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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 07:00

Doctorow-Cite-de-Dieu-01.gif






 

 

 

 

 

 

Edgar Lawrence DOCTOROW
Cité de Dieu
City of God, 2000
Traduction
Jacqueline Huet
Editions de l’Olivier, 2003
Points, 2007



 

 

 

 

 

Biographie

Edgar Lawrence Doctorow est né le 6 janvier 1931 dans le Bronx, l’un des quartiers les plus sensibles de New York, où il grandit.

Il fait des études dans plusieurs universités prestigieuses du Bronx. Il passe par plusieurs métiers, tour à tour dans le cinéma avec Columbia Pictures, ainsi que dans le monde du livre, à la New American Library et au Dial Press dont il est le rédacteur en chef jusqu’en 1969.

Il est reconnu comme un écrivain majeur aux États-Unis, a reçu plusieurs prix littéraires dont le National Book Award et a écrit plusieurs romans à succès. Plusieurs de ses œuvres ont été adaptées au cinéma et son roman le plus connu, Ragtime, a même été adapté en comédie musicale.

Son premier livre est sorti en 1960 et son dernier en 2009, il continue aujourd’hui encore à écrire. Il écrit souvent sur New York et veut montrer toute l’histoire de sa ville mais aussi celle des États-Unis. On trouve souvent dans ses romans, une critique sociale qui se mêle à l’intrigue.



Résumé

Paru en 2000, Cité de Dieu se passe à New York, plus précisément à Manhattan. Le personnage principal, Everett, est un écrivain en manque d’inspiration, ancien prêtre. Il vit à Manhattan et porte sur le monde un regard désabusé et cynique.

Un jour, survient le vol mystérieux d’une croix en bronze de 1 mètre 80 dans la petite église de Saint Timothy. Le mobile du vol est flou, la croix ne vaut pas grand-chose et est retrouvée quelques jours plus tard sur le toit d’une synagogue, plus au Nord. Le couple de juifs libéraux, Joshua et Sarah, qui y habite préfère étouffer l’affaire pour ne pas faire de mauvaise publicité à leur congrégation toute jeune. Le rabbin Joshua, Everett et le père Pem, le prêtre de la paroisse, décident de mener tous trois l’enquête et de percer le mystère sur cette affaire. Everett voit lui dans cette aventure une source nouvelle d’inspiration et ne s’implique pas vraiment.

On trouve aussi les histoires de cœur d’Everett, amant de Moira, la femme un peu délaissée d’un PDG, et surtout qui tombe amoureux de Sarah, prêt à se convertir pour la conquérir.



Avis

Ce livre est présenté comme le carnet de notes d’Everett, les idées s’enchaînent sans avoir toujours de cohérence ni de chronologie indiquée ; il peut se passer plusieurs semaines entre deux paragraphes, au risque de perdre le lecteur.

L’intrigue est décousue, on a peu de descriptions, on a du mal à comprendre le lien qu’entretient Everett avec des personnages qu’il a rencontrés avant le commencement de l’histoire ou à connaître le passé d’Everett. On parle assez peu des événements ultérieurs à l’histoire et on finit par se sentir un peu embrouillé. On a du mal à savoir qui est qui.

Doctorow fait de plus de très nombreuse digressions, il y a presque plus de digressions que de récit. La plupart sur des questions métaphysiques, sur les grandes théories scientifiques et sur la théologie, posant au final la question : Dieu a-t-il encore une place dans notre société moderne ?

Cependant, Cité de Dieu comporte aussi des critiques sociales discrètement incorporées dans le récit ; l’auteur nous montre un New York sombre. On parle beaucoup des immigrés, des vendeurs à la tire, des vols, des dealers, des voleurs … Everett a d’ailleurs de nombreux contacts avec ce milieu, prenant lui-même de la drogue occasionnellement.

Ce roman a une intrigue assez dure à suivre et est assez exigeant envers son lectorat mais il présente une façon d’écrire innovante, une nouvelle sorte de roman qui pourra plaire à certains, de plus c’est un roman qui présente beaucoup de thèses assez intéressantes tout au long du récit sur des sujets divers et variés.


Faline, 1ère année Bibliothèques 2012-2013

 

 

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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 07:00

Antonio-Munoz-Molina-Fenetres-de-Manhattan.gif


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Antonio MUÑOZ MOLINA
Fenêtres de Manhattan
traduit par Philippe Bataillon
Seuil, 2005
Points, 2008


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Antonio Muñoz Molina est un écrivain et journaliste espagnol, né en 1956 à Úbeda, Jaén, Andalousie. Auteur  de romans, et d’un recueil nouveau, il est membre de la Real Academia Española et directeur de l’Institut Cervantes de New York. Il vit actuellement entre Madrid et New York.

 

Antonio Muñoz Molina est ici écrivain et personnage des rues de Manhattan. Il déambule dans les musées, s’installe dans les cafés va de marchés en théâtres, de quartiers en galeries d’art et en librairies. Cet auteur est convaincu que le monde est suffisamment riche, et en particulier le monde urbain, pour qu'il suffise à fournir la matière de toute une œuvre. Au cours de ses déambulations américaines, dans une ambiance de réflexion et de tranquillité qui le place dans une sorte d'extase ou de contemplation, il raconte, les cinq sens et l'âme en éveil, tout ce qu'il voit, sent, pressent ou ressent, entend et comprend.

Le récit du séjour de l’auteur débute avec le traumatisme des New-Yorkais lors de l’effondrement des tours jumelles. C’est Antonio Muñoz Molina qui nous relate le quotidien bouillonnant de la Grosse Pomme. Le récit se déroule sur un peu plus d’une année et débute le 11 septembre dans un climat de deuil et de destruction.

Par la suite, il raconte et décrit les lieux et ceux qu’il y rencontre, des anonymes et des professionnels qu’il côtoie à l’institut Cervantès où il enseigne la littérature.

 

Ce que l'Espagnol Antonio Muñoz Molina aime, à New York, ce sont d'abord les fenêtres. Du sommet des gratte-ciel de Midtown aux maisons basses mangées par les glycines du Village, quatre-vingt-sept chapitres, quatre-vingt-sept fenêtres ouvertes sur Manhattan. Les fenêtres sont le point de repère auquel il accroche son  imagination lorsque le prend le vertige, ce mal caravctéristique de New York où chaque centimètre carré semble voué au culte de la rapidité et où la verticalité des monuments vous donne le tournis.

Les « fenêtres de Manhattan », ce n'est pas seulement cette inflation des surfaces vitrées dans l'architecture contemporaine qu’on trouve à New-York grâce au développement des buildings. Elles offrent cette troublante originalité : elles ne possèdent ni volets ni rideaux. Parfois rectangles vides, elles dévoilent les vies intérieures en même temps qu'elles admettent le monde extérieur. Intérieur/extérieur, de ce côté et de l'autre, l'intime et le public, la richesse et la pauvreté, ces espaces antagonistes que la surface transparente de la fenêtre découpe sont cette ville pleine de contradictions où les destins individuels se croisent, ville considérable où chaque sentiment, chaque attitude, chaque jugement fournit la matière de croquis ingénieux. Elles reflètent tous les mondes possibles, tous les passés et tous les présents, toute la densité et diversité humaine de cette ville unique.

Antonio Muñoz Molina  regarde par la fenêtre et voit d’autres fenêtres, des tours de vitres qui séparent des êtres les uns des autres mais qui en même temps aspirent à être percées, regardées, comme dans les fameux tableaux de Hopper qui donnaient sur des scènes nettement découpées et voilées de mystère, complètes mais inaccessibles. L’art est intimement présent dans cette œuvre à travers les concerts de jazz ou la peinture d’Edward Hopper ; Molina décrit extrêmement bien avec ses mots la tristesse et la solitude des hommes cachés derrière ces fenêtres et ces vitrines.

 

Les déambulations ou promenades de l’auteur peuvent servir de guide touristique à l’instar d’un grand classique du genre Promenades dans Rome de Stendhal.

 
Constance, 1ère année Bibliothèques

 

 

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 07:00

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Louis ARAGON,

Le Paysan de Paris
Gallimard, 1926
Réédition en 1953
Collection  Folio, 1972

 



 

 

 

 

 

 

 

 

Louis Aragon (1897 – 1982)
 
Enfant adultérin, il n’est pas reconnu par son père qui lui donne ce nom suite à un poste d’ambassadeur dans cette région espagnole. Il grandit avec sa mère, entouré d’autres femmes. Deux aspects importants de son enfance que l’on retrouve en filigrane dans ses œuvres.

Il fait des études de médecine au Val de Grâce, dans le quartier psychiatrique, où il rencontre André Breton. Tous deux seront mobilisés et envoyés au front pendant la Première Guerre mondiale ; ils y feront la connaissance de Philippe Soupault.

Aragon revient traumatisé et désabusé du front. Contrairement à leurs aînés, comme Apollinaire qui sublime la guerre, la rend éclatante de vie par des parallèles avec le corps, le sexe ou l’amour, les surréalistes, pour la plupart trop jeunes pour prendre du recul, n’ont que subi la guerre et trouvent ces « années folles » dérisoires et hypocrites.

Avec André Breton et Philippe Soupault, Aragon participe au mouvement Dada avant de s’en éloigner pour fonder le surréalisme.

 

Le récit

Le Paysan de Paris, est divisé en quatre grands textes : 

 

  • « Préface à un mythologie moderne » : relève de la méditation métaphysique ; ici transparaissent les questions que se pose le jeune homme sur la pensée contemporaine, la ville, etc.
  • « Le Passage de l’Opéra » : Flânerie solitaire et mentale dans un lieu équivoque  et voué à disparaître.
  • « Le Sentiment de la Nature aux Buttes-Chaumont » : ballade nocturne avec deux amis dans un lieu propice à l’appel de l’imaginaire et à l’envolée lyrique.
  • « Le Songe du Paysan » : sorte de suite et fin de la préface.

 

Le Paysan de Paris commence à paraître en feuilleton dans La Revue européenne dirigée par Soupault,  ce qui est explicitement dit à plusieurs reprises. Cela brise la temporalité et confond temps du récit et temps de l’action.

 

« L’autre jour, il y avait réunion des notables du passage : l’un d’eux avait apporté les numéros 16 et 1 7 de La Revue Européenne. On en avait discuté avec âpreté. Qui donc t’avait donné tes renseignements ? » (p. 105).

 

Une volonté de déconstruction du récit. Comme le précise une note de l’auteur, « le niveau des mœurs et celui des romans » déclinent en France durant les années 20. Aragon utilise différentes techniques afin de ne pas suivre une structure romanesque classique, notamment le collage qui est très courant dans le milieu Dada (et dans le surréalisme).

On trouve donc des affiches, extraits de journaux, des jeux typographiques, adressess au lecteur, etc. Soit autant de procédés qui pour l’auteur sont le moteur et la base de l’imagination. Cette dernière occupe une place importante tout au long du récit, à tel point qu’il la personnifie dans une saynète : « L’homme converse avec ses facultés » (p. 76). Ce passage est aussi l’occasion de faire un éloge du surréalisme. Ce dernier y est presque comparé à une drogue (« Le vice appelé surréalisme est l’emploi déréglé et passionnel du stupéfiant image » (p. 82)) qui révolutionnerait le mondes et ses valeurs ; en effet comme la plupart des surréalistes, il prône l’ennui, l’inactivité mais d’une manière méliorative. Il s’agit de mettre à profit ce temps passé, en apparence, «à ne rien faire» afin laisser se reposer l’esprit au profit de l’imaginaire : « Le principe d’utilité deviendra étranger à tous ceux qui pratiqueront ce vice supérieur. » (p. 83)

On ressent dans ce « Discours de l’imagination », une volonté d’aller contre le système établi, un côté rebelle que l’on retrouve lorsqu’il prend position, à plusieurs reprises, contre la « puissante société de l’Immobilière du boulevard Haussmann ». Il a d’ailleurs des considérations modernes sur sa ville et les travaux qui la transforment :

 

« Il mérite un meilleur sort que celui que lui réserve une municipalité inconsciente, qui songe plutôt à agrandir les rues de sa ville qu’à y préserver et à y encourager une urbanité si rare et des dons de courtoisie qu’on voit de plus en plus disparaître des lieux publics parisiens. » (p. 100)

 

On pourrait entendre cela de nos jours.
 
Mais surtout, cela donne une dimension de travail de mémoire à ce récit. En effet, lorsqu’il n’est pas aux prises avec des souvenirs, des hallucinations ou autres envolées lyriques, Aragon nous offre des descriptions florissantes de détails. Il semble chercher à laisser une trace de ce qu’ont été ce passage, ses commerces, ses équivoques. La vocation qu’il a de disparaître justifie le détail des descriptions de ce qui le compose.

Pourtant la description a aussi un rôle de « tremplin de l’imaginaire qui rend possible la perception du merveilleux dans le quotidien. » (ISHIKAWA Kiyoko, Paris dans quatre textes narratifs du surréalisme. Ed. L’Harmattan). Idée qui est illustrée par l’apparition d’une sirène dans la vitrine du marchand de cannes, ou encore cette étrange personnification du sentiment de l’inutilité en haut d’un escalier.

Tout est prétexte à la divagation mentale, à l’éveil de l’imaginaire. Quoi de mieux pour cela que l’équivoque dont est doté le passage parisien ? En effet, celui-ci à la fois complètement ouvert mais caché des regards,  est de nombreuses façons « entre-deux » : entre deux luminosité, entre deux boulevards, entre ce qui se montre et ce que l’on ne doit pas voir, entre la réalité et l’hallucination…

Quant au sentiment de la nature aux buttes-Chaumont, on ressent qu’il y a derrière un besoin urbain de se retrouver dans un lieu naturel, de renouer avec une nature déjà trop absente des grandes villes.

Cette deuxième partie amène d’ailleurs une réflexion sur l’idée de « parc » qui correspond à mettre un bout de nature en cage, ce qui peut paraître insensé. De plus, on y trouve également ce côté travail de mémoire, lorsque sur plusieurs pages, Aragon nous offre une description détaillée d’une colonne commémorative et de chacune de ses inscriptions.
 
 

Il y aurait encore énormément à dire sur ce récit, qui a déjà fait l’objet de nombreuses thèses et autres études, mais voilà ce qui m’a paru le plus important à mettre en avant ici, et peut-être (du coup) ce qui m’a le plus touchée personnellement.

Il me semble que l’on peut parler d’une œuvre hybride, et cela même par rapport aux différents niveaux de langue utilisés, qui aurait une portée d’exutoire pour son auteur. En effet, on sent qu’Aragon se sert de ce récit pour y faire passer des messages qui lui sont chers : la lutte contre l’activité immobilière, un manifeste du surréalisme, les désillusions d’une génération. Au final, on laisse ce livre avec l’impression de s’être baladé avec Aragon, d’avoir partagé ses réflexions ; dans cette ville où l’imagination, stimulée par un ennui positif et une flânerie toute aussi mentale que physique, permet un nécessaire émerveillement.


 Louise, 1ère année bibliothèques




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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 07:00

Murakami-Ryu-Lignes.gif






MURAKAMI Ryū
村上 龍
Lignes
ライン
Line
Traduit du japonais
par Sylvain Cardonnel
Philippe Picquier, 2000
Picquier Poche, 2003




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lignes est un roman de l'auteur japonais Ryū Murakami paru en 1988. Pour rappel, Ryū Murakami a écrit une trentaine de livres et est notamment connu pour écrire des romans sombres dont la violence reflète, selon lui, celle de la société japonaise contemporaine.


L’histoire

Ce livre est le compte rendu de vingt destins croisés qui pourraient même être considérés comme des nouvelles indépendantes s’ils n'étaient pas liés à chaque fin de chapitre par la rencontre entre deux personnages.

Le roman commence avec Mukai, un photographe passionné, marié à une femme mystérieuse, Maki. Mukai est un habitué des clubs sadomasochistes de Tokyo qu'il fréquente une fois par mois. Un jour, alors que sa femme a demandé le divorce, une prostituée raconte à Mukai l'histoire d'une jeune fille qui serait capable de lire dans les signaux électriques, dans les lignes. Mukai pense alors qu'il aimerait bien connaître la jeune fille en question pour pouvoir espionner ce que dit sa femme au téléphone. Ce motif des « lignes », introduit par la prostituée, est le début d'un voyage entre de multiples personnages dont les destins se croisent et se ressemblent.

Bien que la jeune fille capable de lire dans les lignes électriques ne soit pas présente dans tout le roman, c'est l'élément qui en constitue le fil rouge. Cette idée de lignes est une obsession qu'il est possible de retrouver dans l'histoire individuelle de chaque personnage ; le lecteur se trouve embarqué dans une course folle et découvre la vie d'une vingtaine de personnes malheureuses, seules, parfois folles, qui semblent en pleine errance.

Dans la postface de l'édition française l'auteur dit qu'il a l'impression d'être arrivé à Lignes « en écrivant  des romans ayant pour motif des sujets négatifs tels que le bizutage à l'école, le neutre, le désir de suicide, le body piercing ou la prostitution adolescente. »

J'ai eu l'impression en lisant Lignes que les ingrédients composant le livre étaient bien tous liés à la violence physique ou morale qui trouve ici son paroxysme.



Structure et écriture

On peut qualifier la structure de ce roman d'éclatée et de polyphonique, comme l'indique la quatrième de couverture de l'édition française. En effet, il est composé de vingt chapitres presque indépendants les uns des autres portant tous le nom d'un personnage sauf le dernier qui s'intitule « les autres ». Il y a une unité de lieu et de temps ainsi que de tonalité dans ce livre puisque toutes les histoires se passent à Tokyo et se déroulent l'espace d'une nuit.

Chaque chapitre porte le nom du personnage qui fait son apparition à la fin. Dans l'édition française le choix a été fait de marquer sur chaque page le nom du chapitre et donc du protagoniste. Ce choix de mise en page donne une impression d'omniprésence des personnages ; il est impossible de les oublier et le lecteur se retrouve condamné à suivre lui aussi les lignes qui dirigent chacun. Ces destins croisés, tous soumis au temps qui passe et aux souvenirs, sont parfaitement illustrés par cette structure si particulière qui semble souligner la solitude des personnages ; ils se croisent sans jamais se voir réellement.

On trouve dans chaque histoire un narrateur omniscient qui connaît les pensées de tout le monde en même temps, ce qui peut parfois être un peu perturbant pour le lecteur.

Le schéma interne des chapitres est preque toujours le même : on est dans le présent avec un personnage puis il commence à se souvenir de son passé, on apprend alors son histoire puis il retourne dans le présent, souvent présenté par des dialogues ou l'emploi de phrases courtes.

Les récits connaissent de forts changements de rythme et les réflexions parfois très longues des personnages qui se remémorent leur passé sont coupées par des reprises de dialogues dans le présent ou par un retour subit à la réalité.

Pour caractériser l'état d'esprit des personnages, Murakami emploie un style très particulier, fait de séries d'énumérations ou de nombreuses répétitions (il peut aller jusqu'à écrire trente fois le nom d'un personnage). Ces passages sont faciles à identifier et permettent au lecteur de ressentir le malaise des personnages, leurs réflexions ou leur errance dans un Tokyo morcelé.



Atmosphère

L'atmosphère de ce roman est terriblement dérangeante. Tous les personnages ont subi des traumatismes lorsqu'ils étaient enfants, ils ont tous étés battus ou ont subit des violences sexuelles. Ce roman donne une image des parents et de l'enfance bien éloignée des contes de fées ; c'est en effet très sombre. Aucun des parents n'a rempli son rôle et protégé son enfant. Dans Lignes, tout tourne toujours autour du sexe, de la solitude, de la folie ; on passe d'un personnage à un autre sans avoir le temps de reprendre son souffle, personne n'est épargné.

Beaucoup de scènes imposent des images très violentes. Chaque personnage possède une histoire qui lui est propre mais il semble impossible que l'un d'entre eux finisse par s'en sortir ; ils sont prisonniers de leur propre vie. La violence domine ce livre, qu'elle soit physique ou psychologique ; les personnages survivent dans l'horreur, celle de leur passé mais aussi celle de leur présent. Murakami délivre encore une fois une image très sombre et décadente de la société japonaise contemporaine qui la nuit semble comme possédée par la violence et la déchéance.

Cette violence semble découler directement d'une société faite d'incompréhensions et de malaises. Dans la postface du livre, l'auteur dit que « [ses] personnages ne possèdent pas encore leurs propres mots », que « ce sentiment de solitude et de tristesse [...] a englouti le Japon contemporain depuis la fin de l'époque de modernisation » et que « la littérature ne doit pas exercer d'hégémonie sur des gens dépourvue de mots. »

Une idée un peu réconfortante : si ces personnages ne possèdent pas encore leurs mots, cela nous laisse entrevoir la possibilité qu'un jour ils parviennent à exister au delà des « autres » et des lignes, symboles de l'omniprésence de la société moderne qui nous entoure.

Pour finir, je dirai que Lignes est un roman très intéressant qu'il faut cependant lire avec un certain recul pour ne pas se laisser envahir par la violence et la force des mots de Murakami ; à lire si le coeur vous en dit !


Aurélie S., 2ème année bib.

 

 

MURAKAMI Ryū sur LITTEXPRESS

 

Murakami Ryu Bleu presque transparent

 

 

 

Articles d'Océane et d'Anne-Morgane sur Bleu presque transparent.

 

 

 


 

Murakami Ryu Raffles Hotel  

 

 

 

 

Article de Noémie sur Raffles Hotel.

 

 

 

 

murakami ryu parasites

 

 

 

Article de Laure sur Parasites.

 

 

 


 

Murakami ryu les bebes

 

 

 

 

Articles de Marie-Aurélie  et de Gaëlle sur Les Bébés de la consigne automatique

 

 

 

 


murakami-ruy-melancholia.gif

 

 

 

Article de Charlotte sur Ecstasy, Melancholia, Thanatos

 

 

 

 






article de Lucille sur Ecstasy

 

 

 

 

 

 

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 07:00

Bruce-Benderson-New-Yor-Rage.jpg

 

 

 

 

 

 

Bruce BENDERSON
New York Rage et autres récits
Titre original

Pretending to say no
Plume (USA), 1990
Traduit par Thierry Marignac
10-18, 1994
Payot et Rivages,
Collection Rivages Noir Poche, 2004






 

 

 

L’auteur

Benderson.jpegBruce Bendersonest né en 1946 dans l’Etat de New York aux États-Unis. Après ses études, il devient essayiste et nouvelliste. Il enseigne aujourd’hui la littérature dans différentes universités américaines.

Les thèmes récurrents de ses textes sont la drogue, la prostitution masculine et l’homosexualité, plus particulièrement dans le milieu underground, réseau presque clandestin, généralement présent dans les grandes métropoles, qui s’est forgé sa propre culture en marge des média et des conventions.

Résolument francophile, il est le traducteur d’auteurs tel que Alain Robbe-Grillet, Pierre Guyotat ou encore du roman Baise-moi de Virginie Despentes aux États-Unis.


Il est aussi chroniqueur pour des magazines tel que The New York Times Magazine et The Village Voice (voir note en bas de page), GQ ou encore Têtu, mensuel  français dédié à la culture LGBT (Lesbienne Gay Bisexuelle et Transsexuelle).

Peu connus aux États-Unis, ses textes trouvent leur succès en France comme en témoigne l’obtention du prix de Flore en 2006 pour son Autobiographie érotique (Rivages, 2004).



New York dans les années 80 : naissance d’une contre-culture

Si aujourd’hui la ville de New York est une destination courue, une véritable représentation du rêve et de la toute-puissance américains, il n’en a pas toujours été ainsi.

À la fin des années 60 et au début des années 70, New York est en pleine crise financière ; beaucoup d’entreprises industrielles ferment, laissant derrière elles des quartiers en friche et des rues gangrenées par le crime et la drogue. Les habitants, las de cette situation, quittent alors massivement la ville pour rejoindre la banlieue jugée plus sûre.

C’est dans ce contexte sombre que va naître une contre-culture forte, principalement motivée par une soif de liberté, que ce soit dans le domaine culturel, idéologique ou social.

Les entrepôts à l’abandon du Lower East Side (aussi appelés Downtown) affichent des loyers très bas et sont investis par une nouvelle génération d’artistes qui se veut affranchie de toutes conventions et animée par un esprit contestataire fort. Le mouvement s’étend rapidement et c’est alors tout Manhattan qui devient une pépinière d’artistes. Parmi les plus célèbres, Andy Warhol, William Burroughs, Patti Smith, etc.

Ce milieu, que l’on appelle alors underground (souterrain), se caractérise par son absence de règles, sa tendance à rechercher de nouvelles sensations en côtoyant les limites mais aussi sa diversité raciale, New York étant déjà à cette époque la capitale du melting pot. Décomplexé, on y voit le milieu homosexuel s’épanouir, la drogue circuler, l’art s’exprimer, tout cela hors du regard de la loi et des médias de masse.

Durant les années 80 le mouvement se poursuit, se moquant ouvertement de la politique rigide et conservatrice du président Reagan.

Au début des années 90, la crise économique se résorbe et New York revient à un équilibre économique, se développe et retrouve de sa superbe, notamment grâce à l’élection de Rudolph Giuliani, maire républicain, qui mena une politique de « tolérance zéro » en ce qui concerne la drogue et la criminalité.

Le milieu underground, même s’il ne disparaît pas complétement, s’essouffle et ne peut désormais plus se permettre d’échapper aux règles. Il marqua l’histoire de La Grosse Pomme, et contribua à son rayonnement en attirant de nombreux artistes et en faisant d’elle une capitale culturelle nouvelle et avant-gardiste.


Une autre vision de la ville…

Si c’est de New-York qu’il est question dans ce recueil, on peut plus largement parler d’une vision de la vie urbaine en générale. Bruce Benderson aime les villes, ou plutôt les aimait…

Comme il l’explique dans une interview parue sur le blog du journal Le Monde, les villes avaient cette particularité de se construire autour d’un centre-ville où se côtoyaient toutes les classes sociales, sans différenciation. Ce mélange de cultures, de pensées, donnait naissance à des échanges et alimentait la richesse d’une ville dans le sens où celle-ci donnait sa place à chacun quelle que soit son origine : « Dans cet espace clos, le sénateur pouvait rencontrer le clochard, le prostitué côtoyer l’avocat… »

Il explique que de nos jours cette conception de la ville est bien différente, qu’elle a été littéralement balayée par une uniformisation des pensées venue de la classe moyenne, qui s’est considérablement développée au cours des années 90 et qui s’est bien vite chargée de vider la ville de ces classes pauvres qui noircissaient un tableau qui se voulait lisse, uniforme, parfait. Il est d’ailleurs très critique face à l’action de Rudolph Giuliani, qui lors de son élection en tant que maire de New-York, a engagé une politique de grand « nettoyage ».

Bruce Benderson considère que c’est justement de cette mixité des classes pauvres et de ces vices avec les catégories les plus aisées que naissaient une dynamique, une création. Cette épuration fait que de nos jours toutes les villes sont semblables, vides de toute animation, de ce piquant qui les rendait vivantes, dangereuses parfois, mais vivantes.

« Une fois l’emmêlement des classes disparu, l’amusement libidineux ne pouvait que s’évanouir. Les villes sont devenues des prisons pour la classe moyenne. »

New-York Rage a été écrit à la fin des années 90, et fait l’éloge de cette époque où la ville portait encore en elle un désir de concilier ses habitants, de dépasser les clichés pour créer une alchimie capable de lui donner une gueule et pas simplement un visage semblable à ceux des mannequins sur papier glacé.

Si Bruce Benderson voulait simplement faire le portrait d’une génération lors de la publication de son ouvrage, on peut aujourd’hui lire ce recueil comme une critique de ce que sont devenues New-York, et les grandes métropoles en général.



New York Rage, peinture d’un  autre temps…

New York Rage et autres récits est un recueil de nouvelles décrivant avec force et décomplexion le milieu underground du New York des années 80. Au travers de seize textes, Bruce Benderson nous plonge dans un univers où se mêlent toutes sortes d’addictions (sexe, drogue, crime) grâce à une galerie de personnages aussi dérangeants qu’attachants.

Loin du New York de carte postale, il nous promène, nous perd, dans les méandres d’une ville en apparence sale et pervertie mais où l’humour et l’affranchissement de toute règles donne l’impression de mettre à nu nos propre vices.

Afin d’illustrer les propos précédents, je vais vous présenter deux nouvelles qui reprennent les thèmes principaux du recueil. 


« Comme si elle disait merde »

Resumé

Dans un appartement new yorkais habite une étrange famille : Carlos, 18 ans, Tito, son oncle, et sa petite amie Suzy, surnommée China Sue, 14 ans.

Tito est vendeur de crack, et lorsque la sonnette de l’entrée retentit ce soir-là dans l’appartement, il s’attendait à tout mais certainement pas à recevoir chez lui la visite de Nancy Reagan, première dame des États-Unis, en quête de fil et d’aiguille pour recoudre son ourlet…

S’engage alors une discussion sur la drogue, les prostituées, les armes à feu comme si Nancy Reagan avait toujours fait partie de la famille. La femme du président des États-Unis ne vaut pas plus qu’un junkie et à défaut de lui fournir une dose, on lui offre une bière. Puis arrive Chaka Con, un travesti et prostitué venu acheter sa drogue qui se joint à la conversation…

Où va donc mener cette situation complétement absurde ? Pourquoi Nancy Reagan, qui sort d’une visite à une association luttant contre les drogues, se retrouve-t-elle alors à boire des bières avec un dealeur de crack pédophile, une adolescente chinoise défoncée, un gamin de 18 ans paumé et un travesti noir complétement déluré ?

NB : je ne raconterais pas la chute de cette nouvelle…


Analyse

À la fois burlesque et sordide, la situation choque autant qu’elle fait sourire. On retrouve ici les thèmes de prédilection de l’auteur : drogue, prostitution et homosexualité.

Nul besoin de longues descriptions pour dépeindre les différents personnages ou le décor de cette nouvelle. Le vocabulaire cru, parfois grossier, suffit à nous faire sentir une ambiance à la fois pesante, du fait des activités de Tito et de sa relation avec Suzy qui n’a que quatorze ans, mais aussi burlesque, quand on voit que Carlos ne semble pas du tout atteint par les vices de son tuteur ou encore lorsque Nancy Reagan vient sonner à leur porte.

Absurdité de la situation, qui pourrait être facilement adaptée au théâtre tant elle est visuelle et forte au travers des mots de l’auteur.

 

« J’arrive d’Odyssey House. Car vous savez ce que c’est ? Le programme antidrogue ? je dis. Nancy Reagan sourit et là je sais que c’est elle.

Alors je dis à Tito, Yo man, c’est pas une accro, ça c’est Nancy Reagan. » (p.11)

 

Nombreux sont les termes d’argot comme « flingue », « travelo », « folle » (homosexuel au sens péjoratif), et les mots vulgaires, « baiser », « chatte » ( ici pour désigner les parties intimes d’une femme). L’utilisation de ce vocabulaire n’est pas innocente, elle nous fait visualiser les personnages, toucher leur personnalité et surtout décomplexe la situation et tend à la rendre familière, comme si le lecteur vivait et participait, tel un acteur tacite, à toute la scène.

L’écriture est vive et désordonnée ; pas de retour à la ligne, de guillemets, de point ; on comprend que Bruce Benderson ne veut pas plus s’encombrer de codes que ses personnages ne s’encombrent de règles.

On sent une véritable unité entre les protagonistes et c’est aussi en cela que la nouvelle nous apparaît sympathique ; aussi variés soient-ils, tous s’accordent au-delà de leurs différences.

C’est dans cette liberté, ce dépassement des normes et des préjugés que l’auteur nous transporte dans le milieu underground du New York  des années 80.

Il moque ouvertement la première dame du pays, comme fut moquée et critiquée la politique rigide de son mari au cours de la même période (Ronald Reagan exerça la fonction de président des États-Unis de 1981 à 1989).

Chaka Con (voir note en bas de page), est à la fois prostitué(é), drogué(e) et travesti(e), et ne manque pourtant pas d’autodérision et d’humour ; il est l’élément qui, en s’ajoutant, alimente l’invraisemblance et la légèreté de la situation.

 

« Salope, on entend à travers la porte, et moi je suis Diana Ross ! Alors Nancy se lève et ouvre la porte, et elle dit, tu vois ? Je ne suis pas sa petite amie.

En fait, à la porte, c’est le travelo noir qui vient de temps en temps, et qui se fait appeler Chaka Con, comme la chanteuse. Elle détaille Nancy, et n’en croit pas ses yeux. Chérie on s’y croirait, tu es parfaitement réussie, mais tu es sûre que tu veux avoir l’air si vieille ? Connie tais-toi, dit China Sue, c’est la Première Dame du pays. Hum, hum, dit Con, je dirais plutôt la dernière. » (p.17)

 

En quelques pages, Bruce Benderson parvient à animer toute une galerie de personnages aussi déjantés qu’attachants.

Une première nouvelle qui donne le ton de ce recueil atypique où l’auteur joue avec les clichés tout en reprenant des thèmes sensibles qui sont caractéristiques de l’ensemble de ses textes.


«  Un automate heureux »

Cette nouvelle, dixième du recueil, est bien plus violente que celle présentée précédemment. Comme si l’auteur voulait donner une vision plus grave de ce que pouvait être ce New York des bas-fonds.


Résumé

Le narrateur, Bruce, raconte sa plongée au cœur de la dépendance au crack, en expliquant les abysses dans lesquelles elle nous plonge.

Quand il rencontre le Sphinx, un jeune de 19 ans tout droit débarqué d’une ferme dans l'État de New-York, l’alchimie est instantanée. Sans que l’on puisse parler d’amour, ils entretiennent une relation où le mélange des corps et la consommation de crack les plongent hors du temps et de l’espace.

Un jour, le Sphinx ramène à l’appartement Oklahoma, jeune fille perdue qui fait des passes pour survivre ; s’engage un étrange ménage à trois qui conduira au départ du Sphinx, remplacé alors par Custard avec qui se poursuivra la débauche de sexe et de drogue alors entamée.

Un soir, en revenant à l’appartement après avoir acheté de quoi se défoncer, Custard et Bruce se rendent compte que le dealer les a arnaqués en leur vendant des noix de macadamia au lieu du crack. Bruce découvre que le faussaire n’est autre que le Sphinx et, à défaut de pouvoir satisfaire son addiction, il se vengera en allant agrafer la pomme d’Adam de son ancien amant.


Analyse

On retrouve ici les thèmes de la drogue, de la prostitution, de l’homosexualité mais abordés sous un angle plus grave, sans cet aspect humoristique qui ressortait dans « Comme si elle disait merde ».

Sous forme de flash-back, le narrateur raconte les étapes de sa descente dans l’addiction au crack en parsemant son récit de passages où il est confronté au regard de ses parents, et notamment de sa mère, victime d’un cancer en phase terminale.

Bruce Benderson parle de la dépendance sans pour autant la dénoncer. Il évoque de façon graduelle les effets qu’elle a sur nous en faisant le parallèle entre la relation de son narrateur avec le Sphinx puis celle qu’il entretient ensuite avec Custard.

Le Sphinx est celui qui initie Bruce au crack, il lui fait découvrir cette drogue qui nous transporte dans un état second, nous fait oublier, nous rend la réalité plus belle, et intensifie les sensations. La passion lie les deux hommes ; leurs ébats sont puissants et l’on peut toucher du doigt l’osmose créée par le mélange de leur corps. Mais règne pour le lecteur une certaine confusion : cette complicité est-elle le fruit de sentiments sincères ou simplement une illusion de bonheur générée par l’absorption du crack ?

 

«  Il plonge brusquement vers moi, et je m’écroule en arrière sur le lit. Nos bouches se rivent l’une à l’autre pendant qu’il déboutonne ma chemise, pétrit ma poitrine, les mains ruisselantes de sueur. […] On lutte pour avoir le dessus, puis on s’arrête de temps en temps pour allumer la pipe, avaler la fumée et souffler dans la bouche de l’autre. » (p.122)

 

L’arrivée du personnage d’Oklahoma, jeune fille ayant oublié son prénom à la suite d’un viol, signe la fin du couple Bruce/Sphinx. La drogue occupe maintenant une place prédominante dans leur relation et celle-ci dérive jusqu’à devenir un sordide ménage à trois où Bruce se perd littéralement, tombant tour à tour dans des trous noirs lui faisant perdre le cours du temps jusqu’au départ du Sphinx, ne laissant derrière lui que la jeune Oklahoma.

Voici alors l’histoire de Bruce et de Custard qui semble vide de tous sentiments, qu’il s’agisse d’amour ou de passion. La drogue est devenue le moteur de leurs actes. Comme un écran noir qui vient parfois s’interposer entre le narrateur et la réalité, les souvenirs sont confus, leurs étreintes mécaniques.

 

« Les mains tremblantes à cause du crack et de l’épuisement, je parviens à déchirer la cellophane et à en enfiler une sur son membre, Il explose presque tout de suite, la secousse géante nous emporte, ses jambes se referment sur moi en ciseaux, orgasme féroce… il se redresse aussitôt, sur les genoux. » (p.135)

 

On remarque l’utilisation de nombreuses virgules illustrant la brièveté de l’acte sexuel, un acte rapide, quasi automatique, vide de passion, sans description comme si les corps avaient perdu le magnétisme qui les animait. C’est avec ce rythme, semblable à celui d’un métronome, que s’organisent leurs vies : sexe, drogue, sexe, drogue, etc.

L’auteur illustre ici la descente du désir quand celui-ci est victime de l’augmentation de la dépendance. De l’herpès aux comas de quelques jours, Bruce est devenu, comme l’indique le titre, un automate. Mais l’adjectif heureux révèle que si sa vie est celle d’un pantin, elle a malgré tout le goût d’une certaine insouciance qui n’est pas pour déplaire aux protagonistes. Ils sont conscients de baigner dans un autre monde, de perdre pied et c’est justement cette routine dépravée qui leur procure un sentiment heureux.

Le narrateur laisse s’exprimer l’auteur de façon claire sur ce sujet et l’on retrouve ici la nostalgie d’une époque plus libre qu’éprouve Bruce Benderson : 

 

« Ceux qui ont connu cette époque savent de quoi je parle. Nos libidos pouvaient s’épanouir en liberté. Je parle d’il y a dix, vingt ans, avant que le plaisir ne devienne terreur. On faisait l’amour, on se défonçait quand on en avait envie, en essayant de ne pas en faire toute une histoire. » (p.137-138)

 

La mort du Sphinx, à la fin de la nouvelle, semble assez contradictoire avec la thèse de l’auteur. A-t-il voulu le meurtre de ce personnage pour ne pas tomber dans une apologie de la débauche ? A-t-il  illustré une dérive des passions, qu’il s’agisse de la drogue ou de l’amour d’un homme qui un jour s’est volatilisé ? Ou voulait-il simplement marquer la transformation de son narrateur, lui qui découvrait au début du récit les plaisirs du crack et qui à la fin tue son ancien amant ?

Cette chute laisse planer quelques questions ; pour ma part je considère que c’est au lecteur de tirer ses propres conclusions à la lecture de cette fin ouverte.

Le regard de la famille sur les dérives du narrateur est intéressant, il montre l’impuissance face à la destruction et l’éloignement des parents, qui vivent en province, de toute cette folie, cette abondance de décomplexions.

Quand le seul souci du narrateur est de vivre de drogue et de sexe, l’auteur fait un parallèle avec les préoccupations futiles de son géniteur comme par exemple celui de régler avec précision le thermostat de la maison ou encore ce coup de téléphone de son frère qui se permet de jeter un regard critique sur la vie de débauche de Bruce, lui étant dans un quotidien bien installé où famille et travail sont les maîtres mots d’une certaine réussite. Là aussi apparaît clairement la critique de Benderson sur cette classe moyenne qui voudrait que le monde soit à son image : conformiste et loin de toute passion.

 

« — Tu crois ? Je n’en sais rien. Je pense que j’ai mon mot à dire sur la façon dont tu passes ton temps […] Et moi je suis là à essayer de nourrir  ma famille.

— Ta putain de famille ne m’intéresse pas, grand frère. Ni ce que tu penses de ma façon de passer le temps. » (p.136)

 

Cette nouvelle adopte un ton bien plus grave que la précédente, c’est pour cela qu’il est intéressant de les mettre en parallèle ne serait-ce que pour comparer les différensts styles de Benderson.

Ici toujours corrosif, certes, mais avec une organisation différente dans l’écriture. Dans la première nouvelle, les phrases sont désordonnées et la ponctuation tient un rôle bien secondaire, alors que dans celle-ci on note le respect des retours à la ligne, de la mise en page des dialogues (tirets, majuscules). Comme si la gravité du ton imposait une certaine codification de la rédaction. On sent que le titre est loin d’être innocent, le personnage devenant un « automate heureux » il est de mise de respecter une hiérarchisation typographique comme un automate suit rigoureusement  un système mécanisme.

Le prénom du narrateur identique à celui de l’auteur fait ressortir un sentiment de vécu. Bruce Benderson n’est pas un enfant de chœur et son intérêt pour les classes dangereuses est loin d’être anodin. En effet, il confesse dans une interview pour le journal Le Monde lors de la sortie de son roman Autobiographie érotique avoir fréquenté, durant dix-huit années, des criminels et entretenu avec eux des histoires d’amour parfois dangereuses mais toujours profondes et passionnées.

« Oui, j'ai beaucoup fréquenté des criminels, j'ai eu avec eux des histoires d'amour et de sexe […] Ils sont généralement d'une douceur extraordinaire. Ce sont des enfants, encore à l'état brut. Ils n'ont pas nos protections, nos barrières. Quand la colère les prend, ils vont jusqu'au bout. Ils ne savent pas refouler leur rage. Alors, ils sont très violents. Mais en dehors de ces moments-là, ils sont plutôt passifs. […] Mon cœur est trop large. J'aime ces gens doux et primitifs. »

Des relations dangereuses qui sont retranscrites en filigrane dans ce recueil et lui donnent une saveur particulière, comme un témoignage plus qu’une fiction, de cette période regrettée.

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En conclusion…

Ce recueil est un coup de poing, un électrochoc. Il fait le portrait d’un milieu oublié où la mixité était le moteur d’une création et d’une insouciance aujourd’hui disparue.

Quand on s’imagine le milieu underground de cet autre New York, se dessine la plupart du temps le visage particulier d’Andy Warhol, ou le style punk rock de Patti Smith.

Bruce Benderson va plus loin. Derrière les grands noms qui nous sont restés de cette époque, se cachait tout un monde fait de drogue, d’homosexualité, de prostitution, de personnages aujourd’hui balayés par le temps et qui ont pourtant alimenté eux aussi cette contre-culture. C’est un hommage qui leur est ici rendu, en peignant leurs portraits sans chercher à gommer leurs défauts ou leurs excès mais au contraire en n’hésitant pas à entrer dans leur  jeu, en tentant de faire ressortir leur humanité et leur passion.

Je suis sortie de cette lecture avec un goût de regret, celui de n’avoir pu connaître cette révolution culturelle et celui de voir qu’aujourd’hui la débauche autrefois génératrice d’un univers à part et créatif n’est rien de plus qu’un abîme où les gens se perdent sans passion et sans plaisir.

Le thème de l’homosexualité m’a particulièrement touchée, à l’heure où se tient en France le débat sur l’ouverture au mariage pour tous ; on a complétement oublié que derrière le terme homosexualité gisent une histoire et une culture particulières.

Il est aussi triste de voir que tout ce milieu qui a évolué dans la clandestinité et loin de toute glorification médiatique se trouve être aujourd’hui complétement démocratisé et victime d’une certaine mercantilisation ; en témoignent toutes les reproductions des œuvres de Warhol ou Lichtenstein, ou encore le monde de la mode qui s’est approprié les codes vestimentaires d’une culture rock.

 

Julie Montet, 1ère année Éd/Lib

 

Notes

The Village Voice est un magazine new-yorkais qui traite des tendances et de la culture dans le quartier de Greenwich Village à Manhattan. C’est un quartier réputé pour être un centre de la culture bohème et gay new-yorkaise. Un des événements marquant qui a fait la réputation de ce borough (arrondissement) est l’émeute de Stonewall en 1969, qui a vu s’élever la révolte de la population homosexuelle, alors victime de persécution de la part des autorités. Le quartier devient alors un symbole de la lutte pour les droits civiques homosexuels.

Interview de Bruce Benderson sur le blog du journal Le Monde :
 http://aubepine.blog.lemonde.fr/2006/04/16/2006_04_premier_motif_n/

Chaka Kahn est une chanteuse américaine très populaire dans les années 1980 et tout particulièrement pour son originalité consistant à mêler musique soul et R&B.
 http://www.chakakhan.com/home.php

Interview de Bruce Benderson pour le journal Le Monde, lors de la sortie de son roman Autobiographie érotique.

 http://lezzone.canalblog.com/archives/2004/10/16/140537.html















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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 07:00

Juan-Gabriel-Vasquez-Le-bruit-des-choses-qui-tombent.png

 

 

 

 

 

 

 

Juan Gabriel VÁSQUEZ
Le bruit des choses qui tombent
édition originale

Alfaguara, 2011
traduit de l’espagnol
par Isabelle Gugnon
Seuil
collection « Cadre vert », 2012


 

 

 

 

 

 

 

 

« Il n’y a pas de manie plus funeste ni de caprice plus dangereux que de spéculer ou de conjecturer sur des chemins qu’on n’a pas empruntés. »[1]

 

 

 

C’est dans sa Colombie natale que Juan Gabriel Vásquez nous transporte à travers son roman. Cet auteur est né 1973 en Colombie, à Bogotá. Auteur de huit ouvrages depuis 1997, trois autres de ses œuvres seulement sont traduites en français à ce jour : Les Dénonciateurs, Les Amants de la Toussaint, et Histoire secrète du Costaguana.

En 2007, il a obtenu le prix Qwerty du roman et le prix de la Fundación Libros & Letras du meilleur livre de fiction pour Histoire secrète du Costaguana, et en 2011, le prix Alfaguara du roman pour Le bruit des choses qui tombent.
 

 
Le roman, qui relate une période de la vie du narrateur, est articulé en deux axes. Dans un premier temps nous découvrons ledit narrateur, Antonio Yammara, évoluant dans Bogotá. À quarante ans, il revient sur une période de sa vie durant laquelle il a connu un homme qui l’a profondément marqué. Yammara nous entraîne alors dans sa jeunesse au cœur de la capitale colombienne. C’est un jeune homme d’une vingtaine d’années quand il rencontre Ricardo Laverde dans une sombre salle de billard du centre-ville de Bogotá. Laverde est un homme plus âgé que lui, secret, très mystérieux et il attire la curiosité du narrateur. Les deux hommes se lient d’une relation semblable à l’amitié, mais le jeune homme ne peut pourtant pas percer le mystère qui pèse sur Laverde. Un jour, alors que les deux hommes marchent dans la rue, Laverde se fait descendre par deux motards. Yammara est blessé dans l’accident et tombe alors dans une profonde dépression. Quand une femme l’appelle, lui disant qu’elle est la fille de Laverde, il comprend qu’il doit percer le mystère qui gravite autour de la mort de cet homme mystérieux pour pouvoir sortir de son angoisse permanente.

 

« Nul ne sait à quoi sert le souvenir, s’il s’agit d’un exercice profitable ou qui peut se révéler néfaste, ni en quoi l’évocation du passé peut changer ce que l’on a vécu, mais, pour moi, me remémorer Ricardo Laverde est devenu un besoin urgent. »[2]

 

 

Dans la deuxième partie du roman, il part alors dans la campagne colombienne rencontrer Maya, la fille de Laverde. Avec elle, il va comprendre les secrets de l’homme qui l’a bouleversé. Le narrateur ouvre alors les yeux sur la multiplicité des costumes que peut endosser un homme dans sa vie, et sur l’extrême facilité avec laquelle les hommes arrivent à dissimuler les pires facettes d’eux-mêmes.  Avec la jeune femme, ils vont revenir sur la vie de cet homme, sur son passé et ce qu’il a changé pour les générations futures, mais aussi et surtout sur la vie de la Colombie dans les années 70 où ils ont tous deux grandi. Ils vont parcourir ensemble cette période dans laquelle ont vécu leurs parents, période de l’émergence des cartels et de la violence du pays et ainsi faire surgir les origines de la situation actuelle de la Colombie.

Plus que narrer la vie de personnages, Juan Gabriel Vásquez pose dans ce roman la question de la transmission. Transmission, ici, d’un pays par les générations précédentes. L’auteur s’interroge sur les raisons des changements de la vie en Colombie, et de manière plus générale, de la façon dont chaque génération bouleverse et influence son temps et peut faire évoluer la situation d’un pays. L’auteur n’émet pourtant aucune critique sur ces bouleversements, ne prend aucun parti quant aux générations précédentes qui ont changé la Colombie. Il nous mène à une réflexion profonde et personnelle, mais sans réel jugement, sur cette question de transmission. L’une des thématiques qui resurgit fréquemment dans ce roman est le problème du souvenir. Le souvenir est-il un exercice profitable ou néfaste, et que peut-il produire sur nous ?  En revenant sur la vie en Colombie dans les années 70, il prouve que parfois, se souvenir est juste nécessaire à l’explication de faits actuels.

Un autre des thèmes abordés est celui du lieu. Lieu dans lequel nous évoluons tous les jours, lieu qui nous représente et parfois même nous influence. Tout d’abord, la ville, Bogotá. Le narrateur ressent la ville de Bogotá dans laquelle il évolue. La description des rues, des monuments, de l’ambiance de cette ville est aussi une part de la description du narrateur. Celui-ci, qui circule dans Bogotá, est rendu anxieux par cette ville autant que par l’assassinat de son ami. C’est une Bogotá obscure, dangereuse et angoissante qui nous est dépeinte, et qui s’accorde aux sentiments et à la vie de ce narrateur torturé. Puis, dans la deuxième partie du roman, la campagne colombienne nous est dépeinte. Lorsque le narrateur sort de Bogotá, il va, en partant à la campagne, se libérer de l’état d’éternelle angoisse qui l’oppressait. On voit donc ici l’influence de l’endroit dans lequel nous évoluons, car le narrateur semble s’ouvrir de nouveau à la vie en sortant de cette ville qui l’oppressait et en découvrant un mode de vie différent du sien.

Ces thèmes abordés sous la plume de Juan Gabriel Vásquez donnent lieu à un roman magnifique, très émouvant, que l’on traverse du début à la fin sans plus pouvoir s’arrêter. Le narrateur nous emporte avec lui dans les recherches sur cet homme mystérieux, de sorte que sa quête devient la nôtre et que nous ressentons nous aussi au fil du livre ce besoin grandissant de savoir. Un roman riche et passionnant, à dévorer !


Julie, 1ère année éd.-lib. 2012-2013
 

Notes

[1] VÁSQUEZ, Juan Gabriel, Le bruit des choses qui tombent, Seuil, 2012, p. 37.

 [2]  VÁSQUEZ, Juan Gabriel, Le bruit.

 

 

 


 

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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 07:00

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Paul AUSTER
Moon Palace
édition originale, 1989

 traduction

Christine Le Boeuf

Actes Sud,

Babel, 1993
LGF/Livre de poche, 2001

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Sur le site d'Actes Sud :  

http://www.actes-sud.fr/contributeurs/auster-paul

 

 

 

Résumé

Cette œuvre retrace les événements marquants de la vie de Marco Stanley Fogg et ses diverses rencontres. Comme son oncle Victor qui l’a pratiquement élevé, sa mère étant morte dans un accident de voiture durant son enfance. C’est lui qui lui a donné le goût de la littérature. Ou encore  Kitty et Zimmer qui l’aident lors de certains moments difficiles ; Kitty va d’ailleurs partager sa vie. Il y aussi Effing, vieil homme érudit, acariâtre et aveugle, paralysé des jambes, qui va l’employer à un moment de sa vie et l’amener à rencontrer son père, malheureusement pour une courte durée.

L’ouvrage se concentre sur les années que le protagoniste passe à New York, de 1965 où il entre à l’université de Columbia jusqu’à la rencontre avec son père sept ans plus tard.

On découvre, au fur et à mesure du livre, les facettes de sa personnalité et les moments de sa jeune vie, de l’engagement lors de ses années d’étude à une période d’abattement, de léthargie qui succède à la mort de son oncle, épisode qui va même l’amener à vivre pendant une certaine période comme SDF dans Central Park ; enfin, comme le phœnix qui renaît de ses cendres, il se reprend et décide de redevenir maître de sa vie. C’est à ce moment qu’il trouve un travail : s’occuper d’un vieil homme, Effing. Une bonne partie du roman raconte la vie de ce dernier, à travers l’écriture de ses mémoires. Le lecteur ne comprend qu’à la fin l’importance de cette partie, ces mémoires apportant la réponse à une des énigmes de l'œuvre.

À travers ce livre, Paul Auster nous fait découvrir New York sous toutes ses formes, une partie de l’Amérique profonde, et les relations entre Indiens et colonisateurs au début du XXe siècle.



Le titre

Le titre est tiré du nom d’un restaurant chinois que Stanley pouvait voir de la fenêtre de son appartement de New York mais le terme moon, revient aussi au début du roman, car le groupe de musique dont faisait partie l’oncle Victor s’est appelé successivement  Moonlight Moods et Mood Men ; ce ne sont que deux exemples parmi beaucoup d’autres des nombreuses références à la lune et des occurrences du mot moon, employé comme nom propre, entre autres.



Les personnages

Marco Stanley Fogg : le personnage principal
Oncle Victor : l’oncle de Stanley
Zimmer : son ami rencontré à Columbia
Kitty : sa petite amie
Effing : son employeur
Mme Hume : femme à tout faire chez Effing.



Les thèmes

La perte : autant la perte d’argent, que la perte d’un être cher, ou de relations sociales.

Le rapport à l'argent : on le voit sous deux angles ; l’un lorsque Marco se retrouve sans rien puis trouve refuge à Central Park, l’autre lorsque Effing décide de donner une partie de son argent à des inconnus.

L'errance : lorsqu’il se retrouve exclu de la société, et qu’il ne trouve plus de sens à sa vie et s’enfonce dans une atonie autant mentale que physique qui va presque l’amener à la mort. On retrouve ici un thème déjà abordé par de nombreux auteurs américains comme Jack London, ou encore Nels Anderson (Le Hobo).

La destinée : cette thématique revient tout au long du roman, et caractérise vraiment l’œuvre de Paul Auster. Comment certains événements, choix vont-ils l’amener là où il en est ? On peut le voir avec la faible probabilité qu’il avait de découvrir ce qui le lie à Effing.



Mon avis

On plonge tout de suite dans le livre, et on se laisse entraîner par ce personnage singulier qu’est Marco Stanley Fogg, sa vie, son raisonnement, ses choix et je me suis attachée au personnage autant pour ses défauts que ses qualités.

L’écriture est très fluide, claire, simple et n’est pas une barrière à la compréhension de l’histoire, bien au contraire.

Le seul défaut que je pourrais formuler, est que j’ai trouvé quelques longueurs lors de certains passages comme celui de Central Park et le séjour d’Effing dans la grotte.

Mais je le conseille à tous. Cela a été pour moi une grande découverte.


Sarah, 1ère année Éd.-Lib. 2011-2012

 

 

Paul AUSTER sur LITTEXPRESS






Articles de Mélanie et de Julie sur Brooklyn Follies



 

 


 

Léviathan, article d'Anaïs

 

 

 Moon Palace : articles de  Valérie,  de Joséphine et de Laura.

 

Paul Auster Cité de verre

 

 

 

 Article de Bastien sur Cité de verre

 

 

 

 

 

 

 

Paul Auster Revenants

 

 

 

 Article de Marlène sur Revenants.

 

 

 

 


 


Trilogie new-yorkaise, articles de Marine et de Fiona,

 

Mr Vertigo, articles de M.B. et de Chloé,

 

 

Smoke, article de Louise,

 

Paul Auster Le Livre des illusions

 

 

 

 

 

Le Livre des illusions, article de Manon

 

 

 

 

 

 

 


 
La Nuit de l'Oracle, articles d'Audrey et de Caroline.

 

 

 

Paul Auster Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

 

 

Article de Jean-Baptiste sur Dans le scriptorium

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 07:00

Murakami Ryu Bleu presque transparent

 

 

 

MURAKAMI Ryū
村上 龍
Bleu presque transparent
限りなく透明に近いブル

Kagirinaku tōmei ni chikai burū

Première publication, 1976

Kodansha International Ltd

traduction
Guy Morel
et Georges Belmont
Robert Laffont, 1978
Picquier
Picquier poche, 1997







Murakami Ryū, auteur japonais né en 1952, a grandi près d’une base de la marine américaine. Bleu presque transparent est son premier roman. Il obtient le prix Akutagawa en 1976 et est adapté en film par Ryū Murakami lui-même en 1978.

Le livre traduit la vie d’une génération perdue qui bascule entre la tradition étouffante des adultes et le renouveau apporté par les Américains. C’est un témoignage sur la difficulté des jeunes à se trouver une identité et surtout une place dans cette société décadente. Ils tentent de s’adapter mais tombent dans les extrêmes et se perdent de plus en plus.

Ce roman dévoile la jeunesse de l’auteur, Ryū Murakami. Il est le personnage principal de son roman, on le comprend réellement à la fin, dans la lettre qu’il adresse à Lili sa petite ami d’autrefois.

Le livre est constitué d’un ensemble de scènes, des moments de vie qui relatent le quotidien d’un groupe d’adolescents à Tokyo. On découvre à travers les yeux de Ryū les journées des ces jeunes en marge d’une société qu’ils ne comprennent pas : « ils sont la génération perdue » sans identité ni repère.

Nous sont montrés la débauche de ces jeunes, les moyens de leur destruction, leur échappatoire qui est la drogue, le sexe, la violence sur un fond de musique rock and roll. Notre narrateur, à travers tout cela, se prend tout de même à rêver ou divaguer, à tenter d’échapper, par l’esprit du moins, à la saleté et à la désolation qui l’entourent.

Et il y a Lili, dont l’histoire et les moments vécus sont beaucoup plus sentimentaux et mélancoliques. Elle est sa partenaire ; leurs moments privilégiés et intimes sont des discussions, des escapades ou des souvenirs d’enfance. Lili le sort de son environnement habituel même si elle partage ses conditions de vie. La même saleté gluante l’entoure. Ces épisodes sont en décalage avec les scènes lugubres vécues en groupe. Ensemble ils se prennent à rêver. Ce sont des pauses calmes entre deux accès de violence.

À de nombreux moments on se retrouve seul avec le narrateur, il nous dévoile ses pensées et ses espoirs. Il se perd dans ses rêveries et se coupe du monde qui l’entoure.

Certaines scènes m’ont plus particulièrement interpellée :

 

– Dans les premières pages, on découvre petit à petit les personnages et leur mode de vie, le narrateur prend son premier shoot ; dès ces premières scènes, on comprend que la drogue est un thème récurrent de l’histoire. Ryū partage sans retenue les sensations qu’il éprouve lorsqu’il se shoote. Les descriptions sont méticuleuses et prenantes tout au long du livre.

– La seconde scène est une orgie de groupe avec les militaires américains de la base voisine appelé les «black Américains » ; c’est une scène de sexe de groupe mais poussée à l’extrême ; la scène est longue, environ vingt pages du roman, et s’étend sur plusieurs jours. La sexualité est bestiale, glauque, accompagnée de drogue et d’alcool. Le tout se déroule dans une chambre fermée empestant la sueur et le vomi. Le sexe est dénué de tout sentiment. Les corps déchirés, maltraités sont comparés à des marionnettes, manipulables à volonté ; les jeunes filles sont poussées à la prostitution par leurs copains.

– On trouve également dans ce récit de jeunesse l’omniprésence de la violence, sous plusieurs formes. Elle est tout d’abord psychologique ; ces jeunes ont peu de respect d’eux-mêmes, ils sont la « génération perdue » ; personne ne leur prête attention. Puis il y a la violence physique, celle qu’ils s’infligent à eux-mêmes : sexualité, drogue, conditions de vie. Non seulement ils se l’infligent mais ils l’infligent aux autres par la suite. Lors d’un concert, un gardien est passé à tabac par le groupe de garçons. La victime est comparée à de la nourriture. Son corps est  meurtri et brisé, sans qu’aucun de ses bourreaux n’éprouve de remords.

 

Ces jeunes expriment cependant leurs sentiments ; plusieurs sont en couple. Ils vivent « un semblant d’amour» malgré la détresse dans laquelle ils sont. Ces sentiments sont exacerbés, sans demi-mesure : Yoshiyama tente de se suicider par amour pour Kai ; la jeune femme lui dira alors « d’aller mourir ailleurs, dehors, pour leur foutre la paix ».



Murakami écrit son histoire sur un ton incroyablement cru et neutre. Rien n’est embelli, la crasse est omniprésente, il nous fait découvrir l’univers glauque de sa jeunesse. Les sentiments, les moments qu’il a partagés, ses rêveries, tout est retranscrit de façon précise et violente. Contrastent avec cela des descriptions neutres qui confèrent insignifiance et ridicule aux situations dont elles rendent comptent.


Anne-Morgane, 1ère année bibliothèques 2011-2012

 

MURAKAMI Ryū sur LITTEXPRESS

 

Murakami Ryu Bleu presque transparent

 

 

 

Article d'Océane sur Bleu presque transparent.

 

 


 

Murakami Ryu Raffles Hotel  

 

 

 

 

Article de Noémie sur Raffles Hotel.

 

 

 

 

murakami ryu parasites

 

 

 

Article de Laure sur Parasites.

 

 

 


 

Murakami ryu les bebes

 

 

 

 

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Article de Charlotte sur Ecstasy, Melancholia, Thanatos

 

 

 

 






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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 07:00

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Tom WOLFE
Le Bûcher des vanités, 1987
Traduction
de Benjamin Legrand
Robert Laffont, 1999
Pavillons, 2007
Le Livre de poche, rééd. 2001



 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie

Voir Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tom_Wolfe



Résumé du livre

Sherman McCoy est un financier de Wall Street qui est au sommet de sa gloire chez Pierce et Pierce. Il a une femme, Judy, et une petite fille, Campbell ; il habite Park Avenue.

Un soir, alors qu’il est allé chercher sa maîtresse, Maria Ruskin, à l’aéroport, ils se trompent de sortie et filent dans le Bronx. La panique les prend. Sur la route, ils se retrouvent coincés par une barricade de pneus enflammés. En sortant de la voiture pour dégager la route, Sherman aperçoit deux jeunes Noirs qui proposent leur aide. Prise de panique à l’idée de se faire agresser, Maria prend le volant et renverse un des deux jeunes, Henry Lamb.

Suite à cet accident, une enquête est menée. La population noire avec son leader, le Révérend Bacon, va se révolter contre une justice qu’ils trouvent raciste. Toute cette histoire va agiter New York. La justice se défera-t-elle de son surnom de justice blanche ?



Analyse

Lorsque l’on commence à lire le romaN, on est tout de suite plongé dans la vie de New York dans les années 90, car le maire, blanc, est en train de faire un discours et se fait siffler par la population noire. Ce premier passage dénonce les problèmes raciaux de New York. Ce problème sera aussi évoqué lors de l’enquête sur l’accident de Henry Lamb où la population du Bronx dira que l’enquête n’avance pas parce que c’est un jeune Noir qui a été renversé et que si cela avait été un Blanc l’enquête serait déjà résolue car tous les moyens auraient été mis à disposition.

Le roman dénonce aussi le rêve américain ; tous les personnages de cette histoire veulent avoir le pouvoir chacun dans son domaine et ont un ego très important alors qu’aux yeux des autres ils ne sont pas grand-chose. Par exemple, Sherman ne cesse de se répéter qu’il est le maître de l’univers et, alors qu’ils sont à la plage en famille, sa fille lui demande quel est son métier ; il ne sait pas quoi répondre et son père et sa femme lui disent : mais oui, Sherman, en quoi consiste ton métier ?

Larry Kramer est un jeune procureur qui travaille dans le Bronx et il se trouve chargé de cette enquête ; il éprouve un sentiment de grande supériorité parce que cette affaire fait beaucoup de bruit et que son nom est cité dans les articles des journaux. Il se dit que s’il arrive à résoudre cette affaire, il aura un plus gros salaire, sera reconnu et aura toutes les femmes à ses pieds. Il en oublie la justice à laquelle il tenait au début de sa carrière.

Abe Weiss, lui, vise l’électorat du Bronx ; il veut être réélu procureur général par la population noire, majoritaire. La justice ne l’intéresse pas, seul le pouvoir compte à ses yeux.

Peter Fallow est un journaliste qui n’est rien avant l’histoire et reçoit le prix Nobel après.

Le révérend Bacon mène la population noire pour être élu, il critique la population blanche et manipule par les médias.

Tous sont obnubilés par l’argent et le pouvoir qu’il représente. Le livre porte donc très bien son titre car tout cela n’est que vanité.

Dans ce roman, Tom Wolfe juge la société américaine ; il décrit les comportements de personnages obsédés par leur ego et dénonce les problèmes raciaux.



Mon impression

Le livre fait 919 pages ; c’est donc un petit pavé mais l’écriture est simple, très accessible. Il est très intéressant car on est plongé dans les différents univers de New York dans les années 90 ; les sentiments envers les personnages changent au fur et à mesure de la lecture.


Clémence, 1ère année bib.-méd.

 

 

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6 août 2012 1 06 /08 /août /2012 07:00

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Herbert LIEBERMAN
Nécropolis, 1976
Traduction

de Maurice Rambaud
Seuil Policiers, 1991
Points, 2000
Points 2, 2012





Paul Konig, chef de l’institut médico-légal de New York depuis 40 ans, était jusque là réputé intouchable. Mais la disgrâce le frappe quand une affaire de cadavres volés et de corruption ébranle son service. A cela viennent s’ajouter une affaire de corps démembrés retrouvés sur les rives de l’Hudson, un jeune homme tabassé à mort dans une prison et enfin un cadavre mystérieusement calciné.

Paul Konig doit également faire face à des soucis personnels quand sa fille, disparue depuis six mois, se retrouve entre les mains d’un activiste fou, Warren, prêt à tout pour se venger du système américain. Konig, bouleversé par toutes ces affaires, se retrouve en péril tant moralement que physiquement et c’est avec l’énergie du désespoir qu’il essayera d’extraire sa fille des griffes de Warren.

L’histoire commence le 12 avril et finit le 21 avril. Selon Konig, la chaleur commence à faire son apparition à New York ce qui rend l’atmosphère de la ville étouffante. L’auteur plonge directement le lecteur au coeur des affaires criminelles de New York. On se retrouve tout de suite au contact des cadavres, dans la crasse et la pauvreté des quartiers mal famés de la grosse pomme : « Gémissements de sirènes. Hurlements de voitures de police qui se ruent vers le nord. Ambulances qui foncent dans leur sillage. » (page 13).

Chaque chapitre s’ouvre sur des indications spatio-temporelles. Les heures sont très précises comme les indications des lieux. Ainsi, on peut tout de suite savoir si la scène aura lieu en extérieur ou en intérieur : « 13 heure 15. Galerie Fenimore. Angle de Madison Avenue et de la 67ème rue » (page 164). Mais le principal lieu d’action reste la morgue, lieu des premières pistes concernant les meurtres et surtout lieu de travail de Konig. L’auteur nous fait entrer dans la morgue en même temps que les médecins qui commencent leur journée de travail. Le lecteur va suivre des autopsies, des premières dissections jusqu’au nettoyage de la salle. Il va prendre part aux reconstitutions des corps démembrés de l’Hudson, il va suivre les résultats de tests toxicologiques… On arrive à sentir la précision du travail que les médecins doivent effectuer afin de ne pas abîmer de possibles preuves. L’auteur parvient presque à nous faire sentir l’odeur « de formol et de peur » de la salle d’autopsie. On plonge avec lui dans les entrailles du laboratoire et dans celles des morts.

L’auteur va faire correspondre chaque chapitre avec une affaire en cours, que ce soit l’enquête sur la disparition de Lolly (la fille de Konig) ou l’affaire de corruption qui ébranle l’institut. Il nous fait donc traverser toute la ville, aussi bien les quartiers mal famés que les quartiers chics, lieu de résidence de Konig.

Il met également en scène de nombreux personnages et il est parfois nécessaire de revenir en arrière afin de réussir à tous les identifier. Cependant, des personnages tels que les inspecteurs de police Haggard et Flynn font des apparitions récurrentes car ils sont en charge des affaires les plus importantes du roman. On retrouve également souvent les médecins légistes comme Strang ou McCloskey. Ces personnages ont des rôles importants dans le livre, que ce soit par leurs liens avec Konig ou par la réalisation des enquêtes en cours.

Konig a certes le rôle principal dans cette histoire mais une présence invisible se tient à ses côtés, annihilant toutes ses forces : la ville de New York. Cette ville, le lecteur peut la sentir dès les premières pages. On la sent qui guette, qui observe les personnages se débattre avec leurs problèmes. Sa présence est angoissante, oppressante. Elle est comme un tombeau, un caveau qui se referme sur les personnages sans leur laisser un espoir de s’en sortir. La ville provoque la mort, elle est la mort. La ville concentre, en seulement quelques blocs, tout le mal de la terre. Elle représente toute la cruauté humaine. Elle n’apporte aucun espoir et provoque la déchéance des hommes.

Le style est rapide, les phrases sont courtes. Le lecteur ne peut pas se reposer car quelque chose viendra forcément perturber un semblant de quiétude. L’auteur ne s’embarrasse pas de descriptions sauf pour les autopsies. Il arrive à nous entraîner au coeur de l’institut grâce à ses descriptions précises des travaux pratiqués sur les morts. C’est avant tout un livre sur les humains et les morts, coincés dans une ville qui ne provoque que la mort et le malheur. Ce sont également des enquêtes palpitantes où l’homme de loi n’a pas droit à l’erreur sous peine de provoquer des événements irréversibles. La vie des plus privilégiés n’est pas toujours la meilleure et il ne faut pas oublier que le malheur peut frapper à toutes les portes.


Pauline, 1ère année éd.-lib.

 

 

Lire également l a fiche de lecture d'Aurore.

 

 

 


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