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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 19:00
Truman-Capote-La-traversee-de-l-ete-2.gif








Truman CAPOTE
La traversée de l’été

traduit de l’américain
par Gabrielle Rolin
Editions Grasset, 2006
Le livre de poche, 2008


 












Truman Capote ou l’enfant terrible de la littérature américaine. Si Truman Capote a connu le succès avec Petit déjeuner chez Tiffany, il a acquis sa légitimité avec De sang froid. Capote a écrit toutes sortes de livres, ne s’enfermant jamais dans un genre prédéfini. Nouvelles, romans, chroniques mondaines, il a excellé dans chacun de ces exercices ; retravaillant sans cesse ses écrits mais conservant toujours son style si particulier. Peut-être est-ce parce qu’il était homosexuel ou parce que sa voix et sa taille ridicule l’ont souvent mis à l’écart qu’il a su développer une sensibilité à fleur de peau étrangement teintée d’un cynisme exécrable. Truman Capote est un écrivain unique, flamboyant et pourtant un peu oublié. Mais, comme s’il était toujours tapi dans l’ombre, prêt à nous surprendre de son rire si reconnaissable, un manuscrit inachevé a resurgi en 2005 lors d’une vente aux enchères. L’écriture de La traversé de l’été a été entreprise en 1943, Capote avait 19 ans. Abandonné dix ans plus tard, le manuscrit aurait dû être brûlé.

Grady McNeil est une jolie jeune fille de 17 ans. Appartenant à la bourgeoisie new-yorkaise des fifties, elle possède tout le charme et le mépris inhérents à sa classe. Flânant avec légèreté de réceptions en  réceptions avec son ami de toujours Peter Bell, la jeune fille est très différente des femmes de sa famille. Elle n’accorde aucune importance aux convenances et aux intérêts de son rang : une nouvelle robe Dior ? Quel ennui... Grady préfère passer son été à New York plutôt que de courir les grands couturiers et les mondanités en Europe. Mais toutes les jeunes femmes ont le don de la dissimulation : si Grady souhaite rester dans ce New York brûlant et déserté, c’est qu’elle est amoureuse. Clyde est gardien de parking et il est juif. Ce sont peut-être les raisons qui ont poussé Grady à s’attacher à lui. Clyde est aussi nonchalant que Grady est capricieuse. Ils s’aiment, oui, mais chacun à leur manière si différente. Cet été changera tout. La traversée de l’été c’est le temps des désillusions ; il faut grandir et laisser l’enfant derrière soi. Mais à quel prix...

 Le temps d’un été, Capote fait de New York un vaste terrain de jeu pour ses deux protagonistes si insaisissables. Cette course folle résonne comme une déclaration pour la ville sublimée. Mais la ville nous révèle à nous-mêmes, elle nous perd et dévoile ce que nous ne voulons pas voir. Sans le savoir nous faisons d’elle notre piège.

« La chaleur ouvre le crâne de la ville, exposant au jour une cervelle blanche et des noeuds de nerfs vibrant comme les fils des ampoules électriques. L’air se charge d’une odeur surnaturelle dont la puissance âcre imbibe les pavés, les recouvrant d’une sorte de toile d’araignée sous laquelle on imagine les battements d’un cœur. »


Marie-Aurélie, 2e année Ed.-Lib.
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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 21:00








Jonathan Safran Foer,
Extrêmement fort et incroyablement près

Titre original : Extremely loud and incredibly close
Traduit de l'anglais (USA)
par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso
Editions de l'Olivier, 2006
Points, 2007















Ce livre intrigue. Comme tout livre médiatisé d'ailleurs. L'auteur est américain (jusque-là rien d'extraordinaire). Extrêmement fort et incroyablement près est son second livre après un gros succès (Tout est illuminé).Et il traite des attentats du 11 Septembre 2001 ; banal encore me direz-vous? Oui mais il commence par trois photos : une serrure, un vol d'oiseaux et un immeuble. Et puis avouez que la dédicace « Pour Nicole, mon idée du beau » sort de l'ordinaire et laisse présager un roman particulier. Puis, même si on ne sait pas trop par quel bout le prendre, on se plonge dedans, sceptique. Et alors là, on se sent comme aspiré, on ne comprend plus rien.  « Hein, quoi, qu'est-ce ? » comme dirait le narrateur. On est avalé par une énumération de projets d'invention loufoques, de souvenirs, et d'une vague histoire de limousines. On attend en vain une référence aux attentats mais rien ne vient ; autant vous prévenir, ce livre surprend du début à la fin, rien ne s'y passe jamais comme prévu, tout arrive en vrac, bref c'est le bazar !
 
Et puis là, petit à petit, on commence à comprendre, c'est la vie d'un petit garçon, Oskar, doté de qualités en tout genre, et d'une imagination hyperactive. On sait que son père est mort, sans doute le 11 septembre donc… Et puis le gosse trouve une lettre dans les affaires de son père ou plutôt une clé glissée dans une enveloppe. L'enveloppe porte le mot Black.

Il se lance alors dans une quête perdue d'avance, rencontrant toutes les personnes qui portent le nom Black, aux quatre coins de New-York. Ces rencontres parfois loufoques, décevantes ou attachantes donnent un sens à sa vie. Et à nous, nous font percevoir l'homme dans toute sa splendeur, son horreur, sa complexité.

En parallèle, on découvre l'histoire tragique de ses grands-parents, grand-mère dont il est très proche et grand-père qu'il ne connaît pas encore. Une histoire forte qui nous fait remonter le temps puis nous ramène brutalement au présent. Et c'est là, dans les cent dernières pages qu'on commence (enfin) à comprendre, tout s'éclaire, tout (ou presque) s'emboîte. Et jusqu'au dernier mot (et même après) on reste attaché à ce petit gars tellement fragile, si attachant. Avec ces pages entrecoupées de photos, de couleurs et de phrases flottantes on accède à son univers, émouvant et drôle.

Non ! Détrompez-vous, ce roman est loin d'être futile ou "gnangnan", c'est juste une petite pause dans notre monde vivant à 100 à l'heure.

Ce livre est magique.

Essayez vous en sortirez transformé.



Nahia, 1ère année BIB-MED.

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4 septembre 2009 5 04 /09 /septembre /2009 19:30












Paul AUSTER
Brooklyn Follies

traduit de l’américain
par Christine LE BŒUF
Actes Sud, 2005
Babel, 2007
Livre de poche, 2008
















L’auteur
 
Paul Auster est né le 3 février 1947 aux Etats-Unis à Newark. Son oncle traducteur le fait bénéficier de sa bibliothèque. Encouragé par ses lectures, il écrit pour la première fois à l’âge de 12 ans. Il étudie les littératures française, italienne et anglaise à Columbia de 1965 à 1967.

En sortant de l’université, Paul Auster se consacre à la traduction d’auteurs français et visite Paris après avoir échappé à la guerre du Viet Nam. Après avoir échoué au concours d’entrée de l’Institut des Hautes Études Cinématographiques, il écrit plusieurs scénarios pour le cinéma muet mais qui ne verront jamais le jour.

Pendant une dizaine d’années, Paul Auster rencontre de grandes difficultés financières et publie plusieurs articles pour des revues. Il travaillera aussi sur un pétrolier avant de partir pendant trois ans en France, où il vit de ses traductions. Durant ces dix ans,  il commence à travailler sur Moon Palace et Le Voyage d’Anna Blume.

Après son divorce en 1979, la mort de son père qui lui laisse un petit héritage lui permet de se remettre à flot et lui inspire L’invention de la solitude. Paul Auster publie L’Art de la faim en 1982 et Espaces Blancs, recueil de prose en 1985.

Il est enfin reconnu en tant qu’auteur et il publie entre 1986 et 1994 Moon Palace et Léviathan.

Après un bref détour par le cinéma avec Le Noël d'Auggie Wren, Smoke, Brooklyn Boogie et Lulu on the bridge, Auster revient au roman avec Le livre des illusions, La nuit de l’oracle et Brooklyn Follies.

Paul Auster vit aujourd’hui à Brooklyn.


L’œuvre
 
Nathan Glass à soixante ans est divorcé, sort d’un cancer et vit à Brooklyn. Retraité, il a décidé de s'atteler à un projet : le livre de la folie humaine, qui recense lapsus et autres erreurs involontaires, mêlant ses propres souvenirs aux anecdotes sur le voisinage. Lors d'une promenade, il retrouve Tom Wood, son neveu, qu'il avait perdu de vue. Nathan découvre alors ce qui est arrivé dans sa famille depuis qu’il a coupé les ponts. Sa nièce, ex-droguée et mère célibataire a disparu. Tandis qu’il échange avec Tom ses convictions politiques, ses aspirations et sa vision de la vie, la fille de sa nièce apparaît soudain, elle a neuf ans, ne parle pratiquement pas et a fui de chez elle.

Le héros cherche à rassembler certains éléments qui sont nécessaires à son existence : reconquérir l'amour de sa fille, permettre à son neveu favori de réaliser son désir de retrouver sa sœur et d'aider son patron à garder à flot une librairie spécialisée.

Paul Auster reprend dans Brooklyn Follies, tous les thèmes qui lui sont chers. On retrouve bien évidemment la ville de New-York, et en particulier Brooklyn, où il vit encore aujourd’hui.

On  retrouve également, un quotidien banal, sur lequel il attire notre regard, donnant une importance à des détails qu’on pourrait croire sans importance. Par ailleurs, l’auteur utilise là aussi les thèmes du rapport à l’argent, de la famille et de la solitude. Le hasard prend lui aussi une part très importante dans le roman. En effet quelle était la probabilité que Nathan retrouve Tom dans une si grande ville ?

Mélanie, Bib.-Méd.-Pat.

Autres articles sur Paul Auster





Article de Julie sur Brooklyn Follies






Léviathan, article d'Anaïs
 Moon Palace : articles de  Valérie,  de Joséphine et de Laura.

Trilogie new-yorkaise, articles de Marine et de Fiona,
Mr Vertigo, articles de M.B. et de Chloé,
Smoke, article de Louise,
La Nuit de l'Oracle, articles d'Audrey et de Caroline.








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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 19:15







Orhan PAMUK
Istanbul. Souvenirs d’une ville, 2003

Traduit du turc
Par Savas Demirel, Valérie Gay-Aksoy
Et Jean-François Pérouse
Gallimard, 2007



















Istanbul et Pamuk. Cinquante années.

«Stamboul», qu'il disait Pialat en la filmant dans ses « courts-métrages turcs ». Orhan Pamuk, lui, il l’écrit.  Maintenant, il l’écrit lui et elle. Autobiographique. L'enfant avait un rapport particulier à l'image. Le miroir. Les photographies. Un autre Orhan. De la même façon, son écriture fabrique une autre Istanbul. Celle de Pamuk. Ou la véritable Istanbul.

Lieu de départ : l'immeuble Pamuk. Murs à la famille fissurée. Le père est absent, la mère fragile, le frère rival, l’argent manque. Comme un musée, la maison. Etalage pittoresque d'une tentative d'occidentalisation. Et la lumière là-dedans, faible. Alors jeux d'ombre et de lumière. Univers marquant.

L'enfant Pamuk. C'est la maison qui l'emmène dehors. Le dehors stambouliote et ses rues.

Aux antipodes de son bazar turc. Terrain non répertorié. Les rues d'Istanbul. Froides. Blanches le jour et noires la nuit. C'est ce qu'il dit. Istanbul en noire et blanche. Rues tordues. Cassées. Sales. La montre sa ville Pamuk. Avec les photographies. Du noir et blanc. Ont tout leur sens dans ce livre. Elles sont partout les photographies. Istanbul. Ruinée. Konaks* incendiés. Fini l'empire Ottoman. Le détruisent, veulent l'oublier. Et pourtant ne veut pas partir. Deuil manqué. A cause du Huzun*. Ça vient de là. Mélancolie s'enracinant dans la chute de l'empire. Etat général de tristesse. S'abattant sur toute la ville. Vient de là aussi le noir et blanc. Huzun. Malgré l'envie d'avancer, de s'occidentaliser, le Huzun immobilise les stambouliotes. Impossibilité pour Istanbul de se moderniser, de se laïciser, de s’enrichir, de passer outre l’Histoire.

Seul le Bosphore vit. Sorte de fleuve d'énergie pour Pamuk. Dépeint par de nombreux artistes.

Tampinar et Yahya Kemal, tous deux écrivains turcs dont Pamuk admire les oeuvres.  Et puis Nerval, Gautier, Flaubert, écrivains étrangers dont Pamuk aime la vision occidentalisée d'Istanbul. Ils voient en Istanbul ce que les Stambouliotes ne réalisent pas avec leur regard turc. Vision que partage aussi Pamuk, ayant vécu dans une famille riche avec une volonté d'occidentalisation, et étudié dans un lycée étranger.

Pamuk se sent stambouliote et étranger à sa ville.

L'écriture chez Pamuk ne se ferait pas sans Istanbul. L'un et l'autre liés. D'ailleurs toutes ses oeuvres portent sur elle. Elle est intériorisée en lui. A tel point qu'il y a certainement un mélange ville réelle et ville vue par Pamuk. Pas besoin d'enjoliver le style, de poétiser les phrases. Une sorte de force s'installe peu à peu dans ses descriptions. Rapport presque transcendantal à sa ville. On comprend par nous même ce qu'il ne dit pas. On voit la poésie là où il la refuse. De façon plus ou moins consciente, Pamuk réinvente sa ville, parce qu'il la montre comme personne. Plus qu’une vision documentaire, historique, et culturelle. Il la prend d'en dessous.

Pamuk aime être à la frontière. A la frontière du réel et de l'inventé.

Le peuple turc est-il dans l’immobilité parce qu'il est assiégé par le Huzun ? Met-il des mots sur l’ineffable ou réinvente-t-il Istanbul pour lui rendre son authenticité ?
 

A la frontière aussi entre étranger et stambouliote. Se sent à la fois plus que stambouliote n'ayant jamais quitté le pays, mais étranger.

Marque les frontières entre ombre et lumière. L'ombre de la maison est chaude et la lumière de l'extérieure est froide (étrange pour un pays turc).

Le présent est à la frontière du passé. Sentiment d'avoir vécu, d'appartenir et d'être enchaîné à ce passé tout en étant dans le présent, sentiment commun à tout les Stambouliotes.

Et, propre de l'autobiographie, mince frontière chez Pamuk entre le soi et le reflet du soi.

Ces frontières font son identité, son mélange.


Istanbul. Faut-il renoncer à la raconter pour rester dans son pays ? Pamuk est maintenant en exil aux Etats-Unis sous les menaces des nationalistes turcs. A osé raconter le génocide arménien.

*Huzun : mélancolie turque
*Konak : riche et grande maison aux façades de bois turque


A lire
La maison du silence, 1988
Le livre noir, 1995
Mon nom est rouge, 2001
Neige, 2005


Chloé Dragna,1ère année bibliothèque.

Lire également l'article de Claire.
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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 21:31






Michael CUNNINGHAM
Le livre des jours
Titre original : Specimen Days, 2005
Traduit par Anne Damour
Editions Belfond, 2006

rééd. Pocket, avril 2008





















Biographie

Michael Cunningham est né en Californie et réside maintenant à New-York. Non seulement écrivain, il porte aussi beaucoup d’intérêt à l’art. Il doit sa notoriété à la publication de ses premières nouvelles dans le « New Yorker » qui est un magazine semestriel en Amérique.

Si son roman La Maison au bout du monde, écrit en 1990, lui a valu une reconnaissance mondiale, c’est avec Les Heures, en 1999, qu’il acquiert de une grande importance dans la littérature américaine en remportant le prix Pulitzer. Ce roman, considéré comme un chef-d’œuvre, a d’ailleurs été l’objet d’une adaptation cinématographique qui est à voir et à revoir !

Le livre des jours

Le livre des jours, écrit en 2005, est le dernier roman de Michael Cunningham. Il correspond tout à fait à l’écriture spécifique de l’écrivain puisqu’il est traversé par le temps et différentes époques.

La première histoire, « Dans la machine », se passe durant l’ère industrielle. Lucas vient de perdre son frère Simon, broyé par une machine de l’usine. Il restera très proche de la femme de celui-ci, Catherine, pour laquelle ses sentiments se révèlent être de l’amour. Fasciné par le poète Whitman, il ne cesse de citer ses vers à travers lesquels il construit tout une conception de la vie.

La deuxième histoire, « La Croisade des enfants », se passe au XXIe siècle. Le personnage principal est Cat, employée au FBI et compagne d’un dénommé Simon. Son travail est de servir d’interlocuteur aux terroristes prêts à commettre un attentat. Cat va ainsi développer un lien avec un enfant terroriste qu’elle appellera Lucas. Celui-ci est possédé par la poésie de Whitman et la perçoit comme l’origine de ses actes.

La troisième histoire, « Une pareille beauté », se déroule dans le futur. Simon est un robot et à l’apparence d’un homme. Il est amoureux d’une Nadienne, Catareen, extraterrestre réduite à l’esclavage sur notre planète. Lui-même est dans l’obligation d’être figurant dans un espace où tout est programmé, Central Park. Ses créateurs ont enregistré dans sa mémoire les poèmes de Whitman. Il décide de fuir avec Catareen afin de retrouver un dénommé Lucke et de rejoindre la planète des Nadiens.

Il y a des liens très importants entre ces trois histoires. Le plus visible est le lien entre les personnages en raison de leurs prénoms qui se modifient légèrement à travers les époques mais restent pour le moins semblables.

Mais le lien fondamental est la présence de Walt Whitman dont la poésie est une poésie de célébration (lire Feuilles d’herbe): célébration de la nature, de l’Amérique et de l’homme.

Selon moi, c’est une poésie qui veut combattre les différences entre les hommes au niveau des races et des classes sociales afin de faire une Amérique unifiée malgré les différences d’origines.

Cela correspond tout à fait aux personnages de ce livre parce qu’ils sont tous rejetés par la société. Lucas, Catherine et Simon font partie de la classe populaire ouvrière, Cat est victime de racisme, Simon et Catareen sont tous les deux réduits à l’esclavage.

Le livre des jours est, selon moi, ancré dans la littérature américaine. Il met en avant l’histoire de l’Amérique  moderne en commençant par ses débuts avec le XIXe siècle et en définissant ses caractéristiques à travers les époques : l’arrivée de l’ère industrielle, les problèmes avec le terrorisme et les progrès techniques qui nous amèneront à un futur digne de la science-fiction.

La présence de Walt Whitman n’est ainsi pas anodine car il est le pionnier de la poésie américaine et représente dans ce livre l’identité du pays.

Michael Cunningham est un auteur à découvrir et à lire car il est, selon moi, un acteur important dans la littérature américaine contemporaine.


Justine, ED1A


Voir également les articles de Yolaine,  d'Elisa, de Chloé et d'Annie.
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2 juillet 2009 4 02 /07 /juillet /2009 19:55









ISHIDA Ira,
Ikebukuro West Gate Park

Traduit du japonais par Anne Bayard-Sakai
éditions Picquier Poche, 2008
.















Biographie de l’auteur
Voir fiche de Julie.


Résumé de l'histoire.

Majima Makoto a dix-neuf ans. Il vit dans le quartier Ikebukuro et a fini ses études au lycée un an auparavant. Il n'a pas l'intention de travailler et préfère passer ses journées à traîner dans le square ouest, avec Mori Masahiro, un de ses amis qui est à l'unversité mais qui n'y va pas, préférant rester avec lui. Un jour où ils n'ont pas d'argent et où ils s'ennuient, ils font la rencontre de Mizuno Shunji, un dessinateur. Le noyau de leur petit groupe est enfin fondé. Dans cette histoire, on peut croiser des filles de riches diplomates, des tueurs de dobermans, des guerres des gangs, une journaliste, des yakuzas et un policier à peu près conciliant.


Ma vision du roman.

Dans ce roman, Ishida Ira dépeint ce qui semble être un Tokyô noir et sombre, où il ne fait pas bon vivre. Dans ce décor quelque peu angoissant, il arrive à dresser les portraits de personnages attachants et bons vivants. Semblant être un ramassis de paresseux, le groupe de Makoto se révèle être un bon noyau de préservation de la paix régnant sur Ikebukuro. On peut voir dans ce livre une sorte d'apologie de l'amitié, de la force et parfois même de l'amour.

Makoto, qui, dans les première pages, est un gamin fraîchement sorti de l'école, grandit avec le temps, devenant enfin un homme et prenant des responsabilités.

Ce livre est presque parfait !

Presque, en effet, car je lui reproche d'être parfois beaucoup trop prévisible. Le premier chapitre ne laisse place à aucun suspense, à mon sens et chaque chapitre possède son lot de stéréotypes.

Toujours est-il que je reste impatiente de lire la suite, qui devrait paraître prochaînement.


Maëva, 1ère année Ed.-Lib.

Lire également la fiche de Julie.
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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 08:11











MURAKAMI Haruki,
Le passage de la nuit

Traduit du japonais
par Théodore Morita et Hélène Morita
10/18, 2008
















 



MURAKAMI Haruki est né à Kyoto en 1949. Passionné de littérature occidentale – il fait de très nombreuses références à notre culture dans Le passage de la nuit –  il est notamment le traducteur de Francis Scott Fitzgerald, John Irving et Raymond Carver au Japon. Il est une des figures du réalisme magique.

Le passage de la nuit

Ce court roman relate l’histoire de deux sœurs, Eri et Mari Asaï, le temps d’une seule nuit à Tokyo. Mari est dans un restaurant ; elle lit lorsqu’un jeune homme, Takahashi, la reconnaît et vient s’asseoir à sa table. On apprend qu’il était dans le même lycée que sa sœur Eri.  Puis Takahashi part répéter avec son groupe de musique. Un moment après, Kaoru, la gérante d’un love-hôtel, demande l’aide de Mari sur les conseils de Takahashi : elle a besoin d’une traductrice car une prostituée chinoise s’est fait tabassée par un client. Mari va donc aider la jeune fille, tandis que Kaoru cherchera à se venger de ce client violent. En parallèle, Murakami nous raconte la nuit d’Eri, qui dort profondément dans son lit, chez elle, et ce depuis deux mois. Mais la télévision dans sa chambre, pourtant débranchée, tente d’afficher une image, celle d’une pièce vide à l’exception d’un homme assis sur une chaise. Plus tard, Eri va se retrouver dans cette même pièce alors qu’elle dort toujours dans son lit, et l’homme va disparaître…

Les deux sœurs sont au centre de l’histoire et autour d’elles vont graviter d’autres personnages : Takahashi, Kaoru, deux employées du love-hôtel, le client violent Shirakawa… Les destins vont se croiser, quelquefois de manière insolite : par exemple, Eri trouve un crayon de l’entreprise de Shirakawa lorsqu’elle se réveille de l’autre côté de l’écran. On est toujours à la limite du fantastique, du magique : Eri passe à travers l’écran de la télévision, les miroirs gardent l’image de celui qui vient de se regarder dedans…


Les deux personnages principaux : Mari et Eri

J’ai trouvé très intéressants les liens fraternels développés dans le roman. Par la conversation que Mari entretient  avec Takahashi, on apprend qu’elle et sa soeur ont des relations plutôt difficiles car elles sont aux antipodes l’une de l’autre. Eri paraît superficielle, elle est admirée pour sa beauté et pose pour des magazines. Au contraire, Mari est dans l’ombre de sa sœur, elle fait beaucoup moins attention à son apparence et est plus pragmatique. Au fil du temps s’est installée une distance entre elles ; elles n’arrivent plus à communiquer, d’autant plus qu’Eri dort depuis deux mois. Ainsi, au cours de cette nuit, Mari a fui la maison familiale pour s’éloigner de cette situation et semble donc n’avoir d’autre occupation que de faire passer ces heures sombres. Elle cherche à s’échapper de ce silence oppressant qui s’est établi entre elles. J’ai beaucoup apprécié la façon dont Murakami a mis en scène cette relation car les deux sœurs ne vont jamais se parler ; ce sont les autres personnages qui apporteront leur lumière sur cette relation.

Le style

L’écriture de Murakami est très cinématographique : signalons qu’il souhaitait au départ devenir scénariste. La présence du narrateur est évoquée par le pronom personnel « nous », qui semble englober le narrateur et le lecteur et qui est souvent confondu avec une caméra ou un regard faisant des mises au point. Mais le narrateur ne semble pas diriger l’histoire, même s’il nous emmène pour nous montrer ce que l’on doit voir ; il est au contraire passif, tout comme le lecteur.

 « Nous nous confondons avec un œil qui regarde, ou mieux, peut-être, avec un regard caché qui vole l’image de cette femme. Devenu caméra suspendue en l’air, notre regard est apte à se déplacer librement dans la chambre. Pour le moment, la caméra se juste trouve au-dessus du lit et cadre le visage endormi de la femme. »

Le style de Murakami est haché, il utilise des phrases courtes, simples, parfois même nominales : il pose un décor grâce à des descriptions très précises. Il nous donne beaucoup de choses à voir et accorde une place importante à la lumière et au son, comme s’il voulait retranscrire ce que l’on sentirait s’il s’agissait d’un film. Quand il décrit, il n’utilise pas les schémas traditionnels, il ne dit pas « il y a » mais énonce tout de suite l’objet, sans l’introduire.

« Contre le mur, un lit à une place en bois, sur lequel dort Eri Assaï. Une couette blanche unie. Sur le mur opposé, une étagère, avec, dessus, une microchaîne hifi et quelques boîtiers à CD empilés. A côté, un téléphone et une télé à 18 pouces. Une coiffeuse avec un miroir ; sur la table de toilette, un baume pour les lèvres et une petite brosse ronde, et c’est tout. »

On a l’impression que les images nous sont directement données, que l’on n’a pas l’effort d’un regard qui parcourt une pièce : cela vient renforcer l’idée du « nous » transformé en caméra et prépare l’apparition du fantastique qui peut surgit d’un miroir.

Représentation de l’espace urbain

L’importance accordée à la lumière et au son donne l’image d’une ville qui ne se repose jamais, même la nuit. Les personnages semblent évoluer dans une agitation permanente, agressés par des néons fluorescents, les chansons qui passent dans les bars et la présence continuelle d’autres personnes. Pourtant, Murakami aborde un de ses thèmes favoris, la solitude des personnages, qui n’est pas une solitude physique mais une solitude morale et même affective.

L’écriture de Murakami reflète peut-être sa vision de l’univers urbain, le point de vue de la caméra donnant l’impression d’un écran, sorte de barrière froide, à l’image des relations qu’entretiennent les hommes entre eux dans une ville.

Anaïs, 1ère année Ed.-Lib.

Autres articles sur Haruki Murakami





Les amants du spoutnik
, article de Julie






L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles d'Anne-Sophie, Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.





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11 mai 2009 1 11 /05 /mai /2009 07:29









ISHIDA Ira,
Ikebukuro West Gate Park

Traduit du japonais par Anne Bayard-Sakai
éditions Picquier Poche, 2008
.















Biographie de l’auteur

ISHIDA Ira est né le 28 mars 1960 à Kyôto au Japon.

Après des études d’économie à l’université Seikei, il travaille dans la publicité, avant de se consacrer à l’écriture.

En 1997, le premier volume d’Ikebukuro West Gate Park se voit décerner le prix Orû Yomimono, grand prix de littérature policière au Japon. L’œuvre a inspiré un manga qui s'est vendu dans le monde entier. Depuis, l’auteur a publié de nombreux romans dont les deux volumes suivants d’Ikebukuro West Gate Park et des mangas, et a obtenu de nombreux prix littéraires comme le prix Naoki en 2003 avec le livre 4-TEEN.

De toutes ses œuvres, seul le premier volume d’Ikebukuro West Gate Park a été traduit en français.


Résumé

Majima Makoto est un jeune Tokyoïte de 19 ans qui vit dans le quartier d’Ikebukuro. Après avoir passé un baccalauréat professionnel, il décide d’arrêter ses études et de travailler au magasin de fruits et légumes de sa mère. 

Si pendant la journée le quartier d’Ikebukuro est rempli de gens ordinaires, la nuit tombée, ce quartier de Tokyo se transforme et devient un lieu de débauche avec ses nombreux love-hôtels, salons de massages et ses prostituées, un bastion de gangs et de yakouzas (mafia japonaise), une plaque tournante de la drogue…Bref, un quartier dangereux où règnent la violence et le crime.

Makoto, comme tous les jeunes de ce quartier, retrouve sa bande au parc d’Ikebukuro tous les jours. Là, tous attendent que le temps passe. Jusqu’au jour où une fille de la bande de Makoto est victime d’un meurtre commis par un fou qui sévit à Ikebukuro. Makoto décide de mener l’enquête…


L’œuvre

Ce livre est découpé en quatre parties : Ikebukuro West Gate Park (70 pages), Excitable Boy (80 pages), Les amants de l’oasis (80 pages) et Guerre civile rue Sunshine (160 pages).

Ces quatre parties racontent quatre enquêtes menées par Makoto à Ikebukuro. Elles ne sont liées que par la chronologie - les histoires se déroulent sur une année et se suivent dans le temps -, et par l’espace, le quartier d’Ikebukuro.

Le personnage principal et narrateur, Makoto, ainsi que Masa et Shun, ses deux amis, sont présents dans les quatre parties. Les deux principaux personnages secondaires, que l’on retrouve aussi dans les différentes histoires, sont Andô Takashi, le chef des G-Boys, le gang d’Ikebukuro, et l’ami de Makoto , l’inspecteur de la brigade des mineurs, Yoshioka.


Bref résumé des quatres parties

Ikebukuro West Gate Park


Cette première histoire se découpe en deux parties distinctes ; la première étant la présentation du personnage principal, des personnages secondaires importants pour la suite du livre, du quartier d’Ikebukuro et de son parc. La seconde partie décrit la première enquête de Makoto.

Tout débute durant l’été 1999. Makoto, Masa et Shun font la rencontre de deux jeunes filles de bonnes familles, Rika et Hikaru, avec qui ils deviennent amis. Au même moment, un serial killer sévit à Ikebukuro : il se fait appeler « L’Etrangleur ». Un jour, Rika est retrouvée morte dans un love-hôtel, elle portait les traces de « L’Etrangleur ». Makoto, aidé des gangs d’Ikebukuro et de ses amis, mène m’enquête. Ce dont il ne se doutait pas, c’est que « le fou » était proche, très proche de lui…

Excitable boy

Débutant par l’évocation d’une légende urbaine, la voiture fantôme, ce chapitre nous entraîne dans l’univers des yakouzas. En effet, quand la fille d’un chef des yakouzas disparait à Ikebukuro, que sa meilleure amie a été retrouvée violée et les talons d’Achille sectionnés après être montée dans une mystérieuse voiture, qu’on ne peut faire appel ni à la police ni à un détective privé, on appelle un gamin du quartier qui s’est fait connaître en arrêtant « l’Etrangleur » : Makoto.

Les amants de l’oasis

Une prostituée fait appel à Makoto pour cacher son amant, un immigré iranien, et découvrir qui se cache derrière la vente de « speed » qui contamine tout le quartier d’Ikebukuro.

Guerre civile rue Sunshine

Dans le quartier d’Ikebukuro, un nouveau gang, les Red Angels avec à sa tête Ozaki Kyôichi, tente de prendre le pouvoir à Takashi et aux G-Boys. La couleur des G-boys, le bleu, et la couleur des Red Angels, le rouge, sont des couleurs que l’on doit éviter de porter si l’on veut rester en vie dans le quartier d’Ikebukuro car la guerre des gangs a éclaté. Une journaliste, voulant tourner un film documentaire sur le sujet, fait appel à Makoto pour la guider dans le quartier et l’aider à entrer en contact avec les deux gangs. Makoto accepte car il veut régler ce conflit qui trouble la tranquillité de son quartier.

Analyse critique

La jeunesse japonaise d’aujourd’hui


Bien que l’espace se réduise à un quartier de Tokyo, avec ces quatre histoires, Ishida Ira nous transporte dans l’univers de la jeunesse japonaise d’aujourd’hui.

Makoto est l’archétype du jeune japonais vivant dans la désillusion et le rejet de la société japonaise traditionnelle. Plutôt que de continuer ses études et se trouver un bon travail, il a choisi de tout arrêter et d’aider sa mère au magasin, ne voulant surtout pas faire comme les « salarymen » japonais, c'est-à-dire passer toute sa vie à travailler au même poste d’une entreprise à un rythme effréné pour rester productif, sans prendre le temps de vivre vraiment. Ses deux amis, Masa et Shun sont à la faculté mais ils passent plus de temps au parc avec Makoto que dans les amphithéâtres de l’université.

Cependant, Makoto a son intelligence pour lui et est indépendant : il ne fait partie
ni de la mafia japonaise ni des gangs de rue. Beaucoup de jeunes Japonais, ayant abandonné leurs études, se retrouvent embrigadés par les yakouzas ou font partie d’un gang afin d’être protégés et de gagner leur vie. Même s’il n’a pas de réel but dans la vie, Makoto s’efforce toujours de ramener la paix dans son quartier, qui malgré tout, lui est cher.

La nouvelle génération japonaise vit à l’heure occidentale et subit une certaine américanisation ; elle s'adonneà la consommation de masse et souhaite échapper aux anciennes règles de la société. Dans le livre, les jeunes filles, qu’elles soient issues de familles riches ou pas, s’habillent très court et très moulant, oubliant les kimonos des fameuses geishas, portent de grandes marques de mode, sont maquillées à outrance et toutes sont décolorées… Les garçons eux, sont adeptes des salons d’UV, des piercings et des grandes marques de mode, ils ne boivent pas que du saké et pensent plus aux filles qu’à leurs études ou leur avenir.

Si, dans chaque histoire, l’auteur nous amène à réfléchir sur un point précis, il y a un sujet, toujours le même, qu’il aborde dans au moins deux parties et qu’il souhaite vraiment dénoncer, c’est la prostitution des jeunes filles japonaises. Ce phénomène est très répandu dans le Japon, surtout dans les grandes villes, et touche toutes les couches de la société. La particularité étant la prostitution des jeunes et riches Japonaises et les raisons qui les poussent à vendre leur corps. En effet, si elles se prostituent, et ce dès le collège, ce n’est pas pour survivre, ni pour se payer de la drogue, ni pour payer leurs études, ni pour nourrir leur famille mais pour avoir plus d’argent de poche afin de pouvoir se payer plus de vêtements de marque, de chaussures, de parfums, de bijoux afin de ressembler aux femmes des magazines de mode ou aux actrices de cinéma américain.

Ainsi, la jeune génération japonaise se transforme dans le but de se libérer des traditions qui les étouffent. Avec ce roman, Ishida Ira dénonce la débâcle de cette génération qui, pour vivre, n’hésite pas à se mettre en péril. Cependant, n’est-ce pas là le comportement que toutes les jeunes générations des pays développés adoptent ? Finalement, est-ce que ce n’est pas notre société qui fabrique des jeunes névrosés et désenchantés ? A méditer…     

La symbolique du parc d’Ikebukuro


Le parc d’Ikebukuro est l’espace central du livre. Il est d’abord le repère des jeunes d’Ikebukuro, leur QG pour se retrouver en bande. Il y a le groupe des danseurs, celui des chanteurs, celui des « boarders et des riders en BMX », le gang des G-Boys et la bande de Makoto. Chaque groupe a son territoire délimité par une frontière invisible mais connue de tous. Comme le dit souvent Makoto : « Il ne s’y passe rien » la journée mais pourtant les bandes continuent à s’y retrouver et attendent qu’il se passe quelque chose. Le soir, ce lieu devient un grand espace de drague. Le parc est l’espace des jeunes « paumés », un lieu où ils se retrouvent entre amis pour passer le temps parce qu’ils n’ont rien d’autre à faire. C’est un endroit qui leur permet de se sentir en dehors du quartier et du temps, puisqu’ils rejettent tous leur société et ce qu’elle veut faire d’eux. Nous remarquons aussi que c’est le lieu où seule la justice de la rue et des bandes règne car aucun policier ne s’y rend. C’est vraiment un endroit qui appartient pleinement aux jeunes du quartier, où seules leurs règles sont respectées, où ils sont libres de faire ce que bon leur semble sans constants rappels des traditions et des règles de la société.

Le parc d’Ikebkuro est situé à côté de la gare et bordé de love-hôtels, de bars, de karaokés et de salons de massages. Tous les éléments sont réunis pour faire de ce parc l’unique îlot paisible au milieu de l'océan de débauche et de dangers qu’est le quartier.

Cet endroit est en général le lieu où débute l’action d’une histoire, un lieu de réunion durant l’histoire ou l’endroit où se termine l’histoire, et bien que Makoto n’y passe pas tout son temps durant les différentes enquêtes, il en est toujours question puisqu’il le longe, l’emprunte comme raccourci ou tout simplement y fait référence en y pensant.

Nous voyons aussi que dans le parc d’Ikebukuro, Makoto est à l’abri de la violence de son quartier. Lorsqu’il en sort c’est pour résoudre une enquête et être ainsi « balancé » dans la vraie et dure réalité d’Ikebukuro.
   
Ainsi le parc d’Ikebukuro est un véritable monde à part dans le quartier. Tour à tour lieu de rencontre, lieu de vie, lieu de passe-temps, lieu de réunion, il appartient entièrement aux jeunes du quartier qui en font un lieu de lutte avec la société et aussi un oasis de liberté pour eux. Point de départ ou point final des histoires, il a grande importance symbolique dans le roman d’Ishida Ira, il ressemble à ce que les jeunes voudraient que soit la société : un lieu où leur vie soit respectée et libre.  

Parallèle avec l’adaptation en manga

Ikebukuro West Gate Park (IWGP), tome 1, histoire de Ishida Ira, dessins de Aritou Sena, publié au Japon en 2001 par Akita Shoten publishing et en France en septembre 2004 aux éditions Asuka, traduit par Clélia Delaplace.

Dans le manga, Ishida Ira a pris quelques libertés quant à la chronologie et à quelques détails de l’histoire. Ainsi, le manga débute le soir du 31 décembre 2000. Là, Makoto sauve une jeune fille, Hikaru, de jeunes malfrats, et fait la connaissance de l’amie d’Hikaru, Rika, avec qui il débute une relation. Quelque temps plus tard, Rika est assassinée et s’ensuit alors la même action que dans le livre, avec quelques détails en plus (comme un couple de jeunes se caressant sur un banc, la vue de la petite culotte d’Hikaru, …) bien que la plupart du temps, beaucoup de détails n’apparaissent pas pour une question de place et de genre. Le manga se termine juste avant que nous soit révélé la solution exacte de l’enquête… 

L’univers du manga, avec violence, sexe et dessins en noir et blanc, donne aux personnages une autre dimension, une profondeur qui n’existe pas dans le livre ; ils sont moins lisses, plus « humains » dans leur désir, leurs émotions et leur caractère.

L’humour est aussi très présent, et ne s’arrête pas à la fausse modestie de Makoto. Il est présent dans les dialogues mais aussi, et dans la pure tradition des mangas, dans les illustrations. Cependant, avec ce manga on s’intéresse moins au fond qu’à la forme. Si l’on passe un agréable moment en le lisant on oublie un peu ce que dénonce l’auteur dans le livre.

Je le recommande tout de même aux fans invétérés de mangas car bien qu’il ne soit pas récent, l’enquête policière surprenante et les personnages aux caractères et aux désirs réalistes changent du manga traditionnel de samouraï ou de magie.

Conclusion

   
A travers les yeux du jeune Makoto et dans un style simple et épuré, Ishida Ira dénonce des problèmes de société aussi graves que la prostitution des jeunes, la drogue, la violence des gangs et de la mafia… Il nous dresse le portrait d’une jeunesse à la dérive, qui se perd dans une société qui les étouffe et à laquelle ils ne veulent pas appartenir.

Ishida Ira met en avant les principes de solidarité et d’amitié qui permettent de régler des situations difficiles ; un pied de nez au monde individualiste dans lequel nous vivons aujourd’hui. Bien que l’on soit un peu déçu par la pauvreté des dialogues et par l’humour « gamin » de Makoto, Ikebukuro West Gate Park reste un bon roman policier qui nous fait passer un agréable moment et nous fait réfléchir sur la société.

Julie, Bib. 1A

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10 mai 2009 7 10 /05 /mai /2009 07:00





Michael CUNNINGHAM,
Le Livre des Jours

Titre original : Specimen days
Traduit de l’anglais par Anne Damour
Belfond, 2006
Collection Littérature Etrangère
Pocket 2008

















Quelques mots sur l’auteur

Michael Cunningham est né en 1952, à Cincinnati dans l’Ohio, mais il grandit en Californie. Passionné par les lettres, il étudie la littérature anglaise à l’université de Stanford, et obtient un diplôme d’écriture à l’université d’Iowa. Il publie ses premières nouvelles dans des magazines tels que "The Atlantic Monthly", "The Paris Review", ou "The New Yorker". Celles-ci sont saluées par la critique, mais il n’obtint réellement le succès qu’avec son premier roman, La Maison du bout du monde, publié en 1990. Il signe ensuite De chair et de sangLes Heures, publié en 1999, pour lequel il recevra le prix Pulitzer et le Pen Faulkner. en 1995, avant son best-seller

On peut remarquer l’écriture cinématographique de Michael Cunningham ; d'ailleurs ses romans La Maison du bout du monde et Les Heures ont tous deux été adaptés au cinéma.

Aujourd’hui, Michael Cunningham enseigne au Fine Arts Work Center à Provincetown (Massachusetts) ainsi qu’au Brooklyn College. Il vit à New York, lieu de l’action du Livre des Jours. Celui-ci, publié en 2006, est son quatrième roman.



Quelques mots sur l’oeuvre

Ce roman a la particularité d’être divisé en trois histoires distinctes mais reliées par une série d’indices troublants. Ces histoires se déroulent toutes dans la célèbre ville de New York, mais à trois époques différentes.

"Dans la machine" voit ses héros évoluer au XIXème siècle, à l’apogée de la révolution industrielle. Lucas, 13 ans, est obligé de remplacer son frère Simon, mort suite à un accident du travail, à l’usine. Lucas a deux obsessions : Catherine, la fiancée de Simon, qu’il veut protéger d’un danger qu’il sent imminent, et le poète Walt Whitman, auteur de l’unique livre qu’il possède et qui l’inspire au point de le connaître par cœur et d’utiliser ses vers dans ses conversation quotidiennes.

"La Croisade des enfants" se déroule de nos jours, après l’attentat du 11 septembre 2001 qui frappa les gratte-ciel new-yorkais. Cat est psychologue dans la police, chargée de recevoir les appels de suicidaires et de terroristes. Un jour, elle n’arrive pas à convaincre un adolescent qui prétend vouloir faire sauter quelqu’un. Le lendemain, elle est informée par ses collègues qu’un enfant s’est fait exploser en enlaçant un homme. Il se produit le même événement le lendemain. Un troisième enfant, l’appelle, plus jeune, mais lui a la particularité de citer les vers de Walt Whitman. Elle se lie à lui, car il lui rappelle son fils décédé, Luke.

Enfin, "Une pareille beauté" se passe dans un futur lointain, imaginaire. Simon, un androïde, vit dans le Vieux New York, où son job n’est autre que de faire peur aux touristes, malgré le fait que dans ses circuits ont été intégrés une incapacité à utiliser la violence, et une étrange manie de citer les vers de Walt Whitman au lieu de parler normalement. Il doit quitter la ville pour rejoindre Denver avant le 21 juin, d’autant plus que le nouveau gouvernement cherche à détruire tous les androïdes. Il entraînera dans sa fuite Catareen, une garde d’enfants extraterrestre ressemblant à un lézard (une Nadienne), ainsi qu’un adolescent rencontré en chemin, Luke.

Le roman trouve son unité dans les points communs qui relient les histoires entre elles. Tout d’abord, les noms des personnages principaux, qui sont quasiment les mêmes dans chaque histoire (Catherine, Simon et Lucas), est un point commun frappant. Il existe d’autres indices difficilement interprétables, comme par exemple un bol blanc en porcelaine, un cheval, ou encore une boîte à musique.


Mais le lien le plus important est certainement la présence du poète new-yorkais  Walt Whitman dans les trois histoires. Ce livre est une invitation à découvrir son œuvre d’une vie, Feuilles d’herbe. Les personnages sont hantés par l’omniprésence du poète et de son œuvre :

« Elle se prépara un thé, prit son volume de Whitman sur l’étagère et se pelotonna sur le canapé à deux places.
Je chante ma gloire
Et ce que j’assume tu l’assumeras
Car chaque atome m’appartient autant qu’il t’appartient.
Whitman, Walt. A la vérité, il lui était sorti de l’esprit depuis qu’elle avait quitté l’université. Certes elle était une lectrice assidue, mais pas du genre à rentrer chez elle le soir et à lire de la poésie par plaisir. Elle connaissait son œuvre dans les grandes lignes : le poète visionnaire de l’Amérique du XIXème siècle, qui avait écrit cet unique et énorme livre durant toute son existence, s’acharnant à le corriger et à le compléter comme un autre passerait sa vie à redécorer et à agrandir sa maison. Une longue barbe blanche de Père Noël, un chapeau à large bord. Il aimait les garçons.[…] » "La Croisade des enfants", p.187-188.

Michael Cunningham utilise la poésie pour d’autres raisons. Dans son œuvre, il nous narre des facettes de l’histoire de la société américaine, notamment la révolution industrielle et la misère des ouvrier, la peur de la menace terroriste après le 11 septembre 2001, et le possible futur désastre écologique dû aux actions humaines.
Les hommes ont peur de l’avenir, ou bien ont perdu l’espoir d’un monde meilleur. Dans Le Livre des jours, c’est comme si la poésie de Walt Whitman était capable de redonner espoir aux hommes. Dans la première histoire, c’est même Walt Whitman lui-même qui redonne de l’espoir à Lucas :


« Il leva la tête, et aperçut le visage de Walt.
Il était là devant lui, avec la cascade blanchâtre de sa barbe, son chapeau à large bord et le mouchoir noué autour de son cou. Il ressemblait en tout point à son portrait. Il sourit à Lucas d’un air étonné, son visage semblable à du papier brun chiffonné et défroissé. Ses yeux brillaient comme des clous d’argent.
« Bonjour, dit-il. Perdu quelque chose ? »
Lucas cherchait de l’argent, et avait trouvé Walt. Une vaste promesse tremblait dans l’air. »
"Dans la machine", p.103.

La poésie serait également un moyen de rendre les gens meilleurs. En effet, dans "Une pareille beauté", Simon apprend par son créateur que la poésie a été le seul moyen de contenir son agressivité :


« Dans le troisième protocole, je vous ai insufflé la poésie.
- Pourquoi ?
- Pour vous réguler. Pour éliminer les extrêmes. J’aurais pu brider vos capacités d’agression. J’aurais pu vous programmer de façon à ce que vous soyez bons et serviables, mais je voulais vous donner aussi un certain sens moral. Pour vous aider à faire face à des événements que je ne pouvais prévoir. J’ai pensé que si vous étiez programmé avec les œuvres de poètes célèbres, vous seriez mieux à même d’évaluer les conséquences de vos actes. »
"Une pareille beauté", p.403.

La mort est également très présente dans le texte de Michael Cunningham, avec les morts de Simon dans "Dans la machine", de Luke, des enfants et de leurs victimes innocentes dans "La croisade des enfants", et la mort de Marcus et de Catareen dans "Une pareille beauté". La poésie peut alors être un moyen d’exorciser la douleur.

La poésie de Walt Whitman semble ici la seule évasion possible des personnages, elle les guide hors du monde sombre de leur époque. La poésie est alors salvatrice de tous ses maux.


Les quelques mots de la fin

Ce roman est magistral. L’idée de division du roman en trois temps en fonction de l’époque est très inventive, même si on peut faire un rapprochement avec le précédent roman de Cunningham, Les Heures, où l’histoire relie trois femmes à différentes périodes du XXème siècle autour de Virginia Wolf. Le changement de style, passant du roman historique à de la science-fiction, est de même original. Les personnages, complexes, sont brillamment décrits.

On peut penser que Walt Whitman n’est pas un simple élément du roman, et que Michael Cunningham a rédigé son roman en hommage au poète. En effet, il est intéressant de noter qu’en 1882, Whitman avait publié un recueil de textes en prose, intitulé Specimen days & Collects. De plus, il y a des similitudes indéniables entre les deux artistes, notamment leur passion pour la littérature et leur homosexualité.

Pour conclure, ce livre est agréable et facile à lire, mais peut être déroutant par les modifications de styles entre deux histoires, et par la violence humaine qui y est décrite.

Yolaine, 1ère année BIB .

Voir également les articles d'Elisa, de Chloé et d'Annie.
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4 mai 2009 1 04 /05 /mai /2009 19:15









Bret Easton ELLIS

American Psycho
Robert Laffont Pavillons, 2000
10/18 domaine étranger, 2005


                                                   

 

 

 











Bret Easton Ellis est né en 1964 à Los Angeles. Le succès de son premier roman, Moins que zéro, le place à l’âge de 21 ans sur le devant la scène littéraire américaine. Il écrit ensuite Les Lois de l’attraction, Zombies, Glamorama et Lunar Park.

En 1991, la sortie d’American Psycho provoque un scandale. Beaucoup sont choqués par le sujet et la violence du roman et tentent d’interdire sa publication. L’auteur se voit même contraint de se rendre à certaines conférences de presse accompagné d’un garde du corps suite à des menaces de mort.

Aujourd’hui la polémique est éteinte et je la résumerai en citant Umberto Eco qui s’était fait l’un des premiers défenseurs du roman : On ne peut interdire un roman comme American Psycho dans nos pays alors que l’œuvre du Marquis de Sade est publiée dans la Pléiade. Chez Sade la violence est largement aussi explicite.

L’histoire

American psycho raconte l’histoire de Patrick Bateman qui est cadre exécutif à la Chemical Bank à Manhattan. Il est jeune, beau, riche et d’une ambition féroce. Il représente le type même du Golden Boy des années 80 qui évolue dans le milieu des finances à New York, fréquente les soirées mondaines, et a beaucoup d’amis et de maîtresses. Mais Patrick Bateman est aussi un assassin. Il agresse, tue, torture aussi bien des passants que des sans-abri et parfois même ses amis sans jamais éprouver le moindre remords. Alors que sa double existence passe inaperçue dans son entourage, ses crimes, qu’il décrit sur le même ton que ses autres activités de la journée, le plongent progressivement dans la folie.

Le style de Bret Easton Ellis et les personnages du roman

Dans ses deux premiers romans, Moins que zéro et Les Lois de l’attraction, Bret Easton Ellis décrivait les milieux et les gens qu’il fréquentait à l’époque : la jeunesse d’Hollywood et les universités américaines. Son écriture se caractérisait déjà par l’utilisation de la première personne et une approche sans jugement. Dans American Psycho il garde cette liberté de ton pour dresser le portrait effrayant d’un assassin dont personne ne remarque les agissements.

Les descriptions sont détaillées et nombreuses. Il aime citer les marques des vêtements avec lesquels ses personnages sont habillés ou celles des voitures qu’il utilise.

On retrouve souvent les mêmes situations : Patrick Bateman parle avec ses collègues de son travail, de leurs maîtresses, et des gens présents dans le bar où ils se trouvent. Puis ils décident dans quel restaurant réserver. Au cours de la soirée les personnages dont la plupart sont sous l’emprise de l’alcool et de la drogue se parlent mais ne s’écoutent pas. Ils se confondent les uns les autres et tiennent parfois des propos incohérents.

Bret Easton Ellis montre ainsi des personnages que leur superficialité rend incapables de se connaître véritablement. Ils sont prisonniers de cette vision du monde fondée sur les critères de la mode et sur lesquels ils fondent tous leurs jugements. C’est au milieu de cette indifférence que Bateman commet ses crimes qu’il décrit longuement. Plus il persiste dans sa folie meurtrière moins il prend de précautions pour se cacher et il va jusqu’à tuer un enfant dans une foule en pleine journée. Parfois il parle ouvertement à ses amis des crimes qu’il a commis ou de ceux qu’il aimerait commettre mais ils ne le croient pas et pensent qu’il plaisante.

Le seul personnage véritablement différent des autres est celui de la secrétaire de Patrick Bateman. Elle n’appartient pas au même milieu que lui et se comporte de manière spontanée et sans arrière-pensée. Ce que Bateman et les personnes de son entourage sont incapables de faire. C’est l’un des rares moments où il se trouve désemparé car il semble ne pas comprendre cette sincérité. Son instinct criminel reprend très vite le dessus comme pour occulter cette possibilité de penser et de vivre autrement.

Bateman, comme ses amis, agit toujours comme s’il était en représentation et ce jusque dans les moindres détails. On trouve de longs passages où il décrit sa façon de s’habiller, le mobilier de son appartement, ou les marques des objets qu’il utilise. L’obsession de cette représentation et de l’image qu’il renvoie contribue à lui ôter tout jugement naturel même lorsqu’il décrit ses meurtres. Ses pulsions meurtrières agissent sur lui comme une drogue ultime. Il les assouvit car elles représentent le dernier rempart que l’on pourrait croire infranchissable de la conscience et atteindra ainsi la cruauté la plus sauvage allant jusqu’au cannibalisme et à la nécrophilie.

Personnellement je ne peux pas dire avoir été enthousiasmé par la lecture du roman. Mais Bret Easton Ellis possède certainement un mérite : celui d’oser décrire ce que nous préférerions ne pas voir dans les comportements humains. Selon lui l’être humain cherche toujours de nouvelles voies, physiques et psychologiques, pour exercer sa violence dans un monde aseptisé par les jugements superficiels. Voilà le constat pessimiste que nous propose American Psycho.


 François Giraud, 1ère année Ed.-Lib.




Lire également les articles de Marie-Aurélie et de Julie sur Zombies.

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