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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 07:00

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Gunnar STAALESEN
La nuit, tous les loups sont gris

Titre original: I morket er alle ulver gra
Roman traduit du norvégien

par Alex Fouillet

Gaïa, 2005

Gallimard, Folio policier, 2007

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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L'Auteur


Gunnar Staalesen est un auteur de romans policiers né en 1947 à Bergen, en Norvège. Il crée en 1975 le personnage de Varg Veum que l'on retrouve par la suite dans une douzaine de romans C'est un détective qui, au fil des aventures, va rechercher des personnes et enquêter sur des meurtres, en compagnie d'autres personnages récurrents. Tout au long de ses romans, Gunnar Staalesen va faire plonger le lecteur dans la ville de Bergen, sa ville natale, où, au cours des années 1980, se déroulent des meurtres et sévit la toxicomanie. D'autre part, tout en renouvelant le genre avec son personnage de Varg Veum, Gunnar Staalesen s'inscrit dans la lignée d' auteurs comme Dashiell Hammett, considéré comme le fondateur du roman noir.

 

  L'Histoire

Ce roman traite de l'époque où la Norvège collaborait avec les nazis. Des Norvégiens s'étaient alors engagés dans l'un ou l'autre camp. A Bergen, dans les années 80, le détective Varg Veum fait la connaissance d'un policier à la retraite, du nom de Hjalmar Nymark, qui essaie de tirer au clair une énigme datant de plusieurs dizaines d'années. Celle-ci relie un incendie meurtrier, qui s'est déroulé dans une usine en 1953, aux agissements, durant la Seconde Guerre mondiale, d'un tueur en série surnommé « Mort aux rats » qui avait la particularité de boiter. Le vieux policier confiera ses doutes, quant à cette affaire, à Varg Veum, qui au départ s'y intéressera vaguement. Ce n'est que lorsque Nymark passera sous les roues d'un chauffard et qu'il décédera par la suite mystérieusement de ses blessures, que Varg Veum fera tout son possible pour résoudre cette affaire. Tout au long du récit, une ambiance sombre est présente, renforcée par les meurtres mystérieux auxquels le détective doit faire face. Au fil de son enquête, il va aller au-devant de personnes susceptibles de confirmer ou d'infirmer ses doutes, de la plus démunie à la plus riche.

 

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L'Analyse

La nuit, tous les loups sont gris est le cinquième roman de Gunnar Staalesen, écrit en 1983. A travers Varg Veum, on découvre une ville de Bergen remplie de paradoxes, où la richesse et la fierté nationale dissimulent le mensonge et le crime, l'exclusion des plus faibles, que l'on découvre lorsque Varg Veum va poser des questions à des SDF. De plus, on remarque aussi que les « élites » ont une certaine liberté dans leurs actes. Ils échappent à tout contrôle du fait de leur inaccessibilité ; ainsi, Varg Veum se voit refuser une rencontre avec un milliardaire qui aurait été susceptible d'éclairer son enquête du fait de son rôle important dans les événements qui se sont déroulés en 1953. A travers cette vision des choses, l'évocation de ces inégalités, Gunnar Staalesen critique le modèle social de la Scandinavie.

 

 

Mon avis

J'ai apprécié ce livre, car c'est un vrai roman d'enquête, avec tous les ingrédients qui s'y rapportent : doutes, soupçons et fausses pistes, ainsi que des morts mystérieuses et des rebondissements. Tout cela dans une ambiance sombre. De plus, la narration interne à la première personne du singulier permet de mieux nous identifier au personnage du détective, et de mieux comprendre la situation de cette époque à travers son témoignage.

Guillaume Gourdon, 1ère année Bib-Med-Pat



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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 07:00
Sepulveda-Le-Monde-du-bout-du-monde-Metailie.gif









Luis SEPÚLVEDA
Le Monde du bout du monde

Traduit de l’espagnol (Chili)
par François Maspero
Métailié, 1993
Points Seuil, 1995
Rééd Ponts 2010













Encore une fiche de lecture sur une œuvre de Luis Sepúlveda ! Encore une louange de cet écrivain au succès écrasant et international, engagé sur tous les fronts et à toutes les époques : contre la dictature au Chili, pour les Shuars – une tribu amérindienne –, aux côtés des sandinistes, avec Greenpeace. Il faut (re-)dire qu’il l’a échappé belle, il a bien failli passer près de trente dans les geôles de Pinochet. C’est la section allemande d’Amnesty international qui l’a sauvé. Il dut cependant s’exiler, d’abord en Suède puis à Hambourg.

Cet homme fait rêver parce qu’il synthétise l’art et l’engagement, le combat pour l’humanisme et la beauté du monde. Facteur de réjouissance supplémentaire, Sepúlveda est traduit en français par François Maspero, autre icône politico-littéraire. Il ne faut donc pas en vouloir aux étudiants des années 2000 en métiers du livre s’ils viennent tout naturellement vers cet auteur, solaire et au charisme bienfaisant qui fait figure de boussole sur cette planète patraque à cette époque quelque peu détraquée.

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LES RÉFÉRENCES

C’est En Patagonie de Bruce Chatwin qui m’a menée à Sepúlveda et j’ai aimé que le Chilien cite l’Anglais dès le premier chapitre. L’ouverture du roman convoque aussi d’emblée une autre figure tutélaire, ou plutôt quatre : le roman Moby Dick, le narrateur Ismaël, le capitaine Achab et la baleine. Il y a un effet de miroir qui mêle auteurs, narrateurs, personnages et romans qui nous rappelle que toutes les littératures sont un vaste palimpseste.


LES VOYAGES
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Le narrateur est exilé depuis vingt-quatre ans. La lecture de En Patagonie lui donne la nostalgie du retour alors que la peur précisément l’empêchait de revenir. La première partie du roman est un voyage dans le voyage, en Patagonie et dans le temps : le narrateur nous raconte des bribes de son enfance, son oncle Pepe qui le nourrissait de livres de Jules Verne, Jack London et lui transmit Moby Dick. A seize ans, il ne résiste pas à « l’appel du Sud » et part pendant les vacances scolaires. Sur les recommandations de l’oncle, il est autorisé à embarquer sur le navire d’un capitaine yougoslave qui lui fera éplucher des tonnes de patates. Il sera embauché par un autre marin, un Basque, sur un baleinier. Rencontres humaines et animales. L’adolescent se rend compte que la chasse ne lui convient guère, ce qui a le don de plaire au capitaine. Celui-ci a conscience que les animaux se font de plus en plus rares : « l’heure est venue de les laisser en paix ».


LE POLAR ÉCOLOGISTE

Le narrateur est journaliste au sein d’une agence d’information dissidente à Hambourg, dédiée aux problèmes environnementaux, se donnant pour mission de « répondre aux mensonges employés par les nations riches pour justifier le pillage des pays pauvres ».  Le narrateur compte parmi ses associés un ordinateur connecté à des agences écologistes et répondant au doux nom de Bromure, appelé ainsi en hommage à l’informateur de Pepe Carvalho, personnage de Manuel Vázquez Montalbán. Dans ce bureau, un fax livre une dépêche concernant un bateau-usine japonais signalant la perte de 18 membres de son équipage. Ce bateau est apocalyptique : il mesure 100 m de long, la pêche se pratique avec un aspirateur gigantesque, tous les animaux des mers sont engloutis, même les bébés dauphins finissent en charpie. Après son passage, la mer n’est plus qu’une « soupe noirâtre ». Cette usine à tuer et Greenpeace sont déjà de vieilles connaissances : les Zodiacs de l’ONG surmontés du drapeau arc-en-ciel avaient déjà été engagés dans des actions visant à empêcher la pêche à la baleine et à alerter l’opinion publique. Parallèlement, un marin chilien, sentinelle des mers, va lancer un appel au secours et proposer de mettre son navire à disposition. Cet homme, Jorge Nielsen, fils d’un navigateur danois et d’une indienne Ona, racontera son histoire et celle douloureuse des peuples de la Terre de Feu.


LES BALEINES ET LE MYTHE


Cet homme, rompu aux histoires d’extinction, appelle à la rescousse les militants écologistes de Hambourg pour signaler ces navires qui sans vergogne tuent les baleines à la chaîne. Il veut témoigner de l’horreur : les tueries la nuit, avec un hélicoptère comme pour la chasse aux chevaux en Australie, l’odeur de sang dans la baie, les lambeaux de peau flottant partout. Et aussi raconter un miracle… Le narrateur (un mélange de Sepúlveda, d’Ismaël et de militant écologiste) sera le réceptacle de ce récit bouleversant.

Par égard pour ceux qui voudraient lire ce roman, je ne puis expliquer en quoi consiste  le mystérieux prodige. Soyez certains que cette histoire véridique ou mythique, quasi biblique ou animiste, n’en finira pas de bercer votre imaginaire
et vos espoirs d’un monde préservé, d’humain respect.

Delphine, L.P. Bib.-Méd.



LUIS SEPÚLVEDA sur LITTEXPRESS

Luis Sepulveda Le Vieux qui lisait des romans d amour


Article d'Héloïse sur Le Vieux qui lisait des romans d'amour.





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Articles de Julie et d'Hortense sur Journal d'un tueur sentimental
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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 07:00
lackberg LA PRINCESSE DES GLACES










Camilla LÄCKBERG
La Princesse des glaces

Actes Sud
Collection Actes Noirs




















Quelques mots

Ce qui attire l’œil dans La Princesse des glaces, c’est bien sûr la maquette de sa collection : la même que celle de la trilogie Millénium. Tout comme Stieg Larsson, Camilla Läckberg est suédoise mais les comparaisons s’arrêtent là. Il ne faudrait pas chercher à comparer La Princesse des glaces à Millenium car mise à part la nationalité de leurs auteurs et la collection dans laquelle ils sont édités, ces deux ouvrages n’ont aucun point commun.


L’histoire et les principaux thèmes
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Erica Falck, l’héroïne de cette histoire, est auteur de biographies. Célibataire et bien entrée dans la trentaine, elle s’est installée dans la maison de ses parents à Fjällbacka pour régler les frais de succession liés à leur subite disparition. Un jour Erica découvre le cadavre de sa meilleure amie d’enfance Alexandra Wijkner. Les poignets tailladés et plongée dans une baignoire d’eau gelée, Alexandra est la Princesse des glaces. Néanmoins la vérité saute aux yeux d’Erica : son amie n’a pas pu se suicider. Mandatée par la famille d’Alex, Erica mène son enquête et se bat sur tous les fronts : l’enquête, ses intuitions, l’inspecteur Patrick Hedström (éperdument amoureux d’elle depuis le bac à sable), et ses problèmes familiaux.

L’intrigue est pleine de rebondissements et l’enquête progresse rapidement. Beaucoup de thèmes sont abordés dans ce livre. Chaque personnage incarne une strate de la société suédoise. Ainsi, on explore le parcours de chacun.

— L’artiste à la fois marginal et génial, qui produit des toiles de toute beauté mais qui ne souffre pas les regards que lui portent les habitants de la ville.

La femme battue qui, par amour pour ses enfants, refuse de voir la vérité et met toute la volonté du monde pour justifier les coups que lui assène son odieux mari.

L’héroïne célibataire qui se comporte tour à tour telle une enquêtrice et telle un pré-ado amoureuse (de nombreuses scènes font d’ailleurs écho au Journal de Bridget Jones).

La vieille bourgeoise acariâtre et sèche qui tente d’acheter tout le monde avec sa grande fortune et misetout sur les apparences.

Chaque partie adopte le point de vue d’un personnage, son vocabulaire et ses intonations. On pénètre ainsi d’autant mieux dans le quotidien de ces personnages, dans les peurs, les petites histoires et les tragédies qui ont fait partie de leur vie. Chaque personnage semble avoir un mobile pour le meurtre d’Alexandra puisqu’ils ont tous une part d’ombre et des secrets bien gardés pour sauver les apparences.

Fjällbacka est une ville paisible en hiver (car les touristes n’y sont pas). Mais le poids du qu’en-dira-t-on a une influence énorme sur les habitants qui s’efforcent d’être le plus insignifiant possible. Plus en progresse dans l’histoire et plus on se rend compte que c’est la peur du regard des autres et du qu’en-dira-t-on qui régit la vies de ces habitants.

fjallbacka.jpgFjällbacka

Mon avis

Mis à part quelques petites choses qui m’ont un peu déçue, La Princesse des glaces est un roman agréable à lire. Je commencerai donc par aborder les points négatifs (histoire de rester sur une note positive car c’est un bon livre).

Tout d’abord, je trouve que l’intrigue est moment un peu trop centrée sur Erica Falke (l’héroïne) et ses petits états d’âme. On vire carrément à la caricature de Bridget Jones jusqu’au réchauffage de la mythique scène de « vais-je choisir la culotte de grand-mère ou bien le string dentelle ? ».

Je trouve dommage également que les personnages soient si prévisibles : les méchants sont de « vrais méchants » et n’ont absolument rien pour plaire, ce qui rend l’intrigue quelque peu manichéenne.

Enfin, (et fini les critiques après), ce livre n’est certainement JAMAIS passé entre les mains d’un correcteur car il est truffé de fautes de traduction, de maladresses et autres erreurs qui gênent la lecture.

Néanmoins, La Princesse des glaces est un bon roman qui se lit rapidement, le style est quasi oral et nous donne l’impression de lire une histoire fraîchement racontée. L’intrigue est plutôt bien menée : durant toute la lecture, on soupçonne, on soupçonne mais on ne découvre l’identité du tueur que dans les dernières pages.

On se projette dans la tête des différents personnages grâce à l’écriture de Camilla Läckberg qui change parfois de registre et de ton pour s’approprier l’état d’esprit de certains personnages.

L’enquête rebondit sans cesse sur de nouveaux indices, ça existe et ça va vite. Commencer ce livre, c’est le finir !


Sandrine, L.P. librairie



Le polar scandinave sur LITTEXPRESS

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Article d'Adrien sur Ce doux pays d'Ake Edwardson








Article de Julie sur Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, de Stieg Larsson








La fille qui rêvait d’une allumette et d’un bidon d’essence
, publié par Actes Sud en 2006 : voirl'article de Sandrine









Camilla Läckberg, La Princesse des glaces, article de Valentin

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Published by Sandrine - dans polar - thriller
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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 19:00
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Dashiell HAMMETT
Moisson rouge

(Red Harvest)
Traduit de l’américain par Nathalie Beunat et Pierre Bondil
Alfred A. Knopf, Inc., 1929
Gallimard, Série noire, 2009


 

 


« J’ai d’abord entendu Personville prononcé Poisonville […] Quelques années plus tard, je suis allé à Personville et j’ai compris. »








Personville dans le Montana, une petite ville minière gangrenée par le gangstérisme et la corruption. Le vieil Elihu Willsson y régnait en maître depuis quarante ans, lorsque les « gros bras » qu’il avait engagés pour saper le mouvement de grève syndicale des mineurs s’y installèrent. Son fils, David Willsson, avait entrepris de « remuer la fange » et de faire tomber des têtes afin de nettoyer la ville. Pour cela il fit appel à la Continental Detective Agency, succursale de San Francisco afin qu’un détective privé, le narrateur, vienne enquêter.

 

Quelques heures après l’arrivée du détective, David Willsson est froidement abattu dans la rue. Le narrateur, dont on ne sait rien à part sa force de caractère et son goût prononcé pour les alcools forts, commence à enquêter. Le vieil Elihu, père de la victime, le charge de passer la ville au peigne fin :
« Je veux un homme qui soit capable de nettoyer cette porcherie de Poisonville, un homme qui chasse les rats, gros et petits, de leurs trous. C’est un boulot qui exige un homme, un vrai. En êtes-vous un ? » Moyennant la modique somme de dix mille dollars, et une accréditation spéciale, le détective accepte de mettre le feu à la poudrière et entame sa sanglante moisson.

 

C’est avec ses propres méthodes, et non celles édictées par la Continental et encore moins par la ville, qu’il va liguer les gangsters les uns contre les autres. « C’est très bien pour l’agence d’avoir des règles et d’appliquer des procédures, mais quand tu es en mission sur le terrain, tu dois faire au mieux avec les moyens du bord. Celui qui débarque à Poisonville avec des principes moraux risque des les voir rouiller très vite. »

Avec l’aide de Dinah Brand, courtisane locale avide d’argent, du sheriff Noonan et de beaucoup de perspicacité, le narrateur réussit à ébranler la pègre. « Poisonville commençait à bouillonner sous le couvercle, et j’avais tellement l’impression d’être du coin que même le souvenir du rôle peu reluisant que j’avais joué dans cet état d’ébullition générale ne m’empêcha pas de dormir douze heures d’affilée d’un sommeil de plomb. »

Mais le détective n’est pas au bout de ses peines car la corruption et les magouilles ont infecté toute la ville jusqu'à ses représentants légaux. Filatures, explosions, évasion musclée, braquages, fusillades, règlement de comptes … À mesure que les révélations et les têtes tombent, il finit par se retrouver seul dans son camp. Accusé du dix-septième meurtre, celui de Dinah Brand, le narrateur ne sortira pas indemne de sa mission.

 

« Cette foutue ville est en train de me ronger. Si je ne m’en vais pas bientôt, je n’aurai plus qu’une idée en tête, le meurtre, comme les gens d’ici. »

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 Comme il est annoncé dans la préface, cette nouvelle traduction du roman fondateur de la littérature policière se veut plus fidèle. Ainsi débarrassé de l’argot des années quarante et du carcan du conformisme, Moisson rouge révèle aujourd'hui toute sa force.

C’est avec une écriture brutale, teintée de cynisme, que Dashiell Hammett, raconte l’histoire de cette ville dominée par la corruption. Il ne développe pas la psychologie des personnages mais décrit leurs actes, comme un témoin extérieur. Le lecteur est happé par la noirceur et la rapidité de l’action. Hammett parvint à instaurer d’une phrase à l’autre un climat de tension ; la violence succède soudainement à des dialogues pimentés.


Thomas, 2e année Ed.-Lib.

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Lire ci-dessous les précisions que nous a adressées l'auteur de cette nouvelle traduction, Pierre Bondil.

Les cinq romans majeurs de Dashiell Hammett, retraduits par ses soins, sont parus dans la collection Quarto Gallimard.




Dashiell Hammett sur Littexpress

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Article de Lucie sur La Clé de verre.








Lire également cet article du Magazine littéraire.


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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 07:00
Tito Topin Photo Finish











Tito TOPIN
Photo finish

Rivages Noir, 2008











Biographie et actualité de l’auteur sur : http://www.titotopin.com


Valentine et Christian atterrissent à Casablanca où ils n'avaient pas remis les pieds depuis quarante ans. Partis sur les traces de leur passé, ils cherchent à élucider la mort d’un de leurs amis, André. S’est-il suicidé comme on le pensait à l’époque ? Quelqu’un l’a-t-il exécuté ? C’est grâce à d’anciennes connaissances, et en retournant sur les lieux de leur jeunesse, que Valentine et Christian vont lentement arriver à éclaircir le mystère de cette mort.

On découvre dans cette histoire le personnage complexe d’André, que font revivre tour à tour les souvenirs des protagonistes. Manipulateur, désabusé, imaginatif et cynique, ce fantôme dont tout le monde parle nous intrigue de page en page. Sur un fond d’histoire – l’indépendance du Maroc –, traitant de la solitude, de la passion, de la révolte et de la mélancolie, Tito Topin nous propose un récit clair et entrainant.

Je dois reconnaître l’ingéniosité du scénariste Topin – c’est à lui que l’on doit la naissance du commissaire Navarro – qui mêle narration pure et longs monologues : chaque personnage (le plus souvent Valentine et Christian) se rappelle l’époque à laquelle est mort André et les circonstances de son décès. Au lieu d’imposer de trop nombreux dialogues qui auraient étouffé le récit, Tito Topin donne, pour chaque chapitre, la parole à un personnage. Ainsi, le lecteur prend la place de Valentine et Christian, et, le temps d’un flash-back, devient lui-même l’enquêteur de l’histoire. Pour résumer, nous avons l’impression d’être avec les personnages, de les écouter nous raconter leur passé. Il arrive souvent que des souvenirs se croisent et c’est un peu au lecteur de démêler le tout et de faire des hypothèses. Nous proposant des détails, des fausses pistes, des indices divers, Tito Topin joue avec le lecteur.

Notons que ce livre renferme de nombreux thèmes : comme dit plus haut, la jeunesse, la révolte, la passion. Mais Tito Topin s’implique pleinement en traitant du Maroc des années soixante – c'est-à-dire celui qu’il a connu lui-même dans sa jeunesse. Les descriptions prennent alors une autre valeur car on peu s’imaginer la trace du vécu derrière de nombreuses lignes. Le thème du souvenir nous apparaît alors comme une évidence. Si Valentine et Christian reviennent à Casablanca et fouillent les souvenirs de leur jeunesse, Topin aussi effectue ce voyage, à travers une histoire passionnante.

Adrien, 1ère année Ed.-Lib.



Tito TOPIN sur LITTEXPRESS



tito topin parfois je me sens comme un enfant sans mere



Article de Marina sur Parfois je me sens comme un enfant sans mère.
   
 


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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 07:00

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Elizabeth GEORGE
Le rouge du péché

Careless in Red (titre original)
Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Anouk Neuhoff
Pocket, 2008














elizabeth george

Elizabeth George est née à Warren aux Etats-Unis en 1949. À l’âge de 16 ans elle participe à un voyage scolaire au Royaume-Uni et se découvre une passion pour la Grande-Bretagne. Elle obtient une maîtrise d’anglais et un DEA de psychopédagogie. Son engouement pour la civilisation anglo-saxonne et l’orientation de ses études ont une influence déterminante sur la structure de ses romans.

Devenue professeur en Californie, elle initie ses étudiants au roman policier à travers l’étude d’Edgar Allan Poe, d’Agatha Christie et de PD James. Ses connaissances particulières sur ces auteurs ont certainement influencé l’écrivain.

La plupart des œuvres d’Elizabeth Georges mettent en scène un duo de policiers pour le moins hétéroclite : le commissaire Lynley, un Lord élevé dans la pure tradition aristocratique et son adjointe le sergent Havers, une femme issue d’un milieu très populaire dont le style vestimentaire laisse parfois à désirer.

Dans Le rouge du péché, un jeune homme est retrouvé mort sur la plage en bas d’une falaise. Il semble s’agir d’une chute accidentelle. Un corps découvert,  rien de plus banal pour un roman policier… sauf que le vagabond malodorant qui découvre la scène du crime n’est  autre que Sir Thomas Lynley.

Ce roman constitue un opus à part dans l’ensemble des enquêtes du fameux tandem de la section criminelle de Scotland Yard. Sir Lynley, accablé par la mort de sa femme enceinte, est assaillit par ses fantômes personnels et ne participe qu’épisodiquement à l’enquête. Quand au Sergent Havers, ses interventions sont rarissimes.

 Elizabeth George accorde une grande importance aux détails et à la richesse de son univers. Avant d’écrire un livre elle effectue des recherches pour  assurer une vraisemblance à son récit. Ainsi dans Le rouge du péché, le sabotage du matériel d’escalade de la victime est décrit de manière très technique. De même, l’auteur a voulu adhérer au maximum à la réalité du vocabulaire et des techniques propres au surf.

On retrouve l’atmosphère britannique et les paysages verdoyants de Cornouailles. Son respect des traditions du roman policier britannique ont valu à Elizabeth George le surnom de « Queen of the Crime ».

Mais cette volonté d’étoffer et d’enrichir l’intrigue s’applique également à la personnalité des personnages. En  effet si les deux héros évoluent au cours des enquêtes, il en est de même pour les personnages secondaires et même pour les suspects. Le meurtre du jeune Santo, dans le roman qui nous intéresse, amène tous les personnages à s’interroger sur leur situation et les liens qui les unissent aux autres.  La jeune sœur de Santo, Kerra me semble un bon exemple de cette évolution. Pour autant l’auteur ne tombe pas dans un lyrisme larmoyant. Les scènes de tension sont décrites en termes explicites mais avec décence et justesse. On ne peut que féliciter la romancière de ne pas tomber dans le piège d’un gigantesque vaudeville où règnerait le chaos le plus extrême.

Cette immense fourmilière offre plus qu’un sujet d’intrigue policière. Il s’agirait presque d’une fresque sociale. George aborde souvent le sujet de la pression familiale sur les enfants.

Je citerai la mystérieuse épigraphe du Rouge du péché en guise d’exemple :


« Si en vérité tu es mon père, alors tu as souillé ton épée dans le sang de ton fils
Et tu l’as fait par ta propre obstination
Car j’ai cherché à te transformer en amour ».

On trouve aussi très souvent le thème de la fracture sociale que portent en eux Lynley et Havers. L’auteur s’amuse de ses deux acolytes et si elle n’hésite pas à affubler Havers d’un ciré jaune et à mettre du ketchup dans tous ses plats, Lynley n’est pas en reste puisque les tâches domestiques sont pour lui une discipline des plus obscures.

Bref une véritable mine, un télescope multifacettes qui séduira même les non-adeptes du roman policier.

Une remarque négative cependant. Le style d’écriture est parfois un peu maladroit, voire particulièrement lourd  pour certains passages. La traduction n’est peut-être pas toujours adéquate.  En exemple le titre d’un  autre roman d’Elizabeth George, Well-Schooled in Murder,
qui a été traduit par Cérémonies Barbares, donne une approche de l’œuvre totalement différente.

Marie-Cécile, 1ère année Bib.-Méd.
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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 07:00
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Tito TOPIN
Parfois je me sens comme un enfant sans mère

Editions Rivages
Collection Rivages/Noir












« C'est une parabole sur le monde d'aujourd'hui,
et sur l'absence de perspectives qu'il offre à certains »

Tito Topin, article d’Ouest France.




tito topin
Biographie

Tito Topin est un scénariste, écrivain, graphiste de la télévision française qui est surtout connu pour être le créateur de la série Navarro, diffusée sur TF1.

Il est né à Casablanca (Maroc) le 23 février 1932. A 21 ans il crée sa propre agence de publicité « Publicasso ». Rappelé sous les drapeaux un an plus tard, à cause des événements de Oued Zem, il fait trois mois de prison sur les six de son rappel. Il est démobilisé en 1956 et décide d’émigrer vers le Brésil où il crée son agence « Catalox » spécialisée dans les catalogues de produits pour grands annonceurs. Il y sera dessinateur de publicité jusqu’en 1962. En effet, grâce aux accords d’Evian, Tito Topin peut retourner à Casablanca. Avec des associés marocains, il y fonde une nouvelle agence de régie et de publicité : AGEP. Tito Topin les quittera peu de temps après pour travailler en tant que directeur artistique dans l’agence Havas-Maroc. Il y restera jusqu’en 1966, date à laquelle il partira pour Paris où il travaillera en tant qu’illustrateur, graphiste et dessinateur de bande dessinée. C’est à cette période qu’il publie La langouste ne passera pas et Voyage au centre de la C…ulture d’après les scénarios de Jean Yanne. Il sera son collaborateur pour tous ses premiers films : de ,Tout le monde il beau, tout le monde il est gentil à Chobizenesse. Il réalisera aussi trois courts métrages d’après les dessins de Claire Bretécher : Tes yeux de braise me font merguez, Que tes larmes ruissellent sur la vaisselle et Le bon, la belle et le fainéant. En 1978, il part s’installer en Provence et cesse de dessiner pour se consacrer à l’écriture d’une quinzaine de romans. Le premier est publié en 1982 : Graffiti Rock. L’année suivante, son roman 55 de fièvre est récompensé par le Prix Mystère de la Critique. En 1988, Tito Topin reçoit le Prix de la littérature policière pour Un gros besoin d’amour. Un an plus tard, il crée le personnage de Navarro pour la télévision française. Il en assure le scénario, le coscénario, les dialogues ainsi que la direction de collection sur 103 épisodes de 90 minutes. Cela ne l’empêche de produire une cinquantaine d’autres films de télévision avec d’autres héros, dont une trentaine comme producteur au sein de la Serial Producteur qu’il a créée en 1997. En 2005, il stoppe la série Navarro suite à une mésentente avec le directeur de la fiction de TF1. Un an plus tard, son roman Bentch et Cie est récompensé du Prix Polar de Cognac.

Aujourd’hui sa réputation d’écrivain de génie n’est plus à faire comme en témoignent ses nombreux titres : en 1996, Tito Topin reçoit le Grand Prix de la création audiovisuelle, il est fait Chevalier des Arts et des Lettres. De 1999 à 2001, il est le président de la Guilde des scénaristes et de 2000 à 2002 il est le président du Comité Pédagogique du Conservatoire d’écriture audiovisuelle.


L’histoire

Nous ne savons pas en quelle année nous sommes, la seule chose sûre c’est le lieu, Paris : « un espace oublié par les Dieux ». Arrive un homme qui se fait appeler le « Conseiller ». Il veut construire la Maison de la Paix des Cœurs en l’honneur du Dieu Rassembleur des Quinze Religions. Grâce à ses discours, il parvient à subjuguer les foules qui se mettent au travail. Au même moment, un homme, Bruno Weissmann, s’échappe d’un commissariat de police après avoir abattu le brigadier Vasconcellos. Il vole la voiture d’une infirmière qu’il tue. Bruno Weissmann veut rejoindre son ami et ex compagnon de cellule Gaspacho : ce dernier est à la tête des « troupes » du Conseiller. Pendant ce temps, au commissariat, le commissaire Ballard apprend la mort du brigadier. Pas le temps de s’appesantir sur la douleur, le commissariat vient de recevoir un coup de fil : un docteur est pris au piège dans un bar. Il se rend sur les lieux avec son équipe pour se rendre compte que c’est un piège. Il tire un coup de semonce pour faire fuir les adolescents et tue une jeune fille sans le vouloir. A cause de cette bavure, Ballard se trouve destitué de ses fonctions… Mais pas pour longtemps. Il reçoit un coup de fil du préfet : la troupe d’illuminés qui est à la solde du Conseiller vient d’attaquer six fourgons de CRS. Le préfet propose un marché à Ballard : soit il part mettre fin aux agissements du Conseiller et de ses adorateurs, soit il est écroué à cause de sa bavure. Coincé, Ballard accepte. Il doit conduire un 4x4 bourré d’explosifs et le faire exploser une fois sur place. Il part là-bas accompagné d’une jeune fille, Sasha, dont l’objectif premier était de le tuer. Néanmoins, tout ne se déroule pas comme prévu : la Maison de la Paix des Cœurs prend feu à cause d’une négligence et c’est la panique. Ballard parvient tout de même à tuer Bruno Weissmann ainsi qu’à faire exploser la voiture. Tout est rentré dans l’ordre… Jusqu’à ce que la favorite du Conseiller, Maria Bonita , resurgisse et abatte Ballard de trois balles dans le dos.


Analyse et mon avis

Un livre qui nous propose une vision apocalyptique d’un monde en perte de repères. Personne ne sait pourquoi il vit et la loi du plus fort semble être de mise. Avec beaucoup d’humour noir (par exemple lorsque Vasconcellos pense à « son père qui a tété trop fort le canon d’un fusil de chasse »), Tito Topin nous propose une société qui pourrait être la nôtre tellement elle nous semble familière. Les policiers font leur métier sans savoir pourquoi, comme Julien Gallet qui a choisi ce métier « moins par vocation que par désespoir ». Tito Topin décrit cette société de façon crue, surtout en ce qui concerne la prostitution : la favorite du Conseiller, Maria Bonita se faisait appeler Marie la Gobeuse en référence à sa spécialité. Le métier de policier semble être le pire qui soit, lorsque l’on sait que Tito Topin est le père de Navarro cela semble très ironique : « Il n’y a pas de sot métier, lui avait-on appris quand il était gamin. Oh que si. Le sien, par exemple » pense Ballard. Le style de Tito Topin à la fois simple et très cru fait que l’on entre très facilement dans l’intrigue. Il n’y a pas beaucoup de rebondissements, comme dans tout livre policier, mais le style de Tito Topin qui ne s’embarrasse pas de morale ou de pudeur fait que l’on apprécie le livre. La vision d’un monde apocalyptique peut nous faire frémir, quand on sait que l’action se passe à Paris et que tout nous semble familier. Tito Topin a-t-il voulu nous donner un aperçu de ce que sera notre monde dans un avenir proche ?


 Marina, 1ère année bibliothèques-médiathèques-patrimoine


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1 janvier 2010 5 01 /01 /janvier /2010 19:00
John Grisham Le Contrat








John GRISHAM
Le Contrat

Titre original: The Appeal
Roman traduit de l'américain
par Johan-Fréderik Hel Guedj
Robert Laffont, 2008


















Un mot sur l'auteur

grisham
John Grisham est né en 1955 dans l'Arkansas et a commencé sa carrière en tant qu'avocat. Il écrivait à ses heures perdues durant ses études en sciences comptables. C'est en 1984, suite au témoignage bouleversant, lors d'un procès, d'un enfant de douze ans ayant subi un viol, qu'il décide d'écrire son premier roman, explorant l'hypothèse que le père de cet enfant a tué les deux violeurs. Ce roman s'appellera Non-coupable et sera publié à 5000 exemplaires en 1988. Puis, ce sera avec La Firme, par en 1991 et vendu à des millions d'exemplaires, qu'il rencontrera son premier grand succès.

Actuellement, il a écrit un grand nombre de récits judiciaires et de romans qui décrivent le sud rural des États-Unis, ouvrages connaissant eux aussi un énorme succès dans le monde.





L'histoire

L'œuvre se scinde en trois parties. En premier lieu, c'est le verdict : douze jurés rendent une sentence historique en sanctionnant lourdement une entreprise pour avoir contaminé l'eau d'une ville située dans le Mississippi , c'est le triomphe du Bien sur le Mal. Epuisés par un procès ruineux, tant sur le plan moral que sur le plan financier, les Payton, avocats de la plaignante Jeannette Baker qui a perdu son fils et son mari, empoisonnés, se réjouissent de la sentence infligée à la firme coupable. En effet, leur cliente se voit attribuer des dommages et intérêts colossaux pour la mort de son mari et de son fils.

Du côté de l'entreprise punie, on s'active afin que le jugement en appel tourne en sa faveur. En effet, Carl Trudeau, milliardaire et propriétaire de Krane Chemical, prêt à tout pour éviter la chute de son empire et son exclusion des soirées mondaines, va jusqu'à manipuler la Cour Suprême du Mississippi. Pour cela, il va faire appel à un obscur cabinet spécialisé dans les élections ; moyennant huit millions de dollars, il compte s'acheter un juge à la Cour Suprême du Mississippi. Il va alors se servir d'un dénommé Ron Fisk, qui accepte aveuglément le financement de sa candidature au poste de juge à la Cour Suprême.

Dans la deuxième partie se déroule la campagne : la juge Sheila McCarthy va se battre pour conserver sa place au sein de la Cour Suprême, mais son opposant Ron Fisk dispose de moyens financiers beaucoup plus importants et ses manipulateurs vont orchestrer des publicités mensongères afin de la décrédibiliser aux yeux des électeurs. Ce ne sera que dans la troisième et dernière partie que Ron Fisk va comprendre ce qu'on lui demande en échange de sa compromission.



L'Analyse

Dans son roman, John Grisham pose l'argent comme thème central. En effet, du début à la fin du récit, tout est centré sur l'argent et ses conséquences. Des avocats dépouillés par un long procès — « iI ne voyait jamais les factures; elles étaient traitées par son comptable. Depuis, les cartes de crédit avaient disparu, tout comme la BMW et la Jaguar, et le même comptable, qui travaillait pour une moitié de salaire, leur allouait leurs dollars au compte-gouttes, histoire de maintenir le cabinet Payton tout juste à flot » (page 24) —, à l'entreprise fautive  — « Parfait ! Présentez-leur donc cela sous cet angle, aux loups, pendant que le titre de la société ira rouler dans le caniveau. » (page 28) —, ces deux camps opposés sont dépendants de l'argent pour leur survie. Mais ce n'est pas tout ; le thème de l'argent nous fait aussi plonger dans les recoins les plus sombres de l'âme humaine :  dans cette histoire, les grandes entreprises n'ont aucun sentiment pour les personnes atteintes de cancer par leur faute ; elles ne voient que l'argent qu'elles ont perdu et cherchent par tous les moyens, même les plus répugnants, à le récupérer.

De plus, l'auteur, derrière cette histoire de corruption, critique le sud rural des Etats-Unis. En fait, cela fait quelques années que John Grisham s'attaque à la culture de cette région, implicitement ou explicitement, dans ses romans. Celui-ci ne fait pas exception, car on y retrouve l'étroitesse d'esprit de ces gens : « Après ces quelque questions initiales simples et directes, le sondage révélait son orientation. Voteriez-vous pour un candidat à la cour suprême qui soit opposé à la peine de mort ? Soixante-treize pour cent répondaient par la négative. Voteriez-vous pour un candidat qui soit favorable au contrôle des armes à feu ? Quatre-vingts pour cent répondaient par la négative. Possédez-vous au moins une arme à feu ? Quatre-vingt-seize pour cent répondaient oui. » (page 222).



Mon avis


J'ai découvert John Grisham avec L'Accusé, et depuis lors c'est devenu l'un de mes auteurs préférés, car les histoires d'avocats me passionnent. Cette histoire-ci m'a particulièrement captivé du fait qu'elle est en rapport avec l'actualité, avec la place de plus en plus croissante de l'économie dans notre société et les risques que cela engendre. De plus, à travers cette fiction, l'auteurn nous montre le mode de pensée du sud rural des Etats-Unis, qui peut choquer dans certains cas. Cette œuvre m'a ouvert les yeux sur la bêtise humaine quand il s'agit d'argent et le manque d'ouverture lorsque quelque chose n'est pas conforme aux idées dominantes.


Guillaume Gourdon, 1ère année Bib-Med-Pat

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31 décembre 2009 4 31 /12 /décembre /2009 19:00
Ramon-Diaz-Eterovic.gif










Ramón D
Í
AZ-ETEROVIC
Les yeux du cœur

traduit de l’espagnol (Chili)
par Bertille Hausberg,
Métailié, 2007















Un polar qui combat l’oubli…


Contexte de l’œuvre





Chili carteQui connaît véritablement le Chili, cette longue et mince bande du continent latino-américain s’étendant sur près de 4300 kilomètres du Nord au Sud, coincée entre les Andes majestueuses à l’Est et l’infini Pacifique à l’Ouest ?

Ce pays du bout du monde aux paysages et climats bigarrés a vu naître des auteurs prestigieux dont les œuvres sont aujourd’hui de véritables joyaux de la littérature mondiale. Je pense notamment aux magnifiques vers de Gabriela Mistral et Pablo Neruda, tous deux récompensés par le prix Nobel de Littérature (respectivement en 1945 et 1971) et qui ont su, chacun à leur manière, rendre hommage au pays natal et sublimer les paysages andins…

Mais la littérature chilienne présente aussi une facette plus sombre ; elle est l’héritière et le reflet d’un passé douloureux, celui de la dictature du général Pinochet, arrivé illégalement au pouvoir le 11 septembre 1973. Les militaires, propulsés à la tête du pays et parvenus au faîte de leur puissance, se lancent dans une véritable traque aux opposants du régime et tentent d’imposer progressivement l’oubli sur les crimes commis. Des milliers de Chiliens, hommes ou femmes, emprisonnés, torturés et tués, vont littéralement disparaître de l’histoire. La loi du silence, véritable chape de plomb sur la nation, conduit, par ricochet, à l’impunité des criminels.

Aujourd’hui, le Chili tout entier, amnésique, orphelin de sa propre histoire, tente de se reconstruire. Une reconstruction du passé qui passe par la littérature. C’est dans cette perspective que Ramón Díaz Eterovic écrit sa série de romans noirs, dont seulement quatre titres sont disponibles à ce jour en français.



L’histoire du roman

La narration du roman Les yeux du cœur, comme dans les autres volumes de la série, est assumée par un personnage nommé Heredia. Véritable antihéros dur-à-cuire, alcoolique, désabusé et pessimiste, il exerce le métier de détective privé et tente inlassablement de mettre fin aux trafics et crimes divers qui règnent sur Santiago et son lacis de rues obscures.

Dans Les yeux du cœur, le détective Heredia reçoit une photographie de ses anciens camarades d’université sur laquelle trois visages sont cerclés de rouge. Deux d’entre eux sont déjà morts, le troisième est porté disparu. Pour le retrouver et faire éclater la vérité sur ces crimes, le détective devra replonger dans son propre passé, franchir la frontière poreuse entre le Bien et le Mal, rétablir un semblant de justice et faire apparaître les faillites d’une société amnésique, en décomposition. La mémoire historique imprègne ce polar comme le souligne lui-même le narrateur Heredia :


« J’aurais préféré oublier ces noms fantomatiques pour laisser le passé tel qu’il était : un résumé d’erreurs et d’horreurs. […] Mais ce n’était qu’une illusion. Le passé, mon passé et tout ce qui m’entourait, était gravé en moi comme une seconde empreinte digitale […]. »



Le style

Derrière la construction classique du roman noir – univers urbain chaotique et personnages manichéens et archétypaux du genre – se cache une véritable richesse littéraire et des particularités propres au style de Ramón Díaz Eterovic. L’enquête policière, ancrée dans la sphère géographique, politique et sociale du Chili, provoque un certain vertige chez le lecteur qui est à même de mesurer le poids des mots : le narrateur n’est pas un simple personnage de papier, mais bien plutôt le porte-parole et le témoin d’une histoire oubliée ou fallacieuse. Dès lors, ce roman de fiction, brisant la loi du silence, nous apporte un nouvel éclairage sur l’histoire du Chili.

L’intérêt du roman réside aussi dans la description de lieux et d’espaces qui donnent du sens à l’intrigue criminelle. Le narrateur semble ainsi condamné à vivre au cœur de la ville, véritable huis-clos labyrinthique d’où on ne s’échappe pas. L’atmosphère angoissante qui en résulte tient le lecteur en haleine du début à la fin du roman.

Par ailleurs, Heredia, féru de lecture, ne cesse de citer les propos d’auteurs ou de héros romanesques célèbres – José Saramago, Fernando Pessoa, don Quichotte, etc. Les références intertextuelles, plus ou moins explicites, ponctuent le roman et semblent donner vie au détective qui se nourrit de ses lectures pour résoudre l’énigme policière.

Les yeux du cœur est aussi un roman plein d’humour noir qui fait le délice de la lecture. Il est vrai que les conversations d’Heredia avec son chat qui « parle » – et nommé Simenon ! – sont irrésistibles et atténuent la noirceur de l’intrigue. Ainsi, l’animal anthropomorphe, gouverné par son estomac, ne cesse de critiquer son maître et d’exiger qu’on lui serve d’autres mets que l’éternelle pâtée Wiskas…




Pour prolonger la lecture des aventures du détective Heredia


Ramón Díaz Eterovic, Les Sept fils de Simenon, Métailié, 2001.
Ramón Díaz Eterovic, La Mort se lève tôt, Métailié, 2004.
Ramón Díaz Eterovic, La Couleur de la peau, Métailié, 2008.


Fabien Douet, A.S. Bib.
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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 07:00
Boris Akounine Pélagie et le bouledogue blanc






Boris AKOUNINE
Pélagie et le bouledogue blanc

Titre original : Пелагия и белый бульдог
Traduction du russe
par Alexandre Karvovski et Odette Chevalot.
Presses de la Cité, 2005
10/18, « Grands détectives »
, 2008














Pélagie et le bouledogue blanc
fait partie de la trilogie « Pélagie ».


Boris-Akounine

Boris Akounine est le pseudonyme de Grigori Chalvovitch Tchkhartichvili. Cet écrivain est né en 1956 en Géorgie, et a collaboré à la revue russe Inostrannaïa Literatoura (Littérature étrangère), avant de se consacrer à l'écriture. Il s'est fait connaître en France avec la série « Eraste Fandorine » qui relate les aventures d'un fonctionnaire russe entre 1875 et 1900. Cette série a eu un grand succès et certains de ces volumes ont été adaptés au cinéma. Il a ensuite commencé une nouvelle série, Altyn Tolobas, toujours en cours, et a dernièrement publié une trilogie, « Pélagie », dont le dernier tome est sorti récemment. Cette trilogie, tout comme la série « Eraste Fandorine » se déroule en Russie à la fin du XIXe siècle, mais est beaucoup moins noire et dramatique. Elle commence avec Pélagie et le bouledogue blanc, se poursuit avec Pélagie et le moine noir (2008), et s'achève avec Pélagie et le coq rouge (2009).

Pélagie et le bouledogue blanc est donc le premier tome de cette nouvelle série. C'est un policier plutôt déroutant (à commencer par le titre ! ), captivant et plein d'humour. L'histoire se déroule dans une province russe, qui est en temps normal préservée des agitations de la capitale. Aussi le roman commence-t-il par un fait divers apparemment peu important : la mort d'un bouledogue blanc. D'ailleurs, on pourrait renommer le premier chapitre de cette oeuvre ainsi : « Comment un bouledogue blanc et baveux va pousser un respectable évêque à envoyer une jeune religieuse enquêter » !

Boris Akounine Pélagie et le bouledogue blanc 2En effet, le point de départ de l'intrigue est l'empoisonnement d'un chien, et c'est soeur Pélagie, une religieuse orthodoxe maladroite mais observatrice, qui va être chargée d'éclaircir cette mort. Cet épisode est le début d'une grande enquête qui va s'étaler sur plusieurs mois, avec l'épaississement de l'intrigue et l'apparition d'autres personnages. Elle va finir par mêler à l'intrigue de base intérêts politique et religieux, et met en scène de hauts personnages, comme l'évêque de la province, le gouverneur, et un étrange inspecteur religieux qui va donner bien du fil à retordre aux deux premiers. Grâce au narrateur, omniprésent, on suit les aventures de tous ces personnages, tout en revenant régulièrement à soeur Pélagie, par qui l'histoire avance. Le récit se révèle parfois tout à fait surprenant, même pour les lecteurs habitués aux récits de Boris Akounine.

Les talents d'écrivain de ce dernier servent à merveille l'histoire. Le style d'écriture est très agréable, les descriptions sont bien faites, les dialogues réalistes, l'auteur instille beaucoup d'humour dans ses personnages et les anecdotes racontées. Boris Akounine livre un récit très réaliste : aussi se retrouve-t-on emporté avec la religieuse, très attachante, dans ses enquêtes. En temps que lecteur occidental, on subit à la fois un dépaysement spatial et temporel — la Russie à la fin du XIXe siècle —, tout en étant captivé par l'histoire du roman. Les personnages sont remarquablement décrits du point de vue psychologique. Le personnage de l'évêque est une figure très intéressante, loin des stéréotypes courants. Ce protagoniste est aussi l'occasion pour Akounine de nous livrer quelques remarquables réflexions d'ordre philosophique sur la manière de gouverner et de conserver en paix une province. On est aussi amené à réfléchir (eh oui, il s'agit d'un roman policier ! ) sur les crimes commis et les motivations des personnages.

À la manière des romans d'Agatha Christie, une fois l'intrigue résolue, on s'aperçoit que tous les éléments du récit s'imbriquent parfaitement. Il ne s'agit pas d'un thriller avec des scènes d'épouvante, mais d'une tranche de vie plausible et intéressante humainement. Personnellement j'ai lu ce roman en deux jours, et j'étais tellement prise par le récit que je l'ai fini à deux heures du matin...

Marina, AS Bib-Méd.

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