ainsi pour les deux autres contes.

On note aussi, qu'il associe chaque conte à une référence mythologique grecque. Ainsi, il définit le lapin du «  Mont Crépitant »  comme une « jeune fille de type artémisien » ; le cadeau en forme de coquillage qu'il ne faut surtout pas ouvrir dans Urashima Tarō évoque pour lui la boîte de Pandore.

Par ailleurs, ce qui peut frapper le lecteur qui se lance dans Le Mont crépitant, ce sont notamment les digressions du narrateur, c'est-à-dire du père de famille, qui n'hésite pas à interrompre son récit pour donner son propre jugement sur un personnage ou une situation. Par exemple, dans « Monsieur Urashima », l'entrée en scène de la tortue qui a été sauvée par le jeune homme donne lieu à une longue digression sur les différentes races de cet amphibien qui existent au Japon et sur la possibilité que la tortue concernée puisse se trouver à cet endroit précisément alors que ce n'est pas son lieu d'habitat originel :

« Et quant à l'énigme de son apparition dans une région où elle ne peut aller, il suffit de dire qu'il ne s'agit pas d'une tortue ordinaire. »

Il peut aussi digresser sur sa propre situation, en revenant au temps du récit :

« J'aimerais m'arrêter un moment sur ce point : c'est sur les cigarettes Shikishima que l'on trouve la représentation stylisée des pinèdes d'Ugashima telle qu'on la lit ici. ».

Enfin il n'hésite pas à faire des critiques quand il le juge bon. Ainsi, le lapin du « Mont crépitant » le déçoit à partir du moment où il le décrit en train d'observer le paysage, alors qu'il s'apprête à commettre un crime atroce, en laissant le raton se noyer. Pour lui, ce n'est absolument pas cohérent avec le comportement du personnage.



Des contes ?

Malgré la réécriture, les contes gardent quelques caractéristiques du genre, avec un monde ancré dans le merveilleux, même si le narrateur essaye de conserver un certain réalisme. Les animaux parlent, des créatures étranges rôdent dans les forêts (les démons du conte des « Deux bossus »), on a des objets magiques (le coquillage d'Urashima Tarō), et même si le narrateur essaye d'embrouiller son lecteur – « en conséquence, le lecteur qui voudra tirer une leçon de morale courante du conte des Deux Bossus se heurtera à de grandes difficultés » – on peut tirer néanmoins quelques morales de ces contes.



La réécriture des contes

Le narrateur fait bien sûr de nombreuses références aux contes originaux, notamment en résumant l'histoire, ou en citant des morceaux de ces textes. Il le fait surtout pour les deux premiers contes, « Les Deux Bossus », dont il cite abondamment le texte, et pour « Monsieur Urashima », dont il ne cite que la fin, pour résumer la disparition du village du jeune homme. En revanche, aucune citation n'est faite pour les deux derniers contes. D'une certaine manière, au fil du recueil, le narrateur prend de plus en plus de libertés.

Pour la plupart des contes choisis, le narrateur du recueil décide de donner sa propre vision des personnages, de l'histoire, ou même de la morale qui est censée être véhiculée par ces histoires. Lorsqu'il n'est pas satisfait de la version « originale », il peut changer quelques détails, ou bien modifier carrément l'histoire, ce qui donne une autre dimension aux contes, un autre aspect qui lui est propre et qui en même temps parle peut-être plus au lecteur. Il décide notamment de ne raconter qu'une partie du conte : dans « Monsieur Urashima », il ne fait qu'évoquer le sauvetage de la tortue par le personnage principal, mais il ne le décrit pas. Il s'intéresse seulement à la rencontre de la tortue avec Urashima, et au voyage qui le mène au Palais du Dragon. C'est alors dans le dialogue entre les deux protagonistes que se situe l'intérêt du conte, chose qui n'est guère présente dans le conte original. De même, parce qu'il n'est pas d'accord avec la punition « peu virile » que subit le raton dans « Le Mont Crépitant », il décide de faire du lapin une jeune fille :

« j'ai compris pourquoi la conduite du lapin était si peu virile. Ce lapin n'est pas un homme, j'en suis convaincu, mais une jeune fille de quinze ans ».

Par ailleurs, il fait d'Urashima Tarō un homme peureux et pédant dont il peut se moquer aisément, alors que dans le conte original, c'est justement parce qu'il est courageux qu'il sauve la tortue. Il donne sa propre interprétation du personnage . En quelque sorte, c'est une autre clé de compréhension que propose le narrateur.

Ce qui peut frapper aussi dans les réécritures de ces contes, c'est la manière dont le père de famille retravaille la personnalité de ses personnages. En effet, il leur confère un autre caractère, rendant les héros presque antipathiques et agaçants, tandis qu'il met en avant des personnages secondaires. Ainsi, Urashima Tarō apparaît lâche, pédant, vantard face à la tortue moqueuse, intelligente et qui ne se gêne pas pour le remettre à sa place. Elle ébranle aussi toutes ses certitudes. On retrouve le même type de personnalité chez le moineau O-Teru dans « Le Moineau à la langue coupée », qui n'hésite pas à critiquer le vieillard parce qu’il n'est pas d'accord avec son comportement.



Les thèmes

La solitude est l'un des thèmes qui reviennent le plus souvent dans les quatre contes. Tous les personnages sont confrontés, à un moment ou à un autre, à une forme de solitude : le premier des « Deux bossus » a de l'affection pour sa bosse parce qu'elle lui tient compagnie, au contraire de sa femme et de son fils qui sont complétement indifférents à ce qui lui arrive. De même, dans « Monsieur Urashima », la solitude est évoquée à travers le dialogue entre le héros et la tortue, qui lui explique que la princesse Otohime ne ressent pas la solitude. De plus, Urashima lui-même affronte ce sentiment lorsqu'il décide de rentrer enfin chez lui et qu'il voit que tout son village a disparu. Dans « Le Mont Crépitant », ce thème est moins évident. Cependant, le narrateur éprouve une certaine sympathie pour le raton, même s'il est répugnant, et lorsque le lapin le laisse se noyer, on ressent un peu de pitié pour lui. Enfin, dans le dernier conte, la solitude du vieillard est ce que l'on ressent le plus.

L'autre thème important du recueil est sans doute le changement. Tout ce qui arrive aux personnages n'arrive pas pour rien ; du moins il y a quelque chose qui se passe à l'intérieur d'eux, bien que cela ne se répercute pas forcément sur leurs proches. Certains sont changés parce qu'ils passent dans un « autre » monde, comme Urashima Tarō, ou le vieillard du « Moineau à la langue coupée » lorsqu'il rend visite à O-Teru, ou même le bossu qui arrive sur le territoire des démons qui vont causer un grand changement chez lui, en enlevant sa bosse. Face à cet horizon de choses mystérieuses, ils se rendent compte qu'un déclic a eu lieu. Comme le dit la tortue à Monsieur Urashima, il « [n'a] pas l'âme aventureuse, parce [qu'il n'a] pas la force de croire. ». À partir du moment où les personnages acceptent de sortir de chez eux pour voyager, pour voir autre chose, pour sortir du quotidien, il deviennent des aventuriers, ce qui leur permet de croire que ce qu'ils ont vécu a bien eu lieu.

Sans doute l'humour, l'ironie et l'auto-dérision donnent-ils un ton particulier au recueil. Ainsi, le narrateur commente l'action de ses personnages tout en se moquant d'eux, il met une distance entre ce qui est apparent et ce qui est vraiment. Il donne ainsi des indices au lecteur pour que ce dernier ne soit pas dupe. Ainsi, dans « Le Mont Crépitant », il ironise sur le comportement du raton qui essaye de se valoriser devant le lapin, en ramassant le bois et en montrant sa force, alors que le lapin en fait deux fois plus que lui : « Quelle femme aurait pu résister à cette – Comment dire ? – virilité ? » De plus, le narrateur pratique l'auto-dérision légère qui donne un statut particulier au narrateur qui se sent « stupide » ; par exemple dans « Le Mont Crépitant », il nous surprend lorsqu'il dit « ma fille de cinq ans est très laide, c'est le portrait de son père. »



Citation

 « La voie des devanciers dont vous parlez n'est-elle pas précisément la voie de l'aventure ? Non, le mot « aventure » est assez malheureux […], mais que diriez-vous de « force de croire » ? Seuls les gens capables de croire que de belles fleurs fleurissent à coup sûr de l'autre côté de la vallée franchissent cette vallée sans hésiter à s'agripper aux vrilles des glycines. […] Celui qui s'agrippe aux glycines pour traverser la vallée n'a d'autre désir que d'aller contempler les fleurs qui se trouvent de l'autre côté. Il n'a pas la basse vanité de croire qu'il est en train de vivre une aventure. De quelle aventure pourrait-il bien se glorifier ? C'est ridicule. Il croit, tout simplement. Il croit sincérement qu'il y a des fleurs. Et c'est seulement la forme que prend cette conviction qu'on appelle « aventure ». Vous n'avez pas l'âme aventureuse parce que vous n'avez pas la force de croire. » « Monsieur Urashima ».

C'est parce que tous les personnages du recueil croient en la possibilité d'un « autre monde » qu'ils ont la « force de croire ». Certes, cela ne change pas fondamentalement leurs relations avec les autres, mais c'est seulement cette petite différence qui les change imperceptiblement. La force de Dazai Osamu réside dans cette volonté qu'il a donnée à ses personnages qui ne sont plus seulement des personnages de conte.

Sources

 Kimi.ekablog.com/Urashima-taro


 Wikipedia


Nautiljon



Marion Rieder, AS Éd.-Lib.

 

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3 mars 2012 6 03 /03 /mars /2012 07:00

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OGAWA Yōko

小川洋子
La mer


 Umi, 2006
Traduction
Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud, 2009





 

 

 

 


Biographie

Ogawa Yōko est une romancière et novelliste japonaise, née en 1962 à Okayama. Après ses études, elle s'est tout de suite mise à l'écriture et sa production est assez importante : on trouve 22 de ses œuvres traduites en français et 14 ne sont pas encore traduites. Elle a remporté cinq prix littéraires, dont le prestigieux prix Akutagawa pour La Grossesse en 1991. Elle a été particulièrement influencée par les auteurs japonais Junichirō Tanizaki et Haruki Murakami et les Américains Truman Capote, F. Scott Fitzgerald et Raymond Carver.



La mer

La mer est un recueil de sept nouvelles : « La mer », « Voyage à Vienne », « Le bureau de dactylographie japonaise Butterfly », « Le crochet argenté », « Boîtes de pastilles », « Le camion de poussins » et « La guide ».

Parues entre 2001 et 2006, elles ont été réunies dans ce recueil en 2009. Elles sont de tailles variables, certaines très courtes (deux pages) et d'autres assez longues (36 pages) et sont écrites dans un style très simple, poétique et imagé.

Les personnages n'ont presque jamais de nom (on retrouve seulement les prénoms féminins Izumi et Kotoko) ; ils sont désignés par leur statut dans l'histoire, de façon très simple s'ils ne peuvent pas être confondus avec d'autres personnages (« l'homme ») ou de façon plus précise (« le petit cadet »). Ils sont de tous âges : fillette, jeune homme, jeune adulte, adultes, personnes âgées...



Thèmes

Ce recueil de nouvelles couvre deux thèmes généraux.

On trouve tout d'abord le thème du voyage, du déplacement : il y a presque toujours des moyens de déplacement dans les nouvelles, comme le train, l'avion, le tramway, le bus, le camion, le vélo, le taxi, le bateau... Le prénom Izumi, de la première nouvelle « La mer », est d'ailleurs également celui d'un célèbre croiseur japonais de la guerre sino-japonaise.

Dans la nouvelle « Voyage à Vienne », on trouve le thème du pays lointain, d'un autre monde. Il s'agit d'un voyage dans l'espace, du Japon à l'Autriche, mais aussi dans le temps, avec la veuve Kotoko qui confie à la narratrice le souvenir de son ancien amant.

 « Le crochet argenté » se déroule entièrement dans un marine liner, un train japonais. Là aussi le voyage se fait également dans le temps avec la narratrice qui se replonge dans son enfance, qui se remémore sa grand-mère qui tricotait – tout comme la vieille dame du train – et qui avait essayé de lui apprendre le tricot, alors même qu'elle rentre chez elle pour célébrer l'anniversaire de sa mort.

Dans « Boîtes de pastilles », tout se passe dans un autobus scolaire. C'est un voyage magique pour les enfants qui sortent du quotidien avec le tour des pastilles que leur joue le conducteur.

C'est le camion de poussins dans la nouvelle du même nom qui change le quotidien et la vie des deux personnages : la fillette retrouve sa voix et le narrateur la reçoit comme un cadeau.

« À ce moment-là, un petit camion apparut au loin sur le chemin. Se prenant les roues dans les ornières, il avançait poussivement en bringuebalant. Sortant peu à peu du nuage de poussière et de la lumière du soleil, il se rapprochait avec un chargement serré, doux et vaporeux, aux couleurs variées. L'homme et la petite fille se levèrent en même temps. Ce chargement, peu assorti à l'aspect vieillot du camion, était coloré de jolis motifs marbrés de rose, de jaune, de bleu et de rouge mêlés. De plus, les motifs bougeaient continuellement, sans s'arrêter un seul instant. Bientôt leur parvinrent des piaillements tellement bruyants qu'ils recouvraient le bruit du moteur. Et le camion, passant entre l'homme et la petite fille, continua sa route. »

Enfin, c'est dans la dernière nouvelle « La guide » que l'on trouve le plus de moyens de transport pour la visite guidée : bus, bateau, taxi. C'est de plus une journée extraordinaire pour le narrateur et l'ancien poète, complètement hors du temps.



Le second thème, celui des sons, des mélodies, s’associe au premier : les sons font souvent voyager, s'évader les personnages.

Dans « La mer », c'est le son de l'instrument imité par le petit cadet qui fait rêver et voyager le narrateur :

« Ce que j'entendis ne fut pas un sifflement ni un chant, plutôt un son léger mais ferme. Il joignait le soulagement d'être arrivé après de longues heures au fond de la mer à l'illimité de voyager encore plus loin. J'ai essayé d'imaginer la silhouette du petit cadet debout au bord de la mer. Les deux pieds prenant solidement appui sur le sable, les paumes enveloppant doucement la vessie. La brise, comme si elle avait trouvé un repère, était attirée par lui. Le vent qui avait traversé la mer était à la recherche de la tiédeur de ses paumes. Ses lèvres, exactement comme si le meirinkin était là, continuaient à faire vibrer les ténèbres. Elles avaient exactement la même forme que celles d'Izumi que j'aimais tant. »

Dans « Le bureau de dactylographie japonaise Butterfly », le bureau du gardien des caractères d'imprimerie est isolé du reste de l'entreprise par le bruit des machines, alors que ni le bruit des machines ni les bruits extérieurs ne parviennent dans ce bureau. Il devient alors comme un autre monde, dont la narratrice veut sans cesse s'échapper.

« Le camion de poussins » montre à quel point une simple voix peut changer la vie d'une personne, voix que la fillette retrouve grâce aux poussins multicolores du camion.

Enfin, dans « Boîtes de pastilles », le trajet est marqué par le bruit des boîtes de pastilles qui remuent dans les poches du conducteur, avec l'onomatopée « kata, kata ».



Conclusion

Pour finir, nous pouvons trouver un point commun à toutes les nouvelles du recueil : quelqu'un apporte quelque chose à quelqu'un d'autre, chaque nouvelle rencontre change notre vie d'une certaine façon et nous apporte quelque chose, un souvenir (matériel ou non), une autre vision des choses. Ce point commun est illustré par la phrase de l'ancien poète, le titre qu'il donne à la journée qu'ils ont vécue dans la nouvelle « La guide » :

« Il n'y a personne qui n'ait pas de souvenirs. »


Marine, 1ère année Édition-Librairie

 

OGAWA Yoko sur LITTEXPRESS

 

OGAWA YOKO Parfum de glace

 

 

Article de Tiphaine sur Parfum de glace.

 

 

 

 

 


 

Ogawa Yoko Cristallisation secrete

 

 

 

 

Article de Lola sur Cristallisation secrète.

 

 

 

 

 

ogawa tristes revanches

 

 

 

Articles de Marie et d'Alice sur Tristes revanches

 

 

 

 

 


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Article de Maëla sur L'Annulaire.

 

 

 

 

 

 

Yoko Ogawa, Amours en marge 1

 

 

 

Article de Sara sur Amours en marge

 

 

 

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ogawa002.jpg



article de Clémence sur La Petite Pièce hexagonale

 



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ogawa.jpg

 

 

article de Kadija sur Une parfaite chambre de malade,

 

 

 

 

 

ogawa-Paupieres.jpg

 

 

 

 

Articles de  E.B.,  Delphine Marie,  Maylis sur Les Paupières

 

 

 

 

 

 

 

benediction-inattendue.jpg

 

 

 

 

Article de G. sur La Bénédiction inattendue.

 

 

 

 

 

 

 

museedusilence-copie-2.jpg

 

 

 

Articles de Marie, d'Axelle, de Laura sur Le Musée du silence.

 

 

 

 

 

 

 

 

OGAWA La Grossesse

 

 

 

Article de  Sandrine sur La Grossesse

 

 

 

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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 07:00

Vladimir-Nabokov-Un-coup-d-aile.gif



 

 

 

 

 

 

 

Vladimir NABOKOV
Un coup d’aile
Traduit du russe
par Bernard Kreise
Gallimard
Collection Folio 2 €, 2010


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vladimir Nabokov est né en 1899 à Saint Petersburg.

La révolution de 1917 va pousser sa famille à s’exiler dans différents pays. Tout d’abord en Belgique de 1917 à 1923, puis Nabokov va étudier le russe et le français à Cambridge. Il va ensuite s’installer à Berlin mais la monté du nazisme va l’obliger à quitter l’Allemagne pour Paris en 1936. Il meurt en 1977 à Montreux, en Suisse. Les différents pays qu’il a visités expliquent le fait qu’il ait écrit en différentes langues : le français, le russe (qui est la langue originale de la nouvelle présentée ici) et l’anglais.

Il a écrit une quinzaine de romans mais le plus célèbre reste Lolita, sorti en 1955, qui choqua par son sujet : un quadragénaire qui relate sa relation avec une adolescente mineure. Cette ouvrage va inspirer plusieurs auteurs notamment Serge Gainsbourg qui s’est fortement inspiré de l’histoire pour son album-concept Histoire de Melody Nelson.
 
La nouvelle présentée ici est extraite d’un recueil d’une quinzaine de nouvelles, La Vénitienne et autres nouvelles.



Résumé

« Un coup d’aile » nous emmène en Suisse, dans un hôtel au pied des pistes de ski, où séjourne Kern, un jeune étudiant qui tente d’échapper à la tristesse que lui procure le suicide de son ex-épouse survenu six mois plus tôt et qui le hante.  Au détour d’un couloir il va faire la rencontre d’Isabelle qui occupe la chambre voisine de la sienne.

Un soir, alerté par un bruit anormal, il se rend dans sa chambre et la tire des griffes d’une étrange créature faites de plumes et d’ailes qui a l’aspect d’un ange.  Le lendemain Isabelle va mourir dans d’étranges circonstances…



Contraste blanc et noir

On semble percevoir dans le style de Nabokov un jeu de contraste entre le blanc et le noir. En effet il y a tout d’abord la blancheur des montagnes enneigées et les festivités qui règnent dans l’hôtel avec ses soirées dansantes. À côté de cela, il y a la noirceur des pensées du personnage principal qui est hanté par la mort depuis le suicide de son ex-épouse. Il y pense d’ailleurs lui-même durant toute la nouvelle et tout laisse à penser qu’il passera à l’acte à la fin de la nouvelle.

Ce personnage crée une angoisse au milieu de cette ambiance de neige blanche qui renvoie plutôt à la pureté.



Le personnage d’Isabelle

Kern en tombe amoureux ; elle lui apparaît comme un éclair de lumière dans sa vie, comme un ange créé par Dieu. Mais ce bonheur semble tout de même inaccessible ; Kern parle d’elle comme d’« un dernier bonheur criard ». Un rapprochement semble avoir lieu mais sa mort, qui ressemble à une punition divine, donne le coup de grâce, « un coup d’aile » au personnage principal qui semble-t-il va définitivement penser au suicide.



Le fantastique

L’apparition du fantastique dans cette nouvelle surprend le lecteur car il arrive presque aux trois-quarts du récit. Il s’agit de l’apparition d’un ange, comme « sorti de la montagne », dans la chambre d’Isabelle, qui semble annociateur de sa mort future. Mais cet ange a un aspect inhabituellement terrifiant. Il est de couleur marron, il est à l’agonie alors que les anges sont généralement présentés comme immortels.

Cette apparition semble faire le lien avec la mort d’Isabelle le lendemain. En effet, elle meurt dans les airs durant un saut à ski, comme frappée par un coup d’aile, ce qui peut expliquer le titre de la nouvelle.

Il y a un personnage intrigant dans cette nouvelle. Il s’agit de Monfiori à qui Kern confie ses envies de suicide. Peut-être un messager divin car il semble au courant de ce qui va arriver à Isabelle. C’est lui également qui va pousser « avec empressement » le personnage au suicide.



Avis personnel

J’ai trouvé le contraste du lieu et du personnage principal plutôt intéressant. J’ai été surprise de l’irruption du fantastique qui survient assez tard dans le roman et provoque une incompréhension chez le lecteur mais au bout de plusieurs relectures on se rend compte que l’auteur a ménagé plusieurs indices.  


Pauline, 1ère année Bib.

 


 

Vladimir NABOKOV sur LITTEXPRESS

 

Vladimir Nabokov, La Vénitienne

 

 

 

 

Article de Charlotte sur le recueil La Vénitienne.

 

 

 

Article de Yaël sur la nouvelle « La Vénitienne ».

 

 

 

 

nabokov 1

 

 

 

 

 

Article de Mathilde sur Lolita.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 07:00

Raymond-Carver-Les-Trois-Roses-jaunes.gif




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Raymond CARVER
Les Trois Roses jaunes

Œuvres complètes, Volume V
Éditions de l'Olivier, 2011
Traduit de l'anglais par François Lasquin
Première édition : aux Etats Unis, 1988
en France, 1989, Payot.








Éléments biographiques

La vie de Carver n'a jamais été bien éloignée de celle des personnages qu'il dépeint dans ses nouvelles : issu de la classe ouvrière, marié très jeune, il a enchaîné les petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille avant d'écrire. L'alcoolisme et le tabagisme furent ses compagnons de route presque toute sa vie. Même s'il réussit à quitter le premier, ce qu'il qualifia lui-même comme « la plus grande victoire de sa vie ». Il mourut en 1988 des suites d'un cancer des poumons, deux mois après son second mariage avec la poétesse Tess Gallagher.

C'est sans doute cette vie ordinaire d'Américain moyen qui inspira ses nouvelles pour lesquelles il est connu et reconnu puisque, peu de temps avant sa mort, il venait d'intégrer l'académie américaine des lettres et des arts.



Le recueil

Publiées aux États-Unis dans le recueil Where I'm calling from, les sept nouvelles présentes dans ce livre furent les dernières qu'il vit éditées de son vivant. L'édition française tire son titre de la dernière nouvelle du volume.



Résumés

« Cartons » : Un fils ne comprend pas le comportement de sa mère : passant son temps à déménager, n'arrivant pas à se contenter d'un endroit, elle vit donc toujours dans les cartons.

« Débranchés » : Dans la nuit, le téléphone sonne, à trois heures du matin, réveillant un couple. Ll'interlocutrice demande à parler à un inconnu, un certain Bud. La seule solution pour calmer les ardeurs de cette femme est de débrancher le téléphone. Mais le sommeil s'est enfui, et le couple se met alors à parler sans vraiment s'écouter.

« Intimité » : Un auteur divorcé retourne voir son ex-femme à la faveur d'une obligation professionnelle ; celle-ci lui fait un monologue de reproches sur l'exposition de son intimité, son humiliation, ne s'expliquant pas le besoin qu'il avait de revenir la torturer.

« Menudo »  (insignifiant, menu en espagnol) : Un homme qui trompe sa femme, Vicky, avec sa voisine Amanda, s'aperçoit de ses moyens insignifiants et de son indécision chronique pour les aider, et se demande s'il n'a pas juste gâché la vie de ces deux femmes.

« L'éléphant » : un homme de la classe moyenne, seul, se retrouve comme un éléphant qu'on dégraisse, à devoir prêter de l'argent à toute sa famille, jusqu'à ne plus pouvoir subvenir à ses propres besoins.

« Le bout des doigts » : Un homme se fait quitter par sa femme, celle-ci le lui annonce par une lettre. Mais il n'effleure cette déclaration que du bout des doigts, ne lisant pas même la lettre en entier.

« Les trois roses jaunes » : Tchekhov est sur son lit de mort. Tchekhov est mort. Mais ce chasseur d'hôtel s'en fiche pas mal, lui ; ce qui lui importe, c'est comment faire pour ramasser ce bouchon de champagne tombé par terre, sans faire tomber ce vase, contenant trois roses jaunes.



Thématiques et style

Toutes ces nouvelles traitent de problèmes de relations humaines, des maux d'une partie de la société américaine, des enjeux de vie de cette classe médiocre et pourtant nécessaire au bon fonctionnement de tout équilibre sociétal moderne.

On peut tout d'abord constater que, quoi que fassent les personnages de ces nouvelles, ils ne se comprennent que peu ou mal, n'arrivant pas à appréhender la réalité de l'autre, chaque vision restant bornée. Les personnages, même s'ils vivent une vie commune, ne font que vivre l'un à côté de l'autre, sans vraiment réussir à marcher d'un même pas. Problème majeur, voire existentiel de tout être en société d'où découlent de nombreux autres impacts sur les vies décrites par Carver.

Le divorce, traité sous différentes formes, revient dans ce recueil, tantôt traité de front, dans « Le bout des doigts », où une femme prend conscience qu'il ne reste que cela comme solution pour rompre le silence et l'inactivité malsaine de son couple, tantôt de façon plus allusive, comme par exemple, dans « L'Éléphant », où l'ex-femme du narrateur n'existe que pour réclamer une pension, ou bien dans « Débranchés » où l'ancienne épouse est décrite comme folle et cause du débranchement quotidien du téléphone. Mais il est intéressant de constater que les personnages ont souvent échoué dans une relation de couple, tout comme Carver a lui-même échoué. Néanmoins, on pourrait croire que le divorce pourrait aboutir à un renouveau, un changement positif, mais il s'avère plutôt que les personnages, soit répètent les mêmes erreurs, soit finissent isolés. À croire, en lisant ces récits, qu'un échec ne vient jamais seul et que perpétuellement l'homme est cantonné aux mêmes comportements.

Cause ou conséquence du divorce, l'adultère est lui aussi abordé du point de vue de l'homme déboussolé par la découverte de la supercherie dans « Menudo » ; il se sent impuissant face à la situation, indécis quant à ce qu'il doit faire. Carver donne donc à réfléchir à la fois sur les raisons de l'adultère, son impact sur les vies, son pouvoir de dislocation des couples et ses conséquences, montrant du même coup la lâcheté banale et humaine d'un homme qui ne sait quoi faire pour se sortir d'un pétrin qu'il s'est lui-même créé.

De façon plus sous-jacente, on peut voir que l'alcoolisme et le tabagisme sont présents tout au long des récits, disséminés, sans doute en raison du lien qu'avait lui-même Carver à ces deux addictions qui ont ravagé les classes populaires américaines durant cette période.

Pour traiter de ces différents thèmes, l'auteur emploie une écriture incisive, d'une simplicité d'abord déconcertante mais finalement tout à fait en adéquation avec la banalité des vies évoquées, leurs comportements médiocres, et leurs existences sans épopée ; en somme, un morne quotidien. Cette simplicité d'écriture force le lecteur à s'interroger, à se forger lui-même une opinion face aux sujets évoqués. Ce style est d'autant plus déstabilisant que les récits se complètent parfois de fins absurdes qui pourraient faire office de chute si elles n'étaient pas totalement déconnectées du reste de la nouvelle. Par ces conclusions tenant presque du non-sens, Carver se démarque du schéma traditionnel de la nouvelle à chute, ce qui lui permet en un sens de s'émanciper et de remettre en cause ces schémas artificiels que la littérature a longtemps véhiculés.



Commentaires complémentaires

Je pense que ce recueil – ou tout autre de Raymond Carver – est une référence incontournable pour quiconque s'intéresse à l'écriture contemporaine, pour comprendre des évolutions, certaines écritures directement inspirées du « style Carver » (qui dans les premières éditions n'était d'ailleurs pas totalement le sien, puisque son éditeur avait grandement modifié ses textes), et un nouveau style dans la nouvelle. Néanmoins, il me paraît aussi évident que cet auteur ne répondrait pas aux attentes d'un lecteur qui souhaiterait se divertir tout simplement, et ne pas sortir de son livre avec une image totalement névrosée du monde ; il faut avoir envie de réfléchir, de s'interroger, admettre qu'il y a une part d'incompréhensible dans ce livre, et un pessimisme ironique assez criant. Dans ce cas, la lecture de ce recueil est fort enrichissante.


Céline R., 1ére année Éd-Lib.

 

 

 

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Published by Céline - dans Nouvelle
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