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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 09:55

 



Paul AUSTER,
Smoke suivi de Brooklyn Boogie, 1995,
traduit de l'américain par
Christine Le Boeuf et Marie-Catherine Vacher,
Actes Sud, 1995,
LGF livre de poche, 2001

 












    Ce livre est un recueil contenant le scénario de Smoke, le Conte de Noël d'Auggie Wren, et le scénario de Brooklyn Boogie (film qui a été tourné en 6 jours, les personnages, les décors sont les mêmes que ceux de Smoke, car ce projet est parti d'une improvisation entre les acteurs sur le tournage du film). Auster présente d'ailleurs ces deux scénarios Smoke et Brooklyn Boogie " comme les deux faces d'une même pièce ".

 


Rapide biographie, de l'auteur du scénario mais aussi du réalisateur du film :



• Paul Auster est né en 1947 dans le New Jersey. Dès l'âge de 13 ans, il décide d'être écrivain. Étudiant, il publie des articles sur le cinéma dans la revue Columbia Review Magazine. Il a toujours été attiré par le cinéma, avant Smoke et Brooklyn Boogie, il avait écrit deux scénarios pour des films muets vers l'âge de 20 ans.

     C'est la parution de la Trilogie New Yorkaise à la fin des années 1980 qui le propulse sur le devant de la scène des auteurs contemporains. Il est aujourd'hui traduit en 22 langues et vit à Brooklyn.

 

• Le réalisateur, Wayne Wang, est originaire de Chine, il est né à Hong Kong en 1949 et a fait ses études aux Etats Unis. Il est réalisateur, scénariste, monteur et producteur.

 

Genèse de l'œuvre



     Tout a commencé l
e jour où le directeur du New York Times, demande à Paul Auster d'écrire un conte de Noël pour le journal. Auster n'a pas trop d'idées et n'est pas très emballé. Puis il décide de s'inspirer de son quartier, Brooklyn, et de son marchand de tabac, " Auggie Wren " dans le film. Quelques mois plus tard paraît alors dans le New York Times, Le Conte de Noël d'Auggie Wren. Wayne Wang tombe dessus et le lit avec un tel plaisir qu'il souhaite rencontrer Paul Auster, qu'il ne connaît pas, pour lui proposer de travailler avec lui à la réalisation d'un film. Wayne se rend à New York, lui et Auster se baladent, l'écrivain lui montre les différents coins de la ville où il a imaginé son scénario et où il a fait vivre ses personnages (la boutique de tabac, " The Brooklyn Cigar Company " ; les rues, le restaurant où Auggie raconte son histoire de Noël...). Dès lors, l'aventure commence, Auster ne souhaite pas écrire le scénario mais accorde sa confiance à Wang pour une adaptation, puis, de fil en aiguille, Auster capitule et laisse de côté un roman et s'attelle au scénario. Le tournage commence dans les lieux réels de Brooklyn. Auster participera au montage. L'aventure aura duré quatre années. Smoke sort en 1995 dans les salles et obtient le Prix du meilleur film étranger au Danemark, ainsi qu'en Allemagne.


Le scénario
: Que raconte Smoke ?

  
     Tout le scénario tourne autour d'un bureau de tabac de Brooklyn, " The Brooklynn Cigar Company ", où se croisent les habitants du quartier (la première scène débute dans le bureau de tabac). Il y a trois personnages principaux, et d'autres qui gravitent autour de ces trois là et qui symbolisent les fantômes de leur passé et/ou l'espoir de leur futur.

 


     Il y a Paul Benjamin, l'écrivain qui n'a pas écrit depuis la mort de sa femme et qui commence tout juste à retrouver l'inspiration. [Au passage Paul Auster a pendant un temps, écrit sous le pseudonyme de Paul Benjamin (Benjamin étant son deuxième prénom) et il fume des schimmelpenninck comme l'écrivain du scénario.]

 


     Il y a Auggie Wren qui tient la boutique de tabac ; il est grincheux, bien que gentil, c'est aussi un sacré magouilleur.

 


     Puis il y a Rachid (Thomas Cole de son vrai nom, mais il est nommé Rachid tout au long du scénario car c'est ainsi qu'il se présente lors de sa première apparition), un jeune des quartiers qui a des ennuis, un lourd passé familial et une envie furieuse de liberté et de réussite.

 


     Comme souvent chez Auster, nous avons dans Smoke, des personnages de la vie quotidienne incarnant la diversité, l'humanité et la complexité d'une vie, des personnages qui vont être amenés à mieux se connaître entre eux et à l'intérieur d'eux-mêmes.

 

- Rachid et Paul, parce que Rachid va sauver l'écrivain en lui évitant de se faire renverser par un camion. Paul va alors, en voyant que son sauveur est dans le besoin, lui proposer de l'héberger.

- Auggie et Paul parce que Paul lui achète deux paquets de schimmelpenninck par semaine. Un jour Paul arrive en retard à la boutique, l'heure tardive va donner à Auggie et Paul l'occasion de faire connaissance autour de l'œuvre d'Auggie, la photographie.

- Auggie et Rachid parce que Paul va s'arranger pour qu'Auggie engage son petit protégé dans la boutique.


     Nous avons donc ici plusieurs tranches de vie. Auggie tente de gérer sa boutique, tandis que l'une de ses ex-petites amies lui apprend qu'il a probablement une fille, aujourd'hui enceinte et droguée. Ce marchand de tabac prend en photo tous les jours la rue de son commerce afin d'évaluer le temps qui passe. L'écrivain Paul Benjamin tente de retrouver l'inspiration après la mort de sa femme. Son quotidien est bouleversé par l'arrivée de Rachid, un jeune noir mythomane qui lui a sauvé la vie et qui est à la recherche du père qu'il n'a pas connu. Au fil du scénario, Rachid retrouvera son père et Paul retrouvera l'amour et l'inspiration grâce à une jolie libraire de Brooklyn. Les changements qui s'opéreront dans l'histoire sont dus aux rencontres des personnages et à l'amitié qui se noue entre eux.

 


     La fin du scénario est un clin d'œil à la rencontre du réalisateur et de l'écrivain qui s'est faite, rappelons-le, grâce au Conte de Noël d'Auggie Wren.

 


     Nous avons en effet une mise en abyme rigolote ; Paul annonce à Auggie que le New York Times l'a contacté pour qu'il écrive un conte de Noël pour eux. Mais, il n'a pas d'idée. Auggie lui propose alors de lui raconter une histoire qui lui est arrivée et qui peut s'apparenter à un vrai conte de Noël...

 


Pourquoi Smoke ?

 


     Sûrement au premier abord parce que l'histoire tourne autour d'un bureau de tabac. Mais également parce qu'il est facilement observable que tout le monde fume dans le scénario, c'est d'ailleurs beaucoup plus flagrant dans le film ; on ne cesse de voir les personnages allumer une cigarette, l'éteindre, en acheter, en vendre. De plus, il y a plein d'allusion dans l'histoire, allusions souvent données par Paul Benjamin sous forme d'histoires rigolotes. On a également toute une scène dans le scénario, qui a été coupée dans le film, où Auggie est pris d'une quinte de toux effroyable.

 


     Paul Auster dit que le mot smoke renvoie à plusieurs choses à la fois. C'est une allusion au débit de tabac, bien sûr, mais aussi à la propriété qu'a la fumée d'obscurcir les choses et de les rendre illisibles. La fumée n'est jamais fixe, elle change sans cesse de forme. De même que les personnages du film changent quand leurs vies se croisent. Signaux de fumée... écrans de fumée... fumée flottant au vent. De façon minime ou importante, chaque personnage est sans cesse modifié par les personnages qui l'entourent.

 


Analyse scénario/film, texte/image :

 


     Définition du scénario selon Wikipédia : " L'écriture scénaristique se démarque de l'écriture littéraire par sa présentation de faits visuels et auditifs, toujours au présent, et se rapproche en cela de l'écriture théâtrale. "

 


     Dans la lecture, on a l'importance du côté scénario, en effet c'est un peu comme lorsqu'on lit du théâtre. Ça se présente à peu de chose près de la même façon, seul le vocabulaire n'est pas le même, ainsi à chaque changement de scène nous avons quelque chose comme :

 

"22.INT (ou EXT). JOUR (ou NUIT).APPARTEMENT DE PAUL"

soit : le numéro de la scène, le fait qu'elle se passe en intérieur ou en extérieur, de jour ou de nuit et le lieu.


     Il y a également dans un scénario une abondance de didascalies. Ici elles sont d'autant plus présentes qu'elles viennent d'un romancier qui a le souci de mettre en images ce qu'il imagine. Dans un scénario, on assiste au découpage technique également ; on a des termes comme " FERMETURE ", " OUVERTURE " ou encore " FONDU SUR LES VISAGES ", on a des indications comme " la caméra se rapproche lentement du visage pendant qu'Auggie parle ". Les descriptions sont ultraprécises. Non seulement on a l'état d'esprit des personnages mais aussi leurs actions détaillées. La description des décors est aussi très précise, elle nous aide à être dans l'ambiance exacte, du moins celle qu'a voulue l'auteur.

 


     On peut alors se demander si au final le lecteur ne perd pas cette liberté qu'il a habituellement, celle de se créer sa propre image, son propre imaginaire.

 


     Pour l'aspect littérature urbaine, on peut dire que les deux scénarios (Smoke et Brooklyn Boogie) sont une sorte d'ode à Brooklyn, les didascalies nous y font voyager en plein coeur, des milieux populaires, parfois peu fréquentables. Brooklyn est le quartier où vit Auster et où Harvey Keitel (l'acteur qui joue Auggie) a passé toute son enfance.

 




L'interview :

 


     En préambule, on a une interview de l'écrivain ; on y comprend toute la difficulté pour un auteur de mettre les mots en images, de voir son texte minutieusement écrit, changé au fil des scènes. Il y a aussi les scènes coupées au montage qui font mal au coeur. Alors qu'un roman peut faire 90 pages aussi bien que 500 pages, un film ne peut pas durer plus de deux heures. Se mettre dans la peau d'un scénariste n'a pas été facile pour Auster. Quand, en tant que lecteur, on lit le scénario et qu'on voit le film, on comprend tout cela, on se rend compte des scènes supprimées, des dialogues qui diffèrent.

 


     J'ai beaucoup aimé cette lecture, que j'ai considérée un peu comme une expérience ; j'ai lu le scénario, j'ai ensuite vu le film tout en essayant de le suivre avec le scénario à la main et j'ai lu l'interview de l'auteur avec ses impressions.

 


     Ce qui m'a plu c'est qu'un scénario est une histoire d'écriture tout aussi bien qu'un écrit, il y a le scénario, à l'origine, les tournage et les images à la fin. L'histoire évolue avec les différentes étapes de la construction du film. Durant le jeu, les dialogues évoluent, des éléments apparaissent, disparaissent et tout cela l'auteur ne peut le gérer, il doit accepter que son oeuvre soit modifiée.

 


     Pour finir, une citation de Paul Auster s'exprimant sur le rapport incessant au tabac dans son scénario/film :

 

"Eh bien, c'est un fait que des gens fument. Si je ne me trompe, ils sont plus d'un milliard à jouer du briquet tous les jours dans le monde entier. Je sais que le lobby antifumeurs est devenu très puissant depuis quelques années dans ce pays, mais le puritanisme a toujours existé chez nous. D'une manière ou d'une autre, les buveurs d'eau et autres exaltés ont toujours représenté une composante de la vie américaine. Je ne prétends pas que fumer est bon pour la santé, mais, comparé aux transgressions quotidiennes dans les domaines politique, social et écologique, le tabac est un problème mineur. Des gens fument, et ils aiment ça, même si ce n'est pas bon pour eux."


Louise, 1ère année Ed/Lib

 

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21 avril 2008 1 21 /04 /avril /2008 10:21

Michael CUNNINGHAM
Le livre des jours
Titre original : Specimen Days, 2005
Traduit par Anne Damour
Editions Belfond, 2006
 













Biographie


     Michael Cunningham est né dans l’Ohio en 1952.

     Il a étudié à l’Université de Stanford. Il veut alors devenir peintre. L'écriture l'attire mais il n’en vit pas à ce moment-là. Pour gagner sa vie il enchaîne les petits boulots. Il parle de l’appel de la mer dans des nouvelles publiées dans le 'New Yorker' qui lui ont valu des critiques positives, mais c'est avec La Maison du bout du monde que Michael Cunningham connaît le succès en 1990 et est traduit en quinze langues. En 1999, il a reçu le Prix Pulitzer pour Les Heures.

 

 

Informations sur le livre


     Pour l’édition originale cet ouvrage a été publié par Farrar, Strauss and Giroux à New York.

 

     Le titre original était : Specimen Days, il est intéressant de noter que Walt Whitman a publié un recueil sous le titre de Specimen days & collect, en 1882.

     Il a été traduit par Anne Damour et fait 348 pages.


Les thèmes

 

     Specimen Days traite de questions existentielles, du progrès industriel à la fin du XIXème siècle avec une impression de déshumanisation, une vision de la société rongée par des dégâts écologiques, les haines raciales et la peur du terrorisme.

 

Les styles


"Dans la machine" est un récit historico-social.

"La croisade des enfants" est plutôt un roman policier tandis que

"Une pareil beauté" relève de la science-fiction.

L’œuvre de Michael Cunningham repose essentiellement sur la relation entre l’amour, l’amitié et la haine avec parfois un mélange étonnant des trois :

-" C’était donc là le message : personne n’est à l’abri, pas même les mères de famille.

Pas même ceux qui sont prêts à tout sacrifier au nom de l’amour.

L’enfant et elle fonçaient vers le jour où, le lait posé sur la table, un chien quémandant les restes, son fils adoptif, son second Luke, l’enfant qu’elle aurait sauvé, déciderait qu’il l’aimait enfin assez pour la tuer. " ("La croisade des enfants", p.226)

La ville de New York est présente dans tous ces récits.

 

Unité de l'œuvre.


Les personnages de Lucas, Catherine et Simon, que l’on retrouve dans les trois récits.

     Dans la première histoire, "Dans la machine", Simon et Catherine étaient fiancés jusqu'à ce que Simon meure à la suite d’un accident et Lucas le protagoniste doit reprendre le travail de son aîné à l’usine pour faire vivre ses parents.

 

     "La croisade des enfants" se déroule de nos jours au cours d’une période proche de celle du 11 septembre. Cat est une psychologue qui travaille pour la police et qui après avoir reçu les appels successifs de deux enfants (se disant frères) qui assuraient qu’ils allaient tuer quelqu’un et étaient passés effectivement à l’action. Cat est soutenue par son petit ami Simon, jusqu'à ce qu’elle devienne la cible d’un troisième enfant sans nom qu’elle veut adopter pour " remplacer " son fils mort, Luke.

     Le dernier récit, "Une pareille beauté" se déroule dans un New York du futur, transformé en parc à touristes, dans lequel un robot humanoïde, Simon, travaille sous la surveillance de la police omniprésente. Il rencontre une Nadienne (sorte de lézard extra-terrestre), Catareen qui est garde d’enfants (Katemoss et Tomcruise de leurs prénoms). Simon et Catareen s’enfuient vers Denver et rencontrent un jeune garçon, Lucas.


D'autres éléments
tels un bol, une boîte à musique, un cheval et surtout la poésie de Walt Whitman sont des liens importants entre ces trois récits.

 
Analyse

  
     Il y a dans ce roman une sorte de cycle de réincarnation avec les éléments et les personnages qui reviennent sans cesse, sont habités par le même désir de trouver ce qu’il cherchent et ne peuvent obtenir dans cette vie qui ne les satisfait pas ; il y a une sorte de fatalité et toujours la mort.

 


     C’est une vision sombre de la société dans laquelle seule la poésie est une voie de secours.

Elle apporte une âme à ceux qui en manquent :

-" C’était M.Mulchady qui lui avait donné, ou plutôt prêté, le livre de Walt.

M.Mulchady disait que Lucas avait l’âme d’un poète ce qui était aimable de sa part mais faux.

Lucas n’avait pas d’âme du tout. (…).Ce qu’il voulait, c’était le tapage de la ville, voir les gens tirer leurs charrettes pleines de blé ou de charbon, danser au son des violons, pleurer ou rire, vendre, mendier, marchander, pas toujours joyeusement mais toujours avec une énergie qui était ce qu’il entendait, en secret, par âme.

Une vigueur arrogante, indestructible. Il espérait que le livre la lui insufflerait. "

("Dans la machine", p.24)


-"-(…). Dans le troisième protocole, je vous ai insufflé la poésie.

- Pourquoi ?

- Pour vous réguler. Pour éliminer les extrêmes. J’aurais pu brider vos capacités d’agression de façon à ce que vous soyez bons et serviables, mais je voulais vous donner aussi un certain sens moral.

Pour vous aider à faire face à des événements que je ne pouvais prévoir. J’ai pensé que si vous étiez programmé avec les œuvres de poètes célèbres, vous seriez mieux à même d’évaluer les conséquences de vos actes. "

("Une pareille beauté", p.321)


 Walt Whitman

     On peut dire pour finir que ce roman est peu conformiste, les personnages sont attachants du fait que l’on partage leurs pensées et leurs visions du monde et on connaît leurs préoccupations. Les histoires sont pleines de mystère grâce à Walt Whitman qui hante chacune des pages.

  
     L’explication de tout cela reste obscure même si les histoires sont très bien écrites et fascinantes.

Chloé,
Bib.-Méd. 1A

 

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19 avril 2008 6 19 /04 /avril /2008 06:49
 

Michael CUNNINGHAM
Le livre des jours
Titre original : Specimen Days, 2005
Traduit par Anne Damour
Editions Belfond, 2006

 













Biographie de Michael Cunnigham disponible ici :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Cunningham

 
     Dans
Le livre des jours, trois histoires, toutes liées, se déroulent à trois époques différentes. L'auteur de The Hours, prix Pulitzer en 1999, raconte ici le passé, le présent et l'avenir d'une ville, New York, et surtout le sort de "l'Homme dans la cité".


     "Dans la machine",la première histoire, dépeint des hommes niés par l'industrialisation de la fin du 19ème siècle. Suivent "La Croisade des enfants", qui se déroule dans le New York de l'après 11 Septembre, et enfin "Une pareille beauté", prophétie d'une société insensée et désincarnée.

 

     Trois époques fondamentales, comme autant de "brûlures" de l'humanité.


     Le livre passe avec maestria du roman historique au thriller urbain, puis à la science fiction. Cunnigham, par sa maîtrise stylistique,une narration vibrante et néammoins délicate, évite les écueils du pitoyable et de l'outrance. Il livre ici un roman monumental, un émouvant plaidoyer au canevas unique.

 


     Personnages, atmosphères et écriture(s) sont hantés par le poète Walt Whitman. Ses vers célèbrent le Monde, la Vie, de l'atome au cosmos. Dans ce roman, la "machine" est une monstruosité qui vampirise et dévore nos vies. Les enfants seront nos bourreaux les plus impitoyables. Un androïde et une extraterrestre auront plus d'humanité que les hommes qui peupleront une Terre souillée de pollution. Et, par delà les destinées tragiques, Cunnigham insuffle à ses héros le rayonnement et la grâce de la poésie.

 


     Ces vers sont placés en épigraphe :

 


"Ne crains rien ô Muse ! Ce sont des jours et us nouveaux

qui t'accueillent

C'est je le reconnais une race étrange, très étrange,

d'un genre original ,

Et pourtant la vieille race humaine, la même en

dedans, en dehors

Visages et coeurs semblables, semblables sentiments,

semblables désirs,

Le même vieil amour, la même beauté, le même usage. "

Walt Whitman, Feuilles d'herbe.

 

     Trois visions désenchantées, où les personnages sont meurtris par un désespoir, une douleur et une quête immuables et sans âge, sinon celui de l'Homme. La force de l'œuvre émane de ces âmes cherchant la rédemption, dans un New York semblable à un purgatoire, telle une peinture en clair-obscur.


     Lucas, Catherine et Simon, entités incarnées à chaque tome, sont des spectres possédés et illuminés par les mots de Whitman ; le souffle du poète les habite, les inspire. La cruauté des temps modernes et le désespoir opaques sont ainsi sublimés par la poésie qui transforme l'ombre en lumière.

 


     Michael Cunnigham réalise ici, à l'aide du poète, une poignante critique sociale à travers le récit d'existences broyées par les maux du progrès et de la société des hommes.

 


     Mots contre maux, ceux de Whitman, d'essence salvatrice, sont empreints de sagesse visionnaire.

 


Annie, Bib.-Méd. 1A

 

 

 

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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 08:10

     A l'aube du vingtième siècle, les États-Unis sortent victorieux d'une guerre contre l'Espagne pour le contrôle de Cuba et des colonies espagnoles du Pacifique et des Caraïbes. En 1900, Mark Twain écrit : " Je vous présente la majestueuse matrone nommé Chrétienté, qui nous revient débraillée, ternie et déshonorée de ses actes de piraterie à Kiao-tcheou, en Mandchourie, en Afrique du Sud et aux Philippines, avec sa petite âme mesquine, ses pots-de-vin et sa pieuse hypocrisie. "

     Les compagnies américaines sont en pleine expansion. De véritables empires se constituent et la productivité augmente considérablement. Une immigration de masse s'installe dans ces pôles industriels pour servir de main d'œuvre bon marché. Un climat de tension s'installe dans le pays, provoqué par un écart de plus en plus important entre la classe ouvrière et la classe dirigeante. Henry James qualifie en 1904 les États-Unis de " gigantesque paradis de la rapine, envahi par toutes les variétés de plantes vénéneuses qu’engendre la passion de l’argent. "

     En 1905 est créé à Chicago le premier syndicat révolutionnaire américain, les Industrial Workers of the World. Il prône un syndicalisme d'action directe, à l'opposé des syndicats corporatistes préexistants. Les Wobblies joueront un rôle essentiel dans les luttes ouvrières jusqu'à la moitié des années 1920.

Tout un mouvement de journalistes progressistes, que le président américain Theodore Roosevelt baptisera muckrakers, se lance dans de grandes enquêtes. Leur but est de dénoncer les injustices de notre monde civilisé. Des revues telles que McClure's publient leurs reportages sur les trusts, les grandes banques, les Rockfeller et les Carnegie. Les scandales se multiplient. Parmi eux, on retrouve deux auteurs qui auront marqué leur temps : Upton Sinclair et Jack London.


Upton Sinclair, La Jungle

 



    
     Upton Sinclair nait en 1878 à Baltimore. Il est issu d'une riche famille du Sud des États-
Unis, ruinée par la guerre de Sécession. Cependant, il effectue régulièrement des séjours dans une branche aisée de la famille de sa mère. Il grandit ainsi entre pauvreté et richesse. Très vite, il écrit des articles ou encore des poèmes pour financer ses études.

    

     En octobre 1904, Upton Sinclair s'en va pour sept semaines effectuer un reportage sur les abattoirs de Chicago. Il y découvre les conditions de vie effroyables des ouvriers et l'absence totale d'hygiène dans l'industrie alimentaire. Trois mois plus tard, Sinclair a terminé son manuscrit. Il paraît tout d'abord en 1905 dans la revue socialiste Appeal to reason, sous forme de feuilleton. L'ouvrage est enfin publié en 1906 par Doubleday & Page, sous le titre The Jungle, grâce au soutien de son ami Jack London.

     La longue et douloureuse descente aux enfers que raconte ce roman peut se décomposer en quatre grandes parties.

     La première partie narre l'arrivée de Jurgis Rudkus et de ses amis dans le quartier de Packingtown jusqu'à sa première arrestation. On découvre progressivement les abattoirs de Chicago, du point de vue du visiteur puis du travailleur et enfin du licencié. Les protagonistes passent du stade d'émerveillement devant une telle productivité à celui de l'horreur face à un système qui broie les individus et les réduit à un niveau d'asservissement total. En parallèle, la famille est confrontée aux arnaques des agences immobilières, à l'insalubrité, la misère et la mort. Au fur et à mesure, toute la famille se trouve forcée à travailler pour le trust de la viande. Lorsque Jurgis se retrouve au chômage suite à un accident, il est obligé d'accepter un travail à l'usine d'engrais, où les conditions de travail sont effroyables. A la lecture de toutes les longues descriptions des différents lieux de production, le lecteur a du mal à rester insensible. A la fin de cette partie, Jurgis est arrêté suite à l'agression du contremaître de sa femme, Ona. Celui-ci l'a forcée à se prostituer dans une maison de passe et Jurgis, fou de rage, court venger l'honneur de sa famille.

     La deuxième partie va de la sortie de prison de Jurgis à sa fuite de Chicago. Une fois sa peine purgée, Jurgis découvre avec horreur que sa famille n'habite plus dans leur maison. Cependant, les catastrophes s'enchaînent ; Ona meurt en accouchant de leur deuxième enfant, mort-né. Avec de grandes difficultés, Jurgis retrouve du travail dans le trust des moissonneurs, qu'il perd assez rapidement car l'usine ferme. Lorsque Jurgis apprend la mort de son fils en revenant de l'usine, il s'enfuit de Chicago. Il veut oublier Packingtown et tout ce qui s'y rattache.

     Lorsqu'il arrive à la campagne, Jurgis n'a plus rien du candide qu'il était à son arrivée aux Etats-Unis. Décidé à prendre sa revanche face à une société qui lui a enlevé tout espoir, il commence une vie de trimardeur, équivalent français de " hobo ". A la fin de la belle saison, il retourne à Chicago. Après plusieurs essais infructueux, il retrouve un travail dans la construction de tunnels sous la ville de Chicago. Cependant, un nouvel accident le pousse à nouveau à la rue. Après de sombres histoires, Jurgis se retrouve une fois de plus en prison. Il y croise un ancien compagnon de cellule qui l'introduit à sa sortie de prison dans le milieu du crime. Tour à tour, il détrousse de riches passants, participe aux manœuvres électorales. A cette occasion, il retourne travailler aux abattoirs. Quelque temps après les élections, une grève éclate aux abattoirs. Il endosse à ce moment-là le rôle de briseur de grève. Après de multiples rebondissements, Jurgis recroise Connor, l'ancien contremaître d'Ona. Il en profite pour se rappeler à sa mémoire. Après avoir perdu toutes ses économies pour éviter la prison, il se retrouve une fois de plus à dormir dans les rues de Chicago. Il passe du statut de riche ouvrier à celui de simple mendiant. Il retrouve par hasard ses anciennes amies lituaniennes qu'il avait abandonnées en s'enfuyant après la mort de son fils.

     Un soir, pour échapper au froid de l'hiver, il se réfugie dans une salle de meeting. Lorsqu'il prête enfin attention à l'orateur, Jurgis est subjugué. Il vient de découvrir son nouveau but : le socialisme. Ainsi commence la dernière partie. Après avoir trouvé un nouveau travail dans un hôtel dirigé par un socialiste, Jurgis effectue son apprentissage de militant. Il lit, participe à des meetings, " transmet la bonne parole " dans le quartier des abattoirs. L'ouvrage s'achève au cri de " Chicago sera à nous ! ".

     En 520 pages, Upton Sinclair décrit avec minutie le fonctionnement des différentes industries de Chicago, que ce soient les abattoirs, les usines d'engrais, de machines agricoles ou encore les fonderies. En parallèle, il retranscrit avec force détails les conditions de survie des ouvriers et de leurs familles. Enfin, cet ouvrage est un manifeste du socialisme révolutionnaire. Tous ces thèmes sont évoqués à travers l'histoire de Jurgis Rudkus, immigré lituanien fictif, et de ses amis. En revanche, si le personnage même de Jurgis est une invention d'Upton Sinclair, tous les faits qui se déroulent tout au long de ses pages et que les protagonistes subissent sont véridiques.

     A sa publication en 1906, l'ouvrage est un succès mondial. Il est traduit en dix-sept langues et se vend à des millions d'exemplaires. Une enquête fédérale est ouverte sur les conditions d'hygiène dans l'industrie alimentaire. Celle-ci confirme les propos d'Upton Sinclair et conduit au vote de deux lois, le Pure Food and Drug Act et le Meat Inspection Act.


Jack London, Le Peuple d'en bas

 



     Jack London est né en 1876 à San Francisco. Très tôt, il est obligé de quitter l'école et de travailler pour subvenir aux besoins de sa famille. Il passe alors par une multitude de boulots. En 1902, le succès de L'Appel de la forêt consacre l'écrivain. Militant au sein du Socialist Labor Party, membre des IWW, Jack London n'a jamais dissocié son engagement politique de sa production littéraire.

 

 

       Durant l'été 1902, il va passer trois mois au cœur de l'East End londonien. A la demande de son éditeur, il effectue un reportage sur les conditions de vie des ouvriers. Il en ressort cet ouvrage, The People of the Abyss, charge implacable contre le système anglais. Pour ce faire, London se fait passer pour un marin américain en attente d'un navire pour retourner aux États-Unis. Arrivé à Londres, il trouve une chambre pour pouvoir déposer des affaires et se met en quête d'habits appropriés pour se mêler aux habitants de l'est de Londres. Passé les premières pages, où Jack London nous invite à suivre pas à pas son immersion dans sa nouvelle identité, le reste de l'ouvrage est composé de chapitres thématiques. Une seule logique sous-tend l'ensemble de l'œuvre : une description précise des mécanismes qui régissent la vie de centaines de milliers d'individus. Écartant toute interprétation théorique, l'auteur s'attache à démonter un système qui élimine sans états d'âme ses éléments inutiles.

     Plusieurs thèmes sont abordés au cours de ces 225 pages. Tout d'abord, Jack London étudie la question du logement. La promiscuité et l'insalubrité y sont monnaie courante. Des familles entières logent dans des pièces uniques aux dimensions ridicules. Les conditions de vie y sont déplorables. L'hygiène est inexistante dans des logements où un enfant mort est déplacé au fur et à mesure de la journée, dans l'attente de pouvoir payer un enterrement. Inexistante également quand un enfant tuberculeux au bord de la mort trie des bonbons que sa mère vend dans la rue. Cependant, ce qui choque le plus l'auteur, c'est la faim dont souffrent les habitants. La faim empêche les ouvriers de recouvrer leurs forces. Elle ralentit considérablement la croissance des enfants. C'est elle qui, avec la fatigue, pousse les plus pauvres dans les asiles.

     Tout au long de son parcours au cœur des bas-fonds de Londres, l'auteur développe le thème des asiles. Dernier lieu de refuge pour les sans-abris, l'asile produit l'effet inverse de son but originel. Pour expliquer ce système, Jack London prend entre autres l'exemple de l'asile de Poplar. Pour pouvoir y être hébergé, il faut faire la queue toute l'après-midi devant la porte de l'asile. Si on a la chance de pouvoir entrer, la première étape est un bain froid. Il s'ensuit un repas composé d'une demi livre de pain, environ 225 grammes, et trois quarts de pinte de skilly. C'est un mélange très dilué de farine et d'eau. Le réveil le lendemain est fixé à 5 heures du matin. Le petit déjeuner est similaire au dîner. Après une matinée de travaux divers arrive l'heure du déjeuner. Il se compose à nouveau d'une demi-livre de pain, d'un bout de fromage et d'eau froide. Une après-midi de travaux, un dîner et une nuit plus tard, le sans-abri est jeté dehors à 6 heures du matin, avec une faim aussi tenace qu'à son arrivée. Il n'a pu mettre à contribution le temps passé aux travaux à trouver un travail. Il ressort de l'asile dans la même situation qu'à son arrivée. Les repas de l'armée du salut reproduisent le même schéma. Toute la journée est consacrée aux prières diverses et variées et non à la recherche d'un emploi. C'est l'expérience qu'en fait Jack London. Cependant, l'avantage des asiles de nuit est de pouvoir dormir la nuit, ou tout du moins essayer. Car, une fois dehors, le clochard est obligé de " porter la bannière ". Une loi empêche la population de dormir dans l'espace public la nuit, que ce soit les parcs, les trottoirs, les halls d'immeuble. Les gens sont donc obligés de marcher dans les rues de Londres toute la nuit.

     Contre la faim, la plupart des personnes sont amenées un jour ou l'autre à commettre un menu larcin. London épluche donc les comptes-rendus de procès dans les journaux. Il nous livre ses conclusions dans un chapitre intitulé " La propriété contre la personne humaine ". Il compare les affaires de violence aux affaires de vol. Il en ressort que ces derniers sont beaucoup plus sévèrement réprimés que les premiers. D'après l'auteur, la raison de ces vols est le manque d'argent dû aux salaires ridicules. Chiffres à l'appui, Jack London détaille l'utilisation des salaires par catégories. Les budgets ainsi établis laissent apparaître l'aspect extrêmement précaire de la vie des habitants de l'East End. En effet, si pour une raison quelconque, l'ouvrier londonien voit son salaire diminué ou supprimé, c'est tout sa vie qui bascule. S'enclenche alors l'engrenage qui conduit toute une famille à " porter la bannière " et à la mort à une échéance plus ou moins courte. Lorsque cet engrenage est en route, l'une des solutions restantes est le suicide, l'objet d'un chapitre. Le suicide manqué conduit inévitablement devant un tribunal où le malchanceux se voit condamné. S'il est réussi, la justice conclut à un " suicide pendant une crise de folie passagère ". L'auteur pointe du doigt les incohérences d'un système judiciaire qui reconnaît ses pleines facultés mentales à une personne qui rate son suicide et conclut à la folie si cette personne réussit son acte.

     Dans le dernier chapitre, Jack London revient sur son expérience. Il pose alors une question essentielle : " La civilisation a-t-elle rendu meilleur le sort de l'homme moyen ? " Pour répondre à cette question il compare la vie des Inuits, qu'il a côtoyés pendant son séjour en Alaska, et celle des habitants de l'Abîme. Sa conclusion est sans appel : l'Inuit vit bien mieux que le Londonien des bas-fonds.

     Au final, Jack London tire de cette plongée de trois mois dans les bas-fonds de Londres un témoignage sans concession et essentiel dans la compréhension de ce début de vingtième siècle. Trente ans plus tard, George Orwell reprend ce principe et plonge dans les tréfonds de Londres. A la lecture de Dans la dèche à Paris et à Londres, on découvre que rien n'a fondamentalement changé.


Conclusion

 


     La Jungle et Le Peuple d'en bas dressent un portrait saisissant de la condition ouvrière au début du vingtième siècle. L'essor du capitalisme des deux côtés de l'Atlantique provoque un antagonisme important entre la classe ouvrière et la classe dirigeante. Upton Sinclair et Jack London, écrivains américains, membres du parti socialiste, sympathisants des IWW et surtout amis, offrent ici deux reportages à vocation clairement militante. Il s'agit de dénoncer l'exploitation de l'homme par l'homme. Cette exploitation passe par des cadences de production sans cesse accélérées, résultant de l'application des théories de l'organisation scientifique du travail de Taylor, qui réduisent l'individu au rang de simple rouage d'une machine infernale. Ces deux auteurs étaient avant tout des journalistes, des muckrakers. Les scandales que provoqueront les différentes publications de ces journalistes, dans des revues plus attirées par l'argent que par les dénonciations en elle-même, lanceront tout un cycle de réformes qui transformeront la société américaine.

 

 

 


Bibliographie

LONDON Jack, Le Peuple d'en bas, Phébus, 1999.

● SINCLAIR Upton, La Jungle, Mémoire du livre, 2003.


Pour aller plus loin :

● LONDON Jack, Le Mexicain, Libertalia, 2007 (la préface de Larry Portis).

● ORWELL George, Dans la dèche à Paris et à Londres, 10/18, 2005

● PORTIS Larry, IWW : Le syndicalisme révolutionnaire aux États-Unis, Spartacus, 2003

● ZINN Howard, Une Histoire populaire des États-Unis, Agone, 2002


Mikaël, Bib. IA

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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 22:22

Paul AUSTER
La Nuit de l’oracle
Traduction de l’américain :
Christine LE BŒUF
ACTES SUD
Collection BABEL, 2004














Fiches de Sandrine et Caroline.



Fiche de Sandrine


1) RÉSUMÉ


Les personnages de Paul Auster

Sidney Orr personnage principal

Grace Tebbets femme de Sidney

John Trause oncle de Grace et ami de Sidney

Jacob Trause fils terrible de John


Les personnages de Sidney Orr

Nick Bowen éditeur

Eva Maxwell petite fille d'un écrivain

Rosa Bowen femme de Nick

    
     L’histoire est celle de Sidney Orr, un écrivain de 34 ans, qui sort d’une longue maladie et doit réapprendre à marcher. Au cours d’une de ses promenades rééducatives, il achète un carnet de notes dans une nouvelle papeterie tenue par un Chinois.

     Quand il rentre chez lui, Sidney se met à écrire ce que lui avait conseillé son ami l’écrivain John Trause : une reprise de l’histoire de Flitcraft (un personnage de Dashiell Hammett qui a décidé de tout quitter pour recommencer sa vie ailleurs juste après avoir échappé de justesse à la mort).

     Le héros de Sidney est un éditeur, Nick Bowen ; il est marié et quelques jour après avoir reçu un manuscrit de la main de la petite fille d’un auteur, il échappe in extremis à la mort. Après cet incident, il décide de ne pas rentrer chez lui et de recommencer une nouvelle vie. Il part donc à l’autre bout des États-Unis et se fait embaucher par un ancien chauffeur de taxi. Il travaille comme gérant d’une collection d’annuaires téléphoniques dans un bunker désaffecté. Mais il se retrouve accidentellement enfermé à l’intérieur d’une chambre forte.

     À ce moment-là, l’inspiration de Sidney cesse et les ennuis commencent. Les événements se succèdent à une vitesse folle. Sa femme lui apprend qu’elle est enceinte et quand Sidney l’annonce à son ami, celui-ci lui dit d’emblée qu’il faut qu’elle avorte. Puis John demande à Sidney d’aller rendre visite à son fils (drogué et violent) qui se trouve dans un centre de désintoxication. Cette rencontre se passe mal et Sidney, bouleversé, décide d’écrire sur les relations (supposées) de sa femme avec John Trause avant qu’il ne fasse leur connaissance. Cette relation incestueuse que Sidney a pourtant inventée semble tout à fait plausible et lui met sous les yeux l’évidence que sa femme n’est pas enceinte de lui, mais de son ami John (l’oncle de Grace)…

 

2) LE STYLE DE L’AUTEUR ET LES THÈMES ABORDÉS

   
  L’histoire est racontée à la première personne par Sidney Orr (le personnage de Paul Auster). À son récit, il ajoute des notes (parfois aussi volumineuses que le texte lui-même) au bas des pages pour apporter des précisions au lecteur.

     Sidney incorpore à son récit : le roman qu’il est un train d’écrire, l’histoire du manuscrit que son personnage (l’éditeur) reçoit, le passé de sa propre femme, celui de John Trause…etc.

     Les thèmes de l’écriture, de l’inspiration, de la frontière entre le réel et l’imaginaire sont extrêmement présents tout au long de l’histoire. Sidney se pose beaucoup de questions sur la nature de son inspiration et sur son mystérieux carnet de note. Il lui attribue un caractère plus ou moins " magique ", fantastique et quand l’inspiration cesse, l’écrivain est désarmé et se sent perdu.

     Jouant sur la frontière entre le réel et l’imaginaire, Paul Auster multiplie les coïncidences et les choix que font ses personnages. Par exemple :

  •  Sidney Orr, le personnage principal de Paul Auster, donne à la femme de son héros, Nick Bowen, les même traits physiques que sa femme à lui (Grace).
  • La maison du héros de Sidney est une copie de l’appartement de son ami l’écrivain John Trause.
  •  Ensuite, les choix que fait Sidney de mettre dans son roman des éléments directement tirés de la réalité l’amènent à devenir un peu schizophrène, à ne plus trop savoir s’il est en train de vivre l’histoire de son propre héros ou s’il est dans la réalité.
  •  Trause est un anagramme de Auster.
  • John Trause utilise les mêmes carnets " magiques " que Sidney.
  • Le manuscrit que reçoit Nick Bowen porte le même titre que le livre : La Nuit de l’oracle.


3) MON AVIS

 
     Ce livre est en tous points étrange. Il est assez complexe par toutes ses histoires enchâssées (l’histoire de Sidney Orr, celle de son personnage Nick Bowen, celle du manuscrit que Nick Bowen reçoit, l’histoire de tous les autres personnages du livre qui finissent toujours par se mêler, etc.). En revanche, il reste très accessible parce que Paul Auster a une écriture fluide et qu’il utilise un vocabulaire simple. De plus, il s’arrange pour toujours laisser un élément mystérieux, non expliqué et non élucidé.

     J’ai plus eu l’impression d’avoir été portée par l’histoire que d’en avoir compris toutes les subtilités. C’est sans doute pourquoi la fin est bouleversante : tout va très vite, les éléments s’enchaînent, on sent la fin approcher mais elle reste brutale.


Sandrine, 1ère année Bibliothèques-médiathèques

 






Fiche de Caroline

 

1) Résumé de La Nuit de l’oracle

    
     Ce roman comporte deux, voire trois histoires en une, ce qui le rend complexe mais pas incompréhensible pour autant.

     La trame principale concerne Sidney Orr, le narrateur. Sidney raconte à la première personne des événements qu’il a vécus environ vingt ans auparavant, en 1982. Cette année-là, il se relève d’une longue maladie et reprend peu à peu goût à la vie, entouré de sa femme Grace et de son ami John Trause. Sidney est écrivain, mais l’inspiration lui fait défaut. Un jour en se promenant dans Brooklyn, près de son quartier, il découvre une papeterie singulière, le Paper Palace. Elle est tenue par un Asiatique assez étrange, M. Chang. Sidney y achète un carnet bleu venant du Portugal ; il ressent alors " quelque chose de comparable à un plaisir physique, une bouffée de bien-être soudain et incompréhensible " (p.13). Sitôt rentré chez lui, il s’installe à sa table et se met à écrire...

     L’histoire que rédige Sidney constitue la trame secondaire du roman. C’est Trause qui lui en a donné l’idée : " il faisait allusion à l’histoire de Flitcraft dans le septième chapitre du Faucon maltais [de Dashiell Hammett], cette curieuse parabole que Sam Spade raconte à Brigid O’Shaughnessy, où il est question d’un homme qui sort de sa propre vie et disparaît " (p.20). Ce Flitcraft est un individu qui mène une vie tranquille et heureuse, jusqu’au jour où il manque de se faire écraser par une poutre tombée d’un immeuble en construction. Il se rend alors compte que le monde est régi par le hasard, et il décide de tout quitter en se soumettant à cette force qu’il considère toute-puissante.

     Sidney reprend cette idée en créant le personnage de Nick Bowen, un éditeur. Celui-ci prend un avion pour Kansas City, où il se retrouve employé par un certain Ed Victory, qui lui demande de l’aider à réorganiser le classement de sa collection d’annuaires du monde. Ce " Bureau de préservation historique " n’est pas un simple hobby : cette collection cachée dans un entrepôt souterrain représente toute une vie de travail pour Ed, qui l’a commencée en 1946 pour une raison bien particulière… " Cette pièce contient le monde, […] ou du moins une partie. Les noms des vivants et des morts. Le Bureau de préservation historique est une maison du souvenir, mais c’est aussi une châsse pour le temps présent. En rassemblant ces deux choses en un lieu, je me démontre que l’humanité n’est pas finie. […] J’ai vu la fin de toute chose […] Je suis descendu dans les entrailles de l’enfer, et j’ai vu la fin. Si vous revenez d’un voyage pareil, quel que soit le temps qu’il vous reste à vivre, une partie de vous sera morte à jamais. – Quand est-ce arrivé ? – Avril 1945. Mon unité se trouvait en Allemagne, et c’est nous qui avons libéré Dachau ".

     Nick Bowen finira enfermé dans la petite chambre attenante à cette étrange bibliothèque, coincé parce qu’il a oublié de garder les clés sur lui et parce que Ed est décédé à l’hôpital après un infarctus… Arrivé à ce point de son récit, Sydney ne sait plus comment sortir son personnage de cette impasse.

     La troisième histoire est un roman appelé La Nuit de l’oracle… Il s’agit d’un manuscrit confié à Nick Bowen par la petite-fille de Sylvia Maxwell, auteur fameux des années 1930. C’est l’histoire de Lemuel Flagg, un soldat anglais blessé pendant la Première Guerre mondiale ; il devient aveugle et acquiert dans le même temps la capacité de voir l’avenir. Ce don est pour lui une bénédiction, puisqu’il lui permet de vivre riche ; mais c’est aussi une malédiction, qui le conduira à se suicider la veille de son mariage, sachant que sa fiancée le trompera.

     À la fin du roman d’Auster, Sidney ajoute une dernière histoire dans le carnet bleu : il imagine ce qui s’est véritablement joué entre lui et Grace dans la tourmente des derniers jours. En réalité, il découvre ce qu’il savait déjà au plus profond de lui, ce qui bouleversait sa femme à ce point… En se débarrassant du carnet, il décide d’affronter le futur qu’il avait pressenti. La fin du roman est à la fois dramatique et porteuse d’espoir.


2) Les caractéristiques de ce roman


     Paul Auster est un auteur qui joue avec des thèmes récurrents. Il y a dans ses romans une part de hasard, de coïncidences que l’on n’attend pas dans la fiction, où l’on recherche habituellement la vraisemblance. C’est une construction esthétique caractéristique de la modernité en littérature.

     Dans La Nuit de l’oracle, Auster mène une réflexion sur le pouvoir des mots : sont-ils capables de prédire l’avenir ou même de le provoquer ? John Trause raconte à Sidney l’histoire d’un écrivain persuadé d’avoir provoqué la noyade de sa fille en écrivant un poème sur un sujet semblable. Sidney trouvait auparavant stupide que cet écrivain ait arrêté d’écrire, mais il a changé d’avis à la fin du roman. Il décide de déchirer le carnet bleu pour, en quelque sorte, conjurer le sort, et il se rappelle le discours de son ami : " Les pensées sont réelles, disait-il. Les mots sont réels. Tout ce qui est humain est réel et parfois nous savons certaines choses avant qu’elles ne se produisent, même si nous n’en avons pas conscience. Nous vivons dans le présent, mais l’avenir est en nous à tout moment. Peut-être est-ce pour cela qu’on écrit, Sid. Pas pour rapporter des événements du passé, mais pour en provoquer dans l’avenir " (p.217). Sidney réalise que son état de convalescent lui a permis de ressentir " les forces invisibles du monde ", les pensées et les sentiments des autres ; et que c’est ainsi qu’il a créé le personnage de Lemuel Flagg, le héros aveugle de La Nuit de l’oracle, " cet homme si sensible aux vibrations qui l’entouraient qu’il savait ce qui allait se passer avant que n’aient lieu les événements eux-mêmes " (p.218). Sidney ne sait pas si ses écrits ne sont que le reflet des choses à venir ou bien s’il les a déclenchées en écrivant, mais ce qu’il sait au moment de détruire le carnet, c’est que " le futur était déjà en [lui], et [qu’il se préparait] aux désastres à venir " (p.218).

     Auster s’intéresse ainsi au processus de la création littéraire : l’inspiration va et vient, les histoires terminent parfois dans des impasses… L’écrivain est-il l’esclave de son œuvre ? Dans ce cas précis, c’est une question très intéressante puisque Auster a eu l’idée de ce roman en 1990, soit treize ans avant sa publication. Il a dû revenir au manuscrit à de nombreuses reprises avant de le sentir achevé. L’histoire de l’écriture de La Nuit de l’oracle souligne une autre caractéristique des œuvres d’Auster, qui est le lien très fort entre la réalité et la fiction. Au départ, le réalisateur Wim Wenders a demandé à Auster d’écrire un scénario de film, qui se fonderait sur l’histoire du Flitcraft d’Hammett…Finalement le projet est tombé à l’eau, mais l’écrivain a gardé l’idée en tête, sans savoir quelle construction utiliser. En 1998, il trouve enfin la structure adéquate : pas de chapitres, et de longues notes de bas de page contenant des digressions qui permettent de mieux comprendre les personnages de la trame principale (Sidney, Grace, John…). Auster aime confondre le réel et la fiction, ce qui peut parfois être assez perturbant pour le lecteur. Ainsi, l’épouse du héros, Grace, ressemble énormément à Siri, la femme d’Auster ; " Trause " est l’anagramme d’Auster, et tout comme ce personnage, l’auteur a souffert d’une phlébite… Dans le roman, un réalisateur d’Hollywood commande à Sidney une adaptation de La Machine à explorer le temps de H.G. Wells ; finalement son scénario est refusé car " trop cérébral ", ce qui est vraiment arrivé à Auster dans la réalité. Les notes de bas de page sont écrites du point de vue de Sidney, mais il se confond avec Auster de manière troublante, notamment parce que la narration et l’écriture ont lieu en même temps (vers 2002). Aux pages 115 et 116, on peut voir la reproduction de la couverture et d’une page de l’annuaire 1937-1938 des téléphones de Varsovie. Dans une note, Sidney raconte qu’un ami le lui a offert, et que ses grands-parents y sont probablement mentionnés sous le nom d’Orlowsky ; il se trouve que la famille de Paul Auster est originaire d’Europe de l’Est, et qu’il possède réellement cet annuaire.

     Ce mélange entre le réel et la fiction est une des spécialités de Paul Auster. Il sème ainsi encore plus le doute sur la vraisemblance de ce qu’il écrit ; certaines choses sont vraies, d’autres à moitié, d’autres pas du tout… Mais le lecteur n’a aucun moyen de le savoir, et c’est aussi ce qui fait tout le charme de ces romans.

     Le titre lui-même, " La Nuit de l’oracle ", fait référence à l’histoire qui est au fond de toutes les boîtes composant le roman, la " plus petite des matriochkas " en quelque sorte. Cela signifie-t-il que le lecteur doit toujours chercher à voir plus loin pour mieux comprendre ce qui l’entoure ? Le mot " oracle " rappelle la thématique de la prédiction du futur. Auster écrit-il lui aussi pour conjurer le sort ?

     Je vous conseille vraiment ce roman magnifiquement écrit, beau et émouvant. Il parle tout simplement de ce que c’est que d’être humain. Brooklyn Follies est peut-être encore plus touchant de ce point de vue-là, et je vous le recommande aussi.


Caroline CHABOT, 1ère année ED.-LIB.

 

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Published by Sandrine et Caroline - dans roman urbain moderne et contemporain
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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 08:49

Paul AUSTER,
Moon Palace
,1989,
traduit de l’américain 
par Christine Le Bœuf,
Actes Sud,1990,
rééd. Livre de poche,
317 pages.

.

Résumé


     Moon Palace est le récit de vie d’un jeune intellectuel américain, nommé Marco Stanley Fogg, de son arrivée à New-York en 1965 jusqu’à la découverte de son père, sept ans plus tard. Bien que cela représente une période brève dans la vie d’un homme, elle est fondamentale pour M.S. Fogg. En effet, peu importe ce qui précède et ce qui suit, c’est cette période qui fait de lui ce qu’il est.

 

    
     L’histoire est résumée dès la première page du livre et ce qui suit n’est que le développement des points annoncés. Le récit est à la première personne du singulier, ce qui donne la sensation que M.S. Fogg écrit ses propres mémoires.

    
     M.S. Fogg est né de père inconnu ; quant à sa mère, elle est morte renversée par un bus quand il était enfant. Il est élevé par son oncle, un clarinettiste en décalage avec la société, à qui il porte une grande affection. Ensemble ils partagent le goût des livres, de la musique et du base-ball. Ils inventent des histoires et se créent un monde imaginaire et utopique. L’adolescence passe et c’est bien plus que le rôle de père que joue l’oncle Victor auprès de Marco, celui de guide spirituel qui lui indique comment être la meilleure personne possible. Puis leurs chemins se séparent : Victor prend la route de l’ouest pour aller faire carrière dans le rock naissant des années 60 tandis que Marco s’apprête à rentrer à l’université de New-York.

On est en 1965 et Marco n’a aucune foi en l’avenir. Ce qu’il veut c’est vivre dangereusement et se pousser aussi loin qu’il puisse aller. Peu avant le départ de Marco pour New-York, son oncle lui fait don de tous ses biens parmi lesquels 1492 livres (1492 est la date de la découverte de l’Amérique par Colomb), un costume en tweed et sa clarinette.

L’année de ses 20 ans marque une vraie descente aux enfers pour Marco. Son oncle meurt et le manque d’argent ne tarde pas à se faire sentir. Son insouciance ajoutée au désespoir de son deuil fait qu’il ne tente pas de repousser la misère qui approche. Plutôt que de trouver un travail il va consommer ses biens jusqu’à la dernière miette. Ainsi, il lit un par un les livres confiés par son oncle pour ensuite les vendre à un bouquiniste, porte le costume en tweed jusqu’à ce qu’il devienne haillons et finit par vendre la clarinette. Quand la plupart des gens conservent précieusement leur héritage, M.S. Fogg le consomme jusqu’à liquidation. Sans autre but que de défier les limites de l’existence, il finit clochard à Central Park.

C’est au bord de la mort que le récupère son meilleur ami, un dénommé Zimmer. Ce dernier va prendre soin de lui jusqu’à son rétablissement. Là encore (et comme pour toutes les autres relations qu’établira Marco), on assiste à une amitié très spirituelle faite de débats d’idées permanents. Sans raison valable, leur amitié va cesser définitivement.

Par la suite, Marco trouve l’amour et du travail. L’amour avec Kitty Wu, une jeune danseuse japonaise pleine de tendresse, de féminité et de spontanéité. Le travail chez Thomas Effing, un vieillard aveugle, aigri et saugrenu à qui il va servir d’homme de compagnie. Kitty va lui apporter la joie, la légèreté et l’envie de vivre. Effing, dans sa sévérité et sa folie, va lui apprendre à organiser son esprit, synthétiser ses idées et exploiter au mieux sa raison. Peu avant sa mort, Effing se décide à raconter son histoire à Marco. A la fin du 19ème siècle, c'était un jeune peintre talentueux inspiré par l’immensité des paysages américains. Afin de développer son art il entreprit un voyage dans l’ouest, où les paysages sont dépouillés et sans fin, laissant derrière lui son épouse enceinte. Son périple dans les terres hostiles de l’Utah se déroula mal, son équipier mourut et son guide l’abandonna. Perdu dans le désert, il se réfugia dans une cabane où il vécut en ermite pendant plus d’une année.

Quand il revint à la civilisation, il comprit que tous ses proches le pensaient mort et trouva l’occasion parfaite pour changer d’identité et de vie. Marco rédige les mémoires du vieil homme afin de les faire parvenir à son fils après sa mort.

Effing meurt en laissant à Marco un héritage suffisant pour ne pas travailler et vivre confortablement pendant plusieurs mois.

Nous arrivons à la dernière partie du livre dans laquelle va avoir lieu la rencontre la plus importante pour Marco. Celle de Salomon Barber, le fils abandonné d’Effing. Ce dernier est un professeur de gauche moralement meurtri. Il est d’une obésité hors du commun, particularité dont il se sert comme d’un rempart face aux agressions du monde extérieur. Mais il est aussi un homme d’esprit qui séduit par son humour et sa culture. Si Marco a bien connu le père de Barber, Barber a bien connu la mère de Marco. Celle-ci a été son étudiante pendant une année à l’université de Chicago. Ensemble, ils vont tisser des liens d’amitié très forts et partager connaissances, opinions et goûts. Les saisons défilent dans les rues de New-York. Kitty tombe enceinte et se fait avorter contre la volonté de Marco. Cet épisode tragique met fin à leur amour qui ne pouvait être qu’insouciant. Enfin, Marco et Barber décident de partir pour l’Ouest, à la recherche de la caverne où a vécu Effing.

Alors qu’ils se recueillent sur la tombe de l’oncle et de la mère de Marco à Chicago, Barber fond en larmes et lui avoue qu’il est son père. Puis arrive un accident et Barber se retrouve mourant à l’hôpital. Les deux derniers mois de sa vie sont ceux des confidences à Marco qui reste à son chevet. Emily, la mère de Marco, était son étudiante. Une nuit, ils firent l’amour dans sa chambre universitaire et au matin ils furent surpris par une femme de ménage. Emily s’enfuit et Barber fut renvoyé. Dès lors, il perdit sa trace et n’apprit que bien plus tard qu’elle avait eu un enfant et qu’elle était morte. Il l’avait aimée passionnément et l’avait laissée partir pour son bien.

Une fois son père mort, Marco se dirige seul vers l’Ouest. Ses recherches sont infructueuses ; il se fait voler sa voiture et son argent. Sans plus rien ni personne il se met à marcher sans but. Après des jours d’errance, il arrive en Californie. Immense, l’océan s’étend devant lui. Lumineuse, la lune se dresse sous ses yeux.



Analyse

Moon Palace retrace le parcours initiatique de M.S. Fogg à travers les paysages rêvés de l’Amérique des années 60. C’est par ses rencontres, ses lectures, ses expériences mais aussi par sa solitude et sa misère que Marco forge son identité.

Plusieurs motifs caractérisent l’œuvre et le personnage :


- La perte :
la vie reprend toujours à Marco ce qu’elle lui a donné. Ainsi et sans jamais le vouloir il perd tous ceux qu’il a aimés. Les membres de sa famille (sa mère, son oncle, Effing et Barber) meurrnt un à un, Zimmer disparaît dans la jungle new-yorkaise et la quiétude qu’il partage avec Kitty est rattrapée par la cruauté de l’existence. De même, il ne conserve aucun bien matériel. Le besoin l’oblige à vendre les objets de valeur sentimentale que lui avait donnés son oncle, il dépense sans compter l’héritage d’Effing et on lui vole celui de Barber.



- La lune :
présente dans le titre Moon Palace, la lune intervient tout au long de l’œuvre. La première phrase du livre précise que l’histoire de M.S. Fogg a débuté l’année où l’homme a posé le pied sur la lune. Le livre finit sur la contemplation de la lune " ronde et jaune comme une pierre incandescente " qui s’élève dans le ciel. De même, le groupe de l’oncle Victor se nomme " Les Moon Men " et le restaurant qui fait face à l’appartement de Marco le " Moon Palace ". La vie rêveuse de M.S. Fogg semble donc être placée sous le signe de la lune.


- Le hasard :
M.S. Fogg est l’anti-héros par excellence, le parfait " looser " américain qui laisse le hasard régir sa vie. Il est désenchanté, las de tout, mou, inactif et fait preuve d’une passivité si extrême qu’elle en est destructrice. Pourtant, c’est avec une grande lucidité qu’il juge les choses et lui-même. En s’abandonnant aux événements décidés par la vie, il suit la voie d’une quête intérieure qui le mène sur les traces d’un passé qu’il croyait définitivement enterré. M.S ; Fogg semble toujours évoluer dans un léger brouillard (fog en anglais) et le lecteur ne sait jamais s‘il va finir par se trouver ou se perdre. Le récit évolue comme la vie du personnage : sans but apparent.


- Le destin :
plus M.S. Fogg s’en remet au hasard, plus le destin le rattrape. Ainsi, c’est sans le rechercher et en vaquant de rencontres en rencontres qu’il retrouve son père. C’est comme si tout ce qu’il avait connu auparavant avait eu lieu pour qu’il le rencontre. De plus, Auster énonce la théorie du destin qui se répète de génération en génération : Effing ne connaît pas son fils, Barber ignore l’existence du sien et Marco cède à la décision d’avorter de Kitty.


- Le fantastique :
Moon Palace est truffé d’événements qui paraissent fous et invraisemblables mais sont néanmoins possibles. C’est pourquoi on ne sait jamais où se situe la frontière entre le réel et la fabulation. Ainsi, on n’adhère qu’à moitié à l’histoire de la caverne, on s’imagine mal l’hyperobésité de Barber, et la clochardisation volontaire de Marco dépasse notre entendement. Ces excentricités sont la marque de l’humour d’Auster et font sourire le lecteur bien disposé.


- Le paysage historique américain :
Auster donne beaucoup d’importance aux lieux ainsi qu’aux événements. New-York est la ville du nouveau départ (port d’arrivée des immigrés européens) mais aussi celle de l’échec. M.S. Fogg y connaît lui-même joies et désillusions et chacune de ses expériences est associée à un quartier de la ville. Il poursuit ses études dans la cent douzième avenue ouest, connaît la misère à Central Park, s’installe chez Effing dans le West Side et vit ses idylles amoureuses à Chinatown.

Le mythe de la conquête de l’Ouest est incarné par Victor et Effing. A la manière des pionniers ceux-ci espèrent y trouver l’or et la gloire mais en reviennent déchus.


Enfin, Auster inscrit son récit dans
l’histoire des Etats-Unis en citant des événements tels que la guerre du Vietnam, Woodstock ou les premiers pas de l’Homme sur la lune. Les anecdotes historiques sont fréquentes et font de Moon Palace une histoire enracinée dans son temps.


Paul Auster accorde une place importante aux thèmes du
voyage et de l’espace. On retrouve ces deux thèmes dans les noms des personnages :

. Dans celui de M.S. Fogg : Marco comme Marco Polo, Stanley comme le journaliste américain à la recherche de Livingstone en Afrique et Fogg comme le personnage du Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne.

. Dans celui de Zimmer, mot signifiant " la chambre " en Allemand.

Ainsi, d’un côté on trouve le voyage avec la conquête d’espaces infinis comme l’Ouest et la lune, et de l’autre l’enfermement avec la chambre d’étudiant de Marco et la caverne d’Effing. Les deux contraires peuvent être incarnés par les mêmes personnages.



Mon avis

C’est avec plaisir et facilité que se lit Moon Palace. Si l’écriture d’Auster est littéraire elle n’en est pas moins accessible. Bien que la vie de M.S. Fogg soit miséreuse et semée de drames, l’ambiance n’y est pas maussade. Le pathos et la sensiblerie n’ont pas leur place dans ce roman car ce sont les défauts et les mésaventures des personnages qui les rendent si excentriques et attachants (les échecs à répétition de Victor, l’obésité de Barber, la folie d’Effing et la lassitude de Marco). Ce sont tous de parfaits antihéros représentants du genre humain. Peu importe la situation, qu’elle soit tragique, désespérée, loufoque, pathétique ou heureuse, Auster réussit à lui donner un ton poétique.

Ce qu’il faut retenir c’est que Marco Stanley Fogg est un jeune homme perdu qui n’est pas sûr de vouloir se trouver. Son intelligence et sa lucidité font de lui un homme atypique dont le seul objectif est d’errer sans but dans la vie comme dans les rues de New-York. C’est l’errance qui le mène à l’amour, à son père et à la lune finale. Ainsi et malgré lui, son errance devient parcours initiatique. La misère et la perte de ses proches ne sont pas une fatalité car elles participent à la construction de son identité. D’aventures en aventures, j’ai été heureuse de constater que Marco Stanley Fogg devenait une belle personne.


Joséphine, 1ère année Ed/Lib

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8 avril 2008 2 08 /04 /avril /2008 21:14

Paul AUSTER
Trilogie New-Yorkaise
Cité de Verre – Revenants – La Chambre dérobée
Roman traduit de l’américain par Pierre Furlan
Préface de Jean Frémon
Lecture de Marc Chénetier
Actes Sud, collection Babel, 1991











Biographie


 

   























Né à Newark en 1947, Paul AUSTER commence à écrire des petits récits et des poèmes à l’âge de treize ans. Etudiant, il publie des articles sur le cinéma, un de ses premiers amours. Après ses études, il part en France où il sera traducteur de grands écrivains français tels que Simenon, Mallarmé et Sartre. En 1989, après de nombreux petits boulots, il rencontre son premier succès aux Etats-Unis avec Moon Palace. Il écrira également des scénarios pour le cinéma avec Lulu on the bridge ou Smoke. Etonnamment, Paul Auster a essuyé 19 refus d’éditeurs avant de publier le premier volet de la Trilogie new-yorkaise.

 
Son œuvre

  
     Son style est dépouillé mais cache une structure complexe ; il mélange les genres avec subtilité sans pour autant les respecter. Il a pour thème de prédilection la recherche identitaire dans le décor urbain de New York ; la ville est tantôt un labyrinthe tantôt un échiquier. Ses personnages oscillent entre l’autobiographie et la pure fiction. Ils sont à la fois, ceux qu’ils sont, ceux qu’ils pensent être et ceux qu’ils ne sont pas ainsi que ceux qu’ils essayent d’être. Paul Auster utilise des anagrammes et des pseudonymes mais aussi des personnages doubles. Pour élaborer ce style qui lui est propre il use de digressions, de trompe l’œil, d’histoires dans les histoires. A travers ses personnages, il peint sa vision de la nature humaine qui se perd à force de se chercher. Il décrit la perte, l’errance, la solitude mais surtout la dépossession, thème certes récurrent dans ses œuvres mais noyau central dans Trilogie New Yorkaise.

 

Cité de verre

  
     Un auteur de polar, Quinn, va se retrouver détective privé suite à une erreur téléphonique. Par les multiples identités que prend Quinn, il finira par se perdre dans sa solitude au point de presque disparaître à ses propres yeux. Dans ce premier volet, le narrateur est inconnu, il écrit à la 3e personne et conclut à la 1e personne ; il s’inspire d’un certain carnet rouge et ne fait que retranscrire avec une grande attention ce qui y est écrit. Le narrateur n’a aucune expérience directe ni information extérieure sur ce qu’il raconte.

 
Revenants

  
     Bleu est engagé par Blanc pour surveiller Noir. Installé en face de chez Noir, Bleu ne sait pas ce qu’il doit observer puisque Noir ne fait rien à part écrire et regarder par la fenêtre. Observe t-il ou est-il observé ? Bleu va se perdre dans les méandres de l’ennui jusqu'à oublier sa propre vie. C’est comme si l’histoire se déroulait à travers un miroir, Bleu passe ses journées à écrire des rapports en regardant Noir écrire. Dans ce deuxième volet, le narrateur est toujours inconnu, il écrit d’abord à la 3e personne et finit sur une analyse à la 1e personne.

   

La chambre dérobée


     Fanshawe disparaît, sa femme va faire appel au meilleur ami de Fanshawe pour publier ses écrits. Petit à petit, il va finir par reprendre la vie de Fanshawe jusqu'à perdre la sienne.

C’est la seule histoire écrite à la 1e personne, le narrateur prétend être l’auteur des deux histoires précédentes.

 



Analyse d’élément clés


     Ces trois récits sont des histoires de détectives ; Paul AUSTER utilise le genre du polar sans toutefois en respecter les règles. On trouve de nombreux éléments-clés dans ces récits. En effet, un certain carnet rouge revient sans cesse ; ce fameux carnet rouge clôture Cité de Verre et La chambre dérobée. Il en fera d’ailleurs un scénario pour un film. Dans Cité de Verre, Quinn est le personnage principal alors que dans La Chambre dérobée, Quinn est le détective privé engagé par la femme de Fanshawe. On retrouve également des éléments qui ont trait au monde de l’écrivain et de l’édition dans chaque récit. La couleur blanche revient souvent ; dans Cité de Verre, le personnage de Peter Stillmann est tout de blanc vêtu, c’est lui qui engage Quinn pour le protéger, dans Revenants Blanc engage Bleu pour surveiller Noir.

       Il y a un rapport très étroit entre l’auteur et le lecteur puisque Paul Auster joue avec ces éléments et les dispose à sa guise. C’est au lecteur de les identifier.


Ce que j’en pense

  
     Ce livre m’a laissée perplexe puisqu’on a l’impression que les trois histoires s’annulent mutuellement ; la fin n’est jamais la réponse recherchée. J’ai eu l’impression d’être dans l’univers étrange de Lynch. Ce qu’on croit savoir n’est qu’illusion. Tout au long du livre, je me suis demandé si Paul AUSTER essaye de jouer avec le lecteur ou s’il joue avec les genres et j’ai la nette impression que c’est un peu des deux. Son talent pour la narration est absolument remarquable.


Fiona, Ed-lib. 1A
 

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3 avril 2008 4 03 /04 /avril /2008 08:22

 


Paul Auster, Moon Palace,1989,
traduit de l’américain 
par Christine Le Bœuf,
Actes Sud,1990,
rééd. Livre de poche,
317 pages.


Biographie de l’auteur


   

  Paul Auster, écrivain américain, est né le 3 février 1947 à Newark, aux Etats Unis.

  Très tôt au contact des livres grâce à la bibliothèque d’un oncle traducteur, il commence à écrire à l’âge de 12 ans, peu avant de découvrir le base ball, que l’on retrouvera dans nombre de ses romans. Il étudie la littérature européenne, puis, après avoir échappé à la guerre du Vietnam (tout comme Marco Stanley Fogg échappe au service militaire dans Moon Palace), il écrit des scénarios pour des films muets qui ne verront pas le jour mais qu’on retrouvera, plus tard, dans Le Livre des illusions.


     Paul connaît des problèmes financiers. Il écrit des articles pour des revues, commence les premières versions du Voyage d'Anna Blume et de Moon Palace, travaille sur un pétrolier, revient pour un séjour de trois ans (1971-1974) en France,  où il vit de ses traductions (Mallarmé, Sartre, Simenon), et écrit des poèmes ainsi que des pièces de théâtre en un acte.

  
     En 1979, alors qu'il vient de divorcer et après avoir tenté en vain de faire publier un roman policier sous le pseudonyme de Paul Benjamin (Fausse balle), la mort de son père lui rapporte un petit héritage, qui le remet à flot et lui inspire L'Invention de la solitude. L'Art de la faim est publié en 1982. Son recueil en prose, Espaces blancs, est publié en 1985, bientôt suivi de Effigies et Murales, 1987, Fragments du froid et Dans la tourmente, 1988, Disparitions, 1993.

  
     De 1986 (sortie de Cité de verre) à 1994 (Mr. Vertigo), il publie des romans majeurs comme Moon Palace et Léviathan. Paul Auster accède enfin à la notoriété par ses écrits. Il revient alors au cinéma, en adaptant avec le réalisateur Wayne Wang sa nouvelle Le Noël d'Auggie Wren. Smoke et Brooklyn Boogie sortent en salle en 1995. Paul Auster réalisera lui-même Lulu on the Bridge (1997) qui sera mal accueilli par la critique.

 


    Il revient au roman avec Tombouctou (1999), Le Livre des illusions (2002), La Nuit de l'oracle (2004) et Brooklyn Follies (2005).

 


     Il est marié depuis 1981 à Siri Hustvedt, romancière. Ses deux enfants sont également artistes, le photographe Daniel Auster et la chanteuse Sophie Auster. Actuellement, l’auteur réside à Brooklyn.

 


     Ses thèmes de prédilection sont le hasard, la quête de soi, la solitude ou encore New York, une ville qu’il affectionne tout particulièrement.

 


Résumé

 


     L’ histoire commence à New York, ville mythique, propice aux rêves, dans le milieu des années soixante. Le personnage principal se nomme M.S.Fogg, M comme Marco (Polo), S comme Stanley (le journaliste américain à la recherche de Livingstone en Afrique) et Fogg (il semble toujours évoluer dans un léger brouillard… et son nom renvoie au personnage du Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne). Ainsi, tout porte à croire que ce nom résume tous les thèmes de l’œuvre et les aspirations du héros, l‘AVENTURE, la DÉCOUVERTE, l’EXPLORATION...

 


     L’existence de M.S. Fogg (nous le nommerons Fogg), est chaotique. Il traîne un lourd passé derrière lui. Jeune, il ne connaissait pas son père, (selon le souhait de sa mère) ; quant à cette dernière, elle meurt tragiquement, percutée par un bus, alors que Fogg a 12 ans. Nous comprenons alors à quel point Fogg peut être désorienté. C’est donc son oncle, Victor, " grand inventeur de mondes imaginaires " qui l’élévera ; il transmettra à son neveu sa passion pour la littérature puisqu’il " lui lègue un millier de livres disparates avant de se lancer, clarinette sous le bras, à la conquête du succès vers l'Ouest des États-Unis. "

 


     Par la suite, Victor décède. Nous avons ainsi la sensation que le héros est enfermé dans un engrenage, une suite perpétuelle de fins désastreuses. Dans l’œuvre, force est de constater que ceux qui lui sont attachés disparaissent un à un. Par conséquent, Fogg, victime du déterminisme, va se laisser dépérir, sa philosophie étant d’accepter les choses telles qu’elles se présentent et de se laisser " flotter dans le courant de l’univers ". Il va refuser toute action. Il devient vagabond, erre dans les rues de New York, dans Central Park., jusqu’à ce qu’on le récupère..

 

    
     M.S. Fogg dont la vie rêveuse semble placée sous le signe de la lune, fera de multiples rencontres assez étranges mais qui lui permettront de renouer avec son passé (pour le moins décomposé). Évoquons donc Thomas Effing, un riche vieillard aveugle et handicapé dont il s’occupe et qui se forge un comportement pour le moins paradoxal : il peut se révéler aussi charmant qu’exécrable. Mais cet homme doué d’une grande sagesse va transmettre à Fogg une tout autre façon d’appréhender le monde...


     Mentionnons également Salomon Barber, professeur écorché vif (particularité qu'il partage avec Fogg), profondément attristé par sa différence : son obésité accablante le comble de honte et le pousse à s'isoler ; il s’en sert comme d’un rempart face aux agressions du monde extérieur.

 


     Afin d’explorer son être intérieur et de trouver un but à sa vie, Fogg va ensuite axer sa vie sur les voyages ; il partira à la conquête de son destin et tentera de trouver des réponses en parcourant les paysages fantastiques de l’ouest américain.

 


Le titre MOON PALACE , élément clé de l’œuvre


     Moon Palace est en réalité le nom d’un restaurant chinois que Fogg aperçoit depuis son appartement sombre et minuscule, situé sur une minuscule portion de Broadway.


     Mais ce détail a-t-il un intérêt quelconque ? Certes, oui. Nous comprenons au fil de l’œuvre, que l’auteur lui accorde une importance quasi démesurée puisqu’en réalité ces deux mots, Moon Palace, résonnent dans la tête et dans la vie de Fogg. Ainsi, lorsqu’il aperçoit l’ enseigne du Moon Palace  "cette torche éclatante de lettres roses et bleues ", Fogg est bouleversé, sa vie est comme suspendue. Il comprend alors que ses choix sont une évidence, sa destinée.

 


     Ces deux mots finissent même par devenir obsessionnels, surtout quand il se retrouve dans une siruation critique :

La fièvre devait être très forte, et elle entraînait des rêves féroces, d’inépuisables visions mouvantes qui semblaient naître directement de ma peau brûlante. Aucune forme ne paraissait fixe. Dès qu’une image se dessinait, elle commençait à se transformer en une autre. Une fois, je m’en souviens, je vis devant moi l’enseigne du Moon Palace, plus éclatante qu’elle ne l’avait jamais été en réalité. Les lettres au néon roses et bleues étaient si grandes que leur éclat remplissait le ciel entier. Puis, soudain, elles avaient disparu, seuls restaient les deux o du Moon. Je me vis suspendu à l’un d’eux, luttant pour rester accroché (lui, agonisant, s’accroche à une lueur d’espoir, le O en est une métaphore), à la façon d’un acrobate qui aurait raté un tour dangereux. Puis je le contournais en rampant comme un ver minuscule, puis je n’était plus là du tout. Les deux O étaient devenus des yeux, de gigantesques yeux humains qui me regardaient avec mépris et impatience. Ils continuaient à me fixer, et au bout d’un moment je fus convaincu que c’était le regard de Dieu " (page 81).

 


     Bien que ces mots semblent constituer un repère pour Fogg, ils en sont un aussi pour nous ; " ces lettres de feu " constituent en effet un fil conducteur pour le lecteur car le terme Moon résonne comme un leitmotiv dans le roman.

 

  
Caractéristiques des personnages et relations


     Fogg et son oncle ont un penchant pour l’errance et la rêverie ; leur vie côtoie l’imaginaire : " étant donné les difficultés que nous rencontrions tous deux dans le monde réel, il était sans doute logique que nous cherchions à nous en évader aussi souvent que possible " (page 16). Mentionnons une anecdote qui traduit bien l’état d’esprit de Fogg. Il s’agit de son " mobilier imaginaire " (lit, chaises, tables) ; les livres cédés par son oncle lui servent à meubler son appartement. Après avoir lu les ouvrages, Fogg les vend à un bouquiniste ; par conséquent, les piles diminuent, son mobilier rétrécit. Il les regroupe donc selon différentes configurations, les arrange et les transforme en objets domestiques. A la longue, ce " jeu " labyrinthique ressemble à sa personnalité, assez instable, en perpétuel changement. Nous pouvons également préciser que même si Fogg est entouré de Kitty sa fiancée ou encore Zimmer son meilleur ami, qui lui portent secours dans les instants difficiles, Fogg est désespérément seul, et son goût pour la rêverie constitue nécessairement un élément propice à cette solitude.

 

  
     Le nihilisme absolu de Fogg est palpable. Il agit d’emblée comme une victime face aux malheurs qui l’accablent. Cette passivité est tellement présente dans l’ouvrage qu’elle déroute le lecteur qui s’attend à ce que Fogg réagisse. 

    Lorsque Fogg parcourt à nouveau New York après avoir erré seul plusieurs jours dans Central Park, il se trouve confronté au regard des hommes : sa présence est considérée comme indésirable par les gens " normaux ". Il se sent donc accablé par la honte : " Quand je marchais dans la foule, je me sentais lâche, vagabond, bouton obscène sur la peau de l’humanité. " (page 68). Cette confrontation avec la société lui fait prendre conscience de l’uniformisation requise pour être accepté : " Marcher dans la foule signifie ne jamais aller plus vite que les autres, ne jamais traîner la jambe, ne jamais rien faire qui risque de déranger l’allure du flot humain " (page 67).

 
     Effing, l’homme dont Fogg a la charge, occupe la position de maître par rapport à ce dernier, il le pousse dans ses plus profonds retranchements, l’incite à raisonner différemment, à s’attarder sur les choses qui l’entourent ; ainsi il questionne Fogg en ces termes : " êtes vous sûr d’être en vie, jeune homme ? Peut-être n’en avez vous que l’illusion ?" (page 114).   

Le hasard et la contingence

 
     Fogg est un anti-héros qui laisse le hasard gouverner sa vie, il est soumis à la contingence et ne tente en aucune façon de contrer son destin. Son parcours sera marqué par l'alternance de périodes de trouble intense et d'instants moins sombres.

     Fogg fait des rencontres fortuites ; il découvre une nouvelle famille… Ce fait s’avère totalement déroutant et troublant à la lecture de Moon Palace car nous apprenons que Thomas Effing est le grand père de Fogg puisque Salomon Barber, le fils d’Effing, cette masse imposante, est aussi le père de Fogg. Ce hasard peut sembler malvenu et relève de l’incroyable et de l’inattendu. Par conséquent le lecteur se sent frustré de ne pouvoir s’identifier au personnage, estimant que de telles rencontres ne peuvent être simplement le fruit du hasard, et donc, partant de là, chacun déduira qu’il s’agit d’un récit relevant du merveilleux.


Un parcours initiatique

 


     Cet ouvrage est un voyage ludique qui foisonne d'émotions délicates ; un voyage où le lecteur ne sait jamais si cet étudiant américain des années cinquante va se trouver ou se perdre.


     Le livre traite de nombreux voyages, effectués par d’autres (comme Thomas Effing ou le personnage fictif du roman de Salomon Barber) et par Fogg.


     Ces voyages d’ailleurs possèdent une dimense mythique, puisqu’un mythe se rattache à la naissance d’un monde nouveau ; dans cet univers, les protagonistes trouvent enfin leur place et ainsi l’imaginaire triomphe sur la réalité.


     Le voyage est aussi conçu comme une quête, vise un but et va bien au-
delà du dépaysement même si le voyageur n’en est pas profondément conscient de prime abord. Concernant Moon Palace, Fogg n’a pas d’idée arrêtée sur le but ultime de son voyage, il souhaite rouler vers l’ouest tout en se laissant bercer par le flux des situations inédites. Cependant, nous constatons que ce voyage constitue une quête quasi spirituelle, car, en fin de compte, nous nous retrouvons tous un jour face à nous-même et nous nous efforçons d’affronter cette identité. Le thème de la solitude surgit donc dans ce roman.


     Le voyage est une perspective individuelle et personnelle ; d’ailleurs Fogg se retrouve totalement seul à la fin du roman, semblant fuir ses responsabilités et rechercher cette solitude bienfaisante.

 
     A travers ce roman, nous comprenons que la littérature reste le lieu des questionnements humains sur les rapports entre Homme et Société, entre l’Homme et lui-même.


     Le roman de Paul Auster peut être mis en résonance avec Into the Wild, un film réalisé par Sean Penn, puisqu’ils traitent tous deux de l’exploration de soi et d'un parcours initiatique.
Le ciel représente une source d’ inspiration et une aspiration pour Fogg et Christopher Mc Candless, le héros du film… Au terme de Moon Palace, le regard de Fogg s’attarde sur le ciel ; il s’agit plus précisément de la lune, et Fogg réalise que sa vie " débute " à cet instant d’extrême solitude. Christopher, à la fin du film contemple aussi le ciel, un ciel sans nuage, sans tourment ; seulement, il ne débute pas sa vie, il l’achève.

 
     Au terme de notre réflexion, évoquons l’écriture de Moon Palace. La plume est agréable, fluide et percutante, empreinte d'une grande sensibilité. Le contenu de l'ouvrage reste assez complexe, car il s’agit d’un voyage initiatique, d’une quête philosophique inspirée par la vie de l’auteur ; les thèmes abordés tels que la perception, le raisonnement sur la conscience et la solitude peuvent sembler difficiles à cerner.. cependant, Auster emploie un langage simple et rend son roman accessible à tous ; ce qui n'empêche pas son écriture d'être empreinte d'une grande poésie.


 
Laura, 1A Bib.  

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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 21:36

 


Paul AUSTER,
Trilogie new-yorkaise,
Titres originaux :
City of Glass, Ghosts,
The Locked Room (1985 et 1986),
traduction française : Pierre Furlan,
Actes Sud, 1987 et 1988
.










     La Trilogie New yorkaise est composée de trois récits : Cité de verre, Revenants et La Chambre dérobée.


adaptation b.d. de City of Glass

     Dans le premier opus, Cité de verre, Quinn, le personnage principal, reçoit un appel adressé à Paul Auster, détective privé. Cela le surprend car il n'est pas cette personne. Pourtant, quelques jours plus tard, il reçoit à nouveau un appel pour Paul Auster ce qui le plonge dans une intrigue des plus étranges… Virginia Stillman épouse de Peter Stillman, lui demande un rendez-vous pour une enquête " de la plus grande importance ". Jouant le jeu, Quinn prend l'identité de Paul Auster et rencontre les Stillman dès le lendemain. Peter est atteint d'une déficience de la parole qui l'empêche de s'exprimer de façon correcte. En effet, son père, un " savant fou " a voulu trouver, en utilisant son fils comme cobaye, la langue naturelle des hommes. Il l'a donc enfermé pendant plusieurs années dans le noir complet et sans lui adresser une parole. Les séquelles sont grandes et le père a été jugé et interné dans un asile. C'est pourquoi Peter Stillman fils, de peur d'être tué, demande une surveillance constante de son père lorsque ce dernier rentre à New York.

    
     Dans le second livre, Revenants, les personnages qui interviennent tout au long de l'histoire n'ont pas d'autre noms que Bleu, Blanc et Noir. Une enquête est confiée à Bleu par Blanc : surveiller Noir. La tâche semble des plus simples pour Bleu ; pourtant, comment faire un rapport toutes les semaines sur une personne qui semble ne pas faire autre chose que lire, dormir et manger. Noire, l'intrigue, et nous aussi...

    
     Enfin, La Chambre dérobée, dernier volume de cette trilogie, met en place un schéma presque classique de polar : un disparu laissant derrière lui une épouse, un fils de trois mois, un meilleur ami perdu de vue depuis le lycée et la confrontation des deux qui laisse place à une histoire d'amour. Tout débute avec la rencontre des laissés pour compte (le narrateur et Sophie) et des manuscrits laissés par Fanshawe qui deviendront un succès éditorial. On plonge alors dans le passé de deux jeunes enfants, puis ados, puis presque adultes dont les liens particuliers rendent  le présent du narrateur amer.

 




Une exploration du moi


     Paul Auster fait transparaître dans ces trois œuvres un thème majeur : la quête. Qu’elle soit centrée sur une autre personne ou sur soi-même, c’est ce qui construit un lien fort dans les trois livres. En effet, les trois histoires se situent à New York, mais dans des contextes opposés. Le premier livre se déroule dans les années 80, le second dans les années 40 et le dernier dans les années 70. Rien ne laisse imaginer un lien entre elles. Et pourtant, le caractère des personnages est presque identique : des hommes en mal de vivre. Quinn a perdu sa femme et son fils et se cache sous d’autres identités pour (sur)vivre ; les affaires de Bleu ne sont pas très glorieuses avant que Blanc vienne lui donner un contrat ; et le narrateur du dernier livre se considère comme un écrivain raté qui ne publie que des critiques littéraires.


     Ces hommes blessés dans leur vie et leur raison d’être sautent sur une occasion donnée à un moment précis de leur histoire personnelle et ils se retrouvent tous à chercher.


     Le verbe chercher a pour définition commune : s'efforcer de trouver ou retrouver quelque chose, mais il peut aussi avoir ce sens : tâcher de trouver une solution, une idée par la réflexion ou encore s'efforcer de, tenter de parvenir à. On peut considérer que Paul Auster a lui aussi " cherché ".


     Trouver un sens à sa vie, retrouver une vieille connaissance, retrouver quelqu’un, son passé, tâcher de trouver la solution d’une enquête, une solution pour mieux vivre. Tâcher aussi de trouver une idée par la réflexion sur soi-même, sur les autres, sur la vie, pour écrire. S’efforcer d’accepter une réalité, des enjeux, soi-même, son passé, ses erreurs, sa vie. Et pour finir, tenter de parvenir à une fin, à comprendre le monde, les autres, soi-même, sa place, des idées…


     Même si les thèmes sont communs et que l’on a l’impression d’une répétition, les nuances faites par l’auteur sont importantes. C’est ce qui fait la qualité de ce recueil : le maniement des formules permet de faire des distinctions qui donneny tout son sens à la vie et à la quête de soi mais aussi à l’existence des livres.


Mon avis :

 
     Une " enquête policière du moi " à la portée de tous qui crée une ouverture d’esprit et un autre regard sur le monde. "C’est finalement tout ce qu’on veut d’un livre - être diverti." ([Paul Auster] - Cité de verre.) Mais la façon dont l’auteur nous envoie des " conseils " est incontestablement la meilleure façon de réfléchir sur tous les thèmes abordés.


Marine, 1A Bib-Med

 

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2 avril 2008 3 02 /04 /avril /2008 08:20

 


Saul BELLOW
Une affinité véritable, 1997
Traduit de l’américain par Rémy Lambrechts
Titre original : The Actual
Gallimard
Collection Folio n° 3286
2005
112 pages







Biographie :


De 1943 à 1944, Bellow s’installe à New York où il travaille pour l’Encyclopædia Britannica. Son premier livre, The Dangling man (L’Homme en suspens), paraît en 1944. En 1948, il part vivre deux ans à Paris et commence à écrire The Adventures of Augie March (Les Aventures d’Augie March). Ce roman paraît en 1953 et reçoit le National Book Award (distinction littéraire des plus prestigieuses aux Etats-Unis).


En 1964, Herzog, sorte d’autobiographie spirituelle, lui donne une réputation internationale. Il reçoit pour cette œuvre, un deuxième National Book Award.


Saul Bellow a également collaboré avec de nombreux journaux comme The New Yorker ou The N. Y. Times Book Review. En 1967, pendant le conflit israélo-arabe, il est le correspondant spécial de Newsday.


Sacré " meilleur écrivain américain de sa génération ", Saul Bellow reçoit, en 1976, le prix Nobel de littérature.

 

La relation Sigmund Adletsky / Harry Trellman :


Tous deux hommes d’affaires à la " retraite " ; le premier, multimilliardaire de 92 ans, souhaite s’impliquer dans " la vie mondaine " et les " questions psychologiques " (p23) ; le deuxième décide, à l’âge de 50 ans, de revenir sur le " lieu de ses racines affectives " (p11).


Sigmund Adletsky, après avoir observé Harry lors d’un dîner mondain, propose à ce dernier de devenir son " brain-trust "; c’est-à-dire d’être son " observateur de première classe " (p23). Le vieil homme, de son côté, s’occupe des " affaires affectives en souffrance " (p12) d’Harry en devinant ses sentiments pour Amy et en jouant un rôle d’entremetteur.


Chacun s’emploie donc à satisfaire le désir de l’autre. Cette relation entre les deux hommes peut s’apparenter à une relation père / fils. En effet, Adletsky agit comme un père en aidant Harry à retrouver son amour d’adolescence et par conséquent à trouver la place qu’il cherchait depuis toujours. L’histoire personnelle d’Harry Trellman, placé dans un orphelinat alors que ses parents étaient tous deux en vie, a des points communs avec celle de Saul Bellow. En effet, l’écrivain a perdu son père à l’âge de 9 ans puis sa mère à l’âge de 17 ans.

 
Chicago comme décor :

 



L’histoire se déroule dans le quartier du Loop, en plein centre de Chicago, entre les rives du lac Michigan et celle de la rivière Chicago. C’est le deuxième quartier des affaires des Etats-Unis après Manhattan. Le Loop (qui signifie boucle) est aussi le nom donné au métro surélevé qui tourne autour du centre de Chicago.


Dans la nouvelle de Saul Bellow, la ville est peu décrite mais le lecteur parvient tout de même à en ressentir l’atmosphère. On est au mois de mars, " sur la ligne de touche entre le froid et le doux " (p.29) ; une tempête de neige menace de paralyser la circulation. Le ciel est lourd et terne : " quand le temps est plombé, tout vire au gris " (p.27). Malgré ce climat pesant, une impression de calme et de tranquillité règne dans la ville.

 


Pour Harry, le fait que Chicago soit le lieu d’habitation d’Amy, son amour de toujours, semble être le seul avantage de cette ville. En effet, Harry a peur de se retrouver seul car " la principale menace en un lieu tel que Chicago est le vide – les brèches et les failles dans l’humain, une sorte d’ozone spirituel qui sent l’eau de Javel. Il émanait autrefois une telle odeur des tramways de Chicago." (p12).


Chicago était aussi la ville où a vécu Saul Bellow pendant une trentaine d’années (de 9 ans à 28 ans). Les descriptions de la ville sont comme des souvenirs pour l’auteur, des flashs de son passé et de son enfance. Mais, aujourd’hui, Chicago s’est transformée : " quand j’étais gosse, il y avait des terrains vagues par là-bas. A présent, ce sont de petites industries, des auberges, des pizzerias, des jardineries et, bien sûr, la ceinture pavillonnaire - des dizaines de milliers, des centaines de milliers de pavillons en brique. " (p.87).

 

Le monde des affaires :


Dans sa nouvelle, Saul Bellow, à travers les yeux de son personnage Harry Trellman, dépeint le monde des riches hommes d’affaires de Chicago. Harry est aussi un homme d’affaires mais il ne concourt pas dans la même catégorie. En effet, on ne peut pas le comparer à Sigmund Adletsky qui a bâti une fortune considérable dans l’immobilier et qui est à présent multimilliardaire. " Adletsky est un nom immédiatement reconnu en tous lieux, comme ceux du prince Charles et de Donald Trump - ou, en d’autres temps, ceux du chah d’Iran et de Basil Zaharoff. " (p.13). Saul Bellow s’est peut-être inspiré de Sheldon Adelson pour le personnage d’Adletsky. Adelson est un promoteur immobilier américain qui fait partie des dix plus grandes fortunes mondiales. En effet, lui aussi est d’origine juive et il y a comme une ressemblance dans leurs noms de famille.


La richesse d’Adletsky est presque irréelle pour Harry : le vieil homme est " riche au-delà de l’entendement de la majorité des gens. Du mien aussi. " (p.17). Harry côtoie cet univers mondain mais garde toutefois un regard lucide et critique sur ces puissants économiques ; il se sent à part : " c’étaient tous des gens banals. Je ne le leur aurais jamais permis de le penser, mais il est temps de reconnaître que je les regardais de haut. Ils manquaient de motivations élevées. " (p.51).


Mon avis :

 


Plus que l’histoire elle-même, c’est ’écriture de Saul Bellow qui m’a particulièrement plu. Les phrases sont très bien tournées avec souvent une note d’humour. L’écriture est fine, subtile, et donc très agréable à lire.


Cécile, 1 A Bib-Med.

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