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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 07:00

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Francis Scott FITZGERALD
Les Enfants du jazz
Titre original
Tales of the Jazz Age, 1922
traduction de
Suzanne Mayoux
Gallimard, 1978
Collection Folio




 

 

 

 

 

 

 

Francis Scott Fitzgerald, célèbre pour ses romans, véritables plongées dans l'Amérique des années vingt, et ses frasques mondaines, n'en est pas moins l'auteur de nouvelles mêlant avec subtilité humour et profondeur, frivolité de l'existence et drame de la destinée. On retrouve ces ambivalences dans la personnalité même de Fitzgerald, qui cultivait à la fois « l'égotisme aristocratique », la sensibilité artistique d'un être profondément marqué par les ambiguïtés de son époque et la nostalgie de l'amour romantique.

Les enfants du jazz, recueil de nouvelles publié en 1922, rassemble plusieurs récits publiés dans des magazines américains tels que Saturday Evening Post et Scribner's.

J'évoquerai donc tout d'abord la vie de cet auteur qui s'est profondément nourri de ses propres expériences. Puis je présenterai ce recueil de nouvelles, à travers le prisme de la question récurrente chez Fitzgerald, de la destinée, avec tout d'abord le symbole des fêtes, puis le personnage de la « flapper », auquel fait face celui de l'homme éconduit. Enfin je terminerai par l'analyse comparée de deux nouvelles : « La coupe de cristal taillé » et « La sorcière rousse », qui offrent chacune une réflexion sur la question du destin.

 

Fitzgerald, personnage complexe, ambivalent, pétri de contradictions, est l'auteur du déséquilibre, oscillant toujours entre joie et mélancolie, orgueil et sensibilité profonde. Sa vie, mondaine, extravagante, jalonnée de fêtes, de bals, de voyages, n'en fut pas moins tragique. Et malgré son attachement à l'apparence, on ne peut ignorer la lucidité avec laquelle il observe son époque.

Tout d'abord, sa vie est marquée par plusieurs rêves brisés. Né en 1886, issu d'un milieu modeste, il a pourtant la chance de fréquenter une université prestigieuse, Princeton. Mais aux prises avec ses tensions intérieures, il quittera l'université sans diplôme, frustré à la fois de n'avoir pas été un brillant élève, de n'être pas riche et de n'avoir pas pu faire partie de l'équipe de football de Princeton. Il verra ensuite encore un de ses rêves se briser quand il apprendra que la Première Guerre mondiale est terminée avant même qu'il n'ait eu le temps de rejoindre le front.

On retrouve ces rêveries dans L'Envers du Paradis, roman quasiment autobiographique :

« (…) avant de s'endormir, il rêvait l'un de ses rêves éveillés favoris, celui où il devenait un grand joueur de football, ou l'invasion japonaise, où on le récompensait en faisant de lui le plus jeune général du monde. C'était toujours du devenir qu'il rêvait, jamais de l'être ».

Face à cette vie qu'il préfère rêver, Fitzgerald a d'emblée trouvé refuge dans l'écriture. Il raconte dans Auther's House, la genèse de son activité littéraire :

« Trois mois avant ma naissance, ma mère a perdu ses deux autres enfants, et je crois que tout vient de là, sans savoir vraiment ce qui s'est passé. Je crois que je suis devenu écrivain à cet-instant-là. »

La littérature ne cessera plus d'occuper une place importante dans sa vie, véritable interface entre lui et le monde : « J'avais compris ceci : on peut ne pas être doué pour l'action, mais être doué pour en parler. Car les impressions que l'on éprouve atteignent un même degré d'intensité. C'est une façon détournée d'affronter la réalité. » (Auther's House).

Mais malgré tout le sérieux et le goût de l'effort avec lesquels il abordait son travail d'écriture, Fitzgerald ne connaîtra pas longtemps le succès. Son premier roman publié, L'Envers du paradis, fait sensation et lui permet à la fois d'accomplir ses rêves de gloire et d'épouser la riche et belle Zelda, mais il n'en demeure pas moins le seul succès de son vivant. Véritable peinture des années vingt, qu'il nommera « les années du jazz », il y fait des révélations sociales et culturelles sur la jeunesse de l'entre-deux-guerres. Mais pour subvenir aux besoins d'une vie extravagante, il publie des nouvelles dans des magazines. Et malgré la qualité de bons nombres de ces nouvelles, il ne peut s'empêcher d'écrire à Hemingway : « Le Post paie maintenant la vieille putain 4000 dollars la passe ». Les romans qui viendront après, tels Tendre est la nuit, Gatsby le magnifique, ou encore Les heureux et les damnés, apparaîtront trop frivoles alors que l'heure est au réalisme, au social et à l'engagement politique.

Ainsi sa vie se terminera de façon tragique. Il meurt d'une crise cardiaque en 1940, suivi de près par sa femme qui brûlera dans l'incendie de l'hôpital psychiatrique où sa folie l'avait conduite.



Fitzgerald sera redécouvert dix ans plus tard, pour son écriture qui va au-delà des apparences et donne à voir la fragilité des êtres. Chronique des années vingt, orgueilleuse, l'œuvre de Fitzgerald n'en est pas moins riche, ciselée, relatant avec subtilité la complexité des émotions. Les enfants du jazz, titre de ce recueil tiré d'une expression dont l'auteur revendique la paternité, rassemble treize nouvelles qui varient à la fois par leur longueur et par leur forme.

Tout d'abord plusieurs nouvelles répondent aux critères du genre tels que les évoque Baudelaire. En effet, la brièveté de la nouvelle, selon lui, ajoute à l'intensité de l'effet, laissant un souvenir bien plus puissant qu'une lecture brisée comme l'est nécessairement la lecture d'un roman. La nouvelle forme un tout dont l'ensemble des effets est au service d'une volonté d'unité d'impression. Ces nouvelles sont donc courtes, concentrées dans le temps, et s'articulent autour de quelques événements de la vie d'un seul personnage. On retrouve dans cette catégorie : « Guimauve », « Le dos du dromadaire », « Tarquin des bas quartiers », « Chaud et froid », « Rags Martin-Jones et le Prince de Galles », « Gretchen endormie » et « Jémina la fille des montagnes ».

D'autres nouvelles s'éloignent de la définition de Baudelaire. Toujours centrées sur un personnage principal, elles s'étirent dans le temps et racontent un long moment de la vie du personnage, voire même parfois sa vie entière. Il s'agit de « L'étrange histoire de Benjamin Button », « La coupe de cristal taillé » et « La sorcière rousse ».

Enfin, deux nouvelles présentent toutes les caractéristiques du théâtre (didascalies, mise en page), rarement utilisées sous la forme de la nouvelle : « Monsieur Icky » et « Bleu porcelaine et rose chair ».



Malgré la diversité des formes, ces nouvelles sont toutes reliées par la question de l'homme face à son destin. Fitzgerald, à travers l'évocation d'événements apparemment futiles et anodins, n'a de cesse d'interroger l'emprise que l'homme peut exercer sur sa propre existence.

Tout d'abord, les bals et les soirées mondaines, en apparence simples moyens de divertissement, sont avant tout le lieu d'enjeux importants (amoureux ou professionnels) et marquent un moment décisif dans la vie des personnages. La fête, théâtre de la vie humaine, devient une véritable épreuve au cours de laquelle se décide toujours quelque chose. Le bal est le symbole de la destinée humaine, il a un début et une fin et place le héros face à sa liberté. Ce dernier n'a d'autre solution que d'agir. Et par le choix de ses actes, mais aussi par l'intervention du hasard, le héros va réussir ou échouer.

A travers les relations amoureuses qui se font et se défont lors de ces soirées, la destinée de ces hommes et de ces femmes se tisse peu à peu. Alors que Benjamin Button rencontre sa future femme lors d'un bal, le personnage principal du « Dos du dromadaire » parvient à épouser celle qui avait pourtant rejeté sa demande en la piégeant grâce à un stratagème peu honnête.

Guimauve, dans la nouvelle du même nom, se rend au bal, convaincu par son ami. Il va y rencontrer la femme qu'il désire, mais le hasard, plus fort que ses choix, la lui offre puis la lui retire. Fitzgerald, conscient des réalités de son époque, accuse le déterminisme et écrit : « Ce trésor de la ville allait devenir la propriété exclusive d'un individu au pantalon blanc… tout ça parce que le père de cet individu produisait de meilleurs rasoirs que son voisin. » (p.23).

Cette question du destin se pose également à travers le thème de la « flapper ». Elle est un personnage omniprésent dans toute l'œuvre de Fitzgerald. C'est la femme des années vingt, qui porte les cheveux courts à la garçonne, parce que dans « garçonne » il y a « garce ». Elle n'hésite pas à se maquiller outrageusement, véritable peinture de guerre nécessaire pour affronter le combat entre les sexes. Et elle n'oublie jamais de porter des colliers aux multiples perles, symboles des hommes qu'elles collectionnent sans attachement. Et puis la « flapper » cultive l'hédonisme et l'égoïsme, car elle est consciente de la destinée des femmes. Zelda, la femme de Fitzgerald, en propose une définition :

« Comment une fille en vient-elle à dire : "Je ne veux pas être respectable parce que les jeunes filles respectables ne sont pas attirantes", et comment en arrive-t-elle à être avisée pour découvrir que les garçons dansent avec les filles qui embrassent le plus, et que les hommes épousent les filles qui se laissent embrasser sans appeler papa. »

Consciente, la « flapper » s'est réveillée de sa dépendance léthargique. Elle est donc celle qui décide de changer son destin, celle qui tente de sortir de l'aliénation des hommes en les réduisant à de simples conquêtes.

Fitzgerald nous offre plusieurs descriptions de « flappers », plus indépendantes les unes que les autres, affichant par leur pouvoir de séduction la revanche qu'elles prennent sur les hommes, sur la vie, sur leur destin.

Dans « Le dos du dromadaire », lorsque le héros demande la femme qu'il aime en mariage, cette dernière refuse, et Fitzgerald ajoute, comme pour prendre sa défense : « La petite Medill voulait l'épouser, ne voulait plus l'épouser. Elle s'amusait si fort dans la vie qu'elle redoutait de se plier à une démarche aussi décisive. » Mais malgré sa force et son ambition, la « flapper » ne sort pas toujours victorieuse du combat. Medill, à la fin de la nouvelle, est prise au piège du héros qui usera d'un stratagème pervers pour la contraindre à l'épouser,

C'est aussi Rags Martin-Jones, la « flapper » par excellence, qui se fera prendre au piège, celui de la séduction cette fois, malgré sa lutte pour l'indépendance tout au long de la nouvelle intitulée « Rags Martin-Jones et le Prince de Galles ». En effet, son entrée est fracassante, elle revient de cinq ans de voyage durant lesquels elle n'a pu s'empêcher de séduire des hommes. Elle rentre dans son pays plus que dans sa famille, puisqu'elle n'en a plus, comme beaucoup des personnages de Fitzgerald. Il écrit donc, sans oublier ni détails ni humour :

« Tap ! Ses cinquante kilos touchèrent le débarcadère qui sembla s'infléchir et palpiter sous le choc d'une telle beauté. Quelques porteurs s'évanouirent. Un grand requin sentimental qui avait suivi la traversée se souleva d'un bond désespéré pour la voir une dernière fois, puis il replongea, le cœur brisé, dans la mer profonde. Rags Martin-Jones rentrait chez elle. » (p. 407)

Et lorsqu'elle s'apprête à se rendre à une soirée, elle n'omet aucun atout : « Les grosses perles aussi, toutes les perles, et le diamant-poire, et les bas à baguettes de saphirs. » (p. 417)

La « flapper » prend donc en main son destin, n'accepte plus qu'on décide à sa place. Et par là même, c'est le destin des hommes qui se retrouve remis en question. Car au symbole de la liberté féminine incarné par la « flapper », répond en écho l'homme qui cherche quelle nouvelle place il pourrait occuper. La « flapper » est une guerrière, elle ne peut conquérir sa liberté sans faire de blessé. C'est pourquoi l'homme, dans les nouvelles de Fitzgerald, est bien souvent épuisé, toujours prêt à basculer, et voit son équilibre remis en question par les femmes.

L'homme affaibli préfère ériger la femme en icône, telle la nouvelle vierge auréolée du jazz, comme l'illustre très bien Romain Slocombe sur la première de couverture. Démuni face à la « flapper », il croit encore pouvoir lui être utile, comme par exemple dans « Guimauve » :

« L'espace d'un instant, elle noua les bras autour de son cou, pressa les lèvres contre les siennes.

– Je suis un morceau déraisonnable de l'humanité, Guimauve, mais vous m'avez rendu un fier service. » (p. 37).

Il convient de préciser que Guimauve l'a aidée à retirer un shwing-gum de la semelle de sa chaussure, service tout à fait dérisoire qui n'a pour but que de permettre à cette femme de continuer à s'amuser et à séduire.

Les hommes, nostalgiques de l'amour romantique, sont souvent éconduits, réduits à l'état de victime, n'ayant plus le choix que d'user de stratagèmes divers pour conquérir la femme adulée. Et Fitzgerald ne manque pas une occasion de faire rire, sans cruauté, de leurs déboires.

Ainsi dans « Le dos du dromadaire », le héros, plein de naïveté innocente, se prend à rêver que la femme qui ne veut pas l'épouser pourrait accepter de s'associer à lui pour constituer le costume de dromadaire qui nécessite deux personnes :

« Il s'offrit une pensée sentimentale. Il allait lui demander, à elle. Leur amour était mort, mais elle ne pourrait lui refuser cette dernière faveur. Sûrement, ce ne serait pas trop lui demander : l'aider à respecter pour un seul soir ses obligations mondaines. Si elle insistait, il lui laisserait prendre l'avant du dromadaire, il se mettrait derrière, décida-t-il, content de sa magnanimité. Il caressa même dans sa tête le rêve rose d'une tendre réconciliation à l'intérieur du dromadaire, cachés aux regards du monde entier. » (p. 61).

Et Fitzgerald poursuit sur le ton humoristique la description de l'essayage du costume, dont le comique de situation n'a de cesse que de rappeler le ridicule du héros, contraint de payer le chauffeur de taxi pour qu'il complète le dos du dromadaire :

« Un grognement issu de la bosse répondit à ce compliment suspect.

— Sincèrement, vous êtes magnifique ! répéta Perry avec chaleur. Marchez un peu ?

Les pattes de derrière avancèrent, ce qui produisit l'effet d'un énorme chat-dromadaire arquant le dos avant de sauter.

— Non, déplacez-vous de côté.

Les reins du dromadaire se démirent brutalement du tronc, un déhanchement à faire pâlir d'envie une danseuse du ventre. » (p.63)

 

La question du destin, omniprésente tout au long de ce recueil, se pose de façon plus marquée dans deux nouvelles : « La sorcière rousse » et « La coupe de cristal taillé ». Ces dernières semblent se répondre, elles se suivent dans le recueil et sont très proches par leur forme. Elles font partie des longues nouvelles, qui suivent un personnage de son entrée dans l'âge adulte jusqu'à sa mort. Elles contiennent toutes deux très peu d'humour, oscillant souvent entre réalité et imagination, et relatent la difficulté des personnages à affronter leur existence.

Tout d'abord, la question du destin semble s'être glissée au cœur du quotidien des personnages, elle leur est familière mais ils l'ignorent encore.

Dans « La coupe de cristal taillé », seule nouvelle du recueil qui évoque clairement la guerre, la coupe devient un symbole dont la polysémie fait toute la richesse de cette nouvelle. Ainsi, Fitzgerald nous explique que les cadeaux de mariage, à cette époque, étaient souvent en cristal taillé. Une fois le mariage passé, les coupes et autres objets de ce type, trônaient dans la maison tout en se délitérant progressivement. On peut y voir le symbole de l'amour du couple qui, tout comme ces cadeaux fragiles, ne peut survivre intact au mariage. Chez Fitzgerald, amour et souffrance demeurent indissociables.

Mais il convient de préciser que cette coupe a été offerte à la femme du couple, par un prétendant déçu, qui ne manqua pas d'expliquer son choix : « Evelyn, je vais vous faire un présent aussi dur que vous l'êtes vous-même, aussi beau, aussi vide, aussi transparent. » (p.161) Et contrairement aux autres objets en cristal, celui-ci va résister, bien au-delà de la vie des personnages eux-mêmes.

Dans « La sorcière rousse », la question du destin est elle-aussi familière à Merlin, mais comme Evelyn, il l'ignore. Dans cette nouvelle, le héros travaille dans une librairie et quand vient le soir, il a un rendez-vous particulier, il retrouve Caroline : « Chaque soir […]° il rentrait auprès de Caroline. Il ne dînait pas avec Caroline. […] il ne l'avait d'ailleurs jamais invitée. Il dînait seul. […] il mangeait son dîner et voyait Caroline. […] Il l'appelait Caroline parce qu'il avait trouvé un visage qui lui ressemblait sur la couverture d'un livre de ce nom […]. » (p.200)

Les jalons de ces deux nouvelles sont posés, avec d'un côté Evelyn la bonne épouse qui veut rester belle, à qui l'amoureux éconduit offre une coupe tel on profère une malédiction; et de l'autre côté Merlin, amoureux discret d'une femme qu'il observe comme au théâtre.

A partir de là, leur vie va se dérouler avec l'obligation de tenir compte de ces éléments, en dépit de toute leur volonté pour les ignorer.

Tandis qu'Evelyn vieillit, la coupe demeure et devient de plus en plus menaçante : « La coupe parut soudain se retourner, se distendre, enfler au point de devenir un grand dôme qui étincelait, frémissant, au-dessus de la pièce, au-dessus de la maison; […] Evelyn vit que la coupe continuait à s'étaler de plus en plus loin […]. Au-dessous marchait l'humanité toute entière […]. » (p.192)

Sous la plume de Fitzgerald, la coupe prend la place du personnage principal, véritable incarnation du poids du destin sur l'existence d'Evelyn. La coupe semble prendre vie, pour le plus grand malheur d'Evelyn. Fitzgerald va jusqu'à donner la parole au destin, qui semble s'exprimer par l'intermédiaire de la coupe :

« Vois-tu, je suis le destin, criait la voix, et je suis plus fort que tes plans dérisoires. Je suis l'issue des événements et je diffère de tes petits rêves; je suis la fuite du temps, la fin de la beauté et les désirs frustrés; tous les accidents, les omissions, les instants qui déterminent les heures cruciales, m'appartiennent. Je suis l'exception qui ne confirme aucune règle, les limites de ton pouvoir, le condiment dans le plat de ton existence. » (p. 193)

Dans « La sorcière rousse », le destin s'incarne à nouveau dans le personnage très énigmatique de Caroline. Il prend une forme beaucoup moins menaçante, et semble rappeler sans cesse à Merlin qu'il peut changer son destin. En effet, Caroline apparaît une première fois, dans la librairie de Merlin, et le pousse à s'amuser en lançant des livres dans un lustre de satin, qui finit par céder. Jamais Merlin n'a autant ri, mais Caroline disparaît aussi rapidement qu'elle est apparue. Caroline réapparaîtra beaucoup plus tard, Merlin a maintenant une vie de famille peu exaltante. Lors d'une promenade Merlin reconnaît Caroline, véritable « flapper », assise dans une belle voiture, avec un homme. Elle devient rapidement l'attraction du moment, des tas d'hommes s'approchant d'elle et de sa belle voiture :

« La foule augmentait. Une rangée s'était formée derrière la première, et deux autres derrière celle-là. Au milieu, orchidée jaillissant d'une gerbe noire, Caroline trônait dans son automobile assiégée, inclinait la tête, saluait de la voix et du sourire avec un bonheur si véritable que, tout d'un coup, une nouvelle vague de messieurs plantaient là femmes et compagnie et allaient à elle. » (p.231)

Mais il faut attendre la fin de ces deux nouvelles pour que se révèle enfin tout leur sens. Alors qu'Evelyn, attrapant la coupe à bras le corps comme elle voudrait étreindre son destin, échoue, et finit par mourir dans un déséquilibre fatal, Merlin prend conscience de sa vie gâchée lorsqu'un jour Caroline réapparaît dans sa librairie. Ils sont tous deux âgés, mais Merlin reconnaît sa voix. On retrouve l'importance de la voix, comme si le destin à nouveau s'exprimait, non plus à travers la coupe, mais à travers Caroline. Et quand Merlin, une fois cette dernière partie, discute avec son employée, il s'étonne qu'elle ait pu la voir. Elle lui révèle même son identité, c'était une célèbre danseuse qui faisait scandale. Alors le destin s'abat sur lui, et Merlin comprend qu'il n'avait pas rêvé. Il avait le pouvoir de changer son destin mais il n'a pas été à la hauteur de ses rêves. Fitzgerald termine la nouvelle ainsi :

« — Oh Sorcière Rousse !

Mais il était trop tard. Il avait provoqué le courroux de la providence en résistant à trop de tentations. Il ne lui restait que le ciel, où il rencontrerait seulement ceux qui, comme lui, auraient gaspillé leur séjour terrestre. » (p. 251-252)

Si Evelyn semble subir inexorablement le poids d'un destin malveillant contre lequel elle tente vainement de lutter, Merlin mesure les occasions manquées de vivre un destin plus exaltant.

Est-ce un fantasme de Merlin ? Peut-il y avoir autant d'hommes autour de Caroline ? Peut-elle être aussi puissante, tout comme la coupe peut-elle être aussi maléfique ? Ou est-ce dans l'esprit de ces personnages torturés par leurs craintes ? Le destin, la providence, jouent bien des tours aux humains, et qu'ils prennent l'apparence d'objet ou d'être humain, ils ne cessent de leur rappeler la fragilité de leur existence et leur incapacité à être à la hauteur de leurs rêves. La coupe entraîne la mort d'Evelyn, Caroline n'a pas empêché Merlin d'avoir une vie étriquée. Comme vexés par le peu d'impact qu'il peut avoir sur ces personnages, le destin prend sa revanche et les tue. Fitzgerald propose ici une conception dynamique de la destinée humaine, laissant l'espoir d'un possible changement.

 

 Francis Scott Fitzgerald, non sans humour, rapporte donc dans ces nouvelles, la triste situation de l'homme et dresse le portrait tragique d'une époque qu'il qualifie de « sursis » volé à l'histoire. Selon lui, l'homme héroïque appartient au passé, il se trompe en croyant qu'il peut encore prendre soin de la femme, il est embué d'illusions et subit son destin par la petitesse de son caractère. Sans tenir de discours, restant toujours dans l'instinctif et le ressenti, Fitzgerald révèle à la fois la fragilité des êtres face à un destin qui les dépasse, et la toute puissance de la littérature qui, grâce à l'humour, engage le lecteur à surmonter ses craintes, car après tout, mieux vaut en rire !


Marie, A.S. Bib.

 

 

 


Francis Scott FITZGERALD sur LITTEXPRESS

 

 

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 Articles de Lila et d'Emmanuelle sur « Premier mai » in Absolution.

 

 

 

 

 

 

 

 

Fitzgerald Les enfants du jazz

 

 

 

 

 

 

Article de Charlotte sur Les Enfants du jazz.

 

 

 

 

 

 

 

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Article d'Elisa sur Nouvelles new-yorkaises (Fitzgerald, Miller, Charyn).

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Published by Marie - dans Nouvelle
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6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 07:00

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Eduardo BERTI
L'inoubliable

Titre original   
Lo Inolvidable
traducteur

Jean-Marie Saint-Lu

Actes Sud, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Né à Buenos Aires en 1964, Eduardo Berti a participé à la vie littéraire de l'Argentine, notamment en collaborant à de nombreux journaux comme La Nación. Il est aussi l'instigateur d'une des premières radios indépendantes argentines. Dans les années 1990, il réalise plusieurs documentaires télévisuels sur sa passion : le tango. Il crée sa propre maison d'édition hispano-argentine nommée  La Compañia, mais est aussi critique littéraire et traducteur. C'est donc un auteur qui connaît très bien le monde de l'édition et de l'écriture. Ayant vécu jusqu'en 2006 à Paris, il habite désormais Madrid, où il continue d'écrire.

Son premier livre édité en France est Le désordre électrique publié chez Grasset en 1999. Peu après, c'est Actes Sud qui reprend ses droits, et publie alors la majeure partie de ses œuvres comme La vie impossible (2003), ou encore L'ombre du boxeur (2009).

Mais c'est pour son roman Madame Wakefield, publié en 2000 par Grasset, qu'Eduardo Berti connaît le succès. C'est une réécriture d'un conte de Nathaniel Hawthorne, que Borges considère comme une préfiguration de Melville et de Kafka. Ce roman a figuré parmi les meilleurs livres de l'année 2000 et a été sélectionné pour le prix Fémina étranger en 2001.

On peut sentir une très grande influence de Borges dans les thèmes abordés comme la mémoire, le cycle... qui sont aussi très présents dans son œuvre.



L'Inoubliable est l'ouvrage le plus récent d'Eduardo Berti, sorti en librairie en 2011. C'est un recueil constitué de douze nouvelles assez courtes. Le fil conducteur de ces dernières n'est pas un personnage ou encore une histoire commune, mais le souci de la mémoire. En effet, l'auteur développe les différents aspects que peut avoir la mémoire, qui peut être omniprésente, fuyante, trompeuse, ou même parfois blessante. Mais il l'envisage aussi sous le point de vue de la postérité.

Par exemple, dans « Formes d'oubli », on suit un grand maestro du tango, Avella, au plus haut de sa renommée qui oublie tout à coup comment jouer du piano. Un jour, un homme nommé Marmonti propose un marché à Avella qui consiste à faire un échange de la reconnaissance d'Avella contre le don pour la musique de Marmonti. Au seuil de la mort, Avella accepte, et retrouve miraculeusement son don pour la musique. Seulement, plus personne ne se souvient de lui, mais de Marmonti. Ce dernier sera à son tour frappé d'une « amnésie musicale » à la fin de la nouvelle.

Dans « Éclats d'Ataminski », la mémoire est insidieuse, elle se faufile à travers le corps d'Ataminski, rescapé de guerre dont le corps est parsemé d'éclats d'obus. Chaque nuit, les éclats remuent dans la chair de cet homme, et le font souffrir, comme s'ils ne voulaient pas que ce dernier oublie les horreurs auxquelles il a assisté : « il avait des dizaines d'éclats dans la chair. Et pour une raison étrange, qui fascinait grand-père, ils se livraient bataille quand le polonais dormait. » (p. 17).

La mémoire devient alors le personnage central des nouvelles, qui se teintent de magie. En effet, le réalisme magique est un élément central des nouvelles, car toutes contiennent au moins un élément fantastique. Mais les personnages ne sont en général aucunement effrayés par ce surnaturel qui surgit dans leur vie.

La nouvelle « L'Inoubliable » est à mon avis la plus poétique ainsi que la plus joyeuse du recueil, car elle montre comment une vieille femme peut retrouver la joie de vivre grâce à la littérature oubliée. Elvira Rial, veuve de 74 ans, vit seule une vie paisible dans son appartement. Mais un jour, son dentier se met à parler la nuit, à réciter des phrases de romans, pièces de théâtre ou poèmes ayant tous un rapport avec les dents. Elvira va alors se mettre à chercher d'où viennent ces phrases, se rend compte qu'elle a oublié tous les livres d'où sont tirées ces citations. Son dentier lui permet donc de redécouvrir la richesse de sa bibliothèque, mais un jour il se tait. Elvira décide alors de sortir pour chercher des livres ayant un quelconque rapport avec les dents, les ré-oublie, et réécoute son dentier parler.

Eduardo Berti est un auteur qui apprécie le mélange des genres, c'est pourquoi aucune de ses nouvelles n'est écrite de la même manière. Il se donne volontairement des contraintes afin de travailler son récit de toutes les manières possibles. Par exemple, aucune des nouvelles n'est écrite uniquement à la première ou la troisième personne du singulier. Ainsi, il peut donner différentes impression à la lecture, qui n'apparaissent pas forcément selon la personne employée pour narrer le récit.

Mais l'auteur se concentre notamment sur le principe du cycle. En effet, ceci est un thème récurrent dans l'œuvre de Berti, c'est-à-dire que toute action recommence sans arrêt, que tout n'est qu'infini. Dans sa nouvelle « Hugh Williams », basée sur une trame policière, on suit l'histoire d'un collectionneur d'armes anciennes qui rencontre un certain Williams, avide de mourir. Le héros se retrouve embarqué sur un bateau pour le tuer quand un naufrage les frappe. Le seul survivant est le héros, qui hérite malgré lui de l'identité de Hugh Williams. Mais ce fait n'est pas unique en son genre : depuis plusieurs siècles, de nombreux naufrages ont eu lieu où le seul survivant portait ce nom.

Une autre contrainte qu'apprécie Eduardo Berti est de créer une chute à la fin de ses nouvelles. Souvent inattendue, elle contribue au rythme au récit, et impose des contraintes particulières à l'auteur. Dans « La copie », une jeune femme achète la reproduction d'un tableau de maître, mais se retrouve prise sous un orage sur le chemin du retour. N'ayant que le tableau pour se protéger, elle le sacrifie à la pluie, et celui-ci redevient totalement blanc. Mais de retour chez elle, elle reçoit un appel du peintre qui lui annonce que le tableau qu'on lui a donné était en fait l'original. Tout au long du récit, l'auteur nous persuade que cette toile est une reproduction, et donc que cela n'a pas d'importance s'il est détruit, mais toutes nos certitudes se brisent lors du dernier paragraphe.



Ce recueil est donc un mélange de genres et de styles qui donnent un caractère original à l'écriture de l'auteur. On peut y voir l'attachement de Berti pour la culture et les arts, quels qu'ils soient, mais aussi les influences, particulièrement des écrivains américains, dans son œuvre, ce qui la rend encore plus riche.


Alice Andro, 2° année Éd.-Lib.

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 07:00

Ana-Maria-Shua-La-Saison-des-fantomes.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

Ana María SHUA
La Saison des fantômes
Édition originale
Temporada de Fantasmas
 Páginas de Espuma, 2004
Traductrice
Anne-Marie CHOLLET
 Cataplum, 2010.

 





 

L’auteur

Née en 1951 à Buenos Aires, Ana María Shua est une écrivaine argentine qui s’est fait connaître en Amérique latine grâce à un genre littéraire très particulier : les microfictions. Publiée et traduite en Argentine, au Brésil, aux États-Unis, en Allemagne, Espagne et Italie, elle reste pourtant très peu connue en France, malgré un répertoire littéraire très varié. En effet, si ses microfictions ont contribué à sa postérité, elle a également su montrer ses talents dans des domaines allant des romans aux poèmes, en passant par les nouvelles, les contes, mais également les récits pour enfants. Pour en citer quelques exemples, voici une bibliographie sélective :

El sol y Yo, recueil de ses premiers poèmes (1967),

Soy Paciente (1980), roman adapté au cinema par Rodolfo Corral en 1986,

Los amores de Laurita (1984), roman également adapté par Antonio Ottone deux ans après sa publication,

El libro de los recuerdos (1994) : roman,

La sueñera (1984) : recueil de microfictions,

Casa de geishas (1992) : recueil de microfictions,

La batalla entre los elefantes y los cocodrilos (1988) : histoire pour enfants.

 

Le genre

Pour commencer, inutile d’attendre un résumé ou l’analyse approfondie d’un personnage, la microfiction (ou microrécit) étant un genre littéraire qui n’en laisse pas la possibilité. On peut cependant retenir que ce genre est très original d’autant qu’il n’est pas aussi répandu que la nouvelle ou le conte. En effet, dans un microrécit, la difficulté de « l’écriture juste » est décuplée, car ces récits sont si courts qu’ils nécessitent l’utilisation du mot parfait, en quelque sorte. Un auteur de microfictions peut alors emmener le lecteur dans un univers onirique, à la fois totalement irréel et éphémère, qui lui laisse une impression très forte car les mots utilisés dans la microfiction ont un impact très important sur le lecteur. D’ailleurs, c’est ce qu’explique Ana María Shua dans une interview :

« La seule limite [du genre], c’est qu’il ne permet pas le développement des personnages. Pour le reste, un cosmos de quinze lignes peut tout contenir. Bien entendu, il vaut mieux que les meubles soient petits. Par ailleurs, le conte très bref exige une écriture impeccable. À cette taille, la plus petite erreur acquiert des proportions gigantesques. Mais cela ne constitue pas une limitation, au contraire, c’est un avantage pour le lecteur. Pour l’écrivain, c’est un grand plaisir qui l’attend : la possibilité de partir de la matière brute et d’arriver à la sculpture parfaite d’un seul coup. Dans la production du genre, il y a des instants d’extase et de révélation, comme dans la poésie… »



L’œuvre

En premier lieu, il est important de savoir que le recueil La Saison des fantômes ne se contente pas de regrouper les 99 (pas une de plus !) microfictions de son auteur dans un ordre décidé par le hasard . l’œuvre se subdivise effectivement en neuf parties :

« En couple »,

« Mystères de la Fiction »,

« De la vie réelle »,

« Caprice divin »,

« Maladies »,

« Autres peuples, autres mythes »,

« Dormir, rêver »,

« De la galère »,

« Le désordre surnaturel des choses ».

Nous pouvons relever un rapport implicite entre ces parties, qui illustre parfaitement l’esprit des microfictions d’Ana María Shua, à savoir l’ancrage dans le merveilleux. Citons en exemple la deuxième partie, intitulée « Mystères de la fiction », qui présente un genre où la frontière entre réalité et fantastique est la plupart du temps aussi trouble qu’infime.

On pourra également noter que certaines microfictions ne sont pas classées au hasard. En effet, chacune d’entre elles aura un lien avec la thématique abordée par la partie qui la concerne dans la table des matières. Par exemple, nous pouvons remarquer que la première partie, « En couple », rassemble des récits autour de la thématique du couple: la première microfiction parle des sirènes, une autre est une recette de philtres d’amour, etc.

On trouve d’ailleurs certaines relations entre elles : dans la partie « Mystères de la Fiction », on peut lire deux récits intitulés « Tarzan » et Tarzan II », ou encore « Cohabitation impossible » et Van Gogh II » dans la partie « Le désordre surnaturel des choses ». Un autre ensemble de microfictions qu’il est primordial de ne pas négliger : dans « Caprice divin », on découvre en effet six récits intitulés « Création I », et « Création II », etc. jusqu’à « Création VI », qui relatent la création du monde du point de vue de l’Ancien Testament, thème revisité par l’auteur.

De plus, si chaque microrécit emporte le lecteur dans un univers aussi singulier que fugace, c’est justement parce qu'Ana María Shua aborde des thématiques pour mieux s’approprier leur atmosphère : qu’il s’agisse de l’histoire de l’art, illustrée par deux microfictions relatant le geste de Van Gogh se coupant l’oreille (qui laissent au lecteur une impression de violence nette), ou encore de chefs-d’œuvre de la littérature classique : on découvre dans « Tarzan » un clin d’œil au dramaturge Shakespeare, plus précisément adressé à sa pièce Hamlet. Une autre microfiction témoigne de cette faculté de s’imprégner de l’univers d’un genre ou d’une œuvre, tout en le parodiant, dans un seul récit d’une quinzaine de lignes : il s’agit de « l’enfant rétif », qui reprend le conte imaginé par les frères Grimm. L’auteur ne se contente pas de reprendre le conte, elle en imagine la suite et réussit le tour de force de rester dans l’esprit à la fois réaliste (avec l’image de l’éducation rigide de la mère du personnage) et retors des frères Grimm : la microfiction se transforme alors en un « microconte » qui transporte le lecteur dans leur univers tout en en faisant la critique.



Jugement personnel

Pour ma part, c’était la première fois que je lisais des microfictions, et je dois dire que pour une première expérience, c’était très surprenant ! L’auteur a un style d’écriture vraiment direct, et utilise des mots justes, à la fois poétiques et très contemporains. Si on fait vite le rapprochement avec des fables comme celles de la Fontaine, il faut reconnaître qu’Ana María Shua s’est inspirée de beaucoup de genres littéraires divers et variés, qui lui ont donné la capacité d’enrichir par son écriture le genre littéraire des microfictions.


Ana Maria Shua Botanique du chaos
L’édition

Hormis La Saison des Fantômes, la seule œuvre d’Ana María Shua ayant été traduite est  le recueil de microfictions Botanique du Chaos (titre original : Botánica del Caos), parue aux  éditions Équi-librio.

Si vous souhaitez acquérir le recueil qui vous a été présenté, je dois néanmoins vous prévenir qu’il n’a été publié qu’en 1000 exemplaires, et qu’il est difficile de le trouver dans le commerce. Je vous offre donc le présent suivant : le paragraphe de présentation du recueil :

« Ils ne viennent ni pour s'accoupler, ni pour pondre. Ils n'ont pas besoin de se reproduire. On ne peut pas non plus les chasser. Ils n'ont pas suffisamment de substance pour tomber dans les filets de la logique et les balles de la raison les traversent. Brefs, essentiels, dépouillés de leur chair, ils viennent ici pour se montrer, ils viennent pour agiter leurs suaires humides devant les observateurs. Pourtant, ils ne s'exhibent pas aux yeux de n'importe qui. L'observateur de fantôme expérimenté sait qu'il doit adopter un regard indifférent, jamais direct, accepter cette perception imprécise, sans chercher à s'approprier une signification évanescente qui file entre les doigts : des textes translucides, méduses des sens.

Que la Saison des Fantômes commence. »

 
Sarah Dabin, 1ère année Bibliothèques-Médiathèques 2011-2012.

 

 

Lien

 

Si vous souhaitez vous renseigner davantage sur l’auteur et son œuvre, vous pouvez vous rendre sur  son site.
Attention toutefois : ce site n’est pas traduit en français, alors armez-vous de patience et de votre dictionnaire !

 


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31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 07:00

 

 

 

 

Nathaniel-Hawthorne-Le-Hall-de-l-imagination.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nathaniel Hawthorne
Le Hall de l’imagination
traduction

d'Alexandra Lefebvre

 Allia, 2006



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Nathaniel Hathorne naît en 1804. Il devient Nathaniel Hawthorne afin de se démarquer de ses ancêtres aux histoires troublées. Son enfance fut solitaire et rythmée par  ses lectures. Après  des études faites par défaut, il vit une retraite de douze ans afin de se consacrer à l’écriture. Il commence son œuvre par des nouvelles qu’il appelle « contes ». La Lettre écarlate, écrite en 1850, est son œuvre la plus fameuse. Cette fiction érige Nathaniel Hawthorne au rang des premiers romanciers américains. Il décède en 1864 après avoir inspiré son Moby Dick à Herman Melville.


 

Résumé

Les trois nouvelles du recueil Le Hall de l’Imagination sont publiées entre 1843 et 1846 dans le United States Magazine and Democratic Review, puis regroupées dans Mosses from an old manse (Les mousses du vieux presbytère).

« Le Hall de l’Imagination » (Hall of fantasy), première nouvelle, accueille deux amis réunis ici par hasard. Ils errent dans cet immense lieu, discutant et philosophant sur les groupes de gens qu’ils croisent au fil de leurs pas. On y découvre des poètes, des hommes d’affaires, des inventeurs ou encore un vieux sage annonçant la fin du monde. Les deux hommes, sans prendre part aux scènes qui les entourent, parient sur le devenir de l’humanité et en particulier de leur nation naissante : les États-Unis d’Amérique.

« Une soirée select » (A select party) a lieu dans un château d’allure gothique entièrement recouvert de feuilles d’or et comme posé sur de vastes nuages. L’Homme de l’Imagination accueille des invités ayant peu de choses en commun. Ainsi, quelques dizaines d’invités, dont le plus vieil homme de la Terre, Monsieur-on-dit et un patriote américain, partagent un dîner. La fonction de chaque invité est décrite au fur et à mesure que l’homme de l’Imagination les prie de rejoindre l’assemblée.

« La correspondance de P. » (P’s correspondence) nous est rapportée par son ami qui n’est nul autre que le narrateur. Il nous fait part de ses rencontres avec quelques grands auteurs et un Louis Napoléon Bonaparte faiblard. Seul problème, tous ces hommes sont bel et bien morts lorsqu’il les rencontre. P. croise notamment lord Byron, revenu à un train de vie et des mœurs exemplaires. De ce fait il ne comprend plus ses propres œuvres et a perdu sa plume incomparable. Nathaniel Hawthorne nous offre ici le premier modèle d’uchronie de la littérature en langue anglaise.



Analyse

Nous avons affaire à trois essais satiriques avec pour fil conducteur l’imagination. Elle semble être le prétexte à la déclamation ouverte des pensées de Nathaniel Hawthorne. Il utilise une description très précise des lieux afin de nous y mener avec simplicité. Cet état amène le lecteur à assister avec impuissance à des critiques sur son état et son futur.

L’Homme — qu’il ne soit plus, qu’il soit ou qu’il arrive en ce monde — est au centre du récit. On assiste à une allégorie morale pour les générations à venir grâce à la présence d’abstractions personnifiées. On croit deviner l’avis de Nathaniel Hawthorne sur la nature humaine : « Je veux que son entité, ronde et solide [la Terre], dure indéfiniment, et qu’elle reste peuplée par les hommes que je considère bien meilleurs qu’ils ne le croient eux-mêmes ».

Deux thèmes rappellent étrangement la jeune vie solitaire de Nathaniel Hawthorne. La lumière a une importance déterminante dans l’atmosphère donnée aux lieux. La lune est, en quelque sorte, le symbole de l’imagination et rappelle aux personnages qu’ils ne sont pas dans le monde réel. Le soleil baigne les lieux de différentes manières : à travers des vitraux, des barreaux ou bien directement. Il est synonyme d’espoir et de guide. La fenêtre tient une place de choix dans les descriptions et ambiances des lieux. Elle est la frontière entre le réel et l’imaginaire, le symbole de l’évasion de l’esprit dans l’imaginaire. Pour exemple : le château des airs, lieu de réception de la soirée select, est doté de centaines de fenêtres. Aussi, la chambre de P. a pour décor des murs à la chaux et une fenêtre munie de barreaux.

On croit aussi apercevoir les influences livresques de sa jeunesse solitaire. On ne trouve pas moins de vingt mentions d’auteurs ayant influencé les plus grands écrivains romantiques, Nathaniel Hawthorne en premier lieu. Ainsi, des hommes comme Walter Scott, François Rabelais ou Goethe sont mentionnés parmi les influences de la littérature dite « américaine » et non plus de la « Nouvelle-Angleterre ».

Les trois contes sont baignés d’humour. Dans « La soirée select » on peut croiser Monsieur On-Dit, qui aurait des origines françaises, s’occupant d’aller raconter des ragots dans toute l’assemblée. Lord Byron quant à lui est devenu tellement gros qu’il en est méconnaissable. Avec surprise on découvre un Walter Scott végétatif dans « La correspondance de P. ». De nombreuses situations comiques donnent un second degré aux événements les plus graves : l’Homme de l’imagination parvient à combattre les démons du passé de cette manière.
 


Conclusion

Le Hall de l’imagination est représentatif des débuts de la littérature américaine. Il est un bonheur de lecture pour qui aime l’atmosphère des récits puritains. Tous les thèmes préoccupant les auteurs américains de l’époque sont présents. Cependant Nathaniel Hawthorne apporte une touche particulière à ses récits : une imagination débordante. Grâce à elle le lecteur s’évade et se questionne. Cependant : « Les gens devraient réfléchir avant de se rendre à une invitation dans le royaume de Nulle Part »


Laëtitia, AS Bib 2011-2012

 

 

Nathaniel HAWTHORNE sur LITTEXPRESS

 

Hawthorne La Lettre écarlate

 

 

 

Article de Cynthia sur La Lettre écarlate.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

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29 octobre 2011 6 29 /10 /octobre /2011 07:00

En inquiétante compagnie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carlos FUENTES
En inquiétante compagnie
Titre original
Inquieta compañia
Traduction française
Céline Zins
Gallimard, 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Voir  Wikipedia.

 
Le  recueil

En inquiétante compagnie est un recueil composé de six nouvelles, publié en 2003 au Mexique et en 2007 en France. Ces nouvelles sont toutes écrites à la première personne du singulier, excepté la troisième, intitulée « En bonne compagnie », qui est écrite à la troisième personne du singulier. Le choix de la première personne permet au lecteur de s'immiscer dans la peau des personnages principaux et d'être en empathie avec ce qu'il ressentent, comme s'il était à leur place et vivait ce qu'ils vivent. Chacune des six nouvelles raconte une histoire sensiblement différente des autres mais elles présentent cependant toutes des caractéristiques communes. Ainsi, chaque récit tourne autour d'un personnage principal qui est au centre de tous les événements et les subit. Le schéma narratif est globalement le même dans la plupart des nouvelles : l'histoire débute dans un environnement réaliste et normal mais, peu à peu, va s'instaurer une atmosphère inquiétante (d'où le titre) flirtant de plus en plus avec l'étrange et le fantastique, le point culminant de cette atmosphère étant atteint à la fin de la nouvelle. Le personnage principal est impuissant face à ces phénomènes étranges et en est la première victime. Le lecteur, quant à lui, est complètement désorienté et même perdu car l'auteur mêle réalisme et fantastique avec une telle habileté que l'on est amené à se poser la question suivante : ces événements étranges sont-ils réels ou est-ce le personnage principal qui perd la raison et est victime d'hallucinations ? Toujours est-il qu'il y a une volonté de la part de l'auteur d'entretenir cette ambiguïté dans le but (on ne peut plus atteint) que le lecteur ne s'y retrouve plus. On peut donc noter que ce recueil s'inscrit dans le registre fantastique.

 

 Avis personnel

 La lecture de chacune de ces nouvelles m'a permis de m'identifier aux personnages principaux et de partager leur incompréhension croissante face aux phénomènes fantastiques auxquels ils sont confrontés. Ainsi, au fur et à mesure que les intrigues progressaient, je me sentais de plus en plus décontenancé et perdais mes repères dans des univers de plus en plus surnaturels, où les morts et les vivants, le réel et le fantastique, la raison et l'éventuelle folie des personnages principaux se mélangent complètement. La volonté de l'auteur d'entretenir ce flou a ébranlé, le temps de cette lecture, mon esprit rationnel comme celui de nombre de lecteurs. Selon moi, ce recueil de nouvelles a sur le lecteur l'effet escompté par l'auteur, ce qui démontre son talent dans un genre inhabituel chez lui, le fantastique.


Antoine Phénix, 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

 

Carlos FUENTES sur LITTEXPRESS

 

Carlos Fuentes En bonne compagnie

 

 

 

 

 

 

Article de Marlène sur En bonne compagnie.

 

 

 

 

En inquiétante compagnie

 

 

 

 

Article deLaure sur En inquiétante compagnie

 

 

 

 

 

 


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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 07:37

Julio-Cortazar-Cronopes-et-fameux.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Julio CORTÁZAR
Cronopes et Fameux,1962
 titre original
Historias de Cronopios y de Famas
Gallimard

rééd. Folio, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un mélange de pataphysique et de magie verbale façon Boris Vian.

Des nouvelles à la Borges.

Un univers qui lui est propre.

Une invitation à ouvrir les yeux.

Une critique subtile d’une société enfermée.

Un auteur à découvrir de toute urgence.



Julio Corázar est né à Bruxelles en 1914. Il a été instituteur et professeur en Argentine. S’opposant au régime de Perón, il refuse une chaire universitaire. Il termine en temps record ses études de traducteur et s’installe à Paris en 1952. Il a écrit le présent recueil entre Rome et Paris jusqu’en 1959.



A travers quatre assortiments, Julio Cortázar nous régale d’une littérature drôle, surprenante, parfois surréaliste. Son écriture est déconcertante et chacune des parties (assortiments) nous emmène  plus loin dans son univers. On peut lire ce recueil comme une initiation nous apprenant à regarder différemment le monde  qui nous entoure.

Dans la vie, il existe toutes sortes de personnes, Julio Cortázar lui, range l’humanité en trois grandes catégories que sont les Cronopes, les Fameux et les Espérances. Nous sommes en quelque sorte tous des Espérances en devenir, en grandissant ; peut-être à la lecture de ce livre, certains deviendront des Cronopes et d’autres plutôt des fameux. Les Fameux sont des gens sérieux, ils sont prévoyants, organisés et n’aiment pas être surpris. Généralement, ils n’apprécient pas les Cronopes qui sont joueurs, irresponsables, rêveurs, distraits et j’en passe. Ce recueil par sa forme et par son fond, nous invite fortement à devenir un Cronope.



La première partie de ce recueil s’appelle « Manuel d’instructions » ; en effet, on y apprend dans des textes très courts à pleurer, à chanter, à se détacher de sa montre, marque du temps qui file, à tuer des fourmis et surtout à prendre conscience de la brique de verre qui nous enferme et des possibilités de vivre malgré ces parois. Tout en usant d’images qui laissent place à l’interprétation, l’auteur nous invite à agir différemment pour que la moindre course à la boulangerie devienne un parcours semé d’embûches ou de plaisir, au choix.



Le deuxième assortiment du recueil porte sur des « Occupations bizarres ». On a là des histoires un peu plus longues qui nous content la vie de personnes aux mœurs étranges comme construire un échafaud ou récupérer un cheveu dans les canalisations. L’auteur nous entraîne sur les pentes de l’absurde. Cela est très drôle et apporte tout de même son lot de critiques. Derrière le rire, on grince un peu devant l’attitude des voisins déçus de ne pas voir l’échafaud servir ou devant la tristesse forcée des gens en deuil. Cortázar se moque de ses concitoyens enfermés dans des codes qui les dépassent. Par  son regard critique, on assiste et on se moque des réactions des personnages tout en s’interrogeant quelque peu sur nous-mêmes.



Le troisième assortiment a pour titre « Matière plastique ». Son titre fait pendant à l’évocation de la brique de verre du début ; dans cette partie, Cortázar nous livre différentes activités et réflexions nous permettant de vivre en Cronope dans cette brique de verre. La partie s’ouvre sur l'évocation d’un écrivain obligé par sa secrétaire à employer les mots justes, ce qui l’attriste. Ce début n’est pas anodin car il semble effectivement que l’auteur adorerait se débarrasser du poids bien trop réel des mots. Dans cette partie, il nous fournit même des éléments bruts pour écrire un poème, un rêve. Cet assortiment est le plus varié du recueil, il en ressort une certaine folie, des idées étranges comme un manuel de géographie fourmi. Cette folie ambiante écarte les barrières de la raison, et invite à une nouvelle écriture qui ne s’embarrasserait pas d’une raison étriquée.



La quatrième et dernière partie se divise en deux avec la première et encore incertaine apparition des Cronopes, des Fameux et des Espérances. « Phase mythologique » et « Histoire de Cronopes et de Fameux ». Alors qu’il présente cette partie comme étant mythologique, il n’est pas du tout question de genèse ou autre apparition. Bien au contraire, ces êtres sont immédiatement présents et bien vivants. Ils dansent et chantent, sont tristes. On comprend peu de choses d’eux si ce n’est qu’ils s’inscrivent dans le même monde que nous et qu’ils ont un langage un peu particulier. Les histoires nous renseignent un peu mieux sur le type de personnalités dont il s’agit. Ces histoires évoquent des situations souvent absurdes mais tout à fait envisageables. Le fait qu’elles arrivent à la fin du recueil apparaît en quelque sorte comme un test pour savoir de quel côté nous nous plaçons. Les situations décrites sont caricaturales et on hésite constamment sur le côté à choisir s’il y en avait un. Tout penche tout de même du côté des Cronopes qui sont si attachants avec leurs pendules en feuilles d’artichaut et leurs maisons pleines de souvenirs épars. De toutes façons, l’être humain est socialement fait pour être un fameux, mais il a tout de même besoin de temps à autre de devenir Cronope et ce petit livre peut admirablement l’aider.



Pour conclure, je ne peux que vous conseiller de pénétrer l’univers de Julio Cortàzar car c’est un monde drôle et poétique. Ce recueil de nouvelles est parfois déroutant par la distance qu’il opère avec le réel et la raison, mais après tout, tout texte a quelque chose à dire, il suffit de bien l’écouter.


Sur ce, je vous souhaite Bonnes salènes, Crono Cronope.


Simon L., A.S. Bib.

 

 

 

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24 octobre 2011 1 24 /10 /octobre /2011 07:00

Eduardo-berti-La-Vie-impossible.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Eduardo BERTI

La vie impossible
La vida imposible

traduction de

Jean-Marie Saint-Lu

Actes Sud

Coll. Le Cabinet de lecture, 2003

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Eduardo-Berti.jpgBiographie rapide *
 
    Né à Buenos Aires en 1964
    Dans sa jeunesse il collabore dans des journaux argentins (Página 12, Clarín, La Nación).
    Fondateur d’une des premières radios indépendantes de son pays
    Il a crée une maison d’édition :  Editorial La Compañía.

    Il est également traducteur, critique littéraire et lecteur.

 
*  http://www.salondulivreparis.com/?IdNode=2100&Lang=FR&KM_Session=8446d08e763121c1818e5418aaf62484
 
*  http://notabene.forumactif.com/t3385-eduardo-berti-argentine
 
 

 

La vie impossible
 
C’est un recueil de 82 nouvelles, avec des récits courts (allant d’une phrase à trois pages maximum). L’auteur condense les histoires pour en extraire l’essence même. Il exclut le superflu pour se concentrer sur l’essentiel ; on se retrouve ainsi confronté directement au sujet de la nouvelle.
 
 « Quand on tient un sujet original, tout le reste est affaire de routine, de technique, de labeur artisanal patient et monotone » ( Sarane Alexandrian). On peut ainsi dire que les nouvelles de Berti n’ont pas besoin d’être développées ; elles se suffisent à elles mêmes.
 
Berti « étale devant le lecteur un trésor de romans à l’état d’embryons, de semences de récits qui, comme si elles avaient été saisies dans l’ambre, n’ont nul besoin de se développer davantage pour nous réjouir et nous étonner », ( Alberto Manguel dans la postface du recueil)
 
Les récits sont souvent absurdes ou fantastiques : « Maternité » raconte l’histoire d’un village où les femmes donnent systématiquement naissance à des animaux, ou encore « Le magicien et l’enfant » raconte comment un enfant disparaît après un tour de magie qui tourne mal, car le magicien a fait une crise cardiaque avant la fin et donc n’a pas pu faire réapparaître l’enfant. Et pour en citer un autre, dans « Papillon humain », une espèce de papillon fait le cycle inverse de ses congénères, il est d’abord papillon puis devient chenille. Ce nom lui a été donné car, tout comme l’homme, «  il naît libre et meurt en rampant ».
 
Les thèmes abordés sont divers, mais on peut en retenir quelques-uns comme ceux de la langue, du genre littéraire, ou encore des livres.
 
 
 
Exemples

 

« Bovary » raconte l’histoire de deux Lyonnais sexagénaires qui publient un livre intitulé Bovary, qu’ils ont mis quinze ans à écrire, en réutilisant tous les mots du roman de Flaubert mais dans le désordre.
 
Un autre récit raconte qu’un érudit hawaïen redécouvre un vieux roman oublié datant de 1739, dans lequel tous les personnages portent les noms de grands écrivains anglais qui donc n’étaient pas encore nés à cette époque : Fielding, Brontë, Conrad, Melville et autres ; « on connaît déjà un éditeur londonien qui a fait une proposition millionnaire à un romancier de dix-huit ans sans avoir lu son premier livre » juste parce qu’il faisait partie des trois noms encore inconnus qui apparaissent dans le roman.

 


Avis


 Alors que certaines histoires vous feront froncer les sourcils, d’autres vous feront écarquiller les yeux, une poignée vous feront douter, d’autres vous amèneront vers l’incompréhension. Plongez dans l’univers d’Eduardo Berti, et laissez-vous vous transporter à travers ces histoires incroyables, rapides à lire et simples à comprendre ; votre temps ne sera pas perdu !!

 
Pour en savoir plus :  http://www.chronicart.com/livres/chronique.php?id=8521
 http://publije.univ-lemans.fr/Vol2/pdf/3.2a.DELAFOSSE.publije2.OK.pdf
 
Bibliographie de l’auteur :  http://www.evene.fr/celebre/biographie/eduardo-berti-27389.php?livres ou  http://fr.wikipedia.org/wiki/Eduardo_Berti
 
 

 

 

Interview d'Eduardo Berti

« Buenos Aires, ma tête de Goliath » lors du salon du livre de Paris, extraits.
 
Quel regard portez-vous sur la littérature argentine ? On la résume souvent à quelques écrivains mythiques (Borges, Casares, Cortazar) et à des courants comme le fantastique. Cette vision des choses comporte-t-elle une part de vérité ? Partagez-vous l'impression de grande vitalité qu'elle donne ?

Oui, c'est une littérature très variée, très riche et très changeante, où on discute (encore) avec passion. Il est vrai qu'on peut la réduire à quelques noms basiques et à une tendance qui a été assez prédominante dans les années 1940, 1950 et 1960 : le néo-fantastique, ou fantastique quotidien, ou pour mieux dire le sinistre dans l'acception freudienne (« l'inquiétante étrangeté »), auquel on pourrait raccrocher Silvina Ocampo, Juan José Hernández, J.R. Wilcock, Marco Denevi ou Angel Bonomini, par exemple. Mais la littérature argentine est plus vaste, on y trouve aussi de grands poètes comme Alejandra Pizarnik, Alberto Juarroz ou Alberto Girri, des romanciers déjà classiques comme Sabato et Mallea ou un peu plus récents comme Puig et Saer, et surtout des écrivains presque impossibles à classifier, comme Macedonio Fernández…

 

 

 

Quelle serait alors la spécificité de la littérature argentine au sein des littératures hispanophones ?

Il est très difficile de répondre en quelques mots, mais on pourrait dire qu'elle est (grosso modo) très urbaine, avec une tendance à « l'auto-conscience » et aux jeux avec la raison. Bien entendu, elle comporte aussi une spécificité dans l'écriture, non seulement dans la « langue argentine » mais dans le fait que la littérature argentine a l'habitude et l'objectif d'être moins rhétorique que l'espagnole et moins baroque ou foisonnante que la littérature des Caraïbes.
 
[…]
 
Même si vous avez publié plusieurs romans, vous semblez avoir un goût particulier pour la forme courte : nouvelle, texte bref, vignette, voire aphorisme…

J'ai grandi en lisant des nouvelles. J'aime la forme courte depuis toujours. Et je n'aime pas qu'on considère que les nouvelles sont au roman ce que les court-métrages sont parfois aux long-métrages : un moyen d'apprentissage. Je sens que j'ai une tendance naturelle aux textes assez courts : en fait, mes romans ne sont pas très longs et, parfois, ils sont même composés de fragments ou de petits chapitres, surtout « Madame Wakefield ».

 
Pour lire l’interview en entier
 http://www.evene.fr/livres/actualite/interview-eduardo-berti-argentine-salon-du-livre-ombre-boxeur-3181.php


Mélody, 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

 


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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 07:00

Albert-Sanchez-Pinol-Treize-Mauvais-Quarts-d-heure.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Albert SÁNCHEZ PIÑOL
Treize mauvais quarts d'heure
Tretze Tristos Trángols,
La Campana, 2008
Actes Sud, 2010
Traduit du catalan
par Marianne Millon


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De son métier, Albert Sánchez Piñol tire la matière première d'une œuvre au fondement anthropologique mais à la facture résolument romanesque. Auteur d'un essai et d'un recueil de nouvelles, le Catalan, qui continue d'écrire dans sa langue, connaît avec son premier roman, La Peau froide, un succès critique et public qui ne se dément pas à l'heure des parutions de Pandore au Congo et de Treize mauvais quarts d'heure. Chaque nouvelle expédition au cœur des ténèbres assoit une bonne réputation littéraire qui traverse les frontières et incite la presse à le comparer à Conrad ou Stevenson.

Source: www.evene.fr



Treize mauvais quarts d'heure est un recueil de treize contes qui nous interrogent sur notre condition d'hommes modernes. A la lecture, nos dimensions spatio-temporelles s'étirent et la distinction entre homme et animal ou folie et santé mentale se révèle ténue. Ceci afin de mieux épingler les travers du fonctionnement de notre société et notamment des relations à l'intérieur de celle-ci. Que ce soit sur le couple, la cellule familiale ou notre société dans son ensemble, l'auteur s'amuse à tendre un miroir à son lecteur qui ne peut que s'interroger sur lui-même et ses contemporains. L'auteur passe par des personnages aussi divers qu'un homme tombé de la lune, un zèbre, un naufragé, un épouvantail et bien d'autres encore. Une résonance entre les différents contes du recueil démultiplie le sens, même s'ils ont parfois une tonalité très différente, qui va d'une naïveté apparente à l'horreur.

Les récits sont courts, l'écriture va à l'essentiel et est riche en images très évocatrices. Les chutes sont tantôt drôles tantôt terribles ou alors terriblement drôles. Le lecteur est directement embarqué dans la narration, dans un ailleurs qui n'est qu'un autre lui-même. La tension entre la gravité des maux que l'auteur dépeint et le ton léger, humoristique qu'il emploie met en relief beaucoup de nos défauts: c'est pour cette raison que le lecteur passe treize mauvais quarts d'heure en lisant ces treize contes.



Dans la première nouvelle du recueil, « Quand les hommes tombaient de la lune »,  Piñol nous rappelle que nous avons la mémoire courte, nous oublions d'où nous venons, nous oublions que l'homme en face de nous qui a une peau de zèbre et des cornes est notre semblable. Pire : nous finissons par n'être plus que des répliques les uns des autres ; en témoigne l'homme tombé de la lune, qui après avoir perdu sa peau d'animal et ses cornes pour s'acclimater à la société des hommes n'en est pas plus humain pour autant ; le narrateur, un petit garçon qui a encore un regard juste, le décrit par la négative : « Ni riche, ni pauvre, ni grand, ni petit, ni gros, ni maigre. » p. 18. Lui non plus « n'aimait pas se rappeler la vérité » dit le petit garçon au sujet de l'homme tombé de la lune. Ce qui caractérise ce dernier est avant tout la crainte du regard de l'autre.

Seule la grand-mère que l'on ne laisse pas parler a de la mémoire : elle se souvient d'où ils viennent...



Cette question de la mémoire se révèle importante dans les différents récits du recueil. L'auteur fait ponctuellement référence à des civilisations anciennes et disparues ; parallèlement à cela il utilise un fonds culturel commun pour mettre en perspective le vide des relations et la difficulté de l'homme à être sa propre mesure.



Dans « Tout petit, toux de chien, plus grand, patte d'éléphant » un enfant voit l'un de ses avant-bras transformé en patte d'éléphant. Plusieurs membres de sa famille vont graviter autour de lui et donner leur avis sur ce qui lui arrive. Il s'agit de l'irruption de l'inhabituel dans une famille très banale, mais cette patte d'éléphant ne parvient pourtant pas à dynamiter la banalité des relations. Il s'agit en quelque sorte de la Métamorphose de Kafka sur un mode mineur. Un passage sur le signifié des mots nous intéresse en particulier:

P. 62 : « Là, je voudrais préciser que ma tante avait une façon d'utiliser l'expression "Mon Dieu !" comme personne sur cette planète. C'était un "Mon Dieu !" qui vidait toute chose de sens. De tout sens. Si le président Roosevelt avait entendu le "Mon Dieu !", l'attaque contre Pearl Harbor lui aurait semblé insignifiante, il n'aurait jamais déclaré la guerre au Japon, et Hiroshima et Nagasaki seraient toujours debout. »

À l'image de ce mot, « Dieu », le vide a envahi la cellule familiale, et finalement avoir une patte d'éléphant, ça ne change pas grand-chose...



« Titus » est un récit au passé simple qui a pour cadre la Rome des Césars. Un patricien, pour asseoir son autorité, va se créer des ancêtres de toutes pièces. Il va transmettre l'héritage de ces faux ancêtres à sa descendance jusqu'au jour où l'un d'entre eux va lui poser une question à ce sujet. Ce n'est pas cette question qui va déstabiliser notre patricien mais une autre question, fondamentale : est-il, lui, digne de ses ancêtres imaginaires ?



Originellement, un conte est l'interprétation, à l'oral, d'une matière commune. L'auteur joue avec ce genre. Par exemple sous le titre  « Le roi des rois et les deux villes », l'on trouve l'indication : « C'est l'histoire que le corbeau a racontée à l'épouvantail », ce qui est une référence à un autre conte du recueil, « L'épouvantail qui aimait les oiseaux » dans lequel, effectivement, l'oiseau raconte un conte à un épouvantail. L'on trouve donc un effet gigogne intéressant.

Par ailleurs Piñol reprend certains motifs très connus de notre culture afin de les adapter à l'homme contemporain : que ce soit Jonas dans le ventre de la baleine ou la nef des fous, à chaque fois le sens premier de l'œuvre originelle est détourné.



«Entre le ciel et l'enfer » est la prise de conscience, en une fraction de seconde, de la médiocrité de sa vie d'un « employé de bureau plongeur sous-marin » avalé par une baleine. Alors qu'il se croit dans le ventre d'une baleine, « l'employé de bureau plongeur sous-marin » ne semble éprouver aucune angoisse quant à sa situation présente, son angoisse étant de parvenir à s'extraire de la masse de ses semblables et à être quelqu'un grâce à l'aventure atypique qu'il est en train de vivre. Il se situe donc à l'opposé de Jonas dans la Bible à qui les trois jours passés dans le ventre du « grand poisson » vont permettre de se repentir car il a désobéi à Dieu, et de renoncer à toute vanité. La chute de ce conte moderne est particulièrement spectaculaire et drôle, sans parler de l'ironie profonde qui s'en dégage.
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« La nef des fous » est le titre de plusieurs œuvres, notamment d' un ouvrage allemand écrit par le Strasbourgeois Sébastien Brant à la fin du XVe siècle et qui fut véritablement un best-seller européen. Cette œuvre inspira de nombreux artistes, et continue encore aujourd'hui à être une matière vivante. C'est aussi le titre d'un tableau de Jérôme Bosch, peintre néerlandais dont l'œuvre se situe au tournant du XVe et du XVIe siècle. Pour résumer, ces deux artistes déplorent les folies des hommes, ceci dans un contexte socio-historique chrétien.

Le tableau de Bosch est « une critique de la folie des hommes qui vivent à l'envers et perdent leurs repères religieux. » tandis que l'œuvre de Brant établit un catalogue des folies des hommes, tous embarqués sur un navire qui part inexorablement à la dérive.

« La nef des fous » est un récit au présent de l'indicatif. Un naufragé est sauvé par un navire rempli de fous qui sont à mi-chemin entre l'humanité et la bestialité. Le naufragé réalise alors où il se trouve : il se souvient d'une curieuse coutume. Ils vont croiser un navire qui navigue en sens contraire, un bateau de pêche nordique. Le naufragé va vouloir embarquer sur ce bateau-ci en prouvant qu'il n'est pas fou. Pour se justifier, il tente de convaincre les chrétiens du bateau de pêche qu'il est lui-même un pilote aguerri... ; il est même allé sur la lune ! On se met à douter de sa santé mentale. Où est la folie? Où est l'humanité et la bestialité ?

Il s'agit d'un texte particulièrement riche, d'une réécriture du tableau de Jérôme Bosch ou de l'œuvre de Sébastien Brant : à l'âge moderne les travers de l'âme humaine ne peuvent plus être catalogués comme l'a fait Sébastien Brant dans son ouvrage. Les deux bateaux, face à face, finissent par ne plus se distinguer l'un de l'autre.



La mémoire, c'est aussi se rappeler tout au long de sa vie une prostituée cubaine que l'on a précipitée dans l'armoire conjugale au moment où sa femme rentre à la maison. Alors que cette armoire se révèle magique l'on se demande sa vie durant si cette Cubaine pour qui l'on a eu le coup de foudre va réapparaître à un moment ou un autre. Et si l'armoire magique réservait d'autres surprises ? L'amour conjugal va-t-il être suffisamment fort ? « Dis-moi juste si tu m'aimes encore » est terriblement drôle et incisif.



Dans « N'achète jamais de churros le dimanche », il s'agit d'oublier la mort accidentel d'un enfant dont on a été en partie responsable. Toutes les instances de la société, si efficaces, vont nous y aider. Jusqu'à la mort du prochain enfant ?



La mémoire peut être une clef de lecture, parmi d'autres, de ce recueil. J'ai apprécié cette lecture car l'auteur, avec beaucoup de légèreté et d'humour nous place face à notre « ère du vide » et nous force à nous questionner. Derrière une apparence de naïveté, ces différents textes sont riches de sens et incisifs. Cependant un texte en particulier me semble énigmatique, « Je n'en peux plus ». Est-ce une parabole sur le choc entre civilisation moderne et sociétés traditionnelles qui se trouvent à bout de souffle à cause de nous ? A vous de vous faire une opinion...


Marie-Laure, A.S Bib.-Méd.

 

 

 


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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 07:00

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Carlos FUENTES,
En bonne compagnie
Titre original
En buena compañía
nouvelle extraite
d’En inquiétante compagnie.
Traductrice : Céline ZINS
Gallimard
Folio 2 €









 

 

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Carlos Fuentes est né le 11 novembre 1928 au Panamá mais est de nationalité mexicaine. Tout au long de sa vie, il va partager son temps entre Quito (Equateur), Rio de Janeiro (Brésil), Washington (USA), Santiago du Chili et Buenos Aires (Argentine). Il étudie le droit d’abord à l’université de Mexico puis à celle de Genève. Il travaille plusieurs années pour l’O.I.T (Organisation internationale du travail) pour la délégation mexicaine.

En 1955, il fonde la Revue mexicaine de littérature avec l’écrivain Octavio Paz. La même année, ils créent également la maison d’édition « Siglo XXI ». De 1974 à 1977, il est ambassadeur en France, à Paris. Il a enseigné la littérature dans des universités nord-américaine de la « Heavy league » telles que Princeton, Brown et Harvard, et à l’université anglaise de Cambridge. Il a également enseigné en Europe, où il a rencontré les auteurs Gabriel García Márquez, Milan Kundera, William Styron et Juan Goytisolo avec lesquels il se liera d’amitié, en particulier avec Milan Kundera.

Au cours de sa carrière il a reçu de nombreux prix, notamment :

en 1984, le prix national de littérature du Mexique.

en 1987, le prix Cervantès remis par le ministère de la culture espagnol et qui récompense l’ensemble de l’œuvre d’un auteur. C’est le prix le plus important pour des écrivains qui créent en langue hispanique.

En 1994, le prix Prince des Asturies qui prime également l’ensemble de l’œuvre de l’auteur. Ce prix est attribué des travaux d’envergure internationale dans huit catégories différentes : la littérature, le sport, les arts, la communication et humanité, coopération internationale, sciences sociales, concorde et techniques et recherches scientifiques.)

Son credo : Extraire le merveilleux d’un réel ordinaire.

Il se considère comme un passeur de culture entre le vieux continent et le nouveau monde.

 

 

 

La nouvelle

« En bonne compagnie » est une nouvelle extraite d’En inquiétante compagnie, recueil mettant en scène des personnages confrontés à une réalité plus ou moins réelle et qui sont tous en quête d’une explication et d’un but à leurs vies.

 

 

 

Personnages

Alejandro de la Guardia

Doña Lucila, la maman d’Alejandro  et la sœur de Zenaïda et Serena

Doña Serena, tante d’Alejandro et sœur de Lucila et Zenaïda.

Doña Zenaïda, tante d’Alejandro et sœur de Serena

 

 

 

Cadre spatio-temporel

Époque contemporaine, de nos jours,

France puis Mexique (ville de Mexico).

 

 

 

Le sujet

 

Alors que sa mère vient de mourir, Alejandro part pour le Mexique, à la rencontre de ses deux vieilles tantes acariâtres et célibataires, en quête d’un potentiel héritage.

À son arrivée, il fait la connaissance de Zenaïda, la gentille, et de Serena, la méchante, qui se partagent non seulement la maison dans laquelle elles vivent ensemble, mais aussi le temps dans lequel elles peuvent apparaître. Ainsi, Zenaïda peut profiter de son habitation le matin jusqu’en milieu de journée et Serena y vit la fin de l’après-midi et toute la soirée. Confronté à ce mode de vie bien particulier, Alejandro va vite comprendre que ses deux tantes ne sont pas si normales et sympathiques qu’elles veulent bien le laisser croire.

 

 

 

Incipit

Avant de mourir, la mère d’Alejandro de la Guardia l’avait prévenu de deux choses. La première, c’est que le père du garçon, Sebastián de la Guardia, n’avait pas laissé d’autre héritage que cet appartement délabré de la rue de Lille. Ce qui n’était pas rien. Mais cela ne suffisait pas pour vivre. Il pourrait continuer à le louer. La vie de rentier était une vieille occupation de la famille. Rien de déshonorant là-dedans.

Le problème c’était les tantes. Les sœurs de la mère d’Alejandro.

 

 

 

Thèmes

 

Plusieurs thèmes sont présents dans la nouvelle : la mort, la folie, l’isolement, l’envie de vivre ou encore le but de la vie. Cependant, le thème central de cette œuvre est la mort ; elle est omniprésente : cela commence avec l’élément déclencheur de la nouvelle : la mort de Lucila la mère d’Alejandro et les conséquences de ce décès s’étendant jusqu’à la fin du récit. La mort est également dérangeante dans ce texte. L’auteur plonge le personnage dans un sentiment d’angoisse persistant et cette sensation est partagée par le lecteur qui est alors plongé au cœur du récit. Cette mort est aussi obsessionnelle pour le personnage principal, il rêve de sa mort et alors même qu’il marche dans la rue il pense à sa mort plus ou moins lointaine et aux circonstances dans lesquelles elle apparaîtra. Le fait qu’elle soit à la fois dérangeante et obsessionnelle, emmène le lecteur dans un stade d’attente, une attente qui débouchera sur la mort d’Alejandro. On ne peut s’empêcher de se demander tout comme lui, comment et quand il va mourir, et c’est ce même sentiment qui dérange à la fois le lecteur mais aussi le personnage.

Parallèlement, la mort va apparaître sous forme de rêves et d’hallucinations à Alejandro : on peut prendre comme exemple l’hallucination où il se voit mourir percuté par le tramway dans la rue, alors qu’il est à l’arrêt du tram. Cette forme d’apparition est une partie de tous les éléments de rêve que Carlos Fuentes intègre dans le récit. Cette manière d’écrire inspirera Milan Kundera qui, comme dit précédemment, est l'ami de Carlos Fuentes et utilisera ce même procédé dans certains de ses écrits.

Le récit est aussi très particulier dans le sens où deux temporalités se superposent dans le texte. Habituellement, l’auteur utilise trois temporalités : la temporalité historique, la temporalité subjective et enfin la temporalité du mythe. Ici, celle du mythe est absente pour laisser une plus grande importance à celles de l’histoire et de l’inconscient. La temporalité subjective est expliquée par la lente progression de la folie d’Alejandro. En effet, l’esprit de ce dernier perçoit le temps d’une manière différente. Ainsi, alors que le garçon ne passe que quelques jours dans la maison de ses tantes, il croit voir passer des mois et des mois. Il vit dans un univers qui a sa propre temporalité ; un univers fait de rêves et d’hallucinations. La temporalité de l’inconscient est primordiale dans le récit, car ce sont les mésaventures d’Alejandro que l’on suit ; par conséquent le lecteur adopte le même rythme que le garçon. Ce rythme est l’illustration du déséquilibre mental du héros.
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 Par ailleurs, il existe plusieurs similitudes entre l’univers de l’œuvre et celui de d’Edgar Allan Poe. En effet, ce dernier instaure un univers gothique et une ambiance angoissante, exactement comme on le remarquait au-dessus. Poe écrivait de manière à créer un sentiment de malaise chez son lecteur, et une impression d’oppression. C’est précisément ce qui arrive à Alejandro dans la nouvelle, il sent qu’il ne pourra pas se sortir de cette vie et c’est pourquoi il passe son temps à rêver de sa mort car il sait que ce sera son unique échappatoire à cette situation qu’il sait bouchée. Par ailleurs, Poe composait des œuvres qui voyaient leurs protagonistes punis pour leurs erreurs de jugement et leurs défauts de caractère. Carlos Fuentes, établit le même schéma dans En bonne compagnie en punissant Alejandro pour sa naïveté poussée à l’extrême et son manque de méfiance.

Pour conclure, le recueil entier est parcouru d’expériences surprenantes voire terrifiantes comme l’histoire d’Alejandro, les personnages sont confrontés à leurs propres peurs qui conduisent irrémédiablement à une folie profonde. Dans le recueil et par conséquent dans la nouvelle, l’auteur flirte avec le surnaturel et le fantastique c’est pourquoi beaucoup l’ont classé dans le réalisme magique alors qu’il n’en est rien. Il s'applique seulement à extraire le merveilleux d’un réel ordinaire. Dans ce monde, les morts et les vivants cohabitent et le bizarre devient la norme.

 

 

Marlène, 2e année Éd.-Lib.

 

 

 


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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 07:00

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Carlos FUENTES
En inquiétante compagnie
Titre original : Inquieta Compania
Traduit de l'espagnol (Mexique)
par Céline Zins
Éditions Gallimard, 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biobibliographie de Carlos Fuentes : http://www.centrenationaldulivre.fr/?Carlos-FUENTES

 


Carlos Fuentes : Inquiétante ou bonne compagnie ?

 

Il était une fois des histoires banales, sans rien de bien extraordinaire : un homme secrètement amoureux d'une jeune actrice, une fille qui ne supporte plus ni sa mère, ni la chatte de celle-ci, un jeune homme qui rend visite à ses deux vieilles tantes, deux étudiants qui tombent amoureux et se marient, un médecin qui rend visite à un malade et un nouveau voisin qui arrive dans le quartier.

En quelques nouvelles, Carlos Fuentes dépeint des paysages mexicains, des villes du Vieux Continent, et d'autres du Nouveau Monde. Il invite en effet le lecteur à un voyage, un périple dans son pays, le Mexique, et dans l'histoire de celui-ci. Les lieux sont reconnaissables : un quartier huppé de Londres ou le centre-ville de Mexico.

C'est après avoir entamé les premières pages du recueil que le lecteur commence à ressentir une gêne, un malaise. On ne se rend pas compte tout de suite que cet ouvrage nous a fait passer une porte, un portail vers un monde étrange, malveillant, effrayant, vers un univers peuplé de dangers visibles et invisibles.

En effet, les protagonistes vont tous vivre une expérience surprenante, voire terrifiante : la peur, la folie, l'impossible s'insinuent entre les lignes. Carlos Fuentes flirte avec la folie, le surnaturel, le fantastique.

Il s'est fortement inspiré des romans gothiques pour créer les décors, les personnages et les situations. À la lecture des nouvelles de ce recueil, on retrouve en effet tout un panel de stéréotypes issus de ce mouvement littéraire du XVIIIe et du XIXe siècle : château hanté, crypte et vampires dans « Vlad », maison décrépie baignant dans la folie, digne de la chute de la maison Usher de Poe dans « En bonne compagnie », personnages torturés, hantés par un lourd passé et revenants dans « La Belle au bois dormant ».

La Mort s'invite invariablement dans les différents récits, au point de devenir un personnage à part entière. Elle s'insinue dans la narration, entraînant dans son sillage une ribambelle de spectres, de morts qui ont bien du mal à rester dans leur monde : ils s'invitent sous forme d'hallucinations, de rêveries nocturnes et éveillées. Le lecteur est malmené, désorienté : les morts évoluent parmi les vivants, on ne les différencie plus les uns des autres, la frontière entre les deux est abolie.

Carlos Fuentes s'amuse à maintenir le doute dans ses nouvelles : folie ou surnaturel, surnaturel ou folie ? Celle-ci s'insinue dans la narration, on se met à douter du narrateur : est-il victime de visions, de fantasmes ? Sommes-nous les victimes d'une démence grandissante, les victimes d'un manipulateur ou les morts viennent-ils réellement chercher vengeance ?


Cette ambivalence, ce doute omniprésent, le lecteur les ressent énormément dans la troisième nouvelle du recueil, « En bonne compagnie » :

Le jeune Alejandro de la Guardia quitte Paris pour Mexico, où l'attendent ses deux vieilles tantes revêches qui cohabitent sans se parler ni se croiser dans une antique demeure délabrée à l'odeur de moisi. Elles le mettent en garde : personne à l'extérieur de la maison ne doit savoir si elles sont mortes ou vivantes.

Le passage entre le naturel et le surnaturel, le bon sens et la folie est symbolisé par la porte d'entrée, passage que le jeune homme a interdiction d'emprunter. Les deux vieilles tantes lui ont en effet chaudement recommandé de n'emprunter que celle de derrière, et ce sans lui donner plus d'explications. La maison, la porte, entités vivantes au même titre que les tantes, tissent une atmosphère pesante dans cette nouvelle, invitant le lecteur à plonger dans la folie en compagnie du héros.

En inquiétante compagnie est un recueil déroutant à l'ambiance noire, parfois glauque. Fuentes s'amuse à faire peur au lecteur, jouant avec les codes et les stéréotypes du mouvement littéraire gothique. Des histoires étranges qui pourraient rebuter certains lecteurs non adeptes du genre… Par contre, les autres devraient passer un bon moment.


Laure, A.S. Bib.-Méd. 2011-2012



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