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19 octobre 2012 5 19 /10 /octobre /2012 07:00

Convivia-litté – Acte II Scène 1
Rencontre avec Malick Gaye,
responsable des relations avec le public du TnBA
11 octobre 2012

 

 

Le TnBA (Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine) se trouve juste en face de l’IUT. Il trouve son origine dans le CRAD (Centre régional d’art dramatique), fondé en 1947, et sa Compagnie dramatique d’Aquitaine (CDA, années 1970). En 1975, la signature de la Charte culturelle entraîne une coopération entre l’État et la ville de Bordeaux pour vingt-cinq ans avec à terme, la création d’un centre dramatique national. En 1985, une mission de décentralisation est mise en place afin de créer une cellule de création théâtrale préparant le futur Centre Dramatique régional. Entre 1990 et 2003, le Théâtre du port de la Lune est construit dans le quartier Sainte-Croix et en 2004, Dominique Pitoiset est nommé à sa direction, le CDN devient le TnBA. En 2009, Dominique Pitoiset en fixe les objectifs pour son troisième contrat (2010-2012) : « Notre théâtre sera plus que jamais une maison des mots ». La création, la production, l’échange entre artistes et la vocation régionale du théâtre sont au centre de ces intentions.
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Jeudi midi, Malick Gaye, le responsable des relations avec le public, a traversé la place Renaudel le temps d’une rencontre au CRM, afin de nous présenter le programme de la saison théâtrale 2012-2013.
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Une bonne soixantaine de personnes était présente pour l’accueillir. Avant toute chose, il nous a rappelé que le TnBA est la plus grosse structure de théâtre de la région, un lieu de création, une école (éstba : École supérieure de théâtre Bordeaux Aquitaine, depuis 2007) et surtout un lieu d’échanges et de rencontres : le TnBA n’a pas vocation à être un « théâtre lisse ».

Ensuite, plutôt que de nous présenter le programme dans son ensemble, Malick Gaye a choisi de nous présenter ses coups de cœur. Dix en tout (douze si deux d’entre eux n’avaient déjà affiché complet – L’Assommoir et Sous la ceinture), et essentiellement des créations du TnBA ou d’autres structures (productions du TnBA : http://www.tnba.org/page.php?id=282).

Avant d’aborder la programmation à venir, Malick Gaye nous a d’abord parlé du Cyrano mis en scène par le directeur du TnBA, Dominique Pitoiset, à partir de la célèbre pièce d’Edmond Rostand :



  •   Cyrano de Bergerac – du 20 février au 2 mars


Dominique Pitoiset réinterprète totalement la pièce et nous réserve des surprises, l’univers  de la pièce sera très particulier (probablement un hôpital psychiatrique) : c’est tout ce que nous savons. Un seul indice : il ne s’agit pas de cape et d’épée.


Présentation chronologique

  •   Émigrant – du 9 au 20 octobre (théâtre et musique)

de Nadia Fabrizio

Nadia Fabrizio, fille et petite fille d’immigré, parle de l’errance. Des chants rendent hommage à sa région d’origine qu’elle n’a pas connue en tant qu’immigrée, le Frioul, dans le Nord de l’Italie.

  • Invisibles – du 16 au 20 octobre

Écrit et mis en scène par Nasser Djemaï.
 
Les chibanis (cheveux blancs en arabe) sont ceux qui ont reconstruit la France dans l’après-guerre. Aujourd’hui retraités, ils sont obligés de résider au moins six mois en France pour toucher leur maigre pension. Nasser Djemaï a travaillé avec les comédiens avant de mettre un point final à sa pièce. Ici, le contact humain est essentiel, Nasser Djemaï donne la parole à ces oubliés de l’histoire.

Fiche de lecture sur Littexpress : http://littexpress.over-blog.net/article-nasser-djemai-invisibles-la-tragedie-des-chibanis-111155453.html

Jeudi 18 octobre : rencontre avec l’équipe artistique du spectacle après la représentation.

Vendredi 19 octobre : rencontre avec un gérontologue spécialiste des chibanis (à confirmer).

Samedi 20 octobre : vente de pâtisseries orientales avant et après la pièce, en partenariat avec la Maison d’Algérie d’Aquitaine ; librairie sur le 50e anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie.

  •   La Petite – du 20 au 23 novembre

Écrit et mis en scène par Anna Nozière

La Petite est une comédienne qui apprend que l’enfant qu’elle porte ne grandit plus. Elle s’installe dans le théâtre où elle prépare une pièce avec d’autres acteurs, ce théâtre où sa mère est morte en lui donnant la vie. Anna Nozière fait tourner la pièce autour de ce personnage, du spectacle en lui-même et de la mort, puisque des fantômes apparaissent. Ainsi, le spectateur est entraîné dans ce cauchemar.


  •   Hans was Heiri – du 17 au 21 décembre – théâtre, danse, cirque et musique

Conception, mise en scène et décor de Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot

Zimmermann est issu du monde du cirque, De Perrot est un DJ. Ce duo (d)étonnant signe depuis treize ans des représentations mêlant cirque, musique, théâtre et danse. Dans Hans was Heiri, la scène de théâtre devient une scène de performance mêlant ces univers complémentaires, comme quatre acrobates évoluant dans une structure carrée à quatre cases. 


  •    Le Misanthrope – du 23 janvier au 1er février

Texte de Molière. Mise en scène de Jean-François Sivadier.

Un des aspects essentiels du travail de Jean-François Sivadier (également comédien) consiste en une mise en avant du jeu d’acteur. Cette adaptation très attendue nous montrera toute la complexité d’Alceste. Enthousiaste, Malick Gaye remarque tout de même que « Molière, c’est comme les pâtes : super facile à rater ». À découvrir, donc.


  •   Andrédu 19 au 29 mars

Spectacle de Marie Rémond. Ecriture collective de Clément Bresson, Sébastien Pouderoux et Marie Rémond.

Comment peut-on être champion de tennis, numéro un mondial, tout en détestant ce sport ? Avec une équipe de comédiens du prestigieux TNS (Strasbourg), ce spectacle surprenant explore ce curieux paradoxe. Celui de l’âme humaine, aussi.


  •   Ubu Roidu 26 au 29 mars


Texte d’Alfred Jarry. Mise en scène de Declan Donnellan. Scénographie de Nick Ormerod.

C’est avec impatience que l’on attend cette nouvelle adaptation signée Declan Donnellan. Habitué des grands textes du théâtre, cet « héritier de Peter Brook » donne toujours à voir des spectacles extraordinaires. À en croire les prévisions de Malick Gaye, il se peut que l’on « sorte de la salle en criant » son plaisir … 


  •   Comme du sabledu 3 au 6 avril

Texte de Sylvain Levey. Mise en scène et scénographie de Pascale Daniel-Lacombe.
 

 

Vies humaines face à la folie de l’époque. Et l’errance d’un couple endetté qui doit quitter son domicile sous le regard de ses voisins.


  •   Class Enemydu 14 au 25 mai

Texte de Nigel Williams. Mise en scène de Nuno Cardoso.

Six adolescents dans une salle de classe désertée par les professeurs se font cours chacun leur tour. On parle cuisine, jardinage, sexualité. La force de la langue, le désespoir des jeunes, la violence comme réaction au malaise social, et la vision libérée d’un metteur en scène également comédien. Tout est là pour que cette création du TNBA, interprétée par des anciens de l’Estba (École Supérieure de Théâtre Bordeaux Aquitain), soit une « tuerie gigantesque » comme l’annonce Malick Gaye.
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Après les coups de cœur, les coups de pied. Aux vieilles idées reçues d’abord, qui disent qu’aller au théâtre, c’est seulement aller voir un spectacle. Coup de pied au derrière ensuite, que chacun peut se donner pour participer à la vie du théâtre, de la ville, et de la pensée.

Malick Gaye nous a en effet montré tout ce que le TNBA peut proposer.

À partir de novembre, des conférences seront organisées dans le cadre de « Débats publics » en partenariat avec Bordeaux 3. Ouvertes à tous gratuitement (sur inscription), ces rencontres permettront de (re)penser des problèmes de société autour de la question « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », grâce aux interventions de la philosophe Joan Tronto le 29 novembre, du sociologue Luc Boltanski le 30 janvier, du philosophe Antonio Negri le 27 mars, et de l’historienne Arlette Farge le 22 mai. Le théâtre est donc un lieu d’échange, de pensée, et un acteur de la vie de la cité.

Il est aussi possible de demander au théâtre à consulter et/ou emprunter des dossiers pédagogiques ou des livres.

Des textes en lien avec la programmation seront lus une fois par mois par les élèves de l’Estba au Tn’BAR dans le cycle « Samedi, le temps du verbe ».

Sont également organisées des rencontres avec les équipes artistiques, des visites des coulisses… (http://www.tnba.org/page.php?id=78)

Le TNBA cherche aussi à sensibiliser le public le plus large possible aux arts de la scène, notamment en mettant en place et en animant des stages ou des ateliers. (http://www.collectifoso.com/ateliers/)

Le théâtre, c’est aussi hors les murs. Le TNBA a créé pour les petits (et les plus grands) un spectacle de « théâtre baladeur », Il faut tuer Sammy, qui se joue dans les écoles, les bibliothèques… (et aussi à l’IUT Bordeaux 3, le jeudi 25 octobre à 12h30). Des rencontres avec des auteurs/comédiens seront également organisées durant l’année par le groupe « ConviviaLitté », au CRM de l’IUT.


Bref, « c’est ça le théâtre ».

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Puis vint le temps des questions qui fâchent. Une hésitante question à propos des tarifs se fit entendre…


Mais il se trouve que le TNBA propose tout un ensemble de tarifs préférentiels. Pour les étudiants, pour les abonnés, pour les étudiants abonnés… La carte TNBA/Crous, par exemple, permet aux étudiants qui l’ont acquise de diviser le prix de leur billet quasiment par deux.

Ce fut sur ces bonnes nouvelles que la rencontre s’acheva. Juste le temps pour une observation de Malick, qui regrettait que le théâtre soit, en quasi-totalité, une affaire féminine…

De beaux spectacles en perspective pour cette saison, donc. Des tas d’idées pour (re)découvrir le théâtre… et des occasions, messieurs, de faire évoluer les statistiques.


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Lucie et Christophe, AS bibliothèques





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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 07:00

Nasser Djemai Invisibles




Nasser DJEMAÏ
Invisibles : La tragédie des Chibanis
Actes Sud Papiers, 2011




 

 

 

 

 

 

 

 

Auteur

Nasser Djemaï est né en France en 1971. Sa famille est d’origine algérienne : son père est arrivé en France en 1969 et a fait venir sa famille en 1970, avec le regroupement familial. Nasser Djemaï a fait des études pour se perfectionner au théâtre : l’école de la Comédie de Saint-Étienne, puis la Birmingham School of Speech and Drama. Après avoir joué dans de multiples pièces de théâtre, il décide de se lancer dans la mise en scène de ses propres textes :

Une étoile pour Noël, en 2006
Les vipères se parfument au jasmin, en 2008
Invisibles, en 2011, œuvre à laquelle nous allons nous intéresser maintenant.



Présentation

Dans cette pièce, il y a six personnages principaux : Martin, Driss, Hamid, Majid, Shériff et El-Hadj ; il y a également quelques allusions à d’autres personnes, qui ne sont cependant pas présentes réellement mais plutôt dans les souvenirs.

L’auteur a également précisé au début de l’œuvre que les scènes entre les Chibanis doivent être jouées en bilingue français-arabe et ce dans le but d’en appuyer l’authenticité.



Résumé
 
Avant de résumer cette pièce de théâtre en quelques mots, il faut savoir que  le mot « chibani » se traduit littéralement par « vieux aux cheveux blancs ». Cela désigne tous les vieux immigrés maghrébins, qui ont tout quitté dans leur pays pour venir travailler en France lors de la période des Trente Glorieuses, quand la France manquait de main-d’œuvre. Ils sont maintenant obligés de rester vivre dans de mauvaises conditions, dans des foyers, afin de ne pas perdre leur pension. Ils n’en oublient pas pour autant leur origine, leur famille et leurs valeurs, auxquelles ils sont très attachés.

À travers le personnage de Martin, un métis (sa mère est française, son père est un chibani), on peut découvrir l’univers de cinq chibanis, leur histoire à chacun. En effet suite à la mort de sa mère Louise, il part à la recherche d’un certain El-Hadj à qui il doit remettre un coffret et il cherche également son père qu’il n’a jamais connu. Nasser Djemaï a fait un important travail de recherche sur les chibanis avant d’écrire cette œuvre, dans le but de bien retranscrire la réalité de ces hommes.



 « J’ai même pas pu rire une dernière fois avec elle, même pas pu lui donner la main une dernière fois. Comme un con, il fallait que je foute ce putain de rendez-vous de dentiste ce jour-là.

À côté de son lit, elle m’a laissé ce petit coffret. Avec ce petit mot que l’infirmière a noté comme elle a pu : "Mon fils, il faut qu’il sache... il faut qu’il retrouve son père...donne-lui aussi le coffret... Docteur Raphaël... il comprendra tout... El-Hadj... Lui, il saura..." Il y avait un nom et une adresse. »

Toute la pièce part de ces quelques mots que Louise a fait parvenir à son fils, puisqu’il va ensuite se lancer à la recherche d’El-Hadj et du docteur Raphaël.

Fait particulier, les femmes sont assez peu présentes dans cette œuvre puisque la mère de Martin meurt au tout début et que les femmes des chibanis sont présentes dans leur esprit mais presque fantomatiques, on ne les voit pas.



À certains moments, on pourrait croire qu’il s’agit d’une pièce du théâtre de l’absurde car parfois deux personnes conversent, mais elles disent chacune à voix haute leurs pensées, sans faire attention à l’autre. On se retrouve ainsi avec des propos dépourvus de logique.



Bien que cette pièce puisse paraître tragique, notamment quand on voit que les chibanis se savent rejetés par la société française, il y a tout de même des éléments comiques.

« Une femme âgée passe, elle porte le voile. Silence. Les quatre hommes la saluent poliment avec un grand sourire... Un temps. Driss, glacial :

Elle est vieille, elle est bête, elle est moche.

HAMID. Heureusement, elle porte le voile, ça cache un peu... »



Raisons de cette œuvre

Nasser Djemaï a écrit cette pièce de théâtre pour deux raisons :

  • tout d’abord, il voulait retranscrire en quelque sorte l’histoire de son père ;
  •  de plus, ce sujet qui le passionne, n’a jamais été traité au théâtre.

 

Outre le fait qu’elle permette de faire découvrir un aspect peu connu de notre société, ce qui rend cette pièce encore plus attachante est le fait qu’elle ne soit pas écrite dans un style documentaire comme on pourrait le croire, mais dans un style romanesque. L’auteur a ajouté un certain suspens en ne nous informant pas sur trois choses : le contenu du coffret, qui est El-Hadj et qui est le père de Martin. On n’apprend toutes ces choses qu’à la fin de la pièce. De plus, on ne suit qu’une histoire au lieu d’une myriade de témoignages, ce qui permet un meilleur approfondissement.

Cette pièce présente également l’avantage de faire réfléchir le lecteur ou le spectateur sur l’exclusion que subissent certaines personnes. Nasser Djemaï a d’ailleurs affirmé lors d’une interview, qu’à la fin  de la représentation, il y avait beaucoup de débats entre les spectateurs.

Au niveau du langage, le style est assez brut, révélateur de la façon de parler de ces chibanis, qui ont appris seuls la langue française.



Représentations

Cette pièce est jouée depuis 2011 dans toute la France par une troupe de comédiens. Nasser Djemaï en assure lui-même la mise en scène. Cette pièce était également présentée au festival d’Avignon en 2012. La troupe interprète Invisibles du 16 au 20 octobre au TNBA.


Clémence G., 1ère année bib.-méd. 2012-2013

 

 

Voir également la critique de Maude

 


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13 octobre 2012 6 13 /10 /octobre /2012 07:00

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Nasser DJEMAÏ
Invisibles - La tragédie des Chibanis
Actes Sud-Papiers, 2011



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le comédien et metteur en scène  Nasser Djemaï écrit sa troisième pièce et la première mise en scène où il n’incarne pas tous les personnages. Sa première création publiée en 2006, Une étoile pour Noël ou l’Ignominie de la bonté, avait un aspect autobiographique: Nabil, un jeune garçon d’origine maghrébine, tentait de construire son identité entre un père aimant qui ne voulait que le voir différent de lui, et la famille d’un ami bourgeois, qui souhaitait « l’occidentaliser ». En 2008, dans Les vipères se parfument au jasmin, une jeune bouchère, Shérazade, poussée par une élite « blanche », tente de changer de vie après la révélation de sa voix, abandonnant alors les siens et se heurtant aux mensonges et à l’hypocrisie de ce nouveau cercle.

Pour cette troisième pièce, fruit d’un projet de dix ans, Nasser Djemaï a décidé d’interroger son père, ses oncles et de mener un travail documentaire plus poussé, à la rencontre des Chibanis (cheveux blancs en arabe dialectal) au sein de foyers d’anciens ouvriers, de cafés, de mosquées... Son premier postulat : nous connaissons le sort de ces personnes, leur exploitation sur les chantiers de travaux publics à partir des années 1960. Le second : le documentaire est le plus à même de transcrire leur expérience. Un défi se présente alors à l’auteur : médiatiser le propos de ces hommes, sans tomber dans les clichés ou les discours démagogiques, et répondre aux questions : « [...] quelle place pour le théâtre ? La poésie ? Quelle place pour le vertige ? » (p. 6).

Comme dans ses deux précédents travaux, il expose des « tableaux » qui sont des scènes courtes (de deux à trois pages), monologues et dialogues. Ces flashs soulignent des moments structurants du parcours du jeune héros qui intègre le foyer ou éclairent la personnalité et l’histoire des quatre Chibanis (le cinquième, El-Hadj, a perdu la parole et est immobilisé sur un lit).

La première scène plante le décor : Martin vient de perdre sa mère et n’a pu être à ses côtés pour ses derniers moments. Elle lui a laissé un coffret, un nom, une adresse et donc une mission : retrouver son père. Il va alors à la rencontre des habitants algériens d’un foyer Sonacotra : Driss, qui attend sa retraite pour rentrer marier sa fille, père aimant déchiré depuis l’abandon de sa famille restée au pays; Hamid qui se rêve en poule plumée par les siens qu’il souhaite pourtant rejoindre là-bas ; Majid, traumatisé par les représailles des Français en 1945, invisible regardant le monde de son banc ; Shériff, ancien « beau gosse » qui raconte au bled qu’il fréquente l’élite intellectuelle française. Tous restent en France au moins six mois et un jour (durée obligatoire depuis 2007), pour bénéficier de leur complément de retraite versé par l’État, un privilège non exportable au Maghreb. Ils envoient de l’argent à leur famille et reviennent de temps à autre en Algérie, en attendant d’y faire rapatrier leur corps.



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© http://nasserdjemai.com

 

 

Réalisme, humour et tragédie

Le temps de l’action est court, comme l’indiquent les didascalies : à peine «quelques jours» où le lecteur peut déceler le quotidien des anciens ouvriers : jeux de cartes, sorties, tracasseries du quotidien à propos de leurs retraites ou de leurs familles... La pudeur et la dignité des personnages prévalent sur l’épanchement de critiques ou de plaintes.

L’écriture transcrit au mieux le parler des hommes, en particulier les Chibanis, qui expriment parfois directement leur pensée arabe en français (par exemple, l’absence de pronom réfléchi : « je protège toi », (tableau IV, p. 18), ou du pronom relatif : « moi, c’était obligé j’envoie l’argent à la famille » (tableau V, p. 20)). Les phrases sont en général courtes, la négation majoritairement absente. Ces particularités d’écriture immergent le lecteur d’autant plus rapidement dans les échanges, souvent très fins, entre les personnages.

En outre, quel que soit son propos, Nasser Djemaï manie avec subtilité humour et moments extrêmement touchants. Comme il s’évertue à le répéter dans ses entretiens, l’auteur a cherché à éviter tout misérabilisme. Aucun larmoiement pour les Chibanis, seulement des réalités, certes difficiles, et un humour parfois grinçant. La part belle est également faite à l’autodérision : ils n’hésitent pas à se moquer de leur confrère qui se prétend moudjahidin : « Il a lancé deux pierres sur l’armée, ça y est c’est un moudjahidin » (tableau XV, p. 39), ou d’une femme voilée : « Elle est vieille, elle est bête, elle est moche. [...] Heureusement, elle porte le voile, ça cache un peu... » (tableau XV, p. 40). En outre, ils ont pour certains une opinion tranchée sur les petits caïds, Français dits issus de l’immigration : « Regarde-les avec leur casquette, leurs baskets, le pantalon descendu [...]. Sale race ! [...] Un homme, il commence par remonter son pantalon ».

Les thèmes de l’islam et de l’hypocrisie qui peut lui être associée, de l’Algérie et de son rapport à la France, des jeunes, de la famille sont ainsi abordés. Le dernier monologue de Hamid illustre la déception de ces hommes qui ont tant donné à leur pays d’accueil et qui ont perdu toute confiance à force de désillusions. Effectivement : « Toute la vie ils ont menti » (tableau XXI, p. 57). De plus, tous les personnages vivent dans une profonde solitude résultant d’un déchirement avec les leurs (sa mère pour Martin, leurs parents, femmes et enfants pour les Chibanis).

En effet, si Martin est à la recherche de ses racines, ces hommes ont vu disparaître les leurs : ils ne sont chez eux ni en France, ni en Algérie. Entre deux feux, ils peinent à trouver leur place entre une société qui ne les considère plus depuis leur retraite et un pays d’origine fantasmé où l’on respecte les vieux mais où la jeunesse se jette à la mer pour partir. C’est la quête de l’identité qui est ici mise en lumière. Les touches d’humour servent une réalité plus terrible. Néanmoins, la rencontre de Martin avec les hommes crée une synergie : lorsque le jeune homme quitte le foyer où il n’était pourtant pas désiré, en particulier par Hamid qui lui reproche d’apporter le mauvais oeil et de s’inviter sans vergogne dans le foyer, il sait qu’il sera désormais le bienvenu : « Tu pourras venir quand tu veux, ça te fera plaisir et à lui aussi, et à nous. Maintenant on s’est trouvés, tu peux partir en paix mon fils » (tableau XXI, p. 58). Cet orphelin a trouvé plus qu’un père, les Chibanis étant eux-même en mal d’enfants. La dernière didascalie illustre ce changement de relation puisque Martin passe sur les genoux de chacun des hommes au moment de partir.



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© http://nasserdjemai.com


Les Enfers et les fantômes

La métaphore de l’enfer est filée tout au long de l’ouvrage. Dès l’avant-propos, l’auteur évoque la figure d’« Hadès (épithète signifiant « l’invisible ») ». Le foyer est comparé aux enfers, au « royaume invisible des ombres » (tableau III, p. 15) alors que la chambre de Driss est son « cercueil » (tableau IV, p. 16). Tout comme Énée  descend dans le monde des morts pour voir son père, légende que s’approprie Martin, appréciant le texte de Virgile avec une impression de déjà-vu, le jeune homme franchit les portes de l’enfer à la recherche d’un père qui a toujours été absent. Il s’identifie à El-Hadj : comme lui, il est « en enfer, tous les deux plongés yeux ouverts dans ce gouffre, ce silence » (tableau VI, p. 22). L’enfer, c’est aussi la France pour le père de Driss, au moment où ce dernier quitte l’Algérie pour travailler, abandonnant ainsi sa femme et ses deux enfants. L'enfer est associé à l'invisible, épithète qui renvoie aussi aux Chibanis, marginaux, invisibles depuis qu'ils ne servent plus sur les chantiers.

La femme est l’élément fantôme de la pièce. La voix de Louise, la mère de Martin, guide son fils dans son errance. Les femmes des Chibanis sont aussi présentes en pointillé. Ainsi, Nasser Djemaï a choisi de présenter les hommes qui n’ont pas bénéficié du regroupement familial, toutes les épouses sont donc restées au pays. La question de la relation amoureuse pour ces hommes, engagés et mariés mais étrangers à leur compagne, est soulevée, à travers un monologue de Driss qui dit ne voir sa femme qu'en juillet et août. Cette dernière se dérobe à ses devoirs d'épouse en remplissant la maison d'invités, ce qui fatigue le vieil homme, habitué en France au calme et à l’isolement.

 

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© http://nasserdjemai.com

 

 

 

Une issue impossible ?

Malgré leur situation très pénible, les anciens ouvriers sont résignés. « Allah il décide, y a rien à faire » (tableau IV, p. 17). « De toute façon Allah, c'est toi qui décides, moi j'ai rien à dire » (tableau XI, p. 32). Lorsque Martin quitte le foyer, il propose aux retraités d'entreprendre des démarches juridiques pour les reloger. Les quatre hommes refusent catégoriquement : « Il veut nous mettre en prison ? » (tableau XXI, p. 55). « Non, on veut pas changer [...] nos habitudes. Tout est bien réglé, faut pas déranger ». Comme pour la prière, « [f]aut rien déranger » (tableau V, p. 21). Comme devant Allah, « [y] a rien à dire » (tableau XXI, p. 56). Devant les objections et critiques du jeune homme, une réponse : « Oui mais c’est chez nous, ça fait quarante ans on vit ici, c’est comme ça » (tableau XXI, p. 57). Le foyer est en effet leur territoire, puisqu’ils ne sont plus d’ici ni de là-bas. Leur territoire et leur prison.

En une soixantaine de pages, Nasser Djemaï parvient donc avec humour et poésie à ouvrir les yeux du lecteur sur des thèmes variés du rapport France/Algérie et l’invite à s’interroger, au delà du sort des Chibanis, sur la question essentielle de l’identité.


Maude, AS bibliothèques 2012-2013



Pour en savoir plus :

 http://nasserdjemai.com

Revue de presse dans l’onglet documentation :

 http://nasserdjemai.com/frameset_nasserdjemai.htm


À lire :

Nasser DJEMAÏ
Une étoile pour Noël ou l’ignominie de la bonté
Actes Sud-Papiers, 2006

Nasser DJEMAÏ
Les vipères se parfument au jasmin
Actes Sud-Papiers, 2008

 

 

À voir :

Invisibles - La tragédie des Chibanis au Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine du 16 au 20 octobre 2012

 http://www.tnba.org/event.php?id=499



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10 octobre 2012 3 10 /10 /octobre /2012 07:00

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Anton Tchekhov
La mouette, 1895-1896
 Чайка

traduction
d’Arthur Adamov
Flammarion
Coll. Étonnants classiques, 2006

 

 

 

 

 

 

 

Anton Tchekhov est né en 1860 à Taganrog en Russie et mort en 1904 à Badenweiler en Allemagne. Il est d'abord médecin mais publie des contes humoristiques en 1886, Récits bariolés. Ce sont ses amis Dimitri Grigorovitch (écrivain réaliste) et Alexis Souverine (directeur du journal Le temps nouveau) qui réussissent à le convaincre de se consacrer à l'écriture. Il devient donc romancier et dramaturge. Il publie en 1887 Ivanov. C'est en 1896 que sa pièce La mouette est jouée pour la première fois au théâtre Alexandrinski à Saint-Pétersbourg. Elle est tout d'abord très mal accueillie par le public et les critiques, sans doute à cause de sa modernité. La mouette est une pièce réaliste et symboliste, c'est une toute nouvelle conception du théâtre que nous offre Tchekhov.

Pour ce qui est du contexte historique, en 1891 vient d’être signé un accord France-Russie. Si un pays attaque l’un des deux, alors l’autre doit riposter pour le protéger. De plus, nous sommes en plein dans les grèves ouvrières et juste avant les grandes guerres. Il y a donc de très grands changements sociaux.



Dans cette pièce il n'y a pas de héros particuliers ni d'actions très excitantes, nous pouvons juste y voir évoluer des personnages aux destins plutôt cruels. Mélange de comique et de tragique, La Mouette nous fait assister aux amours impossibles, aux doutes, aux complications artistiques et nous découvrons un monde où l'art est au centre des vies.

Tchekhov rend compte des débats littéraires du remps à travers deux personnages, Trigorine, écrivain réaliste célèbre, et Trépliev, jeune écrivain symboliste. Ils ne s'entendent pas, ne se supportent pas ; il y a donc une forte opposition entre le réalisme et le symbolisme. Trigorine est très terre-à-terre ; pour lui, l'art doit absolument copier le réel. Par exemple, il fait empailler la mouette, il essaye donc de lui restituer la vie, de la faire revenir au monde réel. A l'opposé, Trépliev préfère rêver. Il déteste le réalisme et la science qui, pour lui, détruisent le rêve, l'imagination :

«  [...] pour moi, le théâtre d'aujourd'hui n'est que routine et préjugés. Quand le rideau se lève et que sous une lumière crépusculaire, dans une chambre à trois murs, ces grands talents, ces prêtres de l'art sacré font voir comment les gens mangent, boivent, aiment, marchent, portent leur complet-veston; quand avec leurs images et leurs phrases triviales ils essaient de prêcher une morale, une petite morale bien facile à comprendre, utile à la vie domestique ; quand à travers mille variations, on m'apporte la même chose, encore la même chose, toujours la même chose, alors je fuis, je fuis comme Maupassant fuyait la tour Eiffel, qui lui écrasait la cervelle de sa vulgarité. »

La mouette est une œuvre très symboliste. Déjà, par son titre. « La mouette » est le surnom donné à Nina (dont Trépliev est amoureux mais qui tombe amoureuse de Trigorine). Tout d'abord parce qu’elle est comparée à un oiseau innocent, puis parce qu'elle vole d'amour en amour et change sans arrêt d'avis comme de cap. Enfin, une mouette est tuée et nous voyons Nina mourir psychologiquement tout au long de la pièce. De plus, le mot « mouette », en russe, a la même racine que le verbe « espérer ». Les personnages espèrent donc une vie meilleure, que leurs vœux soient exaucés, ils aspirent à un meilleur quotidien.

 

 

 

La mouette est aussi une œuvre très moderne. On y découvre une toute nouvelle esthétique :

– tous les personnages ont un rôle égal. Il n'y a pas de personnage principal ni de personnages secondaires ;

– il y a un grand jeu sur les contrastes. La pièce est annoncée comme une « comédie en quatre actes » or elle se termine par un drame. Les répliques sont tantôt tristes, tantôt comiques. On a un mélange constant des deux registres.

–- les décors sont très importants : lac, petit théâtre... Tchekhov prend bien soin de décrir le décor dans chaque détail au début des quatre actes.

Il y a quatre personnages féminins seulement, un seul est heureux. Tchekhov représente donc très bien les conditions de vie de la majorité des femmes à cette époque. Nina, Pauline et Macha sont toutes les trois malheureuses. Elles sont mariées à des hommes qu'elles n'aiment pas et/ou vivent des amours impossibles. La seule à égayer ce paysage sinistre est Arkadina. C'est une actrice et une amante épanouie qui assume totalement de ne pas être une mère parfaite et qui se moque de l'opinion des autres. Elle crée un très grand contraste avec les autres femmes de la pièce car elle a une grande estime d'elle-même au contraire des trois autres qui s'apitoient constamment sur leur sort.

La pièce parle aussi beaucoup des artistes. L'angoisse de la feuille blanche pour l'écrivain, l'angoisse de l'avis du public... Elle dépeint des artistes malheureux, torturés, indécis...



Représentation de la pièce au TNBA, mise en scène par Arthur Nauzyciel, le 5 octobre 2012 à 19h30


avec : Marie-Sophie Ferdane, Xavier Gallais, Vincent Garanger, Benoit Giros, Adèle Haenel, Mounir Margoum, Laurent Poitrenaux, Dominique Reymond, Emmanuel Salinger, Catherine Vuillez.


durée : 3h45 (entracte compris)


Pièce créée au festival d'Avignon 2012


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Tout d’abord, la première chose qui m’a marquée lorsque nous sommes entrés dans la salle était ce décor immense : du sable noir et d’immenses panneaux posés sur le sol, comme un bateau échoué divisant la scène en trois lieux d’action. Le plus gros panneau comme décor principal, là où la plupart des scènes se passent, un petite scène à droite représentant le théâtre de Trépliev et une petite estrade à l’avant-scène où se jouaient la plupart des apartés, des monologues ou des scènes intimes entre les personnages. De plus, le temps que nous prenions place, défilait sur ce panneau principal un film en noir et blanc représentant des gens prenant le train : Arrivée d’un train en gare de la Ciotat, Louis Lumière, été 1897. Le ton est tout de suite donné : ce sera une pièce contemporaine placée sous le signe de la modernité.

Les costumes étaient étonnants. Tout d’abord, les personnages portaient de temps en temps des masques de mouette. Ils étaient tous vêtus de noir : costume pour les hommes et robe pour les femmes sauf pour Polina. Nina était la seule à avoir une robe se démarquant des autres avec des volants et des paillettes (mais à la fin lorsqu’elle revient voir Trépliev pour lui raconter sa misérable vie, elle porte une large veste de costume marron). De plus, leurs jambes étaient enduites de goudron. Cela pourrait symboliser l’enfermement des personnages dans leur triste vie, leur destin tragique, comme une mouette échouée sur la place engluée dans le pétrole.

Les acteurs étaient excellents. Ils avaient un jeu formidable malgré les longueurs et les mimiques qui leur étaient sûrement imposés. Ils ont su s’approprier les personnages et faire passer de fortes émotions. Mais, chose étonnante, ils avaient des micros. Cela peut se comprendre étant donné les dimensions de la salle mais cela gâche un peu le côté traditionnel du théâtre ; cependant Nauzyciel nous avait prévenus, cette pièce allait être très moderne…

Un point très positif pour moi, voir la pièce jouée m’a beaucoup aidée à la comprendre, mieux qu’en la lisant. En effet, les noms russes étant très compliqués (Irina Nikolaïevna Arkadina, Konstantin Gravilovitch Trépliev…) il m’arrivait souvent de revenir à la page de présentation des personnages pour savoir qui parlait, et donc, je me perdais dans l’action. Or, en la voyant jouée, j’ai pu mettre des visages sur les noms et me repérer plus facilement.

De plus, il y avait un musicien qui venait jouer de temps en temps sur scène, en aparté. Il jouait de la guitare et chantait. J’avais aussi parfois l’impression que la musique qu’on entendait (piano) venait de derrière la scène. C’était très beau, très présent et cela permettait d’instaurer une ambiance particulière, mais aussi de faire des pauses dans l’action.

Malheureusement, j’ai trouvé la pièce extrêmement longue. À partir de l’entracte il m’était très dur de me concentrer, cela devenait lourd, lent et énervant. Les acteurs étaient toujours plus longs dans leurs répliques, leurs déplacements… J’ai trouvé que cela gâchait un peu le spectacle. Cela donnait une atmosphère lugubre, déprimante, alors que Tchekhov, selon moi, même si sa pièce n’est pas très gaie non plus, délivre quand même à travers ses personnages un message d’espérance.

Tchekhov-Nauzyciel-La-Mouette-2.jpg

Conclusion

Pour moi c'est une pièce très simple mais émouvante. Il y a possibilité de s'identifier à chaque personnages parce qu'ils portent une part de nous tous en eux. Leur simplicité et leurs petits problèmes de la vie quotidienne les rendent accessibles. Mais malgré leur simplicité ils ont une grand épaisseur psychologique, ils sont captivants.

De plus, Tchekhov utilise un langage accessible à tout le monde mais très beau.

Enfin, la symbolique est très importante dans cette pièce et laisse place à toute interprétation ! Il est possible de trouver des avis totalement différents sur le sens de la pièce et c'est ce qui la rend intéressante pour moi.


Mon passage préféré :

« Il faut peindre la vie non pas telle qu'elle est, ni telle qu'elle doit être, mais telle qu'on se la représente en rêve » Trépliev


Célie, 1ère année bibliothèques 2012-2013

 

 

Lire aussi la critique de Léo sur la représentation au TnBA.

 


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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 07:00

Tchekhov-Nauzyciel-La-Mouette-Tnba.gif

TnBA

Mise en scène et adaptation

Arthur Nauzyciel

texte traduit du russe
par André Markowicz et Françoise Morvan
Actes Sud, 1996

 

 

Hier, je suis allé voir la mouette. J'en ai rencontré plusieurs. Derrière des masques, volatiles de cauchemar, les comédiens envahissent la scène en piaillant, désincarnés, avec des yeux d'oiseaux morts. Le premier acte commence et chacun se présente. D'énormes plaques de métal rouillé déchirent la scène en plusieurs espaces : espace de rencontre, espace d'expression, espace de mise en abyme (quand une pièce de théâtre est jouée dans la pièce de théâtre).

L'histoire, c'est celle de Konstantin, de Nina, d'Irina et de Trigorin. Ce sont des personnages qui s'aiment, ou qui voudraient s'aimer, eux-mêmes d'abord, puis les autres, si c'est possible. Konstantin veut devenir dramaturge, mais il est écrasé par le succès déclinant de sa mère, comédienne, et de l'amant de celle-ci, l'auteur poète Trigorin. Irina, la mère de Konstantin, se noie dans l'admiration qu'elle a pour elle-même. Trigorin, bien que conscient que sa popularité lui vient de son manque d'originalité, n'est tourné que vers son oeuvre et ses échecs. Et il reste Nina. Konstantin a écrit une pièce pour elle, car il est amoureux. Elle, ne croit pas en lui, mais voulant faire carrière, elle se rapproche de Trigorin pour tenter de réussir.

Dans l'écriture du texte, on devine une volonté de comédie, on sent que Tchékhov voudrait rire de ces artistes en peine d'existence, qu'il voudrait rire de lui-même. Pourtant, le drame s'installe, les amours se défont ou s'évitent. La mouette, c'est Konstantin qui l'a tuée, en ratant sa propre tête qu'il aurait voulu expédier d'une balle. La mouette, c'est elle qui est à l'origine de la passion de Trigorin pour Nina. Il écrit cette histoire : une fille qui aime un lac, et que l'on fait périr, simplement pour passer le temps. Nina est cette mouette, qui ne connaîtra que l'échec, et que Konstantin aurait tuée parce qu'il s'ennuyait de lui-même.

Le metteur en scène (Arthur Nauzyciel) nous propose une vision particulière de la pièce. Le texte comportant beaucoup de didascalies, il s'est permis de les transformer, de les actualiser parfois, et plus souvent, de mettre de l'humour là où le drame devenait trop intense. Il en ressort des personnages que l'on peut reconnaitre, malgré leurs noms russes à rallonge, à leur humanité. Les folies représentées sont celles d'aujourd'hui : les aliénations d'une société qui va trop vite, qui s'offre des reconnaissances trop éphémères. Ils nous plaisent, malgré les cris du théâtre et les drames impossibles. Arthur Nauzyciel est aussi musicien, et n'hésite pas à monter sur scène entre chaque acte, à accompagner les danses des ornitho-comédiens de guitare et de chant aériens.

J'ai vu les mouettes, je les ai vues mourir, je les ai vues souffrir. J'ai vu les mouettes dans leurs vols aléatoires, parfois grisées de vitesse, parfois ennuyées par le temps qui passe et se ressemble. Un artiste est comme une mouette : il aime un lac, il est heureux et libre, mais un homme arrive et la détruit, juste par hasard. Comme une mouette.


Léo, AS édlib 2012-2013

 

 

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 07:00

Dennis-Kelly-Debris.gif

 

 

 

 

 

Dennis KELLY
Débris
Pièce de théâtre
Titre original : Debris
Date de parution : 2001
Traducteurs
Philippe Le Moine, Pauline Sales
Éditions théâtrales
Collection Traits d’Union, 2008
Publiée dans le cadre
de la Saison culturelle européenne

Type : Nombre d’acteurs : 4

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La pièce a été représentée au TnBA

du 8 au 24 mars 2012

 

 

 

  L’auteur

Dennis Kelly est né en 1970 à Londres. Il est écrivain à la fois pour le théâtre et la télévision. En télévision, il est surtout connu pour avoir co-écrit la sitcom Pulling pour la BBC 3.

Il intègre à l’âge de 20 ans une compagnie théâtrale qui vient de se monter et commence à écrire. À la fin des années 90, il entame des études universitaires de théâtre au Goldsmiths College de Londres. Il dira qu’il n’y a pas beaucoup appris en matière d’écriture théâtrale, mais qu’il y a fait très tôt un choix au niveau de la forme, puisqu’il écrit alors en rupture avec le théâtre réaliste social anglais (comme celui d’Antony Neilson, Sarah Kane ou Caryl Churchill.). Il cherche à développer le caractère provocateur du théâtre et l’expérimentation de styles dramatiques diversifiés. Ses textes abordent des questions contemporaines souvent délicates.

En 2003, il écrit Débris (créé par Tessa Walker au Théâtre 503 de Londres) ou encore Osama the Hero en 2004, After the end en 2005, Love and Money en 2006, Taking Care of Baby en 2007 et plus récemment DeoxyriboNucleic Acid/D.N.A. en 2007. Ses pièces ont été mises en scène en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Slovaquie, aux Pays-Bas, en République Tchèque, en Italie, en Australie, au Japon et aux USA.



Les traducteurs

Philippe le Moine a été producteur, dramaturge, metteur en scène mais aussi programmateur et traducteur et Pauline Sales est comédienne et auteur.

 

La collection : « Traits d’Union »

27 pays, 27 pièces de théâtre inédites en français

Le projet « Traits d’Union, 27 nouvelles pièces d’Europe » voit le jour, à partir d’une idée : sélectionner 27 textes dramatiques inédits, chacun issu d’un pays membre de l’Union européenne, pour les traduire en langue française et les publier sous la forme d’une collection aux éditions Théâtrales. L’ambition des éditeurs est de faire connaître ce qui s’écrit aujourd’hui pour le théâtre en Europe et que ces nouvelles dramaturgies européennes soient davantage présentes sur les scènes de France et d’ailleurs.




Origine du titre : Débris

Le titre c’est aussi l’esprit du texte, il n’est donc pas étonnant que l’éditeur ait choisi de l’expliquer à l’aide d’un extrait reproduit sur la quatrième de couverture.

J’avais cru un moment qu’on venait au monde par le miracle de la conception, la gestation et l’accouchement. Je savais désormais que ce n’était pas le cas. Comme les champignons, les enfants poussent sur les déchets. Ils se construisent peu à peu à partir de feuilles pourries, de canettes de Coca, de seringues usagées et d’emballages de Monster Munch.

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Débris

Présentation de la pièce sur les sites des théâtres dans lesquels est programmée la pièce : Dans Débris, Dennis Kelly donne la parole à deux adolescents, un frère et une sœur qui vont, au cours du spectacle, retracer divers scénarios sur la mort de leurs parents et sur des événements de leur enfance.

Ces versions, imaginées ou réelles, sont tour à tour absurdes, tragiques, loufoques, volontairement provocantes : autocrucifixion du père, enlèvement par un « oncle » aux intentions plus que douteuses, découverte d’un bébé dans une poubelle à qui l’on va donner le doux nom de « Débris »…

Cette pièce de théâtre rassemble neuf scènes : Crusuicifixion, Le dernier poulet, Divorce, Onclenri, Débris, Nécrovivipare, Télé, Monsieur Smart and Smile, Au commencement.

Les trois premières scènes sont des monologues avec très peu de didascalies, ce qui peut les rapprocher de la nouvelle. Ce sont Michael et Michelle qui parlent au début de la pièce. Ils racontent tous deux la mort d’un de leurs parents : Michael, celle de son père et Michelle, celle de sa mère. Les morts des deux parents sont totalement absurdes mais restent néanmoins tragiques entre le père qui s’auto-crucifie et la mère qui s’étouffe avec un os de poulet mais refuse que son mari la sauve car cela pourrait tuer son bébé. On comprend tout de suite que les personnages que nous présente Dennis Kelly ont une histoire peu commune et plutôt noire. De plus, dans la troisième scène, Michael observe une famille « normale » qui contraste fortement avec les névroses et la folie des parents que l’on nous a présentés dans les premières scènes.

Le lecteur ne comprend le lien entre les scènes et surtout entre les personnages que lors de la quatrième scène qui n’est plus un monologue mais un dialogue entre Michael et Michelle, qui sont en fait frère et sœur. Dans cette quatrième scène, Michael tente de tuer sa sœur pour plaire à l’ « Onclenri » qui les a kidnappés. Le lecteur entre alors dans l’histoire complètement loufoque mais toujours tragique de ces deux adolescents. En effet, dans les scènes suivantes, leurs histoires vont être toutes plus violentes et cruelles les unes que les autres et empreintes d’un réalisme fort. L’action ne se passe jamais sur scène ; c’est par la parole, à travers les monologues puis les dialogues que les images s’imposent aux lecteurs. Michelle et Michael vont reconstituer au fur et à mesure les différentes histoires de leur vie à travers des répliques courtes qui s’enchaînent rapidement. Le lecteur a l’impression d’assister à une joute verbale entre les personnages pour savoir lequel des deux va attirer sur lui l’attention du public.

Dans les scènes suivantes, les deux enfants seront notamment enlevés par l’« Onclenri » qui veut les vendre à Monsieur Smart and Smile, Michael va trouver un enfant qu’il nommera Débris, Michelle racontera la mort de sa mère, leur père viendra les sauver des mains de l’« Onclenri », il trouvera Débris que les services sociaux emmèneront par la suite…

Les descriptions des deux adolescents sont tellement précises et incarnées qu’on ne sait plus ce qui relève de la réalité, de l’imagination, voire de la mythomanie. Ce n’est qu’à la fin du spectacle, après avoir assemblé le puzzle de leur histoire personnelle, que le spectateur pourra démêler le vrai du faux.



L’auteur brouille les pistes en fixant l’action dans un cadre spatial très réaliste mais avec un cadre temporel brouillé par une chronologie totalement bouleversée. En effet, les scènes se déroulent à notre époque dans un décor résolument urbain entre la rue, ses ordures, des appartements plus ou moins miteux et une maison misérable où les enfants se retrouveront confrontés à l’« Onclenri » et « Monsieur Smart & Smile », dont les intentions sont plus que douteuses. Le cadre est donc à l’image du titre et de la pièce : misérable, cruel et témoin d’actions tout aussi noires. En parallèle, l’histoire a une chronologie inversée : la dernière scène se nomme « Au commencement » et la première « Crusuicifixion ». La métaphore religieuse est ici évidente : le lecteur est invité à faire un chemin de croix inversé. Entre cette première et dernière scène, l’action se déroule sans marque de temporalité évidente et sans  transition logique. Enfin, ce n’est qu’à la dernière scène que les pièces du puzzle s’assemblent et que le lecteur peut comprendre le pourquoi de la première scène. La pièce est donc cyclique : tout ce qui s’est passé après la première scène explique cette dernière, notamment pourquoi le père s’auto-crucifie et pourquoi son fils ne le sauvera pas.



Les relations entre les personnages

Les relations entre les personnages sont centrales dans cette pièce. Elles sont toujours violentes. Même l’amour que Michael éprouve pour Débris, le bébé qu’il a trouvé dans une poubelle, est poussé à l’extrême. En effet, Michael va par exemple allaiter le bébé avec son propre sang. L’amour conjugal est, lui aussi, indissociable d’une violence physique et morale. Le père ne s’intéresse ni à ses enfants ni à sa femme et cela se traduit verbalement.

Les personnages ont le sens du spectacle, cela va du père qui met en scène sa propre crucifixion aux enfants qui racontent leurs aventures. Les personnages allient ce grand sens du spectacle à un narcissisme poussé, ce qui complexifie encore les relations entre les personnages et rend encore plus floue la frontière entre la vérité et les histoires des enfants.



Une pièce rythmée

La lecture est très rythmée, tout comme pourra l'être la mise en scène. En effet, la pièce commence par trois scènes qui sont en fait trois monologues de trois pages, puis on passe à des dialogues rapides. Cette alternance de monologue et de dialogue permet de ralentir ou d’accélérer l’action. Des mises en page spécifiques rythment aussi la pièce. En effet, des phrases morcelées par des retours à la ligne fréquents saccadent la lecture.

 

« Et soudain.
Son appendice éclate.
Et elle meurt.
C’était ça le moment attendu.
C’était ça.
Et Dieu retombe dans son fauteuil.
Il s’en roule une petite. »

 

Contrairement au théâtre classique, le dialogue ne fait pas avancer l’action dans le sens où il ne permet pas de dénouement. Les personnages nous racontent seulement une histoire en prenant les différentes voix et les différents rôles des autres protagonistes qui ne sont pas sur scène. Ainsi leurs parents mais aussi l’Onclenri, ou encore Monsieur Smart & Smile, parlent à travers Michael et Michelle. Cela explique aussi un vocabulaire très familier voire vulgaire.



Un jeu sur le suspens

L’auteur arrive à capter l’attention du lecteur en jouant sur une apparente absence de lien entre les personnages et les actions. En effet, le lecteur ne sait pas qui sont ces personnages, s’ils ont un lien et si les scènes auront une suite ou si ce sont de simples sketches.

L’une des scènes, par exemple, finit par l’image de Michael dans une poubelle (poursuivi parce qu’il s’est introduit dans une maison pour connaître la chaleur d’un foyer « normal ») et qui entend un bruissement. Le lecteur a alors envie de savoir ce qu’il va se passer et a surtout peur que l’auteur ne revienne pas sur cette histoire et ne nous dévoile pas la suite.



L’humour noir

Peut-on parler d’ironie tragique dans cette pièce ?

Selon un dictionnaire en ligne (L’internaute), au théâtre, l’ironie tragique représente l'ignorance où se trouve le personnage de sa propre situation alors que le public connaît cette situation ou encore une coïncidence malheureuse qui donne le sentiment que le destin se moque de quelqu'un.

Ces deux définitions s’appliquent complètement à Débris. En effet, quand les enfants se font enlever par l’Onclenri, ils ne comprennent pas qu’ils vont sûrement être revendus et devoir se prostituer. Ils sont reconnaissants à cet homme qui les a enlevés, espèrent aller dans une grande maison et connaître le goût du champagne. Mais le public, lui, sait très bien qu’ils ne sont pas dans une position des plus favorables.

De plus, l’histoire de la mère de Michelle, qui meurt étouffée par un os de poulet parce qu’elle refuse que son mari la sauve pour ne pas mettre en danger son bébé, relève bien d’une coïncidence malheureuse qui donne le sentiment que le destin se moque de quelqu'un.



Cependant, le fait que les personnages n’aient pas conscience de leur situation n’est pas dû au destin mais à la parfaite naïveté des deux enfants. Naïveté tellement poussée à l’extrême par l’auteur qu’elle en devient presque absurde : certes ces enfants ont grandi dans un milieu hostile avec des mères névrosées et un père violent et alcoolique, et il est vrai qu’ils ne semblent voir la vie qu’à travers l’écran de télévision, mais cette naïveté n’est pas crédible. L’auteur joue en fait sur le registre comique en poussant le côté pathétique de ces personnages à l’extrême.

Sur le site Wikipédia, l’humour noir est défini comme une forme d’humour qui souligne avec cruauté, amertume et parfois désespoir l’absurdité du monde, face à laquelle il constitue quelque fois une forme de défense. C’est exactement ce que l’on ressent quand on voit évoluer ces deux enfants dans un monde de folie mais qui nous rappelle parfois brusquement les travers de la réalité.

L’humour noir consiste notamment à évoquer avec détachement, voire avec amusement, les choses les plus horribles ou les plus contraires à la morale en usage. Il me semble que l’on peut effectivement parler d’humour noir dans cette pièce. Dennis Kelly bouleverse le lecteur en décrivant des situations drôles par leur absurde pathos mais non moins gênantes puisqu’elles mettent en scène une cruauté, une amertume et une vision noire du monde. Il établit un contraste entre le caractère bouleversant ou tragique de ce dont on parle et la façon dont on en parle. Ce contraste interpelle le lecteur ou l’auditeur et a vocation à susciter une interrogation. C’est en quoi l’humour noir, qui fait rire ou sourire des choses les plus sérieuses, est potentiellement une arme de subversion.

 

 « Michael. – C’était un inconnu
Michelle. – Avec un gorille
Michael. – Qui d’une claque venait de faire voler Onclenri à travers la pièce
Michelle. – Mais il avait une grande maison
Michael. – Et il faisait de grandes phrases
Michelle. – Et il sentait si bon »

 
« Michelle. – On voit là.
Le même papa qu’on a toujours connu.
Bourré et sale.
Con et méchant.
Gros et stupide.
Mais cette fois avec la larme à l’œil. »

 

 

Les procédés propres à l’humour sont utilisés, comme les antithèses (Onclenri est violent mais il avait une grande maison) ou encore l’énumération. Cependant, ces procédés sont toujours au service de situations pathétiques, empreintes de fatalisme : le père ne changera pas par exemple (le même papa qu’on a toujours connu) malgré son acte d’ « héroïsme » quand il vient arracher ses enfants des bras de Monsieur Smart & Smile. Paradoxalement, sous la plume de Dennis Kelly naît une sorte de lucidité naïve : les enfants sont lucides car ils considèrent le monde sans filtre, ils appréhendent sa cruauté sans euphémisme mais, à côté de cela, ils ne comprennent pas le danger de certaines situations ni ce qu’il se passe réellement.

Enfin, au sommet de l’humour noir était Dieu. Dennis Kelly fait contraster religion et vision pessimiste du monde. Ainsi toutes les connotations associées à la religion, charité, pudeur ou bienséance sont violentées par l’auteur à l’aide d’un vocabulaire cru et d’une peinture sombre des choses.

 

« Michelle. – Au commencement
Il y a Dieu,
Et il s’emmerde.
Putain ce qu’il s’emmerde.
Il erre pendant des éternités et des éternités,
Il se gratte les couilles,
Il n’a rien à foutre.
Alors,
Il y a dix milliards d’années, il fait un gros bang
Et il attend. »

 

 

Position du lecteur / spectateur, mise en scène et humour noire

Une distance liée à l’humour noir

Cet humour est source de gêne. D’ailleurs, cette gêne est peut-être la source même du rire. Le lecteur ne sait pas quelle réaction avoir, il rit mais avec une certaine honte quand il s’aperçoit que l’humour ne masque pas totalement la part de vérité pathétique de la scène. Il hésite entre la réaction naturelle du rire, le divertissement et la réflexion qui se cache derrière. Il y a donc une certaine distance entre les personnages et le lecteur ou le spectateur.


Une mise en scène qui peut être déterminante

De mon point de vue, la mise en scène peut être déterminante dans la réception de la pièce par le public. En effet, le réalisateur pourra davantage insister sur la naïveté des personnages et mettre alors l’accent sur l’humour ou alors, au contraire, mettre au premier plan le pathétique, la cruauté des personnages et la misère des situations, en occultant quelque peu l’humour. La pièce pourrait facilement virer à la farce ou à une peinture d’une société cruelle et morbide.



Conclusion

C’est une pièce à la lecture facile avec un vocabulaire cru et une vision du monde très noire et dure. Lecture facile car à suspens et avec un rythme plaisant, proche de la poésie ou plutôt d’une poésie plus moderne : on pourrait comparer Débris à une chanson slamée ou rapée.

L’humour est parfaitement dosé, à la limite du burlesque, sans jamais franchir la frontière de la farce ou de l’obscénité. Le ton mordant fait de cette pièce une belle satire de notre monde contemporain.


E. Pesou, 2e année Édlib


Pour aller plus loin

Le dernier poulet
Monologues d'automne / Novembre 2010
Distribution : Céline Nieto / Réal Siellez
Mise en scène : Catherine Decrolier
Scénographie : Hanane Ferrat
 http://vimeo.com/19348737



Extrait de Débris de Dennis Kelly lecture 11 mai par Arno Chéron (en musique)
 http://vimeo.com/11684782

 

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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 07:00

oh-les-beaux-jours-Marc-Paquien-aff.jpg

Samuel BECKETT
Oh les beaux jours
Mise en scène de Marc Paquien
avec Catherine Frot et Pierre Banderet
Théâtre de la Madeleine
19 rue de Surène, Paris
du 20 janvier au 29 mars


Tout ce que je vais vous raconter à propos des Beaux Jours – le peu que je vais vous raconter – je l’ai appris après la représentation. On est arrivés un peu en retard à la Madeleine, un quart d’heure, l’ouvreuse nous a placés sur les strapontins de punition. Ensuite, j’ai perdu la notion du temps. Un peu abrutie par les vapeurs de marc de gewurztraminer  de chez Lipp, j’ai vu Catherine Frot – je pensais que je la détestais – s’enfoncer peu à peu dans une sorte d’huître géante qui faisait corps avec la scène, jusqu’à disparaître complètement  sous les couches noires et ondulantes du monstrueux monticule. Derrière cette installation, en « fond d’écran », la photographie non moins désolée d’une plage déserte, éclairée par un soleil déclinant et que l’on imaginait volontiers mazoutée. Plaquée sur ce décor terrifiant, la voix de Winnie, plainte quasi monologuée qui a bercé mon hypnose de bout en bout, ininterrompue. Je n’ai rien gardé du texte, et ça ne me frustre pas. Le metteur en scène parle de cette musique de la pièce, et j’ai la certitude de l’avoir entendue. J’ai quand même récupéré le livret : c’est une femme, Winnie, et un homme qui pourrait être son mari, Willie. Willie est presque catatonique et Winnie tente de nourrir la conversation, mais elle s’enlise, délire, et perd la faculté de se projeter dans l’univers de l’autre, la seule façon de communiquer. Elle abreuve donc Willie de paroles décousues et vides de sens qui ne tirent au pauvre homme que quelques grognements, et c’est le chant de cette angoisse qui appelle à l’aide que Beckett a réussi à composer avec les mots les plus triviaux. C’est une sorte de poésie qui parvient à montrer sans dire, la forme d’écriture la plus aboutie – n’est-ce pas ? Cette pièce qui devrait remporter l’adhésion générale est tout de même controversée sur un point : Winnie est-elle une héroïne tragique ou comique ? Les nietzschéens diront : « l’homme social rit de tout, surtout du pire », et ils prendront cela pour une forme d’empathie dont il faudrait se féliciter. D’autres, la majorité, pencheront pour un mélange. Je pense que ça ne peut pas exister. La pièce est douloureuse au dernier degré, comme seuls peuvent l’être ces chefs-d’œuvre.

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Cyrielle, 2e année Éd-Lib.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 07:00

 Homme-qui-tombe.jpgpièce adaptée du  roman de Don DeLillo
(traduction de Marianne Véron)
jouée du 17 au 23 mars 2012
avec
Alexandre Cardin
Anne Charneau
Miren Lassus Olasagasti
Maïa Ricaud
Jérôme Thibaud

 troupe Crypsum

Mise en scène : Alexandre Cardin et Olivier Waibel
 TnBA

 

 

 

« En racontant l’après 11 septembre, Don DeLillo décrit des personnages qui nous sont proches, bien que de l’autre côté de l’Atlantique. À la fois égarés et encore arrogants, ils sont ici les témoins de l’épuisement d’un monde, le nôtre, soumis aux mythes, fantasmes et obsessions qui influencent désormais nos comportements. Ce chroniqueur du nouveau millénaire se demande comment représenter ce que nous sommes aujourd’hui, de l’aliénation urbaine et virtuelle à l’omniprésence de l’argent-roi, de l’espoir d’une vie éternelle à la chirurgie esthétique, toutes « ces formes modernes de la terreur ». Si ces tours qui s’écroulent décrivent ici un mouvement d’abord intérieur, c’est bien celui qui nous amènera probablement demain à être nous aussi des hommes qui tombent, hésitant entre aveu d’impuissance et culte de l’image, celle que l’on aimerait encore donner de soi-même pour pouvoir rester debout. Ainsi le collectif Crypsum, après s’être interrogé sur nos racines avec Nos racines d’après Hervé Guibert, esquisse un portrait de notre temps, "l’âge de la peur", où la fiction apparaît comme vérité du monde. » TnBA



Don DeLillo est un auteur américain de nouvelles, scénarios, pièces de théâtre,  articles et surtout romans, œuvre ambitieuse et influente. Ses thèmes fétiches sont l’angoisse de la mort, très présente dans son ouvrage L’homme qui tombe, mais aussi la fascination pour l’image et le langage. Parfois qualifié de postmoderne, il est l’un des auteurs contemporains majeurs d’une société capitaliste américaine en déclin, marquée par l’effondrement des tours du WTC.



Tout commence dans une ambiance plutôt festive – des personnes dégustent un gâteau en forme de tour – puis bascule au moment où ils s’assoient en rond. Le débat commence, les voix s’élèvent. On comprend rapidement que le sujet de cette conversation houleuse est l’effondrement des tours du World Trade Center. L’animatrice n’est autre qu’un des personnages principaux que nous allons suivre tout au long de ces deux heures.

L’homme qui tombe de Don DeLillo retrace les vies de cinq personnes, qui se connaissent, se croisent, se déchirent et se retrouvent. C’est surtout l’histoire de la reconstruction de vies brisées par cet attentat. Comment ont-ils survécu à ce drame ? La vie continue mais elle ne sera plus jamais comme avant. Pourra-t-on retrouver son âme en paix, alors que des milliers de personnes se sont perdues ?



La mise en scène d’Alexandre Cardin et Olivier Waibel, minimaliste, correspond très bien à l’atmosphère évoquée dans le livre ; les personnages changent les décors très simples devant les yeux des spectateurs, ils n’hésitent pas à se déshabiller, se dévoiler devant nous dans un but de complète transparence. Une sorte d’humilité émane de ce choix de mise en scène. On se retrouve plongé dans leur univers et leurs vies, avec tous leurs soucis, leurs préoccupations et leurs envies.



D’autre part, l’utilisation de téléviseurs et d’un écran géant en toile de fond rappelle la fascination de Don DeLillo pour les films, l’image. Le choix des annonces émises par les moniteurs TV pourrait être une critique implicite de l’appropriation de cette catastrophe par les médias. Cette façon volontaire d’utiliser l’image des survivants pour manipuler les foules et les garder dans une atmosphère de peur ambiante est très bien retranscrite à travers ces extraits des JT américains. La réaction des personnages envers ces images nous plonge directement dans cette ambiance terrifiante et ce qu’ils ont dû endurer pendant plusieurs semaines.



Les acteurs ont très bien su s’approprier leur rôle, le spectateur ressent au plus profond de lui cette nervosité qui les anime. On les sent à bout de nerfs, tendus, perdus dans un monde qu’ils ne reconnaissent plus et qu’ils essaient par un moyen ou un autre de retrouver. Les personnages se croisent et, au début de la pièce, on confond un peu les diverses personnes qui apparaissent au fur et à mesure. On comprend rapidement qu’ils sont tous liés les uns aux autres et que chacun a sa vision, son expérience de la catastrophe. Leur réaction pour gérer ce deuil diffère selon les personnalités, parfois confrontées à l’incompréhension des autres. Entre la colère, l’abattement, la peur et la volonté de tourner la page, chacun essaie d’aller de l’avant tout en essayant de maîtriser les sentiments qui l’animent.



Cette pièce, particulière et à la mise en scène originale, vous laisse pensif lorsqu’elle se termine. Elle prend le contrepied des mises en scène classiques et ce choix peut mettre le spectateur mal à l’aise. Pourtant, on en ressort avec un sentiment mitigé, entre soulagement et révolte contre notre société et notre inaction face à ses travers et ses défauts.

La troupe Crypsum en a fait sa propre œuvre et l’adaptation du roman est si bien interprétée que l’on conçoit difficilement une comparaison avec une autre mise en scène.



L’homme qui tombe rappelle les hommes et femmes qui se sont jetés du WTC mais c’est aussi l’image de l’homme qui s’effondre dans sa vie après un tel événement et qui n’a plus ses repères. C’est aussi la métaphore de la société capitaliste qui pourrait s’effondrer, comme ces tours qui semblaient pourtant invincibles.



Une pièce qui ne s’arrête pas aux portes de la salle, qui vous laisse songeur et interpelle le spectateur bien après avoir quitté les lieux.


Hélène et Marlène, 2e année édition-librairie

 

 

Don DELILLO sur LITTEXPRESS

 

 

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Articles de Flora et de Venezia sur L'Homme qui tombe

 

 

 

 

 

 

 

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Article de Benjamin sur Outremonde

 

 

 

 

 

 

 

 

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Article d'Aude sur Cosmopolis

 

 

 

 

 

 

 


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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 07:00

Spectacle présenté au TNT du 6 au 15 décembre 2011.
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Metteur en scène : Jean-Marie Boucaret
Assistante à la mise en scène et dramaturge : Marie Duret-Pujol
Auteur : Philippe Rousseau
Musique : Manu Deligne

 

 

 

Philippe Rousseau est auteur, comédien, metteur en scène, directeur de la Compagnie Les Taupes Secrètes et professionnel associé de l’Université de Bordeaux 3.


Philippe-Rousseau-Passeport-pour-une-Russie.gif
« Entre carnet et récit de voyage, Mes pas captent le vent présente le périple initiatique d’un homme en Russie, de Moscou au lac Baïkal. La découverte du monde conduit le personnage à la re-connaissance de lui-même. L’invitation au voyage mêle la densité du récit et la vivacité du carnet pour devenir œuvre théâtrale. De Rimbaud à Bashung, l’auteur se place dans une filiation à de nombreux poètes. »

 

Cette pièce, jouée en décembre au TNT de Bordeaux est en fait la traduction scénique du livre de Philippe Rousseau, Passeport pour une Russie, publié aux  éditions Elytis :

« Visas De Moscou au lac Baïkal en passant par Irkoutsk, en avion, en « mâche route », en transsibérien, en bus, en métro ou à pied, Mes pas captent le vent conte le voyage initiatique d'un homme en Russie. Entre vide, vertige et contemplation, le narrateur hésite, doute, rencontre, reçoit. Il marche. Que cherche-t-il ? Quels sont ses manques ? Où ses pas le mèneront-ils ? Jehanne ? Esprit et corps grands ouverts, il avance... »

 

Dans ce spectacle hypnotique, point de décor. Pas de superflu. Juste lui, Philippe Rousseau et un guitariste, Manu Deligne. Les piliers et la froideur de la salle du TNT, nous les oublions dès les premiers mots. Une meringue, la neige, la douceur et la découverte.

Il n’y a rien et pourtant on voit, on sent, on est transporté.

Philippe Rousseau grâce à ses mots, à ses vers et à la présence de son corps nous fait voyager en Russie. On le rejoint sur le lac Baïkal lorsqu’il s’est perdu. On sourit des découvertes qu’il fait, de son cheminement à travers ce pays si différent du nôtre.

Le Transsibérien nous semble familier, on sent l’homme qui pue et le froid mordant nous surprend.

La guitare et la voix ne font qu’un, on regarde partout même s’il n’y a rien. On retient sa respiration puis on relâche la tension.

Le texte de Philippe Rousseau est beau, poétique, d’une grande qualité et parsemé de références à Blaise Cendrars.

Il me semble qu’avoir lu le livre (richement illustré des photos de l’auteur) avant de voir la pièce aide à voir les choses et les lieux. Sur le moment, la pièce ne m’a pas vraiment marquée, elle m’a menée vers ces contrées inconnues. C’est après que j’ai pris conscience de ce qui s’était passé, de cette sensibilité et de cette force que Philippe Rousseau avait transmises à son public.


Julie, AS Éd.-Lib.


Vidéo des répétitions du spectacle
 http://www.tsaa.fr/spip.php?article127

 

 

Rencontre avec Philippe Rousseau dans le cadre d'une présentation de la collection « Passeport pour » des Éditions Élytis.

 



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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 07:00

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Milan KUNDERA,
Jacques et son maître
hommage à Denis Diderot en trois actes
Titre original
Jakub a jeho pán : Pocta Denisu Diderotovi
Traduit du tchèque par l’auteur
Gallimard
collection « Le Manteau d’Arlequin »

1981 pour la version française





 

 

 



À l’affiche

Le 1er juillet prochain, pour fêter la naturalisation de Milan Kundera, Jacques et son maître, hommage à Denis Diderot en trois actes sera sur les planches du théâtre des Mathurins, à la demande du directeur Henri de Menthon, d’après la mise en scène de Georges Werler.

Cette pièce exceptionnelle est une variation de l’un des plus célèbres romans de Diderot, auteur du XVIIIe siècle, que Kundera décrit lui-même comme un « festin d’intelligence, d’humour et de fantaisie » (p. 13 de l’édition de 1998 chez Folio Gallimard). Ce spectacle l’est tout autant !

C’est l’histoire de Jacques et de son maître. On ne sait rien de plus d’eux, ni leur âge, ni leur nom. Ils voyagent, sans que l’on connaisse leur point de départ, et sans qu’ils sachent eux-mêmes leur destination. On apprend seulement leurs histoires de cœur, ou de relations charnelles. Sur deux scènes, l’une pour le présent, l’autre pour leur passé, ils se passent la parole. Voici quelques extraits :

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Acte I scène 1 : Jacques discute du public, et avec le public.

 

 

 

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Acte I scène 2 : deux passions presque identiques : le maître raconte comment Saint-Ouen l’a trahi en couchant avec Agathe (que le maître courtisait), pendant que Jacques explique qu’il s’est fait dépuceler par Justine (dont est amoureux son ami Bigre).

 

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Acte I scène 5 : dialogues croisés entre le maître et Saint-Ouen d’un côté, Justine et Bigre de l’autre. Les cocus savent ou ont des soupçons, les cris fusent !

 

 

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Acte II scène 1 : Puis entre en scène l’aubergiste, qui raconte l’histoire tumultueuse de Mme de la Pommeraye.

 

 

 

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Acte II scène 5 : le maître et Jacques, autour d’une bouteille de vin, écoutent « Mme de la Pommeraye » présenter son ancien amant, le marquis des Arcis, à la mère et la fille, soi-disant dames dévotes, en réalité tout juste sorties de leur bordel-tripot.

 

 

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Acte II scène 8 : Et juste après que le marquis a épousé la fille, « Mme de la Pommeraye » avoue l’origine de celle-ci à son ancien amant. Douce vengeance !

 

 

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Acte II scène 9 : mais Jacques intervient : il refait l’histoire, de sorte que le marquis ne répudie pas sa jeune épousée. Kundera s’est opposé à Diderot !

 

 

 

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Acte III scène 5 : Saint-Ouen est retrouvé mort ! Jacques penché sur son corps ! Quel motif ? Peut-être l’enfant du maître et d’Agathe, aujourd’hui âgé de dix ans, qui ressemble à Saint-Ouen. Étrangement, Justine et Bigre sont aussi parents maintenant, d’un fils ayant beaucoup de similitudes avec son parrain Jacques…

 

 

 

 

Tout un programme ! Kundera a su rendre le talent et l’esprit de Diderot, sans pour autant faire une simple adaptation, une réécriture : il s’est réapproprié le texte, en a fait sa propre variation, en virtuose des mots qu’il est. Le génie narratif de Denis Diderot est exposé dans toute sa splendeur, et l’insertion de divers récits dans un récit-cadre est sublimée par cette  double scène : ce que Diderot nous fait lire, Kundera nous le montre.

Mais Milan Kundera ne loue pas que Diderot (même si c’est explicité pour ce-dernier) ; il honore aussi « la dive bouteille » si chère à François Rabelais. Le vin est présent tout au long de la pièce (pour les acteurs uniquement, les spectateurs doivent apporter leurs propres bouteilles s’ils veulent être dans l’ambiance). Il délie les langues, aide le récit à progresser, et incite chacun à dire la vérité, toute la vérité, et rien que la vérité.

Donc Mesdames, Messieurs, tous à vos bouteilles !!!

Et trinquons à la santé de Milan Kundera, français depuis aujourd’hui ! Sur le papier en tout cas, puisque son cœur semble être tout acquis à la France, et aux auteurs français, depuis longtemps déjà !



Ce spectacle restera au programme du 1er juillet au 1er novembre 1981.

Pour plus d’informations, rendez-vous au guichet du théâtre, 35 Rue des Mathurins, 75008 Paris, ou contactez-nous au 01 42 65 90 00.

Vous pouvez néanmoins trouver une étude théorique de la pièce à cette adresse :  http://dumas.ccsd.cnrs.fr/docs/00/49/38/74/PDF/Roderon_A._memoire.pdf.

Mais évitez d’aller feuilleter l’ouvrage de Jocelyn Maixent intitulé Le dix-huitième siècle de Milan Kundera ou Diderot investi par le roman contemporain. Malgré son titre alléchant, l’auteur n’évoque pas une seule fois la pièce.


Alicia, AS Bib.

 

 

Milan KUNDERA sur LITTEXPRESS

 

  Milan Kundera Risibles amours

 

 

 

 

Article d'E. Maréchal sur Risibles amours.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La Plaisanterie

 

 

 

 

 

Article d'Élodie sur La Plaisanterie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Kundera La vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 Article de Marie sur La Vie est ailleurs

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La valse aux adoeux

 

 

Article de Roxane sur La Valse aux adieux

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  Milan Kundera L'insoutenable légèreté de l'être

 

 

 

Articles de Mado et d'Aloïs sur L'Insoutenable légèreté de l'être.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera La Lenteur

 

 

 

 

Article de Margaux sur La Lenteur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Milan Kundera L'Ignorance

 

 

 

 

 Article d'Anne-Laure sur L'Ignorance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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