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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 22:39





Paul AUSTER

La nuit de l'oracle, 2003
Traduit de l'américain par Christine Le Bœuf
Actes Sud, Babel, 2004


 
















Résumé de l'œuvre


 

C'est l'histoire de Sidney Orr, écrivain new-yorkais de 34 ans. Il sort tout juste d'un long séjour à l'hôpital.

Le récit commence donc trois mois après sa sortie, le 18 septembre 1982. Il est marié et vit avec sa femme Grace à Brooklyn, précisément. Il décide de se remettre à écrire afin de pouvoir éponger leurs dettes. Il se rend donc à la papeterie Paper Palace, tenue par un Chinois nommé Chang. Il y achète un carnet bleu « portugais ».

Suite à une conversation avec John Trause, ami d’enfance de Grace et aujourd’hui ami du couple, Sidney s'inspire de l’histoire de Flitcraft. Ce personnage, tiré du roman Le Faucon Maltais de Dashiell Hammett, alors qu’il échappe de peu à une mort certaine, décide de tout quitter et de tout recommencer dans une autre ville sans avertir personne.

Sidney prend donc pour personnage principal Nick Bowen, éditeur qui vit et travaille à New-York, tout comme Sidney. Il reçoit un manuscrit de Sylvia Maxwell, des mains de Rosa Leightman, sa petite-fille. Le titre du manuscrit de l’auteur reconnue et décédée n’est autre que « La nuit de l’oracle ». Le jeune homme se retrouve très vite attiré par la jeune femme malgré le fait qu'il soit marié.

Un jour, alors qu’il se promène dans la rue, une gargouille manque de peu l’écraser. Il échappe alors à la mort et décide, sur un coup de tête, de quitter New-York et de partir pour Kansas City sans rien dire à personne.

Là-bas, il fait la connaissance d’Ed Victory, chauffeur de taxi, qui l’embauche comme gérant de collection d’annuaires téléphoniques dans un abri anti-atomique. Cependant, le jour où il transporte Ed à l’hôpital et où ce dernier meurt, Nick se retrouve accidentellement enfermé dans le bunker et ainsi pris au piège du carnet bleu.

A partir de ce moment, Sidney ne trouve plus d’inspiration. Grace, sa femme, lui apprend qu’elle est enceinte mais n’envisage pas de garder l’enfant. C’est une décision que Sidney ne comprend pas. Lorsqu’il apprend la nouvelle à John, celui-ci semble vouloir qu’elle avorte. Il lui demande alors de rendre visite à son fils Jacob, violent et drogué, et qui, quand il était plus jeune, détestait Grace. Suite à cette rencontre, il décide d’écrire la « supposée » relation qu’auraient pu entretenir Grace et John avant qu’il ne les rencontre mais aussi pendant qu’il était malade. Mais cette relation n’est peut-être pas si imaginaire que cela …

Il jette alors le carnet pensant avoir écrit des horreurs. Cependant, en effectuant ce geste, il décide d’affronter la réalité de l’avenir. La fin du roman permet de garder espoir mais elle est aussi tragique.

Thématiques de l’œuvre

Il s’agit d’un texte écrit à la première personne du singulier : Je, c’est donc Sidney Orr, personnage principal de l’œuvre d’Auster, qui écrit cette histoire.

Paul Auster, comme dans tous ses livres, joue avec lun certain nombre de thèmes récurrents : notamment le hasard et la coïncidence avec le personnage de Flitcraft.

Dans ce livre, il nous mène vers la réflexion sur les mots et se demande si ce qu’il écrit ne va pas influencer le futur. Il aborde aussi les thèmes de l’écriture et de l’inspiration notamment avec le carnet bleu «  portugais » qui l’absorbe totalement. C’est à croire qu’il serait « magique ».

Il joue aussi avec la frontière réalité-imaginaire. En effet, il ajoute à son récit fictif, des éléments plutôt réels. Par exemple, Sidney Orr donne à son personnage de Rosa Leightman les mêmes traits physiques que sa femme Grace, la maison de Nick Bowen est la copie conforme de l’appartement de son ami John, Trause est l’anagramme d’Auster et le manuscrit s’appelle lui aussi « La nuit de l’oracle ».


Mon avis

Il s’agit d’une œuvre complexe. En effet, beaucoup d’histoires s’entremêlent (récit dans le récit) mais l’histoire est toujours accessible car Paul Auster utilise un vocabulaire plutôt simple et il essaie de ne pas tout mélanger en même temps.

Ce livre est très touchant, et je vous conseille de le lire.

 
Audrey M., 1ère année Ed.-Lib.

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 21:01



















Paul AUSTER,
Moon Palace
,
Actes Sud, 1993
















Biographie




On ne présente plus Paul Auster, ce célèbre romancier américain qui a offert au XXe siècle quelques-uns de ses plus grands romans : La Cité de verre
(1987), Revenants (1988), La Chambre dérobée (1988) qui forment la Trilogie new-yorkaise, mais aussi Léviathan (1993), La Nuit de l'oracle (2004) ou Brooklyn Follies (2005) et bien d'autres... En France, il est publié aux éditions Actes Sud. L'auteur vit aujourd'hui à Brooklyn et vient de publier son dernier roman : Seul dans le noir.
 






Citation

"Le soleil est le passé, la terre est le présent et la lune est le futur."
 
 
Moon Palace, c’est le récit d’une vie, d’une quête initiatique, d’un destin, celui de Marco Stanley Fogg, étudiant new-yorkais, qui se retrouve seul à la mort de son oncle. Passionné de livres, celui-ci lui en lèguera quelques milliers. Autant de livres que notre protagoniste lira un par un, jusqu’au dernier… [Clin d'oeil de la part de Paul Auster à son propre oncle, traducteur et féru de livres qui lui transmit également son goût pour la littérature ?] S’ensuit alors une longue période d’errance ; ruiné et perdu dans l’immensité de la ville, M.S. Fogg trouvera refuge à Central Park, où il frôlera la mort.  Mais des amis le retrouveront et l’aideront à sortir de cet enfer… Par instinct de survie, il luttera pour sa dignité ainsi que pour affronter son passé, son présent, et un futur qui lui réserve bien des surprises et des rencontres…

Destinée ? Hasard ?

Le hasard se serait-il mêlé de son étrange rencontre avec un vieillard revêche et capricieux dont il devient l’assistant ? Comment expliquer que leurs destins et leurs vies se rejoignent ? Quant à la lune, the « Moon », quel rôle joue-t-elle ? Fil rouge de l’histoire, elle est omniprésente de la première à la dernière page: dans l’évocation des premiers pas sur l’astre, dans le nom du groupe de clarinettistes de Chicago, les Howie Dunn’s Moonlight Moods, devenus plus tard les Moon Men, mais surtout, elle clignote depuis l’enseigne d’un restaurant dans Broadway : le Moon Palace.

La ville, piège ou berceau ?

New-York, ville de peur et de cauchemar lors de la période "Central Park", apparaît aussi comme un objet de fantasme dans l'esprit du protagoniste. Il la perçoit comme un territoire ambivalent, à la fois attirant et effrayant. On retrouve encore la thématique de la lune, car Fogg compare la ville à un paysage lunaire, dépourvu d'humanité.

Identité : origines du nom de Fogg

Attardons-nous sur le nom du personnage principal: Marco Stanley Fogg... Chaque partie de son nom fait appel à la thématique du voyage, de l'aventure : Marco pour Marco Polo, Stanley pour Henry Morton Stanley, célèbre explorateur, et enfin Fogg, en référence à Phileas Fogg, le héros du roman Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne.
 
Ce roman de Paul Auster montre une nouvelle fois le goût immodéré de l’écrivain pour les récits de quête initiatique: il fait du jeune Fogg un chevalier des temps modernes, un Perceval orphelin perdu dans la jungle urbaine de New-York… Les thèmes favoris de l’auteur sont rassemblés dans ce roman : l’errance, la famille, la quête initiatique, mais également la question de la création littéraire.

Parce qu'on a tous un oncle passionné de littérature, ou par solidarité, on s'identifie à ce fragile personnage et on lutte à ses côtés... Un très bon roman, une leçon intelligente sur le sens de la vie, une belle découverte.


Valérie Ximenez, 1ère année Ed.-Lib.

Deux autres articles sur Moon Palace : ceux de Joséphine et de Laura.

Voir également :




Trilogie new-yorkaise
, articles de Marine et de Fiona,







M
r Vertigo, articles de M.B. et de Chloé,










Smoke
, article de Louise,






La Nuit de l'Oracle
, article de Caroline.




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1 mars 2009 7 01 /03 /mars /2009 18:46




Alfred DÖBLIN,
Berlin Alexanderplatz,

Traduit de l’allemand par Zoya Motchane
Gallimard, 1981,
coll. Folio




















L’AUTEUR


Alfred Döblin (1878-1957) est un médecin et écrivain allemand d’origine juive. Durant sa « période berlinoise », il écrit beaucoup d’articles sur des pièces de théâtre, des films qui sont donnés dans la capitale et dans lesquels il décrit la république de Weimar. C’est à cette époque, en 1929, qu’il écrit son roman le plus célèbre, Berlin Alexanderplatz. Dès l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933, sentant le vent tourner en sa défaveur, il entame une période d’exil en Suisse et en France, qu’il quitte en 1940 pour les États-Unis. Il finit sa vie de retour en Allemagne et laisse derrière lui une dizaine de romans, plusieurs recueils de nouvelles, des essais théoriques absolument novateurs sur la littérature en général et la fiction en particulier, des ouvrages philosophiques, des articles et des essais politiques, sans compter un récit autobiographique et quelques incursions au théâtre. Il reste cependant très méconnu et est toujours associé à son roman le plus fort, Berlin Alexanderplatz ; je vais essayer de vous montrer les différents aspects qui en font un livre d’exception.


L’HISTOIRE


Le livre nous introduit directement dans la vie d’un détenu nommé Franz Biberkopf qui, libéré, va retrouver Berlin après quatre ans d’emprisonnement. C’est d’abord un choc mais très vite il va monter son réseau de ventes de journaux et gagner une situation aisée. Mais très vite aussi il déchante et perd tous ses biens. Bientôt il va faire la rencontre de Reinhold un personnage clé qui sous ses airs d’ami proche va concourir à sa perte…

Ce roman décrit les coups bas crapuleux de Berlin dans les années 1925 à 1930 mais aussi l’impossibilité pour un homme de rester honnête et droit. Franz Biberkopf nous apparaît comme un repenti qui veut rester honnête ; cependant l’histoire va nous démontrer tout le contraire.

Ce personnage fait à mon sens figure d'antihéros car il suscite à la fois pitié et répulsion. On a envie de l’aider en effet mais en même temps on se dit qu’il mérite finalement son sort et qu’il est seul maître de son destin.

LES SPÉCIFICITES DE L’ŒUVRE

Alfred Döblin utilise premièrement  dans ce roman un procédé de «collage», c'est-à-dire qu’il va insérer dans son texte  des poèmes, des chants patriotiques allemands de l’époque, des références bibliques, des extraits de journaux qui finalement produisent la modernité du récit et en même temps modifient toutes nos habitudes de lecture. Ce procédé a aussi été utilisé par John Dos Passos dans son livre Manhattan Transfer où de la même manière il se sert de ces collages pour décrire New York.

Souvent les «interventions» de l’auteur tombent comme une sentence et prennent une forme moralisatrice lorsqu'elles portent sur la situation dans laquelle se trouve Biberkopf. Par exemple, la phrase «Il y a un faucheur qui s’appelle la mort. Il tient son pouvoir du Dieu éternel»  revient souvent dans l’écriture de Döblin et à la fin l’auteur ne prend même plus la peine de finir sa phrase mais écrit juste «Il y a un faucheur ….». Ce qui a déjà un effet morbide en anticipant sur le sort du héros et installe une certaine complicité avec le lecteur.

En second lieu, Döblin nous montre subtilement les pensées de son héros et donne également son avis. Tantôt c’est Alfred Döblin qui raconte les faits. J’ai eu le sentiment que plus l’histoire avançait, plus il intervenait, surtout à partir du chapitre (livre) six. Il emploie un ton beaucoup plus dur et fataliste comme si on ne pouvait que s’attendre au sort de Biberkopf, ce qui rend son discours d’autant plus fort ; au détour d’une page, on peut ainsi passer du rire aux larmes, car il peut être tout aussi bien ironique que funeste.

Tantôt on voit Berlin du point de vue de Franz Biberkopf et c’est là qu’on découvre l’ampleur du personnage mis au point par Döblin. Toujours soumis à l’influence des personnages qui l’entourent, Biberkopf est instable dans son mode de pensée. C'est-à-dire qu’on peut le voir résolu à faire le bien le matin et plein de pulsions meurtrières le soir. Il est parfois incohérent dans son discours et ses actes. Pour preuve, après avoir été trahi par son ami Reinhold, il n’hésite pas à revenir vers lui et le fréquenter de nouveau quelques mois plus tard. Ce personnage est parfois naïf et il peut agacer lorsqu'il se laisser balader sans se remettre en question ni se méfier de ceux qui l’entourent. Le sachant en proie aux contradictions, on n’est presque plus étonné au bout de quelques péripéties  de voir ses malheurs empirer.

Ces éléments rendent à mon sens la lecture difficile dans le sens où Biberkopf n’est pas un personnage simple et qu’il faut s’y accoutumer, mais c’est ce qui fait la particularité de l’œuvre.

Enfin la question du titre m’a interpellée, pourquoi avoir choisi le nom d’une place pour décrire l’histoire d’un seul homme ? Pourquoi ce lieu et pas un autre ?

C’est d’abord un symbole berlinois. Dans le contexte de l’époque la place Alexandre (ou Alexanderplatz) et son quartier étaient un lieu de commerce en plein essor, de corruption. C’est, dans le livre, le premier lieu où Biberkopf se retrouve après sa sortie de prison et donc ce lieu est symbole de son retour dans un monde rempli de vices et de tentations auxquels il va faire face. C’est aussi le nœud des transports en commun et on peut le comparer à une pieuvre qui s'étirerait sur toute la ville, maintenant ainsi la corruption.

C’est en effet le point de départ de Biberkopf dans Berlin et un lieu dont on n’entend presque plus parler par la suite. Un peu à la manière de Voyage au bout de la nuit de Céline, on part d’une place, ici l’«Alexa» comme le disent les Berlinois ou la place Clichy pour Céline ; puis les deux auteurs décrivent la vie de ces quartiers, les hommes qui y vivent et leurs vices.

A première vue cette lecture est déroutante mais l’intérêt pour le sort qui attend Franz Biberkopf  nous oblige à continuer. Les collages modifient certes nos habitudes de lecture mais nous rendent, nous lecteurs, d’autant plus présents dans le livre. Cela pose des questions car même si cette histoire inventée se déroule dans une autre époque, on peut aisément l’assimiler à des faits actuels.

Les descriptions de la ville et notamment des différents quartiers sont poignantes, et voir mentionnés des noms de rues dans lesquelles vous êtes vous-même allé donne l’impression qu’on a fait le même parcours que Biberkopf. Le phénomène est d’autant plus troublant qu'on peut suivre les rues sur une carte tout en lisant. On découvre ou redécouvre ainsi la ville les quartiers Friedrichschain, Prenzlauer Berg.

Mon seul regret et qu’il n’y ait pas plus de références au contexte économique et politique de l’époque, étant donné qu'Alfred Döblin a vécu l’avènement de Hitler et la crise économique de 1929. Mais peut-être était-ce la volonté de Döblin de ne pas en dire plus sur le monde qui l’entourait.

Morgane, 1ère année BIB-MED


Un film de Rainer Werner Fassbinder a été tiré du roman. Un site lui est consacré :
http://www.berlinalexanderplatz.carlottafilms.com/


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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 17:53





M
URAKAMI Ryû

Ecstasy
Roman traduit du japonais par Sylvain Cardonnel
Picquier poche, 2006
8,50 euros



























Ryu Murakami dérange, il renvoie l'image d'un Japon 
la technologie et l'immensité des métropoles transforment les individus en être violents, seuls, perdus, où Internet a remplacé les valeurs et les nombreuses limites du Japon traditionnel. Ecstasy est le premier tome d'une trilogie appelée Monologues sur le plaisir, la lassitude et la mort. Trilogie, triangle... trois personnages qui vont emmener le narrateur et le lecteur vers l'inconnu en trangressant toutes les limites et plus encore.

Miyashita, Japonais sans histoire, respectant l'Impératif de la société niponne : travailler, part à New York pour réaliser le clip d'une star japonnaise montante. C'est dans le quartier mal famé de Bowery, fréquenté exclusivement par des SDF, que tout va basculer pour lui : "Et toi, tu sais pourquoi Van Gogh s'est taillé une oreille ?". Cette énigme va amener Miyashita à rencontrer différents personnages : Keiko, maîtresse du sadomasochisme, puis Yazaki et Reiko, formant les deux angles maquant du triangle. Ce couple à trois va alors entraîner, de manière très subtile, le narrateur dans un monde de drogue et de sexe et en faire son « jouet ».

Je laisse le soin aux intéressés de découvrir l’étrangeté des personnages que Murakami nous laisse tout le loisir d’appréhender dans leurs longs monologues ainsi que la fragilité de son narrateur, qui va perdre peu à peu son « je » dans le « jeu ».

Personnellement j’ai beaucoup aimé ce roman qui, je pense, est malheureusement desservi par la traduction (pour avoir lu Les Bébés de la consigne automatique qui n’est pas du même traducteur et que je trouve « mieux écrit »).


L.D., 2ème année Ed-Lib

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16 février 2009 1 16 /02 /février /2009 16:11




David
GOODIS,
La Blonde au Coin de la Rue, 1954,
Titre original : The Blonde on the street corner
Traduit de l’américain par Jean-Paul Gratias

réed. Paris : Rivages, Coll. : Rivages-Noir, 1986




















L’auteur

Romancier américain, David Goodis est né le 2 mars 1917 à Philadelphie. Après des études journalistiques terminées en 1938, il vendra ses pulps(1) ; des récits de sports, d’aventures, des westerns, des policiers et il se spécialisera dans les combats aériens de la Première Guerre mondiale. Il publie son premier livre Retour à la vie (Retreat from Oblivion) en 1938, et s'installe à New York. Il obtient le succès en 1946 avec son livre Cauchemar (Dark passage) L'adaptation de ce livre en 1947 sous le titre Les Passagers de la nuit avec Humphrey Bogart et Lauren Bacall, lui vaut d'être engagé par la Warner Bros comme scénariste à Hollywood. Il n’y restera que deux années, et il participera à quelques films passés inaperçus. De retour à Philadelphie en 1950, il s'occupe de ses parents et de son frère. Il écrit pour les livres de poche qui remplacent progressivement les pulps et sort Cassidy’s Girl (1951), La lune dans le caniveau (1953), Sans espoir de retour (1954), Descente aux enfers (1956). David Goodis doit son succès en France à l'adaptation de plusieurs livres au cinéma, comme Tirez sur le pianiste par François Truffaut en 1960, dont c'est le deuxième long-métrage. La perte de son père puis de sa mère, les difficultés de son frère cadet souvent interné, affectent l’écrivain. Il s’enfonce dans la déprime et l’alcool et finit par tomber malade fin 1966. Il décédera à l’hôpital le 7 janvier 1967 à Philadelphie, dans l’indifférence.

L’intrigue

Ralph a 30 ans, il est au chômage et vit encore chez ses parents avec ses jeunes sœurs, Evelyn et Adeline. Il fréquente ses amis Ken, Georges et  Dingo pour tromper son ennui. Il se passionne pour les combats de boxe dont il ne lit que les comptes-rendus. Le père de Ralph travaille dans une usine frigorifique, il emmène sa femme au cinéma au moins deux fois par mois. Ken a 34 ans et porte toujours un mince pardessus déchiré par endroits et des chaussures en cuir trouées. Il ne s’entend pas avec ses parents et ses quatre frères et sœurs tous mariés. Il vit seul et rêve d’aller en Floride en faisant de l’auto-stop jusqu’à Miami. Il compose des chansons au piano et songe à les éditer.

Georges a 31 ans. A chaque élection il surveille le dépouillement du scrutin ; il y gagne cinq dollars.Il aurait voulu être un joueur de base-ball professionnel.

Dingo a 33 ans ; petit et mince, il apparait comme le moins séduisant de la bande. Il aime se rouler des cigarettes et plaquer ses cheveux sur son crâne avec des tonnes de gel. Son travail consiste à aider un plombier à installer des chaudières à mazout ce qui lui rapporte un peu d’argent. Il a un frère Clarence, marié à une « grosse blonde » nommée Lenore qu’il n’aime pas. Celle-ci n’a pas la langue dans sa poche, et se dispute sans arrêt avec la mère de Dingo et de Clarence.

La bande de garçons passe son temps à imaginer des stratégies pour se faire plus d’argent, comme ouvrir des salles de jeux, organiser des parties de poker et de blackjack dans leur cave. Ils ne font rien de leurs journées à part siroter du whisky ou discuter chez l’un, chez l’autre. Leurs vies tournent autour de la confiserie Silver, du Street Market, et des magasins Blayner qui les embauchent pour un temps au service des expéditions. Les quatre amis organisent des « soirées » en appelant des filles inconnues au téléphone. C’est ainsi qu’ Agnes Donahue, Pauline, Mabel et Edna Daly font la connaissance des jeunes hommes.

Les premières lignes nous dépeignent la rencontre du personnage principal  Ralph, avec Lenore. David Goodis annonce par ce dialogue, l’issue inévitable de son roman. Il nous impose une vision de deux êtres à la  vie fade dominée par un arrière-goût d’amertume, et de désirs jamais assouvis. Lenore ayant un caractère affirmé, se place directement comme la voie de passage obligée pour Ralph. Même si celui-ci se refuse à la suivre au départ : «
C’est peut-être ça que tu attends, la fille de tes rêves. (…) Tôt ou tard, tu seras fatigué d’attendre, et alors, ce sera toi et moi. » (p 13).

Intérêt du roman

Le personnage de Ralph nous apparaît comme noyé dans sa propre vie. D’humeur toujours maussade, il regarde le plancher et le ciel gris et il se félicite de ne pas avoir de travail. Ses parents aimants lui donnent de l’argent quand il en a envie. Ses sœurs le traitent de fainéant mais Ralph n’en a cure. Il préfère rester à l’écart dans les soirées entre amis, fumer en imaginant les hommes de son âge, dans ce qu’ils appellent « le bonheur conjugal »(p 48).

L’auteur nous le présente comme un être déprimé qui se laisse porter par la médiocrité de son quotidien, embrassant
le monde
d’un regard empreint de cynisme et de pitié. On le qualifierait presque d’observateur de sa propre existence désenchantée.

 Ralph se montre oisif et passif jusque dans ses sentiments. Lorsqu’il rencontre Edna Daly, celle-ci se met immédiatement à croire en lui et en ses possibilités comme éditer une chanson qu’il a composée avec Ken. Mais Ralph prend peur, (de ne pas être à la hauteur de cette rencontre ?, de prendre un nouveau cap ?) et il ne parviendra qu’à composer des paroles pour Edna, qu’il ne lui montrera pas. Par la suite, il choisit de ne plus la revoir.

Au plus profond de lui-même, le personnage de Ralph détient une force poignante de vie qui ne demande qu’à s’exprimer, mais ses peurs et ses frustrations l’en empêchent.

Ses amis et lui rêvent tous d’idéal, de vies meilleures et parce qu’ils n’ont plus confiance en eux-mêmes, ils préfèrent s’en éloigner, et s’abîmer dans l’alcool.

 
Parallèle avec l’écriture de Raymond CARVER

David Goodis met en scène des personnages subissant la vie, plutôt qu’ils ne l’éprouvent réellement. La
Blonde au Coin de la Rue est à rapprocher des Vitamines du bonheur, où on retrouve des thèmes chers aux deux écrivains. La désillusion et l’usure du quotidien, entament progressivement  la psyché des personnages, et le désespoir apparaît bientôt comme la seule issue de leur misère.

L’influence du roman noir est notable : là où l’intrigue est reléguée au second plan, les auteurs (Goodis en fait partie) s’appliquent à dévoiler la face d’une société en mal de reconnaissance, brisée par un mal de vivre toujours croissant. Souvent jeunes, les personnages se sentent dépassés par leur destin et semblent quasi-absents de leur propre chair.

Carver et Goodis brossent des portraits de ratés solitaires errant dans les bas-fonds des villes, conjuguant regrets  et infortune. Leurs récits laissant une place de choix aux dialogues, sont empreints d’un réalisme à contre-courant du modèle du self-made-man(2). Pour sortir de la noirceur de l’ennui, il n’y a que l’argent. L’argent que gagnent modestement les gens issus de quartiers défavorisés. L’argent qu’on dépense aussitôt de façon hasardeuse. L’argent comme ticket pour la liberté afin de jouir des biens réservés aux nantis. Les situations s’enchaînent, les âmes se croisent, l’espoir d’un nouveau départ surgit parfois.

Plus généralement, cette littérature urbaine affiche l’Homme blessé sous le poids de sa condition humaine,  à la poursuite d’un bonheur caricaturé mais toujours actuel : celui du rêve américain
:

 “
Tout ce temps passé, c’était un pari sur l’avenir (...) Mais tant que les dés n’avaient pas cessé de rouler, il y avait toujours un certain éclat dans ce qu’ils faisaient. (...) Mais tant qu’il y avait un “peut-être“, il leur restait l’éclat” (p.102).

Observation

La quatrième de couverture parle d’un « constat désespéré de la jeunesse de l’époque ». David Goodis semble en effet jouer sur ce registre quasi pathétique, en nous présentant les fragments de vie d’une bande de jeunes avec des désirs de leur âge.

La ville avec ses rues, ses faubourgs, son froid d’hiver annihile totalement les espérances de ces héros ordinaires. Même si on attend un peu trop du scénario, on ne peut s’empêcher de se dire que, sans cette littérature déceptive, le lecteur ne saisirait peut être pas toute la complexité de ces vies miséreuses qui finissent par nous émouvoir.


Notes

 1.   abréviation de pulp magazines : mot anglais désignant des revues populaires bon marché, apparues au début du XXe siècle aux États-Unis et consacrées à diverses formes de narration.
2.   mot américain désignant un homme qui doit sa réussite personnelle et professionnelle à ses propres moyens.

Netographie

http://www.larousse.fr/encyclopedie/#larousse/64319/4/pulp-magazines.
http://www.fluctuat.net/livres/paris99/chroniq/goodis.htm
-  http://www.polars.org/article70.html

Autre support

-  Microsoft Encarta 2009 collection (CDRom)

Anaïs Assemat, 1ère année Bib.-Méd.-Pat.






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3 novembre 2008 1 03 /11 /novembre /2008 00:00














Grégory MACDONALD
Rafael, derniers jours
Editions 10/18, 1991
collection Domaine étranger






















Publié en 1991 sous le titre original The Brave aux éditions 10/18 dans la collection Domaine étranger, ce roman a été adapté au cinéma par Johnny Depp en 1997. Pour ce livre, l’auteur Grégory Macdonald a obtenu le prix « Trophées 813 du meilleur roman étranger » en 1997.


La lecture de ce roman est une plongée étourdissante dans la fulgurance d’un destin. Par une fascination enténébrante et une fureur sourde, on s’accroche au récit de la vie de Rafael, de ce qu’il en reste, de ce qu’il va en rester...

Rafael est un jeune amérindien qui vit dans une communauté, Morgantown, un simulacre de ville qui s’est créé dans une décharge près d’une autoroute, au sein de la brillante Amérique.

Dans ce cloaque désenchanté, il mène une existence minée par la pauvreté, l’alcool et la charge d’une famille composée d’une femme et de trois enfants. Voulant défier sa marginalité, le jeune homme s’intéresse à une proposition de travail qui lui semble alléchante. De cyniques producteurs usent de sa déconcertante naïveté et le convainquent de devenir l’acteur principal d’un snuff movie (film clandestin contenant les images de sévices et de meurtres réels).

Pour ce jeune homme honni par la société et sans ressource intellectuelle, le rêve américain s’accomplit : il va être dans la lumière et « comme un taureau dans l’arène », il va défier la douleur et accepter d’en mourir. Malgré une description atroce des tortures qu’il endurera, Rafael trouve là l’opportunité de prendre son destin en main. L’approche inéluctable de la mort lui accorde une sorte d’illumination : Il va se sacrifier pour sa famille et l’argent de sa mort servira à la survie de celle-ci.

Il lui reste donc 3 jours. Quelques heures dérisoires où il va commencer à vivre, à s’enivrer de cette décision salvatrice. Empreint de la fierté absolue d’avoir enfin un travail, ce n’est pas en écorché vif qu’il appréhende son supplice prochain. C’est là toute l’ironie cruelle de la situation.

Devant cette abnégation du corps et de l’esprit, le lecteur quant à lui se décompose dans une lente agonie. Une violence souterraine se distille, s’insinue et on suffoque jusqu’à la mort du récit.

A travers Rafael c’est toute une communauté démunie qui est décrite, une humanité naufragée, noyée dans une mélasse de misères, broyée par les courants dominants du capitalisme et du rêve américain forcené, ; Rafael en est la plaie béante. Il est amérindien et ce n’est pas un hasard, il a été rendu étranger à tout, même à lui-même.

Ce destin livré en pâture nous est narré sans provocation, sans mélodramatisme mais à la limite du pathétique. Il dénote cependant une vision acérée de la société moderne et des nouvelles formes de violences toujours plus perverses, plus cyniques qu’elle engendre. La sobriété de l’écriture et la pureté superbe du héros en font une force dénonciatrice pertinente, car plus pernicieuse, plus violente. 

Ce roman à la poésie douloureuse, à l’évanescence macabre ne peut laisser indifférent.

Rafael ou les derniers jours d’un martyre anonyme…


Céline Cuny, 1ère année bibliothèques-médiathèques


Biographie de Grégory Macdonald visible sur le lien suivant :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gregory_Mcdonald

A propos de l’adaptation cinématographique du livre : http://www.commeaucinema.com/film=the-brave,11622.html

A propos des prix littéraires « Trophées 813 » : http://fr.wikipedia.org/wiki/Troph%C3%A9es_813






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30 septembre 2008 2 30 /09 /septembre /2008 19:45







Thomas PYNCHON

Vente à la criée du lot 49
The Crying of lot 49

Roman
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Michel DOURY
Éd. du Seuil, DL 2000
Collection Point






















L’auteur :


Thomas Pynchon, né en 1937, est un écrivain américain originaire de l’Etat de New York. Ecrivain discret qui n’accorde que peu d’interviews et de photos, il est l’auteur de sept romans : V ; L’Homme qui apprenait lentement ; Vente à la criée du lot 49 ; L’Arc-en-ciel de la gravité ; Vineland ; Mason & Dixon et Contre-jour.

Wikipédia. Thomas Pynchon [en ligne].
Disponible sur
http://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Pynchon
Encyclopædia Universalis. PYNCHON (T.) [en ligne].
Disponible sur
http://www.universalis-edu.com/


L’ouvrage :

Un dimanche d’été, Œdipa Maas quitte son mari hypersensible et sa vie monotone de Kinneret-Among-The-Pines, Californie. Elle est l’exécutrice, à sa plus grande surprise, du testament d’un ancien amant, Pierce Inverarity, un homme imprévisible, magnat de l’immobilier et de l’industrie.


La succession importante la conduit à San Narciso, près de Los Angeles. Mais les affaires se compliquent avec la découverte d’un étrange symbole et une curieuse collection de timbres. Sa quête de la vérité commence et peu à peu, Œdipa remonte la piste de ce qui semblerait être le plus grand et ancien complot conte le monopole d’état des services postaux. Durant son enquête, elle fait un lien inquiétant entre une pièce de théâtre du XVIIème siècle : « The Courier’s Tragedy » et le symbole : un cor bouché d’une sourdine représentant la lutte ancestrale contre la poste officielle Thurn & Taxis d’un service de courrier privé et clandestin, dont l’héritier actuel se nommerait W.A.S.T.E.

La vie passée d’Œdipa éclate à mesure qu’elle se rapproche de la « révélation ». Est-elle sous l’emprise d’hallucinations, existe-t-il réellement un complot, ou est-ce un mauvais coup d’Inverarity ?


Maïlys, 2ème Année Bibliothèques / Médiathèques


Voir aussi l'article de Delphine sur V.

Contre-Jour, le dernier roman de Pychon, vient de paraître aux éditions du Seuil. Article du Monde des livres.

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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 07:41

Nik COHN,
Broadway, la grande voie blanche
Première édition :
The Heart of the World, Knopf, 1992
Traduit par Elisabeth Peellaert,
Julliard, 1993
réedité par les éditions 10/18, 2000
448 pages
















Présentation de l'auteur



     Né en 1946 en Irlande du Nord, Nik Cohn fuit son pays natal à dix-sept ans pour aller s'installer à Londres. Il devient très rapidement journaliste pour de prestigieux journaux (Observer, Sunday Times...) et invente ce qu'on appelle la " rock critic ".


     En 1968 sort A Wop Bop A Loo Bop A Lop Bam Boom, L'Âge d'or du rock, qui devient rapidement un livre culte.


En 1975, il s'installe à New York où il écrit Broadway, la Grande Voie Blanche ainsi que Rock Dreams, etc.


L'histoire





     Broadway, La Grande Voie Blanche raconte l'histoire d'un écrivain irlandais qui veut découvrir le monde. Suivant les conseils d'un de ses amis, il part à New York à la conquête de Broadway, " monde au coeur du monde ". Guidé par Sasha Zim, un chauffeur de taxi sovéricain, musicien à ses heures perdues, il longe la grande voie blanche, rencontrant des personnes étranges souvent en marge de la société : voleurs par vocation à Battery Park, travestis aux abords de la quarante-troisième rue ouest, mafieux chinois à Chinatown ou encore vendeur itinérant en livres sataniques près de Wall Street.


     Le livre est construit sous forme de spectacle avec des parties, ainsi que des entractes. Chaque chapitre, grâce aux interventions des personnages, conte une partie de Broadway ; non pas celui du strass et des paillettes, mais celui qu'on laisse bien volontiers dans l'ombre, ce qui va en quelque sorte à l'encontre du titre, La Grande Voie Blanche.


     Le célèbre critique musical n'aurait-il pas voulu parodier la rue la plus swingante et scintillante du monde en écrivant cet hymne au désenchantement ?


     Dans tous les cas, plus on avance dans le récit et plus Broadway semble se perdre dans sa démesure ; la joie qu'il y avait au départ s'estompe petit à petit au fil des récits des personnages.


 Le rapport à la ville


     L'argument du livre est la remontée de Broadway avec le narrateur : il commence aux pieds de la statue de la Liberté pour finir dans le Bronx, ce qui nous fait parcourir une bonne partie de Manhattan. Chaque étape du trajet nous fait entrevoir des lieux mythiques de la Grosse Pomme comme Wall Street, Times Square ou la cinquième avenue.


     Nik Cohn nous promène également dans le temps : en 1841, quand Broadway était un petit musée des horreurs, ou dans les années 30 où le jazz saxonnait à tous les coins de rues.


     L'auteur s'est beaucoup renseigné sur la ville avant d'écrire ce livre ; les dernières pages sont d'ailleurs consacrées à une bibliographie assez considérable, traitant de New York en général.


     Comme nous l'avons vu précédemment, le ton enjoué du départ se dégrade peu à peu ; il est de même pour la vision de Broadway, la description des lieux sombre dans une profonde nostalgie, celle d'arriver au terme de son voyage ou tout simplement parce que le Broadway magique d'antan n'est plus ?


     La réponse serait sûrement la seconde mais les protagonistes interrogés, eux, semblent ne pas pouvoir se détacher de cette rue et si un jour ils en sont partis, c'était pour mieux revenir ensuite ; ils voient un peu Broadway comme Neil Young dans sa chanson " On Broadway ".


     Alors, fascinante, la Grande Voie Blanche ? Oh que oui, et non pas par ses comédies musicales, mais tout simplement par sa population loufoque qui la résume tout à fait !


Lucie, Ed-Lib. 1A

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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 08:08



Michael CUNNINGHAM

 

Le livre des jours
Titre original : Specimen Days, 2005
Traduit par Anne Damour
Editions Belfond, 2006

 

 

Voir aussi
Fiche d'Annie
Fiche de Chloé






     Le livre est composé de trois histoires se déroulant à trois époques différentes.


La première histoire, "Dans la machine"
, est en quelque sorte un roman historique qui se déroule dans le New York de la deuxième moitié du XIXème siècle. Elle raconte la vie de Lucas, un enfant qui parle comme un livre. Ce dernier arrête l’école afin de remplacer son défunt frère Simon à l’usine, auprès de la machine qui lui a pris la vie, pour subvenir aux besoins de sa famille malade et folle de tristesse.


La deuxième histoire, "La Croisade des enfants"
, se déroule dans les années 2000. C’est l’histoire de Cat, psychologue dans la police, qui a pour fonction de recevoir les appels de personnes menaçant de commettre des crimes, et de les trier par échelle de danger. Cette dernière " loupe " un appel : un adolescent vient de commettre un attentat : il s'est fait exploser en prenant un passant dans ses bras.


La troisième histoire, "Une pareille beauté",
 se place dans le registre de la science-fiction futuriste. C’est l’histoire de Simon et de Catareen. Tout les deux sont rejetés par la société, Simon parce qu’il est un robot, et Catareen, parce qu’elle est une nadienne, sorte de reptile extraterrestre venu se réfugier sur la planète Terre. Ensemble ils fuient vers Denver, l’un pour éviter la mort et trouver le " sphros ", l’autre pour y mourir.

 

     Ces trois histoires pourraient en apparence ne rien avoir en commun ; pourtant il existe quelques liens entre elles. En effet, mis à part entres autres le retour des prénoms des personnages et un petit bol blanc qui passera dans les mains de chacun d’entre eux, deux autres liens principaux tiennent une grande importance dans chacune des histoires.

     Le premier est New York, ville métamorphosée au cours des histoires par le temps qui passe, mais qui garde toujours cette caractéristique étrange et ambiguë de ville à la fois déshumanisée par sa froideur et néanmoins emplie d’espoir. Le deuxième lien principal et fil conducteur du roman est le personnage et la poésie de Walt Whitman. Cette poésie est un lien intemporel qui unit les trois héros : Lucas quitte l’école mais garde à son chevet Feuilles d’herbes dont il lit un extrait tout les soirs ; on découvre dans la seconde histoire que les attentats ne sont pas sans lien avec cette poésie, et Simon en a des réminisecences dans sa mémoire robotisée. Michael Cunnigham rend ainsi hommage au poète de la même manière dont il salue Virginia Woolf dans Les Heures, prouvant ainsi la beauté de l’art dans son intemporalité.

     A mon avis, l’essence même du livre est concentrée dans l’épigraphe du roman :



" Ne crains rien ô Muse ! ce sont des jours et us nouveaux
  qui t’accueillent
C’est je le reconnais une race étrange, très étrange,
d’un genre original,
Et pourtant la vieille race humaine, la même en
dedans, en dehors,
Visages et cœurs semblables, semblables sentiments,
semblables désirs,
Le même vieil amour, la même beauté, le même usage. "

Walt WHITMAN, Feuilles d’herbe


Elisa, 1ère année Edition-Librairie

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26 avril 2008 6 26 /04 /avril /2008 22:22


Orhan PAMUK
Istanbul. Souvenirs d’une ville, 2003
Traduit du turc par
J.-F. Pérouse, Savas Demirel et Valérie Gay-Aksoy
Gallimard, 2007

















Brève biographie :





     Orhan Pamuk est né le 7 juin 1952 à Istambul. Il est très reconnu en tant qu’écrivain en Turquie et dans le monde, ses livres ayant été traduits en plus de 20 langues. Orhan Pamuk a également reçu de nombreux prix littéraires, notamment le Prix Nobel de littérature le 12 octobre 2006.

     Cet auteur défend des opinions contraires à celles du gouvernement turc, en reconnaissant le génocide des Arméniens. C’est pour ces propos qu’Orhan Pamuk est menacé régulièrement et qu’en octobre 2005 l’écrivain a été mis en examen pour insulte délibérée à l’identité turque. Il souhaite également que la Turquie rentre dans l’Union Européenne.

    Orhan Pamuk a beaucoup écrit durant sa carrière d’écrivain, voici quelques titres de son œuvre :

Le Château Blanc (1996)
La vie nouvelle (1999)

Mon nom est rouge (2001)

Neige (2005)



Istambul. Souvenirs d’une ville :


     Cet ouvrage relate l’enfance et la jeunesse d’Orhan Pamuk à Istambul. L’histoire de la ville et celle de cet enfant sont intimement imbriquées, la première influençant sans nul doute la seconde. En effet, tout au long de l’œuvre, le lecteur découvre comment Orhan se construit avec la ville d’Istambul (d’où le titre du livre). L'ouvrage est illustré de photos de famille et de vues d’Istambul, en lien avec la trame narrative.

     Orhan Pamuk grandit dans l’immeuble familial d’une famille assez aisée d’Istambul. Son père est souvent absent, sa mère trop protectrice. Orhan vit dans un environnement feutré : l’appartement " musée " de sa grand-mère, un lieu sombre et austère, autrement dit pas l’endroit idéal pour un enfant. Aussi Orhan va-t-il très vite s’inventer un monde parallèle dans lequel il construira des histoires, afin d’échapper à la monotonie du réel.

     Au cours du récit, Orhan nous emmène dans les rue d’Istambul. On y découvre l’architecture mais aussi les konak (anéantissement par le feu des bâtiments anciens afin d’oublier l’empire fort d’autrefois, face à l’incapacité d’instituer à la place un monde " occidental " fort).

     C’est pendant son enfance qu’Orhan va découvrir les paysages du Bosphore réalisés par Melling, dessinateur occidental ayant séjourné 18 ans à Istambul. Orhan qualifie les représentations du fleuve de Melling de " monde merveilleux et heureux ". C’est en admirant les paysages de Melling que naîtra son goût pour le dessin, et, dès 15 ans, il commence à peindre des paysages d’Istambul.


Aquarelle de Melling

 
    L’écriture aussi deviendra rapidement un de ses principaux centres d’intérêt, avec l’influence de romanciers turcs comme Tampinar. Les écrivains turcs de cette époque étaient éblouis par la littérature occidentale, pris entre Orient et Occident, tout comme la ville d’Istambul à la même époque. En effet, le pays est alors à une période charnière de son histoire, avec la fin de l’empire Ottoman si puissant et l’ouverture au monde occidental.

 

     Orhan est aussi séduit par les écrits de romanciers occidentaux tels que Flaubert ou Théophile Gauthier.

     Dans cet ouvrage, Orhan Pamuk insiste sur le changement d’identité de la ville qui s’opère lors de son enfance. En effet, cette ville est séduite par le mode de vie occidental mais est retenue par son passé. À vouloir devenir une ville occidentale, Istambul perd sa richesse culturelle. Des panneaux sont disposés dans toute la ville avec l’inscription " Citoyen, parle turc ! ", alors qu’Istambul est une ville habitée par des hommes de nombreux pays. Orhan voit dans ces transformations une tentative d’uniformisation de la ville et un risque d’appauvrissement de la culture turque.

     Adolescent, Orhan est envoyé dans un lycée étranger pour améliorer son anglais. Il s’inscrira en études d’architecture mais abandonnera rapidement. C’est à ce moment du récit, lorsqu’il fait l’école buissonnière, qu’Orhan nous fait découvrir les quartiers pauvres et délabrés d’Istambul et que l’on ressent la tristesse qui émane de cette ville gorgée d’Histoire.

     Vers la fin du récit, Orhan rencontre son premier amour, Rose Noire. Celle-ci pose pour lui lorsqu’il peint et ils s’attacheront profondément l’un à l’autre. Mais les parents de cette jeune fille refusent qu’elle vive avec un peintre et l’enverront étudier en Europe pour qu’ils ne se revoient plus.

     Le style d’écriture est assez littéraire, plutôt descriptif.

 

Les thèmes récurrents :


- le noir et blanc :

le noir et blanc est très présent dans cette œuvre, il caractérise la tristesse de la ville qui est notamment illustrée par les vieilles photos en noir et blanc, nostalgie du passé glorieux.

     Le noir et blanc c’est aussi l’atmosphère feutrée et sombre de l’appartement " musée " de la grand-mère, et toutes les photos en noir et blanc qui trônent encadrées sur le piano. La ville sombre, par ses murs mal entretenus par manque de moyens, la neige qui tombe en hiver, la pauvreté de la ville et la modestie épurée de l’architecture ottomane, tout est noir et blanc dans cette ville au passé glorieux.


- le Bosphore :

le Bosphore est un fleuve emblématique, aussi sombre que la ville et mouvementé comme l’histoire de la Turquie. Orhan compte les bateaux qui passent sur le Bosphore, et tous les stambouliotes accordent une importance démesurée à ce fleuve qui les relie au monde occidental.


- le Hüzün :

le hüzün est un mot d’origine arabe qui signifie à la fois mélancolie et tristesse. Il caractérise la ville d’Istambul et ses habitants car l’histoire de la ville, l’effondrement de l’empire ottoman se reflète dans les paysages et chez les stambouliotes. De la tristesse car les moments glorieux et heureux sont passés et ne reviendront plus, de la mélancolie car ces bons moments restent dans les mémoires comme de très bons souvenirs. Selon Orhan Pamuk, le hüzün est le " sentiment le plus fort et le plus permanent de l’Istambul de ces derniers siècles " (p.116). Le hüzün est " un état d’esprit que la ville s’est approprié avec fierté ou elle fait comme si elle se l’était approprié ".

Dans ce récit, la mélancolie et la tristesse de la ville sont mises en parallèle avec la mélancolie et la tristesse du jeune stambouliote Orhan Pamuk.

 



Mes impressions sur cette œuvre :


     J’ai beaucoup apprécié la lecture de cet ouvrage qui nous plonge au cœur d’Istambul à travers les yeux d’un enfant et nous fait apprécier la beauté triste de cette ville.

     J’ai découvert cet auteur en lisant La vie nouvelle, roman que l’on peut classer dans le réalisme magique qui nous fait voyager aux quatre coins de la Turquie. La lecture d’Istambul. Souvenirs d’une ville, nous aide à comprendre l’attachement d’Orhan Pamuk à son pays et à la culture turque.


Claire, 1ère année éd/lib

 

 

 

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