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15 juillet 2011 5 15 /07 /juillet /2011 07:00

Arthur-Upfield-Le-monstre-du-lac-Frome.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arthur UPFIELD
Le monstre du lac Frome

(The Lake Frome Monster)
Éditeur : 10/18
Collection : Grands Détectives
Traduit de l’anglais par
Michèle Valencia
Date de parution : 1966
Dépôt légal : avril 1995
Nouveau tirage : août 2000

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Arthur Upfield (1888-1964) est issu d’une famille bourgeoise anglaise. Dès son enfance, il est séduit par Sherlock Homes et Sexton Blake. Après une scolarité médiocre sans doute marquée par ses lectures, il est envoyé en Australie à l’âge de 19 ans. Il découvre alors le bush australien, les plaines désertiques et la vie sauvage. Il part faire la guerre en 1914 en France et en Égypte et revient aussitôt après, l’appel du bush se faisant trop pressant. Pendant dix ans, il sillonnera le continent, exerçant ici et là des métiers de tous genres (manœuvre, trappeur, mineur et berger). Il s’établit ensuite comme cuisinier en Nouvelle-Galles du Sud. En 1927, il rencontre un métis à l’histoire peu ordinaire. Fils d’un colon blanc et d’une aborigène exclue de sa tribu pour avoir violé la loi tribale, Léon Tracker est l’un des meilleurs traqueurs de la police de l’État du Queensland. Doté de charme et de bagout, il a reçu une éducation secondaire et transporte avec lui une petite bibliothèque de voyage. Au moment de se quitter, les deux hommes échangent des livres, objets rares et précieux à l’époque et dans la région. Arthur Upfield hérite d’une biographie de Napoléon Bonaparte. C’est ainsi qu’il décide de s’inspirer, pour les livres qu’il est en train d’écrire, des récits de Léon Tracker, de modifier les caractéristiques de son héros qui devient Napoléon Bonaparte, l’un des personnages les plus particuliers de la littérature policière, appelé familièrement Bony par l’auteur.

L’œuvre d’Upfield décrit l’Austalie intérieure des années 1930 aux années 1950. Ses romans connurent un vif succès en Angleterre puis aux États-Unis où l'éditeur Doubleday eut l'idée de publier quelques titres destinés aux soldats américains postés dans le Pacifique ; ces derniers étaient envoyés en permission en Australie et se faisaient ainsi une idée de l'environnement qui les attendait là-bas.

C’est en 1943 que ces romans furent publiés pour la première fois aux États-Unis ; il put enfin jouir d'une certaine sécurité financière et se consacrer entièrement à l'écriture de romans policiers.

À l’inverse, il fut longtemps snobé par le milieu littéraire australien en raison de son intérêt pour les aborigènes et leur culture. En 1948, Upfield mit à profit l'intrigue d'Un écrivain mord la poussière pour se moquer de l'intelligentsia australienne.

Arthur Upfield mourut le 13 février 1964. La rédaction du roman auquel il travaillait, Le monstre du lac Frome, resté inachevé fut confiée à J.L. Price et Dorothy Stange.L'ouvrage fut publié en 1966.



C’est en 1991 que ses romans parurent en France grâce à Tony Hillerman qui fit découvrir le genre à Jean-Claude Zylberstein, directeur de la collection Grands Détectives aux éditions 10/18.

Tony Hillerman a vu en Arthur Upfield le pionnier du polar ethnologique et dira à propos de l’auteur :

« C’est lui qui m’a montré comment l’ethnologie et la géographie peuvent être utilisées dans une intrique et comment ces disciplines peuvent enrichir le roman policier. »

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L’histoire

Un employé de Quinambie retrouve le cadavre de Maidstone, un photographe qui faisait un reportage sur les animaux s’abreuvant la nuit au bord des lacs. Cela faisait deux jours qu’il était sur l’exploitation et sa mort paraît mystérieuse. L’inspecteur Bonaparte va donc mener l’enquête dans cette région désertique de l’Australie, près de Broken Hill.

Napoléon Bonaparte est un inspecteur de police métis quinquagénaire (fils d’un père blanc et d’une mère aborigène). Cette caractéristique fait de lui un être marginal car il appartient à deux sociétés. Il a longtemps vécu dans sa tribu et des marques d’initiations sont visibles sur son dos, traces qui lui permettent d’être identifié par les aborigènes des autres tribus.

« Une chose était claire, Bony était à moitié aborigène, et dans sa personnalité, cette moitié était bien plus forte que la moitié blanche. Il pouvait donc, autant que les aborigènes de sang pur, être victime de certaines pratiques. »

Homme très instruit, il est diplômé de l’université du Queensland. Afin de mener à bien cette enquête, il se fait embaucher comme employé dans l’exploitation de Quinambie et prend un nom d’emprunt afin de ne pas se faire repérer. Son emploi consiste à réparer la clôture destinée à éloigner les animaux indésirables comme les coyotes. Tout en effectuant les tâches qui lui sont demandées, il interroge un à un les divers employés de l’exploitation. Les témoignages se recoupent, sont plus ou moins précis, des dates changent du jour au lendemain, des événements sont omis. L’enquête s’avère difficile, les preuves sont peu fournies et fiables, le travail sur l’exploitation est rude. De plus, un mystérieux monstre rôde dans la région du lac Frome et terrifie les aborigènes. Un élément de plus qui va ralentir la progression de notre inspecteur.



Le polar ethnologique

C’est un sous-genre de la littérature policière, particulièrement intéressant car il mêle enquête policière et culture d’un peuple.

Dans l’œuvre d’Arthur Upfield, la culture aborigène est le pilier central des enquêtes de l’inspecteur Bonaparte. Grâce aux descriptions approfondies des paysages, des coutumes et du comportement du personnage principal, l’auteur nous révèle petit à petit des caractéristiques de cette culture.

Les policiers font souvent appel à des traqueurs. Ce sont des aborigènes qui suivent, grâce aux empreintes laissées par les animaux ou les hommes, le chemin effectué par ces derniers. À partir de ce travail préliminaire, les policiers ont commencé à émettre diverses hypothèses pouvant élucider le meurtre du professeur Maidstone.

D’autre part, les aborigènes sont croyants et très superstitieux. Dans chaque tribu il y a un sorcier. Dans Le monstre du lac Frome, Charlie le Dingue, le sorcier de la tribu du chef Moïse, va lancer un sortilège sur Bony afin qu’il perde le fil de ses pensées et ne puisse découvrir le véritable assassin.

« L’un d’eux, que Bony prit pour Charlie, le sorcier, raclait lentement une petite pierre au dessus d’un morceau d’écorce placé devant lui. Pas un muscle ne tressaillait dans les trois visages, qui auraient pu être sculptés dans la pierre. […] Ayant toujours au cœur la crainte des esprits de l’ombre qu’ils étaient en train d’invoquer, les trois aborigènes s’enfuirent précipitamment. »

L’auteur fait aussi allusion à l’os pointé. Ce « sortilège » consiste à pointer un os sur un individu, vouant ainsi ce dernier voué à la mort. En outre, les esprits ont une part importante dans la magie.

« Il savait parfaitement que la pensée pouvait se transmettre – des cas de télépathie à très grande distance avaient été attestés. Bony savait qu’il n’avait pas rompu les liens avec la race aborigène et croyait encore fortement qu’un homme mourait quand l’os était pointé sur lui. »

Pour communiquer à longue distance, les aborigènes font des signaux de fumée ou utilisent la télépathie. Ce concept peut nous paraître ridicule mais il est néanmoins majeur dans cette culture.

 

 

 

Mon avis

Ce sous-genre reste peu développé en France et n’a réellement été reconnu que dans les années 1990 grâce à Tony Hillerman. Arthur Upfield dépeint une culture avec ses mythes et ses croyances qui nous sont inconnus. Le personnage de Bonaparte est attachant et on se prend d’intérêt pour l’enquête. De nombreuses descriptions nous permettent d’imaginer les paysages qu’il a sous les yeux. Cette littérature est très agréable car on se prend au jeu de l’inspecteur et on découvre en même temps que lui les indices qui vont nous mener à la vérité. De plus, la culture aborigène est décrite avec beaucoup de précision, on en apprend un peu plus à chaque nouvelle enquête. Je recommande ce livre à tous ceux qui apprécient le genre policier et qui ont envie de découvrir une autre civilisation.


Hélène, 1ère année Éd-Lib

 

 

Le polar ethnographique sur LITTEXPRESS

 

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 Article d'Angélique sur L'Empreinte du renard de Moussa Konaté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Australie du sud sur LITTEXPRESS.

 

David Fauquenberg nullarbor 

 

 

 

Article d'Isabelle sur Nullarbor de David Fauquemberg.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 07:00

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ISHIDA Ira
Ikebukuro West Gate Park III – Rave d'une nuit d'été
(Kotsu no Ikebukuro West Gate Park)
Éditions Philippe Picquier, 2010
Traduit par Anne Bayard-Sakai




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour la biographie de l'auteur, je vous laisse vous référer aux fiches consacrées aux précédents tomes de la série : http://littexpress.over-blog.net/article-31261048.html (lien vers la fiche de Julie)


L'histoire

Ce livre est le troisième tome des aventures de Majima Makoto, « solutionneur d'embrouilles » au sein du quartier d'Ikebukuro, à Tokyo.

Alors que la canicule s'abat sur l'ensemble du Japon, Makoto est appelé par Takeshi, son ami d'enfance et « King » des G-boys, un gang de jeunes d'Ikebukuro, au sujet d'une sombre histoire de drogue. Les clients, cette fois-ci, sont une importante société, Heaven, dont la spécialité est l'organisation de raves, officielles comme sauvages. En effet, un nouveau produit semble faire fureur, la serpentine ou snake bite, distribuée par Ourobouros, sombre organisation qui semble traquer Heaven afin de leur faire mettre la clé sous la porte. Makoto est alors plongé par Towako, nouvelle star de la chanson japonaise et égérie de Heaven, dans l'étrange monde des raves et de la drogue afin de démasquer les coupables.

Mais le temps presse. On dénombre déjà plusieurs victimes du serpent d'émeraude...



Les personnages

Makoto est le héros de la série des Ikebukuro West Gate Park. Plutôt futé, ancien fauteur de troubles qui a quitté le lycée très tôt afin d'aider sa mère à tenir le magasin de fruits familial. Il vit depuis son enfance dans le quartier d'Ikebukuro et son amour pour ce lieu se fait clairement ressentir dans l'ensemble de ses aventures. C'est cette affection pour l'endroit qui l'a vu grandir qui le pousse à y rétablir la paix au fil de ses différentes affaires. Car Makoto est à présent un trouble shooter qui apporte son aide à ceux qui ne souhaitent pas recourir à la police, et ce, gratuitement. Il donne l'image d'un grand-frère bienveillant, un peu pataud et maladroit, mais attachant. Suite à ses différentes affaires et ses années d'études, il dispose de très nombreux contacts assez variés qui tissent un très vaste réseau d'informateurs, que ce soit dans la mafia ou la police.

Pour cette affaire, Makoto est aidé d' Eddy (Yamaguchi Eichin Williams de son nom complet), un jeune métis américano-japonais, adepte de drogues en tout genre et de raves. Makoto l'a tiré d'un mauvais pas et, depuis, Eddy lui voue un respect sans bornes. Ce jeune homme est un personnage clé de l'intrigue, puisqu'il rejoindra Ourobouros au milieu du récit, devenu dépendant au snake bite. Il est l'image d'une jeunesse perdue et désillusionnée qui cherche désespérément une issue de secours, sans repères.

À l’opposé  se trouve Towako (Shimao Naomi), jeune chanteuse et mannequin qui a la particularité de porter une prothèse à la jambe. Malgré son handicap, elle a préféré se battre pour vivre sa vie comme elle l'entendait. Adepte des raves, elle initie Makoto à leurs secrets. Elle fut liée autrefois à Seaki Issei, ex-membre de Heaven qui est à présent à la tête d'Ourobouros.



Les thématiques essentielles

Dans ce tome, Makoto est immergé dans la ville industrielle, ses changements successifs et très rapides. À travers son regard, Ishida Ira critique l'hyper-industrialisation de Tokyo, qui détruit l'âme de la ville pour la transformer en une sorte de stéréotype américain sans valeur ni chaleur humaine. Mais il décrit aussi Ikebukuro, l'un des quartiers les plus fréquentés de Tokyo, comme une zone de mixité ethnique et sociale, entre les sans-abris et les bureaucrates, les jeunes et les plus vieux, les mafieux et les honnêtes travailleurs. Les descriptions de Makoto font ressortir l’aspect convivial de ce vaste quartier, tandis que ses déambulations sont très clairement retranscrites de manière à renforcer un sentiment de réalité.

Ishida Ira aborde également le thème des jeunes en perdition, désillusionnés, au travers d'Eddy. Afin d'échapper à la dure réalité d'une vie d'adulte sans perspective, les jeunes usent de subterfuges divers pour oublier un moment leur triste condition : les drogues mais aussi les raves, de vastes fêtes où plus rien ne compte que de se déchaîner sur une musique commerciale, les objets technologiques comme les portables. L'auteur souligne par de petites phrases à l'ironie mordante le malaise éprouvé par la société et met en avant le sentiment d'impuissance que certains éprouvent face à leurs problèmes, qui les pousse aux actions les plus inconsidérées.

L'enquête de Makoto se déroule pendant le mois d'août 2003, alors que la ville subit de très fortes vagues de chaleur. Cette sensation est omniprésente dans la nouvelle, que ce soit au cours des raves, ou en raison de l'atmosphère électrique perceptible tout au long du récit.



Note à propos du titre original

Kotsu no Ikebukuro West Gate Park peut se traduire littéralement comme « les faits divers du parc de la sortie ouest », ce qui retranscrit bien le contenu des livres : de petites histoires autour du quartier d'Ikebukuro.


Marine, 1ère année Éd.-Lib.



Sources

http://www.entre2noirs.com/interviews__7_interview-ishida-ira_74.html

http://www.editions-picquier.fr/

 

ISHIDA Ira sur LITTEXPRESS

 


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Articles de  Julie et de Maëva  sur le 1er tome.

 

 

 

 

 

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Article de  Marina sur le tome 2.

 

 

 

 

 

 


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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 07:30

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Dennis LEHANE
Shutter Island
Traduction
Isabelle Maillet
Édition originale
Payot et Rivages 2003
Édition de poche
Rivages/Noir, 2006

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dennis Lehane est un écrivain américain né le 4 août 1965 dans le Massachusetts. Il a étudié la littérature à l'université, et a effectué de nombreux métiers parallèlement à l'écriture de ses premiers romans (livreur, garçon de café, etc.). Son expérience en tant qu'éducateur l'a aussi beaucoup inspiré sur le sujet de l'enfance maltraitée, thème très présent dans certaines de ses œuvres. Il a obtenu de nombreux prix, dont le Deutschen Krimispreis 2001 et 2002.

Des adaptations cinématographiques fidèles comme Mystic River, par Clint Eastwood en 2002, ou encore Gone Baby Gone, par Ben Affleck en 2007, ont renforcé le succès des romans de Dennis Lehane, et beaucoup le considèrent comme un grand auteur de romans noirs. En 2010, Shutter Island est adapté au cinéma par Martin Scorsese avec Leonardo Di Caprio.


   
Shutter Island est un roman qui change des thèmes habituels abordés par Dennis Lehane dans ses œuvres. En effet, il y a certes une enquête policière, mais c'est à la psychiatrie que l'auteur s'est le plus attaché dans son récit.

Au cœur des années cinquante, le Marshall Teddy Danniels et son équipier Chuck Aule sont appelés à enquêter sur la disparition d'une jeune femme dans un hôpital psychiatrique pour criminels situé sur une île au large de Boston. Cette patiente a mystérieusement disparu sans laisser de trace alors que sa chambre était fermée de l'extérieur. Seul un bout de papier avec un cryptogramme est retrouvé.

Lors de cette enquête, Teddy est confronté à la folie et mène l'enquête dans un environnement très sombre. Les médecins semblent lui cacher des informations, les patients le craignent, l'île elle-même semble vouloir garder le mystère de cette disparition. Au fil des recherches, des incohérences apparaissent, et lors de la mort de son coéquipier Chuck, Teddy se retrouve tout seul face à la vérité.

Tous les indices mènent vers le phare de l'île, où sont censées se dérouler des expériences illégales sur les patients. En s'y rendant, Teddy se retrouve face à la vérité : il s'appelle Andrew Laeddis, c'est un patient de cet hôpital et toute cette affaire était réalisée dans le but de lui faire admettre sa folie, comme une thérapie. C'était la dernière tentative de ses médecins afin de le soigner, avant de recourir à d'autres méthodes moins compréhensives.

Dennis Lehane a écrit un roman très puissant, où tous les sentiments sont exacerbés, le lecteur ne peut que se perdre dans ce dédale de folie et le dénouement inattendu ne peut que le surprendre.



Le héros : un homme torturé

Sa véritable histoire est la suivante : il s'appelle Andrew Laeddis, il est marshall, était marié à une femme maniaco-dépressive, et ils avaient trois enfants. Mais Andrew refusait de voir le problème de sa femme et l'a donc laissée s'enfoncer dans sa folie, jusqu'à ce qu'elle tue leurs enfants. Lorsqu'il le découvre, Andrew perd pied et tue sa femme, pour la libérer en quelque sorte.  Il est ensuite interné à Shutter Island et s'invente une seconde personnalité, celle de Teddy Danniels, en omettant tous les événements de son passé qui le faisaient souffrir. 

Teddy Danniels est aussi un marshall, veuf et sans enfant. Il n'a donc aucune attache. Il subit des migraines atroces qui le plongent dans des rêves où il côtoie sa femme. Ces rêves sont un moyen pour lui de s'échapper de la réalité et de ne pas faire son deuil. Dans ses songes, sa femme tente de l'amener peu à peu vers la vérité, même si à la fin, elle essaie de l'empêcher de la connaître en lui disant de ne pas croire les médecins. Il a donc un passé extrêmement houleux.

Lors de l'arrivée sur l'île, il se retrouve avec un coéquipier inconnu, dans un environnement inconnu. Dennis Lehane réunit toutes les conditions pour perturber son  héros et le confronter à la vérité. Pourtant, ce dernier met beaucoup de temps à admettre sa folie.



On retrouve dans ce personnage des éléments clés utilisés par Dennis Lehane pour ses personnages. Tout d'abord, c'est un policier. L'auteur aime mettre en scène soit des policiers comme par exemple dans son roman Un pays à l'aube, soit des civils menant une enquête comme dans Mystic River. Ensuite, le personnage a un passé très difficile marqué par la mort. Il est intelligent, parfois violent et a beaucoup de répartie.

Ces caractères se retrouvent souvent dans les héros de cet auteur. La différence ici est que son personnage est très perturbé. Il a fui la réalité en se créant une double personnalité, et refuse d'y faire face. C'est un personnage complexe qu'il est très intéressant de suivre parce que même s'il est malade, ses sentiments sont les mêmes que ceux d'une personne normale, sauf qu'ils sont poussés à l'extrême.



Le cadre du récit : l'île

Shutter Island est une île située au large de Boston. Elle sert d'hôpital psychiatrique pour les criminels : les criminels malades ne sont pas envoyés en prison mais pris en charge là-bas. Le cadre posé par l'auteur est donc l'isolement. En effet l'insularité pose problème tout au long du récit car Teddy et Chuck sont bloqués sur Shutter Island à cause d'un ouragan. Il y a donc une grande symbolique dans le cadre choisi par l'auteur car cela signifie l'isolement du monde, l'enfermement dans l'hôpital, sur l'île, et surtout, le plus important pour l'auteur, l'enfermement dans la folie. C'est le symbole de la volonté de Teddy de refuser la vérité sur son passé et sa maladie.

Du fait de l'ouragan, Shutter Island est décrite avec beaucoup d'adjectifs sombres ; la pluie est très présente. Cette ambiance nocturne est aussi le reflet de la dureté et de la profondeur de la folie de Teddy. Dennis Lehane met tout en œuvre pour montrer les problèmes de Teddy sans les exposer directement au lecteur. Ce dernier ressent plutôt une sensation de malaise au fil de la lecture, et ne réalise qu'au dénouement ce que voulait faire passer l'auteur à travers cette atmosphère.

Dennis Lehane change de cadre pour construire son récit. En effet, son cadre de prédilection est celui de Boston où il habite actuellement et où se déroulent tous ses romans. Ici, l'histoire se déroule au large de Boston ; on retrouve donc un peu le cadre d'origine, mais on devine un besoin de l'auteur de s'éloigner de ses œuvres habituelles en écrivant sur un sujet différent.


Alice Andro, 1ère année Éd.-lib.

 

 

 

Dennis LEHANE sur LITTEXPRESS

 

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 Article d'Emma sur Ténèbres, prenez-moi la main.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dennis Lehane Prieres pour la pluie

 

 

 

 Article de Joanie sur Prières pour la pluie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 07:00

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MATSUMOTO Seichō
Tokyo express
Publié au Japon en 1958
sous le titre Ten to sen
Traduit du japonais
par Rose – Marie Fayolle
et publié en 1989 en France.
C’est un des premiers romans publiés
par Philippe Picquier
Picquier poche.

 

 

 

 

 

 

 

 


Quelques personnages…

Toki : serveuse retrouvée morte dans la baie de Kashii. Suicide apparent.

Kenechi Sayama : membre du ministère X en proie à une affaire de corruption politique. Retrouvé mort dans la baie de Kashii en compagnie de Toki.

Jutaro Torigai : inspecteur subalterne émettant des doutes sur la nature de la mort de Toki et Kenechi Sayama.

Kiichi Mihara : commissaire adjoint inspecteur de police de Tokyo s’intéressant à l’affaire dans le cadre de l’affaire de corruption.

Kaissai : commissaire, supérieur de Kiichi Mihara.

Tatsuo Yasuda : entrepreneur fournisseur du ministère X, témoin de l’enquête.

Ryoko Yasuda : femme de Yasuda malade, obligée de rester chez elle à cause d’une tuberculose incurable.

 

L’histoire

Deux cadavres sont retrouvés côte à côte sur la baie de Kashii. La cause apparente de la mort semble être un suicide amoureux. Alors que la police pense rapidement classer l’affaire, l’inspecteur Jutaro Torigai, inspecteur mineur dans la hiérarchie, émet des doutes sur la nature de cette mort et des éléments l’entourant. L’histoire vient lui donner raison. Si la femme morte, Toki, se révèle être une serveuse, en revanche l’homme, Kenechi Sayama, est un membre du ministère X, impliqué dans une affaire de corruption.

L’affaire se complique de plus en plus, et la police de Tokyo intervient, envoyant l’inspecteur Mihara sur l’enquête car Kenechi Sayama était un témoin clé de l’enquête dans l’affaire du ministère X. Malgré ce regain d’intérêt au sujet du double suicide de la baie Kashii, peu d’éléments nouveaux viennent aider la police, et les pistes se font rares.

C’est l’inspecteur Mihara qui mène désormais l’enquête et l’inspecteur Torigai s’efface peu à peu jusqu’à disparaître de l’intrigue. Mihara s’intéresse beaucoup aux horaires de train et son attention se concentre sur Yasuda, un témoin clé qui s’avère plus trouble qu’il ne paraissait au premier abord. Néanmoins la majorité des hypothèses qu’émet Mihara se trouvent toutes sans fondement. A force de persévérance, il parvient à comprendre que Yasuda est un des fournisseurs du ministère X et que celui-ci a une femme malade, Ryoko. Cette dernière est un esprit brillant, nullement entravé par sa tuberculose inguérissable.



Dénouement de l’intrigue

L’enquête se conclut par un rapport de Mihara à Toragai. On apprend alors que les deux personnes retrouvées mortes sur la plage se connaissaient mais que rien ne prouve qu’ils entretenaient une liaison.

Yasuda avait une maîtresse qui se révèle être Toki, avec l’aval de sa femme, Ryoko, avec qui il ne peut avoir de relations sexuelles en raison de sa maladie. Cependant Ryoko ne peut s’empêcher de jalouser sa « remplaçante ». Ainsi, quand Yasuda projette de « suicider » Sayama en raison de ce qu’il sait au sujet de l’affaire de corruption au ministère X, elle décide de tuer Toki pour rendre le suicide de ce dernier plus crédible et se débarrasser de sa rivale. Si Yasuda agit ainsi, c’est pour aider le chef de service du ministère très fortement impliqué dans l’affaire de corruption. En retour celui-ci pourra lui retourner la pareille pour son entreprise. Il forme des alliances de choix pour la prospérité de son entreprise.

Yasuda a très précisément fourni témoins et indices pour masquer son crime et, sans l’acharnement du commissaire adjoint Mihara, il n’aurait pas été confondu.

Contre toute attente, les meurtriers ne sont pas arrêtés car ceux-ci se suicident avant, et il n’existe malgré tout pas de preuves tangibles de leur double assassinat. La santé de Ryoko s’étant fortement aggravée, celle-ci a convaincu son mari de se suicider avec elle. Quant aux membres du ministère X impliqués dans l’affaire, ils sont promus à des postes importants.

 

Titre

La version française du titre ne me semble qu'en partie pertinente. En effet, si « l’express » ou train est un point central de l’intrigue, les références à Tokyo sont fort vagues. Seule l’affaire de corruption du ministère X et l’inspecteur Mihara ont un lien avec la capitale.

En japonais le titre Ten to sen peut se traduire par des points et des lignes. Les points et les lignes peuvent faire référence à l’aspect métrique et mathématique de l’œuvre. Les lignes peuvent également figurer les chemins de fer ou bien la forme d’un train longiligne. Les points peuvent quant à eux être des points de repères, des lieux précis, ou même l’emplacement des villes sur la carte du Japon introduisant le récit.

 

Construction du récit

Étrangement, la première scène constituant le premier chapitre se trouve très développée alors que dans tout le reste du livre, l’auteur va à l’essentiel. Les policiers ne sont que des instruments pour suivre l’enquête et faire avancer l’intrigue.

On observe une déshumanisation de l’intrigue policière qui se résume plus au final à un ensemble de faits, commentés par les enquêteurs et quelque peu romancés.

La fin est particulière car elle rompt avec le temps de l’action et le récit en cours, les faits sont narrés au passé par rapport au temps de la narration. Le dernier chapitre clôt le livre avec une lettre, le rapport d’enquête que Mihara envoie à Torogai. Même l’écriture change, on passe du « romain » à l’italique.



Dialogues

La présence des dialogues est assez faible dans le récit. Ils ne lui donnent pas de plus de consistance ou de profondeur, mais permettent d’effectuer des pauses dans l’histoire. On sort de l’action, une distanciation avec le présent s’opère reléguant les faits dans le passé. Les dialogues sont pour la plupart des discussions entre le commissaire Kaissai et Mihara qui servent à faire le point sur l’enquête. Par ailleurs, on suit le cheminement du raisonnement des enquêteurs qui, en parlant, font émerger de nouvelles hypothèses et de nouvelles pistes dans l’affaire en cours. Néanmoins ces discussions s’avèrent bien souvent redondantes.

Il faut cependant souligner que les dialogues avec d’autres personnages servent eux aussi à faire surgir d’autres pistes, hypothèses.

 

Réalisme de l’intrigue

Effet de réel

L’affaire se passe en 1947. Tous les vols, les horaires des trains sont vrais de manière à créer un roman le plus réaliste possible.

 

 

 

Recherches

C’est la ténacité des enquêteurs qui permet de trouver la solution au problème. Les personnages de Matsumoto ne sont pas des surhommes qui se battent et multiplient les péripéties épiques pour à la fin tuer tous leurs ennemis à coups de revolver.

L’enquête est lente et minutieuse, et elle en devient finalement très réaliste.

 

Temporalité et rapport au temps

Le récit est intemporel. Il pourrait très bien se tenir de nos jours.

 

 

Dans le récit

Le rapport au temps est une des particularités de cette œuvre. Tout est chronométré, les trains, les horaires, les distances, les chiffres ont une importance considérable, ils sont le nœud de l’intrigue. Ainsi un intervalle de quatre minutes entre les trains change tout un témoignage en une machination orchestrée et fait véritablement basculer le récit.

L’écriture est également « minutée », rien n’est superflu. Le peu de descriptions sur les lieux, les personnages, et quelques réflexions sur les thèmes centraux du livre (le temps et les transports) donnent un peu de couleur au récit, tout en laissant une grande part à la réflexion et à l’action.

L’action est très lente pour laisser le temps de la réflexion. L’auteur détaille même ce que le personnage prévoit de faire pour arriver à son but ; demande d’indices ou de renseignements à un organisme précis, interrogation de témoins ; sachant qu’après on suivra le personnage dans ces mêmes pérégrinations pour prouver son idée.

Seichō Matsumoto attache une grande importance au cheminement de la pensée. Pour lui, la réflexion mène à la réussite, l’action ne vient qu’en second temps.

La progression du récit, donc de l’enquête, est très lente, ce qui diffère avec les romans policiers « nerveux » actuels. Ainsi, ce n’est qu’à la moitié du roman que la thèse du double homicide est confirmée, alors que dès le second chapitre, Torigai émet des doutes sur la nature de la mort de Sayama et Toki. Les policiers ont des doutes, mais mettent un temps considérable pour prouver leurs hypothèses.

Torigai réapparaît à la fin en envoyant une lettre à Mihara. Son intervention dans le récit sert d’indicateur temporel. On a alors conscience du temps qui s’est écoulé depuis leur rencontre datant du mois de janvier. À la mi-mars, Mihara n’a toujours pas confirmé son hypothèse. Il met en tout sept mois pour résoudre l’enquête.

Cette nouvelle indication temporelle confère à l’intrigue un aspect plus « réaliste ». Contrairement aux idées reçues, les enquêtes ne sont pas résolues en un mois.

 

La thématique du train

Le train revêt une importance particulière dans l’enquête : tous les personnages sont liés à ce moyen de transport. Les suspects et les témoins sont rattachés à l’affaire par un train : Yasuda qui prend plusieurs trains, et aperçoit en compagnie de deux serveuses, le couple Toki et Kenechi Sayama monter dans le train les menant à leur fin.

Pour interroger les différents suspects, aller sur les lieux du crime…, les inspecteurs l’utilisent constamment. Ils vont même jusqu’à en étudier précisément les horaires et le fonctionnement ce qui en fait le point névralgique du livre. On peut même le considérer comme le personnage principal car il a plus d’importance que les policiers qui mènent l’enquête.

Cette importance du train s’explique également par l’infrastructure japonaise privilégiant le train comme moyen de transport.

 

Psychologie des personnages

Mihara

Il est obstiné, il cherche à prouver que ses hypothèses sont valides ; néanmoins, la majeure partie du temps, celles-ci se révèlent fausses. Matsumoto dévoile avec ce personnage la faiblesse humaine et il montre que personne n’est infaillible.

 

 

Yasuda

Le personnage de Yasuda est intéressant et intrigant. Il est séduisant et agréable, décrit de manière extrêmement méliorative contrairement à l’inspecteur Torigai. Il ne fait rien au hasard et semble tout calculer de manière ingénieuse. C’est le personnage le plus travaillé de tout le roman : « 35 ans ou 36 ans, ses cheveux étaient légèrement frisés, ses yeux ronds et charmants, et son visage au teint coloré avait une expression un peu boudeuse. » Le fait qu’il soit décrit de manière méliorative lui confère une certaine forme de supériorité face aux autres personnages, ce qui se confirme tout au long de l’histoire. Il surpasse les deux policiers et gagne la partie.

 

 

Jutaro Torigai

Le personnage n’attire pas l’attention, il est présenté comme presque insignifiant, personne ne lui prête attention. Il porte des vêtements usés par le temps et semble s’être érodé lui aussi à leur allure. Très pris par son travail, il passe peu de temps en compagnie de sa famille, en partie ignoré par sa femme qui s’est habituée à son absence. Jutaro Torigai se déprécie, se considère comme un homme sénile, incapable de réfléchir et de penser face à la jeunesse de Mihara. Après plusieurs chapitres de stagnation, Torigai fait subitement avancer l’enquête. Ses suppositions éclairent l’affaire et proposent une vision de celle-ci qui s’avère très pertinente, plus pertinente que celle de Mihara. Par conséquent, ses idées contrebalancent sa « prétendue sénilité » et son complexe d’infériorité vis-à-vis de Mihara.

 

L’enquête policière selon Matsumoto

À travers le personnage de Torigai, Seichō Matsumoto parle de la persévérance qu’il faut avoir dans une affaire, suivre ses intuitions, ses instincts, revérifier les indices, encore et encore jusqu’à trouver la solution et ne pas laisser échapper de criminels. Il faut être suspicieux, ne pas se fier aux apparences. Il est nécessaire de tout envisager, tout examiner, de délaisser les préjugés qui faussent le jugement afin de résoudre une enquête.

 

Instrumentalisation des personnages

L’inspecteur Torigai prend de l’importance lorsqu’il met en évidence l’étrangeté de l’affaire du double suicide. En revanche, lorsqu’il commence à stagner dans son enquête, l’inspecteur Mihara vient le remplacer. Torigai s’efface peu à peu jusqu’à disparaître complètement de l’intrigue. Il ne réapparaît qu’à la fin car il délivre quelques hypothèses servant Mihara, redevant « utile ». Cela montre l’importance que Matsumoto donne à l’écriture de l’intrigue. Les personnages servent l’histoire, font avancer l’intrigue, sont des instruments ou des pions qu’il déplace à sa guise. Ce sont des personnages-objets qui sont au final assez peu développés. Le lecteur possède peu d’éléments sur eux, leur personnalité et leur caractère se perdent dans l’action, leur donnant juste la consistance nécessaire pour les faire exister en tant que personnages. L’impression qu’ils laissent est froide, dénuée de la moindre émotion, du moindre sentiment, comme s’ils étaient des machines.

 

Portait et critique de la société japonaise

Culture japonaise

Les références à la culture japonaise telles que les descriptions de pièces où la largeur se compte en nattes, les mets et vêtements traditionnels, restent très faibles dans l’œuvre. Une à deux notes de l’éditeur donnent de rares précisions sur le sujet.

En définitive, seule la géographie du pays, le changement de climat selon les régions, les noms de lieux et des personnages rappellent au lecteur que l’histoire se déroule au Japon. On sent à travers l’écriture de Seichō Matsumoto l’occidentalisation du pays et l’impact de la culture américaine. Le roman est écrit en 1958, et les Américainscontrôlent le Japon depuis une dizaine d’années. À travers cette œuvre, on perçoit la perte d’identité japonaise au profit d’une culture américaine plus ou moins imposée.

 

 

Préjugés

La société de l’époque présente beaucoup de clivages : la ville est supérieure à la campagne. On l’observe dans la relation entre Mihara et Torigai.

Mihara est ravi du soutien que lui apporte Torigai, mais cela ne l’empêche pas de juger ses théories farfelues, voire quelque peu absurdes. Cela confirme bien cette idée que l’intelligence se concentre dans les villes. Le personnage se sent d’autant plus supérieur. Il est invité à repasser dans la région pour profiter du beau temps, comme si la ville, la capitale était loin de tout, coupée du reste du monde par son importance.

 

 

Corruption

La corruption régit le monde. C’est sur cette note pessimiste que conclut Seichō Matsumoto, comme s’il n’y avait aucune échappatoire. Par leur suicide, Ryoko et Yasuda passent entre les mailles de la justice, démontrant qu’ils possèdent une longueur d’avance sur les policiers, et une remarquable intelligence. De même les représentants du pouvoir liés à cette affaire de meurtre s’en sortent sans aucun accroc et sont promus. Le crime semble profiter aux gens, conférant plus de puissance et d’avantages, tandis que les représentants de la justice n’obtiennent rien en retour pour avoir résolu l’enquête. Il n’y a pas la moindre reconnaissance.

Pour caricaturer grossièrement, le mal triomphe sur le bien, la vérité et les valeurs morales.

C’est un monde cynique, cruel et déchu que présente Seichō Matsumoto. Le Japon semble avoir perdu de la valeur à ses yeux.

 

Biographie

Seichō Matsumoto (1901-1992) est le plus grand auteur de romans japonais d’après-guerre. Très reconnu, il est une référence en matière de romans policiers.

Ce journaliste participe à différents prix avant d’être reconnu comme écrivain. C’est en publiant dans la revue Mita Bungaku en 1953 son œuvre Aru Kokura nikki den qu’il reçoit le prix Akutagawa.

Il commence sa carrière dans le domaine de l’intrigue policière avec sa nouvelle Harikomi en 1955.

Publié en 1958, Ten to sen, son premier roman policier est un véritable best-seller et lance définitivement sa carrière.

Par la suite, il produira un grande nombre d’œuvres romanesques, principalement policières, ainsi que quelques romans historiques, et notamment un roman de science-fiction.

Huit de ses œuvres ont été adaptées au cinéma, dont Le Château de sable. Pour chacune de ces adaptations, il a travaillé avec le réalisateur. Cependant, seules ses œuvres les plus connues ont été traduites en France, la plupart par l’éditeur Philippe Picquier.

On trouve notamment chez cet éditeur :

    La Voix (声)
    Tōkyō express (点と線)
    Le Vase de sable (砂の器)
    Journal local (地方紙を買う女)

L'Endroit dont elle ne lui avait pas parlé (聞かなかった場所)(2010) est le dernier livre paru aux éditions Actes Sud.

Plus de détails sur http://www.shunkin.net/Auteurs/?author=83 site sur lequel je me suis fondée pour rédiger la biographie.
 
 
Aloïs Duneau-Délis, 1ère année édition-librairie

 

 

 


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Published by Aloïs - dans polar - thriller
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5 mai 2011 4 05 /05 /mai /2011 07:07

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Dashiell HAMMETT
Meurtres à Chinatown
Titre original :
Dead Yellow Women
Date de parution originale : 1925
Présente édition : 2003
Présentation, traduction et notes
par Natalie Beunat.
Pocket, Langues pour Tous


 

 

 

 

 

 

 

 

 

Présentation

Meurtres à Chinatown (anciennement appelé Crime en jaune, et de son titre original Dead Yellow Women) est une longue nouvelle (85 pages) écrite à la première personne. Elle paraît dans Black Mask en novembre 1925. On y trouve déjà tout ce qui fera le succès des cinq romans à venir de Dashiell Hammett. Toutes les recettes sont là et se développent, germent pour atteindre leur apogée quelques années plus tard dans La Moisson rouge et Le Faucon maltais, notamment.

Nous allons observer plus en détails deux aspects fondamentaux de l'oeuvre de Hammett en nous basant sur cette nouvelle : l'image nouvelle du détective – le Vengeur masqué – et le cadre urbain du roman hard-boiled, initié par Hammett.



L'histoire

Le récit commence avec la rencontre entre le héros et sa future cliente, Lillian Shan, dans les bureaux de la Continental, l'agence de détectives privés pour laquelle il travaille à San Francisco.

Alors que Mlle Shan tentait de rentrer chez elle avec sa femme de chambre, de retour d'un voyage à New York, un jeune Chinois lui avait bloqué la porte puis les avait toutes deux ligotées et enfermées dans un placard. Deux heures plus tard, alors qu'elle parvient à se détacher, Lillian Shan découvre que sa servante, Wang Ma, et sa cuisinière, Wan Lan, sont mortes et que ses deux domestiques – Hoo Lun et Yin Hung – ont disparu. Insatisfaite du travail de la police locale, elle se tourne vers la Continental pour faire avancer l'enquête plus rapidement.

Dès lors, notre héros met en place plusieurs réseaux d'informateurs pour en apprendre plus. Il demande à son ami Cipriano de se promener du côté de Chinatown pour découvrir ce qui s'y trame et embauche Dick Foley, as de la filature.

Il entend rapidement parler de deux hommes : Chang Li Ching et Nick Conyers, a.k.a le Whistler.

La première présentation de Chang Li Ching laisse planer un certain mystère sur sa véritable activité dans Chinatown :


«  – Peut-être vous pourriez aller là-bas en vous rendant à la maison de Chang Li Ching dans la rue d'à côté – Spofford Alley.

– Ah bon ? Et qui est ce Chang Li Ching ?

– Je ne sais pas mais c'est là qu'il vit. Personne le voit, mais tous les bridés, y disent que c'est un grand homme.

– Ah bon ? Et sa maison est dans Spofford Alley ?

– Oui, monsieur, une maison avec une porte rouge et des marches rouges. C'est facile à trouver, mais vaut mieux pas trop plaisanter avec Chang Li Ching. »


En ce qui concerne le Whistler, on apprend qu'il a passé une bonne partie de son adolescence et de son jeune âge adulte à monter des coups à travers les Etats-Unis. Il est aujourd'hui le propriétaire du très « select » hôtel Irvington. C'est lui que doit filer Dick Foley.

Le héros rend une première visite à Chang Li Ching, au cours de laquelle il est reçu de manière très courtoise, et se fait sauver la vie par les hommes du Chinois alors qu'il allait se faire abattre. Afin de retrouver les deux domestiques, dont on suspecte la complicité, on décide d'organiser un faux recrutement de majordomes non loin de chez Lillian Shan. Ce stratagème s'avère payant, Yin Hung s'y présente et est arrêté.

Un peu plus tard dans la soirée, alors qu'il se rend chez Mlle Shan, le détective se trouve face au shériff adjoint, qui possède un mandat d'arrêt pour meurtres au nom de Lillian Shan. C'est à ce moment qu'on aperçoit John Garthorne, petit ami de Lily, qui panique ; à tel point que dès que l'Op se dirige vers lui, il lui avoue une partie jusqu'alors méconnue de l'histoire : en manque d'argent, John Garthorne accepte de travailler dans la contrebande d'alcool pour le Whistler. Sa mission est de devenir ami avec une certaine Lillian Shan, dont il faudrait utiliser la maison pour stocker l'alcool importé. C'est ce que fait John. Un jour, alors que Lillian part pendant plusieurs jours, il prévient le Whistler que la maison sera libre. Malheureusement, elle rentre plus tôt que prévu et interrompt la transaction. Elle est donc ligotée avec sa servante.

Le lendemain, il interroge beaucoup plus brutalement Lillian Shan et découvre qu'elle avait en fait passé un marché avec Chang Li Ching pour le stockage d'alcools, tous deux faisant partie du mouvement anti-Japonais (voir plus bas). On découvre cependant qu'elle s'est fait rouler parce que le Whistler fait passer des armes en Chine, mais en ramène secrètement des coolies et de l'opium. Avec toutes ces informations, il suffit à notre détective de se retrouver en présence à la fois de Chang Li Ching et du Whistler pour les monter l'un contre l'autre. C'est ce qui arrive quelques heures plus tard. Il pousse alors Ching à faire lui-même abattre le Whistler et certains de ses hommes.

Le récit se clôt sur l'enfermement à perpétuité, deux jours plus tard, de la plupart des Chinois impliqués dans l'histoire.

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Le Continental Op

Avec Dashiell Hammett apparaît une nouvelle image du détective.

Il n'est pas désigné par son nom et reste toujours « le Continental Op ». A ce propos, Dashiell Hammett déclare lui-même dans une lettre adressée au rédacteur en chef de Black Mask :

 

« Je ne suis pas sûr qu'il mérite un nom. Il représente plus ou moins un certain type, celui du détective privé qui réussit généralement ses enquêtes. Ce n'est ni la tête de bois en chapeau melon et les ripatons écartés d'une certaine école de fiction, ni le génie infaillible et omniscient de l'autre. »

Tzvetan Todorov, dans sa Typologie du roman policier, explique que la distinction fondamentale entre le roman policier classique et celui créé par Hammett réside dans la vulnérabilité du héros : « On ne peut pas imaginer Hercule Poirot ou Philo Vance (S. S. Van Dine) menacés d'un danger, attaqués, blessés, et, à plus forte raison, tués. » On remarque également que « le succès du détective est éphémère » (B. Ardusse, Le Monde, 1994). Son rôle n'est pas de préserver la paix et de garantir la sécurité du quartier dans lequel il opère.

A la fin du récit, le Continental Op se retire de Chinatown considérant que sa mission est terminée, à juste titre puisque les meurtriers de Wang Ma et Wang Lan ont été arrêtés. Cependant, il conclut le roman par ces mots :

« Ça ne me gêne nullement de reconnaître que j'ai cessé de manger dans les restaurants chinois, et […] si jamais je suis obligé d'aller à nouveau traîner du côté de Chinatown, le plus tard sera le mieux. »

En terminant le récit ainsi, le narrateur admet non seulement qu'il laisse le quartier dans un état d'insécurité aussi élevé qu'avant son « intervention », mais également qu'il craint la mafia chinoise à laquelle il a été confrontée. Impossible d'imaginer Conan Doyle boucler un récit sur une telle déclaration.

Le seul objectif du Continental Op est de remplir la mission qui lui est confiée, sans tenir compte de règles morales externes. Dans Meurtres à Chinatown, le Continental Op n'hésite pas à utiliser Chang Li Ching pour obtenir des informations. Il collabore d'ailleurs avec lui et le pousse à tuer lui-même le Whistler au moyen d'une photo truquée.

Il est ici doublement « amoral » : il utilise une photo truquée, un montage laissant entendre que le Whistler a sévi dans l'armée japonaise, et il collabore avec Chang Li Ching pour obtenir la mort du Whistler. N'imaginons pas pour autant que c'est un mercenaire sans foi ni loi. Dans les notes de cette édition Pocket Bilingue, Natalie Beunat déclare :

« Au-delà de la figure archétypale du héros détective sans état d'âme, efficace, souvent violent et entièrement dévoué à son travail, émerge avec Dead Yellow Women un nouvel aspect du personnage. C'est celui de l'enquêteur compassionnel. […] Cette évolution du héros dans la fiction hard-boiled est à porter au crédit de Dashiell Hammett qui a en quelque sorte transcendé le genre qu'il avait créé. »

En effet, au cours d'une de ses visites chez Chang Li Ching, à Spofford Alley, il observe une agitation le long du mur, derrière un rideau. Il y découvre une petite fille : « elle ne mesurait pas plus d'un mètre trente – un objet décoratif pour une étagère ». Cette rencontre nous permet de rencontrer le héros sous un nouvel angle, plus émotif :

«  – ' Tu veux que je t'emmène hors d'ici ? '

Elle hocha la tête en signe d'affirmation, et sur son visage, à hauteur de mon menton, sa bouche comme une fleur rouge esquissa un sourire qui fit passer tous les autres sourires dont je pouvais me souvenir pour vulgaires. »



Le langage du Continental Op

Le Continental Op maîtrise parfaitement l'argot des villes et de leurs bas-fonds. Dans ses enquêtes, l'intimidation verbale est une arme essentielle. Les années que Hammett a passées à la Pinkerton lui permettent de reproduire ce jargon avec une authenticité admirable ; cela a fortement contribué à la crédibilité de ses récits et, par conséquent, à son succès.

Natalie Beunat toujours, dans son ouvrage Dashiell Hammett, parcours d'une oeuvre, déclare :

« Dans le roman policier classique, la vérité s'élabore à partir de témoignages recueillis çà et là par un enquêteur dont l'habilité et la ruse sont d'ordre verbal. La confession du criminel qui clôt généralement ce type de récit n'est que le résultat de patients interrogatoires, véritables filets dans lesquels le coupable vient, en toute logique, se perdre. Dans le roman hard-boiled, le langage du héros reflète la violence de son univers. » (p.55)

Dans Meurtres à Chinatown, Hammett profite du fait que le récit soit écrit à la première personne et raconté du point de vue du héros pour reproduire ce langage à l'intérieur de ses pensées et nous transmettre ainsi l'intégralité du récit par ce biais. La simple description d'un personnage est émaillée d'expressions violentes et masculines. De cette façon, l'aspect brut et violent de l'atmosphère du récit s'impose au lecteur en permanence. Mais ces réflexions sont souvent dotées d'ironie :

« La porte fut ouverte par un autre Chinois. Mais celui-ci n'avait rien à voir avec vos nabots cantonais. C'était un homme immense, le genre lutteur cannibale – avec un cou de taureau, des épaules comme des montagnes, des bras de gorille, une peau comme du cuir. Le dieu qui l'avait créé avait eu quantité de matière à sa disposition et n'avait pas lésiné. »

Dans ses échanges avec les autres personnages, il n'hésite pas à imposer un style directif par lequel il se désigne comme celui qui décide :

« – Emmenez Hsiu Hsiu dans la pièce du dessus, et faites en sorte qu'elle se tienne tranquille, même si vous devez l'étrangler. Je dois parler à Mademoiselle Shan. »

Cependant, on constante dans Meurtres à Chinatown, que ce n'est pas une règle absolue à laquelle le Continental Op obéit sans réfléchir. La particularité de Chang Li Ching est qu'il s'adresse au détective dans un langage très « vaudevillesque » comme le décrit le héros. Pour répondre à ces longues tirades, il sait s'adapter à son interlocuteur et adopter son mode d'échange :

«  – Si la Terreur des Infâmes veut bien honorer l'un de mes méprisables sièges en reposant dessus sa divine personne, je peux lui certifier que ce siège sera brûlé par la suite, de manière à ce qu'aucun être de médiocre condition ne s'en serve. Ou le Prince des pourfendeurs-de-voleurs me permettra-t-il d'envoyer un serviteur à son palais pour y chercher un fauteuil digne de lui ?

[…]

–  C'est seulement parce que la crainte du puissant Chang Li Ching me rend lâche que j'ose m'asseoir. »

Là encore on remarque l'ironie dans les dialogues. Ces deux personnages communiqueront comme cela tout au long du récit, ce qui crée une relation assez mystérieuse dans laquelle on ne peut jamais clairement distinguer une menace d'un compliment.

 Dashiell Hammett Crime en jaune

La Jungle urbaine

Bertrand Ardusse déclare, dans Le Monde, en 1994, à l'occasion du centenaire de la naissance de Dashiell Hammett :

« Pour le détective hard-boiled, le crime n'est plus ce phénomène isolé, produit d'un esprit égaré ; il fait partie intégrante d'une société où la violence et la corruption sont devenues instruments de pouvoir. Face à ce monde, le succès du détective est éphémère. »

Les descriptions des différents quartiers de San Francisco sont d'une très grande précision, ce qui appuie une fois de plus la crédibilité du récit qui se passe, d'après le narrateur, dans des rues fréquentées par tous. La fille de Dashiell Hammet, Jo, déclare dans son livre Album de famille que Dead Yellow Women est sa nouvelle préférée, « non pas tant pour son intérêt d'un point de vue stylistique, mais parce qu'elle a capté avec ironie l'atmosphère de Chinatown ».

Dans Meurtres à Chinatown, on s'intéresse, logiquement, au quartier chinois de San Francisco. Hammett consacre les premières pages du chapitre IV à décrire brièvement le quartier et les rencontres qui peuvent s'y produire. Il commence par décrire le grand Chinatown, connu, puis s'en éloigne et nous amène vers des rues plus obscures :

« Si vous quittez les artères principales et les attractions touristiques, et que vous commencez à traîner dans les allées et les recoins sombres, et que rien ne vous arrive, il y a des chances pour que vous y trouviez des choses intéressantes – quoique certaines pourraient vous déplaire. »

Natalie Beunat déclare : « Chinatown est présenté comme un dédale architectural, avec d'un côté l'image exotique du ghetto intégré au centre ville, et de l'autre la vision menaçante de ses sociétés secrètes. »

On retrouve plutôt cette « vision menaçante » de Chinatown dans le récit. On imaginerait presque une ville post-apocalyptique. Peu de gens circulent dans ces ruelles et des hommes armés surveillent les bâtiments dans lesquels le Continental Op tente d'entrer. Le terme de « société secrète » est d'ailleurs bien choisi pour le cas de Meurtres à Chinatown, puisque l'intrigue est fondée sur un phénomène historique très précis, qui est celui du mouvement anti-Japonais.



Le contexte historique

Le mouvement anti-Japonais est au centre de cette longue nouvelle. C'est lui qui régit et provoque les relations entre plusieurs personnages essentiels à l'histoire : Chang Li Ching, le Whistler et Lillian Shan. Dans l'édition Pocket, en note, le mouvement anti-Japonais est présenté de cette façon :

« Depuis la fin du XIXe siècle, le Japon avait été un pays fortement expansionniste : victoire militaire en 1894 pour le contrôle de Formose – Taïwan –, attaque de la flotte russe à Port-Arthur en 1904 en vue d'annexer la Mandchourie. Le Japon sortit victorieux de la guerre russo-japonaise et la Chine en resta humiliée. Tout cela exacerba le nationalisme chinois. Le soulèvement du 10 octbre 1911 renversa la dynastie mandchoue, vieille de 250 ans. Les insurgés proclamèrent la République et Sun Yat-Sen en fut le président durant quelques mois. »

Sun Yat-Sen repart en exil suite à l'échec de la révolution de 1911 et devient « le père de la République » dans l'esprit des Chinois, pour lesquels il continue à être une inspiration après sa mort en 1925.

Chang Li Ching est en fait l'un des dirigeants du mouvement anti-Japonais en Chine. Depuis la mort de Sun Yat-Sen, les Japonais ont renforcé leur domination face à l'absence de leader charismatique du côté chinois. Chang Li Ching et ses hommes cherchent à perpétuer l'oeuvre de Sun Yat-Sen.

« Leur propre gouvernement est contre eux, aussi leur urgence est d'armer assez de patriotes pour résister à l'agression japonaise le temps venu. [Voilà à quoi sert la maison de Lillian Shan]. Des fusils et des munitions sont chargés sur des bateaux là-bas et convoyés vers des navires qui se tiennent au large. Cet homme que vous appelez le Whistler est le propriétaire des navires qui transportent ces armes en Chine. »



L'auteur
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Dashiell Hammett (1894 – 1961) est un écrivain américain. Il est considéré comme le père fondateur du roman noir américain et est reconnu par Hemingway ou Chandler comme une influence majeure. Il travaille six ans à la Pinkerton avant de se lancer dans l'écriture de nouvelles, de romans et de scénarios à Hollywood.

A l'occasion du centenaire de sa naissance, Jean-Pierre Delox déclare :

« Il y a cent ans, le 27 mai 1894, naissait Dashiell Hammett qui allait non seulement briser le carcan et les règles de la littérature policière traditionnelle, inventer un nouveau genre, le roman noir américain, […] créer une nouvelle écriture et un nouveau langage mieux adaptés à la violence thématique et au réalisme du propos […], mais encore bouleverser les lettres américaines et la littérature occidentale par son dépouillement formel et la force de son propos contestataire. »

 

 

Loïk, 1ère année Éd.-Lib.

 

Dashiell Hammett sur Littexpress

 

HAMMETT moisson rouge couv

 

 

 

 

 

 Article de Thomas sur Moisson rouge.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dashiell Hammett Le Faucon de Malte

 

 

 

 

 

 

Article de Chloé sur Le Faucon de Malte.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Lucie sur La Clé de verre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 07:00

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Jean-Claude IZZO
Chourmo
Gallimard, 1996
Folio, 2001

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Claude Izzo, écrivain marseillais d’origine italienne, est l’auteur de La trilogie Fabio Montale qui a marqué l’histoire du roman policier français dans les années 1990. Sa carrière d’écrivain fut dense mais de courte durée puisqu’il est décédé en l’an 2000. Chourmo est le deuxième tome de sa célèbre trilogie marseillaise publié en 1996 et qui sera le plus long roman de l’auteur.

 

Chourmo

Dans ce deuxième tome de la trilogie Fabio Montale, on retrouve la ville de Marseille qui fait office de décor et quelques uns des personnages du premier tome Total Khéops, notamment les proches de Fabio Montale. En revanche, il n’y pas de véritable enquête policière menée par le héros puisqu’il démissionne à la fin du premier tome.

 

Résumé

Fabio reçoit la visite de sa cousine Gélou, inquiète de la disparition de son fils Guitou, parti rejoindre sa petite amie Naïma à Marseille. En commençant les recherches chez Naïma, Fabio devient témoin du meurtre de son ancien ami Serge, éducateur dans les banlieues. Il se retrouve alors au contact de ses anciens collègues policiers et en profitera pour glaner des informations et être aidé tout au long de son enquête privée. Apprenant la mort de Guitou dans le journal, il commence deux enquêtes parallèles pour comprendre le meurtre de Guitou et de son ami Serge. De fil en aiguille, il s’enfonce dans le milieu de la mafia et de l’islamisme pour y découvrir un lien entre ces deux meurtres. Une fois les coupables du premier meurtre découverts, Fabio n’a plus qu’une idée en tête : venger la mort injuste du fils de sa cousine.

 

Un roman noir classique

Fabio est un enquêteur qui, comme beaucoup de héros de polars, aime l’alcool, les femmes qu’il ne sait pas garder et la solitude. Ayant démissionné, il enquête comme un privé au milieu de la violence des armes à feu notamment. C’est plus qu’un roman policier, l’auteur utilisant son héros pour dénoncer tous les problèmes sociaux qui touchent Marseille comme il le fait déjà dans  Total Khéops.

 

Explication du titre

Le terme chourmo, en provençal, désigne à l’origine les rameurs des galères propres au port de Marseille. Le sens du mot galère ayant dévié, le chourmo désigne aujourd’hui l’esprit des jeunes de Marseille qui veulent s’entraider pour s’en sortir : « L’essentiel [du chourmo], c’était que les gens se rencontrent. Se   ‘mêlent’, comme on dit à Marseille. Des affaires des autres, et vice versa. Il y avait un esprit chourmo. On n’était plus d’un quartier, d’une cité. On était chourmo. Dans la même galère, à ramer ! Pour s’en sortir. Ensemble. » Chourmo est donc un titre pertinent car le roman tourne beaucoup autour des jeunes de Marseille, qu’ils soient des beaux quartiers ou de la banlieue, qui ont tous leurs problèmes : drogue, prison, islamisme, racisme, mafia…

 

Thèmes récurrents

La misère sociale est tout particulièrement présente dans Chourmo avec les banlieues des quartiers nord où Fabio rencontre des familles immigrées qui font face à la déception du chômage et où les jeunes s’en sortent comme ils peuvent : à l’école ou dans le sport pour les plus chanceux, dans la drogue, la délinquance ou l’islamisme pour les autres. Auteur engagé, Jean-Claude Izzo ne supporte pas, comme son personnage, l’injustice et l’inégalité. Et il le fait savoir dans ce deuxième tome comme dans toute la trilogie. Mais par-dessus tout, il ne supporte pas le racisme et donne ce trait de caractère à son personnage :

« La seule chose que je ne pouvais tolérer, c’était le racisme. J’avais vécu mon enfance dans cette souffrance de mon père. De ne pas avoir été considéré comme un être humain, mais comme un chien. Un chien des quais. Et ce n’était qu’un Italien ! »

Le racisme est très présent dans ce tome et, que ce soit de la part de sa propre cousine italienne ou d’un gitan, il vise toujours les arabes. Mais le comble est atteint quand il apprend qu’un jeune arabe islamiste est partisan du front national. Enfin, la mafia est le dernier thème de prédilection de l’auteur. Dans ce tome le lien avec la mafia est indirect puisqu’il s’agit d’un homme qui, pour s’enrichir au plus vite, conclut des arrangements avec la mafia. Cet homme n’est donc pas directement un mafieux, un homme dangereux. Mais bien évidemment, avec la Camorra napolitaine, lorsque des accords même économiques ne sont pas respectés, cela finit dans un bain de sang.

 

Le passé du héros

Dans ce deuxième volet, Fabio Montale ressasse énormément son passé. Notamment en se retrouvant à nouveau face à la mort de ses proches comme il l’a vécu avec Manu, Ugo et Leila dans Total Khéops. Il se souvient également de sa jeunesse avec le retour de se cousine Gélou qu’il aimait étant adolescent. Il se remémore ses bons souvenirs avec elle ainsi que sa période de délinquance avec Ugo et Manu. Il se retrouve à faire face à son passé et ses regrets mais ses souvenirs ressemblent plutôt à de la nostalgie et restent positifs dans ce tome. Ici, son passé tient une place importante et lui permet de comprendre les jeunes d’aujourd’hui. Il a d’ailleurs une grande capacité de compréhension en sachant que ces jeunes font face à « trop de merde dans ce monde ».

 

La ville

Marseille est présente dans ce tome comme dans toute la trilogie. Au fil de son enquête, Fabio traverse de nombreux lieux et places précises qui le ramènent à son passé et qu’il connaît suffisamment bien pour lui permettre de se sortir du danger. La ville est vraiment la trame de fond et l’histoire ne pourrait exister sans. C’est d’ailleurs un roman avec des caractéristiques qui n’autorisent aucun autre lieu. La présence de la mafia, les banlieues aux immigrés venus de tous pays, la mer et les massifs, la cuisine provençale… Marseille devient alors comme un personnage de l’histoire. Sa réalité est précisée dans les notes de l’auteur au début de chaque tome, particulièrement dans Chourmo : « Cela dit, Marseille, elle, est bien réelle. »


Jean-Claude-Izzo-Trilogie-Fabio-Montale.jpg

La trilogie Fabio Montale

Après  Total Khéops et Chourmo, Solea complètera la trilogie en 1998.

Éléments autobiographiques

Dans cette trilogie, Jean-Claude Izzo donne certaines de ses caractéristiques personnelles à son personnage. En effet, tout comme son créateur, Fabio Montale est d’origine italienne, a toujours vécu à Marseille et apprécie la bonne cuisine, le whisky et le jazz. Ils se passionnent aussi tous deux pour la poésie : l’auteur n’hésite pas, à travers son personnage, à citer des poètes qui lui tiennent à cœur (Rimbaud, Louis Brauquier, Saint John Perse). Son écriture peut paraître simple, avec un vocabulaire issu du provençal et du langage de banlieue, mais ses phrases courtes sont plutôt le reflet de la poésie qu’Izzo apprécie et a lui-même beaucoup écrite. On peut même penser que ses phrases sonnent comme des proverbes. La solitude est un autre point commun qui unit l’auteur, divorcé, et le personnage qui n’arrive pas à garder de femmes près de lui. Mais cette solitude ne s’arrête pas à la présence des femmes, c’est une solitude intérieure, plus profonde, dont l’auteur a besoin pour écrire et que le personnage a l’impression de vivre en permanence.

 

Construction de la trilogie

Chaque tome de La trilogie Fabio Montale est construit sur le même modèle qui consiste en notes, prologues, chapitres et épilogues. Dans les notes de l’auteur présentes au début de chaque tome, Jean-Claude Izzo aime à rappeler que ce tome est un roman, une histoire inventée. Mais on trouve un ancrage réaliste dans son œuvre puisqu’il s’inspire de faits réels relatés dans les médias et qui l’ont marqué. Il dédie même Chourmo  « À la mémoire d’Ibrahim Ali, abattu le 24 février 1995 dans les quartiers nord de Marseille, par des colleurs d’affiches du Front national. » Débutant par un prologue, les trois tomes livrent le point de vue du personnage qui est tué ou menacé, alors que le reste des romans est écrit à la première personne sous les yeux de Fabio Montale. Ces prologues nous donnent donc l’impression de savoir quelque chose de plus que le héros mais finalement ce n’est pas vraiment le cas. Ces personnages permettent aussi d’obtenir un nouveau regard sur la ville de Marseille mais qui n’est jamais très éloigné de celui de Fabio puisque chacun de ses personnages est attaché à cette ville, malgré les dangers qu’elle représente. La suite des romans est divisée en chapitres dont les titres commencent tous par « où » à l’image de proverbes, de leçons voire d’avertissements. Par exemple, dans Chourmo : « Où quand on parle, on en dit toujours trop ». Enfin, les épilogues donnent un aperçu de ce que va devenir Fabio par la suite. Pour Solea, tome final de la trilogie, on ne trouve pas cet épilogue car le dernier chapitre se conclut sur la mort du personnage.

 

Évolution de Fabio Montale

Le personnage principal vit comme une descente aux enfers au fur et à mesure de la trilogie. Dans Total Khéops, c’est un policier qui conserve encore l’espoir d’aider les jeunes de banlieue notamment. Il n’a perdu que peu de proches : ses anciens amis Ugo et Manu ainsi que Leïla. Mais ces premiers décès commencent à le torturer, il a beaucoup de regrets et finit par démissionner, n’ayant plus confiance en la police et ses manières trop radicales. Dans Chourmo, Fabio perd trois autres proches qui faisaient là aussi plutôt partie de son passé. Il voit de plus en plus le mauvais côté du monde, ce qu’il appelle « la merde ». Il est choqué de voir que le racisme est omniprésent chez n’importe qui, même chez ses proches.

Il voit également la violence qui règne dans la ville et qui le dégoûte de plus en plus, alors qu’on pourrait penser qu’il est habitué à voir tant d’atrocités. On ressent quand même une proximité, une compréhension des jeunes et voir la jeunesse pourrait lui rendre un peu l’espoir. Mais finalement le héros est même prêt à tuer pour venger une injustice, ce qui est une étape importante dans sa vie. Enfin, dans Solea, Fabio Montale dit dès la première phrase : « La vie puait la mort. » Une expression qui se retrouve tout au long de ce dernier tome. Ici, plus aucun doute, même s’il trouve encore du plaisir dans les petites choses de la vie, il n’a plus de grands espoirs. Du début à la fin, il perd progressivement les personnes qui lui sont les chères puisqu’il se retrouve cette fois-ci directement lié à la Mafia, la vraie Mafia sur laquelle son amie journaliste a enquêté. Son but sera de protéger les survivants mais seul un couple de vieux amis, qu’il considère comme ses parents, restera en vie et lui-même mourra. Cette fin est assez pertinente car le roman se veut ancré dans la réalité et il est en effet très difficile d’échapper à la Mafia. De plus, on comprend que le personnage principal attendait cette mort comme une délivrance, il la demande même dans un dernier délire pendant qu’il agonise.

 

La trilogie Fabio Montale est un incontournable parmi les romans noirs français. Elle offre une vision très juste de la ville de Marseille dans les années 1990 et son côté social peut être élargi à la France entière. Les enquêtes permettent d’entrer au cœur de la ville, au sein de l’action, mais ne sont pas tellement primordiales. En effet, on peut être déçu de la facilité de résolution de ces enquêtes où tous les éléments, à première vue bien distincts, finissent par se relier tous ensemble.
 

Soizic, 1ère année Éd.-Lib.

 

 


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29 avril 2011 5 29 /04 /avril /2011 07:00

Jean Claude Izzo Total Kheops









 

 

 

Jean-Claude IZZO
Total Khéops
Gallimard, Série noire, 1995
Folio Policier 2001





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Total Khéops est le premier livre de la Trilogie marseillaise, publié en 1995. Il a reçu un très bon accueil parmi les lecteurs de romans policiers, à Marseille bien sûr mais également dans la France entière. Il a ainsi reçu l'année de sa publication un prix, le Trophée 813. L'auteur, Jean-Claude Izzo (1945-2000) est marseillais. Son père est un immigré italien et sa mère, née rue des Pistoles à Marseille, est fille d'immigré espagnol. Cette rue est très importante dans Total Khéops car c'est l'une des rues où le personnage principal errait avec ses amis étant enfant. Elle est nommée dès la deuxième phrase du livre. Izzo travailla dans beaucoup de domaines. Il a tour à tour été libraire, bibliothécaire, journaliste. Il a aussi été actif dans la vie politique de Marseille. Outre la Trilogie marseillaise, il publia des poèmes (Poèmes à haute voix, 1970) et d'autres romans, dont le dernier datant de 1999 se nomme Le soleil des mourants et a également pour thème Marseille.


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L'intrigue du livre se déroule donc à Marseille. Fabio Montale, policier de banlieue et fils d'immigrés italiens, voit ses deux amis d'enfance se faire tuer. Le premier, Manu, s'est fait assassiner pour une raison inconnue. Le deuxième, Ugo, revenu à Marseille pour venger son ami se fait tuer par la police, après avoir abattu l'homme qu'il pense responsable du meurtre de son ami. Peu après, une jeune femme maghrébine amie de Fabio se fait violer et assassiner. Fabio va donc mener son enquête.

Donc dans le livre, on cherche les réponses à trois questions :

Pourquoi a-t-on tué Manu ?

Qui sont les meurtriers de Leïla ?

Dans quel intérêt a-t-on fait croire à Ugo que Batisti, ancien de la mafia marseillaise, avait tué Manu alors qu'il n'est pas le vrai meurtrier ?

Le livre est divisé en quinze chapitres, plus un prologue et un épilogue. Dans le prologue, le texte est à la troisième personne : on suit Ugo revenant à Marseille vingt ans après pour venger Manu, et on assiste à sa mort. Dans les autres chapitres et l'épilogue, on est dans la tête du personnage principal Fabio Montale, le policier. Le texte est à la première personne.

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L'Estaque

 

 

Les personnages

Le personnage principal est Fabio Montale. Il est né au Panier (2e arrondissement de Marseille) mais il n'y a pas grandi, et il vit actuellement à l'Estaque. Il doit avoir environ 45 ans. On sait de lui qu'il aime profondément Marseille, sa région et ses paysages, tout comme l'auteur. Il aime marcher dans les collines, et il apprécie surtout le silence. Ainsi, il aime aussi pêcher car sa barque est son lieu de refuge où il n' emmène personne. C'est un lieu où il peut être seul, dans le calme, et où il peut réfléchir. Dans le récit, il va au bord de la mer ou bien pêcher à chaque fois que la tristesse le gagne.

Il parle peu, il aime que les personnes avec qui il discute aillent droit au but. Il déteste les tièdes, les mous.

C'est un policier de banlieue. Il a conscience qu'il n'a aucune chance de monter socialement, sa carrière est au point mort. Il n'était pas destiné à ce métier. Lorsqu'il avait 20 ans, il braquait les petits magasins avec Manu et Ugo pour avoir de l'argent rapidement. Mais un soir où ils braquent une pharmacie, le coup de feu part, et le pharmacien s'écroule. Fabio est rongé par le remords, et jure que si l'homme s'en sort, il se fera curé, et que s'il ne s'en sort pas, il se fera flic.

Or « le type n'était ni mort ni vivant, mais paralysé à vie. » Il s'engagea donc pendant trois ans dans la Coloniale (infanterie de marine), et devint finalement policier.

Il ne se sent appartenir à aucun groupe ou clan de Marseille. Il a juste le sentiment d'être au service de la justice.

Il a un problème avec les femmes, ou surtout avec les sentiments.. Il les séduit, mais n'arrive pas à avoir une relation de longue durée avec elle, car il a un caractère fort et leur trouve toujours un défaut. Il a quatre femmes importantes dans sa vie, dans « son jeu »: Leila, Lole, Marie-Lou et Babette. 

« Quatre dames. Babette pour l'amitié trouvée. Leila comme un rendez-vous manqué. Marie-Lou par une parole donnée. Lole perdue et attendue. Trèfle, pique, carreau, coeur. »


Leila est une jeune femme maghrébine. Elle a environ vingt ans, peut-être un peu plus. Elle est brillante, elle fait des études de lettres. Bien qu'elle soit plus jeune que Fabio, elle l'aime et trouve que c'est un homme bien et bon. Fabio, bien qu'il soit attiré par elle, la considérera toujours comme une amie et n'entamera jamais de relation amoureuse avec elle, bien qu'il le regrette maintenant. Leila se fera violer et assassiner. Fabio et l'un de ses collèques mèneront l'enquête.

Lole est une femme qu'il a rencontrée avec ses deux amis lorsqu'ils étaient enfants. C'est cette femme qui est le point névralgique de la relation entre Fabio, Manu et Ugo car ils l'ont aimé tous les trois.Ils la surnommaient Lole la Gitane. Manu a vécu avec elle jusqu'à ce qu'ils meurent. De son côté, Fabio aimerait la retrouver, prendre un nouveau départ avec elle.

Marie-Lou est une prostituée que Fabio allait voir de temps à autre pour ses services, mais elle est devenue plus qu'une simple prostituée. Une amitié s'est crée entre eux, et même plus car elle aime Fabio. Cependant, Fabio ne franchira pas le pas, sûrement à cause du souvenir de Lole.

Babette est une journaliste indépendante qui a rencontré Fabio il y a 25 ans. Ils ont eu des relations sexuelles par périodes, mais sont maintenant de simples amis.

Fabio dit de Marie-Lou, Honorine et Babette qu'il est « dommage qu'à elles trois, elles ne fassent pas une femme unique. »

 


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Le panier


     
Le lieu

Marseille prend une place très importante dans le livre. On peut avoir l'impression que l'intrigue policière dans Total Khéops est juste un prétexte pour parler de la ville de Marseille et de ses habitants, et leur rendre hommage.

Le quartier d'origine de Fabio se nomme Le Panier et se trouve près du vieimage_5_pistoles.jpgux port, dans le deuxième arrondissement de Marseille. Les rues de ce quartier lui sont familières, comme la rue des Pistoles, la rue du Petit Puits, la rue Baussenque ou la rue de la Charité. C'est un quartier populaire. Les rues sont étroites, les façades colorées rappellent l'Italie, pays d'origine de Fabio et de Izzo.

Ugo, l'un des amis de Fabio, décrit son quartier comme « le quartier des marins, des putes. Le chancre de la ville. Le grand lupanar. »

On sent un grand amour de l'auteur pour Marseille et pour la campagne aux alentours. Le personnage principal aime cette ville. Il connaît tous les dédales de la ville, évoque avec une très grande précision les lieux, les rues. On sait exactement où l'on se trouve à chaque moment.

Marseille est considérée comme une ville où il faut se battre pour survivre et comme une terre d'exil. On sent un profond engagement de la part de l'auteur pour les immigrés et leurs enfants, qu'ils soient maghrébins, italiens, noirs, gitans, espagnols, juifs, etc. Izzo est un auteur engagé, où il aborde donc le problème du racisme, de l'immigration, et de la politique de la ville envers ces personnes.

 
Le problème des mafias

Un des thèmes omniprésents dans le livre est celui des mafias. On peut en distinguer deux principales.

On a tout d'abord Le Milieu, synonyme de la mafia marseillaise, qui est affaiblie au moment où se passe l'histoire.

C'est plutôt la Camorra napolitaine qui a maintenant la main sur Marseille. La ville est une grande plaque tournante concernant le trafic d'héroïne et de cocaïne. Fabio en tant que policier essaie de lutter contre ces trafics. Quelque quatorze milliards de $ sont en jeu chaque année avec ce trafic. Deux clans de cette même mafia se disputent Marseille et l'argent : la Nouvelle camorra, et la Nouvelle Famille.

Fabio va se retrouver en plein milieu de cette bataille, de ces règlements de comptes entre ces deux clans, plus la police qui se rajoute à cela. D'où le titre du livre, Total Khéops, qui signifie bordel généralisé. On assiste à une lutte de pouvoir entre la mafia et la police. Dans cet univers, l'argent est roi. Beaucoup meurent, mais ce n'est qu'un détail.

Ce roman policier n'est pas plus flatteur pour la police que pour la mafia. Izzo donne ici un aperçu de la vie dure et sans merci pour les gens des quartiers populaires, pour les immigrés, pour les gens voulant rester intègres.

C'est un roman qui sonne juste, et qui rend aussi un hommage à la ville de Marseille. L’évocation des paysages, de la gastronomie méditerranéenne, les rencontres avec des personnages simples et authentiques comme la vieille voisine de Fabio, Honorine, adoucit la réalité, la dureté de la vie envers, entre autres, Fabio, qui voit mourir autour de lui beaucoup de gens qu'il aimait.


A.G., Éd.-Lib.1

 


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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 07:00

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Thomas KELLY
Rackets
traduit par
Danièle et Pierre Bondil
Rivages/Noir, 2001       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans ce livre que l’on peut rattacher au polar américain, l’intrigue porte essentiellement sur les élections qui vont avoir lieu afin de désigner le nouveau maire de New York. On est tout de suite plongé dans l’ambiance tendue du monde politique où il y a beaucoup de concurrence. Les élections opposent Mike, qui représente le monde des ouvriers, et O’Keefe,  qui représente le syndicat des camionneurs, exploite les travailleurs et qui a de lourdes affaires avec la mafia étant donné que l’histoire se passe dans un monde de forte corruption économique (par conséquent, on peut supposer que le titre de l’œuvre, « Rackets », fait clairement référence à la corruption omniprésente et également à la violence). Le fils de Mike, Jimmy, participe à la campagne électorale de son père.

Lors d’une réunion où la présence des médias est importante, Jimmy ne peut s’empêcher de frapper l’opposant politique de son père et perd son travail à cause de cette altercation. Ce changement de situation va complètement modifier le quotidien de Jimmy qui va alors reprendre le travail sur les chantiers parmi les ouvriers, pour la plupart d’origine irlandaise, tout comme lui. Ils sont appelés les « Irlandais de la ville de New York ». Les autres personnages principaux sont Liam, le meilleur ami de Jimmy, qui travaille également dans le bâtiment et réintègre Jimmy à son ancien poste, et Tara, l’ancienne petite amie de Jimmy qui va le redevenir au fur et à mesure de l’histoire et qui est policière. L’altercation très médiatisée de Jimmy marque un tournant dans l’histoire et lance le début d’une lutte acharnée entre les deux partis pour accéder au pouvoir à tout prix, même par des moyens illégaux (corruption, meurtre, trafic d’armes illégales, agressions…) ; l’atmosphère est dure et oppressante. Pour cette raison, on peut considérer ce récit comme un roman noir  L’intrigue est bien présente, et le suspense également car certains personnages vont être soumis à un chantage menaçant leur vie ou leur carrière professionnelle, par exemple.  Le père de Jimmy, Mike, trouvera la mort pour avoir défendu ses idéaux politiques, et Jimmy prendra sa place de candidat au poste de maire, pour rétablir l’honneur perdu de son père, achevé par la mafia. La vie des personnages est sans cesse en jeu et tient le lecteur en haleine jusqu’à la fin. Une menace plane tout au long du livre car nous savons que les personnages ne peuvent jamais être en sécurité et vivent constamment dans la peur de se faire tuer par l’adversaire.

 Les thèmes abordés sont très divers et font donc la principale richesse du livre de Thomas Kelly.

Premièrement, la culture irlandaise est fortement illustrée ici ainsi que le mode de vie des immigrés irlandais. À un moment, est évoquée la grande famine qui a eu lieu en Irlande. Il y a également des scènes récurrentes de retrouvailles entre amis dans les bars fréquentés par les Irlandais. Presque à chaque début de chapitre, les personnages sont au bar, ou en train de consommer de l’alcool à leur domicile. «  Ils firent un tour chez Johnny Mac pour vider un verre », p. 310. « Il se rendit tout droit au bar avec la ferme intention de boire suffisamment de whiskey pour y noyer un buffle », p. 346. « Tara termina son service et déclina l’invitation à aller boire un verre avec eux »,  p. 351. « Il s’assit et dégusta deux bières coup sur coup comme s’il s’agissait des dernières qu’il était possible de se procurer en ville, savourant chaque gorgée », p. 432.

On retrouve également les traditions de la culture irlandaise avec l’évocation de la Saint Patrick, qui est un jour tout spécialement détaillé dans le livre, puis l’importance de la religion, p. 227 : « Elle avait prévu de se rendre à l’Église du Bon Pasteur afin d’y allumer plusieurs cierges ». L’église apparaît ici comme un lieu de détente. En même temps, la religion est remise en cause à la page 427 : « S’il y a un Dieu et qu’il n’a rien fait pour empêcher pareille horreur d’arriver, à quoi sert-il ? ». On peut songer que l’opinion de Thomas Kelly apparaît ici à travers la réplique du personnage de Jimmy.

Outre la culture irlandaise, l’auteur insiste aussi beaucoup sur le côté américain de l’œuvre et met en avant les différents journaux lus par les Américains. Dans chaque chapitre, il est donc au moins une fois question d’un journal, élément qui paraît banal. Ainsi, le Post, le News, le Times, le Daily News apparaissent régulièrement au cours de la lecture. Nous pouvons supposer que si l’auteur a fait le choix de faire apparaître régulièrement ces titres, c’est pour souligner l’importance de l’information dans le domaine politique mais aussi dans la culture américaine. L’auteur a énormément recours à des références historiques concernant les États-Unis, en particulier la politique puisqu’il fait référence aux mandats du président Nixon ou de Carter. Le livre prend alors une dimension très instructive.

De plus, plusieurs passages du livre se déroulent dans la circulation new-yorkaise et l’auteur fait une description très détaillée de la ville et de ses environs géographiques : la question de l’urbanisme est bien là. Le lecteur est spectateur de l’agitation de la ville, de son architecture. Ce qui est original, c’est que nous découvrons la ville du point de vue des différents personnages pendant qu’ils sont au volant dans New York. Par conséquent, la description devient divertissante, contrairement aux descriptions longues et traditionnelles de certains romans.

« Il marqua l’arrêt à l’angle de la 57e Rue et de la Huitième Avenue. Un homme monté sur patins à roulettes passa devant lui, vêtu seulement d’un short moulant avec des rayures de tigre. Deux femmes âgées, peinant sous l’effort, tiraient des carrioles à l’ancienne chargées d’articles d’épicerie. Le feu changea et il fonça vers le West Side Highway, dépassant des immeubles réhabilités sous forme d’appartement exigus à loyer élevé. »

Parmi les endroits décrits, on relève Inwood, Long Island, Staten Island, Broadway, Manhattan, Washington Heights…

Les thèmes de la pauvreté, du chômage et de l’argent sont largement traités. Le but ultime des personnages est en réalité d’accéder à la richesse « Et de l’argent. De l’argent encore et toujours. », p. 276. De plus, l'épigraphe, « Chaque homme a son prix ; le vôtre, c’est combien ? », installe cette thématique.

On trouvera le thème du deuil avec la mort du père de Jimmy, le thème de l’amitié puisque les personnages se fréquentent depuis leur enfance dans la ville d’Inwood.

Le thème de la vengeance est traité à la page 391 :

« Il était hanté par un sentiment d’impatience nerveuse, l’impression lancinante qu’il lui fallait venger son père, qu’il fallait d’une manière ou d’une autre faire payer Keefe pour la mort de son père. »

Le thème du melting-pot américain est aussi intéressant et dévoile une population contrastée où les  Italiens sont surnommés « mafiosos » ou « pseudo-ritals », les Dominicains « nègres » ou « métèques » et les Hispaniques « latinos ». Thomas Kelly a choisi d’accentuer les différences d’origines entre les individus en faisant une description des gens dans le métro essentiellement.

Thomas Kelly possède une écriture fluide, agréable à lire, même lorsqu’il aborde le sujet complexe des syndicats. Il y a beaucoup de descriptions psychologiques dont on ne se lasse pas. Le seul inconvénient est que l’œuvre est tout de même répétitive. Par contre, elle a l’avantage de dresser un portrait complet de la ville de New York et son organisation à cette époque, avec à chaque fois, différents points de vue selon les personnages. Nous sommes complices des événements et témoins des moindres intentions des personnages.



Camille, 1ère année BIB

 

 

Thomas KELLY sur LITTEXPRESS


 

kelly batisseurs empire

 

 

 

 

article de Marie-Cécile  et Charlotte  sur Les Bâtisseurs de l'Empire

 

 

 

 

 

 

 


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  fiches de Manon et de Steffi  sur Le Ventre de New York

 

 

 

 

 

 

 

 


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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 07:00

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Gunnar STAALESEN
La Femme dans le frigo
traduit du norvégien
par Elisabeth Tangen
Gaïa, 2004,

Folio, 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gunnar-Staalesen.jpgL’auteur

Gunnar Staalesen est né en 1947 à Bergen, la seconde ville de Norvège après Olso. Il fait des études de philosophie puis poursuit par des études de littérature à l’âge de 22 ans. Il s’oriente vers l’écriture et le roman policier dès 1975 en créant le personnage de Varg Veum. Ce dernier, natif de Bergen, est un ancien salarié de la protection de l’enfance devenu détective pour avoir eu la main lourde sur un homme qui prostituait une enfant ; l’auteur suivra ce personnage dans une douzaine de romans.

À travers toute son œuvre, Staalesen cherche à comprendre le monde qui l’entoure. Il dresse ainsi le portrait de sa ville natale dans une série de trois romans, « Roman de Bergen ». La procédure policière n’est jamais de première importance dans ses polars, l’auteur s’intéresse plutôt à la psychologie des personnages. L’atmosphère est inquiétante, sombre, mais l’auteur est aussi  connu pour son sens de l’humour.

La Femme dans le frigo est le quatrième volet des aventures du détective privé Varg Veum ; il suit Juste après la nuit et Tous les loups sont gris.

 

L’intrigue                                                                                                                  

Une cliente, Madame Samuelsen, fait appel aux services du détective car elle s’inquiète du silence de son fils Arne. Celui-ci travaille sur une plateforme pétrolière au large de Stavanger, ville portuaire au bord de la mer du Nord, et n’a pas donné signe de vie depuis son retour sur terre, chose qui ne lui ressemble pas.  Lorsque Varg se rend sur la plateforme pour grappiller plus d’informations, il est vite congédié par des responsables de la compagnie peu amènes. Carl B Jonsson, responsable de la sécurité à bord, lui assure qu’ils mènent une politique intransigeante envers leurs employés et qu’Arne est, de fait, blanc comme neige.

Le détective apprend grâce à la logeuse d’Arne qu’il a passé la nuit en compagnie d’amis et de prostitués dont une certaine Laura Luksen, bien connue à Stavanger. Arne est pourtant un garçon sans histoires et dans l’appartement il n’y a aucune trace de la soirée qu’ont passée les individus. Varg découvre que l’homme, avant sa disparition, a été aperçu au tripot d’Ole Johnny. Il comprend que quelque chose ne tourne pas rond dans ce lieu où les employés des plateformes viennent tuer le temps en  compagnie de prostituées ou en dilapidant leur argent dans les jeux. Mais, avant qu’il puisse enquêter d’avantage, il est mis à la porte après les menaces d’Ole johnny et de ses « pingouins » qui n’apprécient guère que l’on vienne mettre le nez dans leurs petites affaires.

Il décide de se rendre chez Laura Luksen qui, en échange de quelques billets, accepte de lui donner l’identité de deux autres personnes présentes chez Arne, le soir précédent sa disparition : Irène et un homme qu’on surnomme Sourire Hermanssen « parce qu’il ne se déride jamais ». Elle ajoute que deux autres hommes dont elle ne connaît pas les noms étaient présents.

Varg retourne chez Arne pour creuser davantage. Il découvre dans un placard les grilles du réfrigérateur et, sitôt après, reçoit un coup derrière la tête. Une fois revenu à lui, il ouvre la porte du réfrigérateur et comprend qu’on ne voulait pas qu’il découvre la femme qui se trouve à l’intérieur . on a pris soin de ne pas y cacher la tête pour éviter qu’on n’identifie le corps.

Après être retourné à sa chambre d’hôtel, il se retrouve enfermé dans la salle de bain et reçoit un appel téléphonique menaçant : il doit impérativement arrêter de rechercher Samuelsen.  Au bar de l’hôtel, il rencontre Elsa, une prostituée atypique qui va tomber amoureuse de lui. Celle-ci enregistre les nombreuses confidences qu’elle entend sur l’oreiller et les retranscrit par écrit. Alors qu’il sort de chez Elsa, une voiture fonce droit sur lui, une course-poursuite s’engage et le détective reconnaît l’un des hommes d’Ole Johnny.

Il retourne chez Laura Luksen pour trouver des réponses mais la retrouve étendue sur le sol, baignant dans son propre sang. Peu de temps après, Sourire Hermanssen est découvert sans vie dans les eaux du port tandis qu’Elsa a été enlevée. Cette dernière a eu le temps de laisser un indice, le début d’un mot, « Sir », écrit sur un miroir.

Varg a l’impression que quelque chose cloche autour des Samuelsen ; il fait appel à un de ses contacts qui travaille au bureau de l’état-civil. Aucun homme nommé Arne Samuelsen n’apparaît dans les registres, Mme Samuelsen n’a qu’un enfant et c’est une fille ; celle-ci est toujours en vie à l’inverse de ce qu’avait prétendu sa mère au détective.

Le détective comprend que Sir est le début de Sirevag, ville où Ole Johnny possède un chalet. Il arrive à retrouver Elsa, menacé à cause des enregistrements qu’elle détient, il la délivre et s’enfuit avec elle. Ils se rendent alors tous deux au tripot d’Ole Johnny, désireux de savoir ce que ce dernier a intérêt à garder secret. Ils le trouvent  en compagnie de Jonsson, et c’est ce dernier qui mène la conversation. Peu de temps après, tout ce beau monde est rejoint par une brigade de police et c’est l’heure des révélations.

Carl B Jonsson et l’un de ses hommes, Vevang, sont les quatrième et cinquième hommes présents chez Arne le soir du meurtre. Vevang raconte qu’ils ont rencontré Arne au tripot et on accepté son invitation ; Jonsson avait dans l’idée d’humilier cet homme, ou plutôt cette fille car Arne Samuelsen n’est autre que la femme dans le frigo.

« Il est incorrigible quand il s’agit de voir ce que les gens essaient de cacher, et je l’ai vu dans ses yeux — qu’il était en train de préparer un coup. »


« Et puis je ne sais pas très bien ce qui s’est passé. Il l’a cogné avec trop de violence, et la nuque a touché de travers le bord du frigo. »

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Un personnage type : Varg Veum

Le nom de Varg Veum est calqué sur l’expression norvégienne « Varg i veum » qui désigne un fauteur de trouble. Cette expression signifie également : « le loup dans un sanctuaire ». Le détective figurerait donc un loup solitaire, une sorte de hors-la-loi qui se situerait entre la malfaisance et la justice. Alors quand une agence de détective privé venu s’implanter à Bergen lui propose des les rejoindre, il refuse immédiatement et ce malgré tout les avantages financiers, car il ne veut devoir de comptes à personne et continuer d’œuvrer en solitaire.

Un homme ordinaire. Loin d’être un super-héros, il est le plus souvent ballotté par les événements, c’est simplement un homme ordinaire peut-être un peu plus curieux que les autres. Dans le récit, narré sous son point de vue, il évoque très souvent sa peur, ses angoisses et ce dès le moment où il sent le danger approcher. Paradoxalement, il est très lucide et sait immédiatement où porter sa méfiance, il résout toujours assez subitement les énigmes de l’enquête. Ainsi il comprend qu’il faut chercher du côté de l’identité de la victime alors que rien ne l’y amenait véritablement ou comprend encore sans plus de réflexion qu’Elsa est retenue à Sirevag.

Staalesen suit le schéma classique du roman policier avec un détective incorruptible, solitaire et sensible, un brun provoquant et sarcastique quand il s’adresse aux malfrats, un peu alcoolique et souvent déçu par les femmes.

Finalement, il n’est pas vraiment différent des autres personnages dans le sens où tous sont incapables de trouver leur place ou du moins ne semblent pas être à la bonne ; Elsa est devenue prostituée par dépit. C’est une jolie femme, intelligente qui menait une vie paisible jusqu’au jour où elle a perdu son enfant et s’est retrouvé seule, abandonnée par son mari qui lui reprochait la mort de leur fils ; elle fut contrainte de venir à Stavanger gagner sa vie et n’a eu d’autre moyen que de vendre son corps.

Varg, accablé par la mort qu’il côtoie chaque jour, joue lui aussi un rôle qui ne lui convient plus.

 « J’étais resté à la porte et je me vis traverser la pièce, faire le tour de la table, une main qui glissait fortuitement le long du plateau, poser la pile de courrier que j’avais pris dans la boîte aux lettres en bas, m’asseoir lourdement sur le siège et me tourner vers la fenêtre : un homme blond avec quelques cheveux gris sur le devant qui n’étaient visibles qu’en plein soleil, la trentaine bien sonnée, aux traits qui avaient fini par accepter leur place, et dont les yeux avaient été témoins de beaucoup trop de morts violentes, bien trop de vies avariées. »

Enfin, tous les personnages cherchent à être aimés mais lorsqu’ils nouent des relations, elles sont fausses. Que ce soient les rapports de famille et Mme Samuelsen qui veut entretenir l’illusion sur l’identité de « son fils » ou les rapports de couple : Varg s’abandonne avec Elsa alors qu’il est amoureux de Solveig avec qui il entretient une liaison, cette dernière étant elle-même déjà mariée.

On comprend vite que la tromperie et les jeux d’apparences sont les ressorts de l’intrigue jusqu’au dénouement où on apprend que la victime elle-même n’était pas celle qu’on croyait.

 

Portée politique de l’œuvre

Au moment où Gunnar Staalesen écrit La Femme dans le frigo, le pétrole a modifié la vie des habitants de Stavanger. L’or noir a provoqué une véritable ruée humaine vers la ville ; hommes et femmes croient avoir une chance de s’enrichir. Escrocs,  criminels, prostituées profitent de cet argent né du pétrole. En même temps Stavanger a vu augmenter son taux de criminalité. C’est autour de ce phénomène que l’auteur bâtit son récit et nous présente une ville qui se trouve entre les mains de quelques malfrats et où la violence et la mort sont très présentes.

« Deux femmes avaient été retrouvées mortes en l’espace de deux jours : c’était deux de trop ! Stavanger était méconnaissable. Les maisons que je voyais en passant, les murs de bois moisis des grands entrepôts, les troncs d’arbres gluants, les pavés usés — l’ensemble était imprégné de pourriture et de mort. »

Bergen subit également des transformations urbaines et est soigneusement décrite, comme dans toute la série, l’auteur étant très attaché à sa ville natale ; certains ont même parlé de littérature régionaliste.

« Bergen se nichait entre les montagnes dans une gelée matinale digne du mois de novembre. Il était presque onze heures et demie et on distinguait le soleil comme une auréole ocre à travers le brouillard glacé au-dessus de Lovstakken.[…] Mais le brouhaha de la circulation montait depuis la ville, et les rues étaient sales, la neige dans les caniveaux rouillée et noircie par la suie. »

 

En conclusion

L’auteur sait nous plonger au cœur de la ville de Stavanger et de ses tumultes grâce à des descriptions soignées, des personnages étudiés, une intrigue et un dénouement originaux. Seuls petits bémols, l’intrigue est peut être un peu lente à démarrer et le personnage de Varg Veum ou plutôt sa frousse quasi permanente peut parfois agacer ! Mais l’on passe tout de même un bon moment, impatient d’en arriver aux révélations et de savoir enfin qui est cette mystérieuse femme dans le frigo ! De plus, Staalesen a une très jolie plume et nous sert quelquefois de belles envolées littéraires, presque poétique, c’est d’autant plus agréable dans un roman policier !

 

Cyndie Boyer, 1ère Année Éd-Lib.

 

 

Gunnar STAALESEN sur LITTEXPRESS

 


staalesen la nuit tous les loups

 

 

 

 Article de Guillaume sur La nuit, tous les loup sont gris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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19 avril 2011 2 19 /04 /avril /2011 07:00

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Dashiell HAMMETT
Le Faucon de Malte
traduit de l'américain
par Henri Robillot
Gallimard
Folio policier, 1999




 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Dashiellhammett.jpgDashiell Hammett est né en 1894 à Baltimore et mort en 1961 à New York. Il fait différents petits boulots et devient pendant six ans détective privé à l'agence Pinkerton, où il va voir beaucoup de meurtres et la corruption qui règne dans ce milieu ; il démissionne quelque temps plus tard. C'est à partir de son expérience qu'il écrit des romans noirs.

On dit que de lui qu'il est l'inventeur de la hard boiled school (école des durs à cuire) ; les personnages sont souvent violents et dénués de sensibilité dans ses romans. Il est publié en 1945 dans la collection "Série noire" de Gallimard.

Au début des années 1920, il a une écriture sèche et visuelle ; c'est une révolution dans le roman noir ; les notions de bien et de mal n'ont plus vraiment de sens. Il sera publié dans le pulp Black Mask. Dans son premier roman, La Moisson rouge, le héros n’a pas de nom. Rupture avec les détectives classiques, les siens sont violents et ce sont des anti-héros.



Résumé

Au cœur des années 20, Sam Spade et son associé Miles Archer sont détectives privés ; un jour, Brigid Wonderly, une cliente, fait appel à eux pour retrouver sa sœur enlevée par Floyd Thursby. Miles va suivre le suspect et le soir même, les deux hommes sont assassinés. Sam va essayer de retrouver Brigid pour lui demander des explications ; or elle lui dévoile sa véritable identité : O'Shaughnessy. Elle a peur et ne veut rien lui révéler de l'affaire. Il rentre chez lui en promettant de l'aider. À son bureau, un homme, Joel Cairo, l'attend. Il dit chercher une statuette, un faucon, et menace Sam avec un revolver.



Avis
 faucon.JPG
Le roman est publié en 1930 aux Etats-Unis et en 1936 pour la traduction française.


L'auteur utilise une écriture sèche et très visuelle ; on a vraiment l'impression de voir un film plutôt que de lire un livre. Les descriptions aident à cette impression, elles ne sont là que pour éclairer le lecteur ; il y en a peu dans le livre, elles sont utiles. L'auteur a un langage assez familier, la compréhension est donc facile, tout le monde peut le lire.

Ce que j'ai vraiment apprécié dans ce livre c'est qu'on entre dans l'action ; dès la première page on y est plongé ; les phrases sont en général courtes pour faire monter le suspense. Un autre aspect intéressant est que le "héros" Sam Spade ne ressemble pas à Hercule Poirot ; il est toujours à la limite de la légalité. Il fume énormément et on trouve vraiment dans ce livre l’anti-héros caractéristique du hard-boiled. Il n'y a jamais de description des pensées des personnages, ni de leurs sentiments ; c'est aussi une caractéristique du hard-boiled, les personnages sont souvent durs,  dans ce roman.

Je suis agréablement surprise par Le faucon de Malte qui m'a fait découvrir un autre aspect du roman policier. Si je devais le décrire en quelques mots, je dirais que c'est un roman facile à lire où les personnages n'ont pas les caractéristiques du récit policier traditionnel et que nous sommes plongés rapidement dans une enquête qui va nous tenir en haleine jusqu'à la fin.

 

 

Chloé, 1ère année Bib.-Méd.

 

 

 

Dashiell Hammett sur Littexpress

 

HAMMETT moisson rouge couv

 

 

 

 

 

 Article de Thomas sur Moisson rouge.

 

 

 

 

 

 

 

Dashiell-Hammett-la-cle-de-verre.gif






Article de Lucie sur La Clé de verre.


 

 

 

 

 

 

 






 

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