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19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 07:00

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ISHIDA Ira,
Ikebukuro West Gate Park II

Traduit du japonais par Anne Bayard-Sakai
Éditions Philippe Picquier, 2009








 

 

 

Né en 1960 à Kyôto, Ishida Ira a suivi des études d’économie à l’université Seikei. Il a travaillé dans la publicité avant de se consacrer à l’écriture. En 1997, le premier tome d’Ikebukuro West Gate Park  se voit décerner le prix Orû Yomimono, grand Prix de littérature policière ; l’œuvre a inspiré une série télévisée au Japon et un manga qui s’est vendu dans le monde entier. Le deuxième volume d’Ikebukuro West Gate Park eut autant de succès que le premier et un troisième tome est sorti le 18 février 2010.


Résumé de l’œuvre

Ikebukuro West Gate Park est divisé en quatre parties, chacune racontant une enquête menée par Makoto, le personnage principal. Chacune des enquêtes est indépendante des autres, il n’y a pas besoin de lire les enquêtes dans l’ordre pour comprendre l’histoire, leur seul lien est leur chronologie. Tout comme il n’y a pas besoin de lire le premier tome pour comprendre le second car là aussi les enquêtes sont indépendantes.
   
Le môme-compteur : Makoto est dans le square ouest d’Ikebukuro lorsqu’il rencontre un gamin avec un calculateur à la main, Tada Hiroki. Ce gamin souffre de LD (learning disability) c’est-à-dire qu’il a du mal à apprendre, et sa particularité est qu’il est accro aux chiffres, il compte tout ce qu’il voit. Mais il finit par être enlevé, Makoto va enquêter sur sa disparition à la demande de la mère de l’enfant, femme de yakuza…

Fille à emporter 1ère rue ouest :
Makoto traîne dans le grand centre commercial d’Ikebukuro lorsqu’il rencontre une petite fille seule avec un livre, Sakurada Kao. Il s’attache à la petite mais il apprend que sa mère est une prostituée qui a des ennuis avec des yakuzas. Avec l’aide du chef des G-Boys, Takashi et d’une étoile montante d’un groupe de yakuzas, le Singe, Makoto va tout faire pour aider la mère de la petite à s’en sortir.

Un dieu vert pomme : Okonogi Katsuo, est « un jeune titan » qui a décidé d’introduire une nouvelle monnaie à Ikebukuro : le pond. Avec cette monnaie il créé de nouveaux boulots pour les jeunes. Il les rémunère en ponds qu’ils vont échanger contre des yens. Mais quelqu’un veut ruiner cette action généreuse en émettant de faux billets. Makoto est de nouveau appelé pour enquêter.

 
Casseur d’os :
Des SDF sont retrouvés dans les rues d’Ikebukuro avec des os brisés, un groupe de rock commence à avoir son petit succès avec une musique des plus envoûtantes. A priori aucun lien entre les deux… Makoto va enquêter pour savoir ce qui se passe à Ikebukuro.

 

 

Analyse

Le lieu

Ikebukuro West Gate Park : c’est le quartier de Tokyo le moins bien fréquenté où se côtoient boîtes à sexe et love hôtels. La nuit, se sont les prostituées, les yakuzas et les dealers qui battent le pavé. C’est le lieu central du livre car toutes les enquêtes se déroulent à Ikebukuro. De plus, le personnage principal Makoto se trouve toujours dans le parc lorsqu’on lui demande de démarrer une enquête. C’est le seul lieu où il se sente loin des problèmes de la ville et à chaque fois qu’il quitte le square c’est pour se plonger dans l'action. Chaque enquête commence et se termine dans le le square. C’est aussi un lieu où se réunissent tous les jeunes d’Ikebukuro, néanmoins sans se mélanger. De plus, si le titre est en anglais c’est pour une raison précise : dans le premier tome, Makoto dit que les jeunes trouvent que ça fait mieux de dire Ikebukuro West Gate Park que square ouest d’Ikebukuro. Eh oui, l’anglais c’est plus classe.

 


Les personnages principaux

Makoto : jeune homme de 21 ans, il aide sa mère à tenir un magasin de fruits et légumes, après avoir quitté un lycée où il était délinquant. Il ne se fait aucune illusion sur son avenir et sait que du jour au lendemain il peut se retrouver à la rue. Néanmoins, il refuse de faire comme d’autre jeunes (qu’il surnomme les salarymen) en ayant un emploi qui lui permettrait de travailler pour la machine économique japonaise qui se fait de l’argent sur le dos des gens. C’est lui qui mène les enquêtes et il se surnomme lui-même « le solutionneur d’embrouilles » car il considère ne pas faire le même travail que la police. Il a un regard complètement désabusé sur sa génération.

Le gang des G-Boys : il a à sa tête Takashi qui est surnommé le King. C’est un peu lui qui fait la loi dans Ikebukuro mais sans pour autant agresser gratuitement. Ce gang regroupe tous les jeunes (filles et garçons confondus) d’Ikebukuro qui ne vont plus en cours et n’ont aucun travail. Makoto fait souvent appel à eux lorsqu’il a besoin d’aide pour enquêter.

Les yakuzas :
c’est la mafia japonaise. Même si ce ne sont pas des personnages à proprement parler, je les considère comme tels car ils sont très présents dans le quartier d’Ikebukuro et donc souvent impliqués dans les enquêtes de Makoto. Le quartier d’Ikebukuro est partagé entre différents groupes de yakuzas donc c’est eux qui font la loi. Makoto a déjà plusieurs fois eu affaire à des yakuzas comme dans « le môme compteur » ou dans le premier tome lorsqu’un chef yakuza lui demande de retrouver sa fille.

 

 

Ce que l’auteur cherche à dénoncer

Dans ce livre, Ishida Ira nous montre une jeunesse japonaise complètement perdue entre une société qui se veut encore très traditionaliste et une influence occidentale de plus en plus marquée. Cela se voit surtout chez les filles qui ne portent plus le grand kimono de cérémonie et qui se teignent toutes les cheveux. De plus, la société japonaise semble n’offrir aucune perspective d’avenir aux jeunes : beaucoup se retrouvent sans travail ou comme Makoto font un petit boulot par-ci par-là parce qu’ils refusent de rapporter de l’argent à l’Etat ; beaucoup de filles se prostituent ; certains se retrouvent dans un gang comme les jeunes qui font partie des G-Boys ; d’autres comme le Singe s’engagent chez les yakuzas. Bref, des perspectives d’avenir peu réjouissantes. Avec « casseurs d’os », Ishida Ira nous montre jusqu’où peuvent aller les jeunes pour avoir un avenir : briser des os pour créer le son le plus rapide du monde et gagner de l’argent. Cette jeunesse semble vraiment perdue, surtout les filles. En effet, dans le premier tome, Ishida Ira nous montre un problème qui touche de plus en plus le Japon ; c’est la prostitution des jeunes filles riches. Ces dernières se prostituent, non pas pour gagner leur vie, mais pour se payer toujours plus de vêtements de mode.

 

 

Mon avis

Bien que ce soit un roman policier, on peut se mettre très facilement à la place des personnages. Makoto n’est pas un enquêteur comme on peut en voir dans les romans policiers classiques car il n’a pas de qualités « surhumaines » et n’enquête pas avec l’aide d’une agence comme le FBI. Il se débrouille seul ou avec l’aide des G-Boys surtout. De plus, même si le quartier d’Ikebukuro n’est pas très fréquentable, comme Makoto l'aime, il le décrit d’une façon telle qu'il nous semble paisible et agréable à vivre. Ishida Ira a une écriture très fluide et ne se complaît pas dans les détails. On ne se perd pas dans l’histoire. Même si le dénouement de l’enquête est assez facile à deviner, cela n’ôte aucun plaisir à la lecture.


Marina, 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

Interview de l'auteur, réalisée à Tokyo en 2005 par Christophe Dupuis, 

sur le site d' entre2noirs.

 


 

ISHIDA Ira sur LITTEXPRESS

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Articles de  Julie et de Maëva

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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 07:00

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Alaa EL ASWANY
Chicago

Traduit de l’arabe (Égypte)
par Gilles Gauthier
Actes Sud, 2007
collection « Babel »
, 2009


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BIOGRAPHIE

Alaa El Aswany, Égyptien, est né au Caire. Il a étudié dans un lycée de langue française et est parti pour Chicago étudier la médecine pendant trois ans. Il reviendra en Égypte pour travailler en tant que dentiste, métier qu’il continue d’exercer deux fois par semaine, cela lui permettant de rester en contact avec sa clientèle. L’auteur égyptien s’inspire beaucoup d’anecdotes que lui racontent ses patients. Il a besoin d’être près du peuple égyptien pour écrire ; d’ailleurs il est souvent décrit comme un auteur empreint d’humanisme.

Alaa El Aswany se définit lui-même comme « un écrivain qui a des idées politiques et non comme un politique qui écrit des livres ». La fiction reste sa priorité. Cependant à travers ses trois romans à succès, L’Immeuble Yacoubian (2002), Chicago (2006) et J’aurais voulu être Égyptien (2009), le « bon docteur El Aswany » dénonce la corruption, l’extension des interdits religieux et la pauvreté, entre autres. C’est un homme engagé dans l’opposition au Président égyptien Mohammed Hosni Moubarak, militant pour une Égypte démocratique aux côtés de son éditeur égyptien, le seul à avoir accepté de le publier avant son succès.

Cet engagement et la dénonciation de certains faits dont souffrent les Égyptiens où qu’ils soient (Chicago) peuvent nous amener à penser qu’Alaa El Aswany est une sorte d’héritier des muckrakers des Etats-Unis de la fin du XIXe siècle et du début du XXe.


L’écriture…


Alaa El Aswany observe une rigueur scientifique lorsqu’il écrit ses romans. Il se donne trois ou quatre heures quotidiennes pour la rédaction, fait des recherches documentaires afin de « dessiner » le plus précisément ses personnages ; par ce souci de précision, les romans de l’écrivain égyptien sont empreints de réalisme.

 

 

LE ROMAN CHICAGO

Ce roman a pour point de départ l’arrivée d’étudiants égyptiens en histologie (étude des tissus humains) dans la ville de Chicago, au sein de l’université de l’Illinois après le 11 septembre.

Dans une microsociété où Égyptiens et Américains évoluent dans la ville de Chicago, ce roman nous donne à voir différentes facettes de l’Amérique ainsi que de l’Égypte. Tour à tour, ces deux pays se rencontrent, s’unissent, s’opposent, se soutiennent à travers des personnages symbolisant chacun à sa manière l’amour, la religion, la corruption, la nostalgie, la révolte…

 

 

QUELQUES THÈMES ABORDÉS …

Chaque chapitre de ce roman polyphonique nous raconte les différentes histoires des personnages de manière discontinue et qui de temps à autres se croisent dans la ville de Chicago qui fait partie intégrante de leur vie et qui façonnera leur destin…

La sexualité.
Dans Chicago, le thème de la sexualité est abordé sous tous ses angles. Elle sera symbole de l’amour qui unit John Graham à sa femme Carol, un instrument de torture pour Safouat Chaker et elle fera sa renommée dans les services secrets égyptiens. Le sexe se révèle être aussi une échappatoire avec la drogue pour Sarah, fille du docteur Raafat Sabet, qui est ballotée entre deux identités, égyptienne et américaine. Source de malaise pour le docteur Saleh, ce dernier s’apercevra que son problème d’impuissance est la conséquence d’un malaise beaucoup plus profond.

L’intégration
Après le 11 septembre, il paraît difficile, dans ce roman, de s’intégrer pour les étudiants égyptiens qui viennent d’arriver à Chicago. Cheïma se retrouve arrêtée car en faisant cuire des piments, la fumée épaisse qui émanait de sa chambre a été prise pour un début d’incendie (à Chicago, depuis sa création la chose qui effraie le plus ce sont les incendies…)

Mais il y a aussi des Égyptiens arrivés avant le 11 septembre comme le docteur Raafat Sabet, marié à une Américaine, Michelle, qui affiche au début du roman des propos clairement antiégyptiens.

La corruption
Dans cette « Little Egypt » en plein centre de Chicago,  la corruption fait pourtant rage. Ici, Chicago nous paraît sournoise cachant derrière son beau visage de ville démocratique une réalité beaucoup plus dure où les services des gouvernements égyptien et américain utilisent des stratagèmes illicites pour arriver à leurs fins.

Face à la corruption, Nagui Abd el-Samad symbolise cette Égypte jeune qui a le courage de se soulever contre le gouvernement égyptien. Ce personnage n’est pas ici sans nous rappeler les idées militantes de l’auteur et c’est le seul protagoniste pour qui El Aswany a opté pour une écriture en narration interne.

 

 

CONCLUSION

Alaa El Aswany écrit de façon simple, ce qui permet au lecteur de bien suivre l’évolution de chaque personnage dans cette microsociété. De plus, par cette simplicité, mêlée à la précision des détails, le roman nous paraît plus ancré dans la réalité, une réalité qui dérange dans le pays qui symbolise la mixité des peuples mais qui reste traumatisé par la sombre journée du 11 septembre.

Ici l’auteur nous rappelle que le portrait d’une ville ne se constitue pas que par les bâtiments qui la composent mais aussi qu’elle existe à travers chacun de ses habitants ainsi que leur histoire.

 

 

Anaïs, 1ère année Bib.-Méd.-Pat.

 

 

Alaa EL ASWANY sur LITTEXPRESS

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Article de Maude sur L'Immeuble Yacoubian

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Jean-Baptiste sur Chicago

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18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 07:00

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Alaa El Aswany

Chicago

Actes Sud, 2007

Babel, 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 Alaa El Aswany est un auteur égyptien actuel. Né en 1957, il exerce la profession de dentiste au Caire, et il écrit en parallèle de sa profession. Il a publié trois romans : L'immeuble Yacoubian, un grand succès qui a été adapté au cinéma, Chicago et J'aurais voulu être égyptien.


Dans Chicago, il nous entraîne dans un roman polyphonique où l'on va suivre une dizaine de personnages, qui ont pour point commun le campus universitaire de l'Illinois : ils y enseignent ou y étudient, ou bien y sont liés plus ou moins directement par l'intermédiaire d'un autre personnage. Pour cette raison, la plupart d'entre eux vont se croiser incidemment, voire, dans d'autres cas, se lier de façon beaucoup plus significative.


 Alaa El Aswany va suivre tout au long du roman de nombreuses personnalités, dont voici les principales.


Cheïma Mohammedi : tout juste arrivée d'un petit village égyptien perdu dans la campagne (Tantâ), c'est une étudiante brillante d'un peu plus de trente ans. Elle a quitté son pays pour achever ses études à Chicago pour trois raisons : elle est une une brillante étudiante en médecine, son père lui-même est directeur d'un lycée de garçons et, désespéré de ne pas en avoir eu, il éduque ses filles sur la voie de l'excellence (et de fait l 'université de l'Illinois est très réputée), et enfin, à son âge, Cheïma est toujours célibataire et n'a jamais connu d'hommes dans sa vie. Elle espère que, bénéficiant de nouvelles libertés en occident, elle pourra un peu plus se montrer elle-même, acquérir de la confiance en elle, et peut-être trouver celui qu'il lui faut. Dès son arrivée cependant, le dépaysement l'angoisse et la rend nostalgique.


Tarek Hosseïb :
étudiant égyptien, brillant lui aussi, qui mène une vie d'habitude, solitaire (sa journée type : il étudie dur toute la journée, puis le soir il cuisine un plat égyptien, regarde du catch, se masturbe et s'endort). Il est très maladroit avec les femmes : lorsque l'une d'elles lui plaît, sa sympathie, qui pourrait devenir de l'amour, se manifeste très vite par de l'antipathie voire de la haine. Cela l'a laissé célibataire jusqu'à aujourd'hui.


Nagui Abd el-Samad : étudiant dont on suit l'arrivée à Chicago et le parcours sur le campus universitaire. On apprend dès le début qu'il a été refusé à l'université du Caire pour des raisons politiques ; c'est pourquoi, la première fois que son nom est évoqué dans le roman, c'est à l'occasion d'un débat entre professeurs de Chicago qui se demandent si oui ou non il faut l'accepter. Son acceptation est finalement approuvée, et on découvre un étudiant révolutionnaire aux hautes idées politiques. Il est en rébellion contre le gouvernement égyptien actuel – dictatorial et qui ne fait rien de bon pour son pays – mais ne pense pas mieux de l'Amérique dans laquelle il débarque, dans laquelle il voit un pays maléfique dont le gouvernement soutient le régime égyptien, et peuplé soit d'hypocrites, soit d'imbéciles, qui accueillent les étrangers avec des sourires, et qui à côté de ça autorisent des crimes contre l'humanité perpétrés par leurs chefs. Si tout le récit de ce roman est à la troisième personne, la partie de Nagui fait exception : on lit en fait le carnet dans lequel il écrit, partie en italique et à la première personne, journal intime qu'il n'écrit que pour lui-même et dans laquelle il raconte son arrivée et les événements qu'il est amené à vivre. Malgré tout, c'est un personnage ambivalent : il a de hautes idées, souhaite se battre pour la liberté et la démocratie, et pourtant, dès qu'il arrive dans sa chambre universitaire, submergé par un désir inexplicable, il commande une prostituée.
 

Ahmed Danana : étudiant lui aussi, il occupe la présidence de l'Union des étudiants égyptiens d'Amérique, et est aussi agent de la Sécurité d'État (donc travaille pour le gouvernement égyptien). Il est ambitieux, se destine à de hautes fonctions politiques. Il est l'homme de main du général Safouat Chaker, et va devoir préparer l'arrivée prochaine et le bon accueil du président égyptien, qui va venir en visite officielle à Chicago. Il doit s'occuper du bon déroulement des opérations et veiller à ce que tout se passe bien du côté du campus (il craint par exemple les coptes, chrétiens égyptiens). De ce côté-là, Nagui Abd el-Samad va vite faire problème et il va chercher à le faire taire. Danana est un homme égoïste, qui méprise les hommes et n'oeuvre qu'à son succès et sa progression dans la hiérarchie. Maroua, sa femme, découvre vite cette personnalité qu'elle ne soupçonnait pas. Ils se sont installés tous les deux à Chicago après leur mariage, et elle se rend compte de l'avarice et de la cupidité de son mari, qui va jusqu'à lui demander l'aide financière de son père, alors qu'ils n'en ont pas besoin. Il est aussi égoïste, irrespectueux, macho : pour lui, la femme doit entièrement être soumise à son mari et lui procurer son bonheur. Très vite, cet être va la dégoûter, sa viscosité et sa violence dans leurs ébats amoureux l'écoeurer, et elle va se rendre compte qu'elle est seule dans un pays étranger, mariée à un étranger, dont elle souhaite qu'il la répudie.


Raafat Sabet : docteur en histologie, il a quitté l'Égypte au début des années 1960, pour fuir le régime de fer de Nasser, au moment de la vague de nationalisations qui a touché l'entreprise de son père. Arrivé en Amérique, il va chercher à s'insérer totalement, cherchant à faire table rase de ses origines : il passe un doctorat, apprend à parler parfaitement la langue et n'utilise plus jamais l'arabe ; il épouse une Américaine, Michelle, ce qui lui permet d'obtenir la nationalité, et joue même au base-ball. À qui le lui demande, il dit venir de Chicago, et il ajoute : « Je suis né en Égypte, mais j'ai fui l'oppression et l'arriération pour la justice et la liberté. »(p.46) Il développe carrément un racisme anti-arabe et anti-islamiste à partir du 11 Septembre. Il a une fille, Sarah, qui a pour copain un certain Jeff, pseudo-artiste junkie qui vit à Oakland, quartier mal famé de Chicago, avec qui elle va s'installer par réaction contre son père, qui déteste ce Jeff, qu'il voit comme un raté.


 Mohamed Saleh :
professeur à l'université, il a lui aussi quitté l'Égypte, il y a environ trente ans. Il n'est pas aussi radical que Raafat, mais lui croit à la science, et dans un pays sous-développé tel que le sien, il ne croit pas que l'éveil des consciences à la démocratie soit possible. Depuis son départ, il est hanté par la figure de Zeïneb Redouane, une femme qu'il a aimée sans jamais oser le lui avouer, et qui, elle, est restée en Égypte pour se battre et construire un pays meilleur. Leurs idées les opposaient, et elle a vu son départ comme une lâcheté. Lui-même ne sait pas ce qu'il est, et il consulte désormais un psy : le fait qu'il n'arrive plus à éprouver de désir pour sa femme, Chris, est l'événement déclencheur qui le motive pour entreprendre cette psychanalyse ; elle lui fait prendre conscience de soixante ans de solitude.

 

Enfin John Graham : ancien communiste et soixante-huitard, désormais professeur à l'université de l'Illinois, il n'a jamais renié ses idéaux de jeunesse. Il vit le parfait amour avec sa femme noire Carol, et il se prend rapidement d'amitié pour Nagui Abd el-Samad, à qui il présente Karam Doss, un des chefs des émigrés coptes. Ces deux derniers vont d'ailleurs organiser une bienvenue au président égyptien à leur manière.



Si Alaa El Aswany introduit tant de personnages dans son récit, c'est pour traiter de grands sujets à travers des regards et des parcours différents.


L'émigration.

 

Deux générations différentes d'Égyptiens qui ont quitté leur pays sont mises en parallèle. Alaa El Aswany nous présente des positionnements complètement opposés entre ces personnages vis-à-vis de leur situation en tant qu'émigrés. Chacun a ses raisons pour avoir quitté l'Egypte. Ceux de l'ancienne génération – Mohamed et Raafat – l'ont fui. Raafat Sabet n'a aucun remords d'avoir quitté l'Egypte, il renie même ses origines et son jugement sur son pays est sans appel. Mohamed Saleh, lui, n'a jamais entièrement assumé, mais il ne s'en rend réellement compte que quarante ans plus tard ; désormais, il est hanté par le sentiment de culpabilité et de lâcheté dont l'a accusé Zeïneb Redouane. Ceux de la nouvelle génération ne sont pas confrontés aux mêmes sentiments, car ils ne sont pas dans la fuite. Ils ont juste quitté l'Egypte le temps de leurs études. Cheïma et Tarek sont deux figures d'étudiants étrangers assez ordinaires. La première est nouvelle et elle ressent ce dépaysement violent comme une agression. Le second, à Chicago depuis plus longtemps qu'elle, va l'aider à traverser cela. Ahmed Danana oeuvre pour lui-même, et le doctorat qu'il prépare à Chicago est la première pierre de son édifice, auquel il ne se consacre que médiocrement, beaucoup plus investi politiquement. Nagui va directement être son ennemi tout au long du roman.Aucun des quatre ne renie son pays : deux d'entre eux sont confrontés au fait qu'ils sont des étrangers, mais ils restent pleinement égyptiens, pétris de culture égyptienne (ils s'habillent en Égyptiens, cuisinent des plats de leur pays et écoutent de la musique de chez eux) ; les deux autres s'affrontent sur des questions politiques.

 


 L'engagement politique.

 

Qu'on soit attentiste ou fervent militant, notre positionnement n'est jamais neutre. Il faut en prendre conscience et agir en conséquence, car nos actes, quelles que soient leurs répercussions, entacheront à jamais notre vie. Au final, nos choix seront toujours à double tranchant. Raafat Sabet semble heureux dans sa vie d'Américain et aime les États-Unis, et pourtant il va lui falloir défendre sa fille contre les vices de ce pays. Mohamed Saleh n'a jamais fait de croix sur son passé, et il ne va chercher que l'occasion de se rattraper, et de se prouver à lui-même qu'il n'est pas un lâche. Elle se présente avec la visite prévue du président. À ce titre, cette visite est révélatrice de bezucoup de choses : une visite qui nous paraît anodine, un geste de diplomatie, peut devenir un véritable enjeu pour tout un engagement, ce qu'ont bien compris et Ahmed Danana et Nagui Abd el-Samad. Cheïma et Tarek sont complètement indifférents à cet événement, ce qu'on peut comprendre ; ils sont en train de se construire une nouvelle vie, à eux deux ; mais, et même si cela n'est pas dit, on comprend que cet attentisme, la position dominante parmi les étudiants, leur retombera dessus un jour.


Les relations hommes-femmes.

 

Troisième thème au centre de ce roman. Aucun des personnages n'y est pas confronté. Pour Cheïma et Tarek se pose la question : comment mener notre relation et rester dignes, de dignes Égyptiens ? Cheïma a notamment très peur de consommer leur amour avant un mariage traditionnel, conforme, et que Tarek ne la respecte plus après cela. Si eux cherchent à être exemplaires selon leurs traditions et leurs origines, Ahmed Danana ne se pose pas la question pour Maroua et lui : extrêmiste en ce qui concerne ces questions, l'homme a forcément raison, la femme est un animal capricieux qui n'a pas voix au chapitre, que son mari doit savoir dompter ; encore une fois, selon sa théorie, toute femme désire être violée, sans le savoir ; à l'homme de se positionner correctement face à cela, et fort de ce savoir, il n'est pas dénué de sens de violenter sa femme. L'arrêt de toute communication entre Mohamed et Chris conduit cette dernière à détester son mari. En manque de sexe, elle va consulter une sexologue féministe qui va l'engager  à chercher le plaisir elle-même ; elle lui vend pour cela le coûteux mais performant sex toy Jack le lapin, qui, combiné à des vidéos pornos, va se montrer très efficace. Pour Raafat, tout va bien avec Michelle, mais ils vont tous les deux se poser des questions sur que faire pour leur fille, disparue avec ce Jeff. Enfin, John Graham file le parfait amour avec sa compagne Carol. Mais celle-ci, dépendante financièrement de son mari, va accepter un travail spécial pour arrondir ses fins de mois : leur relation jusqu'alors fusionnelle va basculer.



Au final, on n'est jamais complet sans l'autre ; on n'a pas de signification sans l'autre. L'homme a besoin de la femme pour se construire, et la femme de l'homme, mais le fossé qui existe entre les deux sexes est si énorme, quand bien même le socle culturel est identique, qu'à trente ans comme à soixante-dix, rien n'est jamais acquis, rien n'est jamais définitif. Au-delà des relations hommes/femmes, ce sont toutes les relations humaines qui sont importantes. Tous les personnages fonctionnent par paire, en fait, par binöme, et c'est vis-à-vis de cet autre – complémentaire ou antagoniste – que toute action et toute vie s'explique et prend un sens : Ahmed/Nagui ; Nagui/Karam ; Ahmed/Maroua ; Mohamed/Zeïneb ; Cheïma/Tarek ; John Graham/Carol ; Raafat/Sarah, etc. On vit toujours en fonction de quelqu'un d'autre ou pour ou par quelqu'un d'autre. Le mal intervient, si ça n'est pas le cas (Ahmed l'égoïste et Nagui l'égocentrique fier).


 Alaa El Aswany construit chaque personnage et sa personnalité autour de ces trois thèmes. Au terme du roman, on se rend compte qu'aucun n'est parfait, aucun n'est exemplaire : de Ahmed Danana, qui est le personnage du méchant cumulant les défauts, jusqu'à Cheïma Mohammedi, qui cherche à rester intègre, mais qui se fiche de la citoyenneté, chacun manque de quelque chose, personne n'est là comme exemple, personne n'est un sage.
 

Au niveau littéraire, Alaa El Aswany a un style simple, sans grande originalité, mais dépaysant pour un Européen (ce qui, je pense, est propre à tous les livres arabes) : le livre est rempli de formules idiomatiques telles : « - Qu'il reçoive mille miséricordes et mille lumières ! - Que Dieu le comble de ses bienfaits. »

 

Alaa El Aswany réussit surtout le tour de force de nous embarquer dans un récit polyphonique sans jamais nous perdre. Au contraire, sa maîtrise de la narration, dans laquelle il sait ménager des tensions et du suspense, nous tient suspendus aux histoires tout au long du roman, et bien que celles-ci soient nombreuses, on ne perd le fil d'aucune. On peut craindre de s'embrouiller dans la multitude de noms et de personnages, mais pas du tout : chacun a une personnalité bien reconnaissable, si bien que les noms ne constituent pas un écueil, et on les retient finalement longtemps encore après qu'on a refermé le livre. Une déception cependant au niveau de la fin, expéditive. Le livre aurait gagné à être un peu plus long. Alaa El Aswany fait pour chaque histoire une conclusion en un chapitre de trois pages ; c'est assez abrupt, et si c'est voulu, c'est peu réussi ; le lecteur a l'impression que l'auteur en a eu marre ou qu'il n'avait plus le temps.


 Alors, il reste un mystère non résolu tout de même. Quel est le sens de tout cela ? Y-a-t-il une morale, par exemple ? On n'en a pas l'impression, car les méchants (du moins ceux qui nous apparaissent tels) ne sont pas punis, et les personnages qui s'efforcent au bien sont souvent dépassés par les événements. On se lie d'amitié avec certains, mais jamais complètement quand même. En conclusion, on se dit réellement : « Bon, qu'est-ce que je fais de tout cela, moi ? » On ne manque pas non plus de se poser la question : comment ce roman a-t-il été perçu en Égypte ? Il dénonce apparemment un régime dictatorial, mais si cela était le cas, le livre aurait été interdit de publication. Il y a plusieurs passages sulfureux, et des personnages d'État absolument détestables (le général Safouat Bey), mais on se dit que notre esprit occidental peut nous avoir égaré. Je n'ai pas (encore) résolu cette question et le récit reste ouvert à interprétations : j'ai peut-être perçu comme sulfureuses ou osées des choses qui en réalité ne sont pas conçues comme telles. J'ai peut-être interprété de travers les propos de Alaa El Aswany. Ce que j'ai  écrit ici est donc sujet à caution, et la meilleure chose que je puisse encore dire, c'est qu'il faut tout simplement lire ce livre pour se faire sa propre opinion. Il reste malgré tout un très bon livre, donc il ne faut pas hésiter une seconde
.


Jean-Baptiste, 1ère année Éd.-Lib.

 



ALlaa EL ASWANY sur LITTEXPRESS

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Article de Maude sur L'Immeuble Yacoubian 

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 07:00

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TAWADA Yoko

Le voyage à Bordeaux
Traduit de l'allemand
par Bernard Banoun
Verdier
Coll. « Der Doppelgänger », 2009.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



Kanji

 

Yoko Tawada pratique allemand et japonais, et éprouve un malin plaisir à "désentortiller" ces deux langues.
Yoko Tawada ne parle pas français mais est fascinée par ce pays.
Yoko Tawada a vécu à Hambourg et a visité Bordeaux.
Comme Yuna.

Kanji
Yuna. Maurice. Renée. Nancy. Lilie. Tamao. Walter. Ingrid. Carl. Gera. Ashoké. Elena. Viviane. Dora. Paul. Konrad. Yves. Olivia. Hilde. Uta. Florian. Yves.
Bordeaux. Hambourg. Osaka. Bruxelles. Lyon. Berlin. Dakar. Tokyo. Paris. Anvers. Ohlsdorf. Vancouver. Toronto. Munich. Hanovre. Pompéi. Vienne. Marseille. Saigon.

Kanji
Le Voyage à Bordeaux, c'est d'abord avec Yuna, à Bordeaux mais pourtant sans Bordeaux.
Yuna, japonaise, faisant ses études à Hambourg, venue passer ses vacances d'été à Bordeaux.
Yuna, japonophone, germanophone, voulant devenir francophone, pratiquant un peu le russe et le hongrois.
Yuna, fascinée par le langage, cherchant à expliquer les mots de ses langues, l'allemand et le japonais.
Yuna, s'amusant à décrire le monde qui l'entoure par un idéogramme qui résumerait un instant, une pensée.
Yuna, ou peut-être Yoko Tawada ?


Kanji
L'histoire commence.
Yuna arrive à la gare de Bordeaux Saint-Jean. Elle pense à Hambourg, et à Renée.
À Hambourg, avec Renée, elle pensait à Dakar, et à Yves et à Uta.
Elle prend le tram avec Maurice ; en longeant la Garonne, elle pense à Osaka.
À Osaka, elle pensait à la Garonne.
Maurice l'invite au restaurant, elle pense à Alster et à Nancy.
Puis elle pense à Renée.
Elle arrive chez Maurice, elle pense à Ingrid, à Olivia et à Hilde mais aussi à Hambourg.
Elle va nager à la piscine judaïque, elle pense à son voyage en train, et à l'inconnue qu'elle a rencontrée, une Suédoise.
Et dans ce train, elle pensait à Elena, à l'Elbe et au maillot de bain.
Elle se fait voler son dictionnaire français-allemand. Elle pense à Renée, Maurice, Walter, Ingrid, Carl, Lilie, Gera, Tamao, Nancy. Mais surtout à Hambourg.
L'histoire s'arrête.

Kanji
(Le voyage à Bordeaux, c'est peut-être finalement ce petit carnet rouge dans lequel Yuna note les idéogrammes qui expriment ses pensées.
Le voyage à Bordeaux, c'est peut-être l'écriture du film du voyage de Yuna, comme la description d'un défilé d'images.)




Simple et complexe à la fois. Beau. Original. Neuf. Etonnant.


Bordeaux-Pont-de-pierre.jpgSource image :

http://www.photo2ville.com/photos-bordeaux/pont+de+pierre+bordeaux-646.html

 

 


Kanji

 

SOURCES

http://fr.wikipedia.org/wiki/Y%C5%8Dko_Tawada
http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-levoyageabordeaux.html
 

 

 

 

Camille Lainé. 1ere Année Bibliothèque-Médiathèque-Patrimoine.

 


Yoko TAWADA sur LITTEXPRESS 

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Train de nuit avec suspects. Articles d'Inès , Camille , Julien .

 

 

 

 

 

 


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7 mai 2010 5 07 /05 /mai /2010 07:00

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Mo HAYDER
Tokyo

Traduit de l’anglais

par Hubert Tézenas
Presses de la cité
Pocket, 2005


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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L’auteur

 
Née en 1962, Mo Hayder quitte sa famille à 16 ans. Après une série de petits boulots et des voyages au Japon et aux États-Unis, où elle travaille un temps dans le cinéma d’animation, elle revient en Angleterre où elle se lance dans l’écriture de romans policier. Tokyo est son premier thriller, il a remporté le Prix Polar SNCF et le Prix des Lectrices du magazine Elle.

 

 

Pour en savoir plus sur l’auteur


Son site officiel (en anglais) : http://www.mohayder.net/welcome.html
Le site de la librairie Mollat :

http://www.mollat.com/dossier/mo_hayder_le_hardcore_en_talons_aiguilles-8496.html

 

 

Le résumé

 

Depuis neuf ans, sept mois et dix-huit jours, Grey recherche avec obstination un mystérieux film dont l’existence est remise en cause. Ce serait l’unique preuve des exactions commises par les Japonais lors de leur invasion de la Chine à la fin des années trente. Afin d’accomplir sa quête, la jeune Anglaise débarque dans la capital nippone sans hésitation, sans argent ni repère.

 

Les personnages

 

Le pseudonyme du personnage principal, Grey, qui signifie extraterrestre, nous donne une bonne idée de l’image qu’elle donne aux autres, étrange et pour le moins énigmatique. Pourquoi veut-elle à tout prix retrouver ce film alors que tout le monde lui affirme qu’il n’existe pas ? Pourquoi désire-t-elle autant voir ce film qui selon elle montre des atrocités commises il y a plusieurs décennies et dans un pays avec lequel elle n’a aucun lien ? Ces questions s’ajoutent au fur et à mesure du récit plus qu’elles ne se résolvent ; le lecteur la suit dans ses aventures sans vraiment savoir où cela va le mener mais guidé par l’envie de la comprendre.


La mentalité traditionnelle chinoise très droite et très stricte du vieux professeur Shi Chongming fait à première vue un certain contraste avec la jeune Anglaise un peu fantasque. Cependant, au fil du récit, de plus en plus de point communs semble les lier, dont une obstination hors normes…


Ce qui est intéressant c’est que les personnages ne sont pas juste « étranges » ; ils ont une histoire, un vécu, qui a déterminé  leurs comportements, qui explique leur manière d’agir et de réagir. Ce roman est plus riche en réflexion qu'en action et l’histoire est surtout un prétexte pour mettre en scène des personnages étranges, partageant tantôt une fascination pour le morbide, tantôt un passé refoulé. La quête est presque remisée au second plan pour laisser place à la psychologie des personnages et à leurs passés déroutants. Ici ce n’est pas véritablement l’enquête qui captive le lecteur mais le motif de l’enquête ; l’important n’est pas ce que l’on va trouver mais pourquoi il fautl le trouver.


Noémie, 1ère année Bib.-Méd.

 

 

Lire également l'article d'Alexandra.

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 07:00

 

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Thomas KELLY

Les Bâtisseurs de l’empire
Empire Rising (titre original)

traduction de Pierre Bondil
Editions Rivages
Collection Thriller

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 
Thomas Kelly est un écrivain américain d’origine irlandaise né en 1961. Avant d’être écrivain, Thomas Kelly fut ouvrier sur les chantiers de New York et c’est sûrement cet élément biographique qui lui fournit les détails qui nous font plonger de manière réaliste au cœur du monde ouvrier new-yorkais des années 1930.
 
L’histoire se déroule à New York en 1930. Elle commence au début de la construction de l’Empire State Building et finit une fois l’immeuble achevé. On est presque un an après la crise financière de 1929, et alors que l’on commence à en voir les effets dans les rues avec le chômage et la pauvreté, l’Empire State Building, à l’époque le bâtiment le plus haut du monde, apparaît comme un étalage de richesse et de puissance.


En 1930, on est également en pleine période de Prohibition qui permet à la pègre, dominée par les Irlandais, de se développer et de s’enrichir. Le roman montre également à quel point la corruption est présente dans toutes les sphères de l’administration new-yorkaise, du plus petit employé administratif, de la police jusqu’au maire lui-même. Pour obtenir des chantiers dans New York que ce soit de métros, de bâtiments et notamment celui de l’Empire State Building, il faut verser des pots de vin qui sont de plus en plus élevés.


Les personnages de Thomas Kelly évoluent dans ces quartiers qui se dégradent de jour en jour, où la corruption et la crise accablent les familles mais alimentent les organisations mafieuses.
 
Les trois personnages principaux du roman appartiennent à la communauté irlandaise. Le premier est Michael Briody. Cela fait peu de temps qu’il est arrivé à New York et il a réussi à se faire embaucher sur le chantier très convoité de l’Empire State Building grâce à un de ses amis proches de la pègre.


C’est un homme marqué par la violence et les souffrances qu’il a côtoyées au sein de l’armée britannique puis comme agent de l’IRA. S'il vient à New York, c’est pour continuer à servir l’IRA aux côtés des nombreux agents qui ont fui l’Irlande pour l’Amérique. Par son engagement il évolue donc dans la mafia irlandaise pour récolter de l’argent et des armes à envoyer en Irlande.


Le deuxième personnage est Johnny Farrell. Contrairement à Michael, il grandit dans le Bronx au milieu des immigrants irlandais. Il étudie le droit, monte plus ou moins honnêtement les échelons de l’administration new-yorkaise et devient le « conseiller politique » du maire Jimmy Walker. Sous cette appellation de conseiller politique, il organise en réalité la corruption new-yorkaise, récolte et distribue pour le maire tous les pots de vin. Il est le lien entre les politiques et les différents groupes mafieux, ce qui lui permet d’avoir un contrôle sur toute la ville et de tenir à l’écart les autres groupes mafieux, surtout les Italiens.
   

Le troisième personnage est une femme, Grace Masterson ; c’est la maîtresse de Johnny Farrell. Elle va commencer à déposer de l’argent pour lui dans différentes banques et donc se trouver plongée pleinement dans cet univers d’alliances, de violence et de trahisons.
 
Toute cette organisation qui était jusque là très bien rodée va peu à peu s’effriter. La peur des espions anglais va détruire petit à petit le mouvement de libération, la mafia italienne compte bien mettre la main sur l’argent brassé par le trafic d’alcool et ainsi diriger la mafia new-yorkaise ; les citoyens et les médias commencent à dénoncer cette corruption qui gangrène la ville.


Si, jusque là, Grace et Michael étaient protégés par leurs relations avec la pègre, leur aventure et leur désir d’échapper à ce monde violent vont les exposer très concrètement au danger.
 
Les Bâtisseurs de l’Empire, avant d’être un thriller, est un roman qui nous ouvre les portes d’un des chantiers les plus impressionnants et les plus passionnants du XXe siècle. Grâce à une écriture fluide et à des descriptions très détaillées, on découvre
très concrètement la vie d’ouvrier et le New York des années 1930.


La construction du roman est à l’image de ce monde de mafia et de corruption : cette impression de contrôle total alors que tout s’écroule sournoisement. Thomas Kelly nous délivre des scènes de deux ou trois pages où la violence, d’un meurtre ou d’une trahison, nous apparaît alors distinctement et nous éclaire sur la complexité des relations entre les différents acteurs de cet univers.
 

 
Charlotte, 2e année Éd-Lib.
 

Autre traduction de Pierre Bondil.


 

Thomas KELLY sur LITTEXPRESS

 

kelly batisseurs empire

 

 

 

 

article de Marie-Cécile sur Les Bâtisseurs de l'Empire


 

 

 


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  fiches de Manon et de Steffi  sur Le Ventre de New York

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 07:00

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Don DELILLO   

L’Homme qui tombe
Actes Sud, 2008.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’Homme qui tombe est un livre sur les conséquences des attentats du 11 Septembre 2001, et ce à l’échelle de la ville de New York ou de ses habitants. Néanmoins, le roman ne s’intéresse pas à l’attentat en lui-même, si ce n’est aux bouleversements que celui-ci a opérés dans le quotidien des personnages.


Le récit débute le jour du 11 Septembre, dans une des deux tours jumelles, en plein attentat. Dès le début, Don  Delillo nous plonge dans un monde chaotique, en totale destruction. Le lecteur suit un homme, Keith, sortant de la tour prête à s’écrouler, errant dans la rue et finissant par se retrouver chez son ex-femme, après avoir donné cette adresse, sans raisons, à quelqu’un qui l’avait recueilli en voiture. Le roman va retracer les jours de l’après (« Tout maintenant se mesure en après. ») de ces personnages, Keith, victime directe des attentats, Lianne son ex-femme, dépassée par les événements, les ateliers d’écriture auprès de personnes atteintes d’Alzheimer qu’elle anime, sa mère malade et la relation que celle-ci entretient avec un Européen depuis vingt ans, ou Justin leur fils, ne s’exprimant plus que par monosyllabes. Enfin, le personnage qui donne son titre au livre est un performer appelé L’Homme qui tombe car il réalise des performances au hasard des rues où, après s’être attaché avec un harnais à des façades d’immeuble ou des ponts, il en saute, rappelant ainsi les suicides par défenestration des tours pendant les attentats, et confrontant les New-Yorkais à leur traumatisme. Sa position finale, pendant dans le vide, la tête en bas, les bars le long du corps et un genou replié fait référence à une photo prise le 11 Septembre.


Tout le roman met en tension les thèmes de la désintégration et de la reconstruction. D’une part, Delillo met en scène une ville, un pays détruit, mais aussi des personnages déficients, que ce soit  d’un point de vue physique ou psychique.
Touchées par le non-dit, l’adultère, les relations qu’ils nouent entre eux ne sont pas saines. L’auteur expose des personnages constamment à bout de nerfs, la tension est palpable et présente dans tout le roman. D’autre part, L’Homme qui tombe est aussi un livre sur la reconstruction. Ce peut être une reconstruction personnelle, à l’échelle des personnages, ceux-ci doivent en effet sortir de « leurs propres ruines », surmonter le traumatisme. Le roman s’attache aussi à suivre le rétablissement de leur couple, qui se fait pas à pas, ou bien celui de la mémoire dans le cas des malades d’Alzheimer par exemple.


Dans ces « jours de l’après », l’attentat apparaît comme une véritable coupure avec leur vie d’avant, celle-ci semble détruite, définitivement perdue. Cette situation amène les personnages à se questionner sur eux-mêmes, leur situation, à chercher des significations, à donner du sens à tout ce qui les entoure. « Tout semblait avoir une signification. Leurs vies étaient en transition et elle cherchait des signes. » C’est ce qu’illustre le fait qu’il y ait une curiosité, ou alors une vive aversion, envers tout ce qui a un rapport à l’Islam ou à l’orientalisme ; ainsi les gens espèrent trouver des réponses.


Don Delillo présente des rapports à la religion et au terrorisme très spécifiques. En mettant en scène Hammad, un jeune terroriste que l’on suit pendant sa préparation et en révélant le passé extrémiste d’un des personnages, Delillo inverse les notions de Bien et de Mal établies, voire les annule. Le roman montre des terroristes dévoués à Dieu, faisant cet acte pour lui, ainsi que des victimes priant elles aussi Dieu, en quête de réponse, ou d’un salut inespéré. Au final,  il en ressort une certaine vanité, démontrant que Dieu est étranger à cette situation, et plaçant les coupables et les victimes sur un même plan.

La métaphore de la chute appliquée au roman présenterait la troisième et dernière partie comme la fin de la chute, un atterrissage violent.  Celle-ci met en scène les personnages trois ans après les attentats, les États-Unis sont alors en guerre. Certains personnages sont morts, et du couple il ne reste que des débris.


Le récit se clôt par le récit de l’attentat, au départ du point de vue d’Hammad, lorsqu’il est dans l’avion, en plein détournement. Alors que l’avion heurte la tour, par un habile et remarquable changement de point de vue, le lecteur suit Keith, présent dans la tour,  dans ses différentes épreuves pour sortir de la tour. Il se retrouve ensuite dans la rue, là où le roman débute.

L’écriture de Delillo peut paraître au premier abord, déroutante. D’un paragraphe à l’autre l’auteur ne nous fait pas suivre le même personnage, alternant entre Lianne, Keith, ou plus rarement Hammad. Même si l’action est racontée chronologiquement, il y a de parfois un léger décalage temporel  qui s’ajoute au changement de personnage suivi. L’originalité de l’écriture de Don Delillo se trouve aussi dans les dialogues toujours brefs. Les personnages s’y expriment de façon affirmative, comme si tout se devait d’être clair, compréhensible. De plus, ils sont souvent dans la recherche de confirmation de la part de l’autre, en commençant leurs phrases par la reprise des derniers mots de leur interlocuteur.

 

Flora, 2e année Ed.-Lib.

 


Don DELILLO sur LITTEXPRESS


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Article de Benjamin sur Outremonde

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article d'Aude sur Cosmopolis

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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 00:00

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Thomas KELLY

Les Bâtisseurs de l’empire
Empire Rising (titre original)

traduction de Pierre Bondil
Editions Rivages
Collection Thriller

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

D’autres fiches sur le même auteur sont disponibles sur le blog, je ne reprendrai donc que brièvement sa biographie, bien qu’elle soit indispensable pour comprendre les problématiques qui lui sont chères.
Mais avant toute chose, une petite présentation de l’intrigue s’impose…

 

 

 

 

Résumé

 

New York, 1930. Michael Briody est l’un des nombreux ouvriers œuvrant à la construction de l’Empire State Building. Cet immigré irlandais au passé sombre, ne tarde pas à découvrir les sous-bassements mafieux de la ville et la corruption des politiciens new-yorkais. L’édification du plus haut gratte-ciel du monde et ses activités illicites entraînent Briody vers Grace, maîtresse du redouté Johnny Farrel, l’ombre la plus influente de New-York. Commence alors pour les deux amants une chute vertigineuse vers leur destin, dans les bas-fonds d’une ville où se dessinent les prémices de la crise économique.

 

 

L’auteur


Thomas Kelly est né à New-York en 1961. Si cet Américain se présente spontanément comme un citoyen des Etats-Unis, il n’en porte pas moins un vif intérêt à la communauté d’immigrés irlandais dont il est issu.  Délaissant ses études secondaires malgré les mises en garde de son père, l’auteur travaille sur les chantiers de construction et particulièrement à l’édification des tunnels de New York.


La mort du père de Kelly et la rudesse de sa condition ouvrière l’amènent à reprendre ses études à l’âge de 20 ans.  Après l’obtention d’un diplôme universitaire d’économie et de politique, il collabore à la campagne électorale du maire de New York, David Dinkins. Il a toujours été très impliqué dans la politique. Ouvrier, il était un membre actif des syndicats de travailleurs.



Les grandes thématiques de l’œuvre


L’œuvre de Thomas Kelly reprend donc beaucoup d’éléments autobiographiques. Il sait de quoi il parle et cela se sent. Les Bâtisseurs de l’Empire peut être considéré comme un roman policier car il nous présente une vaste investigation sur les dessous politiques, dans le style d’un pur hard-boiled. Kelly dénonce ainsi le monde des stratagèmes électoraux et des syndicats corrompus.


En descendant d’Irlandais, l’auteur se pose les questions de l'identité américaine et dde l'ntégration culturelle. Il aborde également les liens entre les différentes communautés d’immigrés et l’essor de la mafia italienne.


Les personnages de Grace et Briody sont issus de l’histoire de deux parents éloignés. La jeune femme est inspirée d’une tante à la forte personnalité et Michael correspond à un oncle dont la disparition dans une rue du Bronx n’a jamais eu d’explication officielle.


On l’aura compris, l’œuvre de Thomas Kelly recèle des éléments autobiographiques.


Pourtant si la famille tient une part importante dans sa création d’artiste, l’auteur exprime avant tout sa passion pour la construction et sa fascination particulière pour l’Empire State Building. Ce livre est aussi une ode aux travailleurs des chantiers. Dans cet univers grossier et impitoyable, la violence est la seule loi et pour beaucoup il est impossible de résister sans finir broyé par la machine urbaine.


Mais l’auteur, qui a pu sortir de sa condition précaire, nous offre des personnages humains, une vision chaleureuse et des valeurs, telles que l’amitié, qui ne sont malheureusement plus les principales préoccupations de la littérature actuelle. De même nous propose-t-il également une réflexion sur le respect de la femme ou le bonheur véritable d’une famille unie.

 


Marie-Cécile P., 1ère année Bib-Med-Pat.

 

 

Autre traduction de Pierre Bondil.


 

Thomas KELLY sur LITTEXPRESS


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  fiches de Manon et de Steffi  sur Le Ventre de New York,

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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 07:00

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Herbert LIEBERMAN
Nécropolis

City Of The Dead

traduit de l'américain

par Maurice Rambaud

Points Seuil, 1977

 

 

 

 

 

 

 

 

Biographie d’Herbert Lieberman

Voir ici.
 
Informations générales sur le roman


 Nécropolis, ou La Cité des morts ( titre original : City of The Dead ), paru en 1977, pour la première fois aux Editions du Seuil (collection Points), traduit de l’américain par Maurice Rambaud est le deuxième roman d’Herbert Lieberman. Ce roman, dont le titre le laisse entendre, a pour thèmes principaux, la mort, la violence, la folie et la déchéance. En quelques mots, le roman fait la description du métier de médecin légiste, à travers le protagoniste Paul Konig, personnage à la psychologie fouillée.

En outre, ce roman reçut le Grand Prix de la littérature policière, un an après sa parution, soit en 1978.Ce Grand Prix, fondé par le critique et romancier Maurice Bernard Endréke, a pour objet de récompenser les meilleurs romans policiers publiés dans l’année et son jury est composé de dix personnalités venant du monde des lettres.

De plus, afin de rédiger ce livre, Herbert Lieberman, dut suivre pendant plus d’un an l’équipe de l’Institut médico-légal de Manhattan.

Résumé de l’histoire


L’histoire se déroule sur une durée de 10 jours, à New York dans le début des années 1970 et est centrée sur un personnage principal : Paul Konig, chef de la médecine légale de New York.

Cet homme, possédant une quarantaine d’années d’expérience dans le milieu de la médecine légale, est reconnu comme le meilleur dans son domaine pour ses diagnostics parfaits. Par conséquent, nous pouvons dire qu’il a fortement réussi sa vie professionnelle.

Cependant, ce n’est pas le cas de sa vie familiale. Il est veuf depuis quelques années, sa femme, Ida Konig étant morte d’un cancer. Quant à sa fille, âgée de 22 ans, Lauren ou Lolly, il n’avait pas de bonnes relations avec elle, du fait qu’il consacrait plus de temps à son travail qu’à sa fille. De plus, au début de l’histoire, on apprend qu’elle a quitté la maison depuis cinq mois après s’être disputée avec son père. Cependant, Paul Konig, persuadé que sa fille est en danger, la déclare disparue. Et c’est à ce moment-là que le chef de la médecine légale se met à faire sa propre enquête sur la disparition de sa fille, avec à ses côtés son meilleur ami, le commissaire Francis Haggard. Ainsi, cette enquête devient une des intrigues principales du roman.


Autre intrigue principale : l’affaire des cadavres mutilés. Paul Konig et son équipe tentent de résoudre l’affaire d’un véritable cimetière retrouvé sur les bords d’un fleuve ( où bras, jambes, orteils ainsi que d’autres parties anatomiques ont été retrouvées). De fait, tout au long de l’histoire, il s’agit pour Paul Konig, de reconstituer ces corps méconnaissables, de les identifier, et de trouver l’auteur d'un tel déchaînement de sadisme, avec en plus de cela, la hantise que sa fille puisse être en danger.

       

À propos des personnages


Dans un premier temps,  nous pouvons noter qu’une multitude de personnages figure dans le livre et que par le biais de nombreuses descriptions très détaillées, l’auteur les rend crédibles (p. 76 : «  Konig, Lauren. 22 ans. Taille 1,67m. Corpulence moyenne. Cheveux marrons clair. […] Noevus couleur framboise sur l’omoplate droite. »). Par conséquent, nous pouvons mieux nous identifier aux personnages. C’est particulièrement le cas de Paul et Lauren Konig. Nous sommes touchés par leur psychologie.

Dans un second  temps, nous allons analyser le personnage placé au centre du roman. Pour ce qui est de Paul Konig, il s’agit d’un solitaire à la psychologie fouillée, qui se livre de manière obsessionnelle à ses tâches afin d’oublier les fantômes de son passé. Il pense avoir été un mauvais père, du fait de sa quasi-absence auprès de Lauren, sa fille, lorsque elle était plus petite ; il pense aussi avoir été un mauvais mari, étant donné qu’il se sent coupable de n’avoir rien pu faire pour sauver Ida, sa femme, du cancer. De fait, il est enfoui la plupart du temps dans ses pensées qui le rongent. Il a des sortes de « flashbacks » régulièrement, parfois court,s parfois longs (notamment, p. 284, où il revoit une violente dispute avec sa fille). On peut remarquer tout au long du roman, la montée de sa folie, dés lors qu’il sait que sa fille a disparu. Par ailleurs, n’ayant plus le goût de vivre, il souhaite à maintes reprises arrêter son travail (notamment à la fin, lorsque sa fille est morte) . il reprend
cependant toujours le dessus sur lui-même. Ainsi, malgré ses pensées noires, il s’agit d’un personnage fort psychologiquement.

En plus de cela, le chef médecin légiste est très humain. Il est même assimilé à un
« héros shakespearien, délirant et fort, mais humain » dans la préface du roman. D’une part, il couvre Carl Strang, médecin légiste faisant partie de l’équipe, pour une faute professionnelle commise lors d’une autopsie. L’affaire Robinson mènera Paul Konig au tribunal. Il couvre également un autre de ses collègues, qui a volé des cadavres dans le but de revendre
leurs organes au marché noir.
 
Le style

Tout d’abord, nous pouvons noter que les intrigues sont plutôt triviales. Néanmoins, celles-ci n’en sont pas moins passionnantes étant donné que Herbert Lieberman a su faire durer le suspense tout au long du roman. De fait, ce style très prenant m’a donné envie de lire Nécropolis d’une seule traite. Seulement, il y avait tout de même des passages dérangeants comme par exemple, les longues descriptions détaillées des cadavres à la morgue ( p. 280 « Lorsque la tête de Ferde avait été tranché au ras du tronc, le larynx était resté attaché à la tête. […] se prolongeait vers l’arrière de la gorge.» ou p. 37 « Encore quelques coups de lames […] tous les organes internes luisent comme des fruits au fond d’une coupe »). Egalement, à travers cet univers macabre, on retrouve des petites pointes de burlesque, notamment lorsque Carl Strang saisit les pieds de Ferde, un des cadavres retrouvés (N.B. : les cadavres ont des prénoms attribués par Paul Konig en attendant leur identification) et les fait marcher au sol et sur les murs ( p. 309 «  Soudain, Strang s’empare des deux plâtres et entreprend de les faire solennellement parcourir la pièce et les murs.»).

Ensuite, nous pouvons remarquer que l’urbanisme est très important dans le roman ( beaucoup de descriptions sur l’esthétique de New York, de noms de quartiers, de noms de restaurants…). Ici, c’est la ville de New York qui est dépeinte sous toutes ses coutures ( voir illustration de la 1ère de couv., où l’on peut reconnaître Times Square, et une voiture de police de l’époque ). Meurtres, drogues, viols, folie, morgue… Voilà ce qui caractérise « la grosse pomme » durant les années 1970.


 Mon point de vue

Sincèrement, j’ai beaucoup apprécié ce livre. C’est un livre intéressant, émouvant et passionnant, mais tout de même difficile à lire suivans les passages, comme les descriptions macabres du déroulement des autopsies, des cadavres … Par conséquent, il nous rappelle combien la réalité peut être glauque, noire, voire affreuse parfois, à travers la description faite de New York, où la corruption et le sadisme règnent.


 Aurore, 1ère année Bib-mèd



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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 19:00
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Eddy L. HARRIS
Harlem

Liana Levi, 2000
Piccolo, 2007













L’auteur : Eddy L. Harris écrivain afro-américain et sa quête identitaire.
   
Eddy L. Harris est né en 1956 à Indianapolis dans le Missouri. Lui et sa famille vivront ensuite jusqu’à ses 10 ans dans Harlem qu’ils quitteront pour emménager à Saint-Louis. Poussé par son père, il intégrera  un collège blanc catholique avant d’être diplômé de la Stanford University.
   
À 30 ans, Eddy L. Harris décidera de faire un voyage sur le Mississippi,  voyage qui sera le début  d’une véritable introspection, lui permettant tout d’abord de comprendre qu’il désire réellement devenir écrivain. Suite à cette aventure, il écrira Mississippi Solo (non publié en français) en 1988, qui lui vaudra d’être salué par la critique américaine.
   
De ce voyage naîtra la carrière d’auteur d’Eddy Harris mais surtout la volonté de partir à la recherche de ses racines. Il retracera la diaspora africaine en allant tout d’abord parcourir le continent africain durant une année, ce qui lui permettra finalement de conclure qu’il n’est pas africain, que les liens entre Africains et Noirs américains ont été coupés par l’esclavage. « Mon africanisme se montre dans ma couleur de peau et dans mes cheveux mais pas dans ma culture, ma culture est américaine ».  Toujours dans l’idée d’explorer ses racines, Eddy L. Harris décidera de vivre dans le sud des Etats-Unis, pays de l’esclavage et de l’apartheid. Cette volonté le mènera ensuite à se réinstaller deux années dans Harlem, expérience qu’il évoquera dans le livre Still Life In Harlem publié en 1996 aux Etats-Unis et traduit en français aux éditions Liana Levi en 2000 sous le titre Harlem.


L’histoire : Immersion dans Harlem, un quartier entre espoir et fatalité.
  
L’histoire de ce livre est donc celle d’Eddy Harris, qui, dans un désir de renouer avec ses origines, décidera de s’installer dans le quartier de Harlem. Il nous raconte ce qu’a été sa vie durant ces deux années.
   
A son départ, l’écrivain doit tout d’abord se confronter à l’incompréhension de ses amis. Ceux-ci ne comprennent pas ce qui peut bien pousser l’écrivain à retourner vivre dans ce quartier, cela leur semble être une prise de risque inutile ou s’apparenter à de la perversion, à du voyeurisme. Les restrictions de ses amis – « tu n’es pas comme eux » –, loin de le dissuader, le motivent au contraire à entreprendre cette immersion afin comprendre qui il est ou plutôt qui il n’est pas.

Selon eux, Eddy L. Harris n’appartient pas ou plus à ce monde dégénéré.
   
Une dégénérescence qui frappe de plein fouet ce quartier autrefois porteur d’espoir, sorte d’Utopia du peuple noir. L’écrivain s’attache à nous montrer que Harlem était le symbole, le lieu du renouveau du peuple noir, le Harlem Renaissance. Un quartier qui connaîtra son heure de gloire dans les années 20 et 30, devenant le lieu de pèlerinage des plus grands artistes noirs, avec des musiciens comme Duke Ellington ou Louis Armstrong, des activistes comme Marcus Garvey, et d’autres photographes, sculpteurs, et écrivains tout aussi notoires.
   
De cet espoir, il ne reste rien ou très peu. Le renoncement, la déchéance transparaissent à travers la description qu’Eddy L. Harris nous fait de ce quartier et des personnages que nous sommes amenés à croiser au long de ce récit.
   
Que ce soit dans le regard de l’homme qui battait sa femme sous la fenêtre de l’écrivain, dans le regard de celui qui poignardait un inconnu, celui du dealer ou encore de celui qui passait la majorité de son temps à chasser les rats très nombreux dans le quartier, il n’y avait rien, « ni joie, ni peine, ni satisfaction aucune, il n’y avait rien du tout, seulement un vide dénué même de désespoir. Juste un regard de résignation et de démission. C’est comme ça, semblait-il dire ». Ce regard, « c’est l’expression de leur insignifiance […] C’est l’air de ceux qui croient ce qu’on dit d’eux. C’est l’air de la démission ».
   
« Ce que l’on dit d’eux », c’est l’expression du ségrégationnisme américain, le regard d’un homme blanc sur un homme noir quel qu’il soit. C’est ce qui exalte les sentiments communautaires. C’est ce qui correspond au stéréotype de l’homme noir américain, l’homme au comportement déviant, comportement résultant d’un dysfonctionnement familial et l’entraînant dans la violence et la drogue.
   
C’est ce qu'Eddy L. Harris, en tant qu’homme noir américain est venu observer et vivre à travers sa quête identitaire.
« Ces gens sont mon peuple […] Je serai chez moi ici. »

   
Il ne cessera de remettre en cause ce choix, d’avoir un regard désenchanté sur ce quartier, de se poser des questions sur la nécessité d’effectuer une telle pérégrination ou un tel un sacerdoce dans un lieu d’insalubrité, de violence, d’abandon, où les enfants sont livrés à eux-mêmes.
 
« Rien n’est délicat, rien n’est convenable dans ces rues où j’habite. […] Je me demande si je suis d’ici mais surtout si je peux m’y intégrer. Devrais-je même essayer ?».

Pourtant, afin d’être assimilé à cette population, Eddy L. Harris s’attachera à vivre comme elle, dans un dénuement  quasi total, refusant tout travail, s’endettant et vivant dans un appartement exigu et insalubre. Allant même parfois jusqu’à renier ce qu’il est réellement.
   
Son père, personnage récurrent dans l’ensemble de son œuvre, est présent ici comme le gardien de sa propre histoire, de sa lignée. Il lui permettra de ne pas sombrer dans un monde auquel il n’appartient pas, de prendre conscience qu’il est fier de la vie que son père lui a offerte.

   
De la même manière, Ann Plymouth, une de ses amies – qui voit en lui l’image de la réussite, une image porteuse d’espoir et qu’elle souhaite transmettre à sa fille
lui permettra d’ouvrir les yeux, de comprendre que c’est sa réussite, son éloignement qui sont nécessaires aux habitants de Harlem. « Ce qu’il nous faut, c’est quelqu’un pour nous montrer qu’il y a un autre monde dehors qui est aussi à nous, et que nous ne devrions pas nous contenter si facilement et si aveuglément de celui-ci. C’est pour ça que j’ai besoin de toi.»

   
Hormis ses proches, d’autres personnes lui permettront d’apprendre sur lui et sur Harlem. Des personnes qui ont autrefois vécu dans le ghetto et qui s’en sont sorties. D’autres qui y vivent encore, portant un regard parfois fataliste mais toujours lucide sur ce qu’est leur ghetto. De celles-ci nous retiendrons l’histoire d’un couple qui ne cesse de se disputer ; leur relation semble être la métaphore de celle qui existe entre Harlem et ses habitants ou plus largement entre le peuple noir et la négritude. Eddy L. Harris sera amené à rencontrer cet homme et à échanger quelques mots avec lui :

«— Vous deux, vous vous saoulez tous les week-ends. Et vous passez des heures et des heures à vous hurler  dessus. C’est un miracle que vous ne vous soyez pas encore trucidés. A chaque fois, elle te met dehors. Et à chaque fois tu reviens. Pourquoi ? Pourquoi tu n’arrêtes pas de revenir ?

— Parce que je l’aime. On est dans cette histoire, et on va rester dans cette histoire jusqu’à ce qu’on sache comment faire. Tu pourrais dire qu’on est coincés, prisonniers de l’amour, en somme. »


Les spécificités de l’œuvre : entre chronique d’un voyage initiatique et essai sociologique.

   
Loin de ne s’intéresser qu’à son cheminement personnel, Harris nous propose un véritable état des lieux de Harlem. Grâce à un récit très documenté, il énumère les événements qui ont contribué à faire de ce quartier le ghetto noir qu’il est aujourd’hui. En présentant ce que fut le Harlem Renaissance, il met en avant le désir d’émancipation de tout un peuple, il nous éclaire sur le racisme, les préjugés ainsi que sur le repli communautaire dont sont victimes les Noirs-américains. L’écrivain nous montre qu’il ne reste aujourd’hui que les ruines de ce mouvement, et parvient parfaitement  à nous faire ressentir le poids de ces aspirations passées sur les générations suivantes.

   
L’auteur se rapproche de la chronique à travers la constante évocation de ses introspections, ce qui nous permet de comprendre ses états d’âmes et de percevoir les difficultés d’un homme situé entre deux mondes distincts, deux communautés.

Ces introspections sont de véritables réflexions sur la négritude, sur l’attitude que l’on doit adopter face à l'assimilation culturelle.

   
A la lecture de ce livre nous devinons une foule de questions qu’Eddy L. Harris semble s’être posées, questions qui ont justifié cette passade entre lui et Harlem.
   
Comment vivre ma condition d’Afro-Américain sans pour autant m’enfermer ou me réduire aux simples préjugés que cette couleur de peau suggère ? Pourquoi ne pas vivre auprès de ceux qui ont les mêmes racines que moi, être à leurs côtés pour les pousser à refuser la fatalité, pour recréer les conditions d’une renaissance ? Pourquoi faire tout cela lorsqu’un fossé culturel semble irrémédiablement creusé entre eux  et moi ?  Puis-je ou dois-je, essayer de me libérer de ce sentiment de culpabilité qu’induit ma réussite ?
   
Le fait de répondre uniquement à travers son expérience personnelle à ce questionnement, et la publication de celui-ci peut paraître présomptueux. D’ailleurs, il semble parfois qu’Eddy L. Harris a la volonté de se mettre en avant, comme lorsqu’il nous relate son intervention salvatrice dans une bagarre conjugale, sa participation à un programme parascolaire pour aider les jeunes enfants du quartier, ou encore quand il donne une leçon de morale à quelques jeunes zonards.

Mais, malgré cela, Eddy L. Harris se sort plutôt bien de cet exercice. Le fait de proposer une réponse qui flirte entre l’essai sociologique et la chronique d’un voyage initiatique permet à l’auteur de gagner en objectivité. De plus ce questionnement, cette quête identitaire nous sont communs à tous, comme il le dit lui-même :


« Je suis coincé, comme nous le somme tous, entre nos deux vies, nos deux histoires : celle que nous avons vécue et celle que nous aurions pu vivre […], entre notre moi public et celui que nous connaissons en privé ».

   
C’est en ce sens que les pérégrinations d’Eddy L. Harris sont évocatrices et dignes d’intérêt.  Elles nous permettent de toucher du doigt non pas un problème qui lui est propre, mais plutôt un problème qui nous concerne tous quelle que soit la minorité à laquelle nous appartenons, quels que soient les chemins que nous avons décidé d’emprunter.

Ce livre est donc destiné à toutes ces personnes, tous ceux qui comme Eddy L. Harris cherchent leur place en ce monde. Bref,  un livre à mettre entre toutes les mains quelles que soient leurs couleurs.


Benjamin, 1ère année Ed.-Lib.


Eddy L. HARRIS sur LITTEXPRESS
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Article de Chloé sur Paris en noir et black









Article de Pauline sur Jupiter et moi.
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