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15 juin 2013 6 15 /06 /juin /2013 07:00

Comme du sable
Texte Sylvain LEVEY
Mise en scène et scénographie
Pascale Daniel-Lacombe

 

 

 

Avec Ophélie Marsaud – Mélanie Jaunay – Sophie Tzvetan – Audrey Le Bihan – Etienne Kimes – Léo Reynaud – Nicolas Orlando – Romain Louvet / Création lumière Xavier Baron / Création sonore Stephan Krieger /Son – Vidéo Clément Marie Mathieu / Plateau Stéphane Holvêque / Costumes Claire Bigot

création lumière xavier baron  / régie lumière yvan labasse / création sonore stephan krieger / son - vidéo clément - marie mathieu / plateau stéphane holvêque / costumes claire bigot / stage de formation danse Cie Ex Nihilo

production Théâtre du Rivage
coproduction TnBA Théâtre National de Bordeaux Aquitaine - Scène Nationale Bayonne - Sud Aquitain - Le Moulin du Roc Scène Nationale Niort - Théâtre Georges Leygues / Villeneuve sur Lot - Théâtre Le Liburnia / Libourne - OARA Office Artistique de la Région Artistique - Espace Michel Simon de Noisy le Grand - Conseil Général des Landes - Arguia Théâtre et la ville de Dax - Communauté d’Agglomération du Marsan

La compagnie du Théâtre du Rivage est conventionnée par le conseil Général des Pyrénées Atlantiques, soutenue par la DRAC Aquitaine, la Région Aquitaine. La compagnie est implantée à Saint Jean de Luz et  associée à le Scène Nationale Bayonne - Sud - Aquitain pour trois saisons

Le Théâtre du Rivage est implanté à Saint-Jean de Luz et associée à la scène nationale de Bayonne et du Sud Aquitaine.



Une critique à demi-voilée d’un monde sans concession

Scène ouverte, passerelle à mi-hauteur sur roulettes, siège en bois pliant, c’est un décor épuré et chaotique qui accueille le spectateur au Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine du 3 au 6 avril 2013 pour Comme du sable. Les acteurs sont déjà là, regardant les gens qui s’installent. La salle se remplit bruyamment, les classes sont nombreuses et les spectateurs déconcertés par l’absence d’ouverture solennelle. Petit à petit, le silence se fait.
Sylvain-Levey-Comme-du-sable-01.jpg

© Xavier Cantat

 

Un jeune homme imposant et une jeune femme se retrouvent en milieu de plateau et s’embrassent longuement. La première scène est jouée par l’ensemble de la troupe : les répliques fusent et rebondissent dans les bouches. On comprend que ces deux-là sont américains, vivant dans une banlieue résidentielle, avec des voisins qui regardent avec joie un documentaire sur les rapports de classe entre les escargots.


Le couple est désabusé : victime de la crise des subprimes comme bientôt leurs voisins, dont le fils, banquier, «investit», ils ont tout perdu, et en particulier l’amour qui les unissait.

 

Sylvain-Levey-Comme-du-sable--03.jpg

© Xavier Cantat
 

 

Ce passage constitue l’introduction à une succession de courtes scènes qui invite le spectateur à se questionner sur la vacuité de sa société, de notre société. Ce fil rouge relie ces vingt et une propositions : vingt et un fragments de vie percutants, critiques d’un monde en crise qui pousse à la consommation de masse, qui laisse les gens se pendre devant la faillite, qui sous-estime le racisme ambiant autant que la solitude, qui met des enfants en prison sans se questionner sous couvert de peur pour soi-même... Les angles d’attaque sont nombreux et divers, les chutes inattendues et finement travaillées. Les raccourcis langagiers sont décortiqués, déconstruits. Comme ce parallèle entre « vie active » et « vraie vie ». Ou l’importance d’être « dynamique » avec un acteur survolté, presque hystérique. On rit jaune, on grimace plus volontiers. On se sent perdu par la musique, mal à l’aise avec l’ironie de ce texte engagé. On méprise certains personnages, on a pitié d’autres à première vue. Les mots mettent en lumière des situations criantes de banalité par petites touches. Cette présentation de faits divers met le spectateur face à ses propres failles, à son manque de logique et à sa demi-mesure. Et la prose fait son chemin dans sa tête... On ne ressort pas indemne de la représentation de Comme du sable, malgré l’apothéose de la dernière scène, potentiellement optimiste, énumérant des faits  historiques dans le désordre : « et au milieu à peu près de tout cela, dans ce beau bazar qui fait la vie, il y a moi, et puis vous, et puis on verra bien ce qu’il va se passer ».

 


Sylvain Levey Comme du sable 02

© Xavier Cantat

 

Un théâtre engagé qui se voit et se lit   

L’auteur, ancien comédien, est reconnu pour ses textes de théâtre dit pour jeune public. Il a écrit quatorze pièces et répond essentiellement à des commandes dans son écriture. Les productions que nous avons eu l’occasion de lire sont engagées et soulignent subtilement les souffrances des personnages1 et les incongruités et les cruautés de la vie. Contrairement à son habitude, il connaissait les acteurs et leur potentiel avant d’écrire. Revendiquant d’offrir au public «plusieurs portes d’entrée», soucieux que le public se pose des questions à la vue de ces pièces, Sylvain Levey a, à mon sens, magistralement relevé le défi.

Ses mots sont servis par une équipe d’acteurs assez inégaux et on regrette d’avoir peiné à entendre la prestation d’une des actrices qui ne faisait pas suffisamment porter sa voix, peut-être gênée par le bruit de la salle. Ces acteurs évoluent parfois dans une mise en scène épurée souhaitant rappeler le réel, sont parfois mis en avant, seuls, par la lumière.

Pas de nom, pas d’identité, ils sont « une femme », « un homme », « un couple ». Ici, le théâtre se voit et se lit. La densité du texte invite en effet à le lire2 pour prendre toute l'ampleur de la « claque » que l'on reçoit lors de la représentation. Car ce fut l’effet ressenti pour ma part, tant les tracas de tous les jours peuvent cacher des réalités bien plus graves. J’ai souri souvent et me suis demandé : « qu’est-ce que j’aurais fait, moi? Comment aurais-je réagi ? ». Je me suis sentie très bête, empêtrée dans mon quotidien, mais aussi un peu plus consciente de la réalité m’entourant.

Le texte est clairement ancré dans notre temps, des références sont faites aux derniers faits divers, notamment à certaines paroles d’hommes politiques. C’est à la fois sa force et sa faiblesse : il est facilement accessible au spectateur contemporain. Qu’en sera-t-il dans des décennies ? Une peinture sans complaisance d’une époque en crise, avec des éléments factuels servant un propos universel.   


Maude E., AS Bib.

 

Notes

 

1. On pense notamment à Alice pour le moment. L’héroïne y parle de ses parents : « Mes parents étaient comme des fauves qui cherchent toute la journée de quoi manger pour le soir. J’imagine que la tendresse est un luxe dont on peut jouir quand le gîte et le couvert ne sont plus un problème. ».Ou encore dans Cent culottes et sans papiers : « Kiabi ® / La mode à petits prix / Fabriquée dans le sud de l’Inde / Par des Indiens tout petits petits. ».

 

2. On remercie à cet égard Sylvain Levey qui a eu l'amabilité de nous donner à lire ce texte inédit après la représentation

 

Pour en savoir plus

Sur la pièce :  http://theatredurivage.com/?page_id=219

Sur la compagnie Théâtre du rivage : http://theatredurivage.com

Sur Sylvain Levey : http://www.editionstheatrales.fr/auteurs.php?choix_auteur=173

 http://theatredurivage.com/?page_id=231

 http://vimeo.com/channels/theatralesjeunessea10ans/32175455


À écouter

 

L’émission «Les mercredis du théâtre » du 2 mars 2011 sur France culture : http://www.franceculture.fr/emission-les-mercredis-du-theatre-10-11-quel-theatre-pour-le-jeune-public-2011-03-02


À lire

Par les temps qui courent, Éditions Lansman, 2004

Ouasmock ?, Éditions théâtrales, 2004

Enfants de la middle class / Ô ciel la procréation est plus aisée que l’éducation / Juliette (suite et fin trop précoce), Éditions théâtrales, 2005

Journal de la middle class occidentale, Éditions théâtrales

Pour rire pour passer le temps / Petites pauses poétiques, Éditions théâtrales, 2007

Alice pour le moment, Éditions théâtrales, 2008

Cent culottes et sans papiers, Éditions théâtrales, 2010

Comme des mouches, pièces politiques, Éditions théâtrales, 2011

Costa le Rouge, Éditions théâtrales, 2011

Lys Martagon, Éditions théâtrales, 2012


Avec Juan Cocho, Daniel Keene,

Court au théâtre, Éditions théâtrales, 2005


Avec Lancelot Hamelin, Philippe Malone (et AL)

L’extraordinaire tranquillité des choses, Éditions Espaces, 2006


Avec Michel Azama, Nathalie Papin (ET AL)

Les 120 voyages du Fou, Éditions théâtrales, 2008


À voir

L’agenda de la compagnie du Théâtre du rivage :
http://theatredurivage.com/?page_id=173

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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 07:00

19-22 mars 2013 au TNBA

texte édité chez P.O.L en 2010
Mise en scène de Valère Novarina

Novarina-L-Atelier-volant.jpg

 

Collaboration artistique Céline Schaeffer / Scénographie Philippe Marioge / Musique Christian Paccoud / Lumières Joël Hourbeigt / Costumes Renato Bianchi / Maquillage Carole Anquetil / Dramaturgie Adélaïde Pralon et Roséliane Goldstein /


Coproduction Théâtre du Rond Point – Paris, Théâtre Vidy-Lausanne, TNP - Villeurbanne
avec l’aide du Ministère de la Culture et de la Communication et avec le soutien du DIESE# Rhône-Alpes
Création au Théâtre du Rond-Point, le 6 septembre 2012

 


L'auteur

Valère Novarina est un écrivain franco-suisse mais également metteur en scène, dramaturge et peintre. Né en 1947 à côté de Genève, il a étudié la philosophie à la Sorbonne. L'Atelier volant est sa première pièce, écrite en 1974. Il est édité chez P.O.L. Ses textes font souvent l'objet de représentations régulières lors du Festival d'Avignon. Son travail a été évoqué par certains critiques littéraires (notamment Pierre Jourde) qui ont lui ont consacré plusieurs ouvrages. Il a été récompensé par plusieurs prix littéraires.

 

L'histoire

Les époux Boucot cherchent du personnel pour leur usine et sélectionnent donc leur équipe afin d'accroître leur production. Voilà le résumé qui pourrait être fait de cette pièce. À partir de cela, des situations cocasses vont s'enchaîner. Les employés doivent être dociles, résistants et productifs. Vêtus de combinaisons beiges, les ouvriers sont donc exploités par un contremaître lunatique et tyrannique. Ils prennent peu à peu conscience de leur condition et décident de se révolter.

 

L'exploitation et la domination

Sous forme de situations absurdes et humoristiques, la pièce soulève la question de l'exploitation des ouvriers dans le monde. En effet, le capitalisme de masse et la conjoncture actuelle montrent que les êtres humains sont à l'image des objets qu'ils produisent, une marchandise. Ils sont soumis à une pression excessive et ne gagnent au final qu'un maigre salaire.

On peut également ressentir une critique du syndicalisme avec des revendications ne servant finalement pas forcément à améliorer le sort des ouvriers. L'exploitation donne donc lieu à un engagement politique, une volonté de ne pas se laisser faire. L'engagement politique semble donc être un thème fort pour Novarina qui explore cela tout au long de la pièce.

Cette exploitation a un impact sur la vie privée des employés, qui sont ainsi mal à l'aise et ne trouvent pas de solution pour allier travail et vie de famille.

La domination est également un autre thème fort de la pièce. En effet, le pouvoir peut être exercé sous plusieurs formes ; ainsi, le pouvoir chez les ouvriers se manifeste par l'ascension sociale de l'un d'entre eux, qui devient secrétaire.

De façon plus générale, les Boucot sont vus comme des patrons tyranniques et dépendent eux-mêmes de quelqu'un. Tout le monde est donc sous l'emprise de quelqu'un d'autre. Cette situation absurde est pourtant le modèle qui régit le marché du travail.

Comme le souligne J..P. Thibaudat sur son blog Rue 89, L'Atelier Volant est une « farce anticapitaliste ».

 

Les jeux sur la langue

Tout comme le théâtre de l'absurde, la pièce insiste beaucoup sur les jeux de mots de la langue française. Les doubles sens et les quiproquos sont particulièrement présents, créant ainsi un effet comique assez immédiat.

Le chef Boucot essaie d'expliquer à ses employés que bien parler est essentiel ; en réalité, il les manipule en employant un vocabulaire volontairement plus recherché.

Valère Novarina introduit même un patois savoyard qu'il affectionne particulièrement et montre son attachement à sa région. Les contrepèteries sont également nombreuses et soulignent le côté grotesque de certains situations. Sans être particulièrement subversif, l'auteur dénonce à sa façon, par des traits d'humour subtils et un vocabulaire calculé, l'absurdité du patronnat.

 

La pièce

La pièce dure exactement 2h20 et est mise en scène par l'auteur lui-même. La fidélité au texte est donc absolue. Les accessoires très colorés captent tout de suite l'attention et met en place le décor d'une usine hors du commun. Valère Novarina a lui même créé le décor et les peintures.

Les acteurs surgissent sur scène de façon très rapide, comme pour transcrire le mouvement perpétuel du monde du travail, le rythme effréné des machines. Les ouvriers sont vêtus de combinaisons informes, ce qui a pour effet de les déshumaniser et de les assimiler aux machines. À travers des bribes de discours décousus parfois, on assiste peu à peu à la prise de conscience générale d'un mal-être dans le travail, qui affecte aussi la vie privée des ouvriers.

Les mouvements du mobilier et des personnages sont souvent circulaires, pour imiter une fois de plus le mouvement répétitif des machines.

Le fait que l'auteur ait lui-même adapté son texte rend compte immédiatement de son univers. Personnellement, je n'avais pas saisi forcément tout le sens des répliques et la mise en scène m'a permis de comprendre tous les enjeux de la pièce.

 

Avis personnel

J'ai beaucoup aimé cette pièce même si certains spectateurs semblaient critiquer sa longueur (plus de deux heures). Cette pièce, influencée par le théâtre de l'absurde, laisse ainsi transparaître les maux d'une société en perpétuel mouvement et focalisée sur le profit coûte que coûte. Cette œuvre est particulièrement intéressante dans la mesure où elle arrive en même temps à divertir et à faire réfléchir sur la société qui nous entoure, à envoyer un message fort et militant.

 

Liens utiles

 http://www.tnba.org/event.php?id=519

 http://blogs.rue89.com/balagan/2013/01/14/valere-novarina-remet-en-jeu-sa-premiere-piece-latelier-volant-229326
 

Maëlle S., AS Bibliothèques 2012/2013.

 

 

 

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9 avril 2013 2 09 /04 /avril /2013 07:00

au TnBA

du 9 au 12 janvier 2013

sous la direction de Marcial di Fonzo Bo et d’Elise Vigier.
avec les élèves comédiens de l’ESTBA.

 

 

Estba-Mexico-copie-1.jpg

 

 « J’ai la tête remplie de choses qui appartiennent aux autres. Mes pensées, mes désirs. Ma langue, ma façon de parler, ma façon de faire l’amour, tout ça appartient aux autres. Pourquoi j’ai cette sensation d’être moi, si rien en moi ne m’appartient ? »
 


Devant une salle remplie, la pièce commence sur trois lobbyistes préparant une réunion à propos d’un site de stockage de déchets nucléaires. S’ensuit une histoire entre You et Mee, un couple de touristes. Mais les deux heures que dure la représentation voient s’entremêler plusieurs protagonistes et plusieurs histoires. Ainsi, nous croisons Margarita, Mom, Boï, Sys, un plombier et son compagnon le cow-boy, E.T. et Amy.

L’intrigue, qui implique tous ces personnages, est impossible à résumer tant les différentes histoires, riches en rebondissements, s’entremêlent. De plus, le spectateur est gardé dans le flou sur la réalité des histoires qui lui sont racontées, par la duplicité des personnages. Jamais les questions qui sont posées ne sont résolues. Par exemple, prenons le cas d’E.T. et Amy qui sont représentés comme des voyageurs de l’espace de retour sur Terre puis sont des junkies squattant le parc à thème délabré possédé par Mom.

Le fil conducteur de la pièce reste cependant l’histoire de Mee et You. Ces personnages sont ceux qui reviennent le plus souvent, et ils restent sur scène pendant presque toute la représentation, même quand l’action se déroule entre d’autres personnages, ailleurs que dans leur chambre d’hôtel, et qu’ils ne sont donc pas réellement témoins de la scène.

 

Un des thèmes récurrents est celui de la drogue. Elle concerne chacun des personnages à différents niveaux et peut être une explication aux multiples facettes de leur personnalité et aux incohérences apparentes.

 

  • Ainsi, Mee et You tombent par un hasard étrange sur un homme qui leur confie un sachet de drogue. À ce moment-là, ils savent qu’ils doivent le rendre mais tous deux semblent néanmoins attirés par le contenu du sachet. Mee va jusqu’à passer son doigt sur ses dents après avoir eu le sachet en main. Leur mode de vie également semble influencé par le monde de la drogue : leur vie d’artistes itinérants, les fleurs qu’ils plantent sur le sol de leur chambre d’hôtel, comme un monde qui n’apparaîtrait qu’à eux, les photos des années 70, le fait que Mee apparaisse habillé avec les vêtements de You sans raison apparente et que cela n’étonne personne.
  •  Le plombier mexicain, qui se révèle être un dealer et qui finit par tuer Mee et You pour récupérer le sachet de drogue que ceux-ci semblent avoir en fait dérobé.
  • Margarita, une livreuse de plats chinois qui apparaît déguisée en toréador pour récupérer le sachet de drogue. Elle semble impliquée dans le trafic.

 

  • Amy et E.T., qui ne sont peut-être au final que des junkies vivant sous une tente et s’imaginant être des voyageurs de l’espace.

 

  • Boï, amoureux d’Amy, qui rêve de voyage spatial avec elle, et essaye de récupérer assez d’argent pour partir.

 

  • Mom, qui avale pour dormir des pilules accompagnées de plusieurs verres d’alcool. Elle semble dépressive, et son passe-temps préféré est de regarder les nuages.

 

  • Sa fille, Sys, dont la tenue semble indiquer une vie dissolue et qui propose à un homme de devenir passeuse de drogue pour quitter la vie triste et morne avec Mom. Elle essaie même de tuer sa mère.

 

  • Enfin, l’apparition d’un homme à tête d’éléphant sur scène fait penser à une hallucination, puisqu’en décalage total avec la réalité.

 

  • De plus, l’action se termine sur une fête chez Mee et You, alors qu’ils ont été tués quelques minutes auparavant. Une fois de plus le décalage avec ce qui s’est produit précédemment semble indiquer que quelqu’un a, ou a eu, une hallucination.



 

Enfin, des photos sont diffusées en arrière-plan pendant une partie de la représentation. Ce sont des photos de Martin Parr, un photographe américain. L’œuvre de Parr est constituée de toute une série de photographies des lieux touristiques mondiaux, devenus impersonnels, réglés, reconstitués, tous investis d’une valeur commerciale sans doute plus forte que la valeur patrimoniale. Des photos de touristes, tous en train de faire la même chose, comme celle de toute une foule de personnes faisant semblant de tenir la Tour de Pise. Ce questionnement de l’identité est un autre des thèmes parcourant cette pièce, à travers la quête de Mee et You à Mexico, ou encore à travers leur questionnement sur l’unicité des personnes. Quant à Boï et Sys, ils sont dans un moment de prise d’indépendance par rapport à leur mère, mais cette phase normale de la vie prend ici une dimension exagérée, puisque Boï désire s’enfuir et que Sys essaie de tuer sa mère.
 
Le début et la fin de la pièce peuvent également être liés puisque la conversation des lobbyistes du début sur le stockage des déchets nucléaires peut être mise en parallèle avec la fin, où des hommes passent, tels des fantômes, en combinaison antiradiations, le visage couvert d’un masque à gaz. La destruction de l’humanité représente peut-être la destruction de l’homme par la drogue, le début optimiste est donc démenti par la fin suggérant la mort, et la destruction. C’est une sorte de retour à la réalité, après deux heures d’hallucinations.

 
 
Pour conclure, je pense que cette pièce est interprétable de plusieurs façons possibles ; ainsi, une interprétation extrême pourrait aller jusqu’à dire que tout, l’histoire, les personnages ne sont en fait que le produit des hallucinations de deux junkies, E.T. et Amy. En effet, la pièce commence sur ces deux personnages, seuls en scène. Ils sont dans leur tente et s’apprêtent à se droguer. Ils sont également les deux derniers personnages en scène.

Cette pièce est portée par le jeu des acteurs. Bien qu’en formation, ils font preuve d’un grand talent, qui permet d’apprécier la pièce même si celle-ci est difficilement compréhensible de prime abord, et nécessite un temps de réflexion.


Morgane, AS Bib.

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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 07:00

Eric-Emmanuel-Schmitt-La-nuit-de-Valognes.gif

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éric-Emmanuel SCHMITT
La Nuit de Valognes
Actes-Sud Papiers, 1991 et 2011
Magnard, Classiques et contemporains, 2004

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Éric-Emmanuel Schmitt est né à Lyon en 1960 de parents d'origine alsacienne. Il a intégré l'école normale supérieure puis obtenu une agrégation et un professorat de philosophie. Adolescent, Éric-Emmanuel Schmitt était rebelle, avait des accès de violence et ne supportait pas les idées reçues. La philosophie, selon lui, lui a appris à être lui-même et à se sentir libre.

Après avoir vu Cyrano de Bergerac avec sa mère à l'âge de huit ans, Éric-Emmanuel Schmitt devient un passionné de théâtre.

 « À seize ans, j'avais compris – ou décidé – que j'étais écrivain, et j'ai composé, mis en scène et joué mes premières pièces au lycée. »

La Nuit de Valognes est sa première œuvre, écrite à l'âge de vingt-neuf ans. Sa carrière d'auteur dramaturge commence avec la mise en scène de cette pièce à la Comédie des Champs-Élysées en 1991.

Il a également écrit, entre autres :
Le visiteur, en 1993,
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, en 1999.    
Diderot ou la philosophie de la séduction en 1997. Il s'agit d'un essai né de son goût de la philosophie et de sa thèse sur Diderot.



Personnages de l’œuvre

Don Juan : séducteur ici jugé.
La duchesse de Vaubricourt : belle femme âgée qui convoque les anciennes victimes de Don Juan.
Angélique de Chiffreville : victime de Don Juan qu'il doit épouser.
Le chevalier de Chiffreville : frère d'Angélique.
la comtesse de la Roche-Piquet : victime de Don juan.
Mademoiselle de la Tringle : victime de Don Juan.
Hortense de Hauteclaire : victime de Don Juan.
Madame Cassin : victime de Don Juan.
Sganarelle : valet de Don Juan.
Marion : jeune et jolie servante de la duchesse.


La Nuit de Valognes raconte l'histoire du procès de Don Juan. La duchesse de Vaubricourt convoque toutes les victimes de Don Juan, qui ont un jour été séduites et trompées par lui. Don Juan pense aller à un bal, il ne sait pas que ces cinq femmes qu'il a bafouées, défaites, l'attendent pour son procès.

En punition, il doit épouser Angélique de Chiffreville, sa dernière victime, lui être fidèle et la rendre heureuse. En entendant son nom, Don Juan change subitement et accepte la réparation. Sganarelle joue le rôle de la conscience et s'étonne du mariage. Ici, deux conceptions de l'amour s'opposent : le plaisir consommé dans l'instant ou l'engagement éternel qu'il compare à une comédie sociale jouée uniquement au nom d'un code moral. Certes, il a abandonné Angélique mais à présent il accepte de l'épouser. Angélique comprend qu'il ne veut pas réellement se marier, le procès est abandonné puis repris mais Don Juan est totalement changé, vieilli.

En réalité, Don Juan est tombé amoureux d'une jeune homme, qui n'est que le frère d'Angélique, le Chevalier de Chiffreville. Celui-ci est mort sous l'épée de Don Juan en voulant venger sa sœur. Tous les deux s'aimaient. En réalité, le jeune homme s'est jeté de lui-même sur l'épée de Don Juan. Cet amour différent de tout ce qu'il a connu lui a ouvert les yeux, il s'ouvre à autrui. Il veut épouser Angélique pour la rendre heureuse mais Angélique ne veut pas de ce Don Juan, celui qu'elle veut c'est le Don Juan égoïste qu'il était avant. Don Juan renaît. Mais en trahissant ces femmes, il leur a appris le goût du péché :

 

«  J'ai appris règle par règle, ton catéchisme. J'ai appris qu'en amour il n'y avait pas d'amour, mais des vainqueurs et des vaincus [...] j'ai appris qu'on attrape les hommes par la queue mais qu'on les saigne au cœur... tout cela, je te le dois, c'est ma fidélité. Viens. »

 

Il les a métamorphosées.

Pour Éric-Emmanuel Schmitt, Don Juan est un libertin qui voudrait tomber amoureux mais pour qui cela est impossible car il ne recherche que son propre plaisir. Un plaisir égoïste. Dès qu'il a  obtenu ce qu'il veut alors plus rien ne l’intéresse. Il est incapable d'ouvrir son âme à quelqu'un. Il passe de femme en femme sans connaître le partage du plaisir à deux. Schmitt raconte : « Sa vie d'aventure est devenue bègue et ennuyeuse. Je me suis amusé à le contrarier fortement [...] » Son œuvre est donc une façon de faire évoluer le mythe de Don Juan, de lui donner un nouveau souffle.

Il s'agit d'une réécriture de Dom Juan.  Dans cette œuvre, Schmitt fait apparaître les différentes dualités, la franchise et l'hypocrisie, la galanterie et la violence, l'amour et la haine. On retrouve aussi le procédé de la remise en question.

Don Juan est l'archétype même du libertin. Il revendique sa propre liberté, il ne veut pas être enfermé dans des codes qui ne lui conviennent pas, alors qu'Angélique revendique la fidélité. Deux conceptions totalement opposées. Don Juan est un matérialiste athée. Il n'a pas besoin d'amour pour « aimer » les femmes. On voit apparaître la question du sens de la vie et de l'amour. Il faut profiter de l'instant présent.

On remarque aussi le clin d’œil au « Festin de pierre » que Schmitt transforme par la rencontre avec le jeune homme, le frère d'Angélique. Au contraire du « Festin de pierre », la relation liant le jeune homme à Don Juan est fusionnelle. Leur séparation est douloureuse et cette scène nous permet de voir au plus profond de Don Juan. On voit son âme. La disparition du jeune homme va transformer complètement Don Juan. On va alors découvrir la véritable apparence de Don Juan. Il ne s'agit que d'un homme qui recherche l'amour sans jamais trouver la personne capable de le retenir, de le changer. Ce qu'il veut c'est que quelqu'un l'arrête dans sa recherche du plaisir égoïste.

Schmitt a changé les codes moraux par rapport au Dom Juan de Molière. Les femmes sont fortes. Ce sont elles qui deviennent ce que Don Juan était. Les femmes sont manipulatrices alors que Don Juan devient compatissant. Il n'est plus ce qu'elles veulent. On a un total renversement des rôles. Don Juan est dans une quête du spiritualité moderne. Dans cette version contemporaine, tout est question de relation avec l'autre. Don Juan s'ouvre enfin aux autres et découvre ce qu'est l'amour mais pas comme tout le monde l'attend. C'est un véritable retournement de situation.



Mon avis

J'ai beaucoup apprécié cette pièce que j'ai trouvé très amusante. On a une autre perception de Don Juan, comme si il s'agissait d'une suite. On entre très facilement dans l'histoire et le « retournement » de Don Juan est assez surprenant, venant d'un coureur de jupons. J'apprécie cette vision plus contemporaine, plus proche de nous et de nos codes. Ce Don Juan paraît plus humain et c'est probablement ce qui nous intéresse.


Stéphanie, 1ère année bib.

 

 

 

Eric-Emmanuel SCHMITT sur LITTEXPRESS

 

Schmitt-la-part-de-l-autre.gif

 

 

 

 

 

 

Article de Marlène sur La Part de l'autre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

article de Marie-Amélie sur Le Visiteur.

 

 

 

 

 

 

E E Schmitt Oscar et la dame en rose

 

 

 

 

article de Soizic sur Oscar et la dame en rose.

 

 

 

 

 

 

 

 

LEric Emmanuel Schmitt Monsieur Ibrahim

 

 

 

 

 

 Article de Myriam sur Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 07:00

Roland-Dubillard-Les-Diablogues.gif

 

 

 

 

 

 

 

Les Diablogues
Comédie de Roland DUBILLARD (1h30)
Mise en scène de Jean MOURIERE
Avec Frédéric BOUCHET
et Jean MOURIERE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

dubillard-diablogues-01.jpgMercredi 6 décembre 2012, j’ai assisté à une représentation des Diablogues, fameuse pièce de Rolland Dubillard, au théâtre des Salinières, situé rue Buhan à Bordeaux.

C’était la première fois que je me rendais dans ce théâtre et j’ai été très surprise de l’accueil qui m’a été réservé. En effet, c’est dans une ambiance très chaleureuse que nous avons été invités à nous installer. L’atmosphère confinée de la petite salle nous a toute suite transportés dans l’univers intimiste du texte de Dubillard.

Nous n’étions qu’une vingtaine dans la salle, ce qui a renforcé l’impression d’être vraiment réunis en petit comité privé. L’ouvreur est entré et a nous annoncé le début de la pièce puis nous a invités ensuite à partager un cocktail au bar du théâtre, en compagnie des comédiens. J’ai alors eu le sentiment de partager un bon moment, en toute simplicité avec quelques amis, et les frontières encore existantes entre le personnel du théâtre, les comédiens et le public sont tombées.

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Rideaux fermés, une musique retentit annonçant le début de la pièce et remplaçant par la même occasion les fameux trois coups que j’attendais tant. La dernière fois que j’ai vu une représentation des Diablogues, pièce que j’affectionne particulièrement, c’était au théâtre municipal de Cahors (46), avec en tête d’affiche Jacques Gamblin et François Morel. Je sais, quand le rideau s’ouvre, que je ne pourrai pas m’empêcher de comparer les deux prestations et cela me fait un peu peur. Cependant, la surprise est encore une fois totale. Les comédiens me transportent dès leurs entrée sur scène dans un monde parallèle, celui des jeux de mots, des incompréhensions, du théâtre dans le théâtre, des incohérences et autres dialectes inconnus, le monde de Dubillard.

C’est avec une mise en scène plutôt épurée que la pièce défile. Un décor fixe, où seuls les comédiens, accessoires et jeux de lumières divers font que le spectateur passe sans mal d’une scène à une autre.

 

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Ce qui fait le charme de cette pièce de théâtre en plus du texte est l’interprétation des comédiens. Ils ont ce jour-là été parfaits, leurs nombreuses mimiques et déplacements comiques ont épousé à merveille le texte de Dubillard.

La pièce se divise en douze saynètes séparées ici par un noir. C’est-à-dire par la technique utilisée au théâtre qui consiste à éteindre toutes les lumières pour créer une rupture dans l’action.Les saynètes sont plus ou moins liées par des morceaux de brèves se faisant écho. Chaque réplique est lourde de sens et chaque saynète possède un fort potentiel comique, cela marche, le public rit aux larmes.

Voici la structure de la pièce (à ne pas lire si on ne souhaite pas connaître l’histoire des Diablogues en détail) :

La scène un commence.  Les personnages entrent, sous une pluie battante. Il s’agit d’un débat entre les deux personnages sur la peur de la pluie. De fil en aiguille, le décor de l’absurde se construit. Un des deux amis trouve très étrange que l’autre n’aime pas la pluie et en ait peur. En le poussant à parler, il se rend compte que c’est être mouillé qu’il déteste. Il déteste être mouillé quand il est habillé puisque nu sous la douche cela ne le gêne pas. Il ne se met pas nu dans la rue parce qu’il a peur de la police. Donc, selon un raisonnement plus que logique, ce n’est pas de la pluie qu’il a peur mais de la police.

Noir.

Début de la scène deux. Les personnages sont assis autour d’une table. L’un deux est malade, il veut prendre des gouttes. Il saisit alors son compte-gouttes (de très bonne qualité, qui lui vient de sa mère de Besançon) et commence à compter les gouttes qui tombent dans le verre. Il en compte dix mais son ami en compte douze. Il recommence mais se pose le problème de savoir comment recompter les gouttes lorsqu’elles remontent dans le compte-gouttes. Les personnages ne se comprennent pas, un dialogue de sourds s’ensuit sur la nécessité de penser que les gouttes sont des billes, quelque chose de matériel et de physiquement saisissable. Les personnages s’intéressent au sens du mot compte-gouttes dans la mesure où celui-ci ne compte pas les gouttes puisque c’est celui qui verse les gouttes qui les compte…

Noir.

Un personnage est assis, l’autre debout. Cette scène parle d’une représentation de Bérénice. On parle du talent d’une actrice que les personnages encensent mais qui semble être complétement dépassée. Il y’a de nombreux jeux de mots entre poux et bout par exemple, c’est le début de la création d’un vocabulaire propre à l’univers de Dubillard puisque nous apprenons que la représentation de Bérénice fut « fourmidiable », un mélange entre des fourmis et la queue du diable... Allez comprendre !

Noir.

Un des personnages se souvient d’une pièce qu’il est allé voir et qui lui a beaucoup plu. Il reproduit une tragédie qu’il a vu jouer. Il ne se souvient plus si elle était de Corneille ou de Racine. Il se lance, se remémore le texte, fait jouer sa mémoire et c’est son visage qui fait tout le comique de la situation. Les mimiques faciales et variations d’intensité dans le langage sont à se tordre de rire.

Noir.

Retentissent les trois coups. C’est le début d’une belle mise en abyme. Nous assistons à une répétition de nos comédiens qui travaillent sur un texte de la tante Paulette. C’est un texte très pauvre, sans aucun sens et c’est le comique de répétition qui fait son effet ici. Bonjour, Bonjour, Bonjour.

Noir.

Après s’être remis de leurs émotions théâtrales, les amis se rendent dans un restaurant. Ils appellent le garçon qui ne vient jamais. Une scène hilarante se déroule alors quand les deux personnages pensent être épiés par des Turcs alors qu’ils sont seuls face à leurs reflets dans le miroir.

Noir.

Les personnages montent l’escalier mais l’un des deux a le pied et la chaussette qui craquent, il se fait remonter les bretelles par son camarade qui lui explique qu’il a besoin de silence car il est à la recherche de l’oiseau gobe-douille qui se situe en haut de l’escalier. C’est un oiseau très rare qui se nourrit d’électricité et qui a la capacité de se transformer en une douille d’ampoule électrique vide lorsqu’il a peur. Lorsque le gobe-douille va mourir, il fait un drôle de bruit semblable à celui d’une ampoule qui grésille. C’est véridique (et touchant), puisque c’est la grand-mère d’un des personnages qui lui a raconté cette histoire pendant toute son enfance…

Noir.

Changement d’atmosphère. Après l’enfance, c’est face à deux personnes âgées handicapées que nous sommes. Scène assez dérangeante après l’émotion du petit oiseau mais cela est surement dû à une volonté de mise en scène. Les vieux messieurs se disputent pour savoir qui a le meilleur des papas ; cependant, vu leur âge avancé, on se doute bien que leur papa n’est plus de ce monde, ce qui renforce la mélancolie face à ces deux personnages frisant la folie et s’accrochant désespérément à leurs déambulateurs.

Noir.

Les personnages vont plonger. Seulement, il faut trouver la bonne façon de dire « hop » et savoir sur quelle lettre on doit se lancer. Si quelqu’un se lance sur le H et quelqu’un sur le O, ils ne seront pas synchronisés.

Noir.

Drôle de partie de ping-pong ponctuée par des « ta ping, ta pong », onomatopées plus que réalistes. Un discours incohérent survient alors, les personnages se demandent si la tante Paulette qu’ils ont tous les deux ne serait pas par hasard la même tante Paulette puisqu’ils n’ont jamais vu leurs tantes respectives ensemble.

Noir.

Nouveau témoignage touchant. Un des personnages est malade, le diagnostic est sévère, c’est la première fois qu’il existe. Quelle drôle de sensation.

Noir.

Scène finale, les personnages sont dos à dos et discutent en formant des phrases issues de fragments des saynètes précédentes. C’est une belle conclusion à cette histoire que de compiler les moments les plus drôles de la pièce dans une seule et belle réplique.

Au final, on ne connaît presque rien des personnages, ils n’ont pas de noms, on ne sait pas qui ils sont ni ce qu’ils font. On sait juste qu’ils ont une tante qui s’appelle Paulette, se demandent si ce n’est pas la même mais nous n’avons jamais la réponse. On sait aussi qu’un des personnages à une mère qui habite Besançon puisque c’est de là que vient le fameux « pousse-goutte » de la saynète numéro 2.

Dans cette pièce, chaque mot a un sens ou plusieurs, les protagonistes se jouent du langage (et jouent avec lui), mots étranges, non-sens. Pourquoi appeler un compte-gouttes un appareil qui ne permet que de faire sortir un liquide sous forme de gouttes. Ne serait-il pas judicieux de plutôt l’appeler un pousse-gouttes ?… C’est la quête de ces deux drôles de personnages, une quête pour trouver le mot juste. C’est un témoignage touchant, une histoire simple de deux amis puisque nous supposons qu’ils se connaissent depuis toujours. C’est presque une histoire faite avec des mots d’enfants qui s’émerveillent de toutes choses et qui ne comprennent pas pourquoi le monde est si compliqué, une histoire où on voit le temps qui passe et où on comprend que le langage n’a de sens que si on est deux pour pouvoir en discuter.


Aurélie S, 2A Bib.

 

 

 


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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 13:00

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 07:00

par la compagnie Présence

le 16 novembre 2012

Sous la direction de Michel Cahuzac, la Compagnie Présence reprend jusqu’au 27 novembre Dom Juan de Molière au théâtre de la Pergola à Bordeaux.

La mise en scène traditionnelle en costumes d’époque décidée par le metteur en scène ne livre pas une interprétation novatrice de la pièce, ne la re-contextualise pas comme a pu le faire récemment Jean-Claude Raymond : la représentation apparaît très convenue.

Les différentes facettes de Dom Juan sont mises en valeur par des allusions à d’autres figures mythiques. Ainsi ce dernier est d’abord présenté grimé en Louis XIV, plumes, dorures et rubans se disputant l’attention du spectateur. Maître tyrannique, excessif, sardonique, il imprime sa volonté sur un Sganarelle qui tout au long de la pièce oscillera entre gloussement et prostration en bord de scène ne sachant trop s’il doit collaborer aux crimes qui le fascinent ou contrecarrer les manigances de son maître. À l’acte III, le Roi Soleil laisse place à un Dom Juan qui se veut plus distant. Un détail cependant surprend : sa cape noire pailletée. Un problème budgétaire est-il survenu, se demande-t-on au premier abord ? Le choix est-il délibéré ? Il semble que oui, car plusieurs postures du personnage, croisant les bras en empoignant sa cape, créent une allusion visuelle à Dracula.  Dom Juan est donc présenté comme un jouisseur, un séducteur mortifère qui se repaît du désir de ses victimes. L’image est rappelée dans l’acte suivant par une coupe de vin rouge remplie à plusieurs reprises qui insiste sur l’aspect vampirique d’un personnage ivre de débauche.

Le jeu d’acteur, enfin, ne me semble pas apte à rendre l’émotion qui habite le personnage malgré, il faut le dire, une grande maîtrise de la diction du rôle principal. L’intrépidité du personnage est bridée par une retenue qui m’a laissée sur ma faim. Pour être parfaitement honnête, ce constat n’a pas été unanime : la salle de spectacle, massivement investie de personnes âgées, a semblé apprécier le débit que j’oserais qualifier de récitatif par moment.

Il faut pourtant souligner que l’acte II et les personnages paysans sont particulièrement bien campés. Le patois répétitif de Pierrot est mis en valeur par un comique de geste mesuré, une expression claire et une maîtrise de l’accent provincial qui met en valeur le texte, servant la caricature sans l’alourdir. L’opposition animée de Charlotte et Mathurine vire au combat de coqs entre une rêveuse crédule et une brute mal dégrossie dont la robe de velours rouge appuie un contraste comique avec son comportement bestial.

L’aspect comique prend le pas sur le dramatique : le jeu respecte le texte, mais sans chercher à le transcender. Peu d’indications sont données par l’auteur en ce qui concerne le décor ; en conséquence seuls les deux derniers actes, censés se déroulés dans la demeure de Dom Juan, font appel à un mobilier diversifié quand les trois autres se contentaient d’offrir aux comédiens tantôt une brouette en bois, tantôt un banc de pierre pour s’asseoir et se confier. Les effets utilisés sont peu nombreux. La fumée, qui envahit la scène dès le début du spectacle pour appuyer le discours sur les bienfaits du tabac et la foudre, manifestation sonore de Dieu, qui avertit Dom Juan plusieurs fois que ses propos ne lui siéent guère, appartient elle aussi au domaine du comique. Même si elles répondent à la fin tragique qui les réunit : la manifestation sonore se matérialise avec le commandeur et la fumée qui était source de plaisir devient conséquence du « feu invisible » qui ronge le corps pécheur. Le cercle vicieux des manigances de Dom Juan est ainsi représenté, mais tout cela ne sort pas de l’ordinaire. La morale mise en valeur par ces deux biais adjointe au soin prodigué à l’intermède comique me pousse à suggérer que le public visé par la représentation est avant tout scolaire : ce spectacle, par sa simplicité est en effet une façon accessible d’aborder le théâtre. Mais le minimalisme de la recherche scénique est regrettable.

Le rendu global est donc en demi-teinte pour une interprétation classique qui manque de caractère.


Amandine, AS éd.-lib. 2012-2013

 

 

 

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 13:00

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 07:00

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Bernard-Marie KOLTÈS
La Nuit juste avant les forêts
Éditions de Minuit, 1996

 

 

 

 

« La Nuit, c’est comme un solo de Charlie Parker : à la fois très construit, très savant, et tenant de l’oiseau, du mystère de chanter dans la nuit. Un blues qui ouvre tout et qui garde ses secrets. »


Yves Ferry, propos recueillis par Cyril Desclés et publiés dans le Magazine littéraire n°395, février 2001

 

 

 

 

 

Un homme inconnu, sans nom, sans réelle identité. Un homme qui en croise un autre, l’interpelle, lui demande une chambre pour la nuit. Un homme sous la pluie, assis dans un café, parlant pour ne pas laisser le silence l’envahir, mélangeant les sujets, semblant un peu fou. C’est un homme qui se cherche en cherchant les autres. Bernard Marie Koltès aborde ses thèmes les plus chers à travers la parole d’un étranger. Un homme rejeté en quête de l’Autre et de l’amour. L’homme se déchire dans un flot de paroles continu pour éviter la mort mais surtout la solitude.

Cette pièce écrite en 1977, après une rencontre avec un jeune SDF en quête de paroles que Bernard-Marie Koltès n’a pas su lui donner, met en valeur un sujet plus qu’actuel : les étrangers. Car cet homme qu’on ne connaît pas se décrit avec ce seul mot, dès le début : « je n’aime pas ce qui vous rappelle que vous êtes étrangers, pourtant, je le suis un peu, c’est certainement visible ». On ne sait de lui que ce fait, évident et même visible : il est un étranger. De plus, il est précisé que l’homme essaie de s’occidentaliser, de paraître comme tous les autres :

« gardant toujours en secret une moitié de moi-même […], forcé de cacher que je suis étranger, forcé de parler à la mode, de la politique, de salaire et de bouffe, tous ces cons de Français […], et moi qui approuvais, pour pouvoir être libre ».

Koltès montre clairement que la situation des étrangers est difficile. Devoir paraître quelqu’un d’autre pour être tranquille, pour ne pas avoir de problèmes. N’est-ce pas toujours vrai, par bien des égards, d’ailleurs ? Mais le problème des étrangers n’est pas le seul qui est évoqué. Le manque de travail est omniprésent, il est décrit dans le passage concernant le Nicaragua :

« nous, les cons d’ici, on se laisse pousser à coups de pied au cul jusqu’au Nicaragua, et les cons de là-bas, ils se laissent faire et ils débarquent ici, tandis que le travail, lui, il est toujours ailleurs ».

Le seul travail qui offre des postes semble être à l’usine, mais notre homme est catégorique : jamais il ne travaillera là-bas. L’usine semble être un endroit peu sûr, où les gens « d’en haut » nous contrôlent. Car s’il y a des étrangers, s’il y a un manque de travail constant, il y’a aussi une lutte des classes. La société est découpée en zones, sans possibilité d’en sortir (« les zones de femmes, les zones d’hommes, les zones de pédés »). Mais le pire, dans ce découpage, c’est qu’il est contrôlé par un petit « clan secret ». Un clan qui est au-dessus de tout et qui dirige tous les organismes, toute la politique, toute la société. Le pouvoir est aux mains de peu de personnes et pourtant, ce sont eux qui font le monde. C’est à cause de tout cela, que l’homme souhaite monter un « syndicat international » pour défendre tous ceux qui ont besoin d’être défendus et à qui on ne laisse pas la parole.

La Nuit juste avant les forêts est un texte révolté dans lequel le dramaturge se réfère à la réalité de notre société. Des étrangers qui, même après des années de vie dans un pays, seront toujours considérés comme tels. Un manque de travail constant et la différence entre les classes sociales. Les plus démunis ne cessent de s’appauvrir lorsque les plus aisés ne cessent de s’enrichir (« noyez leurs gueules de tueurs et leurs belles gueules de luxe, eux, qui jouissaient entre eux et qui jouissaient de nous depuis trop longtemps »).



Parlons maintenant de l’écriture de l’auteur, car elle est particulière. Dès la première lecture, un élément original frappe : le texte se construit autour d’une seule et unique phrase, s’étalant sur une soixantaine de pages. Lorsqu’on lit la pièce pour la première fois, on cherche les points. On a l’impression que le personnage pense à plusieurs choses en même temps et nous en parle sans s’arrêter. Ce qui donne un texte dense qui ne semble pas construit. Un bloc compact dans lequel aucune pause n’est possible, le lecteur doit poursuivre sa lecture jusqu’au bout et ne peut pas découper le texte en plusieurs segments. Or, Bernard-Marie Koltès a réfléchi. Il a pensé son texte et il faut lire entre les lignes, comprendre les sujets pour s’en imprégner et sentir la révolte de cet homme qui parle pour ne pas mourir seul.

Une seule phrase coïncide avec beaucoup de ponctuations. Tirets, virgules, parenthèses, points-virgules servent à instaurer un rythme, une musicalité voulue par l’auteur. Les virgules mettent en valeur certains mots, permettant ainsi l’accentuation de certains sujets comme la volonté de l’homme de ne pas travailler à l’usine. Celle-ci semble effrayante, le lieu le plus horrible du monde (« et l’usine, moi, jamais ! », le « moi » entre virgules montre la conviction de l’homme, lui n’ira jamais travailler à l’usine, il préfère être sans travail, voire mourir). Les passages entre tirets semblent directement destinés à l’autre. Comme si l’homme parlait pour lui et que, par moments, il donnait des précisions à la personne en face (« – […], l’autre moitié toute à toi que je n’osais plus regardé […] – »). Ces enchaînements et ce rythme sont bercés par des répétitions. La première phrase de la pièce, « Tu tournais le coin de la rue lorsque je t’ai vu », revient constamment, créant ainsi une sorte de lien entre tous les sujets abordés. Cette phrase est comme un rappel de la situation, nous permettant de resituer l’action. Koltès disait qu’il fallait utiliser beaucoup de mots pour qu’un sens apparaisse. Les répétitions, finalement, nous permettent de comprendre le sens des sujets. Mais c’est aussi un moyen de montrer la nécessité de parler, de donner cette impression que les mots viennent, sans réflexion, et alors on se répète parce qu’on ne veut pas que la parole s’éteigne. La ponctuation et les répétitions donnent sa musicalité au texte. Un rythme régulier, les mots jaillissent sans s’arrêter, telles des notes sur une partition.
 
Face à cet homme, qui semble parler à quelqu’un d’autre, on peut se demander si la pièce est réellement un monologue. D’un point de vue technique, elle l’est. Un seul comédien déclame son texte et personne d’autre n’intervient. Or, le personnage s’adresse à quelqu’un. Il parle, le nomme « camarade » et le tutoie. Bernard-Marie Koltès offre un élément de réponse en déclarant : « De toute façon, une personne ne parle jamais complètement seule : la langue existe pour et à cause de cela – on parle à quelqu’un même quand on est seul ». Toutefois, sachant les thèmes abordés dans la pièce, on peut imaginer que l’autre représente la société. Une société sourde aux appels à l’aide des rejetés, une société dans l’incommunicabilité la plus totale. Car, s’il y a bien une chose évidente dans La nuit juste avant les forêts, c’est ce besoin urgent de parler.



Le théâtre de la voix : « La parole tient une part considérable dans nos rapports avec les gens ; elle dit beaucoup de choses tout en empruntant bien sûr des chemins de grande complexité : "ça" dit beaucoup de choses encore une fois, surtout quand "ça" ne les dit pas. »



Théâtre de la voix parce que c’est elle qui est au centre de tout. La voix n’est pas seulement un moyen de dire, d’exprimer, elle est aussi l’action. Le texte ne présente aucune didascalie, aucune indication de mise en scène ou de cadre spatio-temporel. Il n’y a qu’un homme, un étranger, qui parle sans s’arrêter. Koltès a voulu rendre visible l’écoute. Lorsqu’on étudie les différentes mises en scène, on se rend compte que la scène est presque vide. C’est au comédien d’imposer sa présence et c’est uniquement par sa voix qu’il va attirer les spectateurs. Le langage constitue alors la seule action visible. Cette façon d’écrire semble mettre en valeur l’importance du langage. Nous affirmons notre identité en communiquant avec les autres. Ici, c’est justement ce manque de communication qui est important. L’homme est muré dans sa solitude et il souhaite qu’on l’écoute, c’est un appel déchirant à l’autre, un cri de souffrance envers ceux qui ne le voient pas. Le manque de travail et sa situation d’étranger le rendent invisible. C’est comme s’il fallait être dans la bonne « zone » pour « mériter » un statut social. Pour être vu, il doit renier qui il est et devenir semblable aux autres. Les mots sortent dans un flot continu qui ne s’interrompt jamais. Par la parole, ce n’est plus un étranger, ce n’est qu’un homme, tout simplement.



L’aspect le plus frappant de cette pièce est son actualité. Le statut des étrangers, le manque de travail, le contrôle du monde par les plus riches… Chacun de ces thèmes si chers à Koltès font écho à notre conjoncture et nous rappellent que rien ne change, tout reste à faire.


Margaux, 1ère année éd.-lib.

Biographie de l’auteur http://www.leseditionsdeminuit.eu/f/index.php?sp=livAut&auteur_id=1427

Site dédié à B-M Koltès
 http://www.bernardmariekoltes.com/

Analyse détaillée du texte
http://semen.revues.org/2679

 

 

Bernard-Marie KOLTÈS sur LITTEXPRESS

 

Koltes La Nuit juste avant les forets

 

 

 

 Article de Céline sur La Nuit juste avant les forêts.

 

 

 

 

 

 


 

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Articles d'Elisa et d'Anne-Claire sur Dans la solitude des champs de coton.

 

 

 

 

 

 

Koltès Roberto Zucco

 

 

 

 

 

 Article de Camille sur Roberto Zucco.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 07:00

Représentation de la pièce au Tnba, le 19 octobre 2012
Nasser Djemai Invisibles chibanis 3 

Texte et mise en scène : Nasser Djemaï


Durée : 1h40


Comédiens et distribution des rôles : David Arribe (Martin), Angelo Aybar (Majid), Azzedine Bouayad (El Hadj), Kader Kada (Sheriff), Stiti (Hamid), Lounès Tazaïrt (Driss), participation de Chantal Mutel (Louise).


Équipe technique : Natacha Driet (dramaturgie), Clotilde Sandri (assistante à la mise en scène), Alexandre Meyer et Frédéric Minière (musique), Michel Gueldry (scénographie), Renaud Lagier (lumière), Quentin Descourtis (création vidéo), Marion Mercier (costumes), Olivia Ledoux (assistante costumes), François Dupont (régie générale du son), Frantz Parry (régie vidéo), François Thouzet (régie lumière).
 
 
 
Le 19 octobre 2012 je suis allé au Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine (TnBA). Une éternité que je n’avais pas mis les pieds dans un théâtre, ou du moins dans un lieu identifié comme tel, et pour la première fois je poussais la porte d’un Théâtre national !

Sans me tromper, je crois pouvoir affirmer que ma « dernière fois » remontait à une quinzaine d’années, tant j’ai été depuis plus attiré par les formes populaires du théâtre qui ont la rue pour cadre.

Je suis donc allé voir Invisibles, une pièce écrite et mise en scène par Nasser Djemaï, pour la quatrième de ses cinq représentations bordelaises. Ma motivation était grande !

Le thème de la pièce d’abord. Celui des Chibanis et de leur situation inacceptable dans un pays qu’ils ont contribué à (re)construire et à qui ils ont bien souvent donné leur vie, sacrifié leur existence sociale et leur famille restée au « bled ». Deux jours après le 51ème anniversaire du massacre du 17 octobre 1961, la date était presque parfaite et se présentait comme un petit devoir de mémoire.

Ma situation personnelle ensuite. Ayant vécu à Toulouse durant une dizaine d’années, j’ai pu côtoyer dans les milieux militants ceux et celles qui se battent au quotidien pour que cesse l’injustice dont sont victimes ces Chibanis.

Et puis, il faut bien l’avouer, j’en ai profité pour faire ce travail de compte-rendu. Autant allier l’utile à l’agréable dans une année de formation plus que chargée…

Motivé donc, mais aussi plein d’a priori sur ce monde du théâtre institutionnel et sur sa bourgeoisie culturelle, élitiste et bien-pensante. Allais-je me retrouver entouré d’un public qui applaudirait à tout rompre une belle pièce « humaniste », les mêmes qui ferment les yeux au quotidien, au sein d’une société qui a toujours du mal à assumer son passé colonial et colonialiste ?
 
 
 
Rempli des ces interrogations j’arrive au TnBA sous la pluie… Je rejoins la masse des spectateurs dans un hall moite et surchauffé et, arrivé dans la salle, mes premières appréhensions tombent quant au public. Beaucoup de jeunes et d’adolescents, et surtout une bonne vingtaine de vieux maghrébins, tous des hommes. Peut-être des Chibanis ? Quelques-uns sont accompagnés de jeunes qui semblent être de leur famille. Intéressant.

La salle n’est quant à elle, pas très confortable au premier abord, là encore un mythe tombe ! La pluie qui tombe sur le toit résonne énormément et on entend passer le tramway tout proche à intervalles réguliers… Je suis loin du « luxe » imaginé, voire fantasmé, d’une salle de « Théâtre national ».
 
 
 
Sur la scène, une table en formica, cinq chaises et un meuble de cuisine avec placards qui, une fois pivoté, laisse apparaître un lit simple. Une cuisine commune et une chambre minuscule, le décor est en place. La mise en scène dépouillée met bien dans l’ambiance d’un foyer Sonacotra, lieu où se déroulera l’essentiel de la pièce.

Le seul ajout à ce décor sera le fauteuil où repose El Hadj, Chibani tombé dans une sorte de coma, qui restera là un coin jusqu’au dénouement.
 
 
 
C’est ce El Hadj que Martin vient trouver dans ce foyer de vieux Chibanis, bloqués en France pour pouvoir toucher leur retraite, amplement méritée après des années de labeur et d’exploitation dans la France des « Trente Glorieuses ».

Martin, c’est le personnage central de cette pièce, un jeune agent immobilier. Il vient de perdre sa mère, Louise, qui lui a laissé comme héritage un coffret, un nom (El Hadj) et une adresse pour le retrouver. Cette rencontre est censée lui permettre d’en savoir plus sur un père qu’il n’a jamais connu et qui lui a laissé un vide jamais comblé.

Louise, personnage disparu donc, mais qui sera présente tout au long de la pièce, en voix off et par des images projetées en grand format au fond de la scène. Ces projections seront accompagnées d’autres images en noir et blanc, qui viendront appuyer le déroulement de la pièce en lui donnant un petit côté rétrospectif.

Arrivé dans le foyer, Martin y rencontre un groupe de Chibanis, personnages de la pièce qui vivent dans des chambres de cinq mètres carrés, dans un dénuement bien souligné par la mise en scène de Nasser Djemaï. Driss, Majid, Sheriff, Hamid et El Hadj sont là depuis des années, « invisibles » aux yeux du reste de la population, tout comme à ceux de leur famille, restée ou retournée au pays depuis longtemps, et qu’ils ne revoient qu’à peine deux mois dans l’année.

Autant le dire tout de suite, ces acteurs sont bons et leurs rôles sont émouvants, à la hauteur du sujet de cette pièce.

Ces cinq anciens ouvriers du bâtiment restent là pour toucher leur complément de retraite et ont intégré le fait qu’ils n’étaient pas vraiment chez eux dans ce pays. Il apparaîtra aussi qu’ils se sont plus ou moins résignés au fil des années à ce que leur pays d’origine ne soit plus vraiment le leur...

Situation ubuesque donc que celle de ces cinq personnages qui montent des dossiers sans arrêt, rassemblant des pièces administratives qui finissent toujours par ne pas suffire à ce que la justice française prenne leur cas en compte…

Et quand un des leurs, El Hadj, tombe malade et sombre dans le coma, ils s’en occupent à tour de rôle, bien à l’abri des regards dans ce foyer qui tombe en ruines.

C’est au milieu de tout ça que déboule Martin avec son mal-être évident, déraciné et coincé qu’il est dans une vie faite de fuites et de questions restées trop longtemps sans réponses… Ami ou fauteur de troubles pour ces cinq Chibanis ? La personnalité de chacun va se révéler au fur et à mesure de la pièce, en faisant éclater aux yeux des spectateurs qu’ils ne représentent évidemment pas un groupe homogène de ce point de vue.

Si Hamid lit le Figaro et ne veut pas de ce Martin « qui va faire des problèmes » dans le foyer, Driss et Sheriff seront plus accueillants envers le fils de « la » Louise, celle qui un soir des années 1960 les aura sauvés d’une rafle policière souvent sans retour pour les travailleurs immigrés de l’époque… Celle qui aura connu l’amour avec ce El Hadj qui est coincé dans son fauteuil, et à qui Martin va parler pendant des jours entiers.

Car Martin va rester. Incapable qu’il est de sortir de ce foyer et d’aller affronter seul la vie qui suit son cours à l’extérieur. Et en restant il va nous permettre de mieux comprendre la vie de ces Chibanis, leur parcours, leurs ressentis, leurs désirs, leurs frustrations et leur vision plus ou moins lucide de leur pays d’origine et de leur relation avec la famille qui y réside.
 
 
 
La pièce de Nasser Djemaï s’organise en vingt-deux tableaux, mettant en scène un ou plusieurs de ses personnages. Ces différentes scènes, certaines très touchantes, permettent d’en savoir plus sur le parcours individuel de chacun de ces Chibanis, sur leur état d’esprit et sur leur rapport au « respect » dont ils se sont fait une ligne de conduite, laissant à Allah le soin de décider de la suite de leur existence…

Que dire de cette scène magnifique où, alignés sur un banc dans la rue, ils dissertent de la façon dont se comportent des jeunes issus de l’immigration, français mais crachant par terre et portant trop bas leurs pantalons ? Exemple parfait d’une discrétion qui est essentielle à leurs yeux, signification éclatante de leur position au sein d’une société qui ne les voit pas et dont ils ne font presque plus partie. Jusqu’à ce que la mort les emporte jusqu’au dernier et que se referme ce chapitre de notre Histoire ?

Comment rapporter l’émotion immense ressentie lors du monologue de Majid racontant le massacre de sa famille par l’armée française ? Seul sur scène, entouré de bruits d’enfants puis de la fureur des armes.

Et cette phrase terrible pleine d’amertume de Sheriff quand il parle du pays d’origine, indépendant depuis sa décolonisation : « Oui ils respectent les vieux, mais les jeunes ils sautent dans la mer. C’est un pays ça ? Un pays il pousse ses enfants à la mer. Tiens… des fois, je rêve la France elle revient ».

Résignation, voilà en un mot résumée la vie de ces Chibanis. Et l’envolée idéaliste de Martin sur la possibilité de changer les choses ne fera pas évoluer leur avis. D’ailleurs comment serait-ce possible ?

Martin aura retrouvé un père en la personne d’El Hadj. Et quand enfin ce dernier se réveillera et le prendra dans ses bras, ce sera pour mieux lui signifier que la vie continue pour lui. Jeune et plein d’avenir, Martin quittera ce foyer en laissant là ces cinq hommes, droits et lucides sur leur sort.
 
 
 
À la fin de la pièce, les applaudissements nourris se sont confondus avec les gouttes de pluie qui martelaient le toit, effet inattendu d’un confort finalement pas si mauvais…

Cette pièce m’a touché et je conseille aux lecteurs et lectrices de ce billet d’aller la voir et/ou de lire son texte. On en sort traversé par de nombreux sentiments, allant de la révolte à de l’admiration pour ces hommes et ces femmes (non évoquées dans la pièce il faut bien le souligner) qui ont traversé l’Histoire de France tels des fantômes.

Invisibles de Nasser Djemaï participe à son échelle à faire ce travail sur notre mémoire collective, et à mettre en lumière une situation qui peut toujours changer.


Nico, AS Bib 2012-2013
 
 
 
Pour aller plus loin
 
Le texte de la pièce, aux éditions Actes Sud-Papiers.


Le site internet de Nasser Djemaï.


Le site internet du Tnba.


Le site internet du « Collectif Justice et Dignité pour les Chibani-a-s ».


La fiche de lecture de Maud sur Littexpress

 

 

 

 

 


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Published by Nico - dans théâtre
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