Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 07:00

Carlos Salem Aller simple

 

 

 

 

Carlos SALEM

Aller simple

Camino de ida

Traduit de l'espagnol

par Danielle Schramm

Actes Sud, Babel Noir, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes biographiques : voir les autres fiches sur Carlos Salem ou le  site des éditions Actes Sud

 

 

 

 

 

 

 

Résumé

 

Octavio et Dorita, le tyran qui lui tient lieu de femme, sont en vacances au Maroc lorsque Dorita meurt subitement dans leur chambre d'hôtel. Libéré du poids de ses reproches mais inquiet à l'idée qu'on puisse le soupçonner de l'avoir tuée, il descend se calmer au bar de l'hôtel.

 

Là, il rencontre Soldati, un Argentin mi-homme d'affaires mi-révolutionnaire, qui l'entraîne dans une folle soirée dans les palaces de Marrakech. Après avoir dépouillé un espion bolivien de sa veste (et par la même occasion de son portefeuille et de son agenda électronique) les deux compères s'invitent dans un palace, puis dans un bordel luxueux. C'est là que pour la première fois Octavio se rend compte que depuis la mort de sa femme son pénis a grossi jusqu'à atteindre une taille relativement impressionnante, première étape de sa transformation en un homme nouveau.

 

De retour à l'hôtel pour récupérer le corps de sa femme, Octavio met le feu au bâtiment pendant que Soldati constate que le cadavre a disparu, et qu'ils sont poursuivi par l'espion bolivien (et ses acolytes très armés) qui aimeraient bien récupérer son agenda électronique top secret.

 

C'est le point de départ d'un aller sans retour, d'un voyage à travers tout le Maroc jusqu'à l'Espagne et finalement Madrid, pendant lequel Octavio va rencontrer des personnages tous plus loufoques et étonnants les uns que les autres, et se redécouvrir.

 

Un vieux hippy qui se trouve être Carlos Gardel (que l'on croyait mort depuis une cinquantaine d'années) et qui veut tuer Julio Iglesias pour avoir massacré ses tangos ; une belle jeune femme dont il tombe amoureux ; un nuage qui le suit pour qu'il n'oublie pas de retrouver le corps de sa femme ; un réalisateur qui tourne sans pellicule et sa troupe d'acteurs vieillissants ; un futur prix Nobel de littérature qui n'a jamais rien écrit ; une prostituée nommée comme son amour d'enfance et qu'il traite en princesse le temps d'une nuit madrilène. Tels sont les personnages qu'Octavio rencontre lors de son périple, sans oublier l'espion bolivien qui met un acharnement certain à retrouver son agenda électronique et à faire passer l'arme à gauche aux inconscients qui l'ont dépouillé.

 

 

 

Pourquoi lire Aller simple ?

 

Au fil du texte, on observe un homme qui s'est ignoré toute sa vie et qui se redécouvre, qui prend conscience que ce sont ses choix et pas la fatalité qui ont fait de lui un fonctionnaire minable marié à une femme qu'il exècre et qui le domine au point de l'écraser. C'est en faisant des choix qu'Octavio se reconstruit, se transforme. Son voyage n'est pas que géographique, il est aussi intérieur, et chaque kilomètre qu'il parcourt l'éloigne un peu plus de son ancienne personnalité.

 

 

 

L'extrait

 

« – Moi aussi, j'ai longtemps été triste. Ça ne m'a servi à rien. Longtemps après, j'ai découvert que tous les chemins qu'on prend sont sans retour...

 

– Jusqu'où ? demanda-t-il en caressant Jorge Luis qui ronronnait.

 

– C'est ce qui compte le moins, répondis-je. L'important c'est d'aller, de faire, de rire, de pleurer, de vivre. Ce sont des verbes, de l'action. Si tu te trompes, tant pis. Mais si tu ne décides pas par toi-même, la chance, bonne ou mauvaise, te sera toujours étrangère. Tu comprends ? On ne peut pas vivre en accusant toujours les autres de son malheur, parce qu'être malheureux, c'est aussi une choix, mais un choix de merde.

 

[...]

 

– Et quand est-ce que vous avez appris tout ça ?

 

– Il y a quelques jours. Mais je pense qu'au fond, je m'en suis toujours douté.

 

L'enfant caressa le chat, se releva et me regarda avec rancœur :

 

– Et pendant toutes ces années, tu m'as laissé souffrir comme un imbécile ? Tu es un sale type, Octavio !

 

Il m'envoya une giclée de sable dans la figure, ce qui fit que je ne pus voir la sienne. Mais c'était inutile. Quand mes yeux se décillèrent, il était déjà loin. Il se retourna et me cria :

 

– Ne nous raconte plus de bobards, tu n'a jamais bien joué du piano et Gracita en aimait un autre ! Minable ! »

 

Ce dialogue a lieu alors qu'Octavio arrive au bout de son voyage. Il est à Melilla, sur le point de partir pour Madrid et se retrouve sur la plage avec un pétard et son chat. C'est pour moi le moment le plus important du roman parce qu'il met en lumière sa responsabilité dans le fait d'avoir été misérable si longtemps, et du coup l'hypocrisie qu'il y a à sortir des phrases aussi vraies, les phrases d'un homme neuf, et en même temps à reconnaître qu'il a toujours su qu'il ne tenait qu'à lui de ne pas être un minable.

 

Les dernières paroles du petit garçon déconstruisent également le mythe d'un Octavio qui était promis à une grande carrière d'instrumentiste si son père avait pu lui acheter un piano, qui portait déjà dans son enfance les germes d'un homme exceptionnel qui se révèle aujourd'hui, une fois débarrassé de sa femme castratrice et de son habit de petit fonctionnaire. On nous laisse le choix de décider si ce nouvel Octavio est construit sur une escroquerie, rien n'est tranché, l'enfant aurait juste pu chercher une raison de plus d'en vouloir à celui qui a laissé mourir ses rêves pendant tant d'années.

 

 

Conclusion

 

Aller simple a beau être en permanence à la limite du grand n'importe quoi, on ne peut que se laisser captiver par le texte de Salem, la force qu'il dégage et les bulles de poésie qui le jalonnent. Le livre est improbable, truffé de références (le chat d'Octavio s'appelle Jorge Luis, comme Borges) et délicieusement prenant. Pas vraiment un polar, il en a pourtant l'efficacité tranchante, la brutalité de la langue, le réalisme des descriptions. Les amateurs de roman policier apprécieront, les autres aussi.

 

 

Lisa, 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

Carlos SALEM sur LITTEXPRESS

 

Carlos Salem Aller simple

 

 

 

 

Article de Justine sur Aller simple.

 

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem Nager sans se mouiller

 

 

 

 

 

 Articles de Clémence et d'E. A. sur Nager sans se mouiller

 

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem

Rencontre avec Carlos SALEM (1)

 

 

Rencontre avec Carlos Salem (suite).

 

 

 

Repost 0
Published by littexpress - dans polar - thriller
commenter cet article
7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 07:00

carlos-salem-nager-sans-se-mouiller.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carlos SALEM
Nager sans se mouiller

titre original

Matar y guardar la ropa

traduit par Danielle Schramm
Actes Sud,
Actes noir, 2010
Babel Noir, 2011

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Juan Perez Perez est pour sa famille, un type d'une banalité affligeante. C'est un cadre supérieur médiocre qui travaille pour une grande multinationale qui vend du papier hygiénique. Rien de bien excitant. Sauf qu'en réalité, cette multinationale, l'Entreprise, est une immense agence de tueurs à gages pour laquelle Juan est Numéro Trois. Il est d'ailleurs l'un des meilleurs dans ce qu'il fait.

Divorcé depuis trois ans, il s'apprête à passer ses premières vacances seul avec ses enfants. La veille du départ, Numéro Deux, le supérieur de Juan, le charge d'une mission de surveillance dans un camping naturiste chic. Anodin. À partir de cet instant, les problèmes s'enchaînent : le numéro de plaque d'immatriculation servant à repérer la cible se révèle être celui de son ex-femme qui s'est installée dans la tente d'à côté et qui s'envoie en l'air avec son nouveau petit ami le juge Beltrán, réputé incorruptible ; il doit également essayer de tisser des liens avec ses enfants ; faire face au retour de son ami d'enfance Tony qu'il n'a pas revu depuis des années, à l'arrivée d'un autre Numéro dans le camping, puis du commissaire Arregui que Juan a déjà croisé plusieurs fois dans le cadre de la « livraison de ses colis », et ainsi de suite jusqu'à la fin du livre.

Il y a cependant quelques points positifs à ces vacances : il rencontre Yolanda qui travaille au camping. Avec elle, Juan se pose des questions sur lui, sur ce qu'il a fait, ses relations avec les autres. Il rencontre également un auteur sicilien, Camilleri, à qui il finit par se confier.



Ce qui est le plus intéressant dans ce roman, ce sont les relations que le personnage principal entretient avec les autres et son rapport à l'identité. Juan a tout compris, il sait s'adapter à toute éventualité, il sait comment réagir face à n'importe quelle situation. Il a un regard assez distant et plein de bon sens sur ce qui l'entoure. Il est posé et réfléchi. Nager sans se mouiller est un roman sur l'identité. Sans parler de quête, puisque Juan sait faire la différence entre Juan et Numéro Trois, il découvre tout un tas de choses sur lui qu'il ne soupçonnait pas : sa capacité à être un père responsable et à aimer ça, son envie d'être avec Yolanda (et pas seulement physiquement).

Juan a un rapport tout particulier avec les autres : son ex-femme le considère comme une personne médiocre et Juan s'en contente parfaitement (c'est une manière pour lui de protéger ses proches sur ce qu'il est vraiment), Andres Camilleri joue un rôle important pour Juan. On ne peut pas parler de père de substitution mais Juan s'entend parfaitement avec lui. D'ailleurs, si père de substitution il doit y avoir, ce rôle devrait être endossé par le vieux Numéro Trois que Juan a dû tuer avant de prendre sa place. Il est mort mais Juan y fait si souvent allusion qu'on dirait qu'il est lui aussi au camping. Arregui a quant à lui déjà croisé Juan à plusieurs reprises lors de colis livrés par Juan, il a donc des doutes sur cet homme vraisemblablement minable.



En dehors de l'aspect psychologique, l'enquête de Juan au sein du camping est véritablement passionnante, le puzzle des personnages se met lentement en place, révélant les caractères de chacun.

Noter que la fin est très surprenante avec un long épilogue et un dénouement inattendu.


E. A., 2e année Éd.-Lib.

 

Carlos SALEM sur LITTEXPRESS

 

Carlos Salem Aller simple

 

 

 

 

Article de Justine sur Aller simple.

 

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem Nager sans se mouiller

 

 

 

 

 

 Article de Clémence sur Nager sans se mouiller

 

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem

Rencontre avec Carlos SALEM (1)

 

 

Rencontre avec Carlos Salem (suite).

 

 

 

 

 

 


Repost 0
3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 07:00

 

carlos-salem_portrait.jpg
 

 

Toujours dans le cadre de Lettres du Monde / Argentina, nous étions également présentes à l'entretien avec Carlos Salem à la bibliothèque de la Bastide à Bordeaux le 11 octobre 2011. Un article ayant déjà été publié récemment sur cette même rencontre, nous allons présenter le nôtre sous un angle différent. Il va s'agir de la transcription littérale de l’échange entre Christophe Dupuy et Carlos Salem. Les sujets déjà abordés dans  l'article de Soizic seront réduits au minimum afin d'éviter les redondances.

En ce qui concerne la biographie de Carlos Salem, nous vous renvoyons à  l'article de Soizic.

Bonne lecture à tous !


Sur la table :  Aller simple publié en 2008 + Nager sans se mouiller publié en 2010 + Je reste roi d’Espagne publié en français dans le courant de l'année prochaine



Christophe Dupuy : Le polar, aujourd'hui, c'est quoi ? C'est assez cadré, structuré... Dans les livres de Carlos Salem, il se passe des choses un peu en travers, dans le désert marocain ou dans un camp de naturistes. Le dernier de ses romans vient d'être publié en espagnol et s'intitule Je reste roi d’Espagne. Il y a de l'action, il y a de l'ambiance, il y a des choses particulièrement succulentes, et derrière il y a de grands moments de poésie. Parce que Carlos est poète également, il vous parlera un peu de cela. J'ai déjà fait une rencontre avec lui hier soir, alors nous n'allons pas aborder tout à fait les mêmes sujets car je risque de m'ennuyer ainsi que Carlos Salem. Mais il y a des choses sur lesquelles il faut que l'on revienne, et l'on va parler un peu de la différence qui existe selon lui entre le roman et la poésie.

Carlos Salem est argentin, il vit en Espagne depuis une vingtaine d'années, et je pense que la première question que l'on peut lui poser, en tout cas dans le cadre du roman policier qui m’intéresse, c'est qu'il y a peu d'auteurs argentins qui vivent en Argentine, comment cela se fait ? Carlos Salem vit en Espagne, Raul Argemi vit en Espagne également. Peu d'auteurs que l'on connaît vivent en Argentine. Il y a tout de même Gian Carlo Delgado et Edgardo Cozarinsky qui font des papiers régulièrement dans la presse pour râler un petit peu contre le manque d’intérêt du gouvernement pour la culture. Vous pouvez peut être nous en parler un petit peu ?

Carlos Salem : C'est un petit peu contradictoire, effectivement. Le gouvernement n'a pas beaucoup aidé la culture et la littérature. Mais ces dernières années il essaye d'arranger cela avec la création, par exemple, de prix correspondant à l'équivalent d'un salaire en Argentine. Cela n'existait pas avant.

Mais ce qui me fait peur finalement, c'est que, comme tous les gouvernements qui payent les artistes, le gouvernement argentin ne choisit que ceux qui lui sont loyaux et fidèles. Ou alors en tous cas qui ont des affinités particulières avec le pouvoir. C'est une attitude qui a commencé dans les années soixante-dix dans le milieu politique. Puis avec les difficultés économiques cette attitude engendra un litige par désenchantement, par déception.

Dans le cas des auteurs comme Raul Argemi, qui est arrivé à Barcelone il y a huit ans, leur départ est dû au fait qu'ils n'avaient plus en Argentine la possibilité de publier, d'être connus. Mais il est vrai que ces dix dernières années il y a eu des changements. En effet, avant, un écrivain qui arrivait du journalisme était mal vu, non pas par le public ou la société, mais plutôt par les critiques journalistiques et les critiques littéraires. Maintenant ce n'est plus vraiment le cas. C'est aussi pour ça que les gens sont petit à petit venus en Europe, pour des raisons personnelles ou autres.

Et c'est mon cas par exemple. Je ne suis pas directement publié en Argentine, mais ce sera le cas à partir de l'année prochaine. Quand je suis parti il y a vingt ans, je n'étais pas du tout connu en Argentine en tant qu'écrivain. Malgré le fait que j'avais gagné à l'époque un petit prix de poésie, dans ce milieu je n'étais pas connu non plus. Ma grande peur concernait justement mes romans car ils sont situés et installés dans le paysage espagnol, français ou européen. J'avais peur que, s'ils étaient lus là-bas en cas d'exportation, on dise : « Mais qu'est ce qu'il fait celui-là à écrire en espagnol et non en argentin ! », ou que l'on m'appelle « traître ». Mais comme on ne me connaissait pas à l'époque, ils m'ont connu avec mes romans publiés en espagnol d'Espagne. Donc la presse est plutôt tendre avec moi. J'avais énormément d'offres éditoriales pour la publication de mes romans. Mais quand on commence à écrire dans une langue on poursuit généralement les ouvrages suivants dans cette langue-là. Je ne le savais pas mais j'ai énormément de lecteurs en Argentine qui aiment que j'écrive en espagnol d'Espagne. Avec un ami journaliste, qui travaille dans un journal culturel, je disais justement que je ne m'y attendais pas et que je pensais qu'on allait me tomber dessus. Et il m'a répondu que même si le vocabulaire est espagnol cela semble cohérent car les romans se déroulent là-bas et ce qui plaît, c'est que le regard de l'auteur continue à être un regard argentin. Et il avait raison.



Christophe Dupuy : Et vous ? Vous vous sentez plus un écrivain espagnol ou argentin ?

Carlos Salem : Comme je suis Argentin et que j'ai publié ces romans en Espagne, je me considère comme un auteur « argengnol ».

Comme je le racontais déjà hier : pour faire des anthologies latino-américaines on ne compte pas les auteurs qui écrivent en espagnol d'Espagne. Et en Espagne il se passe la même chose : pour faire des anthologies espagnoles on ne contacte pas d'auteurs argentins. Mais la tendance est en train de se renverser car on m'a contacté pour participer à une anthologie argentine. De plus, je ne reçois d'aide financière d'aucun des deux pays.

Il y a toujours eu en Argentine une fascination, une attraction pour la culture française. Et le fait que mes romans fonctionnent plutôt bien ici, en France, a fait que finalement l'Argentine m'a bien accueilli. Et il est très fréquent que cela arrive. Par exemple Cesar Aira qui est quelqu'un de très prolifique, vit en Argentine mais il n'y était pas très connu jusqu'à ce qu'il publie ici en France. Il a alors commencé à avoir un certain nombre de lecteurs fidèles argentins et maintenant il est carrément un monstre littéraire en Argentine. Pourtant, il fait exactement les mêmes bêtises qu'avant, quand on ne faisait pas attention à lui.


Carlos Salem Aller simple
C.D. : Passons un petit peu au roman policier. On vous découvre en 2009 avec  Aller Simple, en 2010 avec  Nager sans se mouiller. Le troisième Je reste roi d’Espagne arrive cette année. Avant de parler de la genèse de l'écriture de ce roman, comment en êtes-vous arrivé à écrire du polar ?

C.S. : Je pense déjà que ça a à voir avec les goûts, avec l'expérience littéraire de chacun. Moi j'ai commencé à lire très tôt, vers mes quatre ans. J'ai commencé par lire des bandes dessinées, des choses comme ça, et des livres également.

À l'âge de quatorze ans, j'ai lu deux livres qui m'ont énormément marqué : un des romans de Raymond Chandler et un roman d’Osvaldo Soriano qui s'appelle Je ne vous dis pas adieu. Je l'ai lu le même hiver et je me suis dit que je voulais faire la même chose mais en mieux. J'ai mis très longtemps avant d'écrire des romans et je me suis vite rendu compte que mieux qu'eux je ne pourrais pas.

Lorsque je commençais à écrire plus sérieusement, petit à petit, dans tous les romans que j'essayais d'écrire ou que j'écrivais, apparaissait à chaque fois un revolver calibre 38, tout rouillé, assez long. C'est un petit peu amusant ce que je vous dis mais c'est à ce moment-là que je me suis rendu compte qu'il fallait que je me dirige vers le polar.

Mais je voulais écrire un polar à ma manière, je ne voulais pas créer un détective ou un commissaire un peu triste qui déprime durant toute l'histoire. Cela peut tout de même marcher, comme dans le cas de Andrea Camilleri parce que son commissaire est quelqu'un de formidable et un personnage magnifique. C'est également le cas de Fred Vargas et de son commissaire.

Ce qu'il y a aussi à savoir, c'est que quand j'étais adolescent je volais des voitures. Non pas pour les vendre mais juste pour faire un tour avec. Généralement je les laissais au détour d'une rue, pas loin de là où je les avais prises. Une professeure de collège qui savait un petit peu où j'allais et ce que je faisais, a commencé à me mettre au défi de lire et d'écrire des rédactions. Et comme je le dis dans Aller Simple, elle m'a appris qu'il était bien plus amusant de lire et d'écrire que de voler des voitures. Et elle m'a aussi appris que la réalité en Amérique latine est elle-même un roman noir.



C.D. : Donc au départ vous dites être influencé par Chandler mais à l'arrivée ce n'est pas vraiment le cas. Il y a des gens qui sont influencés par Chandler et qui écrivent des histoires de privés, d'inspecteurs dramatiques. Chez vous, on ne sent pas trop son influence.

C.S. : Si si, j'ai été influencé par Chandler ! (rire)



C.D. : Il y a un côté désabusé c'est vrai, mais le côté nudiste n'est pas chez Chandler !

CS : Chandler et sa femme étaient nudistes ! La femme de Chandler est le premier mannequin qui a posé nu en Amérique du Nord. Il y a d’ailleurs une sorte de légende sur le fait qu'elle se promenait toute nue dans la maison, qu'elle cuisinait nue... Il y a même une rumeur, qui n'est pas vérifiée, mais qui parle d'une visite de Former à Chandler. Chandler lui aurait ouvert la porte nu, sa femme aussi était nue. Je ne sais pas si c'est vrai mais j'adorerais que ce le soit ne serait-ce que pour imaginer la tête de Former quand on lui a ouvert la porte.

En ce qui concerne l'imitation de Chandler, il y a des écrivains qui imitent sa manière d'écrire et d'autres qui aiment tellement la musique de son écriture qu'ils essayent de la reproduire. Il faut faire attention aux dialogues, à leur structure, aux liens qui existent entre les personnes... Et dans Nager sans se mouiller on peut retrouver ce trait.

Dans Je reste roi d’Espagne, le détective est profondément un « chandlérien » même s'il est basque et qu'il vit à Madrid. Ses dialogues, ses mots, sont vraiment « chandlériens ». Il chante cette musique de Chandler que j'aime tant.



Carlos-Salem-Je-reste-roi-d-Espagne.gifCD : Poursuivons sur Je reste roi d’Espagne, le dernier en date de vos romans. Le roi d'Espagne disparaît. Il a l'habitude de faire de petites fugues, mais dans ce cas-là, le gouvernement est un petit peu désemparé parce que cela fait plus d'un mois que le roi a disparu. Il est urgent de le retrouver car il doit faire dans quelques jours une apparition télévisée pour Noël. Entre en scène un détective privé, parfaitement « chandlerien » comme tout le monde peut le remarquer (ton ironique) qui va partir sur les traces du roi d'Espagne. J'aimerais bien que vous me racontiez la genèse de ce roman et ensuite comment on arrive à mettre Je reste roi d’Espagne en place.

CS : J'aimais bien le personnage du détective Arregui, qui apparaissait déjà dans Nager sans se mouiller. Même si c'est un personnage secondaire, je lui avais déjà créé une histoire. Je ne voulais pas non plus que ce soit un détective mort de faim, sans argent, alcoolique et avec une vie dissolue. Comme moi j'ai une vie assez compliquée, j'essaye de donner à mes personnages une meilleure vie. Je voulais un détective qui soit réel, qui soit possible et qui s'adapte à l'Espagne actuelle.

Et donc j'ai créé l'histoire de ce détective qui cinq ans auparavant avait sauvé la vie du roi. Il avait reçu un tuyau disant que le roi était dans un chalet aux abords de Madrid, et au lieu de demander des renforts à ce moment-là, il s'etait carrément jeté dans le chalet, avait forcé la porte, avait vu que le roi avait été drogué et que deux personnes essayaient de le tuer. Le détective tue les kidnappeurs. Et comme il se doutait que le roi avait été entraîné à cause d'une histoire de rendez-vous avec une femme, il l'avait pris sur ses épaules, il l'avait mis dans sa voiture et l'avait déposé à l'entrée du palais puis il était parti. Le roi sut quand même qui l'avait sauvé et il envoya un médaillon au détective, une sorte de pièce de monnaie avec un code, un numéro de téléphone pour l'aider un jour si le détective avait un problème. Le détective n'a jamais utilisé cette pièce car il ne considère pas que le roi a une dette envers lui.

Quand il met en place son agence de détective, il commence à avoir des clients assez haut placés. Parce que même si cette histoire n'a pas été publiée dans les journaux, et que l'on n’en parle pas dans son dossier de police, la rumeur est passée dans certains cercles. Ces personnes pour pouvoir être ou rester en bons termes avec le roi et éviter tout problème, préfèrent s'adresser à cette agence de détective. J'ai donc fait un détective qui est en pleine force de l'âge, mentalement et physiquement, mais qui n'aime pas les clients qui viennent le voir.

Comme il a déjà sauvé le roi, maintenant que peut-il faire ? Et pendant deux - trois ans, j'ai réfléchi à cela sans réussir à démarrer le roman parce que le personnage est extrêmement structuré dans mon esprit et j'ai déjà des idées pour six ou sept romans sur lui.

En fait, un jour, en regardant la télévision, le roi était à la télé je me suis dit : pourquoi ne pas lui faire sauver à nouveau le roi, ou que le roi le sauve lui ?. Je me suis rendu compte aussi que le détective Arregui était quelqu'un de jeune dans son esprit, et que le roi est également un grand enfant de soixante-dix ans. Je me suis dit que les réunir tous les deux dans un roman pouvait être quelque chose d'intéressant et que si jamais ça ne marchait pas, j'abandonnais. Mais finalement j'ai aimé et, petit à petit, j'aimais de plus en plus.

Comme l'Espagne est quelque part un peu mon pays maintenant, je ne voulais pas écrire sur un ton sérieux mais plutôt humoristique. A deux cents mètres de beaucoup d'autoroutes, il y a une Espagne qui est arrêtée, stoppée nette dans les années 60 - 70 d'une certaine manière. Ce sont des endroits où les gens sont voisins mais n'habitent pas dans le même village, ne se parlent pas. Lorsque justement le détective retrouve le roi, et qu'il essaye de le remettre, d'une manière plus au moins discrète aux autorités espagnoles pour qu'elles le ramènent au palais, il doit traverser toute une partie de l'Espagne déguisé en hippie. Et dans cette Espagne profonde, il se rend compte que tous les personnages sont comme Rétroviseur, un devin qui ne sait voir que le passé. Ce personnage risque de se faire lyncher dans tous les villages où il passe car les gens n'aiment pas qu'on leur raconte leur passé. Parce que tout ce que l'on aime raconter de notre passé, c'est ce que l'on veut que les autres croient. Il croise également un musicien qui cherche à retrouver une mélodie qu'il a perdue. C'est une mélodie qui est censée guérir les maux. Pour cela, il roule toujours la fenêtre de sa voiture ouverte en essayant d'entendre cette mélodie. Et d'autres personnages dont je ne parlerai pas sinon vous ne lirez pas le roman ! (rire)

Je pense qu’avant les cinquante, quarante dernières pages, je ne sais pas si je vais faire publier ce que j'écris. Je le mets dans un tiroir et au bout d’un mois je l’oublie. Quand j’y reviens je le trouve plutôt bien.



C.D. : Comment tout cela s’agence ?

C.S. : Quand un roman me plaît ce n’est pas forcément une garantie qu’il plaira à tout le monde. Il faut savoir prendre du recul. Je pense que le mieux pour un auteur c’est de ne pas se faire confiance.

Je pense également que tous les auteurs qui passent par l'écriture et qui souffrent, mentent. Moi, je dis toujours qu’écrire c’est mieux que le sexe. Car lire c’est quelque chose de merveilleux pour un écrivain et écrire parfois c’est encore mieux que lire. Alors tous ceux qui disent qu’ils souffrent mentent.

Généralement je pars d’une idée qui, petit à petit, s’imbrique dans une autre et je sais généralement comment va finir le roman. Je laisse un temps. Quand j’ai, par exemple, une quatrième idée, je m’installe et je me mets à écrire. J’écris soixante, soixante-dix, quatre-vingts pages. J’arrête. Je laisse le roman dans un coin comme si je me mettais à un autre et j’écris quelques nouvelles, de la poésie, et je retrouve le roman que j’avais mis dans un tiroir. Quand je le reprends, généralement je lis et ça me plaît. Je me dis que je vais continuer. Ce que je ne veux pas c’est vraiment écrire en mode « automatique ». Car personne n’est obligé de finir un roman. Ce n’est pas grave si je n’écris pas, si je ne publie pas d’autres romans. Au lieu d’écrire un roman en mode « automatique », je préfère le laisser dans un coin, jusqu’à ce que je l’ouvre, je regarde, je sens que ça part bien et je continue.


C.D. : En France, on est prêt à souffrir pour écrire des romans. Jean-Patrick Manchette, auteur de polars, en entendant d’autres auteurs se plaindre durant les tables rondes qu’ils ont « porté ce livre », qu'ils « ne peuvent pas le lire parce que cela les perturbe », dit souvent qu’il ne faut pas se rendre malade pour de la littérature, qu’il faut faire autre chose.

C.S. : Effectivement, j’ai discuté avec Jean-Patrick Manchette à Pau et on a beaucoup parlé de cette « maladie » même si lui ne parle pas espagnol et moi français, mais plus on buvait de vin et plus on se comprenait. C’est lui qui m’a beaucoup soutenu dans l’apprentissage de la langue française. Et d’ailleurs, quand je suis venu en France pour la première fois, dans un salon du polar à Lyon, il m’a beaucoup aidé. Avant, je ne savais pas dire « oui » en français. En fait, lui n'a su qu’au dernier moment qu’il y avait quelqu’un, un hispanophone, qui arrivait avec un roman plein de poésie et d’humour. Il a acheté un Stephen Fry et le lendemain on a eu une table ronde sur le polar et l’humour. On était six auteurs et il est le seul à avoir parfaitement compris l’idée de mon roman. Il en a fait la promotion et je n’avais plus rien à dire de mon côté. Il se trouve que lui aussi a écrit un roman sur un couple qui vivait dans un camp naturiste et il se trouve également que je venais de publier mon premier roman sur un personnage dans un camping. Au final, il disait à tous les gens qui venaient pour une dédicace de son dernier roman, d’aller voir ceux de Carlos Salem. Le lendemain, je devais me lever tôt parce que l’après-midi, je devais rentrer à Madrid. Il m’a demandé à quelle heure je partais, je lui ai répondu que je partais dans une heure, une heure et demie, il s’est mis alors à faire la « promo » de mes livres en disant : « Achetez ! Achetez ! C’est un excellent roman » et j’ai vendu tous mes livres. Depuis lors, je lis ses romans très lentement en français et effectivement je suis d’accord avec lui quand il dit que quand on souffre d’écrire, il faut faire autre chose.



C.D. : Pour Paco Ignacio Taibo, on n’écrit pas de romans policiers ou de polars mais des « nouveau romans d’aventure ». Qu’en pensez-vous ?

CS : Je pensais déjà ça avant que Paco Ignacio Taibo ne le dise. Et c’est toujours ce que j’ai voulu faire. Jusqu’à ce que je m’y mette réellement. Pour moi, Paco est un grand maître. Je suis un grand amateur de ce que fait cet auteur. C’est un détective particulièrement efficace. Paco a publié soixante-deux romans. Pour ma part, je n’en ai publié que onze. Dans Je reste roi d’Espagne qui sera édité en France l’année prochaine, il est question d’un détective qui s’appelle Felipe Marc Lopez en référence à Philip Marlowe.

Je pense que le roman noir a tout le temps un fond social. Mais chacun raconte cela comme il veut. Pour ma part, pas particulièrement sauf si c’est un gros roman. Je n'aime pas que dans un roman on me raconte par exemple comment se passe le trafic d’organes. J’ai l’impression que tout le reste, les personnages, tout cela, sert juste à remplir l'histoire. si j’ai envie de savoir comment cela se passe, je prends un documentaire et là je sais. Pour moi, le roman noir, le polar c’est un roman ancré dans les personnages mais bien sûr, il y a forcément une structure globale, une histoire, une intrigue qui met en scène ces personnages. Je suis d’accord avec Paco parce qu’il faut dire qu’effectivement c’est le nouveau roman d’aventure. Chaque détective qu’il crée réussit à faire ce que personne n’avait envie de faire . Contrairement aux justiciers, les héros n'ont pas besoin de porter des déguisements pour se sentir héroïques. Alors qu’en tant que détective, s’il avait fait deux pas de plus, il aurait pu être le délinquant qu’il est en train de poursuivre. C’est pour ça que cette figure a perduré jusqu’en 1939.

Le premier roman que j’ai écrit, j’ai pensé que c’était un bon roman, qu’il soit publié ou pas. J’ai fini de l’écrire je ne sais plus quel mois de l’année 1997, j’ai dû demander trois jours de repos. Je me suis vidé la tête en faisant la fête avec des amis pendant ces trois jours. Quand je me suis demandé, un peu plus tard, si le travail que j'avais fait avait du succès, sur internet j’ai appris qu’Oswald Olgano, à qui j’avais dédié mon premier roman, était mort. Quand j’ai rencontré Paco, c’était pour vérifier qu’il n’était pas mort. Comme je n’étais pas sûr de finir mes romans et de rencontrer les auteurs que j’admirais avant qu’ils ne décèdent, j’ai écrit des romans où je les ai inclus en tant que personnages. D’ailleurs dans ce roman (Je reste roi d’Espagne), le faux Zigliani est comme je l’imagine, comme je l’ai senti à travers les interviews. Avec Paco Igniaco Taibo, j’ai fait la même chose ; comme un personnage secondaire qui jouerait un rôle plus important qu’en réalité. Il fallait que ce soit quelqu’un de pas forcément exceptionnel et surtout un détective pour qui c’était naturel d’enquêter. Il n’y a personne incapable de ne s’étonner de rien. Paco a également une acuité, un don dont il pourrait très probablement vivre : il devine l’origine du Coca-cola, dans quel pays il a été fabriqué. Et finalement les personnages du roman finissent par ressembler aux personnages de la réalité.


Propos recueillis par Margot et Alice, 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

 

Carlos SALEM sur LITTEXPRESS

 

Carlos Salem Aller simple

 

 

 

 

Article de Justine sur Aller simple.

 

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem Nager sans se mouiller

 

 

 

 

 

 Article de Clémence sur Nager sans se mouiller

 

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem

Rencontre avec Carlos SALEM

 

 

 

 

 

 


Repost 0
Published by Margot et Alice - dans polar - thriller
commenter cet article
2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 07:00

Carlos-Salem-Nager-sans-se-mouiller.gif



 

 

 

 

 

 

 

Carlos SALEM
Nager sans se mouiller

traduit par

Danielle Schramm

Actes Sud,

Actes noir, 2010
Babel Noir, 2011






 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Carlos Salem est né à Buenos Aires en 1959. C’est un journaliste et écrivain qui vit à Madrid depuis 1988. Il a cofondé le bar culturel Bukowski Club en 2006, où il organise des rencontres hebdomadaires de lecture de poésie et de nouvelles. En 2007, il écrit son premier roman, Camino de Ida (traduit par Aller simple en français et publié chez Moisson Rouge, prix du meilleur premier roman à la Semana Negra de Gijón) et un an plus tard, il publie Matar y gardar la ropa (en français : Nager sans se mouiller). En novembre 2008, il écrit un recueil de nouvelles : Yo también puedo escribir una jodida historia de amor, et en mai 2009, sort son troisième roman : Pero sigo siendo el rey (Je reste roi d’Espagne).



L’œuvre

Le héros s’appelle Juan Pérez Pérez (mais tout le monde le surnomme « Juanito »), et dire qu’il a une vie compliquée serait un euphémisme. D’un côté, il est un timide père de famille, divorcé, cadre d’une entreprise multinationale qui « vend des compresses dans la moitié de l’Europe » et qui tente tant bien que mal de faire face à sa tyrannique ex-femme, qu’il a profondément déçue au cours de leurs années de mariage. De l’autre, il est Numéro Trois, tueur à gages efficace employé par l’Entreprise, dont la réputation n’est plus à faire et qui ne se pose pas de questions sur son métier.

Jusqu’à présent, il a toujours réussi à bien séparer travail et vie familiale sans jamais laisser son entourage découvrir l’autre facette de lui-même. Mais alors qu’il s’apprête à emmener ses enfants sur la côte pendant un mois (tandis que Leticia, va un mois dans un camp de nudistes avec son nouveau petit ami), un contrat de dernière minute l’oblige à modifier ses plans. Il doit désormais lui aussi rejoindre une plage de nudistes dans le but de tuer sa nouvelle cible sans quitter sa progéniture des yeux (sous peine d’avoir affaire à son ex-femme, ce qui, selon lui, est beaucoup plus inquiétant que d’avoir à affronter l’Entreprise elle-même). Alors qu’il arrive à destination, on lui communique le numéro d’immatriculation de la cible. Un numéro qu’il connaît très bien puisque c’est lui qui a acheté cette voiture à Leticia ! D’ailleurs il tombe nez à nez avec elle dès le premier jour car leurs tentes sont voisines, et, surprise, l’homme qui sort nu de la tente avec elle est le très célèbre juge Gaspar Beltrán, réputé pour chasser le crime au péril de sa vie. Il est un des trois hommes pour qui Juan éprouve de l’admiration.

Il apprend tout de même à son grand soulagement qu’elle a vendu la voiture, et que c’est donc son nouveau propriétaire qui est visé, non elle. Mais à sa grande horreur, il se rend compte que celui qu’il doit tuer est Tony, un ami d’enfance qu’il a mutilé deux fois, sans le faire exprès, à l’œil et à la jambe, quelqu’un envers qui il se sent responsable et qu’il ne pourrait jamais se résoudre à assassiner. Il finit par soupçonner l’Entreprise de lui tendre un piège, car cette mission mêle beaucoup trop sa vie privée avec son travail, ce qui est interdit. Cependant, il a beau chercher, il ne voit pas ce qu’il a pu faire contre elle (il n’a jamais posé de problème, n’a jamais eu connaissance d’informations compromettantes et s’est toujours acquitté de ses missions consistant à « expédier ses colis » — traduction : tuer ses cibles — avec soin et efficacité).

En même temps qu’il se pose toutes ces questions, Juan fait la rencontre d’une jeune femme, Yolanda, dont la beauté et le sourire font chavirer son cœur, et d’un vieil homme, Andrea Camilleri, qui sera pour lui une figure paternelle mais qui cache un lourd secret.

La narration est très légère, dépourvu de descriptions superflues. Elle est conduite à la première personne et nous voyons l’histoire à travers les yeux de Juan, ce qui nous permet de mieux nous assimiler à lui. Le style de l’auteur est assez cru et on assiste parfois à quelques scènes sexuelles, sans excès de détails.

Les personnages sont drôles et attachants, car très humains. Ils ont des défauts qui leur donnent une dimension plus réaliste et ils doutent beaucoup d’eux-mêmes ou de leurs actes, particulièrement le héros, qui a de plus en plus de mal à assumer ses deux personnalités. Il confond de plus en plus le travail et la vie privée et à certains moments, on peut même voir un début de schizophrénie : « Un moment, ce n’est pas moi qui ai répondu, mais Numéro Trois. C’est sa voix, son sourire et sa façon de marcher. »

Pour acquérir cette double personnalité, le protagoniste a eu un mentor : l’ancien Numéro Trois, dont on ne connaît pas le nom. Il lui a appris le métier après l’avoir recruté et il lui a expliqué « qu’on tue mal quand on hésite, parce que les balles le savent. » À l’époque, Juan était le Numéro Trente-Trois. Il dit de son mentor que « le vieux Numéro Trois était un sanglier à qui rien  n’échappait » et ce dernier lui a prodigué des quantités de conseils utiles :

« Ceux qui tuent et après se lamentent sont comme ces putes qui pleurnichent après avoir été payées. Pour tuer correctement, il faut tout oublier, sauf la balle. La cible est vivante, d’accord, mais c’est une cible. Si tu te mets à penser que le type a une famille et tout ça, tu vas le rater, et tu vas le rater encore plus car il ne va pas mourir tout de suite et tu devras l’achever. Le mieux, c’est d’arrêter les conneries, viser et, puisque de toute façon tu devras livrer le bonhomme, le faire vite et bien. »

Ces conseils étaient parfois accompagnés d’une étrange philosophie : « se méfier des coïncidences et des putes aux petits seins ». Juan ajoute dans le livre : « Il m’aimait bien, à sa façon. Mais c’était une façon de merde. »

L’ancien Numéro Trois est mort avant que ne commence le roman. Son assassin n’est autre que son apprenti lui-même, qui l’a descendu sur ordre de l’Entreprise (mais pour savoir pourquoi, vous devrez lire le livre !) et qui a pu entendre ses derniers mots : « Il avait tué tant de gens que, lorsque ce fut son tour, ses dernières paroles furent pour apprécier l’efficacité du tueur. – Neuf sur dix, dit-il. Et il mourut. » Juan en vient à se demander si le fait qu’il l’ait tué il y a si longtemps et cette mission plus qu’étrange ne sont pas liés. Et toujours cette question récurrente : qui sont Numéro Deux et Numéro Un ? L’identité du premier est révélée à la fin du livre, mais vous ne le saurez pas dans cette fiche ! Lisez le livre, vous dis-je !

Un deuxième mentor apparaît au cours de l’histoire, qui n’est autre que Camilleri. Ce dernier est à l’opposé de l’ancien Numéro Trois : c’est un vieil homme qu’il rencontre au début de l’œuvre, écrivain, philosophe à ses heures perdues et dont le rêve serait de finir ses jours en Sicile. Il emploie beaucoup de métaphores pour illustrer ses réflexions :

« Quand on passe sa vie à lire, on finit par croire que la vie est un livre, qu'on peut revenir en arrière si l'on perd le fil de l'histoire. Mais ce n'est pas comme ça. La vie, notre propre vie, on ne peut la lire qu'une fois tout en avançant. Et connaissez-vous quelque chose de plus difficile que de lire en marchant ? »,

« Moi je continue à aimer les femmes belles, et je ne parle pas seulement des visages. Quoique aujourd’hui mon grand âge me pousse plus à la contemplation d’une toile qu’au plaisir de la peindre... »,

«  – Quel tableau serait-elle ? je lui demande. – Un moderne, parfait, millimétré et glacé. […] Il n’y aurait pas de traces de pinceau, et chez une femme belle ce qui importe ce sont les traces de pinceau. »

Il s’avère que ce personnage est authentique et est encore en vie. Dans l’œuvre, il guide Juan à l’aide de sa philosophie et de sa bienveillance en lui donnant des conseils pour faire face à sa vie si compliquée. On peut dire qu’il remplace le vieux Numéro Trois et le père qu’il a perdu quand il était petit.

Au niveau des relations père-fils, lepersonnage central a un rapport particulier avecAntoñito, qui est un petit garçon timide : « Il me fait penser à moi, quand j’étais moi. » Ce dernier est complètement dominé par sa sœur, Leti, qui tient beaucoup de sa mère et qui, comme elle, est très rationnelle et très dominatrice :

« Leti, allongée, envahissant des bras et des jambes le territoire de son frère qui se recroquevillait pour gêner le moins possible. Pauvre Antoñito qui ne sait pas encore que ça n’empêche pas certains de trouver qu’on dérange quand même. »

Avec l’adolescence, la ressemblance entre Leti et Leticia est de plus en plus frappante, ce qui gêne Juan. En effet, son ex-femme et lui ne sont divorcés que depuis deux ans et leurs relations, au début du livre, sont encore tendues. Elle continue de lui faire des reproches, particulièrement quand il entame sa relation avec Yolanda. Cependant, au fil de l’histoire, ils finissent par se réconcilier et elle lui fait même des avances, qu’il repousse au profit de la jeune femme.

Mais, comme dans chaque histoire, à chaque fois qu’il y a un héros, il faut un ennemi. Txema Arregui, qui apparaît à la moitié du livre, est en quelque sorte la « bête noire » de Juan. Ils ont souvent été confrontés l’un à l’autre, notamment pour une affaire de migales (mais je ne vous en dis pas plus !) et pour en savoir plus sur lui, le héros a eu une liaison avec sa fiancée, Claudia. Contre toute attente, il tombe follement amoureux d’elle :

« Avec Claudia […] j’avais l’impression d’être moi, même si je ne savais toujours pas qui était ce moi […] J’étais moi, comme je ne l’ai plus jamais été jusqu’à hier avec Yolanda. »

Mais elle meurt avant que ne commence le récit, tuée dans une ruelle sombre par deux junkies en manque. L’inspecteur, fou de douleur, mène son enquête et apprend que son amant est la dernière personne à l’avoir vue. Il en retiendra une vérité fondamentale : Juan Pérez Pérez a tué celle qu’il aimait !

La relation entre les deux personnages est pleine de contradictions : on sent qu’ils s’aiment bien, mais tout les oppose ! Ils s’apprécient, s’estiment, mais s’en veulent et se méfient l’un de l’autre.

Pour terminer, Juan manque parfois de romantisme dans son rapport avec la gent féminine. Ainsi, quand il raconte comment il a rencontré son ex, il dit : « Quand j’ai connu Leticia, je suis tombé amoureux de sa gaîté, de son goût de la vie. Et de son cul. J’adorais voir rire son cul. » L’auteur a quelquefois des qualificatifs étranges pour décrire les femmes comme : « cul rieur ». Cela ne donne pas une bonne image de la femme en général. Ainsi, la petite amie de Tony le trompe avec son homme de main, Leti envisage de coucher avec un garçon qu’elle connaît à peine dans le but de perdre sa virginité maintenant pour pouvoir poursuivre ses études tranquillement plus tard, Leticia, après avoir divorcé de Juan, essaye de tromper Gaspar Beltrán avec son ex en lui faisant des avances. Seule Yolanda, celle dont le héros est amoureux, n’a pas de comportement répréhensible.



Mon avis

C’est un livre passionnant. L’écriture est rafraîchissante, l’histoire est drôle, racontée avec beaucoup de légèreté et le suspense est gardé intact jusqu’à la fin. On s’attache facilement au personnage principal, qui tente de faire face aux drames de l’existence d’un agent secret comme aux catastrophes de la vie quotidienne. Les rebondissements sont inattendus et donnent plus de volume à l’histoire, notamment au niveau des relations des personnages. Pour parfaire l’ensemble, Carlos Salem parsème son récit de réflexions philosophiques et psychologiques qui, loin d’être lourdes, sont les bienvenues et sont souvent accompagnées d’une poésie agréable et profonde. Un seul regret : une fin un peu trop « happy » pour un thème aussi noir.

 

 

Clémence d. G., 2e année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

Carlos SALEM sur LITTEXPRESS

 

Carlos Salem Aller simple

 

 

 

Article de Justine sur Aller simple.

 

 

 

 

 

 

Carlos Salem

Rencontre avec Carlos SALEM

Repost 0
Published by Clémence - dans polar - thriller
commenter cet article
25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 07:00

Carlos-Salem-Aller-simple.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Carlos SALEM
Aller simple
Camino de ida, 2007
Traduit par
Danielle Schramm
Actes Sud,
Collection Actes Noirs, 2009
Babel Noir, 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
Quelques éléments biographiques
 
Carlos Salem est un auteur argentin né en 1959 à Buenos Aires. Il vit  actuellement en Espagne. Il fut traduit en France par les éditions Moisson Rouge puis par les éditions Actes Sud. Il est écrivain et journaliste. Il a également possédé un bar dans  la ville de Madrid ; Le Bukowski Club. Charles Bukowski est un écrivain qui l'inspire sans nul  doute. Aller simple est son premier roman traduit en France. Il a reçu le prix Mémorial Silverio Canada en 2008. Carlos Salem est aussi l'auteur de Nager sans se mouiller (2010) et de Je reste Roi d'Espagne (septembre 2011).



L'histoire
 
Tout commence le jour où la femme envahissante et acariâtre d'Octavio Rincon décède. Octavio, simple employé de l'état civil d'une petite ville espagnole, voit alors sa vie changée. Depuis vingt ans, Dorita envahit son existence et décide de ses choix et de  ses envies. Plusieurs fois, il a rêvé de la voir mourir. C'est pendant leur svacances au Maroc que  son vœu s'exauce. Une sieste funeste lui octroie cette libération. Ce sentiment d'être  libre, Octavio ne le ressent pas immédiatement. Il ne sait pas comment réagir, deux sensations  contradictoires l'envahissent : la peur mais aussi une joie inespérée. Il descend à l'accueil de l'hôtel pour  prévenir du décès de sa femme et éviter toute accusation fortuite de meurtre.

Une rencontre inattendue dans le bar de l’hôtel va quelque peu modifier ses projets. Un Argentin aux idées révolutionnaires, venu vendre des glaces dans le désert marocain va entraîner Octavio dans de nombreuses péripéties toutes plus drôles, inattendues et  périlleuses les unes que les autres. Son nom est Raul Soldati. Sa vision de la vie, libre et sans retour, va être  le fil conducteur de la nouvelle existence du modeste « monsieur tout le monde », qu'est Octavio.

Ensemble, ils vont se voir confrontés à un mafieux bolivien, trafiquant de  faux dollars, qui va les poursuive à travers le désert marocain pour récupérer un agenda  électronique contenant des informations précieuses et confidentielles. De nombreux personnages vont se  trouver sur leur route. Ils croisent une bande de hippies, dont un, nommé Charlie, se  trouve être un chanteur de tango décédé depuis de nombreuses années : Carlos Gardel. Ce dernier a pour but d'éliminer Julio Iglesias qui a fait des  reprises de ses chansons. Un hommage très mal considéré par l'artiste. Une  rencontre avec l'une des hippies, nommée Ingrid, va permettre à Octavio de  découvrir que la vie sexuelle éteinte qu'il avait avec sa femme n'était pas  du tout satisfaisante. Il se découvre un autre homme, viril et sûr de  lui. Son sexe, qui double de taille, est le symbole de cette virilité  retrouvée.

Remarquons que Carlos Gardel est mis en avant dans le roman avant chaque  nouvelle partie. Carlos Salem narre alors un passage de la vie du chanteur. Un mélange de fiction et de réalité, qui permet aux lecteur de connaître l'histoire de cet homme, symbole de  l'Argentine.

Octavio et ses deux compagnons de route quittent les hippies pour échapper au Bolivien, toujours à leur poursuite. Ils essaieront de récupérer le corps de Dorita resté à l'hôtel. Une diversion tourne mal, le bâtiment prend feu. Ils doivent une nouvelle fois fuir le Bolivien et les autorités marocaines sans avoir retrouvé le corps.

De retour dans la campagne et le désert marocains, ils croiseront de nombreux personnages atypiques : Gimaldi, un scénariste fantasque qui, pour son dernier « chef d’œuvre », tourne dans le désert, sans se préoccuper de l'absence de pellicule dans les caméras. L'équipe de tournage, consciente de cette absurdité, continue sans relâche à jouer pour ce  scénariste caractériel.

Après être tombé en panne de voiture, Octavio se voit contraint de trouver des outils. Il rencontre alors, dans un village isolé, un rassemblement de  touristes en attente devant une maison. Il se trouve qu'un écrivain de talent, reconnu mondialement et détenteur d'un prix Nobel de littérature, habite dans ce village. Octavio, contre tout avis, décide d’entrer chez ce dernier, appelé Mowles. L'auteur l'accueille avec curiosité et bienveillance. Les deux hommes discutent et l'auteur trouve enfin l'occasion de révéler son secret : il n'a jamais écrit un seul livre. Il s'est contenté de faire un mélange de diverses œuvres classiques. Malgré tout, la  profession, les journalistes et ses lecteurs lui vouent une admiration sans bornes. Il supporte de moins en moins ce succès immérité. Selon lui, ses lecteurs ne doivent même pas le lire. Ses livres sont justes bons à décorer les bibliothèques. Octavio lui propose de lui remettre sa propre histoire, quand tout cela sera fini et que lui et le corps de sa femme seront de retour en Espagne. Mowles accepte et se voit soulagé de connaître un jour peut-être une gloire méritée.

Octavio voit son périple finir par une nouvelle étonnante. Dans un élan de nostalgie, il appelle son domicile en Espagne. C'est sa femme qui répond. Une dispute éclate. Pour une fois Octavio, fort de son incroyable aventure, dit à sa femme ce qu'il pense réellement. Il refuse de venir habiter avec elle. Il lui avoue ne l'avoir jamais aimée et être, pour la première fois de sa vie, heureux. Après s'être débarrassé du Bolivien et de son équipe de tueurs, Soldati et Gardel repartent aux États-Unis, pour réaliser leur rêve d'entreprise et de vengeance. Octavio se retrouve seul pour enfin vivre selon ses envies. Il écoutera maintenant l'adage de son ami argentin : la vie n'est qu'un aller simple, il faut savoir en profiter.

 

Les thèmes majeurs
 
Le périple d'Octavio est un éloge du lâcher prise et de la liberté. Cet homme banal et sans histoire qui se laisse vivre sans prendre en compte ses envies, sans avoir une seule opinion ni le courage de se confronter à sa femme, va connaître en quelques jours ce qu'il n'a jamais osé imaginer en cinquante ans d’existence. Il va se libérer de toutes contraintes morales et sexuelles. Tout ce que sa femme ne lui permettait pas, il va le réaliser : les femmes, le sexe, l'alcool, la fête. Il se redécouvre et dépasse ses limites.
 
Cependant, tout n'est pas si simple. Une culpabilité l 'envahit fréquemment. Le corps de sa femme est resté dans la chambre d'hôtel. Il tient absolument à le récupérer, pour procéder à un enterrement dans les règles, en Espagne. Cette idée va être son objectif pendant toute l'histoire. Sa femme décédée reste présente. Dès qu'il vit un moment de joie ou qu'il se montre courageux, il aimerait que Dorita soit là pour le voir. Il se sent coupable mais aussi  fier de tout ce qu'il fait. Sa femme qui le considérait comme un minable, ne verra jamais le nouvel Octavio.
 
L'humour est également très présent dans ce roman. Malgré des personnages désespérés et frustrés, le décès d'une femme, et les envies de meurtres d'un mafieux, l'histoire nous apparaît légère, pleine d'ironie et de situations extravagantes.
 
L'amitié qui lie Octavio, Soldati et Carlos Gardel est aussi un élément majeur de l’œuvre. C'est grâce à ces deux hommes qu’Octavio réussit à changer de vie et à résister à toutes les épreuves qu'il rencontre. Cette amitié masculine est révélatrice d'un monde  machiste où les femmes ne trouvent leur place que dans un lit ou dans une tombe. Dorita est la caricature de la femme envahissante et insupportable. Son mari incapable de se prendre en main,  n'est-il pas la raison de tout cela ? Les femmes qu’Octavio rencontre par la suite sont simplement des objets sexuels. Il ne se lie jamais avec elles. Sauf Ingrid, qu'il retrouve, par hasard, à la fin du roman.



Pour finir, Carlos Salem fait de nombreuses références à ses contemporains, une sorte d'intertextualité que l’on découvre dans les noms des personnages. Raul Soldati évoque un réalisateur et écrivain italien du même nom. Le prix Nobel Mowles (Paul Bowles ?) possède un chat : Jorge Luis, en référence à Jorge Luis Borges, figure emblématique de la littérature sud-américaine. Octavio Paz, grand poète mexicain serait, quant à lui, à l'origine du prénom du personnage principal du roman.



Extraits
 
« Dorita mourut pendant sa sieste, pour achever de me gâcher mes vacances. J'en étais sûr. J'avais passé vingt de nos vingt-deux années de mariage à  lui inventer des morts fantasmatiques. Et quand enfin cela arriva, ce ne fut  aucune de celles que j'avais imaginées. Mettant de côté les attentats les plus divers, les poisons et les piranhas dans la baignoire, qui étaient surtout des exercices innocents de réconfort, j'avais toujours su qu'elle mourrait avant moi et dans un lit. »
 
« — Moi aussi j'ai longtemps été triste. Ça ne m'a servi à rien. Longtemps après, j'ai découvert que tous les chemins qu'on prend sont sans retour..
— Jusqu'où ?...
— C'est ce qui compte le moins, répondis-je. L'important c'est d'aller, de faire, de rire, de pleurer, de vivre. Ce sont des verbes, de l'action. Si tu te trompes, tant pis. Mais si tu ne décides pas par toi-même, la chance bonne ou mauvaise, te sera toujours étrangère. Tu comprends ? On ne peut pas vivre en accusant toujours les autres de son malheur, parce que être malheureux, c'est aussi un choix, mais un choix de merde. »
 
 
Justine Genois, 2e année édition-librairie

 

 

Carlos SALEM sur LITTEXPRESS

 

 Rencontre dans le cadre de Lettres du monde 2011.

 

 

 

 

 


Repost 0
Published by Justine - dans polar - thriller
commenter cet article
20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 07:00

 
Dans le cadre des  « Lettres du Monde » / Argentina, Carlos Salem était présent à la bibliothèque de la Bastide à Bordeaux le 11 octobre 2011. Auteur de polars, argentin exilé en Espagne, l’auteur au look de pirate a eu l’occasion de parler de ses trois romans policiers traduits en France dont Je reste roi d’Espagne, sorti en septembre. Dans une ambiance conviviale, une dizaine de lecteurs et les bibliothécaires de la Bastide sont venus assister à cette rencontre animée par Christophe Dupuis, critique littéraire spécialiste du polar, aidé de Nayrouz Zaitouni-Chapin comme interprète.

  Carlos-Salem.jpg

Présentation

Carlos Salem a déjà publié onze ouvrages au total si l’on ajoute sa poésie aux cinq romans policiers, tous parus en Espagne où il vit depuis une vingtaine d’années. Il a expliqué que peu d’auteurs argentins résidaient encore dans leur pays d’origine à cause du gouvernement qui ne s’intéresse que très peu à la culture, malgré de petites améliorations ces dernières années par la création de prix littéraires. De plus, le risque serait pour les auteurs de n’être aidé par l’État que si leurs œuvres sont en accord avec les idées du gouvernement. Mais ce n’est pas la seule raison : beaucoup d’Argentins, écrivains ou non, s’exilent à cause des problèmes politiques ou économiques du pays ainsi que par déception, désenchantement. Pour Carlos Salem et d’autres écrivains argentins, l’exil est aussi dû à la mauvaise vision systématique qu’ont les critiques littéraires du pays des journalistes qui se lancent dans l’écriture.

 

Entre Espagne et Argentine

La position de Carlos Salem en tant qu’auteur d’origine argentine mais résidant en Espagne n’est pas toujours facile à vivre pour lui. Au départ, le monde littéraire s’intéressait peu à lui car il était vu comme Espagnol en Argentine et comme Argentin en Espagne. Petit à petit, il a réussi à trouver sa place en Espagne en écrivant des romans qui se passent dans ce pays. L’année prochaine, un de ses romans sera pour la première fois publié en Argentine où il  n’était pas du tout connu avant son exil, à part dans le monde de la poésie. À cette idée, Carlos Salem était très inquiet car il avait peur d’être vu comme un traître par son pays d’origine puisqu’il écrit sur l’Europe et dans une langue propre à l’Espagne. Finalement, il recueille d’ores et déjà une critique positive puisque beaucoup de lecteurs argentins aiment ce langage. Il obtient aussi une bonne reconnaissance grâce au succès de ses traductions par Actes Sud en France car l’Argentine est particulièrement fascinée par notre pays. Carlos Salem estime donc que ses romans sont en partie espagnols, par les sujets et la langue utilisée, en partie argentin à travers le regard qu’il propose de l’Espagne dans ses romans.

 

Romans policiers

D’après Carlos Salem, chaque auteur qui écrit dans un genre particulier le fait grâce à son goût et à son expérience littéraire. Ainsi, s’il en est arrivé à écrire des romans policiers, c’est parce qu’il a été marqué par la lecture de Raymond Chandler à l’âge de quatorze ans. À ce moment-là, il s’est dit qu’il aimerait « écrire la même chose mais en mieux » (aujourd’hui il considère modestement ne pas avoir réussi). Au lycée, une de ses professeurs l’a poussé à lire et à écrire pour qu’il arrête de voler des voitures. En écrivant, il s’est rendu compte qu’il faisait apparaître systématiquement une arme à feu de calibre 38 dans ses histoires. C’est alors qu’il a commencé à se poser la question d’écrire des polars. Carlos Salem a ajouté que si beaucoup d’écivains latino-américains sont des auteurs de polars, c’est parce que la réalité même de l’Amérique latine est un roman noir, selon lui.

Aujourd’hui, il admet s’inspirer de l’œuvre de Raymond Chandler même si cela n’est pas toujours très visible dans ses romans. En effet, il a expliqué qu’il réutilisait plus la « musique » de Chandler que ses personnages ou la structure de ses romans. Il reprend donc son ironie ou encore l’éthique amicale des personnages qui ne peuvent pourtant faire confiance à personne.

Pour Carlos Salem et d’autres écrivains comme Paco Ignacio Taibo II, ni le polar ni le roman noir ne correspondent à l’écriture policière latino-américaine : ils préfèrent parler de « nouveau roman d’aventure ». Les particularités de leurs détectives sont qu’ils aiment leur ville, qu’ils sont habillés comme tout le monde et qu’ils étaient à un pas de devenir les délinquants qu’ils poursuivent. Carlos Salem considère que les auteurs comme lui vont à la recherche de ce qui n’intéresse plus la plupart des gens.

 

 

Je reste roi d’Espagne

 

 Carlos-Salem-Je-reste-roi-d-Espagne.jpg 

À l’origine, Carlos Salem ne souhaitait pas créer un détective stéréotypé qui lui servirait pour une série de romans. Il considère qu’il est nécessaire de créer un personnage très bien construit pour qu’une série possède un réel intérêt. Or cet exercice est très difficile et il n’a pas osé le faire jusqu’à Je reste roi d’Espagne qui devrait être le premier roman d’une série autour d’un détective nommé Txema Arregui. L’auteur avait déjà introduit ce personnage dans Nager sans se mouiller en tant que policier qui pense à devenir détective privé. Il avait pris soin d’en faire un personnage atypique avec une histoire personnelle mais sans qu’il soit alcoolique et pauvre. C’est un personnage qu’il voulait réel, adapté à l’Espagne actuelle, « en pleine force physique et mentale ». Carlos Salem a réfléchi à son détective pendant deux ou trois ans avec seulement l’idée qu’il aurait sauvé le roi cinq ans auparavant et qu’il s’ennuierait avec ses clients. Il se mit enfin à écrire ce roman lorsqu’il eut l’idée de faire de nouveau sauver le roi par Arregui. Ce roman commence donc avec la disparition du Juan Carlos sur laquelle le détective chandlerien va accepter d’enquêter. À travers ce livre, l’auteur résume ses vingt années passées en Espagne sur un ton ironique mais non moqueur car il considère désormais l’Espagne comme son pays. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui l’ont fait hésiter à publier son livre jusqu’à ce qu’il écrive les cinquante dernières pages. Avec ce personnage, Carlos Salem prévoit d’écrire sept ou huit autres romans.

 

 

 
Rapport à l’écriture

La manière dont Carlos Salem travaille l’écriture de ses romans peut être considérée comme originale. En effet, il n’écrit pas qu’un seul ouvrage à la fois mais plusieurs. Il a l’habitude d’écrire de 70 à 100 pages d’un seul coup puis de laisser l’ouvrage travaillé dans un coin avant d’y revenir quand ça lui plaît vraiment. Il n’écrit que lorsque qu’il sait comment la partie qu’il veut travailler va finir. Il connaît aussi la fin de son roman avant de commencer à le rédiger. Il ne se sent jamais obligé d’écrire à un rythme régulier pour publier absolument. Carlos Salem estime qu’il est important de prendre du recul lorsqu’on écrit, qu’il ne faut pas trop se faire confiance. Mais il dément l’idée exprimée par certains écrivains qu’écrire serait une souffrance. Pour lui, on écrit seulement pour le plaisir et il trouve que l’écriture est la meilleure des choses, « mieux que le sexe ».



Hommages aux écrivains

Dans chacun de ses romans, Carlos Salem réserve une place particulière à un écrivain qu’il admire. Il leur rend hommage en les faisant apparaître comme personnage de l’histoire à part entière d’après les traits qu’il connaît. Ainsi, Andrea Camilleri ou Paco Ignazio Taibo II sont cités dans deux de ses romans mais restent des personnages fictifs. Pour lui, c’est une façon de rencontrer les écrivains qu’il admire depuis longtemps.



 Bukowski Club

Suite à la question d’un lecteur, Carlos Salem nous a parlé de son bar si particulier qu’est le Bukowski Club. Ce bar est en effet un lieu littéraire où chacun peut venir lire trois de ses poèmes en toute liberté, sans être connu, en s’inscrivant simplement chaque mercredi. L’auteur avait mis en place ce système en réaction contre les bars qui sélectionnaient officiellement leurs poètes. Depuis, il a quitté son amie qui a gardé la possession de ce bar et près de trente endroits identiques se sont développés à Madrid.


Soizic, 2e année Éd.-Lib.

 


Repost 0
Published by Soizic - dans polar - thriller
commenter cet article
15 août 2011 1 15 /08 /août /2011 07:00

Ian-Rankin-Une-derniere-chance-pour-Rebus.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ian RANKIN
Une dernière chance pour Rebus
titre original : Resurrection Men
trad. de l'anglais
par Freddy Michalski

Éditions du Masque, 2006

LGF/Livre de poche, 2008



 

 

 

 

 

 

 

 

Un homme entre deux âges, divorcé, avec une fille qu'il ne voit que de temps en temps. Physiquement, il plaît. Pourtant il n'a rien d'exceptionnel, il est même probablement légèrement bedonnant, dégarni. Ce qui ne l'empêche pas d'entretenir des relations épisodiques avec des femmes (probablement jolies).

Il aime la bonne musique, est plus ou moins sérieusement porté sur la bouteille.

Inspecteur de police, il pourrait être situé bien plus haut dans la hiérarchie s'il ne rencontrait pas quelques difficulté dans ses relations avec ses supérieurs. Son intuition le mène parfois hors des sentiers battus, dans des endroits où la frontière entre légalité et illégalité se floute, au point que son sens moral perd parfois le nord. Au final, il a toujours raison, même s'il lui arrive de s'égarer en route.

Il n'a rien du superhéros, ce n'est pas un homme parfait. Il est abîmé par la vie, hanté par ses erreurs.

Il porte le nom de John Rebus sous la plume de Ian Rankin, Harry Bosch chez Michael Connelly, Kurt Wallander pour Henning Mankell. Trois lieux bien distincts : Edimbourg, Los Angeles, Ystad (en Suède), mais on pourrait sans problème en trouver d'autres, sous d'autres noms, chez d'autres auteurs. Ceux qui lisent des romans policiers régulièrement ont déjà rencontré plus d'une fois un homme répondant à peu près à cette description, à coup sûr. C'est un homme de papier, le stéréotype internationalisé de l'inspecteur de police fatigué.

Si on se concentre sur trois auteurs, et leurs trois (anti)héros, on peut pousser l'analyse plus loin.

Prenons donc John Rebus, qui œuvrait chez Ian Rankin, Kurt Wallander chez Henning Mankell et Harry Bosch (qui est le seul encore en service), chez Michael Connelly.

Nés tous les trois dans au début des années 1950, on les rencontre pour la première fois alors qu'ils ont déjà passé la quarantaine. On est en face d'hommes qui ont déjà un passé, un vécu plus ou moins difficile (la guerre du Vietnam pour Bosch par exemple). Cela leur confère une profondeur psychologique d'emblée, parce que leurs actes sont également conditionnés par leur passé, qu'ils laissent deviner des failles qui donnent une épaisseur au personnage.

Divorcés, on peut trouver étrange qu'ils aient tous une fille, fille qu'ils ne voient que peu. Trois auteurs, à trois endroits du globe, qui donnent à leurs trois personnages une même famille : une ex-femme qui a refait sa vie et une fille qu'ils ne croisent que de temps en temps. On peut supposer que les trois auteurs, au-delà de sources d'inspirations communes, ont tous trois compris qu'une fille donne à ces hommes une humanité qui leur est parfois refusée par leur métier. Cela donne également l'opportunité d'explorer plus avant leur vie de famille, leurs failles, l'échec de leur vie de famille.

On peut noter que le divorce est chose courante chez les enquêteurs de roman policier. Comme si pour être un bon limier, il fallait forcément délaisser femme et enfant(s). C'est un classique du genre : l'homme est bon flic mais incapable de séparer vie personnelle et vie professionnelle. Il continue à penser à l'affaire en cours une fois rentré et sa femme, en mal d'attentions, finit par le quitter.

Ce sont des hommes très seuls, qui ne comptent pas d'amis intimes, seulement des coéquipiers, des mentors, des collègues. Mais pas d'amitié durable qui distrairait le lecteur de la caractéristique principale du personnage : c'est un policier. Même s'il a une histoire, une famille, il ne faut jamais perdre de vu qu'en toutes circonstances c'est un policier.

Il faut cependant reconnaître qu'on perdrait beaucoup en tension dramatique si une fois sa journée de travail terminée l'inspecteur Rebus avait la vie de Monsieur Toutlemonde. Non, il faut un homme hanté, qui continue à tourner et retourner les éléments de l'affaire même une fois rentré chez lui, jusqu'à ce qu'au moment où il ne s'y attend plus l'étincelle de vérité surgisse, l'intuition qui le mènera vers le coupable.

Car ce sont tous les trois des hommes qui fonctionnent à l'instinct. Ici, pas de relevé d'indices fastidieux à la Sherlock Holmes, pas de déductions logiques à la manière d'un Hercule Poirot. On suit leurs errances entre chaque nouvel élément, la progression de l'intrigue n'est pas linéaire. On avance par à-coups ; après des jours de surplace, un nouvel élément (l'intervention d'un personnage, une erreur du coupable, une intuition du héros à ses heures les plus sombres) fait faire un bond à l'affaire.

On peut dire que ces trois hommes pris en exemple ne sont que des déclinaisons locales d'un modèle mondial. On pourrait comparer les auteurs à des peintres qui auraient représenté la même scène, mais chacun à sa façon, avec sa propre vision, avec une culture différente, une histoire personnelle propre. On devine donc des traits communs, mais chacun a ses spécificités, qui le rendent unique.

 

 

L. F., 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

 


Repost 0
13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 07:00

Stephen-King-La-Ligne-verte.gif



 

 

 

 

 

Stephen KING
La Ligne verte
traduit de l’américain
par Philippe Rouard
J’ai lu Librio, 1996

(en 6 vol.)

J'ai lu en 1 vol., 1999

Coffret, 2000

rééd. 6 vol. 2001

LGF Livre de poche, 2008








 

 

 

 

 

 

 

stephen-king.jpgBiographie

Stephen King est né le 12 septembre 1947 à Portland, dans le Maine (États-Unis). Sa mère l’élève seule après que son père les a abandonnés dans une situation financière difficile. Très jeune encore, l’auteur assiste à un événement traumatisant : la mort d’un de ses amis, heurté par un train sur une voie ferrée. Beaucoup disent que c’est cet accident qui lui a inspiré ses œuvres sombres, théorie qu’il a toujours contredite.

Sa grand-mère avait une manière particulière de lire un livre : commencer par la fin pour éviter de lire ce qui sépare l’introduction de la conclusion. Stephen King se servira de cette méthode pour écrire ses livres, et s’assurer que personne ne puisse faire de même avec ses œuvres, ce qui lui a inspiré cette écriture particulière.


Il publie une nouvelle pour la première fois dans un magazine : In a Half-World of terror en 1966. De 1966 à 1971, il va à l’université du Maine à Onoro, où il rencontre sa future femme, Tabitha Spruce, qu’il épousera le 2 janvier 1971 et avec qui il aura trois enfants. Entre temps, il continue d’écrire sous le pseudonyme de Richard Bachman (les standards de l’édition n’autorisant un écrivain à publier qu’un seul livre par an) et achève ses études pour commencer à travailler. Sa situation sera précaire pendant quelque temps, mais elle s’améliore en 1974, lorsqu’il publie Carrie. À cette époque,  il était souvent sous l’emprise de l’alcool ou des drogues. Mais il prend conscience de son état dans les années 80 et s’en sort avec l’aide de sa famille (et des Alcooliques Anonymes).



L’œuvre
 
Publication

La plupart des romans de Stephen King relèvent du fantastique ou de l’horreur (La Tour Sombre, Carrie, Shining, Christine…) et La Ligne verte n’échappe pas à la règle. Cette œuvre a été publiée sous forme de roman-feuilleton en six parties, comme le souhaitait l’écrivain, qui  préfère ce mode de publication. En effet,cela permet au lecteur de ne pas succomber à son envie de commencer par la fin d’un livre, et donc de préserver le suspense jusqu’au bout. Quand l’œuvre a été réunie en un seul volume, ces parties sont devenues des chapitres numérotés, ce qui a permis de structurer l’histoire. En France, les éditions J’ai lu se sont chargées de la publication en 1996 (6 volumes réédités à partir de 2001), puis un seul volume en 1999 ; réédition en livre de poche (un seul volume) en 2006 .



Résumé

L’action se déroule dans l’établissement pénitenciaire Cold Mountain, quand Paul Edgecombe y était gardien-chef au bloc E (celui des condamnés à mort), dans les années 30. Jusqu’à l’arrivée du nouveau gardien, Percy Wetmore, un certain équilibre régnait entre les geôliers (Dean Stanton, Brutus Howell, Harry Terwilliger) et les détenus. Mais l’arrivée de « ce petit coq prétentieux » instaure une atmosphère de haine et d’injustice :

 

« Les détenus le haïssaient, les gardiens le haïssaient – tout le monde le haïssait, hormis lui-même, ses relations politiques et peut-être (c’est moins sûr) sa propre mère. Ce type était comme de l’arsenic saupoudré sur un gâteau d’anniversaire et, dès le début, j’avais senti qu’il appelait le désastre comme un piquet de fer attire la foudre ».

 

Le jeune homme s’appuie sur ses relations (une tante qui est la femme du gouverneur de l’État de Louisiane) pour s’assurer l'immunité contre la colère de ses supérieurs qu’il nargue sans cesse.

« Notre travail dans le couloir de la mort, c’était de veiller à ce qu’il y ait le moins de barouf possible, et le barouf, ç’aurait pu être le second prénom de Percy Wetmore. Travailler avec lui, c’était comme essayer de désamorcer une bombe avec quelqu’un qui jouerait des cymbales à quelques centimètres de vos oreilles. Bref, agaçant. »

Le récit commence en automne 1932 quand débarque au bloc un Noir d’une taille colossale, John Caffey (sous les cris de Percy : « Place au mort ! »), trouvé au beau milieu de la forêt, pleurant et hurlant tandis qu’il serrait contre lui les cadavres des deux jumelles Detterick, qu’on l'a accusé d’avoir violées et tuées. Il rejoint d’autres détenus : Arlen Bitterbuck (surnommé le « Chef » à cause de ses origines indiennes), le « Président » et Delacroix. Ce dernier est un Français qui s’est attiré l’amitié de Mister Jingles, une souris extrêmement intelligente à qui il apprend à faire des tours :

 

« Quand Delacroix a tendu son bras gauche, elle lui a grimpé sur la tête en s’aidant de ce qu’il restait de cheveux au Français. Puis elle est redescendue de l’autre côté, chatouillant de sa queue le cou d’un Delacroix gloussant de délice, et a trottiné le long du bras jusqu’au poignet ; là, elle a fait demi-tour et a remonté jusque sur l’épaule gauche, où elle s’est assise gentiment. ».

 

L’animal semble tellement intelligent qu’il semble parfois que ce soit lui qui ait adopté le Français : « Delacroix jurait qu’il avait dressé cette souris, qui avait fait ses premiers pas parmi nous sous le nom de Steamboat Willie, mais je pense sincèrement que c’était elle qui avait dressé Delacroix. ». Mais Percy Wetmore, qui a une dent contre le Français à cause d’un simple accident (il a effleuré sa braguette alors qu’il était en train de trébucher, déséquilibré par le gardien), semble s’être juré de faire de sa vie un enfer et passe son temps à le brutaliser.

Entre temps, le directeur de la prison, Hal Moores, qui est très ami avec Paul Edgecombe, découvre que sa femme Melinda a une tumeur au cerveau et n’a plus que quelques mois à vivre. Désespéré, il en fait part au gardien-chef, tandis qu’un nouveau « pensionnaire » arrive : William Wharton, surnommé Billy the Kid. « Ce type se fout de tout », dit le rapport de Curtis Anderson, le sous-directeur et, en effet, dès son arrivée, il manque de peu de tuer Dean sous le regard stupéfait de Percy. Tout le temps de son incarcération, il se moque des gardiens, leur crache dessus et, surtout, ridiculise Percy. Celui-ci, inconscient du danger, était passé trop près de sa cellule, et le jeune homme en a profité pour l’agripper et le serrer contre les barreaux, lui causant la plus grande peur de sa vie et lui faisant mouiller son pantalon :

 

« Je crois que Percy — qui avait matraqué Delacroix parce que le malheureux avait involontairement effleuré sa braguette — savait parfaitement ce qui le menaçait. Je me demande même s’il aurait résisté, si nous avions laissé à l’autre le loisir de faire ce qu’il voulait. ».

 

Furieux et honteux, après s’être libéré, il fait jurer aux quelques témoins (Paul, Harry et Dean) de ne rien dire à personne, mais il ne peut passer outre aux moqueries de Delacroix. Pour se venger, il demande à être aux commandes lors de la prochaine exécution ; en contrepartie, il réclamera sa mutation à l’hôpital psychiatrique Briar Ridge. Edgecombe, désirant plus que tout se débarrasser de ce gêneur, accepte immédiatement. Or, le prochain à passer à la chaise électrique n’est autre que le Français…

Percy, lors de l’exécution, « oublie » de mouiller l’éponge (qui est posée sous la calotte pour que la décharge électrique aille directement au cerveau et tue le plus rapidement possible). Sous les yeux horrifiés de l’équipe de gardiens et des spectateurs civils venus assister à l’application de la justice, le corps du condamné se met soudain à prendre feu :

 

« La cagoule se consumait et on pouvait tous voir le visage de Delacroix. Enfin, ce qu’il en restait. Il était devenu plus noir que celui de John Caffey. Ses yeux, qui n’étaient plus que deux globes informes de gelée blanche, avaient jailli de leurs orbites et pendaient sur ses joues. Il n’avait plus de cils et ses sourcils ont soudain flambé devant moi. De la fumée sortait du col ouvert de sa chemise qui, l’instant d’après, prenait feu. Et pendant ce temps, le bourdonnement de l’électricité continuait, emplissant ma tête, vibrant en elle. Ce doit être le genre de bruit que les fous entendent, ça ou quelque chose qui y ressemble. »

Caffey, lui, a ressenti toute la douleur de Delacroix depuis sa cellule. En effet, le détenu est doté de pouvoirs surprenants et son arrivée a provoqué d’étranges phénomènes dans le camp. Le narrateur avait une infection urinaire affreusement douloureuse que le détenu a soignée d’une façon miraculeuse :

 

« Au même instant, j’ai ressenti une secousse dans le bide mais sans éprouver la moindre douleur […]. Pendant un moment, cependant, tout ce qui m’entourait fut affecté d’une étrange distorsion. Je pouvais voir chaque pore du visage de John Caffey, le lacis de veinules violettes dans ces yeux hantés, une fine cicatrice sur son menton […]. Et puis ça s’est arrêté. Je ne souffrais plus. Le feu et la douleur lancinante avaient déserté le bas de mon ventre, la fièvre n’était plus qu’un souvenir. »

 

Quelques secondes après l’avoir guéri, Caffey se met à tousser et crache brusquement une nuée de petits insectes noirs qui disparaissent dans l’atmosphère (ce qu’Edgecombe interprète comme le mal que le colosse a retiré de son corps). De la même manière, il soigne Mister Jingles, que Percy avait écrasé tandis qu’il courait dans le couloir à la poursuite d’une bobine de fil colorée lancée par Delacroix.

Surpris d’un tel pouvoir, Edgecombe se demande pourquoi et comment un homme tel que Caffey a pu tuer deux petites filles. Le géant ne pouvant seulement lui répondre qu’une mystérieuse phrase : « J’ai pas pu faire autrement, patron. J’ai essayé, mais c’était trop tard. », il décide d’enquêter. Il rend visite à la famille des deux petites filles, puis au journaliste qui a fait la une avec l’histoire de leur meurtre, mais aucun des deux ne veut disculper le coupable, et tous affirment qu’il est bel et bien un meurtrier, voire un violeur.

Comme il lui est impossible de prouver son innocence et sachant qu’il dispose d’un don extraordinaire, Paul Edgecombe décide au moins de lui permettre de guérir la femme d’Hal Moores. Avec l’aide de ses camarades (excepté Percy, qu’ils ont enfermé dans la cellule de contention pour qu’il ne sache rien de l’expédition et en punition de ce qu’il avait fait à Delacroix), il permet à Caffey de s’évader et le guide jusqu’à la maison des Moores. Sous les yeux éberlués d’Hal et des gardiens, il aspire le mal qui avait élu domicile en Melinda :

 

« Et puis il s’est rapproché davantage et ses lèvres douces et épaisses ont pressé celles de Melly, les forçant à s’ouvrir. […] Un léger sifflement a empli la pièce, tandis qu’il aspirait l’air des poumons de Melinda. Le bruit n’a duré qu’une seconde ou deux et, soudain, le plancher a bougé sous nos pieds et la maison entière a frémi. […] John Caffey s’est enfin écarté de Melinda, dont le visage avait changé : il s’était lissé. Le côté droit de sa bouche ne pendait plus. Ses yeux avaient retrouvé leur dessin naturel. Elle semblait avoir rajeuni de dix ans. »

Mais cette fois, le colosse ne recrache pas d’insectes noirs et continue à tousser. Edgecombe est obligé de le ramener affaibli à la prison (s’il le libérait et le relâchait dans la nature, comme l’a souligné Brutus, il se ferait remarquer immédiatement et attraper car il est trop reconnaissable). De retour à Cold Mountain et une fois John revenu dans sa cellule, il attrape Percy à travers les barreaux de sa cellule et recrache en lui tout le mal de Mme Moores afin de faire de lui sa marionnette : « Avant même qu’on réalise ce qui se passait, Percy a dégainé, s’est approché des barreaux de la cellule de Wharton et a vidé les six coups de son barillet sur le dormeur. »

Car le véritable meurtrier des jumelles Detterick était en réalité William Wharton, et Caffey a décidé d’appliquer sa justice. Peu de temps après, Edgecombe se voit obligé de le passer sur la chaise électrique. C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase et il démissionne, tout comme ses camarades.

Plusieurs décennies plus tard, le protagoniste vit dans une maison de retraite, Georgia Pines, et a fini d’écrire son histoire. Il la présente à Elaine, une de ses amies, à qui il montre également Mister Jingles, caché dans une remise. La souris, âgée d’environ 80 ans, est encore vivante et Paul émet la théorie que c’est le don de John Caffey qui lui a permis d’atteindre cette longévité exceptionnelle. Il comprend maintenant que si ce don a donné à un rongeur la possibilité de vivre aussi longtemps, lui vivra sans doute encore de nombreuses années avant de pouvoir enfin s’éteindre. Il est, en quelque sorte, condamné à vivre alors que tous ses proches sont morts et qu’il attend de pouvoir les rejoindre.



Narration

Au niveau de la narration, l'œuvre n’est pas linéaire. Paul Edgecombe relate les faits au travers de ses écrits en 1996, alors qu’il est âgé de 104 ans et vit dans une maison de retraite (« J’avais quarante ans l’année où John a été exécuté. Je suis né en 1892. J’ai donc cent quatre ans, si mon compte est bon. »). Ainsi, la narration est à la première personne et ponctuée de retours en arrière et d’ellipses. On avance au fil des souvenirs du protagoniste (qui sont parfois un peu désordonnés : il y a sans cesse des allusions à William Wharton, Édouard Delacroix et John Caffey avant même qu’ils n’arrivent dans le bloc). De plus, l’auteur emploie un langage assez vulgaire (« vider le bocal », « comment va la tuyauterie ? ») et a parfois un humour décalé : « Au procès, les jurés sont revenus au bout de trois quarts d’heure de délibération, juste le temps d’un petit casse-croûte. Je me demande s’ils avaient faim. ».

Cette œuvre offre une dénonciation du racisme en mettant en scène un Noir innocent aux pouvoirs incroyables Il y a aussi une réflexion sur la peine de mort et une remise en question de la justice, qui ne se montre pas toujours équitable, et est souvent corrompue (les relations politiques de Percy qui lui permettent de garder son travail, l’accusation injuste retenue contre Caffey parce qu’il est Noir…). En effet, on peut remarquer que le détenu qui méritait le plus de passer à la chaise électrique (à savoir, William Wharton) est mort en dormant, sans se rendre compte de rien, tandis que c’est John Caffey un homme innocent, qui passe sur la ligne. De plus, la mort de Delacroix est un fait absolument monstrueux qui ne pourrait s’appliquer au pire des hommes. Cette œuvre pousse donc à s’interroger. La justice est-elle équitable ? Les préjugés ne la rendent-ils pas défaillante ? La peine de mort est-elle nécessaire pour rendre justice ? On peut également noter le choix du nom d’Édouard Delacroix, qui fait référence au peintre français romantique du XIXe siècle dont le tableau le plus célèbre est La Liberté guidant le peuple.

 

 

 

Le film



La-ligne-verte-affiche.jpg
 
mister-jingles.jpgLe livre a été adapté au cinéma en 1999 par Franc Darabont, avec Tom Hanks dans le rôle de Paul Edgecombe et Mickael Clarke Duncan dans celui de John Caffey. C’est le plus grand succès commercial d’une adaptation d’une œuvre de Stephen King. D’une manière générale, le film respecte l’œuvre, malgré quelques écarts (on ne voit pas beaucoup Edgecombe âgé de 104 ans dans sa maison de retraite, alors qu’il apparaît six fois dans la version papier, au début de chaque partie, et le film commence avec la découverte de Caffey avec les deux cadavres dans les bras alors que, dans le livre, ce passage arrive après son arrivée à Cold Mountain). Il est également beaucoup moins cru que l’œuvre, notamment lors des condamnations à mort (et en particulier celle de Delacroix).



Mon avis

La Ligne verte est un livre captivant. L’atmosphère sombre et mystérieuse de l’œuvre engloutit le lecteur immédiatement, même si l’histoire tarde un peu à se mettre en place. Le style de Stephen King est particulier et se démarque de celui des autres auteurs, ce qui rend ses écrits uniques, car il n’hésite pas à entrer dans les détails et est assez cru dans sa façon de s’exprimer.



Clémence de Ginestet, 1ère année Bib.-Méd., 2011

 

 

 


Repost 0
Published by Clémence - dans polar - thriller
commenter cet article
28 juillet 2011 4 28 /07 /juillet /2011 07:00

aux jeudis littéraires de Talence.

vautrin 

 

Jean-Vautrin-Romans-noirs.jpgC’est dans une petite salle, au  Forum des Arts de Talence, que Jean Vautrin nous retrouve. Peu nombreux, nous sommes plongés dans une atmosphère intimiste qui nous rapproche de cet auteur. Nous découvrons petit à petit cet écrivain novateur dans ce que l’on appelle aujourd’hui le néopolar.

Il est là pour nous parler de l’ouvrage publié dans la collection Bouquins qui rassemble cinq romans noirs qui ont fait son succès : Billi-ze-Kick, Bloody Mary, Canicule, L'Homme qui assassinait sa vie, Le Roi des ordures. Il nous explique le retour en arrière accompli lors de la relecture pour des raisons éditoriales; l’émotion ressentie à retrouver les premiers mots qui l’ont fait connaître.

« Ils n’ont pas pris une ride », nous dit-il.

Il est difficile de remettre ses pas dans les siens. L’écriture évolue, le style change et se perfectionne. Lorsque l’on reprend un roma,n le style s’est modifié, ce n’est plus le même qu’au commencement. Jean Vautrin voit aujourd’hui l’homme plus jeune qui a écrit, à travers ces lignes. Ce n’est plus la même colère, la même allégresse qui anime sa plume aujourd’hui. « La vie est passée sur moi. » À présent, c’est comme s’il se tenait face à un corps étranger, mais il ne le renie pas. Voilà qu’il nous fait une comparaison avec un coureur qui, à soixante-dix ans, se revoit à vingt-cinq.

Tandis que l’intervenant lui demande quelle colère donne naissance à ces livres, Jean Vautrin nous plonge petit à petit dans les souvenirs de sa jeunesse, raconte comment, rue Sébastien-Bottin, il se retrouvait dans une petite cave avec des auteurs, connus eux aussi aujourd’hui, comme Manchette ou Siniac. Il se définit comme un «anarchohumaniste. » Cela semblerait signifier qu’il se sentait uni avec ces autres jeunes auteurs passionnés par l’actualité de l’époque. Ils étaient tous en colère et trouvaient dans l’écriture une échappatoire pour évacuer cette colère, ce trop-plein d’émotion.

La ville de Sarcelles est devenue pour lui un foyer d’extravagance et il vit petit à petit la ville évoluer avec le flux des migrations, devenant une cage à lapins où différentes communautés venaient petit à petit s’installer pour finalement la transformer Sarcelles. Pour l’avenir, cela n’allait faire sortir que de la colère.

C’est ainsi que Jean Vautrin crée un nouveau roman social totalement différent de la littérature « en col blanc », comme il dit. Selon lui, ce n’est qu’un problème de « nombril », d’héritage. Il se voit comme un auteur engagé qui cherche à défendre des opinions. Il veut combattre une société où l’argent est maître et qu’elle handicape. Il y a comme une sensation de bourrage à l’excès, comme si on ne pouvait aller plus loin. Mais il rend aussi hommage aux marginaux de cette société inégalitaire, aux laissés pour compte qui sont écartés pour des raisons physiques ou financières. Il se destine ainsi à un public de littérature populaire. Il rêve de rendre ses lettres de noblesse à la lecture par épisodes. Il a envie de tutoyer le lecteur afin de se réapproprier une certaine fraternité à travers la littérature. La proximité avec le lecteur est chez lui primordiale. L’exemple qui l’a marqué est celui de Victor Hugo, lorsque que les Indiens déclarent que les seuls livres qu’ils connaissent sont Les Misérables, ou lorsque, dans la tristesse de l’enterrement de son fils, le peuple le salue.

Selon lui, on a aujourd’hui perdu cette révolte. La civilisation moderne n’a créé que des veaux avec la télévision, l’excès de crédit et de communication. Nous sommes devenus des moutons. Les gens sont ligotés et ont perdu la capacité de se révolter, d’avoir un jugement.

Vautrin rapproche son écriture de celle de Celine, de Queneau ; on l’interroge sur la musique de ses textes. Pourtant, nous dit-il, il n’avait jamais voulu faire de la littérature. Il aime les galipettes des mots et raffole du dictionnaire. Il cherche à trouver son vrai langage. C’est Queneau qui lui a donné le déclic de l’écriture, il lui doit beaucoup. Tandis qu’enfant il voulait être explorateur, il se définit aujourd’hui comme un itinérant, un polycarte… « Chaque livre est un voyage. » Il accorde à chaque personnage un vocabulaire propre et essaie de le mettre en scène. Ayant fait l’IDHEC, grande école de cinéma devenue la FEMIS aujourd’hui, il a eu la chance de devenir l’assistant de Rossellini ce qui lui permit de voir l’aventure naître sous ses pas.

Peut-on parler de réalisme transcendant dans ses ouvrages ?

C’est la pratique du langage qui fait que les mots finissent par décoller et se détacher petit à petit de la réalité. On se retrouve ainsi au-dessus d’un parler normal. Même s’il essaie de s’ancrer dans la réalité, il n’a pas l’intention de trahir et se laisse emporter par les mots. Il veut montrer la lutte contre la réalité quotidienne qui est difficile.

Sa curiosité à l’égard des autres est inextinguible. Il s’inspire des gens qu’il croise et en fait des personnages pour ses livres. Il cite l’exemple d’un paysan rencontré dans le Lot. C’est un goût des autres qui se développe et l’intrigue. Par curiosité, il suit même des gens dans la rue. Il aime vérifier si ce qu’il s’imagine sur les gens en les observant se révèle véridique. Il tient même un carnet où il transcrit sa perception des choses, des mots. Cela devient une expérience quotidienne mais surtout une mauvaise habitude, nous dit-il.


Élodie, 1ère année Éd.-Lib.

 

 

Jean VAUTRIN sur LITTEXPRESS

 

 

 

 Entretien réalisé par Aline et Ingrid.

 

 

Repost 0
Published by Élodie - dans polar - thriller
commenter cet article
22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 07:00

daniel-woodrell-Un-hiver-de-glace.gif






 

 

 

 

Daniel WOODRELL
Un hiver de glace
(Winter’s bone)
traduit de l’américain
par Franck Reichert
Rivages, 2007.





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ree Dolly a grandi au milieu des paysages accidentés des Ozarks. Du haut de ses seize ans, elle élève seule ses deux frères, Sonny et Harold, et s’occupe de sa mère, dans un état végétatif, perdue dans le monde de ses pensées. Son père, Jessup Dolly, fabricant et dealer de poudre blanche, brille par ses innombrables séjours en prison. Un jour d’hiver, alors qu’il est en liberté conditionnelle, Jessup décide de partir au volant de sa Capri bleue et de ne jamais revenir. Quelques jours plus tard, alors que l’hiver est déjà bien installé et que les placards de la maison sont vides, Ree apprend que pour bénéficier de sa mise en liberté conditionnelle, son père a hypothéqué la maison. L’absence de Jessup au tribunal où il est convoqué une semaine plus tard signerait la saisie de la maison et donc l’expulsion de Ree et de sa famille. Mais le père de famille est introuvable.

C’est alors que commence pour Ree la quête insensée de son père, bravant l’hiver glacial qui s’abat sur la région, prenant la route pour aller questionner les membres de sa famille.

Huitième roman de Daniel Woodrell, Un hiver de glace est avant tout le portrait de Ree, jeune fille accablée par le destin mais qui pourtant ne s’apitoie pas sur son sort. Faisant vivre sa famille aussi bien qu’elle le peut, elle n’hésite pas à sillonner les montagnes pour retrouver son père à temps, seule solution pour ne pas finir sans toit au milieu de l’hiver.

Responsable avant l’heure, Ree va devoir affronter les membres de sa famille – personnes peu fréquentables, consanguins et bien souvent drogués – et combattre le mutisme dans lequel ils se terrent pour protéger leur « clan ». Dans sa quête, Ree sera aidée de son amie d’enfance, Gail, fille-mère, et de son oncle Larme, antipathique au premier abord, mais qui se révélera prêt à tout pour protéger sa nièce.

Semblable à l’hiver qui fait rage, le monde dans lequel évolue Ree devient de plus en plus rude et brutal. La violence, l’injustice et la cruauté sont omniprésentes dans ce récit à la noirceur extrême et pourtant, le lecteur ne peut s’empêcher de garder l’infime espoir que les choses s’améliorent malgré tout.
daniel_woodrell.jpg

 

 

 

Daniel Woodrell est un auteur de polar américain, né dans le Missouri le 4 mars 1953. On lui doit huit romans dont les actions se déroulent généralement au milieu des Ozarks.

 


winters_bone.jpg

 

 

 

Deux de ses œuvres ont été adaptées au cinéma : Woe to live on a inspiré le film d’Ang Lee, Ride with the Devil  sorti en 1999 ; Un hiver de glace a quant à lui été adapté en 2010 par Debra Granik sous le titre de Winter’s bone. Le film a reçu de nombreuses récompenses dont celle de la meilleure actrice au Festival international du film de Stockholm pour Jennifer Lawrence interprétant le rôle de Ree.

 

woodrell-un_hiver_de_glace_casterman.jpg

 

 

 

Un hiver de glace est également disponible sous forme de roman graphique chez Rivages/Casterman/Noir, avec des dessins de Romain Renard.

 

 

 

 

Pauline, 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

 


Repost 0
Published by Pauline - dans polar - thriller
commenter cet article

Recherche

Archives