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2 août 2009 7 02 /08 /août /2009 19:30














J
eff NOON
 Vurt
, 1993
Traduction : Marc Voline
La Volte, 2006














Avec ce premier roman, Jeff Noon inventait un monde étrange, une interzone qui croise Lewis Carol et le mouvement cyberpunk : le VURT. Le VURT est une réalité virtuelle composée de rêves surréalistes auxquels on accède en plaçant contre son palais ces drogues que sont les Plumes vurt. Scribble – le narrateur – est l’un des drogués de ce monde vurtuel, membre d’une petite bande de durs à cuire d’opérette – les Chevaliers du Speed – accros aux plumes illégales. Aux ordres d’un chef vicieux, dans un Manchester infesté de policiers surarmés et de mutants croisant l’homme et le chien, Scribble ne serait qu’un rêveur anonyme parmi les autres rêveurs anonymes, un simple camé parmi d’autres, s’il n’avait vécu cette expérience étrange au sein d’un VURT interdit dans lequel il a perdu Desdémone, sa sœur et maîtresse, apprenant du même coup que réalité et vurtualité peuvent s’échanger et se contaminer. En échange de sa sœur, Scribble a ramené du VURT la Chose, sorte de protoplasme étrange et illégal que les Chevalier du Speed gardent précieusement en espérant pouvoir l’échanger contre Desdémone. À la recherche de la mystérieuse Plume jaune qui ouvre sur le vurt qui retient captive Desdémone, forcé d’explorer les secrets du monde des rêves, la petite bande devra accepter de nombreux sacrifices afin d’entrer dans les arcanes ultimes du VURT.

Jeff Noon réutilise l'idée qui fit la fortune du cyberpunk : ne pas décrire par le menu toutes les innovations et les bizarreries rencontrées qui font la différence entre le monde du roman et le monde où nous lisons le roman, mais passer dessus comme un roman contemporain passe la description d'une voiture ou d'une ampoule électrique. Directement plongé dans le trafic de plumes, assis aux côtés de la Chose, évitant les morsures des serpentrêves qui sortent du VURT, évoluant au milieu des hommechiens et des ombrefilles (des télépathes), le lecteur est littéralement enfoui dans cet univers parallèle. Les déambulations pathétiques de Scribble, animées d’une terrible tension entre réalité (la sœur disparue) et désir (le monde du rêve qui retient cette sœur), entre banalité (la vie misérable des drogués) et splendeur (les fabuleux univers oniriques), donnent à l'idée de base une profondeur supplémentaire par l'exploration d'une psyché tiraillée par ses contradictions. Contradictions qui nourrissent le récit ; le style en est violent, qui reproduit cette tension : descriptions elliptiques d’un monde sans intérêt et crasseux, narration nerveuse d’une quête échevelée, syntaxe heurtée d’une existence toute d’intensité et d’ivresse. Noon écrit en ayant intégré la modernité : cut-up, collage, successions brutales, non-linéarité. Le texte lui-même est une machine, qui interroge notre rapport à  l’imaginaire technologique qu’est la Toile par la création d’une littérature technologique héritière des innovations textuelles de Burroughs, de la folle imagination de Lewis Carroll, de l’hybridation des genres propre à  Gibson. Ainsi les déboires de la petite troupe hésitent entre scènes de mœurs de la vie de drogués, roman à énigme sur la nature du vurt, récit métaphysique sur la contamination des mondes, le tout ponctué d'extraits d'articles sur les meilleures Plumes du moment (les séquence du « Maître Chat »). Noon lui-même explique :

« Je voulais prolonger les idées qui habitaient le cyberpunk américain, et l'amener vers d'autres lieux. Je travaillais sur une pièce qui s'appelait Torture Garden (une adaptation du Jardin des supplices d'Octave Mirbeau), dans laquelle j'introduisais moi aussi l'idée d'un espace virtuel accessible par des moyens magiques. La pièce n'a jamais vu le jour mais l'idée de base s'est finalement invitée dans le roman. L'idée est même devenue l'intrigue principale puisque le personnage central de Vurt a perdu sa sœur dans l'univers virtuel du Jardin des Tortures, et tente de la récupérer. J'ai réalisé qu'il y avait des connexions avec le mythe d'Orphée et d'Eurydice, j'ai donc également incorporé ces éléments. Mais je crois que l'influence primordiale vient d'Alice au pays des merveilles, une expression toute britannique d'un monde fantastique co-existant avec la réalité par-delà  le miroir. »


Jean-Baptiste, A.S. Éd.-Lib.

Liens :

Entretien avec Jeff Noon sur Fluctuat.Net  

Éditions La Volte
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Published by Jean-Baptiste - dans science-fiction
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6 novembre 2008 4 06 /11 /novembre /2008 19:00



Tim POWERS,
 Les Voies d'Anubis
(The Anubis Gates, 1983)
J'ai lu/SF,  03/07/2003

(1ère édition française : J'ai lu/SF, 1986)

 


























                                                            

 

Brendan Doyle, jeune professeur californien de littérature anglaise, ne pouvait refuser l'invitation du milliardaire, J. Cochran Darrow, qui le conviait à Londres pour donner une conférence sur Samuel Taylor Coleridge. Seulement, Doyle était loin de s'imaginer que le mystérieux Darrow, passionné de littérature et de phénomènes paranormaux, lui proposerait aussi de voyager dans le temps jusqu'en 1810 pour rencontrer Coleridge en compagnie d'autres "invités temporels" , et satisfaire ainsi ses intentions maléfiques. Pris au piège d'une brèche temporelle, Doyle commence alors son aventure sur les voies d'Anubis.

Des bas-fonds de Londres en 1810 où se côtoient mendiants, poètes, sorciers et loup-garou puis en 1685, jusqu'à l'Egypte de 1811 où des adeptes d'une société secrète vénèrent encore le dieu  Anubis, Doyle parviendra-t-il à rencontrer William Ashbless, obscur poète du 19ème siècle, dont il tente désespérément d'écrire la biographie?

L'histoire de Brendan Doyle sort véritablement des sentiers battus. En alliant science-fiction et littérature anglaise, Tim Powers décrit les époques avec un talent remarquable (le Londres du 19ème siècle ne peut que rappeler celui de Dickens). Les thèmes surprenants au départ  par leur diversité et leur originalité, la poésie, les faux-monnayeurs, la magie noire, le culte des anciens dieux, les complots anti-britanniques, Lord Byron et le voyage dans le temps...cohabitent parfaitement. Par moments, on pense à Philip K. Dick, qui était ami de Powers, dans les évocations des différentes réalités temporelles, avec l'aspect historique en plus. Le personnage de William Ashbless, poête complêtement fictif du 19ème siècle, inventé par Tim Powers et ses deux complices; James P. Blaylock et K. W. Jeter, et qui joue ici un rôle important, apparaît également dans certains autres romans de ces deux derniers. Les Voies d'Anubis vous entraînent dans une aventure temporelle magnifiquement écrite, parsemée d'anachronismes volontaires et de références à la littérature anglaise, jusqu'à une fin impressionnante et un dernier paradoxe temporel sans précédent dans les histoire de ce genre.

Ce roman considéré, à juste titre, comme l'un des romans fondateurs du genre steampunk (science-fiction écrite de nos jours mais qui se déroule au 19ème siècle) fut le premier de Tim Powers à paraître en France et a remporté les prix Memorial Philip K. Dick en 1983 et  Apollo en 1986. 

 

François Giraud
, 1ère année Edition-librairie

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Published by François - dans science-fiction
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