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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 21:05






Paul AUSTER,
Brooklyn Follies
,
traduit de l’américain
par Christine LE BŒUF
Actes Sud, 2005
Babel, 2007
Livre de poche, 2008
























« Je cherchais un endroit où mourir ».

Ainsi commence le roman Brooklyn Follies de Paul Auster. Nathan Glass, le narrateur, soixante ans, retourne vivre à Brooklyn, le quartier de son enfance. Ex-courtier en assurance vie à présent retraité, Nathan se remet d’un cancer et pense finir ses jours tranquillement à Brooklyn.

Il décide de se mettre à écrire une sorte de recueil qu’il intitule Le livre de la folie humaine où il note tous les lapsus, les quiproquos et erreurs involontaires qu’il a pu entendre au cours de sa vie. Ce qu’il ignore encore, c’est que l’avenir lui réserve bien des surprises et de nombreuses rencontres qui changeront le cours des choses. Tout débute lorsque, se promenant heureux et sans but dans Brooklyn, il entre dans une librairie et reconnaît son neveu, Tom Wood, derrière la caisse de l’établissement... Très vite, les deux hommes prennent l’habitude de se retrouver autour d’une table au Cosmic Diner pour discuter de littérature, de leurs vies, de leurs familles et de leurs amis, de la société et de la politique. Tom, ancien brillant universitaire destiné à un bel avenir, a une vision pessimiste et négative du monde qui l’entoure et notamment de la politique menée aux Etats-Unis d’Amérique. Nathan cherche ce qui pourrait rendre son neveu heureux : Quitter Brooklyn ? Vivre à la campagne ? Tomber amoureux ? Oser parler à celle qu’il appelle la « JMS », la Jeune Mère Sublime ?

Dès le début du roman, le lecteur est baladé entre l’histoire de la vie tranquille de Nathan et les portraits d’une multitude de personnages qui forment des parenthèses au sein de l’intrigue. Toutes les descriptions de ces êtres humains sont le point fort de l’histoire. Les destins se croisent et influent les uns sur les autres, au hasard.

Paul Auster offre un cocktail de personnages : Nathan Glass. Tom Wood. Mais aussi Harry Brightman, libraire excentrique au passé obscur et aux combines douteuses autour d’un (faux) manuscrit de La Lettre écarlate de Hawthorne. Rufus, Jamaïcain éperdument amoureux de Harry le jour et « incarnation de la féminité absolue » la nuit. Aurora, sœur de Tom ex-droguée et ex-actrice pornographique à présent mariée à David, fanatique manipulé par le révérend Bob. Lucy, neuf ans, fille d’Aurora débarquant un matin sans prévenir chez son oncle Tom, ne prononçant aucun mot durant plusieurs jours. Et tant d’autres encore...

Brooklyn Follies ou comment arrêter de chercher le bonheur sur une route en direction du Vermont. Le bonheur se trouve à Brooklyn. Paul Auster nous fait l’apologie d’un quartier où il fait bon vivre. Ses personnages sont heureux à Brooklyn. Un endroit où l’on apprécie  de se promener,  de profiter du temps qui passe, discuter avec les voisins, s’aimer et être en paix : l’utopie d’un monde merveilleux et si fragile. Au matin du 11 septembre 2001, deux avions s’écraseront sur les tours du World Trend Center.

Brooklyn Follies ou comment un New-Yorkais offre une vision merveilleuse d’un quartier parfait avant un événement dramatique qui reste un traumatisme et une hantise pour les Américains.

Une lecture facile que certains apprécieront... D’autres auront du mal à supporter la profusion de bonheur qui domine le récit. On regrette le côté caricatural et cliché qui ternit parfois les personnages.

 

Julie Laclautre, Ed.-Lib. 1A
  
Autres articles sur Paul Auster





Léviathan, article d'Anaïs






 Moon Palace : articles de  Valérie,  de Joséphine et de Laura.












Trilogie new-yorkaise
, articles de Marine et de Fiona,








M
r Vertigo, articles de M.B. et de Chloé,










Smoke
, article de Louise,







La Nuit de l'Oracle
, articles d'Audrey et de Caroline.





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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 07:08






Mo HAYDER,
Tokyo
,
traduit de l'anglais
par Hubert Tézenas,
Presses de la Cité, 2005,
Pocket, 2007






















Mo Hayder, est née à Londres en 1962. Elle quitte sa famille à 16 ans et part au Japon à l’âge de 25 ans. Elle y vit pendant deux ans. Elle se rend ensuite à Los Angeles; et une fois de retour à Londres, elle commence à écrire. Pour cela, elle s’informe longuement et de façon studieuse sur la police et les médecins légistes. Deux ans plus tard, son premier roman, Birdman, est publié. Tokyo est publié quant à lui en 2005. Elle a reçu pour ce roman le Prix SNCF du polar européen et le prix des lectrices du magazine ELLE.
 

Ce roman est en fait constitué de deux récits à la première personne, qui se chevauchent et s’entremêlent de chapitre en chapitre.

Le récit principal a pour cadre la ville de Tokyo, en 1990. Les premières pages nous dévoilent une jeune étudiante anglaise, la narratrice du récit, surnommée Grey, fraîchement arrivée à Tokyo, partie sur un coup de tête pour rencontrer un professeur et chercheur de l’université de Todai, Shi Chongming. Par la suite, nous découvrons plus de détails sur le passé sombre et torturé de la jeune femme, ainsi qu’une partie de la raison de sa venue à Tokyo. Elle recherche en réalité des informations, des témoignages sur la prise de Nankin (capitale chinoise jusqu’en 1949) par les Japonais durant la Seconde Guerre mondiale; et plus particulièrement sur les débordements de cette guerre, les massacres et autres horribles crimes de guerresqui s’y sont déroulés. En effet ces sujets et cette guerre ont longtemps été et sont parfois aujourd’hui encore des thèmes très sensibles, habilement occultés dans les manuels scolaires, livres et témoignages en général. 
 
Le second récit quant à lui, qui s’ouvre dès le prologue du roman, est en réalité construit à partir d’extraits du journal intime du professeur Shi Chongming, habitant de Nankin durant la Seconde Guerre mondiale, et donc témoin direct de la prise de la ville. Nous découvrons à travers ses yeux tous les détails de l’occupation, depuis l’instant des premières inquiétudes jusqu’aux moments les plus horrifiants des massacres.
 
Mais le roman nous présente bien sûr d’autres personnages : de Jason, l’étrange colocataire de Grey,  à Mama Strawberry, la tenancière d’un bar à hôtesses, aux  énigmatiques yakusas, membres de la mafia japonaise, et jusqu’à la terrifiante « Nurse », véritable incarnation de l’horreur et du mal dans l’œuvre. Il nous fait également vivre bien des rebondissements, nous tient en haleine parfois sur des paragraphes entiers, et nous entraîne peut-être malgré nous dans le dédale de l’horreur humaine, de l’obsession sordide, et de l’ignorance fatale. 
 
Cette œuvre est à la fois une fiction, une volonté de témoignage sur l‘invasion japonaise en Chine (l‘auteur en parle d‘ailleurs également dans sa note en prologue), et une réflexion sur l’être humain, à la fois sur sa volonté, cette force morale qui nous pousse à nous accrocher à un but et à y fixer notre vie toute entière, mais également sur les choses horribles dont il est capable, par nécessité ou bien par pure logique criminelle.


Alexandra, Édition-Librairie 1ère année
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25 avril 2009 6 25 /04 /avril /2009 07:19




MURAKAMI
Ryû,
Miso Soup
(titre original : In the Miso soup)
Traduit du japonais par Corrine Atlan
Editions Philippe Picquier, 2003
Collection Picquier poche















Ce roman a d’abord paru sous forme de feuilleton dans l’édition du soir du Yomiuri Shimbun, le quotidien le plus vendu de la planète.


L’auteur



Biographie et bibliographie de l’auteur sur le lien suivant :
http://www.editions-picquier.fr/auteurs/fiche.donut?id=8


L’intrigue

Tôkyô. Kabukichô, de nuit. Le quartier s’échauffe et se pervertit. Overdoses de corps, de lumière. Les corps y paradent pour que s’arme le plaisir brut…

Kenji, jeune Japonais de 20 ans, officie comme guide pour touristes étrangers, dans la capitale nippone. Il démarche ses clients au moyen de petites annonces passées dans le Tokyo Pink Guide, journal gratuit tokyoïte au nom évocateur.

Le récit commence par la rencontre du jeune homme avec un nouveau client américain dénommé Franck. Assez rapidement, Kenji se voit déstabilisé par cet atypique touriste, qui se comporte d’une étrange façon.

Face à ce personnage transpirant d’ambiguïté, Kenji fait le lien entre lui et les terribles meurtres que les journaux relatent. Il en est certain : ce client qu’il promène en ces lieux sordides est un tueur sanguinaire, un chasseur sans scrupules qui charcute les corps et les âmes. Il en est persuadé, mais il ne sait comment agir. Il a peur, une peur viscérale car sa vie est en jeu. Et puis il y a celle de Jun, sa petite amie, dont Franck connaît l’existence.

Il devient alors la victime du jeu du chat et de la souris instauré par Franck. Le guide et le tueur composent alors un tandem ambigu qui durant trois nuits devient un cauchemar ambulant.

Anatomie du décor

Kabukichô est un quartier de théâtres devenu le quartier des plaisirs de Tôkyô, se situant à l'est du quartier de Shinjuku. Le dédale de ruelles qui le parsèment est pareil à des veines, dont la débauche de couleurs donne la force vitale à ce lieu de perdition. C’un un quartier furieux, animé, bruyant, étouffé par une jungle de néons hypnotiques, vantant les plaisirs faciles des love hotel et masquant les méfaits sordides des Yakusas.

Dans ce roman, le quartier nocturne de la capitale nippone est un véritable personnage et le fait qu’un des héros soit guide dans ces lieux de déshérence est plutôt ironique !

 Le quartier de Kabukichô se mue la nuit, car il se veut tout à fait “normal” en pleine journée. A la nuit tombante, les murs se parent d’une seconde peau, d’atours multicolores, d’estampes décadentes. La ville exprime sa violence intérieure, ses pulsions souterraines où les corps et les âmes se consument. Elle est ambiguë à l’image des personnages qui y font une promenade sanglante.

Il est plutôt judicieux d’en avoir fait le terrain de chasse absolu du tueur de l’histoire, qui ne peut que se délecter de ses proies faciles. Mais la chasse est trop aisée peut-être, si bien que le tueur prend des détours sournois afin de pousser sa vraie victime - Kenji -dans une impasse psychologique.

Si l’on assiste à une véritable dérive urbaine et sociale, nous sommes les lecteurs impuissants de la perdition des victimes et de la dérive psychologique de « Franck », qui agit en toute impunité.

Derrière les paravents séducteurs du quartier, s’agite un monde cannibale qui réduit à néant, et nous sommes aux premières loges d’une indicible violence. Ce théâtre urbain donne matière à raconter, à représenter : les lumières que la ville jette sur les personnages sont comme une brume électrisante qui dissimule tous les crimes et qui finit par les annihiler, étouffés par l’éclat des bruits et l’agitation furieuse. Le déchaînement de la ville - où les êtres et le béton sont agglomérés jusqu’à former une seule essence vide et solitaire - masque en effet une salve de violences sourdes et de supercheries sociales, notamment dans les lieux de plaisir de Kabukichô, où la convivialité est feinte et où tout le monde fait semblant d’être quelqu’un d’autre.  L’auteur fait ainsi évoluer ses personnages dans ce décor coupable et complice qui fait écho à la psychologie des héros, aussi tourmentés et ambivalents que la ville.


Un tandem d’anti-héros

Kenji est certes le narrateur du récit et guide de surcroît, mais il est pareil à une marionnette qui se débat pour survivre. Le récit s’entremêle de ses nombreuses descriptions, de ses introspections angoissées, de ses analyses lucides, de ses dialogues avec Franck et sa petite amie. Il ne semble que spectateur, ce qui désoriente d’autant plus le lecteur qui a envie de crier à Kenji qu’il se voile la face et qu’il est piégé.

« Franck » n’est pas un touriste lambda, en quête de frissons, c’est un énigmatique voyageur du crime qui se dit importateur de pièces détachées pour Toyota (plutôt ironique). Il est  venu au Japon pour goûter à la soupe Miso dont les Japonais se régalent quotidiennement. Il souhaite en effet savoir « quel genre de peuple pouvait boire une soupe pareille tous les jours… ». Mais il finit par conclure : « je n’ai plus besoin d’en boire, je suis en plein dedans, dans le potage japonais ! ».  
 
«  Franck » se dessine sous nos yeux à la faveur des descriptions effrayées de Kenji, qui semble obsédé par l’étrange visage de son client, pareil à un masque de silicone, et dont les froides expressions n’ont rien d’humain. Selon Kenji, cet homme apparaît au fur et à mesure comme irréel, d’une substance inconnue, insensible, indéfinissable. Au début de leur rencontre, Kenji peine à lui coller une étiquette de « tueur en série » ; il ressent en revanche qu’il est un « gouffre béant », d’où pourraient sortir toutes sortes de choses sombres.

Cependant lorsque l’on assiste aux meurtres sanglants, on constate que cet étrange personnage s’inscrit comme le digne disciple du serial killer du Silence des agneaux ou de l'American Psycho de Bret Easton Ellis, auquel on a d’ailleurs beaucoup comparé Miso Soup. A l’instar de Patrick Bateman, l’antihéros d’Ellis, Franck incarne la dualité et symbolise le justicier arbitraire d’une société, qu’il s’évertue à « purifier », en éliminant les individus qui la polluent.


Une balade asphyxiante  

Le récit se voit balayé par des changements de rythme et des fulgurances, ce qui peut aisément désorienter le lecteur. Cependant, cette narration parfois chaotique, traduit parfaitement le trouble ressenti par le narrateur dans son errance et ses impasses, où la lucidité et l’aveuglement se mêlent confusément. Ce polar est éprouvant et la promenade du duo meurtrier ainsi que notre balade dans le récit, est littéralement asphyxiante.


La densité allégorique

Les lieux et les personnages sont choisis comme autant de symboles de la déchéance des sociétés capitalistes et de l’égocentrisme qui y sévissent. L’individualisme et le cynisme sont d’ailleurs une des caractéristiques des romans post-modernes.

Le roman est basé sur une dynamique de ruptures qui tendent ouvertement ou symboliquement à dénoncer cette décadence latente du Japon.

Nous remarquons en premier lieu une évidente rupture culturelle, linguistique, historique entre le Japon et les USA. En effet, l’auteur - par l’intermédiaire de Kenji - évoque durant de nombreuses pages, les rapports culturels entre les deux sociétés qui apparaissent non seulement très différentes, mais aussi opposées. Toutes les différences à propos de l’histoire, des mœurs, des loisirs ainsi que les paradoxes et les incompréhensions mutuelles y sont avidement disséqués, au gré de dialogues entre Kenji et Franck. S’il y a incompréhension des deux cultures, on remarque néanmoins une imprégnation assumée de la culture US dans certains lieux qui portent des noms de rues américaines ou bien une certaine idéalisation de l’Occident des jeunes générations, engendrée par des icônes hollywoodiennes et sportives. Au gré des rencontres et des enseignes, on relève l'omnipotence du modèle américain et le délitement des valeurs japonaises. Il y a cette course au profit, cette prostitution de consommation, ce matérialisme foisonnant…

Quoi qu’il en soit, cette pseudo-symbiose culturelle n’est que superficielle et artificielle et les vraies différences émergent des  fondements de la société et des fondations de la ville ultra-moderne.

On relève également une rupture psychologique entre Kenji et Franck, entre l’innocence de l’un et la perversion de l’autre. Cependant, peu à peu les frontières se brouillent, le statut de bourreau et victime devient plus flou au gré des prouesses sanguinaires du tueur. En effet, le roman fait fi de tout manichéisme en créant entre les deux personnages une sorte d'attraction-répulsion, de fascination réciproque. Les moments de peur alternent ainsi avec des moments d’inattendue complicité, durant lesquels chacun dévoile peu à peu ses failles respectives. Désabusés, mélancoliques, parfois cyniques, les personnages s'enfoncent alors dans cette nuit sanglante. L’impuissance de Kenji alimente ainsi la perversion de Franck qui massacre en toute impunité.

Nous comprenons  dès lors que le véritable guide de ce voyage initiatique est Frank. Le fait qu’il soit étranger et son extrême violence agissent comme révélateur de la société nippone. Le personnage est présenté par l'auteur comme l'incarnation de la décadence du Japon, la personnification de sa destruction interne, par des facteurs externes.

Nous assistons finalement à un renversement de perspectives. "La frontière entre la normalité et la folie devenait floue. Je ne savais plus ce qui était bien, ce qui était mal" s'étonne Kenji. Ainsi, le schéma apparaît au début comme archétypal, mais les frontières s’amincissent peu à peu et se brouillent, l’ambigüité s’installe sournoisement.

Pour finir, nous notons les ruptures physiques ; celles-ci sont moins subtiles et métaphoriques puisqu’il s’agit des décapitations et autres démembrements perpétrés par le sadique Franck. Une des caractéristiques du roman est l’extrême crudité de ses descriptions morbides. Jusqu'à l’apogée du récit : cette unique scène gore, violente, sadique; scène vers laquelle nous ne faisons que tendre, que nous devinons et qui pourtant se révèle choquante.


L’irrésistible décadence du Japon

Ainsi, ce roman va au-delà du simple polar et du triller psychologique. Les personnages, les lieux décrits et les meurtres sanglants ont une résonance symbolique très dense. En effet, le thème privilégié de Murakami est la décadence du Japon, soumis à un réseau d’oppressions latentes et confuses. Un Japon victime de démesure technologique, de surconsommation, où les traditions familiales et collectives ne peuvent qu’abdiquer, face à cette nouvelle génération sans âme et dépourvue d’idéal. Il dénonce ainsi cette masse impersonnelle ployant sous le poids des richesses capitalistes et  accablée par sa propre solitude.

Les massacres sanguinolents de Franck sont la métaphore d’une société qui tue sans vergogne, qui déshumanise. La violence est noyée dans l’indifférence et la froideur générale, ici symbolisé par Kenji, qui -au-delà d’un instinct de survie évident - se fait hypnotiser, anesthésié par son bourreau, à l’instar de toutes ses victimes. Cela met en exergue la cécité de la société japonaise devant des phénomènes toujours plus graves.

Au-delà de l’histoire, Murakami déploie son arsenal de dénonciations. L’on découvre alors un Japon sous un angle généralement ignoré. Sa plume sert une certaine démarche ethnosociologique qui tend à mettre en lumière les profonds bouleversements socio-culturels connus par ce pays au XXème siècle. Il démontre ainsi - à travers les massacres perpétrés par le touriste étranger - cette société japonaise agonisante et mutilée par des maux occidentaux. Le décor qu’il choisit pour mettre en scène son récit atteste de la dérive urbaine, du lieu déraisonné qui s’égare sur des chemins de traverse comme la prostitution lycéenne, l’immigration, la marginalité et autres misères individuelles et sociales, perdus dans le vide existentiel et péchant par manque de spiritualité.

Ce n’est qu’après ce postulat que nous pouvons tenter de comprendre le titre du roman. Pourquoi l’auteur a-t-il choisi ce plat pour illustrer son propos ? Pour beaucoup de Japonais, la journée commence avec une soupe au miso. Ainsi cette soupe est très emblématique de la culture japonaise. Mais à la fin du récit, Franck  compare cyniquement les petits bouts de légumes qui y flottent à des « débris de saleté », et ce derrière une impression de raffinement  et de distinction. Doit-on alors comprendre que l’aspect de la soupe fait écho à la vision qu’a Murakami de son pays ? En effet, l’auteur nous confie : « En écrivant ce roman (…) je me suis senti dans la position de celui qui se voit confier le soin de traiter seul les ordures »


Conclusion

La lecture de cette mixture étrange et presque indigeste laisse un arrière-goût âpre. On est également désorienté par le suspense viscéral qui a sévi durant tout le roman et par la fin déconcertante. Et on a le mal du pays. Car nous sommes les témoins impuissants de la déliquescence de la société japonaise, dont le breuvage capitaliste a d’insoupçonnables conséquences.


Céline, Bib 1A

Lire également l'article de Lucille sur Ecstasy.
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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 07:37











MURAKAMI Haruki
Le Passage de la nuit
Traduit du japonais
par Hélène Morita et Théodore Morita
Belfond, 2008















« Le Passage de la nuit est un beau roman sur le regard en biais, sur le coup d'oeil, sur les yeux qui s'attardent. [...] Et Murakami sait comment rendre la nuit : avec la justesse des profondeurs égarées à la surface des choses. »  Nils C. Ahl - Le Monde


BIOGRAPHIE

Né à Kobe en 1949, Haruki Murakami a étudié la tragédie grecque et dirigé un bar de jazz à Tokyo avant de se consacrer totalement à l'écriture. Auparavant traducteur de Fitzgerald, Irving et Chandler, il rencontre le succès dès son premier roman paru au Japon en 1979, Hear the Wing, Sing, pour lequel il reçoit le prix Gunzo.

Traduit dans de nombreux pays, Haruki Murakami est aujourd'hui considéré comme un des plus grands écrivains japonais contemporains. Expatrié en Grèce, en Italie puis aux Etats-Unis, il rédige Chroniques de l'oiseau à ressort  (publié en 2001 en France) et Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil (2002). Suite au séisme de Kobe et à l'attentat de Tokyo en 1995, il décide de revenir s'installer au Japon. Il y écrit un recueil de nouvelles Après le tremblement de terre, puis Les Amants du Spoutnik (2003). Son roman initiatique Kafka sur le rivage, sorti en 2006 en France, l'inscrit définitivement parmi les grands de la littérature internationale. L’écriture de Haruki Murakami oscille entre la pensée bouddhiste qui voit des répercussions à nos actions et la chronique sociale dans un cadre fantastique, onirique.

BIBLIOGRAPHIE

Romans

(année de publication japonaise, titre français, premier éditeur francophone, date)
1979, Écoute la voix du vent, inédit en français.
1980, Le flipper de 1973 (1973), inédit en français.
1982, La course au mouton sauvage, Seuil, 1990, rééd. 2009.
1985, La Fin des temps, Seuil, 1992.
1987, La Ballade de l'impossible, Seuil, 1994.
1988, Danse, danse, danse, Seuil, 1995. 
1992, Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil, Belfond, 2002.
1992-1995, Chroniques de l'oiseau à ressort, Seuil, 2001.
1999, Les Amants du Spoutnik, Belfond, 2003.
2002, Kafka sur le rivage, Belfond, 2006. 
2004, Le passage de la nuit, Belfond, 2007.

Recueils de nouvelles (traduits en français)

1980-1989, L'éléphant s'évapore, Seuil, 1998.
1980-1996, Saules aveugles, femmes endormies, Belfond, 2008.
1999-2000, Après le tremblement de terre, éd. 10/18, 2002.


UNE HISTOIRE SOMBRE ET ONIRIQUE

Nous sommes à Tokyo lorsque sonne le premier coup de minuit. Seule à la table d’un fast-food, Mari, une adolescente mal dans sa peau est plongée dans un livre, fumant une cigarette. Elle est un peu perdue, déboussolée et ne veut pas rentrer chez elle. Le lecteur va la suivre toute la nuit, au fil d'un récit de plus en plus onirique, de plus en plus hypnotique. Sa sœur Eri, un jeune mannequin avec qui elle a rompu les liens filiaux,  est, elle, clouée sur son lit, comme otage de ses propres rêves. C’est grâce à la rencontre de divers personnages comme la gérante de l’hôtel « Alphaville » (référence au titre d’un film de Jean-Luc Godard. Alphaville est une ville imaginaire où les gens qui pleurent sont arrêtés et mis à mort parce qu’il n’est pas permis d’exprimer des sentiments profonds), une jeune prostituée maltraitée par un client ou encore un musicien, Takahashi qui aidera la vagabonde noctambule, complexée par son physique, à se découvrir et à s’apprécier telle qu’elle est. Ce dernier va également contribuer au rapprochement des deux sœurs en aidant Mari à mieux comprendre Eri.

Le narrateur est un observateur qui décrit ce qu’il voit de façon sobre comme s’il faisait des indications scéniques pour une mise en scène. Ce vertigineux récit est à la fois une quête d’identité, un tableau du Tokyo nocturne, et une exploration du pays des songes. On s'y égare parfois, mais le narrateur semble veiller sur ce petit monde onirique.


MES IMPRESSIONS SUR CE ROMAN


Entre fiction et réalité, Haruki Murakami nous plonge dans les mystères de la nuit. Le lecteur devient voyeur, il est le témoin de scènes, de dialogues, suspendus entre minuit et le lever du jour. Le texte envahit le lecteur d’un sentiment d’étrangeté. J’ai trouvé que les dialogues étaient souvent longs et qu’ils n’avaient pas toujours grand intérêt. Il ne se passe pas grand-chose dans ce roman. Plus qu’une histoire, Le passage de la nuit est avant tout une atmosphère, un univers onirique et envoutant. Au début, j’ai eu des difficultés à « entrer » dans ce récit trop déroutant au premier abord. Puis petit à petit on est comme absorbé par le réalisme magique de Murakami.


Anne-Sophie Tessier, 1ère année Bib-Med
 
Autres articles sur Haruki Murakami





Les amants du spoutnik
, article de Julie






L'éléphant s'évapore
: articles de Noémie et de Samantha







Le Passage de la nuit
:
articles de Marlène, Chloé, E. M., Virginie.








Kafka sur le rivage
:
articles de Marion, Anthony, P.







La Course au mouton sauvage
: articles de Laura, J., et B.





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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 07:50









Alaa EL ASWANY
L’immeuble Yacoubian
traduit de l'arabe (Égypte)
par Gilles Gauthier
Actes Sud, 2006
Babel, 2007















L’immeuble Yacoubian est le premier roman de l’écrivain égyptien Alaa El Aswany, publié en 2002 par les éditions Mérit. C’est un mélange réussi  de l’écriture romanesque et d’une intrigue qui nous présente différents personnages et tous les maux de la société égyptienne. Le roman se déroule au début des années 90. Le point central de l’histoire est l’immeuble dans lequel habitent tous les personnages. L’auteur nous présente les habitants de cet immeuble et nous décrit leur quotidien dans un style simple et facile d’accès.

Voici quelques portraits des personnages principaux de l’histoire

Zaki Dessouki 
représente la classe dominante en plein effondrement. Issu d'une famille riche, il est cultivé, mondain, musulman mais non pratiquant. Il ressasse sa nostalgie de l'ancien temps et ses regrets de ne pas avoir quitté le pays quand il aurait pu le faire. Ni riche ni pauvre, il vit des restes de la fortune de son père « pacha ». Il aime les jeunes et jolies femmes et succombe souvent aux plaisirs de la vie. Il vit avec sa sœur ,ce qui ne lui garantit pas des jours sereins car cette dernière est quelque peu autoritaire avec lui et va jusqu’à le chasser. Elle ne supporte pas sa vie de débauches et sa passion pour les femmes.

Taha el Chazli veut devenir policier ; il réussit haut la main les épreuves écrites mais l’épreuve orale va le ramener à la réalité et se transformer en exclusion. On va lui reprocher que son père soit le gardien de l’immeuble Yacoubian et donc qu’il n’exerce pas un travail suffisamment important pour que son fils puisse devenir policier. Il va petit à petit se tourner vers l’islam intégriste sous l’influence du Cheikh Chaker, participer à des manifestations où il sera arrêté puis torturé et violé. A sa sortie de prison, il intègre un camp d’entrainement islamique. Il va épouser de force une « sœur » dont il finira par tomber amoureux. Mais sa seule obsession est son désir de vengeance…

Boussaïna Sayed est au début de l’histoire la petite amie de Taha. Elle est une jeune fille pleine de moralité et d’honnêteté. Elle se fait renvoyer de nombreux emplois car elle refuse les avances sexuelles de ses patrons. Mais au fur et à mesure, elle va finir par les accepter. Son patron lui demande de séduire Zaki pour récupérer son appartement à sa mort. Mais elle finit par tomber amoureuse de ce dernier. Daoulet, la sœur envahissante de Zaki va l’accuser de prostitution. Elle va être arrêtée et humiliée par Zaki et sa sœur. Mais à la fin du livre elle va trouver finalement le bonheur qu’elle attendait tant.

Soad  a besoin d’argent pour nourrir son fils. Pour cela elle accepte un mariage avec Azzam. Bien qu'il la dégoûte, elle joue devant lui le rôle de la femme modèle et comblée. Mais elle souffre car le Hajj lui interdit de revoir son fils. Tout explose lorsqu'elle tombe enceinte d’Azzam. Elle veut garder l'enfant. Le Hajj refuse et finit par la faire enlever et avorter contre son gré.

Ce livre constitue donc une critique de la société égyptienne ; toutes les catégories y sont représentées, que ce soient les riches, les pauvres, mais aussi les homosexuels. L’auteur nous livre les lourds secrets de la vie égyptienne et les risques que certains comportent. La religion est très présente dans ce roman, qui pourrait être un recueil de nouvelles car tous les personnages ont une vie bien particulière et n’ont parfois aucun lien entre eux si ce n’est l’immeuble Yacoubian. Une adaptation cinématographique a été réalisée mais à mon avis elle ne donne pas une aussi bonne vision de la société que le livre en lui-même. L’auteur a voulu faire une critique de la société en mettant en rapport le gouvernement et les dérives qui peuvent arriver avec la religion.


Maude, 1ère année Édition / Librairie

Alaa El ASWANY sur LITTEXPRESS

El ASWANY Chicago
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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 06:10








Gilbert SORRENTINO,
Petit Casino
Publié en 2006 chez Actes Sud
Traduit de l’américain par Bernard Hoepffner
avec la collaboration de Catherine Goffaux
Titre original : Little Casino, publié en 2002
























Gibert Sorrentino est né à Brooklyn en 1929 et mort en 2006. Il a fondé le magazine littéraire « Néon » en 1956 et a été critique littéraire et professeur à l’université de Stanford. Il a reçu le prix John Dos Passos en 1981, le prix Lannan de la Meilleure Fiction en 1992 et le prix de l’Académie américaine des arts et des lettres en 1985. Il a écrit une trentaine d’ouvrages de poésie et de fiction. Son roman le plus connu est Salmigondis (Mulligan Stew) paru en 1979.


Petit Casino c’est cinquante-deux histoires, historiettes, vignettes ou encore saynètes, les mots ne manquent pas pour tenter de définir l’indéfinissable. Cinquante-deux morceaux de vies. Des rêves mais avant tout des souvenirs, incertains et désordonnés comme ils le deviennent toujours. Les personnages de ce roman ont principalement vécu dans le Brooklyn des années 1950, ils nous font partager leurs impressions par le biais de quelques minutes de leurs existences. Premiers émois, expériences sexuelles, soirée sétudiantes, incertitudes, croyances, questionnements, morts et désespoir sont au cœur de leurs mémoires. Ce sont tous des hommes sans éclat, aux destins tragiques ou aux vies ennuyeuses, comme il en existe par milliers, ils sont tout simplement humains.

Gilbert Sorrentino brosse le portrait d’une culture qui échappe en grande partie aux Européens, rendant la lecture plus difficile. Certains passages restent, malgré plusieurs relectures, toujours aussi obscurs. Il faut accepter de mettre les pieds dans un univers qui nous est étranger, mais n’est-ce pas là l’intérêt de la lecture ?

Chacune de ces tranches de vie est accompagnée d’un commentaire, certains paraissent sans lien avec ce qui est dit précédemment tandis que d’autres pourraient continuer l’histoire. Ils sont comme des regards supplémentaires sur un point précis ou un personnage. L’auteur y inclut souvent des citations de chansons, de poèmes et de romans sans en préciser la source. Il nous perd délicieusement dans les références musicales et littéraires.

Ses commentaires sont brillants, allant du constat sur l’état d’esprit des Américains à leurs modes de vies en passant par des anecdotes imprévues qui ne cessent de surprendre le lecteur. Gilbert Sorrentino semble s’amuser, il lui arrive de changer radicalement de sujet ou encore de nous abreuver d’informations pour semer le doute sur l’exactitude de ses propos quelques lignes plus tard. Il joue avec différents styles d’écriture, nous rappelant parfois Queneau et ses Exercices de style. Il maîtrise l’ironie et nous en fait une magnifique démonstration. Il se moque avec brio de la paranoïa de la société envers les maladies, l’alcool et surtout la cigarette. Il caricature les phobies pour mettre en évidence le ridicule, l’absurde.

C’est tout simplement la vie dans le Brooklyn des années 1950 qu’il dépeint, ressuscitant d’une manière unique la ville de ses 20 ans, usant et abusant d’un humour qui lui est propre, pour le plus grand plaisir des amateurs d’ironie, de noirceur et de dérision.

Quelques extraits

« Mario chaussait tous les jours des caoutchoucs pour aller à l’école, car l’empeigne de ses chaussures était craquelée et déchirée, les semelles usées jusqu’à la corde. Naturellement, il aurait pu choisir de ne pas mettre de caoutchoucs car c’était, même pendant les années 1930, l’Amérique, et la liberté, plus grosse qu’une maison, était en phase définitivement ascendante.»  ‘Les potes de 6B4’ page 15.

« Je crains que les noms des deux filles mentionnés dans cette « réminiscence » présomptivement tendre mais cependant complètement vaine, voire inutile, n’aient été mélangés. Il s’agissait de Constance Ryan et d’Helen Mangini. La première était la bénéficiaire de ce qu’elle pense maintenant avoir été « les attentions sexuelles non désirées » qu’on lui avait manifestées dans le parc. Constance portait une jupe en lin à rayures blanc et bleu, et s’inquiétait des taches d’herbe qui auraient pu faire penser à son frère, Paulie, qu’il y avait eu badinage amoureux. Il a posé sa veste par terre quand elle a dit qu’elle ne voulait pas que Paulie soit au courant. Au courant de quoi ? a-t-il dit, une main sous la jupe étroite.

« Ils ne boivent pas beaucoup de Dant en Californie, pour autant que je puisse le savoir, vous ne pensez pas ? On n’en entend jamais parler.»

 « Eh bien, le whiskey et les cigarettes vous tuent en plus ou moins vingt minutes en Californie, un fait avéré. Les seules choses qui ne peuvent pas vous faire du mal sont le soleil implacable et les milliers de tonnes de gaz d’échappement empoisonné qui, quotidiennement ajoutent un peu d’épices au pollen et aux spores de l’air. De toute façon, « Sacré beau temps ! » est une expression à garder à toutes fins utiles au milieu des sourires amicaux et creux »
Commentaire page 200.

« Ses exploits relevaient d’une américanité éclatante car il était l’homme qui obtenait ce qu’il ne méritait pas. » Commentaire page 84.


Extrait d’un entretien de Bernard Hoepffner

« Peu d’écrivains ont autant mis l’accent sur le refus d’écrire des histoires réalistes, avec une intrigue “minutieusement composée, intéressante, pleine de suspense”, des personnages “plausibles, pleins de substance et de motivation”, un décor “qui vous rappelle quelque chose”, au contraire, il insiste sur le fait qu’il n’y a là que de l’encre sur du papier, que sa création est pure imagination; et pourtant le Brooklyn de ses livres, les personnages qui s’y trouvent sont d’une humanité étincelante — qu’il s’agisse de gens ordinaires, pauvres et sans espoir, ou du monde artificiel des arts (qu’il ne cesse de fustiger). Son oreille exceptionnelle lui permet de jouer de la langue anglaise comme d’un instrument, de la tordre, de la déformer, tout en restant constamment d’une grande lisibilité. Même lorsqu’il caricature un mauvais écrivain, son style est incomparable. Le tout est un mélange de noirceur extrême et d’humour, de dérision et d’humanisme dans lequel le lecteur pénètre pour ne plus en ressortir. » Bernard Hoepffner, traducteur des livres G. Sorrentino

Retrouvez la totalité de l’entretien avec Bernard Hoepffner à cette adresse : http://table-rase.blogspot.com/2007/04/dcouvrir-sorrentino-entretien-avec.html


Marion Philippeau
1ère année édition-librairie


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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 21:12











Richard BRAUTIGAN,
Un privé à Babylone (1977)
Traduit de l’Américain par Marc Chénetier
10/18 domaine étranger

















Richard Brautigan a souvent été considéré comme un auteur mineur, un simple hippie qui a eu un succès inexplicable.

Il nait le 30 janvier 1935 à Tacoma et vit une enfance malheureuse. Sa fierté est une imagination débordante et précoce, et il rêve de devenir écrivain.

Dans les années 60, il fait partie du mouvement Beat à San Francisco, puis fréquente les Diggers (groupe d’inspiration libertaire) et distribue ses poèmes dans la rue.

Son premier roman publié est Un Général Sudiste à Big Sur en 1964 mais il se vend assez mal.

Malgré les échecs, Richard Brautigan garde confiance en son talent et en 1967 La pêche à la truite en Amérique est un succès immédiat. Il écrit par la suite plusieurs autres romans.

Il se retire dans le Montana où il plonge dans la solitude, la paranoïa et l’alcool et il se suicide le 26 octobre 1984.

Un privé à Babylone est l’histoire du détective privé C.Card, qui est complètement fauché et n’a même pas de balle pour son pistolet lorsqu’un mystérieux client fait appel à lui.

C’est un narrateur rêveur qui s’échappe constamment de la réalité pour vagabonder dans son monde imaginaire : Babylone. Là bas, accompagné de sa secrétaire la somptueuse Nana-Dirat, il résout des affaires avec succès et est le privé le plus célèbre de la ville … Le récit est entrecoupé de ses fantasmes et rêves de gloire dans cet univers onirique. Mais ces escapades imaginaires attirent toujours des ennuis au privé, qui tente de résister à la tentation de « penser à Babylone ». Il avoue lui-même que c’est la cause principale des échecs de sa vie !

Quand le premier client depuis des mois le contacte pour une affaire, C.Card se met à la recherche de balles pour son pistolet, puis rencontre enfin son employeur, une femme blonde, riche et belle qui boit de la bière et est accompagnée d’un chauffeur avec un cou « gros comme un troupeau de buffles ». Il découvre alors le but de sa mission : voler un cadavre.

Commence alors une aventure cocasse où il se retrouve bringuebalé et ne comprend pas vraiment ce qui se passe. Se succèdent des dialogues décalés, des rencontres loufoques, et l’on se demande souvent comme tout cela va finir, s’il va parvenir à se sortir des mauvaises situations dans lesquelles il se met inévitablement.

Il faut accepter d’entrer dans le jeu de l’auteur, ne pas s’attendre à un roman noir comme les grands du genre, mais le personnage est peut être plus humain et attachant, et le détournement du polar est souvent drôle.

Les connaisseurs trouveront dans ce livre de nombreux clins d’œil aux romans noirs, mais ce polar est aussi à conseiller aux amateurs d’histoires inhabituelles, loufoques et déroutantes.


Léa, Ed 1A





Voir les articles d'Adèle et de Marianne sur La Pêche à la truite en Amérique.

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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 07:03








Paul AUSTER
Leviathan
,
Actes Sud, 1992
Babel, 2005
Livre de poche, 2008



















L’histoire

« Il y a six jours, un homme a été tué par une explosion, au bord d’une route, dans le nord du Wisconsin(…). Le lendemain de l’explosion, les dépêches ont transmis une information succincte sur l’affaire.(…) De façon presque inévitable, je me suis mis à penser à Benjamin Sachs. »

Lorsque Peter apprend dans la presse qu’un homme vient de mourir dans l’explosion d’une voiture, il pense aussitôt à son ami Benjamin Sachs. Peter est écrivain et décide alors d’écrire l’histoire de Benjamin, lui aussi auteur,  afin de comprendre comment son ami qu’il n’avait pas vu depuis plusieurs années, avait pu se transformer en terroriste.  Le récit commence par leur rencontre, lors d’une lecture loupée, dans un bar miteux. Peter trace alors le portrait de Benjamin : brillant, génial, ce dernier  est alors un jeune auteur prometteur, un homme charismatique et de cette beuverie naît une amitié extrêmement forte. Seulement, pour nous parler de Benjamin, Peter a besoin de parler de son histoire à lui aussi, des personnes qu’il a croisées et qui vont entrer dans la vie de Benjamin. Les récits s’enchâssent alors, comme des poupées gigognes, afin de faire revivre chaque détail de leur amitié pour comprendre pourquoi, pourquoi Benjamin a décidé de faire exploser toutes les statues de la Liberté d’Amérique.

La statue de la liberté.

Lors d’un repas de Thanksgiving dans la famille de Benjamin, Peter entend alors une anecdote sur ce dernier et la statue de la Liberté : alors qu’il n’était qu’un enfant, Benjamin est allé visiter avec sa mère la statue de la liberté. Tout se déroulait très bien jusqu’au moment où sa mère, prise de vertige, fait un malaise dans la torche de la statue et ne parvient à redescendre que sur les fesses. Ce soir-là, Benjamin dira alors que « ça [avait] été [sa] première leçon de théorie politique. [Il avait] apprit que la liberté pouvait être dangereuse. Si vous ne faites pas attention, elle peut vous tuer. »

Quelques années plus tard, le 4 juillet 1986, Benjamin et Peter fêtent le centième anniversaire de la statue de la Liberté avec des amis. Benjamin flirte alors avec Maria, une ancienne amante de Peter, une femme charismatique et dangereuse, qui n’est pas sans rappeler la Marla de Fight Club. Benjamin étant marié à Fanny, aussi présente à la fête, il n’ose pas pousser le flirt devant les convives. Ivre, excité, Benjamin décide d’emmener Maria sur le toit de l’immeuble afin de la pousser à faire le premier pas. Mais à peine l’a-t-elle touché, que Benjamin, surpris par l’arrivée d’une amie sur le toit, tombe de plusieurs étages,  sa chute est alors  miraculeusement amortie par une corde à linge. Benjamin survit, mais son corps est brisé à plusieurs endroits. Cet accident crée un tournant dans la vie de Benjamin, et donc dans le récit.  Peter  écrit alors « je ne veux pas en faire grand cas, mais quelques instants avant la chute de Ben, nous avions dérivé vers le récit que sa mère et lui nous avaient fait de leur visite à la statue de la Liberté en 1951. Compte tenu des circonstances, il était naturel que cette histoire nous revînt en mémoire, mais ce fut horrible tout de même, car à peine avons-nous ri tous deux à l’idée de tomber de la statue de la Liberté que Ben tombait de l’échelle de secours. »

Leviathan

La chute de Ben est alors aussi  métaphorique que réelle. La figure de Flitcraft, personnage de Dashiell Hammet, qui change de vie après avoir fait l’expérience de la mort est une fois encore présente chez Paul Auster. Benjamin refuse de parler à qui que ce soit et semble être constamment dans un état second. Après plusieurs semaines de mutisme, il exprime alors le désir de mettre un terme à la vie  qu'il a vécue jusqu’ici. Ayant le sentiment qu'elle n’a été qu’une erreur, un gâchis, il déclare qu’il veut tout changer à présent, et se pose à lui-même un ultimatum radical : changer tout ou disparaître.

Ben va alors quitter Fanny, éviter ses amis et se retirer dans sa propriété du Vermont où il travaille sur un nouveau roman, Léviathan, puis disparaît.


Peter tente alors de retracer cette nouvelle vie, de faire coller les récits des personnes croisées par Sachs, comme Maria qui l’avait beaucoup photographié, ou Lillian, sa meilleure amie mariée à Reed Dimaggio. Ce dernier devient alors l’alter ego de Ben après une scène extrêmement violente dans le Vermont qui change une fois de plus le cours de la vie de Ben, et le mène tout droit au terrorisme.

Ainsi, Ben, dans sa quête d’absolu, va voyager d’un bout à l’autre de lui-même. Il va croiser son destin plusieurs fois, sous les traits de Maria ou de son amie Lillian, ou après avoir connu le wild, l’état sauvage. Traumatisé par la figure de la statue de la Liberté, Ben va se transformer en terroriste, appelé par les
journaux, le « fantôme », rappelant ainsi un personnage réel de l’histoire des Etats-Unis, « Unabomber », un brillant mathématicien reconverti dans les attentats à la  bombe. A chaque fois qu’il fait exploser une statue, Benjamin envoie simultanément des revendications à différents journaux : « La Démocratie ne va pas de soi. Il faut se battre pour elle chaque jour, sinon nous risquons de la perdre. La seule arme dont nous disposons est la Loi ». Il est intéressant de remarquer que Benjamin voit la Loi comme seul salut aux malheurs de l’Amérique. En outre le titre du livre fait écho aux  revendications de Benjamin puisque le Léviathan,
chez Thomas Hobbes représente l’Etat comme « pouvoir absolu garant d’une vraie société civile ».
 

A. J., 1A Ed.-Lib.

Autres articles sur Paul Auster


 Moon Palace : articles de  Valérie,  de Joséphine et de Laura.












Trilogie new-yorkaise
, articles de Marine et de Fiona,








M
r Vertigo, articles de M.B. et de Chloé,










Smoke
, article de Louise,







La Nuit de l'Oracle
, articles d'Audrey et de Caroline.



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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 07:06




Don DELILLO

Outremonde
Roman traduit de l'américain par Marianne Véron
en collaboration avec Isabelle Reinharez.
Première publication aux Etats-Unis : 1997.
Première traduction en France : 1999.

























«Ma société s'occupait de déchet. Nous faisions du traitement de déchets, du commerce de déchets, de la cosmologie de déchets. J'allais dans les terres basses de la côté texane et je regardais des hommes en combinaison lunaire enterrer des barils de déchets dangereux dans des strates souterraines de sel vieilles de millions et de millions d'années, résidus desséchés d'un océan mésozoïque. C'était une conviction religieuse dans notre profession que ces dépôts de roche saline ne laisseraient pas fuir de radiations. Le déchet est une chose religieuse. Nous ensevelissons des déchets contaminés avec un sentiment de révérence et d'effroi. Il est nécessaire de respecter ce que nous jetons.» (p.97, Actes-Sud, collection Babel)

Outremonde est un roman qui ne se résume pas. Un livre monde, débordant d'histoires, de personnages, d'époques, de significations. Il y a Cotter Martin, ce jeune garçon qui resquille sa place pour un match de baseball en 1951 au dénouement incroyable, récupère la balle de la victoire, et son père qui la lui volera. Il y a Nick Shay, cadre pour une usine de retraitement de déchets en 1992, qui retrouve Klara Sax, après une longue séparation, dans le désert du Texas où elle repeint des B-52 pour en faire une gigantesque oeuvre d'art. Il y a aussi Edgar Hoover le directeur du FBI en 1966, et Lenny Bruce, le comique drogué et paranoïaque pendant la crise des missiles de Cuba, et tant d'autres personnages dont les vies couvrent 40 ans de l'histoire souterraine des Etats-Unis dans cette chronique de l'outremonde (underworld) qui entrecroise le réel et la fiction.

Le récit est antéchronologique, c'est-à-dire que, si l'on excepte le prologue et l'épilogue, la première partie est la plus récente (1992) et la dernière la plus éloignée de nous (1951 – 1952). Si Nick Shay et Klara Sax en sont les personnages récurrents, ils ne sont pas les seuls : certains reviennent de loin en loin, d'autres n'apparaissent que sur un chapitre. Le récit se focalise aussi sur des objets comme  la fameuse balle de baseball, qui passe de mains en mains, et prend une signification différente pour chacun de ses possesseurs ou la bombe atomique, qui est au coeur de toutes les préoccupations.



« Lenny ploya les genoux et ouvrit les bras en grand, la bouche étirée dans un rictus de terreur effarée et grimaçante.
-  Nous allons tous mourir !
(…) Une heure plus tard, après tous les numéros, les apartés scatologiques, les voix improvisées, c'était cette phrase isolée qui restait dans l'esprit des gens tandis qu'ils regagnaient leurs voitures et rentraient chez eux à Westwood, Brentwood ou Dieu sait où, ou qu'ils erraient sur les autoroutes pendant la moitié de la nuit parce qu'ils savaient qu'ils ne pourraient pas dormir et quel meilleur endroit pour imaginer l'éclair et l'explosion, où d'autre iraient-ils pour répéter la fin de l'histoire, ou la voir pour de bon – c'était la signification des autoroutes et ils l'avaient toujours su à un niveau inexploré »
. (p.553)

Outremonde est avant tout le récit fragmentaire d'une époque, à travers ses lieux et ses ambiances : la chaleur d'un été dans le Bronx, un supermarché de préservatifs, une plaine désertique remplie de B-52 peints, un cinéma passant un inédit de Eisenstein.  Un récit d'une complexité remarquable, où tout est en constant changement : du délinquant qui devient cadre supérieur, de l'artiste perdue qui devient célèbre, aux ordures qui s'empilent, créant une deuxième ville avec sa propre structure.

Outremonde n'est pas ce qu'on appelle de la littérature divertissement, mais un pavé de plus de 800 pages, un réservoir de sens susceptibles d'apparaître à la dixième lecture. C'est aussi et surtout un roman écrit dans un style magnifique, extrêmement dense.

En 2006, un jury de 25 écrivains réunis par le magazine Times lui a accordé le titre de deuxième livre le plus important de ces 25 dernières années.

A tous points de vue : un chef-d'œuvre.


Un mot sur l'auteur

Né en 1936, Don Delillo a grandi dans le Bronx, comme Nick Shay, le personnage principal d'Outremonde. Issu d'une famille d'origine italienne, il découvre véritablement la littérature lors d'un petit job d'été comme surveillant d'une aire de jeu, pendant lequel il lit Faulkner, Hemingway, et peu après le Ulysses de Joyce. Il travaille d'abord comme publicitaire, mais après cinq ans, il arrête. Il commence alors à écrire : deux ans et demi plus tard en sort Americana, son premier roman, paru en 1971 aux Etats-Unis. Il écrit depuis régulièrement des romans, des nouvelles et des pièces de théâtre. Ses oeuvres les plus connues sont Bruit blanc, Mao II, et Outremonde. Il a reçu le prix de la ville de Jérusalem en 1999. A sa parution, Outremonde a été finaliste pour le National Book Award en 1997 et pour le prix Pulitzer en 1998. Il habite à New York. 

Benjamin Sausin, A.S. Bib

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13 avril 2009 1 13 /04 /avril /2009 07:11









Don DELILLO
Cosmopolis

traduit de l’Américain par Marianne Véron
Actes Sud, 2003
Babel, 2005
J'ai lu, 2006


 






















L’auteur

Don DeLillo est né le 20 novembre 1936 et a vécu toute son enfance dans le Bronx, à New York. Fils d’immigrés italiens, il a reçu une éducation catholique jusqu’à l’université de Fordham. N’ayant pas trouvé de travail dans l’édition à sa sortie des études, il devient concepteur-rédacteur dans une agence de publicité. Il arrête son travail en 1962 non pas dans le but de devenir écrivain mais « pour ne plus travailler » ! Il écrit néanmoins essais, pièces de théâtre, scénarios et surtout plus d’une dizaine de romans. Aujourd’hui, DeLillo est un auteur de renommée internationale et a reçu de grandes distinctions littéraires comme le National Book Award, le PEN/Faulkner Award et le Jerusalem Prize 1999.

Don DeLillo a été marqué par son enfance catholique mais aussi par l’assassinat de J. F. Kennedy. Il est allé jusqu’à demander l’ouverture des dossiers secrets de la CIA sur le sujet. Ce sera d’ailleurs le sujet d’un de ses livres et le thème de l’assassinat sera récurrent dans toute son œuvre. Les autres thèmes majeurs sont l’angoisse de la mort que l’on retrouve dans Cosmopolis et la fascination qu’il a pour pour l’image, le film et le langage. D’ailleurs, à la lecture de Cosmopolis, les images et les sons de la ville sont très présents.

DeLillo est une personne assez secrète que l’on compare souvent à Thomas Pynchon, auteur du même courant postmoderne.


Le livre

Cosmopolis est tout d’abord dédié à Paul Auster, admirateur de DeLillo qui l’apprécie aussi à sa juste valeur. L’intrigue se déroule en avril 2000 bien que le livre soit paru aux Etats-Unis en 2003. Le personnage principal, Eric Packer, décide un matin d’aller chez le coiffeur de son enfance. S’ensuit alors une journée où il va traverser tout New York et regarder le monde qui l’entoure de l’intérieur de sa limousine. L’histoire pourrait s’arrêter là mais, bien sûr, le monde qui l’entoure n’est pas le « meilleur des mondes ». Les manifestations, l’arrivée du Président dans la capitale et un cortège funèbre pou un rappeur célèbre sont à l’origine d’embouteillages qui permettent à Eric de rencontrer sa femme, ses amantes, ses employés, son docteur tout au long de son chemin. Entre un repas avec sa femme et une partie de jambes en l’air avec une de ses amantes, Eric est prévenu d’une menace d’attentat imminent sur sa personne. Cette menace et une certaine perte de contrôle de sa personne l’amènent à ruiner sa société et sa femme un peu plus tard par un pari osé sur le yen. Ce personnage insensible poursuit sa route vers le coiffeur de son père et va d’ailleurs jusqu’à tuer sur le chemin son garde du corps, Torval. « Torval était son ennemi, il constituait une menace pour son estime de soi. Quand vous payez un homme pour vous garder en vie, il y gagne une supériorité psychique. Une des fonctions de la menace crédible et de la perte de sa société et de sa fortune personnelle était qu’Eric pouvait s’exprimer de cette façon. La disparition de Torval libérait la nuit pour une confrontation plus profonde ». On comprend alors qu’il n’en est peut-être pas à sa première fois, que la place de garde du corps donne trop d’importance à la personne qui la tient et qu’il ne supporte pas ce fait.

Le regard d’Eric Packer sur ce qui l’entoure est celui d’un homme blasé : entre l’immolation d’un homme dans la rue pendant une manifestation d’anarchistes qui s’en prennent à sa limousine, la découverte d’une rave-party et de l’action des drogues et de la musique sur ses participants et
, en fin de soirée, la rencontre de sa femme sur le tournage d’un film où les figurants sont allongés nus par terre, rien ne le surprend. Il regarde tous ces événements le précipiter vers sa fin en spectateur. Une once de culpabilité surgit tout de même à la fin : « Eric pressa le canon contre la paume de sa main gauche. Il essayait de penser avec clarté. Il pensa à son chef de la sécurité étalé sur l’asphalte, avec encore une seconde à vivre. Il pensa à d’autres, au fil des ans, brumeux et anonymes. Il fut envahi par une énorme prise de conscience, toute pétrie de remords. Il en fut transpercé, la culpabilité, c’est son nom, et comme elle était étrange, la douceur de la détente contre son doigt ». Une prise de conscience tardive… Trop tard.

La lecture de ce roman nous laisse une sensation de mauvais rêve, de chute lente où l’on perd son souffle avant de toucher le fond. C’est la description d’une ville chaotique, où la population se déshumanise un peu plus chaque minute et prépare elle-même sa fin proche. Le monde de la finance, des gratte-ciel, des caméras de surveillance dont les yeux de verre sont les témoins de cette longue descente aux enfers, finissent de décrire le paysage et l’ambiance qu’il peut diffuser.

Don DeLillo m’a semblé être un auteur très pessimiste quand à la nature humaine et à notre futur. Certains passages soulignent même le fait qu’il a été très atteint par les attentats du 11 septembre. Ce côté très obscur, où la personne humaine n’a aucune chance de s’en sortir et de connaître le véritable bonheur ,m’a laissé un goût amer. J’ai aussi eu l’impression que les gens ne ressentaient rien, ni émotions ni sentiments. Les événements se succèdent sans vraiment avoir de cohérence. La fin peut donner l’illusion que l’on peut échapper à la mort… Mais les confessions de Benno Levin à l’intérieur de l’histoire sont catégoriques : « il est mort, mot pour mot ». Pour finir, ce sont donc une écriture et une intrigue qui sortent de l’ordinaire. On peut avoir du mal à comprendre où veut en venir l’auteur mais en règle générale, le style d’écriture est simple et se lit facilement. L’auteur est complexe, cela se fait sentir dans son œuvre mais son écriture reste à la portée de tous même si je pense
ne
pas en avoir compris toutes les subtilités.

Extraits

Premier paragraphe du roman : « Le sommeil lui échappait plus souvent maintenant, pas juste une ou deux fois par semaine mais quatre, cinq fois. Que faisait-il quand cela se produisait ? Il ne faisait pas de longues promenades vers l’aube défilante. Il n’avait pas d’ami assez cher pour lui infliger un appel. Qu’y avait-il à dire ? C’était une question de silences, pas de mots. »

Dernier paragraphe du roman : « Son meurtrier, Richard Sheets, est assis en face de lui. Il a perdu tout intérêt pour l’homme. Sa main contient la douleur de sa vie toute entière, émotionnelle et autre, et il ferme les yeux une fois de plus. Ce n’est pas la fin. Il est mort à l’intérie
ur du verre de sa montre mais toujours en vie dans l’espace originel, à attendre la bruit de la détonation. »

Aude, Éd.-Lib. 1A
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