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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 10:00

Murakami-Haruki-Danse-danse-danse.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MURAKAMI Haruki
Danse, danse, danse

traduit par Corinne Atlan 

Seuil,1998

Points, 2004

réédition Cadre vert, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 « Je rêve souvent de l’hôtel du Dauphin. Dans mon rêve je fais partie de l’hôtel. Le bâtiment, déformé, s’allonge interminablement, en une sorte de prolongation de mon être. On dirait un immense pont surmonté d’un toit. Et ce pont qui m’englobe s’étend de la préhistoire aux confins de l’univers. Il y a aussi quelqu’un qui pleure dans mon rêve. Quelque part, quelqu’un verse des larmes pour moi. Je perçois nettement les battements de cœur et la douce chaleur de cet hôtel dont je ne suis qu’une infime partie. Je rêve… »

200px-Haruki_murakami_a_wild_sheep_chase_.jpgDanse, danse, danse est la suite de La course au mouton sauvage (2002, Seuil). Le lecteur y retrouve le narrateur, un journaliste trentenaire sans attaches, désabusé et à la dérive. Dès les premières lignes du texte, le lecteur entre dans l’univers de Murakami, qui mélange réel et fantastique. Quatre ans après l’avoir quitté dans le tome précédent, le narrateur rêve de l’hôtel du Dauphin, et y est attiré presque malgré lui. Cette pulsion magique est renforcée par la présence dans son fantasme du fameux homme-mouton, un personnage très mystérieux qui semble venu de l’au-delà pour le guider. Le narrateur essaie tout d’abord de démêler le rêve de la réalité, en analysant des faits bizarres, incompréhensibles, et ses hallucinations.

Cependant la pulsion est plus forte et il se rend à l’Hôtel du Dauphin, à Sapporo sur l’île d’Hokkaido au nord du Japon. C’est un établissement miteux, où il a autrefois passé la nuit avec une de ses conquêtes — dont il ne connaissait pas le nom mais qu’il appelait Kiki, une call-girl de luxe aux merveilleuses oreilles. Elle avait disparu dans La course au mouton sauvage et le narrateur entend son appel au secours dans un de ses rêves. Sur place, il découvre que L'Hôtel du Dauphin est devenu un immense palace, financé par la spéculation immobilière, la corruption et la mafia japonaise (yakusa), et que seul le nom n’a pas été modifié.

Il y tombe amoureux de Yumioshi, la jeune réceptionniste, avec qui il revient du monde des ténèbres, le 15e étage de l’hôtel, un lien vers l’au-delà qui se révèle paranormal et vraiment inquiétant. Perdu, le narrateur ne sait plus ce qu’il fait, se pose des questions sur lui-même et c’est alors, à cet étage, qu’il revoit l’homme-mouton dont le rôle consiste à « relier les choses ». Le fantastique arrive ainsi au bon moment, et les événements s’enchaînent ensuite pour le narrateur qui s’est lancé dans une introspection totale, au point de fantasmer sa vie. Perdu, l’homme-mouton lui servira de mentor, mais est-ce vraiment pour son bien ?

« Ayant épuisé le rêve, c'est la réalité qui l'attend au bout du chemin. » Lire

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Extrait

Le discours de l’homme-mouton

« Tu as besoin de moi parce que tu es en pleine confusion. Tu ne sais plus ce que tu cherches. Tu as perdu de vue ce que tu cherchais, tu t’es perdu de vue toi-même […] » « Qu’est-ce je dois faire, alors ? […] » « Danser, répondit l’homme-mouton. Continuer à danser tant que tu entendras la musique […] Ne te demande pas pourquoi. Il ne faut pas penser à la signification des choses. Il n’y en a aucune au départ. Si on commence à y réfléchir, les jambes s’arrêtent. Tous tes liens disparaîtront. Pour toujours. Et tu ne pourras plus vivre que dans ce monde-ci, de ce côté. Tu seras aspiré par le monde d’ici. C’est pour ça qu’il ne faut pas t’arrêter. Même si tout te paraît stupide, insensé, ne t’en soucie pas. Tu dois continuer à danser en marquant les pas. Et dénouer peu à peu toutes ces choses durcies en toi … ».



Mon point de vue

L’écriture très romanesque déployée par Murakami Haruki dans La course au mouton sauvage se retrouve parfaitement dans ce second tome. Le narrateur s’embarque ou est embarqué (le lecteur ne sait pas et pourrait dire « comme d’habitude ») dans des situations improbables et rencontre des personnages fantastiques comme cet homme-mouton par exemple Le mélange entre romanesque et fantastique fascine, il sait accrocher et tenir en haleine le lecteur, qui veut en savoir plus tout en ne comprenant jamais trop bien ce qui se passe. Les événements s’enchaînent parfois sans rapport, et le mystère reste présent grâce au côté extraordinaire de l’intrigue. Toute rationalisation se révèle impossible, car les seules explications données aux événements fantastiques le sont encore plus.


Le cadre spatio-temporel de l’histoire est très accessible parce que contemporain, ce qui rend le texte très proche de la tradition du roman occidental. L’auteur convoque Faulkner, Kafka, David Bowie, Mickael Jackson, Les Beach Boys, et multiplie les références à l’occident. Murakami possède une écriture claire, sans superflu malgré beaucoup de détails et avec ce qu’il faut de surnaturel pour surprendre efficacement le lecteur. L’absurdité du quotidien du narrateur devient celle du lecteur, faisant de l’enquête initiale une danse fantastique, fantasmagorique et enivrante.


Chloé Verdon, 2e année Éd.-Lib.

 

 

MURAKAMI Haruki sur LITTEXPRESS

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Article de Mélanie sur Sommeil.

 

 

 

 

 

chroniques-loiseau-ressort-haruki-murakami-L-1

 

 

 Article d'E.M. sur Chroniques de l'oiseau à ressort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Saules aveugles, femme endormie, article de Claire.

 

 

 

 

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Les amants du spoutnik
, article de Julie






L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d' Anaïs,  Anne-Sophie, Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.

 

 

 

 

 

 


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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 07:00

ch-on-la-baleine.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CH’ǑN Myŏnggwan
La Baleine

traduction de

Yang Jung-hee

et Patrick Maurus

Actes Sud, 2008



 

 

 

 

 

 

 

Chon_Myonggwan.jpg

 

Ne vous attendez pas à un hommage à Melville, mais la baleine est aussi chez Ch’ŏn Myŏnggwan une représentation du Wild.


L’animal le plus gros du monde incarne le sacré et le sauvage, et surtout fascine. Sachez une chose : dans ce roman, la démesure est une règle. Le monstrueux vient faire écho à nos passions endormies, hypnotise, obsède et finalement n’est qu’un arrêt avec le terminus : la folie.



Imbriquées comme des poupées russes, les différentes parties du roman se font écho. Les tiroirs s’ouvrent, les personnages peu à peu sont reliés, et
Ch’ŏn Myŏnggwan parvient par mimétisme à rappeler les caractéristiques gabriel-garcia-marquez-3.jpgdes œuvres de Zola : recréer un monde, des généalogies, dont les tares héréditaires transforment les personnages en héros d’épopée. Ou de légende. Parce que, finalement, Ch’on Myonggwan amène une rythmique singulière, une langue raffinée et crue, terreau d’une histoire comme seuls les conteurs peuvent en créer. Des conteurs comme Gabriel García Márquez et ces Cent ans de solitude, où foisonnent des personnages loufoques, où règne une inquiétante étrangeté. Mais alors que chez Márquez on file une double lecture, littéraire et politique, on oublie l’Histoire chez Ch’ŏn Myŏnggwan. La dimension engagée de La Baleine apparaît par petites touches impressionnistes puis, peu à peu, en filigrane derrière le destin de Kùmbok. La protagoniste va gravir les échelons du succès, et finalement symboliser l’arrivée du libéralisme et de la mondialisation dans la Corée du XXe siècle. Mais alors que Kùmbok parvient à s’installer comme business woman imbattable et intraitable, l’auteur va peu à peu la grimer en homme : pilosité anormale, cheveux courts, costumes virils, comme si sa déshumanisation devait passer par sa  « déféminisation ». Elle qui fascinait les hommes perdra définitivement la raison pour une jeune femme, se consumant une dernière fois dans une obsession homosexuelle. 


Pour un roman dont les personnages principaux sont des femmes, il est surprenant de constater qu’il n’y a finalement pas d’histoires d’amour. Les femmes sont fortes, cruelles, atypiques mais surtout passionnées. Ainsi, La Vieille Femme Très Laide, servante de bourgeois coréens, perd la raison lorsqu’elle découvre que l’Idiot, le fils des nantis, possède un pénis gigantesque. Fascinée, elle qui n’a jamais connu le plaisir avec un homme, La Vieille Femme Très Laide perd la raison et se glisse la nuit dans la chambre de l’Idiot. Découverte et battue, elle noie le monstre dans la rivière et, neuf mois plus tard, met au monde la Petite Borgne. La démesure est fascination et perversion.


Si vous avez entendu dire que les Orientaux avaient un rapport au corps et à la mort différents du nôtre, lisez donc Yoko Ogawa ou
Ch’ŏn Myŏnggwan pour vous en persuader. Ici, tous les corps sont malmenés, déformés. Kùmbok, dont le bas-ventre émet une odeur qui fascine les hommes, est tout d’abord bouleversée par un géant, puis par un homme mutilé, La Cicatrice. Elle donnera naissance à une enfant muette, obèse et autiste, Chunhui, élevée par de vieilles jumelles. La Vieille Très Laide, quant à elle, donnera naissance à une enfant aveugle. Seule rescapée de cet acharnement de l’auteur, l’amante de Kùmbok, dont la beauté affolante viendrait éclipser (ou sublimer) la difformité des autres personnages.


N’oublions pas le narrateur, omniscient, narquois, qui ici a une place très nouvelle. Personnage inconnu mais omniprésent, ce dernier fait autant partie de l’histoire que les autres personnages. C’est lui qui a le pouvoir de raconter, de juger, de cacher et de divulguer les informations. Il est finalement la personne la plus puissante de l’histoire. Sa personnalité est tellement forte que, bien que n’ayant aucune information sur lui, on ne peut s’empêcher de lui donner un visage. Pour moi ce sera une vieille face couverte par un chapeau, la cigarette aux lèvres remontées vers un sourire ambigu. Un clochard céleste.


Le fantastique et le réalisme s’entremêlent avec l’érotique et tissent une fresque fabuleuse.

Roman amoral et immoral, La Baleine dégage une puissance extraordinaire, sublimée par une poésie en équilibre entre cruauté et éther.  La bestialité d’un instant est définitivement magnifiée par la naïveté du suivant. Cette dualité ancrée au plus profond de chacun des personnages fait de La Baleine un roman total.


 Anaïs J., 2e année Éd.-Lib.






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28 juin 2010 1 28 /06 /juin /2010 07:00

 

YOSHIMURA LE CONVOI DE L EAU

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

YOSHIMURA Akira

Le Convoi de l’eau

Actes Sud, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Akira Yoshimura est né à Tokyo en 1927. Il est l’auteur d’une vingtaine de romans, nouvelles et essais. Il reçoit le prix Dazai en 1966 pour Voyage vers les étoiles. Il fait partie de la génération d’écrivains japonais nés dans les années 20, dont Kunio Ogawa et Kôbô Abé, qui contrastent avec leurs prédécesseurs, Sôseki, Ôgai, Higuchi Ichiyô, Kafû, Akutagawa et Dazai. Cette nouvelle génération exprime la violence des sentiments. Yoshimura s’inspire des vieilles légendes de la culture japonaise, mêlées aux faits divers contemporains.

 

 

Un groupe d’ouvriers va construire un barrage dans la vallée de la « rivière K ». Le narrateur fait partie des ouvriers ; il ne s’est pas engagé dans cette mission pour l’argent, mais pour une tout autre raison (page 13). Des rumeurs disaient qu’un village coupé du monde se trouvait dans cette vallée, mais c’était pour tous difficile à croire. Le hameau a été découvert par l’armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale.


Avec le projet du barrage dans la vallée, le hameau était condamné. Il sera enseveli par les eaux et les habitants devront s’exiler. C’est la rencontre entre deux mondes différents, le clivage entre tradition et modernité.

Akira Yoshimura aborde plusieurs thèmes, que l’on retrouve dans toute son œuvre.

La confrontation et l’incompréhension entre deux mondes totalement différents créent une  atmosphère de tension entre les ouvriers et les gens du hameau. Ces derniers vivent en autarcie et entretiennent un monde de tradition marquée par les rites ancestraux et l’animisme (croyance aux âmes et aux esprits). Les ouvriers ne comprennent pas les actions des villageois, au point de les mépriser. La relation entre les deux groupes est étrange et marquée par le silence. Les ouvriers ne saisissent pas pourquoi les villageois replacent inlassablement les mousses des toits de leurs maisons, tombées à cause des explosions causées par les travaux. Les villageois semblent nier la condamnation prochaine de leur village. Les ouvriers ne comprennent pas non plus la place disproportionnée donnée au cimetière dans la vallée (page 8). Elle révèle l’importance donnée aux morts dans le hameau. Seul le narrateur, grâce à son vécu, va comprendre les villageois. Un lien étrange va alors se tisser entre eux.


Les sentiments de souffrance et de haine liés à l’infidélité et la trahison sont intenses dans le récit. La femme du narrateur, Chizuko, l’a trompé avec Yodono, chef comptable de l’entreprise où il travaillait. Le narrateur les a surpris dans leur chambre et a assassiné sa femme avec une bûche, devant ses deux filles (page 37). Le narrateur s’est exprimé par la violence face à cette scène insupportable. Cette violence nous ramène à son enfance, lorsqu’un jour il surprit sa mère avec le jeune homme qu’ils avaient alors en pension chez eux (page 38). Depuis, la méfiance s’était installée entre lui et sa mère et sa frustration n’a créé que de la souffrance.


L’auteur pose la question de la légitimité dans le ressentiment et l’expression de la haine et de l’inexorabilité après avoir souffert. Yoshimura révèle ici les contradictions inavouables de la jouissance dans la vengeance. Pour avoir assassiné sa femme, le narrateur a purgé quatre ans de prison et l’humidité de la vallée le ramène à la vie carcérale et à sa souffrance après sa libération. La peine infligée par les hommes n’a pas suffi à le libérer de ses tourments.

 

Le récit est également très marqué par le thème de la mort et les éléments morbides. On remarque une réelle fascination pour les os (page 20). Le narrateur emporte avec lui cinq morceaux d’os des doigts de pied de sa femme, dont il a profané la tombe. Parmi les éléments morbides, on note aussi la description du corps en décomposition d’une jeune fille du hameau (page 134). En effet, pendant les travaux, un des ouvriers va violer cette jeune fille. La jeune fille viendra dénoncer cet homme, Tamura. Elle sera retrouvée pendue à un paulownia dans la vallée. S’est-elle suicidée par honte, ou pour rétablir l’honneur des siens ? A-t-elle été condamnée ? En tout cas Tamura était responsable. Le destin de cette fille va amener le narrateur à repenser ses actes, et principalement le meurtre de sa femme. Il décidera  de pardonner en enterrant la jeune fille pendue, délaissée par les siens (page 139). La référence à la mort se retrouve aussi dans l’exhumation des corps du cimetière par les villageois. Ils placent les crânes dans des boîtes pour les emporter dans leur exil (page 129). Les villageois exécutent des gestes que le narrateur a lui-même effectués quelques années auparavant. Le passé du narrateur entre ici en résonance avec le destin des villageois.

L’écriture de Yoshimura est très poétique malgré les thèmes abordés, notamment dans la description des lieux et dans l’expression des sentiments. Le récit est austère, parfois glacial et très marqué par le silence. Il n’y a presque aucune communication entre les gens du hameau et le groupe de travailleurs. Le recours poétique aux forces élémentaires naturelles : eau, vent, brume, pluie, neige, feu, donne une dimension universelle au récit, comme pour les sentiments ressentis par le narrateur. On note également le respect de la nature par les villageois lorsqu’ils brûlent leur village avant de s’exiler, en veillant à protéger la forêt (page 164). Yoshimura exprime la violence des sentiments avec un lyrisme symbolique. Les sentiments humains sont perçus comme un lieu de jonction entre la nature (lieu d’épanchement, image du fini et de l’infini), l’amour (désir d’harmonie et d’humanité ; page 41), et la mort (sentiment du temps qui passe et précarité de l’homme). Pour le philosophe Hegel, le lyrisme est l’expression la plus directe de l’intériorité du sujet dans le sentiment. Le récit à la première personne marque la subjectivité du narrateur.


Le roman emprunte au réalisme et au naturalisme. Les descriptions sont des éléments d’appréhension du rapport entre l’homme et son milieu, où chaque détail a du sens. Chaque action des villageois présente un sens pour le narrateur. Le convoi de l’eau, comme d’autres récits de Yoshimura, peut également être rapproché  du roman noir ou roman gothique anglo-saxon. Dans les pays anglo-saxons, le terme gothic novel est parfois utilisé pour désigner la littérature fantastique. Le roman gothique est différent, il dépeint des atmosphères étranges et angoissantes, avec une recherche de l’exotisme. Ses normes dans les thèmes sont des éléments tels que les meurtres, les torrents, la neige, les montagnes, les incendies ; et les éléments morbides : viol, pendaison, exhumation, chauves-souris. C’est ce que l’on retrouve dans ce récit.

L’expression des sentiments est poignante chez Yoshimura. Le récit nous emporte dans un autre monde, un monde qui révèle toutes nos
contradictions.


Rachida, A.S. Bib.-Méd.

 

 

YOSHIMURA Akira sur LITTEXPRESS

 

Yoshimura voyage vers les étoiles

 

 

 

 

 

Article de Julie sur     Voyage vers les étoiles.

 

 

 

 

 

 

 


  YOSHIMURA LE CONVOI DE L EAU

 

 

 

 

Article d'Elise sur Le Convoi de l'eau

 

 

 

 

 

 

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Article d'Eric sur La Jeune Fille suppliciée sur une étagère.

 

 

 

 

 


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27 juin 2010 7 27 /06 /juin /2010 07:00

Murakami-Seuil.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Haruki MURAKAMI
La Fin des temps
,1985

Seuil Points, 2001

Seuil Cadre vert, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur


Né à Kyoto en 1949, Haruki Murakami a étudié la tragédie grecque à l’université de Tokyo, avant de vivre en Europe  puis à Princeton aux Etats-Unis où il enseigna la littérature japonaise.

En 1995, suite au tremblement de terre de Kobe et à l’attentat du métro de Tokyo, il décide de rentrer au Japon.


Il fut le traducteur japonais de célèbres écrivains tels que Francis Scott Fitzgerald, John Irving…

Son premier livre, Écoute le chant du vent, en 1979 remporta le prix Gunzo.


Ensuite, il publia entre autres La Ballade de l’impossible (1994), L’Éléphant s’évapore (1998), La Course au mouton sauvage (2000), Chroniques de l’oiseau à ressort (2001), Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil (2002), Les amants du Spoutnik (2003), Kafka sur le rivage (2006), Saules aveugles, femme endormie (2008) et Autoportrait de l’auteur en coureur de fond (2009).




Résumé

Le récit de deux hommes, de deux vies. Le premier est un informaticien, engagé par un vieux savant pour une opération mentale secrète. Il découvre rapidement qu’il est la cible d’un complot et se plonge dans une course effrénée pour comprendre : il a subi une manipulation neurologique et, par une erreur irréversible, le monde réel disparaît pour laisser place à un monde qu’il crée de toutes pièces.  


C’est alors qu’il se réveille un jour dans une petite ville étrange entourée d’une muraille infranchissable. Son ombre  a été séparée de lui et réside sur la Place des ombres jusqu’à sa mort.


Il est nommé « liseur de rêves », tâche unique au village, qui lui demande d’observer attentivement des crânes de licornes pour s’imprégner des vieux rêves. Au commencement, les deux histoires sont apparemment différentes mais peu à peu, elles se confondent pour finalement ne faire plus qu’une, nous plongeant à la frontière entre le réel et  le merveilleux.

La Fin des temps est fondée sur l’alternance de deux récits. L’un s’intitule « Pays des merveilles sans merci », l’autre s’intitule « La Fin des temps ».


Le merveilleux s’installe rapidement dans la partie « Pays des merveilles sans merci ».


Le personnage, qui est le narrateur, doit rencontrer un vieux savant dans son laboratoire de la ville de Tokyo. Pour cela, et de façon tout à fait rationnelle, il accède à un immeuble de la ville.


Le surnaturel intervient dans la banalité du quotidien lorsqu’il emprunte un ascenseur qu’il trouve extrêmement lent. Il est entré en contact avec le vieux savant afin d’opérer à un shuffling. Son employeur, une société surpuissante aux moyens technologiques incommensurables, a modifié sa conscience afin qu’il soit capable de brouiller des données secrètes par sa seule capacité cérébrale, échappant ainsi aux  pirates de la société concurrente Factory.


Il est reçu par une jeune fille, « grassouillette », toute vêtue de rose, dont il ne comprend pas les paroles. Elle parle sans émettre de sons. La petite fille du savant lui fournit des vêtements étanches et le fait pénétrer dans une petite cavité plongée dans l’obscurité. Elle le guide : «
Il y a une rivière qui coule là-dedans…en suivant l’amont de la rivière, vous arriverez à une grande chute d’eau. A ce moment-là, faufilez-vous simplement dedans. Le cabinet de Grand-père se trouve juste derrière » et le prévient sérieusement de ne quitter son chemin sous aucun prétexte. Il parvient à retrouver le scientifique.  Ce dernier lui apprend qu’il a baissé le son vocal de sa petite fille et qu’il estime son invité chanceux d’avoir échappé aux ténébrides : monstres-poissons répugnants qui peuplent les sous-sols obscurs de la ville.


Le narrateur en visite chez le vieux savant comprend peu à peu qu’une mauvaise manipulation cérébrale a été commise par la société qui l’emploie. Dépassé par cette anomalie systémique de dédoublement des pensées au sein de la conscience, le narrateur apprend qu’il n’a que quelques jours avant de ne plus tenir compte de sa propre pensée, ses propres actions et ses paroles.


Inévitablement et irrémédiablement, tel un schizophrène, il sera soudainement plongé dans un monde imaginaire qu’il sera le seul à vivre, en « toute conscience » ; un monde peuplé de licornes, au sein d’une cité entourée d’une muraille.

Second récit de La Fin des temps. En arrivant dans la ville murée, le personnage, lui aussi narrateur, découvre les licornes, leur pelage doré changeant au fil des saisons, leurs sorties de la ville chaque nuit.


Il rencontre le gardien de la cité, un homme sinistre, impressionnant par sa force physique, sa position au sein de la cité et tous les objets tranchants qui peuplent sa demeure. Ses propos sont formels : il suit le règlement, ne s’étonne plus de rien et aime la normalité et la banalité qui rythme la vie de la ville. A la bibliothèque, l’homme rencontre une jeune fille qui l’accompagne dans ses lectures des rêves. Elle lui explique comment se créent les vieux rêves : lorsqu’une ombre meurt, son propriétaire humain est privé de son cœur. Les cœurs sont aspirés par les licornes et renaissent sous forme de vieux rêves à travers leurs crânes.


Le narrateur est plongé dans une cité « parfaite » où les hommes et les femmes vivent en paix, pour l’éternité. Séparés de leurs ombres, ils ne ressentent plus ni amour, ni haine, et n’ont plus de mémoire.


Il explore la cité, et rend visite à son ombre qui a prévu un plan d’évasion pour eux deux. Il refuse de s’évader de la cité avec son ombre au moment où l’autre personnage (l’autre partie de lui-même) perd connaissance pour plonger dans son propre monde (pays des merveilles sans merci). Pour le personnage, c’est à la fois la fin d’un cauchemar et la fin d’un rêve, la course est finie, tout s’arrange et se pose enfin. L’un choisit délibérément de rester dans la cité (le monde subconscient), l’autre n’est pas mécontent d’y entrer.

Que ce soit dans  un récit ou dans l’autre, le quotidien prend une place importante. Ennuyeux, il dérive soudainement pour laisser place à l’imprévu, à l’onirique mais aussi à l’incompréhension du lecteur et du narrateur.


Dans sa course contre les pirates et pour comprendre pourquoi il se fait agresser et torturer, le narrateur est surpris par certains éléments qui interviennent : le son coupé de la jeune fille, le crâne en cadeau, les souterrains de Tokyo qui contiennent un sanctuaire de ténébrides admirablement taillé dans l’obscurité, les cratères géants, les sangsues…


Le flottement entre fantastique et le réel est permanent, mais n’entrave pas la conscience du personnage principal. Il sait que sa guérison est impossible. Courageusement, il accepte sa « mort », il renonce à la vie normale des « vivants », d’autant plus qu’il ne ressentira plus le besoin d’alcool pour pallier son anxiété. Sa perte de conscience est comme bienvenue. Elle est le signe d’une renaissance, et comme une récompense et un repos tant désiré ; un accès à la liberté et au rêve.


Comme touché par une fatalité bienheureuse, il vit la vie « réelle», détendu, pendant les quelques jours qui lui restent. 


« La vie éternelle – j’essayais de réfléchir à ça. L’immortalité. J’étais en route pour l’immortalité, avait dit le professeur. La fin de ce monde, ce n’était pas la mort, mais une nouvelle transformation, et là je deviendrais enfin moi-même, je pourrais retrouver toutes les choses que j’avais perdues autrefois et celles que je continuais à perdre maintenant… Pourtant, les paroles du professeur ne trouvaient aucun écho en moi, elles étaient trop abstraites, trop vagues… et puis que pensait un immortel de sa propre immortalité ? ».

 


Questions sans réponses


Face au gardien de la cité, l’homme s’interroge :

 

« Pourquoi rassembler les bêtes au crépuscule pour les faire sortir de la ville, et les faire entrer à nouveau le matin ? lui demandai-je quand il eut repris ses sens.
Il me fixa un moment d’un regard vide de toute émotion.
– Parce que c’est comme ça, répondit-il. Je le fais parce que c’est comme ça. Tout comme le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest ».


« Ben, les vieux rêves, c’est les vieux rêves … Tu peux me poser les questions que tu veux, mais c’est moi qui choisis si je veux te répondre ou pas, dit le gardien en croisant les mains sur sa nuque. Dans le tas, il y en a aussi auxquelles je ne peux pas répondre. En tout cas, à partir de maintenant tu vas aller tous les jours à la bibliothèque et lire les vieux rêves. »


Rien n’est clairement expliqué dans La Fin des temps, même les raisons de la perte de conscience du personnage sont extrêmement complexes.


Cependant, nous espérons des réponses au fur et à mesure de la lecture. Les personnages eux-mêmes ne semblent pas désirer de réponses. Nous nous questionnons : que se passe t-il ? Pourquoi la ville est-elle murée ? Pourquoi les ombres sont-elles enfermées ? Dans quel but lire les vieux rêves ?  Pourquoi y a-t-il une guerre entre les deux puissantes sociétés ? D’ailleurs, on ne cesse de s’interroger sur le sens de ce conflit : est-ce pour des avancées neurologiques, pour de simples recherches scientifiques, ou alors, pour la simple destruction de l’espèce humaine face à la Machine surpuissante. La Fin des temps est à la fois une réflexion, un questionnement permanent, et une mise en garde contre la toute-puissance de l’informatique et la manipulation qu’elle exerce sur l’Homme.


Comme les personnages, en tant que lecteurs, nous finissons par nous résigner et accepter que tout ne s’explique pas toujours.



« Sociétés » : Pays des merveilles sans merci et Fin des temps vs Japon


Les deux sociétés (l’une réelle, l’autre subconsciente) dans lesquelles évolue le personnage sont violentes. L’une suppose un complot et un désintéressement des sociétés technologiques pour l’éthique et la race humaine, ainsi qu’une population souterraine de ténébrides répugnants et terrifiants, inconnue des habitants de la ville. L’autre est une société à huis-clos, mystérieuse et malsaine.


La Fin des temps ne fait référence à aucune culture particulière, et de façon étonnante, à aucun signe de la culture et du passé historique du Japon. Cependant, le Japon est repérable dans la forte présence des technologies de pointe. Il échappe encore quelque peu à la logique occidentale, mais l’évolution technologique et économique fulgurante en a fait un pays moderne.


Les entreprises System et Factory décrites dans le récit, surmanipulent la population par des outils technologiques invraisemblables dont les dégâts sont irréversibles. Tout est possible, jusqu'à l’incroyable.


À de nombreuses reprises et soudainement, le personnage se raccroche à des souvenirs de films et par mélancolie, fredonne ou réécoute certains artistes :
« Je mis la cassette de Bob Dylan sur la stéréo et passai un long moment à essayer toutes les manettes du tableau de bord en écoutant Watching The River Flow ».  La culture occidentale est uniquement présente dans le texte par des références précises à des écrivains, des chanteurs anglo-saxons (Duran Duran, I Go To Pieces de Peter et Gordon…), des films et acteurs de légende (Henri Fonda dans L’Homme au colt d’or, Lauren Bacall…). Ces références sont une sorte d’échappatoire à la violence de l’aventure éprouvante que le personnage vit contre son gré. Un moyen de dédramatiser sa situation, et le fait qu’il va « mourir ». 


Comme si Haruki Murakami improvisait au fur et à mesure qu’il écrit, on se demande s’il ne va pas se perdre dans la dimension merveilleuse et fantastique de son récit. Il le  mène dans les retranchements du rêve, en utilisant le loufoque, l’audace et une imagination fabuleuse.


Anne-Cécile, A.S. Éd.-Lib.

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26 juin 2010 6 26 /06 /juin /2010 07:00

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Salman RUSHDIE
Les Enfants de Minuit

traduction de Jean Guiloineau

Folio, 2010



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Salman Rushdie est un des écrivains indiens les plus connus et reconnus au monde. Il est né le 19 juin 1947 à Bombay. A l'âge de 14 ans, il quitte l’Inde pour le Royaume-Uni. Il étudiera notamment l'histoire dans la célèbre université de Cambridge.


Son premier livre, Grimus, date de 1975 mais est totalement ignoré par la critique littéraire. Il ne commence à vivre de son travail d'écrivain qu'après avoir écrit Les Enfants de Minuit en 1981. Ce roman obtient le Booker Prize, la récompense littéraire la plus prestigieuse d’Angleterre, et propulse ainsi son auteur sous le feu des projecteurs littéraires. En 1988, il publie les Versets sataniques qui font scandale dans la communauté musulmane. La fatwa lancée à son encontre cette année-là est toujours d’actualité l’obligeant à vivre caché sous la protection du Royaume-Uni. Sa dernière œuvre en date est L’Enchanteresse de Florence (2008).
   

Salman Rushdie a été très inspiré par la littérature occidentale. Il a entre autres puisé l’usage de l’autobiographie fictive, la thématique du don extraordinaire et la question des origines familiales dans le livre de Günter Gass Le Tambour publié en 1959. De plus, et bien que l’auteur s’en défende, on retrouve un réalisme magique qui semble tout droit venir du Cent ans de solitude de Gabriel García Marquez.


Ce livre est écrit sur le ton de l'autobiographie. Le narrateur, Saleem Sinai, a environ 30 ans et décide d'écrire ses mémoires. Il s'adresse directement au lecteur et parfois à sa concubine, Padma, qui l'interrompt de temps à autre pour savoir où Saleem en est. Saleem est l’alter ego de Salman Rushdie. Tous les deux nés à Bombay, ils font partie de la première génération d’Indiens nés dans cette nouvelle Inde qui doit se construire.


Le roman de Salman Rushdie est un mélange de différents genres artistiques très populaires en Inde. Ainsi, le cinéma fait-il une apparition régulière au détour des chapitres :
« Avec quelque embarras, je suis obligé de reconnaître que l’amnésie est le truc régulièrement utilisé par nos scénaristes qui forcent sur les effets. Baissant légèrement la tête, j’admets qu’une fois encore, ma vie a pris l’allure d’un film de Bombay. » La rencontre dans un café entre la mère de Saleem et son premier mari semble tout droit sortie d’un film de Bollywood  (p.315) :


«  Incapable de regarder le visage de ma mère, je me concentrai sur le paquet de cigarettes, allant du plan d’ensemble des amants jusqu’au gros plan de nicotine. Mais des mains entrent dans le champ […]. Ce que je suis en train de regarder sur ma vitre-écran sale de cinéma n’est après tout qu’un film indien dans lequel tout contact physique est interdit de peur que cela corrompe la fleur de la jeunesse indienne »


Le cinéma n’est pas le seul genre utilisé par Rushdie. Dès les premières pages, on a affaire au genre du conte, le livre débutant en ces mots « Il était une fois ». De plus Saleem se compare lui-même à une nouvelle Schéhérazade. Les références aux Mille et une nuits se poursuivent par la naissance de 1001 enfants des minuits. De plus, les noms de certains personnages (Shiva, Parvati…) font référence au Mahabharata, l’un des textes fondateurs de la littérature indienne. Tout comme les physiques de Saleem et de son fils, l’un ayant un grand nez de grandes oreilles, font penser au dieu-éléphant Ganesh, dieu de l’écriture.

Les Enfants de Minuit est divisé en trois « livres ». Chacun raconte les étapes importantes de l'histoire de Saleem Sinai.


Le « livre premier » retrace l'histoire de la famille maternelle de Saleem depuis le retour de son grand-père en 1915 jusqu'à la naissance de l'intéressé le 15 août 1947 à la minute même où l'Inde devient indépendante. On y découvre l'origine de la malédiction dont Saleem croit sa famille et lui-même victimes, ainsi que les tribulations maritales de sa mère. La malédiction familiale est déterminée par le premier chapitre du livre mais elle est clairement définie par Saleem au début du deuxième livre :

 

« " Condamné par un drap troué à une vie de fragments ", ai-je écrit et lu à haute voix, " j'ai cependant fait mieux que mon grand-père ; parce que, si Aadam Aziz est resté la victime du drap, j'en suis devenu le maître – et c'est Padma qui est maintenant sous son charme. »

 

Cette malédiction du drap troué se ressent également dans l'écriture. En effet, Saleem nous livre son histoire par fragments, le premier niveau de fragment étant le découpage de l'histoire en trois livres. Dans ces livres on passe souvent du présent au passé et inversement sans crier gare. Il résulte de cela une histoire du passé et une description du présent entremêlées donnant l'impression qu'elles sont fragmentées, comme l'illustre le passage suivant :

 

« Je me cache peut-être derrière toutes ces questions. Oui, peut-être est-ce exact. Je devrais parler franchement, sans le manteau d'un point d'interrogation. Notre Padma est partie et elle me manque. Oui c'est, ça. Mais il reste du travail à faire ; par exemple : Pendant l'été de 1959, alors que la plupart des choses dans le monde étaient encore plus grandes que moi, ma sœur, le Singe de Cuivre, prit la curieuse habitude de mettre le feu aux chaussures. »

 

Le livre II raconte l'enfance et l'adolescence de Saleem, depuis sa naissance jusqu’au mois de septembre 1965. Durant cette période, il se rend compte qu’il possède le don de télépathie ainsi que celui de faire communiquer à distance tous les enfants nés à minuit le jour de l’indépendance de l’Inde, comme lui. Il essaye de créer un Congrès des enfants de Minuit en parallèle de celui créé par les dirigeants du pays. Malheureusement, le projet ne dure pas car la découverte de ses véritables origines lui fait craindre de perdre tout ce qu’il a. Il découvre son don grâce à un accident de vélo et le perd à cause d’une intervention chirurgicale visant à empêcher son nez de couler sans discontinuer.  Le même jour, tous les proches de Saleem sont décimés par des bombes tandis que celui-ci reçoit un crachoir en argent sur la tête, ce qui le rend amnésique et indifférent à ce qui l'entoure. Seule sa sœur, Jamila la chanteuse, est épargnée. Durant cette période de sa vie, Saleem voyage avec sa famille entre l'Inde, son pays natal, et le Pakistan où il effectue d'abord un bref séjour lors de la séparation provisoire de ses parents avant que sa famille décide d'y émigrer pour de bon.


Le livre III retrace sa vie d’adulte, depuis la mort de sa famille jusqu’à sa mort. Suite à la chute du crachoir en argent sur sa tête, Saleem perd la mémoire et se met à se comporter comme un chien. Il est même engagé dans l’armée pakistanaise en tant que tel, car depuis qu’il a perdu son don de télépathie il est doté d’un flair extraordinaire. Il finit par quitter cet état « animal » et regagne l’Inde grâce à une des enfants de minuit, Parvati la sorcière qu’il épouse plus tard. C’est elle qui lui donnera son fils, Aadam dont les circonstances de la naissance sont très semblables à celles de Saleem. Celui-ci utilise d’ailleurs le même schéma narratif pour conter les deux naissances.

La vie de Saleem Sinai est marquée par l’histoire de son pays, l’Inde. Il commence par naître à la minute même où le pays accède à l’indépendance. A partir de cet instant, sa vie suivra les méandres de l’Inde dans ses tentatives pour suivre la voie de la démocratie. Il a toujours la sensation d’être « enchaîné » et donc de subir tout ce qui lui arrive.


Deux paragraphes résument les principaux thèmes du livre : les passages narrant la naissance de Saleem et celle de son fils Aadam. Les premiers mots des deux citations sont les mots traditionnels, connus de tous, par lesquels un conte débute. Dès les premiers mots de son livre, Salman Rushdie pose l’une des pierres angulaires de son œuvre : l’intégration du fantastique au réel.

 « Il était une fois… je naquis à Bombay. Non, ça ne marche pas, il ne faut pas perdre la date de vue : je suis né à la maternité du Docteur Narlikar, le 15 août 1947. Et l’heure ? L’heure a aussi de l’importance. D’accord : la nuit. Non, il est important d’être plus… A minuit sonnant, exactement. Les bras de la pendule ont joint les mains pour m’accueillir avec respect. Il faut tout dire : À l’instant précis où l’Inde accédait à l’indépendance, j’ai dégringolé dans le monde. Il y avait des halètements. Et, dehors, de l’autre côté de la fenêtre, des feux d’artifice et la foule. […] parce que grâce à la tyrannie occulte des horloges affables et accueillantes, j’avais été mystérieusement enchaîné à l’histoire, et mon destin indissolublement lié à celui de mon pays. […] Les devins avaient prophétisé ma venue, les journaux la fêtèrent, les politiciens ratifièrent mon authenticité. Je n’eus absolument pas voix au chapitre. […] Et, à l’époque, je ne pouvais même pas me moucher. »


« Il était une fois… il naquit dans le vieux Delhi. Non, ça ne marche pas, il ne faut pas perdre la date de vue : Aadam Sinai est né dans l’ombre nocturne d’un taudis le 25 juin 1975. Et l’heure ? L’heure a aussi de l’importance. Comme je l’ai dit : à minuit. Non, il est important d’être plus… A minuit sonnant exactement. Les bras de la pendule ont joint les mains… Il faut tout dire : A l’instant précis où l’Inde accédait à l’état d’urgence, il sortit. Il y avait des halètements ; et dans tout le pays des silences et des peurs. Et grâce aux tyrannies occultes de cette heure de ténèbres, il était mystérieusement enchaîné à l’histoire, et son destin indissolublement lié à celui de son pays. Il vint, non prophétisé, non fêté ; aucun premier ministre ne lui écrivit de lettre ; mais, au moment où mon temps de connection approchait de sa fin, le sien commençait. Bien sûr, il n’eut pas son mot à dire ; après tout, il ne pouvait même pas s’essuyer le nez. »

 
En effet, la magie est présente tout au long du roman. La mère de Saleem est la première à en faire l’expérience à travers la prophétie qui lui est faite à propos de son futur enfant. Rushdie évoque aussi la magie dans les titres de ses chapitres : Abracadabra … L’interprétation des chiffres concernant les Enfants de minuit est une autre manifestation de l’omniprésence de la magie (p.315) :


« Les nombres, eux aussi, ont une signification : 420, le nom donné aux fraudes ; 1001, le nombre des nuits, de la magie, des réalités alternatives – un nombre aimé des poètes, haï des politiciens pour qui toute alternative au monde est une menace ; et 555, que j’ai pris pendant des années pour le plus sinistre des nombres, le code du diable, la Grande Bête, Satan lui-même ! C’est ce que m’avait dit Cyrus-le-Grand et je n’envisageais pas la possibilité qu’il pût se tromper. Mais il se trompait : le vrai nombre démoniaque n’est pas 555, mais 666 »


En outre, la génération des Enfants de minuit est qualifiée par Nehru lui-même, de « génération magique ». Salman Rushdie base son livre sur cette expression en la prenant au pied de la lettre. Ainsi cette génération, qui ne connaît pas l’Inde sous domination coloniale, est-elle dotée de pouvoirs magiques plus ou moins puissants.


Cependant, au vu de l’ensemble du texte on ne doit pas employer le mot « magie » mais plutôt le terme de « réalisme magique » (ou baroque, car il refuse l’étiquette de Garcia Marquez), parce que le réel et la fiction sont étroitement liés. L’auteur fait cependant preuve d’innovation en inversant le rapport entre Histoire et fiction : ici c’est l’Histoire qui s’adapte à la fiction comme le démontrent les erreurs chronologiques de Saleem qui préfère croire ses souvenirs plutôt que l’Histoire (p.322) :


« Mais Padma dit doucement, " C’était quelle date ? " Et je réponds sans y penser : " Au printemps. " Et je me rends compte que j’ai fait une autre erreur – les élections de 1957 ont eu lieu avant et non après mon dixième anniversaire ; mais j’ai beau me torturer les méninges, ma mémoire refuse obstinément de modifier le déroulement des événements. »

L’Histoire est pourtant le point central du roman. L’auteur, à travers la vie de son héros, raconte sa perception de l’Inde indépendante telle qu’il l’a connue (il est né en 1947 comme Saleem, l’année de l’indépendance) et telle qu’il la vue évoluer. Les circonstances de la naissance de Saleem en font à la fois l’incarnation de Salman Rushdie et la personnification de l’Inde. Le physique de Saleem est même comparé à la carte de l’Inde par l’un de ses professeurs, p.335 :


« Vous né voyez pas ? demande-t-il en pouffant. Dans lé visage dé cé singe affreux, vous né voyez pas la clarté dé l’Inde ? […] Ces tachés, s’écrie-t-il, c’est le Pakistan ! Ces tachés dé naissance sur l’oreillé droité, c’est lé Pakistan oriental ; et ces tachés horriblés sur la joue gauche, l’occidental ! Souvénez-vous, pétits imbéciles ! Le Pakistan est ouné taché sur le visagé dé l’Inde ! »


Dès son entrée dans le monde, le destin de Saleem est lié à celui de l’Inde (p.345 : « je fus enchaîné à l’histoire, à la fois littéralement et métaphoriquement… »). Nombreuses sont les comparaisons possibles entre Saleem et son pays. La plus flagrante est celle entre le Congrès indien et le Congrès des Enfants de minuit : ce dernier représente, par la diversité des origines des enfants et les problèmes de communications que cela engendre, la pluralité culturelle de l’Inde et les tensions qui règnent à cause de celle-ci. Les mutilations subies par Saleem, à savoir la perte d’un doigt, d’une poignée de cheveux ou encore de son don de télépathie, sont autant de reflets des difficultés rencontrées par une Inde indépendante qui cherche sa voie.


Saleem n’est pas le seul à être lié à l’histoire de l’Inde, toute sa famille l’est aussi. C’est pourquoi le narrateur  fait commencer le récit non pas à la naissance de Saleem mais à l’histoire de son grand-père, le passé étant nécessaire pour comprendre le présent, que ce soit celui de Saleem ou celui de l’Inde. C’est d’ailleurs à l’époque où son grand-père découvre à travers le trou pratiqué dans un drap les différentes parties de sa future épouse que prend forme ce que Saleem appelle la malédiction familiale. Ce thème du secret est un autre des nombreux fils conducteurs lancés par Salman Rushdie à travers son livre. Le premier mariage de sa mère est secret car son mari est recherché. Saleem, plus tard se cache lui aussi, d’abord dans un coffre à linge, dans sa jeunesse, puis ensuite dans une jarre magique pour pouvoir retourner du Pakistan en Inde sans être arrêté.

A travers Les Enfants de Minuit, l’auteur pose la question de l’identité. En effet, on découvre que Saleem n’est pas le fils de son père, de même que le fils de Saleem n’est pas son fils non plus. De plus, plusieurs personnages changent de nom au cours de leur vie et par là-même d’existence : sa mère change de prénom pour son second mariage, tout comme son amie Parvati-la-sorcière change de nom en épousant Saleem, et comme sa sœur devient Jamila la chanteuse après avoir été durant toute son enfance le Singe-de-Cuivre. Cette question de l’identité fait référence à la vie personnelle de Salman Rushdie. Étant enfant, il a d’abord émigré au Pakistan avant d’aller en Angleterre où il vit aujourd’hui. Les Occidentaux le considèrent comme la voix de l’Inde, alors que pour la critique indienne il porte un regard étranger sur le pays.


Ce problème de l’identité peut également s’appliquer à l’Inde et à la définition de l’identité nationale au sein d’un pays parlant plusieurs langues et fondé sur la diversité culturelle.


Grâce à son humour, à son ironie et à sa satire du gouvernement indien (par la diabolisation du Premier ministre Indira Gandhi), Salman Rushdie fait découvrir au lecteur une Inde nouvelle en pleine mutation, qui a du mal à s’unir à cause de différences au sein de la population. On sent que l’auteur est déçu par les promesses non tenues de l’accession à l’indépendance d’un des pays les plus peuplés du monde.


Astrid, A.S. Éd.-Lib.

 

 

 

Salman RUSHDIE sur LITTEXPRESS

 


Rushdie Enfants minuit

 

 

 

 

articles d'Annabelle, de M.F. D. et de E.S. sur Les Enfants de minuit.

 

 

 

 

 

 

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article de Marianne sur L'Enchanteresse de Florence

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 07:00

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Chitra Banerjee DIVAKARUNI
Le Palais des illusions

traduit de l’anglais par Mélanie Basnel
Editions Picquier, 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Palais des Illusions est un roman qui propose une réécriture d’un texte fondateur pour la culture indienne : le Mahabharata. Tous les Indiens connaissent ce livre qui est à la fois historique, philologique et philosophique. Certains épisodes comme le Bhâgavad Gîta ont même inspiré la philosophie du Mahatma Gandhi.


Il est important de connaître des éléments de la vie de Chitra Banerjee Divakaruni pour comprendre pourquoi elle a choisi d’adapter le Mahabharata. L’auteur est née en Inde, à Calcutta en 1957. Elle est arrivée aux Etats-Unis pour y suivre des études d’anglais, alors qu’elle n’avait que dix-neuf ans. Elle y réside encore aujourd’hui et enseigne la littérature à l’université de Houston. Ses romans et nouvelles, récompensés à plusieurs reprises, sont imprégnés de ce biculturalisme. Elle aime utiliser le réalisme magique pour mettre en scène des situations et des personnages très contemporains. De plus, c’est une féministe : elle est entre autres présidente d’une association de défense des femmes d’Asie du Sud-est, qui lutte contre les violences domestiques. Cet engagement se ressent dans la plupart de ses écrits car elle utilise souvent des femmes au caractère fort comme personnages principaux. Avec Le Palais des Illusions, tous ces éléments se retrouvent car le narrateur n’est autre que la princesse du royaume Panchal, Draupadi, une figure féminine centrale du Mahabharata.


Ce texte sacré est censé avoir été rédigé par le dieu Ganesh, sous la dictée du sage Vyasa, qui en serait à la fois un auteur et un acteur. Il semble plus probable que plusieurs auteurs aient contribué à son écriture. Les spécialistes datent sa forme actuelle du Ve siècle après J.C. C’est le plus long poème Indien, et l’un des plus longs de toutes les littératures. Il aurait fallu huit siècles pour écrire cette épopée qui compte environ 100 000 vers, soit quinze fois plus que l'Iliade

 
Le Mahabharata se compose de dix-huit parvas (livres) ; dans Le Palais des Illusions, quarante-trois chapitres synthétisent l’œuvre, mais toujours en respectant les morales et les philosophies véhiculées par la version originale. Un arbre généalogique et une présentation rapide des personnages principaux sont judicieusement placés au début du roman.


Synthétiser cette épopée n’est pas simple ; pourtant l’auteur réussit habilement à recomposer de façon linéaire les étapes les plus importantes. Ainsi, elle rappelle les origines de la guerre qui a opposé deux groupes de cousins germains : les Pandava et les Kaurava pour la conquête du trône de Hastinapur. La première partie du roman raconte, à travers l’enfance de l’héroïne, comment les deux clans en sont venus à se déchirer. Au cours d’une partie de dés, le sort du royaume se décide et l’aîné des Pandava, Yudhisthir perd tout au profit des Kaurava, y compris ses quatre frères et leur épouse commune, Draupadi. Les Pandava partent alors pour treize ans d’exil dans la forêt avec leur femme. Le roman se termine sur l’épisode de la grande guerre finale qui marque également la fin du troisième âge.


Comme l’Iliade ou l’Odyssée, le Mahabharata nous plonge au cœur d’intrigues qui mêlent les rois et les princesses aux dieux et aux démons. Ainsi, un des personnages majeurs du roman est le dieu Krishna qui dans cette version est à la fois un confident de Draupadi et un ami du clan des Pandava.


Le choix du personnage principal n’est pas anodin ; voilà ce que l’auteur déclarait à ce sujet :
« Un de mes défis était d’être fidèle à l’histoire originale tout en modifiant l’orientation et l’importance des actions et des personnages, de proposer différents axes, et de créer des moments intimes afin de donner une tout autre compréhension du caractère de Panchaali. » Ainsi, la narratrice du roman est Draupadi/Panchaali/Krishnaa, elle a plusieurs noms. Elle raconte sa vie de sa naissance jusqu'à sa mort, un peu comme Schéhérazade des Mille et une nuits. C’est un personnage au caractère fort, voué à une destinée particulière. C’est encore aujourd’hui, une figure mythologique très populaire en Inde ; des temples lui sont entièrement consacrés. Sa vie est marquée dès sa naissance puisqu’elle apparaît sur terre pour assouvir la vengeance de son père, le roi Drupad. Plus tard, le sage Vyasa lui fait des prédictions qui confirment ce destin exceptionnel, p. 63 :


« Tu épouseras les cinq plus grands héros de ton époque. Tu seras la reine des reines, jalousée par les déesses elles-mêmes. Tu seras une domestique. Tu seras maîtresse du plus magique des palais et tu le perdras.
On se souviendra de toi comme de celle qui a déclenché la plus grande guerre de son époque. Tu causeras la mort de rois malveillants, mais aussi celle de tes enfants et de ton frère. Un million de femmes seront veuves à cause de toi. Oui, tu laisseras une trace dans l’histoire.
Tu seras aimée, mais sans savoir toujours reconnaître ceux qui t’aiment. Malgré tes cinq maris, tu mourras seule, abandonnée dans tes derniers instants – mais pas tout à fait ».


En effet, les prophéties se réaliseront les unes après les autres. A cause d’un malentendu, p. 147, elle deviendra l’épouse des cinq frères Pandava : Yuhisthir, l’aîné, Bhim, le fort, Arjun, l’archer, Nakul et Sahadev, les jumeaux. Au fil de sa vie, Draupadi est contrainte à un renoncement qu’elle n’a pas choisi, mais dont elle porte une part de responsabilité. D’un bout à l’autre du roman, c’est elle le moteur de cette histoire d’hommes, mais c’elle aussi celle qui la subit.


Toutefois, choisir Draupadi comme narratrice, alors qu’elle n’est pas directement au cœur des actions importantes, a obligé Divakaruni à trouver des astuces pour retracer toute l’épopée. Ainsi, l’auteur utilise des récits rétrospectifs, des chants du sage Vyasa et elle fait répéter par la princesse des confidences que lui ont faites d'autres personnages. Elle se sert aussi des rêves pour annoncer des événements tragiques, p. 146-7, p. 392. Pour reconstituer la guerre finale, comme il y a seulement les hommes sur le champ de bataille, l'auteur a doté la narratrice d’un « troisième œil » qui lui permet de voir le déroulement des combats, et de connaître les pensées des guerriers.


De plus, comme le Mahabharata n'est pas centré sur Draupadi, l'auteur a dû utiliser son imagination pour faire la biographie de la princesse. Ainsi, les chapitres qui racontent l'enfance et la jeunesse de l’héroïne, jusqu’à la page 127, permettent à l’auteur de développer le caractère rebelle de l’enfant, son intelligence et sa sensibilité. En outre, le fait d’utiliser la femme des principaux acteurs de l’action comme narratrice permet à l’auteur d’approfondir la psychologie de ses époux et ainsi de donner une nouvelle profondeur aux héros du l’épopée. Finalement, la seule grande liberté que Divakaruni s’accorde, c’est l’histoire d’amour secrète que Draupadi entretient avec le pire ennemi de son mari Arjun : «  Bien que Panchaali soit mariée à cinq frères à la fois, et qu’elle prenne soin de chacun d’entre eux, elle est secrètement amoureuse d’un sixième homme, le grand et mystérieux roi-guerrier Karna. » Cette histoire d’amour renforce le côté dramatique et l’issue inéluctable de l’histoire.


Divakaruni réalise donc une version très personnelle du Mahabharata. Dans ses romans précédents, l’auteur a souvent utilisé le réalisme magique. Ici, c’est un peu différent puisqu’elle amène du réalisme dans un récit mythologique. En effet, Draupadi est non seulement une féministe à la fin du roman mais en plus elle est sceptique par rapport à certaines manifestations magiques. Ainsi, en parlant du dieu Krishna, elle dit, p.29 :
 

 

« Je ne prêtais pas grande attention à ces histoires, dont certaines prétendaient qu’il était un dieu descendu du royaume des cieux pour sauver ses fidèles. Les gens adoraient exagérer, et rien n’est plus efficace qu’une dose de surnaturel pour épicer des histoires soporifiques. J’admettais cependant une chose : ce n’était pas un homme ordinaire ».


Malgré des intrigues assez complexes l’œuvre se lit facilement car l’auteur a choisi de développer des passages qui sont très pertinents, en seulement 450 pages. En effet, tout au long du récit, l'histoire de chaque personnage nous est présentée dans des saynètes pleines de poésie et riches en enseignements.


Ce roman est un bon moyen pour découvrir l'épopée. Il abonde en légendes, en intrigues et en détails qui reflètent bien l’Inde mythique qui fait tant rêver.


« En fin de compte le roman et la philosophie indienne suggèrent que tout ce monde est une illusion, et qu'ils invitent le lecteur à contempler le vrai, l'immuable, l'étonnante essence des choses ».


Céline, A.S. bib.

 

 

Source des citations 


http://www.lescinqcontinents.com/infos/index.php?2008/10/16/188-le-palais-des-illusions-de-chitra-banerjee-divakaruni-philippe-picquier-2008

 

 

 Chitra Banerjee DIVAKARUNI sur LITTEXPRESS

 

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Article de Lara sur Mariage arrangé

 

 

 

 

 

 





Article d'Alice sur La Reine des rêves









Articles de Marion, Lucie et Alexis sur La Maîtresse des épices

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Published by littexpress - dans Réalisme magique
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3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 07:00

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YOSHIMURA Akira

Voyage vers les étoiles

précédé de « Un spécimen transparent»

traduit du japonais

par Rose-Marie Makino-Fayolle

Actes Sud, 2004

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Quelle est la première chose qui vous vient à l’esprit lorsque vous entendez le mot « Japon » ? Ne dites rien… Vous pensez immédiatement aux mangas, à la technologie, aux sushis, au  saké, au bouddhisme… Et Tanizaki Jun'ichirō, Ikezawa Natsuki, Buson Yosa, Akutagawa Ryunosuke : cela ne vous dit rien ? Pour les non-initiés, ceux sont des auteurs de romans car oui, le Japon c’est aussi la littérature.


En France, 396 auteurs japonais voient leurs œuvres traduites, d’après la base du site shunkin.net spécialisé dans la littérature japonaise. Si certains auteurs ont acquis une notoriété internationale comme
Murakami Haruki, Ogawa Yoko ou Murakami Ryu, beaucoup d’autres auteurs aussi talentueux gagnent à être connus.
Je vous propose de découvrir Akira Yoshimura à travers une de ses œuvres :

 


Biographie et bibliographie

voir www.shunkin.net 

 


Résumé et analyse

 

Le livre Voyage vers les étoiles précédé d’Un spécimen transparent regroupe deux nouvelles dont le thème principal est la mort.


« Un spécimen transparent » c’est l’histoire de Kenshiro, un homme de 60 ans que l’auteur nous présente d’une façon particulière à la page 1 du livre :

 

« Lorsque l’autobus s’arrêtait aux croisements, une légère ondulation se propageait de passager en passager. Chaque fois, Kenshiro qui avait les nerfs à fleur de peau se focalisait sur le corps de la jeune femme qui se tenait à ses côtés […] Profitant des oscillations du châssis, « Kenshiro » tentait subrepticement de la frôler. C’était son habitude matinale de se rapprocher des femmes dans l’autobus qui le conduisait à son travail. »


A la lecture de ce passage, nous pouvons imaginer que Kenshiro est un vieux pervers, limite psychopathe, car son attitude est vraiment bizarre. Nous ne savons pas à quoi nous attendre. C’est là toute la spécificité de la littérature japonaise, et notamment d’Akira Yoshimura, qui en quelques lignes nous entraîne…sur une fausse piste, laissant notre imagination travailler pour mieux nous surprendre. Kenshiro est peut-être un peu pervers mais pas sur le plan sexuel. Lui, ce qui l’intéresse ce sont les os. Kenshiro travaille dans un hôpital universitaire, il est chargé d’effectuer des prélèvements d’os sur des cadavres en décomposition pour fabriquer des squelettes d’étude. Un travail dénigré de tous qu’il effectue pourtant de manière très minutieuse et avec beaucoup de passion. Le rapport très particulier qu’il entretient avec les os s’explique. En effet, son beau-père sans le savoir lui a transmis cette passion : « [Kenshiro] n’avait pas pu oublier la magnifique couleur des os sculptés par son beau-père, que les policiers lui avaient mis si souvent sous le nez […] Quand on les lui avait mis dans la main, il avait pris conscience de leur légèreté et de leur douceur incroyable, et de la couleur luisante de l’os. » (p.26)


L’objectif de Kenshiro est de réussir, grâce à une formule chimique, à rendre les os parfaitement transparents… Chez lui, en secret et seul, il prépare minutieusement des échantillons pris sur des cadavres d’animaux. Pour réussir la transposition sur un cadavre humain, exit les cadavres en décomposition, il lui faut un cadavre « frais ».
Parallèlement, nous savons que ce métier ne lui a pas permis d’avoir de relation durable avec des filles. Toutes l’avaient quitté à cause de l’odeur de la mort qui lui collait à la peau. Néanmoins, à 60 ans, il finit par se trouver une femme, Tokiko, 40 ans, très belle et surtout très pauvre ; elle n’a pas d’autre choix que de se trouver un compagnon pour vivre. Elle a une fille, Yuriko, qui a posé deux conditions pour qu’elles viennent vivre avec lui : un mariage officiel avec sa mère et le paiement de toutes ses études. Kenshiro accepte et elles emménagent chez lui. Rapidement, Tokiko tombe malade et ne peut plus bouger de son lit…


Vous imaginez aisément la suite… Attention, ne vous précipitez pas sur une fausse piste !


Yoshimura Akira nous raconte ici l’histoire d’un homme qui préfère les os aux relations humaines. Depuis toujours Kenshiro s’est senti à part, différent des autres. Il vit seulement pour sa passion qui, au fil du récit, se transforme en obsession dévorante. Les descriptions sont glauques et les détails quasi chirurgicaux. L’atmosphère est  pesante. Le rythme s’accélère à mesure que le protagoniste se rapproche de son objectif. Jusqu’à la chute tragique. Toujours de façon poétique et simple, l’auteur se pose en spectateur, décrivant le destin d’une personne  qui se laisse envahir par sa passion.

 

 

« Voyage vers les étoiles » est le récit d’un voyage très spécial qu’ont entrepris une bande d’adolescents. Alors qu’il vient encore de laisser filler le train qui devait l’amener en cours, Keishi, un jeune un peu paumé, fait la rencontre de Miyake. Miyake lui propose alors de venir avec lui pour rejoindre des amis. Keishi rencontre d’autres jeunes, une fille et deux garçons assis sur un banc, en silence, le regard dans le vide. Il découvre alors qu’il n’est pas le seul à ne rien faire de ses journées, à ne pas avoir le courage d’aller en cours et à ne pas penser à l’avenir. Leur plus grande préoccupation c’est l’écoulement du temps : « leur activité commune était de regarder fréquemment la progression des aiguilles sur leurs montres » (p.105).


Durant trois mois, Keishi va donc se lever tous les matins pour aller rejoindre « ses copains de galère ». Mais un jour, Mochizuki fait une proposition très spéciale à ses camarades : « Et si on mourait ? » (p.111). Les réactions sont d’abord teintées de peur et le groupe se mure dans un silence profond. Puis, quelques jours plus tard,  ils tournent cette idée en dérision…sans jamais l’oublier cependant. Un jour, Miyake leur raconte le fait divers de ces deux écoliers qui se sont suicidés « parce qu’ils s’ennuyaient » (p.113) et continue, leur narrant le suicide collectif d’une secte bouddhiste. C’est le déclic ! Ils vont entreprendre ce voyage vers la mort.


C’est avec une poésie délicate et dans un style très épuré qu’Akira Yoshimura décrit la lente progression des ces adolescents vers un destin tragique. A l’heure actuelle, le suicide des jeunes est un fait de société, au Japon comme ailleurs, et trouve quelques explications dans le refus d’une société où l’on ne trouve ni sa place ni ses repères, dans le rejet d’un avenir incertain, dans l’incompréhension de l’utilité même de la vie. Dans cette nouvelle, le personnage principal, Keishi, a perdu le goût de la vie : « Une impression de vide » s’était emparée de son corps, « un sentiment d’impuissance insurmontable s’incrustait en lui » et des journées sans signification se suivaient.


Comment imaginer l’avenir si le présent n’a déjà plus de saveur ?


Le seul instant où le groupe d’adolescents connaît l’excitation c’est lorsqu’ils doivent préparer leur voyage malgré la peur, l’angoisse et le tourment qu’apporte l’idée même de la mort. Histoire d’une jeunesse à la dérive. Histoire malheureusement universelle. Akira Yoshimura ne critique pas, n’analyse pas, ne donne aucune solution au suicide ; il décrit tout simplement, d’une manière touchante, comment des jeunes en mal de vivre peuvent décider du jour au lendemain d’en finir.

 

 

Conclusion

 
En général, les Japonais ont beaucoup moins de mal a évoquer des thèmes qui chez nous sont frappés du sceau du tabou. Ici le suicide, le rejet, la mort, la peur de l’avenir ailleurs la boulimie, la prison, la sexualité, la corruption, l’échec… On apprécie alors la simplicité de leur style, la poésie de leurs œuvres, l’exotisme de leur culture qui apportent un peu de fraîcheur et de renouveau dans le paysage éditorial occidental.


Julie, 2e année Bib.-Méd.

 

 

 

YOSHIMURA Akira sur LITTEXPRESS


  YOSHIMURA LE CONVOI DE L EAU

 

 

 

 

Article d'Elise sur Le Convoi de l'eau

 

 

 

 

 

 

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Article d'Eric sur La Jeune Fille suppliciée sur une étagère.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 07:00

linkMurakami ryu les bebes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MURAKAMI Ryu
Les Bébés de la consigne automatique

Titre original : Coin locker babies
Traduit du japonais par Corinne Atlan
Picquier Poche, 1998

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


AUTEUR

Le Japonais Murakami Ryu est un auteur et cinéaste contemporain. Auteur d’une trentaine de livres, il publie le premier à 24 ans : Bleu presque transparent, 1976. Pour cette œuvre il reçoit d’ailleurs le prestigieux prix japonais Akutagawa. Dans son ensemble, l’œuvre de Murakami Ryu est sombre, désespérée, dérangeante.


HISTOIRE

Été 1972. Deux bébés, abandonnés dans une consigne de gare. Hashi et Kiku, retrouvés encore vivants, vont grandir dans le même orphelinat comme deux frères. Recueillis par le même couple, ils ne se quittent pas. Du moins jusqu’à la fugue de Hashi, à la recherche de sa vraie mère. L’histoire de la jeunesse de deux Japonais. On peut penser que l‘absence de parents et le traumatisme de leur abandon dans d’horribles conditions ne leur permettent pas de se construire, de grandir sainement. Un psychiatre annonce qu’ils souffrent tous deux d’une sorte d’autisme. Il leur fait suivre une thérapie : pendant près d’un mois, les deux enfants sont isolés quelques heures dans une salle obscure, et, sous l’influence de somnifères, ils écoutent un son. Le son, les battements d’un cœur, comme un bébé l’entendrait, le ressentirait dans le ventre de sa mère. Ce son, Hashi le cherchera en permanence. Tout au long du récit. Et à force d’écouter, de mémoriser le moindre son existant, dans sa recherche désespérée, il deviendra un chanteur capable de contrôler, par sa seule voix, les émotions des gens. Quant à Kiku, c’est sa rencontre avec un homme solitaire et mystérieux, surnommé Gazelle, qui va jouer un rôle primordial dans sa recherche d’identité. Cet homme impressionne. Insondable, ténébreux. Il fera naître en Kiku un besoin vital de courir. C’est aussi lui qui lui parlera pour la première fois du datura. Sorte de drogue, le datura plonge la personne sous son emprise dans une véritable psychose destructrice. Dans un état d’exaltation violente, elle voit ses forces se décupler, se transformant en une redoutable « machine à tuer ». Et Kiku grandit dans l’optique de trouver du datura.


Ce roman retrace ainsi l’histoire de ces deux personnages perturbés. Kiku finira en prison pour avoir tué sa véritable mère ; Hashi deviendra chanteur dans un groupe de rock et se mariera avec une certaine Niva.

 

 

ATMOSPHÈRE

L’atmosphère générale de l’œuvre est pesante, écrasante. Tout au long du récit, on perçoit un climat chaud, lourd, humide. Les personnages étouffent en permanence, toujours décrits comme dégoulinants de sueur. C’est d’ailleurs cette chaleur oppressante qui ranime le bébé, dans un état proche de la mort, abandonné dans le casier de consigne de la gare. Dès les premières lignes.

« La sueur qui commençait à perler de tous ses pores inonda d’abord son front, puis sa poitrine, ses aisselles, et refroidit tout son corps. Il remua alors les doigts, ouvrit la bouche et se mit soudain à hurler sous l’effet de la chaleur étouffante. L’air était humide, lourd, il était trop pénible de dormir enfermé dans cette boîte doublement hermétique. La chaleur intense, accélérant la circulation de son sang, l’avait réveillé. Dans l’insupportable fournaise de cette obscure petite boîte en carton, en plein été, il venait de naître une seconde fois, soixante-seize heures après être sorti du ventre de sa mère. Il continua à hurler de toutes ses forces jusqu’à ce qu’on le découvre. »
(Editions J’ai lu, page 8)

 

 

LIEUX INSALUBRES

Les lieux sont souvent glauques, malsains. Deux exemples. Le premier, la mine désaffectée, délaissée, à moitié en ruine. Elle deviendra le terrain de jeux de Hashi et Kiku. Par ailleurs, c’est dans cette friche industrielle que vit le mystérieux Gazelle. Un deuxième lieu insalubre est l’îlot de la drogue : quartier de Tokyo, zone contaminée par un produit toxique, abandonnée et condamnée. Lieu de refuge de clochards, prostitués, criminels et drogués. Kiku et Hashi passent quelque temps dans ce quartier délabré, avec tous les marginaux de Tokyo pour voisins. Et souvent, au cours du récit, le lecteur se retrouve dans des quartiers ou autres lieux sordides.

 


MARGINALITE DES PERSONNAGES

La plupart des personnages de l’œuvre sont des exclus de la société. Gazelle, le squatter solitaire des ruines de la mine abandonnée, est obsédé par le datura. Les habitants de l’îlot de la drogue sont tous des marginaux. Les camarades de Kiku, dans le centre de redressement, sont tous de jeunes meurtriers. Hashi et Kiku eux-mêmes sont dérangés et dérangeants. Kiku, qui tue accidentellement sa mère biologique et va en prison. Mais surtout Hashi. D’abord il se prostitue dans l’îlot de la drogue, après avoir fugué de chez ses parents adoptifs, ensuite il sombre peu à peu dans la folie. Il va même jusqu’à se persuader qu’il a avalé une mouche à figure humaine qui, d’après une légende, rendrait les gens fous et les forcerait à faire de terribles choses.

 

VIOLENCE OMNIPRÉSENTE

Œuvre brutale. Personnages impétueux. Violence omniprésente. Quelques exemples. Kiku tue sa mère, lui arrachant la tête d’un coup de fusil. Hashi se coupe le bout de la langue pour avoir une voix plus rauque et mieux chanter pendant ses concerts. Kiku est toujours à la recherche du datura, laissant supposer une fin cruelle. Mais l’ultime exemple se trouve en Hashi. Le héros le plus perturbé selon moi. Hashi se cherche dans la mort des autres. Dans la mort de sa femme. Et du bébé qu’elle porte. Hashi, dans sa folie, se convainc qu’en tuant Niva et son enfant il pourra retrouver le son qui l’obsède depuis toujours.

Pour reprendre les propos de la traductrice Corinne Atlan,
« la violence monte en un crescendo angoissant, jusqu’au paroxysme final, dans une puissante évocation de la société moderne et de ses problèmes les plus actuels ».

Murakami Ryu jette un regard sans concession sur la société moderne. Il en fait un portrait noir, dans un style violent et très sombre, mais avec une certaine indifférence. Dérangeant.

 

 

Gaëlle, 2e année bibliothèques

 

 

MURAKAMI Ryū sur LITTEXPRESS

 

Murakami ryu les bebes

 

 

 

Article de Marie-Aurélie sur Les Bébés de la consigne automatique

 

 

 

 


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Article de Charlotte sur Ecstasy, Melancholia, Thanatos

 

 

 

 






article de Lucille sur Ecstasy

 

 

 

Murakami-ryu-miso-soup.gif 

 

 

 

 

article de Céline sur Miso Soup

 

 

 

 

 

 

 


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Published by Gaëlle - dans Réalisme magique
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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 07:00

mo yan les treize pas-copie-1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MO Yan

Les Treize pas

Titre original : Shi San Pu
Traduit du chinois par Sylvie Gentil
éd. du Seuil, coll. Points, 1995,



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'auteur, de son vrai nom Guan Moye, est né en 1955 en Chine. De famille paysanne pauvre, il est vite dé scolarisé pour travailler dans les champs avec ses parents. Après avoir été soldat dans l'armée chinoise de libération, il rentre en 1984 à l'Institut des Arts de l'Armée de libération.

 

« Elle disait donc que cela porte bonheur de voir un moineau marcher : son premier pas est gage de fortune, le deuxième de pouvoir, le troisième de succès auprès des femmes, le quatrième assure la santé, le cinquième la gaieté de l'esprit, le sixième la réussite, le septième la sagesse suprême, le huitième une épouse fidèle, le neuvième la gloire éternelle, le dixième la beauté physique, le onzième ravissante épouse et le douzième une femme et une maîtresse qui vivent en harmonie comme deux sœurs. Mais attention, jamais il ne faudrait le voir en faire un treizième, si jamais il avance d'encore un pas, le sort va s'inverser, et toutes ces bénédictions se transformer en malédictions qui s'abattront sur ta tête ! » (p 318)

Dans Les Treize pas, quatre personnages aux destins croisés tentent de survivre dans la société chinoise nécrosée des années 1980. Les deux hommes, Zhang Hongqiu et Fang Fugui, sont professeurs de physique au lycée n°8. Suite à l'évanouissement de Fang Fugui en plein cours, ce dernier est considéré comme mort par sa hiérarchie qui saisit cette occasion pour l'ériger en martyr et attirer l'attention des autorités gouvernementales sur le sort tristement laborieux des professeurs. Or, il n'est point mort mais, par fidélité et solidarité envers ses collègues, il se laisse passer pour mort. Il finit par s'échapper du funérarium pour aller retrouver sa voisine, Li Yuchan, esthéticienne dans la célèbre morgue appelée « Joli monde », qui va finir par l'opérer et lui construire le visage de son propre mari qui n'est autre que Zhang Hongqiu.


Du Xiaoyingest, la dernière protagoniste de l'histoire, est la femme ou plutôt la veuve de Fugui qui est métissée russe et originellement professeur de cette même langue. Or cette dernière n'étant plus au goût du jour du fait de la rupture de la Chine avec l'URSS de Staline, elle s'est reconvertie comme « dépiauteuse » de lapins dans la conserverie du lycée n°8. Elle est inconsolable de la mort de son mari et ne le reconnaîtra jamais. Zhang, quant à lui, fort d'avoir trouvé inopinément un remplaçant pouvant assurer ses cours au lycée, décide de se lancer dans le trafic de cigarettes pendant que sa femme revend des morceaux de cadavre (dont celui de son ex-amant et accessoirement ex-beau-père) au gardien du zoo en échange de morceaux de viande très chers sur le marché.  Tout ce petit monde va voir sa destinée basculer vers l'horreur, la mort, l'incompréhension, l'inévitable, sur fond de société chinoise en pleine mutation industrielle et de plus en plus sclérosée.

Le livre possède une construction narrative assez complexe. A certains moments, c'est le narrateur qui nous parle de façon objective et omnisciente ; puis il raconte l'histoire en s'adressant directement à un des personnages en employant le tutoiement ; il peut également apostropher un groupe de personnes assises à ses côtés et nous inclure dans ce cercle. Mais les personnages eux-mêmes prennent quelquefois le discours en charge en racontant leurs propres péripéties à la 1ère personne du singulier. Aucune ponctuation n'indique au lecteur ces changements de narration qui peuvent êtres déroutants durant les premières pages parcourues.


La chronologie de l'histoire est elle aussi décousue avec des retours en arrière fréquents, principalement quand le point de vue diffère selon que l'on change de personnage ou qu'on repasse au narrateur. Quelques sauts dans le futur proche sont également utilisés, et selon moi pas toujours à bon escient.

Mo Yan nous dépeint dans ce roman la société chinoise contemporaine dans sa rigidité, son cloisonnement et sa hiérarchie (p 47 :
« L'ambitieuse jeunesse révolutionnaire doit s'aguerrir dans la mise en pratique des trois grands principes révolutionnaires : lutte des classes, lutte pour la production, expérimentation scientifique, et se jeter à corps perdu dans le travail révolutionnaire banal et pratique. »). Ainsi il nous décrit la nuit de noces d'une ouvrière élevée au rang d'héroïne de la Nation (tout comme un certain Stakhanov en URSS...) car elle est morte brûlée dans l'incendie de son atelier en voulant sauver quelques bobines de fil (p 116 : « Au cours de notre nuit de noces, épaule contre épaule, jusqu'à l'aube, ensemble nous avons étudié Au service du peuple, ce splendide texte du Président Mao. Elle me faisait réciter En souvenir de Norman Béthune et m'interdisait l'entrée de son lit si je me trompais d'un caractère... »). Le Parti et les autorités chinoises sont également critiqués par Mo Yan qui met en lumière la paranoïa de ce régime et ses abus. Il en donne un exemple avec le licenciement de Du Xiaoying et le viol qu'elle subit, perpétré par un haut dignitaire du Parti. La crise des établissements scolaires et de tout le système éducatif est également décrit à travers le fait que les lycées doivent s'autogérer pour pouvoir fonctionner et que les lycéens se suicident sous la pression des examens. La chèreté de la vie, les dysfonctionnements de l'administration et de la police, sont également présents.
   

Cette œuvre est une comédie noire et cynique empreinte d'un humour grinçant. Ainsi, l'esthéticienne est chargée par le Parti de faire maigrir le cadavre d'un haut responsable bedonnant pour qu'il ait l'aspect d'un homme amaigri par la dureté de son travail et son implication. Cette réalité que l'auteur nous décrit est à la fois dure et violente car il utilise un langage cru et familier qui ne peut que toucher le lecteur (p 22 : « Elle s'empare aussi de l'autre oreille et se remet à tirer violemment, des deux mains cette fois, au point de presque lui déchirer la bouche. C'est seulement quand la peau se craquelle et qu'un liquide rouge commence à goutter qu'elle décide de la relâcher ».) Mais cette violence de la réalité est atténuée par la narration et la chronologies non linéaires qui permettent au lecteur de prendre de la distance par rapport à cette société si rigide. Mo Yan introduit également des éléments oniriques qui renforcent cette prise de distance : la moustache verte de Li Yuchan, ses enfants vivant dans une grotte, le narrateur amateur de craies... Mais certains détails évoquent tout de même une certaine forme de libération du peuple, notamment avec le symbolisme d'un bois de peupliers où les jeunes gens viennent se retrouver pour avoir des rapports sexuels protégés (avec l'introduction des préservatifs dans la société).

 

Mo Yan emploie tout au long du récit de nombreux proverbes qui renvoient à une culture chinoise ancestrale contrastant avec la description de la ville moderne et ses travers. Ainsi, ces petits moments distillés permettent une pause lors de la lecture du roman. Cependant, pour moi qui ne suis pas une grande connaisseuse de la culture chinoise, certains proverbes sont difficiles à décrypter, voire incompréhensibles et du coup incongrus.
« Cousin souvent ne vaut pas voisin, trois générations et autant de paillassons » (p. 144).
« Une bonne parole : chaleur au cœur de l'hiver ; un mot cruel : froidure au plein de l'été » (p. 144).
« Pour les nouilles ou les raviolis, premier venu premier servi »  (p. 144).
« L'homme mort est comme un tigre, le tigre mort est comme un agneau » (p. 145).
« Pastèque arrachée, pastèque amère » (p. 152).
« Les engelures ne poussent pas sur les yeux » (p. 172).
« L'homme bien né peut savoir tuer, il na saurait se déshonorer » (p. 342).
   

Pour conclure, le livre est en réalité une métaphore et une illustration d'une croyance ancienne, donc empreint de symbolisme et de culture ancestrale transposée dans un univers quasi concentrationnaire, reflet du modernisme fulgurant qu'a connu la société chinoise contemporaine, au détriment de ses valeurs et de son peuple.

Manon, A.S. Bib.-Méd.-Pat.

 

 

 

MO Yan sur LITTEXPRESS

 

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Article d'Anaïs sur Les Treize Pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Sophie sur Beaux seins, belles fesses


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28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 07:00

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MURAKAMI Haruki
Chroniques de l’oiseau à ressort

Traduit du japonais

par Corinne Atlan avec Karine Chesnau
Seuil, 2001


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je suis la brebis galeuse du monde littéraire nippon. Ils me reprochent mon style, trop différent des canons classiques. J'ai quitté le Japon en partie à cause de cela, pour être moi-même. Je suis japonais, j'écris dans cette langue et mes romans se déroulent le plus souvent dans ce pays. Mais je reste un individu. Je ne suis ni occidentalisé ni traditionaliste ; juste un homme libre.
        Haruki Murakami


Né le 12 janvier 1949 à Kyoto, Haruki Murakami est fils d'un professeur de littérature japonaise. Dés son plus eune âge, il se passionne pour la littérature et le théâtre et se spécialise dans l'étude de la tragédie grecque.


" J'étais enfant unique et je m'étais créé un monde à part, plein de livres, de musique et des conversations avec mes chats. Mes livres préférés étaient toujours les plus gros, écrits par des géants comme Dostoïevski, Tolstoï, Dickens ou Balzac, car leur épaisseur était la promesse d'un long voyage. "

Haruki Murakami reste un passionné des chats, ses seuls véritables amis pendant une enfance solitaire ; une amitié qui explique la présence invariable de cet animal dans ses livres. Avant de se consacrer totalement à l’écriture, il ouvre un club de jazz à Tokyo. Il rencontre le succès dès son premier roman paru au Japon en 1979, Écoute le chant du vent pour lequel il reçoit le prix Gunzo.


Ne supportant pas le conformisme de la société nippone, il s'expatrie en Europe, puis aux Etats-Unis où il enseigne la littérature japonaise à l'université de Princeton. Il revient au Japon en 1995. Le tremblement de terre de Kobe et l’attentat dans le métro de Tokyo inspirent le recueil de nouvelles Après le tremblement de terre.



Chroniques de l’oiseau à ressort

 

Tous les romans de Haruki Murakami sont narrés à la première personne. Celui-ci n'est pas une exception. Dès le premier chapitre, le lecteur fait connaissance avec les composants principaux, dont se constituera le récit : un coup de téléphone d’une mystérieuse inconnue, le curieux chant d’un oiseau invisible, la disparition du chat, un jardin abandonné. Tous ces composants, qui nous semblent des histoires séparées se développent au cours du roman et seront réunis à la fin.
   

Le personnage principal, Toru Okada, est un jeune homme qui démissionne  de sa propre initiative,  sans raison  ni perspectives d'avenir. Mais sa vie va se transformer le jour de la disparition de son chat. Toru Okada, sans y penser, involontairement, se retrouve à la croisée des destins de quelques personnages, dont certains existent dans la réalité objective et d`autres dans une  réalité imaginaire ou, pour être plus précis, non identifiée jusqu'à la fin.


Toru Okada devient le centre de gravité des quelques histoires développées parallèlement qui mènent  au cercle central – au puits se trouvant dans le jardin abandonné non loin de sa maison. "Les phénomènes surnaturels, peu clairs apparaissant dans mes romans sont une métaphore", a admis l`auteur. Le puits asséché est bien pour le héros l'occasion de s'isoler du monde extérieur. Un certain refuge, où il est possible de se cacher du flux d'événements non susceptibles d’être expliqués logiquement. A la fin Toru Okada,  passant par l'horreur, trouve la sortie du labyrinthe.
   

Dans les oeuvres de Haruki Murakami, en règle générale, coexistent deux mondes. La caractéristique principale de ses romans est  que l'irréalité ne semble pas le fruit d'e l'magination de l'auteur, mais reste un prolongement naturel de la réalité.


Dans leur grande majorité, les oeuvres de Murakami restent  marquées par l'indicible. Insensiblement se forme le sentiment que l'auteur trace les contours d'un dessin, pour plus tard leur donner une forme, mais en fin de compte ne revient jamais en arrière pour définir précisément ce qu'il a esquissé. Le lecteur n'est
donc pas quitté par la sensation d'un certain inachèvement. Ces fins ouvertes nous donnent l'occasion de deviner nous-mêmes les épilogues de ses oeuvres fascinantes.


Chroniques de l’oiseau à ressort est un livre passionnant. Si vous êtes admirateur de Murakami,   vous allez de nouveau avoir le plaisir de plonger  dans ses mondes, promesses de nouveaux bonheurs littéraires. Si vous lisez cet auteur pour la première fois, un consei pratique : ne vous efforcez pas de chercher des explications logiques aux phénomènes mystérieux qui se multiplient  dans le roman.


Chroniques de l’oiseau à ressort mérite votre temps et votre attention.



E.M., A.S. Bib.-Méd.

 

 

MURAKAMI Haruki sur LITTEXPRESS

 

 

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Saules aveugles, femme endormie, article de Claire.

 

 

 

 





Les amants du spoutnik
, article de Julie






L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d' Anaïs,  Anne-Sophie, Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.

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