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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 07:00

Isabel-Allende-la-cite-des-dieux-sauvages-01.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Isabel ALLENDE
La Cité des dieux sauvages
La ciudad de las bestias (2002)
traduction
Alex et Nelly Lhermillier
Grasset, 2002
Le livre de poche, 2004

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’auteur

Isabel Allende, est née à Lima en 1942. C'est une auteure chilienne ; en 2012, elle a reçu le prix national de Littérature. Isabel Allende fait partie de l'académie américaine des Arts et des Lettres depuis 2004. Pour un grand nombre de personnes, Isabel Allende est une auteure de best-sellers ; en effet, ses livres sont édités à environ 57 millions d'exemplaires. De plus son œuvre est traduite en 35 langues différentes. Elle est considérée comme l'auteure vivante de langue espagnole la plus lue au monde.


Isabel Allende, bien que de nationalité chilienne, naquit au Pérou lorsque son père y exerçait les fonctions d'ambassadeur du Chili. Isabel Allende est la nièce de l'ancien président du Chili Salvador Allende (1970-1973).

À partir de 1967, elle fait partie de la rédaction de la revue Paula. En 1973-1974, elle collabore à la revue pour enfants Mampato. Elle publie deux contes pour enfants, La abuela Panchita (Grand-mère Panchita) et Lauchas y lauchones (Petites et grosses souris), ainsi qu'un recueil d'articles, Civilice a su troglodita (Civilisez votre troglodyte). Elle anime des émissions à la télévision chilienne.

En 1973 elle écrit une pièce de théâtre, El embajador, qui paraît l’année même où se produit le coup d'état mené au Chili par Augusto Pinochet, durant lequel meurt l'oncle de l'auteure. Cette dernière choisit donc de s'exiler en 1975 au Venezuela, où elle travaillera comme journaliste à Caracas.

En 1992, Isabel Allende perd sa fille Paula ; afin de faire son deuil, elle écrit un livre autobiographique épistolaire Paula qui est publié deux ans après la douloureuse expérience ; l'ouvrage traite de l'enfance et de la jeunesse de sa fille jusqu'au moment de l'exil.

Isabel Allende confie que lorsqu'elle commence à écrire un livre, elle crée un lieu, une époque ; les personnages et l'histoire se construisent au fur-et-à-mesure, elle n'a pas de plan préétabli.

Beaucoup de spécialistes classent son œuvre dans le genre autobiographique ; cependant, pour elle, il s'agit plus d'une collection de souvenirs mélangeant réalité et fiction. Elle est parfois considérée comme faisant partie du mouvement Post-Boom mais un grand nombre d'auteurs préfèrent le terme « novisima literatura ».



L’œuvre

La Cité des dieux sauvages est un roman d'aventure et de fantaisie. Il fut publié en 2002 ; il s'agit du premier livre qu’Isabel Allende ait écrit pour les adolescents. C’est le premier tome d'une trilogie, Les Mémoires de l'Aigle et du Jaguar. Pour cette trilogie, elle écrit en collaboration avec l'organisation écologiste Greenpeace et le groupe éditorial Random House Mondadori, pour son projet «  livres amis des arbres ».

L'histoire raconte les aventures d’Alexander Cold, un adolescent américain de quinze ans. Il doit accompagner sa grand-mère en Amazonie pendant que sa mère, hospitalisée, subit un traitement contre le cancer. L'histoire se déroule dans la forêt amazonienne, à la recherche d'une mystérieuse Bête qui sème la terreur. Durant cette expédition, Alexander et sa grand-mère rencontrent plusieurs personnes, notamment Nadia Santos qui sera un personnage important de l'histoire, ainsi qu'un chaman centenaire. Nadia et Alexander, tentent d'explorer la forêt amazonienne lorsqu’ils se font « enlever » par les Indiens.

Durant toute l'histoire, la réalité et la magie sont constamment présentes. Les différentes aventures que connaissent les deux adolescents sont toujours à la limite de la réalité ; le récit, adoptant le point de vue des personnages, mélange des éléments fantastiques et des éléments réalistes. Lorsque nous lisons ce livre nous ne savons jamais quand il s'agit d'éléments fictifs ou réels ; le personnage d'Alexander Cold le dit lui-même : « je ne sais pas si je rêve ou si c'est la réalité ».

Nous pouvons également remarquer que différentes légendes sont présentes dans l'ouvrage comme « Rahakanariwa » et la boisson « Ayahuasca » qui permet d'élever son esprit et d'avoir des visions. L' Ayahuasca est une boisson à laquelle on incorpore une poudre d'os broyés d'anciens chefs de tribu, afin de pouvoir nommer le nouveau chef par le biais des visions. Les deux adolescents sont représentés dans la tribu indienne par des animaux totémiques : Alexander est un jaguar et Nadia est un aigle.

Au fil du roman, la vision que nous pouvons avoir des personnages évolue ; en effet, au départ, Alexander est effrayé par tout ce qui l'entoure, refuse de manger des aliments comme de l'anaconda ou des fruits exotiques qu'il ne connaît pas.


Nous pouvons donc remarquer que cet ouvrage est en quelque sorte un roman d’apprentissage car nous constatons l'évolution des différents personnages et notamment celle d'Alexander, qui a mûri, gagné en indépendance …

Cet ouvrage est vraiment rafraîchissant. L'écriture de l'auteure,très fluide et très imagée, permet au lecteur d'imaginer facilement les aventures, les différents paysages…

Ce n’est pas un simple roman pour adolescents. Il nous montre différents aspects pervers de la société, notamment la volonté de s'enrichir par n'importe quel moyen. Il peut également s'inscrire dans la catégorie des romans initiatiques.


Mylène, 2e année bibliothèques-médiathèques

 


 

 

Isabel ALLENDE sur LITTEXPRESS

 

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Articles de Pierric et de F.P. sur La Maison aux esprits.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 mars 2012 5 02 /03 /mars /2012 07:00

OGAWA-YOKO-Parfum-de-glace.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

OGAWA Yōko
小川洋子
Parfum de glace
Titre original
凍りついた香り
Kōritsui ta Kaori, 1998
Traduction
Rose-Marie Makino-Fayolle
Actres Sud,
Lettres japonaises, 2002
Babel, 2004



 

 

 

 

 

 

Yoko Ogawa est une grande romancière et novelliste japonaise. Dès le début de sa carrière, elle obtient des prix pour ses romans La Désagrégation du papillon et La Grossesse. Elle se dit influencée par d'autres grands auteurs japonais tels que Murakami Haruki, ou des auteurs américains comme F. Scott Fitzgerald ou Paul Auster. Ses romans sont traduits en neuf langues et une adaptation cinématographique de son roman L'Annulaire a été réalisée en 2004.



Résumé

Connaissons-nous vraiment les gens auprès de qui nous vivons ? Leur passé, leurs tourments, qu'essayent-ils de cacher, qui sont-ils réellement ? C'est autant de questions que se pose Ryoko lorsqu'elle apprend le décès de son compagnon. Hiroyuki ; ils venaient de fêter leur première année de vie commune et il lui avait offert le parfum qu'il avait créé spécialement pour elle, Source de mémoire. Rien ne justifie un tel acte. Aucun indice, aucune piste. Seuls restent de lui les souvenirs et les quelques mots trouvés dans son atelier :

« Gouttes d'eau qui tombent d'une fissure entre les rochers et Air froid et humide d’une grotte. Réserve de livres hermétiquement fermée. Poussière dans la lumière. Frasil sur un lac à l’aube. Mèche de cheveux d’un défunt formant une légère boucle. Vieux velours passé qui a gardé sa douceur. »

Des mots qui rythment le récit et l'enquête que décide de mener Ryoko, qui la fait voyager du Japon à Prague, à travers ses souvenirs et ceux des proches de son compagnon. Elle découvre le passé de Hiroyuki, passé dont elle n'avait jamais été informée. Enfant, c’était un petit génie des mathématiques, adolescent, un patineur artistique admiré, jeune adulte, il a travaillé dans un institut pour jeunes aveugles... Autant de facettes qu'elle ne lui connaissait pas. Quant à la mère de Hiroyuki, elle semble porter un lourd secret, celui du concours de Prague, le seul que son fils n'ait jamais gagné. Plus personne à part elle ne sait ce qu'il s'est passé réellement, et aucune trace ne reste nulle part de ce fameux événement. Pourtant, Ryoko va chercher, plus loin encore. Et c'est dans un univers fantastique, aux limites brouillées, qu'elle parviendra à faire son deuil, dans une grotte humide où un gardien de paons la guidera sur le chemin de la guérison. Il n'est plus question de trouver la réponse au « pourquoi s'est-il suicidé ?» mais de l'accepter et vivre avec l'absence de la personne aimée. Et cela dans un mélange de genres, dans un univers de sens et de sensations où le rêve se mêle à la réalité.



Dans Parfum de glace, l'auteur ne rompt pas avec son style habituel. Au contraire, puisqu'à nouveau dans ce monde où s'entremêlent le réel et le magique, on retrouve l'importance des mathématiques, thématique souvent abordée dans ses romans, ou encore l'obsession du classement et la volonté de garder la trace des souvenirs ou du passé. Ce qui fait ici le charme de cet auteur, c'est à la fois sa simplicité à décrire les choses du quotidien, mais également sa capacité à mettre des mots là où nous ne pouvons ni ne savons, à analyser et à dire la douleur, la joie, la peine, la peur.


Tiphaine, 1ère année Bibliothèques.

OGAWA Yoko sur LITTEXPRESS

 

Ogawa Yoko Cristallisation secrete

 

 

 

 

Article de Lola sur Cristallisation secrète.

 

 

 

 

 

 

 

ogawa tristes revanches

 

 

 

Articles de Marie et d'Alice sur Tristes revanches

 

 

 

 

 


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Article de Maëla sur L'Annulaire.

 

 

 

 

 

 

Yoko Ogawa, Amours en marge 1

 

 

 

Article de Sara sur Amours en marge

 

 

 

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article de Clémence sur La Petite Pièce hexagonale

 



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article de Kadija sur Une parfaite chambre de malade,

 

 

 

 

 

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Articles de  E.B.,  Delphine Marie,  Maylis sur Les Paupières

 

 

 

 

 

 

 

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Article de G. sur La Bénédiction inattendue.

 

 

 

 

 

 

 

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Articles de Marie, d'Axelle, de Laura sur Le Musée du silence.

 

 

 

 

 

 

 

 

OGAWA La Grossesse

 

 

 

Article de  Sandrine sur La Grossesse

 

 

 

 

 

 

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Published by Tiphaine - dans Réalisme magique
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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 13:00

Garcia-Marquez-De-l-amour-et-autres-demons.gif


 

 

 

 

 


Gabriel GARCÍA MÁRQUEZ
De l'amour et autres démons
Titre original
Del amor y otros demonios
éditions Mondadori, 1994
éditions Grasset et Fasquelle, 1995
pour la traduction française
Traduit de l'espagnol ( Colombie)
par Annie Morvan


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gabriel García Márquez est né en 1928 à Aracataca en Colombie. Il est considéré comme l’un des fondateurs du réalisme magique. Son plus grand succès, Cent ans de solitude, lui apporte une renommée internationale ; il est traduit dans une quinzaine de pays différents. Il sera fait docteur honoris causa de l'Université de Columbia à New York en 1971 et Commandeur de la Légion d'honneur en 1980. En 1982 il obtient le prix Nobel de littérature.

Tout commence avec un chien. « Un chien couleur de cendre, une lune blanche au front ». Un chien enragé. Le personnage principal, Sierva Maria de Todos los Angeles est mordue par ce chien, et cet incident bénin ( la blessure étant superficielle) la précipitera dans l'horreur. Face à des parents insensibles, la voilà confrontée à la cruauté de l'Église et de tous ceux qui sont incapables d'accepter la différence, qui voient le mal là où émerge le bien.

En parallèle, nous est contée l'histoire d'un prêtre, Delaura, qui se verra confier la tâche d'exorciser Sierva Maria accusée d'être possédée. De cette relation censée être une lutte contre le démon naîtra un amour profond et pur. Dans ce roman, Gabriel García Márquez nous transporte une fois de plus dans son univers plein de magie et de phénomènes paranormaux qui deviennent pourtant des événements quotidiens, où des amours impossibles entre une enfant de douze ans et un prêtre deviennent réelles et attachantes, où des enfants blanches grandissent dans le patio des esclaves sans que quiconque trouve à y redire. Le lecteur est transporté dans un monde merveilleux, oscillant entre érotisme et mysticisme, en plein milieu de Carthagène des Indes, au XVIIIe siècle, et l'on ressent les émotions des personnages comme si elles étaient nôtres. Le retour à la réalité une fois le roman terminé demande quelques minutes, le temps de discerner ce qui est vraiment réel de ce qui ne l'est pas, où s'arrête l'histoire et où commence la légende. On sort de ce livre un peu différents, un peu plus tolérants, prêts à croire de nouveau en la magie, comme du temps de notre enfance et avec peut-être le rêve un peu fou que cette jeune fille aux longs cheveux dorés ait vraiment existé...

Sophie, 1ère année Bib.

 

 


 

Gabriel GARCÍA MÁRQUEZ sur LITTEXPRESS

 

Garcia Marquez De l amour et autres demons

 

 

 

 

 

Articles de Sophie et de Clotilde sur De l'amour et autres démons.

 

 

 

 

 

 

 

 


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30 juillet 2011 6 30 /07 /juillet /2011 07:00

murakami-haruki-danse-danse-danse_image.jpg






Haruki MURAKAMI
Danse, danse, danse
Traduit par Corinne Atlan
Points, 2004
Première parution en 1988









 

 

 

 

 

 

 

Biographie  : voir fiche de lecture de Laura.

Danse, danse, danse prolongerait « la trilogie du Rat » (du nom de l'un des protagonistes, ami du narrateur) : Écoute le chant du vent (1979), Le Flipper de 1973 (1980) et La course au mouton sauvage (1982). Le narrateur du roman Danse, danse, danse apparaît également dans La course au mouton sauvage.

 

 

 

Résumé de La course au mouton sauvage  

 

voir la fiche de lecture de Laura.

 

 

 

 

Résumé de Danse, danse, danse

Quatre ans et demi après l’histoire de La course au mouton sauvage, le narrateur – dont on ignore le prénom – retourne à Sapporo (Hokkaïdo) à l’Hôtel du Dauphin. Il est à la recherche de son ex-girlfriend dont il a entendu en rêve l’appel au secours. À son arrivée à Sapporo, le narrateur se rend compte que l’ancien hôtel, « miteux comme un chien noir boitant sous une pluie de décembre », est devenu un immense palace, financé par la spéculation immobilière et la corruption.

L’un des leitmotive de l’histoire est une scène d’un film dans lequel tourne l’un des anciens camarades du narrateur, Gotanda, avec la mystérieuse ex-girlfriend nommée en réalité Kiki. Le narrateur renoue alors avec Gotanda et découvre l’existence d’un réseau international de call-girls de luxe ; le meurtre de l’une d’entre elles amène le narrateur à rencontrer des enquêteurs kafkaïens.

Dans une réalité parallèle, au quinzième étage de l’Hôtel du Dauphin, l’Homme-mouton (également messager de l’autre monde dans La course au mouton sauvage) lui ordonne : « Danse, continue à danser ». Dans cet hôtel, il rencontre également Yumioshi, la jeune fille de la réception, et Yuki, une jeune fille de quinze ans douée d’intuition. Il noue des liens très forts avec ces deux personnages. Il a une relation amoureuse avec la réceptionniste et revient d’ailleurs en sa compagnie du monde des ténèbres. Il accompagne Yuki de Sapporo à Tokyo et à Hawaï et devient son confident ainsi que son ami.

Ce roman flirtant avec le genre du roman policier, mêle habilement questionnements existentiels et étrangeté, irréel.



Parcours initiatique

Ce roman s’articule autour d’un parcours initiatique. Le récit présente le héros comme étant parvenu à un point de son existence où il doit se « reconnecter » au monde. « Mais c’est par là que tout doit commencer. Je le sais. Ça ne peut commencer que comme ça. » (p.13).

Ce récit présente le temps d’un éveil pour le narrateur, la question de l’identité est omniprésente et dès le début Murakami instaure un raisonnement sur « ce qui est soi » et « ce qui n’est pas soi ». Ainsi, l’hôtel ne serait qu’un prolongement de l’être du narrateur : « je perçois nettement les battements de coeur et la douce chaleur de cet hôtel dont je ne suis qu’une infime partie ».

A propos de son identité, le narrateur se questionne :

« Qu’est-ce que je pourrais savoir de moi-même ? […] le moi que j’appréhendais à travers ma propre conscience était-il mon vrai moi ? […] Tout comme notre propre voix enregistrée sur une cassette nous paraît différente de notre vraie voix, l’image que j’avais de moi-même n’était-elle pas une image déformée et reconstruite à la façon qui m’arrangeait ? » (p.13).

L’auteur amène alors son narrateur à faire une série de rencontres (Yumioshi, Gotanda, Yuki, des call-girls, Hiraku Makimura écrivain et père de Yuki (double de Murakami ?)…et bien d’autres encore) qui recoupent la question de l’identité et de la réalité. Le personnage principal de cette histoire fait face à un moment ou un autre à des événements étranges et il s’en trouve transformé. La fin du roman est articulée autour d’une nouvelle naissance du narrateur. « La naissance au monde » et le « retour vers l’autre » structurent l’éveil du personnage principal, marquent la fin de quelque chose et le début d’une autre. Pas après pas, le narrateur va devoir réapprendre à danser, à suivre le rythme du monde.

« C’est la réalité. Je suis enfin dans la réalité, et c’est ici que je m’arrête. […] Je réfléchis trois ou quatre minutes à ce que je voulais dire. Il y a plusieurs façons de s’exprimer. Différentes possibilités, différentes expressions. Pourrais-je prononcer les mots comme il fallait ? Mon message saurait-il s’envoler habilement au vent de la réalité ? Je marmottai quelques phrases tout seul. Puis je choisis la plus simple, et murmurai à son oreille : – Yumiyoshi-san, c’est le matin ! »

Ici, le matin est la métaphore de l’éveil du narrateur notamment par l’amour.



La mort

Avant cet éveil, le narrateur doit tout de même faire face à la perte et à la mort. Sa femme l'a quitté, son ami le Rat est mort et son chat Sardine également. La mort emporte des gens qu’il a connus, qu’il a estimés et/ou aimés (May la call girl, Gotanda son ami, Dick Nose le compagnon de la mère de Yuki...)

« La mort de May avait réveillé en moi un vieux rêve de mort, et un sentiment de deuil. La mort de Dick Nose une sorte de résignation. Mais la mort de Gotanda suscitait en moi un désespoir sans issue, comme une boîte plombée. Rien n’aurait pu l’empêcher de mourir. Il ne parvenait pas à intégrer ses propres impulsions. Et cette force fondamentale en lui l’avait poussé jusqu’au bord du précipice. Jusqu’à l’extrême limite de la sphère de la conscience. Puis jusqu’au monde des ténébres qui s’étendait de l’autre côté » (p. 531).

Pour lui, la mort ne suscite pas la peur. C’est plutôt une fatalité, voire une destinée, à l’image de la vision des squelettes lorsqu’il part à la recherche de Kiki à Hawaï, qu’il croit avoir aperçue comme un fantôme...

« Je focalisai mon regard, cherchant à distinguer le sac de Kiki dans la pénombre [...] Il me semble voir des espèces de housses blanches froissées sur les chaises et sur le canapé. Mais en m’approchant, je m’aperçus que ce n’était pas du tissu, mais des os : deux squelettes humains étaient assis côte à côte sur le canapé. Des squelettes complets, auxquels pas une articulation ne manquait. L’un de grande taille, l’autre petit, assis dans la même position que s’ils étaient encore vivants. L’un avait le bras appuyé au dossier du canapé, et le plus petit les deux mains posées sur les genoux, comme s’ils étaient morts sans même s’en rendre compte, avaient perdu leur enveloppe charnelle, ne gardant que leur ossature, sans même s’en apercevoir. Ces deux squelettes, d’une blancheur surprenante, semblaient sourire. Je ne sais pas pourquoi, je ne ressentais aucune peur. Toute vie semblait arrêtée ici, immobilisée dans son élan. Comme l’avait dit l’inspecteur, un squelette c’était propre et calme. Vraiment mort. Cela n’avait rien d’effrayant. » (p.400).

Dès lors, les différentes morts et pertes d’êtres chers semblent plus que jamais le rattacher à la réalité. A la fin du récit,  même l’Homme mouton a disparu. Signe indéniable du renouveau de son existence ?



Point de vue

Après avoir lu La course au mouton sauvage (dont j’ai trouvé le début du récit un peu lent mais dont l’histoire finit en apothéose), le lecteur se sent proche du narrateur car il connaît déjà ses habitudes (l’alcool, la musique...). Placé dans une sorte de huis-clos dans le roman de La course au mouton sauvage, le narrateur est en éveil dans Danse, danse, danse notamment par la multitude de rencontres qu’il a l’occasion de faire. Danse, danse, danse est un récit rythmé qui entraîne le narrateur et le lecteur à travers plusieurs villes, à la rencontre de nombreux personnages et à l’élucidation de certains mystères.

Le goût de l’auteur pour la musique et l’Occident – notamment pour l’Amérique – se retrouve dans son écriture ainsi que dans les choix musicaux du narrateur. Danse, danse, danse vous fera vraiment passer un agréable moment de lecture.

 

 

Maureen, AS-BIB.

 

 

 

 

MURAKAMI Haruki sur LITTEXPRESS


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Articles de Mélanie et Pierre-Yann sur Sommeil.

 

 

 

 

 

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 Article d'E.M. sur Chroniques de l'oiseau à ressort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Saules aveugles, femme endormie, article de Claire.

 

 

 

 

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Les amants du spoutnik
,
 articles de  Julie et de Pauline.






L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d' Anaïs,  Anne-Sophie, Julia et Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.

 

 

 

 

 

Murakami Haruki Danse-danse-danse

 

 

Article de Chloé sur Danse, danse, danse.

 

 

 

 

 

 

 

À paraître en août 2011 chez Belfond, les deux premiers volumes de la trilogie 1Q84, publiés en 2009 au Japon.

 

 

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 07:00

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Taichi YAMADA
Présences d’un été
 

Ijin-tachi to no natsu.

(異人たちとの夏)

Traduction : Annick Laurent

Picquier, 1998

Picquier poche, 2006










 

 

 

 

Taichi Yamada est né à Tokyo en 1934. Il est célèbre au Japon pour ses scénarios télévisés. Il a également écrit beaucoup de romans et pièces de théâtre. Site de l'auteur (en anglais) ici.
Ijintachi-tono-natsu.jpg
 

 

 

 

Présences d’un été a été publié au Japon en 1987, et est paru en France aux éditons Picquier en 1998, puis en 2006 pour l’édition de poche. Il a été traduit par Annick Laurent. L’original japonais a remporté en 1987 le prix Yamanoto Shugoro. Le roman fut adapté au cinéma un an après sa parution sous le titre : Ijintachi tono natsu (異人たちとの夏)


 

 

 

 

 

 

Résumé

Difficile de faire un résumé tant le roman est riche de détails et de rebondissements ; pour ne pas dévoiler tout l’intérêt du l’histoire je ne résume ici que les premiers événements.

Le narrateur, Hideo Harada, a quarante-sept ans, tout comme l’auteur ; il est scénariste de télévision, il a un fils de dix-neuf ans, à qui il parle peu, et vient tout juste de divorcer de sa femme. Ses parents sont morts renversés par une voiture quand il avait douze ans. C’est un homme solitaire qui, depuis son divorce, vit à son bureau qu’il loue dans un grand immeuble près d’un axe autoroutier à Tokyo. Les appartements étant principalement loués comme bureaux, la nuit, il est la seule âme qui vive de tout l’immeuble. Du moins c’est ce qu’il croit, jusqu’au jour où il rencontre la mystérieuse Kei, elle aussi résidente de l’immeuble. Un soir, l’étrange locataire se présente à sa porte, une bouteille de champagne à moitié vide à la main, à la recherche d’une certaine compagnie, mais Hideo ne la laisse pas entrer, préférant sa solitude.

Le temps passe et, le jour de son anniversaire, Hideo est poussé par l’envie soudaine de retourner dans le quartier populaire de son enfance à Asakusa. Hideo se replonge dans ses souvenirs et, en entrant dans un bar, il fait la rencontre d’un homme ressemblant trait pour trait à son père. Surpris, Hideo suit cet homme qui l’invite chez lui et, de nouveau, l’impensable se produit : la femme de l’homme en question est elle aussi l’exact sosie de sa mère décédée.

Passé l’effet de surprise, ce jeune couple semble bien être les parents d’Hideo Harada. Le héros renoue alors des instants de vie avec ses parents dont il n’avait jamais pu véritablement faire le deuil.

Entre temps, pris de remords d’avoir laissé sa voisine Kei à la porte le soir où elle semblait avoir besoin de compagnie, il l’invite à plusieurs reprises chez lui et ils deviennent amants. Tout irait alors pour le mieux, dans la vie de cet homme qui sort peu à peu de son isolement, si Kei ne semblait pas si effrayée de le voir maigrir. En effet, même si Hideo ne perçoit aucun changement dans la glace, ses visites fréquentes chez ses parents décédés semblent causer des dommages à son apparence et à sa santé. Mais cela importe peu à Hideo qui ne peut lutter contre l’attrait des moments volés de son enfance au contact de ses parents, retrouvant ainsi l’affection et le confort familiaux.

Néanmoins, voyant la peur toujours plus grande dans les yeux de sa compagne, Hideo finit par avouer son secret à Kei. Cette dernière, pensant alors qu’il risque de mourir à vieillir si brutalement, l’oblige à ne plus fréquenter ses parents. Dès lors un vrai dilemme s’installe pour le narrateur : choisir entre son présent, sa nouvelle vie tournée vers Kei, ou se réfugier dans le passé, synonyme de mort mais de réconfort auprès de ses parents.

Yamada-Taichi-Presences-d-un-ete-2.gif

Une atmosphère étrange

« Le bruit assourdissant des camions sombra au fond de ma conscience, celui du climatisateur s’estompa aussi, et, par moments, je ne distinguai plus que le tic-tac de l’aiguille des secondes de l’horloge murale. Puis à nouveau ce silence trop pesant. »

Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans une atmosphère inquiétante. Le personnage est désabusé, presque dépressif : « j’avais l’impression de n’être fait que d’eau et d’indifférence. »

Silence oppressant, solitude du personnage, immeuble vide, femme étrange... Ces différents éléments pourraient aisément planter le décor d’un film d’horreur. Pourtant, même si par la suite il est question de revenants, de secrets inavoués, rien n’est franchement effrayant. Tout se passe comme si Harada flottait entre deux mondes, celui du réel et celui de l’irréel, sans pouvoir s’accrocher à aucun d’eux.

Le basculement vers le surnaturel est progressif. Le narrateur se questionne, allant jusqu’à se perdre dans des réflexions métaphysiques sur l’existence de ses parents. L’acceptation du surnaturel se fait progressivement avec quelques hésitations par moments, par exemple quand le narrateur se reprend : « Ma mère. Cette femme qui me rappelait ma jeune mère ». Puis Hideo tente de rationaliser le phénomène qu’il vit comme une hallucination intense provoquée par la solitude et le chagrin enfoui :

« Pour des parents de trente et quelques années, un fils de quarante-huit ans appartient au monde de l’irréalité, mais si les hallucinations autorisaient ce genre de choses je ne demandais qu’à m’y abandonner. »



La fête des morts

Dans le récit, la fête des morts est évoquée :

« Les volets des maisons sont fermés. Jusqu’au 17, c’est complètement désert. – Je réalisai alors que pendant la fête des morts qui commençait le 8 août, il n’y avait personne à Tokyo. »

La fête des morts ou O-Bon est un festival bouddhiste japonais qui existe depuis plus de 500 ans, et qui fut importé de Chine. Ce festival honore les esprits des ancêtres. Au fil des ans, cette fête religieuse s'est transformée en un jour férié consacré à la réunion de famille, durant laquelle les gens des grandes villes retournent à leur ville natale et s'occupent des tombes de leurs ancêtres.

 

 

Rituels

Pour guider les âmes des morts pendant la journée, des lanternes sont allumées devant chaque maison. La partie la plus importante du rituel est l'offrande de nourriture qui est le symbole du partage. Cette fête, bien que religieuse et grave, est l'occasion de réunions joyeuses. (Source : Wikipédia)


Cette référence à la culture japonaise peut donner quelques clés d’interprétation lorsque Hideo retourne dans sa ville natale ou encore lorsqu’il apporte de la nourriture à ses parents. De plus, l’apparition des parents d’Hideo coïncide avec la fête des morts.



Conclusion

Le va-et-vient progressif entre d’une part le réel, le rationnel et d’autre part le surnaturel laisse dans un premier temps planer le doute sur les causes de ces événements : pure invention de l’esprit prolifique du narrateur-scénariste ? Entités inventées sous les effets de l’alcool ? Ou bien le narrateur est-il tellement éloigné des vivants que s’est ouverte une porte par laquelle les morts peuvent passer le jour de la fête O-bon ? Le style laconique laisse place au début à plusieurs interprétations.


Par ailleurs, les doutes du narrateur permettent au lecteur de tracer son portrait psychologique. On comprend les liens qui ont façonné la personnalité d’Hideo et combien sa vie fut affectée par la mort de ses parents puisque de nouveau à leur contact s’opère un véritable changement : il devient plus sociable, plus efficace dans son travail, allant jusqu’à renouer contact avec son fils.


Présences d’un été est un roman court où s’entremêlent le surnaturel et le réalisme des sentiments. Les dernières pages sont de loin les plus marquantes puisque la tension monte d’un cran, les scènes deviennent quasi cinématographiques, et le malaise s’intensifie… Tant et si bien qu’une fois la lecture achevée, l’ambiance puissante de mélancolie plane encore sur le lecteur.

 

 

 

Élise, A.S. Bib.-Méd.

 

 

 

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 07:07

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MURAKAMI Haruki
Sommeil

traduction de

Corinne Atlan

Belfond, novembre 2010

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Petite biographie de l’auteur

Fils d'un enseignant de littérature japonaise en collège, il opte pour les arts théâtraux et souhaite devenir scénariste de cinéma, sans avoir encore rien à raconter.

Après des études universitaires à Waseda, il est pendant huit ans responsable d'un bar de jazz, le Peter Cat, à Tōkyō, dans le quartier de Kokubunji. Haruki reste un passionné des chats, ses seuls véritables amis pendant une enfance solitaire, cette amitié explique la présence invariable de cet animal dans sa littérature.

Cette expérience le nourrit à son insu et lui permet d'écrire son premier roman Écoute le chant du vent, publié au Japon en 1979, pour lequel il reçoit le prix Gunzo.


Une fois sa renommée établie après plusieurs romans à succès, il part vivre à l'étranger : tout d'abord au sud de l'Europe (Italie et Grèce), puis aux États-Unis. Il enseigne la littérature japonaise à l'université de Princeton (où Scott Fitzgerald fut étudiant).

Il revient vivre au Japon en 1995, marqué par le tremblement de terre de Kobe et l'attentat au gaz sarin perpétré par la secte Aum dans le métro de Tokyo. Ces tragédies inspirent le recueil de nouvelles Après le tremblement de terre.

Haruki Murakami est également traducteur en japonais de plusieurs écrivains anglo-saxons (parmi lesquels Scott Fitzgerald, John Irving ou encore Raymond Carver). Murakami est aussi un grand amateur de jazz auquel de nombreuses références sont faites dans ses romans.



L’œuvre de Murakami

Ses écrits (romans ou nouvelles) sont fréquemment fantastiques, ancrés dans une quotidienneté qui, subtilement, sort des rails de la normalité. Ayant vécu dans le sud de l'Europe (Grèce, Italie), puis aux États-Unis, il laisse transparaître une certaine influence occidentale dans ses œuvres. Cela fait de lui un écrivain plus international que d'autres avec des références à la culture populaire mondiale tout en gardant le vécu japonais contemporain de ses personnages. Les ouvrages de Murakami révèlent une forme de surréalisme très rafraîchissante qui, en se fondant sur une mélancolique banalité quotidienne, arrive à former des récits originaux. Il utilise cette idée du lien qui relie dans la pensée asiatique (bouddhisme, shintoïsme) tous les événements et les êtres. Une action provoque même de façon lointaine et indirecte une réaction dans l'instant, dans la réalité ou ailleurs, dans un autre monde que Murakami sait parfaitement rendre. Le réalisme magique donne à l’œuvre une teinte extravagante, sans pour autant oublier la réalité dans laquelle évoluent les personnages. L'âme humaine y est décortiquée, dans ses recoins parfois les plus intimes, de façon à ce que le lecteur soit emporté pour un voyage en lui-même, mais dans un cadre parfois loufoque. La mélancolie lancinante de Murakami et ses analyses sociales en demi-teinte rappellent parfois un certain nombre de noms de la littérature nippone, notamment le mangaka Jirô Taniguchi dans son expression la plus simple du quotidien. On retrouve ici de longues pensées d'êtres tiraillés, à la recherche de leur identité et abordant l'existence avec parfois une certaine anxiété, un recul face à cette vie inconnue.

Je traiterai ici principalement de trois œuvres majeures de Murakami ( Les Amants du Spoutnik, Le Passage de la nuit et Kafka sur le rivage) en les mettant en corrélation avec la nouvelle Sommeil. Au fil des lectures murakamiennes, on découvre des thèmes récurrents propres à l’auteur qui lèvent peu à peu le voile sur son identité, son caractère, mais également sur l’univers qu’il crée dans ses récits.



Sommeil

« Je pense que nous vivons dans un monde, ce monde, mais qu’il en existe d’autres tout près. Si vous le désirez vraiment, vous pouvez passer par-dessus le mur et entrer dans un autre univers. » Interview d’Haruki Murakami pour le Magazine littéraire en 2003.

Une jeune femme, mariée et maman d’un petit garçon, se trouve frappée d’insomnie, de façon aussi soudaine qu’inexplicable. Ayant déjà été victime de ce phénomène, elle n’en parle à personne, pas même à son mari qui, lui, dort sans problème toute la nuit. Elle continue à mener sa vie diurne sans changement, sans jamais ressentir la moindre envie, ni le moindre besoin d’un sommeil réparateur. Au contraire, plus ses nuits d’insomnie se prolongent, plus elle se sent en forme.

Dans l’incapacité désormais de trouver le sommeil, elle s’installe chaque nuit sur son canapé avec un verre de cognac et commence à lire. En relisant Anna Karénine, elle retrouve ses émotions d’antan, d’avant son mariage pour lequel elle se rend compte qu'elle a renoncé à beaucoup de choses.

« Je voulais lire Anna Karénine en mangeant du chocolat, comme autrefois. Je sentais dans mon corps une soif intense de chocolat. »

Bientôt, elle ne pense plus qu’à se replonger dans son roman, retrouver Anna et Vronski, au détriment des désirs de son mari.

« De dix heures du soir à six heures du matin, mon temps n’appartenait plus qu’à moi. »

Elle vit ainsi, dans une sorte d’état de grâce, pendant dix-sept nuits… Et pourtant, un sentiment de danger, initié par le rêve bizarre et un peu sinistre qui marque le début de l’insomnie, s’installe au fil des pages et prend toute son ampleur dans la dernière partie.

C’est une nouvelle étrange, subtile et effrayante à la fois, assez représentative de l’univers de Murakami, où conscient et inconscient, vie, rêve et mort sont souvent intimement mêlés, à l’image de la narratrice de cette nouvelle, toute en retenue et comme en retrait de sa vie et de celle des autres.



Bref résumé des autres œuvres

 

— Le Passage de la nuit : l’histoire est celle de plusieurs personnages aux destins totalement différents qui ne cessent de s'entrecroiser au fil des pages. Dans le monde de la nuit où la ville est « une gigantesque créature » submergée par « une mer de néons multicolores », on découvre tour à tour une adolescente en fuite (Mari) et sa sœur plongée dans un profond sommeil (Eri), un jeune garçon passionné de jazz (Takahashi), la gérante d'un hôtel particulier et ancienne catcheuse, une prostituée chinoise frappé par un business man... Les histoires s’envolent dans ce récit plongé dans la noirceur blafarde de la nuit.
 
Les Amants du Spoutnik : K. est un jeune instituteur sans histoires éperdument amoureux de sa seule et unique amie, l’étrange Sumire. Mais Sumire aime Miu, cette femme charismatique et amatrice de bons vins. Et tandis que K. reste en retrait, assistant au rapprochement de ces deux femmes que rien ne destinait à se rencontrer, il sent son amie s’éloigner, si bien qu’un soir, il reçoit un coup de fil de Miu : Sumire a disparu.

Kafka sur le rivage : Le jour de ses quinze ans, Kafka Tamura fuit son domicile familial où son père prophétisa qu’il serait un jour parricide et incestueux. Il erre alors jusqu’à une bibliothèque tenue par une femme mystérieuse et un bibliothécaire androgyne. En parallèle, on découvre qu’un vieil homme simple d’esprit, capable de parler aux chats et de faire chuter des poissons du ciel, a quitté Tokyo et se rapproche de lui comme s’il obéissait à un appel mystérieux. Le destin les entraîne tous deux dans une direction de plus en plus étrange…

 

 

 

Parallèle et thèmes récurrents de Murakami

La musique

Intimement lié à la musique sous toutes ses formes (il a tenu un bar de jazz durant plusieurs années), Murakami donne une identité propre à ses récits en citant çà et là des chansons ou airs classiques qui l’ont inspiré. Le processus d’écriture se moule alors sur ces airs, donnant au récit un caractère original et entêtant.


Les Amants du Spoutnik : pour Miu et Sumire, un de leur premier sujet de conversation, cette même musique qui guide K. pour retrouver son amie disparue, l'entrainant au bord des songes.

Sommeil : le goût immodéré de l'héroïne pour la musique lui permet de s'échapper en se remémorant sa vie d'antan.

Le Passage de la nuit : tout le roman est guidé par la musique (références à différents styles qui vont d’Éric Clapton, Jimi Hendrix, donc de musiciens de rock à Curtis Fuller, un jazzman), donnant une identité au livre, à l’auteur et aux personnages. Un ton précis, comme une BO.

Kafka sur le rivage : le roman tire d’ailleurs son titre d‘une chanson fictive que découvre Kafka Tamura, « Kafka sur le rivage ». Tout au long du roman, la musique va agir sur les personnages comme vecteur de sentiments et de sensations nécessaires, entre autres, à la quête identitaire qui se joue individuellement pour chacun d’eux.

 

La littérature

La littérature occupe une grande place dans les œuvres de Murakami. Que ce soit pour éclairer le caractère des personnages ou pour introduire une scène, un livre n’est jamais bien loin.

 

Les Amants du Spoutnik : l'amour de Sumire pour les lettres est le fil conducteur de son amitié avec K., la passion qui l'a conduite à arrêter ses études pour devenir écrivain. Étrangement, plus son amour pour Sumire grandit et moins elle a envie de lire, ou d'écrire.

Sommeil : comme dans Les Amants du Spoutnik, on retrouve ce parallèle entre l'amour et la littérature. Ici également, plus l'héroïne lit et plus elle se détache de sa famille, préférant s'abandonner à Anna Karénine. Le monde des lettres est ici celui de la liberté, opposé à la morne routine qui englue son quotidien.

Le Passage de la nuit : le début du roman est significatif puisqu'après une description de la ville de Tokyo, on pénètre dans un restaurant pour voir la jeune Mari, que nous allons suivre tout au long du récit assise, seule à une table, absorbée par sa lecture. La lecture devient un point de passage pour rentrer dans l'univers de la nuit.

 

L'onirisme et la place de la nuit

Autres éléments majeurs de l'œuvre de Murkami, la nuit, le rêve et le sommeil font partie intégrante de l’univers de l’auteur. Souvent, ils permettent de faire le lien avec un monde obscur, presque irréel, s’offrant à nous dès la nuit tombée.

 

Les Amants du Spoutnik : dans le roman, la majeure partie des événements importants se déroulent à la nuit tombée (le souvenir de Miu, l'appel annonçant la disparition de Sumire, la recherche de K. sur les berges des îles grecques). Tout semble rappeler qu'un autre monde est peut-être près du nôtre, à quelques pas au bord de notre esprit.

Sommeil : ce sont ici bien sûr la nuit et le rêve qui redonnent vie à l'héroïne, cette femme enfermée dans un quotidien dont elle n'arrive plus à sortir. Si la nuit les couleurs de son existence brillent à ses yeux avec tout leur éclat et leur beauté, le jour apparaît comme un passage terne et monotone.

— Le Passage de la nuit : outre la gigantesque ville et les personnages qui la composent, c'est peut-être la nuit qui est l'héroïne de ce roman. Elle est ici vue comme un monde à part entière possédant ses propres codes et son mode de fonctionnement. Des éléments qui apparaissent le jour n'existent plus une fois le soleil couché.

 

 

 

Le réalisme magique


« J’ai toujours considéré l'écriture comme un rêve éveillé. Pour moi, rien n'est plus naturel que le surnaturel. » Haruki Murakami

Murakami ne cesse d'emmener le lecteur à la frontière de l'imagination, nous prenant par la main pour nous montrer des chemins de traverse, des portes de notre esprit jusque là inconnues de notre pensée, le tout avec un réalisme saisissant, comme si tous les événements évoqués n'étaient pas le fruit de son imagination ou de la nôtre.

 

Les Amants du Spoutnik : la disparition de Sumire, la recherche de K. au bord du monde connu, les souvenirs de Miu…, tels sont les éléments qui constituent le réalisme magique dans le roman de Murkami, avec force mystère et d'évasion.

 — Sommeil : si toute la nouvelle est construite sur une base chronologique et réaliste (les 17 nuits, chiffre par ailleurs énigmatique), le retournement de situation final fait basculer le lecteur dans le doute et les affres de l'incompréhension. La magie s'empare alors de nous, laissant place à l'imagination et aux suppositions les plus folles.

Le Passage de la nuit : la ville elle-même semble être l'espace du réalisme magique, à l'instar de la nuit. Il y a ici un brouillage permanent entre le réel et l’irréel : à minuit pile, la télévision dans la chambre d’Eri s’allume alors qu’elle est débranchée, Mari se regarde dans une glace puis s’éloigne alors et que son image demeure dans le miroir.

Kafka sur le rivage : on parle ici d'un incident survenu dans la jeunesse de Nakata. Mais ce côté surnaturel possède une dimension onirique, comme souvent chez Murakami, qui prend une grande ampleur au fil du roman tant et si bien qu’il devient parfois difficile de distinguer ce qui est du domaine du réel et ce qui appartient au rêve.

 

 

Conclusion

Sommeil est donc un récit envoûtant, aussi bref qu’intense, s’inscrivant dans la longue tradition murakamienne. Tous les éléments propres à l’auteur s’y mêlent avec efficacité (présence de la nuit, de la musique, de la littérature, réalisme magique, etc.) dans une construction propre à la nouvelle. Ce sont ces éléments qui nous rapprochent de l’auteur, de sa vision du monde et de l’art. Mais ces thèmes récurrents ne sont-ils pas l’expression de sa propre vie, au-delà de ses pensées ? En effet, Murakami introduit subtilement des éléments biographiques afin d’étayer ses récits : rapport à la musique car il a possédé un bar de jazz, fascination pour les chats depuis son enfance, place de la disparition et changement avec le tremblement de terre de Kobe... On découvre alors une nouvelle facette de l’auteur, plongé à corps perdu dans son œuvre, à mi-chemin entre réalité et magie.


Pierre-Yann, 2e année Éd.-Lib.

 

 

MURAKAMI Haruki sur LITTEXPRESS


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Article de Mélanie sur Sommeil.

 

 

 

 

 

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 Article d'E.M. sur Chroniques de l'oiseau à ressort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Saules aveugles, femme endormie, article de Claire.

 

 

 

 

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Les amants du spoutnik
,
 articles de Julie et de Pauline.






L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d' Anaïs,  Anne-Sophie, Julia et Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.

 

 

 

 

 

Murakami Haruki Danse-danse-danse

 

 

Article de Chloé sur Danse, danse, danse.

 

 

 

 

 

 

 

À paraître en août 2011 chez Belfond, les deux premiers volumes de la trilogie 1Q84, publiés en 2009 au Japon.

 

 

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5 juillet 2011 2 05 /07 /juillet /2011 07:00

Kenji Miyazawa Les Fruits du gingko

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MIYAZAWA Kenji
Les Fruits du Gingko
Traductrice : Hélène Morita
Ed. Le Serpent à plumes
Collection « Motifs », 2006




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant de goûter Les Fruits du gingko...

Kenji Miyazawa (1896-1933) est un des plus grands écrivains japonais du vingtième siècle. Il renouvela en profondeur la poétique japonaise, créa un vocabulaire entièrement nouveau, utilisant à merveille rythmes et sonorités. Il est l'auteur de plus d'une centaine de contes, de milliers de poèmes.

Il vécut à Hanamuki, dans le nord du Japon. Ingénieur agricole, il consacra sa vie à l'amélioration des conditions de vie des paysans.

Fervent bouddhiste, il concevait la littérature comme une mission.

Son œuvre, quoique inclassable, fait désormais partie des classiques. La grande majorité de l'œuvre de Miyazawa a été publiée à titre posthume et il est actuellement reconnu par la critique comme l'un des auteurs les plus plus au Japon.

Musicien, scientifique et mystique, poète et militant, il disait : « ...Poètes nouveaux : l'énergie renouvelée, transparente, prenez-la des nuages, de la lumière, des tempêtes... »

( Source : Wikipédia)

 

 

 

En dégustant Les fruits du gingko...

Un recueil sous forme de fables

Ce recueil de nouvelles est composé de divers textes, dont la nature n'est pas toujours uniforme. Cependant, ils ont pour point commun de se rapprocher du genre littéraire de la fable. Rappelons que cette dernière se définit comme un texte en vers ou en prose se rapprochant de l'allégorie animale à des fins didactiques et morales. Miyazawa utilise la fable pour transmettre à ses lecteurs sa pensée de manière subtile. En lisant ce recueil, j'ai pensé à un autre fabuliste célèbre, mais issu d'une culture bien différente de celle du Pays du soleil levant : Jean de La Fontaine. Celui-ci définissait ses fables en ces termes : « En ces sortes de feintes; il faut instruire et plaire. »

Miyazawa utilise les caractéristiques de la fable, afin de donner un aspect plaisant et divertissant à ses textes. Les protagonistes sont des hommes, des animaux, des végétaux ou encore des créatures fabuleuses (farfadets, dragon). L'allégorie animale lui permet d'avoir recours à un anthropomorphisme traditionnel, qui participe d'une visée morale où l'homme est le premier concerné.

Autre élément de la fable, le lyrisme personnel parcourt l'œuvre. Par le biais de descriptions savoureuses, l'auteur donne à voir son sens aigu de l'observation. Par exemple, dans la nouvelle La biographie de Nénémou Pène-nène-nène-nène-nène, l'auteur brosse le portrait doux-amer d'une créature difforme, Fukujiro, que son physique oblige à se corrompre pour vivre.

La satire fait également partie des traits d'écriture de Miyazawa. La critique politique, sociale, religieuse et idéologique n'est jamais bien loin. L'humour demeure pour l'auteur une manière de voir le monde et d'en relativiser les problèmes. Ainsi, dans la nouvelle Les trois diplômés de l'école du blaireaux, la raillerie et l'avarice sont pointés du doigt sur un ton humoristique. Le personnage de l'araignée s'enorgueillit d'être nommé « vice-président de l'Assemblée Insectes et Larves », nomination grotesque par excellence. Quant à la première toile qu'elle tisse, elle est comparée à une pièce de monnaie, dont la taille ne cessera de croître, reflétant la soif de richesse de l'héroïne.

Toute fable a pour visée de délivrer un message, qu'il soit explicite ou sous-jacent. Miyazawa ne déroge pas à la règle, mais choisit de laisser au lecteur la libre interprétation de ces nouvelles. Dans ces récits, on peut voir une illustration de la vie plutôt qu'une morale clairement établie, comme le faisait La Fontaine en son temps. L'œuvre traduit ainsi un souci d'élégance et de réflexion.



Une œuvre marquée par la spiritualité

Le recueil de Miyazawa reflète ses croyances, liées à sa culture d'origine, qu'il s'agisse du shintoïsme ou du bouddhisme.


Le Shinto ou l'irruption du surnaturel dans le récit.

Le Shintoïsme est une religion polythéiste et animiste du Japon. Selon cette pensée, les Japonais considèrent que chaque élément du monde (Nature, animaux, hommes, etc.) possède une âme. Dans une société agricole, fondée sur la culture du riz, rien ne peut exister sans une unification et une harmonie parfaite parmi les éléments de cette terre ( montagnes, fleuves, etc.). L'auteur vécut à Hanamuki dans le nord du Japon. Ingénieur agricole, il connaissait bien le monde rural qui l'entourait.

Dans le recueil de nouvelles, l'auteur évoque les esprits, que l'on nomme traditionnellement « kamis »au Japon. Ils sont surtout représentés dans la nouvelle La biographie de Nénémou Pène-nène-nène-nène-nène, où ils sont présents partout : dans la Nature (esprits-céréales, esprits-verts de la forêt, esprits-châtaigniers), dans les éléments (esprit-ciel), dans la nourriture (esprit-pain, esprit-piments), chez les hommes (paysanne-esprit, esprits-serviteurs, esprit-grand-père-chauve). Toujours dans cette nouvelle, l'auteur décrit le monde des esprits en ces termes :

« Par milliards, les esprits passaient, se croisaient, allaient et venaient, se formaient et de désintégraient, s'unissaient et fusionnaient, reproduisaient leurs gestes : c'était véritablement impressionnant. »


Le Bouddhisme Nichiren

Kenji Miyazawa fut influencé par la secte bouddhique Nichiren. Créée par un moine bouddhiste qui vécut au Japon au treizième siècle, cette philosophie de vie affirme que chaque personne a le pouvoir de surmonter toutes ses difficultés, de créer des valeurs et d'avoir une influence positive dans la société et dans le monde. Cette pensée optimiste parcourt les textes de Miyazawa. Elle est perceptible dans la nouvelle, dont le titre se rapproche de celui du recueil, Les enfants-fruits du gingko. Cette nouvelle raconte l'entrée à l'âge adulte des enfants-fruits d'un arbre, le gingko. Elle retrace leurs espoirs, leurs visions fantasmées de l'avenir et se termine par l'envolée des enfants-fruits, qui quittent le giron familial, à la grande tristesse de leur mère. Ainsi, en accord avec la pensée Nichiren, les enfants-fruits parviennent à surmonter leur appréhension et à quitter leur mère.

Autre aspect du bouddhisme Nichiren, l'éternité de la vie est aussi évoquée dans les textes de Miyazawa. Selon cette spiritualité, l'univers est comme une vaste entité vivante, dans laquelle les cycles de vie et de mort individuels se répètent dans discontinuité. La nouvelle Les trois diplômés de l'école du blaireau, illustre bien cette pensée. Cette nouvelle est structurée en différentes parties. À la fin de chacune d'entre elles, l'auteur donne une description des différents cycles de vie et de mort des abeilles. Il affirme ainsi sa conception circulaire du monde auquel il appartient, à l'image de chaque élément naturel.

Autre principe du bouddhisme, la non-dualité de la vie et de l'environnement est aussi présente dans les nouvelles de Miyazawa. Selon la pensée Nichiren, la vie et l'environnement sont inséparables. Les lys de Gadolf traduisent bien cette croyance de l'auteur, en mettant en scène un narrateur-héros, qui perçoit la Nature à travers le prisme déformant de ses émotions et de ses désirs. Lors d'un orage, la vision du narrateur prend le dessus sur la réalité du monde qui l'entoure, donnant ainsi naissance à une description instable du monde qui l'entoure.



Une écriture poétique

La force des textes de Miyazawa tient aussi à la qualité de son style, qui oscille entre onirisme et écriture poétique.

Les récits de Miyazawa s'apparentent souvent à des rêves éveillés. Ainsi, dans la nouvelle Histoires de farfadets, l'auteur raconte les différents tours que jouent ces créatures surnaturelles aux hommes. Le narrateur exprime ses doutes de cette manière : « Est-ce que c'était un rêve ? Je suis sûr que tout cela est arrivé pour de vrai. » Avec la nouvelle Le jeune Écho, le récit est encore très proche du rêve éveillé. La description volontairement mouvante ainsi que les modalisateurs donnent un caractère incertain à la scène, qui nous est décrite. En réalité, cette nouvelle s'apparente à une parabole, destinée à nous expliquer de manière poétique le phénomène de l'écho, personnifié dans ce récit.

L'écriture de Miyazawa se distingue par son aspect poétique, très présent dans le recueil. L'écriture, riche en images, par le jeu des nombreuses comparaisons, métaphores et allégories, devient le moyen pour le poète d'accomplir une présence au monde et d'en rendre compte.

Autre aspect poétique, l'auteur insère souvent dans ses textes des poèmes et des couplets de chanson. Dans la nouvelle Le dragon et le poète, le chant de l'animal fabuleux est le suivant :

« Ce chant, le vent le chante

Les nuages le reprennent

Les vagues en résonnent

Et Sūrudatta l'entonne à l'instant

À sa semblance deviendront les étoiles,

Les pays s'y conformeront,

Dans le monde de demain,

S'accomplira la vérité,

L'ébauche du vrai, du beau,

En prophète tu l'as tracée et bientôt,

Le monde suivra tes plans, toi,

Grand Sūrudatta ! »


L'auteur japonais se plaît également à utiliser plusieurs couleurs , ce qui donne un côté pictural et poétique à ses écrits. On le perçoit notamment dans la nouvelle Tanéli :

« J'ai rapporté d'en haut de la montagne des tiges de glycines bleues

...vent de l'ouest Gosské, vent du nord Kasské...

J'ai rapporté d'en haut de la falaise des tiges de glycines rouges

....vent de l'ouest Gosské, vent du nord Kasské... »

etc.



En route vers d'autres fruits semblables à ceux du gingko...

Si vous cherchez des œuvres proches de celle de Miyazawa, je vous propose de découvrir celles du dessinateur de mangas et réalisateur de films d'animation Hayao Miyazaki, mondialement connu. A l'image des Fruits du gingko, vous trouverez dans ses œuvres (Princesse Mononoké, Le voyage de Chihiro, Le château ambulant) les thèmes suivants : la relation de l'humanité avec la nature, la croyance aux esprits ou kamis, etc.

C'est un discours de la gaieté que nous livrent Miyazawa comme Miyazaki dans leurs œuvres, en adéquation avec leurs croyances respectives (animisme, bouddhisme).

 

 

Jule S., A.S. Bib.-Méd.

 

 

 

MIYAZAWA Kenji sur LITTEXPRESS

 

Kenji Miyazawa Les Fruits du gingko

 

 

 

 

Article d'Agnès sur Les Fruits du Gingko

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 07:00

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OGAWA Yoko
Cristallisation secrète
 

Traduction de

Rose-Marie Makino-Fayolle

Actes Sud

Lettres japonaises, 2009

 

 

 

 

 

Quelques éléments biographiques

Yoko Ogawa est née en 1962 à Okayama. Elle fait ses études de littérature anglaise et américaine à l’université Waseda de Tokyo dont elle est diplômée. Son professeur, Motoyuki Shibata, lui fait connaître Paul Auster, dont il est le traducteur japonais, et dont le roman  Moon Palace a eu une grande influence sur Ogawa. Elle est l’auteur de nombreux romans, nouvelles et essais et a remporté de nombreux prix littéraires, dont le prix Kaien pour sa première nouvelle, La désagrégation du papillon, et la prestigieuse récompense Akutagawa (équivalent du Goncourt) pour son livre La Grossesse. Il faut savoir que Yoko Ogawa a été très influencée par des écrivains japonais comme Junichiro Tanizaki ou Haruki Murakami, mais aussi par des écrivains américains tels que F. Scott Fitzgerald, Truman Capote et Raymond Carver. Son œuvre déjà importante, une vingtaine de romans, occupe une place indéniable dans la littérature contemporaine. Tous ses romans sont traduits par Rose-Marie Makino-Fayolle. Ces livres, traduits dans le monde entier, ont fait l’objet de plusieurs adaptations cinématographiques. On y retrouve des thèmes comme la volonté de garder la trace des souvenirs du passé, conjuguée à l’analyse minutieuse des sentiments de la narratrice, qui débouche souvent sur des déviations, des perversions.

 Elle écrit Cristallisation secrète en 1994, mais le roman ne sera édité en France qu’en 2009, 15 ans plus tard, chez Actes Sud.



Un court résumé

« Je me demande de temps en temps ce qui a disparu de cette île en premier.

– Autrefois, longtemps avant ta naissance, il y avait des choses en abondance ici. Des choses transparentes, qui sentaient bon, papillonnantes, brillantes… Des choses incroyables dont tu n’as pas idée, me racontait ma mère lorsque j’étais enfant.

– C’est malheureux que les habitants de cette île ne soient pas capables de garder éternellement dans leur cœur des choses aussi magnifiques. Dans la mesure où ils vivent sur l’île, ils ne peuvent se soustraire à ces disparitions successives. Tu ne vas sans doute pas tarder à devoir perdre quelque chose pour la première fois.

– Ça fait peur ? lui avais-je demandé, inquiète.

– Non, rassure-toi. Ce n’est ni douloureux ni triste. Tu ouvres les yeux un matin dans ton lit et quelque chose est fini, sans que tu t’en sois aperçue. Essaie de rester immobile, les yeux fermés, l’oreille tendue, pour ressentir l’écoulement de l’air matinal. Tu sentiras que quelque chose n’est pas pareil que la veille. Et tu découvriras ce que tu as perdu, ce qui a disparu de l’île. » (p. 9)

 

Ainsi débute ce roman, sur la douce disparition des choses. La narratrice vit sur une île dont on ne sait rien, sauf qu’elle est coupée du monde et que les objets y disparaissent progressivement. La narratrice a grandi, elle est devenue romancière. Ses parents sont morts et elle vit désormais seule dans la maison familiale, passant son temps entre l’écriture de ses romans et  ses visites à celui qu’elle appelle le « grand-père », un vieil homme qui vit seul sur son ferry qui, jadis, reliait l’île au monde extérieur. Privé d’emploi quand les bateaux ont disparu, le grand-père a préféré continuer à vivre sur le ferry abandonné.

Vient la première disparition à laquelle nous assistons : celle des oiseaux, qui disparaissent physiquement puis, mentalement, en s’effaçant de la mémoire des gens. Sur l’île, d’inquiétants camions bâchés se mettent à sillonner les rues, traquant la poignée d’habitants de l’île qui sont doués de mémoire, et qui n’ont pas été touchés par le phénomène des disparitions. Après le grand-père apparaît un deuxième personnage important, prénommé R., qui est l’éditeur de la narratrice. Il fait justement partie de ces quelques personnes chez qui la mémoire des objets ne s’efface pas.

Ainsi, les disparitions vont se succéder, s’accélérer même : roses, aliments, graines, calendriers, photos… autant de choses qui laissent le cœur de la narratrice « plein de cavités ». Face à cette menace, l’inquiétude gagne les esprits. Mais la plupart des gens s’accommodent, vivant dans la peur et dans l’angoisse d’être emmené par les traqueurs de souvenirs. La narratrice, aidée du grand-père, prend alors la dangereuse décision de cacher chez elle son éditeur R., sous le plancher.

 La vie du trio s’organise tant bien que mal (le grand-père est venu vivre chez la jeune femme), dans la méfiance et la peur perpétuelles. Les choses, de plus en plus vitales, continuent de disparaître, et la nature elle-même se déchaîne : la neige ne fond plus et un tremblement de terre terrible secoue l’île, engloutissant le vieux ferry. La situation empire vite et le jour où les livres disparaissent, les mots n’ont plus aucune signification dans l’âme de la narratrice qui ne parvient plus à former des phrases et arrête donc son activité d’écriture. Quelque temps après, les habitants voient disparaître leur jambe droite, perdant ainsi jusqu’à leur intégrité physique. La fin semble proche, inéluctable, et l’on devine que les altérations du corps ne font que commencer. Et plus la narratrice renaît difficilement au monde de l’écriture (c’est R. qui lui enjoint de continuer à écrire pour ne pas oublier), plus son enveloppe charnelle se disloque.



Construction du roman et écriture de Yoko Ogawa

Mise(s) en abyme

Yoko Ogawa construit son roman sur un jeu de double narration. En parallèle de l’histoire « réelle » se tisse l’histoire « fictive », celle que la narratrice écrit. Le lecteur va comprendre petit à petit que ce récit fait étrangement écho à la situation vécue sur l’île. Dans son livre, la narratrice met en scène une dactylo qui se trouve sous l’emprise d’un inquiétant professeur. La dactylo, un jour, perd sa voix et devient totalement tributaire de sa machine à écrire, qui lui permet de communiquer. Après quelques cours de dactylographie et une impression étrange, presque hypnotisante, que le professeur produit sur elle, sa machine à écrire commence à se détraquer. Les deux personnages, conduits à se retrouver seuls, deviennent amants. Leur relation va vite dériver jusqu’au jour où celui qui est devenu son « maître » l’emmène dans le grenier d’un clocher oublié et lui explique alors qu’il a emprisonné sa voix dans l’instrument.

Ainsi, progressivement, l’existence de la jeune personne s’effrite. Muette, elle ne peut appeler au secours et devient l’esclave du professeur qui l’emprisonne dans ce grenier. Ce dernier finit par se lasser de sa présence, ce qui entraîne le dépérissement de son élève. Lentement, son corps et ses sensations adhèrent de plus en plus à cette petite pièce dans laquelle elle est détenue. C’est comme si son être se liquéfiait, qu’elle devenait transparente et que le silence l’absorbait.

« C’est peut-être la preuve que j’adhère de plus en plus à cette pièce. Les sentiments que j’avais dans le monde extérieur ont dégénéré et se sont métamorphosés en quelque chose d’adapté à cet endroit […] Je n’arrivais déjà plus à me souvenir de la sensation que l’on éprouve quand on existe […] Mon existence était rapidement aspirée vers un endroit inaccessible. » (p.325 à 333).
 
Ce roman dans le roman met donc lui aussi en scène le phénomène des disparitions. Un mécanisme narratif se met en place et les deux histoires vont alterner chapitre après chapitre, sans pour autant perdre le lecteur, qui saisit d’autant plus la subtilité de la mise en abyme, des mises en abyme qui se multiplient. Un exemple : il y a des similitudes entre les situations de R. et de la dactylo, tous les deux enfermés pour une durée indéterminée, seuls.

« Je l’ai observé un moment de dos en silence. Était-ce une illusion de penser que son corps avait rétréci petit à petit depuis qu’il s’était caché ici ? Sa peau qui n’était jamais exposée au soleil était devenue blanche, et il avait sans doute maigri […] mais ce que je ressentais, n’était pas un changement d’ordre rationnel, plutôt une altération de dimension beaucoup plus abstraite. […] Peut-être était-ce la preuve que son corps s’était adapté à la chambre cachée ? »

Yoko Ogawa réussit à faire cohabiter les deux récits avec habileté, et elle les fait se recouper à la fin du livre avec une grande adresse.



Écriture de l’onirisme et concision poétique

Ce travail de mise en abyme de l’auteure me conduit à vous parler un peu de son écriture, si particulière. On retrouve en filigrane dans ce roman l’impression d’étrangeté propre aux auteurs japonais. L’écriture est fluide et poétique, frôlant la limite entre le rêve et la réalité. Un critique parlait de roman « kafkaïen », je trouve que cela correspond plutôt bien à l’atmosphère du roman : sinistre, dérisoire, sans issue, et sur laquelle il est difficile de mettre des mots. Le lecteur est dans l’incompréhension face à une situation inhabituelle et angoissante qui le déroute. L’écriture de Yoko Ogawa parvient à retranscrire ce flou qui demeure tout au long du roman.

Son récit est imprégné d’un calme oppressant, de lourds silences qui dérangent. L’atmosphère est étrange, onirique presque. La narration est très douce, et pourtant l’ambiance sur l’île est celle d’une guerre. Il y a un contraste entre cette écriture et l’univers grave et pesant engendré par son style. En effet, le roman est écrit avec des mots simples qui accentuent la force du récit. Les adjectifs vont se faire de plus en plus rares et les métaphores deviennent progressivement invisibles. Tout est dans cet art de la suggestion, du sous-entendu, que Yoko Ogawa sait si bien manier, avec sa langue sobre, épurée. Elle  se contente simplement de laisser des indices, sans être trop explicite.

 Cette exigence totale de l’écriture, d'une économie et d'une acuité remarquables, donne d’autant plus de force à cet univers obsédant. Pourtant, si son style est celui d’une apparente simplicité, sans longues descriptions, derrière cette surface lisse, se cachent des fêlures, des mystères inexplicables, des contradictions, des obsessions.

 

Des thèmes obsessionnels  à la métaphore des régimes totalitaires : vers une réflexion sur le pouvoir des mots

Dans Cristallisation secrète, on peut dégager quelques grands thèmes, d’ailleurs récurrents dans toute l’œuvre de Yoko Ogawa, tels que le fétichisme, la perversion insidieuse, la mémoire et le souvenir, l’oubli, la disparition et la mort.



Mémoire, souvenir, oubli, disparition, des thèmes obsessionnels

Souvent, au cours de l’histoire, la narratrice se souvient qu’enfant, sa mère cachait les objets disparus dans un tiroir à la cave. Si sa mère se souvenait du sens, de l’utilisation des choses disparues, elle, avait tout oublié. Au début, ce sont des objets banals qui disparaissent : rubans, grelots, timbres… Personne ne peut prévoir ces amputations. Le jour où s’efface un objet, l’atmosphère se fait particulière, silencieuse. Une sombre force pousse les habitants à se réunir pour brûler ou faire disparaître tout ce qui concernait l’objet disparu. Ces disparitions sont suivies de l’effacement du souvenir de l’objet dans la mémoire des gens. Se souvenir devient alors un tourment, un ennui, alors que la disparition n’est ni douloureuse, ni contraignante.

La mécanique affolante de ces éliminations semble parfaitement orchestrée. Cette acceptation des habitants de l’île face aux étranges phénomènes qui s’y déroulent est incompréhensible, voire effrayante. En fait, le jour où disparaît un objet, le rapport qu’entretient l’homme avec lui devient flou, inexistant. Les séquelles sur les consciences sont effrayantes : les souvenirs relatifs aux choses s’éclipsent de la mémoire et n’auront plus aucune répercussion dans les esprits. On ne voit pas de solution pour résister à ce pouvoir invisible, et dont l’emprise est sans fin sur les hommes.

 « J’ai beau essayer, je n’arrive pas à combler le vide laissé par la police secrète » (p. 25).

Cette image du vide, des cavités, pour reprendre un mot qui revient souvent, est présente tout au long du récit, symbolisant une mort lente, une cristallisation progressive qui ampute les esprits et tue l’être de l’intérieur.

Mais tandis que le monde qui entoure la narratrice-écrivain se rétrécit, elle poursuit son roman. R., son éditeur caché sous le plancher, représente pour la jeune femme la dernière chance de ne pas laisser sa mémoire se cristalliser en perdant le sens des objets.

Dans cette île où l’auteure a placé l’action, l’étau se resserre. Il n’est plus possible de s’échapper ni de se soustraire à ces disparitions successives et dangereusement banales. Depuis le début de l’histoire, on sent planer la question terrible de la disparition des livres. C’est ce jour où les livres disparaissent, où des autodafés se mettent  à crépiter un peu partout sur l’île dans un paysage désolé et apocalyptique, que la narratrice renonce à l’écriture. Impuissante. « Ceux qui brûlent les livres finissent tôt ou tard par brûler les hommes. » : cette phrase, prononcée par la narratrice au moment de l’autodafé, plane sur Cristallisation secrète.

Son Moi finit par disparaître lui aussi.

« Mon véritable moi est en train de disparaître. En silence et avec certitude il est en train d’être aspiré dans une fissure entre deux couches d’air. »



Métaphore des régimes totalitaires

Yoko Ogawa conjugue récit intimiste et récit poétique, tout en faisant la part belle à la science-fiction, à travers l’allégorie d’un système totalitaire. Et c’est cette ambiance particulière et oppressante de huis-clos que le lecteur prend progressivement conscience de l’horreur du pouvoir grandissant d’une force invisible, dictatoriale.

Totalitarisme, oppression, terreur, autant de termes qui nous font penser à la Seconde Guerre mondiale, à la Shoah, et en particulier lorsqu’intervient pour la première fois la police secrète qui traque ceux qui se souviennent et les emmène dans un endroit qui nous est inconnu. Cette milice agit toujours de la même manière, fouillant les maisons et emmenant les suspects. Les gestes sont ceux d’automates, efficaces, radicaux, systématiques.

On assiste, impuissant, à la mise en place d’une amnésie collective dont on ignore qui sont les commanditaires mais dont les conséquences sont effrayantes.

Les trois êtres (la narratrice, R., le grand-père) tentent vainement de lutter contre les phénomènes mystérieux qui agitent l’île qui est sous l’emprise d’une force quasi-diabolique. Les habitants de l’île, dont nous ne saurons rien, semblent ne pas avoir de réelle identité et se présentent comme des ombres errantes, inexpressives, apathiques qui subissent leur existence. Ils s’épient, se méfient, vivent dans la soumission et la peur des rafles. Alors que les traqueurs de souvenirs sont de plus en plus présents, que l’approvisionnement quotidien devient de plus en plus délicat, leur seule préoccupation semble être la survie, les yeux baissés.



Réflexion sur le pouvoir des mots

 La narratrice fait tout pour ne pas leur ressembler, mais malgré elle, ses souvenirs s’effacent sans qu’elle puisse les retenir et son indifférence face à ce qui l’assaille grandit. Quand les disparitions touchent les livres, elle n’a plus aucun souvenir de son manuscrit.

Dans la revue Lire, de septembre 2000, on apprend qu’ «à 13 ans, Yôko Ogawa a lu le Journal d'Anne Frank. Elle a découvert que des mots ordinaires, quotidiens portaient en eux une force de libération inouïe. » Ogawa, adolescente, comprend le pouvoir des mots et s’exprime ainsi : « Avec ce livre, j'ai rencontré les mots. Et la cruauté. Celle de l'Holocauste, d'Hiroshima. » La réflexion sur ce pouvoir des mots parcourt l’ensemble du roman.

 À travers cette subtile métaphore des régimes totalitaires, Yoko Ogawa explore les ravages de la peur et ceux de l’insidieux phénomène d’effacement des souvenirs, des images, qui peut conduire à accepter le pire. Cristallisation secrète, peut donc être lu comme une fable sur le totalitarisme, la dictature et le travail de mémoire. On lit l’hommage qui se dessine, à peine voilé, à l’écriture et à la lecture, derniers remparts contre le totalitarisme et l’oubli.

Le récit dépasse de très loin la métaphore et prend une valeur poétique, voire spirituelle. Je vais reprendre une phrase d’un article de La Revue des deux mondes de février 2010 consacrée au Japon futur (article : « Yoko Ogawa ou le chant des ombres »), où l’auteur écrit : « Les émotions, les sentiments, les cœurs se cristallisent. Un souffle, et l’ensemble vole en éclats. Que reste-t-il ? Le manuscrit de la narratrice car rien ni personne ne parviendra à effacer les mots. »

 

Conclusion

Cristallisation secrète est le récit d’une lente déflagration dont le lecteur s’imprègne, à laquelle il se confronte. Dans beaucoup de ses romans, et dans celui-là, on retrouve l’attirance de Yoko Ogawa pour les rêves, l’étrangeté, les anomalies physiques et mentales. Elle aborde la terreur, nous emporte vers un monde abstrait, anonyme, sur un ton qui reste calme, poétique. Le mode narratif, associé à une construction spécifique, se marie parfaitement avec les thèmes abordés, fidèles à ses obsessions et dessine une atmosphère en demi-teinte, adoucie, étouffée. J’ai lu par la suite son court roman L’annulaire et j’ai pu retrouver cette ambiance si particulière.

Je terminerai sur une citation de Junichirô tanizaki qui déclare dans Éloge de l’ombre :

« J’aimerais élargir l’auvent de cet édifice qui a nom littérature, en obscurcir les murs, plonger dans l’ombre ce qui est trop visible, et en dépouiller l’intérieur de tout ornement superflu. »

 

 

Lola, A.S. Bib.-Méd.

 

 

 

 

OGAWA Yoko sur LITTEXPRESS

 

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Article d'Alice sur Tristes revanches

 

 

 

 


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Article de Maëla sur L'Annulaire.

 

 

 

 

 

 

Yoko Ogawa, Amours en marge 1

 

 

 

Article de Sara sur Amours en marge

 

 

 

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article de Clémence sur La Petite Pièce hexagonale

 



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article de Kadija sur Une parfaite chambre de malade,

 

 

 

 

 

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Articles de  E.B.,  Delphine Marie,  Maylis sur Les Paupières

 

 

 

 

 

 

 

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Article de G. sur La Bénédiction inattendue.

 

 

 

 

 

 

 

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Articles de Marie, d'Axelle, de Laura sur Le Musée du silence.

 

 

 

 

 

 

 

 

OGAWA La Grossesse

 

 

 

Article de  Sandrine sur La Grossesse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 07:00

Mo Yan Le Pays de l'alcool

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mo Yan
Le pays de l'alcool
Titre original : Jiuguo
Traduit du chinois
par Noël et Liliane Dutrait
éd. du Seuil, 2000.

coll. Points, 2004

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À propos de Mo Yan et de son œuvre, Le pays de l'alcool.

Né en 1956, Mo Yan, de son vrai nom Guan Moye, est un écrivain chinois « moderne » devenu incontournable. Le choix de son pseudonyme qui signifie « ne pas parler » résonne selon l'auteur comme « un avertissement ». En effet, durant la Révolution culturelle, la parole peut suffire à vous faire condamner. Mo  Yan est un auteur complexe, qui développe une réflexion sur son art. Pour lui, le roman

« est un mode d'expression capital. Il est comme un canal qui sert de déversoir à [ses] sentiments intimes, [ses] amours et [ses] haines. Grâce à lui, [il] gagne un certain confort »1.

Les œuvres de Mo Yan sont plutôt rejetées par la critique chinoise qui voit en lui un auteur dénonciateur d'une société victime de la corruption, du mensonge, de la surconsommation ainsi que de traditions parfois archaïques (cf: Beaux seins, belles fesses). En Chine, peu d'éditeurs osent publier Mo Yan. La tradition éditoriale chinoise veut qu'un auteur publie en premier lieu dans une revue et en second lieu chez un éditeur. Écrit en 1989, Le pays de l'alcool choque. Son roman est refusé par toutes les revues chinoises ; Mo Yan dut abandonner son projet de publication. Puis, au cours de l' année 1993, les Éditions d'art et de littérature de Hunan acceptèrent de tirer son ouvrage à neuf mille exemplaires. Étrange production dans la bibliographie de Mo Yan, le Pays de l'alcool est le roman dont il est le plus satisfait à l’exception « du dernier chapitre »1.

En mauvaise santé, Mo Yan commence à écrire Le Pays de l'alcool en juillet 1989. CHINE, 1989 : les manifestations de Tian'anmen qui débutent le 15 avril de cette année, l’aggravation de la  crise sociale et politique, la corruption  des cadres... La  Chine est en débâcle. Mo Yan est un homme en colère face à cette corruption qu'il dénonce comme « totale : du haut en bas de l'échelle sociale. [...] », comme un « état psychologique généralisé où chacun tente de se procurer de l'argent par des procédés irréguliers »1. Il exorcise sa colère dans le Pays de l'alcool par le biais de la métaphore cannibale.

Fervent lecteur de Kafka, Faulkner et Gabriel Garcia Marquez, Mo Yan est un auteur qui se qualifie d'indépendant. Qualifié de moderniste, d'écrivain d'avant-garde, Mo Yan pense qu'être un vrai écrivain signifie se détacher de toutes ses écoles. Mo Yan cherche à se dégager de ses influences. En effet, par rapport à Gabriel Garcia Marquez, maître du réalisme magique, il affirme que

 

« de nombreuses histoires de la tradition orale de [son] pays étaient tout aussi pittoresques que les siennes – et peut-être encore plus merveilleuses. |Il] aurai[t] pris la même voie dans l'écriture, même  [s’il] n'avai[t] pas lu Marquez »2.

 

Mo Yan crée son propre style qu’il appelle « le réalisme cruel » où l'onirisme se mêle au dégoût, à la violence organique.



Un roman aux intrigues arborescentes

Le pays de l'alcool est un roman composite, à la structure originale. Il présente un récit fictif dont le héros est l'inspecteur Ding Gou'er, un échange de lettres entre Mo Yan et Li Yidou, un disciple qui fait parvenir à l'auteur huit nouvelles et le dernier chapitre. Cette structure perd le lecteur entre quatre registres différents : le réel, le semi-réel, le fictif et le semi-fictif.

Le pays de l'alcool commence par l'arrivée en camion de Ding Gou'er à la mine de charbon de Luoshan, située à Jiuguo qui signifie « pays de l'alcool ». La première scène du chapitre installe une atmosphère étouffante, où une « odeur de graisse, un peu écoeurante » (p.11) se fait sentir. Ding Gou'er, célèbre inspecteur divorcé et opulent, se rend à Jiuguo suite à la réception d'une lettre anonyme au parquet suprême dénonçant un drame terrible dans la ville de Jiuguo : la consommation de petits bébés par les hauts cadres chinois lors de banquets.

Dès ce premier chapitre se mêlent l'oppression, l'érotisme incarné par le chauffeur du camion, une femme brutale et sensuelle, le mensonge , l'alcool, la tentation et le mystère. Le chapitre termine par une parole de la conductrice : « Hé, l'espion, tu sais pourquoi la route qui mène à la mine est en si mauvais état ? »  (p.15). Cette route conduit du réel à l'imaginaire de la ville de Jiuguo où l'enquête commence.

Le principal suspect de son affaire est Jin Gangzuan, le directeur adjoint du département de la propagande. Seulement, un problème  de taille se présente à l'inspecteur. Pour que les habitants et les cadres lui permettent de rencontrer Jin Gangzuan, il doit boire de l'alcool selon leur tradition. Jiuguo, le pays de l'alcool, est une ville reconnue pour la recherche scientifique sur les vins et les spiritueux. A partir de ce moment, Ding Gou'er ne dessoulera plus. Il se prépare à vivre un périple loufoque avec des rencontres inquiétantes comme un nain directeur d'un maison close, un monstre recouvert d'écailles,un vétéran dormant dans un cimetière, avec des situations comme les scènes d'amour avec la conductrice, l'errance solitaire dans la rue au décor expressionniste... À travers imaginaire et de hallucinations, nous voyons au fil du roman, l'inspecteur courir à sa perte. Le lecteur est perdu entre le flot de métaphores, de poésie et une scatologie parfois écœurante.



 Quelques pistes d'analyse

Le roman dans le roman : une volonté de dérouter le lecteur ?

La partie épistolaire du roman, en italique, semble guider le lecteur vers une certaine réalité. Mo Yan et Li Yidou décrivent leur conception de la littérature dans les commentaires sur les nouvelles de Li Yidou, habitant de Jiuguo qui écrit sur sa ville. Mais dans certaines de ces nouvelles, li Yidou intègre des éléments appartenant normalement à la fiction. Par exemple, dans la nouvelle « Alcool », le personnage principal est Jin Gangzuan. Les nouvelles reprennent certaines thématiques de la fiction : l'alcoolisme, le sexe, les enfants-esclaves perçus comme produits de consommation...

Le dernier chapitre est à nouveau au cœur d'un jeu de miroir entre fiction et réalité car Mo Yan intègre son personnage dans l'histoire fictive ( typographiquement en caractères gras) pour réussir là où l'inspecteur a échoué. La ténuité de la limite entre la fiction et la réalité laisse le choix au lecteur de décider ce qui est fictif ou réel.

Nous pouvons expliquer cette ténuité permanente dans le roman par la conception du roman énoncée par Mo Yan. Selon lui le roman est par essence autobiographique car « on y trouve de nombreux faits réels mais aussi beaucoup d'éléments qui viennent de l'inconscient. Ce qui revient à poser la question : est-ce le roman qui me décrit ou moi qui écris le roman ? »3.



Sexe, complot politique et bébés braisés.

Le thème du cannibalisme est ici percutant. Par un procédé subtil, Mo Yan en fait une métaphore de la société chinoise, une société goulue qui mange ses propres hommes par la manipulation et l'oppression. Les hauts cadres du roman qui « dévorent à grandes bouchées  la cervelle du bébé braisé en sauce rouge » sont métaphoriquement les hauts dirigeants de la société chinoise qui « dévorent » la jeunesse, l'espoir. Ding Gou'er peut faire figure de résistant, luttant contre le pouvoir, mais qui finit noyé dans des latrines : serait-ce un message pessimiste de Mo Yan ? Toute lutte contre le pouvoir en place en Chine serait-elle vaine ?

Mo Yan se joue de nous, des frontières entre le réel et le fictif. Mais au fond, le lecteur n'es-il pas lui-même une métaphore du ressenti des Chinois à ce moment-là de l'histoire ? Perdu, manipulé par une société de propagande et de mensonge. Le lecteur est « corrompu » par l'auteur qui se joue de notre esprit comme la société chinoise corrompue par une vision capitaliste et malhonnête de la vie.



Les métaphores et le cynisme au service du réalisme cruel.

Le réalisme « cruel » de Mo Yan est tangible. L'ironie et le cynisme sont omniprésents dans le roman. Subtilement, il s'autocritique par le biais de Li Yidou qui souhaite publier ses nouvelles, Mo yan  lui objecte que son récit ressemble à des « tripes d'âne », allusion aux mauvaises critiques de ses romans. Mo Yan ironise même sur sa propre personne dans le dernier chapitre,  se décrivant ainsi : « obèse, cheveu rare, petits yeux et bouche de travers ».

Le pays de l'alcool est un roman onirique où Mo Yan fait appel aux croyances magiques de son pays. Le voleur recouvert d'écailles peut évoquer le Qilin, une bête mythique recouverte d'écailles qui symbolise le haut dignitaire ; serait-ce un hasard si Mo Yan associe l'idée de vol à celle de supériorité ? Quand Ding Gou'er a trop bu, sa conscience fuit son corps en s'envolant sous la forme d'un papillon, symbole de l'amour et du bonheur conjugal. Serait-ce une manière de dénoncer l'alcoolisme en Chine ? Ce roman est parsemé de symboles forts qui semblent au service de la satire.



Conclusion

Le Pays de l'alcool est donc une dénonciation sociale et politique de la Chine sous une forme romanesque complexe. L'écriture de Mo Yan est tout en contrastes. Les chimères, les monstres, les démons et l'onirisme de certaines scènes s'opposent au dégoût et à l'écœurement provoqués par un réel organique, scatologique. Isabelle Rabut , critique littéraire, voit dans ce contraste parfois agressif un épuisement de la littérature sensible au profit de la littérature « de la nausée », une disparition de l'émotion, la décomposition de la littérature.

J'aime la littérature chinoise pour cette recherche « moderniste » de la forme que j'avais déjà connue  avec Qiu Xiaolong. Ce roman est riche de sens et d'interprétations possibles. Il s'agit d'une lecture complexe, longue parfois périlleuse (scatologie parfois répulsive) qui donne à réfléchir sur l'état social et politique de la Chine.
 

Clara P., 2e année Bib.-Méd.

 

1 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/perch_1021-9013_2000_num_58_1_2489 : les  citations viennent de l'interview de Mo Yan par son traducteur français, Noël Dutrait.
2 Écrire au présent : débats littéraires franco-chinois, Annie Curien.
3 extrait de l'interview de Mo Yan par Noël Dutrait.

 

 

 

MO Yan sur LITTEXPRESS

 

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Article d'Anaïs et de Manon sur Les Treize Pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Sophie sur Beaux seins, belles fesses

 

 

 

 

 

 

 

 


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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 07:00

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MURAKAMI Haruki
Les amants du Spoutnik
traduit du japonais
par Corinne Atlan
Belfond, 2003
10 /18, 2004




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Murakami Haruki

Né à Kobe le 12 janvier 1949, Haruki Murakami est aujourd’hui un écrivain japonais de renom. Après avoir fait des études de théâtre, il ouvre un club de jazz à Tokyo. Cette aventure va être importante pour lui et notamment dans l’écriture de ses romans puisque la musique est un thème que l’on y retrouve régulièrement. Après la fermeture de ce club, Haruki ira vivre en Grèce puis en Italie, deux pays et une Europe qui le marqueront également et que l’on retrouvera aussi très souvent dans ses romans. Traducteur d’auteurs américains comme Raymond Carver, il rencontrera son premier succès avec Écoute le chant du vent. Il est aujourd’hui professeur de littérature japonaise à Princeton University.

Ses écrits sont particulièrement marqués par des thèmes récurrents comme celui de la musique, par la présence du monde occidental, mais surtout par une dimension très fantastique et l’importance des sentiments humains.



Présentation des personnages

Sumire est le personnage principal. Elle a environ 22 ans et a arrêté ses études pour se consacrer pleinement à l’écriture d’un livre. En effet, la littérature est pour elle tout ce qu’il y a de plus important : « À travers l’écriture je renouvelle quotidiennement l’affirmation de mon existence », dit-elle pour exprimer son amour des lettres. Sumire est quelqu’un de rêveur et qui n’a pas réellement les pieds sur terre. Elle se pose beaucoup de questions existentielles et ne parvient jamais à être claire avec elle-même. Elle se décrit d’ailleurs comme quelqu’un sans aucune compétence et incapable d’exercer un travail concret. Mais le plus important chez Sumire est sûrement le fait qu’elle n’arrive pas à ressentir de désir, ni sexuel, ni amoureux. Mais c’est alors qu’elle va faire la rencontre de Miu…

K est le narrateur anonyme, professeur dans une école primaire et meilleur ami de Sumire. Avant de la rencontrer, K était très seul, mais elle lui a permis de s’extérioriser pleinement et ils ont aujourd’hui une relation amicale très forte. K est par exemple le seul à pouvoir lire les écrits de Sumire. Il est lui aussi un personnage assez énigmatique car il multiplie les relations d’une nuit, et a en plus une liaison depuis quelques temp avec la mère d’un de ses élèves. Mais surtout, K est éperdument amoureux de Sumire…

Miu est une femme d’affaires de 39 ans environ. Elle a repris l’entreprise de son père et pratique l’import/export de vin entre le Japon et l’Europe. Quand elle était jeune, Miu a vécu une expérience traumatisante, et, aujourd’hui mariée, elle n’accepte aucune relation sexuelle. Étant plus jeune, Miu, en vacances en Suisse, va rencontrer Ferdinando, un homme avec lequel elle ne se sent pas à l’aise. Un soir où elle fait un tour de grande roue dans une fête foraine elle aperçoit l’appartement dans lequel elle loge. Enfermée dans la grande roue car la fête a fermé, elle va passer la nuit à regarder son appartement et se voir en train de faire l’amour avec Ferdinando.



Résumé de l’histoire

Sumire va faire la rencontre de Miu lors d’un mariage et tout de suite en tomber éperdument amoureuse d’elle. Par amour, elle va accepter de devenir sa secrétaire, délaissant ainsi ses travaux d’écriture, se consacrant pleinement à son travail et laissant également de côté son ami K. Miu va alors proposer à Sumire de l’accompagner en voyage d’affaires en Europe. Après la France et l’Italie, elles se rendront en Grèce pour des vacances. K n’a plus de nouvelles de Sumire depuis son départ pour l’Europe. Mais il reçoit un jour un coup de téléphone alarmant : son amie a disparu. K va alors rejoindre Miu pour l’aider à chercher Sumire. C’est la première fois qu’il la rencontre, et lui aussi va être attiré par sa beauté mystérieuse. C’est là que l’on va pouvoir distinguer une espèce de « triangle amoureux » entre les trois personnes. Miu lui explique les vacances qu’elles étaient en train de passer et les circonstances tout aussi mystérieuses dans lesquelles Sumire a disparu. Elles étaient sur l’île la plus petite de Grèce, où tout le monde se connaît. Sumire n’a pas pu disparaître si vite, sans que personne l’ait vue, et pourtant…



Analyse

Dans ce roman, le lecteur peut aisément repérer quatre thèmes récurrents :

La nature. Quand il parle des sentiments des gens, Haruki Murakami fait sans cesse référence à la nature. Tout est souvent comparé à la tempête : « Une violente passion s’abattait sur Sumire, comme une tornade sur une vaste plaine », écrit-il pour évoquer l’amour de Sumire envers Miu. Il souligne également la force que la nature exerce sur les gens, par exemple lorsqu’il explique que K est « sous l’emprise de la lune, de la force d’attraction et du bruissement du monde. » Le thème de la nature donne un côté très poétique à l’écriture d’Haruki Murakami et ne fait que renforcer l’aspect réaliste-magique du roman.

Le voyage. Le thème du voyage est évoqué dés le début du livre quand Sumire et Miu parlent de littérature. Miu évoque le mouvement « spoutnik » au lieu de parler du mouvement « Beatnik », et lorsque l’on se renseigne on apprend que Spoutnik signifie « compagnons de voyage » en Russe.  C’est là que le thème est lancé, et il sera récurrent tout au long de l’ouvrage avec principalement le voyage de Miu et Sumire en Europe.

La quête. Il y a d’abord la quête de l’amour et du désir chez tous les personnages et en particulier chez Sumire, désespérément amoureuse de Miu. On retrouve également la quête de soi chez Sumire et K. Mais le thème de la quête se retrouve principalement dans la recherche de Sumire qui se transforme véritablement en enquête policière.

Mais le thème le plus important est sans doute celui du désir, étroitement lié au thème de la solitude : En étant ensemble, les personnages sont seuls, car aucun ne s’extériorise. Dés le départ Sumire explique qu’elle n’arrive pas à ressentir de désir sexuel ou amoureux, jusqu’à sa rencontre avec Miu. De là, les personnages vont se retrouver victimes d’un « triangle amoureux » qui les enfermera plus profondément dans leur solitude.



L’écriture d’Haruki Murakami

Il s’agit d’une écriture ancrée dans le réalisme magique. Tant de choses restent inexpliquées, que le roman tourne presque au fantastique. Mais l’écriture de Murakami est sourtout très douce et poétique, ce qui rend le roman très agréable à lire.


Pauline Ganteille, 2e année Éd.-Lib.

 

 

MURAKAMI Haruki sur LITTEXPRESS

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Article de Mélanie sur Sommeil.

 

 

 

 

 

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 Article d'E.M. sur Chroniques de l'oiseau à ressort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Saules aveugles, femme endormie, article de Claire.

 

 

 

 

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Les amants du spoutnik
, article de Julie






L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d' Anaïs,  Anne-Sophie, Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.

 

 

 

 

 

Murakami Haruki Danse-danse-danse

 

 

Article de Chloé sur Danse, danse, danse.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Pauline - dans Réalisme magique
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