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16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 22:06
Xavier Hanotte
Derrière la colline,
éditions Belfond, 2000,
345p.

Biographie de Xavier Hanotte :

    Xavier Hanotte, né en Belgique le 31 octobre 1960 à Mont sur Marchienne dans le Hainaut vit aujourd’hui à Bruxelles. Philologue germaniste, il a traduit des œuvres néerlandaises. En littérature anglaise, il s’intéresse plus particulièrement au poète britannique Wilfred Owen (1893-1918) mort au champ d’honneur quelques jours avant l’armistice de 1918 et dont Xavier Hanotte a traduit un choix de poèmes au Castor Astral en 2001. Actuellement il s’occupe de la création à Ors dans le Nord d’une maison Wilfred Owen dédiée à la mémoire de ce poète-soldat.
    Depuis le début de sa carrière littéraire, de nombreux prix littéraires ont couronné ses œuvres. Bien documentées d’un point de vue historique, elles sont empreintes de réalisme magique. La poésie et le fantastique trouvent aussi leur place dans ses romans  ; l’aventure humaine est au cœur de ses derniers.

Résumé du livre :

    Derrière la colline n’est pas un roman historique même s’il a pour cadre la Grande guerre. Il n'est pas seulement non plus une formidable évocation du quotidien des tranchées ou de l'horreur de la bataille de la Somme où la vie, les angoisses des combattants sont évoquées avec beaucoup de réalisme mais il montre combien les rapports humains occupent une place importante.
    Au début de l’été 1948, dans un village de la Somme, un homme que tout le monde appelle « l’Angliche » pense à la visite qu’il fera le lendemain 1er juillet au cimetière. Il se souvient précisément de ce jour... L’on revient alors en arrière, au point de départ, à Londres en août 1914. Au monologue intérieur du survivant de la Grande Guerre succède alors un autre récit à la première personne, tenu par un certain Nigel Parsons.
    Le problème de l’identité des personnes est donc soulevé car le héros revient sur ses échecs : une déception amoureuse avec une jeune femme Béatrice, une question d’honneur de n’avoir pu être professeur comme il le souhaitait, et aussi le drame de la page blanche. Il nous raconte aussi sa rencontre avec William Salter un compatriote jardinier avec qui il s’engage dans l’armée. Il se retrouve ainsi avec d’autres soldats anglais sur le front de la Somme dans la région de Thiepval au Nord-Est d’Amiens.
    Dans ce livre, mêlant la description des batailles à des images presque irréelles, l’auteur personnifie les lieux du combat, le monstre comme l’appellent les soldats.

    Extraits :
« Le mémorial ressemblait à une tour, dont le halo lumineux berçait l’immensité sereine. Il n’y avait plus les tirs, les canons s’étaient tus… En s’approchant, le monstre prenait forme. Gigantesque. Sur ses murs, des colonnes entières, par dizaines de mille, de noms de soldats répartis par bataillons. »
« Cette fois l’averse de fer dura une centaine de secondes, puis cessa aussi subitement qu’elle avait commencé. Les dernières balles filèrent entre les chênes avec des vrombissements d’insectes. Le danger s’éloignait avec elles. A demi rassuré, on se releva, on remonta son barda, on rajusta son harnachement. »

Pourquoi j’ai aimé ce livre :
    Xavier Hanotte a écrit un roman absolument remarquable d’une très grande émotion avec un beau témoignage de l’amitié au-delà de la mort entre le poète Nigel Parsons et le jardinier William Salter. C’est une œuvre forte à la fois par son analyse psychologique mais aussi par la dimension presque fantastique qu’elle parvient à créer dans un réalisme magique. En effet, entre rêve et réalité, entre présent et fiction, l’auteur donne une dimension presque fantastique du destin. C’est pourquoi j’ai aimé ce livre car il nous fait entrer dans un univers peu connu, plein de vérités, de finesse d’écriture. C’est un roman sur l’amitié entre les hommes et sur le poids de l’histoire. Jusqu’à la fin il nous tient en haleine, sans que l’on puisse reposer le livre. Il nous donne envie de nous rendre sur les lieux de batailles où, pour celui qui s’est déjà rendu sur ces lieux, il semble régner une atmosphère étrange et pleine de recueillement.
    Extrait :«  Les véritables amitiés se passent fort bien de comptables et de mémorialistes aussi longtemps qu’elles vivent, elles ne réclament ni bilan, ni chronologie… L’amitié se tisse aussi de silence. »

C.H. A.S. Bib.-Méd.
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16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 21:49
Gabriel Garcia Marquez
De l'amour et autres démons,
édition originale 1995,
Grasset et Fasquelle,
rééd. Le livre de poche, 187 pages.

    Le livre s’ouvre sur un prologue écrit par l’auteur, dans lequel il relate son expérience en tant que jeune journaliste, le 26 octobre 1999. Son rédacteur l’aurait envoyé couvrir un sujet : on vide la crypte d’un ancien couvent. Sur place, c’est un corps à la chevelure de 22 mètres de long qui est retrouvé.
    C’est à partir de ce fait, réel ou non, que commence De l’Amour et autre démons. L’histoire se passe au XVIIIe siècle.

    Dans ce livre, l’Amour est présent immédiatement, puisqu’il est tout d’abord mentionné dans le titre. En lisant plus attentivement, on peut observer deux types d’amour.
    L’Amour forcé, en premier lieu, illustré par les parents de Sierva Maria. Ils se sont mariés car Bernarda était enceinte mais ne se sont jamais occupés de leur fille. Il n’y a pas d’amour familial (lors de la naissance de la petite fille, le père est certain que « ce sera une pute », p.57), la fillette est élevée par les esclaves africains de ses parents. Sa mère est malade, elle a des histoires avec des esclaves qu’elle finit par payer pour qu’ils se soumettent à ses grâces, le marquis passe ses journées sur la terrasse ou dans sa chambre, il ignore tout ce qu’il se passe chez lui. Quand sa femme est dite mourante, il souhaite même que tout se passe plus vite et regrette qu’elle ne meure pas dès le lendemain. Ce n’est que vers la fin qu’on apprend la vérité et que malgré tout, ils ont de l’amour pour leur fille.
    L’Amour interdit ensuite, illustré par la relation coupable entre Sierva Maria et Cayetano Delaura. Il est régi par l’Eglise. Soupçonnée de possession démoniaque suite aux traitements subis contre la fièvre et la rage, Sierva Maria est envoyée au couvent de Santa Maria pour être exorcisée sous conseil de l’évêque à son père. C’est là qu’elle rencontre Delaura qui doit procéder à la cérémonie. Si lui tombe amoureux d'elle immédiatement, elle, le rejette (il est utile de préciser ici qu’elle subissait de mauvais traitements) mais à mesure qu’il panse ses plaies, elle finit par l’accepter. Mais leur amour est interdit, lui est un prêtre (bibliothécaire du diocèse), elle-même à 12 ans…
Lui, transgresse les règles pour la faire vivre au mieux (il apporte de la nourriture alors que c’est interdit) puis finit par être démis de ses fonctions. Ils s’aiment en cachette, font preuve d’une grande passion, mais la tragédie finira par les séparer, en la personne de l’Eglise et de ses multiples exorcismes.

    L’Eglise, elle, est très présente tout au long du livre, elle en est presque l’élément central. C’est par elle que tout arrive.
    Tout d’abord par le mariage des parents de Sierva Maria. Enceinte, elle veut « laver la honte », honte définie par l’Eglise.
    C’est l’Eglise également qui prend en charge l’histoire de Sierva Maria et par la personne de l’évêque lui retire toute forme de liberté en la faisant entrer au couvent (« c’est dans la dernière cellule de ce recoin voué à l’oubli que l’on enferma Sierva Maria, quatre-vingt-treize jours après que le chien l’eut mordue et sans qu’elle présentât le moindre symptôme de rage », p.83).
    Elle a de multiples facettes, et ne présente un bon visage que par la présence d’un prêtre noir qui aide Sierva Maria, mais qui sera retrouvé mort mystérieusement, on peut peut-être supposer que cela implique la mort de l’Eglise dite « innocente » au profit d’une Eglise presque Inquisitrice.

    Le Réalisme magique est présent dans le livre mais ne se manifeste que rarement.
La première apparition se caractérise par la forme du chien qui mord la petite, un chien blanc avec une lune sur le front. Une autre apparition, moins perceptible, est la maladie de Bernarda, qui apparemment nécessite toute formes de remèdes malheureusement inefficaces : la maladie pourrait être une punition de son acte.
    Il faudra ensuite attendre jusqu’à l’introduction de Delaura (au bout d’une centaine de pages), qui rêve de Sierva Maria avant même de l’avoir vu et la voit apparaître sous ses yeux plusieurs fois. Dans ce rêve, la petite fille mange une grappe de raisin, qui se renouvelle à chaque fois qu’un grain est arraché : le dernier grain de raisin signifie la mort. Ce rêve trouvera un écho à la fin du livre, mais également un peu après, puisque la petite fille aura fait le même rêve.
    Le réalisme magique apparaît dans l’éclipse qui « reste dans l’œil » de Delaura, et pour finir dans la crise de Sierva Maria en la présence du prêtre : « les cheveux de Sierva Maria se dressèrent d’eux-mêmes comme les serpents de Méduse, et de sa bouche s’écoulèrent une bave verte et une bordée d’injures en langues idolâtres », p.150.
    Le tout dernier élément serait la base même de cette histoire, car on ne sait si elle est fondée sur un fait réel ou non, ce qui entretient un certain mystère.

    Pour ma part, je n’ai pas beaucoup aimé ce livre, je l’ai trouvé trop « fouillis », le style d’écriture et le mélange des histoires de plusieurs personnages ne m’ont pas poussée à aller plus loin, malgré tout. L’histoire d’amour est présente, mais tout met peut-être un peu trop de temps avant de commencer, avant que l’auteur en vienne au fait, ce que je trouve quand même regrettable.

Sophie, BIB 2e année.

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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 20:44
Julien Gracq,
Un balcon en forêt,
José Corti, 1958.

I. Présentation de l'ouvrage et de l'auteur

    Louis Poirier, né le 27 juillet 1910 à Saint Florent-de-Vieil (petit village situé entre Nantes et Angers), prend le pseudonyme de Julien Gracq en 1938 lors de l'écriture de son premier roman intitulé Au château d'Argol. L'auteur ne qualifie pas Un balcon en forêt (paru en 1958) de roman mais de récit. Si j'ai bien compris, la différence entre les deux est qu'un roman suggère une action, une intrigue, alors que le récit se contente de raconter l'histoire d'une personne ou de décrire une situation.

    Des indices que l'on trouve tout au long du livre, on peut déduire que l'histoire se passe durant la Seconde Guerre mondiale, mais cela n'est jamais confirmé. Dans ce récit, le personnage principal, car on ne peut pas vraiment parler de héros, est l'aspirant Grange. Ce dernier, fraîchement nommé au commandement d'un blockhaus à la frontière belge dans la Meuse, se fait à une vie de routine bien éloignée de l'esprit d'une guerre tel qu'il se l'imaginait. Il se retrouve à commander une petite garnison de trois hommes : Gourcuff et Hervouët, les braconniers et Olivon le chargé du logis. D'une manière assez paradoxale, ce personnage dont nous suivons l'évolution tout au long du récit, semble commencer à vivre à son arrivée à la maison forte qu'il occupe avec ses hommes au-dessus du blockhaus. Lui et les trois autres soldats assignés au blockhaus sont coupés du monde et ont plus une vie de campagnards que de garnison. La seule obligation pour l'aspirant Grange est de se rendre tous les dimanches au plus grand village du coin (Moriarmé) pour dîner avec son supérieur, le capitaine Varin. En réalité, l'histoire nous raconte l'incertitude de ces hommes si près du front et pourtant si loin de la guerre. Les rumeurs qui leur parviennent, la proximité d'un pays voisin et pourtant son inaccessibilité.

II. Le réalisme magique

    L'élément magique, ou du moins qui nous est présenté ainsi, est en fait une jeune femme et sa servante. Leur irruption dans le récit provoque un sorte de coupure dans la routine de la vie du blockhaus. Contrairement à tous les personnages mâles qui sont toujours nommés uniquement par leur nom de famille (Gourcuff, Olivon, Hervouët, Grange, Varin...), les deux jeunes femmes sont uniquement désignées par leur prénom (Mona et la servante Julia). Les deux jeunes femmes sont présentées comme des femmes-enfants par l'aspirant Grange. Des femmes tentatrices, calculatrices surtout en ce qui concerne Mona, avec qui il va entamer une liaison. Il se sent comme envoûté par elle et lors de leur première rencontre va même la qualifier de « sorcière ». Elle est espiègle, enfantine, joueuse mais pas naïve.Son mystère s'accentue lorsqu'on apprend qu'elle est à peine sortie du lycée mais déjà veuve. D'ailleurs, suite à cette rencontre, c'est comme si le récit, les descriptions comme les conversations ou les pensées de Grange perdaient en précision. Tout est plus flou comme dans un rêve. Et, comme pour confirmer la thèse de l'envoûtement, la clarté du récit revient aux premières neiges lorsque la route est bloquée et que l'aspirant ne peut plus voir la jeune femme. L'aspect enfantin de Mona est accentué par l'analogie que l'on peut faire entre sa rencontre avec Grange et le conte du Petit Chaperon Rouge.

La magie, le fantastique, se trouvent aussi dans cette guerre qui reste malgré tout une simple rumeur. Comme un orage qui éclaterait sur un village voisin et dont on verrait simplement les éclairs illuminer le ciel sans entendre le tonnerre. Elle donne une atmosphère angoissante, étouffante au récit.

III. Conclusion

En réalité, les personnages comme le récit soulignent l'irréalité de la Seconde Guerre mondiale. J'ai interprété le flou que l'on ressent parfois dans le récit comme de l'incompréhension face aux horreurs commises par les nazis durant la guerre. Une absence de l'esprit, une échappatoire face à la brutalité de la réalité.

Marine, Bib. 2ème année


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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 22:18
Les lieux communs
Xavier Hanotte
éditions Belfond
14 euros, 208 pages

Biographie :
Xavier Hanotte est un auteur belge qui naît en 1960. Philologue, germaniste, il se lance dans la traduction d'œuvres néerlandaises (dont celle d’Hubert Lampo). En littérature anglaise, il traduit et s’intéresse à l'œuvre de Wilfred Owen, poète mort sur le champ de bataille quelques jours avant l’armistice de 1918.
Il a obtenu le prix de littérature française Charles Plisnier qui récompense un livre touchant un domaine de la Communauté française de Belgique pour Les Lieux communs.
Il est hanté par la Grande Guerre et par sa survivance dans nos mémoires

Les Lieux communs
En cette belle journée de printemps, deux bus roulent vers le domaine de Bellewaerde (près d’Ypres en Belgique), aujourd’hui connu pour son parc d’attractions ; il fut le théâtre de violents combats pendant la guerre de 14-18. Le premier bus emmène des collègues de bureau au parc d’attractions ; parmi eux, Serge, un petit garçon de huit ans, accompagne sa tante Bérénice.
À l’intérieur de l’autre bus, des soldats canadiens montent vers le front. Leur chef, le caporal Pierre Lambert, d’origine belge s’est engagé à la suite d’une déception amoureuse.
Si la fête attend les uns, l'horreur guette les autres.

Xavier Hanotte nous livre ici un récit construit en miroir qui brouille les frontières entre passé et présent. Le lecteur vit l’alternance de deux époques au rythme des chapitres. Dans les chapitres impairs, la voix de Serge vivant en 2002 s’exprime innocemment, le langage qu’il utilise pour dépeindre le monde ressemble à du langage parlé, c’est un enfant observateur et curieux. Dans les chapitres pairs, Pierre vit l’horreur de la guerre, c’est un homme tourmenté qui nous livre une réflexion sur la condition humaine. Il critique l’absurdité de la guerre, évoque la «bêtise têtue de l’homme », décrit la guerre comme une « dérisoire agitation ».

Si au début, ce sont deux histoires distinctes les parcours des deux protagonistes finiront par se rejoindre. Plus on avance dans le roman plus les transitions entre les chapitres deviennent presque invisibles, ce pourrait être le même protagoniste. Les deux récits sont écrits en focalisation interne et à la première personne. Le lecteur serait facilement perdu s'il n'y avait pas de chapitres.

Fin du chapitre 18 : « La gorge sèche, je cale mon fusil dans la meurtrière. Vu à travers ce trou exigu, le paysage se délite, perd sa profondeur, sa réalité même, franchit un nouveau seuil d’inexistence. Ils arrivent pourtant, bien réels. Par centaines, leurs bottes frappent le sol. On les entend, on ne les voit pas encore.
Je m’énerve. Ma vision se trouble. Mes poignets fatiguent. Je n’arrive pas à maintenir le guidon au centre du viseur. La sueur me coule dans les yeux, je ne l’essuie pas. […] Non, jamais je n’aurais dû revenir.
Au bout de mon fusil, quelqu’un va payer cette erreur.
Déjà, mon doigt caresse la détente. »
Début du chapitre 19 : « Appuyer sur la gâchette, jamais j’aurais cru que ce serait si dur. Quand je pousse, le canon bouge et je sens que je vais rater la pipe. A croire qu’on peut pas viser et tirer en même temps. Pourtant, les carabines du parc, elles sont bien moins lourdes que le gros deux-coups de grand-père ».

On a l’impression que l’enfant revit par les sensations éprouvées dans les manèges l’horreur à laquelle Pierre avait été confronté.

Les chapitres sont de plus en plus proches :
Jusqu’au moment où Serge remarque un homme seul, étrangement vêtu d’un pardessus vert kaki, qui porte une pelle et semble chercher quelque chose : il creuse dans le parc. Ils se rencontrent encore à plusieurs reprises quand l’enfant est seul.
Le soldat semble poursuivre une quête et rechercher « un trésor pas comme les autres ». Serge est le seul à le remarquer même si au fur et à mesure du roman des éléments viendront prouver que le garçon n’a pas rêvé et l’inscrivent dans la réalité : quelqu’un trébuche sur lui.

De nombreuses anecdotes et objets se retrouvent dans les deux histoires.
Par exemple, la photo du groupe de soldats prise devant les lions en pierre par le journaliste anglais fait écho à la photo souvenir prise par le groupe de touristes de Serge à son arrivée au parc.
De même, quand l’enfant retourne dans le passé pour se remémorer la rupture entre sa tante et son ancien amant Pierre, le soldat dans le chapitre suivant se rappelle sa rupture avec Berthe qui a été l’élément déclencheur de son engagement dans l’armée.
Les traces de maquillage rouge de l’enfant rappellent le sang qui souille le corps des soldats.
Des objets apparaissent de manière récurrente tout au long du livre comme le plan : celui des tranchées possédé par la soldat qui le guide dans sa quête et celui du parc d’attractions afin que l’enfant s’y repère.
De nombreux éléments troublants lient le soldat et l’enfant : le personnage de Bérénice (ex maitresse d’un certain Pierre et femme volage) fait écho à celui de Berthe (la femme aimée par le soldat Pierre). Pierre et Berthe se sont quittés dans une fête foraine donc un lieu où les manèges étaient présents.
S’il y a des ressemblances, des contrastes sont aussi présents pour frapper le lecteur : Deux décors complètement différents sont décrits. D’un côté, la campagne yproise détruite par la guerre est peinte comme un paysage cauchemardesque (monde de chaos) et de l’autre côté le parc d’attractions (monde organisé en différentes parties) est rassurant.

Ce livre explore, aborde les thèmes du devoir de mémoire et de l’éternel retour du passé : notre société de consommation tend à vivre dans un éternel présent, nous avons une propension à oublier le passé alors que l’histoire conditionne.
A la fin du livre un sergent dit : «Si je n’avais qu’un vœu à formuler ce serait celui-ci : que l’histoire n’oublie pas ce que vous avez fait ! » Or on peut voir une certaine ironie dans le fait d’avoir construit un parc d’attraction sur le lieu de sanglantes batailles s’étant déroulées au début du siècle dernier. A la fin du livre, le passé rattrape d’ailleurs l’enfant, le chauffeur de bus explique le passé de Bellawarde à l’enfant. On peut tirer une véritable leçon de vie de ce livre : Serge dresse un portrait de sa tante comme une femme très positive dont les paroles sont une véritable ode à la vie.

L’auteur montre la légèreté et la futilité des problèmes du monde moderne en les confrontant par d’habiles jeux d’opposition au monde dans lequel le soldat évolue, où la force de l’amitié et la valeur des serments donnés prime sur l’individualisme. Les deux personnages sont confrontés à la bêtise humaine, Pierre à cause de la guerre, Serge parce que les collègues de sa tante colportent des ragots sur la vie sentimentale de celle-ci.
On passe, d’un chapitre à l’autre, de la futilité à la tragédie.


Ce roman appartient au réalisme magique car des éléments perçus comme magiques surgissent dans un environnement réaliste. Cette œuvre brouille les frontières entre le merveilleux et le réel. Ce récit est hors réalité puisque deux personnages de deux époques différentes s’y rencontrent et pourtant bien ancrés dans l'Histoire (guerre/description de la futilité du monde moderne).
Les liens troubles qui unissent les personnages ne sont pas expliqués. Le soldat nomme l’enfant par son prénom à la fin du livre. Comment le connaît-il ?

Pourquoi je vous conseille ce livre
Ce livre est intéressant et troublant. J’ai aimé.la manière dont il est écrit, les phrases très courtes, le récit au présent donnent de la vivacité au texte, on est pris dans l’action. La personnification de la guerre et des armes rend les descriptions plus percutantes : les «mitrailleuses aboieront, puis se tairont », « la guerre reprend haleine ».
La construction et le fait de comparer deux époques et deux personnages qui n’ont a priori rien à voir en commun et qui pourtant se font écho est original.
Ce roman est construit comme un puzzle : le lecteur doit répondre à des énigmes en reconstituant les différents indices. Nous saurons ainsi ce que cherche l’homme à la pelle. Que cache la tante Bérénice ? Le lecteur est un peu acteur car l’histoire ne lui est pas livrée.
Une part d’interprétation lui est laissée, on ne saura jamais quel lien unit les deux protagonistes par delà les décennies.
C’est un livre empreint de réalisme qui possède en même temps une dimension poétique.

A. P., Bib 2e année

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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 21:52
Le Royaume de ce monde, Alejo CARPENTIER

Roman traduit de l’espagnol par L-F Durand
Titre original El Reino de este mundo
Editions Gallimard, 1954

Alejo Carpentier y Valmont est un écrivain cubain né 1904 et mort en 1980. Il a profondément influencé la littérature latino-américaine. Après un exil à Paris à 12 ans, il retourne vivre à Cuba. Il se consacre au journalisme, mais son engagement à gauche lui vaut un séjour en prison. Il part alors vivre en France. Il y rencontre les surréalistes comme André Breton, Paul Eluard, Louis Aragon, Jacques Prévert et Antonin Artaud. Par de fréquents voyages en Espagne, il développe une fascination pour le baroque et lorsqu’il repart à Cuba il s’intéresse à la culture afro-cubaine.
Alejo Carpentier est célèbre pour son style baroque et sa théorie du réel merveilleux. Ses œuvres les plus connues en France comprennent Le Siècle des Lumières (1962) ou La Guerre du Temps (1958). Dans Le Royaume de ce Monde (1949), son premier grand roman, il évoque le mouvement révolutionnaire cubain. C'est aussi dans ce roman que Carpentier décrit sa vision du "réel merveilleux", que les critiques identifieront au réalisme magique.
    En 1966, il devient ambassadeur de Cuba en France.
Il a reçu plusieurs prix tels que le prix Cervantes ou le Prix Médicis.


Le contexte historique :

     Après la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb en 1492, les premières plantations de canne à sucre apparaissent au 16ème siècle. Mais la population indigène ayant été décimée par les conquistadors espagnols, on fait venir massivement des esclaves noirs d’Afrique pour travailler dans les plantations. Au cours du 17ème siècle, Cuba se met à exploiter également le café et le tabac.
En 1762, La Havane est occupée par les Anglais, et durant onze mois, plus de mille navires marchands entrent et sortent du port cubain, établissant un commerce important avec les treize colonies d'Amérique du Nord. Les Anglais amènent durant cette période plus de 10.000 esclaves noirs pour développer l'industrie sucrière. Mais les créoles s'enracinent de plus en plus dans leur terre, perdent le contact avec la métropole, et peu à peu un sentiment nationaliste va germer. Le 10 octobre 1868 commence la lutte pour l'indépendance. Carlos Manuel de Céspedes met le feu à sa propre exploitation de canne à sucre en guise de rébellion et proclame l'indépendance de Cuba en donnant la liberté à ses esclaves. Cette première révolte va durer dix ans.

Le Royaume de ce monde :

    Comme je le disais précédemment, l’atmosphère du livre nous plonge dans un contexte révolutionnaire c'est-à-dire durant la révolution Cubaine : la révolte des noirs et l’exil des colons.
L’histoire prend place au Cap Français à Saint-Domingue à l'aube du XIXe siècle. Ti Noël est un esclave noir qui parcourt la ville avec son maître, M. Lenormand de Mézy. Durant la narration,  on se rend compte de l’étrange coexistence du monde superstitieux des Noirs avec leurs croyances vaudou et avec leur grand prêtre le sorcier Mackandal confronté avec le monde raffiné des colons blancs. Mackandal, dont le bras a été broyé par mégarde dans un étau, s'enfuit et jette un sort au domaine de Mézy. C’est alors que les bêtes et les gens périssent d'un mal étrange. Il apparaît alors sous différentes formes autres qu’humaines. Ces métamorphoses peuvent lui faire prendre l’apparence d’un iguane ou d’un papillon. Le sorcier est malheureusement repris et exécuté, mais il ressuscite et c'est comme sous son impulsion qu'éclate la révolte des Noirs de Saint-Domingue : meurtres, pillages, viols… qui force les colons à s'exiler à Santiago.
L’auteur décrit alors la vie à Santiago. Arrive alors Soliman, esclave de Pauline Bonaparte et de son époux. Soliman entretient une relation équivoque avec elle. Ti Noël, quant à lui, a perdu son maître et erre au hasard. Il revient à Cap Français où il retrouve la propriété de Mézy transformée en un royaume autonome que dirige l'ancien cuisinier noir de la famille. Il s'agit du royaume d'Henri Christophe. Ti Noel va encore être réduit en esclave mais par un des siens tout comme Soliman. Ce qui est encore plus difficile à vivre. Le suicide d'Henri Christophe les sauvera. Soliman perdra la raison et Ti Noël, quant à lui revêt les formes les plus diverses et continue l’œuvre de Mackandal pour l'éternité.

Le Royaume de ce monde est une chronique historique sur l’esclavage et la révolution qui s’ensuit. L’atmosphère vaudou apporte de la magie dans ce monde décomposé et brutale, la dure réalité. Les croyances et les superstitions apportent force et courage aux esclaves : hommes et femmes battus et brutalisés. Les personnages inquiètent le lecteur. Le vaudou est présent tout au long de l’ouvrage.
C’est un roman dont la lecture est rapide mais il ne laisse pas indifférent du fait du contexte historique et des conditions dans lesquelles vivaient les esclaves.

Solenn
, 2e année Ed-Lib
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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 21:38

Gabriel Garcia Marquez
De l’amour et autres démons, 1994,
traduction d'Annie Morvan,
éd. originale 1995, Grasset et Fasquelle,
Rééd. Le livre de poche, 187 p.


En 1949, envoyé par son rédacteur en chef sur les ruines du couvent Santa Clara, le narrateur, jeune journaliste, découvre un vaste chantier de démolition parsemé d’ossements ; on vide les cryptes de trois générations d’abbesses, d’évêques et autres dignitaires avant de construire un hôtel. Il observe le maître d’œuvre qui met au jour une nouvelle crypte ; un coup de pioche suffit à délivrer une « chevelure vivante d’une intense couleur de cuivre » de plus de vingt-deux mètres de long. Sur la pierre taillée est inscrit le nom de Sierva Maria de Todos los Angeles. Ce qu’il voit à cet instant lui rappelle une histoire que lui racontait sa grand-mère : celle de « la petite marquise de douze ans, dont la chevelure flottait comme une traîne de mariée, morte de la rage après avoir été mordue par un chien ». L’idée que cette sépulture était peut-être la sienne germe dans son esprit, et est à l’origine de ce récit.

Carthagène des Indes, au milieu du XVIIIe siècle. Sierva Maria, fille unique du marquis de Casalduero et d’une roturière, Bernarda Cabrera, se rend au marché ; elle va faire quelques achats pour sa fête d’anniversaire lorsqu’elle est mordue par un chien couleur de cendre portant une lune blanche au front. Personne ne s’inquiète de cette petite blessure à la cheville qui cicatrise déjà. Elle fête ses douze ans dans la joie avec les gens qui l’entourent : les esclaves ; c’est avec eux qu’elle a grandi et qu’elle semble s’épanouir. Ses parents ne s’occupent guère de cette petite fille qui paraît être un poids tant pour son père, qui passe son temps dans un hamac, que pour sa mère, femme séductrice, rapace et gourmande à tel point qu’elle en mourra, et qui parfois même oublie qu’elle a une fille. Cela explique en partie le caractère étrange de cette fillette qui ment dès qu’on lui pose une question, paraît introvertie mais peut se montrer exubérante à la moindre occasion. Pourtant quand des rumeurs d’épidémie de rage se propagent, le marquis commence à se préoccuper de l’avenir de sa fille. Malgré l’inexistence de symptômes chez l’enfant, son père voulant la soigner lui administre toutes sortes de traitements de différents médecins. L’un d’entre eux rouvre la blessure et y applique des cataplasmes, un autre la « nettoie » avec de l’urine ; en deux semaines la petite marquise a souffert de tous les maux (vertiges, convulsions, spasmes, délires) ; « elle se roulait par terre de douleur et de furie ». Désormais tout le monde est convaincu qu’un mal la ronge ; rage ou possession diabolique. Le marquis ne sachant que faire s’en remet à Dieu, ou plus précisément à l’évêque don Toribio de Caceres y Virtudes qui décide de faire interner Sierva Maria au couvent de Santa Clara où elle sera exorcisée. Dès son arrivée, l’abbesse Josépha Miranda voit en elle une créature de Satan et lui attribue la responsabilité de tous les événements inhabituels ou suspects. Son comportement étrange pour les clarisses n’est autre que celui d’une fillette élevée par des esclaves, suivant les us et coutumes Yoruba et non catholiques. Elle chante en Yoruba, en Congo, en Mandingue,  aide les esclaves du couvent à égorger un bouc… Avec eux elle se sent chez elle, elle vit, tout simplement. Cela ne dure pas, elle est rapidement enfermée dans un pavillon isolé qui servait de prison pendant l’Inquisition. L’évêque demande au père don Cayetano Delaura d’être l’exorciste de Sierva Maria. Celui-ci  se rend donc régulièrement au couvent, il est très vite fasciné par  la jeune fille, jusqu’à ce qu’il comprenne qu’il ne s’agit pas de fascination mais d’amour. Au départ méfiante à son égard, elle finit par lui ouvrir son cœur. Leur relation grandira dans l’ombre de la cellule de Sierva Maria ; le prêtre la rejoignant toutes les nuits. Cet amour maudit causera la perte des deux amants.

Dans cette œuvre Gabriel Garcia Marquez aborde différents thèmes : la lâcheté (personnage du père), les inégalités sociales (esclaves/bourgeois), l’oisiveté (mère de tous les vices), les croyances et superstitions religieuses et leurs archaïsmes.  Il dénonce ces travers humains  grâce à l’histoire d’une héroïne atypique et mystérieuse dans le cadre coloré de Carthagène des Indes. Le réalisme magique est omniprésent, mais toujours subtilement introduit dans le récit. La différence de culture entre les esclaves et les bourgeois est source  d’incompréhension, de peur et laisse place à toutes sortes de superstitions. La petite marquise de douze ans, que l’on croit  atteinte de la rage puis possédée par Satan, est victime de la loi religieuse et de la société dans laquelle elle vit ; le fait qu’elle soit marquise alors qu’elle se comporte comme une esclave dérange. Les personnages s’acharnent sur elle, la poussant à la limite de la folie que ce soit de douleur, de rage ou d’amour.
 
Biographie de Gabriel Garcia Marquez

    Écrivain hispanophone majeur du XXe siècle, Gabriel Garcia Marquez est né le 6 mars 1928 à Aracataca (village des montagnes de la Caraïbe colombienne).
    Il fut éduqué par ses grands parents maternels, sa grand-mère le terrifiait la nuit avec des histoires fantastiques et son grand-père, ancien colonel, lui racontait les grandes sagas et épopées nationales. Il fut également marqué par le récit des aventures du général Rafael Uribe, légendaire chef libéral.
    Il a commencé ses études à 12 ans. Intègre par la suite un lycée pour élèves surdoués, tenu par des jésuites, dont il sort bachelier à 18 ans. Il s’installe dans la banlieue de Bogota pour étudier le droit et le journalisme.
    Il commence sa carrière de journaliste au sein d’El Espectador, quotidien dans lequel il a publié sa première nouvelle, La Troisième Résignation, en 1947. C’est à cette période qu’il découvre Faulkner, Hemingway, Woolf, Kafka, Dostoïevski, Joyce, Rulfo… Nommé correspondant spécial, il voyage à travers l’Europe (Genève, Paris, Rome, Barcelone, Londres, Allemagne de l’Est, Hongrie) avant de revenir en Colombie.
    Après la révolution cubaine, il crée un bureau d’agence d’informations, Prensa latina, dont il démissionne pour s’installer à Mexico (1961). Là, il écrit des scénarii, des nouvelles et commence en 1965 la rédaction de Cent ans de solitude, roman qui lui apportera gloire et célébrité.
    À Barcelone, il fonde en 1972 l’hebdomadaire Alternativa et en 1978 il crée la fondation Habeas pour la défense des droits de l’homme et des prisonniers politiques en Amérique du Sud.
Activiste politique, proche de Fidel Castro, il a accordé son soutien, moral et financier, aux mouvements révolutionnaires latino-américains, il a servi d’intermédiaire entre les guérilleros et le gouvernement colombien et a souvent négocié avec les FARC.
    Il a reçu le titre de Commandeur de la légion d’honneur en 1980, et le prix Nobel de littérature en 1982 pour « ses romans et ses nouvelles, dans lesquels le fantastique et le réalisme sont combinés dans un univers à l’imagination très riche, reflétant la vie d’un continent et ses conflits ».
    Certaines de ses œuvres ont été adaptées au cinéma, notamment Chronique d’une mort annoncée ou encore L’Amour au temps du choléra.
    Il est considéré, avec Juan Rulfo, comme le père du réalisme magique.


Clotilde 2e année Édition – Librairie
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19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 21:24
 XAVIER HANOTTE
LES LIEUX COMMUNS
BELFOND
2002

Xavier Hanotte, né en 1960 en Belgique, est un philologue et un germaniste qui traduit des œuvres  du néerlandais, puis se lance dans l'édition juridique et enfin dans la gestion de bases de données informatiques.

Bibliographie :
Manière noire, 1995
De secrètes injustices, 1998
Derrière la colline, 2000
Les lieux communs, 2002

Résumé :
Les lieux communs est un roman mêlant passé et présent, nous présentant deux récits miroirs, qui se croisent et alternent. On lit ainsi la voix contemporaine et innocente de Serge, 8 ans, entouré de sa tante dont il est épris et de ses bruyants collègues, en route pour le parc d'attractions de Bellewaerde. Et un chapitre sur deux, la voix de Pierre se fait entendre : cet officier belgo-canadien rejoint avec quatre très jeunes hommes fraîchement engagés, le front de Bellewaerde, en 1915.

Hanotte visite ainsi les thèmes de la découverte, de l'oubli personnel et collectif, de la solidarité et de la trahison. Mais c'est surtout en jouant sur les contrastes et les parallélismes qu'il touche et perturbe les lecteurs.

Contraste : « de la futilité à la tragédie » (J. C. Lebrun)

Tonalité des voix : la légèreté et l'innocence de l'enfant s'opposent au vocabulaire dur et désabusé de l'adulte. Les différents contextes renforcent bien sûr nettement ce contraste : d'un côté, on a un monde en paix, qui propose des loisirs et de la détente, matérialisé par le parc d'attractions. De l'autre, ce sont le chaos et la brutalité de la guerre.
Ces deux mondes s'opposent aussi par leurs valeurs : Serge vit dans un monde où l'argent et l'individualisme priment. Le petit narrateur surprend notamment les collègues de sa tante qui médisent gratuitement sur elle. A l'opposé, sur le champ de bataille, ce sont la camaraderie et le respect des serments qu'on porte au plus haut.
Au niveau des thèmes : le lecteur est transporté continuellement de l'adrénaline des manèges à l'angoisse de l'obus, de la jalousie infantile du garçon à la générosité mortuaire/morbide du soldat, des éclats de rire aux pleurs. Tandis que Serge se réjouit de son indépendance éphémère, Pierre recherche la compagnie de ses camarades.
 Finalement, c'est le lecteur qui a véritablement l'impression de monter sur des montagnes russes : il ne sait plus s'il doit crier ou sourire.

Parallélisme : deux scènes similaires mais traitées différemment ?

Les deux récits sont écrits en focalisation interne et à la première personne. Ils pourraient donc facilement se confondre s'il n'y avait pas la typographie des chapitres.
 Enchaînement des chapitres : Hanotte joue sur l'illusion du lecteur et reprend un thème d'un chapitre sur l'autre. Il essaye clairement de nous perdre et de nous interpeller.

[fin du chapitre 14] Sur sa trajectoire presque silencieuse, l'obus ne troue encore que de l'air. Mais son souffle va croissant, et sa colère.
Nous l'attendons, guettons l'impact.
Tous muscles tendus et et le coeur battant.
« Incoming ! » gueule quelqu'un, vers les étangs.


[début du chapitre 15] Cette fois c'est notre tour. Ça descend, ça descend, ça descend... D'abord lentement, avec un bruit comme si ça ronflait. Puis la terre fonce vers nous. Alors tout devient fou, le vent siffle, la vitesse augmente. Les gens crient. Je serre les dents et les poings, à me faire mal, je retiens ma respiration...
Plus que deux ou trois secondes avant le plouf. Je l'attends, j'ai peur mais je voudrais pas être ailleurs. Mes mains moites glissent, j'ai envie de crier avec les autres.
Voilà... Maintenant... Ne pas fermer les yeux, surtout...
Plaouff !

C'est le grand plongeon.

 Bérénice, la tante du petit est souvent comparée à un militaire, et l'équipement de Serge nous rappelle également celui des soldats
 Anecdotes semblables traitées sur deux tons : notamment celle de la photo, où chaque groupe (celui de Pierre et celui de Serge) prend la pose devant le lion de Bellewaerde.
 L'action se situant sur le même site, les décors sont donc parallèles : au début, les deux protagonistes sont chacun dans un bus. Puis, ils arrivent dans un parc, où les fleurs « sentent bon » de nos jours, ravagé par les tranchées et les impacts autrefois.
 Le thème de la maladie : les blessés graves se bousculent en 1915 alors que le mal des transports est le plus courant à l'époque contemporaine.
 Des objets sont récurrents : par exemple, la casquette qui revient d'une scène à l'autre : protection et repère pour l'un, détail esthétique pour l'autre.
 La carte aussi se retrouve dans les deux récits : pour se rassurer en silence, les soldats analysent les lignes des tranchées, tandis que le garçon tente de ne pas s'égarer, seul dans le parc.
 Des personnages sont similaires : Bérénice, la tante volage, a quitté son mari Pierre, tandis qu'au début du siècle, Berthe brise le coeur du soldat Pierre.
 Enfin et surtout, c'est le personnage du vieil homme, dans le récit du garçon, qui permet de faire se rejoindre les deux récits : une pelle à la main, une carte dans l'autre, il creuse la terre à la recherche d'un « trésor pas comme les autres », dont on ne connaîtra la nature qu'à la fin. Ce personnage aux couleurs kaki intrigue le petit garçon qui semble être le seul à le voir.

Le garçon vit-il l'équivalent burlesque de la bataille du soldat ?

Ces chassés-croisés et ruptures de tons imprègnent le livre d'une atmosphère étrange, pas vraiment surnaturelle mais un peu onirique, où s'égarent de temps en temps quelques faits inexpliqués.
Finalement, Xavier Hanotte semble nous livrer une sorte d'ode étrange et poétique à la vie et à la mémoire, que l'on pourrait résumer dans sa phrase « que l'Histoire n'oublie pas ce que vous avez fait ! ».

Inès, A.S. Edition.
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19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 21:20
Juan RULFO.
Pedro Páramo.
Gallimard, coll. « L’imaginaire », 1955.
145p.

Pedro Páramo de Juan Rulfo, publié en 1955 est considéré comme le premier texte du réalisme magique. C'est son unique roman. La gestation/l'écriture de l'oeuvre est très longue. Il dit lui même avoir conçu l'idée de ce roman avant d'avoir trente ans. Il y fait allusion en 1947 dans deux lettres écrites à sa femme. Le roman s'appelait alors Una estrella junto a la luna (Une étoile à côté de la lune). Il dit aussi que les contes de La Plaine en Flamme étaient en partie une façon de se rapprocher du roman. Lors de la dernière étape de l'écriture de celui-ci, son titre change et devient Los murmullos (Les murmures).


Juan Rulfo est né le 16 mai 1917, officiellement à Sayula, dans la maison familiale d’Apulco, Jalisco selon lui. Il vit dans le petit village de San Gabriel. Là il découvre la bibliothèque d'un curé, déposée dans la maison familiale, ses premières lectures ont été essentielles dans sa formation littéraire. Très jeune, il se trouve orphelin et on le place dans un orphelinat à Guadalajara, capitale de Jalisco. Il suit les cours d'histoire de l'art à l'université de Lettres et Philosophie à l'université de Mexico. Il fait de nombreux voyages dans le pays dans les années 30 et 40 et il commence à publier ses contes dans deux revues : América, de la capitale, et Pan, de Guadalajara. Il commence à s'intéresser à la photographie dans ces mêmes années. C'est en 1952 qu'il obtient la première des deux bourses consécutives données par "el Centro Mexicano de Escritores" (le centre mexicain des auteurs) qui lui permettront de publier El Llano en llamas en 1953 puis Pedro Páramo en 1955. A partir de là, Rulfo devient l'écrivain mexicain le plus reconnu au Mexique et à l'étranger. Les dernières années de sa vie, il se consacre à l'édition d'une importante collection d'anthropologie pour l'Instituto Nacional Indigenista de México. Ses œuvres sont toujours éditées en Espagnol, et dans un nombre croissant d'autres langues (une cinquantaine aujourd'hui). Il meurt le 7 janvier 1986 à Mexico.


Juan Preciado, le fils de Pedro Páramo, vient à Comala après la mort de sa mère dans le but de rencontrer son père. Il ne trouve qu'un village abandonné et sans vie. Il parviendra cependant à reconstituer le passé  de son père, du village, et de ses habitants dont le sort dépendait du cacique tyrannique Pedro Páramo, qui a volontairement laissé mourir Comala. Il apprend tout cela à travers des rencontres insolites et des récits, souvent flous tout d'abord, mais qui s'éclaircissent petit à petit, au fur et à mesure que l'on avance dans le roman. On comprend que ces récits sont ceux des fantômes des habitants du village,  âmes en peine errantes qui n'ont pu trouver la paix. Ces étapes, ces rencontres ne seront pas sans souffrances pour Juan Preciado, opprimé par les murmures presque incessants des fantômes et l'atmosphère étouffante de Comala. Au final on arrive à reconstituer des bribes de récits qui donnent "l'histoire d'un cacique, de ses femmes, de ses tueurs, de ses victimes" (Carlos Fuentes, 4° de couverture de l'Imaginaire Gallimard).

La très grande majorité des personnages sont morts, ce sont des fantômes ou des souvenirs évoqués. Les personnages importants, ceux qui ont permis à Juan Preciado d'avancer dans sa quête sont le fantôme de Eduviges, amie de sa mère Doloritas Preciado, de Damiana (c'est avec elle qu'il comprend que les êtres qu'il voit et à qui il parle sont morts), de Dorotea (dite la Cuarraca) avec qui il restera jusqu'à la fin du roman (puisqu'il partage sa tombe). Susana San Juan est aussi un personnage sur lequel on passe du temps puisqu'elle est sa "voisine de tombe" et qu'elle a été le seul grand amour de Pedro Páramo. Le personnage de Pedro Páramo a une personnalité conforme à la symbolique de son nom. « Pedro » est la traduction du prénom « Pierre », mais peut-être cela évoque-t-il  l’objet minéral et inerte, dur et froid. « Páramo » signifie explicitement « étendue désertique », « plaine stérile »… c'est ce qu'il fera de Comala et ses habitants.


En quoi ce roman marque-t-il le début du courant du Réalisme Magique ?

On a bien compris que ce roman relève d'un genre qui laisse toute sa place à l'insolite. Pourquoi relève-t-il du réalisme magique ? Il s'agit d'un pays non européen, non occidental avec une histoire différente de  celle de l’Europe. Le regard étant habillé par la culture d'origine, la réalité est subjective. Leur réalisme est donc  différent que celui que l'on connaît en Europe, il n'exclut pas la magie, le surnaturel. Rulfo aborde donc des thèmes de la réalité mexicaine (et des thèmes plus en liens avec le surnaturel) mais les aborde de façon déroutante, en faisant intervenir des êtres surnaturels, des fantômes en l'occurrence, avec une écriture qui nous introduit dans une ambiance inquiétante, où règnent le doute et le mystère.

Dans ce roman, Rulfo fait une synthèse des éléments caractéristiques de l'histoire du Mexique, centrée dans une société rurale, archaïque et féodale. Un roman social donc, sur ce Mexique profond, ses usages, ses croyances, ses superstitions... Un roman historique aussi, avec de multiples allusions à la Révolution Mexicaine des années 1910/20, l'insurrection des “Cristeros” (1926-28)... Enfin, un roman qui peint la tyrannie des grands propriétaires terriens mexicains dont étaient victimes les petits paysans locaux.
Certains thèmes du roman (comme celui de la mort, du péché ou de la folie) peuvent se ranger dans la catégorie "magique" puisqu'ils concernent les croyances et superstitions des habitants. Les trois thèmes sont liés. Il est vrai que, par un mélange de mythes aztèques et de traditions chrétiennes, l'opposition entre la vie et la mort n'est pas absolue, et la frontière entre les deux est floue.  Le thème de la mort est donc traité dans cette perspective. Les personnages morts réapparaissent de manière à la fois brutale et familière tout au long du roman. Le thème du péché est lié à celui de la mort puisque certains péchés sont pardonnés alors qu'ils sont impardonnables (notamment les actes monstrueux de Miguel Páramo, fils de Pedro), non pardonné alors qu’il aurait dû l’être et provoquant donc l'errance des âmes qui ne peuvent reposer en paix… La folie est répercuté dans la mort, la pauvre Susana San Juan qui était folle de son vivant ne le semble pas moins lorsqu'on l'entend gémir dans sa tombe.
 

La peinture de l’ambiance commence par la symbolique du village de Comala. Le nom de ce petit village mexicain situé sur les pentes du volcan de Fuego de Colima (toujours en activité) signifie « le lieu sur les braises », ce qui évoque donc dès le départ le feu et les flammes de l’enfer. Comala semble en effet représenter l’enfer ou le royaume des morts. Le lecteur saute ainsi dans un monde mythique. Ses habitants sont des âmes en peine, condamnées à revivre éternellement un passé horrible et torturé. Il s’agit d’un monde sans espoir. Rulfo accentue  cette image infernale en faisant en sorte que Juan Preciado réalise une véritable descente (aux enfers) comme dans la littérature traditionnelle. Il descend d’ailleurs une pente au début du roman pour atteindre Comala.

Rulfo nous plonge dans un contexte de délire général, dans une atmosphère inquiétante, mystérieuse, et suffocante. Ce livre étant morcelé en une succession d'anecdotes, et sans chronologie, il est très difficile pour le lecteur de se repérer, il doit faire un réel effort pour faire le lien entre les différents événements, identifier les voix étranges des différents personnages grâce à de discrets indices glissés au fil du texte. On  sait difficilement de quel personnage il s'agit, quel est le lien avec l'intrigue centrale (la quête de Juan Preciado), avec qui il parle... et surtout quand !

L'absence de chronologie renforce en effet cette ambiance, car elle provoque une véritable confusion chez le lecteur. En effet, on ne cesse de se demander à quelle époque nous sommes, quel âge a le personnage en question, si, à ce moment là, il est déjà marié, s’il a déjà rencontré tel autre personnage, qui est vivant, qui est mort. Le lecteur est désorienté, déconcerté, il a cette impression étrange de suspension du temps. Dans l'esprit du lecteur, "la vie et la mort, le réel et l'imaginaire le passé et le futur, cessent d'être perçus comme contradictoires". (Carlos Fuentes).


Cette œuvre palpitante et largement reconnue par les plus grands auteurs (dont Gabriel Garcia Marquez) est donc extrêmement intéressante d’un point de vue littéraire puisqu’elle marque le « début » du Réalisme Magique. Elle est également très agréable à lire, l’écriture étant très belle et très poétique, notamment lorsqu’elle concerne des événements naturels, comme la tombée de la nuit par exemple.

            D.M.G, 2e année BIB.
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12 octobre 2007 5 12 /10 /octobre /2007 21:27
Pedro Páramo
de Juan Rulfo
Juan RULFO,
 
Pedro Páramo,
Gallimard,
coll. "L'Imaginaire", 145 p.


    Juan Rulfo (1917-1986) est un auteur mexicain, référence en matière de littérature latino-américaine et littérature générale.
    Lors d’une enfance plutôt difficile (il sera orphelin à 10 ans), Rulfo fait ses premières lectures, qui le marqueront. Il étudie à Guadalajara, capitale de l’état de Jalisco au Mexique, puis à Mexico, notamment l’Histoire de l’art. Une fois ses études achevées, il part pour de multiples voyages à travers le Mexique et les pays environnants et, dans les années 1930-1940, fait paraître ses premières nouvelles dans les revues America et Pan. Il se lance également dans la photo, qu’il pratiquera tout le long de sa vie. Ses premiers clichés sont publiés aux Etats-Unis dès 1949.
    Pour ce qui est de son travail d’écrivain, il a la chance de recevoir une bourse du Centre Mexicain des Auteurs, ce qui lui permet d’écrire et publier un recueil de nouvelles en 1953 (El Llano en llamas) puis Pedro Páramo en 1955, son seul roman. Il se consacre ensuite, et jusqu’à la fin de sa vie, à l’édition d’une importante collection d’anthropologie pour l’Institut National Indigéniste de Mexico.

    Pedro Páramo débute avec l’évocation de la mort de la mère de Juan Preciado. Elle lui fait promettre de se rendre à Comala, son village natal, afin de retrouver son père qu’il ne connaît pas, et qui n’est autre que Pedro Páramo. Juan Preciado fait donc le voyage jusqu’à Comala, que sa mère lui avait décrit comme un lieu paradisiaque et lumineux, mais où elle n’avait pas remis les pieds depuis des dizaines d’années. Quelle n’est donc pas la surprise de Juan Preciado lorsqu’il ne trouve en place et lieu de Comala qu’un village triste et abandonné !...
    Il fait cependant la rencontre de quelques personnages étranges et insolites, qui lui racontent peu à peu l’histoire du village et de son père, mort il y a des années, et dont le sort de Comala dépendait. Mais, petit tyran de province, Pedro Páramo a volontairement laissé mourir le village. Et les étranges et insolites rencontres de Juan Preciado s’avèrent être des habitants morts de Comala, qui errent en peine depuis ce temps-là…
    Juan Preciado devra souffrir afin de reconstituer le difficile passé de son père et de Comala…

Cet unique roman de Juan Rulfo sera néanmoins très vite considéré comme une œuvre majeure de la littérature, entre autres par des gens tels Carlos Fuentes, Gabriel Garciá Marquez, Günter Grass, etc…
Pedro Páramo a été et est encore très étudié à l’université et fait donc l’objet de multiples études, dont celle de Jorge Zepeda, La réception initiale de Pedro Páramo.

Récit morcelé et bouleversant la chronologie, ce roman nécessite un réel effort du lecteur, qui doit faire le lien entre les différents événements, grâce à de discrets indices glissés au fil du texte.
On a une alternance assez régulière entre le passé et le présent jusqu’à la moitié environ, où le passé prend largement le pas sur le présent qui disparaît alors.

Dans ces quelque 175 pages, l’auteur aborde des thèmes aussi forts et profonds que la mort, la peur, la religion et la folie.
La mort, vous l’aurez compris, est traitée d’une manière bien particulière, propre aux conceptions des peuples précolombiens.
La peur, vécue par tous les personnage, est donc universelle : peur de la domination, peur de la mort, peur de la perte de l’être cher…
Pour ce qui est de la religion, une large part est donnée au péché. Péché pardonné lorsqu’il est impardonnable, non-pardonné alors qu’il aurait dû l’être…Un des personnages principaux est un curé en combat avec sa propre conscience, de moins en moins sûr de sa légitimité.
Tout cela a lieu dans un contexte de délire général, une atmosphère « phtisiquement » pesante. Cette ambiance lourde est traduite par le motif de la goutte d’eau : larme de tristesse, elle se transforme facilement en goutte de pluie venant d’un ciel sombre et lui-même pesant, avec tout ce qu’il peut porter de peuple divin…
L’univers fleuri et plutôt joyeux de la jeunesse de la mère de Juan Preciado s’est donc transformé en un lieu stérile, désert, quasiment pourrissant. A cause de l’irrémédiable décision d’un terrible Pedro Páramo, devenu aphasique d’amour et de rancœur. Son nom lui-même laisse présager quelque anéantissement : « Pedro » renvoie à « pierre », le prénom, mais aussi l’objet minéral et inerte, alors que « Páramo » signifie explicitement « étendue désertique », « plaine stérile »…
Et l’homme au nom si dévastateur finit bel et bien par transformer Comala en une sorte de purgatoire, sans autres souffrances que celles que l’on porte déjà, mais sans plaisir ni réconfort, et où les morts errent en peine, incapables de reposer en paix…

En cédant au vieux réflexe qui consiste à essayer de donner un sens à chaque œuvre, alors qu’elle n’en réclame pas d’elle-même, on pourrait parler de ce livre comme d'un roman social, décrivant un Mexique profond et rural avec ses usages, ses croyances et ses superstitions. On pourrait aussi mentionner le fond historique : la Révolution Mexicaine des années 1910-1920, due à un régime politique autoritaire mené depuis la fin du XIXe siècle. Et enfin, on pourrait déclarer bien fort qu’il s’agit d’une critique de cette tyrannie dont fut victime le Mexique, tant au niveau national que régional ou provincial, à cause de ces grands propriétaires terriens sans pitié pour ceux qu’ils réduisent en esclavage !...
Mais ce serait passer à côté de l’essentiel : cette impression étrange de suspension du temps et d’incertitude lorsque l’on quitte des personnages humains et touchants à la fin d’un bon roman.

M.F., A.S. BIB-MÉD
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10 octobre 2007 3 10 /10 /octobre /2007 11:27
LA MAISON AUX ESPRITS – présentation

Auteur Isabel Allende
Traduit de l’espagnol par Claude et Carmen Durand
Editeur Fayard
Année 1984
Collection Livre de poche, n° 6143
Nombre de pages 541 pages

Citation d’Isabel Allende « Dans mes livres, j’ai voulu raconter la tragédie de ce continent torturé et l’espoir des hommes et des femmes qui luttent pour un monde meilleur. »

Lien Wikipedia pour la biographie d'Isabel ALLENDE ;
http://fr.wikipedia.org/wiki/Isabel_Allende

Dans un pays d'Amérique latine non précisé, mais inspiré du Chili, La Maison aux esprits nous entraîne sur trois générations à travers l’histoire de la famille Trueba. Commençant au début du XXe siècle, elle s'achève dans les années soixante-dix. Un personnage traverse ce roman, le patriarche Esteban qui, parti de rien, à la force de son implacable volonté, établit un empire.

L’action se déroule en alternance dans deux lieux très différents : les Trois Maria, le domaine héréditaire d’Esteban, ancré dans la terre et qui lui sert de refuge à plusieurs reprises, et la « grande maison du coin », maison un peu prétentieuse conçue à l’origine par Esteban pour abriter sa future descendance, mais qui se métamorphose au fil des temps par des ajouts de « protubérances, d’escaliers tortueux aboutissant à des endroits inhabités, des tours et des tourelles […], de portes donnant sur le vide, de corridors labyrinthiques » [p. 122] dès que Clara a besoin d’accueillir un hôte nouveau. Elle transforme cette maison en lieu de passage, que ce soit pour les humains ou les esprits. C’est un lieu de secrets, d’enchantements mais aussi d’affrontements idéologiques entre le patriarche et ses enfants ou petits-enfants au fur et à mesure que le contexte politique prend plus de place dans le récit.

Mais il s’agit surtout de l’histoire d’une dynastie de femmes, vivant dans un monde spirituel très riche. Le personnage central qui accompagne toute l’histoire est Clara, la femme d’Esteban Trueba.
Clara a 10 ans lorsque débute le récit. Elle ne paraît pas appartenir tout à fait à la réalité. Elle est décrite à plusieurs reprises comme « innocente » et « extralucide ». Elle est l’annonciatrice de ce qui va se produire et le témoin de ce qui arrive. C’est un personnage éthéré qui converse avec les esprits et ne prend pied dans la réalité qu’après un terrible tremblement de terre, à l’origine de la destruction des Trois Maria ainsi que d’épidémies et de famines.

Par la suite, c’est sa petite-fille Alba qui prendra le relais, lors de l’accès à la présidence des socialistes. Le sénateur Trueba et les hommes d’affaires conservateurs de son espèce, craignant d’être dépossédés de leurs pouvoirs et de leurs biens, sabotèrent le nouveau gouvernement en confisquant les produits de première nécessité. Alba portera donc secours à son peuple, à l’insu de son grand-père. Elle continuera de même à lutter après l’instauration de la dictature militaire.

L’histoire est portée par des dualités, des couples qui s’affrontent ou se complètent :
Tout d’abord le couple formé par Esteban Trueba et Clara del Valle, dans lequel on a l’impression que Clara n’est là que pour empêcher le pire de la nature de son mari, et le rendre plus humain car il l’aime passionnément. Elle-même semble totalement détachée vis-à-vis de lui, elle savait simplement qu’elle devait se marier avec lui.
Ils auront trois enfants. Leurs deux fils, faux jumeaux, ont des caractères opposés. L’un, Jaime, devient médecin et se dévoue corps et âme à soigner et secourir tous ceux qui croisent son chemin. L’autre, Nicolas, semble mener une vie vaine et futile, intéressé surtout par lui-même. Leur fille, Blanca, joue surtout un rôle grâce à sa liaison avec un militant socialiste issu des paysans des Trois Maria, Pedro III Garcia. Elle en sera amoureuse toute sa vie.
Blanca donnera naissance à Alba, dernière de la lignée, la seule à vraiment communiquer avec Esteban Trueba, et qui parviendra à le rendre plus humain. Elle-même tombera amoureuse d’un révolutionnaire de gauche, Miguel, qui tiendra un rôle important dans la résistance à la dictature.

Le contexte politique, totalement absent au début de l’histoire, l’envahit progressivement en obligeant ainsi les différents personnages à se positionner par rapport à lui. Seule Clara, dans son rôle d’observateur et de témoin, ne semble pas prendre parti. Alba va chercher à reprendre ce rôle de témoin, enregistrant dans sa tête puis sur des cahiers les tortures vues et subies sous le régime des militaires. Mais elle doit, pour parvenir à un recul suffisant, faire appel à l’entraînement pour « vaincre la douleur et autres faiblesses de la chair » que lui a fait subir son oncle Nicolas à son retour d’Inde, quand elle était petite fille. Cela seul lui permet de s’abstraire de son emprisonnement et de ne pas en ressortir brisée mais plus forte.

F. P., AS Bib-Méd.

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