Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 20:24
falaises-de-marbre.jpg
Ernst Jünger
Sur les falaises de marbre
(Auf den Marmorklippen)
Thomas, Henri (Trad.).
Paris, Gallimard, 1979,
L’Imaginaire,
187 p.

INTRODUCTION :
        Sur les falaises de marbre est un roman allégorique de l’écrivain allemand Ernst Jünger (1895-1998), publié en 1939 ou 1940 sous le titre Auf den Marmorklippen. Il a été traduit en français par Henri Thomas chez Gallimard en 1942.
        Ernst Jünger rapporte qu'il a entrepris l’écriture de ce bref roman à la suite d'un rêve, en février 1939, alors qu'il vivait à Überlingen, près du lac de Constance, dans le sud-ouest de l’Allemagne. Il l'a terminé le 18 juillet 1939 dans son nouveau domicile de Kirchhorst, près de Hanovre, dans le nord-ouest de l’Allemagne.
        La construction du roman se fait en chapitres dont la structure est assez similaire. Ainsi les chapitres sont dans l’ensemble  relativement courts (environ 4 ou 5 pages).
Sur les falaises de marbre est unanimement considéré comme le roman le plus étrange mais aussi le plus abouti de Ernst Jünger. De nombreux critiques le considèrent même comme son chef-d'œuvre.

PRESENTATION DE L’AUTEUR :
        Né en 1895 à Heidelberg et mort à Wilflingen en 1998, Ernst Jünger a traversé presque la totalité du XXe siècle dont son œuvre dépeint toutes les horreurs, en marquant une certaine distance. Disciple du philosophe Nietzsche, il est l’auteur de romans de guerre tels que Orages d’acier (1920) ou Feu et Sang (1925) ainsi que d’utopies futuristes comme Héliopolis (1949).    

RESUME :
        L'action se déroule à une époque indéterminée et dans des lieux qui évoquent tantôt des paysages méditerranéens, tantôt la région du lac de Constance. Un narrateur anonyme relate les mésaventures qui l'ont poussé, en compagnie de son frère Othon, à fuir sa patrie d'adoption, bordée par une mer, la Marina. Sur la côte d'en face, se situe un territoire nommé Plana-Alta. Sur son arrière, la Marina jouxte, avec des falaises de marbre pour frontière, une contrée baptisée la Campagna, elle-même prolongée par la Maurétanie.
        Ces quatre États sortent tout droit de l’imagination d’Ernst Jünger. Ainsi, Plana-Alta apparaît comme une haute vallée où s'est regroupée une communauté rurale, vivant dans un régime de tradition patriarcale. La Campagna héberge une population de bergers organisée en clans. La Maurétanie, quant à elle, domaine de forêts impénétrables, abrite des marginaux en tous genres. Il y règne un vieillard rusé, pragmatique, aimant la bonne chère, exerçant son autorité davantage par la séduction que par la tyrannie : le grand Forestier. Quant à la Marina, c'est un État urbanisé, qui favorise l'épanouissement intellectuel de ses citoyens.
        Presque à la moitié de son récit, le narrateur révèle que la Marina s'est alliée à la Maurétanie, sept ans plus tôt, pour mener la guerre contre Plana-Alta. On ne connaît pas les raisons pour lesquelles cette guerre inutile a eu lieu. En effet,  elle n'a pas abouti à l'écrasement de Plana-Alta mais a eu des conséquences désastreuses pour la Marina, dans la mesure où elle a ouvert la porte au désordre politique. Depuis lors, la police et l'armée, qui devraient garantir la sécurité du pays, ne sont plus représentées que par des mercenaires.
        Les deux frères ont participé à l'agression contre Plana-Alta au côté du grand Forestier. À leur retour, persuadés que toute violence était vaine, ils se sont retirés, à la Marina, dans un ermitage en partie creusé dans de hautes falaises de marbre. Là ils travaillent à la constitution d'un immense herbier, observant la nature, ainsi qu'à lire et à méditer. Avec eux habitent une vieille femme qui leur sert de cuisinière, et l'enfant que le narrateur a eu de sa fille, bizarrement disparue en compagnie d'étrangers. Leur seul ami, à proximité, est un moine chrétien, l'incarnation même de la tolérance.
        L'irruption du Grand Forestier, seigneur de la Maurétanie voisine qui cherche à accroître son pouvoir, vient rompre le cours paisible de leur vie. Il entraîne dans son sillage des hordes de guerriers sadiques qui sèment le désordre et la terreur. Dans le climat de guerre civile qui s'instaure, ni les hommes ni les animaux ne sont épargnés. Le narrateur et son frère Othon trouvent refuge dans les « hautes demeures » de Plana-Alta, qu'ils gagnent par bateau.

ANALYSE DU RECIT :
        Il faut savoir que Sur les falaises de marbre a fait l’objet d’interprétations divergentes en fonction des critiques. Deux principaux thèmes se dégagent pourtant du roman.
Un réquisitoire contre le totalitarisme et la barbarie :
        Sur les falaises de marbre met en scène deux mondes diamétralement opposés : celui de la nature, de la recherche, de la vie d’une part, celui de la violence, de la barbarie, de la mort d’autre part. Vouant leur vie tout entière à l’étude des plantes, le narrateur et frère Othon sont les témoins résignés de la montée de la violence qui s’abat sur les campagnes et sur les hommes de la Marina. Cette domination meurtrière se termine dans un énorme incendie de feu et de sang, dont ils sortiront indemnes, emmenant avec eux les images les plus ignobles de la mort. Le roman prend vers la fin des allures d’épopée dans laquelle on voit des combats sanglants et barbares où le narrateur assiste à la mort atroce des hommes et des bêtes qui s’affrontent.
        Sur les falaises de marbre a souvent été interprété comme une allégorie de la terreur hitlérienne, ce que Ernst Jünger a pourtant toujours démenti. Il est vrai que le propos dans son ensemble comme de nombreux détails (les autodafés, les hordes sauvages à la botte du Grand Forestier qui haïssent la pensée sous toutes ses formes et font immédiatement penser aux SA) évoquent la barbarie d'un régime totalitaire.
Après la Seconde Guerre mondiale, Jünger a confié que, pour lui, le Grand Forestier est proche de Staline, alors que des critiques y voit la figure de Goering. Certains voient encore dans le Grand Forestier une vision à peine transposée d'Hitler. Hostile à l'idée que le roman puisse être réduit à une allégorie contre le pouvoir nazi, Jünger n'a cessé de récuser toute assimilation de son Grand Forestier à Hitler.
        Malgré les voix qui se sont élevées alors en Allemagne pour le dénoncer, Hitler s’est toujours refusé à poursuivre Ernst Jünger et à interdire l’ouvrage. Pour preuve, les dirigeants nazis ont jugé si peu dangereux Sur les falaises de marbre qu'ils en ont autorisé cinq rééditions. Ils ont même aidé à la diffusion du livre parmi les soldats allemands cantonnés en France, en le faisant bénéficier, en 1942, d'un tirage spécial à 20 000 exemplaires, sous les auspices de l'état-major.

Le réalisme magique :
    On peut rattacher Sur les falaises de marbre au courant du réalisme magique, même si à l’origine il n’a pas été considéré comme tel. En effet, des éléments frôlant le fantastique se font jour dans un environnement par ailleurs réaliste. Ainsi, dans le chapitre XXVII, des serpents éclatants sortent de leurs crevasses et sauvent la vie du narrateur anonyme en tuant les chiens sanguinaires qui le poursuivent. La description de cet épisode se rapproche davantage du fantastique que du réalisme. Par ailleurs, la magie flottant « sur les falaises de marbre » réside dans l’écriture de Ernst Jünger qui décrit aussi bien la beauté des choses que leur monstruosité, avec un grand souci d’exactitude des faits. Le récit baigne également dans une atmosphère irréelle et intemporelle renforcée par de longues descriptions poétiques, dotées d’un vocabulaire riche, comme on peut le voir par exemple dans le premier chapitre du récit où le narrateur évoque avec nostalgie le temps révolu où il vivait dans un ermitage au bord des falaises de marbre. 

CONCLUSION :
        Ayant fait l’objet d’interprétations divergentes, le roman mêle poésie, épopée et utopie, le tout dans une atmosphère de rêve et d’intemporalité.
        On peut dire que Sur les falaises de marbre est un roman qui invite à se résigner au fatalisme de l'Histoire, jusque dans ses atrocités. Dans les dernières lignes du roman, le narrateur compare le salut des deux frères au retour du fils prodigue dans la « Maison du Père », ce qui laisse entendre qu'ils ont parcouru sur terre un chemin initiatique pour accéder à une vérité supérieure qui leur rend insignifiants les événements terrestres.

Benoît C., 2ème année BIB

Repost 0
8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 20:06
balconenforet-copie-2.jpg
Julien GRACQ,
Un balcon en forêt,
José Corti, 1958,
253 pages, 17 €



    De son vrai nom Louis Poirier, Julien Gracq est né en 1910 dans un petit village du
Maine-et-Loire. Cherchant à fuir les mondanités de la vie littéraire parisienne, il y réside toujours. Très discret, il estime qu’un écrivain se doit de disparaître derrière son œuvre. Une œuvre, en l’occurrence nourrie du romantisme allemand, mêlant insolite et symbolisme fantastique.
    Agrégé de géographie, un domaine qui influencera son écriture, notamment ce Balcon en forêt, il enseignera en Bretagne.
    Après le refus de Gallimard, il publie son premier livre, Au château d’Argol, en 1938 chez José Corti, éditeur auquel il restera fidèle. Ce roman sera remarqué par André Breton, par ailleurs proche de Corti, ce qui contribuera à en faire un succès d’estime.
Gracq sera mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale, expérience qu’il transposera pour rédiger Un balcon en forêt.
    Après avoir publié en 1950 un pamphlet féroce, La littérature à l’estomac, où il attaque le milieu littéraire parisien, en visant tout particulièrement les prix, Gracq reste fidèle à lui-même en refusant en 51 le prix Goncourt pour Le rivage des Syrtes.
Il fera paraître par la suite des textes de critique littéraire (En lisant en écrivant,L
ettrines I et II), des récits de voyage (Autour des sept collines, Carnets du grand chemin), toujours influencé par sa formation de géographe. Edité par José Corti, il ne sera jamais publié en poche.

    Un balcon en forêt paraît donc en 1958, sept ans après Le rivage des Syrtes, un récit qui prend appui sur son expérience de soldat dans les Ardennes au début du second conflit mondial.
    1939, ce sont les premiers mois de ce qu’on appellera « la drôle de guerre », période de suspens où l’on prépare la guerre, ou plutôt, où l’on attend l’offensive allemande. L’aspirant Grange, le principal protagoniste, est affecté dans un blockhaus, la maison forte des Falizes, tapi, enfoui dans cette forêt des Ardennes, archétype de l’univers des contes, à proximité de la frontière belge, avec pour mission de stopper les blindés allemands.
    Peu enthousiaste, considérant son affectation comme un blâme, Grange découvre
sa nouvelle vie puis s'y plonge corps et âme, appréciant une solitude, un silence imposé par la forêt. Le blockhaus devient alors comme un refuge, une retraite. Les contacts avec la hiérarchie sont peu fréquents et, plus qu’autre chose, confortent Grange dans sa certitude que la guerre n’est qu’une vague et sourde menace, lui laissant toute liberté d’errer dans la forêt épaisse, touffue, marquée par le rythme des saisons. Le livre est une suite de petits détails précis sur la vie naturelle, les arbres, les journées en forêt. La nature est donc très présente dans ce récit, Gracq décrivant à longueur de page le relief montagneux des Ardennes, cette végétation dense qui  marque de son empreinte jusqu’aux esprits des habitants du blockhaus, des soldats inexpérimentés, bretons pour la plupart, taciturnes, plus familiers du maniement des filets que des innombrables pièges et collets dont ils tapissent les sous-bois.
    Grange, même s’il apprécie leur compagnie préfère se réfugier dans la solitude de la forêt, dans la lecture de Shakespeare, attendant avec une sorte de délicieuse et trouble angoisse ce qui déchirera son existence paisible de Robinson des Ardennes.
    Cette attente, cette torpeur empreinte d’onirisme, ce danger vague et lointain n’est pas sans rappeler Le rivage des Syrtes (Grange, alter ego d’Aldo du Rivage sait lui aussi que seule l’attente est magnifique, que la fin de l’attente signifie toujours une catastrophe), roman empreint de surréalisme, ou les repères habituels, lieu, époque, sont indéchiffrables. Il diffère en ceci du Balcon, où tous les caractères sont aisément identifiables.
    Coupé de ses hommes donc, Grange l’individualiste rencontrera un soir pluvieux ,au cœur de la forêt, Mona, une très jeune femme pleine de vie, exubérante, naturelle, sorte de génie sorti des bois. Le temps du récit ralentit ici. Il est alors plus question de sursis que d’attente. Les promenades, les lectures sont remplacées par les successions de visite chez Mona, à l’insouciance contagieuse. Grange s’isole chaque jour un peu plus, coupé du monde, de l’histoire pourtant du même ordre que les événements météorologiques : influer sur le cours des événements est impossible. La guerre semble pourtant plus incertaine, improbable que jamais. Le livre ne fait aucunement mention des activités militaires, des préparatifs. Sorte de Robinson, Grange devient finalement déserteur, contemplant son territoire, son balcon, trichant pour conjurer le sort, pour que l’histoire l’oublie.
    Mais inflexible, intrusive, elle le rattrapera. La forêt ne protégera plus longtemps son intimité.
    Mai 1940, l’offensive allemande sort brutalement Grange de son illusoire tranquillité, brisant cette vie utopique qu’il s’était créée, dans laquelle il s’était enfermé. L’armée allemande, le monde réel, déferlent soudainement à toute vitesse sans la moindre indulgence pour Grange et ses chimères. Le rythme du récit change de nouveau, ralentit une nouvelle fois. La narration à la troisième personne nous permet par l’intermédiaire des yeux de l’aspirant d’observer le spectacle de la guerre : à travers la lunette du canon antichar, l’embrasure du blockhaus assiégé. Blockhaus qui sera éventré par un obus allemand, tuant deux hommes. Blessé, Grange, réussit tant bien que mal à s’enfuir et regagner le lit de Mona, évacuée quelques jours auparavant,dans lequel il s’endort, peut-être pour ne pas se réveiller, son balcon devenant son tombeau.

Thomas, 2ème année Ed. –Lib.

Repost 0
8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 17:41
lievre-de-vatanen.jpg
Arto PAASILINNA
Le L
ièvre de Vatanen
 traduit du finnois par Anne Colin du Terrail
Paris : Editions Denoël, 1989 ,collection Folio


Biographie de l'auteur

    Arto Paasilinna est un écrivain finlandais, de langue finnoise, né le 20 avril 1942 à Kittila en Laponie finlandaise. Successivement bûcheron, ouvrier agricole, journaliste et poète, il est l'auteur de nombreux romans et nouvelles qui ont été traduits en plus de 20 langues, dont Petits suicides entre amis. Il écrit aussi pour le cinéma, la radio et la télévision.
    « J'ai connu quatre état différents dans ma prime jeunesse. La fuite est devenue une constante dans mes récits, mais il y a quelque chose de positif dans la fuite, si avant il y a eu combat. »
    Le lièvre de Vatanen, écrit en 1975 est un roman culte dans les pays nordiques, et son auteur est souvent présenté comme l'inventeur du « roman d'humour écologique ».
Illustrant parfaitement la réflexion de l'auteur sur son écriture, ce récit est avant tout celui d'une fuite relatée en 24 chapitres qui mettent en scène un personnage principal , Vatanen, journaliste à Helsinki, et son étrange acolyte, un lièvre sauvage.

L'histoire

    L'histoire débute par un banal accident sur une route déserte de la campagne finlandaise. Vatanen , journaliste à Helsinki est en voiture avec un « ami », en fait un collègue photographe qu'il supporte difficilement , quand brusquement leur voiture renverse un lièvre.
    Vatanen sort du véhicule et s'enfonce dans la forêt pour s'enquérir du lièvre.
En quittant cette voiture et en laissant son « ami », dès le départ, le journaliste fait le choix de fuir un certain mode de vie misérable d'hypocrisie et ennuyeux, un certain milieu à l'intellectualisme vain et cynique. Ainsi il abandonne/fuit, son travail, sa femme, son bateau, tout ce qui le rattache à la société avant de rencontrer ce lièvre blessé. Passe d'un univers « intellectuel » et « civilisé » à un univers plus physique et moins policé. La narration, effectuée à la troisième personne du singulier, va à partir de ce moment relater les aventures cocasses et absurdes de Vatanen qui, durant son étrange périple, parcourt toute la Finlande et même la Russie, mais surtout, il rencontre des personnages étranges, presque caricaturaux, souvent définis par un trait de caractère, une manie, ou une obsession, et des animaux espiègles et/ou dangereux mais bien souvent nobles.

    Cette œuvre , traversée par un humour corrosif et déstabilisant parfois, n'est pas à confondre avec un récit initiatique. C'est en fait une succession de scènes loufoques, et étranges révélant l'absurdité et l'arrogance des hommes entre eux et face à une nature multiple, dangereuse et bienveillante à la fois, indomptable malgré tout : c'est l'autre grand personnage principal de l'œuvre sans pour autant qu'elle soit sujette à anthropomorphisation de la part de l'auteur. Il y est également question d'aventures. Ainsi, durant un incendie de forêt, Vatanen débarde des radeaux, distille de l'eau de vie en douce, retape des cabanes à sauna, prend plusieurs cuites et se lance à la poursuite d'un ours : toutes ces histoires jalonnent agréablement ce parcours sans queue ni tête, autres que celles du lièvre.

Particularités

    Le livre, facile à lire, se distingue par la succession de situations grotesques ou burlesques, à l'humour grinçant et sarcastique, égratignant les conventions sociales, les structures traditionnelles (mariage, religion, armée). L'obsession de l'information et ses dérives (le commissaire et son étude sur le président), le sensationnel et la perversité de la célébrité (chasse à l'ours pathétique à la fin de laquelle le lièvre accède au statut de célébrité).
    Les caractères des personnages que rencontre Vatanen sont développés à grands traits, par la mention d'une ou deux particularités ou obsessions (ex : le commissaire Hannikainen et son « étude » sur le président de la république Urho Kekkonen). De ce fait ils sont peu attachants car finalement peu décrits, peu analysés.

Thèmes abordés

L'absurdité de la société

    Les personnages sont ridicules, un peu fêlés, parfois impulsifs, violents (ex : l'instituteur à la recherche de la vraie religion finnoise passant par le sacrifice d'un lièvre sauvage), et mesquins (la femme de Vatanen) mais parfois ils débordent à nouveau d'humanité au contact de ce journaliste en cavale et de son lièvre.

Solitude

Un luxe à conquérir ; Vatanen doit déjouer les manipulations de sa femme, de ses collègues pour « l'attraper » et le ramener à la vraie vie ( journaliste, urbain stressé, etc.)

L'aventure

L'incendie de la forêt
Distiller de l'eau de vie en douce
Retaper une cabane et un sauna
Gagner de l'argent en démontant et fondant du matériel militaire

Monde animal
Histoire de l'ours qui vendra chèrement sa peau.
Histoire du corbeau pillard et glouton.


Tentative d'une symbolique animale.

Corbeau
    Dans la croyance populaire, le corbeau est un voleur ; c'est aussi le symbole de la solitude, et de la retraite volontaire.

Ours :
    Chez les celtes, le mot ours se dit (artos), qui a donné Arthur (de artoris) ; il représente la puissance, la force primitive. Associé à la lune, l'Ours symbolise l'intuition, l'instinct et la force aussi, il symbolise l'inconscient chtonien ; il est lunaire et nocturne et révèle des paysages internes de la Terre Mère. Chez certains peuples d'Amérique du Nord, sa chasse est interdite pour les femmes, et celles-ci sont l'objet de plusieurs tabous vis-à-vis de l'ours.
    En Sibérie et en Alaska, parce qu'il hiberne, l'Ours est lié à la Lune et au cycle végétal (il disparaît à l'approche de l'hiver et revient avec le printemps).

Le lièvre
Associé à la lune et symbole de la fécondité dans la tradition païenne.

CONCLUSION

    Ce livre est très populaire en Finlande mais j'avoue ne pas partager cet engouement, certains passages m'ont fait sourire mais dans l'ensemble l'œuvre m'a laissée plus ou moins indifférente, peut être à cause du style littéraire qui manquait parfois de piquant bien que les situations elles soient assez relevées ! Cela dit, malgré ce jugement personnel peu encourageant, cette œuvre a connu un tel succès qu'elle fit l'objet de deux adaptations cinématographiques, une en 1977 par Risto Jarva et une autre par Marc Rivière en 2006.

Alix, A.S. BIB
Repost 0
8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 17:21
voixdeleau2.jpg
Kiyoko Murata,
La voix de l’eau (1977) suivi de Le parc en haut de la montagne (1982),
Titres originaux :
Suichu no koe suivi de Sancho koen,
Traduction de Rose-Marie Makino-Fayolle,
Actes Sud, 2005,

1. Quelques éléments biographiques

    voixde-leau1.jpgMurata Kiyoko, née en 1945 à Yahata, au nord de l’île de Kyushu, est surtout connue pour être l’auteur de Nabe No Naka, adapté en film par Kurosawa Akira sous le titre de « Rhapsodie en août », mais il n’est pas encore paru en France.
La voix de l’eau est le titre d’un petit ouvrage de 92 pages qui contient en fait 2 récits :
- La voix de l’eau qui reçut le Prix du Festival des arts de Kyushu en 1975
- Le parc en haut de la montagne.
   
Point commun : la disparition d’un enfant. Le premier récit est situé après la nouvelle de la mort qui est annoncée dès le début. Le second récit témoigne de l’angoisse des parents pendant les recherches de leur enfant disparu.

2. Résumé

    L’histoire commence directement par l’annonce de la mort accidentelle d’une petite fille de 4 ans. Deux mois plus tard, la mère, Shoko, est contactée par une association, l’Union nationale pour la protection des enfants, qui informe les parents des dangers présents partout pour les enfants, mais qui guette également les enfants au quotidien : risque de chute depuis une fenêtre, risque de se faire écraser… Shoko va faire preuve d’un militantisme zélé qui ira au-delà de la simple distribution de tracts…

3. Les personnages

    Au tout début, tout le monde est anonyme : on nous cite « une petite fille », le « père », la « mère », des « lycéens », des « policiers », des « badauds »… mais jamais on ne nous dit de prénoms. Les personnes existent quand le deuil de la mort de la fille commence, quand la mère commence à ranger ses affaires.

- Shoko Yoshikawa : la mère. Elle souffre beaucoup de la mort de sa fille et a beaucoup de mal à s’en remettre. En s’engageant dans une association qui lutte contre les accidents domestiques ou autres qui ont des enfants pour victimes, elle pense d’abord que cela lui fera passer le temps, qu’elle verra un monde nouveau que celui dans lequel elle s’est enfermée. Avec le temps, elle sera plus audacieuse, sa confiance en elle va revenir. En réalité, elle va devenir complètement excessive dans ses actions, simplement parce que sa fille est encore trop présente à son esprit. Elle finira par être renvoyée de son association.

- Keizo : le mari et donc le père de l’enfant. Il est présent au début de l’histoire, il va d’ailleurs « pousser » Shoko à entrer dans l’association. Il n’existe plus ensuite, puis réapparaît à la fin de l’histoire. C’est comme si l’association avait remplacé son mari.

- Mariko : il s’agit de la petite fille disparue. Son prénom est cité au moment où sa mère surveille des garçons qui mettent leur vie en danger sur des vélos. Ce souvenir montre une douleur toujours présente.

- le président de l’association : ancien directeur d’école primaire. Il créé l’association après avoir perdu ses deux petits enfants en même temps dans un accident de la circulation. Les femmes membres (une quarantaine) de l’association le considèrent avec grand respect et le voient comme un homme assez chic et pourtant Shoko trouve qu’il dégage une désagréable sensation d’oppression. Il est décrit comme « un vieil homme aux cheveux blancs » mais il a apparemment un fort charisme qui touche tout le monde lors de ses discours.

- Keiko Kojima : une femme très menue, membre du comité, que l’on peut considérer comme le bras droit du président. C’est elle qui a l’idée de distribuer des tracts dans tous les appartements des cités pour prévenir des dangers quotidiens. Elle va travailler en duo avec Shoko au début pour lui montrer le travail de l’association et pour lui faire prendre confiance. A la fin de la formation de Shoko, elle lui décernera un diplôme qui la mettra au rang de « membre éclairé » de l’association.

- Nobue Miyajima : elle accompagne Shoko dans la mission qui leur a été attribuée pour l’été, « ramener dans le bon chemin les enfants s’amusant à vélo dans les rues des quartiers où la circulation était importante ». Pendant ce temps, une trentaine de membres surveillent les stations balnéaires.

- Les 3 garçons : font des pyramides sur leur vélo. Manipulateurs, ils disent toujours qu’ils sont d’accord et qu’ils comprennent les remontrances de Shoko mais recommencent leur jeu dans la minute qui suit. « Ils étaient d’une race qui tutoyait la mort ». A force de narguer Shoko, elle devient folle et se met à leur donner des fessées, jusqu’à l’apparition d’énormes bleus.

    Les parents se plaignent de cet abus de pouvoir, mais pas ouvertement, et envoient également des lettres au président de l’association. Cependant, ils n’osent rien dire à Shoko, ils choisissent plutôt l’indifférence envers elle. Les enfants, au contraire, se mettent à la harceler moralement : elle trouve des lettres devant sa porte qui la comparent à un démon, à l’ennemi des enfants ; les enfants la suivent à chacune de ses sorties en poussant des cris, ils gravent le mot « démon » sur les murs… Cela pousse Shoko à ne plus sortir de chez elle pendant une semaine entière, d’autant plus que le nombre d’enfants la poursuivant augmente avec le temps.

    A la fin de l’été, Shoko est convoquée chez le président pour être virée pour cause de violence à l’égard des enfants. A travers ces enfants, elle voulait en fait retrouver sa fille, même si cela devait se faire dans la violence.

« […] Je ne peux plus donner la fessée à ma petite fille, et je ne peux pas me retourner vers les nombreux enfants de la cité. Je n’ai plus rien. »

Shoko rentre chez elle et la vie reprend son cours.

4. Les thèmes

- la disparition d’un enfant : thème central. Toute l’histoire commence avec ce drame.

- La douleur suite à la disparition : se note à travers le comportement excessif de Shoko et par la sobriété de l’écriture au début qui reflète l’incrédulité.

- La culpabilité : Shoko veut faire le bien autour d’elle malgré les gens. Elle veut à tout prix éviter de revivre le drame qu’elle a vécu en protégeant des enfants qui ne sont pas les siens et qu’elle traite pourtant comme tels, avec ses sanctions.

5. Les éléments magiques

Il n’y en a pas forcément. Tout se joue sur l’atmosphère que l’auteur veut dégager. 

- Par exemple lors du harcèlement des enfants, on a parfois l’impression que ce sont des êtres inaccessibles et mystérieux qui poursuivent Shoko.

- Lorsque Shoko rentre chez elle, on a également une impression bizarre. En effet, c’est comme si tout le temps où elle était dans l’association, le temps chez elle s’était arrêté. Elle rentre et il y a la saleté qui s’est accumulée certes, mais il y a toujours la vaisselle accumulée dans l’évier, comme si cela n’attendait qu’elle pour se faire. Mais on peut se demander où était le mari tout ce temps ?

- Le mari refait une brusque apparition en parlant d’un magnétophone qu’il a retrouvé alors que jamais on ne nous a parlé d’un magnétophone perdu.

- Le plus étrange se note dans les dernières lignes, à l’écoute d’une cassette. La voix de la petite fille a été enregistrée avant sa mort mais à son écoute, l’usure de la cassette donne l’impression que la fille nous parle. Les vibrations correspondent à une voix que l’on entend sous l’eau, comme si la jeune fille revivait à travers cette cassette audio.

6. Mon avis

Ce n’est pas une histoire qui va me marquer personnellement. Il n’y a pas beaucoup d’action et même si le début est bien écrit, on ressent bien la douleur à travers l’écriture de Kiyoko Murata, la fin est vraiment prévisible car inévitable, du fait que Shoko veuille faire le bien des gens malgré eux. Enfin, je trouve que la manière dont les enfants luttent contre Shoko pour qu’elle leur laisse faire leurs jeux périlleux n’est pas très bien rendue. Ce n’est pas désagréable à lire, d’autant plus que c’est un récit très court, mais je n’en garderai pas un souvenir mirobolant.

Stéphanie. 2A BIB-MED
Repost 0
8 décembre 2007 6 08 /12 /décembre /2007 16:59
mrvertigo.jpg
Paul AUSTER
Mr Vertigo, 1994
trad. de Christine le Bœuf
Actes Sud, 1994




    On connaît bien Paul Auster pour ses rêveries qui nous conduisent tout au long de ses livres et qui pourtant semblent si proches de la réalité. Une limite si fine (palpable) entre l’illusion et le vrai. Vous lisez Mr. Vertigo, histoire hallucinante et abracadabrante…et le pire, voyez-vous, c’est que vous y croyez ! Votre raison vous rappelle sans cesse que ce ne sont que purs affabulations et mensonges et pourtant vous prenez cette histoire comme bien réelle. Une histoire qui aurait pu vous arriver à vous et à moi si nous avions été un petit garçon de neuf ans, par un samedi soir de novembre…
    Saint Louis, année 1924, un samedi soir de novembre. Walt, le personnage principal et également narrateur de l’histoire, rencontre le Maître Yehudi. Un maître plutôt curieux qui lui propose un marché. Un marché si abracadabrant que Walt l’accepte pour le simple plaisir de quitter son oncle et sa tante, êtres abominables au possible. Ceux-ci, bien ravis de cette aubaine, se débarrassent de cet arrogant et coûteux gamin et le laissent partir avec le Maître sans débourser le moindre sou.
    Mais, me direz-vous, quel était donc ce marché ?  Eh bien figurez-vous que le Maître s’était engagé à apprendre à Walt à voler. Eh oui, à voler. Et ce en pas moins de trois ans grâce à un entraînement impitoyablement cruel. Et s’il n’y parvenait pas, l’arrangement stipulait qu’à ses treize ans, date de fin de contrat, Walt pourrait lui trancher la tête à l’aide d’une hache. Un assez curieux contrat mais après tout Walt ne semblait rien avoir à y perdre alors pourquoi ne pas essayer ?
    Pour ce faire, le Maître conduit Walt dans sa maison, reculée des grandes villes. Walt va y faire la connaissance de Maman Sue, issue d’une tribu Sioux, et d’Esope, un jeune homme noir dont l’éducation est assurée par le Maître en personne et qui est destiné à faire de grandes études. Une première pour une personne de couleur. Ce qui n’en est pas moins un affront pour Walt, qui en bon petit garçon blanc des rues méprise cordialement les gens de couleur qu’il juge inférieurs et indignes de sa compagnie. C’est donc avec une cruauté non dissimulée qu’il les traitera, eux qui pourtant l’accueillent à bras ouverts chaque fois qu’il lui arrive des déboires. Agacé par la vie qu’il mène dans cette maison et la compagnie qu’il peut y trouver, il tentera de s’enfuir de maintes fois. En vain, puisque partout où il va le Maître est capable de le ramener. Dans l’infortune d’une de ses escapades, il va tomber très malade et à son réveil, l’attention de maman Sue et Esope pour lui vont le toucher à tel point que son comportement va changer radicalement et son tempérament va quelque peu s’adoucir.
    A partir de là commence l’entraînement, le vrai, le dur. Lui qui prenait cela à la rigolade et avec désinvolture va sortir très marqué de ses expériences. Et qui ne le serait pas après avoir passé vingt-quatre heures enseveli sous la terre dans un trou que l’on vous a fait creuser vous-même et avec seulement un long tube pour respirer ? Mais peut-être mieux vaut-il cela que l’autre choix proposé par le Maître : la strangulation ?
    Malheureusement, ce ne fut que le début de l’initiation et d’autres épreuves, toutes pires les unes que les autres, se succédèrent : Walt fut fouetté avec une branche de bouvier, jeté à bas d’un cheval au galop, attaché sur le toit de la grange pendant deux jours sans boire ni manger, frappé par la foudre ; il fut enduit de miel, et nu il dut se tenir immobile sous la chaleur d’un mois d’août alors que des milliers d’abeilles et de mouches s’agglutinaient autour de lui… Des tortures dont lui seul eut idée.
    Un entraînement qui n’a aucun sens, aucun but semble-t-il et surtout aucun résultat apparent : Walt souffre mille martyres et ne sait toujours pas voler. Et c’est par un matin lugubre que Walt réussit son prodige. La maison est étrangement calme, Esope a qui l’on a coupé le doigt la veille car il était atteint de la gangrène et maman Sue qui s’est cassé la jambe sont silencieux et semble dormir. En descendant, Walt se rend compte que le Maître a disparu et les a probablement abandonnés. Désespéré et après avoir pleuré toutes les larmes de son corps sur le carrelage de la cuisine, Walt se sent soudainement serein et c’est seulement lorsqu’il ouvre les yeux qu’il se rend compte qu’il flotte à quelques centimètres du sol.
    Le miracle produit et le Maître rentré, qui, soit dit en passant, était parti chercher l’une de ses amies Mrs Witherspoon afin de les aider à tenir la maison avec leurs deux blessés, le véritable entraînement commence. Au début, son don est très faible puis heure après heure, jour après jour et mois après mois, ses efforts vont payer et Walt petit gamin des rues deviendra Walt le Prodige. Ainsi naîtra en lui le plaisir de monter sur scène, d’être admiré et acclamé par les foules. Dans nombre de ses spectacles, les spectateurs incrédules le verront non seulement s’élever mais aussi se mouvoir dans l’air aussi aisément que s’il avait les deux pied fermement sur terre. Et ainsi commencera la belle vie ou presque. Alors que tout semble aller pour le mieux, un premier naufrage a lieu. Alors qu’ils s’entraînaient comme de coutume dans des champs avoisinants, Walt et le Maître ne voient le danger arriver que trop tard : le Ku Klux Clan est déjà là. La maison est brûlée, Esope et maman Sue sont traînés à l’extérieur et pendus.
    Ils sont dépités et anéantis maisimpuissants face à cette injustice. Suit une longue descente du Maître qui mettra beaucoup de temps à se rétablir. Mais puisque le principe de la vie est justement de vivre, la seule chose qu’ils puissent faire c’est continuer leur rêve et réussir à faire de Walt une idole.
    C’est ainsi que Walt parcourt les petites villes d’Amérique, se produit sur les places de villages pour se fait connaître. Ce qui est également l’occasion idéale pour son oncle fauché et veuf de le rattraper et de demander des comptes au Maître avec qui, selon lui, ils auraient passé un accord. Menteur et voleur, l’oncle est renvoyé avec mépris alors qu’il tente d’extorquer injustement de l’argent à son neveu qu’il aurait presque vendu quelque temps plus tôt pour s’en débarrasser. Mais la mémoire vous fait cruellement défaut dans ces moments-là, surtout lorsqu’il s’agit de grosses sommes d’argent. Humilié, l’oncle repart les mains vides mais promet de leur faire payer. Les scènes se succèdent, la tournée bat son plein et Walt en finit presque par en oublier son oncle et la peur qu’il lui inspire. Détail qui lui sera fatal : ce dernier le kidnappera et demandera une forte rançon. Walt voit sa vie défiler et sa carrière s’éteindre. Mais dans un ultime sursaut il s’en sortira indemne ou presque. L’oncle ne sera jamais retrouvé ni jugé ce qui lui sera fatal par la suite.
Après cet épisode, la vie reprend son cours et les spectacles sont de plus en plus nombreux. Jusqu’au jour où il devient évident que tout s’arrête : à l’issue de chaque représentation il est pris d’affreuses migraines. La cause très simple est la puberté et les changements corporels qu’elle induit. Et, pour chaque minute passée en lévitation Walt ressentira trois heures de migraine au sol. La décision est donc inévitable : plus de scènes, plus d’envols. Cependant, il semble que Walt ne soit pas le seul touché par la maladie car le Maître est lui aussi rongé mortellement et souffre en silence sans en donner signe à son disciple. Mais, quels que soient les obstacles, ils sont loin de fermer boutique et ils décident de continuer leur carrière dans le cinéma en faisant de Walt un acteur Hollywoodien.
    Quelle belle fin n’est-ce pas ? Mais ne vous méprenez pas, nous ne sommes pas dans un dessin animé de Walt Disney. Navrée de vous décevoir, mais vous n’entendrez pas l’éternel refrain « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » , vous ne verrez pas non plus les petits oiseaux multicolores faire « cuicui » ni les petits cœurs voltiger dans le ciel. La fin serait plutôt de l’ordre d’une terrible chute aux enfers. Le petit Walt, gamin des rues ayant réussi à s’en sortir et à devenir la vedette de toute l’Amérique représente un beau rêve. Et le mot est bien désigné car le rêve va prendre fin très rapidement et cruellement. Et pour comprendre tout cela, vous n’avez qu’à juger par vous même.
    Voyageant péniblement dans leur voiture, après des jours et des jours de trajet ils parcourent la dernière ligne droite qui mène à la capitale. Mais c’était compter
sans l’intrusion de l’oncle Slim qui, revanchard comme jamais, va anéantir radicalement leur avenir commun en blessant mortellement le Maître. Livrés à eux-mêmes dans le désert il n’y aucun espoir de survie et pour abréger ses souffrances le Maître se suicide.
Et en arrivant là vous vous dites que rien de pire ne pourrait arriver, et pourtant si, car c’est bien là que commence l’abrupte descente aux enfers de Walt. Une vie qui fera de lui un meurtrier, un voleur et un scélérat de la pire espèce.
    Mais peut-être y a t-il toujours de la lumière après les ténèbres…à vous de voir.

    Un univers misérable où l’amour semble absent de toutes parts. Un gamin seul, livré à lui même, et qui sans l’aide de son maître aurait probablement mal tourné et serait devenu un de ces vauriens. Un lascar et voleur sans scrupules. Un ignorant se croyant pourtant savant sans savoir lire ni écrire.

Chloé, 2ème année Ed.-Lib.

Repost 0
7 décembre 2007 5 07 /12 /décembre /2007 21:02
annulaire-copie-2.jpg
OGAWA
Yoko 
L’Annulaire
Titre original : Kusuriyubi no hyohon, 1994.
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle
Actes Sud, 1999
96 pages

L’Annulaire est le septième roman de Yoko Ogawa.

    La narratrice, une jeune femme dont on ne connaîtra jamais le nom, travaille dans une usine de boissons gazeuses jusqu’au jour où un accident survient : elle se fait amputer d’un morceau de doigt (d’annulaire) par une machine à soda. Obsédée par la question de savoir ce qu’est devenu ce morceau d’elle-même, elle quitte cet emploi et erre en ville pour en trouver un autre, où elle sera sûre de ne pas trouver de boissons gazeuses, qui lui rappelleraient ce souvenir douloureux.
    Elle arrive alors devant un immeuble délabré où se trouve une vieille affichette « Recherchons employée de bureau ». Sans grande conviction elle entre pour demander la place et est tout de suite embauchée par monsieur Deshimaru. Monsieur Deshimaru est taxidermiste, mais ce n’est pas un taxidermiste comme les autres. En effet, il naturalise des souvenirs, des objets, des douleurs, des« spécimens » comme il les appelle. Aucune publicité n’est faite autour de ce laboratoire, les clients viennent quand ils en ont besoin et trouvent d’eux-mêmes le chemin. « - Alors, à quoi servent ces spécimens ? – Il est difficile de leur trouver un but commun. Les raisons qui poussent à souhaiter un spécimen sont différentes pour chacun. Il s’agit d’un problème personnel. Cela n’a rien à voir avec la politique, la science, l’économie ou l’art. En préparant ces spécimens, nous apportons une réponse à ces problèmes personnels ». Le laboratoire est une sorte de musée des douleurs et des souvenirs, les clients peuvent revenir voir leur spécimen quand ils le souhaitent, mais, apaisés, ils reviennent rarement.
        La narratrice va trouver sa place dans ce laboratoire étrange, ancien pensionnat de jeunes filles ou vivent encore deux d’entres elles, et un lien fort va se créer entre elle et le taxidermiste. Ce lien va être symbolisé par une paire de chaussures qu’il va lui offrir. Celles-ci vont s’emparer de la jeune fille, malgré les avertissements d’un cireur de chaussures, venant faire naturaliser les os d’un moineau de Java : « Ca fait presque peur à voir. Il n’y a pas assez de décalage. Ne voyez-vous pas qu’il n’y a pratiquement pas d’intervalle entre votre pied et votre chaussure ? C’est la preuve qu’elles sont en train de prendre possession de vos pieds. […] Vous feriez mieux de ne pas les porter plus d’une fois par semaine. Sinon, Mademoiselle, vous risquez de perdre vos pieds ».
Ce lien intense, va donner à la jeune fille l’idée et l’envie de naturaliser son spécimen, son annulaire, et elle va se laisser aller dans toute l’étrangeté de ce laboratoire.

    De mon point de vue ce récit très court est très agréable à lire, l’auteur nous entraîne dans un univers qui devient rapidement le nôtre. Et, qui sait si, au détour d’une ruelle, chacun d’entre nous ne tombera  pas un jour sur cette étrange bâtisse ?

Maëla, 2ème Année Ed-Lib

 
Repost 0
6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 20:36
lievre-de-vatanen.jpg
Arto Paasilinna
Le lièvre de Vatanen
Titre original : Jäniksen vuosi, 1975
Traduit en français en  1989
Folio, 203 p.






    Arto Paasilinna est né dans un camion à Kittilä, en Laponie finlandaise, le 20 avril 1942. En plein exode, sa famille fuyant les Allemands est chassée vers la Norvège, puis la Suède et la Laponie finlandaise. Paasilinna (« forteresse de pierre » en finnois) est un nom inventé par son père, qui s’était fâché avec ses parents au point de changer de nom.
    « J’ai connu quatre états différents dans ma prime jeunesse. La fuite est devenue une constante dans mes récits, mais il y a quelque chose de positif dans la fuite, si avant il y a eu combat. »
        Dès l'âge de treize ans, il exerce divers métiers, dont ceux de bûcheron et d'ouvrier agricole. « J’étais un garçon des forêts, travaillant la terre, le bois, la pêche, la chasse, toute cette culture que l’on retrouve dans mes livres. J’ai été flotteur de bois sur les rivières du nord, une sorte d’aristocratie de ces sans-domicile fixe, je suis passé d’un travail physique à journaliste, je suis allé de la forêt à la ville. Journaliste, j’ai écrit des milliers d’articles sérieux, c’est un bon entraînement pour écrire des choses plus intéressantes. »
        En 1962 - 1963, il suit les cours d'enseignement général de l'École supérieure d'éducation populaire de Laponie, puis entre comme stagiaire au quotidien régional Lapin Kansa (Le Peuple lapon).
        Il collabore de 1963 à 1988 à divers journaux et revues littéraires. Également auteur de vingt romans traduits dans de nombreux pays, Arto Paasilinna est scénariste pour le cinéma et la télévision. Il s'intéresse aux arts graphiques et écrit des poèmes.
Figure emblématique de la littérature finlandaise, Arto Paasilinna a remporté depuis quelques années les faveurs d'un public fidèle grâce à une œuvre originale, peuplée de personnages singuliers, mais aussi par un sens de l'humour et de la narration rare.
Depuis la publication du Lièvre de Vatanen, le roman qui l'a véritablement lancé, l'écrivain originaire de Laponie se plaît à envoyer promener ses personnages un peu partout en Finlande, à la manière de vagabonds existentialistes partis en quête du petit rien qui manquait à leur vie : la liberté.
    « Les Finlandais ne sont pas pires que les autres, mais suffisamment mauvais pour que j’aie de quoi écrire jusqu’à la fin de mes jours. »

Bibliographie
Ses romans :
    * Operaatio Finlandia, 1972
    * Paratiisisaaren vangit, 1974
    * Jäniksen vuosi, 1975
    * Onnellinen mies, 1976
    * Isoisää etsimässä, 1977
    * Sotahevonen, 1979
    * Herranen aika, 1980
    * Ulvova mylläri, 1981
    * Kultainen nousukas, 1982
    * Hirtettyjen kettujen metsä, 1983
    * Ukkosenjumalan poika, 1984
    * Parasjalkainen laivanvarustaja, 1985
    * Vapahtaja Surunen, 1986
    * Koikkalainen kaukaa, 1987
    * Suloinen myrkynkeittäjä, 1988
    * Auta armias, 1989
    * Hurmaava joukkoitsemurha, 1990
    * Elämä lyhyt, Rytkönen pitkä, 1991
    * Maailman paras kylä, 1992
    * Aatami ja Eeva, 1993
    * Volomari Volotisen ensimmäinen vaimo ja muuta vanhaa tavaraa, 1994
    * Rovasti Huuskosen petomainen miespalvelija, 1995
    * Lentävä kirvesmies, 1996
    * Tuomiopäivän aurinko nousee, 1997
    * Hirttämättömien lurjusten yrttitarha, 1998
    * Hirnuva maailmanloppu, 1999
    * Ihmiskunnan loppulaukka, 2000
    * Kymmenen riivinrautaa, 2001
    * Liikemies Liljeroosin ilmalaivat, 2003
    * Tohelo suojelusenkeli, 2004
    * Suomalainen kärsäkirja, 2005

Ses romans traduits en français
    * Prisonniers du paradis (Paratiisisaaren vangit, 1974, trad. fr. 1996)
    * Le lièvre de Vatanen (Jäniksen vuosi, 1975, trad. fr. 1989)
    * Un homme heureux – (Onnellinen mies,1976, trad. fr. 2005)
    * Le Meunier hurlant (Ulvova mylläri, 1981, trad. fr. 1991)
    * La Forêt des renards pendus (Hirtettyjen kettujen metsä, 1983, trad. fr. 1994)
    * Le Fils du dieu de l'orage (Ukkosenjumalan poika, 1984, trad. fr. 1993)
    * La Douce Empoisonneuse (Suloinen myrkynkeittäjä, 1988, trad. fr. 2001)
    * Petits suicides entre amis (Hurmaava joukkoitsemurha, 1990, trad. fr. 2003)
    * La Cavale du géomètre (Elämä lyhyt, Rytkönen pitkä, 1991, trad. fr. 1998)
    * Le Bestial serviteur du pasteur Huuskonen – (Rovasti Huuskosen petomainen miespalvelija, 1995, trad. fr. 2007)


        Ses œuvres se caractérisent par leur humour, et le Lièvre de Vatanen ne déroge pas à la règle. Du début à la fin de notre lecture un sourire nous accompagne. Ce livre est une sorte de voyage initiatique à la recherche de liberté que Vatanen entreprend et va poursuivre à travers la Finlande, flanqué d’un lièvre particulier. Celui-là même qui lui a fait ouvrir les yeux sur son statut de prisonnier ; en effet, Vatanen est prisonnier d’une vie dans laquelle il est  malheureux. Heureusement l’arrivée du lièvre va tout changer : pourquoi ne pas tout lâcher ? Partir à l’aventure ? Pour la première fois Vatanen va vivre sa propre aventure, sans suivre le chemin qu’on a tracé pour lui mais voyager sans itinéraire sinon celui qui ses jambes vont tracer.
        Sa disparition ne suscite pas de grand intérêt dans le rang de ses collègues, sa femme n’en parlons pas ! Ou plutôt si, elle lui ordonne de rentrer pour ne pas avoir affaire au scandale que pourrait créer sa disparition, il faut dire qu’elle le déteste cordialement, le trompe et ne veut pas divorcer toujours à cause d’un éventuel scandale. Oui, Vatanen, n’a pas une vie facile, son métier de journaliste l’a déçu et sa vie sentimentale n’est pas fameuse non plus. On peut dire que le lièvre tombe bien, qu’il est le déclic au moment où plus rien de va dans sa vie.
        Il y a trois personnages principaux dans ce livre : Vatanen, journaliste dont la vie inintéressante va peu à peu prendre un sens,  va s’avérer très débrouillard pour un simple journaliste, on va le constater tout au long de son aventure ; il y a le lièvre, bien sûr, personnage énigmatique, qui suit sans jamais faillir Vatanen et qui a de temps en temps
des réactions qui vont aider Vatanen, mais il y a également la Finlande comme personnage principal. Vatanen ne fait pas que se balader en forêt, il traverse la Finlande, partant de Heinola pour arriver en URSS, les villes sont décrites, les paysages aussi, les saisons ; il nous fait voir la Finlande à travers ses animaux également, le lièvre bien sûr mais d’autres font leur apparition.
        Il y a beaucoup de personnages secondaires qu’il rencontre tout au long de son périple, un chauffeur de taxi passionné par les plantes, un vétérinaire, un garde-chasse, des policiers, deux commissaires dont un à la retraite et plutôt particulier, des pompiers, des vaches, une jeune et jolie fermière, un homme qui distille son alcool, un conducteur de bulldozer qui a l’air d’avoir perdu l’esprit, des militaires, un pasteur à la gâchette rapide, un homme qui va s’avérer mort, un vieux bûcheron ivrogne, un corbeau voleur, un instituteur à la religion particulière et s’adonnant au sacrifice d’animaux, des soldats, un ours brun mal luné, une voleuse de lièvre, un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, un professeur en laboratoire, le secrétaire des Jeunesses nationales, un dentiste, Leila, jeune avocate qui n’est pas qu’avocate, une douzaine d’ivrognes, deux gros chiens pas très sympa, de nouveau l’ours, l’Armée rouge… Il faut dire qu’il va en vivre des aventures !
        Tout commence au retour d’un reportage sur Heinola ; le photographe de Vatanen qui conduit la voiture qui doit les ramener sur Helsinki renverse un lièvre que Vatanen décide de soigner. Le photographe fatigué d’attendre son collègue et après plusieurs sommations repart, laissant le journaliste seul en pleine forêt, en pleine nuit. S’ensuit la révélation sur sa vie ; il décide de s’enfoncer dans les bois.
        Ensuite il part pour Mikkeli où il trouvera le garde-chasse qui lui donne une autorisation spéciale afin de pouvoir garder le lièvre ; entre Kuopio et Nurmes il se fait arrêter par des policiers fort peu dégourdis qui ne savent pas quoi faire de Vatanen, leur commissaire n’étant pas présent. Le commissaire revient et emmène Vatanen à sa partie de pêche ; là, il rencontre le commissaire à la retraite, celui-là même qui est très particulier et qui a une théorie intéressante sur le président Kekkonen. Il y aurait une manipulation de l'Etat finlandais qui consisterait à avoir remplacé Kekkonen par un sosie, cette manœuvre visant à cacher la mort de Kekkonen, afin de ne pas déstabiliser le pays. Cette conspiration ferait en réalité référence aux dernières années du mandat de Kekkonen durant lesquelles sa maladie était cachée aux Finlandais.
        Lors d’un incendie de forêt, il se porte volontaire et part lutter contre les flammes ; c’est là qu’il rencontre l’homme qui distille son alcool et le fou sur son bulldozer. Il arrive à Kuhmo où il obtient un travail de débroussailleur et dort sous une tente. Lorsque son travail est fini, il rentre en ville et c’est à ce moment-là qu’il rencontre l’homme mort. Il trouve un travail de défricheur à Posio; il habite alors dans un abri en forêt mais il y trouve un corbeau voleur de nourriture ; entre Posio et Sodankyla, il y a Sampio où il va réparer une cabane : les Gorges-Pantelantes. Il va y rencontrer Kaartinen, l’instituteur à la religion particulière, un ours, une voleuse de lapin, des militaires et même prendre un hélicoptère pour s’échapper d’un nouvel incendie. Il se retrouve donc à Sodankyla mais son lièvre a l’air d’aller mal, il prend un taxi jusqu’à Rovaniemi pour y rejoindre l’aéroport et rentrer sur Helsinki où un laboratoire pourrait aider le lièvre. Une fois que le lièvre va mieux, il se passe une période un peu floue dans la vie de Vatanen aux alentours de Turku, il décide de retourner aux Gorges-Pantelantes mais il se fait attaquer par l’ours ; alors il décide de la poursuivre, c’est comme cela qu’il traverse la frontière une nuit où la neige tombe fort : il arrive à Kandalaksa (URSS) où il réussit à abattre l’ours mais il se fait arrêter par l’Armée rouge, qui le conduit jusqu’à Leningrad et le renverra alors à Helsinki.

        Vatanen va trouver sa liberté mais à quel prix ? La fin de l’histoire n’est peut-être pas celle qu’on imaginait…

        Le lièvre de Vatanen est une histoire particulière, poétique, humoristique ; c’est peut-être en ça que l’on peut dire que c’est du réalisme magique. De plus à travers tous ses périples tout le monde s’extasie devant le lièvre, ne semblant pas trouver incongru qu’un homme se balade avec un animal sauvage. Les personnages n’ont pas de pouvoirs magiques à proprement parler mais la conjugaison de tous les éléments rendent ce livre quelque peu magique.
        Son livre est qualifié plusieurs fois de roman d’humour écologique. De l’humour, de la nature, une quête, des personnages farfelus, une autodérision de la vie finlandaise… Paasilinna se moque souvent des autorités finlandaises dans ce livre. Bref tout pour faire un roman agréable à lire où les pages se tournent facilement, le sourire aux lèvres et cette question existentielle qui se pose à chaque fois : mais que va-t-il encore lui arriver ?

        Le lièvre de Vatanen a été l’objet de deux adaptations au cinéma, une en 1977 de Risto Jarva et une autre plus récente de Marc Rivière en 2006 avec Christophe Lambert comme Vatanen ; l’histoire est transposée au Canada.

Jennifer B. AS Ed. Lib.
Repost 0
5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 19:59
museedusilence-copie-2.jpg
OGAWA Yoko,
Le Musée du silence,
traduction Rose-Marie Makino-Fayolle,
Arles, Actes sud, 2003,
315 p.

        Pour la première fois dans l'œuvre d'Ogawa Yoko, le personnage principal est masculin et l'histoire racontée prend son temps pour s'installer ; autrement dit, c'est son premier vrai roman par rapport aux récits plutôt courts qu'elle avait l'habitude d'écrire jusque là.

Résumé : Un jeune muséographe se retrouve au milieu de nulle part, dans un village dont on ne connaîtra jamais le nom : il vient d’être engagé par une vieille dame pour constituer un musée d’objets très spéciaux. En effet, ce sont des objets ayant jadis appartenu à des personnes aujourd’hui mortes et que la vieille dame a récoltés comme preuves de leur existence passée. Le jeune homme sera donc désormais chargé de récolter les objets, souvent illégalement. Ce travail finira par le mener sur des scènes de crime et la police ne tardera pas à le présumer coupable…
Je ne sais pas si le terme réalisme magique est appropriée au Musée du silence

        Les personnages ne sont jamais nommés et sont désignés par les termes qui leur correspondent le plus :
Le jeune muséographe : il participait déjà au processus de conservation sans s’en rendre compte en gardant toujours avec lui le Journal d’Anne Frank en souvenir de sa défunte mère et un microscope en souvenir de son frère qui est loin de lui. Il attache de l'importance à la possession des choses et veut conserver la forme, le visible le plus longtemps possible. Il s'habitue petit à petit à l'illégalité et à l'étrangeté de sa tâche et va jusqu'à piquer l'œil de verre d'un cadavre, casser une serrure d'entrée, trancher le fil d'un système de surveillance…
La vieille dame : elle est toujours de mauvaise humeur, paraît égocentrique, autoritaire et méchante mais cache au fond une infinie tendresse pour sa fille adoptive et un certain attachement pour le narrateur. Elle vit en fonction de l'almanach qu'elle a créé, c'est ce qu'elle appelle suivre son "calendrier personnel". Ce qui la pousse par exemple à inaugurer le musée un certain jour parce que dit "favorable" alors que la construction n'est pas terminée et les objets pas encore exposés. Elle récolte les objets des défunts depuis l'âge de 11 ans en choisissant ceux qui les caractérisent le mieux. Mais cela n'a rien à voir avec le sentimentalisme contenu dans le souvenir ni avec la légalité. En effet, pour se procurer un souvenir authentique et véritable, la vieille dame n'hésite pas à enfreindre la loi et l'éthique (elle va jusqu'à déterrer le cadavre d'un chien pour l'exposer).
La jeune fille : c'est une jeune fille proche de l'âge à adulte mais encore si enfantine. "Elle avait la manière de parler d’une adulte mais ne cherchait pas à cacher l’enfance qui affleurait au détour d’un geste, si bien qu’un certain déséquilibre l’environnait à chaque instant." Le narrateur n'est pas insensible à son charme. On ne sait pas pourquoi la vieille dame l'a adoptée mais elles sont fortement liées, elles se comprennent sans se parler.
Le jardinier : c'est un des personnages témoignant de l'étrangeté présente dans tout le roman. Très sympathique au premier abord, on ne peut s'empêcher de remarquer qu'il agit bizarrement. Fasciné par les couteaux qu'il fait lui-même il déclare : "ma plus grande joie est d'imaginer à quoi servent les couteaux que j'ai fabriqués".

Les thèmes que l'on retrouve dans Le Musée du silence sont récurrents dans l'œuvre d'Ogawa Yoko :
        Il y  a tout d'abord la mémoire qui permet de lutter contre la mort : la vieille dame veut des objets qui soient la preuve la plus vivante et la plus fidèle de l'existence physique de la personne défunte, "quelque chose empêchant éternellement l'accomplissement de la mort qui fait s'écrouler, à la base, cet empilement si précieux des années de vie", puisque "tout tend à la décomposition du monde. Rien n'est immuable". Le classement permet de lutter contre l'inexorable disparition, contre l'oubli. Ainsi, tous les jours, la vieille dame raconte au jeune homme l'histoire des objets pour que celui-ci les mette en valeur. Le musée n'est donc pas un entrepôt mais un lieu de vie où les objets ou "minuscules fragments du monde"  reprennent leur signification oubliée.
    Le thème du silence est aussi très présent tout au long du roman : outre les longs silences apaisants qui s'installent parfois entre la vieille dame et le jeune homme, le monde du silence est ici incarné par les personnages étranges que sont les prédicateurs qui pratiquent l'ascèse du silence. Il leur est interdit de parler pour le reste de leur vie et leur idéal est de mourir au milieu du silence total. "Rien ne sort de l'intérieur d'eux-mêmes mais ils ne refusent pas ce qui vient de l'extérieur" : les habitants ont l'habitude de leur raconter leurs secrets car ils savent qu'ils ne seront jamais révélés et le "petit monde de silence" les accueille. Lorsque l'un des prédicateurs enfreint la règle, il peut aller se confesser mais d'une manière peu ordinaire : en collant sa langue sur un pic de glace. Ainsi, le froid "la [réduit] au silence en gelant les mots qu'elle s'est fourvoyée à prononcer." Le narrateur est comme attiré par ce monde de silence. On suit la progression d'un prédicateur du silence dans son ascèse : au début il converse avec le jeune fille, devient son ami, puis se renferme de plus en plus en lui-même et le jeune muséographe s'interroge : "pourquoi le garçon ne parlait-il pas ? Je réfléchissais vaguement dans ma tête. Il avait progressé dans sa pratique silence". Le jeune novice devient un prédicateur du silence aguerri.
        Enfin, même s'il est traité au second plan on retrouve le thème du sexe souvent présent dans l'œuvre d'Ogawa qui se traduit sous la forme de l'attirance que ressent le jeune muséographe pour la jeune fille : "n'aurais-je pas été capable de lui offrir tout ce qu'elle voulait. C'était ce dont elle me donnait l'illusion". Il attache une grande importance à décrire son physique, ses vêtements, ses moindres gestes. Mais cette attirance est malsaine, il est plus vieux qu'elle, elle le vouvoie tout au long du roman, l'appelle "monsieur". Il fait un rêve d'elle où il se rend compte qu'il n'a "pas besoin de maîtriser le désir qui [l]'aurait fait tomber dans le dégoût de [lui]-même".

Le village est le théâtre d'événements et de coutumes très étranges :
- lorsque la bombe éclate en plein centre du village, on ne sait pas ce qui se passe, tout était paisible et brusquement c'est le chaos. L'auteure n'explique rien, ce n'est que quelques pages plus tard que l'on comprend que c'était une bombe. Pourquoi un attentat à la bombe dans ce petit village tranquille ?
- une série de meurtres horrible a lieu dans ce même village : de jeunes femmes sont retrouvées mortes, les mamelons découpés. Le premier crime remonte à 50 années plus tôt. Ainsi un vrai mystère plane sur la question de l'identité du coupable.
- les habitants du village ont des mœurs étranges comme, par exemple, le mur avec des trous pour les oreilles où, lorsque l'on arrive à glisser son oreille dans l'orifice prévu à cet effet, on est exonéré d'impôts. Certains vont jusqu'à recourir à des opérations pour raccourcir leurs oreilles… Chaque année, le village voit aussi se dérouler la Fête des pleurs, une procession d'habitants en train de pleurer qui élisent une princesse des larmes chargée de brandir une branche d'aubépine, croyant que cela va faire reculer l'hiver.
- on a l'impression que le village est complètement coupé du reste du monde, aucune intervention extérieure n'a lieu. Le jeune muséographe écrit de nombreuses fois à son frère mais ne reçoit jamais de réponses. Mais son frère reçoit-t-il ses lettres ? On ressent alors un sentiment d'enfermement, comme si le narrateur ne pouvait plus jamais repartir de ce village.

        Le Musée du silence est une histoire partagée entre la paisible routine du classement des objets et les événements étranges se déroulant au village ou au musée. C'est un roman que l'on pourrait qualifier de linéaire, une surface lisse qui cache beaucoup de choses mystérieuses mais dont le suspense est exclu. Loin d'être un roman policier où le personnage principal serait traqué par des policiers, c'est une réflexion dont l'auteure nous fait part. Une réflexion sur la mort qui emporte tout, l'oubli, la mémoire, les objets qui seraient les seuls témoins de notre existence passée
mais il est sûr qu'une atmosphère particulière plane sur ce roman, l'étrange est présent tout au long de l'histoire à travers les personnages, les événements ou les caractéristiques du village.

Laura, Bib 2ème année

Repost 0
4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 20:56

mr-vertigo.jpg
Paul AUSTER
Mr Vertigo, 1994
trad. de Christine le Bœuf
Actes Sud, 1994





Biographie de Paul Auster :


        Paul Auster est né dans le New-Jersey en 1947 aux Etats-Unis. Ses parents sont originaires d'Europe centrale (mais nés aux Etats Unis).

        Il va être très tôt au contact des livres par l'intermédiaire de la bibliothèque d'un oncle traducteur et va commencer à écrire à l'âge de 12 ans.

        De 1965 à 1967, il est étudiant à l'Université de Colombia où il étudie les littératures française, italienne et anglaise et où il va commencer à traduire des auteurs français.

        S'ensuit une dizaine d'années de galère où il va rédiger quelques articles pour des revues ; commencent alors les premières versions de Moon Palace et du Voyage d'Anna Blume. Il va également séjourner en France où il vit de ses traductions (Mallarmé, Sartre, Simenon) et écrit des poèmes avant d'être reconnu comme un écrivain majeur dans les années 80.


Mr Vertigo : résumé

        Par la première phrase du livre : « j'avais douze ans la première fois que j'ai marché sur l'eau » puis un peu plus loin : «  Maître Yehudi m'avait choisi parce que j'étais très petit, très sale, tout à fait abject. 'Tu ne vaux pas mieux qu'un animal, m'avait-il dit, tu n'es qu'un bout de néant humain' » , nous entrons directement dans l'univers de Walter Rawley, jeune orphelin, élevé par son oncle et sa tante, jusqu'au jour où il est recueilli par Maître Yehudi qui a promis de lui apprendre à voler avant son 13ème anniversaire. Pour ce faire, Walt va devoir surmonter un certain nombre d'épreuves terribles (être enterré vivant par exemple). Il y arrivera, connaîtra la gloire en donnant différents spectacles à travers l'Amérique jusqu'au jour où il ne pourra plus voler (car pris de vertiges et de malaises à chaque tentative) et sera donc obligé de renoncer à son don.

        Ceci n'est en fait que la première partie du livre : il serait en effet difficile de résumer entièrement Mr Vertigo en quelques lignes car c'est une oeuvre riche en péripéties, racontée par Walter, agé alors de 77 ans. Il nous narre son histoire et donc les souvenirs, les illusions, les rencontres, les événements heureux et tragiques qui jalonnent son existence.


        Il y a, à mon sens, 4 parties dans cette oeuvre :


  • sa préadolescence : sa rencontre avec maître Yehudi, les épreuves d'initiation que celui-ci lui impose.

  • son adolescence : son passage de l'enfance à l'âge adulte, qui se clôt par la mort de maître Yehudi.

  • l'âge adulte : le « rêve américain », les femmes,...

  • la vieillesse : le temps des souvenirs et donc le temps de l'écriture.


Plusieurs personnages importants pour Walt traversent le livre :


  • Maître Yehudi : personnage charismatique du livre, celui-ci est un juif hongrois. C'est en quelque sorte le maître spirituel de Walt. L'évolution de sa relation (élève / mentor) avec lui est d'ailleurs très intéressante à suivre au fil de l'oeuvre.

  • Maman Sue : noire américaine, d'origine sioux qui va être la victime des horreurs du Ku Klux Klan.

  • Esope : à peine plus âgé que Walt, jeune homme noir, il deviendra rapidement le meilleur ami de Walt et sera lui aussi la victime du Ku Klux Klan.

  • Mrs Marion Witherspoon : la maîtresse de maître Yehudi et qui deviendra la compagne de Walt plus tard.


Plusieurs époques liées à l'histoire de l'Amérique se succèdent également dans ce livre :


  • la deuxième guerre mondiale

  • les horreurs du Ku-Klux-Klan

    Paul Auster nous entraîne dans le fantastique, le merveilleux pour nous ramener tout aussi soudainement à une réalité parfois bien dure : une Amérique gagnée par la violence et le racisme. Le contexte historique est donc, lui, bien ancré dans le réel.


        Les lieux jouent également un rôle très important dans les romans de Paul Auster, pour ancrer davantage encore le récit dans la réalité (et ici, la réalité américaine). En effet, dans Mr Vertigo, le personnage traverse différentes villes d'Amérique : Kansas City, Memphis, Levingston, New York, Pittsburgh,... (il y en a environ 70). Ce voyage dans l'Amérique s'apparente ainsi à un roman d'aventures, ou à un voyage initiatique.


Un conte initiatique :

            En général, un roman d'apprentissage est un récit où le narrateur est un héros jeune et sans expérience. Il découvre la vie par le biais de diverses épreuves qui l'ont aidé à « faire ses armes » ; c'est donc une conception de la vie en elle-même qu'il se forge progressivement. Celui-ci découvre donc les grands événements de l'existence : la mort, l'amour, la haine, l'altérité, le courage,... Le personnage traverse donc différentes péripéties qui l'aident à grandir et à mûrir.

        On peut appliquer cette définition à l'oeuvre de Paul Auster (ou du moins à la première partie de l'oeuvre) : Walt est un jeune homme sans expérience qui va être amené à affronter diverses épreuves dont Maître (et là encore, le terme est important) Yehudi est à l'initiative. Le narrateur, âgé de 77 ans, revient sur ses diverses expériences qui l'ont aidé à grandir et à devenir un homme adulte.

Le réalisme magique dans l'oeuvre :


Pour moi, il y a deux sortes de réalisme magique dans l'oeuvre :


  • il y a dans le livre, un élément magique fondamental : Walt réussit à voler, cela pourrait nous paraître complètement absurde et pourtant, en tant que lecteur, nous acceptons cette donnée dès le départ et nous nous laissons emporter dans ce monde merveilleux comme s'il était effectivement possible d'apprendre à voler. Le magique s'intègre donc parfaitement au monde réel.

  • Le deuxième s'apparente au monde merveilleux que tout un chacun possède quand il est enfant : le regard que l'on porte sur le monde lorsque nous sommes enfants.

    D'ailleurs, les deux réalismes sont liés : en effet, le merveilleux disparaît au fur et à mesure que le personnage grandit. Le passage de l'enfance à l'âge adulte, va être marqué par le fait que Walt ne réussisse plus à voler. Plusieurs explications : lorsque l'on grandit, on s'ancre davantage dans la réalité, on a l'esprit moins léger... les enfants au contraire s'inventent un monde merveilleux, ils ont l'esprit libre, insouciant... et peuvent s'envoler ? Comme le dit lui-même le narrateur à la fin de l'oeuvre : « je ne crois pas qu'un talent particulier soit nécessaire pour décoller du sol et flotter en l'air » (...) « il faut apprendre à ne plus être soi-même ».

Mon avis sur le livre :

        Plusieurs thèmes apparaissent dans le livre : le temps qui passe, la solitude, le poids de la culpabilité, la perte de l'être aimé, la disparition, le besoin de se reconstruire, de tout recommencer (et à tout moment). Pour moi, c'est un livre sur l'enfance vers le passage à l'âge adulte, un livre sur la difficulté de grandir, de faire des choix, de se diriger vers un monde qui n'a pas l'air très joyeux en apparence.

        C'est un conte philosophique qui nous entraîne dans l'univers fantastique, fabuleux du personnage principal (qui repousse les limites et les capacités de l'être humain en volant) mais qui pourtant nous ramène à une réalité parfois cruelle : la vie d'un être humain qui, comme tout un chacun se bat pour la vivre du mieux qu'il le peut. Vertigo : le vertige de l'être, le vertige de grandir, l'envie d'échapper à sa condition mais de ne pas pouvoir.

        Pour conclure, c'est un livre facile à lire, plein d'humanité et riche en rebondissements.


M.B. AS BIB


Sources pour la biographie de l'auteur : Wikipédia


 

Repost 0
4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 20:18
noyadeinterdite-copie-1.jpg
Amy Tan
Noyade interdite
trad. de l'américain
Annick Le Goyat,
Buchet-Chastel, 2007
570 p.









Amy TAN :
Elle est née de parents chinois, elle-même vit aux Etats-Unis. Elle a déjà écrit de nombreux ouvrages, traduits dans une trentaine de langues à travers le monde entier. Elle a également écrit des nouvelles, des livres pour enfants et des articles pour des magazines. Elle a aidé à l’adaptation de certaines de ses œuvres au cinéma, à la télévision et au théâtre. Petite anecdote : elle est apparue dans son propre rôle dans un épisode des Simpson.

Le livre :
Il commence par une note aux lecteurs en apparence très sérieuse et assez amusante sur l’origine de l’ouvrage : Amy Tan se serait inspirée d’une histoire vraie, celle de onze touristes américains pris en otage en Birmanie, histoire soufflée de plus par l’esprit de Bibi Chen, qu’elle aurait connue du vivant de cette dernière, à une médium.
Ainsi l’auteure fait de Bibi Chen son personnage principal et narratrice de l’histoire, alors même que Bibi trouve la mort dés les premières pages du livre : elle peut ainsi, grâce à un état de conscience détaché de tout, suivre ses amis en Chine puis en Birmanie dans leur voyage catastrophique.
Les douze Américains se comportent en effet comme l’archétype du touriste ignare et ethnocentrique : parlant de ce qu’ils ne connaissent pas, comparant sans cesse chaque population, chaque situation avec les Etats-Unis et commettant de graves fautes de goût et de culture.
Dans une deuxième partie, avec la prise d’otages, le livre se recentre sur les personnages plus que sur les situations parfois burlesques : une tribu birmane, les Karen, qui fuit et se cache du gouvernement depuis des années, voit en l’adolescent du groupe leur sauveur, personnification du mythe local du Jeune Frère Blanc, où comment un occidental un peu magicien viendrait sauver les Karen de l’oppression militaire.
En fait de prise d’otages il s’agit plus d’une invitation dont les onze Américains ne se méfient pas, alléchés par la promesse d’une vague surprise une fois arrivés au lieu-dit : retenus dans un village au fin fond de la forêt par de simples (et fausses) constatations (le pont menant à la civilisation se serait écroulé alors qu’en fait les Karen l’ont juste dissimulé), les touristes apprennent à vivre de peu. Il s’ensuit des situations tantôt comiques, tantôt tragiques, et le livre plonge dans une ambiance étrange, mystérieuse, qu’on attribue parfois à la magie et parfois à des raisons plus terre-à-terre (une quelconque drogue ?) selon le point de vue de l’auteure, des Américains ou du chef de la tribu des Karen.
Sans dévoiler la fin, l’issue de l’intrigue s’insère bien dans le ton tragi-comique du livre tout entier, qui va du ridicule aux dures réalités d’un pays trop souvent oublié.


Thèmes abordés :

Le fantastique se trouve à plusieurs niveaux : le simple fait de faire raconter l’histoire par une morte en est un premier aspect, et permet de plonger en profondeur dans l’esprit des différents protagonistes, d’éclairer les relations souvent tumultueuses même si rarement complexes qu’ils entretiennent entre eux, de voir à travers leurs yeux et leurs acquis culturels un monde différent et qui nous serait tout aussi obscur sans les explications éclairées de Bibi Chen.
L’autre facette du merveilleux se situe largement dans les croyances chinoises et birmanes que nous présente Bibi. De nombreux mythes et légendes locaux émaillent le récit, des esprits se mêlent du destin des personnages, une malédiction leur est lancée très tôt dans leur périple et une ambiance mystique règne sur le petit village des Karen, principalement en la présence de deux jumeaux presque sacrés et régulièrement plongés dans des transes où différentes religions, différents mythes s’entremêlent.
A ce côté fantastique se heurte le réalisme, d’un côté des Américains et de leur méconnaissance d’une culture, de l’autre d’une situation bien réelle et tragique, celle des Karen. Les onze touristes ne réagissent absolument pas aux diverses traces de mysticisme qu’ils trouvent sur leur route et écoutent d’une oreille amusée et légèrement condescendante chaque évocation de magie. Les Karen quant à eux, sont les victimes d’une oppression bien réelle et des horreurs qu’elle entraîne et contre laquelle leurs espoirs paraissent finalement bien naïfs.
De façon régulière, comme des pauses dans le récit, l’auteure, à travers Bibi Chen, dresse un portrait digne d’un guide de voyage de la Chine et de la Birmanie, où transparaît l’affection qu’elle a vis-à-vis de ces deux pays. C’est aussi pour elle un moyen d’évoquer une situation presque pathétique tant elle paraît tragique, celle de la Birmanie, un pays fermé, enfermé même, et suur lequel la communauté internationale jette à peine un regard de temps en temps, au rythme de promesses de libération d’Aung San Syu Ki.
C’est à travers la téléréalité qu’affectionne tant aujourd’hui le monde occidental qu’Amy Tan évoque avec le plus de mordant une situation désespérée : les Karen sont persuadés qu’en passant à la télévision, la planète entière ne pourrait rester insensible à leur malheur.


Conclusion :

Noyade Interdite est un roman traitant de thèmes qui se croisent et s’entrechoquent, de la méconnaissance d’un pays pour sa culture et de son mépris pour sa situation, de personnages tous plus improbables les uns que les autres et des relations qu’une aventure toute aussi incroyable va développer entre eux, le tout sur un ton souvent léger, plein d’humour mais qui fait mouche à chaque fois.

Pauline, A.S. Ed.-Lib.

Repost 0

Recherche

Archives