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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 07:00

le 25 avril 2013

Francois-Guerif-Du-polar.gif

 

Pour de nombreux amateurs de polar et de roman noir, François Guérif est une figure emblématique de l'édition et un bienfaiteur pour ces genres longtemps méconnus. Il était présent en conférence à la librairie Mollat le 25 avril, pour promouvoir la sortie de son livre Du polar : entretiens avec Philippe Blanchet, paru chez Payot.

C'est ainsi que je me suis rendu pour la première fois au « 91 », la petite salle de conférence de la librairie Mollat, située rue Porte-Dijeaux. Arrivé un peu en avance, je retrouve sur le seuil l'auteur de romans noirs Hervé Le Corre. Comme je suis décidément trop partisan d'aborder ce genre d’événements avec spontanéité (ou manque cruel de préparation, c'est selon), je ne reconnais pas l'homme à la carrure imposante et aux cheveux poivre et sel près de l'entrée. Il faut dire qu'avec ses vêtements défraîchis et son apparence bourrue, il ne correspond pas vraiment à l'idée que je me faisais d'un éditeur aussi reconnu. Mais quand nous nous installons tous et que lui s'assoit à la table face au public, je remarque enfin la ressemblance frappante avec la photo de couverture du livre. C'est bien François Guérif, et je me sens ignare.

Tout le monde finit de s'installer, et je suis surpris de voir dans l'assemblée davantage de personnes mûres, voire âgées, que d'étudiants ou jeunes adultes de mon acabit.

Une gorgée d'eau pour chacun, et les hostilités peuvent commencer. L'animateur de la conférence est Bernard Daguerre, client fidèle du rayon polar de la librairie et expert du genre.

Nous débutons par une rapide présentation de M. Guérif, sans oublier de préciser son parcours. Passionné de romans noirs et de cinéma, il commence par tenir une librairie consacrée à ces domaines avant de franchir le pas et de devenir éditeur pour Red Label, puis pour Fayard noir.

À la question « Comment devient-on un bon éditeur ? », la réponse est simple et teintée de modestie : il publie les livres qu'il aurait voulu lire. En effet, dans les année 75, la science-fiction est en voie de s'imposer comme la nouvelle grande littérature populaire. Ce constat n'est pas dérangeant en soi, mais il occulte nombre d'autres genres intéressants mais peu connus, dont le roman noir, très bien représenté aux États-Unis. Une fois ce constat fait et grâce à sa connaissance de la scène polar américaine, l'aventure commence chez Red Label, collection de poche qui doit son nom à l'ambition vite déçue de se voir sponsorisée par la marque de scotch Johnny Walker.

De son propre aveu, cette première confrontation au monde de l'édition de romans noirs est tout à fait déroutante. En effet, le premier texte qu'il fait traduire en français lui revient amputé de près du tiers de sa substance et des pages entières, jugées inutiles, ont été barrées au feutre noir. C'est à cette occasion qu'il découvre une tendance uniformément répandue chez les traducteurs du genre, le formatage. Cette étape consiste à tronquer les manuscrits originaux pour obtenir un nombre de pages standard et à en donner une traduction francisée de manière à proposer des textes nerveux, rapides à lire, peu exigeants. Pour François Guérif, de telles pratiques sont à l'opposé de sa conception de la légitimité d'une œuvre et du respect de l'auteur. Contre les avis, il décide de proposer des traductions intégrales et fidèles aux textes originaux, ce qui deviendra au fil des ans une de ses préoccupations majeures.

James-Ellroy-Lune-sanglante.gif
Après l'arrêt de Red Label, puis de Fayard noir, il est contacté par Rivages pour lancer une collection de poche. C'est la naissance de Rivages/Noir, qui va décoller avec le premier roman de James Ellroy publié en France, Lune Sanglante. A ce moment de la conférence, je souris en songeant à l'inévitable succès que l'arrivée d'Ellroy n'avait pu manquer d'apporter. Mais Guérif me détrompe aussitôt. À cette époque, l'auteur est tout à fait méconnu au États-Unis, et son agent insiste pour signer un contrat portant sur trois titres. Le risque est donc conséquent pour une jeune collection de poche. Mais à la parution de Lune Sanglante, c'est la catastrophe. Un critique littéraire lit l’œuvre en diagonale et la déclare fasciste. Non seulement le lancement du livre s'en trouve immensément pénalisé, mais toute la collection elle-même est mise en péril. Un jour, alors qu'il parle au téléphone avec Jean-Patrick Manchette, la conversation s'oriente vers Lune Sanglante, que ce dernier a beaucoup aimé. Guérif saisit alors l'occasion pour lui demander s'il accepterait d'écrire une critique sur le roman et obtient une vague promesse. Mais quelque temps plus tard, sans nouvelles de Manchette, la critique paraît, et le succès du livre ne se fait pas attendre. La collection Rivages/noir est bel et bien lancée.

À ce moment deHervé le Corre 3 la conférence, la question s'oriente vers le lien que Guérif entretient avec ses auteurs. Il explique alors une notion déjà évoquée par  Hervé Le Corre lors de sa visite au Centre de Ressources de l'IUT Michel de Montaigne, le respect des auteurs. Avec modestie, cet homme pourtant charismatique et au parcours désormais impressionnant s'explique. Il souhaite que chaque auteur publié dans sa collection soit traduit intégralement et fidèlement, ou en d'autres mots, qu'il soit considéré comme un écrivain à part entière. C'est la raison qui le pousse à essayer de publier l’œuvre complète de ces auteurs, voire à retraduire des textes déjà publiés. Il évoque en guise d'exemple l’œuvre de Jim Thompson dont il a récemment fait l'acquisition. J'apprends alors avec stupeur que, jusqu’à une date très récente, le roman L'Assassin qui est en moi, porté à l'écran en 2010, était toujours disponible chez Folio amputé de près de 25 % de son texte ! Cette découverte me fait prendre conscience de l'authenticité du personnage, dont la préoccupation pour l’œuvre et son auteur dépasse les considérations commerciales. Bien sûr, il peut refuser un manuscrit, mais dès lors qu'il l'accepte, l'auteur a l'assurance de voir son œuvre et sa vision de l’œuvre respectées.


Hervé Le Corre à l'IUT Montaigne

 

Jim Thompson L assassin qui est en moi

Naturellement, la discussion s'oriente vers la relation privilégiée qu'il entretient avec les auteurs. En effet, ce respect mutuel est un lien souvent inhabituel pour des auteurs qui se sentent alors valorisés. Guérif nous explique ainsi comment la plupart d'entre eux s'ingénient à lui faire connaître de nouveaux écrivains méconnus chez eux. À l'écouter, on ne sent aucune hiérarchie dans ces rapports, et la simplicité des échanges s'en retrouve grandement améliorée.
 
Cette relation d'échange explique la tendance, inhabituelle pour l'époque, à étoffer le catalogue avec de nouveaux auteurs, dont il est alors soucieux de publier les anciens titres mais aussi les nouveaux. À travers ses mots, on sent toujours en filigrane cette volonté de faire accéder ces auteurs au statut d'écrivain. Mais cette volonté est d'autant plus appréciée qu'elle s'accompagne de fortes exigences. En effet, un auteur publié par Guérif peut légitimement s’enorgueillir de posséder un certain sens de l'intrigue, ingrédient indispensable au genre, mais aussi une sensibilité de plume qui agrémente le récit. C'est ce que les Anglo-Saxons entendent par le terme de voice, et que l'éditeur recherche avant tout.

Quand la discussion se porte sur la politique de la collection concernant les romans non polars des auteurs de Rivages/noir, la logique se poursuit : la volonté de publier l'ensemble d'une œuvre dans la collection procure à l'auteur un public fidèle, avide de lire l'ensemble de sa production. Cette position, délicate et discutée dans un premier temps a été un succès pour la collection, avec notamment des auteurs comme James Ellroy ou encore James Lee Burke.

Pour conclure l'entretien, M. Daguerre revient sur le parallèle entre les deux passions de Guérif, le cinéma et le roman noir. En effet, il considère que l'aspect très visuel du roman noir l'apparente fortement au cinéma. À l'inverse, l'éditeur nous explique que son appétit littéraire a été entretenu par le cinéma. Il prend alors l'exemple du  Faucon maltais, film qui lui a donné envie de lire le livre.

Alors que la conférence prend fin, je me surprends à aller serrer la main de cet homme, dont je mesure désormais davantage l'influence dans le milieu. L'intervention à l'IUT de Christophe Dupuis m'avait déjà fait percevoir l'importance de la démarche de Guérif, à contresens de tout ce qui se faisait alors, mais je comprends mieux à quel point ses convictions éditoriales ont façonné un genre que j'aime.


Julien, AS Éd.-Lib.

 


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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 07:00

Alicia Gimenez Bartlett 2

 

 

 

 

 

Alicia GIMÉNEZ BARTLETT
Rites de mort
Ritos de muerte (1996)
traduit de l’espagnol
par Marianne Millon
Rivages
Collection : Rivages/Noir , 2000


 

 

 

 

 

Informations préliminaires

L’ensemble des citations d’auteur insérées dans ma fiche est issu de la rencontre entre Alicia Giménez Bartlett et Christophe Dupuis, animateur au Salon Lire en poche de Gradignan, en 2012. L’auteur qui est venue en octobre pour le Salon Lire en Poche et la manifestation littéraire « Lettres du monde – Hommage à la Catalogne », devait également être présente les samedi 23 et dimanche 24 mars 2013 au Salon du livre de Paris dans le cadre de « Barcelone, ville invitée ». J’ai pu, de mon côté, interroger par email l’auteure qui m’a aimablement donné son adresse mail au Salon de Gradignan, l’entretien complet et traduit est reporté à la fin de ma fiche.



Biographie

Alicia Gimenéz Bartlett est née le 10 juin 1951 à Almansa, commune de la province d’Albacete. Elle grandit dans un contexte historique difficile, sous la dictature conservatrice et nationale-catholique de Franco. C’est une période où le statut des femmes était donc écrasé sous le poids de la religion.

Par la suite, elle est devenue docteur en littérature de l'université de Barcelone. La série « Petra Delicado » lui a valu le prix Raymond Chandler en 2008 (Festival du film noir à Courmayeur).



Résumé

Petra Delicado, l’héroïne du roman et de la série, travaille au service de documentation de son commissariat. Un soir elle est appelée d’urgence pour s’occuper d’une affaire ; tous les autres agents étant déjà pris par d’autres enquêtes, elle se retrouve à exercer, enfin, son métier d’inspectrice. Or on lui désigne un collaborateur de la « vieille école » et en fin de carrière : Fermín Garzón. L’association de ces deux personnages semble improbable, face à une affaire plutôt surprenante : « une jeune fille issue des quartiers périphériques de Barcelone a été violée et marquée au bras d'un étrange sceau évoquant une fleur » (extrait de la quatrième de couverture).

L’enquête s’annonce difficile lorsqu’il s’agit d’aller à la rencontre d’une population modeste, écrasée dans un quotidien morne et cloisonné. Les visages se ferment et les indices s’estompent sous le regard résigné des uns et des autres.

 

« Il ne s’agissait pas de marginaux, ni de délinquants ; en fait ils étaient tous plus ou moins intégrés dans la roue sociale. Mais d’après ce que je pu vérifier la roue semblait leur passer dessus et les écraser sans considération. » (extrait du livre)

 

 

Un polar dont l’héroïne est une femme

Il est encore peu commun de rencontrer des héroïnes féminines dans le roman noir, fût-il écrit par une femme. En Angleterre, le genre a été un moyen d’émancipation de la femme ; d’ailleurs l’évolution du statut de la femme correspond à l’évolution de la figure du détective/enquêteur féminin.

Alicia Giménez Bartlett fait transparaître cette évolution en associant les deux personnages, Petra et Fermín. Ils ont une manière d’agir et de voir les choses dans le cadre de leur métier apparemment antagoniste dans un premier temps. Fermín n’aime pas obéir à une femme, et pourtant Petra est sa chef.

Au début du roman, il est dans la critique, alors que Petra, elle, est dans l’exagération de ses fonctions ; elle tient à montrer à Fermín Garzón qui est le chef. Ils sont tous les deux représentatifs des opinions partagées par les deux sexes à l’égard du statut de la femme ; Petra tient absolument à prouver qu’elle est capable autant qu’un homme, elle cherche à affirmer sa légitimité face à un Fermín plutôt sceptique et qui tient à ses « bonnes vieilles méthodes » d’enquête.

L’affaire sur laquelle ils travaillent ne fait que rajouter de la tension dans le roman, car il s’agit d’un viol, d’un acte de violence envers une femme. Cela renvoie à Petra une image de fragilité de la femme, qui, dès qu’elle met le nez dehors, pense aux autres femmes, elles aussi possiblement en danger :

 

« Chacune d’elles pouvait être violée à la sortie du cours, marquée d’une fleur. Elles me semblaient toutes susceptibles d’être poussées vers un cauchemar qui allait détruire leur esprit et peut-être leur vie ».

 

De plus, dans le monde de la police, les femmes n’ont jamais été vraiment vues d’un bon œil, souvent fragiles ou trop sensibles. Petra va donc mettre toute son énergie à résoudre cette affaire, dont la problématique même renvoie à l’image de la femme.


Petra Delicado est un personnage à la psychologie très fouillée. Le fait que le roman soit écrit à la première personne nous permet d’entrevoir tous ses ressentis et émotions. Elle nous fait rire lorsqu’elle parle de la place de la femme dans la police, car elle trompe notre attente par la déconstruction des clichés, elle est lucide quant à son image qu’elle déforme sans cesse, s’approchant de la caricature :

 

« malgré ma brillante formation d’avocate et mes études à l’Académie de police, on ne m’avait jamais confié d’affaire importante. On me considérait comme « une intellectuelle », et puis j’étais une femme et il ne me manquait que d’être noire ou gitane pour parachever le tableau de la marginalité.»

 

C’est une vraie femme qu’Alicia Giménez Bartlett nous donne à voir, un personnage concret ; elle nous fait entrer dans son univers, l’on peut lire toutes ses pensées et cela provoque bien souvent chez le lecteur une envie irrépressible de rire.

Par ailleurs, ce qui contribue aussi à l’aspect humoristique du roman c’est de voir chez les deux personnages des stéréotypes physiques, celui du vieux policier et celui de la jeune femme « intellectuelle », mais ils sont contrebalancés par lleur épaisseur psychologique et leurs attitudes qui ne collent pas du tout à leurs apparences. On pourrait imaginer le « vieux policier » comme rude et vulgaire, et la jeune femme plus délicate et sensible, mais ce n’est pas le cas dans le roman : les stéréotypes s’inversent !

Voici une citation qui consiste en un dialogue entre Fermín et Petra sur les conditions du viol :

 

« – La fille a déclaré qu’il s’était auparavant livré à des attouchements sur la partie supérieure du corps, dit Garzón.

– Par exemple ?

– Des succions mammaires et des choses dans le genre

– Voulez-vous dire qu’il lui a peloté les seins ? C’est ça ?

Il me jeta un regard d’antipathie.

– Oui, c’est ça.

Bon sang, d’où ce flic sortait-il ? […] Il y avait maintenant beaucoup de femmes qui travaillaient dans la police, et il avait dû en croiser plus d’une, parler avec elle. Nom d’un chien, pourquoi dire « succions mammaires » ? Ne lâchait-il jamais un gros mot devant une femme ? »

 

 

La ville de Barcelone

Lieu d’écriture et lieu du roman

En Espagne il existe encore peu de femme qui écrivent des romans policiers. Alicia Giménez  Bartlett explique que ce genre qui a longtemps été celui des hommes est aujourd’hui très utile pour parler de la société, de son évolution, et des problèmes politiques et sociaux qui la parcourent : « la société a des soucis sociaux, économiques, cela pose des problèmes, et les problèmes mènent au polar » (extrait de l’entretien à Lire en Poche, Gradignan 2012). Le polar prend donc le rôle du roman réaliste, il est celui qui illustre la réalité sociale, politique, économique d’une époque.

Et l’auteure s’en sert pour montrer l’évolution du statut de la femme, bien que contrebalancée par un regard toujours machiste dans le contexte de la police, mais aussi dans la société même (par l’affaire qui est traitée – le viol).

Alicia Giménez Bartlett cherche à retranscrirel’esprit général de la ville avec ses habitants ; il y une part très sociologique lorsqu’elle décrit les populations des quartiers  où elle amenée à enquêter.

La ville de Barcelone est divisée en dix districts. Petra Delicado vit à Poblenou, un des dix quartiers du district San Martí. Placé près de la mer, il a longtemps été très axé sur l’industrie, mais aujourd’hui il est en voie de devenir un nouveau quartier d’affaires. Les viols ont lieu dans de petits quartiers plutôt défavorisés tel que celui de la Trinitat, où se situe, dans l’histoire, le centre de détention des mineurs. Il y a aussi le quartier de la Verneda qui est le théâtre du second viol, lui aussi plutôt défavorisé et dont la population est subtilement décrite par l’auteur :

 

« Quand ils n’étaient pas au chômage, ils exerçaient des emplois situés au bas de la pyramide du monde du travail. Coursiers qui portaient de petits paquets pendant des heures, sur de fragiles motos, respirant l’air pollué des rues. Caissières de supermarché, toujours debout, rivées à leur caisse-enregistreuse tel un appendice mécanique de plus. Ils prenaient l’autobus dans des quartiers périphériques, arrivaient chez eux le soir juste à temps pour le dîner. […]. Apprentis mécaniciens, vendeuses, garçons de café, tout un prolétariat en fleur. […] sur leurs épaules plébéiennes, ils pouvaient prendre des tonnes de choses dépourvues de sens. Ils étaient habitués à en porter le poids, à le voir tomber sur eux sans grande surprise. »

 

L’auteure choisit aussi de montrer l’évolution de la ville de Barcelone elle-même, en passant par l’image que renvoient ses personnages faisant écho aux évolutions sociales. Petra représente, par son rôle dans le roman, la nouvelle Barcelone (que l’on peut élargir à la nouvelle Espagne), elle est la femme qui a lutté pour ses droits, pour un pays plus démocratique. Alors que Fermín, lui, est beaucoup plus traditionnel, il représente une Barcelone plus machiste, attachée à ses traditions. Cela se voit jusque dans les restaurants dans lesquels il choisit d’aller, les plats qu’il désire.

Par ailleurs, l’auteure explique qu’elle n’a pas eu la volonté de rester absolument fidèle à la réalité des lieux qu’elle décrit. Elle a inventé les noms de magasins, bars et restaurants, car elle en avait besoin sur le moment. Elle ne s’attache pas à la réalité des lieux de passage des personnages, mais aux étapes et événements qu’ils traversent dans le contexte de la ville. Que ce soit sur le plan personnel ou professionnel, Barcelone les accompagne.



Avis personnel

L’humour constant qui s’élabore dans le roman par le biais des réflexions que se fait le personnage principal, m’a beaucoup plu. En outre, l’univers de Barcelone se superpose habilement, à la fois à la vie des personnages, mais aussi au cœur de l’enquête qu’ils mènent. C’est un roman policier très agréable à lire tant par ses aspects humoristiques que par l’univers de Barcelone bien ancré dans une réalité concrète. Je le recommande donc vivement à tous.



Pour terminer je vous propose de lire l’entretien avec l’auteure (traduit) :

Vous êtes-vous inspirée d’autres auteurs de romans policiers, avant d’écrire vos livres sur Petra Delicado ?

Non, je ne m’inspire de personne en particulier. Je voulais trouver ma propre voix. Cependant tout ce que j’ai lu dans le passé a eu une grande influence sur moi. Tout ce que lit un auteur, l’influence, bien qu’il ne s’en rende compte.



Comment avez-vous choisi vos personnages – Petra et Fermín ? Vous êtes-vous inspirée de personnages réels ou les avez-vous construits totalement ?

Ils sortent de mon imagination. Mais il faut garder en tête qu’il y a toujours une part de réel dans les personnages de fiction. Parfois je sélectionne les traits des uns, des autres… Jusqu’à trouver une personnalité propre qui fonctionne seule.



La ville de Barcelone, en tant que cadre de vos romans, joue-t-elle un rôle particulier dans les relations qu’entretiennent les personnages ?

Elle est importante par l’atmosphère qu’elle dégage, par la sociologie et par la façon d’être de ses habitants. Cependant,  je n’aime pas trop mettre l’accent sur des lieux particuliers dans la ville, mais plutôt sur son esprit général.



Pourquoi avez-vous choisi d’écrire des romans policiers ? Suivez-vous des règles particulières ?

Le roman policier me semble intéressant car il permet de raconter des choses qui surviennent en même temps que l’actualité. Il est possible, aussi, d’avoir recours à l’humour et  de faire une critique sociale. J’utilise les règles que tous les écrivains utilisent : crime, enquête, dénouement et révélations, emprisonnement du coupable…



Comment avez-vous choisi votre traductrice française – Marianne Millon? Quelles sont vos relations avec elle ? Lui donnez-vous des consignes particulières, ou bien l’éditeur ?

C’est l’éditeur qui détermine quel sera le traducteur ; d’ailleurs mes derniers livres ne sont pas traduit par Marianne Millon mais par de nouveaux traducteurs (Olivier Hamilton et Johanna Dautzenberg). Les relations que j’entretiens avec mes traducteurs varient beaucoup d’un pays à l’autre. Quelques traducteurs ne me contactent jamais, d’autres me consultent quand ils ont des doutes, et avec certains nous avons fini par avoir une bonne relation.


Cécile, 1ère année bibliothèques-médiathèques

 

 

Sur la conférence à Lire en poche, lire également le compte rendu de Sarah.

 

 

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22 janvier 2013 2 22 /01 /janvier /2013 07:00

Jo-Nesbo-chasseurs-de-tetes-01.gif



 

 

 

 

 

 

 

Jo NESBØ
Chasseurs de têtes

titre original
Hodejegerne

traduit du norvégien
par Alex Fouillet
Gallimard, 2009
Folio policier, 2011



 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Jo Nesbø naît le 29 mars 1960 à Oslo en Norvège. Il  commence une carrière de journaliste économique. Il se tourne ensuite vers la musique et intègre le groupe de pop  Di Derre de 1993 à 1998 en tant que compositeur et interprète. Ce groupe a d'ailleurs un grand succès en Norvège. En 1997, son premier roman, L'Homme chauve-souris, est publié. L'année suivante il obtient le Prix Clé de verre du meilleur roman policier scandinave de l'année. Ce prix le propulse sur la scène du roman policier scandinave. Il est perçu comme le successeur de l'auteur suédois Henning Mankell.

Comme la plupart des auteurs de romans policiers, Jo Nesbø a son inspecteur fétiche, Harry Hole, qui travaille à la police d'Oslo. On le retrouve dans L'Homme chauve-souris, Les Cafards, Le Léopard, Le Bonhomme de neige et Le Sauveur. Certains de ses romans nous font voyager en Thailande ou au Congo. Il reprend le stéréotype de l'inspecteur bourru, alcoolique et grand fumeur, solitaire et peu respectueux des règles de bienséance. En 2007, il publie son premier roman jeunesse, La Poudre à prout du professeur Seraphin.

Son roman Chasseurs de têtes a fait l'objet en 2011 d'une adaptation cinématographique sous le titre original du roman Hodejegerne par le réalisateur norvégien Morten Tyldum. Une autre adaptation du même roman devrait voir le jour par le réalisateur américain Sacha Gervasi. Un autre roman, Le Bonhomme de neige, devrait être également porté à l'écran par le réalisateur américain Martin Scorsese.



Résumé du roman

Roger Brown est sans aucun doute le meilleur chasseur de têtes de Norvège. Son métier est simple : trouver la personne qui saura diriger une grande entreprise. Il fait subir à ses candidats un questionnaire en neuf points portant sur leurs qualités professionnelles mais aussi sur leur vie privée. Ce questionnaire a pour but de les déstabiliser, pour mieux observer leurs réactions. 

Roger a une faiblesse, sa femme Diana ! Il ferait n'importe quoi pour elle : une grande maison, un téléphone portable dernier cri, une galerie d'art. Mais la vie qu'il lui donne a un prix. Pour financer tout cela, il vole des tableaux de maître. Lors des ses entretiens avec les candidats, il en profite pour leur demander s'ils aiment l'art et quels tableaux ils possèdent. Avec l'aide d'un complice, travaillant dans une société de sécurité, il dérobe avec facilité les précieux objets.

Un jour, lors d'un vernissage, il fait la rencontre de Clas Greve, directeur d'une grande firme néerlandaise. Connaissant la renommée de cet homme, Roger pense tenir la personne qu'il faut pour intégrer la grande entreprise d'électronique. C'est lors de son entretien avec Clas Greve, que Roger apprend que celui-ci possède La chasse au sanglier de Calydon par Rubens. Roger se met donc en tête de voler ce tableau dont la vente lui assurerait une grande fortune. Sauf qu'une fois introduit dans l'appartement de Clas, quelque chose cloche, quelque chose de vraiment bizarre. Le chasseur devient la proie et son adversaire est de taille !



Analyse du roman

Le roman commence par un interrogatoire suivant la méthode Reid, Inbau et Buckley dont nous parlerons plus tard en détail, entre le personnage principal Roger Brown et Jeremias Lander. Nous avons une description physique de Jeremias. On peut fermer les yeux et imaginer aisément le personnage :

 

« Il portait une armure Gunnar Øye : un costume gris Ermenegildo Zegna, une chemise sur mesure de chez Borelli et une cravate bordeaux ornée de petits motifs semblables à des virgules ; Cerruti 1881, je parie. Mais sur les chaussures je n'avais aucun doute : des Ferragamo cousues main. J'en avais une paire. »

 

On a des renseignements sur le cursus de Lander. Un peu comme si nous avions le CV sous les yeux et qu'il était important que nous, lecteur, connaissions avec précision le personnage que nous rencontrons. Ensuite, l'auteur nous décrit les réactions corporelles du personnage de Lander :« Sa lèvre supérieure e[st] trempée de sueur », on perçoit « le trouble dans ses yeux ». Une communication non verbale mais il est facile de savoir dans quel état d'esprit il se trouve. Le texte est ponctué par les remarques que Brown note sur son petit cahier : « motivé. au fait des solutions », « mauvais improvisateur. Tout sauf un pilote d'avion en perdition ». Elles sont notées en majuscules pour que l'on distingue bien celles-ci de la discussion entre les personnages.

Avec ce début, Jo Nesbø nous met dans l'ambiance. Il veut que nous découvrions la complexité d'esprit dans lequel est son personnage principal. Il donne aussi l'ambiance du roman avec les nombreuses descriptions physiques des gens. L'auteur aime dépeindre avec précision les tenues vestimentaires des personnages. À croire que la renommée passe avant tout par le paraître.


À plusieurs reprises, des renseignements sur les firmes rencontrées sont donnés. Nous savons avec précision à combien s'élève le chiffre d'affaires, depuis quand elles existent :

 

« vingt-cinq autres bureaux qui composent Alfa, un cabinet de recrutement de taille moyenne survivant depuis quinze ans avec un résultat annuel entre quinze et vingt millions ».

 

Là encore nous recevons des informations propres à l'entreprise comme si c'était à nous de passer un entretien. On peut aussi se demander si les choses ou les personnes ne se résument pas à cela, un lot d'informations. Comme si avec des informations on faisait main basse sur les émotions, le caractère de la personne. On s'intéresse uniquement aux diplômes qu'elle a et aux biens qu'elle possède.

Pour Roger Brown, la renommée est importante. Lors de l'entretien, il fait remarquer à Jeremias Lander qu’elle lui fait défaut : « Tout ce qui vous manque, c'est la renommée », « la réponse commence par un r. Toute ma carrière est bâtie dessus ». Le métier de Roger Brown consiste à auditionner des personnes susceptibles de correspondre à une offre d'emploi pour un directeur d'une importante société norvégienne. Une fois qu'il a les informations nécessaires sur les candidats, il sélectionne celui qui sera le plus qualifié pour le poste de directeur. Puis il présente le candidat à l'entreprise. Dans le roman, Brown dit qu'il n'est jamais arrivé que quelqu'un ne prenne pas en compte ses conseils.



Personnages

Roger Brown est un chasseur de tête, son travail consiste à passer des entretiens avec les futurs dirigeants d'importantes sociétés du pays. C'est un homme qui se montre intransigeant dans la vie professionnelle. Il a le contrôle sur tout et n'a aucun doute sur ses qualités. Il le dit lui-même au début et à la fin du roman : « Je suis le meilleur », « Ma recommandation, c'est la décision du client ». Il sait pertinemment que les clients ont une confiance aveugle en lui et que personne ne juge mal son travail. Dans ses activités illégales il veut aussi tout contrôler. Il veille à connaître l'emploi du temps de la personne. Il fait attention à ce qu'il porte pour ne laisser aucune trace, afin qu'il n'y ait aucun risque qu'on le découvre. Le seul moment où il n’a pas ce contrôle c'est avec sa femme. Elle a toujours voulu un enfant. Comme il refuse de lui en donner un, il la couvre de cadeaux. C'est un moyen comme un autre pour qu'elle soit docile et ne pose plus de questions.


On a une brève description de lui : un homme de taille moyenne, blond. Il va vite être dépassé par les événements avec la rencontre de Clas Greve, et perdre le contrôle de la situation.


Clas Greve est l’ancien dirigeant d'une importante société de GPS à Rotterdam, aux Pays-Bas, qui vient prendre possession d'une maison héritée en Norvège. C'est un homme d'affaires à la retraite. Il a décidé de prendre du repos afin de rénover sa maison et ne veut pas le moins du monde se remettre dans le bain des affaires. Lors de la première rencontre avec Roger Brown, ce dernier voit en Clas Greve le candidat parfait pour reprendre les rênes d'une firme norvégienne de GPS. Leur deuxième rencontre a lieu cette fois dans le cadre professionnel car Greve décide de se porter candidat pour cette offre d'emploi si alléchante. Les deux personnages sont semblables. Deux chasseurs de même envergure qui veulent se faire une place dans le monde : « Tu n'as qu'à voir sa démarche. Comme un félin. Parfait. » On apprend que c'est un ancien militaire, un homme dangereux, donc, qui sait aussi manier les armes à feu et se défendre dans un milieu hostile, alors que Brown est un citadin. Les deux personnages sont opposés et pourtant ils sont semblables dans leurs méthodes. Et ils connaissent notamment tous les deux la méthode d'interrogation Reid, Inbau et Buckley.


Diana Brown est une jeune femme parfaite. Elle est belle, intelligente, et elle a toutes les qualités qu'un homme peut espérer. Roger et elle se sont connus à l'université. Tout de suite il a senti qu'il avait affaire à la femme qui partagerait le reste de sa vie car malgré sa beauté, elle a réussi à le surprendre.

 

« –- Tu me prends pour une idiote ? Dans une suite de cinq nombres consécutifs, il y en a obligatoirement un qui est divisible par trois. Continue.
– Continue ?
– Oui, où est-il, le problème de logique ?
[…] Chez Microsoft, on donnait aux candidats trois minutes pour fournir une preuve qu'elle m'avait servie en trois secondes. En moyenne, cinq pour cent y parvenaient. Je crois que c'est à cet instant précis que je suis tombé amoureux d'elle. Je me rappelle en tout cas que j'avais noté sur ma serviette : embauchée. »

 

On apprend plus tard que c'est une femme qui a tout ce qu'elle veut, son mari est fou d'elle et même s'il a une grande confiance en lui ne comprend toujours pas pourquoi elle l'a choisi lui plutôt qu'un autre.


Ove Kjikerud  travaille pour une société de gardiennage. Il a été recruté par Roger Brown pour l'aider dans ses vols de tableaux. Ove se doit d'assurer qu'aucune caméra ne filme pendant que son partenaire s'introduit dans les maisons. La plupart d'entre elles possèdent le même système d'alarme, installé par l'entreprise d'Ove. D'après la description que l'on a de lui dans les premières pages du roman, on imagine un homme ordinaire au look de rockeur, habillé tout de noir et probablement couvert de tatouages : il « ressemble au roadie d'un groupe de heavy metal sur le retour ». Plus loin dans le roman, on peut lire que c'est un homme violent. Il sait se servir d'armes à feu avec beaucoup d'habilité. Il est aussi paranoïaque ou complétement fou. Sa maison est remplie de caméra de surveillance. Il n'y a rien qui peut échapper aux regards indiscrets. Son personnage est important dans l'histoire puisqu'il est chargé d'apporter les tableaux au receleur.



Méthode Reid, Inbau et Burckley

En 1962, John Reid et Fred Inbau, policiers dans le département de police scientifique de Chicago signent Interrogation and Criminal Confession, livre fondateur de la méthode Reid. C'est sans doute la technique interrogatoire la plus utilisée au monde, excepté dans certains pays comme la France où elle n'est pas compatible avec la législation en vigueur. En France existe la présomption d'innocence et donc on ne peut avoir recours à une méthode accusatrice.

Dans le processus d'interrogation on distingue deux parties. La première non accusatoire consiste à poser des questions afin de rassembler des informations. Suivant les réactions du suspect on pourra dire s'il est ou non coupable. Un certain nombre d'éléments, de communication non verbale vont permettre de vérifier avec précision si le suspect ment. La deuxième partie est le moment où l'on accuse le suspect. L'environnement doit être sous contrôle. Dans cette partie on va distinguer neuf étapes afin de découvrir la vérité et d'amener les coupables à la confession. Les neuf étapes sont les suivantes : la confrontation directe, le développement du thème, le traitement des démentis, contrer les objections, capter de nouveau l'esprit du suspect, traiter l'humeur passive, poser des questions alternatives, avoir des détails de l'offense et enfin la déposition.



Avis

Les roman policiers scandinaves font partie des meilleurs du genre et Jo Nesbø est sans aucun doute l’un de ses plus grands auteurs.

J'ai apprécié ce roman tant pour la qualité de l'écriture que pour l'intrigue. On ne sait si on doit aimer ou non le personnage de Roger. Il est voleur et devient à son tour la proie. C'est un homme dur qui ne laisse filtrer aucune émotion et un instant plus tard il devient un homme faible sans ressource fuyant pour sa survie. On se doute un peu de la tournure des événements, de la traque qui va se produire entre les deux personnages mais l'auteur nous surprend sans cesse par de nombreux événements inattendus. En ouvrant le livre, on s'imagine qu'on va lire un roman noir du même genre que Millénium, mais en fait l'auteur parsème son récit de nombreuses pointes d'humour. Il a cependant l'art de nous communiquer l'angoisse ressentie par le personnage traqué. J'ai littéralement dévoré ce roman qui a su allier suspens, humour et intrigue policière. C'est un livre vivement recommandé !


Chloé, 2e année bibliothèques-médiathèques

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5 décembre 2012 3 05 /12 /décembre /2012 07:00

james ellroy ma part ombre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

James ELLROY

Ma part d’ombre

traduction de Freddy Michalski

Rivages, 1997

Rivages poche, 1999

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

 

Né le 4 Mars 1948 à Los Angeles, James Ellroy est aujourd’hui considéré comme le maître du roman noir américain. Depuis son premier roman Brown’s Requiem qui paraît en 1981, Ellroy enchaîne les succès avec des romans comme L.A. Confidential (adapté au cinéma en 1997) ou American Tabloid  mais surtout avec Le Dahlia noir inspiré de faits réels. Il s’inscrit alors dans ce qui peut être considéré comme le renouveau du roman noir, une sorte de retour aux sources du roman noir des années 1930. L’action des livres se déroule généralement à Los Angeles dans les années 50-60 et reflète les obsessions de l’auteur que sont les femmes, le sexe et la mort. D’après Bernard Sichère, Ellroy appartient à la catégorie des écrivains réalistes-tragiques, avec une vision du monde qui refuse la moindre concession à l’embellissement ou à l’idéalisation de la réalité. Il dénonce le caractère impitoyable et cruel de l’existence dans une vision sombre et pessimiste qui lui est propre. Dans un entretien, Ellroy explique sa technique d’écriture qui consiste à rédiger un synopsis dense le débarrassant ainsi de problèmes de structure ou de faits historiques, qui lui permet de se consacrer ensuite à une improvisation stylistique[1].

 

 


Le roman noir

 

Ma part d’ombre est tout d’abord un roman noir.


Le roman noir est  ainsi défini par Jean Pons[2] :

 

« Les romans noirs sont une littérature immédiate et engagée. Immédiate parce qu’ils nous parlent directement des banalités et des convulsions de notre monde : ils nous montrent, dans leurs fictions violentes, un univers connu qui est celui de notre vie quotidienne mais aussi celui dont les médias s’épuisent à nous présenter des aspects disparates ou à nous proposer des analyses de circonstance. Engagée parce que l’actualité, qu’ils reprennent et transforment sous forme romanesque, donne lieu, de manière implicite ou clairement formulée, à des prises de position politiques : le roman noir prend position de façon « actuelle » par rapport à la réalité humaine et sociale. »


 S’opposant au roman policier traditionnel, le « whodunit » qui présentait une enquête policier sur un ton léger dans la lignée d’Agatha Christie, le roman noir fait son apparition aux États-Unis dans les années vingt avec des auteurs comme Dashiell Hammett ou   Raymond Chandler   qui décrivent la violence des milieux marginaux dans un environnement urbain rongé par les conflits sociaux. Dans un style littéraire très minimaliste, sans psychologie, ces romans présentent des personnages de « hard boiled dick », détectives durs à cuire et sans grand scrupules.  Dans les années 60, le genre connaît un renouveau, avec des auteurs comme Jim Thompson. En 1981, James Ellroy s’impose comme un auteur incontournable du genre. Celui-ci y ajoute un pessimisme récurrent, un langage cru et un goût pour des personnages complexes aux moralités floues ; le tout dans un style assez dépouillé qui en fait  un genre à part entière. On peut noter aussi qu’Ellroy transforme l’image de la femme dans ses romans. Femme fatale menant l’homme à sa perte dans les romans noirs traditionnels, elle devient détentrice de vérité et victime de la violence des hommes.

 

 

 

Ma part d’ombre

 

 Au départ, James Ellroy écrit simplement un article sur la mort de sa mère et le meurtre non résolu dont elle a été la victime. Cet article intitulé « Le jour où ma mère fut assassinée » paraît dans la revue GQ et Vogue Hommes en mai 1995[3] . Pour rédiger cet article, Ellroy avait repris l’enquête sur l’assassinat de sa mère, Geneva Hilliker Ellroy, avec l’aide d’un ancien flic Bill Stoner. Il décide ensuite d’en faire un roman, sorte de catharsis déjà entamée dans certains romans. Ma part d’ombre se découpe en quatre parties distinctes, séparées par des photos d’époque et précédées par plusieurs dédicaces dans lesquelles Ellroy s’adresse directement à sa mère.

 


Première partie : La Rouquine

 

C’est le surnom que James Ellroy donne à sa mère. Ellroy s’adresse directement à sa mère avant de commencer le récit :

 

« Une samedi soir minable a vu ta perte. Ta mort a été stupide et cruelle, sans même que tu aies pu défendre la vie qui t’étais chère. […] Ta mort définit ma vie. Je veux trouver l’amour que nous n’avons jamais eu et l’expliciter en ton nom. Je veux mettre tes secrets au grand jour. Je veux consumer la distance qui nous sépare. Je veux te donner vie. »


 Cette première partie nous narre l’enquête policière depuis la découverte du corps jusqu’au classement de l’affaire. Le style est froid, quasi télégraphique. Le narrateur décrit de façon méthodique sans jugement ni états d’âme la scène du crime dans ses moindres détails :

 

« C’était une femme de race blanche. Elle avait la peau claire et les cheveux roux. Elle avait environ quarante ans. Elle gisait étendue, sur le dos, sur un talus couvert de lierre à quelques centimètres du trottoir de King’s Row. »

 

Cette première partie pourrait très bien être le début d’un roman noir dans la plus pure tradition, posant les personnages et la nature du crime commis dans une ambiance pesante de quartiers peu fréquentables. Le style informatif crée un rythme haletant qui ne nous abandonne plus jusqu’à la fin du roman malgré les changements de tons constants. On ne retrouve aucune intimité dans cette première partie mais seulement la froide objectivité d’un rapport de police avec notamment la transcription des interrogatoires.

 


Deuxième partie : Le môme sur la photo

James-Ellroy-enfant.jpg

Dans cette seconde partie le ton change radicalement. L’intrigue n’est plus centrée sur le personnage de la mère, la victime, mais bien sur l’enfant de celle-ci, James Ellroy, l’auteur. La narration se fait désormais à la première personne du singulier, bien loin du ton impersonnel de la première partie. Le style est plus littéraire, plus fluide mais le lecteur ressent toujours cette urgence dans la parole, ce rythme haletant des premières pages.


Dans cette partie qui tient plus de l’autobiographie que du roman noir, Ellroy nous livre ses états d’âme sans complexes ni pudeur. Il y raconte sa vie avant le divorce de ses parents, puis le départ pour El Monte, quartier miteux du comté de Los Angeles. Sans laisser intervenir son regard d’adulte, il nous donne à voir ses sentiments d’enfant ; la découverte de sa sexualité par exemple mais aussi et surtout cette haine féroce qu’il a éprouvée pour sa mère, le soulagement ressenti à sa mort. Le divorce de ses parents avait mis en place une sorte de double vie où la mère prêchant pour les études et la religion faisait face à un père qui emmenait son fils au cinéma et au restaurant. Le choix d’un enfant de dix ans est alors vite fait. Ellroy choisit son père et décide de haïr sa mère par solidarité :

 

« Je la haïssais parce que mon père la haïssait. Je la haïssais pour prouver à mon père l’amour que j’avais pour lui. Elle venait de se gagner ma propre haine, entière et sans limites. El Monte était un camp de prisonniers. Les week-ends à L.A. étaient des conditionnelles de brève durée. »

 

Mais Ellroy nous livre aussi cette étrange fascination pour cette mère détestée :  

 

« Je passais des heures dans la salle de bain, feignant de l’intérêt pour un petit sous-marin. J’ai vu ma mère à moitié nue, nue, ou simplement vêtue de sa combinaison. […] Je la haïssais et je crevais de désir pour elle. Et alors elle est morte. » 

 

La perte si brutale de sa mère n’est donc pas un choc pour le jeune James Ellroy qui se réjouit même de pouvoir vivre avec son père : « Je savais que j’aurais dû pleurer. […] Quelque tueur inconnu venait de m’offrir la belle vie, une vie flambant neuf. ». Après l’assassinat de sa mère, Ellroy part donc vivre avec son père dans le centre de L.A. Il y découvre l’alcool, le sexe et la drogue dans une adolescence pendant laquelle il est livré à lui-même, devenant voleur et même voyeur. La vie avec son père mais surtout la maturité acquise tant bien que mal permet à l’auteur de comprendre la nature réelle de son père, beau parleur : « j’avais maintenant pigé qui était mon père. C’était un faiblard et un artiste de baratin. ». Son adolescence et les débuts de sa vie d’adulte sont marqués, outre une vie de voyou toxicomane, par sa fascination pour le meurtre et plus particulièrement le meurtre d’Elisabeth Short, surnommée le Dahlia Noir. Certains, et Ellroy aussi sans doute, voient dans cette fascination l’intérêt qu’il se refuse à avoir pour le sort de sa propre mère. L’affaire du Dahlia lui permet d’éprouver le chagrin qu’il n’a jamais pu ressentir.

  

Ellroy sortira de cette spirale infernale en frôlant la mort suite à une infection pulmonaire.  

 

« Mon abcès au poumon a guéri. Je suis sorti de l’hôpital et j’ai passé un marché avec Dieu. Je lui ai dit que je ne boirais plus, que je n’avalerais plus d’inhalateurs. Je lui ai dit que je ne volerais plus. Tout ce que je voulais c’était récupérer mon esprit pour de bon. »

 

Après être sorti de ces addictions, il se plonge dans l’écriture de ses premiers romans sans pour autant oser encore affronter le fantôme de sa mère.

 


Troisième partie : Stoner 

 stoner.jpg

Cette troisième partie présente l’homme qui aida Ellroy à retrouver sa mère, à trouver le courage d’enquêter sur sa mort. Il le dit lui-même dans la préface du chapitre adressée à sa mère : « Je suis déterminé à te trouver. Je sais que je ne peux le faire seul. »


Sur le ton de la fiction, Ellroy nous raconte pourtant ici l’histoire d’un personnage bien réel avec des affaires toutes bien réelles comme l’histoire de « papa Beckett ». Ellroy crée ici un genre tout à fait nouveau, indéfinissable. Cette partie n’est pas un reportage, pas un article de presse. C’est une sorte de biographie, inscrite dans un ensemble plus grand, qui sert la narration. On y fait la connaissance de Bill Stoner, flic de Los Angeles, qui devient la figure du père/mentor qui permet à l’orphelin d’affronter la réalité et de reprendre l’enquête. Mais à travers la vie et les enquêtes de Bill Stoner, c’est aussi un portrait du crime en Amérique et plus particulièrement des meurtres de femmes que nous dresse Ellroy. Il pose, à travers des exemples d’affaires concrètes qui font l’apprentissage de Stoner, les différences fondamentales entre les meurtres de femmes et d’hommes :

 

« Les hommes ne tuaient pas les femmes parce qu’ils étaient systématiquement martyrisés par le sexe féminin. Les femmes tuaient les hommes parce que les hommes les baisaient dans les grandes largeurs et sans prendre de gants. C’était de son point de vue une règle obligée. Il ne voulait pas que la règle fut vraie. Il ne voulait pas voir les femmes comme une race entière de victimes. »

 

À travers de nombreux exemples de meurtres de femmes et la mécanique de ces crimes misogynes, il est possible de voir un rapprochement de la mère en même temps qu’un éloignement du père. Cet éloignement se voit souligné avec l’évocation de l’horrible affaire « papa Beckett ». La représentation exacerbée de personnages masculins à la recherche constante de sexe face à des femmes plus fortes et lucides mais toujours finalement victimes peut être interprétée comme la vision d’un père opposée à celle de la mère. Il est ainsi facile de voir, dans la représentation obstinée de la souffrance des femmes face à la violence des hommes/pères, l’insistance d’un fantasme œdipien. Ellroy nous livre son désir de se racheter auprès d’une mère peu aimée de son vivant, à qui il préférait un père adulé et admiré alors qu’il n’en valait certainement pas la peine. On décèle ici une sorte de culpabilité d’Ellroy face à sa mère, culpabilité devinée grâce aux préfaces en début de chapitres.

 

 

Quatrième partie : Geneva Hilliker


Cette quatrième partie nous raconte la reprise de l’enquête d’Ellroy avec l’aide de Bill Stoner. Cette sorte de confession d’un fils qui reprend une enquête en niant le temps écoulé est peut-être la partie la plus troublante du roman. À côté de confessions intimes sur la vie adulte de l’auteur et son rapport avec le fantôme de sa mère, le lecteur entre dans une littérature de la succession, de l’amoncellement avec la liste vertigineuse de noms de personnes, de lieux qui, bien qu’apportant des détails de l’enquête et de la dernière soirée de Geneva Hilliker, ne permettent aucune avancée, ne provoquent aucun événement. Cette dernière partie reste donc une sorte d’ode à la mère, un besoin absolu de se confronter soudain à elle :  

 

« L’idée m’a frappé immédiatement. Elle m’a frappé vite et fort, à deux niveaux distincts. Il fallait que moi, je voie ce dossier. Il fallait que j’écrive à propos de cette expérience et que je publie l’article dans un grand magazine. […] Je savais que l’heure était venue de l’affronter. »

 

Ellroy remonte la piste de sa mère jusqu’à son enfance et son premier mariage mais ne trouve rien de plus que ce qu’il savait déjà, mais qui lui permet un certain soulagement, en retrouvant la femme qu’il a fuie et ignorée pendant tant d’années : « Les morts appartiennent à ceux parmi les vivants qui les réclament de la manière la plus obsessionnelle. Elle était mienne tout entière. »

 

 


Ma part d’ombre est donc le roman d’une confession mais aussi d’une réconciliation avec une mère ignorée trop longtemps ; une expiation commencée dans les premiers romans à tendance autobiographique. En effet Clandestin, Le Dahlia Noir et Brown’s Requiem étaient déjà des tentatives fictionnelles de catharsis. C’est aussi le témoignage d’une décision de refuser cette vie de misère qui avait commencé : « la rage de vouloir transformer mon obsession en quelque chose de bon et d’utile m’a sauvé ». Ellroy fait ainsi liquidation du passé et de ses fantômes dans un chant d’amour funèbre et compulsif dédié à sa mère. 


L’utilisation du passé qui est le temps de la remémoration sert bien le caractère autobiographique. Mais ce temps induit aussi des éléments plus complexes, notamment ce sentiment de voyeurisme et cette gêne éprouvée par le lecteur devant cette forme d’exhibitionnisme sans limites.


Mais au-delà de cette confession touchante et de cette quête de la mère, Ellroy nous livre évidement un  véritable roman noir dont la première lecture m’a personnellement laissée songeuse quant à la véracité des éléments autobiographiques, qui sous-entendent une livraison entière et totale des blessures profondes de l’auteur. Et bien que certaines critiques déplorent un pathos ennuyeux et poussé à l’extrême, Ellroy, tout en livrant sa propre histoire, nous décrit avec brio les tensions intimes d’une société dans laquelle les valeurs sont dégradées ; une vérité profonde sur les sociétés occidentales et plus particulièrement américaine, dans lesquelles le mal prend des proportions de plus en plus importantes.

 

 

Pauline, AS édition-librairie

 


Bibliographie

 

Source vidéo

 

Benoît COHEN, François GUERIF, James Ellroy, sa part d’ombre, film réalisé dans le cadre de l’émission « Un siècle d’écrivains », 1999.

 


Sources écrites

 

James ELLROY, Ma part d’ombre, (My dark places, 1996), traduit de l’américain par Freddy Michalski, Rivages, Rivages Noir, 1997 (2011).


 

Collectif, Petite mécanique de James Ellroy, éditions de l’Œil d’or, 3ème édition, 2006.

 

 

Sites internet 

 

www.edark.org

 

 www.jamesellroy.net

 

 

 


 

[1]Pour plus de détails sur la vie et l’œuvre de James Ellroy, rendez vous sur le site www.edark.org

[2]Jean Pons, « Le roman noir, littérature réelle », Les Temps Modernes, n°595, sept-oct-nov 1997.

[3]Article disponible en intégralité sur le site www.edark.org

 

 

 

James ELLROY sur LITTEXPRESS


james ellroy

 

 Rencontre avec James Ellroy à la médiathèque José-Cabanis de Toulouse

 

 

 

 

 

 

 

James Ellroy Le Dahlia noir

 

 

 

 

 

 

Articles de Margaux, Marion et Sandrine sur Le Dahlia noir et sur Ma part d'ombre.

 

 

 

 

 

 

 

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Articles de Roxane et de Julie sur Ma part d'ombre.

 

 

 

 

 

 

 

 


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4 décembre 2012 2 04 /12 /décembre /2012 14:00

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Gunnar STAALESEN
Le roman de Bergen
Tome 1 : L’aube
Titre original : 1900. Morgenrød
Traduit du norvégien
par Alexis Fouillet
Gaïa, 2007
Points, 2011






Gunnar Staalesen en quelques mots

Gunnar Staalesen, roGunnar-staalesen.jpgmancier et dramaturge norvégien, est né le 19 octobre 1947 à Bergen. Il y a grandi et vécu toute sa vie et c’est dans cette ville qu’il puise son imagination.

Principalement connu pour des romans policiers, notamment sur son détective privé VeumVarg, Staalesen est considéré comme celui qui a introduit le réalisme social dans le polar norvégien. Entre 1997 et 2000, il publie la trilogie dite de Cent Ans, Le roman de Bergen, un travail d'environ 1600 pages centrées sur différentes familles de Bergen et des régions avoisinantes entre 1900 à 2000.

Gunnar Staalesen a passé son enfance auprès d’un père professeur et d'une mère infirmière. L’auteur lui-même qualifie cette période de classique et calme ; sa découverte de l’écriture commence dès 10-11 ans. Sa première histoire est publiée alors qu’il n’a que 12 ans. En 1966, Staalesen obtient le diplôme d'études à Bergen Cathedral School. Puis il entame des études supérieures à l'Université de Bergen, au cours desquelles il réalisera de nombreux travaux sur la littérature et la culture toujours propres à sa ville. C'est seulement en 1987 qu'il devient écrivain.

Gunnar Staalesen se décrit comme un «homme bien ordinaire qui peut écrire de nombreux livres que tout le monde peut lire ». Avec le succès de ses premiers romans, Staalesen est devenu millionnaire mais il se plaît à mener une vie simple et ordinaire. Il est marié depuis 1969 et a deux enfants, aujourd’hui devenus adultes.
Au final, Gunnar Staalesen a publié entre autres cinq romans, 18 romans policiers, deux recueils de nouvelles et six pièces de théâtre. Plusieurs de ses livres sont traduits dans d'autres langues. Il a deux fois le prix Riverton et le prix d'honneur pour la culture de Bergen.

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Résumé d’une saga

Le roman de Bergen a le souffle des grandes épopées. L’aube, le premier volume de cette saga norvégienne est haute en couleurs.

Le matin du 1er janvier 1900, l'inspecteur Moland est réveillé par des coups frappés à sa porte. Ce jour de congé qu'il aurait dû passer avec femme et enfants va bouleverser sa vie. Un notable de Bergen, le consul Frimann, a été assassiné après avoir passé la nuit en compagnie non pas de son épouse, mais d'une fort jolie et très sensuelle personne, bien connue de beaucoup d'hommes de la ville, Maren Kristin Pedersen. Plutôt que d'importuner la bonne bourgeoisie berguénoise, Moland oriente l'enquête vers un suspect d'origine plus modeste qui, interpellé, se suicide. L'affaire est close ; officiellement.

En ce début de XXe siècle, nombre de solides gaillards comme Torleif Nesbo vont proposer leurs bras sur les chantiers de la ligne de chemin de fer qui doit relier Bergen à la capitale, Kristiania. Pour ce fils de ferme, creuser les tunnels dans la montagne est un bon boulot. D'autant que c'est là-bas, au baraquement, qu'il rencontre Trine. Elle aide à la cuisine et au service pour le repas des ouvriers. Les rumeurs disent qu'elle revient de la ville, où elle était domestique, chez le consul Frimann.

Le tome 1 de 1900 L'aube, débute sur le tournant du siècle, un siècle en route vers la révolution industrielle, la Grande Guerre, les épidémies. L'auteur peint le tableau chaleureux et vivant d'individus aux destins à la fois ordinaires et universels, riches de drames et de passions.



Bergen, la ville construite par le feu et la guerre…

Gunnar-staalesen-bergen.jpgDans L’Aube, l’auteur nous fait découvrir un monde, celui de sa ville, son évolution sur mille ans. Cette ville, Bergen, c'est toute son enfance, mais c'est aussi la Norvège. Bien que n’étant pas le coeur économique du pays, Bergen se présente comme sa capitale culturelle. Située au sud-ouest de la Norvège, capitale du comté de Hordaland, deuxième ville du pays, c'est également un port, une ville universitaire et un évêché.

 

Bergen est surtout une cité à l'histoire marquée par l'apport des Hommes du dehors, venus de l'au-delà de la mer. La christianisation sur le plan spirituel, la Hanse sur le plan économique et politique, constituent une forme de colonisation. Le heurt des structures dominantes avec la population norvégienne locale ou attirée des montagnes et fjords voisins entraîne des formes d'aliénation, d'assimilation ou de résistance. Depuis les Temps modernes, l'immigration et les échanges transitant par la ville lui ont offert un esprit différent de celui des autres villes scandinaves et norvégiennes. Ville traditionnellement conservatrice mais tournée vers l'Europe, où pendant des siècles une grande partie des habitants était étrangère. Ville se considérant elle-même comme à part en Norvège en raison de son histoire et de sa culture propres. Ville construite par le feu et les guerres, comme disent les locaux. Enfin, ville à échelle humaine abritant de nombreuses traces de son passé et mettant en avant les actes de ses hommes et femmes célèbres, qu'ils soient artistes, notables, scientifiques...
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L’auteur nous plonge immédiatement dans cet univers étrange. Les noms des places, rues, quartiers nous font découvrir sa particularité et son histoire, une histoire précise et unique sur l’évolution d’une ville, ses incendies, ses ports, son théâtre. On reconnaît dans Le roman de Bergen tout l’amour que Staalesen porte à cette ville.



Personnages

Le style de Gunnar Staalesen est lié à sa passion pour Bergen mais également à sa manière de mettre ses personnages en place. Au départ tous séparés et ayant peu de choses en commun, ils finissent inévitablement par se rapprocher, procédé classique du polar.


Christian Moland

Il est le personnage central du roman et son évolution suit celle de la ville. Au départ jeune inspecteur de police à la brigade d’Investigations, il suivra de près cette affaire au point de s’enfoncer dans les bas-fonds de Bergen notamment lors de sa rencontre avec Maren Christine Pedersen. C’est principalement à travers Moland que l’on découvre les rues et la société de Bergen au début du XXe siècle. Jeune homme calme et timide au départ, il deviendra sombre et méfiant au fil de l’histoire, d’une part à la suite d’un choc durant une enquête et d’autre part après sa rencontre avec Maren Christine. En tant que personnage principal de l’histoire,  il sera toujours lié à la ville et évoluera avec elle.


Maren Kristin Pedersen

Femme fatale de l’histoire, dangereuse et séductrice, elle est le centre de l’intrigue. Bien que très jeune au début du roman, elle grandit peu à peu et embellit. Ancienne maîtresse du consul Frimann, elle devient aussi celle de l’inspecteur Moland. Jeune femme brune et mystérieuse, se voulant indépendante et libre, elle s’oppose toujours au mariage et préfère se prostituer. Ses mœurs et sa vie sont très choquantes pour l’époque, elle finira seule, abandonnée par Moland. L’enquête toune principalement autour des secrets que connaît cette jeune femme manipulatrice.


Torleif Nesbo

Ce personnage est celui qui représente le mieux la révolution industrielle que subit Bergen. Jeune homme venant d’une famille pauvre de paysans, Torleif s’engage comme ouvrier lors de la construction de la ligne de chemin de fer. Il tombe passionnément amoureux d’une jeune mère célibataire. Cet amour le conduira au meurtre de son rival. L’intérêt premier de l’histoire semble être l’évolution sociale d’un jeune Norvégien à cette époque ainsi que l’évolution économique de Bergen mais l’on découvre finalement que l’épouse de l’ouvrier a un lien très important avec le meurtre sur lequel porte l’enquête.


Karl Karoliussen

Enfant au début du roman, il représente la difficulté de vivre en ville. Expulsé avec sa famille à la suite d’un retard de règlement de loyer, c’est lui qui nous fait découvrir les rudes conditions de vie à cette époque, la pauvreté  et l’impossibilité de survivre sans emploi.


Robert Gade

Ancien comédien narcissique et vedette du théâtre de Bergen, il est la clef de l’enquête. Il connaît l’identité du meurtrier du consul, ancien amant de Maren Kristin Pedersen. Considérant sa carrière d’acteur comme déclinnate, il choisira le suicide après avoir envoyé à son ancienne maîtresse une lettre annonçant l’identité du véritable coupable.



Les thèmes récurrents

Le meurtre

Le sujet principal du roman est l’assassinat du consul Frimann. Cas extrêmement rare dans cette ville, le meurtre d’un bourgeois est choquant. De là découlent la découverte de la ville puis la rencontre entre l’inspecteur Moland et Maren Kristin Pedersen. L’enquête aura une grande influence sur les personnages, particulièrement sur l’inspecteur qui sera marqué à jamais par le suicide d’un suspect sous ses yeux, mais également sur la ville.


La ville

On reconnaît la passion de Staalesen pour Bergen dans L’Aube. La description de cette ville nous permet de découvrir un monde, la Norvège. Chaque chapitre nous fait connaître peu à peu cette ville, les personnages sont aussi profondément ancrés dans Bergen que l’auteur. Cet amour fait ressentir au lecteur un délice dans l’avancée du roman car bien qu’étant au départ un roman policier, c’est un roman historique qui se distingue totalement du polar classique. Mieux qu’un guide touristique, c’est la saga passionnante d’une ville unique.


L’amour

C’est avec le personnage de Maren Kristin Pedersen que ce thème est le plus fort. L’auteur se plaît à cerner chaque personnage féminin d’une aura de mystère. L’l’importance du sexe et de la passion amoureuse sont caractéristiques du genre policier. Les femmes chasseresses et dangereuses, les prostituées sont des personnages omniprésents. Pour les femmes plus sages, le danger vient des secrets qu’elles cachent.



Conclusion

Le roman de Bergen fut pour moi un roman magnifique, troublant et percutant par le style de l’auteur, bien que découvert en traduction. Il pourrait semble ennuyeux de découvrir une ville en  près de 400 pages mais L’aube se différencie du roman policier comme du roman historique. C’est un livre qui m’a passionnée, cette découverte de Bergen me donnant l’irrésistible envie de découvrir de mes propres yeux la beauté de cette ville.


Léa Masme, 1ère année édition-librairie 2011-2012.

 

 

Gunnar STAALESEN sur LITTEXPRESS

 

Gunnar Staalesen La Femme dans le frigo

 

 

 

 

 

 

Article de Cyndie sur La femme dans le frigo.

 

 

 

 

 

 

 

 

staalesen la nuit tous les loups

 

 

 

 Article de Guillaume sur La nuit, tous les loup sont gris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 07:00

Conférence
Lire en Poche 2012, Gradignan
en partenariat avec « Lettres du Monde »

Médiation : Christophe Dupuis

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La conférence a lieu dans l’auditorium de la médiathèque de Gradignan, rapidement rempli par une foule tranquille mais impatiente. L’invitée et son interlocuteur prennent place face au public, dans des fauteuils décorés de photos en trompe-l’œil de tranches de livres, plantant le décor d’une scène littéraire.

D’emblée, Christophe Dupuis nous met en garde (ou nous rassure) : mordu de polars depuis son enfance, il sera loin d’être objectif lors de cette conférence. En effet, il fait partie des nombreux admirateurs de l’œuvre d’Alicia Giménez-Bartlett, ci-présente : habitant depuis toujours à Barcelone, elle est l'une des rares auteures féminines de son pays à écrire des romans policiers. Elle nous présentera ainsi son œuvre, la saga des aventures de Petra Delicado (parues en France aux éditions Rivages).

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« Deux personnages pour deux visions de Barcelone »

Il s’agit donc d’une série policière centrée sur deux personnages : Petra Delicado, une femme d’une quarantaine d’années, attirante et possédant un caractère fort et contradictoire, attachée au service de documentation de la police à Barcelone,  et son adjoint, Fermín Garzón, plus âgé et moins cultivé qu’elle, n’aimant pas l’idée d’obéir à une femme.

À travers la collaboration et l’opposition des caractères de ces deux personnages, Alicia Giménez-Bartlett propose deux visions de Barcelone : celle de Fermín, qui offre un point de vue traditionnel lié à ses origines (il vient de Salamanque), et à l’opposé, celle de Petra, une Catalane qui représente la nouvelle Espagne démocratique postérieure à Franco.

Tous les deux ont pourtant un point commun, et il s’agit de caractéristiques très « espagnoles », avec la vie passée dans les bars, l’évocation de l’amour dans les conversations, les façons ironiques de voir la vie, ce qui les rapproche et les rend plus amicaux.

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« C’est un sac de nœuds trempé dans l’eau bénite »

Christophe Dupuis mentionne cette expression qui l’a marqué, utilisée dans le dernier roman de la série, Le Silence des Cloîtres, et à cette évocation, l’auteure espagnole rit avant d’expliquer que le polar est un genre littéraire qui donne l’opportunité d’utiliser beaucoup d’humour, d’ironie, pour mieux voir qu’il n’y a pas de vérité absolue.



Un rapport ambigu entre fiction et réalité

Alicia Giménez-Bartlett parle ensuite du rapport de la fiction au monde concret, en insistant sur l’importance du témoignage sur la réalité. En effet, les écrivains ont selon elle beaucoup enfermé leur monde, mais ils ne montreront pas dans le futur la société de leur temps. Le témoignage est l’aspect qu’elle préfère dans le polar, c’est le droit littéraire de regarder autour de nous.

En ce qui concerne ce rapport au réel, l’invitée avoue clairement avoir inventé des noms de rue, des commerces, etc., comme la librairie spécialisée dans les animaux qu’elle cite dans un de ses romans et qui est loin d’exister à Barcelone. Cependant, elle insère également dans ses récits des lieux non-fictifs en conservant leurs noms. Elle nous a ainsi parlé d’un restaurant dans lequel elle apprécie de dîner, et qu’elle a décidé de citer dans un de ses romans (pour découvrir duquel il s’agit, il vous faudra lire sa série…). L’apprenant, le gérant lui a offert son repas lors de sa visite suivante. Avec une certaine pointe d’humour, l’invitée barcelonaise estime que cet aspect de la littérature peut apporter des choses positives dans la vie d’un écrivain.



Comment organiser l’évolution des personnages ?

L’auteure concède qu’au début de sa série, elle n’a jamais cru que l’écrivain avait quelque chose à voir avec cet aspect des personnages. Puis, à travers le développement de ses protagonistes, elle s’est rendu compte que conduire un personnage d’un livre à l’autre permet de voir qu’il prend une importance certaine, faisant des réflexions sur la vie, gagnant donc en maturité dans un certain sens, etc.



Les polaristes : une place particulière

Abordant ensuite la question de la place du roman noir en Espagne, nous apprenons qu’il y a encore quatre ans, Alicia Giménez-Bartlett était la seule femme polariste d’Espagne, tandis qu’aujourd’hui, on dénombre une dizaine de Catalanes qui écrivent des polars. Face à ce phénomène, l’écrivaine émet l’hypothèse que les femmes espagnoles ont reçu une voix publique trop tardivement tandis qu’aujourd’hui le polar est à la mode en Espagne.



Quelles sont ses sources ?

L’invitée du Salon nous indique que l’utilisation de la pure imagination dans le polar ou même dans tous les livres fait écrire n’importe quoi. En ce qui la concerne, elle a donc demandé de l’aide aux policiers de Barcelone et s’est liée d’amitié avec Margarita Garcia, l’Inspecteur Général de cette ville.

Elle tire également ses renseignements d’avocats, médecins-légistes, experts en armes, vétérinaires, des gens qui travaillent dans la fabrication de nourritures pour animaux, etc., ce qui ne l’empêche pourtant pas de faire des erreurs. On retrouve donc un paradoxe de vérité/fiction à travers des polars réalistes mais mis en scène dans des lieux la plupart du temps fictifs.



La série d’Alicia Gimenez-Bartlett est disponible aux éditions Rivages dans la collection Rivages/Noir en format poche, et comporte actuellement huit romans.


Sarah, 2e année bibliothèques 2012-2013

 

 

 


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25 septembre 2012 2 25 /09 /septembre /2012 07:00

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Kate ATKINSON
La Souris Bleue
Titre original
Case Histories
traduit de l'anglais
par Isabelle Caron
 éditions de Fallois, 2004

Livre de Poche, 2006




 

 

 

 

 

Biographie

Voir : Wikipedia


Bibliographie

Dans les coulisses du musée (Behind the Scenes at the Museum), 1995
Dans les replis du temps (Human Croquet), 1997
Sous l'aile du bizarre (Emotionally Weird), 2000
Abandonment, 2000, théâtre
C'est pas la fin du monde (Not the End of the World), 2002, nouvelles
La Souris bleue (Case Histories), 2004
Les Choses s'arrangent mais ça ne va pas mieux (One Good Turn : a jolly murder mystery), 2006
Nice, 2006, théâtre
À quand les bonnes nouvelles ? (When Will There Be Good News?), 2009
Parti tôt, pris mon chien (Started Early, Took My Dog), 2010



Résumé

Après Dans les coulisses du musée, on retrouve le détective ancien policier Jackson Brody pour de nouvelles aventures dans la ville de Cambridge. Le roman commence par trois antécédents numérotés et datés, qui tissent les premiers fils de la toile d'araignée construite par Kate Atkinson dans La Souris bleue.


Première intrigue

En 1970, une petite fille de cinq ans disparaît. Olivia, enfant parfaite et benjamine d'une fratrie de quatre filles, dormait dans une tente avec sa sœur, dans le jardin de la maison familiale, quand elle s'est évaporée avec son doudou, une souris bleue.


Deuxième intrigue

En 1994, Laura, la fille de Théo, est assassinée alors qu'elle effectuait son premier jour de travail dans le cabinet d'avocats de son père. Un homme au pull de golf jaune demande à l'accueil maître Théo Wyre (qui est absent), puis se précipite dans la salle de conférence où il poignarde deux associés, avant de sectionner la carotide de Laura, qui s'était lancée à sa poursuite.


Troisième intrigue

En 1979, Michelle, Keith et leur bébé Tanya vivent dans un cottage attenant à une ferme. Souffrant de dépression post natale, Michelle est épuisée par les pleurs du bébé et ses trop nombreuses tâches ménagères. On les abandonne alors que Keith gît dans son sang, la tête fendue en deux par une hache. Le bébé s'est endormi à force de pleurer et Michelle attend la venue de la police, se faisant la réflexion que les bûches fendues sentent meilleurs que les têtes fendues, et qu'elle aimerait pouvoir recommencer sa vie.



Quelques personnages

(dans l'ordre d'apparition)

Jackson Brody

Détective privé, ancien policier, il va recevoir succassivement les personnages qui viendront le voir pour résoudre leurs histoires. En parallèle, il se débat avec son ex-femme Josie, remariée, pour l'éducation de sa fille Marlee. Il est également marqué par le meurtre de sa sœur alors qu'il avait douze ans.


Binky Rain

Vieille folle entourée de chats, c'était la voisine de la famille d'Olivia, la petite fille disparue. Les enfants la prenaient pour une sorcière. Elle fait appel à Jackson parce qu'elle a l'impression que quelqu'un fait vole ses chats.


Amelia et Sylvia Land

C'était Amelia qui dormait dans la tente lorsqu'Olivia a disparu. Elle est rongée par la culpabilité depuis la disparition de sa petite sœur. Restée plus ou moins vieille fille, jamais mariée, c'est aujourd'hui une femme molle de corps et d'esprit qui se consume de désir pour Jackson et manifeste des tendances certaines à l'hystérie.

« Amelia Land aurait aussi bien pu avoir les mots « mal aimée » tatoués sur le front. [...] Elle lui rappelait de vieilles photos de marchandes de poisson – gros souliers, collants de laine, ample jupe froncée en velours côtelé et sur les épaules un genre de fichu qu'elle serrait contre elle comme si elle gelait »


Sylvia ne pourrait être plus différente d'Amelia. Actrice, excentrique, bien roulée, elle est aussi libérée que sa sœur est coincée.

« l'autre petite, bien roulée et – Jackson connaissait aussi le genre – la vraie saute-au-paf. Elle portait un rouge à lèvres écarlate et des sortes de fripes, des couches superposées de fringues excentriques et dépareillées, ses cheveux fous, relevés à la va-comme-je-te-pousse, étaient retenus par un crayon. »


Les sœurs Land contactent Jackson à la mort de leur père. Elles ont retrouvé dans un de ses tiroirs le doudou d'Olivia, Souris bleue, qui avait disparu avec elle 34 ans plus tôt.


Theo Wyre

Theo est un homme obèse et asthmatique qui vit dans l'obsession de la mort de sa fille dont le meurtrier n'a jamais été retrouvé. Il demande donc à Jackson de reprendre l'enquête.


Caroline

Son passé est inconnu, c'est une femme qui ment sur sa véritable identité (bien qu'il y ait mention d'un séjour en prison et d'une année de mise à l'épreuve en sortant) et qui vit à la campagne, où elle a épousé un riche propriétaire local. Elle est amoureuse du curé.


Shirley Morrison

Sœur de Michelle, c'était elle qui avait appelé la police en la trouvant prostrée par terre, la hache à la main, son mari le crâne ouvert en deux. Elle contacte Jackson afin qu'il l'aide à retrouver Tanya, confiée aux parents de Keith après le drame. Jackson n'est pas convaincue de sa sincérité lorsqu'elle raconte le drame.


 

Analyse

 

Kate Atkinson s'amuse à lier les destinées de tous ses personnages, dans un style direct et efficace, plein d'humour. On pourrait diviser ce livre en deux parties : une première pendant laquelle la romancière s'amuse à complexifier les intrigues, en faisant s'entrecroiser leurs ramifications, puis une deuxième partie où petit à petit les fils se dénouent jusqu'à ce que chaque mystère finisse par trouver sa solution. Des trois intrigues, trois antécédents sont donnés au début du roman, qui sont repris à la fin par le regard de personnages différents. On pourrait imaginer trois brins de vie qu'on a tressés, et ces mêmes trois brins qu'on retrouve à la fin. Entre les deux, les histoires se croisent autour de Jackson Brody, personnage central, fil conducteur au milieu de ces histoires. On aurait facilement pu faire trois bons romans de ces trois histoires, mais ce roman là est meilleur. Dense, vivant, drôle toujours, le suspense est mené d'une main de maître.

C'est un très bon roman policier, mais pas seulement. Le regard de Kate Atkinson sur la société britannique est réjouissant parce que sans concession. Elle épingle les petits travers des gens et les grands travers de la société, toujours avec humour, sans méchanceté.


L.F., 2e année Bibliothèques 2011-2012

 

 

Lien

 

Site officiel de Kate Atkinson.

 

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7 septembre 2012 5 07 /09 /septembre /2012 07:00

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Philip CARTER
Le Secret des glaces
Titre original
The Altar of Bones
Traduction
Dominique Hass
France Loisirs 2011



 

 

 

 

Le roman

Dans ce roman, l'auteur mélange les époques et les intrigues pour nous mener vers son énigme ultime. Il consacre le début de ce texte à la présentation de divers personnages qui n'ont à première vue aucun lien entre eux. Ainsi il nous raconte successivement le meurtre d'une vieille femme sans abri à San Francisco, la mort du père de Ry O'Malley au Texas au XXIe siècle, la fuite d'Elena Orlova d'un camp de prisonniers de Norlisk en Sibérie sous le régime soviétique, en février 1937, et la vie plutôt pathétique de Zoé, une jeune avocate américaine. On découvre un peu plus tard des liens de parenté et des héritages légendaires entre les différents personnages décrits précédemment.



Philip Carter mêle habilement la fiction et la réalité historique. Ainsi les deux héros, Zoé et Ry, sont poursuivis par le passé de leurs parents respectifs et doivent échapper aux hommes ayant participé au meurtre le plus retentissant du XXe siècle, celui de J.F. Kennedy. L'énigme : pourquoi Zoé a-t-elle hérité de l'Autel d'ossements et où se trouve-t-il ?



L'auteur utilise une écriture simple et légère mais nous propose des scènes très imagées et visuelles où se mêlent courses-poursuites dans les rues de Paris, conspirations, énigmes et éléments surnaturels, tensions sexuelles. Le rythme varie selon l'intensité des événements tout en gardant un dynamisme qui laisse le lecteur haletant à chaque fin de chapitre. Malgré cette écriture fondée sur l'action, Philip Carter prend le temps de décrire ses multiples personnages et leurs caractères complexes, les tensions entre les différents personnages qu'ils soient bons, méchants ou, le plus souvent, très ambigus.



Le titre

Les éditeurs de ce roman n'ont pas choisi une traduction littérale du titre original, The Altar Of Bones (soit en français : L'Autel d'ossements). Certains critiques pensent que le titre Le Secret des glaces aurait été choisi pour rappeler l’atmosphère des romans de Dan Brown, qui mêlent aussi les événements avérés avec du surnaturel. Ce qui nous amène à nous questionner sur l'auteur, Philip Carter.



L'auteur

Philip Carter serait un pseudonyme choisi par un « auteur de renommée internationale » (selon son site officiel) pour publier ce roman. La vraie identité de l'auteur reste encore inconnue mais plusieurs critiques ou fans ont proposé quelques pistes. Certains pencheraient pour une œuvre posthume de Robert Ludlum qui avait déjà écrit ses romans d'espionnage sous les pseudonymes de Jonathan Ryder et Michel Shepherd, d'autres reconnaîtraient l'imagination de Dan Brown ou d' Harlan Coben. Certaines personnes y verraient l’œuvre d'une femme qui se serait fait passer pour un homme pour que son livre soit mieux accueilli par le public.

Le mystère est encore aujourd'hui complet sur l'identité de cet auteur.

Voici un article portant sur le pseudonyme Philip Carter :
 http://www.actualitte.com/actualite/monde-edition/international/le-secret-des-glaces-est-bien-garde-31878.htm

Et voici le site officiel de l'auteur :
 http://philipcarterbooks.com/


Aurélie, 2e année bib.-méd. 2011-2012

 

 

 


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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 07:00

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Linwood BARCLAY
Les voisins d’à côté

titre original

Too Close to Home (2008)

traduction

Marieke Merand-Surtel

Belfond Noir, 2010

J'ai Lu Thriller, 2012

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie
 
Né en 1955 aux Etats-Unis, dans le Connecticut, il en part dès son plus jeune âge lorsque son père, illustrateur publicitaire,  doit s’exiler au Canada pour des raisons professionnelles. Il entame en 1977 une carrière de journaliste et, après avoir passé son diplôme de littérature anglaise, commence à publier dans un journal local, The Peterborough Examiner, puis dans Oakville Journal Record  pour enfin réussir à travailler dans un des journaux les plus distribués au Canada, le Toronto Star. Il va notamment travailler dans l’édition et devenir un des chroniqueurs les plus connus de la page « Vie quotidienne ». Après avoir publié plusieurs livres, il finit par se tourner vers le roman policier.
 
Pour en savoir plus :

 http://fichesauteurs.canalblog.com/archives/2009/11/06/15704766.html
Site de l’auteur (en anglais): http://linwoodbarclay.com/about.html



Résumé
 
Promise Falls, une petite ville apparemment sans histoires qui cache pourtant tellement de choses...

Derek Cutter, 17 ans, un peu bagarreur, dit au revoir à ses voisins, les Langley, dont Adam, son meilleur ami, qui s’apprêtent à partir en vacances pour quelques jours. Jeune, mais pas si innocent que cela, Derek a déjà un idée en tête : il pense avoir la maison pour lui tout seul pour voir sa petite amie Penny. Une fois les Langley partis, Derek s’installe au sous-sol de leur maison et en profite pour appeler Penny, mais elle ne pourra pas le rejoindre ce soir-là. En meublant donc sa solitude, il perçoit un bruit de voiture et se rend compte que les Langley sont de retour. Il essaye tant bien que mal de se cacher, mais quelque chose de bizarre se trame en haut de l’escalier : un visiteur surprise est entré. Après des paroles inaudibles, le mot « honte », puis des coups de feu partent. Les Langley sont assassinés…

Le lendemain, une enquête est ouverte mais le jeune adolescent n’ose pas dire qu’il a assisté à ce massacre, ce qui va lui porter préjudice. Son emploi du temps et ses dires ne tiennent pas, il est arrêté pour meurtre. C’est à partir de là que la vie de Jim et Ellen Cutter, ses parents, va être bouleversée.
 
Des révélations sont faites, ce qu’on croyait être n’est pas, les secrets les mieux gardés sont mis au jour. On entre dans le jardin secret de chacun, découvrant ses moments les plus noirs. Vous n’allez pas finir d’ouvrir de grands yeux, car dès lors que vous penserez être sur une piste, vous vous rendrez compte aussitôt que vous faites erreur. Ce serait trop facile, vous ne pensez pas ? Mais si ce livre ne développait qu’une intrigue… Entremêlées, plusieurs histoires font leur apparition, qui toutes semblent liées. Entre en scène un professeur très réputé qui a publié un livre à succès, La Part manquante, l’histoire d’un homme qui se réveille et découvre qu’il a un vagin au lieu de son sexe ; or ce texte était déjà présent dans l’ordinateur d’un étudiant mort juste avant la publication ; il est aussi question d’un maire qui a eu une relation sexuelle avec une prostitué mineure…



Les personnages
 
Derek Cutter : adolescent de 17 ans qui, tous les étés, aide son père à tondre les pelouses ; travailleur, un peu cancre, il va être accusé de meurtres.
 
Jim Cutter : père de Derek et narrateur de l’histoire ; il a créé sa propre entreprise d’entretien de jardin après avoir démissionné de son poste de chauffeur du maire. La démission est liée au faux pas du maire. C’est lui qui va apporter le plus d’éléments à l’enquête.
 
Ellen Cutter : épouse de Jim, épouse attentionnée, elle travaille à la fac de Thackerey pour Conrad Chase, avec qui elle a trompé son mari. Elle fait les meilleurs pains perdus de la ville.
 
Conrad Chase : président de la fac, il est l’auteur d’un best-seller, La Part manquante ; Jim se demande si c’est vraiment lui qui a écrit cette histoire et l’accuse de plagiat.
 
Barry Duckworth : inspecteur de police ; c’est lui qui mène l’enquête, mais il ne va pas trouver par lui-même les vrais coupables.
 
Randall Finley : maire de la ville, homme détestable, qui se prépare à se présenter au congrès, qui a fait pas mal d’erreur, comme coucher avec une mineure ou vomir sur le tapis d’un foyer pour mères célibataires.
 
Lance Garrick : nouveau chauffeur du Maire ; il est en conflit avec Jim Cutter, et ils vont s’affronter à coups de poing et d’arrosoir.
 
Drew Lockus : sortant de prison où il purgeait une peine pour braquage de banque, il va travailler pour Jim. Il s’occupe de sa mère qui a atteint un certain âge.



Venez découvrir les visages cachés des habitants de Promise Falls dans ce thriller psychologique où l’auteur exprime ses peurs et ses angoisses. On ne connaît jamais vraiment une personne, même si elle nous semble proche. Les gens ont toujours quelque chose à cacher.


Melody S., 2e année bib.-méd.

 

 

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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 07:00

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David PEACE
Tokyo, année zéro
Titre original
Tokyo Year Zero
Faber and Faber, 2007
traduit de l’anglais
par Daniel Lemoine
Payot et Rivages, 2008
Rivages/noir, 2010



 

 

 

 

 

 

 

Né au Royaume-Uni en 1967, David Peace arrête très vite sa formation à l’école d’enseignement technique de Manchester et part pour Istanbul y enseigner l’anglais. Depuis 1994, il poursuit son activité d’enseignement à Tokyo où il vit avec sa famille. Toute sa scolarité a été bouleversée par les activités de l’éventreur du Yorkshire. C’est cela qui a développé chez lui cet intérêt pour le crime. En effet, jusqu’en 1977, Peter Sutcliffe a assassiné treize femmes. À cause d’un concours de circonstances, David Peace a cru pendant longtemps que le tueur était son père. Cela a beaucoup influencé son écriture, en particulier dans ce que l'on considère comme son chef-d’œuvre : le Quatuor du Yorshire, dont les volumes ont paru en 1974, 1977, 1980 et 1983.



Tokyo année zéro se déroule donc à Tokyo, un an après la capitulation du Japon, soit en 1946.

Il s'agit du premier tome d'une trilogie fondée sur la reconstruction du Japon et les traces laissées par la guerre. Peace a réalisé cette trilogie parce qu’il lui semblait intéressant de voir comment une ville aussi gigantesque et occupant un rôle aussi important dans le monde d'aujourd'hui s'était relevée, reconstruite sur l'horreur et par l'horreur. Lorsque Peace parle de Tokyo, il dit :

« Quand je déambule dans Tokyo, j'ai toujours l'impression de marcher sur deux couches de cendres, les cendres des ruines de la ville et celles des morts. Je suis fasciné par la façon dont Tokyo s'est reconstruite sur ses ruines et est devenue cette ville futuriste et moderne. » 

L'histoire est inspirée d'un fait réel, comme l'indique l'auteur à la toute fin du roman, dans une note.



Structure du roman

Le roman est composé d'un prologue et de trois parties, chacune d'environ 150 pages. Le passage d'une partie à l'autre se fait lorsque l'inspecteur Minami, le personnage principal, prend un somnifère, la Calmotine. On peut alors lire un texte sur la page de gauche précédant le premier chapitre de partie. La typographie est différente : le texte n'est pas du tout aéré, il est brut, sans paragraphe, la taille de la police est plus petite que celle utilisée dans le reste du texte. Les seuls mots mis en exergue sont « Trente Calmotine, trente et une... » : Minami prend ses cachets, ou les compte. On comprend réellement que ces textes indépendants concernent la guerre et ses horreurs à la fin du roman, lorsque trois pages entières sont rédigées de cette manière. En lisant ces pages les unes à la suite des autres et non pas en début de chapitre, on réalise qu'elles reconstituent un historique de la guerre, celle que Minami a vécue, et qui le fait plonger dans un état de folie avancée.


Le prologue

Le « quinzième jour du huitième mois de la vingtième année de l'ère Shôwa », soit le 15 août 1945, un cadavre est découvert. Les inspecteurs de la police métropolitaine de Tokyo, Minami, Fujita et Nishi sont dépêchés sur place. Il s'agirait de Miyazaki Mitsuko, une jeune fille d'environ 18 ans, disparue quelques mois auparavant. Un Coréen est accusé, et « jugé » sur place : il est condamné à mort et enterré vivant.

Pendant cette arrestation, l'Empereur japonais prononce une allocution à la radio, dans laquelle il déclare la capitulation du Japon et la victoire des États-Unis. C'est une immense honte pour les policiers japonais présents, ainsi que pour l'ensemble de la population japonaise.


Première partie : La porte de chair (p.44-196)

Un an après la capitulation, deux nouveaux cadavres, ceux de deux jeunes femmes, sont découverts dans le parc Shiba de Tokyo. Minami et ses collègues sont chargés de résoudre l'affaire. Après autopsie, il s'avère que les femmes ont été violées puis étranglées avec leur ceinture. Mais l'enquête piétine, pour de multiples raisons : un des cadavres n'est pas identifiable car en état de décomposition avancée (il ne reste que des lambeaux de peau sur les os), il y a trop de personnes déclarées disparues, pas assez de moyens à disposition pour résoudre l'enquête, etc. De plus, Minami est hanté par tous les cadavres qu'il a pu voir jusqu'à maintenant, et malade.

Des pistes finissent par être trouvées pour le premier cadavre : un homme, Kodaira Yoshi, est accusé du viol et du meurtre de la première femme ; identifié comme étant Midorikawa Ryuko, il finit par avouer. Mais au fur et à mesure que l'enquête avance, Minami commence à avoir des soupçons sur deux de ses collègues, les inspecteurs Ishida et Fujita. Suite à une conversation avec un journaliste, Hiyashi Jo, Minami panique car celui-ci menace de dévoiler ses liens avec le gang Matsuda à ses collègues, mais apprend que Fujita a été vu dans le bar où a été tué Matsuda.


Deuxième partie : Le pont des larmes (p.198-368)

Suite aux aveux de Kodaira, les policiers réalisent que d'autres dossiers correspondent au mode opératoire du meurtre de la jeune fille, et décident de les rouvrir. Ils cherchent toujours à identifier le deuxième cadavre du parc mais sans succès. En enquêtant sur la piste du meurtre non résolu d'Abe Yoshiko, Minami découvre qu'une de ses amies, Tominaga Noriko, a également disparu et que son signalement ressemble énormément à celui du deuxième cadavre. Après enquête, il s'avère que cette dernière est toujours vivante mais tient à rester portée disparue pour pouvoir vivre son histoire d'amour avec un policier.

Parallèlement, les équipiers de Minami se plaignent auprès de leur supérieur, l'inspecteur chef Adachi qui décide de rétrograder Minami et l'éloigne de Tokyo le temps qu’il achève ses enquêtes.


Troisième partie : La montagne d'ossements (p. 370-482)

Minami et Ishida enquêtent sur les dossiers présentant des points communs avec ceux des premières victimes. Pendant le séjour, Minami trouve qu'Ishida a un comportement bizarre et ne comprend pas pourquoi il a un pistolet sur lui. Après avoir réussi à réunir des preuves contre Kodaira, ils décident de rentrer à Tokyo. Minami menace Ishida après lui avoir pris son arme, mais le tue avant de lui avoir fait avouer quoi que ce soit.

Il devient alors complètement fou, et le récit devient encore plus difficile à suivre, puisque composé (en apparence) de flashbacks d'épisodes de la guerre et de la réalité. Il retourne au commissariat et prend un de ses anciens subordonnés en otage : il lui demande de lui expliquer pourquoi Ishida a tenté de le tuer. Sa folie le conduit à répéter sans cesse : « Je sais qui je suis ». Kodaira a reconnu en Minami un ancien camarade de guerre, et à partir du moment où cette information est révélée, il devient difficile de dire ce qui tient de la réalité, ce qui tient du souvenir, ce qui tient de la folie... dans le récit de Minami.



Personnage principal : Inspecteur Minami

Policier, il a obtenu son poste grâce à son père pendant la guerre, car il était ami avec le commissaire. Marié, il a deux enfants, dont une fille gravement malade et touchée aux yeux. Ce qui apparaît principalement de lui dans le roman, c'est sa quête d'identité. Bouleversé, traumatisé par la guerre, il cherche à trouver sa place dans un nouveau Japon. Retrouver le meurtrier des trois filles est sa manière à lui de se reconstruire et d'avancer dans la vie.

On apprend à la toute fin qu'il s'appelle en fait Katayama et qu'il a été caporal de la Kempeitai (police militaire de l’armée impériale) pendant la guerre. Pour échapper à l'asile psychiatrique, on lui a donné une nouvelle identité et un nouveau travail. Mais incapable d'oublier ce qui s'est passé durant la guerre, il finit par devenir complètement fou et se fait interner à l'hôpital psychiatrique Matsuzawa.


Aurore, 1ère année bib.-méd.

 

 

 

David PEACE sur LITTEXPRESS

 

 

david peace tokyo Annee zero

 

 

 

 

 

 

 Article de Marine sur Tokyo année zéro.

 

 

 

 

 

 

 

 

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