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24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 10:26


Thomas KELLYkelly01.jpeg.jpg
Le Ventre de New York
Traduit de l’anglais (américain)
par Danièle et Pierre Bondil,
Payot & Rivages, 1998.
ISBN 2-7436-0789-0

 












Biographie de l’auteur

kelly02.jpg
     Thomas Kelly est né en 1961. Il a été élevé dans le Bronx ; ses parents étaient américains mais ses grands-parents irlandais, ce qui a eu une grande importance dans son œuvre. Après six années d’études supérieures, il a exercé de nombreux métiers dont il s’est beaucoup inspiré pour ses romans. Il a travaillé sur les chantiers, a été employé d’usine, chauffeur de taxi, manutentionnaire de nuit dans les tunnels.

     Il s’est beaucoup investi dans la vie politique et notamment dans les syndicats ; en 1992 il a travaillé pour le président Clinton et en 1993 à la mairie de New York.


     A ce jour il a écrit trois romans :

Le ventre de New York

paru en 2001 qui fut un grand succès,

Rackets

en 2003,

Les bâtisseurs de l’Empire

paru en novembre 2007.

 

Bref résumé de l’oeuvre


     Paddy et Billy Adare sont deux frères. Paddy est un ancien boxeur dont la main est presque tombée en miettes lors d’un combat ; suite à des opérations, elle a été plus ou moins sauvée ; dans le temps du récit il est homme de main pour des malfrats ; il est sensible mais ne le montre pas souvent. Quant à Billy, marqué par la mort de son père dans les tunnels, il y travaille pour financer ses études. Il a fait trois ans de faculté de droit. C’est le seul personnage instruit du livre.


     L’histoire se passe en 1987 pendant les années Reagan. Nous sommes dans un environnement essentiellement ouvrier.

 

Analyse de l’œuvre


     Ce livre confronte plusieurs mondes ; nous avons tout d’abord la présence des mafias italienne irlandaise. Elles se font concurrence ; c’est un peu la loi du plus fort. Il y a aussi un policier qui est une femme enceinte ; elle s’inflige une vie très dure : jeune, elle travaillait aussi sur les chantiers et revendiquait le fait que des femmes puissent faire le travail des hommes. L’autre personnage féminin principal est Rosa ; elle vit avec Paddy depuis un certain temps et travaille dans un bar ; elle aspire à une vie tranquille et sans problèmes à la campagne. Nous avons aussi des ouvriers dont la vie se résume aux tunnels.


     Le titre de l’œuvre. Le Ventre de New York indique parfaitement toute la dimension de l’œuvre car l’essentiel de l’histoire se passe dans les tunnels et autour. C’est donc au sens propre que l’on peut comprendre ce titre mais aussi au sens figuré car nous découvrons ici le milieu ouvrier, les bas-fonds de la ville de New York qui est le contraire de la ville tout en hauteur et en verre que l’on veut nous montrer. Ce livre montre l’envers de l’Amérique, alors que le président Reagan voulait donner l’image d’une économie prospère. Ce sujet des tunnels est abordé en profondeur car l’auteur lui-même y a travaillé ce qui rend les descriptions et les relations entre les personnages très réalistes.


     Kelly dédie ce livre " à la mémoire de Thomas G. Kelly (…) et aux vingt-trois hommes qui sont morts en creusant le tunnel d’adduction d’eau numéro trois de la ville de New York ". Le milieu ouvrier revient à chaque phrase ; dés l’incipit nous plongeons directement dans une ville en travaux dont le ciel est encombré par les grues de chantier ; lorsque Billy arrive pour travailler l’été, sa première descente dans les tunnels apparaît comme une longue descente aux enfers ; nous ressentons toute l’angoisse qui envahit le personnage. Le lexique de la peur est récurrent ; nous sommes face à un " malaise ", une " petite onde de peur ", " une inquiétude [qui] l’envahit ". Au fur et à mesure des tâches effectuées par Billy, l’auteur évoque toute la dureté de ce travail et les maux qu’il occasionne ; les tunnels sont synonymes de mort : " il remarqua les brancards métalliques, équipés de sacs mortuaires ". Nous nous immisçons également pour ressentir les douleurs du personnage " sentant la brûlure de ses bras et de son dos se communiquer à ses jambes".


     Thomas Kelly nous montre ici ce qu’est la vie de chantier à New York, il nous en brosse un tableau réaliste et rend ses personnages réellement vivants. Tout au long du récit, toutes les douleurs physiques ou psychologiques, toute la dureté de cette vie nous est montrée à l’état brut ; ni les actions ni même le vocabulaire ne sont enjolivés. Nous voyons en cela la volonté de Thomas Kelly de restituer le monde qu’il a connu tel qu’il est réellement ; ce livre n’est pas seulement une fiction romanesque mais peut être vu comme un témoignage. Nous sommes immergés dans un monde populaire tant à travers les actions qu’à travers le vocabulaire ; les dialogues et même les descriptions sont écrits de manière très orale : " Billy, mon vieux, je te dis que ça grouille de jeunes chattes en chaleur, ici, ce soir. Bon, oublie pas les cinq T : Trouve-les, touche-les, tâte-les, tringle-les et tire-toi ." Ce langage s’ajoute à l’univers réaliste que Kelly construit dans son roman. Nous pouvons imaginer les scènes aussi bien que si on les voyait dans un film.


     Cette œuvre possède également la dimension humaine et sociale importante d’un sujet qui est pourtant peu abordé. C’est ainsi que Kelly a construit ses personnages ; on sent qu’ils ont été étudiés, on décèle la psychologie de chacun comme s’ils étaient de vraies personnes.


     Le monde dans lequel ils évoluent est dur et offre des échappatoires, les personnages ont le choix de les saisir ou pas. Pour Billy, par exemple, l’univers des tunnels devient un moyen d’échapper à la vie réelle, l’obscurité le rassure et il se réfugie dans les tunnels comme dans une tanière ; c’est un monde parallèle à celui qui se poursuit au-dessus de lui ; ses collègues sont comme une famille qu’il s’est construite et l’on ressent une atmosphère unique. L’humanité de son œuvre se ressent aussi dans l’attitude des principaux personnages : Kelly ne nous montre pas Billy et Paddy comme des héros ; non, il nous les montre avec des défauts et des faiblesses, ce qui permet au lecteur même s’il ne connaît pas ce monde ouvrier de s’identifier au personnage, de s’y attacher.


     Pour conclure, Kelly nous invite à découvrir un monde insoupçonné à la fois humain et difficile mais étonnamment réel. Le personnage de Billy rappelle l’auteur par sa vie et ses origines car son grand-père aussi est irlandais. On sent l’importance de la famille dans sa vie et son œuvre. Nous pouvons penser que c’est pour exorciser ce qu’il a vécu que l’auteur raconte la vie dans les tunnels dans ses œuvres, pour se soulager et surtout pour nous informer sur ce monde à part.


Steffi, Bib 1A.


Sur Le Ventre de New York, voir aussi la fiche de Manon

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23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 09:17


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Hubert SELBY Jr
Last exit to Brooklyn, 1964
trad. de l'américain par J. Colza,
Albin-Michel, 1970
rééd. collection 10/18











     Last Exit to Brooklyn
est un recueil de six nouvelles de longueurs inégales. Le fil conducteur de ce recueil est le quartier de Brooklyn avec sa misère, son chômage et sa violence. Dans ces nouvelles, Hubert Selby Jr nous montre l’image de l’Amérique des bas quartiers : sexe, violence, drogue et alcool sont les maîtres mots. A l’instar de Louis Ferdinand Céline dans Voyage au bout de la nuit, il nous montre qu’il n’y a plus d’espoir pour les personnages qu’il met en scène de manière si réaliste.

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Un univers sans espoir


     Ce livre est un recueil de nouvelles indépendantes les unes des autres ; néanmoins il est nécessaire de lire l’ensemble de l’ouvrage pour comprendre, avec encore plus de force, l’horreur et la crudité de ces destinées. L’auteur reprend souvent les mêmes personnages, les mêmes prénoms, les mêmes lieux d’une nouvelle à l’autre afin de renforcer l’impression que tous ces destins sont similaires. Ainsi le personnage de Vinnie apparait dans la quasi-totalité des nouvelles : brute sans scrupule que le lecteur voit tour à tour poignarder un homosexuel, tabasser à mort un homme et enfin frapper et hurler continuellement contre sa femme. Le bar du Grec est un lieu récurrent où les hommes se saoulent, se battent ou cherchent une femme pour la nuit. Brooklyn pourrait être un quartier où règne l’entraide du fait que les personnes se fréquentent quotidiennement et sont dans la même situation mais c’est l’image inverse que nous propose l’auteur. La nouvelle " Coda " illustre bien ce phénomène. Elle raconte le destin croisé de différentes personnes habitant le même immeuble. Il n’existe aucune solidarité, aucun lien d’amitié entre les habitants qui pourtant connaissent tous la même situation sociale. Ainsi un groupe de jeunes femmes se retrouvent pour critiquer les autres habitants, regardant impassiblement et sans réaction un bébé en danger sur la terrasse d’un des appartements. De nombreux avis sont placardés car les personnes jettent leurs ordures chez leurs voisins ou encore mettent des excréments dans l’ascenseur. Tout sentiment positif tel que l’amour ou l’amitié a disparu de ce monde urbain où l’égoïsme et la violence règnent.


     Même les enfants, d’habitude porteurs d’espoir, sont dépeints comme des êtres mal élevés, ayant grandi au milieu des cris et des coups de leur parents et destinés au même avenir qu’eux. Les plus grands rackettent déjà les plus petits, leur vocabulaire est grossier et dans la nouvelle " La poursuite " deux jeunes garçons, en jouant, renversent un landau où se trouve un enfant mais aucun des deux ne prend le temps de regarder si le bébé va bien, aucun ne se rend compte de la gravité de la situation.


     Hubert Selby Jr écrit certains passages avec beaucoup de poésie, le lecteur croit ainsi par moments que le bonheur est peut-être possible dans cet univers sombre. Par exemple dans la nouvelle " Coda ", il écrit " L’air était calme et chaud. Elle sourit et regarda les arbres ; les vieux arbres, grands, hauts et forts ; les jeunes, petits, souples, chargés d’espoir ; le soleil éclairait les jeunes feuilles et les bourgeons. Même les petites feuilles sur les haies et la jeune herbe fine et les pousses de pissenlit étaient rendu vivantes par la chaleur du soleil. Oh, c’était si beau. Et Ada remercia Dieu, l’être et le créateur de l’univers qui faisait naître le printemps par la chaleur de son soleil. " Mais cet espoir est tout de suite éteint, renforçant le sentiment du lecteur qu’il ne sert à rien d’espérer, que ces destinées sont vouées à rester à Brooklyn dans la violence et l’alcool. Le passage se poursuit ainsi : " De cette fenêtre on ne pouvait pas voir les terrains vagues et les dépôts d’ordures ". Ada est en fait une vieille femme vivant seule suite à la mort de son mari et de son fils et se mutilant chaque jour.


     Avis personnel

     Last Exit to Brooklyn est un livre dur à lire par les thèmes qu’il aborde mais aussi par le style typographique qu’il propose. En effet aucune ponctuation de dialogue n’est présente, l’auteur emploie des capitales pour les répliques criées et il existe peu de paragraphes ; le livre forme ainsi un bloc où il n’est pas toujours facile de se repérer ni de deviner qui est en train de parler. Ensuite, par son ton cru et réaliste, le style de Hubert Selby Jr dérange. Aucune morale, aucun recul n’est proposé. L’auteur raconte les faits tels qu’ils sont sans chercher à distinguer le bien du mal ou à introduire son opinion. Le lecteur se sent comme un intrus dans la vie de ses personnages, pour qui il n’éprouve ni sympathie ni compassion. En effet, malgré la misère dans lequel ils vivent, par leurs actions (bagarre, meurtre, alcool), les personnages ne suscitent aucune sympathie chez le lecteur. Ainsi dans la nouvelle " Tralala ", une jeune fille de 15 ans que l’on peut qualifier de " facile " meurt d’une manière horrible : " ils aperçurent Tralala étendue nue couverte d’urine, de sang et de sperme ". Pourtant le lecteur n’arrive pas à être totalement horrifié de cette mort car Hubert Selby Jr, par son style, nous la propose comme presque évidente et allant de soi. De même, dans la nouvelle " La grève ", le lecteur voit évoluer le personnage de Harry, homosexuel refoulé qui ne supporte pas l’autorité. Il apparaît comme un personnage très énervant mais en même temps à la personnalité complexe. Aucune indication sur son passé, ses parents ne permettent de comprendre son caractère ni le fait qu’il ne supporte pas que sa femme le touche. Dans ce recueil, l’acte sexuel n’apparaît jamais comme un acte d’amour mais toujours comme un acte purement physique destiné à soulager une pulsion. L’auteur nous présente juste une tranche de vie prise à un moment donné, sans réflexion, ni éléments explicatifs qui pourraient amener le lecteur à compatir. Cette lecture ne laisse pas indifférent, abandonnant le lecteur à une réflexion sur la notion de moralité.


      Last Exit to Brooklyn est donc un livre à lire et qui ne laissera personne insensible. Loin du rêve américain habituellement décrit, ce recueil permet de découvrir une autre facette des Etats-Unis, une vision où le bonheur et l’amour sont absents, remplacés par la violence et l’alcool.


     "J'écoute le remuement sordide de la misère, j'entends la musique de la souffrance. J'entends ses cris, puis je la visualise, mes yeux l'enregistrent, et quand tous mes sens sont en alerte une formidable émotion me prend aux tripes et les mots s'écrivent d'eux-mêmes sur la machine ". Hubert Selby Jr

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Coralie, 1A Éd.-Lib.

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22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 07:59

PYNCHON01.jpg
Thomas PYNCHON,
V.
Traduit de l’américain par Minnie Danzas
Éditions du Seuil, octobre 1985, pour la traduction française,
Points Seuil, 2001.
Biographie











     Né le 8 mai 1937 à Glen Cove, Long Island, État de New York,Thomas Pynchon s'est toujours tenu dans un anonymat presque sans faille. Après avoir étudié l'aéronautique et lapynchon02.jpg littérature à l’université de Cornell (de cette époque date son premier texte publié, The Small Rain, 1959), fait son service militaire dans la Navy (expérience dont témoignent certains épisodes de son roman V.), et travaillé pour la compagnie Boeing, Thomas Pynchon publie V., son premier roman, en 1963, pour lequel il reçoit le prix William Faulkner du Meilleur Roman de l’année. Il a 26 ans et entre immédiatement dans l'histoire comme le plus obsédant des écrivains invisibles : seulement une poignée de photos datant de ses années d'études et une intervention vocale unique dans un épisode des Simpsons où son personnage animé apparaît masqué. En 1973,lorsqu’est paru son troisième roman, L’Arc-en-ciel de la gravité, la rumeur courut : Thomas Pynchon existait-il réellement ? N’était-il pas le nom d’emprunt d’un autre écrivain ?

 

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     En 1997, alors que sortait son cinquième roman Mason & Dixon, une équipe de la chaîne américaine de télévision CNN traqua l’auteur avec la ferme intention de dévoiler enfin à tous son vrai visage. Elle y parvint, mais Pynchon s’opposa à la diffusion et fut finalement obligé d’accepter une interview en échange de la non-diffusion des images volées. Evidemment, il s’agissait d’une interview audio. Pendant ce qui reste à ce jour comme sa seule interview accordée à la presse audiovisuelle, il eut une réponse restée célèbre : interrogé sur sa nature de reclus, il affirma " Je crois que reclus est un mot de code utilisé par les journalistes et qui signifie qui n’aime pas parler aux reporters. " Thomas Pynchon est toutefois considéré comme un génie et comme l’un des plus grands écrivains américains de son temps. Il vit aujourd’hui à New-York.

 


Bibliographie

 


* V. (V., 1963)

* Vente à la criée du lot 49 (The Crying of Lot 49, 1966)

* L’Arc-en-ciel de la gravité (Gravity’s Rainbow, 1973)

* L’homme qui apprenait lentement (Slow Learner, 1984), recueil de nouvelles

* Vineland (Vineland, 1990)

* Mason & Dixon (Mason & Dixon,1997)

* Against The Day, 2006

 PYNCHON05.jpg

V.

     V., ce sont deux histoires en parallèle. Dans la première, on suit l’existence de Benny Profane, anti-héros qui se plaît à être un idiot et à mener une vie sans engagement. L’histoire se déroule dans le New-York des années 50/60, c’est donc dans cette partie que le thème urbain est le plus présent. Sex, drug and rock’n’roll… c’est également ainsi qu’on peut définir l’histoire de Profane, sans oublier la chirurgie esthétique, les beuveries, les marins en permission et les déambulations du personnage dans les égouts de New-York pour exterminer les alligators qui y auraient élu domicile. La seconde histoire est celle de Stencil, personnage qu’on retrouve également dans la première. Le père de Stencil est mort et laisse derrière lui un carnet dans lequel est écrit " Il y a plus derrière V. et dans V. qu’aucun de nous n’a jamais soupçonné ". Qui est V. ? C’est la question que se pose Stencil, une énigme qu’il cherche à résoudre jusqu’au bout. Il croit même à un complot. Est-ce Vheissu, un pays imaginaire qui hante l’aventurier Godolphin ? Verona Manganese de Malte ? Vera Meroving rencontrée dans le Sud-Ouest africain…? Sa quête de la vérité devient une obsession et l’on voyage avec Stencil à différentes époques mais aussi dans différents pays et villes marqués par la présence de V., symbole féminin par excellence. Contrairement à Benny Profane, Stencil reste coincé dans le passé et dans l’Histoire.

     V., c’est un mélange d’imaginaire et de faits historiques où l’on a du mal à distinguer le vrai du faux. Les phrases sont longues, le vocabulaire recherché, les connaissances de l’auteur et les personnages foisonnent... Très complexe et difficile à comprendre, on se perd donc facilement dans le déroulement de l’histoire mais le désir de savoir qui est V. est le plus fort… sauf que j’ai été déçue !


Sources

http://www.fluctuat.net/2855-Thomas-Pynchon-portrait

http://www.universalis-edu.com/article2.php?napp=&nref=T302309

http://www.cafardcosmique.com/PYNCHON-Thomas


Delphine, 1ère année Ed-Lib

 

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21 mars 2008 5 21 /03 /mars /2008 21:54

kafka04.jpeg.jpgKafka
L’Amérique
Gallimard, 2000
1ére publication en 1927, à titre posthume
Trad. André Vialatte

 












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     Franz Kafka est né à Prague, en juillet 1983. Son premier ouvrage, publié en 1912,s’intitule Regards ; suivront Le Verdict, La Métamorphose, Le Procès, pour ne citer que ses œuvres les plus connues. Kafka s’est éteint en juillet 1924, victime de sa tuberculose au larynx.

 


    



L’Amérique
fait partie des œuvres que Kafka aurait souhaité brûler. Cependant, Max Brod l’ami à qui il avait confié cette tache ne l’a, heureusement d’ailleurs, pas écouté. Au contraire, Max Brod publia des oeuvres posthumes de Kafka que celui-ci voulait brûler.

 
     L’Amérique
raconte l’histoire de Karl Rossmann, jeune homme un peu naïf de 16 ans, qui s’exile en Amérique. Karl est renié par ses parents ; en effet celui-ci, un peu malgré lui, a mis enceinte la jeune cuisinière de la famille. L’histoire commence lorsque le bateau de Karl arrive à New York et passe devant la statue de la Liberté. Et dés le début, Kafka nous impose sa vision de l’amertume. En effet, pendant quelques instants la statue de la Liberté brandit une épée.

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     Ensuite, le lecteur suit les aventures de Karl, enfin plutôt ces mésaventures. En effet, il n’arrive pas à éviter les soucis. Tout d’abord, il retrouve un oncle parti aux Etats-Unis, qui le prend sous son aile, mais une nouvelle fois il sera renié. Par la suite, il se fait embaucher dans un grand hôtel en tant que groom mais une fois de plus il sera forcé de partir. Toutes ces mésaventures, et d’autres encore, amènent Karl à être engagé dans le " Grand théâtre de l’Oklahoma ". Cependant, la fin apparaît étrange et ouverte. En effet, le roman quitte Karl lorsque celui-ci est dans un train dont le lecteur ignore la destination. Que lui arrivera-t-il ? Gardera-t-il sa place dans le grand Théâtre ? Quelle fin aurait écrite Kafka, car il est important de souligner que cette œuvre est une oeuvre inachevée ?

    
kafka02.jpeg.jpg

     Dans ce texte, les descriptions sont souvent très précises, ce qui donne l’impression que Kafka est allé aux Etats-Unis afin de rendre ses descriptions plus exactes. Or ce ne fut pas le cas ; il a écrit cette œuvre en Europe et ne s’est jamais rendu aux Etats-Unis. D’ailleurs, il me semble qu’à travers cette œuvre Kafka a voulu dessiner le portrait de l’Amérique comme il la voyait ou comme il la rêvait. Dans ce livre, il arrive également que l’on mélange le personnage et le narrateur, du fait d’une façon de s’exprimer parfois similaire, ce qui rend le roman assez étrange. En effet cela permet au lecteur de connaître les pensées de Karl tout en comprenant que la réalité est différente.

    
     L’une des particularités de cette œuvre est aussi que le lecteur ne s’attache pas obligatoirement au personnage mais ne reste pas non plus insensible aux mésaventures de Karl.

Matthieu, 1A Éd.-Lib.

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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 19:40

Fiches de Marianne et Anne-Claire

McCANNSaisons_belfond.jpeg.jpg
Colum MCCANN
Les saisons de la nuit (This side of Brightness)
Traduit de l’anglais par Marie-Claude PEUGEOT
Editions Belfond, 1998
Editions 10/18, 2000











1. Fiche de Marianne

Quelques mots sur l’auteur : 

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Né en 1965 à Dublin, d’un père journaliste et d’une mère au foyer, Colum McCann a grandi avec ses frères et sœurs dans la capitale irlandaise où il a suivi des études catholiques. Alors que tout le prédisposait à suivre l’exemple de son père et devenir journaliste, Colum McCann décide de quitter l’Europe à 21 ans pour entreprendre un long voyage en Amérique. Après quoi, il goûte pendant quelques années à la vie au Japon, avant de s’installer définitivement aux Etats-Unis, où il entame sa carrière d’écrivain. Il est aujourd’hui l’auteur de six ouvrages, dont le dernier en date, Zoli est paru en France en 2007 aux éditions Belfond. Les saisons de la nuit est son deuxième roman.

 

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Le roman :

Dès les premières pages du roman, nous faisons la connaissance des deux personnages principaux : Treefrog et Nathan Walker. Même si on comprend rapidement qu’il y a un lien entre eux, ils sont au départ présentés distinctement dans des chapitres définis par des dates ou des périodes précises. Ainsi l’histoire de Treefrog se passe en 1991 tandis que celle de Nathan débute en 1916.

Treefrog, personnage solitaire et abandonné, vit depuis 4 ans dans un tunnel de New York. Il s’est construit là un véritable " petit nid " malgré le manque de lumière et de chaleur. Le tunnel ressemble à un petit village froid, où les habitants sont partagés entre violence et solidarité. Ils sont en effet environ une dizaine à y vivre mais sans présence féminine toutefois, et ce, jusqu’à l’arrivée d’Angela. Angela vivait dans un tunnel voisin, jusqu’à ce qu’elle soit violée, battue et laissée pour morte pendant de longs jours. Quand elle retrouve un semblant de force, elle va chercher de l’aide chez Elijah, un ami à elle qui vit ici. Et c’est ainsi qu’elle rencontre Treefrog.

Cette présence féminine réveille alors quelque peu l’esprit terni de Treefrog. Alors que nous ne connaissions rien de son passé, le voilà qui commence à le dévoiler, d’abord de manière confuse par le biais de ses interrogations, pensées et souvenirs, puis, au fil du roman, alors que nous avançons dans l’histoire, de manière plus précise lorsqu’il se confie à Angela.

Nathan Walker a tout juste 19 ans quand commence le récit. Il est bien bâti mais noir et subit chaque jour les injustices du racisme. Il travaille depuis quelque temps déjà à la construction d’un tunnel ferroviaire. Ce travail est dangereux et éprouvant, mais Nathan ne recule jamais et travaille chaque jour sans faiblir. Sa vigueur suscite l’admiration de ses collègues et c’est ainsi, sous terre, qu’il rencontre les amis qu’il gardera tout au long de sa vie.

L’histoire s’ouvre sur une journée apparemment semblable aux précédentes, mais l’équipe de Walker va avoir un accident, au cours duquel l’un d’eux, Con O’Leary, va laisser la vie. A la suite de quoi, la narration s’accélère. Des années plus tard, Nathan épouse une femme blanche, Eleanor, la fille de Con O’Leary. Malgré leur différence de couleur de peau et l’agressivité qu’ils vont subir, leur amour engendrera des enfants et des petits-enfants dont nous suivrons l’histoire, sans jamais toutefois quitter vraiment celle de Nathan.

C’est ainsi que peu à peu, les deux personnages, Nathan et Treefrog, se rapprochent. Les chapitres ne sont désormais plus séparés par leurs dates mais le passé s’articule avec le présent, le souvenir devient action. Même si le lien entre Treefrog et Nathan tarde à devenir évident, certains éléments nous mettent la puce à l’oreille et nous permettent d’imaginer et de comprendre sans toutefois tout expliquer. Nous comprenons en effet que Treefrog n’est autre que le petit-fils de Nathan Walker, sans savoir toutefois comment il a pu se retrouver dans ce tunnel, alors que Nathan se battait justement pour en sortir et pour faire vivre sa famille du mieux qu’il pouvait.

 

Les saisons de la nuit sont, en définitive, l’histoire de deux hommes qui se battent contre l’indifférence. Et ce combat n’est pas totalement vain, car malgré la violence, le racisme et l’injustice que Treefrog et Nathan subissent au quotidien, Les saisons de la nuit nous livrent une magnifique histoire d’amour et de tolérance. En effet, Eleanor n’a-t-elle pas épousé un homme noir, malgré les injures et les menaces, malgré la souffrance qu’elle allait imposer à leurs enfants ? Nathan a-t-il cessé d’aider sa famille malgré les trahisons, les pertes et la douleur ? Jusqu’au cœur du tunnel de Treefrog, où la moindre cigarette est un luxe que peu d’entre eux peuvent se permettre, on rencontre des individus au grand cœur, solidaires et généreux, tel Faraday qui risque sa vie pour détourner l’électricité du tunnel afin d’effectuer un branchement pour ses amis, ou encore Papa Love qui derrière son mutisme renferme un lot de sagesse et d’humanité. Paradoxalement, c’est la tristesse qui ressort le plus de ce roman, puisque, même s’il se termine sur une note d’espoir, la misère et l'accablement flottent continuellement au fil de l’histoire. Les saisons de la nuit sont l’un de ces romans qu’il faut laisser reposer quelque temps après la lecture pour se détacher de la douleur des personnages et percevoir ainsi la beauté de l’histoire.

McCann cultive le paradoxe jusque dans sa manière d’écrire. A la fois minimaliste et romancée, prosaïque et utopique, l’écriture de Colum McCann nous entraîne avec une fluidité appréciable dans un monde presque physique sinon visuel. Grâce à des descriptions précises et réalistes, certains passages se rapprochent énormément de l’écriture d’un scénario de film. Ainsi notre ouïe comme notre toucher et parfois même notre odorat sont sollicités pour une parfaite interprétation du texte. McCann insiste en effet sur l’aspect tactile du monde dans lequel évoluent les personnages, en particulier lorsqu’ils sont dans le tunnel. Faute de lumière, Treefrog se repère yeux fermés, mains en avant, inspectant toutes les cavités de la paroi du bout des doigts, et l’auteur transcrit cette exploration avec précision.

Il est donc facile de s’immerger rapidement dans l’univers et l’ambiance des Saisons de la nuit. Même si cet univers paraît misérable, on y adhère forcément et c’est avec attachement que l’on suit la famille de Nathan Walker au fil de notre lecture.

 

Marianne, Ed.-lib. 1A





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2. Fiche d’Anne-Claire



Bibliographie de Colum McCann :

Le chant du coyote, 1998
Les saisons de la nuit, 1999
La rivière de l’exil, recueil de nouvelles, 2001
Ailleurs en ce pays, recueil de nouvelles, 2003
Danseur, avec lequel il acquiert une renommée internationale, 2003
Z
oli, 2007







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Résumé de l’œuvre :

L’ouvrage présente 2 histoires parallèles qui s’entrecroisent et finissent par se rejoindre.

Le premier récit est celui de la vie de Nathan Walker, un jeune noir venu de Géorgie pour travailler à New York en 1916 en tant que " gadouilleur " : ouvrier chargé de construire les tunnels. Il survit miraculeusement à un éboulement alors qu’il creuse sous l’East River, mais il y perd son meilleur ami Con O’Leary, d’origine irlandaise, dont il épousera plus tard la fille Eleanor, qui décédera prématurément dans un accident de voiture causé par un chauffard. Ensemble ils auront 3 enfants, deux filles : Deidre et Maxine et un fils : Clarence, qui vengera sa mère mais sera tué par la police en laissant un orphelin : Clarence Nathan.

Sa vie est marquée par le racisme qu’il subit d’abord en Géorgie puis à New York, en particulier après son mariage avec une femme blanche et la naissance d’enfants métis.

Sa vieillesse, quant à elle, est marquée par la maladie : problèmes pulmonaires et rhumatismes dus à une vie de labeur dans les tunnels.

Le second récit se déroule en 1991, toujours à New York, où l’on suit Treefrog (grenouille rainette), un ancien bâtisseur de gratte-ciel, qui, devenu SDF, survit dans les tunnels. On ne sait quasiment rien de lui, si ce n’est que sa femme et sa fille sont parties. Il est un peu fou et maniaque : il fait tout deux fois de suite. Il vit avec d’autres SDF comme Angela, Elijah, Mister Love, Dean, Faraday.


Principaux thèmes :

La vie des " gadouilleurs " : ce sont les ouvriers qui creusent les tunnels afin de permettre le passage du métro, des voies ferrées… Il s’agit dans l’œuvre de Nathan Walker et de ses amis : Con O’Leary, Sean Power et Rhubarbe Vannucci. Les salaires sont très bas malgré les risques dus au travail sous air comprimé : éboulements et fuites d’air, problèmes pulmonaires, rhumatismes et le sentiment d’enfermement ressenti à force d’être sous terre. Face à cette vie de misère que tous acceptent car elle permet de nourrir sa famille, certains se noient dans l’alcool : Sean Power meurt d’une cirrhose du foie. " Il y a eu beaucoup de morts dans le tunnel, mais c’est une loi que ces hommes-là acceptent : Tant qu’on vit, on vit, et puis plus rien. "

La vie des bâtisseurs de gratte-ciel : antithèse des " gadouilleurs " même s’il existe des similitudes entre les deux métiers : salaires bas et risques nombreux : dans ce cas, risque de chute. Ici pas de sentiment d’enfermement mais au contraire de liberté totale avec notamment l’image de ces ouvriers qui dansent sur les poutrelles ; ils s’y sentent d’ailleurs plus à l’aise que sur la terre ferme. C’est le métier de Treefrog avant qu’il ne devienne SDF.

La vie des SDF : Colum McCann ne nous présente que ceux qui vivent dans les tunnels, il les qualifie à plusieurs reprises de " taupes " qui évoluent dans un univers aussi noir que les tunnels : pauvreté extrême, crasse, alcool, drogue, violence. Il faut aussi noter que le récit se déroule en plein hiver, dans le froid et la neige.

La vie des noirs : Nathan Walker vit dans un monde raciste et même ségrégationniste, à New York mais surtout en Géorgie, état sudiste : boutiques interdites aux noirs mais également à leurs femmes, même si elles sont blanches, hôtels réservés… " Walker plonge dans la chaleur, de son grand corps courbé, et le voilà devant une fontaine qui porte l’inscription "Gens de couleur", où il avale une gorgée d’eau. "

Le thème de la résurrection est un thème récurrent dans l’œuvre avec notamment la présence de la grue (l’oiseau), qui peut être considéré ici comme un symbole de liberté parfois malmenée. L’ouvrage commence par la description d’une grue blessée, prise au piège dans les eaux gelées de l’Hudson, que Treefrog tente de sauver en brisant la glace qui l’enferme. Ensuite nous assistons à la résurrection de Nathan qui survit miraculeusement à un éboulement dans le tunnel. C’est encore lui qui fait le plus référence aux grues, en évoquant l’image de son enfance dans les marais de Géorgie, de la grue qui danse, symbole de liberté totale. Presque tous les personnages du livre ressemblent à cette grue coincée dans la glace, incapable de voler ou de danser ; ils sont malmenés par la vie : la misère et la vie dehors pour Treefrog, la dureté du travail et le racisme qu’il subit pour Nathan mais aussi pour sa famille, l’alcoolisme, la violence, les peines de la vie… Si certains ne s’en sortiront pas comme Eleanor, Faraday, Clarence et Louisa, devenue junkie après la mort de ce dernier, certains personnages connaissent une résurrection ; c’est le cas tout d’abord de Nathan qui après avoir vécu difficilement connaîtra le bonheur auprès de ses petits et arrières petits-enfants, mais également de Treefrog qui réussit à se dégager de sa folie et, comme la grue, peut à nouveau danser. " A mi-chemin, le visage figé en un certain sourire, debout sur une jambe, tendant un bras, puis l’autre, changeant de pied, la tête rentrée dans l’épaule, il exécute la danse de la grue au royaume de l’ombre. "

 

Mon avis :

Un livre très noir sur la ville de New York, symbole de la richesse américaine, mais construite et peuplée par des gens qui connaissent mieux la misère que Wall Street. Des descriptions très réalistes, des personnages criants de vérité. Les récits principaux sont bien menés et on se demande jusqu’au bout quel est leur lien (j’ai essayé de ne pas en dire trop). Noir donc mais avec quand même de l’espoir.

 

 ACMT, Bib 1A

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Published by Marianne et Anne-Claire - dans roman urbain moderne et contemporain
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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 10:54

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John Dos Passos / 1896-1970
Manhattan Transfer / 1925
Gallimard, Collection Folio
Traduit de l'américain par
Maurice-Edgard Coindreau

 







Né à Chicago, issu d'une famille aisée, Dos Passos fréquente les meilleures écoles des Etats-Unis et parcourt avec un tuteur l'Europe ou il découvre la peinture, dospassos.jpegl'architecture, la littérature. Il finit sa scolarité à Harvard. En Europe, lors de la Première Guerre mondiale, il rencontre Hemingway, la belle vie d'après-guerre et une conscience politique révolutionnaire. De retour aux Etats-Unis, il s'affirme en écrivain engagé, en intellectuel révolutionnaire. Roman anti belliciste, prise de position pour Sacco et Vanzetti, contre la peine de mort, soutien aux syndicats, au candidat communiste en 1932. La guerre d'Espagne marquera un tournant idéologique et politique à droite, traduit par la dénonciation du communisme et du stalinisme, qui lui vaudra par la suite un certain ostracisme de la part du monde littéraire.


Après les écrivains réalistes socialistes de la fin du XIXe siècle/début XXe, Dos Passos fait partie avec ceux que l'on a appelés la "génération perdue" (Hemingway, Scott Fitzerald, T.S. Elliot, Gertrude Stein) des fondateurs du roman moderne, urbain, du modernisme dans la littérature américaine. Le mythe américain des espaces sauvages, du wilderness se transpose dans le monde urbain. Dos Passos est un de ceux qui ont le plus innové dans le domaine de la technique romanesque. Il introduit une nouvelle façon d'écrire (nouveau style, procédés expérimentaux, une qualité de mouvement inspirée du cinéma), il reprend en la perfectionnant l'idée de Sherwood Andersson du roman collectif (le brassage des personnages, le mouvement) par l'interpénétration dans ses livres de récits, de chansons, de biographies d'hommes célèbres, de souvenirs d'enfance. Enfin, Dos Passos utilise la technique dite du courant de conscience ou monologue intérieur, où le processus de pensée du locuteur est le plus souvent décrite comme entendue ou adressée à soi-même en lieu et place d'une tierce personne.


Manhattan Transfer
  est un magnifique livre sur New York, métropole en pleine mutation suite au traité d'expansion signé par le maire de New York, ville dans laquelle Dos Passos nous fait découvrir la vie , les histoires, l'espoir et le désespoir d'une multitude de personnages que le destin va faire se rencontrer, se croiser dans une grande fresque humaniste mais très réaliste. La description de la ville est très précise, poétique et remplit le livre d'une présence incontournable, étouffante. Les nombreux personnages, de classes sociales différentes (riche famille, artistes, migrants, avocats, hommes d'affaires, ouvriers) sont comme obnubilés, hypnotisés par la volonté de réussir, d'arriver, de faire leur trou dans cette ville où misère et opulence se côtoient, dans le même espoir d'être New Yorkais. La seule issue pour échapper à cette situation sera la fuite.


Quelques personnages importants que l'on retrouve tout au long du livre permettent de suivre et de relier une multitude d'histoires.


Ellen Tatcher est l'héroïne du livre. D'origine modeste, artiste de théâtre, objet de toute les attentions de la part des hommes (elle se marie plusieurs fois), elle est étonnamment "moderne" : libre, indépendante, un peu femme fatale ; sa quête de réussite et de reconnaissance dans le théâtre guident sa vie, laissant peu de place aux sentiments.


Gus Mc Neil, livreur de lait qui pense que" New York est foutue" et qui veut partir, et Georges Baldwin, avocat sans travail, vont se rencontrer lors de l'accident de Mc Neil, renversé par un tramway. Baldwin saisit l'occasion, s'occupe du cas Mc Neil et de sa femme par la même occasion, gagne le procès intenté contre la ville (12000 dollars). Cette affaire et cette rencontre vont transformer la vie des deux hommes : grâce à cet argent Mc Neil va se lancer dans la politique et finir député ; Baldwin, lui, va devenir un avocat coté et rejoindra Mc Neil en politique.


Emile et Congo, deux marins français déçus par leur travail sur le bateau et par la vie en Europe profitent d'une escale à New York pour débarquer clandestinement, persuadés de trouver dans cette ville une vie meilleure, de faire leur trou, de gagner de l'argent. Trouvant en Marco, un anarchiste italien, un compagnon d'infortune, ils se rendent vite compte que cette ville est sans foi ni loi, sinon celle de l'argent et des affaires véreuses. Emile va se fondre dans l'anonymat de la ville ; Congo, lui, va monter dans l'échelle sociale, finir millionnaire, changer de nom pour échapper à la police, tout cela grâce à la prohibition, à la contrebande.


Enfin, la famille Herf à travers les éléments qui la composent est un peu une synthèse des différentes histoires qui traversent le livre. Famille aisée et qui a réussi dans le commerce, elle fait partie de la haute société new-yorkaise. La famille est composée de James et Emily Herf, de leurs deux enfants James et Maisie, de leur cousin Jimmy Herf dont la mère Lily est morte peu après leur retour d'Europe et du cousin d’Emily et de Lily, Joe Hartland. Le fils, James, suivra le chemin tracé par son père, et après être revenu décoré de la guerre en Europe finira Président de la Bank and Trust Compagny avec comme philosophie de la vie une triple fidélité à sa mère, à sa femme, à son drapeau. Maisie suivra elle aussi le chemin tracé par ses parents à savoir un mariage arrangé satisfaisant les deux parties. Joe Hartland, lui, est le mouton noir de la famille. Ex-roi de la finance et du marché, il a fait faillite et est maintenant rejeté par la famille, ruiné, désoeuvré ; il finit par trouver du travail comme veilleur de nuit sur les chantiers. Jimmy, lui, est le personnage le plus complexe et le plus intéressant du livre. A la mort de sa mère, son avenir semble tout tracé. Son oncle a pour lui les plus grandes ambitions, grandes écoles et avenir assuré dans son commerce. Mais Jimmy, influencé par l'éducation de sa mère rêve d'une autre vie et quitte la famille Herf. Il s'ensuit pour Jimmy une longue quête d'identité, une recherche du sens de la vie. Il deviendra finalement journaliste, sera bolchéviste, pacifiste, membre de l'Internationale des Travailleurs, se liera d'amitié avec Congo, se mariera avec Ellen puis se séparera, fréquentera beaucoup de monde de tous les milieux sans jamais donner l'impression d'être à sa place dans cette ville et dans cette société. Le livre se termine par le départ de Jimmy au petit matin. Il prend le bac, heureux, libéré, comme soulagé d'avoir survécu à l'enfer.


Ce livre est un grand livre et, s'il est difficile à résumer simplement; il est d'une lecture captivante et passionnante.

Jean-Pierre, 1ère année Bib.

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10 janvier 2008 4 10 /01 /janvier /2008 20:49
nouvelles-new-yorkaises-copie-1.jpg
Francis Scott FITZEGARLD
Henry MILLER
Jerome CHARYN
New York Stories
Nouvelles new-yorkaises
Traduit de l’américain par Suzanne Mayoux, Henry Fluchère et Anne Rabinovitch
Préface de Gérard-Georges Lemaire
Paris, Ed. Gallimard, Folio bilingue, 2007, 167p.





    Une page anglaise, une page française, tel est le principe du Folio Bilingue que l’on retrouve dans ce recueil de nouvelles de trois auteurs américains. Trois auteurs, trois époques, trois visions de New York… Fitzgerald, c’est le New York des années 1920, le New York riche, festif mais culturellement dépassé par l’Europe. Miller dépeint un Brooklyn intemporel, au-delà du temps. La nouvelle de Charyn, dont l’action se déroule entre Broadway et le Bronx, se passe durant la Seconde Guerre mondiale. Cependant on retrouve dans ces nouvelles les thèmes récurrents du désir de s’échapper, de fuir, de voyager… Elles incarnent le passage à l’âge adulte, la maturité, la nostalgie. Partout on trouvera des parallélismes entre beauté et laideur.

Francis Scott Fitzgerald
Rags Martin-Jones and the Prince of Wales
Rags Martin-Jones et le prince de Galles


    Dès sa première apparition, l’héroïne, Rags Martin Jones est décrite par Fitzgerald comme étant « quelque chose qui aurait pu être un somptueux tas de renards argentés », elle est « mi-fille, mi-fleur » sa bouche est une « petite rose insolente ».  A son image son porte-monnaie est « tout plein de beauté, d’argent et de jeunesse ».  Mais la beauté et l’argent de Rags ne suffisent pas à la contenter. A travers ce personnage l’auteur emploie un ton cynique car son héroïne n’est qu’une milliardaire blasée à la beauté exceptionnelle. Capricieuse et bornée, elle fait souffrir l’homme qui l’aime et qui fera tout pour la surprendre…


Henry Miller
The Fourteenth Ward
Le 14ème District


    Au départ ancrée dans la réalité, cette nouvelle décrit un Brooklyn où les personnes sont naturelles ; emplies de réalité, elles ont leurs faiblesses. Cette nouvelle est à la fois le récit d’un souvenir et une réflexion poétique sur ce district. Miller y dépeint à petites touches, à la manière d’un impressionniste, la saleté, la laideur, la violence, l’amour et les faiblesses humaines, le port, les bateaux et les rêves d’évasions. Le récit renvoie au passage de l’enfance à la vie adulte. Il parle de l’ivresse, des femmes ; tous les sens y sont stimulés et valorisés.
    A la manière de Baudelaire dans ses Petits Poèmes en prose (Le Spleen de Paris), il transforme ce qui n’est a priori rien de beau, des choses banales, anti-poétiques. Il parvient à en tirer la Beauté en les décrivant de manière poétique. Un passage s’éternise sur les « grosses lèvres lippues et le mince de filet de salive qui se tendait comme un élastique à mesure qu’il prononçait le mot ». « Il » c’est en l’occurrence le « Juif » à qui appartiennent ces « lèvres épaisses » dont sort « le mot » : Dostoïevski. Mot qu’il entend pour la première fois, mot qui « vibra et s’étendit, mince pellicule iridescente de salive où vient se jouer tout l’or du crépuscule ».
     Longue description de la vie à Brooklyn et du district en lui-même, ce récit de Miller est un hymne aux choses simples de la vie, aux souvenirs, à la littérature et assurément à Brooklyn.

Jerome Charyn
Sing, Shaindele, Sing
Chante, Shaindele, chante


    Cette nouvelle de Charyn, renvoie à la thématique récurrente de la culpabilité judaïque et au rapport difficile et conflictuel entre un père et son enfant. Il règne dans ce texte un débat important sur la poitrine grandissante de l’héroïne, Shaindele. A partir du moment où elle cesse de dissimuler ses seins, sa vie change. Shaindele devient une femme, fume, flirte, provoque du désir chez les hommes. Ce n’est pas que sa vie qui change, c’est celle de son père et des personnes qui l’entourent dans ce passage à la vie adulte…

Elisa, 1ère année Ed-Lib.
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15 décembre 2007 6 15 /12 /décembre /2007 21:43
lastexit.jpg
Hubert SELBY Jr
Last exit to Brooklyn, 1964
trad. de l'américain
par J. Colza,
Albin-Michel, 1970
rééd. collection 10/18






L’auteur et son œuvre :

    Fils d’un ingénieur alcoolique et d’une concierge, Hubert Selby Jr est né en selby.jpg1928 à Brooklyn, quartier populaire de New York. Véritable gamin des rues, il laisse tomber l’école à 15 ans pour s’engager dans la marine marchande. Cinq ans plus tard, il est contraint de démissionner car il est atteint de tuberculose. Hospitalisé pendant quatre ans, les médecins le condamnent à mort… mais il survit, avec toutefois une partie des poumons et de sa vue en moins. Par la suite, Selby, de petits boulots en petits boulots, en passant par la prison et l’hôpital psychiatrique, entreprend son éducation et se lance dans la lecture et l’écriture. Cet autodidacte mettra 7 ans à écrire Last Exit To Brooklyn qui paraîtra en 1964 : Selby a alors 30 ans.
    Cette œuvre, jugée obscène, est interdite dans certains états des Etats-Unis ainsi qu’en Angleterre et Italie mais devient un des romans phares de la Beat Generation de Kerouac et autres artistes contestataires.

Thématique du recueil :

    Il contient 6 nouvelles de longueurs inégales mais dont l’unité thématique est flagrante : chaque histoire nous décrit le destin tragique d’une personne qui traîne sa vie dans le quartier de Brooklyn, fil conducteur de tout l’ouvrage.
    Recueil profondément urbain, Last Exit to Brooklyn nous promène dans les quartiers les plus sordides de New York avec ses bars miteux, ses impasses, usines et autres bas-fonds sordides.
    Les personnages qui peuplent cet univers déshumanisé sont des maris volages, des ivrognes, junkies, prostituées, travestis, femmes au foyer, machos, petites frappes…    Tous ont en commun de chercher une issue à l’impasse de leur vie mais n’ayant rien à perdre ou à espérer, ils choisissent immanquablement la voie de l’auto-destruction : l’alcool, la drogue, le sexe et surtout la violence sont leurs exutoires.
    Du coup, tous les sentiments positifs - amour filial, conjugal, amitié - sont subordonnés à la violence. Ainsi, dans la première nouvelle, « un dollar par jour», une bande de voyous, pourtant amis, se battent.. avant de lyncher un soldat qui passait par là. Dans la seconde nouvelle,« la reine est morte», le travesti Georgette est amoureux de Vinnie mais celui-ci lui donne un coup de couteau. Dans la quatrième nouvelle, Tralala, l’héroïne éponyme, est une fille facile qui se donne sans plaisir, parce qu’elle le peut, qui finira violée et torturée. Également,dans la nouvelle intitulée « la grève» ,Harry, désespérément seul, ne peut pourtant pas supporter tout contact avec sa femme  et lui vomit sa haine en la battant de plus en plus violemment tout au long du récit.
    Cette liste non exhaustive montre l’omniprésence de la violence qui se substitue à un mode de communication et devient par là-même banale, un moyen de briser la monotonie du quotidien de ces anti-héros.
    Paradoxalement, les personnages n'apparaissent pas pour autant comme des victimes : même Tralala, au comble de l’horreur de la scène de viol, ne suscite guère d’empathie ou de sympathie chez le lecteur… sentiment très dérangeant par ailleurs !
Même les enfants, pourtant généralement source d’espoir, se montrent aussi cruels et impitoyables que leurs parents et semblent ainsi condamnés au même destin fatal.
Ce recueil est donc fondé sur une thématique très sombre : on découvre l’envers du miroir dans cet anti rêve américain.

Style et poétique de l’auteur :

    Cette thématique est d’autant plus difficile à supporter parfois que Selby nous livre les faits tels quels, sous forme de matière brute : l’auteur n’émet aucun jugement, aucune analyse… on ne trouve pas ce filtre, cette distanciation qu’il y a en général entre l’auteur et ses personnages ou entre les personnages et nous lecteurs. Cette absence est manifeste, surtout à la fin des nouvelles qui bien qu’achevées, ne nous livrent pas de justification ou de morale.
    L’écriture à vif de Selby est dense (pas de marques typographiques des dialogues, emploi de lettres capitales pour les reparties criées…), rythmée. Sa prose rudimentaire, au langage populaire, nous donne à voir la vérité sans fard, celle que Selby a lui même connue.

    En conclusion, cette œuvre ultra naturaliste, ultra réaliste suscite des sentiments extrêmes (dégoût, nausée, choc, incompréhension…) : c’est donc une lecture marquante, qui ne laisse pas indifférent… et c’est toute sa force.

Bibliographie de l’auteur :

La Geôle (the Room), 1971
Le Démon (the Demon), 1976
Retour à Brooklyn (Requiem for a dream), 1978
Chanson de la Neige Silencieuse (Song of the Silent Snow), 1986
Le Saule (The Willow Tree), 1998
Waiting Period, 2002


Céline, 1
ère année Ed.-Lib.
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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 08:46
CollectifTOKYO-ELECTRIQUE.jpg
Tokyo électrique
Nouvelles traduites du japonais
par Corinne Quentin,
Première édition : Autrement, 2000,
Picquier Poche, 2006
271 pages.

Présentation
    Tokyo électrique a été édité en 2000 puis en 2006 pour le format poche par Picquier poche. Philippe Picquier est d’ailleurs connu pour être une maison d’édition publiant essentiellement  des ouvrages d’auteurs asiatiques ou en rapport avec l’Asie (Chine, Viet-nam, Inde, Pakistan…).

       Ce recueil a été traduit par Corinne Quentin et réunit 5 auteurs  japonais :
o Muramatsu Tomomi, Yumeko.
o Morita  Ryûji, Les  Fruits de Shinjuku.
o Hayashi Mariko, Amants pour un an.
o Shiina Makoto, La Tente jaune sur le toit.
o Fujino Chiya, Une ménagère au poste de police.

        On trouve aussi une postface de  la traductrice qui  nous donne la bibliographie de chaque auteur et où l’on apprend que ce recueil a été écrit à l’origine pour être édité en France mais qu’il a ensuite intéressé des éditeurs japonais et a donc été publié dans les deux pays.

Biographies
        Muramatsu Tomomi est né à Tokyo en 1940. Deux de ses écrits notamment ont connu le succès : Watashi wa puroresu no mikata desu (Moi, j’aime le catch), publié en 1980 et Jidaiya no nyôbô (La Femme du brocanteur) qui obtient le prix Naoki en 1982 et sera adapté à l’écran et au théâtre comme nombre de ses romans.
        Muramatsu Tomomi décrit ses personnages dans un environnement qui les façonne, auquel ils se conforment  ou dont ils essaient de se déprendre…
Dans Yumeko les personnages semblent très attachés au lieu de l’action, le quartier de Fukugawa :
 « -Mais la clientèle de Yoshiwara avait plus de classe, non ?
 -Seulement aux yeux de ceux qui considéraient que Yoshihara était plus distingué. En fait il y avait beaucoup de samouraïs dans la clientèle de Yoshihara, tandis que Fukugawa accueillait surtout des marchands ou des  artisans. Ceux qui pensent que les commerçants sont des clients de classe inférieure, à mon avis, n’ont pas droit aux plaisirs qu’offre Fukugawa… »
Il y a surtout beaucoup de dialogues et c’est autour d’eux que se construit le récit.


    Morita Ryûji est né à Tokyo en 1954. En 1958, il est sélectionné pour le prix Waseda du jeune auteur pour Yoru  yorimo nagai yume (Un rêve plus long que la nuit).
Il publie en 1990 son premier roman, Sûrito chirudoren (Enfants de la rue) avec lequel il obtient le prix Noma du jeune auteur.
        Dans cette nouvelle l’action se déroule dans le quartier de Shinjuku et ses personnages sont confrontés à une situation qui les dépasse.
        Son style est incisif et parfois photographique à l’image du passe-temps du personnage principal : Ryôta.
« J’ai sorti  mon appareil photo, installé le téléobjectif et regardé dans le viseur. Je suis resté un moment paralysé, stupéfait. C’était encore une petite fille. Le maquillage excessif ne faisait que souligner son expression enfantine. Elle avait de longs cheveux frisés et des traits bien dessinés sur une peau mate. Elle n’était pas japonaise. Elle pleurait. »
L’auteur dit lui-même « écrire à partir d’images qui s’impriment dans son esprit ».

        Hayashi Mariko est née dans la préfecture de Yamanashi en 1954.
En 1982, elle publie son premier essai, Runrun o katte ouchi ni kaerô (On achète du bien-être et on rentre). En1984, son premier roman, Hoshikage no Stera (Stella sous les étoiles), est sélectionné pour le prix Naoki et elle décide alors de se consacrer à l’écriture.
        Dans ses romans faussement naïfs, l’auteur met en scène les rêves et les désillusions de jeunes femmes et leur difficile rencontre avec les hommes.
« Eriko se tordait de douleur. Ses amours n’avaient pas toujours été des succès. Sinon, aujourd’hui, elle serait déjà mariée. Elle avait connu des moments difficiles où elle ne comprenait pas ce que le garçon avait dans le cœur, ou bien lors de séparations il lui était arrivé de se sentir perdue, d’être triste ou d’éprouver un sentiment d’injustice. Mais c’était bien la première fois que son chagrin était si douloureux. »
 La nouvelle présentée dans ce recueil a été adaptée au cinéma par Ichikawa Jun.

        Shiina Makoto est né à Tokyo en 1944.
 Il crée en 1976 une revue de critique littéraire, Hon no zasshi (La revue des livres). D’abord tirée à cinq cents exemplaires, cette publication mensuelle atteint un tirage de cent cinquante mille exemplaires. En 1995, il obtient le prix Yoshikawa Eiji pour Inu no keifu (Généalogie du chien)  et le grand prix de science-fiction en 1990 pour Ado-bâdo. La même année il se lance dans le cinéma et plusieurs de ses films sont primés.
        Ses récits sont souvent à la première personne comme dans La tente jaune sur le toit  et même lorsqu’ils se déroulent dans la ville, ils évoquent un art de vivre enjoué et il y circule cet air frais que l’on respire lorsque l’on se promène sur un chemin de montagne avec un chien (symboles récurrents dans ses écrits).

        Fujino Chiya est née dans la région de Fukuoka (île de Kyûshû) en 1962.
En 1995, elle  obtient le prix Kaien du jeune auteur avec Gogo no jikan-wari (Emploi du temps de l’après midi) et, en 1998, le prix Noma pour Oshaberi Kaidan (Le conte du bavard)
        Ses mises en scène sont surprenantes, proches de l’absurde.
        D’une écriture sans doute influencée pars son choix de  « vivre une vie de femme » bien que née garçon, elle décrit des personnages et des lieux de manière ambiguë.
Ce qui se reflète bien dans Une ménagère au poste de police, ave cette question qui est la base de l’histoire - Pourquoi n’y a-t-il pas de femmes dans les postes de police ? - et l’identité confuse de Yoshiko l’amie de Natsumi qui a une apparence masculine.
« -Bonjour, Mika ! Répondit Yoshiko d’une voix légèrement plus féminine que lorsqu’elle s’adressait à Natsumi.
Quand Natsumi  entendait cette voix dans la bouche de Yoshiko, avec ses cheveux courts découvrant les oreilles, son polo blanc sur un pantalon bien repassé (le vocabulaire manquait pour désigner ce pantalon argenté qu’elle portait), elle ressentait toujours un léger malaise. »
 

Analyse
        Même si ce recueil n’a rien d’"électrique",  le lien entre ces différentes nouvelles est en fait celui du lieu, Tokyo bien sûr, et celui du temps ; les événements se passant tous de nos jours et le but étant de nous montrer une vision globale de Tokyo à travers les yeux d’hommes et de femmes d’âges et de situations différents ainsi que des lieux  importants de la ville.
        La traductrice nous dit dans la postface : « Le présent recueil de nouvelles est l’essai de ce rapprochement : demander à des écrivains japonais d’écrire une fiction d’une quarantaine de pages, dans laquelle le Tokyo d’aujourd’hui, ou un quartier librement choisi, serait le maillon essentiel, dans l’espoir que s’y révéleront les sentiments des romanciers pour ce Tokyo où ils vivent, que s’y dessineront leur façon d’appréhender la cité. »
Le but est donc bien de nous montrer les différents aspects de la ville vue par ses habitants qu’ils y soient nés ou qu’ils soient venus y habiter.

        Si personnellement je n’ai pas trouvé ce recueil particulièrement passionnant au niveau des faits racontés et de l’intérêt des histoires, en revanche je pense qu’il peut être intéressant pour découvrir le mode de vie des Japonais et les lieux qu’ils fréquentent dans cette grande ville.
        Et il a l’avantage d’être la vision de ses habitants et non pas celle d’occidentaux.


Toutes les informations, extraits et biographies sont tirés de l’ouvrage Tokyo électrique, Picquier poche. 

Chloë, BIB 1ère année.









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